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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ En payant, sans doute très cher, pour les futures productions de l’ex-couple présidentiel américain, la plate-forme poursuit sa stratégie destinée à attirer des créateurs de renom, observe le chroniqueur économique du « Monde » Jean-Michel Bezat.
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« L’accord avec les Obama, un nouveau gros “coup” pour Netflix »

En payant, sans doute très cher, pour les futures productions de l’ex-couple présidentiel américain, la plate-forme poursuit sa stratégie destinée à attirer des créateurs de renom, observe le chroniqueur économique du « Monde » Jean-Michel Bezat.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 11h42
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 12h30
    |

            Jean-Michel Bezat








                        



                                


                            

Chronique. L’Amérique avait déjà eu un président acteur avec Ronald Reagan, elle a désormais un ancien président producteur avec Barack Obama. Un an et demi après avoir quitté la Maison Blanche, il a annoncé avoir signé avec Netflix un accord – au montant non dévoilé – pour produire avec son épouse Michelle des longs-métrages de fiction, des séries de télé-réalité et des documentaires (via leur société Higher Ground Productions), qui ­seront diffusés par la ­plate-forme de vidéos en ligne par abonnement.
Il n’est pas question d’en faire une machine de guerre contre Donald Trump, préviennent des proches du couple cités par le New York Times. Un peu messianique, Mme Obama dit avoir toujours eu « foi », comme son époux, « en la puissance du récit pour nous aider à ouvrir aux autres nos esprits et nos cœurs ». Et l’ex-président espère « cultiver et aider à s’affirmer les voix de talent, sources de créativité et d’inspiration qui promeuvent davantage d’empathie et de compréhension entre les ­peuples ». Ce qui, avouons-le, n’est pas vraiment l’esprit animant son successeur.

Netflix a sans doute payé très cher pour ce couple glamour qui avait déjà empoché 60 millions de dollars (près de 51 millions d’euros) de la maison d’édition Penguin Random House contre la promesse d’un livre chacun. Les productions Obama sur plusieurs années viendront enrichir le catalogue de la plate-forme et renforcer sa stratégie destinée à attirer des créateurs de contenus de renom. Les journaux professionnels américains n’hésitent pas à rapprocher l’opération des deux gros « coups » réalisés récemment par la plate-forme : l’accord à 300 millions de dollars avec le producteur à succès Ryan Murphy (« Glee », « The People vs O.J. Simpson ») et celui à 100 millions avec Shonda Rhimes (« Scandal », « Grey’s Anatomy ».
Montagnes de cash
Le rideau du 71e...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ La Queer Palm, créée en 2010, a couronné cette année « Girl », un film sur la transition sexuelle. Mais cette récompense n’est toujours pas reconnue par le Festival.
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Cannes 2018 : les films « queer » se sont imposés sur la Croisette

La Queer Palm, créée en 2010, a couronné cette année « Girl », un film sur la transition sexuelle. Mais cette récompense n’est toujours pas reconnue par le Festival.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 10h09
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Girl, de Lukas Dhont ; Sauvage, de Camille Vidal-Naquet ; Diamantino, de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt ; Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré ; Rafiki, de Wanuri Kahiu ; Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez ; Cassandro the Exotico !, de Marie Losier ; Carmen y Lola, d’Arantxa Echevarria, et la liste n’est pas terminée… De nombreux films, centrés sur les questions liées au genre et à l’homosexualité, ont été programmée dans les différentes sections cannoises, pour cette 71e édition.
Le jury de la Queer Palm, créée en 2010, présidé cette année par la productrice Sylvie Pialat, n’avait que l’embarras du choix. Girl, un film sur la transition sexuelle d’un jeune danseur vers le sexe féminin, qui a bouleversé les festivaliers, a décroché cette récompense, tandis que son réalisateur, Lukas Dhont, a reçu la Caméra d’or remis par le jury de la compétition offcielle, et son comédien principal, Victor Polster, le prix d’interprétation d’Un certain regard.

Une double tendance est en cours : non seulement ces films « LGBT » (lesbien, gay, bi, trans) sont de plus en plus nombreux à Cannes et dans les autres grands festivals, mais ils sont régulièrement primés. En 2017, 120 battements par minute, de Robin Campillo, en compétition officielle, a obtenu le Grand Prix ainsi que la Queer Palm. La projection de ce film sur les années de lutte d’Act Up contre le sida, qui a décimé la population gay dans les années 1990, est restée parmi les moments les plus forts de l’édition 2017. On peut également citer, les années précédentes, La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche, Palme d’or en 2013, L’Inconnu du lac (2013) puis Rester vertical (2016), d’Alain Guiraudie, Les Vies de Thérèse (2016) de Sébastien Lifshitz, etc.
« Un manque de considération certain »
La Queer Palm se trouve à un tournant. Ce prix désormais très attendu n’est pas reconnu officiellement par le Festival de Cannes et son délégué général, Thierry Frémaux. Cannes n’est pas Berlin. A la Berlinale, les Teddy Awards existent depuis 1987 et font partie intégrante du palmarès. Ces Teddy, qui ont la forme d’un ours en peluche, récompensent des fictions, des documentaires et des courts-métrages évoquant l’homosexualité. Pedro Almodovar et Gus Van Sant en ont été les premiers lauréats.

   


Le fondateur de la Queer Palm, le journaliste Franck Finance-Madureira, résume la situation. « On ne reçoit aucun soutien financier, ne serait-ce que pour payer le transport et le logement des membres du jury. Il y a un manque de considération certain », regrette-t-il. « Notre lutte est pourtant reconnue par le gouvernement, avec la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT. Mais aux yeux du Festival, on n’existe pas ».
Franck Finance-Madureira, fondateur de la Queer Palm : « Quand je suis invité dans les festivals à l’étranger, d’une façon indirecte, je représente Cannes »
Franck Finance-Madureira souligne ce paradoxe. « Quand je suis invité dans les festivals à l’étranger, d’une façon indirecte, je représente Cannes. Ce serait valorisant et moderne pour l’image du Festival de s’impliquer. On pourrait organiser une tournée de tous les festivals LGBT avec le vainqueur de la Queer Palm », poursuit-il, citant, entre autres, le festival Outfest à Los Angeles, le Framelime à San Francisco, et d’autres à Tel-Aviv, Turin, etc. Il a tout de même été reçu par le président du Festival, Pierre Lescure, lequel avait donné son accord pour la création de La nuit gay sur Canal+, en 1995, lorsqu’il en était le patron.
D’autres alliés sur la Croisette
Certes, quelques rapprochements ont eu lieu : depuis deux ans, le jury de la Queer Palm monte les marches le soir où un film LGBT est projeté en compétition. Cette année, ce fut le jeudi 17 mai, le soir de la « première mondiale » du film de Yann Gonzalez, Un couteau dans le cœur, avec Vanessa Paradis. Sur la Croisette, la Queer Palm a d’autres alliés, souligne Franck Finance-Madureira : « La Semaine de la critique est très “queer-friendly”. Et Unifrance, qui a pour mission d’exporter le cinéma français à l’étranger, accueille désormais une rencontre du marché queer ». Depuis cette année, la société Titra-Film dote le long-métrage lauréat de la Queer Palm d’un montant de 10 000 € – pour le sous-titrage –, et le court-métrage gagnant de 3 000 €.
A ceux qui estiment que les récompenses « queer » n’ont plus vraiment de raison d’être, du fait de la « banalisation » des questions gay et trans, Franck Finance-Madureira répond ironiquement : « Dans 300 ans peut-être… Mais aujourd’hui, il y a encore la peine de mort pour les homosexuels dans presque vingt pays. Les récompenses “queer” permettent aux films de circuler dans les festivals, et de porter dans le monde ces questions politiques d’égalité ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ L’acteur livre ses souvenirs de tournage du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, où il incarnait l’un des astronautes.
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Cannes 2018 : l’odyssée de l’espace selon Keir Dullea

L’acteur livre ses souvenirs de tournage du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, où il incarnait l’un des astronautes.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 08h16
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 08h28
    |

                            Thomas Sotinel (Cannes, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Keir Dullea se tient sur le pont d’un de ces yachts luxueux qui, pendant le Festival de Cannes, servent de point de rendez-vous aux professionnels du cinéma et aux journalistes. Un décor luxueux, un peu absurde, comme la chambre d’hôtel qui marque le terme de l’odyssée de Dave Bowman, l’astronaute qu’incarna Keir Dullea dans 2001 : l’Odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick, il y a cinquante ans. Le temps de cette ultime étape, Bowman traverse toute une existence, vieillissant de quelques décennies de plan en plan. La dernière image qu’on garde de lui est celle d’un vieillard agonisant, au corps rabougri.

A 81 ans, le visage de Keir Dullea ressemble assez exactement à celui de l’avant-dernière incarnation du personnage auquel il restera pour toujours assimilé. Sa vigueur est loin d’être épuisée (à Cannes, on l’a vu dans la nouvelle version de Fahrenheit 451 proposée par Ramin Bahrani) ; il évoque avec enthousiasme et modestie sa contribution à l’œuvre de Kubrick projetée sur la Croisette dans une copie 70 mm dont la restauration a été supervisée par Christopher Nolan.

La préparation, le tournage et la postproduction de 2001 tournèrent souvent au cauchemar pour les collaborateurs de Kubrick, du romancier et coscénariste Arthur C. Clarke au responsable des effets spéciaux Douglas Trumbull en passant par le maquilleur Stuart Freeborn. « Stanley était un perfectionniste, se souvient Keir Dullea. Le premier jour de tournage, après des semaines d’essayages de costumes, de tests de maquillage, c’était dans la roue centrifuge. Le regard de Stanley s’est posé sur nos chaussures, elles ne lui ont pas plu. On n’a pas tourné ce jour-là. Il a fallu trouver d’autres chaussures. »
« Pas de tensions sur le plateau »
Heureusement pour les acteurs, l’exigence fanatique de Kubrick prit un autre tour à leur égard, fait de négociations et d’écoute. Keir Dullea venait de jouer, également à...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le film ressort en copie restaurée, tandis qu’un livre détaille les innovations techniques et esthétiques de Stanley Kubrick pendant le tournage
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Reprise : redécouvrir les mille et une merveilles de « 2001 : l’Odyssée de l’espace »

Le film ressort en copie restaurée, tandis qu’un livre détaille les innovations techniques et esthétiques de Stanley Kubrick pendant le tournage



Le Monde
 |    22.05.2018 à 08h15
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 08h17
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

En 2018, le fait le plus marquant de la conquête de l’espace a été la mise en orbite d’une voiture à des fins publicitaires. Il y a un demi-siècle, la course à la Lune et le tournage de 2001 : l’Odyssée de l’espace, entreprises jumelles, étaient propulsés par un mélange de mobilisation technologique et d’émerveillement poétique, que l’on retrouvera en revoyant ou – mieux encore – en découvrant le film de Stanley Kubrick, qui ressort à ­Paris en copie 70 mm, près de cinquante ans après sa première française, le 27 septembre 1968.

La perfection des effets spéciaux – de la préhistoire imaginée au futur prédit –, la lenteur audacieuse et l’économie dramatique du récit qui mène au vertige ­spéculatif de sa conclusion ont gardé toute leur puissance. S’y ajoute aujourd’hui la nostalgie d’une période de l’histoire du ­cinéma pendant laquelle un artiste pouvait imposer ses exigences à un studio, sans jamais se soumettre à celles du marketing.
Aux Etats-Unis, la récente parution chez Simon & Schuster de Space Odyssey – Stanley Kubrick, Arthur C. Clarke and the Making of a Masterpiece (« L’Odyssée de l’espace – Stanley Kubrick, Arthur C. Clarke et la naissance d’un chef-d’œuvre ») offre une vue ­détaillée du processus qui a abouti à cet objet sans équivalent dans l’histoire du cinéma, ni même dans la filmographie de Kubrick. L’auteur, Michael Benson, a recueilli les témoignages des survivants de cette aventure et compilé tous les documents nécessaires.
Danseurs transformés en australopithèques
Autour de l’impressionnante figure de Stanley Kubrick, visionnaire pointilleux, séducteur ­capable des manipulations les plus cyniques, Benson fait revivre une foule de personnages ­secondaires. La contribution de chacun est détaillée et évaluée. Celle du romancier Arthur C. Clarke au premier chef, dont l’inventivité et le savoir scientifique nourrirent le scénario avant que Kubrick ne soumette l’écrivain à un traitement (refus de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Fils d’un tueur à gages, l’acteur américain ne cesse de jouer avec la loi, à l’image de son rôle de corsaire dans « Solo, A Star Wars Story ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 21/05/2018
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Cannes 2018 : Woody Harrelson, en liberté surveillée

Fils d’un tueur à gages, l’acteur américain ne cesse de jouer avec la loi, à l’image de son rôle de corsaire dans « Solo, A Star Wars Story ».



Le Monde
 |    22.05.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 16h21
    |

            Aureliano Tonet (Cannes, envoyé spécial)








                        



                                


                            

« Trente secondes… Vingt-cinq… Vingt… » Le compte à rebours égrené par le staff de Disney n’anticipe pas la mise sur orbite du dernier vaisseau maison, Solo, A Star Wars Story, toujours fixée au mercredi 23 mai dans l’essentiel des salles du système solaire. « Quinze… Dix… Cinq… » Il s’agit, sur un registre plus terrestre, de rappeler à notre photographe qu’il ne dispose que de deux minutes chrono pour tirer le portrait de Woody Harrelson. L’Américain, qui incarne un corsaire interstellaire dans le nouveau spin-off de la franchise, est du genre diligent : « Woody souhaite impérativement quitter l’hôtel à midi pile… », argumente un stormtrooper déguisé en attaché de presse.

Deux jours plus tôt, le 15 mai, le divertissement de Ron Howard a été fraîchement reçu lors de sa présentation hors compétition sur la Croisette ; le tournage s’était éternisé, et l’acteur exige que, cette fois, le planning soit respecté à la seconde près. Rien que de très « prévisible », comme dirait avec fatalisme son personnage : depuis que la série Cheers l’a révélé, dans les années 1980, Harrelson s’arrange toujours pour se trouver dans des situations limites. Qui d’autre a autant joué avec la loi, qu’il s’agisse de la faire appliquer ou, au contraire, de s’en affranchir effrontément ?
Sur grand et petit écran, il s’est improvisé garant des institutions policières (True Detective, Triple 9, Three Billboards), militaires (La Ligne rouge, Des hommes d’influence, La Planète des singes), médicales (The Sunchaser), voire étatiques (L.B. Johnson, après Kennedy). Mais il a tout aussi habilement enfilé les haillons du hors-la-loi : outrage aux bonnes mœurs (Larry Flint), kidnapping (Wilson), fraude bancaire (Le Château de verre), meurtre (Tueurs nés, Sept psychopathes), grand banditisme...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ La programmation cannoise de l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion a réservé de belles surprises.
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Cannes 2018 : nouveaux récits à l’ACID

La programmation cannoise de l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion a réservé de belles surprises.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 11h13
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 17h08
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Il est assez tentant de chercher un motif commun parmi les neuf films de la programmation 2018 de l’ACID au Festival de Cannes. Qu’ont voulu nous dire, peut-être dans leur inconscient, les sélectionneurs de l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion – qui sont, précisons-le, des cinéastes – ? C’est l’une des spécificités de cette section cannoise, où la programmation n’est pas décidée par une seule personne. Le motif 2018 pourrait être le temps, celui qui permet de prendre du champ, d’aller voir de l’autre côté, ou tout simplement d’imprimer la pellicule. Une façon de résister au flux d’images et d’informations plus ou moins justes qui fusent à la vitesse des étoiles filantes, la poésie en moins.
Dans l’ensemble, le motif est plutôt réussi. Les réalisateurs et réalisatrices de cette programmation paritaire livrent de nouveaux récits, de l’Amérique au Kazahkstan en passant par la Roumanie et la France. Où il est question d’identité, du dépassement de soi, de la recherche du bien-être amoureux, d’éclats de vie fragiles, fugages, à saisir dans l’instant. Si l’on met bout à bout les titres des neuf films, cela donne : Dans la terrible jungle, soudain Il se passe quelque chose. Cassandro the Exotico ! a Un violent désir de bonheur, chante Thunder Road, de Bruce Springsteen, cherche L’Amour debout sur le ring, mais il, à moins que ce ne soit elle, soupire : Seule à mon mariage… et sans argent. Bad Bad Winter pour Nous, les coyotes.
Amoureux, révolutionnaires et handicapés
Que se passe-t-il après la séparation de deux amoureux ? Dans L’Amour debout, Michaël Dacheux filme sur plusieurs saisons, dans l’Est parisien qui déborde sur Pantin, le parcours de deux jeunes gens qui se reconstruisent chacun de leur côté. En chemin, le garçon qui veut devenir réalisateur croise Françoise Lebrun, l’inoubliable Véronika dans La Maman et la Putain (1973), de Jean Eustache. Celle qui, avant de tourner ce film, jetait joyeusement des pavés dans le Paris de Mai-68.

        Lire la rencontre :
         

          Françoise Lebrun debout…




   


On a vu un « faux » film historique, Un violent désir de bonheur, de Clément Schneider. Dans un style rohmérien, le jeune réalisateur Clément Schneider nous installe en 1792 dans un couvent de l’arrière-pays niçois, que des troupes révolutionnaires viennent de réquisitionner. Mais ce n’est qu’un « costume » : l’action pourrait avoir lieu aujourd’hui. Dans ce temps qui nous sépare de la Révolution française, le cinéaste interroge les potentielles insurrections contemporaines, sur fond de musique rock des années 1970. Comme si des jeunesses d’époques différentes allaient se rencontrer, combler le vide sur l’étagère de livres.

   


Qu’est-ce qui se cache derrière ce centre d’accueil pour jeunes handicapés, situé à Loos dans les Hauts-de-France ? Un lieu qui peut devenir enchanteur, avec des êtres doués d’un bel imaginaire, nous disent Caroline Capelle et Ombline Ley. Il fallait le faire : Dans la terrible jungle est une sorte de « teen movie » réalisé avec des adolescents qui se sont approprié la caméra, ont accepté de jouer des scènes fictives tout en livrant une part de leur quotidien.

Catch et performance
Cassandro, dans sa tenue de « drag-queen », est-il « seulement » un catcheur burlesque ? On n’est pas près d’oublier Cassandro the Exotico !, de Marie Losier. Ce champion de catch mexicain aux paupières pailletées est fellinien : il s’est imposé dans ce milieu machiste en assumant son homosexualité, au prix de violences physiques et verbales. Marie Losier montre l’homme derrière le personnage : né Saul Almendariz, il s’est construit à travers ses combats, sportif et identitaire.

   


Le choix esthétique de la pellicule seize millimètres est une autre mise en danger : la bobine se termine en trois minutes et il faut sans cesse changer le film, quitte à rater le moment crucial du match ! Marie Losier a pris le risque de l’« accident technique » pour la beauté du geste. Cassandro est servi : le grain satiné de l’image lui va comme un gant.

Et que dire de la performance de Jim Cummings dans Thunder Road ? Réalisateur, scénariste et comédien de ce film tendu, nerveux, il incarne un policier texan qui fait tout pour récupérer la garde de sa fille. Mais il est borderline : il a le don de se mettre dans des situations impossibles. Il y a du Jim Carrey dans ce Jim Cummings dont on devrait entendre parler.

D’Avignon à Los Angeles
D’autres films ont moins convaincu. Dans Il se passe quelque chose, Anne Alix nous invite à fermer le guide touristique et à fuir dans l’arrière-pays. Comme cette femme qui doit rédiger un guide « gay-friendly » dans la région d’Avignon et qui, très vite, prend la tangente avec une femme rencontrée par hasard. Lors de ce « road movie », elles vont croiser des habitants, des vrais, qui ne sont pas des acteurs : des ouvrières, une patronne de bar qui écrit des chansons, un homme touché par le nuage de Tchernobyl, avec un corps « augmenté » à ses extrémités. Ce sont les moments les plus passionnants du film, mais ils sont malheureusement trop courts. Le scénario est subtil, le récit un peu monotone.

De même, Seule à mon mariage, de Marta Bergman, suit le périple d’une jeune Rom qui rencontre sur Internet un potentiel mari en Belgique. Mais elle lui cache l’existence de sa fille… L’héroïne se « dédouble » mais le film hésite dans un récit trop long.

Il y a les amis d’enfance qui sont des faux amis, voire des monstres. C’est le thème du thriller d’Olga Korotko, Bad Bad Winter, tourné dans le froid du Kazakhstan. Efficace et très joliment réalisé, mais les ficelles du scénario sont un peu grosses.

Changement de température : Nous, les coyotes, d’Hanna Ladoul et Marco La Via, voudrait nous montrer l’autre Los Angeles. Un jeune couple s’installe à « L.A. », rempli de rêves californiens. Mais ils vont déchanter, au fil de déconvenues qui s’accumulent – un peu trop à notre goût. Le charme du film doit beaucoup au personnage féminin, interprété par Morgan Saylor, qui évolue sous nos yeux, y compris physiquement. La jeune fille BCBG, contenue, largue les amarres familiales comme on jette le sac à dos. L’été peut commencer.

Sur le Web : www.lacid.org/fr/cannes/programmation



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Formés dans les meilleures établissements d’un pays pionnier en la matière, les jeunes diplômés français sont immergés dans une culture valorisant l’art et l’animation.
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Article sélectionné dans La Matinale du 20/05/2018
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Cinéma d’animation : pourquoi les écoles françaises rayonnent à l’étranger

Formés dans les meilleures établissements d’un pays pionnier en la matière, les jeunes diplômés français sont immergés dans une culture valorisant l’art et l’animation.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 06h27
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 16h28
    |

                            Isabelle Maradan








                        



   


« Nous avons la chance d’avoir des écoles qui enseignent l’animation de la manière la plus professionnelle possible », témoigne Arina Korczynski, diplômée de l’école des Gobelins, à Paris. A 24 ans, fraîchement diplômée, cette Française a rejoint le campus californien de Pixar, en Californie. Pour un salaire annuel d’environ 40 000 euros, elle y a joué « le rôle de la caméra en dessinant », c’est-à-dire créé le story-board d’une des futures grosses productions dont la société d’animation, multi-oscarisée, a le secret.
Aux Etats-Unis, le cinéma d’animation atteint une autre dimension. « Les studios américains produisent des films qui plaisent au plus grand nombre. Avec un budget moyen de 140 millions d’euros par film, contre 7 millions en France », chiffre Moïra Marguin, responsable du département cinéma d’animation de l’école des Gobelins, une référence planétaire.
« Les Américains peuvent s’offrir les meilleurs talents de la terre », poursuit celle qui est aussi vice-présidente du Réseau des écoles françaises de cinéma d’animation (RECA), qui fédère vingt-cinq établissements français du secteur.

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                Le cinéma d’animation, une success story à la française



A l’instar de Pixar ou DreamWorks, les plus prestigieux studios internationaux, européens et français viennent recruter de jeunes diplômés dans les écoles de l’Hexagone connues et reconnues, telles que les Gobelins, à Paris, Supinfocom Rubika, à Valenciennes (Nord), ou MOPA (Motion Picture in Arles), à Arles (Bouches-du-Rhône), pour ne citer que celles qui figurent dans le top 10 du classement international des écoles d’animation (respectivement 2e, 3e et 6e), publié par le site anglophone Animation Career Review.
Rêve américain
Animateurs 3D, story-boarders ou spécialistes en effets spéciaux, les talents nécessaires sont même repérés en amont des diplômes, lors de séances de workshops dans ces écoles. « Mais l’appréciation de cette exportation des jeunes talents français est disproportionnée », tempère Moïra Marguin. Sur les vingt-cinq étudiants que comptait la promotion 2017 des Gobelins, seuls deux diplômés ont traversé l’Atlantique, dit-elle.
« Chez Pixar, il y avait des gens de partout et notamment beaucoup de Canadiens », confirme Arina Korczynski, désormais de retour en Europe, chez Cartoon Saloon, un studio irlandais qui compte trois films nominés aux Oscars.
Alors que le rêve américain ne dure généralement pas plus de dix-huit mois – un visa de travail de plus longue durée est très difficile à obtenir –, Gérald Blaise, 37 ans, installé à San Francisco (Californie), fait figure d’exception. Depuis 2015, il a notamment travaillé sur les films Star Wars et Transformers, comme lead modeler chez Lucas Film-Industrial Light and Magic (ILM), la compagnie pionnière des effets visuels créée par le réalisateur George Lucas dans les années 1970.
Ce diplômé d’ARTFX, à Montpellier, reconnue comme l’une des meilleures écoles européennes dans le monde des effets spéciaux, a fait ses armes à Paris, puis à Londres, en tant que modeler et concept artist, sur des films comme Harry Potter, Prometheus ou X-Men. ILM s’est intéressé à lui pour ses concepts et modèles de vaisseaux spatiaux, robots et véhicules. Son atout ? « La culture de la bande dessinée franco-belge et des mangas, très populaires en France, mais pas aux Etats-Unis ni au Royaume-Uni », juge le créateur français.
« En France, on baigne dans une culture visuelle »
Générale, artistique, littéraire ou de l’image, la culture revient sur toutes les lèvres, quand il s’agit de définir ce qui caractérise les diplômés français qui travaillent dans le secteur de l’animation. « En France, on baigne dans une culture visuelle, abonde Cécile Carre, story-boarder chez The SPA Studios (Sergio Pablos Animation), à Madrid (Espagne). C’est un pays où la culture est encouragée et accessible. Nous avons accès à de nombreuses sources et à des styles graphiques différents avec, notamment, la BD d’auteurs, les romans graphiques et toute l’histoire de la peinture. De plus, il y a des écoles d’animation partout en France. »
Approchée un an avant son diplôme des Gobelins par le studio madrilène à l’origine du concept de Moi, moche et méchant, la franchise 3D animée, la jeune femme « traduit » actuellement en dessins le scénario de Klaus, un film sur l’origine du Père Noël.

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                Les scénaristes, des pros de l’intrigue



Pour comprendre la place qu’occupe actuellement la France dans le paysage actuel du cinéma d’animation, formations incluses, Thierry Brionnet, directeur pédagogique d’Isart Digital (école de jeu vidéo et d’animation 3D en alternance, à Paris), invite à remonter le temps. « Dans les années 1980, la France était en pointe dans le développement des logiciels en lien avec le cinéma d’animation 3D, qui existe depuis la fin des années 1970, rappelle-t-il. Les studios français étaient alors plus importants que les studios étrangers. En parallèle, les écoles ont été précurseuses en France et nos formations sont désormais très recherchées à l’étranger, où elles sont plus courtes et plus spécialisées. » 
« Un savoir-faire reconnu »
Responsable de section 3D à l’Ecole supérieure des métiers artistiques (Esma), à Toulouse, Yann Pannetier met en exergue la spécificité des formations françaises : « A la différence des Anglo-Saxons, nous ne formons pas des spécialistes, mais des généralistes de très haut niveau. » Régulièrement en quête de jeunes diplômés français, Hannah Price, recruteuse au studio d’animation Mill, à Londres, confirme que « la norme du travail des étudiants français est très élevée ». « Nous ne sommes pas les meilleurs, ni les seuls, mais nous avons un savoir-faire reconnu et très spécifique à la France », résume Moïra Marguin.
Ce savoir-faire français s’exporte désormais à l’étranger. Supinfocom Rubika a ouvert une école à Puné (Inde) et une à Montréal (Canada). L’Ecole Georges-Méliès, à Orly (Val-de-Marne), est présente à Sao Paulo (Brésil). Celle des Gobelins a fait un autre choix : l’ouverture d’une classe anglophone à Paris, dont la première promotion sera diplômée en 2018.
« La qualité des diplômés ne tient pas seulement à la qualité des contenus des programmes de formation, avance la responsable du département cinéma d’animation de l’école parisienne. Un Américain qui vient se former en France n’a pas besoin de parcourir 1 000 kilomètres, comme dans son pays, pour être dépaysé. Il se promène dans une encyclopédie vivante : c’est toute la culture française qui s’offre à lui. » 
Une industrie florissante
Selon Moïra Marguin, la fameuse « French touch » s’exprime d’abord en France dans toute sa diversité culturelle, « elle est soutenue par la volonté du gouvernement de développer le marché du cinéma avec, notamment, la mise en place de quotas de programmation et de diffusion de films français ».
Dans une industrie du cinéma d’animation florissante, la France occupe d’ailleurs la troisième place mondiale derrière les Etats-Unis et le Japon. Elle peut même s’enorgueillir d’être en tête au niveau européen, avec 40 % de la production de l’Union européenne.
Une situation qui inspire une envolée lyrique à Charlie Bonifacio, superviseur en animation senior aux SPA Studios, à Madrid : « La France doit continuer à soutenir l’industrie et les artistes de l’animation dans tous les domaines, de l’enseignement et de la production. Cet amour, ce désir et cette passion pour l’art sont ce qui va continuer à produire un grand talent artistique français et donner à la “French touch” l’occasion de continuer à s’épanouir. »
Isabelle Maradan

Un supplément et un salon du « Monde », pour partir à l’étranger
Le Monde publiera, dans son édition datée du 24 mai, un supplément de huit pages consacré aux écoles dans les secteurs de l’excellence française – la fameuse « french touch » –, qui permettent à leurs diplômés de partir étudier ou travailler à l’étranger. Ses articles sont progressivement mis en ligne sur cette page du Monde Campus.
Le Forum Expat 2018, organisé par le groupe Le Monde mardi 5 juin (jusqu’à 21 heures) et mercredi 6 juin à la Cité de la mode et du design, à Paris, réunira de nombreux acteurs de l’expatriation et d’anciens expatriés, pour permettre aux candidats au départ de s’informer pour travailler, entreprendre, vivre au quotidien et gérer son patrimoine à l’étranger. Sont également prévues des conférences thématiques animées par des journalistes de Courrier international et des experts en mobilité. Entrée gratuite, préinscription recommandée.


Le Monde publiera, dans son édition datée du 24 mai, un supplément de huit pages consacré aux écoles dans les secteurs de l’excellence française – la fameuse « french touch » –, qui permettent à leurs diplômés de partir étudier ou travailler à l’étranger. Ses articles sont progressivement mis en ligne sur cette page.  Le Forum Expat 2018, organisé par le groupe Le Monde mardi 5 et mercredi 6 juin à la Cité de la mode et du design, à Paris, réunira de nombreux acteurs de l’expatriation et d’anciens expatriés, pour permettre aux candidats au départ de s’informer pour travailler, entreprendre, vivre au quotidien et gérer son patrimoine à l’étranger. Sont également prévues des conférences thématiques animées par des journalistes de Courrier international et des experts en mobilité. Entrée gratuite, préinscription recommandée.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Le premier long-métrage de Caroline Capelle et Ombline Ley est un film-performance tourné dans un centre d’accueil pour jeunes handicapés.
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Cannes 2018 : « Dans la terrible jungle », la caméra dort chez les super-héros

Le premier long-métrage de Caroline Capelle et Ombline Ley est un film-performance tourné dans un centre d’accueil pour jeunes handicapés.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 15h45
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 17h07
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


ACID
Après dix jours de Festival de Cannes, est venue l’heure de désigner les gagnants de la compétition officielle. On parlera de la Palme d’or, des prix d’interprétation ou de la Caméra d’or 2018, comme autant de mots évocateurs d’un conte de fées que reste toujours un festival, pour celui ou celle qui en est l’invité.
D’autres super-héros et héroïnes non palmés resteront dans l’histoire de cette 71e édition. Il était une fois Dans la terrible jungle, premier long-métrage de Caroline Capelle et Ombline Ley présenté dans la section ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion). Les jeunes réalisatrices ont posé leur caméra dans un centre d’accueil pour jeunes handicapés, atteints de troubles de déficience visuelle, d’autisme… La Pépinière, lieu fermé, coupé du monde extérieur, se situe à Loos, dans les Hauts-de-France.

« Dans la terrible jungle » est devenu un « teen-movie », une sorte de comédie musicale où se racontent des histoires d’amour
Sans baguette magique, mais par on ne sait quelle alchimie née de la rencontre entre ces jeunes et les deux cinéastes, Dans la terrible jungle est devenu un « teen movie », une sorte de comédie musicale où se racontent des histoires d’amour, les « claques » que l’on se prend dans la vie, ou les moments tout simples du quotidien. Les jeunes sont les super-héros de cette performance filmique hors norme.
On a rencontré les deux réalisatrices sur une plage cannoise, avec des éducateurs de La Pépinière et quelques-uns de ces « super-héros » : Alexis, qui porte dans le film un tee-shirt de Superman et un masque de Batman « pour sauver les gens » ; Léa, qui chante et rêve d’écrire des scénarios ; Valentin, qui nous parle de son plaisir de jouer.
« On avait une caméra et notre voiture »
Commençons par la genèse de ce long-métrage. Caroline Capelle et Ombline Ley ne voulaient pas « faire un film sur le handicap », disent-elles. Leur imaginaire leur a permis d’envisager les choses autrement. Elles se sont connues aux « Arts déco » de Paris (Ecole supérieure nationale des arts décoratifs), section photo vidéo. Caroline était photographe et Ombline sortait d’un BTS montage. « En plus d’être assistante monteuse, j’ai fait plusieurs métiers dans le cinéma, chef déco, accessoiriste, sur des petits tournages. Je me cherchais… Aux Arts déco, on nous a appris à faire des films tout seuls, sans grosse équipe », raconte Ombline Ley. Elles ont étudié la vidéo avec les artistes Clarisse Hahn et Brice Dellsperger. « On avait une caméra et notre voiture. On s’est dit, on y va ! ».

Elles ont d’abord passé du temps avec les jeunes, sans les filmer, juste pour faire connaissance. Et quelque chose s’est déclenché. La caméra dort, personne ne s’en sert ? Les jeunes résidents sont devenus impatients. « Ils se demandaient ce que l’on faisait avec notre caméra. Ils voulaient filmer. On leur a dit, proposez-nous des histoires. C’est votre tribune ! On les a laissé choisir les personnages, les dialogues. On a testé leurs propositions jusqu’au bout », racontent-elles. L’une des jeunes filles, Ophélie, fait des percussions avec son corps et tout ce qu’elle trouve. Une scène sidérante, assez punk, la montre en train de se brosser les dents, tout en produisant la mélodie et la rythmique de La Marseillaise.
Eric, éducateur : « La nature, c’est la vie. C’est anti-stress »
Impossible de démêler le réel de la fiction. Des moments documentaires se sont imbriqués aux scènes jouées. Les adolescents ont leur univers, très riche et stimulé par toutes sortes d’activités proposées dans ce centre hors norme, lui aussi : musique, chant, percussions corporelles, détente et relaxation, activité jardin et nature, ferme équestre. Eric, l’un des éducateurs, a commencé à La Pépinière comme jardinier, il y a trente-et-un ans. C’est lui qui a tout planté sur les quinze hectares. Aujourd’hui, il transmet sa passion aux jeunes. « La nature, c’est la vie. C’est anti-stress. Ils peuvent crier, se détendre », résume-t-il.
Un Buster Keaton en puissance
Une scène le montre en plein travail avec Gaël, un adolescent qui ne va pas tarder à partir en vrille. Les réalisatrices étaient là, par « chance », et elles ont saisi l’instant : Gaël saute partout, tombe, sort du champ de la caméra, dans une performance à la fois sauvage et ludique. S’est-il fait mal ? « Pas du tout, il maîtrise, il a une souplesse, amortit ses chutes. Pour lui, c’est naturel, c’est une façon de se calmer », explique Eric. Un Buster Keaton en puissance, en quelque sorte.

Léa, dont on peine parfois à imaginer qu’elle a un handicap, tant son propos peut être clair et structuré, s’est mise à chanter à l’âge de 8 ans. « Avec les adultes du centre, Jean-Claude, Bastien et Thimothée, on a créé le groupe Musicolor, on chantait nos chansons, on faisait voyager les gens. On n’écrivait pas les paroles, on les retenait de tête. La salle de musique, c’est la salle magique, on oublie tous nos problèmes », dit-elle.
Valentin : « Tant qu’on faisait le film, on était bien… »
Caroline Capelle et Ombline Ley savaient qu’une lettre d’amour circulait… Chaque fois qu’elles revenaient au centre, il y avait une nouvelle histoire. Valentin a bien voulu raconter ses émois amoureux, devant la caméra. « C’était de la fiction. J’ai inventé un poème dans la nuit », nous dit-il sur la plage. Quels mots lui dire, à cette fille qui l’attire ? Il a fallu refaire les prises une dizaine de fois. La dernière a été la bonne. Ce n’était pas trop fatigant, lui demande-t-on ? « Non, non. Tant qu’on faisait le film, on était bien… ». Et ils eurent beaucoup d’applaudissements à la fin de la projection cannoise.

Documentaire de Caroline Capelle et Ombline Ley (1 h 21). Sortie en salle en février 2019. Sur le Web : www.lacid.org/fr/films-et-cineastes/films/dans-la-terrible-jungle et www.facebook.com/AcaciasDistribution



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ La réalisatrice libanaise s’est inspirée et documentée sur la vie des enfants des rues de Beyrouth. Pour « Le Monde », elle présente l’une des premières scènes de son long-métrage, qui a reçu le prix du jury du Festival.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Mise à part la Palme d’or, attribuée au Japonais Hirokazu Kore-eda, le cinéma asiatique, qui a brillé lors de la 71e édition, n’a pas été récompensé à sa juste mesure.
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Article sélectionné dans La Matinale du 19/05/2018
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Cannes 2018 : les causes à défendre au cœur du palmarès

Mise à part la Palme d’or, attribuée au Japonais Hirokazu Kore-eda, le cinéma asiatique, qui a brillé lors de la 71e édition, n’a pas été récompensé à sa juste mesure.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 23h08
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 08h33
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Comme l’aura dit Edouard Baer lors de la cérémonie de clôture du 71e Festival de Cannes, samedi 19 mai : « On remballe ». Après douze jours de haute tension, d’amour, de misère et de souffrance imprimés en plus grand que la vie sur les écrans, de chefs-d’œuvre et de croûtes suspendus à un même rai de lumière, de tapis rouge et de défilés néo-babyloniens sur les marches du Palais, de selfies interdits mais contagieusement accrochés aux sourires de starlettes-minute, de cortèges officiels conduits à cent mètres de là par des motards de la police chauffés à blanc, d’escabeaux et de badauds jetés en vrac sur la chaussée, d’agapes inaccessibles au commun des mortels.

On décroche les panneaux publicitaires, on désagrège les sigles des firmes ornant les balcons, on karchérise les détritus générés par les visiteurs, on balaie la poussière de la scène du Grand Théâtre Lumière, où l’actrice Cate Blanchett et son jury ont fait, comme chaque année, quelques heureux et au moins autant de malheureux, parmi lesquels les quatre représentants de la « French Team » (Stéphane Brizé, Yann Gonzalez, Christophe Honoré et Eva Husson). Tout cela passera vite, avant que cela ne recommence, presque aussi vite, pour la prochaine Palme d’or.

        Lire le live :
         

          Revivez la cérémonie de clôture de la 71e édition du Festival de Cannes



Films à sujets
Il faut d’autant plus prestement, à l’approche de la nuit froide de l’oubli qui va ensevelir ses dernières braises, donner une image, un cliché lui-même promis à une courte vie, de cette édition 2018. Le palmarès rendu par le jury en constitue la version officielle, qui se révèle particulièrement sensible aux films à sujets et aux causes à défendre.

   


Enfance saccagée pour la Palme d’or (Une affaire de famille, du Japonais Hirokazu Kore-eda) et le Prix du jury (Capharnaüm, de la Libanaise Nadine Labaki). Revanche afro-américaine avec le Grand Prix (BlacKkKlansman, de Spike Lee). Apurement des comptes soviétiques avec le Prix de la mise en scène (Cold War, de Pawel Pawlikowski). Soutien à un créateur assigné à résidence et parabole christique sur l’injustice du monde pour le double Prix du scénario (Trois visages, de l’Iranien Jafar Panahi et Heureux comme Lazzaro, de l’Italienne Alice Rohrwacher).

   


Jusqu’aux Prix d’interprétation attribués à l’actrice kazakhe Samal Yeslyamova (Ayka, du Russe Sergey Dvortsevoy) et à l’acteur italien Marcello Fonte (Dogman, de l’Italien Matteo Garrone) qui récompensent, en même temps que la prestation de leurs récipiendaires, l’engagement social et politique des films qui les portent.

   


Quoique décernée par un autre jury, la Caméra d’or n’a pas échappé à cette fibre militante, en récompensant un premier long-métrage au thème LGBT – il a d’ailleurs aussi reçu la Queer Palm –, Girl, du Belge Lukas Dhont, porté par l’équivoque incandescence de son jeune acteur, Victor Polster, couronné par le Prix d’interprétation dans la section Un certain regard. Il ne restait qu’à accorder à Jean-Luc Godard et à son Livre d’image une « Palme d’or spéciale », qui confirme davantage qu’elle ne la lève sa marginalité dans la profession.

   


Colère froide d’Asia Argento
Tout dans ce palmarès atteste donc d’une volonté d’ouverture aux maux du monde et d’une intention fortement revendicative, soulignée tant par les postures que les discours, au point que l’actrice italienne Asia Argento a littéralement tétanisé la salle par une intervention historiquement inouïe en ces lieux, dominée par la colère froide et l’appel, sinon à la vengeance, du moins à la justice.
Rappelant avoir été violée par le producteur américain Harvey Weinstein durant le Festival de Cannes en 1997, elle a pointé un doigt sur la salle en prononçant cette diatribe : « Toute une communauté lui a tourné le dos, même ceux qui n’ont jamais dénoncé ses faits. Et parmi vous, dans le public, il y a ceux que l’on devrait pointer du doigt à cause de leur comportement envers les femmes, un comportement indigne de cette industrie, de n’importe quelle industrie. Vous savez qui vous êtes. Plus important encore, nous nous savons qui vous êtes. »
La prime au sujet a brouillé la boussole esthétique nécessaire à une plus fine mesure du palmarès
On comprendra que, dans ce climat, les préoccupations artistiques aient pu passer au second plan. Non que les films récompensés ne soient pas dignes, pour certains d’entre eux, de leur prix. Le problème est que tous ne le sont pas et que la prime au sujet a manifestement brouillé la boussole esthétique nécessaire à une plus fine mesure du palmarès. Mais si une chose manque ordinairement aux palmarès, c’est bien la cohérence esthétique, rares étant les jurys qui trouvent en eux-mêmes la capacité et l’audace de s’accorder en la matière. On en déduira que la synthèse politique est plus accessible que celle du goût.
Une édition en dents de scie
Cannes 2018 fut en tout état de cause une bonne année pour la compétition. L’édition, en dents de scie, présentait l’avantage de s’offrir à un jugement tranché plutôt qu’à l’indifférence inavouable qui accueille une sélection de basse intensité.
Il y eut, en un mot, du meilleur et du pire. Le meilleur marque le grand retour de l’Asie sur le devant de la scène. Non qu’elle eût disparu, mais sa présence ces dernières années dans les festivals internationaux était plus disparate. Elle s’est rassemblée cette année à Cannes, pour apparaître de nouveau comme le plus grand laboratoire de formes cinématographiques en activité. La Palme d’or accordée au Japonais Hirokazu Kore-eda pour son délicat et impertinent mélodrame sur les fondements de la famille a du moins cette vertu de nous le rappeler.

   


Trois films en compétition – Les Eternels, du Chinois Jia Zhang-ke, Asako I & II, du Japonais Ryusuke Hamaguchi, Burning, du Coréen Lee Chang-dong – ont toutefois, à notre sens, dominé les débats esthétiques, l’intimisme radical qui les caractérise expliquant sans doute l’indifférence du jury à leur beauté. On pourrait d’ailleurs ajouter, hors compétition, le monumental documentaire de Wang Bing, Les Ames mortes, et, dans la section Un certain regard, le film-rêve de Bi Gan, Un grand voyage vers la nuit.
Les films les plus catastrophiques de cette compétition sont construits sur une logique de l’accumulation et de la saturation
Qu’est-ce qui rend ces artistes asiatiques si forts et si prenants ? Sans doute leur poétique du vide et du plein, ce sens foudroyant de l’ellipse et de la litote qui, accusant l’absence, rend la présence si intense.
Nul hasard si les films les plus catastrophiques de cette compétition sont a contrario construits sur une logique de l’accumulation et de la saturation : toujours plus de pathos, d’emberlificotements romanesques, de désinvolture avec le réel, de mauvais spectacles à bon compte. Les Filles du soleil, deuxième long-métrage d’Eva Husson, a concentré à cet égard tous les mécontentements, il y en eut pourtant d’autres.

   


Sélectionnée pour la première fois en compétition, la jeune réalisatrice gardera sans doute un mauvais souvenir de son passage. C’est que l’effet « montagnes russes » n’a pas non plus épargné les neuf nouveaux venus admis cette année en compétition, raison non suffisante pour disqualifier cette ouverture inédite. Leto, de Kirill Serebrennikov, Asako I & II, de Ryusuke Hamaguchi, Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez, et Ayka, de Sergey Dvortsevoy, y furent du moins à leur place.
Le motif de la disparition
Enfin, parmi la prolifération des sujets et des figures générés par les films, c’est avec netteté que se détache cette année le motif de la disparition. Disparition d’une mystérieuse blonde à Los Angeles (Under the Silver Lake, de David Robert Mitchell), d’une fiancée avec laquelle on vient de s’établir (Asako I & II, de Ryusuke Hamaguchi), d’une fille crapuleusement enlevée (Everybody Knows, d’Asghar Farhadi), d’un garçonnet victime de la barbarie islamiste (Les Filles du soleil, d’Eva Husson), d’une amie d’enfance qu’on venait de séduire (Burning, de Lee Chang-dong), d’un nourrisson abandonné à la maternité (Ayka, de Sergey Dvortsevoy), d’un homme pour lequel on s’est sacrifié et qui vous rejette (Les Eternels, de Jia Zhang-ke).
Ce leitmotiv de la présence évaporée s’accorde sans doute avec ce que l’époque comporte d’indéchiffrable. Il n’en reste pas moins qu’elle est vieille comme le cinéma et dispensatrice d’éclatants chefs-d’œuvre (Sueurs froides, d’Alfred Hitchcock, L’Avventura, de Michelangelo Antonioni) au rayon moderne.
Un personnage qui disparaît dans un film est toujours la promesse palpitante d’une quête, en même temps que le signe du constant commerce avec l’absence qui donne son aura à la présence cinématographique. On retrouve ici la raison pour laquelle le cinéma asiatique a si singulièrement brillé sur ce Festival de Cannes, à défaut d’y être récompensé à sa juste mesure.

   



        Voir le portfolio des photographies de Stephan Vanfleteren :
         

          Les acteurs et réalisateurs de Cannes en cinquante-cinq portraits






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Le jury présidé par Cate Blanchett a remis la Palme d’or au film « Une affaire de famille » du Japonais Hirokazu Kore-eda. Retour en vidéo sur les films primés.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ La 71e édition du Festival s’est achevée samedi 19 mai au soir avec la remise de la prestigieuse récompense au cinéaste japonais.
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Cannes 2018 : la Palme d’or couronne Hirokazu Kore-eda et son « Affaire de famille »

La 71e édition du Festival s’est achevée samedi 19 mai au soir avec la remise de la prestigieuse récompense au cinéaste japonais.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 20h40
 • Mis à jour le
19.05.2018 à 23h15
   





                        



   


Clap de fin sur la 71e édition du Festival de Cannes. Lors de la cérémonie de clôture, samedi 19 mai, présentée par l’acteur et animateur Edouard Baer, le jury présidé par l’actrice Cate Blanchett a attribué la Palme d’or au cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda pour son film Une affaire de famille. « A chaque fois que je viens ici, que je suis invité au Festival de Cannes, je me dis que c’est vraiment un endroit où l’on reçoit beaucoup de courage », a souligné le réalisateur – déjà lauréat d’un prix du jury pour Tel père, tel fils (2013) – en recevant sa récompense. « Je ressens aussi de l’espoir, l’espoir peut-être que, grâce au cinéma, les gens qui habituellement s’affrontent, les mondes, les pays qui s’affrontent, peuvent peut-être se rejoindre. Je vais donc accepter ce courage et cet espoir que j’ai reçus ici », a-t-il ajouté.

        Lire l’analyse :
         

          Le jury cannois s’est montré sensible aux causes à défendre



Hirokazu Kore-eda a dit aussi vouloir partager son prix « avec les deux réalisateurs qui n’ont pas pu être présents ici à Cannes », l’Iranien Jafar Panahi et le Russe Kirill Serebrennikov, tous deux interdits de voyager à l’étranger, et avec « les jeunes réalisateurs qui commencent dans le métier et qui vont nous créer beaucoup de beaux films à l’avenir ».
Le Grand Prix, remis par l’acteur et président du jury Un certain regard, Benicio Del Toro, et le membre du jury des longs-métrages, Chang Chen, a été décerné au réalisateur américain Spike Lee pour son film BlacKkKlansman, un polar aux allures de pamphlet contre le racisme, inspiré de l’histoire vraie d’un policier afro-américain qui a infiltré le Ku Klux Klan en 1978. Le cinéaste n’avait pas participé à la compétition cannoise depuis 27 ans (avec Jungle Fever en 1991).
Le prix du jury a été remis par l’acteur Gary Oldman et l’actrice Léa Seydoux, membre du jury, à la réalisatrice libanaise Nadine Labaki pour son film Capharnaüm. Elle a rendu hommage aux « enfants de la rue » qui jouent dans son long-métrage, qui « lui ont ouvert leurs cœurs et raconté leurs souffrances ». Et souligné que son pays, le Liban, a accueilli un grand nombre de réfugiés. Elle a également lancé un vibrant appel à « ne plus continuer à tourner le dos et rester aveugle à la souffrance de ces enfants qui se débattent comme ils peuvent dans ce capharnaüm qu’est devenu le monde ». « Je voudrais vous inviter à réfléchir, parce que l’enfance mal aimée est à la base du mal dans le monde », a-t-elle ajouté.

   


Palme d’or spéciale pour Jean-Luc Godard
Une Palme d’or spéciale, expressément demandée par le jury à Thierry Frémaux, délégué général du Festival, et Pierre Lescure, son président, a été remise au cinéaste franco-suisse Jean-Luc Godard pour Le Livre d’image, en son absence. Après avoir donné sa conférence de presse sur FaceTime, le réalisateur, qui n’est pas venu sur la Croisette depuis des années, « regarde la cérémonie de clôture sur son portable », a précisé sa productrice venue recevoir cette récompense à sa place. Cette Palme d’or spéciale est destinée, selon Cate Blanchett, « à un artiste qui fait avancer le cinéma », qui « a repoussé les limites, qui cherche sans arrêt à définir et à redéfinir le cinéma ».

   


Le prix d’interprétation masculine remis par l’acteur Roberto Benigni, qui voulait « embrasser tout le monde », avec la chanteuse burundaise Khadja Nin, membre du jury, a été décerné à l’acteur italien Marcello Fonte pour son rôle dans le film de Matteo Garrone, Dogman. Il a déclaré : « Je me sens à l’aise avec vous. Ma famille, c’est vous, c’est le cinéma, c’est Cannes ».
Le prix de la mise en scène a été attribué au réalisateur polonais Pawel Pawlikowksi pour Cold War. Ce prix a été remis par le cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako aux côtés de l’actrice Kristen Stewart et le réalisateur Denis Villeneuve, membres du jury. Il s’agit de la première participation de la Pologne à la compétition cannoise.
Le discours coup de poing d’Asia Argento
Comme l’an passé, le prix du scénario a été partagé entre deux films : Heureux comme Lazzaro, de l’Italienne Alice Rohrwacher et Trois visages, de l’Iranien Jafar Panahi, qui a co-écrit le film avec Nader Saeivar. Jafar Panahi n’a pas pu venir au Festival de Cannes car il est toujours assigné à résidence en Iran.
Le prix d’interprétation féminine a été attribué à l’actrice kazakhe Samal Yeslyamova pour son rôle d’une réfugiée kirghize poussée aux dernières extrémités pour survivre, dans Ayka réalisé par le Russe Sergey Dvortsevoy.

   


Avant de remettre ce prix d’interprétation féminine, l’actrice Asia Argento, accompagnée de la membre du jury Ava DuVernay, est revenue sur le viol qu’elle a subi par le producteur américain Harvey Weinstein. Elle fait partie des premières à l’avoir dénoncé, déclenchant un mouvement de libération de la parole aux conséquences mondiales. Elle a notamment affirmé que le producteur américain ne serait « plus le bienvenu » sur la Croisette.

Discours très fort et très applaudi de l'actrice d'Asia Argento en ce début de Cérémonie de Clôture avant l'annonce… https://t.co/cTZDZEWclX— canalplus (@CANAL+)


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La Caméra d’or, qui récompense un premier film toutes sections confondues, a été décernée au film de Lukas Dhont, Girl. Ce long-métrage avait déjà reçu la Queer Palm et l’acteur principal Victor Polster le prix d’interprétation remis par le jury de la section Un certain regard, vendredi 18 mai.
La Palme d’or du court-métrage décernée par le jury des courts-métrages et de la Cinéfondation, présidé cette année par le réalisateur Bertrand Bonello, a récompensé le film de l’Australien Charles Williams, All These Creatures. Une mention spéciale a été attribuée au court-métrage du Chinois Wei Shujun, Yan bian shao nian (On the Border).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Le jury présidé par Cate Blanchett a décerné la Palme d’or au réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda pour « Une affaire de famille ». Le cinéaste américain Spike Lee a reçu le Grand Prix du jury pour « BlacKkKlansman ».
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Condamné pour avoir aidé des migrants, l’agriculteur est le personnage central de « Libre », de Michel Toesca, qui a reçu une « mention spéciale » du jury de L’Œil d’or.
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Cannes 2018 : Cédric Herrou, de retour à Cannes en « officiel »

Condamné pour avoir aidé des migrants, l’agriculteur est le personnage central de « Libre », de Michel Toesca, qui a reçu une « mention spéciale » du jury de L’Œil d’or.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 17h52
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Quand Cédric Herrou est arrivé à l’hôtel Carlton, un vigile lui a fait signe et l’a félicité pour son combat. L’agriculteur de la vallée de la Roya, personnage emblématique de l’aide aux migrants, a débarqué à Cannes, jeudi 17 mai, quelques heures avant la projection de Libre, de Michel Toesca, un documentaire sur l’accueil et la solidarité dans l’arrière-pays niçois, présenté en séance spéciale, hors compétition. Herrou en est le personnage principal : le film raconte son quotidien et celui de quelques bénévoles, entre bras de fer avec les forces de l’ordre, débrouille et système D pour accueillir les nouveaux arrivants, sans oublier la bataille judiciaire… Cédric Herrou a été condamné le 8 août 2017 à quatre mois de prison avec sursis, par la cour d’appel d’Aix-en-Provence, pour avoir aidé quelque deux cents migrants à traverser la frontière italienne.
Cédric Herrou retourne l’accusation : c’est l’Etat qui se met hors-la-loi, dit-il, en empêchant notamment les migrants de déposer leur demande d’asile. Le préfet des Alpes-Maritimes, Georges-François Leclerc, a d’ailleurs été condamné à deux reprises en 2017 pour violation du droit d’asile, par le tribunal administratif de Nice. Les relations entre le préfet et l’agriculteur militant sont à couteaux tirés.
Quand on sait que Cannes dépend de la même préfecture que la vallée de la Roya, on imagine que la sélection de Libre n’a pas été une mince affaire pour le délégué général du Festival, Thierry Frémaux, et son président, Pierre Lescure. Petit détail, c’est aussi la préfecture qui assure la protection des invités sur le tapis rouge… Cédric Herrou, Michel Toesca et quelques migrants ont donc pu monter les marches, jeudi soir, avec tous les honneurs.
Ovation du public
Après la projection, devant le public qui faisait une ovation, Cédric Herrou s’est assuré un grand succès en faisant cette déclaration : « Notre devise “liberté, égalité, fraternité”, quelle que soit notre provenance, notre religion, notre couleur de peau, c’est important de la défendre tous les jours. Parce qu’elle est là et qu’elle est fragile, et qu’elle a besoin de nous, de vous. Elle a besoin qu’on la fasse vivre, qu’elle danse, qu’elle chante, et qu’elle crie à la liberté. Il y a des fois où elle pleure mais il faut qu’elle vive ».
Deux jours plus tard, samedi 19 mai, Libre a reçu la « mention spéciale » de L’Œil d’or, un prix du documentaire créé par Julie Bertuccelli il y a trois ans. Par ces deux gestes, la sélection du film puis la récompense, le Festival de Cannes donne une tribune inespérée à celles et ceux qui dénoncent la politique migratoire de l’Etat. Cédric Herrou acquiesce : « Un mineur isolé ne devrait pas avoir besoin de passer clandestinement. C’est important de pouvoir dénoncer ça à Cannes : ça crédibilise notre combat, alors que la préfecture essaie de nous discréditer ».

   


Cédric Herrou rappelle qu’il est un peu dans la même situation que certains réalisateurs invités en compétition, mais absents car condamnés par le pouvoir ou assignés en résidence
Dans cette 71e édition cannoise très politique, Cédric Herrou rappelle qu’il est un peu dans la même situation que certains réalisateurs invités en compétition officielle, mais absents car condamnés par le pouvoir ou assignés en résidence : « Le Russe Kirill Serebrennikov, l’Iranien Jafar Panahi ne peuvent être à Cannes. Si Libre était programmé dans un festival étranger, je ne pourrais pas moi non plus me rendre dans ce festival. Car je ne peux pas quitter le territoire ». Michel Toesca, le réalisateur du documentaire, fait le bilan : « Je suis parti tout seul sur ce projet. Puis Cédric, d’autres gens, le producteur de Sanosi, le distributeur Jour2Fête, m’ont rejoint. Emmaüs et Médecins du Monde nous ont donné de l’argent, etc. Petit à petit, tout le monde s’est greffé. A présent, Frémaux et Lescure estiment qu’il faut montrer le film. C’est comme une nouvelle personne qui s’ajoute dans l’histoire ».
« Strass et paillettes » 
L’an dernier, l’accueil sur la Croisette avait été plus compliqué. L’équipe de Libre était déjà à Cannes et cherchait des soutiens, alors que le tournage n’était pas achevé – à l’époque, le film s’intitulait A tous vents. L’atmosphère était lourde et tendue, après la découverte de deux migrants morts dans un wagon de train, en banlieue de Cannes. L’équipe du film avait demandé à la direction du Festival de pouvoir monter les marches. Après de nombreuses tractations avec la préfecture, l’autorisation avait été donnée, mais un peu au rabais : pas de voiture officielle et pas de places à l’orchestre pour les migrants. Peu importe, l’instant avait été immortalisé et filmé au téléphone portable, sur un fond musical inattendu : la sono du Festival diffusait à plein tube Douce France, du groupe Carte de séjour…

        Lire le récit :
         

          Vendredi, ou la vie politique sauvage de la Croisette



Cédric Herrou : « Ce documentaire est comme un autre guide touristique de la région. Il montre le charme de l’arrière-pays niçois… »
Tout est un peu surréaliste dans cette histoire, et la vie de Cédric Herrou a basculé. L’agriculteur ne peut plus travailler comme avant. « A la ferme, on a eu des pertes financières énormes. Car rien n’est organisable, on ne peut rien prévoir sur la semaine. On ne sait pas combien de migrants vont arriver, on ne sait pas les difficultés qu’on va avoir avec la préfecture, les gardes-à-vue. Dans ce contexte, le film a été un soutien psychologique », explique-t-il. Abou, jeune Tchadien présent sur la Croisette, a vécu pendant près d’un mois sur le terrain de Cédric Herrou, dans une caravane. Il s’est occupé des poules, des oliviers… Puis quelqu’un l’a hébergé à Paris, pour faire avancer son dossier. « Je ne t’ai pas trop exploité ? », sourit Cédric Herrou.
Libre, conclut-il, est « une caméra embarquée de tout ce qui s’est passé depuis trois ans ». Une sorte de road-movie, grince-t-il : « Ce documentaire est comme un autre guide touristique de la région. Ici, sur la Côte-d’Azur, c’est strass et paillettes, avec tous ces exilés fiscaux sur leurs bateaux. Le film montre le charme de l’arrière-pays niçois… ». Michel Toesca confirme : « On est en train de créer un autre Office du tourisme ! ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Depuis 1975 et le début de la Palme d’or, le Festival de Cannes a surtout mis en avant des films américains et européens, au détriment d’autres continents et cultures.
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Au Festival de Cannes, le jury récompense avant tout les Occidentaux

Depuis 1975 et le début de la Palme d’or, le Festival de Cannes a surtout mis en avant des films américains et européens, au détriment d’autres continents et cultures.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 17h43
    |

                            Baptiste Decharme








                        


Les Européens, stars du Festival de Cannes ? C’est, en tout cas, ce que laissent penser les nationalités récompensées sur la Croisette, alors que le palmarès de l’édition 2018 sera dévoilé samedi 19 mai. Et si on ajoute les Nord-Américains (Canada ou Etats-Unis), il reste peu de place pour les autres continents.
Ainsi, sur les 48 Palmes d’or décernées depuis 1975, date à laquelle cette récompense devient pérenne, 24 lauréats étaient européens de l’ouest et 12 étaient nord-américains. Et un seul film était africain : il s’agit de Chronique des années de braise, du réalisateur algérien Mohammed Lakhdar-Hamina, en 1975. Un autre était turc : Yol, de Yilmaz Güney et Serif Gören, en 1982. Quatre films sont asiatiques, dont trois japonais et un hongkongais.

   


Dans le même ordre d’idée, les acteurs et actrices qui se voient récompensées par le prix de l’interprétation viennent en majorité du Vieux Continent et de l’Amérique du Nord. C’est encore plus frappant pour les hommes, chez qui la diversité semble encore moins présente. Trois viennent du Proche et Moyen-Orient : les Turcs Muzaffer Özdemir et Mehmet Emin Toprak pour Uzak en 2003, ainsi que Shahab Hosseini pour Le Client, un film iranien. Un acteur chinois (Ge You pour le film Vivre) ainsi qu’un Russe (Konstantin Lavronenko pour Le Bannissement) ont aussi été couronnés en 1994 et 2007.
Faible diversité du côté des Grands Prix
Les femmes ont des origines à peine plus diverses. Si 40 des 50 primées proviennent de pays occidentaux (y compris Israël), une seule vient d’Afrique (Linda Mvusi dans Un monde à part, en 1988). Trois viennent de l’ancien bloc de l’est : la Russe Mari Törőcsik dans Où êtes-vous Madame Déry ? (1976) 
Et les polonaises Jadwiga Jankowska-Cieslak dans Un autre regard (1982) et Krystyna Janda dans L’Interrogatoire (1990). Trois actrices sud-américaines ont aussi été récompensées : Norma Aleandro (Argentine), dans L’Histoire officielle en 1985, ainsi que Fernanda Torres dans Parle-moi d’amour en 1986 et Sandra Corveloni dans Une famille brésilienne en 2008, toutes deux étant brésiliennes.

   


Du côté des Grands Prix, qui récompensent le deuxième meilleur film du festival selon le jury, la diversité n’est pas plus évidente. Sur 48 films récompensés, 31 sont européens, et seuls cinq sont américains. L’Asie est un peu plus représentée. Il faut noter le film burkinabé Tilaï, qui remporte le Grand Prix en 1990, en même temps que le film japonais L’Aiguillon de la mort. 

   


Cette année encore, sur les 18 films sélectionnés pour la compétition officielle, huit sont européens et deux sont étatsuniens.

        Lire aussi :
         

                Cannes : Cate Blanchett, prochaine présidente d’un festival qui laisse peu de place aux femmes






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Pendant toute la durée du Festival, Stephan Vanfleteren a photographié pour « Le Monde » des personnalités présentes.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Après qu’ils ont passé deux semaines dans les salles obscures du 71e Festival de Cannes, voici la sélection des journalistes du « Monde ».
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le 71e Festival de Cannes ferme ses portes samedi soir, avec le palmarès et la projection du film de clôture, hors compétition, « L’Homme qui tua Don Quichotte ».
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La gazette de la Croisette : en attendant la Palme d’or et le « Don Quichotte » de Terry Gilliam

Le 71e Festival de Cannes ferme ses portes samedi soir, avec le palmarès et la projection du film de clôture, hors compétition, « L’Homme qui tua Don Quichotte ».



Le Monde
 |    19.05.2018 à 13h06
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
En ce samedi 19 mai, jour de clôture du 71e Festival de Cannes, décalé par rapport aux éditions précédentes (qui s’achevaient traditionnellement le dimanche soir), les vingt et un films en lice pour la Palme d’or ont tous été projetés. Ils font l’objet d’une ultime reprise dans les différentes salles du Palais des festivals durant toute la journée.
La cérémonie de clôture, présentée comme celle d’ouverture par l’acteur et animateur Edouard Baer, débutera à 19 h 15 et s’achèvera vers 20 h 15. Le jury, présidé par l’actrice Cate Blanchett et composé de Léa Seydoux, Kristen Stewart, Khadja Nin, Ava DuVernay, Chang Chen, Robert Guédiguian, Denis Villeneuve et Andreï Zviaguintsev, dévoilera son palmarès, dont la prestigieuse Palme d’or. Cette cérémonie est retransmise en clair et en direct sur Canal+.
Ce palmarès s’inscrit cette année dans un climat plutôt morose, marqué, comme le souligne notre journaliste Thomas Sotinel, par de nombreuses critiques contre le Festival de Cannes, notamment de la part de la presse hollywoodienne, qui remet en cause sa légitimité.
DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
La section Un certain regard a révélé son palmarès, vendredi 18 mai au soir. Pour notre critique Véronique Cauhapé, cette sélection a permis de distinguer un cinéma engagé et pointu. A l’image du film kazakh d’Adilkhan Yerzhanov, La Tendre Indifférence du monde (Laskovoe bezrazlichie mira), une histoire inspirée de Roméo et Juliette, qu’elle a beaucoup aimé.
Dans le cadre de la programmation de l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion), Clarisse Fabre a rencontré l’actrice Françoise Lebrun, qui s’est fait connaître par son rôle dans La Maman et la Putain, de Jean Eustache, en 1973. Elle est de retour à Cannes pour L’Amour debout, de Michaël Dacheux.

ON ATTEND AUJOURD’HUI :
En dehors de la révélation du nom de la Palme d’or 2018, l’événement de ce samedi de clôture est la projection hors compétition du film de Terry Gilliam L’Homme qui tua Don Quichotte (The Man Who Killed Don Quixote), à 20 h 45 après la cérémonie du palmarès.

Thomas Sotinel a rencontré le réalisateur britannique, qui revient en détail sur l’aboutissement de ce projet d’adaptation du roman de Cervantès envisagé il y a trente ans, une première fois interrompu il y a dix-huit ans par la maladie de l’acteur Jean Rochefort et par les intempéries. Sans oublier le récent conflit qui l’oppose au producteur Paulo Branco, dont il s’est séparé avant le début du tournage, mais qui estime avoir des droits sur le film.


        Lire la gazette de la Croisette (18 mai) :
         

          L’Anatolie de Nuri Bilge Ceylan, une mère kirghize et Gary Oldman






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Le réalisateur de « L’Homme qui tua Don Quichotte » savoure le bonheur de voir son film enfin porté à l’écran et projeté en clôture du Festival, samedi 19 mai.
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édition abonné


Terry Gilliam à Cannes : « Je n’ai plus de montagne à gravir »

Le réalisateur de « L’Homme qui tua Don Quichotte » savoure le bonheur de voir son film enfin porté à l’écran et projeté en clôture du Festival, samedi 19 mai.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 11h10
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Trente ans après avoir envisagé d’adapter le roman de Cervantès, dix-huit ans après le tournage interrompu par la maladie de Jean Rochefort et les intempéries, Terry Gilliam voit enfin la fin de ce voyage, fait de tentatives successives de ressusciter un projet que toute l’industrie cinématographique donnait pour mort. Le film a été choisi pour clore la 71e édition du Festival de Cannes, samedi 19 mai.

A 77 ans, Terry Gilliam éclate toujours du même rire enfantin à ses propres blagues. La perspective de la projection au Palais des festivals lui fait presque oublier le conflit qui l’oppose au producteur Paulo Branco, dont il s’est séparé avant le début du tournage, et l’alerte de santé qui lui a valu un passage à l’hôpital avant d’embarquer pour Cannes. Quelques heures après cet entretien, la justice française a ­rejeté, vendredi 18 mai, la demande d’interdiction de la sortie en salle de L’Homme qui tua Don Quichotte déposée par le producteur Paulo Branco.

Comment vous sentez-vous ?
Bien, ce n’est que la troisième interview de la matinée, je me sens encore frais.
Pourtant, la semaine a été agitée, avec les actions en justice de Paulo Branco.
Ces dernières semaines, le festival nous a bien soutenus, a été ­vigoureux dans sa résistance contre les conneries de Branco. Ça a été une grande surprise pour moi. Branco a suscité tellement de chaos, en menaçant les exploitants. Le festival a fait savoir que ça suffisait. Ce qui est important, c’est que les gens voient le film. Ils comprendront pourquoi nous nous sommes battus.

Comment avez-vous vécu ­ce dernier obstacle, après trente ans d’efforts ?
On s’y attendait un peu. Paulo a décidé que, s’il n’était pas producteur de ce film, il n’existerait pas. Pour moi, le plus important était de savoir que le film était terminé, même s’il essayait de l’empêcher de sortir....




                        

                        


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Cannes 2018 : « L’Homme qui tua Don Quichotte », un bébé vigoureux, malgré trente ans de gestation

L’histoire du film de Terry Gilliam est devenue l’une des grandes légendes du cinéma.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 11h09
 • Mis à jour le
19.05.2018 à 11h21
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                            Thomas Sotinel








                        



   


Sélection officielle – hors compétition, film de clôture
Pour peu que l’on aime Terry Gilliam – la magie enfantine de Bandits Bandits (1981), la dystopie frénétique de Brazil (1985), la mélancolie de Fisher King : le roi pêcheur (1991) –, on pénètre dans la salle où l’on projette L’Homme qui tua Don Quichotte (The Man Who Killed Don Quixote) avec l’appréhension du visiteur entrant dans la chambre d’hôpital où gît un ami qui vient de subir une opération de chirurgie esthétique. L’histoire de ce film est devenue l’une des grandes légendes du cinéma. Terry Gilliam a occupé sa fin de XXe siècle à essayer de monter une adaptation du Quichotte de Cervantès. Le moment où il a cru y parvenir, en 2000, est devenu un documentaire-catastrophe, Lost in La Mancha.

        Lire l’entretien avec Terry Gilliam :
         

          « Je n’ai plus de montagne à gravir »



Depuis, les rôles initialement destinés à Johnny Depp et Jean Rochefort ont été proposés à Ewan McGregor, Owen Wilson, Robert Duvall ou John Hurt, le scénario a été révisé (par les mêmes auteurs, Tony Grisoni et Gilliam) un nombre incalculable de fois. Si l’on ajoute que la tonalité de la filmographie du réalisateur s’est assombrie et qu’il a parfois semblé perdre de sa légendaire assurance (Zero Theorem en 2013), on s’attend à découvrir un film fragile et contrefait.
Energie et plaisir
C’est tout le contraire : L’Homme qui tua Don Quichotte vibre d’une énergie, d’un plaisir de faire du cinéma communicatifs. Au fil des ans, le scénario a incorporé les péripéties qui ont entouré l’odyssée du film. Toby (Adam Driver) est un atroce réalisateur de publicités, capricieux, narcissique, qui tourne en ­Espagne un spot inspiré de l’attaque des moulins à vent. Il se rend bientôt compte qu’il n’est qu’à quelques kilomètres du village où il tourna son film de fin d’études, une variation sur le thème du Quichotte. Sa tentative pour retrouver cette innocence perdue le plonge dans un no man’s land entre mémoire et présent, entre scénario et quotidien, dont la figure centrale est le cordonnier auquel il confia naguère le rôle du Chevalier à la triste figure. Irradié par la fiction, l’artisan n’a jamais repris son alêne, restant coincé dans son rôle.

   


L’invention inépuisable de Gilliam est structurée par ce souci de ­mêler réalité et fantaisie jusqu’à ce qu’elles soient méconnaissables
Le judas qui a trahi ses idéaux et le fou qui a oublié la réalité se lancent dans une chevauchée absurde à travers une contrée qui ressemble au monde d’aujour­d’hui, d’un campement d’immigrés clandestins au château d’un oligarque, tout en prenant l’apparence des décors fantasmagoriques qui meublaient les imaginations jumelles de Don Quichotte et de Miguel de Cervantes.
L’invention inépuisable de Gilliam est structurée (la plupart du temps, les longues séquences finales donnent l’impression que l’auteur de Jabberwocky (1977) ne voulait pas que son film et son tournage s’arrêtent) par ce souci de ­mêler réalité et fantaisie jusqu’à ce qu’elles soient méconnaissables et vraies, sans trop recourir aux effets spéciaux. Pour donner chair à cette idée, le réa­lisateur a pu compter sur le formidable numéro qui oppose son Panza d’outre-Atlantique, moderne, arrogant, séduisant et vulnérable, à son Quichotte britannique, qui porte fièrement la tradition du paroxysme théâtral. Quand ces deux-là cessent d’enchanter ou de faire rire, on entend la complainte de Terry Gilliam qui compte les années qu’il a ­sacrifiées à son obsession.

Film britannique, espagnol et portugais de Terry Gilliam. Avec Adam Driver, Jonathan Pryce, Olga Kurylenko (2 h 12). Sortie en salle le 19 mai. Sur le Web : www.ocean-films.com/film/lhomme-qui-tua-don-quichotte et quixotemovie.com



                            


                        

                        

