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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Phloeun Prim, organisateur du festival Cambodge, d’hier à aujourd’hui, qui se tient jusqu’au 27 mai à Paris et en région parisienne, souligne l’importance du dialogue entre les générations pour faire revivre la scène artistique de son pays.
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« La renaissance culturelle du Cambodge est un travail de long terme »

Phloeun Prim, organisateur du festival Cambodge, d’hier à aujourd’hui, qui se tient jusqu’au 27 mai à Paris et en région parisienne, souligne l’importance du dialogue entre les générations pour faire revivre la scène artistique de son pays.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 17h24
    |

            Adrien Le Gal








                        



   


Alors que le Cambodge connaît une forte répression politique, à quelques mois des élections législatives du 29 juillet, la culture demeure un espace de liberté, assure Phloeun Prim, directeur de l’ONG Cambodian Living Arts qui organise le festival Cambodge, d’hier à aujourd’hui – Season of Cambodia. Cette manifestation culturelle, qui se tient jusqu’au 27 mai, propose une série d’événements artistiques à Paris et en région parisienne pour découvrir le renouveau de la scène culturelle du pays, près de quarante ans après la chute du régime de Pol Pot, en 1979.
Plusieurs événements culturels présentés dans le cadre du festival font, directement ou non, référence aux Khmers rouges. Est-ce un paradoxe, alors que les jeunes Cambodgiens, nés dans les années 1990, n’ont connu ni cette période, ni la décennie de régime communiste qui a suivi ?
Presque quarante ans après les Khmers rouges, le Cambodge reste traversé par beaucoup de questions sur la mémoire. Dans les familles cambodgiennes, ce chapitre de l’Histoire n’est toujours pas discuté. C’est pour cela que les artistes de la nouvelle génération sont engagés dans cette recherche identitaire, ce retour vers le passé. C’est un travail qu’on n’achève réellement jamais. Dans le festival, nous cherchons d’ailleurs à engager fortement la diaspora cambodgienne, à jeter des ponts entre la génération qui a fui les Khmers rouges, et leurs enfants, qui n’ont pas connu cette époque. Aujourd’hui, en Europe et en France, on reçoit des dizaines de milliers de réfugiés venus d’Irak, de Syrie, d’Afghanistan. Comment aborderont-ils cette question de la mémoire dans dix, vingt ou trente ans ? Pour eux aussi, la culture aura un rôle à jouer. Le Cambodge a été à l’avant-scène de ces communautés de réfugiés, qui revivent l’Histoire de leur pays, mais qui savent aussi avancer et créer.
A l’approche des élections législatives de juillet, le pays connaît une forte régression démocratique. Le principal parti d’opposition a été banni, son chef de file jeté en prison, les médias indépendants ont été fermés ou rachetés par des proches du pouvoir… La culture reste-t-elle un espace de liberté ?
Ce mouvement n’a pas touché directement la liberté d’expression des artistes. Néanmoins, sans parler d’autocensure, il existe chez eux une certaine retenue sur les sujets sensibles. Il n’y a pas réellement, au Cambodge, d’artistes militants, qui seraient à l’avant-poste des mouvements sociaux. Mais les artistes voient ce qui se passe dans le pays. C’est à eux qu’il revient de trouver les moyens d’exprimer des choses que les responsables politiques peuvent comprendre.

        Lire le compte-rendu :
         

          Au Cambodge, la vente du « Phnom Penh Post » sonne le glas de la presse indépendante



Les pays occidentaux doivent-ils remettre en cause la coopération culturelle avec le Cambodge ?
Je pense que la situation actuelle ne doit pas empêcher de créer. La renaissance culturelle du Cambodge est un travail de long terme, qui prendra du temps. Même les Khmers rouges, qui ont tué la plupart des artistes, n’ont pas réussi à éradiquer l’âme créative des Cambodgiens. Après la guerre, ainsi, les gens sont retournés au musée, ont ressorti les marionnettes traditionnelles… Par ailleurs, il serait faux de dire que le régime actuel serait hostile à toute forme d’expression artistique. Le mouvement de jeunesse du Parti du peuple cambodgien [PPC, au pouvoir], ainsi, organise de nombreuses manifestations culturelles. C’est une utilisation politique et nationaliste de la culture, bien entendu, mais celle-ci est plutôt sophistiquée et intelligente.
Une partie des artistes cambodgiens mis en avant par ce festival sont issus de la diaspora. Existe-t-il un décalage entre eux et les officiels cambodgiens ?
Oui, c’est évident. Les artistes engagés dans la renaissance cambodgienne se focalisent sur une expression contemporaine, alors que la priorité affichée par les officiels est la préservation du passé.
Il y a une dizaine d’années, le premier opéra rock cambodgien, Where Elephants Weep, porté par votre ONG, avait suscité des crispations…
Lors de la première, à Phnom Penh, de nombreux officiels étaient présents et avaient applaudi. Mais quand l’opéra rock a été diffusé à la télévision, le clergé bouddhiste a protesté, car on y voyait un bonze chanter. Peut-être que le public n’était pas prêt ? Peut-être que la diffusion à la télévision n’a pas permis de contextualiser l’œuvre ? Le gouvernement avait dû se poser en arbitre entre le clergé et nous, nous avons présenté nos excuses. Depuis, les productions culturelles ayant trait à la religion doivent théoriquement être validées avant leur diffusion.
Le festival met également en avant la musique pop cambodgienne des années 1960. Comment expliquer que ce genre, unique au monde, soit encore si méconnu ?
Pour beaucoup, même au Cambodge, notre histoire moderne a commencé après les Khmers rouges. Des jeunes Cambodgiens sont ainsi surpris de découvrir que le pays était partie prenante du foisonnement culturel des années 1960, avec les débuts du rock’n’roll, sous l’influence des fréquences radio américaines pendant la guerre du Vietnam. Mais lorsque Norodom Sihanouk est mort, en 2012, il y a eu un regain d’intérêt pour la culture du Sangkum Reastr Niyum [le nom du régime politique du prince Sihanouk, entre 1955 et 1970]. Les chansons de l’époque sont devenues virales, les jeunes ont voulu comprendre ce qu’avaient vécu leurs parents.

        Lire le récit :
         

          La vie amère de la petite princesse du rock khmer



Quel est votre coup de cœur du festival ?
Je souhaite mentionner Bangsokol : un requiem pour le Cambodge, spectacle créé par le réalisateur Rithy Panh et le compositeur Him Sophy, formé à Moscou. Tous deux sont des survivants des Khmers rouges et font résonner la culture cambodgienne à travers le monde. C’est une œuvre complètement nouvelle, créée au Cambodge, qui fait revivre le pali, une langue qui n’est plus pratiquée à part par les bonzes. Elle vient rappeler que certains sont morts pour que d’autres survivent, et qu’entretenir la mémoire des morts permet de vivre, et de créer.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Contemporain d’Andy Warhol et de Roy Lichtenstein, l’artiste américain laisse une œuvre plus complexe et variée que ne le laisse penser « Love », sa création mondialement connue.
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Robert Indiana, l’un des pères du pop art, est mort

Contemporain d’Andy Warhol et de Roy Lichtenstein, l’artiste américain laisse une œuvre plus complexe et variée que ne le laisse penser « Love », sa création mondialement connue.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 16h18
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 17h35
    |

                            Philippe Dagen








                        



                                


                            

L’artiste américain Robert Indiana est mort le 19 mai à Vinalhaven, petite île au large de la côte du Maine. Né sous le nom Robert Clark le 13 septembre 1928 à New Castle, dans l’Indiana, il était âgé de 89 ans.
S’il fallait un exemple des méfaits que peut causer la célébrité d’une seule œuvre sur la réputation d’un artiste, ce serait lui. En 1964, il a l’idée de faire du mot LOVE – en quatre majuscules – l’objet d’un travail d’abord graphique et pictural, puis sculptural. Parce que ce mot est compris à peu près partout sur la planète, les déclinaisons de son idée deviennent vite innombrables, au point que beaucoup lui échappent, aussi bien du point de vue juridique que de celui de l’art.
Qui n’a vu des sérigraphies, des affiches, des objets dérivés conçus d’après son modèle initial sans savoir nécessairement qu’il en était le créateur ? De ce succès qui lui devint extérieur, puis dommageable, il conçut assez d’amertume et décida de quitter New York pour Vinalhaven en 1978. Il y est mort seul, après quatre décennies de retraite volontaire, retraite si complète que son décès n’a été connu qu’avec retard.
Sujets et matériaux dans la rue
Or l’œuvre d’Indiana est bien plus complexe et variée que ce que ce succès ferait croire. Issu d’un milieu modeste marqué par la crise économique des années 1930, il passe par plusieurs établissements scolaires et par l’US Air Force avant d’être admis en 1949 dans l’école de l’Art Institute de Chicago, formation artistique qu’il complète par un séjour au College of Art d’Edimbourg et par un voyage en Europe en 1953.
A son retour, en 1954, plutôt que de revenir à Chicago, il décide de ne pas aller plus loin que New York. Il y entre bientôt en relation avec de jeunes artistes de son âge, Ellsworth Kelly, Cy Twombly, Jack Youngerman. Mais à la différence de ceux-ci, dès ses premiers travaux, il prend sujets et matériaux dans la rue.

Ses sujets : il compose avec des signes tels qu’étoiles,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ En payant, sans doute très cher, pour les futures productions de l’ex-couple présidentiel américain, la plate-forme poursuit sa stratégie destinée à attirer des créateurs de renom, observe le chroniqueur économique du « Monde » Jean-Michel Bezat.
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« L’accord avec les Obama, un nouveau gros “coup” pour Netflix »

En payant, sans doute très cher, pour les futures productions de l’ex-couple présidentiel américain, la plate-forme poursuit sa stratégie destinée à attirer des créateurs de renom, observe le chroniqueur économique du « Monde » Jean-Michel Bezat.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 11h42
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 12h30
    |

            Jean-Michel Bezat








                        



                                


                            

Chronique. L’Amérique avait déjà eu un président acteur avec Ronald Reagan, elle a désormais un ancien président producteur avec Barack Obama. Un an et demi après avoir quitté la Maison Blanche, il a annoncé avoir signé avec Netflix un accord – au montant non dévoilé – pour produire avec son épouse Michelle des longs-métrages de fiction, des séries de télé-réalité et des documentaires (via leur société Higher Ground Productions), qui ­seront diffusés par la ­plate-forme de vidéos en ligne par abonnement.
Il n’est pas question d’en faire une machine de guerre contre Donald Trump, préviennent des proches du couple cités par le New York Times. Un peu messianique, Mme Obama dit avoir toujours eu « foi », comme son époux, « en la puissance du récit pour nous aider à ouvrir aux autres nos esprits et nos cœurs ». Et l’ex-président espère « cultiver et aider à s’affirmer les voix de talent, sources de créativité et d’inspiration qui promeuvent davantage d’empathie et de compréhension entre les ­peuples ». Ce qui, avouons-le, n’est pas vraiment l’esprit animant son successeur.

Netflix a sans doute payé très cher pour ce couple glamour qui avait déjà empoché 60 millions de dollars (près de 51 millions d’euros) de la maison d’édition Penguin Random House contre la promesse d’un livre chacun. Les productions Obama sur plusieurs années viendront enrichir le catalogue de la plate-forme et renforcer sa stratégie destinée à attirer des créateurs de contenus de renom. Les journaux professionnels américains n’hésitent pas à rapprocher l’opération des deux gros « coups » réalisés récemment par la plate-forme : l’accord à 300 millions de dollars avec le producteur à succès Ryan Murphy (« Glee », « The People vs O.J. Simpson ») et celui à 100 millions avec Shonda Rhimes (« Scandal », « Grey’s Anatomy ».
Montagnes de cash
Le rideau du 71e...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Olivier Hervet, de la galerie HdM, implantée en Chine depuis 2009, analyse l’intérêt grandissant du public chinois pour l’art contemporain.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

« Shanghaï est la seule ville, avec New York, à avoir deux grandes foires la même semaine »

Olivier Hervet, de la galerie HdM, implantée en Chine depuis 2009, analyse l’intérêt grandissant du public chinois pour l’art contemporain.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 11h05
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 13h35
    |

            Emmanuelle Jardonnet








                        



   


Les annonces et les ouvertures à Shanghaï – notamment des antennes du Centre Pompidou et de la Fondation Prada, l’arrivée de nouvelles galeries internationales – montrent que la ville devient une nouvelle référence en matière d’art. Comment expliquez-vous ce tournant en tant qu’insider depuis près de dix ans en Chine ?
L’offre culturelle de Shanghaï a effectivement explosé ces dernières années. Selon moi, pour deux raisons principales. Premièrement, la création de son port franc, qui permet de stocker les œuvres et de les sortir pour une période de six mois sans payer les frais de douane élevés [de 21 %]. Cela facilite considérablement l’organisation d’expositions importantes. Deuxièmement, la puissance économique des acheteurs chinois, qui se sont imposés comme des acteurs majeurs du marché de l’art. Les galeries veulent désormais être au plus près de ces nouveaux collectionneurs. De leur côté, les musées souhaitent accroître leur visibilité, et attirer de nouveaux donateurs.
Quelle est votre perception de l’évolution du goût des amateurs et collectionneurs chinois depuis votre implantation dans le pays ?
L’ouverture à l’art international est le développement majeur de ces dernières années. Elle s’explique par le fait que beaucoup de jeunes collectionneurs ont étudié à l’étranger, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis pour la plupart. Ils ont donc été exposés depuis longtemps à des œuvres occidentales. Et maintenant que les procédures de visa se sont simplifiées, les collectionneurs plus âgés voyagent plus fréquemment à l’étranger. Par conséquent, les acheteurs chinois commencent à avoir des goûts plus éclectiques.

        Lire le reportage :
         

          Shanghaï, nouvelle terre de conquête artistique



La galerie HdM a choisi de s’implanter à Pékin et à Hangzhou. Pourquoi ce choix plutôt que Shanghaï ?
Pékin reste la capitale de la création en Chine. La majorité des artistes y résident ou y ont fait leurs études. En tant que capitale, c’est toujours le centre culturel, politique et médiatique du pays. De fait, la plupart des galeries chinoises se situent à Pékin, où nous avons ouvert en 2009. Nous avons choisi d’ouvrir également à Hangzhou afin de renforcer un ancrage très local et de nous familiariser avec un nouveau groupe de collectionneurs. L’académie de Hangzhou a en effet formé beaucoup d’artistes, comme Zao Wu-Ki, Liu Wei, Wang Guangyi, Zhang Peili ou Gu Wenda. C’est une ancienne capitale culturelle et les habitants ont une vraie sensibilité artistique. A l’ouverture, en 2013, nous y étions la seule galerie commerciale.
Vous représentez une majorité d’artistes chinois, que vous contribuez aussi à faire connaître hors de Chine. Comment vous-êtes vous positionnés au fil du temps ?
Au début, nous exposions des œuvres sur papier, majoritairement d’artistes chinois. Maintenant, nous montrons beaucoup d’artistes étrangers. Les collectionneurs sont plus audacieux au niveau de l’origine, mais aussi des styles. Nous venons d’exposer Barthélemy Toguo avec beaucoup de succès, alors que lors de notre première exposition avec lui, nous n’avions quasiment rien vendu. Nous avons aussi des collectionneurs qui se sont ouverts à la sculpture, la vidéo et aux installations. Les choses évoluent dans le bon sens.
Vous venez de présenter à Pékin votre première exposition collective avec la totalité des artistes étrangers, curatée par l’artiste américain Spencer Sweeny. C’est un tournant ?
Oui, on ne l’aurait pas fait il y a trois-quatre ans. Aujourd’hui, on sait que ça va intéresser les gens. Nous présentons des artistes étrangers depuis un an et demi, avec des curateurs, pour le prestige, en général en duo avec un artiste chinois. Nous sommes à un moment où les galeries cherchent à créer des expériences dans leur espace. Pour attirer les visiteurs dans leurs murs, les galeries sont obligées de créer des choses vraiment uniques. Beaucoup de Chinois font leurs premiers pas vers l’art contemporain en voyant circuler des photos sur les réseaux sociaux, principalement sur WeChat, et ils viennent voir. Le modèle aujourd’hui, c’est de montrer des expositions en galerie qui laissent une grande liberté aux artistes, et de proposer des choses plus commerciales dans les foires.
Comment voyez-vous la suite à Shanghaï, où la mutation est plus récente qu’à Pékin ?
La scène locale va évoluer, avec plus de galeries de qualité, d’artistes de qualité, et davantage de foires. Depuis peu, Shanghaï est déjà la seule ville au monde avec New York à avoir deux foires de haut niveau la même semaine : Art 021 et West Bund. Les galeries Gagosian, Hauser and Wirth ou David Zwirner participent aux deux.
Cet intérêt pour l’art contemporain occidental se répercute-t-il sur le second marché, du côté des maisons de vente ?
Avant 2013, les maisons de vente étrangères implantées en Chine n’avaient pas le droit de vendre de l’art contemporain occidental. Le geste de François Pinault, qui a restitué à la Chine les deux têtes d’animaux en bronze pillées lors du sac du Palais d’été de Pékin [par l’armée française en 1860, et qui avaient été mis en vente lors de la dispersion de la collection de Pierre Bergé en 2009], a changé la donne. Car François Pinault, c’est Christie’s, qui est implanté à Shanghaï et à Hongkong. Mais, même si c’est aujourd’hui possible, on est encore très très loin des grosses ventes d’art contemporain internationales : c’est un problème de devise et de visa pour les acheteurs, mais aussi de transport, de spécialistes, d’accès et de logistique.

        Lire le focus :
         

          En Chine, une censure à géométrie variable pour les œuvres d’art






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Au cœur des revendications des écrivains, des questions de rémunérations et de retraites.
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Les auteurs se mobilisent contre la précarité de leur situation économique

Au cœur des revendications des écrivains, des questions de rémunérations et de retraites.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 10h30
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

Une exaspération poussée à son paroxysme. C’est pour dire leur colère et leur sentiment d’abandon que les auteurs organisent, mardi 22 mai, les premiers Etats généraux du livre, sous la houlette du Conseil permanent des écrivains (CPE), à la Maison de la poésie, à Paris. Ni la ministre de la culture, Françoise Nyssen – pourtant à la tête des éditions Actes Sud avant d’arriver Rue de Valois –, ni Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, n’avaient prévu d’y participer selon les organisateurs.
La liste des revendications des écrivains grossit à vue d’œil, tout comme la liste des auteurs signataires mobilisés, parmi lesquels Jean Rouaud, Lydie Salvayre, Chantal Thomas, Patrick Grainville, Nathalie Azoulai et, fait rarissime, même les vendeurs de best-sellers comme Pierre Lemaître, Marc Levy, Guillaume Musso et Tatiana de Rosnay. Au nombre de 20 000, ils réclament des réformes. « Le fossé entre la dimension symbolique et la condition sociale des auteurs se creuse de façon vertigineuse », regrette Marie Sellier, présidente de la Société de gens de lettres (SGDL). Une partie de leurs difficultés tient à l’inflation du nombre de nouveaux titres édités chaque année : 76 000 en 2017, voire 81 000 en comptant les ouvrages autoédités. « Soit 200 nouveautés par jour », rappelle Pascal Ory, président du CPE.
A côté de la question de la surabondance de titres, le sujet qui fâche est celui de la rémunération. Les à-valoir fondent et les auteurs ne sont payés par les éditeurs qu’une fois par an. Moins bien, donc, que les fournisseurs. « Qu’on arrête de faire de la trésorerie sur notre dos », se plaint Marie Sellier. Tous unis, les syndicats d’auteurs refusent d’être les laissés-pour-compte des réformes fiscales et sociales en cours.

Casse-tête juridique
Autre point de friction, mais avec les pouvoirs publics cette fois, la hausse de la CSG. Mise en place au 1er janvier, elle a été compensée par...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ La Queer Palm, créée en 2010, a couronné cette année « Girl », un film sur la transition sexuelle. Mais cette récompense n’est toujours pas reconnue par le Festival.
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Cannes 2018 : les films « queer » se sont imposés sur la Croisette

La Queer Palm, créée en 2010, a couronné cette année « Girl », un film sur la transition sexuelle. Mais cette récompense n’est toujours pas reconnue par le Festival.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 10h09
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Girl, de Lukas Dhont ; Sauvage, de Camille Vidal-Naquet ; Diamantino, de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt ; Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré ; Rafiki, de Wanuri Kahiu ; Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez ; Cassandro the Exotico !, de Marie Losier ; Carmen y Lola, d’Arantxa Echevarria, et la liste n’est pas terminée… De nombreux films, centrés sur les questions liées au genre et à l’homosexualité, ont été programmée dans les différentes sections cannoises, pour cette 71e édition.
Le jury de la Queer Palm, créée en 2010, présidé cette année par la productrice Sylvie Pialat, n’avait que l’embarras du choix. Girl, un film sur la transition sexuelle d’un jeune danseur vers le sexe féminin, qui a bouleversé les festivaliers, a décroché cette récompense, tandis que son réalisateur, Lukas Dhont, a reçu la Caméra d’or remis par le jury de la compétition offcielle, et son comédien principal, Victor Polster, le prix d’interprétation d’Un certain regard.

Une double tendance est en cours : non seulement ces films « LGBT » (lesbien, gay, bi, trans) sont de plus en plus nombreux à Cannes et dans les autres grands festivals, mais ils sont régulièrement primés. En 2017, 120 battements par minute, de Robin Campillo, en compétition officielle, a obtenu le Grand Prix ainsi que la Queer Palm. La projection de ce film sur les années de lutte d’Act Up contre le sida, qui a décimé la population gay dans les années 1990, est restée parmi les moments les plus forts de l’édition 2017. On peut également citer, les années précédentes, La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche, Palme d’or en 2013, L’Inconnu du lac (2013) puis Rester vertical (2016), d’Alain Guiraudie, Les Vies de Thérèse (2016) de Sébastien Lifshitz, etc.
« Un manque de considération certain »
La Queer Palm se trouve à un tournant. Ce prix désormais très attendu n’est pas reconnu officiellement par le Festival de Cannes et son délégué général, Thierry Frémaux. Cannes n’est pas Berlin. A la Berlinale, les Teddy Awards existent depuis 1987 et font partie intégrante du palmarès. Ces Teddy, qui ont la forme d’un ours en peluche, récompensent des fictions, des documentaires et des courts-métrages évoquant l’homosexualité. Pedro Almodovar et Gus Van Sant en ont été les premiers lauréats.

   


Le fondateur de la Queer Palm, le journaliste Franck Finance-Madureira, résume la situation. « On ne reçoit aucun soutien financier, ne serait-ce que pour payer le transport et le logement des membres du jury. Il y a un manque de considération certain », regrette-t-il. « Notre lutte est pourtant reconnue par le gouvernement, avec la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT. Mais aux yeux du Festival, on n’existe pas ».
Franck Finance-Madureira, fondateur de la Queer Palm : « Quand je suis invité dans les festivals à l’étranger, d’une façon indirecte, je représente Cannes »
Franck Finance-Madureira souligne ce paradoxe. « Quand je suis invité dans les festivals à l’étranger, d’une façon indirecte, je représente Cannes. Ce serait valorisant et moderne pour l’image du Festival de s’impliquer. On pourrait organiser une tournée de tous les festivals LGBT avec le vainqueur de la Queer Palm », poursuit-il, citant, entre autres, le festival Outfest à Los Angeles, le Framelime à San Francisco, et d’autres à Tel-Aviv, Turin, etc. Il a tout de même été reçu par le président du Festival, Pierre Lescure, lequel avait donné son accord pour la création de La nuit gay sur Canal+, en 1995, lorsqu’il en était le patron.
D’autres alliés sur la Croisette
Certes, quelques rapprochements ont eu lieu : depuis deux ans, le jury de la Queer Palm monte les marches le soir où un film LGBT est projeté en compétition. Cette année, ce fut le jeudi 17 mai, le soir de la « première mondiale » du film de Yann Gonzalez, Un couteau dans le cœur, avec Vanessa Paradis. Sur la Croisette, la Queer Palm a d’autres alliés, souligne Franck Finance-Madureira : « La Semaine de la critique est très “queer-friendly”. Et Unifrance, qui a pour mission d’exporter le cinéma français à l’étranger, accueille désormais une rencontre du marché queer ». Depuis cette année, la société Titra-Film dote le long-métrage lauréat de la Queer Palm d’un montant de 10 000 € – pour le sous-titrage –, et le court-métrage gagnant de 3 000 €.
A ceux qui estiment que les récompenses « queer » n’ont plus vraiment de raison d’être, du fait de la « banalisation » des questions gay et trans, Franck Finance-Madureira répond ironiquement : « Dans 300 ans peut-être… Mais aujourd’hui, il y a encore la peine de mort pour les homosexuels dans presque vingt pays. Les récompenses “queer” permettent aux films de circuler dans les festivals, et de porter dans le monde ces questions politiques d’égalité ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ La Fondation Cartier s’installe jusqu’au 24 juin dans la ville chinoise, où l’offre en musées et galeries s’emballe.
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Shanghaï, nouvelle terre de conquête artistique

La Fondation Cartier s’installe jusqu’au 24 juin dans la ville chinoise, où l’offre en musées et galeries s’emballe.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 08h58
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 11h17
    |

            Emmanuelle Jardonnet (Shanghaï (Chine)








                        



                                


                            

« Vous êtes à Shanghaï pour la culture ? Vous devriez plutôt aller à Pékin. Ici, les gens viennent pour faire du shopping ; Shanghaï, c’est Disneyland ! » La foule qui flâne alentour en ce samedi de fin avril semble illustrer l’avis tranché de cette étudiante chinoise croisée sur le Bund, promenade historique le long de la rivière Huangpu où se nichent palaces, banques et boutiques de luxe. Si la ville, cœur économique de la Chine continentale et la plus peuplée du pays avec 24 millions d’habitants, n’est pas encore une référence en termes de scène artistique et d’offre culturelle, le processus est néanmoins lancé, à une vitesse galopante.

Sur le plan des chantiers, les Français brillent par leur présence dans la ville chinoise : le Centre Pompidou ouvrira au printemps 2019 une antenne provisoire en partenariat avec une entreprise semi-publique dans une large zone d’activités qui sera consacrée à la culture ; en 2021, l’architecte Jean Nouvel doit livrer le Musée d’art moderne de Shanghaï. Entre-temps, la galerie Perrotin, déjà très implantée en Asie, ouvrira au cœur du Bund dès septembre.

Mais l’actualité du moment est l’ouverture pour l’été de deux grandes expositions au Power Station of Art (PSA), qui se trouve être le seul musée d’art contemporain public de Chine, ouvert par la ville en 2012. L’une présente une sélection de la collection amassée par la Fondation Cartier dans le domaine de l’art contemporain et d’autres champs de la création et du savoir (« A Beautiful Else­where ») ; l’autre est une large rétrospective consacrée à Christian Boltanski (« Storage Memory »). Les deux ont ouvert conjointement pour le lancement du festival Croisements, grand rendez-vous annuel du rayonnement de la culture française en Chine, qui dure jusqu’au 24 juin.
Histoire d’amitié
Nul hasard à ce que la Fondation Cartier présente sa collection au PSA, musée à la sensibilité proche de l’institution parisienne. A la tête de ce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Même s’il n’existe aucune règle précise, la nudité, la violence ou les sujets politiques sont susceptibles de froisser les autorités chinoises.
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En Chine, une censure à géométrie variable pour les œuvres d’art

Même s’il n’existe aucune règle précise, la nudité, la violence ou les sujets politiques sont susceptibles de froisser les autorités chinoises.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 08h57
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 11h08
    |

            Emmanuelle Jardonnet (Shanghaï et Pékin (Chine)








                        



                                


                            

Deux des œuvres prévues dans l’accrochage de la Fondation Cartier au Power Station of Art n’ont pas eu leur « piwen », licence délivrée par le ministère de la culture chinoise. Autrement dit, elles ont été censurées par les autorités. Il s’agit de deux nus : une photographie d’un enfant aborigène d’Amazonie, présentée dans une série de Claudia Andujar, et la sculpture de Ron Mueck d’une femme portant à bras-le-corps un fagot de branches.

Mais au même moment, à Shanghaï, au Long Museum, la plus grande institution privée bâtie autour d’une collection en Chine, les nus féminins de l’artiste chinois Yang Fudong ne semblent pas avoir heurté les censeurs – qui seraient quelques milliers dans le pays. « La censure ne s’exerce pas de façon monolithique dans les expositions, et pas de manière aussi forte que sur Internet, qui a un impact plus puissant en termes de troubles à l’ordre public », analyse Robert Lacombe, conseiller culturel à l’ambassade de France. « Elle dépend de qui on rencontre et de quel temps il fait », résume en souriant un cadre occidental d’un musée privé, qui précise : « Ce ne sont pas forcément les nus qui posent problème. La représentation d’un fantôme peut être censurée. »
« Stratégies de contournement »
Même s’il n’existe aucune règle précise, la nudité, la violence ou les sujets politiques sont susceptibles de froisser les autorités, qui ont durci les contrôles sur la scène culturelle depuis l’arrivée du président Xi Jinping en 2013. Pékin, plus proche du pouvoir, serait-elle plus touchée par le phénomène ? « La ville n’est pas totalement sclérosée par la censure, même si les stratégies de contournement sont de plus en plus compliquées », confie un galeriste. Une de ces stratégies consiste à proposer exprès quelques-unes des œuvres fortement susceptibles d’être censurées, pour mieux tenter d’épargner celles que l’on tient réellement à accrocher.

A Pékin,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ L’acteur livre ses souvenirs de tournage du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, où il incarnait l’un des astronautes.
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Cannes 2018 : l’odyssée de l’espace selon Keir Dullea

L’acteur livre ses souvenirs de tournage du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, où il incarnait l’un des astronautes.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 08h16
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 08h28
    |

                            Thomas Sotinel (Cannes, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Keir Dullea se tient sur le pont d’un de ces yachts luxueux qui, pendant le Festival de Cannes, servent de point de rendez-vous aux professionnels du cinéma et aux journalistes. Un décor luxueux, un peu absurde, comme la chambre d’hôtel qui marque le terme de l’odyssée de Dave Bowman, l’astronaute qu’incarna Keir Dullea dans 2001 : l’Odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick, il y a cinquante ans. Le temps de cette ultime étape, Bowman traverse toute une existence, vieillissant de quelques décennies de plan en plan. La dernière image qu’on garde de lui est celle d’un vieillard agonisant, au corps rabougri.

A 81 ans, le visage de Keir Dullea ressemble assez exactement à celui de l’avant-dernière incarnation du personnage auquel il restera pour toujours assimilé. Sa vigueur est loin d’être épuisée (à Cannes, on l’a vu dans la nouvelle version de Fahrenheit 451 proposée par Ramin Bahrani) ; il évoque avec enthousiasme et modestie sa contribution à l’œuvre de Kubrick projetée sur la Croisette dans une copie 70 mm dont la restauration a été supervisée par Christopher Nolan.

La préparation, le tournage et la postproduction de 2001 tournèrent souvent au cauchemar pour les collaborateurs de Kubrick, du romancier et coscénariste Arthur C. Clarke au responsable des effets spéciaux Douglas Trumbull en passant par le maquilleur Stuart Freeborn. « Stanley était un perfectionniste, se souvient Keir Dullea. Le premier jour de tournage, après des semaines d’essayages de costumes, de tests de maquillage, c’était dans la roue centrifuge. Le regard de Stanley s’est posé sur nos chaussures, elles ne lui ont pas plu. On n’a pas tourné ce jour-là. Il a fallu trouver d’autres chaussures. »
« Pas de tensions sur le plateau »
Heureusement pour les acteurs, l’exigence fanatique de Kubrick prit un autre tour à leur égard, fait de négociations et d’écoute. Keir Dullea venait de jouer, également à...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Le film ressort en copie restaurée, tandis qu’un livre détaille les innovations techniques et esthétiques de Stanley Kubrick pendant le tournage
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Reprise : redécouvrir les mille et une merveilles de « 2001 : l’Odyssée de l’espace »

Le film ressort en copie restaurée, tandis qu’un livre détaille les innovations techniques et esthétiques de Stanley Kubrick pendant le tournage



Le Monde
 |    22.05.2018 à 08h15
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 08h17
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

En 2018, le fait le plus marquant de la conquête de l’espace a été la mise en orbite d’une voiture à des fins publicitaires. Il y a un demi-siècle, la course à la Lune et le tournage de 2001 : l’Odyssée de l’espace, entreprises jumelles, étaient propulsés par un mélange de mobilisation technologique et d’émerveillement poétique, que l’on retrouvera en revoyant ou – mieux encore – en découvrant le film de Stanley Kubrick, qui ressort à ­Paris en copie 70 mm, près de cinquante ans après sa première française, le 27 septembre 1968.

La perfection des effets spéciaux – de la préhistoire imaginée au futur prédit –, la lenteur audacieuse et l’économie dramatique du récit qui mène au vertige ­spéculatif de sa conclusion ont gardé toute leur puissance. S’y ajoute aujourd’hui la nostalgie d’une période de l’histoire du ­cinéma pendant laquelle un artiste pouvait imposer ses exigences à un studio, sans jamais se soumettre à celles du marketing.
Aux Etats-Unis, la récente parution chez Simon & Schuster de Space Odyssey – Stanley Kubrick, Arthur C. Clarke and the Making of a Masterpiece (« L’Odyssée de l’espace – Stanley Kubrick, Arthur C. Clarke et la naissance d’un chef-d’œuvre ») offre une vue ­détaillée du processus qui a abouti à cet objet sans équivalent dans l’histoire du cinéma, ni même dans la filmographie de Kubrick. L’auteur, Michael Benson, a recueilli les témoignages des survivants de cette aventure et compilé tous les documents nécessaires.
Danseurs transformés en australopithèques
Autour de l’impressionnante figure de Stanley Kubrick, visionnaire pointilleux, séducteur ­capable des manipulations les plus cyniques, Benson fait revivre une foule de personnages ­secondaires. La contribution de chacun est détaillée et évaluée. Celle du romancier Arthur C. Clarke au premier chef, dont l’inventivité et le savoir scientifique nourrirent le scénario avant que Kubrick ne soumette l’écrivain à un traitement (refus de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Fils d’un tueur à gages, l’acteur américain ne cesse de jouer avec la loi, à l’image de son rôle de corsaire dans « Solo, A Star Wars Story ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 21/05/2018
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Cannes 2018 : Woody Harrelson, en liberté surveillée

Fils d’un tueur à gages, l’acteur américain ne cesse de jouer avec la loi, à l’image de son rôle de corsaire dans « Solo, A Star Wars Story ».



Le Monde
 |    22.05.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 16h21
    |

            Aureliano Tonet (Cannes, envoyé spécial)








                        



                                


                            

« Trente secondes… Vingt-cinq… Vingt… » Le compte à rebours égrené par le staff de Disney n’anticipe pas la mise sur orbite du dernier vaisseau maison, Solo, A Star Wars Story, toujours fixée au mercredi 23 mai dans l’essentiel des salles du système solaire. « Quinze… Dix… Cinq… » Il s’agit, sur un registre plus terrestre, de rappeler à notre photographe qu’il ne dispose que de deux minutes chrono pour tirer le portrait de Woody Harrelson. L’Américain, qui incarne un corsaire interstellaire dans le nouveau spin-off de la franchise, est du genre diligent : « Woody souhaite impérativement quitter l’hôtel à midi pile… », argumente un stormtrooper déguisé en attaché de presse.

Deux jours plus tôt, le 15 mai, le divertissement de Ron Howard a été fraîchement reçu lors de sa présentation hors compétition sur la Croisette ; le tournage s’était éternisé, et l’acteur exige que, cette fois, le planning soit respecté à la seconde près. Rien que de très « prévisible », comme dirait avec fatalisme son personnage : depuis que la série Cheers l’a révélé, dans les années 1980, Harrelson s’arrange toujours pour se trouver dans des situations limites. Qui d’autre a autant joué avec la loi, qu’il s’agisse de la faire appliquer ou, au contraire, de s’en affranchir effrontément ?
Sur grand et petit écran, il s’est improvisé garant des institutions policières (True Detective, Triple 9, Three Billboards), militaires (La Ligne rouge, Des hommes d’influence, La Planète des singes), médicales (The Sunchaser), voire étatiques (L.B. Johnson, après Kennedy). Mais il a tout aussi habilement enfilé les haillons du hors-la-loi : outrage aux bonnes mœurs (Larry Flint), kidnapping (Wilson), fraude bancaire (Le Château de verre), meurtre (Tueurs nés, Sept psychopathes), grand banditisme...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Chaque mardi, « La Matinale du Monde » propose un choix de séries à (re)découvrir sur petit écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 21/05/2018
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« Better Things », une traductrice cynique et du sexisme inversé : nos séries de la semaine

Chaque mardi, « La Matinale du Monde » propose un choix de séries à (re)découvrir sur petit écran.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 07h26
    |

                            Martine Delahaye








                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Une femme seule qui se débat entre son boulot, sa mère et ses trois filles, des femmes qui prennent la place des hommes – et le pouvoir, une traductrice de l’Ofpra qui profite de sa situation pour arrondir ses fins de mois, cette semaine, on se plonge dans trois séries bien ancrées dans l’air du temps.
« Better Things » : formidable portrait d’une femme d’aujourd’hui

Après avoir été l’alter ego du showman Louis C. K., devant et derrière la caméra, Pamela Adlon lançait sa propre série, en 2016 : Better Things, une comédie de nouveau cocréée avec Louis C. K. mais dont elle était, cette fois, l’initiatrice et l’actrice principale.
Better Things met en scène Sam, une actrice de Los Angeles que l’on appelle surtout pour des doublages ou de la publicité à la radio, et qui éleve seule ses trois filles dont deux ados, Max et Frankie – sa propre mère fofolle (Celia Imrie) vivant en face de chez elle.
Aucune intrigue ici, mais, telle une auto-fiction, la vie frénétique d’une femme « mûre », comme elle le dit (Pamela Adlon, excellente interprète), qui n’a guère d’autre loisir que de courir entre de désespérantes auditions et les innombrables exigences de ses trois filles.
Sur cette base pourtant vue et revue, Pamela Adlon a su créer une série éminemment fraîche, tendre, profonde et comique à la fois. Tout en râlant contre le sexisme et le jeunisme à Hollywood, tout en rêvant que ses enfants, ne serait-ce qu’un jour, lui accordent le temps de s’ennuyer, Pamela Adlon, par la voix de Sam, brosse un formidable portrait, nuancé, vibrant et éclatant de vérité, d’une femme du temps présent qui n’entend ni baisser les bras ni se laisser faire.
Better Things, saison 1, série créée par Pamela Adlon et Louis C. K. Avec Pamela Adlon, Celia Imrie (EU, 2016, 10 x 23 min). Le mercredi, à partir du 23 mai, sur Canal+ Séries à 20 h 55 (4 puis 3 épisodes par soirée). Disponible en intégralité sur Canal+ à la demande. Les saisons 1 et 2 seront diffusées à la suite.
« Martin, sexe faible » : le monde à l’envers

« Je m’appelle Martin, j’ai 30 ans, et dans mon monde, ce sont les femmes qui ont le pouvoir. » Voilà une websérie futée, drôle et même jouissive ! En fait, dans le monde de Martin, les hommes restent des hommes, les femmes des femmes, mais un tout petit truc, juste monumental dans ses effets, s’est inversé : ces micro-frustrations invisibles que les femmes vivent au quotidien, ce que l’on attend d’elles sans même y penser, ce que l’on critique chez elles sans beaucoup creuser, ces mille et uns petits plis de domination entre lesquels elles font du gymkana, voilà que ce sont les hommes qui y sont soumis…
Premier épisode : Martin, venu faire un contrôle après avoir pris la pilule pendant sept ans, se retrouve étendu, les pieds dans les étriers d’une table « gynécologique », et voit son andrologue inopinément remplacé par une femme. Pas à l’aise, le Martin. Fou rire garanti, au moins de la part des spectatrices !
Martin, sexe faible, websérie créée par Paul Lapierre, Juliette Tresanini et Antoine Piwnik. Avec Paul Lapierre, Juliette Tresanini, Jordi Le Bolloc’h, Marion Seclin (France, 2016, trois saisons, soit 28 épisodes de 3 minutes). Sur Studio 4, le site des nouvelles écritures de France Télévisions.
« Le Temps des égarés » : la force du récit pour survivre

Sira Diabaté (Claudia Tagbo) travaille en tant que traductrice à l’Ofpra, l’organisme chargé d’attribuer et surtout de refuser le droit d’asile en France. Arrivée elle-même toute jeune sur notre sol après avoir survécu à l’émigration, elle sait le type de récit personnel qu’il convient de présenter aux autorités pour augmenter ses chances d’obtenir le droit d’asile. Ce qui l’amène, mais seulement contre forte rétribution, à inventer de fausses histoires aux réfugiés qui se présentent à l’Ofpra, en travestissant leurs propos afin de les rendre plus pathétiques, sous le couvert de leur traduction.
Pour donner un corps et une âme aux réfugiés que l’on n’aperçoit le plus souvent que par grappes dans nos journaux télévisés, la réalisatrice Virginie Sauveur est partie d’un scénario écrit par Gaëlle Bellan (qui travaille sur la nouvelle saison du Bureau des légendes). Elle s’est focalisée sur le parcours en France de trois d’entre eux : l’un, arrivé du Mali avec sa fille Assa pour la préserver de l’excision ; cette petite fille, Assa, qui va vite se retrouver seule au monde ; un intellectuel Irakien, Abdul, qui a fui l’organisation Etat islamique. Avec, en contrepoint, l’attitude plus ou moins égoïste ou réfractaire des Français que ces migrants seront amenés à rencontrer.
Une thématique dure et sensible, quasiment jamais abordée en fiction, qui a reçu le prix du public 2018 au Festival international de Biarritz ainsi que les prix de meilleurs fiction, scénario et musique au Festival des créations audiovisuelles de Luchon.
Le Temps des égarés, téléfilm de Virginie Sauveur. Avec Claudia Tagbo, Biyouna, Jean-Pierre Lorit, Alice Belaïdi (France, 2018, 90 minutes). Sur Arte, vendredi 25 mai à 20 h 55.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Principalement grâce au luxe, la fortune des treize Français les plus riches a augmenté de 23,5 milliards d’euros depuis janvier, selon Bloomberg.
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La France, le pays où les milliardaires s’enrichissent vite

Principalement grâce au luxe, la fortune des treize Français les plus riches a augmenté de 23,5 milliards d’euros depuis janvier, selon Bloomberg.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 14h12
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 14h44
    |

            Jérôme Porier








                        



   


La fortune des deux Français les plus riches, Bernard Arnault et François Pinault, a augmenté de 22,3 milliards de dollars (19,4 milliards d’euros) depuis le début de l’année 2018, selon l’agence Bloomberg. Une progression qui a largement contribué à faire de la France le pays au monde où les milliardaires ont créé le plus de richesse cette année.
M. Arnault est la plus grande fortune européenne, avec un patrimoine estimé à 76,4 milliards de dollars (65 milliards d’euros), quand la fortune de M. Pinault est évaluée à 35,5 milliards de dollars (30 milliards d’euros).

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Collectivement, la fortune des treize Français les plus riches a augmenté de 27,6 milliards de dollars (23,5 milliards d’euros), soit une hausse de 12 % depuis janvier. C’est presque deux fois plus que l’augmentation de la richesse des grandes fortunes japonaises, le Japon étant le pays qui arrive au second rang après la France dans le classement établi par l’agence américaine. Au total, les 500 plus grandes fortunes dans le monde ont vu leur patrimoine augmenter de moins de 1 %.

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Luxe en Chine et commerce électronique
La performance française est due en grande partie à Bernard Arnault, 69 ans, président de LVMH, et de François Pinault, 81 ans, fondateur de Kering. Le redressement de la demande pour les produits de luxe en Chine et une présence accrue dans le commerce électronique ont dopé les ventes des deux holdings et ont permis d’améliorer significativement leur rentabilité. La hausse des ventes d’art de la maison d’enchères Christie’s a aussi contribué à la progression du patrimoine de M. Pinault, qui en est le propriétaire.
A noter : les frères Alain et Gérard Wertheimer, propriétaires de Chanel, ont vu leur fortune augmenter de 2,4 milliards de dollars (2,04 milliards d’euros) depuis janvier, tandis que celle de Françoise Bettencourt-Meyers, héritière du groupe L’Oréal et Française la plus riche, s’est accrue de 3,7 milliards de dollars (3,1 milliards d’euros).
Mais l’année 2018 n’est pas un bon millésime pour toutes les fortunes françaises. Ainsi, la richesse de Xavier Niel (actionnaire à titre personnel du Monde) a diminué de 2,6 milliards de dollars (2,2 milliards d’euros) à la suite de la chute en Bourse du titre du holding Iliad, qui possède l’opérateur télécoms Free.

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ L’incursion d’œuvres contemporaines au cœur de monuments historiques se fait rarement sans remous. La dernière installation du plasticien Felice Varini à la cité de Carcassonne en témoigne.
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De l’art contemporain au cœur de monuments historiques


                      L’incursion d’œuvres contemporaines au cœur de monuments historiques se fait rarement sans remous. La dernière installation du plasticien Felice Varini à la cité de Carcassonne en témoigne.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 13h47
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 16h43
    |

                            Roxana Azimi







Du plafond de l’Opéra Garnier aux remparts de Carcassonne, retour sur ces installations qui ont suscité la polémique.
Mai 2018 : la cité de Carcassonne encerclée

   


Pour fêter les 20 ans de son classement au patrimoine mondial de l’Unesco, Carcassonne, dans l’Aude, a invité l’artiste suisse Felice Varini à s’emparer des célèbres remparts. Las, ses cercles concentriques jaunes en aluminium censés illuminer pendant cinq mois la cité ont échauffé les esprits. Une pétition en ligne largement relayée par l’extrême droite compare l’anamorphose à un gilet de secours fluorescent…
2016 : Les vitraux d’Anzy-le-Duc abandonnés

   


En 2015, la mairie d’Anzy-le-Duc, en Saône-et-Loire, accepte de proposer à Gérard Fromanger de remplacer les vitraux de l’église romane – qui dataient du XIXe siècle et n’avaient pas grand intérêt. Jugé trop profane, le projet composé de silhouettes et bulles colorées fait l’objet de vives critiques locales. Pour faire taire la polémique, l’évêque d’Autun décline finalement la proposition du peintre.
2015 : le « Dirty Corner » versaillais vandalisé

   


L’incursion de l’art contemporain au château de Versailles a toujours enflammé les « tradis ». Jeff Koons, Takashi Murakami ou Xavier Veilhan ont eu leurs lots de contradicteurs. Mais personne n’avait osé s’attaquer physiquement à leurs œuvres. La limite est franchie en 2015 lorsque l’installation Dirty Corner de l’artiste britannique Anish Kapoor est vandalisée à plusieurs reprises.

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2011 : le « Mur pour la paix » du Champ-de-Mars menacé

   


Erigé en 2000 pour trois mois au Champ-de-Mars, le Mur pour la paix de Clara Halter a pris racine tout en étant régulièrement dégradé. En 2011, Rachida Dati, maire du 7e arrondissement, lance une pétition réclamant le démontage de ces panneaux de verre sur lesquels est inscrit le mot « paix » en 32 langues au prétexte qu’ils dénaturent la perspective classée de l’Ecole militaire à la tour Eiffel.
1960 : le plafond de l’Opéra de Paris décrié

   


Difficile d’imaginer que l’art poétique et joyeux de Marc Chagall ait pu faire débat. Pourtant, lorsque, en 1960, le ministre de la culture, André Malraux, lui commande un plafond pour l’Opéra Garnier, les conservateurs montent au créneau contre l’incursion de l’art contemporain dans un bâtiment Second Empire. Inaugurée quatre ans plus tard, l’œuvre rencontre toutefois un accueil enthousiaste.

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La programmation cannoise de l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion a réservé de belles surprises.
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Cannes 2018 : nouveaux récits à l’ACID

La programmation cannoise de l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion a réservé de belles surprises.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 11h13
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 17h08
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Il est assez tentant de chercher un motif commun parmi les neuf films de la programmation 2018 de l’ACID au Festival de Cannes. Qu’ont voulu nous dire, peut-être dans leur inconscient, les sélectionneurs de l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion – qui sont, précisons-le, des cinéastes – ? C’est l’une des spécificités de cette section cannoise, où la programmation n’est pas décidée par une seule personne. Le motif 2018 pourrait être le temps, celui qui permet de prendre du champ, d’aller voir de l’autre côté, ou tout simplement d’imprimer la pellicule. Une façon de résister au flux d’images et d’informations plus ou moins justes qui fusent à la vitesse des étoiles filantes, la poésie en moins.
Dans l’ensemble, le motif est plutôt réussi. Les réalisateurs et réalisatrices de cette programmation paritaire livrent de nouveaux récits, de l’Amérique au Kazahkstan en passant par la Roumanie et la France. Où il est question d’identité, du dépassement de soi, de la recherche du bien-être amoureux, d’éclats de vie fragiles, fugages, à saisir dans l’instant. Si l’on met bout à bout les titres des neuf films, cela donne : Dans la terrible jungle, soudain Il se passe quelque chose. Cassandro the Exotico ! a Un violent désir de bonheur, chante Thunder Road, de Bruce Springsteen, cherche L’Amour debout sur le ring, mais il, à moins que ce ne soit elle, soupire : Seule à mon mariage… et sans argent. Bad Bad Winter pour Nous, les coyotes.
Amoureux, révolutionnaires et handicapés
Que se passe-t-il après la séparation de deux amoureux ? Dans L’Amour debout, Michaël Dacheux filme sur plusieurs saisons, dans l’Est parisien qui déborde sur Pantin, le parcours de deux jeunes gens qui se reconstruisent chacun de leur côté. En chemin, le garçon qui veut devenir réalisateur croise Françoise Lebrun, l’inoubliable Véronika dans La Maman et la Putain (1973), de Jean Eustache. Celle qui, avant de tourner ce film, jetait joyeusement des pavés dans le Paris de Mai-68.

        Lire la rencontre :
         

          Françoise Lebrun debout…




   


On a vu un « faux » film historique, Un violent désir de bonheur, de Clément Schneider. Dans un style rohmérien, le jeune réalisateur Clément Schneider nous installe en 1792 dans un couvent de l’arrière-pays niçois, que des troupes révolutionnaires viennent de réquisitionner. Mais ce n’est qu’un « costume » : l’action pourrait avoir lieu aujourd’hui. Dans ce temps qui nous sépare de la Révolution française, le cinéaste interroge les potentielles insurrections contemporaines, sur fond de musique rock des années 1970. Comme si des jeunesses d’époques différentes allaient se rencontrer, combler le vide sur l’étagère de livres.

   


Qu’est-ce qui se cache derrière ce centre d’accueil pour jeunes handicapés, situé à Loos dans les Hauts-de-France ? Un lieu qui peut devenir enchanteur, avec des êtres doués d’un bel imaginaire, nous disent Caroline Capelle et Ombline Ley. Il fallait le faire : Dans la terrible jungle est une sorte de « teen movie » réalisé avec des adolescents qui se sont approprié la caméra, ont accepté de jouer des scènes fictives tout en livrant une part de leur quotidien.

Catch et performance
Cassandro, dans sa tenue de « drag-queen », est-il « seulement » un catcheur burlesque ? On n’est pas près d’oublier Cassandro the Exotico !, de Marie Losier. Ce champion de catch mexicain aux paupières pailletées est fellinien : il s’est imposé dans ce milieu machiste en assumant son homosexualité, au prix de violences physiques et verbales. Marie Losier montre l’homme derrière le personnage : né Saul Almendariz, il s’est construit à travers ses combats, sportif et identitaire.

   


Le choix esthétique de la pellicule seize millimètres est une autre mise en danger : la bobine se termine en trois minutes et il faut sans cesse changer le film, quitte à rater le moment crucial du match ! Marie Losier a pris le risque de l’« accident technique » pour la beauté du geste. Cassandro est servi : le grain satiné de l’image lui va comme un gant.

Et que dire de la performance de Jim Cummings dans Thunder Road ? Réalisateur, scénariste et comédien de ce film tendu, nerveux, il incarne un policier texan qui fait tout pour récupérer la garde de sa fille. Mais il est borderline : il a le don de se mettre dans des situations impossibles. Il y a du Jim Carrey dans ce Jim Cummings dont on devrait entendre parler.

D’Avignon à Los Angeles
D’autres films ont moins convaincu. Dans Il se passe quelque chose, Anne Alix nous invite à fermer le guide touristique et à fuir dans l’arrière-pays. Comme cette femme qui doit rédiger un guide « gay-friendly » dans la région d’Avignon et qui, très vite, prend la tangente avec une femme rencontrée par hasard. Lors de ce « road movie », elles vont croiser des habitants, des vrais, qui ne sont pas des acteurs : des ouvrières, une patronne de bar qui écrit des chansons, un homme touché par le nuage de Tchernobyl, avec un corps « augmenté » à ses extrémités. Ce sont les moments les plus passionnants du film, mais ils sont malheureusement trop courts. Le scénario est subtil, le récit un peu monotone.

De même, Seule à mon mariage, de Marta Bergman, suit le périple d’une jeune Rom qui rencontre sur Internet un potentiel mari en Belgique. Mais elle lui cache l’existence de sa fille… L’héroïne se « dédouble » mais le film hésite dans un récit trop long.

Il y a les amis d’enfance qui sont des faux amis, voire des monstres. C’est le thème du thriller d’Olga Korotko, Bad Bad Winter, tourné dans le froid du Kazakhstan. Efficace et très joliment réalisé, mais les ficelles du scénario sont un peu grosses.

Changement de température : Nous, les coyotes, d’Hanna Ladoul et Marco La Via, voudrait nous montrer l’autre Los Angeles. Un jeune couple s’installe à « L.A. », rempli de rêves californiens. Mais ils vont déchanter, au fil de déconvenues qui s’accumulent – un peu trop à notre goût. Le charme du film doit beaucoup au personnage féminin, interprété par Morgan Saylor, qui évolue sous nos yeux, y compris physiquement. La jeune fille BCBG, contenue, largue les amarres familiales comme on jette le sac à dos. L’été peut commencer.

Sur le Web : www.lacid.org/fr/cannes/programmation



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Avec « Silencer », Yuka Nagate et Sho Fumimura signent un polar brutal aux thématiques multiples sur le Japon mafieux. Une vraie réussite.
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« Silencer », une ode brutale au polar japonais en manga

Avec « Silencer », Yuka Nagate et Sho Fumimura signent un polar brutal aux thématiques multiples sur le Japon mafieux. Une vraie réussite.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 09h06
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


« Silencer », le nom du silencieux qui équipe l’arme de l’héroïne. Silencieux, comme la traduction de son prénom, Shizuka, « silence », en français. Silencieux aussi, car le personnage principal de ce manga policier, sorti le 26 avril chez Komikku, n’est pas très bavard, dans ce monde plutôt brutal.

   


L’histoire commence aux Etats-Unis, où Shizuka, une jeune flic japonaise en résidence au département de police de New York, s’est fait une réputation de tueuse impitoyable. A son retour au Japon, après une dernière opération de nettoyage plutôt décapante, elle est mutée dans un service secondaire, dessaisie de ses armes, avec un partenaire véreux et pervers. Combinant les méthodes corrompues de son doublon aux siennes, elle découvre un complot impliquant les mafias chinoises et japonaises dans un trafic humain sans pitié. C’est le début d’une histoire assez dense en quatre volumes, qui dépeint le milieu policier et mafieux de l’archipel.
On connaît la dessinatrice, Yuka Nagate, depuis son récent travail sur GIFT ±, un seinen toujours en cours chez Komikku. Son héroïne décapante qui se servait des organes de truands pour les donner aux malades exploitait la même idée du vengeur solitaire écrivant sa propre loi. Sauf que, dans Silencer, ce n’est pas dans l’illégalité que Shizuka opère, mais comme bras armé officiel de l’Etat. Un mélange des genres qui séduit les mangakas puisqu’on le retrouve aussi dans le plus ancien Rose Hip Rose créé par Fujisawa, dont l’héroïne bondissante travaillait également comme « super cop » à Tokyo.

   


Un scénario en apparence classique donc, mais un travail d’orfèvre, en réalité, puisque c’est Shô Fumimura qui tient la plume, dont on connaît le travail par le cultissime Hokuto No Ken (Ken le survivant), qu’il a écrit sous son pseudonyme Buronson (surnom lui venant de Charles Bronson, à qui il ressemblait, paraît-il). Sho Fumimura est dans l’application stricte des principes du polar. Sans fantaisie. Flics ripoux clope au bec, mafia japonaise sans âme, femmes instrumentalisées comme objets sexuels et usage intensif des armes à feu… Les amateurs de ce genre, rare dans le manga japonais, y trouveront leur compte.

   


Silencer, de Yuka Nagate et Sho Fumimura, série en quatre tomes en cours, volume 1 sorti le 26 avril, volume 2 en librairie le 21 juin, éditions Komikku, 240 pages, 8,5 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ L’auteur d’« En finir avec Eddy Bellegueule » consacre un texte à son père, un homme qui n’a pas eu la chance d’explorer ses potentialités, contrairement à son fils devenu un phénomène littéraire.
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édition abonné


Edouard Louis ou l’art de la confrontation

L’auteur d’« En finir avec Eddy Bellegueule » consacre un texte à son père, un homme qui n’a pas eu la chance d’explorer ses potentialités, contrairement à son fils devenu un phénomène littéraire.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 13h40
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Voilà peut-être ce qui surprend le plus quand on rencontre Edouard Louis : il rit beaucoup. L’auteur d’En finir avec Eddy Bellegueule et d’Histoire de la violence (Seuil, 2014 et 2016), qui aujourd’hui fait paraître Qui a tué mon père, le jeune écrivain qui s’attache à mettre implacablement au jour, par la littérature, les logiques de domination, le sociologue bourdieusien passé par Normale Sup, prompt à ferrailler en public, de tribunes en interviews, se révèle, dès que l’on s’éloigne un peu de ce qui lui inspire colère et gravité, un interlocuteur jovial. Il plaisante, démontre un talent certain pour l’imitation, se marre… Ce rire, il nous dira qu’il l’a « travaillé », adolescent, pour le rendre moins bruyant, comme il a travaillé à effacer son accent picard, à redresser sa posture (il se tient en effet très droit), à tenir ses couverts selon les usages de la bourgeoisie… Bref, comme il a façonné toutes ces choses constituant un « habitus », dit-on en sociologie. Il a répété les gestes à la façon dont il répétait des scènes de théâtre, jusqu’à se les approprier.

C’était à l’époque du lycée. Elevé à Hallencourt (Somme), dans une famille du « lumpenprolétariat », au sein d’un milieu où, comme il l’a raconté dans son premier roman, le jeune garçon homosexuel était rejeté pour ses manières précieuses et ses goûts, et persécuté par les caïds du collège, Eddy Bellegueule était devenu interne dans un lycée du centre-ville d’Amiens, où il était entré grâce à l’option théâtre. « Le théâtre, ­résume-t-il, a été ma porte étroite » ; l’interstice par lequel il a pu échapper à sa famille, fausser compagnie au déterminisme. « En finir avec Eddy Bellegueule », pour devenir Edouard Louis, son nom officiel depuis 2013 – « Louis » est du reste une référence au personnage principal de la pièce Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce (1990). Il souligne qu’à Madeleine-Michelis, établissement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Le service Culture du « Monde » propose aux lecteurs de « La Matinale » un choix de concerts, de festivals, de clips…
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Article sélectionné dans La Matinale du 20/05/2018
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Jazz, flamenco et Christine and The Queens : notre semaine en musique

Le service Culture du « Monde » propose aux lecteurs de « La Matinale » un choix de concerts, de festivals, de clips…



Le Monde
 |    21.05.2018 à 06h22
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 09h10
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Les raisons de sortir ne manquent pas cette semaine : entre le swing manouche, le flamenco sacré, la musique balte, le jazz à Saint-Germain ou le concert unique de Ben Folds, vous n’aurez que l’embarras du choix. A découvrir également, le dernier clip de Christine and The Queens.
UN VIDÉO-CLIP : « Damn, dis-moi (feat. Dâm-Funk)/Girlfriend » de Christine and The Queens 

Appelez-la désormais Chris. Quatre ans après le succès, bien au-delà de nos frontières, de son premier album Chaleur humaine avec 1,3 million d’exemplaires vendus dont 800 000 en France et 200 000 au Royaume-Uni, Héloïse Letissier alias Christine and The Queens, a opéré une spectaculaire mutation. Aussi bien dans l’apparence – cheveux courts et look de garçonne –, que dans son patronyme, réduit donc désormais à Chris, qui lui permet de cultiver son androgynie et de brouiller les pistes du genre (notamment après son duo avec le viril rappeur Booba).
« C’était une façon de tomber la veste de costume de Christine, d’insuffler plus d’humour et d’énergie à des thématiques sombres », argumente la chanteuse en couverture cette semaine du Monde Magazine. Dévoilé le 17 mai en prélude à un nouvel album prévu pour septembre, le nouveau single baptisé Damn, dis-moi – Girlfriend dans sa version chantée en anglais –, très mélodieux et au groove synthétique efficient, met à l’honneur des textures très connotées année 1980, s’apparentant au son G-funk, façonné avec le très en vogue californien Dâm-Funk. Franck Colombani
UN FESTIVAL : Jazz à Saint-Germain-des-Prés, du 24 mai au 4 juin

   


Fondé en 2001, le festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés, est organisé dans des lieux du patrimoine, de la vie culturelle et universitaire du quartier parisien. Parmi lesquels les superbes amphithéâtres de La Maison des océans et de La Sorbonne (avec dorures, coupole, panneaux peints…), le Théâtre de l’Odéon, la place Saint-Germain-des-Prés, pour des concerts en accès libre, le restaurant-bibliothèque Les Editeurs, Le Lucernaire…
Pour les concerts payants de la présente édition, du 24 mai au 4 juin, sont notamment annoncés : le pianiste Roberto Fonseca, à l’auditorium de l’université Panthéon-Assas, le 24 ; au même endroit, le 25, le quintette du saxophoniste Emile Parisien, avec parmi les invités le clarinettiste Michel Portal ; le pianiste Thomas Enhco en trio avec l’ensemble Appassionato dirigé par Mathieu Herzog pour une création Le Monde de Gershwin, à La Sorbonne, le 28 ; la chanteuse Indra Rios-Moore à La Maison des océans, le 29 ; là où, le 31, le pianiste Laurent de Wilde jouera d’abord en duo avec Ray Lema puis avec son trio ; toujours à La Maison des océans, le 1er juin, ce sera le groupe du contrebassiste Lars Danielsson, puis le 2 les formations des chanteuses Julie Erikssen et Camille Bertault ; final le 4 au Théâtre de l’Odéon avec la chanteuse Melanie De Biasio. Sylvain Siclier
Jazz à Saint-Germain-des-Prés, du 24 mai au 4 juin, dans une dizaine de lieux des 5e et 6e arrondissements parisiens, ainsi qu’au Sunset/Sunside, 60 rue des Lombards, Paris 1er. De 13 € à 70 €, accès libre à de nombreux concerts et rencontres avec les artistes.
DES CONCERTS : 
Musica Baltica au Musée d’Orsay, à Paris, les 22, 26 et 27 mai

   


A 71 ans, le grand violoniste d’origine lettone, Gidon Kremer, reconnu pour son talent éclectique, ses goûts anti-conventionnels et son caractère entier, est aussi celui qui s’est inquiété de promouvoir et renforcer la conscience culturelle des Pays baltes dès 1996. Il fonde à cet effet, avec vingt-trois musiciens issus de Lettonie, Lituanie et Estonie, un orchestre de chambre rapidement renommé, la Kremerata Baltica. Pas étonnant donc à ce que cette figure emblématique soit l’invitée d’honneur d’un printemps que le Musée d’Orsay dédie au centenaire de l’indépendance des Pays baltes au travers d’une exposition (« Ames sauvages. Le symbolisme dans les pays baltes ») et des concerts.
Mardi 22 mai, c’est au Chœur de chambre philharmonique estonien que reviendra d’interpréter de parfaits inconnus du grand public, Saar, Kreek, Vitols, Zalitis, et Ciurlionis, l’un des premiers compositeurs « nationalistes ». Le soir, Kremer et ses acolytes se consacreront, eux à Sumera, Pärt, Vask et… Debussy. Une journée antichambre avant la grande fête chorale du week-end – le chant, rare espace de liberté consenti sous l’occupation soviétique, est vite devenu un bastion de résistance.
Pas moins de six concerts donc, dans la grande nef du musée, égrainés les samedi 26 et dimanche 27 mai de la mi-journée au soir (Ensemble vocal Laeta Voce, Chœur Vox populi, chœurs lettons) pour un répertoire qui puise aux sources des traditions rurales et croyances ancestrales. Marie-Aude Roux
Musée d’Orsay, auditorium et grande nef, 1 rue de la Légion-d’Honneur, Paris 7e. Mardi 22 mai, à 12 h 30 et 20 h 30. Samedi 26 et dimanche 27 mai, à 12 heures, 14 heures, 15 h 30 et 17 heures Tél. : 01-53-63-04-63. De 8 € à 16 €.
Jean-François Zygel et Nicola Sergio, Salle Gaveau, à Paris, le 22 mai

   


Après les clubs parisiens Sunset/Sunside et New Morning, c’est à la prestigieuse Salle Gaveau que sera présenté le concert annuel en faveur des actions humanitaires au Népal de l’association Partage dans le monde, initiative, depuis 2013, du pianiste italien Nicola Sergio. Lequel jouera en première partie de la soirée avec le saxophoniste Jean-Charles Richard, le contrebassiste Stéphane Kerecki et le batteur Fabrice Moureau, des extraits de ses albums Symbols, Illusions, Cilea mon amour et de son récent Migrants, enregistré en solo, ainsi que « quelques surprises ».
En deuxième partie le pianiste et compositeur Jean-François Zygel, que le grand public connaît pour ses émissions à la radio et la télévision consacrée à la musique classique, jouera en solo puis en duo avec Nicola Sergio d’une part et Jean-Charles Richard d’autre part. Pour un programme d’improvisations à partir de thèmes de jazz, de musique classique et des musiques « inspirées par le Népal et sa culture », précise le programme. S. Si.
« Musique pour le Népal » à la Salle Gaveau, 45-47, rue La Boétie, Paris 8e. Mo Miromesnil, Saint-Philippe-du-Roule. Tél. : 01-49-53-05-07. Mardi 22 mai, à 20 h 30. De 15 € à 40 €.
Samarabalouf, au Studio de l’Ermitage, à Paris, le 22 mai

   


Après Le Metronum, à Toulouse et Le Gueulard, à Nilvange, C’est au Studio de L’Ermitage, à Paris, mardi 22 mai que le quartette Samarabalouf présentera son nouvel album Up (Athos Productions/L’Autre Distribution), commercialisé depuis le 27 avril.
Fondé par le guitariste François Petit, en 2000, le groupe propose dans cet album et sur scène une musique variée dans ses inspirations, le swing manouche, la country, les musiques latines, des Pays de l’Est et de l’Orient, la tradition de la chanson fantaisiste… Avec François Petit, dans l’actuelle formation de Samarabalouf, la violoncelliste Phyllipa Scammell, le violoniste Léo Mathieu et le contrebassiste Michel Sanlaville. S. Si. 
Studio de l’Ermitage, 8, rue de l’Ermitage, Paris 20e. Mo Pyrénées, Ménilmontant. Mardi 22 mai, à 20 h 30. 15 €.
Paco El Lobo et Cristobal Corbel, à l’Eglise des Billettes, à Paris, le 25 mai

Avec la même ferveur qu’il met à restaurer le répertoire républicain du flamenco, Paco El Lobo – guitariste et cantaor de catégorie – mène depuis trente-cinq ans, une recherche pointue sur le flamenco, dans son lien aux thèmes religieux et spirituels. C’est sans fards ni concessions : strict et bouleversant.
Les genres sollicités par le « flamenco sacré » ne se réduisent pas à la bien connue saeta : cette jaculation mystique décochée comme une flèche – sagitta, en latin –, au passage des images, pour Pâques. Paco El Lobo a exhumé des versions très anciennes de villancicos et autres campanilleros qui chantent la Nativité. Mais aussi des Sevillanas biblicas, véritables chants liturgiques du XVIIIe siècle, qu’un rien suffirait à pousser vers le succès, comme il advint de la Misa Criolla, au début des années 1960. Interprétation et mise en musique remarquables, dans un lieu idéal, l’Eglise des Billettes, au cœur du quartier parisien du Marais, le 25 mais, avec le guitariste Cristobal Corbel. Francis Marmande
Eglise des Billettes, 24, rue des Archives, Paris 4e. Mo Hôtel-de-Ville. Vendredi 25 mai, à 20 h 30. De 15 € à 22 €. Réservations au 01-48-24-16-97.
Ben Folds, à La Cigale, à Paris, le 30 mai 

Dans la catégorie pianiste, Ben Folds se range plutôt du côté de ceux qui jouent debout. L’Américain, prodige de l’instrument, auteur, compositeur et interprète, possède déjà une belle et longue carrière derrière lui. Avec son formidable trio Ben Folds Five, il a remis au goût du jour dans les années 1990 le piano comme instrument rock par excellence.
Ce sosie d’Elton John période Rocket Man s’est ensuite lancé dans une carrière solo auréolée de succès notamment au Etats-Unis (il joue par ailleurs son propre rôle dans la série télévisée « You’re The Worst » diffusée sur FX). Son dernier album en date, So There (2015), alliance de chansons pop/rock et concerto pour piano et orchestre, s’est hissé numéro 1 du classement Billboard Classical. Mais ce sera en mode intimiste, accompagné seulement d’un piano, qu’il se produira pour une date unique à La Cigale de Paris. Plutôt rare en France, ce performer né est réputé pour ses prestations scéniques fiévreuses et généreuses avec son public, qu’il ne manque jamais de faire participer. Fr. C.
La Cigale, 120 boulevard de Rochechouart, Paris 18e. Mo Pigalle. Mercredi 30 mai, à 19 h 30. De 34,50 € à 56,50 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Notre choix du soir. A travers le portrait de Paul Tibbets, Nicolas Jallot retrace l’évolution des opérations aériennes américaines entre 1942 et 1945 (sur France 5 à 22 h 35).
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TV – « De Rouen à Hiroshima, la guerre en plein ciel »

Notre choix du soir. A travers le portrait de Paul Tibbets, Nicolas Jallot retrace l’évolution des opérations aériennes américaines entre 1942 et 1945 (sur France 5 à 22 h 35).



Le Monde
 |    20.05.2018 à 18h00
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur France 5 à 22 h 35

   


En ce 17 août 1942, il fait très beau sur la Normandie. Agé de 27 ans, Paul Tibbets, jeune pilote de bombardier américain aux commandes d’un B17, est à la tête d’une escadrille de douze appareils qui, entre 17 h 29 et 17 h 39, vont larguer cinquante-quatre bombes sur Rouen et sa proche banlieue. L’objectif visé est la gare de triage de Sotteville-lès-Rouen. Bilan : 53 civils et cheminots tués, 120 blessés. La plupart des bombes ont raté leur cible et aucune destruction d’intérêt militaire n’est enregistrée. Au sol, c’est la stupeur et l’épouvante : les alarmes sont demeurées muettes avant le déclenchement de la première attaque aérienne de l’US Air Force en Europe.
Tout juste rentré de mission, Tibbets est félicité et, devant une trentaine de journalistes, le général Eaker dresse un bilan très ­positif de l’opération. C’est à partir de ce raid sur Rouen que Roo­sevelt donnera son feu vert pour l’intensification des bom­bar­dements en plein jour et à haute altitude. Cette politique de destructions massives, qui s’améliore techniquement au fil du temps, va perdurer jusqu’aux raids atomiques sur Hiroshima puis Nagasaki, en août 1945.
« Cette mission à Hiroshima ne m’a jamais empêché de dormir. Pas une seule nuit ! » Paul Tibbets
Celui qui va larguer la bombe H sur Hiroshima le 6 août 1945, aux commandes du bombardier Enola Gay, n’est autre que Paul Tibbets, le même qui avait semé la terreur à Rouen. Des années plus tard, il avouera à son petit-fils, lui aussi pilote de bombardier : « Tu sais, cette mission à Hiroshima ne m’a jamais empêché de dormir. Pas une seule nuit ! » Entre Rouen et Hiroshima, Tibbets renforcera son expérience des bombardements à haute altitude avec des missions en Afrique. Avant de rentrer aux Etats-Unis pour travailler avec les techniciens de l’US Air Force et les ingénieurs de Boeing.
Classique dans sa forme mais passionnant dans son propos, ce documentaire coécrit par Nicolas Jallot et l’historien Paul Le Trevier fait témoigner des victimes des bombardements de Rouen et de Hiroshima. L’émotion est encore palpable, la douleur toujours présente. Les auteurs ont également réussi à faire parler le petit-fils de Paul Tibbets, qui évoque son grand-père avec fierté. Des archives filmées montrent comment le programme américain de bombardements massifs a été peaufiné au fil des mois. Dans la soute du B17 de Tibbets survolant la Normandie, il y avait à peine 1,5 tonne de bombes. Trois ans plus tard, dans celle de son B29 au-dessus de Hiroshima, une seule bombe, atomique et pesant près de 5 tonnes.
« C’est juste un autre décollage »
Entre Rouen 1942 et Hiroshima 1945, c’est toute la guerre aérienne américaine qui est décryptée. Basée sur trois piliers (agir de jour, à très haute altitude, avec une extrême précision), cette stratégie connaîtra quelques ajustements. Si, au début, ce sont des cibles militaires qui sont visées, la proximité géographique d’infrastructures civiles provoquera des destructions massives allant bien au-delà des objectifs fixés au départ. Dans ses Mémoires, Paul Tibbets évoque ses sentiments au petit matin du 6 août 1945 : « Ecoute Paul, me suis-je dit, c’est juste un autre décollage. Tu l’as fait tellement souvent, ce n’est pas un problème ! Mais j’étais en sueur et je repensais aux bombes que j’avais larguées sur Rouen lors de ma première mission en Europe… »
De Rouen à Hiroshima, la guerre en plein ciel, de Nicolas Jallot (France, 2015, 60 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Le premier long-métrage de Caroline Capelle et Ombline Ley est un film-performance tourné dans un centre d’accueil pour jeunes handicapés.
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Cannes 2018 : « Dans la terrible jungle », la caméra dort chez les super-héros

Le premier long-métrage de Caroline Capelle et Ombline Ley est un film-performance tourné dans un centre d’accueil pour jeunes handicapés.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 15h45
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 17h07
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


ACID
Après dix jours de Festival de Cannes, est venue l’heure de désigner les gagnants de la compétition officielle. On parlera de la Palme d’or, des prix d’interprétation ou de la Caméra d’or 2018, comme autant de mots évocateurs d’un conte de fées que reste toujours un festival, pour celui ou celle qui en est l’invité.
D’autres super-héros et héroïnes non palmés resteront dans l’histoire de cette 71e édition. Il était une fois Dans la terrible jungle, premier long-métrage de Caroline Capelle et Ombline Ley présenté dans la section ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion). Les jeunes réalisatrices ont posé leur caméra dans un centre d’accueil pour jeunes handicapés, atteints de troubles de déficience visuelle, d’autisme… La Pépinière, lieu fermé, coupé du monde extérieur, se situe à Loos, dans les Hauts-de-France.

« Dans la terrible jungle » est devenu un « teen-movie », une sorte de comédie musicale où se racontent des histoires d’amour
Sans baguette magique, mais par on ne sait quelle alchimie née de la rencontre entre ces jeunes et les deux cinéastes, Dans la terrible jungle est devenu un « teen movie », une sorte de comédie musicale où se racontent des histoires d’amour, les « claques » que l’on se prend dans la vie, ou les moments tout simples du quotidien. Les jeunes sont les super-héros de cette performance filmique hors norme.
On a rencontré les deux réalisatrices sur une plage cannoise, avec des éducateurs de La Pépinière et quelques-uns de ces « super-héros » : Alexis, qui porte dans le film un tee-shirt de Superman et un masque de Batman « pour sauver les gens » ; Léa, qui chante et rêve d’écrire des scénarios ; Valentin, qui nous parle de son plaisir de jouer.
« On avait une caméra et notre voiture »
Commençons par la genèse de ce long-métrage. Caroline Capelle et Ombline Ley ne voulaient pas « faire un film sur le handicap », disent-elles. Leur imaginaire leur a permis d’envisager les choses autrement. Elles se sont connues aux « Arts déco » de Paris (Ecole supérieure nationale des arts décoratifs), section photo vidéo. Caroline était photographe et Ombline sortait d’un BTS montage. « En plus d’être assistante monteuse, j’ai fait plusieurs métiers dans le cinéma, chef déco, accessoiriste, sur des petits tournages. Je me cherchais… Aux Arts déco, on nous a appris à faire des films tout seuls, sans grosse équipe », raconte Ombline Ley. Elles ont étudié la vidéo avec les artistes Clarisse Hahn et Brice Dellsperger. « On avait une caméra et notre voiture. On s’est dit, on y va ! ».

Elles ont d’abord passé du temps avec les jeunes, sans les filmer, juste pour faire connaissance. Et quelque chose s’est déclenché. La caméra dort, personne ne s’en sert ? Les jeunes résidents sont devenus impatients. « Ils se demandaient ce que l’on faisait avec notre caméra. Ils voulaient filmer. On leur a dit, proposez-nous des histoires. C’est votre tribune ! On les a laissé choisir les personnages, les dialogues. On a testé leurs propositions jusqu’au bout », racontent-elles. L’une des jeunes filles, Ophélie, fait des percussions avec son corps et tout ce qu’elle trouve. Une scène sidérante, assez punk, la montre en train de se brosser les dents, tout en produisant la mélodie et la rythmique de La Marseillaise.
Eric, éducateur : « La nature, c’est la vie. C’est anti-stress »
Impossible de démêler le réel de la fiction. Des moments documentaires se sont imbriqués aux scènes jouées. Les adolescents ont leur univers, très riche et stimulé par toutes sortes d’activités proposées dans ce centre hors norme, lui aussi : musique, chant, percussions corporelles, détente et relaxation, activité jardin et nature, ferme équestre. Eric, l’un des éducateurs, a commencé à La Pépinière comme jardinier, il y a trente-et-un ans. C’est lui qui a tout planté sur les quinze hectares. Aujourd’hui, il transmet sa passion aux jeunes. « La nature, c’est la vie. C’est anti-stress. Ils peuvent crier, se détendre », résume-t-il.
Un Buster Keaton en puissance
Une scène le montre en plein travail avec Gaël, un adolescent qui ne va pas tarder à partir en vrille. Les réalisatrices étaient là, par « chance », et elles ont saisi l’instant : Gaël saute partout, tombe, sort du champ de la caméra, dans une performance à la fois sauvage et ludique. S’est-il fait mal ? « Pas du tout, il maîtrise, il a une souplesse, amortit ses chutes. Pour lui, c’est naturel, c’est une façon de se calmer », explique Eric. Un Buster Keaton en puissance, en quelque sorte.

Léa, dont on peine parfois à imaginer qu’elle a un handicap, tant son propos peut être clair et structuré, s’est mise à chanter à l’âge de 8 ans. « Avec les adultes du centre, Jean-Claude, Bastien et Thimothée, on a créé le groupe Musicolor, on chantait nos chansons, on faisait voyager les gens. On n’écrivait pas les paroles, on les retenait de tête. La salle de musique, c’est la salle magique, on oublie tous nos problèmes », dit-elle.
Valentin : « Tant qu’on faisait le film, on était bien… »
Caroline Capelle et Ombline Ley savaient qu’une lettre d’amour circulait… Chaque fois qu’elles revenaient au centre, il y avait une nouvelle histoire. Valentin a bien voulu raconter ses émois amoureux, devant la caméra. « C’était de la fiction. J’ai inventé un poème dans la nuit », nous dit-il sur la plage. Quels mots lui dire, à cette fille qui l’attire ? Il a fallu refaire les prises une dizaine de fois. La dernière a été la bonne. Ce n’était pas trop fatigant, lui demande-t-on ? « Non, non. Tant qu’on faisait le film, on était bien… ». Et ils eurent beaucoup d’applaudissements à la fin de la projection cannoise.

Documentaire de Caroline Capelle et Ombline Ley (1 h 21). Sortie en salle en février 2019. Sur le Web : www.lacid.org/fr/films-et-cineastes/films/dans-la-terrible-jungle et www.facebook.com/AcaciasDistribution



                            


                        

                        

