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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Principalement grâce au luxe, la fortune des treize Français les plus riches a augmenté de 23,5 milliards d’euros depuis janvier, selon Bloomberg.
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La France, le pays où les milliardaires s’enrichissent vite

Principalement grâce au luxe, la fortune des treize Français les plus riches a augmenté de 23,5 milliards d’euros depuis janvier, selon Bloomberg.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 14h12
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 14h44
    |

            Jérôme Porier








                        



   


La fortune des deux Français les plus riches, Bernard Arnault et François Pinault, a augmenté de 22,3 milliards de dollars (19,4 milliards d’euros) depuis le début de l’année 2018, selon l’agence Bloomberg. Une progression qui a largement contribué à faire de la France le pays au monde où les milliardaires ont créé le plus de richesse cette année.
M. Arnault est la plus grande fortune européenne, avec un patrimoine estimé à 76,4 milliards de dollars (65 milliards d’euros), quand la fortune de M. Pinault est évaluée à 35,5 milliards de dollars (30 milliards d’euros).

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                Bernard Arnault entre dans le top 5 des hommes les plus fortunés au monde



Collectivement, la fortune des treize Français les plus riches a augmenté de 27,6 milliards de dollars (23,5 milliards d’euros), soit une hausse de 12 % depuis janvier. C’est presque deux fois plus que l’augmentation de la richesse des grandes fortunes japonaises, le Japon étant le pays qui arrive au second rang après la France dans le classement établi par l’agence américaine. Au total, les 500 plus grandes fortunes dans le monde ont vu leur patrimoine augmenter de moins de 1 %.

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                « Paradise Papers » : Révélations sur le patrimoine offshore de Bernard Arnault, première fortune de France



Luxe en Chine et commerce électronique
La performance française est due en grande partie à Bernard Arnault, 69 ans, président de LVMH, et de François Pinault, 81 ans, fondateur de Kering. Le redressement de la demande pour les produits de luxe en Chine et une présence accrue dans le commerce électronique ont dopé les ventes des deux holdings et ont permis d’améliorer significativement leur rentabilité. La hausse des ventes d’art de la maison d’enchères Christie’s a aussi contribué à la progression du patrimoine de M. Pinault, qui en est le propriétaire.
A noter : les frères Alain et Gérard Wertheimer, propriétaires de Chanel, ont vu leur fortune augmenter de 2,4 milliards de dollars (2,04 milliards d’euros) depuis janvier, tandis que celle de Françoise Bettencourt-Meyers, héritière du groupe L’Oréal et Française la plus riche, s’est accrue de 3,7 milliards de dollars (3,1 milliards d’euros).
Mais l’année 2018 n’est pas un bon millésime pour toutes les fortunes françaises. Ainsi, la richesse de Xavier Niel (actionnaire à titre personnel du Monde) a diminué de 2,6 milliards de dollars (2,2 milliards d’euros) à la suite de la chute en Bourse du titre du holding Iliad, qui possède l’opérateur télécoms Free.

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                Les limites du classement des milliardaires par « Forbes »






                            


                        

                        


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De l’art et des accrocs


                      L’incursion d’œuvres contemporaines au cœur de monuments historiques se fait rarement sans remous. La dernière installation du plasticien Felice Varini à la cité de Carcassonne en témoigne.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 13h47
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 18h29
    |

                            Roxana Azimi







Du plafond de l’Opéra Garnier aux remparts de Carcassonne, retour sur ces installations qui ont suscité la polémique.
Mai 2018 : la cité de Carcassonne encerclée

   


Pour fêter les 20 ans de son classement au patrimoine mondial de l’Unesco, Carcassonne, dans l’Aude, a invité l’artiste suisse Felice Varini à s’emparer des célèbres remparts. Las, ses cercles concentriques jaunes en aluminium censés illuminer pendant cinq mois la cité ont échauffé les esprits. Une pétition en ligne largement relayée par l’extrême droite compare l’anamorphose à un gilet de secours fluorescent…
2016 : Les vitraux d’Anzy-le-Duc abandonnés

   


En 2015, la mairie d’Anzy-le-Duc, en Saône-et-Loire, accepte de proposer à Gérard Fromanger de remplacer les vitraux de l’église romane – qui dataient du XIXe siècle et n’avaient pas grand intérêt. Jugé trop profane, le projet composé de silhouettes et bulles colorées fait l’objet de vives critiques locales. Pour faire taire la polémique, l’évêque d’Autun décline finalement la proposition du peintre.
2015 : le « Dirty Corner » versaillais vandalisé

   


L’incursion de l’art contemporain au château de Versailles a toujours enflammé les « tradis ». Jeff Koons, Takashi Murakami ou Xavier Veilhan ont eu leurs lots de contradicteurs. Mais personne n’avait osé s’attaquer physiquement à leurs œuvres. La limite est franchie en 2015 lorsque l’installation Dirty Corner de l’artiste britannique Anish Kapoor est vandalisée à plusieurs reprises.

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                Les tags sur l’œuvre d’Anish Kapoor révèlent les failles et les frilosités de Versailles



2011 : le « Mur pour la paix » du Champ-de-Mars menacé

   


Erigé en 2000 pour trois mois au Champ-de-Mars, le Mur pour la paix de Clara Halter a pris racine tout en étant régulièrement dégradé. En 2011, Rachida Dati, maire du 7e arrondissement, lance une pétition réclamant le démontage de ces panneaux de verre sur lesquels est inscrit le mot « paix » en 32 langues au prétexte qu’ils dénaturent la perspective classée de l’Ecole militaire à la tour Eiffel.
1960 : le plafond de l’Opéra de Paris décrié

   


Difficile d’imaginer que l’art poétique et joyeux de Marc Chagall ait pu faire débat. Pourtant, lorsque, en 1960, le ministre de la culture, André Malraux, lui commande un plafond pour l’Opéra Garnier, les conservateurs montent au créneau contre l’incursion de l’art contemporain dans un bâtiment Second Empire. Inaugurée quatre ans plus tard, l’œuvre rencontre toutefois un accueil enthousiaste.

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                Un drone a hanté l'Opéra Garnier, pour mieux le filmer






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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ La programmation cannoise de l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion a réservé de belles surprises.
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Cannes 2018 : nouveaux récits à l’ACID

La programmation cannoise de l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion a réservé de belles surprises.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 11h13
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 17h08
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Il est assez tentant de chercher un motif commun parmi les neuf films de la programmation 2018 de l’ACID au Festival de Cannes. Qu’ont voulu nous dire, peut-être dans leur inconscient, les sélectionneurs de l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion – qui sont, précisons-le, des cinéastes – ? C’est l’une des spécificités de cette section cannoise, où la programmation n’est pas décidée par une seule personne. Le motif 2018 pourrait être le temps, celui qui permet de prendre du champ, d’aller voir de l’autre côté, ou tout simplement d’imprimer la pellicule. Une façon de résister au flux d’images et d’informations plus ou moins justes qui fusent à la vitesse des étoiles filantes, la poésie en moins.
Dans l’ensemble, le motif est plutôt réussi. Les réalisateurs et réalisatrices de cette programmation paritaire livrent de nouveaux récits, de l’Amérique au Kazahkstan en passant par la Roumanie et la France. Où il est question d’identité, du dépassement de soi, de la recherche du bien-être amoureux, d’éclats de vie fragiles, fugages, à saisir dans l’instant. Si l’on met bout à bout les titres des neuf films, cela donne : Dans la terrible jungle, soudain Il se passe quelque chose. Cassandro the Exotico ! a Un violent désir de bonheur, chante Thunder Road, de Bruce Springsteen, cherche L’Amour debout sur le ring, mais il, à moins que ce ne soit elle, soupire : Seule à mon mariage… et sans argent. Bad Bad Winter pour Nous, les coyotes.
Amoureux, révolutionnaires et handicapés
Que se passe-t-il après la séparation de deux amoureux ? Dans L’Amour debout, Michaël Dacheux filme sur plusieurs saisons, dans l’Est parisien qui déborde sur Pantin, le parcours de deux jeunes gens qui se reconstruisent chacun de leur côté. En chemin, le garçon qui veut devenir réalisateur croise Françoise Lebrun, l’inoubliable Véronika dans La Maman et la Putain (1973), de Jean Eustache. Celle qui, avant de tourner ce film, jetait joyeusement des pavés dans le Paris de Mai-68.

        Lire la rencontre :
         

          Françoise Lebrun debout…




   


On a vu un « faux » film historique, Un violent désir de bonheur, de Clément Schneider. Dans un style rohmérien, le jeune réalisateur Clément Schneider nous installe en 1792 dans un couvent de l’arrière-pays niçois, que des troupes révolutionnaires viennent de réquisitionner. Mais ce n’est qu’un « costume » : l’action pourrait avoir lieu aujourd’hui. Dans ce temps qui nous sépare de la Révolution française, le cinéaste interroge les potentielles insurrections contemporaines, sur fond de musique rock des années 1970. Comme si des jeunesses d’époques différentes allaient se rencontrer, combler le vide sur l’étagère de livres.

   


Qu’est-ce qui se cache derrière ce centre d’accueil pour jeunes handicapés, situé à Loos dans les Hauts-de-France ? Un lieu qui peut devenir enchanteur, avec des êtres doués d’un bel imaginaire, nous disent Caroline Capelle et Ombline Ley. Il fallait le faire : Dans la terrible jungle est une sorte de « teen movie » réalisé avec des adolescents qui se sont approprié la caméra, ont accepté de jouer des scènes fictives tout en livrant une part de leur quotidien.

Catch et performance
Cassandro, dans sa tenue de « drag-queen », est-il « seulement » un catcheur burlesque ? On n’est pas près d’oublier Cassandro the Exotico !, de Marie Losier. Ce champion de catch mexicain aux paupières pailletées est fellinien : il s’est imposé dans ce milieu machiste en assumant son homosexualité, au prix de violences physiques et verbales. Marie Losier montre l’homme derrière le personnage : né Saul Almendariz, il s’est construit à travers ses combats, sportif et identitaire.

   


Le choix esthétique de la pellicule seize millimètres est une autre mise en danger : la bobine se termine en trois minutes et il faut sans cesse changer le film, quitte à rater le moment crucial du match ! Marie Losier a pris le risque de l’« accident technique » pour la beauté du geste. Cassandro est servi : le grain satiné de l’image lui va comme un gant.

Et que dire de la performance de Jim Cummings dans Thunder Road ? Réalisateur, scénariste et comédien de ce film tendu, nerveux, il incarne un policier texan qui fait tout pour récupérer la garde de sa fille. Mais il est borderline : il a le don de se mettre dans des situations impossibles. Il y a du Jim Carrey dans ce Jim Cummings dont on devrait entendre parler.

D’Avignon à Los Angeles
D’autres films ont moins convaincu. Dans Il se passe quelque chose, Anne Alix nous invite à fermer le guide touristique et à fuir dans l’arrière-pays. Comme cette femme qui doit rédiger un guide « gay-friendly » dans la région d’Avignon et qui, très vite, prend la tangente avec une femme rencontrée par hasard. Lors de ce « road movie », elles vont croiser des habitants, des vrais, qui ne sont pas des acteurs : des ouvrières, une patronne de bar qui écrit des chansons, un homme touché par le nuage de Tchernobyl, avec un corps « augmenté » à ses extrémités. Ce sont les moments les plus passionnants du film, mais ils sont malheureusement trop courts. Le scénario est subtil, le récit un peu monotone.

De même, Seule à mon mariage, de Marta Bergman, suit le périple d’une jeune Rom qui rencontre sur Internet un potentiel mari en Belgique. Mais elle lui cache l’existence de sa fille… L’héroïne se « dédouble » mais le film hésite dans un récit trop long.

Il y a les amis d’enfance qui sont des faux amis, voire des monstres. C’est le thème du thriller d’Olga Korotko, Bad Bad Winter, tourné dans le froid du Kazakhstan. Efficace et très joliment réalisé, mais les ficelles du scénario sont un peu grosses.

Changement de température : Nous, les coyotes, d’Hanna Ladoul et Marco La Via, voudrait nous montrer l’autre Los Angeles. Un jeune couple s’installe à « L.A. », rempli de rêves californiens. Mais ils vont déchanter, au fil de déconvenues qui s’accumulent – un peu trop à notre goût. Le charme du film doit beaucoup au personnage féminin, interprété par Morgan Saylor, qui évolue sous nos yeux, y compris physiquement. La jeune fille BCBG, contenue, largue les amarres familiales comme on jette le sac à dos. L’été peut commencer.

Sur le Web : www.lacid.org/fr/cannes/programmation



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Avec « Silencer », Yuka Nagate et Sho Fumimura signent un polar brutal aux thématiques multiples sur le Japon mafieux. Une vraie réussite.
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« Silencer », une ode brutale au polar japonais en manga

Avec « Silencer », Yuka Nagate et Sho Fumimura signent un polar brutal aux thématiques multiples sur le Japon mafieux. Une vraie réussite.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 09h06
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


« Silencer », le nom du silencieux qui équipe l’arme de l’héroïne. Silencieux, comme la traduction de son prénom, Shizuka, « silence », en français. Silencieux aussi, car le personnage principal de ce manga policier, sorti le 26 avril chez Komikku, n’est pas très bavard, dans ce monde plutôt brutal.

   


L’histoire commence aux Etats-Unis, où Shizuka, une jeune flic japonaise en résidence au département de police de New York, s’est fait une réputation de tueuse impitoyable. A son retour au Japon, après une dernière opération de nettoyage plutôt décapante, elle est mutée dans un service secondaire, dessaisie de ses armes, avec un partenaire véreux et pervers. Combinant les méthodes corrompues de son doublon aux siennes, elle découvre un complot impliquant les mafias chinoises et japonaises dans un trafic humain sans pitié. C’est le début d’une histoire assez dense en quatre volumes, qui dépeint le milieu policier et mafieux de l’archipel.
On connaît la dessinatrice, Yuka Nagate, depuis son récent travail sur GIFT ±, un seinen toujours en cours chez Komikku. Son héroïne décapante qui se servait des organes de truands pour les donner aux malades exploitait la même idée du vengeur solitaire écrivant sa propre loi. Sauf que, dans Silencer, ce n’est pas dans l’illégalité que Shizuka opère, mais comme bras armé officiel de l’Etat. Un mélange des genres qui séduit les mangakas puisqu’on le retrouve aussi dans le plus ancien Rose Hip Rose créé par Fujisawa, dont l’héroïne bondissante travaillait également comme « super cop » à Tokyo.

   


Un scénario en apparence classique donc, mais un travail d’orfèvre, en réalité, puisque c’est Shô Fumimura qui tient la plume, dont on connaît le travail par le cultissime Hokuto No Ken (Ken le survivant), qu’il a écrit sous son pseudonyme Buronson (surnom lui venant de Charles Bronson, à qui il ressemblait, paraît-il). Sho Fumimura est dans l’application stricte des principes du polar. Sans fantaisie. Flics ripoux clope au bec, mafia japonaise sans âme, femmes instrumentalisées comme objets sexuels et usage intensif des armes à feu… Les amateurs de ce genre, rare dans le manga japonais, y trouveront leur compte.

   


Silencer, de Yuka Nagate et Sho Fumimura, série en quatre tomes en cours, volume 1 sorti le 26 avril, volume 2 en librairie le 21 juin, éditions Komikku, 240 pages, 8,5 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ L’auteur d’« En finir avec Eddy Bellegueule » consacre un texte à son père, un homme qui n’a pas eu la chance d’explorer ses potentialités, contrairement à son fils devenu un phénomène littéraire.
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édition abonné


Edouard Louis ou l’art de la confrontation

L’auteur d’« En finir avec Eddy Bellegueule » consacre un texte à son père, un homme qui n’a pas eu la chance d’explorer ses potentialités, contrairement à son fils devenu un phénomène littéraire.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 13h40
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Voilà peut-être ce qui surprend le plus quand on rencontre Edouard Louis : il rit beaucoup. L’auteur d’En finir avec Eddy Bellegueule et d’Histoire de la violence (Seuil, 2014 et 2016), qui aujourd’hui fait paraître Qui a tué mon père, le jeune écrivain qui s’attache à mettre implacablement au jour, par la littérature, les logiques de domination, le sociologue bourdieusien passé par Normale Sup, prompt à ferrailler en public, de tribunes en interviews, se révèle, dès que l’on s’éloigne un peu de ce qui lui inspire colère et gravité, un interlocuteur jovial. Il plaisante, démontre un talent certain pour l’imitation, se marre… Ce rire, il nous dira qu’il l’a « travaillé », adolescent, pour le rendre moins bruyant, comme il a travaillé à effacer son accent picard, à redresser sa posture (il se tient en effet très droit), à tenir ses couverts selon les usages de la bourgeoisie… Bref, comme il a façonné toutes ces choses constituant un « habitus », dit-on en sociologie. Il a répété les gestes à la façon dont il répétait des scènes de théâtre, jusqu’à se les approprier.

C’était à l’époque du lycée. Elevé à Hallencourt (Somme), dans une famille du « lumpenprolétariat », au sein d’un milieu où, comme il l’a raconté dans son premier roman, le jeune garçon homosexuel était rejeté pour ses manières précieuses et ses goûts, et persécuté par les caïds du collège, Eddy Bellegueule était devenu interne dans un lycée du centre-ville d’Amiens, où il était entré grâce à l’option théâtre. « Le théâtre, ­résume-t-il, a été ma porte étroite » ; l’interstice par lequel il a pu échapper à sa famille, fausser compagnie au déterminisme. « En finir avec Eddy Bellegueule », pour devenir Edouard Louis, son nom officiel depuis 2013 – « Louis » est du reste une référence au personnage principal de la pièce Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce (1990). Il souligne qu’à Madeleine-Michelis, établissement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Le service Culture du « Monde » propose aux lecteurs de « La Matinale » un choix de concerts, de festivals, de clips…
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Article sélectionné dans La Matinale du 20/05/2018
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Jazz, flamenco et Christine and The Queens : notre semaine en musique

Le service Culture du « Monde » propose aux lecteurs de « La Matinale » un choix de concerts, de festivals, de clips…



Le Monde
 |    21.05.2018 à 06h22
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 09h10
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Les raisons de sortir ne manquent pas cette semaine : entre le swing manouche, le flamenco sacré, la musique balte, le jazz à Saint-Germain ou le concert unique de Ben Folds, vous n’aurez que l’embarras du choix. A découvrir également, le dernier clip de Christine and The Queens.
UN VIDÉO-CLIP : « Damn, dis-moi (feat. Dâm-Funk)/Girlfriend » de Christine and The Queens 

Appelez-la désormais Chris. Quatre ans après le succès, bien au-delà de nos frontières, de son premier album Chaleur humaine avec 1,3 million d’exemplaires vendus dont 800 000 en France et 200 000 au Royaume-Uni, Héloïse Letissier alias Christine and The Queens, a opéré une spectaculaire mutation. Aussi bien dans l’apparence – cheveux courts et look de garçonne –, que dans son patronyme, réduit donc désormais à Chris, qui lui permet de cultiver son androgynie et de brouiller les pistes du genre (notamment après son duo avec le viril rappeur Booba).
« C’était une façon de tomber la veste de costume de Christine, d’insuffler plus d’humour et d’énergie à des thématiques sombres », argumente la chanteuse en couverture cette semaine du Monde Magazine. Dévoilé le 17 mai en prélude à un nouvel album prévu pour septembre, le nouveau single baptisé Damn, dis-moi – Girlfriend dans sa version chantée en anglais –, très mélodieux et au groove synthétique efficient, met à l’honneur des textures très connotées année 1980, s’apparentant au son G-funk, façonné avec le très en vogue californien Dâm-Funk. Franck Colombani
UN FESTIVAL : Jazz à Saint-Germain-des-Prés, du 24 mai au 4 juin

   


Fondé en 2001, le festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés, est organisé dans des lieux du patrimoine, de la vie culturelle et universitaire du quartier parisien. Parmi lesquels les superbes amphithéâtres de La Maison des océans et de La Sorbonne (avec dorures, coupole, panneaux peints…), le Théâtre de l’Odéon, la place Saint-Germain-des-Prés, pour des concerts en accès libre, le restaurant-bibliothèque Les Editeurs, Le Lucernaire…
Pour les concerts payants de la présente édition, du 24 mai au 4 juin, sont notamment annoncés : le pianiste Roberto Fonseca, à l’auditorium de l’université Panthéon-Assas, le 24 ; au même endroit, le 25, le quintette du saxophoniste Emile Parisien, avec parmi les invités le clarinettiste Michel Portal ; le pianiste Thomas Enhco en trio avec l’ensemble Appassionato dirigé par Mathieu Herzog pour une création Le Monde de Gershwin, à La Sorbonne, le 28 ; la chanteuse Indra Rios-Moore à La Maison des océans, le 29 ; là où, le 31, le pianiste Laurent de Wilde jouera d’abord en duo avec Ray Lema puis avec son trio ; toujours à La Maison des océans, le 1er juin, ce sera le groupe du contrebassiste Lars Danielsson, puis le 2 les formations des chanteuses Julie Erikssen et Camille Bertault ; final le 4 au Théâtre de l’Odéon avec la chanteuse Melanie De Biasio. Sylvain Siclier
Jazz à Saint-Germain-des-Prés, du 24 mai au 4 juin, dans une dizaine de lieux des 5e et 6e arrondissements parisiens, ainsi qu’au Sunset/Sunside, 60 rue des Lombards, Paris 1er. De 13 € à 70 €, accès libre à de nombreux concerts et rencontres avec les artistes.
DES CONCERTS : 
Musica Baltica au Musée d’Orsay, à Paris, les 22, 26 et 27 mai

   


A 71 ans, le grand violoniste d’origine lettone, Gidon Kremer, reconnu pour son talent éclectique, ses goûts anti-conventionnels et son caractère entier, est aussi celui qui s’est inquiété de promouvoir et renforcer la conscience culturelle des Pays baltes dès 1996. Il fonde à cet effet, avec vingt-trois musiciens issus de Lettonie, Lituanie et Estonie, un orchestre de chambre rapidement renommé, la Kremerata Baltica. Pas étonnant donc à ce que cette figure emblématique soit l’invitée d’honneur d’un printemps que le Musée d’Orsay dédie au centenaire de l’indépendance des Pays baltes au travers d’une exposition (« Ames sauvages. Le symbolisme dans les pays baltes ») et des concerts.
Mardi 22 mai, c’est au Chœur de chambre philharmonique estonien que reviendra d’interpréter de parfaits inconnus du grand public, Saar, Kreek, Vitols, Zalitis, et Ciurlionis, l’un des premiers compositeurs « nationalistes ». Le soir, Kremer et ses acolytes se consacreront, eux à Sumera, Pärt, Vask et… Debussy. Une journée antichambre avant la grande fête chorale du week-end – le chant, rare espace de liberté consenti sous l’occupation soviétique, est vite devenu un bastion de résistance.
Pas moins de six concerts donc, dans la grande nef du musée, égrainés les samedi 26 et dimanche 27 mai de la mi-journée au soir (Ensemble vocal Laeta Voce, Chœur Vox populi, chœurs lettons) pour un répertoire qui puise aux sources des traditions rurales et croyances ancestrales. Marie-Aude Roux
Musée d’Orsay, auditorium et grande nef, 1 rue de la Légion-d’Honneur, Paris 7e. Mardi 22 mai, à 12 h 30 et 20 h 30. Samedi 26 et dimanche 27 mai, à 12 heures, 14 heures, 15 h 30 et 17 heures Tél. : 01-53-63-04-63. De 8 € à 16 €.
Jean-François Zygel et Nicola Sergio, Salle Gaveau, à Paris, le 22 mai

   


Après les clubs parisiens Sunset/Sunside et New Morning, c’est à la prestigieuse Salle Gaveau que sera présenté le concert annuel en faveur des actions humanitaires au Népal de l’association Partage dans le monde, initiative, depuis 2013, du pianiste italien Nicola Sergio. Lequel jouera en première partie de la soirée avec le saxophoniste Jean-Charles Richard, le contrebassiste Stéphane Kerecki et le batteur Fabrice Moureau, des extraits de ses albums Symbols, Illusions, Cilea mon amour et de son récent Migrants, enregistré en solo, ainsi que « quelques surprises ».
En deuxième partie le pianiste et compositeur Jean-François Zygel, que le grand public connaît pour ses émissions à la radio et la télévision consacrée à la musique classique, jouera en solo puis en duo avec Nicola Sergio d’une part et Jean-Charles Richard d’autre part. Pour un programme d’improvisations à partir de thèmes de jazz, de musique classique et des musiques « inspirées par le Népal et sa culture », précise le programme. S. Si.
« Musique pour le Népal » à la Salle Gaveau, 45-47, rue La Boétie, Paris 8e. Mo Miromesnil, Saint-Philippe-du-Roule. Tél. : 01-49-53-05-07. Mardi 22 mai, à 20 h 30. De 15 € à 40 €.
Samarabalouf, au Studio de l’Ermitage, à Paris, le 22 mai

   


Après Le Metronum, à Toulouse et Le Gueulard, à Nilvange, C’est au Studio de L’Ermitage, à Paris, mardi 22 mai que le quartette Samarabalouf présentera son nouvel album Up (Athos Productions/L’Autre Distribution), commercialisé depuis le 27 avril.
Fondé par le guitariste François Petit, en 2000, le groupe propose dans cet album et sur scène une musique variée dans ses inspirations, le swing manouche, la country, les musiques latines, des Pays de l’Est et de l’Orient, la tradition de la chanson fantaisiste… Avec François Petit, dans l’actuelle formation de Samarabalouf, la violoncelliste Phyllipa Scammell, le violoniste Léo Mathieu et le contrebassiste Michel Sanlaville. S. Si. 
Studio de l’Ermitage, 8, rue de l’Ermitage, Paris 20e. Mo Pyrénées, Ménilmontant. Mardi 22 mai, à 20 h 30. 15 €.
Paco El Lobo et Cristobal Corbel, à l’Eglise des Billettes, à Paris, le 25 mai

Avec la même ferveur qu’il met à restaurer le répertoire républicain du flamenco, Paco El Lobo – guitariste et cantaor de catégorie – mène depuis trente-cinq ans, une recherche pointue sur le flamenco, dans son lien aux thèmes religieux et spirituels. C’est sans fards ni concessions : strict et bouleversant.
Les genres sollicités par le « flamenco sacré » ne se réduisent pas à la bien connue saeta : cette jaculation mystique décochée comme une flèche – sagitta, en latin –, au passage des images, pour Pâques. Paco El Lobo a exhumé des versions très anciennes de villancicos et autres campanilleros qui chantent la Nativité. Mais aussi des Sevillanas biblicas, véritables chants liturgiques du XVIIIe siècle, qu’un rien suffirait à pousser vers le succès, comme il advint de la Misa Criolla, au début des années 1960. Interprétation et mise en musique remarquables, dans un lieu idéal, l’Eglise des Billettes, au cœur du quartier parisien du Marais, le 25 mais, avec le guitariste Cristobal Corbel. Francis Marmande
Eglise des Billettes, 24, rue des Archives, Paris 4e. Mo Hôtel-de-Ville. Vendredi 25 mai, à 20 h 30. De 15 € à 22 €. Réservations au 01-48-24-16-97.
Ben Folds, à La Cigale, à Paris, le 30 mai 

Dans la catégorie pianiste, Ben Folds se range plutôt du côté de ceux qui jouent debout. L’Américain, prodige de l’instrument, auteur, compositeur et interprète, possède déjà une belle et longue carrière derrière lui. Avec son formidable trio Ben Folds Five, il a remis au goût du jour dans les années 1990 le piano comme instrument rock par excellence.
Ce sosie d’Elton John période Rocket Man s’est ensuite lancé dans une carrière solo auréolée de succès notamment au Etats-Unis (il joue par ailleurs son propre rôle dans la série télévisée « You’re The Worst » diffusée sur FX). Son dernier album en date, So There (2015), alliance de chansons pop/rock et concerto pour piano et orchestre, s’est hissé numéro 1 du classement Billboard Classical. Mais ce sera en mode intimiste, accompagné seulement d’un piano, qu’il se produira pour une date unique à La Cigale de Paris. Plutôt rare en France, ce performer né est réputé pour ses prestations scéniques fiévreuses et généreuses avec son public, qu’il ne manque jamais de faire participer. Fr. C.
La Cigale, 120 boulevard de Rochechouart, Paris 18e. Mo Pigalle. Mercredi 30 mai, à 19 h 30. De 34,50 € à 56,50 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Notre choix du soir. A travers le portrait de Paul Tibbets, Nicolas Jallot retrace l’évolution des opérations aériennes américaines entre 1942 et 1945 (sur France 5 à 22 h 35).
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TV – « De Rouen à Hiroshima, la guerre en plein ciel »

Notre choix du soir. A travers le portrait de Paul Tibbets, Nicolas Jallot retrace l’évolution des opérations aériennes américaines entre 1942 et 1945 (sur France 5 à 22 h 35).



Le Monde
 |    20.05.2018 à 18h00
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur France 5 à 22 h 35

   


En ce 17 août 1942, il fait très beau sur la Normandie. Agé de 27 ans, Paul Tibbets, jeune pilote de bombardier américain aux commandes d’un B17, est à la tête d’une escadrille de douze appareils qui, entre 17 h 29 et 17 h 39, vont larguer cinquante-quatre bombes sur Rouen et sa proche banlieue. L’objectif visé est la gare de triage de Sotteville-lès-Rouen. Bilan : 53 civils et cheminots tués, 120 blessés. La plupart des bombes ont raté leur cible et aucune destruction d’intérêt militaire n’est enregistrée. Au sol, c’est la stupeur et l’épouvante : les alarmes sont demeurées muettes avant le déclenchement de la première attaque aérienne de l’US Air Force en Europe.
Tout juste rentré de mission, Tibbets est félicité et, devant une trentaine de journalistes, le général Eaker dresse un bilan très ­positif de l’opération. C’est à partir de ce raid sur Rouen que Roo­sevelt donnera son feu vert pour l’intensification des bom­bar­dements en plein jour et à haute altitude. Cette politique de destructions massives, qui s’améliore techniquement au fil du temps, va perdurer jusqu’aux raids atomiques sur Hiroshima puis Nagasaki, en août 1945.
« Cette mission à Hiroshima ne m’a jamais empêché de dormir. Pas une seule nuit ! » Paul Tibbets
Celui qui va larguer la bombe H sur Hiroshima le 6 août 1945, aux commandes du bombardier Enola Gay, n’est autre que Paul Tibbets, le même qui avait semé la terreur à Rouen. Des années plus tard, il avouera à son petit-fils, lui aussi pilote de bombardier : « Tu sais, cette mission à Hiroshima ne m’a jamais empêché de dormir. Pas une seule nuit ! » Entre Rouen et Hiroshima, Tibbets renforcera son expérience des bombardements à haute altitude avec des missions en Afrique. Avant de rentrer aux Etats-Unis pour travailler avec les techniciens de l’US Air Force et les ingénieurs de Boeing.
Classique dans sa forme mais passionnant dans son propos, ce documentaire coécrit par Nicolas Jallot et l’historien Paul Le Trevier fait témoigner des victimes des bombardements de Rouen et de Hiroshima. L’émotion est encore palpable, la douleur toujours présente. Les auteurs ont également réussi à faire parler le petit-fils de Paul Tibbets, qui évoque son grand-père avec fierté. Des archives filmées montrent comment le programme américain de bombardements massifs a été peaufiné au fil des mois. Dans la soute du B17 de Tibbets survolant la Normandie, il y avait à peine 1,5 tonne de bombes. Trois ans plus tard, dans celle de son B29 au-dessus de Hiroshima, une seule bombe, atomique et pesant près de 5 tonnes.
« C’est juste un autre décollage »
Entre Rouen 1942 et Hiroshima 1945, c’est toute la guerre aérienne américaine qui est décryptée. Basée sur trois piliers (agir de jour, à très haute altitude, avec une extrême précision), cette stratégie connaîtra quelques ajustements. Si, au début, ce sont des cibles militaires qui sont visées, la proximité géographique d’infrastructures civiles provoquera des destructions massives allant bien au-delà des objectifs fixés au départ. Dans ses Mémoires, Paul Tibbets évoque ses sentiments au petit matin du 6 août 1945 : « Ecoute Paul, me suis-je dit, c’est juste un autre décollage. Tu l’as fait tellement souvent, ce n’est pas un problème ! Mais j’étais en sueur et je repensais aux bombes que j’avais larguées sur Rouen lors de ma première mission en Europe… »
De Rouen à Hiroshima, la guerre en plein ciel, de Nicolas Jallot (France, 2015, 60 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Le premier long-métrage de Caroline Capelle et Ombline Ley est un film-performance tourné dans un centre d’accueil pour jeunes handicapés.
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Cannes 2018 : « Dans la terrible jungle », la caméra dort chez les super-héros

Le premier long-métrage de Caroline Capelle et Ombline Ley est un film-performance tourné dans un centre d’accueil pour jeunes handicapés.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 15h45
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 17h07
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


ACID
Après dix jours de Festival de Cannes, est venue l’heure de désigner les gagnants de la compétition officielle. On parlera de la Palme d’or, des prix d’interprétation ou de la Caméra d’or 2018, comme autant de mots évocateurs d’un conte de fées que reste toujours un festival, pour celui ou celle qui en est l’invité.
D’autres super-héros et héroïnes non palmés resteront dans l’histoire de cette 71e édition. Il était une fois Dans la terrible jungle, premier long-métrage de Caroline Capelle et Ombline Ley présenté dans la section ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion). Les jeunes réalisatrices ont posé leur caméra dans un centre d’accueil pour jeunes handicapés, atteints de troubles de déficience visuelle, d’autisme… La Pépinière, lieu fermé, coupé du monde extérieur, se situe à Loos, dans les Hauts-de-France.

« Dans la terrible jungle » est devenu un « teen-movie », une sorte de comédie musicale où se racontent des histoires d’amour
Sans baguette magique, mais par on ne sait quelle alchimie née de la rencontre entre ces jeunes et les deux cinéastes, Dans la terrible jungle est devenu un « teen movie », une sorte de comédie musicale où se racontent des histoires d’amour, les « claques » que l’on se prend dans la vie, ou les moments tout simples du quotidien. Les jeunes sont les super-héros de cette performance filmique hors norme.
On a rencontré les deux réalisatrices sur une plage cannoise, avec des éducateurs de La Pépinière et quelques-uns de ces « super-héros » : Alexis, qui porte dans le film un tee-shirt de Superman et un masque de Batman « pour sauver les gens » ; Léa, qui chante et rêve d’écrire des scénarios ; Valentin, qui nous parle de son plaisir de jouer.
« On avait une caméra et notre voiture »
Commençons par la genèse de ce long-métrage. Caroline Capelle et Ombline Ley ne voulaient pas « faire un film sur le handicap », disent-elles. Leur imaginaire leur a permis d’envisager les choses autrement. Elles se sont connues aux « Arts déco » de Paris (Ecole supérieure nationale des arts décoratifs), section photo vidéo. Caroline était photographe et Ombline sortait d’un BTS montage. « En plus d’être assistante monteuse, j’ai fait plusieurs métiers dans le cinéma, chef déco, accessoiriste, sur des petits tournages. Je me cherchais… Aux Arts déco, on nous a appris à faire des films tout seuls, sans grosse équipe », raconte Ombline Ley. Elles ont étudié la vidéo avec les artistes Clarisse Hahn et Brice Dellsperger. « On avait une caméra et notre voiture. On s’est dit, on y va ! ».

Elles ont d’abord passé du temps avec les jeunes, sans les filmer, juste pour faire connaissance. Et quelque chose s’est déclenché. La caméra dort, personne ne s’en sert ? Les jeunes résidents sont devenus impatients. « Ils se demandaient ce que l’on faisait avec notre caméra. Ils voulaient filmer. On leur a dit, proposez-nous des histoires. C’est votre tribune ! On les a laissé choisir les personnages, les dialogues. On a testé leurs propositions jusqu’au bout », racontent-elles. L’une des jeunes filles, Ophélie, fait des percussions avec son corps et tout ce qu’elle trouve. Une scène sidérante, assez punk, la montre en train de se brosser les dents, tout en produisant la mélodie et la rythmique de La Marseillaise.
Eric, éducateur : « La nature, c’est la vie. C’est anti-stress »
Impossible de démêler le réel de la fiction. Des moments documentaires se sont imbriqués aux scènes jouées. Les adolescents ont leur univers, très riche et stimulé par toutes sortes d’activités proposées dans ce centre hors norme, lui aussi : musique, chant, percussions corporelles, détente et relaxation, activité jardin et nature, ferme équestre. Eric, l’un des éducateurs, a commencé à La Pépinière comme jardinier, il y a trente-et-un ans. C’est lui qui a tout planté sur les quinze hectares. Aujourd’hui, il transmet sa passion aux jeunes. « La nature, c’est la vie. C’est anti-stress. Ils peuvent crier, se détendre », résume-t-il.
Un Buster Keaton en puissance
Une scène le montre en plein travail avec Gaël, un adolescent qui ne va pas tarder à partir en vrille. Les réalisatrices étaient là, par « chance », et elles ont saisi l’instant : Gaël saute partout, tombe, sort du champ de la caméra, dans une performance à la fois sauvage et ludique. S’est-il fait mal ? « Pas du tout, il maîtrise, il a une souplesse, amortit ses chutes. Pour lui, c’est naturel, c’est une façon de se calmer », explique Eric. Un Buster Keaton en puissance, en quelque sorte.

Léa, dont on peine parfois à imaginer qu’elle a un handicap, tant son propos peut être clair et structuré, s’est mise à chanter à l’âge de 8 ans. « Avec les adultes du centre, Jean-Claude, Bastien et Thimothée, on a créé le groupe Musicolor, on chantait nos chansons, on faisait voyager les gens. On n’écrivait pas les paroles, on les retenait de tête. La salle de musique, c’est la salle magique, on oublie tous nos problèmes », dit-elle.
Valentin : « Tant qu’on faisait le film, on était bien… »
Caroline Capelle et Ombline Ley savaient qu’une lettre d’amour circulait… Chaque fois qu’elles revenaient au centre, il y avait une nouvelle histoire. Valentin a bien voulu raconter ses émois amoureux, devant la caméra. « C’était de la fiction. J’ai inventé un poème dans la nuit », nous dit-il sur la plage. Quels mots lui dire, à cette fille qui l’attire ? Il a fallu refaire les prises une dizaine de fois. La dernière a été la bonne. Ce n’était pas trop fatigant, lui demande-t-on ? « Non, non. Tant qu’on faisait le film, on était bien… ». Et ils eurent beaucoup d’applaudissements à la fin de la projection cannoise.

Documentaire de Caroline Capelle et Ombline Ley (1 h 21). Sortie en salle en février 2019. Sur le Web : www.lacid.org/fr/films-et-cineastes/films/dans-la-terrible-jungle et www.facebook.com/AcaciasDistribution



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ La réalisatrice libanaise s’est inspirée et documentée sur la vie des enfants des rues de Beyrouth. Pour « Le Monde », elle présente l’une des premières scènes de son long-métrage, qui a reçu le prix du jury du Festival.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ « Battlefield V » après « Battlefield 1 », « Call of Duty IIII », « Kingdom Hearts 2.8 HD Final Chapter Prologue »… la numérotation des jeux vidéo défie la raison, et pourtant, il existe souvent une explication.
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Les créateurs de jeux vidéo savent-ils compter ?

« Battlefield V » après « Battlefield 1 », « Call of Duty IIII », « Kingdom Hearts 2.8 HD Final Chapter Prologue »… la numérotation des jeux vidéo défie la raison, et pourtant, il existe souvent une explication.





Le Monde
 |    20.05.2018 à 10h52
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 11h54
    |

            William Audureau





Question pour un champion : quel chiffre fait suite à « 1 » et à « 2 » ? Vous venez de répondre « 3 » ? Quel dommage ! Vous venez d’échouer à notre test de recrutement pour entrer dans l’industrie du jeu vidéo. Deux ans après la sortie de Battlefield 1, le géant américain Electronic Arts vient d’annoncer le nouvel épisode de sa série de jeux de tir, et il s’intitule Battlefield… V.

Gotta love the consistency https://t.co/raahrdXjg7— Nibellion (@Nibel)


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« Appréciez la cohérence. »
Numérotation délirante, absence de chronologie claire, alternance entre chiffres romains et arabes… les jeux vidéo se sont spécialisés dans les numérotages exotiques, de la simple petite facétie typographique aux combinaisons les plus tordues.
« 2.6 + 0.2 = 2.8 »
Mention passable pour Activision, qui vient de révéler un quatrième opus de sa série Black Ops, coquettement titrée Black Ops IIII (sic). Mention bien pour les éditeurs japonais Square Enix et Capcom, pour leurs anciennes productions respectivement intitulées Final Fantasy XIII-2 et Street Fighter Zero 3. Et félicitations du jury pour le chef-d’œuvre du genre : une compilation de deux jeux de rôle de Square Enix baptisée Kingdom Hearts 2.8 HD Final Chapter Prologue.

   


La logique ? Mieux vaut parfois ne pas la demander. « 2.8, c’est un calcul très très simple, c’est une compilation réunissant Kingdom Hearts : Birth by Sleep 0.2 et Kingdom Hearts : Dream Drop Distance qui est considéré comme le 2.6. Or 2.6 + 0.2 = 2.8 », tentait d’expliquer au Monde Idir Ould Braham, responsable communauté de Square Enix France, à sa présentation en 2015. Tai Yasue, codirecteur de la série, reconnaît un petit jeu de la part de son équipe :
« On aime bien faire joujou avec nos titres, les rendre uniques. Il y a beaucoup de sens dedans, mais on s’amuse aussi avec, on regarde les réactions des fans. Kingdom Hearts 2.8 HD Final Chapter Prologue, je pense qu’on pourra difficilement aller plus loin ! »
Du « Parrain 2e partie » à « Space Invaders Part 2 »
Fut un temps, pourtant, où les stars de pixels se contentaient de logiques simples, souvent calquées sur son éternel modèle culturel, le septième art. Alors qu’au cinéma la numérotation sérielle ne date que de 1975 avec Le Parrain 2e partie (The Godfather: Part 2 en anglais), le jeu vidéo s’y convertit dès 1979, l’année suivant le premier succès planétaire de l’industrie, Space Invaders, avec une version baptisée Space Invaders Part II. Un hommage cinéphile d’autant plus gratuit qu’au contraire de la fresque de Francis Ford Coppola, les combats contre les envahisseurs spatiaux n’ont pas vraiment de scénario.

   


En 1982, le premier jeu vidéo que l’on peut qualifier de suite narrative, Donkey Kong Jr, emprunte, lui, à la taxinomie de King Kong et Le Fils de King Kong. Mais à partir des années 1980, en même temps que Les Dents de la mer, Star Wars ou encore Freddy établissent durablement la mode des suites numérotées, le jeu s’y convertit. Super Mario Bros., Final Fantasy, ou encore Megaman s’égrènent, et pour longtemps : cette année, Capcom sortira même son Megaman 11.
Récemment, des séries suivant une histoire générale, comme Gears of War et Uncharted, se tiennent plutôt scrupuleusement à une numérotation classique. Lorsqu’ils s’en écartent pour un épisode de remplissage, soit consacré à des personnages mineurs ou lancé sur une plate-forme au parc installé restreint, ils s’en sortent avec simplicité et élégance — Gears of War : Judgment comme Uncharted: Golden Abyss s’insèrent dans la chronologie des jeux majeurs sans la bousculer. La logique peut donc aussi, parfois, être respectée.

   


Des épisodes indépendants
Mais à la grande différence des œuvres cinématographiques, qui de Star Wars à Alien, s’inscrivent dans une continuité scénaristique, les jeux vidéo d’une même série peuvent n’avoir quasi aucun rapport narratif entre eux. Battlefield V ne sera la suite ni de Battlefield 1 (qui se déroulait en 1914-1918) ni de Battlefield 4 (situés en 2023) mais introduira un « nouveau contexte », prévient Electronic Arts.
C’est particulièrement le cas des Final Fantasy, où chaque nouvel opus est indépendant des autres, avec son propre univers, ses propres personnages, sa propre histoire.

   


Seul le genre général — le jeu de rôle — et des détails comme la monnaie, certains animaux et deux ou trois thèmes musicaux les relient. Ainsi, pour donner une réelle suite scénaristique au dixième opus, celui-ci a dû être baptisé Final Fantasy X-2. Final Fantasy XI, lui, n’a aucun rapport avec le X.
Une histoire de (gros) chiffres
Derrière ces enchaînements très libres, des considérations souvent mercantiles. Dans un secteur où les plus grands succès gravitent autour de quelques noms connus, les numéros sont moins importants que les noms des jeux eux-mêmes, véritables marques commerciales, qui peuvent garantir à elles seules un succès.

   


Qui aurait acheté, en 1988, un jeu de plate-forme baptisé Doki Doki Panic, dans lequel une famille perse déterre des légumes et s’en sert comme projectiles ? Probablement personne. Mais rebaptisé Super Mario Bros. 2 par Nintendo, avec un changement de protagonistes idoine pour surfer sur le succès de Super Mario Bros. premier du nom, le voilà qu’il s’écoule à plus de 7 millions d’unités, hors rééditions.
On chercherait donc en vain une cohérence narrative, comme lorsque George Lucas a ajouté des numéros à ses premiers « Star Wars » (IV, V et VI) pour laisser place à une trilogie introductive. Dans le jeu vidéo, c’est souvent le pragmatisme commercial qui prime. Par exemple, Rockstar lancera en novembre un Red Dead Redemption 2, troisième opus de la série « Red Dead ». Son nom n’est pas tout à fait étranger au fait que le premier, Red Dead Revolver, se soit écoulé à 1,5 million d’unités, contre 15 millions pour sa suite Red Dead Redemption.

   


L’ombre de Super Mario 63
D’autres fois, ce sont des considérations non pas commerciales mais plutôt de communication qui entrent en jeu. En 2007, Electronic Arts passait ainsi de FIFA 2007 à FIFA 08 afin de marquer de manière visible une rupture, liée à l’arrivée d’un nouveau moteur technologique permettant une amélioration spectaculaire du réalisme de sa simulation footballistique annuelle.

   


De son côté, Nintendo aime glisser des références au nom de ses consoles dans les titres de ses jeux. Super Mario 64 n’est pas la suite du « 63 », mais le jeu de la Nintendo 64, tout comme New Super Mario Bros. U ne prolonge pas l’histoire d’un hypothétique « T » mais tourne sur la Wii U.
De ce point de vue, chaque situation présente pour l’éditeur un cas de figure différent, et un défi unique. Et vous, comment baptiseriez-vous la suite de Beyond Good & Evil, jeu de 2003 dont la sortie s’était soldée par un échec, surnommée « Beyond Good & Evil 2 » depuis plus de dix ans par les fans, mais qui se déroulera en réalité avant le premier épisode, et mettra en scène cette fois non plus une planète mais un univers entier ? Si vous avez répondu Beyond Good & Evil² (notez l’exposant), félicitations, vous pouvez travailler dans l’industrie du jeu vidéo.




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ L’artiste de stand-up américain, qui avait fait de la grossièreté une redoutable arme comique, a publié ses Mémoires un an avant sa mort, en 1966. Les voici traduits.
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Article sélectionné dans La Matinale du 20/05/2018
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Lenny Bruce, derniers bons mots

L’artiste de stand-up américain, qui avait fait de la grossièreté une redoutable arme comique, a publié ses Mémoires un an avant sa mort, en 1966. Les voici traduits.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 14h43
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
« Irrécupérable » (How to Talk Dirty and Influence People), de Lenny Bruce, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Rimoldy, Tristram, 384 p., 23,50 €.

A la mort de l’humoriste Lenny Bruce, le 3 août 1966, d’une overdose, le magazine Playboy imprima l’épitaphe suivante : « Un dernier mot de quatre lettres pour Lenny : mort. A 40 ans. Ça, c’est obscène. »
Pour n’importe quel cruciverbiste français, « mot de quatre lettres » constitue une définition imprécise qui ne tient pas compte de tous les possibles contenus dans un dictionnaire. Il en va autrement outre-Atlantique. Là-bas, « le mot de quatre lettres » n’a qu’une signification, « fuck », tandis que l’expression « les mots de quatre lettres » désigne d’autres jurons ou termes d’argot à caractère sexuel (cunt, dick, suck…).
L’Américain Lenny Bruce fut décrit comme « l’artiste le plus controversé » de son temps, parce qu’il employait ces « mots de quatre lettres » so shocking. Outre son franc-parler mâtiné de yiddish, Bruce tranchait avec ses prédécesseurs en ce sens qu’il n’était plus dans la farce ou le vaudeville. Hostile aux blagues recuites, il exerçait le sacro-saint droit au blasphème. Il ôtait le venin des mots (« Y a-t-il des youpins, des nègres, des macaronis, des polacks dans la salle ? ») pour mieux s’attaquer à la racine des maux : l’antisémitisme, le racisme (« Moi, c’est “ségrégation” qui me blesse »). Il en paya le prix fort.
Convertir l’horreur en humour
Leonard Alfred Schneider, nom de scène Lenny Bruce, a inventé un style de « stand-up » passé à la postérité. Il monologue, digresse, ironise. Sur scène, cet enfant de la balle, embauché comme garçon de ferme à 16 ans, engagé volontaire et témoin d’atrocités pendant la seconde guerre mondiale, parvient à convertir l’horreur en humour.
Il évoque les déboires de la vie, la sexualité, le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Je ne serais pas arrivée là si… « La Matinale du Monde » interroge une personnalité en partant d’un moment décisif de son existence. Cette semaine, la chanteuse confie des blessures liées à son enfance.
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Françoise Hardy : « Le sentiment de honte m’a toujours accompagnée »

Je ne serais pas arrivée là si… « La Matinale du Monde » interroge une personnalité en partant d’un moment décisif de son existence. Cette semaine, la chanteuse confie des blessures liées à son enfance.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
20.05.2018 à 13h02
    |

            Annick Cojean








                        



                                


                            
Elle a frôlé la mort, et personne n’imaginait qu’elle publierait un nouvel album. Il est là, pourtant, Personne d’autre, mélancolique, poignant. A cette occasion, Françoise Hardy nous a parlé librement de ses passions, de sa vie, de la mort…
Je ne serais pas arrivée là si…
Si mon père ne m’avait pas offert une guitare lorsque j’ai été reçue au bac. Ma mère avait voulu qu’il fasse un geste pour l’occasion. Elle n’avait aucun moyen, elle savait qu’il en avait bien davantage, et elle m’avait demandé ce qui me ferait plaisir. J’ai longuement hésité entre une guitare et un petit poste transistor – car j’écoutais avec passion, sur le poste familial, une station anglaise qui diffusait non-stop de la pop musique, les Shadows, Elvis Presley, Brenda Lee… J’ai choisi la guitare.
Vous saviez en jouer ?
Pas du tout ! Je ne connaissais rien en musique. Et mon choix me demeure à ce jour incompréhensible. Sauf à penser qu’il m’a été soufflé… Un ange gardien ou des forces invisibles aident parfois à forcer le destin. En tout cas, ce fut déterminant. J’ai appris seule trois ou quatre accords, grâce à la petite méthode livrée avec la guitare. Et c’est ainsi qu’en faisant guiling guiling, j’ai fini par composer – cela me paraît un bien grand mot – Tous les garçons et les filles. Vous savez, ce n’est pas très compliqué. Tout est joué sur la même note : tatatata…
Cela vous a pris combien de temps ?
Oh ! Très peu. Dès que je rentrais de mes cours à la Sorbonne, où j’étudiais l’allemand, je m’enfermais dans la cuisine de notre deux-pièces parisien, car j’avais remarqué que le carrelage améliorait l’acoustique. Et je composais. Au moins trois mélodies par semaine. Nullissimes ! Mais j’avais quand même envie de les tester en public. Alors je me suis produite sur la petite scène du Moka Club qui distrayait des retraités dans un sous-sol du Louvre. Puis j’ai passé une audition au « Petit...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Mise à part la Palme d’or, attribuée au Japonais Hirokazu Kore-eda, le cinéma asiatique, qui a brillé lors de la 71e édition, n’a pas été récompensé à sa juste mesure.
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Article sélectionné dans La Matinale du 19/05/2018
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Cannes 2018 : le jury s’est montré sensible aux causes à défendre

Mise à part la Palme d’or, attribuée au Japonais Hirokazu Kore-eda, le cinéma asiatique, qui a brillé lors de la 71e édition, n’a pas été récompensé à sa juste mesure.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 23h08
 • Mis à jour le
20.05.2018 à 09h10
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Comme l’aura dit Edouard Baer lors de la cérémonie de clôture du 71e Festival de Cannes, samedi 19 mai : « On remballe ». Après douze jours de haute tension, d’amour, de misère et de souffrance imprimés en plus grand que la vie sur les écrans, de chefs-d’œuvre et de croûtes suspendus à un même rai de lumière, de tapis rouge et de défilés néo-babyloniens sur les marches du Palais, de selfies interdits mais contagieusement accrochés aux sourires de starlettes-minutes, de cortèges officiels conduits à cent mètres de là par des motards de la police chauffés à blanc, d’escabeaux et de badauds jetés en vrac sur la chaussée, d’agapes inaccessibles au commun des mortels.

On décroche les panneaux publicitaires, on désagrège les sigles des firmes ornant les balcons, on karchérise les détritus générés par les visiteurs, on balaie la poussière de la scène du Grand Théâtre Lumière, où l’actrice Cate Blanchett et son jury ont fait, comme chaque année, quelques heureux et au moins autant de malheureux, parmi lesquels les quatre représentants de la « French Team » (Stéphane Brizé, Yann Gonzalez, Christophe Honoré et Eva Husson). Tout cela passera vite, avant que cela ne recommence, presque aussi vite, pour la prochaine Palme d’or.

        Lire le live :
         

          Revivez la cérémonie de clôture de la 71e édition du Festival de Cannes



Films à sujets
Il faut d’autant plus prestement, à l’approche de la nuit froide de l’oubli qui va ensevelir ses dernières braises, donner une image, un cliché lui-même promis à une courte vie, de cette édition 2018. Le palmarès rendu par le jury en constitue la version officielle, qui se révèle particulièrement sensible aux films à sujets et aux causes à défendre.

   


Enfance saccagée pour la Palme d’or (Une affaire de famille, du Japonais Hirokazu Kore-eda) et le prix du jury (Capharnaüm, de la Libanaise Nadine Labaki). Revanche afro-américaine avec le Grand Prix (BlacKkKlansman, de Spike Lee). Apurement des comptes soviétiques avec le prix de la mise en scène (Cold War, de Pawel Pawlikowski). Soutien à un créateur assigné à résidence et parabole christique sur l’injustice du monde pour le double prix du scénario (Trois visages, de l’Iranien Jafar Panahi et Heureux comme Lazzaro, de l’Italienne Alice Rohrwacher).

   


Il n’est pas jusqu’aux prix d’interprétation attribués à l’actrice kazakhe Samal Yeslyamova (Ayka, du Russe Sergey Dvortsevoy) et à l’acteur italien Marcello Fonte (Dogman, de l’Italien Matteo Garrone) qui ne récompensent, en même temps que la prestation de leurs récipiendaires, l’engagement social et politique des films qui les portent.

   


Quoique décernée par un autre jury, la Caméra d’or n’a pas échappé à cette fibre militante, en récompensant un premier long-métrage au thème LGBT – il a d’ailleurs aussi reçu la Queer Palm –, Girl, du Belge Lukas Dhont, porté par l’équivoque incandescence de son jeune acteur, Victor Polster, couronné par le prix d’interprétation dans la section Un certain regard. Il ne restait qu’à accorder à Jean-Luc Godard et à son Livre d’image une « Palme d’or spéciale », qui confirme davantage qu’elle ne la lève sa marginalité dans la profession.

   


Tout dans ce palmarès atteste d’une volonté d’ouverture aux maux du monde et d’une intention fortement revendicative
Tout dans ce palmarès atteste donc d’une volonté d’ouverture aux maux du monde et d’une intention fortement revendicative, soulignée tant par les postures que les discours, au point que l’actrice italienne Asia Argento a littéralement tétanisé la salle par une intervention historiquement inouïe en ces lieux, dominée par la colère froide et l’appel, sinon à la vengeance, du moins à la justice.
Rappelant avoir été violée par le producteur américain Harvey Weinstein durant le Festival de Cannes en 1997, elle a pointé un doigt sur la salle en prononçant cette diatribe : « Toute une communauté lui a tourné le dos, même ceux qui n’ont jamais dénoncé ces faits. Et parmi vous, dans le public, il y a ceux que l’on devrait pointer du doigt à cause de leur comportement envers les femmes, un comportement indigne de cette industrie, de n’importe quelle industrie. Vous savez qui vous êtes. Plus important encore, nous nous savons qui vous êtes. »
On comprendra que dans ce climat, les préoccupations artistiques aient pu passer au second plan. Non que les films récompensés ne soient pas dignes, pour certains d’entre eux, de leur prix. Le problème est que tous ne le sont pas et que la prime au sujet a manifestement brouillé la boussole esthétique nécessaire à une plus fine mesure du palmarès. Mais si une chose manque ordinairement aux palmarès, c’est bien la cohérence esthétique, rares étant les jurys qui trouvent en eux-mêmes la capacité et l’audace de s’accorder en la matière. On en déduira que la synthèse politique est plus accessible que celle du goût.
Une édition en dents de scie
Cannes 2018 fut en tout état de cause une bonne année pour la compétition. L’édition, en dents de scie, présentait l’avantage de s’offrir à un jugement tranché plutôt qu’à l’indifférence inavouable qui accueille une sélection de basse intensité.
Il y eut, en un mot, du meilleur et du pire. Le meilleur marque le grand retour de l’Asie sur le devant de la scène. Non qu’elle avait disparu, mais sa présence ces dernières années dans les festivals internationaux était plus disparate. Elle s’est rassemblée cette année à Cannes, pour apparaître de nouveau comme le plus grand laboratoire de formes cinématographiques en activité. La Palme d’or accordée au Japonais Hirokazu Kore-eda pour son délicat et impertinent mélodrame sur les fondements de la famille a du moins cette vertu de nous le rappeler.

   


Trois films en compétition – Les Eternels, du Chinois Jia Zhang-ke, Asako I & II, du Japonais Ryusuke Hamaguchi, Burning, du Coréen Lee Chang-dong – ont toutefois, à notre sens, dominé les débats esthétiques, l’intimisme radical qui les caractérise expliquant sans doute l’indifférence du jury à leur beauté. On pourrait d’ailleurs ajouter, hors compétition, le monumental documentaire de Wang Bing, Les Ames mortes, et, dans la section Un certain regard, le film-rêve de Bi Gan, Un grand voyage vers la nuit.
Les films les plus catastrophiques de cette compétition sont construits sur une logique de l’accumulation et de la saturation
Qu’est-ce qui rend ces artistes asiatiques si forts et si prenants ? Sans doute leur poétique du vide et du plein, ce sens foudroyant de l’ellipse et de la litote qui, accusant l’absence, rend la présence si intense.
Nul hasard si les films les plus catastrophiques de cette compétition sont a contrario construits sur une logique de l’accumulation et de la saturation : toujours plus de pathos, d’emberlificotements romanesques, de désinvolture avec le réel, de mauvais spectacle à bon compte. Les Filles du soleil, deuxième long-métrage d’Eva Husson, a concentré à cet égard tous les mécontentements, il y en eut pourtant d’autres.

   


Sélectionnée pour la première fois en compétition, la jeune réalisatrice gardera sans doute un mauvais souvenir de son passage. C’est que l’effet « montagnes russes » n’a pas non plus épargné les neuf nouveaux venus admis cette année en compétition, raison non suffisante pour disqualifier cette ouverture inédite. Leto, de Kirill Serebrennikov, Asako I & II, de Ryusuke Hamaguchi, Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez et Ayka, de Sergey Dvortsevoy y furent du moins à leur place.
Disparition et présence évaporée
Enfin, parmi la prolifération des sujets et des figures générés par les films, c’est avec netteté que se détache cette année le motif de la disparition. Disparition d’une mystérieuse blonde à Los Angeles (Under the Silver Lake, de David Robert Mitchell), d’une fiancée avec laquelle on vient de s’établir (Asako I & II, de Ryusuke Hamaguchi), d’une fille crapuleusement enlevée (Everybody Knows, d’Asghar Farhadi), d’un garçonnet victime de la barbarie islamiste (Les Filles du soleil, d’Eva Husson), d’une amie d’enfance qu’on venait de séduire (Burning, de Lee Chang-dong), d’un nourrisson abandonné à la maternité (Ayka, de Sergey Dvortsevoy), d’un homme pour lequel on s’est sacrifié et qui vous rejette (Les Eternels, de Jia Zhang-ke).
Ce leitmotiv de la présence évaporée s’accorde sans doute avec ce que l’époque comporte d’indéchiffrable. Il n’en reste pas moins qu’elle est vieille comme le cinéma et dispensatrice d’éclatants chefs-d’œuvre (Sueurs froides, d’Alfred Hitchcock, L’Avventura, de Michelangelo Antonioni) au rayon moderne.
Un personnage qui disparaît dans un film est toujours la promesse palpitante d’une quête, en même temps que le signe du constant commerce avec l’absence qui donne son aura à la présence cinématographique. On retrouve ici la raison pour laquelle le cinéma asiatique a si singulièrement brillé sur ce Festival de Cannes, à défaut d’y être récompensé à sa juste mesure.

   



        Voir le portfolio des photographies de Stephan Vanfleteren :
         

          Les acteurs et réalisateurs de Cannes en cinquante-cinq portraits






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Le jury présidé par Cate Blanchett a remis la Palme d’or au film « Une affaire de famille » du Japonais Hirokazu Kore-eda. Retour en vidéo sur les films primés.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La 71e édition du Festival s’est achevée samedi 19 mai au soir avec la remise de la prestigieuse récompense au cinéaste japonais.
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Cannes 2018 : la Palme d’or couronne Hirokazu Kore-eda et son « Affaire de famille »

La 71e édition du Festival s’est achevée samedi 19 mai au soir avec la remise de la prestigieuse récompense au cinéaste japonais.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 20h40
 • Mis à jour le
19.05.2018 à 23h15
   





                        



   


Clap de fin sur la 71e édition du Festival de Cannes. Lors de la cérémonie de clôture, samedi 19 mai, présentée par l’acteur et animateur Edouard Baer, le jury présidé par l’actrice Cate Blanchett a attribué la Palme d’or au cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda pour son film Une affaire de famille. « A chaque fois que je viens ici, que je suis invité au Festival de Cannes, je me dis que c’est vraiment un endroit où l’on reçoit beaucoup de courage », a souligné le réalisateur – déjà lauréat d’un prix du jury pour Tel père, tel fils (2013) – en recevant sa récompense. « Je ressens aussi de l’espoir, l’espoir peut-être que, grâce au cinéma, les gens qui habituellement s’affrontent, les mondes, les pays qui s’affrontent, peuvent peut-être se rejoindre. Je vais donc accepter ce courage et cet espoir que j’ai reçus ici », a-t-il ajouté.

        Lire l’analyse :
         

          Le jury cannois s’est montré sensible aux causes à défendre



Hirokazu Kore-eda a dit aussi vouloir partager son prix « avec les deux réalisateurs qui n’ont pas pu être présents ici à Cannes », l’Iranien Jafar Panahi et le Russe Kirill Serebrennikov, tous deux interdits de voyager à l’étranger, et avec « les jeunes réalisateurs qui commencent dans le métier et qui vont nous créer beaucoup de beaux films à l’avenir ».
Le Grand Prix, remis par l’acteur et président du jury Un certain regard, Benicio Del Toro, et le membre du jury des longs-métrages, Chang Chen, a été décerné au réalisateur américain Spike Lee pour son film BlacKkKlansman, un polar aux allures de pamphlet contre le racisme, inspiré de l’histoire vraie d’un policier afro-américain qui a infiltré le Ku Klux Klan en 1978. Le cinéaste n’avait pas participé à la compétition cannoise depuis 27 ans (avec Jungle Fever en 1991).
Le prix du jury a été remis par l’acteur Gary Oldman et l’actrice Léa Seydoux, membre du jury, à la réalisatrice libanaise Nadine Labaki pour son film Capharnaüm. Elle a rendu hommage aux « enfants de la rue » qui jouent dans son long-métrage, qui « lui ont ouvert leurs cœurs et raconté leurs souffrances ». Et souligné que son pays, le Liban, a accueilli un grand nombre de réfugiés. Elle a également lancé un vibrant appel à « ne plus continuer à tourner le dos et rester aveugle à la souffrance de ces enfants qui se débattent comme ils peuvent dans ce capharnaüm qu’est devenu le monde ». « Je voudrais vous inviter à réfléchir, parce que l’enfance mal aimée est à la base du mal dans le monde », a-t-elle ajouté.

   


Palme d’or spéciale pour Jean-Luc Godard
Une Palme d’or spéciale, expressément demandée par le jury à Thierry Frémaux, délégué général du Festival, et Pierre Lescure, son président, a été remise au cinéaste franco-suisse Jean-Luc Godard pour Le Livre d’image, en son absence. Après avoir donné sa conférence de presse sur FaceTime, le réalisateur, qui n’est pas venu sur la Croisette depuis des années, « regarde la cérémonie de clôture sur son portable », a précisé sa productrice venue recevoir cette récompense à sa place. Cette Palme d’or spéciale est destinée, selon Cate Blanchett, « à un artiste qui fait avancer le cinéma », qui « a repoussé les limites, qui cherche sans arrêt à définir et à redéfinir le cinéma ».

   


Le prix d’interprétation masculine remis par l’acteur Roberto Benigni, qui voulait « embrasser tout le monde », avec la chanteuse burundaise Khadja Nin, membre du jury, a été décerné à l’acteur italien Marcello Fonte pour son rôle dans le film de Matteo Garrone, Dogman. Il a déclaré : « Je me sens à l’aise avec vous. Ma famille, c’est vous, c’est le cinéma, c’est Cannes ».
Le prix de la mise en scène a été attribué au réalisateur polonais Pawel Pawlikowksi pour Cold War. Ce prix a été remis par le cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako aux côtés de l’actrice Kristen Stewart et le réalisateur Denis Villeneuve, membres du jury. Il s’agit de la première participation de la Pologne à la compétition cannoise.
Le discours coup de poing d’Asia Argento
Comme l’an passé, le prix du scénario a été partagé entre deux films : Heureux comme Lazzaro, de l’Italienne Alice Rohrwacher et Trois visages, de l’Iranien Jafar Panahi, qui a co-écrit le film avec Nader Saeivar. Jafar Panahi n’a pas pu venir au Festival de Cannes car il est toujours assigné à résidence en Iran.
Le prix d’interprétation féminine a été attribué à l’actrice kazakhe Samal Yeslyamova pour son rôle d’une réfugiée kirghize poussée aux dernières extrémités pour survivre, dans Ayka réalisé par le Russe Sergey Dvortsevoy.

   


Avant de remettre ce prix d’interprétation féminine, l’actrice Asia Argento, accompagnée de la membre du jury Ava DuVernay, est revenue sur le viol qu’elle a subi par le producteur américain Harvey Weinstein. Elle fait partie des premières à l’avoir dénoncé, déclenchant un mouvement de libération de la parole aux conséquences mondiales. Elle a notamment affirmé que le producteur américain ne serait « plus le bienvenu » sur la Croisette.

Discours très fort et très applaudi de l'actrice d'Asia Argento en ce début de Cérémonie de Clôture avant l'annonce… https://t.co/cTZDZEWclX— canalplus (@CANAL+)


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La Caméra d’or, qui récompense un premier film toutes sections confondues, a été décernée au film de Lukas Dhont, Girl. Ce long-métrage avait déjà reçu la Queer Palm et l’acteur principal Victor Polster le prix d’interprétation remis par le jury de la section Un certain regard, vendredi 18 mai.
La Palme d’or du court-métrage décernée par le jury des courts-métrages et de la Cinéfondation, présidé cette année par le réalisateur Bertrand Bonello, a récompensé le film de l’Australien Charles Williams, All These Creatures. Une mention spéciale a été attribuée au court-métrage du Chinois Wei Shujun, Yan bian shao nian (On the Border).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Le jury présidé par Cate Blanchett a décerné la Palme d’or au réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda pour « Une affaire de famille ». Le cinéaste américain Spike Lee a reçu le Grand Prix du jury pour « BlacKkKlansman ».
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Condamné pour avoir aidé des migrants, l’agriculteur est le personnage central de « Libre », de Michel Toesca, qui a reçu une « mention spéciale » du jury de L’Œil d’or.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤                     
                                                

Cannes 2018 : Cédric Herrou, de retour à Cannes en « officiel »

Condamné pour avoir aidé des migrants, l’agriculteur est le personnage central de « Libre », de Michel Toesca, qui a reçu une « mention spéciale » du jury de L’Œil d’or.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 17h52
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Quand Cédric Herrou est arrivé à l’hôtel Carlton, un vigile lui a fait signe et l’a félicité pour son combat. L’agriculteur de la vallée de la Roya, personnage emblématique de l’aide aux migrants, a débarqué à Cannes, jeudi 17 mai, quelques heures avant la projection de Libre, de Michel Toesca, un documentaire sur l’accueil et la solidarité dans l’arrière-pays niçois, présenté en séance spéciale, hors compétition. Herrou en est le personnage principal : le film raconte son quotidien et celui de quelques bénévoles, entre bras de fer avec les forces de l’ordre, débrouille et système D pour accueillir les nouveaux arrivants, sans oublier la bataille judiciaire… Cédric Herrou a été condamné le 8 août 2017 à quatre mois de prison avec sursis, par la cour d’appel d’Aix-en-Provence, pour avoir aidé quelque deux cents migrants à traverser la frontière italienne.
Cédric Herrou retourne l’accusation : c’est l’Etat qui se met hors-la-loi, dit-il, en empêchant notamment les migrants de déposer leur demande d’asile. Le préfet des Alpes-Maritimes, Georges-François Leclerc, a d’ailleurs été condamné à deux reprises en 2017 pour violation du droit d’asile, par le tribunal administratif de Nice. Les relations entre le préfet et l’agriculteur militant sont à couteaux tirés.
Quand on sait que Cannes dépend de la même préfecture que la vallée de la Roya, on imagine que la sélection de Libre n’a pas été une mince affaire pour le délégué général du Festival, Thierry Frémaux, et son président, Pierre Lescure. Petit détail, c’est aussi la préfecture qui assure la protection des invités sur le tapis rouge… Cédric Herrou, Michel Toesca et quelques migrants ont donc pu monter les marches, jeudi soir, avec tous les honneurs.
Ovation du public
Après la projection, devant le public qui faisait une ovation, Cédric Herrou s’est assuré un grand succès en faisant cette déclaration : « Notre devise “liberté, égalité, fraternité”, quelle que soit notre provenance, notre religion, notre couleur de peau, c’est important de la défendre tous les jours. Parce qu’elle est là et qu’elle est fragile, et qu’elle a besoin de nous, de vous. Elle a besoin qu’on la fasse vivre, qu’elle danse, qu’elle chante, et qu’elle crie à la liberté. Il y a des fois où elle pleure mais il faut qu’elle vive ».
Deux jours plus tard, samedi 19 mai, Libre a reçu la « mention spéciale » de L’Œil d’or, un prix du documentaire créé par Julie Bertuccelli il y a trois ans. Par ces deux gestes, la sélection du film puis la récompense, le Festival de Cannes donne une tribune inespérée à celles et ceux qui dénoncent la politique migratoire de l’Etat. Cédric Herrou acquiesce : « Un mineur isolé ne devrait pas avoir besoin de passer clandestinement. C’est important de pouvoir dénoncer ça à Cannes : ça crédibilise notre combat, alors que la préfecture essaie de nous discréditer ».

   


Cédric Herrou rappelle qu’il est un peu dans la même situation que certains réalisateurs invités en compétition, mais absents car condamnés par le pouvoir ou assignés en résidence
Dans cette 71e édition cannoise très politique, Cédric Herrou rappelle qu’il est un peu dans la même situation que certains réalisateurs invités en compétition officielle, mais absents car condamnés par le pouvoir ou assignés en résidence : « Le Russe Kirill Serebrennikov, l’Iranien Jafar Panahi ne peuvent être à Cannes. Si Libre était programmé dans un festival étranger, je ne pourrais pas moi non plus me rendre dans ce festival. Car je ne peux pas quitter le territoire ». Michel Toesca, le réalisateur du documentaire, fait le bilan : « Je suis parti tout seul sur ce projet. Puis Cédric, d’autres gens, le producteur de Sanosi, le distributeur Jour2Fête, m’ont rejoint. Emmaüs et Médecins du Monde nous ont donné de l’argent, etc. Petit à petit, tout le monde s’est greffé. A présent, Frémaux et Lescure estiment qu’il faut montrer le film. C’est comme une nouvelle personne qui s’ajoute dans l’histoire ».
« Strass et paillettes » 
L’an dernier, l’accueil sur la Croisette avait été plus compliqué. L’équipe de Libre était déjà à Cannes et cherchait des soutiens, alors que le tournage n’était pas achevé – à l’époque, le film s’intitulait A tous vents. L’atmosphère était lourde et tendue, après la découverte de deux migrants morts dans un wagon de train, en banlieue de Cannes. L’équipe du film avait demandé à la direction du Festival de pouvoir monter les marches. Après de nombreuses tractations avec la préfecture, l’autorisation avait été donnée, mais un peu au rabais : pas de voiture officielle et pas de places à l’orchestre pour les migrants. Peu importe, l’instant avait été immortalisé et filmé au téléphone portable, sur un fond musical inattendu : la sono du Festival diffusait à plein tube Douce France, du groupe Carte de séjour…

        Lire le récit :
         

          Vendredi, ou la vie politique sauvage de la Croisette



Cédric Herrou : « Ce documentaire est comme un autre guide touristique de la région. Il montre le charme de l’arrière-pays niçois… »
Tout est un peu surréaliste dans cette histoire, et la vie de Cédric Herrou a basculé. L’agriculteur ne peut plus travailler comme avant. « A la ferme, on a eu des pertes financières énormes. Car rien n’est organisable, on ne peut rien prévoir sur la semaine. On ne sait pas combien de migrants vont arriver, on ne sait pas les difficultés qu’on va avoir avec la préfecture, les gardes-à-vue. Dans ce contexte, le film a été un soutien psychologique », explique-t-il. Abou, jeune Tchadien présent sur la Croisette, a vécu pendant près d’un mois sur le terrain de Cédric Herrou, dans une caravane. Il s’est occupé des poules, des oliviers… Puis quelqu’un l’a hébergé à Paris, pour faire avancer son dossier. « Je ne t’ai pas trop exploité ? », sourit Cédric Herrou.
Libre, conclut-il, est « une caméra embarquée de tout ce qui s’est passé depuis trois ans ». Une sorte de road-movie, grince-t-il : « Ce documentaire est comme un autre guide touristique de la région. Ici, sur la Côte-d’Azur, c’est strass et paillettes, avec tous ces exilés fiscaux sur leurs bateaux. Le film montre le charme de l’arrière-pays niçois… ». Michel Toesca confirme : « On est en train de créer un autre Office du tourisme ! ».



                            


                        

                        


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Au Festival de Cannes, le jury récompense avant tout les Occidentaux

Depuis 1975 et le début de la Palme d’or, le Festival de Cannes a surtout mis en avant des films américains et européens, au détriment d’autres continents et cultures.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 17h43
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                            Baptiste Decharme








                        


Les Européens, stars du Festival de Cannes ? C’est, en tout cas, ce que laissent penser les nationalités récompensées sur la Croisette, alors que le palmarès de l’édition 2018 sera dévoilé samedi 19 mai. Et si on ajoute les Nord-Américains (Canada ou Etats-Unis), il reste peu de place pour les autres continents.
Ainsi, sur les 48 Palmes d’or décernées depuis 1975, date à laquelle cette récompense devient pérenne, 24 lauréats étaient européens de l’ouest et 12 étaient nord-américains. Et un seul film était africain : il s’agit de Chronique des années de braise, du réalisateur algérien Mohammed Lakhdar-Hamina, en 1975. Un autre était turc : Yol, de Yilmaz Güney et Serif Gören, en 1982. Quatre films sont asiatiques, dont trois japonais et un hongkongais.

   


Dans le même ordre d’idée, les acteurs et actrices qui se voient récompensées par le prix de l’interprétation viennent en majorité du Vieux Continent et de l’Amérique du Nord. C’est encore plus frappant pour les hommes, chez qui la diversité semble encore moins présente. Trois viennent du Proche et Moyen-Orient : les Turcs Muzaffer Özdemir et Mehmet Emin Toprak pour Uzak en 2003, ainsi que Shahab Hosseini pour Le Client, un film iranien. Un acteur chinois (Ge You pour le film Vivre) ainsi qu’un Russe (Konstantin Lavronenko pour Le Bannissement) ont aussi été couronnés en 1994 et 2007.
Faible diversité du côté des Grands Prix
Les femmes ont des origines à peine plus diverses. Si 40 des 50 primées proviennent de pays occidentaux (y compris Israël), une seule vient d’Afrique (Linda Mvusi dans Un monde à part, en 1988). Trois viennent de l’ancien bloc de l’est : la Russe Mari Törőcsik dans Où êtes-vous Madame Déry ? (1976) 
Et les polonaises Jadwiga Jankowska-Cieslak dans Un autre regard (1982) et Krystyna Janda dans L’Interrogatoire (1990). Trois actrices sud-américaines ont aussi été récompensées : Norma Aleandro (Argentine), dans L’Histoire officielle en 1985, ainsi que Fernanda Torres dans Parle-moi d’amour en 1986 et Sandra Corveloni dans Une famille brésilienne en 2008, toutes deux étant brésiliennes.

   


Du côté des Grands Prix, qui récompensent le deuxième meilleur film du festival selon le jury, la diversité n’est pas plus évidente. Sur 48 films récompensés, 31 sont européens, et seuls cinq sont américains. L’Asie est un peu plus représentée. Il faut noter le film burkinabé Tilaï, qui remporte le Grand Prix en 1990, en même temps que le film japonais L’Aiguillon de la mort. 

   


Cette année encore, sur les 18 films sélectionnés pour la compétition officielle, huit sont européens et deux sont étatsuniens.

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Pendant toute la durée du Festival, Stephan Vanfleteren a photographié pour « Le Monde » des personnalités présentes.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Après qu’ils ont passé deux semaines dans les salles obscures du 71e Festival de Cannes, voici la sélection des journalistes du « Monde ».
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