<FILE-date="2018/05/21/19">

<article-nb="2018/05/21/19-1">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-1"> ¤ Pour Alicia Garcia-Herrero, économiste spécialiste de la Chine chez Natixis, les Européens sont les perdants de l’accord passé entre Washington et Pékin sur le plan commercial.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-1"> ¤                     
                                                

« On peut s’attendre à une recrudescence d’acquisitions chinoises d’entreprises européennes »

Pour Alicia Garcia-Herrero, économiste spécialiste de la Chine chez Natixis, les Européens sont les perdants de l’accord passé entre Washington et Pékin sur le plan commercial.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 16h55
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 17h06
    |

            Marie de Vergès








                        



   


Pékin et Washington sont parvenus dimanche 20 mai à un accord de principe pour réduire le déficit commercial américain. Une trêve qui écarte la menace d’une guerre commerciale mais dont les conséquences risquent d’être négatives pour les Européens, selon Alicia Garcia-Herrero, économiste spécialiste de la Chine chez Natixis.

        Lire aussi :
         

                Europe : Face à Trump, l’UE se pose en rempart ultime du libre-échange



Les Européens sont-ils les perdants de l’accord entre la Chine et les Etats-Unis, comme s’en est ému le ministre français des finances, Bruno Le Maire ?
Certainement. D’ailleurs, une raison pour laquelle la Chine a préféré ne pas quantifier les engagements qu’elle a pris auprès des Etats-Unis, c’est parce que d’autres pays risquent de s’en plaindre, notamment en Europe. Mais elle va effectivement devoir accroître ses achats de marchandises américaines et, très vraisemblablement, dans des secteurs qui comptent pour les Européens. La Chine ne pourra pas corriger le déséquilibre de la balance commerciale avec les Etats-Unis en se contentant d’importer davantage de soja américain. Il y aura de gros contrats. Je pense par exemple à l’aéronautique, qui est très largement dominé par des entreprises publiques en Chine. Déjà 69 % des importations chinoises viennent des Etats-Unis et cela pourrait augmenter encore, au détriment d’Airbus. On peut aussi penser au secteur pharmaceutique. La Chine vient de libéraliser le marché du médicament. Aujourd’hui, les Européens, notamment le Royaume-Uni, exportent beaucoup. Mais les Américains devraient profiter plus que les autres de l’ouverture de ce marché.
L’Europe avait-elle une chance de jouer la médiatrice dans cette bataille commerciale ?
Pas vraiment et cela aurait été un peu naïf de le croire. Un accord multilatéral n’intéresse ni les Etats-Unis ni la Chine. Et puis les relations sont aussi tendues avec l’Europe. Par exemple, Pékin vient de recevoir une lettre signée par des ambassadeurs européens sur place qui exprime leur méfiance vis-à-vis du projet des routes de la soie. Il y a aussi la querelle en cours sur le statut d’économie de marché que l’Union européenne n’a pas voulu lui accorder. En fin de compte, la Chine n’a jamais cru que les Européens puissent négliger l’alliance transatlantique pour travailler avec elle face aux Américains.
L’accord entre Washington et Pékin ne règle pas vraiment le fond du problème. Se peut-il que la même bataille se rejoue très rapidement ?
Il est clair que les Etats-Unis ont raté une occasion de pousser la Chine à faire des réformes pour devenir une économie plus ouverte. Ils ont obtenu de pouvoir exporter davantage, mais selon des critères qui sont même contraires à l’économie de marché : Pékin est incité à acheter des produits américains dans le cadre d’un accord et pas selon les règles de la concurrence.

        Lire aussi :
         

                Les Chinois gagnants de l’armistice commercial avec Trump



Donald Trump a gagné une bataille mais il s’agit d’une solution de court terme. Entre-temps, la Chine a pris davantage conscience de son isolement et de la nécessité d’arriver encore plus vite à l’indépendance technologique. En conséquence, il y aura sans doute une recrudescence d’acquisitions chinoises d’entreprises européennes, puisque ces opérations sont difficiles voire impossibles à mener aux Etats-Unis, au Japon ou en Corée du Sud. Voilà à quoi l’on peut s’attendre de la part de la Chine dans les prochains mois : plus d’achats aux Etats-Unis et plus d’acquisitions en Europe.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-2">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-2"> ¤ Historien de l’Union soviétique et ancien conseiller du président républicain Ronald Reagan, Richard Pipes est mort, jeudi 17 mai, à l’âge de 94 ans.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Mort de Richard Pipes, historien fossoyeur du soviétisme

Historien de l’Union soviétique et ancien conseiller du président républicain Ronald Reagan, Richard Pipes est mort, jeudi 17 mai, à l’âge de 94 ans.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 15h20
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 15h56
    |

            Gilles Paris (Washington, correspondant)








                        



                                


                            

L’histoire consume lorsqu’on la tisonne. Richard Pipes, mort jeudi 17 mai à Cambridge, dans le Massachusetts, à 94 ans, en est fait l’illustration tout au long d’une carrière empreinte de passion dévolue à l’empire russe et à ses avatars.
Né le 11 juillet 1923 sur une ligne de fracture européenne, dans la partie polonaise de la Silésie, il assiste en spectateur au triomphe d’Adolf Hitler, à Varsovie, en octobre 1939, après l’invasion de son pays. Ses parents, de confession juive, ont la bonne intuition de fuir clandestinement quelques jours plus tard vers l’Italie, étape d’un périple qui les conduit finalement aux Etats-Unis, où ils sont naturalisés en 1943.
Cet arrachement et l’incapacité initiale des Américains à comprendre le caractère du nazisme à laquelle Richard Pipes se heurte dans son Etat d’adoption, l’Ohio, imprègnent sans aucun doute son approche de l’histoire, la matière vers laquelle il se tourne à l’université. Ils ne cesseront d’irriguer les travaux qu’il consacre, à Harvard, à ce qui apparaît rapidement pour lui comme un nouvel empire du mal, l’Union soviétique. Devenu son contempteur virulent, il ajoute l’action à l’analyse, en rejoignant, en 1972, la Coalition for a Democratic Majority, un groupe centriste et anticommuniste fondé en réaction à ce qui est considéré comme la dérive pacifiste du Parti démocrate.
Opposant à la politique de détente
Comme d’autres exilés prestigieux qui forgeront durablement la politique étrangère des Etats-Unis, d’Henry Kissinger à Zbigniew Brzezinski, Richard Pipes saute le pas en prenant, en 1976, la direction de la « Team B », un groupe d’experts mis sur pied par le secrétaire à la défense du président républicain Gerald Ford, Donald Rumsfeld. Ce dernier, un nationaliste, souhaite contrer les analyses, jugées apaisantes, des spécialistes de la CIA à propos de la stratégie militaire de Moscou. Richard Pipes lui donne des arguments pour s’opposer à la politique de détente qui a culminé avec...




                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-3">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-3"> ¤ Non seulement la Ligue et le Mouvement 5 étoiles font des promesses qu’ils ne pourront tenir, mais le pire est que Silvio Berlusconi se tient en embuscade, estime l’intellectuel italien Raffaele Simone dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Italie : un « contrat » de coalition « à l’encontre de la Constitution italienne »

Non seulement la Ligue et le Mouvement 5 étoiles font des promesses qu’ils ne pourront tenir, mais le pire est que Silvio Berlusconi se tient en embuscade, estime l’intellectuel italien Raffaele Simone dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    21.05.2018 à 14h01
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 14h53
    |

Raffaele Simone (Linguiste et universitaire italien)







                        



                                


                            

Tribune. Le « contrat pour le gouvernement du changement », promis par Matteo Salvini et Luigi Di Maio, leaders respectivement de la Ligue du Nord et du Mouvement 5 étoiles, semble enfin sur pied. A noter qu’ils parlent de « contrat » et non d’« accord », croyant ainsi évoquer le « Koalitionsvertrag » (« le traité de coalition ») que les forces de la majorité en Allemagne ont coutume de signer depuis des années.
En fait, c’est le même terme que Berlusconi a employé il y a quinze ans pour désigner les promesses qu’il faisait aux Italiens lors d’une émission télévisée (presque toutes non tenues).
Jargon politique
Alors que la Ligue du Nord et le Mouvement 5 étoiles se veulent deux groupes antisystème et anti-politique, il est surprenant de constater que le document regorge d’expressions bureaucratiques maladroites et de jargon politique. Mais il y a des problèmes plus graves. Par exemple, au moment où j’écris ces lignes, le nom du chef du gouvernement n’est toujours pas connu. Deux mois de négociations ne leur ont pas suffi à en trouver un. Chacun des deux signataires du contrat aimerait être premier ministre, certes, mais cela susciterait des jalousies et un ressentiment infini ; ils ont donc annoncé que leur choix se porterait sur une personne « incontestable », tant en Italie qu’à l’étranger.
Naturellement, les points que je viens d’évoquer peuvent être invalidés à tout moment car les diverses mesures qui ont été prises jusqu’ici, présentées comme définitives par les deux leaders, ne cessent de changer et même de fondre comme neige au soleil. Toujours est-il que nous avons assisté ces derniers mois à un spectacle politique non seulement insolite, mais aussi inquiétant. Sa nouveauté tient aussi bien aux méthodes employées qu’au contenu des mesures proposées.

Tout d’abord, ce contrat sanctionne un mariage politique quasiment contre nature. Les seuls points communs entre les deux partis sont leur...




                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-4">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-4"> ¤ Depuis un an et demi, la photographe Sandra Mehl suit, pour « Le Monde », le parcours des Soudan Célestins Music.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-4"> ¤ 
<article-nb="2018/05/21/19-5">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-5"> ¤ Venus du Soudan, ils se sont connus à leur arrivée en France… Les trajectoires de cinq membres d’un groupe de musique, réfugiés en quête d’intégration.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-5"> ¤ 
<article-nb="2018/05/21/19-6">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-6"> ¤ La petite fille a été atteinte par balle lors d’une poursuite entre la police et une camionnette transportant des migrants pour leur faire traverser la frontière.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

En Belgique, émotion à la suite de la mort d’une migrante kurde de 2 ans

La petite fille a été atteinte par balle lors d’une poursuite entre la police et une camionnette transportant des migrants pour leur faire traverser la frontière.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 10h46
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 13h42
    |

            Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, Correspondant)








                        



   


Le premier ministre belge, Charles Michel, a promis, dimanche 20 mai, des enquêtes « totalement indépendantes » après la mort de Mawda, une enfant kurde de 2 ans, atteinte par balle lors d’une course-poursuite entre la police et une camionnette transportant des migrants, dans la nuit du jeudi 17 au vendredi 18 mai. « Aujourd’hui, une famille est dévastée par la mort d’un enfant et je réagis en tant que père de famille. Tous les responsables doivent faire preuve de réserve et de retenue », a expliqué le chef du gouvernement sur la chaîne privée RTL-TVI.
La petite Mawda faisait partie d’un groupe d’une trentaine de personnes, dont quatre enfants, véhiculées par des passeurs sur l’autoroute traversant la Wallonie en direction de la frontière française. Repérée à Namur et suivie par la police, la fourgonnette aux vitres opaques a été immobilisée près de Mons. Le conducteur avait tenté d’échapper aux contrôles et avait embouti une autre camionnette. Les policiers, présents en nombre, avaient effectué des tirs de sommation et, apparemment, visé les pneus. Une incertitude subsiste néanmoins quant au fait qu’un passeur aurait utilisé une arme.
Dans un premier temps, le parquet avait indiqué que la petite fille avait été victime d’un traumatisme crânien. Vingt-quatre heures plus tard, il était forcé de se contredire, l’autopsie ayant déterminé que la fillette était morte d’une balle reçue en plein visage, dans la joue, alors que son père la tenait, semble-t-il, dans ses bras. Des examens balistiques devront désormais indiquer si le projectile provenait ou non d’une arme utilisée par les forces de l’ordre. La mère de la petite Mawda (qui sera inhumée dans une parcelle réservée aux indigents) a affirmé que son enfant avait bien été tuée par un policier.
Une polémique politique qui enfle
Au lendemain des faits, des centaines de personnes avaient manifesté depuis la direction générale de l’office des étrangers jusqu’au cabinet du ministre de l’intérieur, Jan Jambon, pour dénoncer la politique menée à l’encontre des migrants par le gouvernement de M. Michel.
Le secrétaire d’Etat à la migration, Theo Francken, et M. Jambon, tous deux membres du parti nationaliste de la Nouvelle Alliance flamande (N-VA), avaient surtout désigné les réseaux de passeurs, de plus en plus actifs en Belgique, comme responsables de ce qui s’était déroulé, M. Jambon estimant, tout en promettant une enquête impartiale, qu’aucune faute ne semblait avoir été commise par les forces de l’ordre.
De leur côté, les policiers soulignent la difficulté d’agir, avec des effectifs jugés insuffisants, contre des réseaux violents et de mieux en mieux organisés, qui squattent diverses aires autoroutières et rackettent hommes, femmes et enfants en leur promettant un voyage vers le Royaume-Uni.
La polémique politique enfle d’autant plus – d’où l’appel au calme lancé par M. Michel – que deux ministres de la N-VA, M. Francken et son collègue des finances, Johan Van Overtveldt, viennent d’annoncer leur intention de demander à la Banque nationale de Belgique une enquête sur le « rapport coût-bénéfice de la présence massive d’étrangers » sur le territoire belge. Un sujet qui figure depuis plus de vingt ans au programme de la formation d’extrême droite flamande Vlaams Belang.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-7">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-7"> ¤ La Ligue et le Mouvement 5 étoiles doivent présenter ce lundi au président, Sergio Mattarella, la composition du prochain gouvernement.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-7"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 20/05/2018
Découvrir l’application


                        

Italie : le nouveau gouvernement eurosceptique en passe d’être dévoilé

La Ligue et le Mouvement 5 étoiles doivent présenter ce lundi au président, Sergio Mattarella, la composition du prochain gouvernement.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 05h17
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 09h00
   





                        



   


L’Italie devrait connaître dans la journée du lundi 21 mai le nom du nouveau président du conseil, ainsi que la composition du gouvernement, né de l’alliance de deux partis populistes, la Ligue et le Mouvement 5 étoiles (M5S).
Suspense autour du nom du futur chef de gouvernement
Le patron de la Ligue (droite souverainiste) a annoncé, dimanche, un accord sur la composition du prochain gouvernement italien avec le mouvement antisystème M5S, qui doit être soumise, lundi, au président de la République, Sergio Mattarella.
« Nous nous sommes mis d’accord sur le chef et les ministres du gouvernement, et nous espérons que personne ne mettra de veto sur un choix qui représente la volonté de la majorité des Italiens », a annoncé Matteo Salvini, en précisant que ni lui ni Luigi Di Maio, chef de file du M5S, ne seraient président du conseil.
Chacun des deux rêvait pourtant de diriger le premier gouvernement antisystème d’un pays fondateur de l’Union européenne (UE). Mais une féroce lutte d’ego et des scores individuels insuffisants aux législatives les ont forcés à choisir une tierce personne. Selon la presse italienne, ils pourraient néanmoins se réserver des maroquins de choix : le ministère de l’intérieur pour M. Salvini et un grand ministère du développement économique, incluant le travail, pour M. Di Maio.
Pour le poste très prisé de chef du gouvernement, la presse parie sur Giuseppe Conte, 54 ans, un juriste quasi inconnu en Italie, qui enseigne le droit privé à Florence et à Rome, spécialiste de la justice administrative. Le nom d’Andrea Roventini, 41 ans, un jeune économiste enseignant à l’université de Pise, est également cité. Tout comme celui de Paolo Savona, 81 ans, qui fut ministre de l’industrie en 1993-1994 et qui s’est toujours opposé au traité de Maastricht, présenté dans le programme commun comme le début de la dérive de l’UE.
Un programme approuvé par les sympathisants des deux partis
La Ligue et le M5S avaient dévoilé vendredi un « contrat de gouvernement » qui tourne le dos à l’austérité et aux « diktats » de Bruxelles et promet la plus grande fermeté contre la corruption, toutes les formes de délinquance et l’immigration.
Dimanche, une large majorité de sympathisants de la Ligue (91 %) a apporté son soutien au contrat de gouvernement établi entre la formation droitière et le M5S. Ce dernier, arrivé en tête des élections législatives du 4 mars, avait organisé vendredi une consultation similaire sur Internet, et a également obtenu un très large soutien.
Le document prévoit notamment une réduction des prélèvements fiscaux de plusieurs milliards d’euros, une augmentation des dépenses publiques en faveur des défavorisés et l’abandon d’une réforme impopulaire des retraites.

        Lire aussi :
         

                Europe : le fossé Nord-Sud, obstacle au redémarrage de l’Italie



Passe d’armes avec le gouvernement français
Le patron de La Ligue, Matteo Salvini, a jugé dimanche « inacceptables » les avertissements du ministre français de l’économie, Bruno Le Maire, inquiet pour la stabilité de la zone euro.
« Un ministre français avertit le futur gouvernement : “Ne changez rien, ou il y aura des problèmes.” Encore une invasion de terrain inacceptable », a tweeté dimanche M. Salvini. « Je n’ai pas demandé les votes et la confiance pour continuer sur la route de la pauvreté, de la précarité et de l’immigration : les Italiens d’abord ! », a ajouté le chef de la Ligue.
« Que les Français s’occupent de la France et ne mettent pas leur nez dans les affaires des autres », a-t-il encore lancé à la presse dimanche après-midi, devant l’un des stands où la Ligue avait invité ses sympathisants à se prononcer sur l’accord de gouvernement conclu avec le M5S. « Parlons plutôt de Vintimille et des migrants arrêtés à la frontière » en provenance de l’Italie, a-t-il ajouté.

        Lire aussi :
         

                Italie : le défi à l’Europe






                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-8">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-8"> ¤ La commission des affaires étrangères prend position pour des actions plus vigoureuses contre les flux d’argent russe circulant au Royaume-Uni.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

Des députés britanniques réclament plus de fermeté contre l’argent russe « blanchi à Londres »

La commission des affaires étrangères prend position pour des actions plus vigoureuses contre les flux d’argent russe circulant au Royaume-Uni.



Le Monde
 |    21.05.2018 à 01h30
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 07h43
   





                        


Une influente commission parlementaire britannique a appelé, lundi 21 mai, le gouvernement de Theresa May à faire davantage pour lutter contre les flux d’argent russe « corrompu » circulant à Londres.
« Il n’y a aucune excuse pour que le Royaume-Uni ferme les yeux alors que les kleptocrates du président Poutine et les violeurs des droits de l’homme utilisent l’argent blanchi à Londres pour corrompre nos alliés, affaiblir nos partenariats et éroder la confiance dans nos institutions », écrit la commission des affaires étrangères de la Chambre des communes, dans un rapport.
La première ministre conservatrice, Theresa May, a durci sa position vis-à-vis de Moscou à la suite de l’empoisonnement de l’ex-espion russe Sergueï Skripal sur le sol britannique, le 4 mars, imputé à la Russie, laquelle dément.
Appel à une coopération internationale
Le gouvernement a expulsé des diplomates russes et promis de traquer les « criminels et élites corrompues » tandis que les députés ont approuvé un amendement permettant d’imposer des sanctions afin de « décourager » les violations des droits de l’homme, et de faire « rendre des comptes » à ceux qui en commettent.
Mais, selon la commission, « le président Poutine et ses alliés ont pu continuer à faire comme si de rien n’était en cachant et en blanchissant leurs avoirs corrompus à Londres ».
« Le Royaume-Uni doit être clair sur le fait que la corruption provenant du Kremlin n’est plus la bienvenue sur nos marchés et que nous agirons », insiste-t-elle.
Les députés réclament en conséquence des actions plus fortes, souhaitent voir Londres utiliser sa position de place financière mondiale pour renforcer les lacunes dans les dispositifs en place, et appellent à une coopération renforcée avec les Etats-Unis, les pays du G7 et de l’UE.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-9">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-9"> ¤ Le ministre français de l’économie a critiqué dimanche l’accord de gouvernement conclu entre la Ligue et le Mouvement 5 Etoiles. Matteo Salvini a jugé ces avertissements « inacceptables »
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-9"> ¤                     
                                                

Italie : passes d’armes entre Bruno Le Maire et Matteo Salvini, patron de la Ligue

Le ministre français de l’économie a critiqué dimanche l’accord de gouvernement conclu entre la Ligue et le Mouvement 5 Etoiles. Matteo Salvini a jugé ces avertissements « inacceptables »



Le Monde
 |    20.05.2018 à 19h06
   





                        



   


Le « contrat de gouvernement » conclu en Italie par les deux partis antisystèmes, la Ligue et le Mouvement 5 Etoiles (M5S), ne passe pas du côté du gouvernement français qui l’a fait savoir, dimanche 20 mai, par la voix de Bruno Le Maire. Lors de l’émission « Le grand rendez-vous » sur CNews, le ministre de l’économie a critiqué les promesses inscrites dans cet accord :
« Si le nouveau gouvernement prenait le risque de ne pas respecter ses engagements sur la dette, le déficit, mais aussi l’assainissement des banques, c’est toute la stabilité financière de la zone euro qui serait menacée. »

        Lire aussi :
         

                Italie : le défi à l’Europe



Le « contrat de gouvernement » conclu entre la Ligue et le Mouvement 5 Etoiles prévoit notamment de mettre fin à la politique d’austérité avec le remplacement de l’impôt progressif sur le revenu par une « flat tax » (en réalité une contribution à deux tranches, de 15 % et 20 %), la remise en cause de la loi Fornero de réforme des retraites, votée en 2011, sous la pression des marchés, et l’instauration d’un « revenu de citoyenneté », aux contours encore bien flous.
« Chacun doit comprendre en Italie que l’avenir de l’Italie est en Europe et nulle part ailleurs, et pour que cet avenir soit en Europe, il y a des règles à respecter, a encore souligné M. Le Maire. Les engagements qui ont été pris par l’Italie (…) valent quel que soit le gouvernement. Je respecte la décision souveraine du peuple italien, mais il y a des engagements qui dépassent chacun de nous. »
Accord entre la Ligue et le M5S sur le nom du premier ministre
En réponse, le patron de la Ligue, Matteo Salvini, a jugé « inacceptable » les avertissements lancés par M. Le Maire. « Un ministre français “avertit” le futur gouvernement : ne changez rien ou il y aura des problèmes. Encore une invasion de terrain inacceptable, a-t-il tweeté. Je n’ai pas demandé les votes et la confiance pour continuer sur la route de la pauvreté, de la précarité et de l’immigration : les Italiens d’abord ! » 

        Lire aussi :
         

                Pourquoi les Européens tremblent face au prochain gouvernement italien



« Que les Français s’occupent de la France et ne mettent pas leur nez dans les affaires des autres », a-t-il encore lancé à la presse dimanche après-midi, devant l’un des stands où la Ligue a invité ses sympathisants à se prononcer sur l’accord de gouvernement conclu avec le M5S.
Par ailleurs, M. Salvini a également annoncé dimanche un accord avec le M5S sur la composition du prochain gouvernement et notamment sur le futur premier ministre. Il sera soumis lundi au président italien Sergio Mattarella. « Nous nous sommes mis d’accord sur le chef et les ministres du gouvernement et nous espérons que personne ne mettra de veto sur un choix qui représente la volonté de la majorité des Italiens », a annoncé M. Salvini, en précisant que ni lui ni Luigi Di Maio, chef de file du M5S, ne seraient chef du gouvernement.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-10">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-10"> ¤ « Le Monde », « The Guardian », « El Pais » et « Der Spiegel » ont suivi l’intégration de migrants sur leur territoire, dans le cadre du projet « The New Arrivals ».
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-10"> ¤                     
                                                

En Allemagne, au Royaume-Uni et en Espagne, la résilience de familles de réfugiés

« Le Monde », « The Guardian », « El Pais » et « Der Spiegel » ont suivi l’intégration de migrants sur leur territoire, dans le cadre du projet « The New Arrivals ».



Le Monde
 |    20.05.2018 à 08h07
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 06h52
    |

            Serge Michel








                        



   


Quand le quotidien britannique The Guardian s’est lancé dans le projet « The New Arrivals », ses reporters ont parcouru tout le Royaume-Uni, de Coventry à Cardiff, de Liverpool à Leicester, de Sheffield à Nottingham, à la rencontre des 38 517 personnes qui avaient demandé l’asile dans le pays en 2016.
Mais c’est sur un père et un fils, à Derby, au nord de Londres, que la journaliste Kate Lyons s’est arrêtée, très émue. Un an plus tôt, en raison de l’insécurité régnant dans sa région de Kunduz, en Afghanistan, Said Khan Norzai, 40 ans, cultivateur de melons de son état, quittait son pays avec sa femme et leurs sept enfants.
« Situation précaire »
Alors qu’ils franchissaient clandestinement la frontière montagneuse entre l’Iran et la Turquie, des tirs ont fusé autour d’eux. Le groupe d’une centaine de migrants s’est dispersé. Lorsque Said et son fils Wali sont sortis de leur ­cachette, les autres membres de la ­famille avaient disparu. « Quand mon fils rentre à la maison le soir, il me demande : “Papa, où sont maman, mon frère et mes sœurs ?”, dit Said. Je pensais que les ­Anglais me donneraient un passeport pour aller en Turquie et les chercher. En dehors de cela, que puis-je faire ? Je ne sais pas s’ils sont vivants ou morts. »
L’anglais de Wali, 9 ans, est déjà bon. Il sert d’interprète à son père. Il adore l’école, où il s’est fait huit amis. Il aimerait devenir médecin.
Le matin, après avoir déposé Wali à l’école, Said rentre et reste assis, seul. Il n’a ni radio, ni ordinateur, ni smartphone. Quand il ne supporte plus le silence de l’appartement, il sort et marche dans les rues de Derby, en comptant les minutes jusqu’à ce que se termine la journée et qu’arrive l’heure d’aller chercher son fils. L’anglais de Wali, 9 ans, est déjà bon. Il sert d’interprète à son père. Il adore l’école, où il s’est fait huit amis. Il aimerait devenir médecin. Y parviendra-t-il ?
Lorsque paraît le premier épisode de « The New Arrivals », le 1er mars 2017, la reporter du Guardian n’en sait rien. « Leur situation est précaire », écrit-elle. La demande d’asile déposée par Said a été rejetée quelques semaines plus tôt, les autorités ­britanniques considérant l’Afghanistan comme un pays sûr. Parce qu’il ne sait pas lire, le père n’a pas ouvert la lettre et a raté le délai de quatorze jours pour faire appel.

   


Quelques mois plus tard, les Norzai ne répondront plus au téléphone. Le Guardian les retrouvera loin de Derby ­– après un périple que le journal dévoilera dans quelques semaines –, mais se voit pour l’heure obligé de poursuivre le projet avec d’autres migrants.
Et notamment Binar, un Irakien marié, père de deux fillettes, titulaire d’un master d’une université britannique et qui s’apprêtait à rentrer. Mais au pays, sa famille lui dit que des menaces ont été émises contre lui. Il dépose une demande d’asile politique, qui sera refusée. Il fait appel, mais, depuis deux ans, alors qu’il n’a pas le droit de travailler, lui et les siens doivent se contenter des 36,95 livres sterling (42 euros) par personne et par semaine octroyées par les autorités britanniques.
Une enquête précise et cruelle
Et c’est toute la question d’une enquête précise et cruelle du Guardian : comment survivre au Royaume-Uni avec une somme pareille ? Tous les vêtements proviennent de dons, les légumes sont achetés après 19 heures, lorsqu’ils sont soldés, les œufs remplacent la viande et les enfants jouent avec des objets trouvés.
Fini les activités extrascolaires, les déplacements, la célébration des anniversaires : cette grande pauvreté organisée marque la vie des couples, déconsidère les parents aux yeux de leurs enfants, fait chuter les résultats à l’école et rompt les liens avec les familles restées au pays. Dans un autre reportage, en vidéo, le Guardian a trouvé pire encore. A Londres, des migrants sans abri font dormir leurs enfants dans les bus de nuit qui sillonnent la capitale.
A l’été 2015, Saïd Al-Ghoury, originaire de Tanger, au Maroc, a contribué à la survie du village de 80 habitants : grâce à lui, à son épouse et à ses deux filles, l’école de Visiedo est restée ouverte.
Mais il y a aussi quelques histoires heureuses. La famille Batak, de Damas, a été accueillie par la population d’un village perdu du Pays de Galles, Narberth, qui s’est cotisée pour les aider. Les enfants jouent au foot avec les petits Gallois. La mère, Safaa, a rejoint un groupe de tricot, qu’elle adore. Le père, Ahmad, a cessé de fumer. Et tous se sont mis, comme les Anglais, à parler du temps qu’il fait. « J’aime ce genre de temps, dit l’un des fils, Huseen, alors que la pluie tombe. J’aime le froid. J’aime la pluie. »
Ce n’est pas une histoire très différente que raconte Laura delle Femmine, une des reporters d’El Pais, le grand quotidien espagnol, à Visiedo, un village minuscule à 45 km au nord de Teruel, dans le centre de l’Espagne.
La peur au ventre
A l’été 2015, Saïd Al-Ghoury, originaire de Tanger, au Maroc, a contribué à la survie du village de 80 habitants : grâce à lui, à son épouse et à ses deux filles, l’école de Visiedo est restée ouverte. La région est la plus clairsemée d’Espagne, avec 9,6 habitants par kilomètre carré, mais elle a vu le nombre d’immigrés augmenter de plus de 2 000 % depuis 1998.
Ce reportage, qui a fait grand bruit en Espagne, était pourtant un pas de côté pour El Pais, qui a choisi de suivre, avec le projet « The New Arrivals », l’équipe de foot amateur l’Ame de l’Afrique, à Jerez de la Frontera, dans le sud de l’Andalousie, dont tous les joueurs sont des migrants. Certains, explique El Pais, comme les deux jeunes Sénégalais Mahu Dione et Abdou Diouf, ont débarqué sur une plage toute proche dans ces navires de fortune qui ont connu tant de naufrages.

   


D’autres, comme les Camerounais Issa Abdou et Yves-Florent Fieusse, ont réussi à sauter la gigantesque barrière érigée autour de l’enclave de ­Melilla, seule frontière terrestre entre l’Europe et l’Afrique. « L’équipe ne me donne pas un job, dit Issa, mais cela me donne de la joie de ­vivre. » Et il en faut pour survivre en nettoyant des voitures avec, sans cesse, la peur au ventre à l’idée d’être expulsé.
Le football ne donne pas de job, et pas de protection non plus. En février, rapporte El Pais, lors d’un match contre une équipe de Cadix, un joueur adverse a frappé un membre de l’Ame de l’Afrique à la mi-temps en lui criant qu’après le match il lui couperait les tresses.
Etonnante Ruua
Pour un touriste, prendre l’avion de ­Madrid à Rabat, au Maroc, coûte 41 euros et prend une heure. Mais les vols low cost de Ryanair ne sont pas pour les Marocains comme Hicham Aidami, estime la journaliste Naiara Galarraga Gortazar, qui a rédigé pour El Pais une série ­d’enquêtes sur les permis de séjour et la bureaucratie espagnole.
A 17 ans, Hicham s’est accroché sous le châssis d’un camion pour traverser le détroit de Gibraltar. Ailier droit de l’Ame de l’Afrique, il a dû se cacher durant trois ans avant de faire une première demande de régularisation. Trois autres années plus tard, au printemps 2018, il l’a finalement obtenue et, grâce à son travail dans un fast-food, paie des impôts pour la première fois de sa vie.
C’est aussi l’incroyable courage et la ­résilience des migrants qui ont frappé la journaliste Eva Thöne et la photographe Maria Feck, qui participent au projet « The New Arrivals » pour Der Spiegel. En particulier Ruua, l’aînée et la fierté de la famille syrienne Abu Rached, que suit le magazine allemand depuis plus d’un an.
Ruua apprend la mort de son meilleur ami, un infirmier de Damas : le matin il lui envoyait un SMS, avant midi un soldat lui a tiré dans le cœur alors qu’il tentait de sauver des blessés dans la rue.
Ruua, 23 ans, que la guerre à Damas a empêchée d’étudier la médecine et qui s’est contentée d’un job de technicienne médicale. Ruua qui donnait des coups de main dans un hôpital où les blessés arrivaient empilés par six dans le coffre des voitures. Ruua qui s’est retrouvée sur un bateau à la dérive, en Méditerranée, repêchée par miracle trois jours plus tard par un pétrolier allemand. Ruua, seule femme pour 99 hommes à s’inscrire en auditeur libre à l’université. Ruua qui ­décroche une des rares places du Studienkolleg de Nordhausen, où elle va en deux semestres rattraper le niveau du bac allemand pour entrer à l’université, en médecine. Ruua qui vit désormais seule à 230 km de ses parents, restés à Lunebourg. Ruua qui, le 29 janvier 2014, alors qu’elle était déjà en Allemagne, apprend la mort de son meilleur ami, un infirmier de Damas : le matin il lui envoyait un SMS, avant midi un soldat lui a tiré dans le cœur alors qu’il tentait de sauver des blessés dans la rue, et le soir elle découvrait la photo de son cadavre sur Facebook.

   


Pragmatisme des autorités allemandes
Ce n’est pas seulement la force de ­caractère de certains migrants que donnent à comprendre les reportages du Spiegel, mais aussi le pragmatisme des autorités allemandes. L’université de Potsdam, au sud de Berlin, a ainsi lancé un enseignement pilote, « Refugee Teachers Program », pour transformer, en un an et demi, vingt-six professeurs syriens en… professeurs allemands. L’équation est simple : d’ici à cinq ans, 293 000 nouveaux élèves issus de l’immigration ­seront sur les bancs des écoles du pays. Or les enseignants se raréfient et 35 000 manqueront à l’appel d’ici à 2025, rien que pour le primaire.
Il existe un potentiel : 11 000 enseignants ont demandé l’asile en 2016, selon l’Office fédéral des migrations et des réfugiés. A en croire Basel Alsayed, 29 ans, il suffit de les former « et de [les] lancer dans l’eau froide » pour montrer qu’ils savent nager. Lui-même enseignait l’anglais aux petits ­Syriens. Depuis février 2018, il enseigne l’anglais aux petits Allemands.
L’ensemble des reportages de nos partenaires « El Pais », « The Guardian » et « Der Spiegel » sont accessibles sur le site du European journalism Centre, Thenewarrivals.eu

« Les nouveaux arrivants », une histoire d’intégration
Loin des polémiques sur la crise migratoire, Le Monde a suivi pendant un an un groupe de réfugiés venant du Soudan et de l’Erythrée, installé à Vichy, dans l’Allier. Ce projet, intitulé « The New Arrivals » (« Les nouveaux arrivants »), est mené en partenariat avec les journaux européens The Guardian, El Pais et Der Spiegel. Il est financé par l’European Journalism Centre, avec le soutien de la Fondation Bill & Melinda Gates.
Vous pouvez lire aussi :
Comment est né le projet « The New Arrivals »Du Soudan à Vichy, la quête d’intégration semée d’embûches d’Ahmed, Hassan, Ali, Anwar et AlsadigComment les réfugiés à Vichy se font une place, pas à pas, dans la société françaiseAccueil des réfugiés : les habitants de Vichy, entre indifférence et solidaritéA Vichy, la très grande solitude affective des réfugiésLes Soudanais s’exilent, leur président s’accroche au pouvoirAhmed, la stabilité après quatre ans loin du SoudanHassan, sept ans d’exil jusqu’aux Jardins de CocagneEn Allemagne, en Grande-Bretagne et en Espagne, l’admirable résilience de familles de réfugiés





                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-11">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-11"> ¤ Contraints de quitter leur pays seuls, les Soudanais de Vichy que « Le Monde » a suivi racontent leur vie de célibataires en France.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-11"> ¤                     
                                                

La très grande solitude affective des exilés

Contraints de quitter leur pays seuls, les Soudanais de Vichy que « Le Monde » a suivi racontent leur vie de célibataires en France.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 07h01
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 10h01
    |

                            Emile Costard








                        


Un soleil de mai filtre à travers le pare-brise. Ebloui, Ahmed profite d’un arrêt au feu pour sortir de sa veste une paire de ­lunettes noires, quand trois ­jeunes filles traversent au passage piéton. Il tourne lentement la tête de gauche à droite, mais un klaxon le sort de sa torpeur. En­ ­redémarrant, Ahmed esquisse un sourire gêné : « Elles étaient très belles… » Puis la gêne laisse place à la mélancolie. « Ça fait plus de trois ans que je n’ai pas vu ma femme. Trois ans, c’est long ! », ajoute-t-il pour justifier son ­absence passagère.
« Grâce à WhatsApp, je suis en contact avec ma femme presque tous les jours », Ahmed
Ahmed est originaire de Nyala, une ville du Darfour qu’il a dû quitter précipitamment une nuit de novembre 2014 : « Quand j’ai été menacé par la sécurité nationale, je me suis caché et j’ai quitté le pays le plus rapidement possible. Je n’ai rien dit à ma femme, pour la protéger. » Ce n’est qu’une fois en Libye qu’il a pu l’appeler, la rassurer, lui expliquer son départ précipité, lui jurer qu’il allait bien et qu’ils se reverraient peut-être un jour. En Europe.
S’il est difficile pour Ahmed de ­parler de son exil, de sa vie d’avant, c’est avec une plus grande pudeur encore qu’il raconte sa vie sentimentale. « Grâce à WhatsApp, je suis en contact avec ma femme presque tous les jours », dit-il en ­faisant défiler sur son smartphone quelques photos de celle qu’il espère revoir au plus vite.

   


Comme Ahmed, 14 603 Soudanais ont pu ces dernières années bénéficier d’un titre de séjour en France, selon la direction des étrangers du ministère de l’intérieur. « Maisaujourd’hui la migration des Soudanais est presque ­exclusivement masculine. Dans les centres d’accueil et d’orientation, 90 % des demandeurs d’asile de nationalité soudanaise sont des hommes âgés de 25 à 30 ans », ­explique Didier Leschi, directeur général de l’Office ­français de l’immigration et de l’intégration.
« Un sujet tabou »
Si ces dernières années la France a mis en place des politiques ­publiques pour la santé des ­migrants, l’apprentissage du ­français ou l’accès à la formation, une dimension essentielle pour le bien-être de ces hommes ne ­relève pas directement de cette prise en charge : la sexualité et la vie affective des exilés. « Ce sujet tabou n’est abordé que sous la forme du fait divers ou de l’effroi, alors même qu’il ne se passe pas une semaine sans que les questions de santé, de logement, de liberté de circulation fassent l’objet d’interventions associatives ou de colloques », regrette Didier Leschi.
Car ces jeunes gens dans la force de l’âge aspirent évidemment à faire des rencontres. Cependant, leur faible sociabilité, notamment en raison d’un manque de mobilité dû à leur difficulté ­d’accès à l’emploi, complique les rencontres avec des femmes et peut nourrir des frustrations.
« Il y a des femmes d’autres pays africains sur les routes de l’exil, comme les Nigérianes, et ce qu’elles traversent est inhumain », Ali
Pour Ahmed, cette immigration quasi exclusivement masculine s’explique en partie par l’extrême violence sur les routes de l’exil. « Il aurait été impossible que je fasse endurer à ma femme ce par quoi je suis passé pour venir en Europe », raconte-t-il. Après avoir marché plus de huit jours dans le désert ­libyen et subi la cruauté des ­passeurs, il a traversé la mer pour se retrouver à la rue, sur les trottoirs européens.
Ali, 30 ans, lui aussi réfugié soudanais installé à Vichy, partage cet avis. « En Libye, les migrants sont traités comme des esclaves. Il y a des femmes d’autres pays africains sur les routes de l’exil, comme les Nigérianes, et ce qu’elles traversent est inhumain, pire que ce que les hommes endurent », explique cet ancien universitaire de Khartoum. Il ajoute que l’absence des femmes soudanaises sur les routes de l’exil s’explique peut-être aussi par les réticences de la ­société soudanaise à laisser voyager une femme seule.
« Sur Internet, sans succès »
Ahmed a aujourd’hui le statut de réfugié et vit dans un studio à Vichy. Il se dit chanceux de s’être marié officiellement avant de partir en exil. Il compte se lancer prochainement dans les démarches de réunification familiale pour que sa femme puisse le rejoindre en voyageant dans de bonnes conditions. « J’aimerais pouvoir bien l’accueillir, avoir une situation, un travail correct. En attendant, je continue de parfaire mes talents de cuisinier, dit-il avec ­humour. En vivant seul, j’ai appris à me débrouiller au quotidien. »
« Je connais plusieurs ­Soudanais qui ont des relations avec des Françaises. Dans quelques ­années, des couples mixtes se ­marieront », Ahmed
Pour ceux qui ne pourront faire valoir la réunification familiale parce qu’aucune femme ne les ­attend au Soudan où parce que leur union n’a pu être officialisée avant leur départ, Ahmed se veut positif. « Je connais plusieurs ­Soudanais qui ont des relations avec des Françaises. Dans quelques ­années, des couples mixtes se ­marieront. » Pour Hassan, qui a dû quitter son pays d’origine, l’Erythrée, afin d’éviter le service militaire, la barrière de la langue complique les interactions avec les Françaises. « Dans des villes comme Vichy, les rencontres avec des femmes sont rares, alors je vais parfois sur Internet, mais sans grand succès », regrette l’Eyrthréo-Soudanais de 37 ans.
Selon Didier Leschi, « il y a là une question à anticiper et à aborder, notamment quand on parle de l’intégration des migrants ». Car, aujourd’hui, la question de la sexualité se pose de manière bien différente de ce qu’elle a été pour les travailleurs immigrés des ­années 1960 et 1970. Ils étaient souvent déjà mariés ou engagés au moment de leur exil et avaient la possibilité de revenir régulièrement voir leurs épouses.

« Les nouveaux arrivants », une histoire d’intégration
Loin des polémiques sur la crise migratoire, Le Monde a suivi pendant un an un groupe de réfugiés venant du Soudan et de l’Erythrée, installé à Vichy, dans l’Allier. Ce projet, intitulé « The New Arrivals » (« Les nouveaux arrivants »), est mené en partenariat avec les journaux européens The Guardian, El Pais et Der Spiegel. Il est financé par l’European Journalism Centre, avec le soutien de la Fondation Bill & Melinda Gates.
Vous pouvez lire aussi :
Comment est né le projet « The New Arrivals »Du Soudan à Vichy, la quête d’intégration semée d’embûches d’Ahmed, Hassan, Ali, Anwar et AlsadigComment les réfugiés à Vichy se font une place, pas à pas, dans la société françaiseAccueil des réfugiés : les habitants de Vichy, entre indifférence et solidaritéA Vichy, la très grande solitude affective des réfugiésLes Soudanais s’exilent, leur président s’accroche au pouvoirAhmed, la stabilité après quatre ans loin du SoudanHassan, sept ans d’exil jusqu’aux Jardins de CocagneEn Allemagne, en Grande-Bretagne et en Espagne, l’admirable résilience de familles de réfugiés





                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-12">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-12"> ¤ Epaulés par un réseau associatif, les réfugiés soudanais installés dans la cité thermale souffrent pourtant du manque de contacts avec la population
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

Accueil des réfugiés : les habitants de Vichy, entre indifférence et solidarité

Epaulés par un réseau associatif, les réfugiés soudanais installés dans la cité thermale souffrent pourtant du manque de contacts avec la population



Le Monde
 |    20.05.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
20.05.2018 à 08h32
    |

Pablo Aiquel







                        



   


Le week-end de la Pentecôte sera le dernier pour l’épicerie Les Cop’ins d’abord, à l’angle de la rue Voltaire et du boulevard Carnot, à Vichy. A deux pas de là, les demandeurs d’asile et ­réfugiés de la résidence Claudius-Petit, un foyer Adoma de près de 90 places, ne le ­savent pas encore, mais c’est grâce à eux que ce dépôt de pain, le dernier du quartier, n’a pas baissé le rideau plus tôt.
« J’ai été heureuse de les avoir comme clients. Sans eux, j’aurais mis la clé sous la porte il y a deux ans », assure Fabienne ­Dubois. « Eux », comme elle dit, sont des ­migrants venant d’Afrique et parfois du Moyen-Orient. Ils sont arrivés par dizaines en 2016 dans la cité thermale, et ont tout de suite représenté 70 % de sa clientèle.
« Ce sont des gens respectueux, je n’ai jamais eu de problèmes avec eux. Au début, on se parlait surtout avec les mains. Je les ai vus s’améliorer en français, assure la responsable de ce petit magasin. Certains sont partis, à Lyon, à Clermont-Ferrand et même à Brive. Ils passent dire bonjour quand ils reviennent. Je suis ­contente qu’ils puissent avancer. » Fabienne Dubois, elle, n’avancera plus avec Les Cop’ins d’abord. Elle a préféré mettre la clé sous la porte quand elle a appris qu’un supermarché allait ouvrir non loin, avant la fin de l’année.
« Ni pour ni contre »
Tous les commerces du centre-ville ont ­bénéficié de cette nouvelle clientèle étrangère : la boucherie halal L’Etal de l’Allier, dans cette même rue Voltaire, les tabacs de la gare et surtout le bureau central de la Poste, à une centaine de mètres de leur résidence. « La plupart ont un livret ou un compte chez nous, affirme une chargée de clientèle. Mais ils viennent aussi pour les abonnements téléphoniques avec beaucoup d’Internet et sans engagement. » Elle estime qu’il ne se passe pas un jour sans qu’elle voie des réfugiés, et se dit impressionnée par la solidarité dont ils font preuve. « Les premiers arrivés accompagnent les suivants », explique-t-elle.
C’est difficile de trouver des Français avec qui parler. J’apprends toute la journée mais, le soir, je me retrouve avec d’autres Soudanais, et j’oublie », Faizal, 23 ans
Certains habitants de Vichy, membres de l’association Réseau Vichy solidaire, offrent des cours de français aux demandeurs d’asile. D’autres, comme Martine Ghazali, leur ont ouvert leur appartement pour un atelier cuisine. Pour faire leurs courses, les plus démunis vont à la Croix-Rouge, au ­Secours catholique ou aux Restos du cœur, tous situés à une dizaine de minutes de marche, dans cette petite ville où tout se fait à pied. D’autres préfèrent pousser un peu plus loin, jusqu’aux boutiques discount Lidl ou Aldi. « Au moins les dates des produits ne sont pas dépassées », dit en souriant Abubakr, d’origine soudanaise.
Est-ce à dire que les demandeurs d’asile ont été les bienvenus à Vichy, malgré la réputation de la ville d’être plutôt âgée et ­conservatrice ? Michel Pourieux, bénévole au Secours catholique. hausse les épaules. « La plupart des gens ne sont ni pour ni contre, il y a surtout de l’indifférence », dit-il.
Une indifférence qui n’a pas échappé aux réfugiés. Faizal, 23 ans, soudanais lui aussi, a suivi les 200 heures de français proposées par l’Office français de l’intégration et de l’immigration (OFII) ainsi qu’une formation de trois mois financée par Pôle emploi afin d’améliorer l’utilisation de la langue en vue d’une insertion professionnelle. Ce qui lui manque le plus ? « L’intégration. C’est difficile de trouver des Français avec qui parler. J’apprends toute la journée mais, le soir, je me retrouve avec d’autres Soudanais, et j’oublie », soupire-t-il.
Comme lui, près d’une vingtaine de réfugiés soudanais ont élu domicile dans les anciens hôtels du vieux Vichy devenus des résidences à meublés, des studios pour les curistes ou les étudiants du Cavilam – une école de français pour les étrangers –, entre la place d’Allier et la rue de la Laure. En attendant de trouver mieux ailleurs. Dans six mois, Faizal espère partir « vers Lyon ou Toulouse, parce que, là, il y a plus de travail », explique-t-il, assis sur le lit de sa chambre au lambris en bois.
Figure d’exception
Anwar, voisin d’un immeuble proche, adore les bords de l’Allier pour jouer au foot dans les parcs ou se balader le long de la rivière. Après sa formation, il a décroché un contrat d’insertion dans une entreprise de recyclage de palettes en bois. « Je vois seulement les Français au travail, après il n’y a pas grand-chose, et je passe de plus en plus de temps sur l’ordinateur. Parfois, je vais manger un kebab dans un restaurant », raconte-t-il, un peu désappointé, après deux années passées à Vichy.
La mairie, à droite depuis toujours, ne fait rien pour faciliter l’intégration des réfugiés, considérant qu’ils relèvent de l’Etat et non de la commune ou de la communauté d’agglomération. Même après l’obtention de leur statut de réfugiés, Anwar, Faizal et leurs semblables n’ont pas été invités aux réceptions annuelles pour les nouveaux habitants de la ville. Avant cela, pendant la longue attente de leur statut, ils n’ont pas eu accès aux ser­vices publics locaux, pas même aux forfaits de bus, qui leur auraient été très utiles pour aller jouer au foot au parc omnisports.
De fait, le destin de Poriya, un Iranien de 22 ans, pas encore réfugié mais inscrit en BTS management au lycée Albert-Londres, fait figure d’exception. Sportif, il a intégré le club de kayak de Bellerive-sur-Allier, en rive gauche de la rivière. Surprise : c’est lui, regard concentré, pagayant avec force, qui figure sur l’affiche de la course en ligne prévue le dimanche 3 juin sur le lac d’Allier. Ramer, belle métaphore des efforts d’intégration des réfugiés à Vichy.

Pablo Aiquel, journaliste et exilé solidaire
Dès le biberon, Pablo Aiquel a été nourri à l’exil. Ce journaliste indépendant de Vichy, un des pivots de l’intégration des réfugiés soudanais dans sa ville, est né au Chili en 1974. En 1977, il déménage pour le Venezuela où son père part travailler comme ingénieur naval, avant de venir en France à tout juste 18 ans. « J’avais une bourse du gouvernement vénézuélien pour faire mes études supérieures après une année d’apprentissage du français », explique-t-il.
Le diplôme de l’école de journalisme de Lille en poche, Pablo Aiquel rentre en 1997 au Venezuela où il travaille six années comme correspondant pour RFI, Libération ou Le Monde diplomatique, en parallèle à son travail pour El Universal puis El Nacional, deux médias vénézuéliens de référence. Mais le coup d’Etat du 11 avril 2002 rebat les cartes et fait prendre un virage à sa vie. « Le terme même de “coup d’Etat” a été rapidement quasiment banni des colonnes. Beaucoup de mes collègues sont partis du journal et moi, je me suis retrouvé au service des sports… », explique t-il.
Il décide alors de venir s’installer durablement en France, émigration facilitée par son mariage avec une Française quelques années auparavant. Mais pour Pablo, le rapport à l’exil remonte bien avant, puisque ce franco-vénézuelo-chilien reconnaît faire partie d’« une famille d’éternels déracinés » dont les ancêtres ont quitté le Liban à l’aube du XXe siècle.



« Les nouveaux arrivants », une histoire d’intégration
Loin des polémiques sur la crise migratoire, Le Monde a suivi pendant un an un groupe de réfugiés venant du Soudan et de l’Erythrée, installé à Vichy, dans l’Allier. Ce projet, intitulé « The New Arrivals » (« Les nouveaux arrivants »), est mené en partenariat avec les journaux européens The Guardian, El Pais et Der Spiegel. Il est financé par l’European Journalism Centre, avec le soutien de la Fondation Bill & Melinda Gates.
Vous pouvez lire aussi :
Comment est né le projet « The New Arrivals »Du Soudan à Vichy, la quête d’intégration semée d’embûches d’Ahmed, Hassan, Ali, Anwar et AlsadigComment les réfugiés à Vichy se font une place, pas à pas, dans la société françaiseAccueil des réfugiés : les habitants de Vichy, entre indifférence et solidaritéA Vichy, la très grande solitude affective des réfugiésLes Soudanais s’exilent, leur président s’accroche au pouvoirAhmed, la stabilité après quatre ans loin du SoudanHassan, sept ans d’exil jusqu’aux Jardins de CocagneEn Allemagne, en Grande-Bretagne et en Espagne, l’admirable résilience de familles de réfugiés





                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-13">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-13"> ¤ L’Union européenne s’appuie sur Omar Al-Bachir pour contenir les flux migratoires sur son sol, alors qu’il en est une cause majeure.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-13"> ¤                     
                                                

Les Soudanais s’exilent, leur président s’accroche au pouvoir

L’Union européenne s’appuie sur Omar Al-Bachir pour contenir les flux migratoires sur son sol, alors qu’il en est une cause majeure.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 10h02
    |

            Joan Tilouine








                        



   


C’est un quinquagénaire soudanais d’apparence banale qui se débrouille comme il le peut en France, où il a obtenu l’asile et où il apprend un métier. Dans sa vie antérieure, au Soudan, il a mené des missions sensibles, comme celle de gérer la présence dans la capitale soudanaise d’Oussama Ben Laden dans les années 1990, ou encore de l’Ougandais Joseph Kony, sanguinaire chef de l’Armée de résistance du Seigneur. Il a été un cadre des services de sécurité du régime ­militaro-islamiste de Khartoum.
Puis, face aux exactions commises par les forces de sécurité dans la province du Darfour, au milieu des années 2000, il a fait défection, témoigné contre le régime auprès de la Cour pénale internationale (CPI) et entrepris un long voyage clandestin qui s’est terminé en France. La peur, l’indigence et les menaces des nervis du régime l’ont poussé à naviguer entre les cercles d’opposants et les agents du pouvoir surveillant étroitement les près de 30 000 Soudanais établis dans l’Hexagone. Car, à Paris, chefs et émissaires de groupes rebelles, journalistes en exil, espions à la solde du régime ou ayant fait ­défection s’évitent, s’épient ou discutent discrètement.
Omar Al-Bachir gère ­désormais son retour sur la scène internationale, malgré le mandat d’arrêt lancé à son encontre par la CPI pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre au Darfour
A 7 000 kilomètres de là, le président, Omar Al-Bachir, au pouvoir depuis 1989, ne se soucie plus vraiment de ces dissidents et autres éléments perturbateurs. Il gère ­désormais son retour sur la scène internationale, malgré le mandat d’arrêt lancé à son encontre par la CPI pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre au Darfour. De fait, l’Union européenne s’appuie sur le Soudan pour contenir une partie des flux migratoires dans le cadre de sa ­politique d’« externalisation des frontières ». Une occasion pour Omar Al-Bachir de se rendre indispensable, alors même qu’il contribue à l’arrivée de migrants en ­Europe en privant d’avenir une partie de la jeunesse de son pays.
Au Soudan, les conflits armés se poursuivent dans les régions du Darfour, du Nil Bleu et du Kordofan. Le chef de l’Etat aime à marteler qu’il rendra « un Soudan ­dépourvu de conflits et de mouvements rebelles » en 2020, date de la fin de son dernier mandat, selon la Constitution. La menace la plus inquiétante, pour le régime de Khartoum, ne vient plus des groupes rebelles, pourchassés par les milices gouvernementales, qui continuent de causer d’importants déplacements de populations au Darfour, selon la mission de l’Union africaine déployée sur place, mais bien la crise économique. Le Soudan manque de devises, ne maîtrise plus l’inflation et a dévalué sa monnaie dans l’espoir d’attirer des investisseurs étrangers. Le budget 2018, austère, n’épargne qu’un seul domaine, celui de la défense et de la sécurité, qui absorbe 75 % des ­dépenses de l’Etat.
Une diplomatie d’équilibriste
Le mécontentement populaire s’est traduit par des manifestations contre la hausse des prix en début d’année, qui se sont soldées par cinq morts et plusieurs dizaines d’arrestations. Pour tenter d’apaiser la fronde populaire, Omar Al-Bachir a annoncé, en avril, la libération de tous les prisonniers politiques et une relance de l’interminable dialogue avec l’opposition et les groupes armés, dont une partie maintient son boycott des discussions. Le même mois, pour avoir dénoncé publiquement les salaires impayés de cadres de son administration, le ministre des affaires étrangères, Ibrahim Ghandour, a été remercié. Omar Al-Bachir se prive ainsi de son plus brillant diplomate, ­artisan de la normalisation en cours avec Washington.
Après avoir rompu avec l’Iran, en janvier 2016, le Soudan s’est rangé aux côtés de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis dans la guerre au Yémen, envoyant plusieurs milliers de soldats sur place. Parallèlement, Khartoum a maintenu ses relations avec ses alliés traditionnels, le Qatar et la Turquie, pourtant honnis par ses parrains du Golfe. Cette même diplomatie d’équilibriste se retrouve vis-à-vis de Washington et Moscou.
Le Soudan a bénéficié de la ­levée partielle des sanctions américaines en octobre 2017, tout en resserrant ses liens avec la Russie. Au grand dam de l’Egypte, Omar Al-Bachir s’est placé au centre des négociations sur le partage des eaux du Nil, en prenant fait et cause pour l’Ethiopie contre l’Egypte. On retrouve la main de Khartoum jusqu’en Libye et en Centrafrique, où le Soudan est actif par le truchement de gouvernements, de groupes armés ou de religieux prosélytes. Une diplomatie du chaos dont l’un des buts est d’entretenir des foyers de crise pour ensuite proposer de gérer les mouvements ­migratoires qu’elle engendre.

« Les nouveaux arrivants », une histoire d’intégration
Loin des polémiques sur la crise migratoire, Le Monde a suivi pendant un an un groupe de réfugiés venant du Soudan et de l’Erythrée, installé à Vichy, dans l’Allier. Ce projet, intitulé « The New Arrivals » (« Les nouveaux arrivants »), est mené en partenariat avec les journaux européens The Guardian, El Pais et Der Spiegel. Il est financé par l’European Journalism Centre, avec le soutien de la Fondation Bill & Melinda Gates.
Vous pouvez lire aussi :
Comment est né le projet « The New Arrivals »Du Soudan à Vichy, la quête d’intégration semée d’embûches d’Ahmed, Hassan, Ali, Anwar et AlsadigComment les réfugiés à Vichy se font une place, pas à pas, dans la société françaiseAccueil des réfugiés : les habitants de Vichy, entre indifférence et solidaritéA Vichy, la très grande solitude affective des réfugiésLes Soudanais s’exilent, leur président s’accroche au pouvoirAhmed, la stabilité après quatre ans loin du SoudanHassan, sept ans d’exil jusqu’aux Jardins de CocagneEn Allemagne, en Grande-Bretagne et en Espagne, l’admirable résilience de familles de réfugiés





                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-14">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-14"> ¤ Le suivi des expériences des Soudanais installés à Vichy a permis d’identifier les vecteurs d’intégration…  et ce qui la freine.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-14"> ¤                     
                                                

Comment les réfugiés se font une place, pas à pas, dans la société française

Le suivi des expériences des Soudanais installés à Vichy a permis d’identifier les vecteurs d’intégration…  et ce qui la freine.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
20.05.2018 à 08h26
    |

            Maryline Baumard








                        


Le chemin parcouru par ­Ahmed, Hassan, Ali et les autres Soudanais de Vichy permet de pointer quels sont les accélérateurs d’intégration et les perturbateurs qui bloquent le subtil processus permettant aux nouveaux venus de se faire une place dans la société française. Le Monde en fait ici une revue subjective.
Obtenir le statut de réfugié
Ce qui ne marche pas C’est trop long tout ça ! Arrivé à l’été 2015 en France, Ahmed n’a obtenu son statut de réfugié qu’en juin 2017. Il est certes le dernier des Soudanais de Vichy à avoir reçu sa réponse puisque le temps moyen d’une demande, recours compris, est plutôt de onze mois. La loi a
sile et immigration de ­Gérard Collomb, en discussion, prévoit de réduire ce temps d’instruction pour une réponse en six mois au maximum. Mais il faudra y ajouter le temps mort, souvent long, antérieur au dépôt même de la demande. La ­volonté est là, restera à mettre les moyens pour y parvenir.
Apprendre la langue
Ce qui ne marche pas Les 200 heures de français accordées par le gouvernement ne permettent pas de maîtriser suffisamment vocabulaire et syntaxe pour pouvoir travailler. D’autant que le réfugié ne bénéficie de ces cours délivrés par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) qu’une fois son statut ­obtenu, c’est-à-dire plus d’un an après son arrivée. En plus de ces 200 heures, Ahmed et Ali ont ­bénéficié d’une formation complémentaire en langue et en usage des outils numériques, ­offerte par Pôle emploi. Mais en Allemagne, par exemple, qui propose d’emblée jusqu’à 900 heures de cours de langue, l’autonomie est plus rapidement atteinte par les nouveaux venus.
Ce qui marche Le réseau Vichy ­Solidaire a commencé à donner des cours de français aux demandeurs d’asile dès leur arrivée dans le centre d’accueil et d’orientation de Varennes-sur-Allier. Sitôt les demandeurs d’asile installés dans le centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) de Vichy, en février 2016, ces bénévoles se sont relayés pour assurer chaque mardi et vendredi, matin et après-midi, des cours de langue. Une façon indispensable et efficace de tuer ce long temps de l’attente, mais aussi d’avancer un peu vers une possible intégration.
Occuper le temps
Ce qui marche Retraité propriétaire d’un petit arpent de terre, Jacques Lenoir a mis une partie de ce champ à disposition du collectif des demandeurs d’asile. ­Tomates et fines herbes ont ainsi poussé grâce aux heures de travail de ces hommes, heureux d’avoir une activité sociale pour occuper les mois dans l’attente d’une réponse de l’Etat français. Issam Othman, lui, réfugié soudanais de la première heure, les a aidés à monter une pièce de ­théâtre autour du Petit Prince de Saint-Exupéry ; un autre moyen de ­s’approprier un vrai pan de la culture de leur pays d’accueil.
Par ailleurs, la création du groupe Soudan Célestins Music a été un accélérateur d’intégration pour Ahmed, Hassan, Ali, Anwar et Alsadig. Chanter dans sa langue, replonger dans les traditions de son pays et les partager avec d’autres réfugiés ou avec les ­spectateurs français reste sans doute le meilleur moyen de créer un pont entre les cultures d’origine et d’accueil.
S’intégrer par le travail
Ce qui marche Hassan a signé un contrat d’insertion avec les Jardins de Cocagne. Anwar avec une ­entreprise de bois… Ces formations, prévues pour des personnes éloignées de l’emploi, intègrent aussi des cours de langue et un ­apprentissage des codes sociaux de l’entreprise. Il laisse le temps de s’accoutumer aux pratiques professionnelles françaises.
Ce qui ne marche pas Officiellement, un demandeur d’asile n’est pas autorisé à travailler durant l’année antérieure à l’obtention du statut de réfugié, ce qui freine d’autant son intégration. Le député du Val-d’Oise Aurélien Taché (LRM), auteur d’un rapport sur l’intégration, a obtenu qu’on inscrive, dans la loi asile et immigration, la possibilité de demander l’autorisation de travailler huit mois après avoir déposé sa demande.
Avoir un modèle
Ce qui marche Arrivé en 2001 à ­Vichy comme réfugié politique, le Soudanais Issam Othman a été le « premier Noir de Vichy », comme il se définit lui-même. Avec ses compatriotes nouveaux venus, il a joué le rôle du guide, du traducteur et du soutien. Il a prouvé par l’exemple que l’intégration est possible.
Maîtriser la bureaucratie
Ce qui ne marche pas Ahmed a peiné à obtenir une formation pour conduire des poids lourds en France. « Il fallait trois niveaux de validation avant d’avoir l’accord de Pôle emploi pour le financement, ce qui lui a fait perdre des possibilités de se former bien plus tôt », regrette Pablo Aiquel, un soutien solidaire vichyssois. A Pôle emploi, la gestion de toutes les démarches par le biais d’une interface numérique, sans l’appui d’un conseiller, complique largement la donne pour ce public peu au fait des pratiques françaises et encore fragile sur la maîtrise du français administratif.
Trouver un logement
Ce qui ne marche pas Le passage du CADA au logement non aidé est un des gros points noirs de ­l’intégration en France. Ahmed et Ali se sont ainsi tous deux retrouvés sans logement, dès l’obtention du statut de réfugiés. Le premier a été hébergé par un citoyen solidaire, mais le second a dormi dans la rue. Tous deux ont été priés de quitter leur chambre de demandeur d’asile avant qu’ils ne trouvent une alternative.

« Les nouveaux arrivants », une histoire d’intégration
Loin des polémiques sur la crise migratoire, Le Monde a suivi pendant un an un groupe de réfugiés venant du Soudan et de l’Erythrée, installé à Vichy, dans l’Allier. Ce projet, intitulé « The New Arrivals » (« Les nouveaux arrivants »), est mené en partenariat avec les journaux européens The Guardian, El Pais et Der Spiegel. Il est financé par l’European Journalism Centre, avec le soutien de la Fondation Bill & Melinda Gates.
Vous pouvez lire aussi :
Comment est né le projet « The New Arrivals »Du Soudan à Vichy, la quête d’intégration semée d’embûches d’Ahmed, Hassan, Ali, Anwar et AlsadigComment les réfugiés à Vichy se font une place, pas à pas, dans la société françaiseAccueil des réfugiés : les habitants de Vichy, entre indifférence et solidaritéA Vichy, la très grande solitude affective des réfugiésLes Soudanais s’exilent, leur président s’accroche au pouvoirAhmed, la stabilité après quatre ans loin du SoudanHassan, sept ans d’exil jusqu’aux Jardins de CocagneEn Allemagne, en Grande-Bretagne et en Espagne, l’admirable résilience de familles de réfugiés





                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-15">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-15"> ¤ C’est en arborant la mention « Abrogez » sur leur sweat-shirt que les pro-choix militent pour l’abrogation du 8e amendement de la Constitution irlandaise. Le référendum aura lieu le 25 mai.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-15"> ¤                
                                       
édition abonné


En Irlande, les pro-avortements font campagne en vêtements


                      C’est en arborant la mention « Abrogez » sur leur sweat-shirt que les pro-choix militent pour l’abrogation du 8e amendement de la Constitution irlandaise. Le référendum aura lieu le 25 mai.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
20.05.2018 à 06h55
   





                              

                        

Depuis quelques semaines, les cerisiers fleurissent le long des rues de Dublin. Les manteaux restent au placard, laissant parfois apparaître un sweat-shirt noir orné d’une intrigante inscription blanche en lettres capitales : « Repeal » (« Abrogez »). Une référence au 8e amendement de la Constitution irlandaise qui, depuis 1983, empêche la promulgation de toute législation sur l’avortement, protégeant le « droit à la vie de l’enfant à naître » au même titre que celui de la mère.
Le 25 mai aura lieu en République d’Irlande un référendum pour décider, ou non, de son abrogation. Et ainsi permettre au gouvernement de légiférer sur la question, en autorisant l’IVG jusqu’à la douzième semaine de grossesse. Un moment qui devrait être historique, même si, à une semaine du scrutin, les résultats s’annonçaient serrés.
  Anna Cosgrave, militante pro-choix
Face à un mouvement pro-vie puissant, soutenu par l’Eglise et une nébuleuse de mouvements ultraconservateurs, les pro-choix font face. Une lutte qui passe par les réseaux sociaux, les meetings, le porte-à-porte… mais aussi par les vêtements.
Dans la rue, il est désormais difficile d’ignorer le fameux sweat-shirt noir. Lancé en 2016 par l’Irlandaise Anna Cosgrave, l’unique produit de la marque Repeal Project est devenu le symbole du combat pour le droit à l’avortement. « Je ne voulais pas mettre le mot “choix” car cela peut créer la confusion, explique la créatrice. Je savais, en revanche, que le terme “repeal” dominerait la campagne et qu’il était moins clivant que “pro-choix” ou “pro-avortement”. »

Dans un pub du centre-ville, la militante de 28 ans revient sur sa création. « Ça a commencé par un sentiment de colère », témoigne celle qui a grandi dans le village de Rathnew, dans le comté de Wicklow,...




<article-nb="2018/05/21/19-16">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-16"> ¤ Près de trois ans après leur arrivée en France, des réfugiés soudanais témoignent de leur parcours d’insertion dans la société française.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-16"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 19/05/2018
Découvrir l’application


                        

Du Soudan à Vichy, la quête d’intégration semée d’embûches d’Ahmed, Hassan, Ali, Anwar et Alsadig

Près de trois ans après leur arrivée en France, des réfugiés soudanais témoignent de leur parcours d’insertion dans la société française.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
21.05.2018 à 09h50
    |

            Maryline Baumard








                        



   


La vie d’Ahmed n’a pas été un long fleuve tranquille. A sa fuite en ­catastrophe du Soudan, par une nuit noire de novembre 2014, le jeune Soudanais de 27 ans a ­ensuite ajouté la traversée du ­désert, le séjour en Libye, le passage de la ­Méditerranée et la longue attente du statut de réfugié en France. Autant d’épreuves pour le rendre désormais sensible à chaque clin d’œil du destin. Aussi, ce matin de mars 2018, quand l’instructeur lui remet les clés d’un ­camion, le réfugié a l’intuition que sa bonne étoile brille à nouveau ; celle qui lui a permis d’arriver vivant en France et qui a scintillé fort un jour de juin 2017 quand il a reçu la ­réponse positive à sa demande d’asile.
Tout à cette intuition, Ahmed ne sent pas le petit vent piquant qui balaie le parking poids lourds de Gerzat (Puy-de-Dôme). En revanche, l’odeur du Skaï de la cabine de l’engin dans lequel il vient de grimper le ramène un instant aux véhicules qu’il conduisait pour les ONG du Darfour. L’odeur agit comme un trait d’union entre sa vie d’avant et celle d’aujourd’hui. Ce stage de formation initiale minimum obligatoire (FIMO, qualification nécessaire pour livrer des marchandises en France) recoud le lien brisé par l’exil entre le métier de chauffeur-mécano de sa première vie et son avenir professionnel. Mais quel acharnement il lui a fallu pour retendre ce fil !
Au début de ses contacts avec Pôle emploi, Ahmed a déjà dû faire le deuil du contact avec sa conseillère, rapidement remplacée par une « interface numérique »
Ahmed, que Le Monde suit depuis une année comme d’autres de ses compatriotes soudanais, dans le cadre du projet européen de reportage « The New Arrivals/Les Nouveaux arrivants », a cru pourtant ne pas y arriver. Mercredi 21 mars, trois jours avant le début de sa formation, son inscription est soudain remise en cause. Les validations par Pôle emploi ont nécessité tant de temps que tous les autres stagiaires lui sont passés devant, même s’il avait été le premier à s’inscrire… Et ce n’est là que la dernière de la très longue série de galères depuis qu’il cherche un travail.

        Lire aussi :
         

                « Human Flow » : abri cinématographique pour vies mutilées



Au début de ses contacts avec Pôle emploi, Ahmed a déjà dû faire le deuil du contact avec sa conseillère, rapidement remplacée par une « interface numérique ». Puis il lui a fallu créer son espace personnel ; une contrainte rendue complexe par la nécessaire quête d’un ordinateur et de la (vaine) tentative d’installer un accès Internet chez lui. Le tout suivi de l’usage quotidien de cette interface peu adaptée aux nouveaux venus en France, dont la maîtrise du français administratif est encore en devenir. Ahmed a parfois coché la mauvaise case, il en convient, ce qui lui a compliqué la vie et fait perdre de précieuses semaines. Et ce n’est là qu’un extrait du florilège de ce que lui et ses amis, réfugiés aussi, ont qualifié de « bureaucratie infertile », dans une lettre qu’ils ont adressée à la députée LRM de la circonscription, Bénédicte Peyrol, début février.
L’avenir au rendez-vous
Auparavant déjà, Ahmed et ses copains avaient bravé l’épreuve de l’ouverture du compte bancaire et celle des droits à la Caisse d’allocations familiales (CAF) et à la Sécurité sociale ; comme une course d’obstacles qui n’en finit jamais… Après avoir échappé aux geôles libyennes, aux naufrages en Méditerranée ou réussi à convaincre l’Office français des réfugiés et des apatrides (Ofpra) des violences qu’ils ont subies au Darfour, sésame pour obtenir l’asile. « On dirait que la France veut nous “challenger” un peu plus encore pour s’assurer qu’il nous reste assez de ressort pour travailler », plaisante l’un d’eux, conscient qu’à Vichy, les jobs ne courent pas les rues.

   


Alsadig, un ami d’Ahmed, vient d’ailleurs de dire adieu à la ville thermale, berceau de son intégration depuis début 2016. Le week-end prolongé du 1er-Mai, la 206 bleue de Pablo Aiquel, journaliste indépendant et ­citoyen solidaire de Vichy, s’est engagée au petit matin sur l’autoroute en direction de Lyon, chargée des maigres bagages du réfugié. C’est là, à deux heures de voiture, que l’avenir a donné rendez-vous au Soudanais de 27 ans, lui aussi, sous la forme d’une longue formation aux métiers du bâtiment. Après avoir lu sur Lemonde.fr l’histoire ­d’Alsadig, Pierre-Martin Aubelle, le patron des Clés de l’atelier, une entreprise de formation, lui a proposé de venir y étudier l’électricité. Un geste généreux, offert bien avant de savoir si Pôle emploi financerait ou non ces deux trimestres.
En février, Pierre-Martin Aubelle a donc fait visiter ses ateliers à Alsadig et à un autre réfugié (qui lui aussi sera formé), montré les machines, les projets sur lesquels avaient travaillé les promotions précédentes. Ce jour-là, Alsadig n’avait envie ni de parler ni de sourire. Il était conscient du pas qu’il était en train de faire vers son intégration, mais il peinait à gérer l’angoisse de quitter ses amis de Vichy. Sans compter qu’à Lyon et au Darfour, les exigences professionnelles ne sont sans doute pas tout à fait les mêmes. « Je fais le grand saut, cela me fait peur, mais j’ai envie de me lancer et d’apprendre », résumait le jeune homme, un mois plus tard, déjà plus accoutumé à ce grand chambardement.

   


La phase « emploi »
Après près de trois ans en France, Alsadig et Ahmed en sont donc à la phase « emploi ». Quel chemin parcouru depuis leurs premiers pas dans la ville d’eau ! Arrivés comme demandeurs d’asile, ils se sont d’abord faits tout petits, quittant à peine le périmètre de leur centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). Les sorties de cette zone se ­résumaient, les premiers mois, aux promenades le long des rives de l’Allier. Comme si leurs pieds avaient conservé la mémoire mécanique des centaines de kilomètres parcourus entre l’Afrique et l’Europe. Comme si le contact avec la nature les ramenait à un équilibre perdu.
« Je n’avais pas l’esprit assez libre pour visiter ces lieux dont j’avais rêvé dans ma vie d’avant. J’étais là sans y être, car j’ignorais encore si la France voudrait de moi » Ali
Peu à peu, ils ont élargi leur périmètre ­vichyssois, prenant toutefois toujours soin de ne pas empiéter sur la zone des curistes, le Vichy chic et « tradi », un monde inconnu. « A Paris aussi, on se cantonnait aux alentours de La Chapelle [quartier où se trouvait son squat] », rappelle Ali, avec son regard de sociologue. Lui avait quand même poussé jusqu’au château de Versailles, au Louvre et même au pied de la tour Eiffel, mais sans grande conviction. « J’étais demandeur d’asile à l’époque, rappelle-t-il. Je n’avais pas l’esprit assez libre pour visiter ces lieux dont j’avais rêvé dans ma vie d’avant. J’étais là sans y être, car j’ignorais encore si la France voudrait de moi. »
Ali travaillait à Khartoum, la capitale du Soudan, qu’il a quitté, en 2013. Ahmed et Alsadig viennent tous deux du Darfour, comme Anwar, 30 ans, un autre Soudanais de Vichy. Le premier et le dernier sont partis à la fin de 2014, le deuxième un peu plus tôt, en février, mais leurs routes se sont croisées à Paris à l’automne 2015. Avec Hassan, un ­réfugié érythréen, ils ont connu les trottoirs de la capitale avant de trouver refuge au ­lycée Jean-Quarré, un squat de migrants du 19e arrondissement qu’ils appellent « l’école ». « J’y suis resté dix jours, se rappelle Hassan, mais c’est un souvenir fort. Et je me souviens bien du départ. Au petit matin du 23 octobre 2015, la police est arrivée très tôt, nous a priés de monter dans des bus sans nous dire où on ­allait. C’était angoissant. Quatre heures plus tard, on descendait à Varennes-sur-Allier, sans savoir où on était. »
Là, ils emménagent dans ce qui va devenir le plus grand centre d’accueil et d’orientation (CAO) de France. « Quand on y repense, on a l’impression que c’était il y a une éternité », médite Pablo Aiquel qui, le 11 novembre, profite du jour férié pour leur rendre ­visite, voir ce dont ils ont besoin, et jouer au foot avec eux. Il ignore alors qu’il deviendra l’un des pivots de l’intégration de ce groupe transféré à Vichy à partir de février 2016. « A Varennes, on a passé des après-midi à jouer à des jeux de société, se souvient-il. Il y avait les très précieux cours de français que donnaient les bénévoles de Vichy Solidaire : Marie, Bernard et les deux Claudine, entre autres. Et puis, rapidement, comme les journées étaient vraiment longues, Ahmed et Hassan m’ont parlé de leur envie de créer un groupe de musique soudanaise et érythréenne. »
Les Soudan Célestins Music, une des clés de l’intégration
A l’époque, la création du groupe des Soudan Célestins Music semble une gageure. Ces gars n’ont rien, pas même un statut de réfugié. Là-bas, ils animaient des soirées certes, mais n’étaient pas des pros. Pourtant, rétro­s­pectivement, cette initiative sera une réussite, et même une des clés de l’intégration d’Ahmed, Hassan, Ali, Alsadig et Anwar. Elle leur a donné une première place dans la ­société française. Ils mesurent le chemin parcouru entre cette création très informelle un jour d’ennui et leur sélection ce printemps pour être l’une des Voix de l’exil, un disque qui sera mis en vente à Noël par l’association Engage with Refugees…
Le groupe de musiciens réfugiés s’adresse au cœur autant qu’aux oreilles. Leurs chansons font danser les Soudanais dans tous les centres de demandeurs d’asile où ils se produisent et leurs remerciements à la France qui les a accueillis touchent à chaque fois le public. C’est leur invitation sur scène au festival Les Cultures du monde de Gannat (Allier), en juillet 2016, grâce aux contacts de Pablo Aiquel (qui les coache et leur a ouvert son carnet d’adresses), qui signe leur naissance officielle.
C’est d’ailleurs ce festival qui leur fait un don de 400 euros pour acheter leur premier clavier sur Le Bon Coin. Plus tard, le bénévole Jacques Lenoir, faisant fi de ses fins de mois serrées de retraité, leur offre à son tour du ­matériel et leur prête le bout de champ qu’il possède pour répéter, faute de disposer d’une salle. Là, sous l’œil curieux des deux ânes de Jacques, Véliotte et Wiwi, ils reprennent soir après soir les standards soudanais. Hassan s’efforce de mieux enchaîner les morceaux, Ahmed et Ali travaillent leur voix…
Un peu plus « pros » que le 14 juillet 2017 dans les jardins de Vichy, les Soudan Célestins Music multiplient les invitations. Ils chantent souvent au café Les Augustes à Clermont-Ferrand, une institution régionale, mais vont aussi à la Fête de L’Humanité en septembre 2017 ou au festival parisien Culture au quai, une semaine plus tard. Mais ce soir-là, Ahmed a la tête ailleurs. Il ne lâche pas son téléphone car, le 23 septembre, les forces gouvernementales ont réprimé une manifestation en opposition à la visite du président soudanais Omar Al-Béchir à Kalma, l’immense camp de réfugiés où ­vivent son épouse et sa mère. Il est inquiet, des gens sont morts, et il attend des nouvelles. Anwar, qui ne chante pas avec eux ce week-end-là, connaît lui aussi cette inquiétude qui le ramène souvent la nuit en pensée vers le camp où survivent encore les siens, depuis qu’en 2003, son village a été détruit.
Mélodies de l’enfance
Ahmed et Hassan constituent le noyau dur des Soudan Célestins Music. Même si Alsadig, Anwar et Ali aiment jouer les chœurs, ils sont moins « réguliers » que le premier chanteur et le pianiste. « Je me suis dit plusieurs fois que j’aimerais en faire ma carrière », est même allé jusqu’à rêver à haute voix Hassan, à l’été 2017. Avant d’imaginer faire le commerce de produits soudanais et érythréens à Vichy. Y revendre le foul, les épices qui parfument le café africain qu’il aime ; pouvoir ­proposer à la petite communauté africaine locale ce qu’il faut pour cuisiner un zigni, ce riz au bœuf dont la seule évocation fait briller ses yeux. Un peu comme lorsqu’il fredonne les mélodies qui ont bercé son enfance. « Quand je chante, je repense à ma mère, je pleure, et ça me fait du bien », dit-il volontiers. Une manière discrète et élégante de ­raconter en creux, et sans une plainte, la difficulté de sa condition d’exilé. Même après trois ­années en France.
« Evidemment, avoir le statut a changé ma vie, ça m’a permis de me poser enfin, après des années », reconnaît l’Erythréen qui a grandi au Soudan et partage la galère des « copains qui, eux, n’ont pas eu le statut » de réfugié. Mais son titre de séjour n’empêche pas la ­dureté du quotidien. « Les codes, le savoir-être en entreprise, c’est ce qui est le plus difficile à acquérir », renchérit Alexandre Mondet, ­directeur du jardin biologique collectif à ­vocation d’insertion Jardins de Cocagne à ­Vichy et employeur d’Hassan depuis juillet 2017.
« Il faut lui laisser le temps, nuance le patron, conciliant, qui fait travailler des ­publics éloignés de l’emploi. Quand il aura fait un an et demi en contrat d’insertion chez nous, il aura déjà beaucoup appris. » Même si les habitudes d’autonomie prises au fil de ses six années d’errance sur les routes mettent un peu de temps à s’effacer devant les contraintes du salariat. « Si ces ajustements n’étaient pas nécessaires, on n’aurait pas ­inventé les contrats d’insertion », recadre Alexandre Mondet, ferme sur les attendus, mais confiant, même si Hassan a raté un jour de travail à cause de la neige qui tombait ou un après-midi pour faire réparer sa voiture.

   


« Nous venions de nous marier »
Aux Jardins de Cocagne, les mains dans la terre brune, l’Erythréen arrache les mauvaises herbes, éclaircit les carottes et attache les plants de tomate, en plein champ ou sous les serres. Chaque fin de semaine, une fois sa fourche et sa tranche rangées, il se perfectionne en français, cette langue qui lui a longtemps résisté. Bien au-delà des 200 heures de cours qu’octroie l’Etat à ses nouveaux venus. Aujourd’hui, dans le cadre de son emploi d’insertion, il bénéficie d’autres leçons, sur son temps de travail. A ajouter à son « entraînement » grandeur nature, lorsqu’Alexandre Mondet l’envoie tenir le stand de légumes au marché voisin de Bellerive. Un moment qu’il aime autant qu’il le redoute :
« Communiquer avec le client me demande un vrai effort en français, pas vraiment pour comprendre, mais pour bien m’exprimer. »

   


Hassan est né en Erythrée, mais a vécu au Soudan avant d’être poussé à fuir en 2011 et de s’embarquer pour une véritable odyssée. Arrivé en Grèce avant la vague de 2015, il y reste quatre années, malmené par des paysans voyous qui le sous-payent et le mettent en danger. « Je devais appliquer de nuit dans les champs des traitements interdits. Ces poudres et liquides m’ont rendu malade, et parfois je n’étais même pas payé », explique-t-il. C’est ce sort qui le décide à reprendre la route vers l’ouest en se glissant dans le flot des migrants de 2015 en route vers l’Allemagne.
« J’ai été jugé sommairement et condamné à mort. J’étais dans le collimateur du pouvoir, comme beaucoup d’autres étudiants » Ali
Alsadig, Ali, Anwar et Ahmed ont connu, eux, un parcours plus classique et plus ­rapide pour arriver en France après avoir traversé la Méditerranée. Ahmed, lui, est parti en catastrophe quand les services de renseignement lui ont reproché son travail de chauffeur pour une ONG étrangère. « Juste le temps de prévenir par téléphone ma mère et mon épouse ; pas même de les embrasser. Nous venions de nous marier, la fête n’avait pas encore eu lieu », explique-t-il, sans s’attarder sur la douleur de ce départ, toujours pas effacée après trois ans. Ni pour lui ni pour Ali, qui enseignait la sociologie à l’université de Khartoum, comme assistant en préparant son doctorat.
Tout allait bien avant ce jour où il a été arrêté alors qu’il rendait visite à son grand-père, dans un village. « Le lendemain, j’ai été jugé sommairement et condamné à mort. J’étais dans le collimateur du pouvoir comme beaucoup d’autres étudiants. Je n’avais rien fait de particulier, mais j’avais des idées communistes… Alors que je partais vers l’exécution, notre voiture a eu un accident, et j’ai pu m’enfuir », raconte dans un souffle le Soudanais de 30 ans, dont la marche conserve la trace d’une blessure lors de cet épisode.
Bourdieu, Weber ou Victor Hugo
Après la Libye, Ali a lui aussi débarqué à Paris en 2015, reçu le statut de réfugié et terminé ses 200 heures de cours de français de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), avant que la suite s’enraye un peu. Si ses quatre compagnons ont opté pour un travail manuel, lui rêve toujours de reprendre ses études. Un chemin pas si simple, car malgré les efforts des bénévoles de Réseau Vichy ­Solidaire, il n’a intégré aucun programme. Une nouvelle piste semble s’ouvrir avec l’université de Clermont-Ferrand, mais en attendant, Ali passe ses journées entre l’écriture, la lecture de Bourdieu, Weber ou Victor Hugo, et le bénévolat qu’il assure pour le Secours catholique depuis août 2017 à Vichy. Là, en pliant les vêtements du vestiaire, il pose son regard de sociologue sur une France dont il ne soupçonnait pas l’existence. « Je n’aurais jamais cru qu’une partie de la population souffrait ainsi… dans un pays riche comme la France », s’étonne-t-il.
« Je ne serai intégré que lorsque je pourrai vraiment me débrouiller seul sans rien demander, en gagnant un vrai salaire » Alsadig
En fait, près de trois ans après leur arrivée en France, aucun des musiciens des Soudan Célestins Music ne coche les trois cases de l’intégration : travail non aidé, bonne maîtrise de la langue et appartement autonome. « On avance. Le français, ça va mieux, l’appartement, c’est bon pour moi. La formation, c’est en cours… Mais je ne serai intégré que lorsque je pourrai vraiment me débrouiller seul sans rien demander, en gagnant un vrai salaire », résume Alsadig en sortant de la visite de l’appartement lyonnais où il s’installe. Une vraie étape pour lui qui quitte pour la première fois le bâtiment d’Adoma, où il habitait depuis début 2016. « Après Paris et le CAO de Varennes-sur-Allier, on a été installés dans le CADA d’Adoma, à Vichy. Lorsque j’ai eu mon statut de réfugié, j’ai choisi d’y rester en payant la location d’une chambre », rappelle Alsadig, un peu inquiet de lâcher ce lieu où l’on parlait arabe dans les couloirs.

   


Hassan, 37 ans, a été le premier du groupe à déménager. Ahmed, lui, a mis un temps fou à trouver un studio. « Au départ, j’ai visité quelques logements avec le travailleur social qui gérait mon dossier à Adoma. Mais les loyers étaient trop chers ou les lieux insalubres », résume le jeune homme. De fil en aiguille, il s’est retrouvé sans rien. Obligé de quitter le CADA Adoma, puisqu’il avait le statut de réfugié, il a été hébergé par le réseau des bénévoles de Réseau Vichy Solidaire avant de ­finalement trouver une location. Anwar, lui, a même connu la rue, les appels au 115, ­jusqu’à ce qu’un travailleur social le mette en relation avec un propriétaire. Depuis, il a pu intégrer un contrat d’insertion par ­l’intermédiaire de Pôle emploi et travaille sur un chantier à reconditionner des palettes de bois. Pas tout à fait le rêve que nourrit ce licencié en arabe, mais c’est déjà le début de quelque chose…
A Vichy comme ailleurs, l’intégration est un long chemin, pavé d’embûches, de ralentissements et d’accélérations. Certes, Ahmed, Hassan, Ali, Anwar et Alsadig voudraient que tout aille plus vite, mais ils savent déjà aujourd’hui qu’ils sont sur les rails. Celui qui s’autobaptise « le premier Noir de Vichy », ­Issam Othman, arrivé comme réfugié il y a dix-sept ans, leur a servi de modèle, les a guidés, leur a d’emblée permis de voir que c’était possible. Et puis, en créant les Soudan ­Célestins Music, le groupe de réfugiés a pris son avenir en main, se positionnant en ­créateurs et non en assistés. Soudanaise ou érythréenne, la musique les a aidés à reprendre les rênes de leur destin, à rendre à la France un peu de ce qu’elle leur a donné.

« Les nouveaux arrivants », une histoire d’intégration
Loin des polémiques sur la crise migratoire, Le Monde a suivi pendant un an un groupe de réfugiés venant du Soudan et de l’Erythrée, installé à Vichy, dans l’Allier. Ce projet, intitulé « The New Arrivals » (« Les nouveaux arrivants »), est mené en partenariat avec les journaux européens The Guardian, El Pais et Der Spiegel. Il est financé par l’European Journalism Centre, avec le soutien de la Fondation Bill & Melinda Gates.
Vous pouvez lire aussi :
Comment est né le projet « The New Arrivals »Du Soudan à Vichy, la quête d’intégration semée d’embûches d’Ahmed, Hassan, Ali, Anwar et AlsadigComment les réfugiés à Vichy se font une place, pas à pas, dans la société françaiseAccueil des réfugiés : les habitants de Vichy, entre indifférence et solidaritéA Vichy, la très grande solitude affective des réfugiésLes Soudanais s’exilent, leur président s’accroche au pouvoirAhmed, la stabilité après quatre ans loin du SoudanHassan, sept ans d’exil jusqu’aux Jardins de CocagneEn Allemagne, en Grande-Bretagne et en Espagne, l’admirable résilience de familles de réfugiés





                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-17">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-17"> ¤ La chorale gospel, la présence d’Oprah Winfrey, le sermon du révérend Michael Bruce Curry : autant de symboles pour revendiquer la culture afro-américaine de Meghan Markle.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-17"> ¤                     
                                                

Mariage princier : l’« identité noire » célébrée pour les médias

La chorale gospel, la présence d’Oprah Winfrey, le sermon du révérend Michael Bruce Curry : autant de symboles pour revendiquer la culture afro-américaine de Meghan Markle.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 03h39
 • Mis à jour le
20.05.2018 à 16h28
   





                        


Une cérémonie alliant le faste de la monarchie britannique aux accents de la culture afro-américaine : c’est ainsi que l’on pourrait décrire le mariage du prince Harry et de l’ex-actrice américaine Meghan Markle, qui a eu lieu samedi 19 mai à la chapelle Saint-George du château de Windsor. « Une mini-révolution [à l’initiative de la mariée] », analyse le Daily Mail.
Les origines de Meghan Markle, née d’un père blanc et d’une mère noire, ont marqué cette « cérémonie multiculturelle ». La chroniqueuse du quotidien britannique The Guardian Afua Hirsch parle ainsi d’une célébration de « l’identité noire » (« blackness »). Elle se réjouit de voir que ce mariage a entraîné sur les réseaux sociaux la juxtaposition de deux hashtags, jamais associés jusqu’alors, #mariage royal et #blackexcellence.
Une combinaison qu’elle explique notamment par les invités présents à ce mariage, que ce soient Serena Williams, Idris Elba, Gina Torres ou la célèbre présentatrice américaine Oprah Winfrey. « Les deux femmes [Meghan Markle et Oprah Winfrey] les plus célèbres du monde, ce jour-là, sont d’origine afro-américaine », clame la journaliste.

        Lire aussi :
         

                Meghan Markle épouse le prince Harry : « Un nouveau départ pour la monarchie »



Le New York Times va même plus loin, en écrivant qu’avec le clergé, les musiciens, et les invités, c’était la première fois qu’il y avait autant de minorités présentes dans la chapelle Saint-George.
Un sermon d’amour et de tolérance
Un moment fort a retenu l’attention des médias américains et britanniques : le sermon prononcé par le révérend Michael Curry, premier afro-américain à diriger l’Eglise anglicane aux Etats-Unis, vantant le pouvoir de l’amour, citant Martin Luther King, le défenseur des libertés civiques, et faisant référence à l’esclavage.
« Nous devons trouver le pouvoir de l’amour, le pouvoir rédempteur de l’amour. De cette façon, nous pourrons faire du vieux monde un monde nouveau. L’amour est le seul moyen. »

        Lire aussi :
         

                Le sermon du révérend Curry au mariage du prince Harry et de Meghan Markle brise le protocole



Un message « révélateur du rôle que Meghan Markle pourrait jouer dans cette famille », analyse Vox, que ce soit « en tant que femme divorcée, américaine et biraciale ».
Outre le message et le ton « magistral » du sermon, le New York Times voit une allégorie dans la seule présence du révérend « dans un service qui comportait un bon nombre de poids lourds ecclésiastiques, en incluant l’archevêque de Canterbury (qui a tweeté son admiration de l’évêque) ».
Le choix de la musique
Le sermon a été suivi de la version de Ben E. King de la chanson Stand By Me reprise par une chorale gospel. « Une chanson d’amour, oui, mais l’une des premières à avoir été utilisées dans le mouvement pour les droits civiques, devenant un symbole des protestation face aux injustices raciales », rappelle la journaliste de The Guardian.
La chorale de gospel, ainsi que le violoncelliste Sheku Kanneh-Mason, 19 ans et premier musicien noir à remporter le Young Musician Award de la BBC en trente-huit ans d’histoire, « expressément demandé par Meghan Markle », et qui a notamment chanté Après un Rêve de Gabriel Fauré, ont concouru à renforcer l’identité afro-américaine de cette cérémonie, insiste le magazine Essence, publication à destination des femmes afro-américaines. Leur rédaction a également été attachée à d’autres symboles, tel que « le piercing au nez » de la mère de Meghan Markle, Doria Ragland, descendante d’esclaves des plantations de coton en Géorgie du Sud.
« Il est clair que la mariée voulait faire ressortir son identité raciale, mettre son patrimoine à l’honneur devant un vaste auditoire, écrit Sarah Lyall dans le New York Times. Dans une institution si blanche, dans un pays où il y avait de sérieux problèmes raciaux, c’était un geste marquant. Et ce fut un moment extrêmement symbolique sur la scène mondiale, incluant la possibilité de changer la vision du monde sur la famille royale, et peut-être même la vision de la Grande-Bretagne sur elle-même. »



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-18">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-18"> ¤ La cérémonie, qui s’est déroulée samedi dans la chapelle Saint-George du château de Windsor, a été marquée par le sermon enflammé du révérend américain Michael Curry.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-18"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 19/05/2018
Découvrir l’application


                        

Le mariage de Meghan Markle et du prince Harry entre gospel et protocole royal

La cérémonie, qui s’est déroulée samedi dans la chapelle Saint-George du château de Windsor, a été marquée par le sermon enflammé du révérend américain Michael Curry.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 18h28
 • Mis à jour le
20.05.2018 à 10h25
    |

            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



   


         data-ui="carousel"
         data-module="portfolio"
         data-wrapper=".gallery"
         data-interval="false"
         data-is-atom
         tabindex="10"
>


                    data-slide-title=""
            data-slide-description="De nombreux Britanniques sont arrivés très tôt le long de la route jusqu’au château de Windsor dans la matinée de samedi 19 mai. C’est d’ici que partira la route du calèche du prince Harry et de Meghan Markle après la cérémonie."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Il est encore tôt en ce matin brumeux, samedi 19 mai, quand de nombreux Britanniques arrivent non loin du château de Windsor."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Non loin du château de Windsor, des fans de la première heure se sont installés dans la matinée, en attendant l’arrivée du couple princier, suivie de la cérémonie."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Des fans « royaux » joyeusement accoutrés ont commencé à se rassembler dans la matinée sur la pelouse le long du chemin qu’emprunteront le prince Harry et Meghan Markle jusqu’au château de Windsor."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Izzy Newman, habitante de Windsor, attend le mariage princier avec impatience."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="On peut même croiser des fans royaux de type canin aux abords du château de Windsor, portant le drapeau du Royaume-Uni, l’« Union Jack »."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Le mariage princier est l’occasion de porter la partie originale d’un vestiaire qu’il est plus ardu de revêtir en plus banale circonstance."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Les fans royaux ont arboré pour ce jour spécial leurs plus belles couleurs, y compris sous forme de maquillage."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Chito Salarza-Grant, connu comme « l’homme au chapeau de Londres », est naturellement venu coiffé de sa dernière création. Salarza-Grant est réputé pour arborer des couvre-chefs de sa fabrication lors d’occasions spéciales, telles que le mariage du prince William et de Kate Middleton, en 2011, ou les Jeux olympiques de Londres, en 2012."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Enveloppés dans leur « Union Jack », des sympathisants marchent vers la chapelle Saint-Georges, là où le couple princier va se marier, et qu’on peut apercevoir en arrière-plan, alors que le soleil se lève sur la Grande-Bretagne."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Tony Appleton, un crieur professionnel, pose à High Street dans sa tenue traditionnelle à quelques heures du mariage. Tony Appleton est connu pour avoir annoncé, en criant, la naissance du prince George, premier fils du prince William et de Kate Middleton, en 2013, trompant deux journalistes américains qui avaient pris son annonce pour une officialisation de la naissance."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Le flux de fans à la gare ferroviaire de Windsor & Eton Riverside ne faiblissait pas, samedi matin."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Des fans royaux colorés s’apprêtent à prendre le train à la gare de Waterloo, à Londres, pour se rendre à Windsor."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="La foule nombreuse s’est massée à l’extérieur de l’enceinte du château de Windsor."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Idris Elba et Sabrina Dhowre, suivis d’Oprah Winfrey, arrivent à la chapelle Saint-Georges."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="L’avocate Amal Clooney, et son mari, acteur, George."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="La créatrice de mode Victoria Beckham et son mari, l’ex-footballeur David Beckham, font partie des invités."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Doria Ragland, la mère de Meghan Markle, arrive au château de Windsor."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="L’arrivée de la reine Elizabeth II, habillée d’un joli vert pomme, pour la cérémonie de mariage de son petit-fils Harry."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Le prince Harry marche au côté de son frère et garçon d’honneur, le prince William, alors qu’ils se dirigent vers la chapelle Saint-Georges."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Meghan Markle lors de son arrivée devant la chapelle Saint-Georges."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="L’entrée de Meghan Markle dans la chapelle Saint-Georges."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Le prince Harry enlève le voile de la robe de Meghan Markle lors de leur cérémonie de mariage."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="De gauche à droite : le prince William, le prince Charles, son épouse Camilla, et l’épouse de William, Kate."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Harry et Meghan, main dans la main, avant d’échanger leurs vœux."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description="Les deux époux à la sortie de la chapelle Saint-Georges."
            data-slide-item-lie=""

        
                    data-slide-title=""
            data-slide-description=""
            data-slide-item-lie=""

        


Précedent

1/27

Suivant







De nombreux Britanniques sont arrivés très tôt le long de la route jusqu’au château de Windsor dans la matinée de samedi 19 mai. C’est d’ici que partira la route du calèche du prince Harry et de Meghan Markle après la cérémonie.

TOLGA AKMEN / AFP
› Accéder au portfolio



require(['lmd/ui/carousel', 'lmd/module/portfolio']);


Marier la tradition à l’audace, les pompes patriotiques à l’ouverture aux autres cultures : ce talent typiquement britannique s’est déployé en grand, samedi 19 mai pendant l’office religieux au cours duquel le prince Harry et l’actrice américaine Meghan Markle se sont juré d’être mari et femme « pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que la mort [les] sépare ». Rompant avec la coutume royale, la mariée n’a pas promis « obéissance » à son époux et celui-ci, peut-être en signe d’égalité, a choisi de porter une alliance, comme elle.

        Lire aussi :
         

                Meghan Markle épouse le prince Harry : « Un nouveau départ pour la monarchie »




   


Depuis leur mariage, scellé à la mi-journée au milieu de 600 invités dans la chapelle Saint-George du château de Windsor, le couple est officiellement désigné par le très aristocratique titre de « duc et duchesse de Sussex ». Pendant l’office religieux, Meghan Markle portait un diadème offert en 1893 par la reine Victoria à la reine Mary et prêté par l’actuelle souveraine. Et son voile diaphane, long de cinq mètres, était parsemé de 53 fleurs symbolisant chacun des pays du Commonwealth, dont la plupart sont des anciennes possessions de l’Empire britannique.
Sermon enflammé du révérend Michael Curry
La cérémonie, conçue pour symboliser la modernisation de la monarchie britannique, a atteint son but. Entre gospel et Schubert, entre prêche enflammé à l’américaine et rite anglican rigoureux, le mariage royal millésime 2018 a clairement signifié aux Britanniques, voire au monde, la volonté de la vénérable institution de vivre dans son siècle. Certes, en l’absence de son père, la mariée a été officiellement accueillie chez les Windsor au bras du prince Charles, le prochain roi. Mais le sermon enflammé sur « le pouvoir de l’amour » prononcé par le révérend Michael Curry, prédicateur afro-américain, a transformé la chapelle médiévale en cathédrale d’Harlem.
Devant un auditoire huppé hésitant entre sidération, adhésion et amusement, le président de l’Eglise épiscopale des Etats-Unis a commencé en citant le leader américain de la lutte pour les droits civiques Martin Luther King : « Le Dr King avait raison, nous devons découvrir l’amour, le pouvoir rédempteur de l’amour. De cette façon, nous pourrons faire du vieux monde un monde nouveau. L’amour est le seul moyen, a-t-il lancé en agitant les bras devant une reine Elizabeth II visiblement interloquée. Deux jeunes gens sont tombés amoureux et nous voici rassemblés ici. » 

   


Même sous le joug, les esclaves noirs américains ont continué de croire dans le pouvoir de l’amour, a poursuivi le révérend en présence de Doria Ragland, mère de la mariée et descendante d’esclaves des plantations de Géorgie, assise au premier rang. Des chanteurs de gospel ont entonné plus tard This Little Light of Mine, un chant d’inspiration biblique utilisé pendant la lutte américaine pour les droits civiques.
Entrée de la diversité chez les Windsor
Bien sûr, il y a eu du Fauré et du Schubert interprété au violoncelle par le Britannique Sheku Kanneh-Mason et des musiciens de trois orchestres nationaux, et une lecture biblique par la sœur de la princesse Diana, dont l’esprit flottait dans l’air. Mais le message était clair : on célébrait un mariage d’un genre nouveau, officialisant l’entrée de la diversité chez les Windsor.

        Lire aussi :
         

                Mariage du prince Harry et de Meghan Markle, une cérémonie qui a bien failli dérailler



Pourtant, Meghan Markle n’est pas seulement une Américaine née d’un couple mixte. La comédienne de la série Suits s’est montrée telle qu’en elle-même : à l’aise dans son nouveau rôle de duchesse, rayonnante, parfois à la limite du rire, tandis que son nouvel époux oscillait à la frontière des larmes de bonheur. Devant un parterre d’invités transatlantiques prestigieux – le musicien Elton John, les acteurs Idris Elba et George Clooney, l’ex-footballeur David Beckham, la joueuse de tennis Serena Williams et la star de la télévision américaine Oprah Winfrey –, la nouvelle ambassadrice de l’élégance britannique a assuré la promotion de la French touch, en l’occurrence les maisons françaises Givenchy – et sa directrice artistique britannique Clare Waight Keller –, qui a créé sa robe blanche immaculée, et Cartier, qui lui a fourni ses boucles d’oreille et son bracelet. Après l’office religieux, quelque 100 000 personnes ont suivi le tour de calèche des nouveaux époux dans les rues de Windsor.
Dans sa vie d’avant, Meghan Markle a déclaré qu’elle n’avait jamais voulu « être une femme qui déjeune, mais une femme qui travaille ». Samedi, à Windsor, elle a commencé brillamment sa nouvelle carrière dans une famille dont elle est censée desserrer le protocole millénaire étouffant. Mais déjà, le chroniqueur royal de la BBC interroge : « Qui changera en premier, Meghan ou la famille royale ? »



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-19">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-19"> ¤ Le cabinet constitué samedi par Quim Torra comprend deux anciens ministres emprisonnés et deux autres exilés depuis la tentative de sécession d’avec l’Espagne.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-19"> ¤                     
                                                

En Catalogne, le nouveau président nomme des prisonniers et des exilés dans son gouvernement

Le cabinet constitué samedi par Quim Torra comprend deux anciens ministres emprisonnés et deux autres exilés depuis la tentative de sécession d’avec l’Espagne.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 16h47
 • Mis à jour le
20.05.2018 à 06h42
   





                        



   


L’indépendantiste Quim Torra, investi lundi 14 mai, a publié un décret nommant les membres du nouvel exécutif catalan, mais la formation de ce gouvernement pourrait être bloquée par Madrid.
Le gouvernement espagnol conserve en effet la tutelle sur cette région, imposée le 27 octobre 2017 lors d’une déclaration d’indépendance restée sans suite, et a mis en doute la légalité d’une prise de fonctions de ministres incarcérés en Espagne ou en fuite à l’étranger.
Puigdemont, « le président légitime »
Sur les quatorze « conseillers » du gouvernement régional, deux, Jordi Turull et Josep Rull, sont en détention préventive près de Madrid. Deux autres, Toni Comin et Lluis Puig, vivent en exil en Belgique, où ils avaient fui avec le président Carles Puigdemont après la destitution du gouvernement régional. MM. Turull et Rull ont annoncé qu’ils acceptaient la charge qui leur était confiée dans des messages identiques sur leur compte Twitter.
Quim Torra, élu président lundi par le Parlement régional catalan, a été choisi par son prédécesseur destitué, Carles Puigdemont, qui se considère toujours comme « le président légitime ».

        Lire aussi :
         

                En Catalogne, les urnes venaient du Nord



M. Puigdemont attend en Allemagne que la justice se prononce sur une demande d’extradition de la justice espagnole, qui veut le juger pour « rébellion » avec d’autres dirigeants séparatistes pour leur rôle dans la tentative de sécession.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/21/19-20">
<filnamedate="20180521"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180521"><AAMMJJHH="2018052119">
<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-20"> ¤ Dans un style tranchant avec celui des mariages royaux précédents, le révérend Curry, primat de l’Eglise épiscopale des Etats-Unis, a prononcé une ode au pouvoir de l’amour, citant Martin Luther King.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

Le sermon du révérend Curry au mariage du prince Harry et de Meghan Markle brise le protocole

Dans un style tranchant avec celui des mariages royaux précédents, le révérend Curry, primat de l’Eglise épiscopale des Etats-Unis, a prononcé une ode au pouvoir de l’amour, citant Martin Luther King.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 15h36
 • Mis à jour le
19.05.2018 à 16h28
   





                        



   


C’est en empruntant les mots de Martin Luther King qu’il a pris la parole : « Nous devons découvrir le pouvoir de l’amour, le pouvoir de rédemption de l’amour, et ainsi, nous ferons de ce monde un nouveau monde. » C’est peu dire que le sermon enflammé prononcé samedi 19 mai par le révérend Michael Bruce Curry, lors de la cérémonie de mariage du prince Harry et de l’Américaine Meghan Markle, a tranché avec le protocole auquel est habituée la famille royale britannique.
Dans l’assistance de la chapelle Saint-George du château de Windsor, qui rassemblait six cents invités triés sur le volet, les sourires se mêlent aux regards médusés de certains membres de la couronne britannnique. Le révérend Curry, évêque président de l’Eglise anglicane aux Etats-Unis, défenseur des droits civils et des droits des homosexuels, poursuit : « Il ne s’agit pas juste d’un jeune couple que nous célébrons, c’est plus que cela. » Invoquant l’époque de l’esclavage aux Etats-Unis, le dignitaire a rappelé que le pouvoir de l’amour était chanté par ceux qui vivaient en captivité. Puis M. Curry a expliqué aux mariés qu’ils avaient « le pouvoir de changer le monde ».

WATCH: It was Meghan and Harry's big day, but Bishop Michael Curry stole the show https://t.co/5UQPv0OpO9… https://t.co/g6V40yX3yA— Reuters (@Reuters Top News)


require(["twitter/widgets"]);

Originaire de Chicago, âgé de 65 ans, Michael Curry, président et primat de l’Eglise épiscopale des Etats-Unis depuis novembre 2015, est le premier Afro-Américain à occuper cette fonction. Descendant d’esclaves, il s’est à plusieurs reprises opposé à la politique du président américain, Donald Trump, et doit participer, le 24 mai, à une marche de représentants chrétiens vers la Maison Blanche pour dénoncer le slogan « America first » (« L’Amérique d’abord »), qualifié d’« hérésie théologique ».
L’Eglise épiscopale américaine avait provoqué une rupture avec la Communion anglicane en 2003 en prenant la décision d’ordonner évêque du New Hampshire un Américain homosexuel, Gene Robinson. En 2006, elle fut également la première à élire une femme à sa tête, Katharine Jefferts Schori. L’Eglise épiscopale est l’une des composantes de la Communion anglicane, qui rassemble les Eglises anglicanes à travers le monde, dont l’Eglise d’Angleterre.
Le sermon du révérend Curry a été suivi par l’interprétation du classique « Stand by me », du chanteur afro-américain Ben E. King, par un chœur.

Watch the breathtaking rendition of "Stand by me" performed at the #RoyalWedding by Karen Gibson and The Kingdom Ch… https://t.co/97oLCx32ln— voxdotcom (@Vox)


require(["twitter/widgets"]);




                            


                        

                        

