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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ L’artiste de stand-up américain, qui avait fait de la grossièreté une redoutable arme comique, a publié ses Mémoires un an avant sa mort, en 1966. Les voici traduits.
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Lenny Bruce, derniers bons mots

L’artiste de stand-up américain, qui avait fait de la grossièreté une redoutable arme comique, a publié ses Mémoires un an avant sa mort, en 1966. Les voici traduits.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 09h00
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Irrécupérable (How to Talk Dirty and Influence People), de Lenny Bruce, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Rimoldy, Tristram, 384 p., 23,50 €.

A la mort de l’humoriste Lenny Bruce, le 3 août 1966, d’une overdose, le magazine Playboy imprima l’épitaphe suivante : « Un dernier mot de quatre lettres pour Lenny : mort. A 40 ans. Ça, c’est obscène. » Pour n’importe quel cruciverbiste français, « mot de quatre lettres » constitue une définition imprécise qui ne tient pas compte de tous les possibles contenus dans un dictionnaire. Il en va autrement outre-Atlantique. Là-bas, « le mot de quatre lettres » n’a qu’une signification, « fuck », tandis que l’expression « les mots de quatre lettres » désigne d’autres jurons ou termes d’argot à caractère sexuel (cunt, dick, suck…).
L’Américain Lenny Bruce fut décrit comme « l’artiste le plus controversé » de son temps, parce qu’il employait ces « mots de quatre lettres » so shocking. Outre son franc-parler mâtiné de yiddish, Bruce tranchait avec ses prédécesseurs en ce sens qu’il n’était plus dans la farce ou le vaudeville. Hostile aux blagues recuites, il exerçait le sacro-saint droit au blasphème. Il ôtait le venin des mots (« Y a-t-il des youpins, des nègres, des macaronis, des polacks dans la salle ? ») pour mieux s’attaquer à la racine des maux : l’antisémitisme, le racisme (« Moi, c’est “ségrégation” qui me blesse »). Il en paya le prix fort.
Convertir l’horreur en humour
Leonard Alfred Schneider, nom de scène Lenny Bruce, a inventé un style de « stand-up » passé à la postérité. Il monologue, digresse, ironise. Sur scène, cet enfant de la balle, embauché comme garçon de ferme à 16 ans, engagé volontaire et témoin d’atrocités pendant la seconde guerre mondiale, parvient à convertir l’horreur en humour. Il évoque les déboires de la vie, la sexualité, le droit à l’avortement....




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-2">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.
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Article sélectionné dans La Matinale du 19/05/2018
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 102)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
20.05.2018 à 11h10
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Le succès planétaire des séries télévisées a un impact réel sur la littérature française. Les romans de Despentes, de Louatah ou de Cathrine en témoignent. Certains d’entre eux sont en cours d’adaptation pour le petit écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 18/05/2018
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Séries et romans : la saison des amours

Le succès planétaire des séries télévisées a un impact réel sur la littérature française. Les romans de Despentes, de Louatah ou de Cathrine en témoignent. Certains d’entre eux sont en cours d’adaptation pour le petit écran.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 06h47
 • Mis à jour le
19.05.2018 à 07h56
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

L’Amie prodigieuse, d’Elena Ferrante (Gallimard, 2014-2017) : en cours d’adaptation par la chaîne américaine HBO, alliée à l’italienne Rai. La trilogie Vernon Subutex, de Virginie Despentes (Grasset, 2015-2017) : en tournage pour Canal+. Les Sauvages, de Sabri Louatah (Flammarion, 2012-2016) : l’auteur vient de finir la coécriture du scénario avec ­Rebecca Zlotowski. L’actualité des séries en 2018-2019 s’annonce résolument littéraire.
Rien d’étonnant à cela. « A un certain niveau de développement du marché, explique Nathalie Piaskowski, directrice générale de la Société civile des éditeurs de langue française (SCELF), l’adaptation s’introduit naturellement dans l’affaire. Au cinéma, les adaptations représentent 20 % des productions. L’évolution qu’a connue le marché des séries ces cinq dernières années conduit naturellement le secteur à s’engager sur la même voie. » Le festival Quais du polar a d’ailleurs décerné, le 6 avril, son quatrième prix Polar en séries, récompensant l’ouvrage ayant le plus fort potentiel d’adaptation.
Que les producteurs de séries puisent de plus en plus dans le vivier de la littérature contemporaine pour trouver de nouvelles histoires à adapter n’a donc rien de très surprenant. Que la vogue des séries soit, à l’inverse, une source d’inspiration pour les romanciers d’aujourd’hui, voilà une idée certes plus difficile à mesurer, mais que différents indices tendent à attester.
Rappelons que, dès 2005, Philippe Djian se lançait, avec Doggy Bag (Julliard), dans un roman conçu pour paraître en « saisons » (la sixième et dernière a été publiée en 2008), témoignage de la légitimité culturelle gagnée par les séries depuis le début des années 2000, avec les désormais classiques Soprano (1999-2007), Six Feet Under (2001-2005), Sur écoute (2002-2008)… Cela fait-il de ces productions télévisées des rivales du roman ou une source de son renouvellement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ « La Matinale du Monde » publie chaque samedi un strip de la dessinatrice Nancy Péna.
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Article sélectionné dans La Matinale du 18/05/2018
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« Le chat Madame, grand reporter », par Nancy Péna (épisode 47)

« La Matinale du Monde » publie chaque samedi un strip de la dessinatrice Nancy Péna.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
19.05.2018 à 07h22
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ En rééditant le premier album d’une de ses mangakas phares, Casterman offre aux amateurs de manga un petit bijou avant-gardiste.
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« Blue », les amours délicates et fugaces de deux lycéennes en manga

En rééditant le premier album d’une de ses mangakas phares, Casterman offre aux amateurs de manga un petit bijou avant-gardiste.



Le Monde
 |    18.05.2018 à 09h44
 • Mis à jour le
18.05.2018 à 11h51
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Voilà bientôt dix ans que Kiriko Nananan ne livre plus aux lecteurs d’histoires courtes ou de romans graphiques épurés. Un silence pesant pour qui aura apprécié Everyday ou Strawberry Shortcakes, qui mettent délicatement en scène les tourments de jeunes femmes. Ce silence est interrompu par Casterman, son éditeur français, qui a réédité fin avril Blue, première grande œuvre de cette mangaka atypique que les lecteurs francophones ont découvert en 2004. Seule différence notable avec la première édition française, qui pourra dissuader certains amateurs de mangas, cette version est imprimée dans un sens de lecture occidental, « réalisée en 2008 en étroite collaboration avec l’auteur », précise l’éditeur dans l’ouvrage.

   


Le temps d’une année scolaire, celle de terminale, Blue raconte la romance fugace et ténue entre deux lycéennes, Kayako et Masami. La première, un peu banale, cherche à rallier Tokyo aussitôt son diplôme en poche. Masami, plus secrète, exerce une fascination sur sa camarade. Au fil des pages, Kiriko Nananan tisse une relation de la prime curiosité à la séparation et en effleure toutes les phases.
Un dessin simple et fragile, la frugalité des dialogues et une économie de décors d’arrière-plan témoignent de l’extrême modernité du style de la mangaka. En dépit de quelques faiblesses que l’on attribue volontiers au fait qu’il s’agisse d’un premier opus, à l’instar de la difficulté de distinguer les héroïnes sur les premières planches, Blue suggère tout le potentiel d’un travail centré sur l’introspection des personnages. L’auteure a fait ses armes dans le magazine de manga Garo, aujourd’hui éteint mais qui a longtemps brillé comme un fief punk et avant-gardiste.

   


A travers cette histoire imaginée à 24 ans et parue en 1996 au Japon, Kiriko Nananan évoque une adolescence féminine en équilibre sur un fil où le sexe opposé n’a quasiment pas de visage mais, en sourdine, peut faire basculer l’histoire. Entre les murmures, les non-dits, les inquiétudes et les œillades, la dessinatrice parvient à transmettre à son lectorat l’émoi – la constante boule au ventre – de l’adolescence.
Blue, de Nananan, traduction de Corinne Quentin, tome unique sorti le 25 avril, éditions Casterman, 229 pages, 18,95 euros.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Tous les vendredis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.
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Article sélectionné dans La Matinale du 17/05/2018
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« Pop Corn », par Salch (épisode 34)

Tous les vendredis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.



Le Monde
 |    18.05.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
18.05.2018 à 07h03
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ La dessinatrice Fujita met au centre de son histoire des personnages japonais passionnés de pop culture qui souffrent encore parfois d’une mauvaise réputation dans les mangas.
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« Otaku otaku » : le manga qui parle des geeks japonais avec tendresse

La dessinatrice Fujita met au centre de son histoire des personnages japonais passionnés de pop culture qui souffrent encore parfois d’une mauvaise réputation dans les mangas.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 10h01
    |

            Pauline Croquet








                        



   


A l’instar des anglicismes « nerd », « no-life » ou « geek », l’expression japonaise « otaku » désigne des personnes passionnées (omnubilées diront certains) par des œuvres de fiction et de pop culture et qui passent le plus clair de leur temps chez elles. Souvent représentés dans l’imaginaire comme des asociaux pros de l’informatique et incapables de parler d’autre chose que de jeu vidéo ou de BD, les geeks ont fini par se tailler eux-mêmes une place de choix dans les séries et les films, à tel point que certains nerds des expressions langagières parviennent à saisir la nuance entre les trois labels.
En même temps que ces expressions et leurs représentants gagnaient en popularité, le terme « otaku », lui, conservait quelque connotation négative. En Occident, où certains fans de mangas, animes et autres œuvres venues du Japon se proclament « otaku » pour se distinguer des fans de pop culture anglo-saxonne, d’autres préfèrent bannir l’expression. Parce que les personnages otaku restent en grande majorité dépeints péjorativement dans les mangas où ils sont parfois représentés comme des parasites ou des inadaptés sociaux. Pourtant, « le phénomène otaku ne relève plus aujourd’hui de la marginalité »,  constatait-on déjà il y a dix ans dans les colonnes du Monde.

   


Tandis qu’il est souvent cantonné à un rôle de figurant masculin, la dessinatrice Fujita lui rend au contraire hommage dans son manga, plébiscité par sa communauté en ligne avant d’être publié au Japon en 2015 par l’éditeur Ichijinsha. Cette mauvaise image de l’otaku est d’ailleurs au centre de l’histoire. Narumi est une fan de mangas mettant en scène des histoires d’amour entre hommes, et Hirotaka est passionné de jeux vidéo. Amis d’enfance, ils se retrouvent par hasard, à 26 ans, à travailler dans la même entreprise. Si Hirotaka se fiche de l’avis des autres, Narumi tait sa passion pour ne pas paraître bizarre et ne pas faire fuir ses prétendants. Aux côtés de quelques collègues et confidents, les deux amis vont nouer une relation sentimentale inopinée laissant également les lecteurs s’attacher peu à peu aux personnages.

   


Découpé en saynètes pouvant parfois un peu désorienter le lecteur, ce manga est à la fois une BD sociétale réussie et un concentré de références de pop culture japonaise allant d’Evangelion à Pokémon. A travers une traduction universelle et des notes explicatives, l’éditeur français Kana a également pris soin de ne pas en faire un ouvrage pour initiés. Les dialogues entre femmes et hommes y sont sincères, réalistes et décomplexés, chose encore assez rare dans les mangas sentimentaux. Jeunes actifs, les héros oscillent entre une vie de bureau banale et une vie privée rythmée par les sorties dans les bars et les conventions consacrées à leurs passions. En ne chosifiant aucun des personnages, la mangaka Fujita réussit également à adresser sa série à un public masculin comme féminin.
Otaku otaku, de Fujita, tome 1 sorti le 20 avril, éditions Kana, 128 pages, 5,95 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Husch Josten, Kim Leine, A. G. Lombardo, Matthew Neill Null, Mohamed Mbougar Sarr, Jane Smiley : ils seront aux AIR alors que leur nouveau livre paraît. Critiques.
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Assises du roman : les parutions d’auteurs invités

Husch Josten, Kim Leine, A. G. Lombardo, Matthew Neill Null, Mohamed Mbougar Sarr, Jane Smiley : ils seront aux AIR alors que leur nouveau livre paraît. Critiques.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
17.05.2018 à 10h34
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Julie Clarini, 
Raphaëlle Leyris et 
                                Macha Séry








                        



                                


                            La terreur et l’angoisse
Wittgenstein à l’aéroport (Hier sind Drachen), de Husch Josten, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary, Grasset, « En lettres d’ancre », 190 p., 18 €.
« Ici sont les dragons », annonce le titre allemand, reprenant une expression qui désignait les zones non explorées sur des cartes des XVe et XVIe siècles. C’est pourtant un monde connu que décrit l’Allemande Husch Josten dans son premier roman traduit en français, Wittgenstein à l’aéroport : il se déroule le 14 novembre 2015, alors que Caren attend à l’aéroport londonien d’Heathrow son vol pour Paris, frappé la veille par les attentats, sur lesquels cette journaliste britannique doit faire un reportage. Les actes terroristes sont des jalons de son existence : elle était adolescente lors de la première attaque, en 1993, contre le World Trade Center, et l’événement l’avait rendue mutique ; elle travaillait comme stagiaire dans une des tours jumelles le 11 septembre 2001 et n’a dû son salut qu’à un détour fait pour acheter des bagels ; en avril 2013, elle participait au marathon de Boston lors duquel deux bombes ont explosé. En janvier 2015, sa rédaction l’a envoyée à Paris après le massacre à Charlie Hebdo, et c’est alors qu’elle a commencé à s’interroger sur le hasard et la destinée, ainsi qu’à éprouver des crises d’angoisse. Elle est du reste en train d’en affronter une lorsque le roman s’ouvre. Pour se changer les idées et passer le temps alors que le départ de son avion est retardé et que les équipes de sécurité semblent de plus en plus inquiètes, elle se met à discuter avec son voisin, versé dans la philosophie. Entremêlant les souvenirs de Caren, le récit de leurs échanges et celui de l’agitation qui gagne l’aérogare, Husch Josten tisse un roman plein de suspense autant que de questions et d’idées. Elle esquisse ainsi la carte d’un monde où il faut apprendre à vivre en sachant que les dragons sont partout. R....




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-9">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ L’auteur de « Testament à l’anglaise » (Gallimard, 1995) nous a fait parvenir ce texte, qu’il lira aux Assises internationales du roman.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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« Du comique », une contribution de Jonathan Coe

L’auteur de « Testament à l’anglaise » (Gallimard, 1995) nous a fait parvenir ce texte, qu’il lira aux Assises internationales du roman.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
17.05.2018 à 14h10
    |

                            Jonathan Coe (Ecrivain)








                        



                                


                            
Jonathan Coe (ici en 2011), né en 1961 à Birmingham, est l’auteur, notamment, de Testament à l’anglaise (Gallimard, 1995), de La Maison du sommeil (Gallimard, prix Médicis étranger 1998), ou de La Vie très privée de Mr Sim ­ (Gallimard, 2011). 

« Permettez-moi de commencer par une histoire drôle.
Un homme est introduit dans le cabinet d’un médecin. Celui-ci le regarde gravement et lui dit : “Monsieur Smith, il va falloir cesser de vous masturber.
– Pourquoi ? demande l’intéressé. C’est mauvais pour la santé ?
– Non, mais les patients qui étaient avec vous dans la salle d’attente se sont plaints.”
J’ai toujours aimé cette histoire, non seulement parce qu’elle m’a fait rire la première fois que je l’ai entendue, mais parce que, à mes yeux, elle illustre on ne peut mieux la théorie freudienne de l’humour. Freud croyait en effet que le rire est provoqué par “une économie de dépense psychique”. Alors que des associations d’idées rationnelles nous portent d’un point (soit le point A) à un autre (soit le point Z) par étapes cumulatives, le mot d’esprit est un raccourci qui nous propulse directement de A à Z.
Ainsi, dans notre exemple, nous sommes transportés subitement de l’image visuelle d’un homme en train de se masturber en privé, pratique socialement acceptable, à celle d’un homme en train de se masturber en public, attitude transgressive. L’énergie mentale économisée grâce à ce raccourci psychique s’expulse dans un éclat de voix guttural que nous nommons le rire.
Lire également la rencontre de 2011 : « Faire drôle est une sacrée paire de manches »
Lorsque j’écris, je tiens à ce que mes nouvelles et mes romans soient aussi économiques et efficaces que possible. Je n’aime pas le mou en littérature, et je veux que chaque mot, chaque phrase aient leur utilité. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’aime bien mettre des histoires drôles...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-10">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ François Bafoil propose une « psychobiographie » du pionnier de la sociologie (1864-1920), auteur notamment de « L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme ».
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Biographie. Un colosse nommé Max Weber

François Bafoil propose une « psychobiographie » du pionnier de la sociologie (1864-1920), auteur notamment de « L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme ».



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
17.05.2018 à 10h08
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Max Weber. Réalisme, rêverie et désir de puissance, de François Bafoil, Hermann, 434 p., 35 €.

La figure du fondateur de la sociologie moderne, Max Weber (1864-1920), n’a rien perdu de son caractère fascinant. Non seulement parce qu’il a légué une œuvre colossale – connue en France relativement tard, et sélectivement, grâce à Raymond Aron et Julien Freund. Mais aussi parce qu’il était lui-même un colosse, à la fois génial et dépressif, à l’égal de l’autre représentant canonique du tournant de la modernité allemande, Nietzsche.
Alors que l’enquête de Weber sur les travailleurs de l’est de l’Elbe lui a assuré, à 35 ans, une belle réputation académique dans sa place forte universitaire d’Heidelberg, il s’effondre psychiquement et sombre dans l’aphasie scripturale cinq années durant, de 1897 à 1902. C’est dire à quel point Weber constitue le sujet idéal d’une « psychobiographie », ce genre qui s’était quelque peu asséché depuis L’Idiot de la famille, de Sartre (Gallimard, 1971-1972), mais auquel la levée du tabou qui pesait sur l’interpénétration de l’œuvre et de la vie a, semble-t-il, redonné un essor.
Longtemps, pratiquer ce « biographisme » jetait des doutes sur la valeur scientifique du résultat. Comme le prouve l’auteur, François Bafoil, sociologue au CNRS/CERI, cette pudeur est désormais derrière nous.
Il n’hésite pas, par exemple, à montrer comment L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme (1904 ; Plon, 1964) a représenté pour Weber une porte de sortie hors de sa longue crise morale et nerveuse : « La lecture de ces pages, écrit-il, donne le sentiment que Weber est parvenu in fine à construire une explication rationnelle de ses propres tensions, portées par le constat initial que quelque chose a disparu – la cause fondamentale, Dieu, l’enfance – et par l’exigence de l’ascétisme en les sublimant à la hauteur d’un enjeu...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Avec « La Seconde Vie de Mahomet », Nedim Gürsel parcourt treize siècles de littérature européenne autour du prophète de l’islam.
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La légende occidentale de Mahomet

Avec « La Seconde Vie de Mahomet », Nedim Gürsel parcourt treize siècles de littérature européenne autour du prophète de l’islam.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h30
    |

            Marc Semo








                        



                                


                            
La Seconde Vie de Mahomet. Le Prophète dans la littérature, de Nedim Gürsel, CNRS Editions, 254 p., 20 €.

Après sa mort en 632, selon la tradition dans les bras de sa jeune épouse Aïcha, commença la vie légendaire de Mahomet, sous la double modalité d’une « légende dorée » en terre d’islam et d’une « légende noire » dans le monde chrétien. « Dépourvue de toute réalité historique, [celle-ci] ne cessera de hanter l’imaginaire de l’Occident », note le romancier et essayiste Nedim Gürsel, qui parcourt cette autre vie, dans la littérature, du prophète de l’islam.
Evoquer la biographie de Mahomet, dès que l’on quitte le terrain de l’hagiographie, est un exercice à haut risque. Nedim Gürsel l’a appris à ses dépens : en 2009, l’écrivain fut inculpé pour blasphème – puis finalement relaxé – en Turquie, son pays d’origine, à cause des quelques pages de son roman Les Filles d’Allah (Seuil, 2009) où il met en scène le prophète. D’où ce contournement, qui se révèle passionnant par ce qu’il montre de rejet mais aussi de fascination pour la figure de Mahomet. « Ce nom est aujourd’hui emblématique de ce que l’on appelle communément et souvent à tort le “choc des civilisations”, et cela est le résultat d’une longue histoire », souligne-t-il.
Dans le monde byzantin, directement confronté à l’avancée de l’islam, Mahomet est dénoncé comme un hérétique et un imposteur, voire comme l’Antéchrist annoncé par l’Apocalypse de Jean. L’Occident médiéval n’est pas en reste. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, commanditaire de la première traduction du Coran en latin, au XIIe siècle, expliquait qu’il voulait combattre efficacement « l’erreur mahométane, qu’on lui donne le nom honteux d’hérésie ou celui infâme de paganisme ». Et Dante place Mahomet au huitième cercle de son Enfer.
Bienveillants romantiques français
Les Lumières ont une approche plus nuancée,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Sur l’auteur de « Suzanne », le livre de Sylvie Simmons fait référence. Le voici traduit.
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Biographie. Secret Leonard Cohen

Sur l’auteur de « Suzanne », le livre de Sylvie Simmons fait référence. Le voici traduit.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h30
    |

            Bruno Lesprit








                        


I’m Your Man. La vie de Leonard Cohen (I’m Your Man. The Life of Leonard Cohen), de Sylvie Simmons, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Domergue et Françoise Vella, L’Echappée, 512 p., 24 €.

   


Le chanteur et poète canadien Leonard Cohen a suscité, dans la dernière décennie de son existence, une floraison bibliographique, avec au moins une dizaine de biographies, essais et exégèses publiés, flot que sa mort, le 7 novembre 2016, à 82 ans, ne devrait pas tarir. Cet intérêt est tardif puisqu’il avait fallu attendre 1994, soit près de trente ans après ses débuts discographiques, pour que la vie de l’auteur de Suzanne soit pour la première fois racontée – par Ira Nadel (Leonard Cohen. L’homme-paradoxe, Seuil, 1998).
Parue en 2012 et enfin traduite, la biographie de la journaliste américaine Sylvie Simmons, responsable du premier ouvrage en anglais consacré à Serge Gainsbourg, s’est depuis imposée comme référence par le nombre de témoins rencontrés (muses, témoins et collaborateurs au complet, à l’exception du producteur Phil Spector, en prison pour meurtre), la masse de documents rassemblés et la participation active de l’intéressé.
Errances et doutes créatifs
Toutes les exigences de l’exercice à l’anglo-saxonne sont respectées pour narrer le destin singulier de cet enfant de la bourgeoisie juive montréalaise, devenu un poète post-beat reconnu dans son pays avant de débuter – à 32 ans – une carrière dans la chanson. Du Chelsea Hotel new-yorkais à l’île grecque d’Hydra ou au refuge dans un monastère zen, on suit Cohen pas à pas dans ses errances et ses doutes créatifs.
L’auteure, qui cite la mise en garde de Virginia Woolf (« Un biographe peut s’estimer heureux s’il parvient à cerner six ou sept facettes d’une personnalité qui en compte pourtant des centaines »), ne tente jamais de psychologiser ce personnage secret et mystérieux. Mais pas décourageant. N’a-t-il pas écrit : « Il y a une fissure en toute chose. C’est ainsi qu’entre la lumière » ?



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ François Rouquet et Fabrice Virgili restituent toute la complexité, judiciaire et symbolique, d’un moment clé de l’après-guerre.
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Histoire. L’épuration mise au clair

François Rouquet et Fabrice Virgili restituent toute la complexité, judiciaire et symbolique, d’un moment clé de l’après-guerre.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h30
    |

                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Les Françaises, les Français et l’épuration. De 1940 à nos jours, de François Rouquet et Fabrice Virgili, Folio, « Histoire », 840 p., 11,90 €.

Durant les années noires de l’Occupation et du régime de Vichy, pour se détourner un moment de la dureté des temps, beaucoup se projetaient vers le futur. Dans l’espoir de la libération, bien sûr, mais aussi avec la certitude que viendrait alors le châtiment des collaborateurs. C’est ce qu’annonçait Bir-Hakeim, un journal de la Résistance, le 14 juillet 1943, prévenant que « le jour du jugement et de la fessée en place publique » approchait pour les « caméléons » et les « traîtres ». « Jugement », « fessée » : avec un an d’avance s’esquissait l’épuration, dans ses dimensions à la fois judiciaires et symboliques, ces dernières si importantes pour apaiser le pays meurtri. C’est toute la complexité de ce moment, où le soulagement de la sortie de guerre coïncide avec un intense besoin de punition, que restituent François Rouquet et Fabrice Virgili dans une somme enthousiasmante par l’ampleur des matériaux brassés et des perspectives dessinées.
La « revanche patriotique » de l’été 1944
Loin de se cantonner, en effet, à l’établissement des chiffres de condamnations et d’exécutions qui ont tant fait controverse, ils proposent une « histoire populaire de l’épuration », attentive aux émotions des contemporains, ouverte dans l’espace et dans le temps. Dans l’espace d’abord : un chapitre très neuf montre que, bien avant le débarquement de Normandie, l’empire colonial constitue le laboratoire des logiques punitives et réparatrices ensuite déployées en métropole. C’est à Alger, en mars 1944, qu’un procès spectaculaire envoie au poteau d’exécution l’ancien ministre de l’intérieur Pierre Pucheu, message clair adressé au dernier carré des collaborateurs. Mais on voit aussi qu’il faut par endroits tempérer les ardeurs...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Une passionnante enquête sur l’auteure de « La Storia » (1912-1985), signée René de Ceccatty.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
      

Biographie. Elsa Morante, femme libre

Une passionnante enquête sur l’auteure de « La Storia » (1912-1985), signée René de Ceccatty.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h30
    |

                            Florence Noiville








                        


Elsa Morante. Une vie pour la littérature, de René de Ceccatty, Tallandier, 432 p., 21,90 €.

   


Huit ans après sa biographie ­d’Alberto Moravia (Flammarion, 2010), l’écrivain René de Ceccatty s’attaque à celle qui fut son épouse de 1941 à 1962 – date à laquelle le couple se sépara sans divorcer : Elsa Morante. L’auteure de L’Ile d’Arturo (Gallimard, 1963, prix Strega) et de La Storia (Gallimard, 1977) détestait pourtant qu’on la présente ainsi. A juste titre. « A aucun moment de sa vie, Elsa ne s’est pensée autrement qu’indépendante. Aucun lien sentimental et encore moins conjugal ne pouvait justifier la moindre contrainte », écrit son biographe.
C’est cette femme résolument libre, imaginative et intransigeante qu’il met en scène : 73 ans d’une vie romaine commencée en 1912 sous le signe du secret – son père était-il celui dont elle porte le nom ou un postier sicilien amant de sa mère ? – et terminée en 1985, après une tentative de suicide en 1982 – Morante étant à la fois déçue politiquement par la dérive violente des années de plomb et effrayée à l’idée de sa propre décrépitude.
Lucidité et intelligence
Entre ces deux dates, on voit s’épanouir cette figure de l’intelligentsia italienne, autodidacte précoce aimée et admirée de Luchino Visconti, Pier Paolo Pasolini, Leonor Fini… et bien sûr Moravia, dont les lettres témoignent jusqu’au bout d’une indéfectible tendresse. Richement documentée, passionnante, cette enquête ne se contente pas de ressusciter le génie d’une femme et d’une époque : elle donne grande envie de se replonger dans l’œuvre. Tout ce qu’en cite Ceccatty est frappant de lucidité et d’intelligence. Comme ce passage d’un carnet inédit : « De tous les abîmes entre lesquels nous errons à l’aveuglette, nul n’est plus sombre, et pour nous-même inconnaissable, que notre propre corps. On l’appelle un tombeau qu’on transporte avec soi. Mais ses ténèbres sont pour nous plus abstruses qu’une tombe. »



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-15">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Inde sous les yeux de l’Europe », de Sanjay Subrahmanyam.
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Figures libres. Premiers Européens en Inde

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Inde sous les yeux de l’Europe », de Sanjay Subrahmanyam.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
17.05.2018 à 09h52
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
L’Inde sous les yeux de l’Europe. Mots, peuples, empires (Europe’s India. Words, People, Empires, 1500-1800), de Sanjay Subrahmanyam, traduit de l’anglais (Inde) par Johanna Blayac, Alma, « Essai histoire », 492 p., 26 €.
L’Antiquité gréco-latine n’a pas ignoré l’Inde, mais l’a surtout rêvée. Alexandre et ses troupes ont atteint les rives de l’Indus, pourtant les historiens qui relatent son périple, notamment Callisthène et Onésicrite, disent bien peu des mœurs locales. Aucontraire, Ctésias de Cnide, médecin grec de l’empereur perse ­Artaxerxès II, décrit tellement de créatures extraordinaires qu’il passe déjà, en son temps, pour un fabulateur.
Ce n’est qu’à la fin du XVe siècle, une fois que les Portugais ouvrent la voie maritime du cap de Bonne-Espérance, que des Européens accostent régulièrement dans les comptoirs indiens, découvrant un monde qui tour à tour les déconcerte et les ravit, les horrifie et les séduit.
Bientôt, débarquent militaires, diplomates et missionnaires. Ils sont italiens, français, allemands, anglais, hollandais. Leurs périples et leurs récits s’échelonnent du XVIe siècle à la fin du XVIIIe siècle. Certaines de ces archives sont déjà connues, d’autres restent à découvrir. Le premier mérite du livre de Sanjay Subrahmanyam est d’esquisser une galerie de portraits de ces découvreurs.
Parmi eux se détachent notamment les silhouettes de James Fraser, Ecossais vivant en Inde dans les années 1730-1740, et du colonel français Antoine-Louis-Henri de Polier, arrivé à Calcutta en 1758, qui combine construction de fortifications et collection de manuscrits.
L’historien indien, héraut d’une « histoire connectée » qui multiplie les langues, les références et les points de vue, enseigne aujourd’hui à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) et au Collège de France. En retraçant les vies et opinions de ces pionniers, il éclaire ce que leurs...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-16">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Romans, biographie, récits, essais, histoire, classique… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 18 mai 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Livres en bref

Romans, biographie, récits, essais, histoire, classique… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 18 mai 2018.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h15
    |

                            Florent Georgesco, 
                            Serge Audier (Philosophe et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Roger-Pol Droit, 
                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Eric Loret, 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Récit. Reconversion réussie
Une place sur terre, de Catherine Bernard, Rouergue, 128 p, 14,80 €.
Ce récit empreint de sincérité est celui d’une fructueuse déroute : ancienne correspondante de Libération dans le Languedoc-Roussillon, Catherine Bernard raconte la succession d’événements qui l’ont amenée à se reconvertir dans les vignes. Quelques jours après l’effondrement des Twin Towers, apprendre que l’un des inculpés, Zacarias Moussaoui, était originaire de Narbonne et réussir à interviewer longuement la mère du terroriste, jusque-là restée muette, lui avait déjà donné le sentiment de toucher aux limites de l’exercice journalistique. Trois ans plus tard, le procès d’un jeune assassin (Cédric Bellec, meurtrier de ses parents adoptifs) l’a trouvée incapable de résumer la tragédie en un article formaté. Elle a fini par envoyer ses brouillons à la rédaction, à défaut du papier attendu. Mais cet accident professionnel aura été une bifurcation salutaire ; ayant repris pied dans le vignoble cévenol, la voilà enfin parvenue à « écrire ce que je n’avais ni su ni pu écrire », afin « de sonder la manière dont nos vies se construisent autant que nous les construisons, dans le miroir des autres tendu ». B. Le.
Histoire. Ferveurs saint-simoniennes
Histoire du saint-simonisme, de Sébastien Charléty, préface de Jean Lebrun, Perrin, 358 p., 22,50 €.
Sébastien Charléty (1867-1945) avait écrit en 1896 une remarquable Histoire du saint-simonisme qui dissèque la trajectoire rocambolesque du comte de Saint-Simon (1760-1825) et de ses disciples. S’ils entretiendront le culte de l’industrie cher à leur maître, inspirant de nombreuses réalisations – des chemins de fer au canal de Suez –, ceux-ci se distingueront notamment par des épisodes de ferveur religieuse intense. Cette réédition présente hélas le défaut, outre ses coupes, d’entretenir dans sa préface la mode...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-17">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « Lune du matin », de Francesco Cattani.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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C’est graphique. Canicule italienne

La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « Lune du matin », de Francesco Cattani.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h01
    |

                            Pénélope Bagieu (Dessinatrice)








                        



                                


                            
Lune du matin (Luna del mattino), de Francesco Cattani, traduit de l’italien par Christophe Gouveia Roberto, Atrabile, « Flegme », 272 p, 24 €.

Après Barcazza ­ (Atrabile, 2011), ­Francesco Cattani signe un nouveau roman graphique avec Lune du matin. Il s’agit à nouveau d’un instantané de l’Italie d’aujourd’hui, où le dessin élégant installe subtilement une tension en crescendo sur fond de canicule étouffante.
Le récit est construit comme un plan-séquence brutal : vingt-quatre heures dans une société en décrépitude, à travers les yeux d’un adolescent livré à lui-même. Il s’appelle Tommi et vit dans une banlieue italienne sans âme, toute de béton, de friches et de ronds-points. On le découvre alors qu’il fuit son appartement par la fenêtre au petit matin, pour échapper à un propriétaire qui menace de le tuer si le loyer n’est pas réglé au plus vite. Avant midi, il aura été moqué, poursuivi et battu par des collégiens, avant d’être filmé au téléphone par un de ses profs qui en fera un phénomène viral sur Internet.
Sa situation familiale est chaotique, son père apparaît brièvement pour lui voler de l’argent, et l’existence de sa mère n’est évoquée que lorsque des gamins la traitent de prostituée. Tommi vit avec son grand frère, un voyou dragueur, alcoolique et bagarreur, qui tente désespérément de revendre des DVD X à l’heure de YouPorn. Il est le seul adulte que côtoie le garçon introverti et paumé, et, hélas, son seul guide. Mais, au fil de l’histoire, une famille de substitution va venir s’agglomérer autour d’eux, une grappe de jeunes franchement abîmés et sans autre projet que survivre un jour de plus.
Tout cela finira mal
Tous sont des maillons d’une cruelle chaîne de la précarité, livrés à eux-mêmes et jonglant entre les petites combines. Aucun n’aime sa vie, aucun n’est vraiment adulte. Mais à eux tous ils parviennent à créer une forme d’équilibre incertain. Une douce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ L’historienne revient sur les luttes féministes des années 1970 dans « Mon MLF ». Elle en évoque ici les acquis, et ce qu’il reste à faire.
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Marie-Jo Bonnet : « Avec le MLF, nous avons inventé de nouvelles manières d’être au monde »

L’historienne revient sur les luttes féministes des années 1970 dans « Mon MLF ». Elle en évoque ici les acquis, et ce qu’il reste à faire.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h01
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Mon MLF, de Marie-Jo Bonnet, Albin Michel, 414 p., 21,50 €.

Vingt ans après l’acte fondateur qu’a été la parution du Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir (Gallimard, 1949), le féminisme français a vu apparaître des formes nouvelles de militantisme, qui se sont cristallisées, en 1970, dans la création du Mouvement de libération des femmes (MLF). L’historienne Marie-Jo Bonnet, qui avait 21 ans quand elle y est entrée, raconte, dans Mon MLF, la décennie de lutte, d’espoir et d’invention qui a suivi.
Aviez-vous lu « Le Deuxième Sexe » quand vous avez rejoint le MLF, début 1971 ?
Non, je ne l’ai lu qu’après avoir rencontré Beauvoir. Et je ne me suis pas du tout reconnue dans sa manière d’opposer masculin et féminin, actif et passif, surtout après Mai 68, où les femmes avaient été très actives. Elle finissait en disant que les femmes devaient, pour prendre leur place dans la société, s’assimiler aux valeurs masculines. C’était le contraire de ce que nous faisions : rejeter l’intégration à la « société mâle » pour nous tourner vers nous-mêmes. Mais, en même temps, Beauvoir se plaisait avec nous. Nous étions différentes des femmes qu’elle avait connues, et elle aimait ça. Elle a toujours fait en sorte de nous donner la parole, notamment dans Les Temps modernes, en nous laissant libres, même quand elle n’était pas d’accord. Elle a compris que quelque chose d’important se jouait au MLF, qui la concernait.

Quel regard aviez-vous sur ce que sa génération avait accompli ?
Nous ignorions tout. Nous avions vaguement entendu parler du droit de vote. Sauf qu’après Mai 68 nous étions antiparlementaires – « Elections, pièges à cons ». Nous étions ailleurs. Nous voulions transformer la société et nous transformer nous-mêmes. Le MLF était une initiation collective, impliquant un aspect spirituel et la connaissance de soi.
Cette...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ La liste des raisons pour lesquelles Claro aime « Claquettes et ornithologie », de Christophe Rey.
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Le feuilleton. Au chevet des notes

La liste des raisons pour lesquelles Claro aime « Claquettes et ornithologie », de Christophe Rey.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h01
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Claquettes et ornithologie, de Christophe Rey, Héros-limite, 240 p., 20 €.

Il y a plus d’une façon d’expliquer la fascination qu’exercent depuis mille ans les célèbres ­Notes de chevet, de la Japonaise Sei Shonagon (966-1025), ce recueil de listes qui, malgré sa nature intimiste, a fini par conquérir le monde entier. Pourquoi aimons-nous les livres composés de listes ? Comment se fait-il que l’énumération, en dépit de son apparente sécheresse, parvienne à nous émouvoir, nous faire sourire, réfléchir ? Ce paradoxe n’est bien sûr qu’une illusion d’optique : sous l’effet de la pression métonymique, l’élément listé vient personnaliser un tout qui semblait de prime abord générique. C’est, si l’on veut, une variante de la formule : « Dis-moi ce que tu aimes, je te dirai qui tu es. » Tout inventaire agit non seulement comme un révélateur (il nous renseigne sur l’auteur de l’inventaire), mais également nous invite à redoubler le geste de l’inventaire. A notre tour, nous sommes tentés d’entrer dans le jeu, de décliner toutes ces aspérités qui, nous l’espérons, rendent moins lisses nos personnalités. Mais si l’on veut s’en tenir à un niveau plus strictement littéraire, il y a peut-être une raison autre à notre engouement pour les livres-listes.
Ces derniers nous libèrent de la tyrannie du roman. On peut les ouvrir au hasard, les lâcher sans scrupule, les survoler le cœur léger, et ce sans jamais craindre que l’oubli d’une miette nous gâche la saveur du pain. Ils ont aussi le mérite d’être ouverts, et le lecteur peut à tout moment inscrire son propre mouvement dans leur placide dynamisme. Qui n’a pas apporté sa pierre à l’édifice de Sei Shonagon et voulu, lui aussi, faire la liste des « choses qui émeuvent profondément », des « choses qui paraissent pitoyables », des « choses qui donnent une impression de chaleur », etc. ? Mais surtout, pour l’écrivain, la liste peut...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ « Histoire des suffragistes radicales », de Jill Liddington et Jill Norris, rappelle comment les femmes de Grande-Bretagne ont conquis le droit de vote – il y a un siècle, en 1918.
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Féminisme : quand les ouvrières britanniques lançaient la bataille

« Histoire des suffragistes radicales », de Jill Liddington et Jill Norris, rappelle comment les femmes de Grande-Bretagne ont conquis le droit de vote – il y a un siècle, en 1918.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 06h45
    |

                            Pierre Karila-Cohen (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Histoire des suffragistes radicales. Le combat oublié des ouvrières du nord de l’Angleterre (One Hand Tied Behind Us. The Rise of the Women’s Suffrage Movement), de Jill Liddington et Jill Norris, traduit de l’anglais par Laurent Bury, Libertalia, « Ceux d’en bas », 558 p., 17 €.
Elles s’appelaient Esther Roper, Eva Gore-Booth, Sarah Reddish, Sarah Dickinson, Selina Cooper et Ada Nield Chew. Avec elles, derrière elles, des dizaines de milliers de tisseuses et de bobineuses dans ce haut lieu de la production textile que fut le Lancashire, la région de Manchester, au nord-ouest de l’Angleterre, tout au long du XIXe siècle et des premières décennies du XXe siècle. Cumulée à d’autres facteurs d’évolution, leur lutte opiniâtre a abouti à la conquête du suffrage féminin en Grande-Bretagne, d’abord limité aux femmes de plus de 30 ans (1918), puis étendu aux mêmes conditions que pour les hommes – dès 21 ans (1928). Les historiennes britanniques Jill Liddington et Jill Norris ont ressuscité le combat de ces suffragistes dès 1978 dans un ouvrage ­devenu un classique outre-Manche. Ce récit vivant et empathique, Histoire des suffragistes radicales, est ­désormais accessible en français.
Les auteures ont utilisé une importante documentation, parfois dénichée dans de modestes bibliothèques locales et dans des archives familiales. Elles ont également recueilli de précieux témoignages oraux de filles de certaines de ces militantes. Pour le lecteur de 2018, le livre se lit dès lors comme la mise en abyme de deux temps du féminisme : celui des actions pionnières de la fin du XIXe siècle, objet du livre, mais aussi celui de ce « combat oublié » qui se poursuit dans les années 1970, et dont témoigne l’enquête des deux Jill.
Que dire en outre des échos très contemporains du livre, à l’heure où le partage des tâches domestiques reste très inégalitaire ? Le titre original...




                        

                        

