<FILE-date="2018/05/20/19">

<article-nb="2018/05/20/19-1">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Résonances. Dans « Le Lambeau », Philippe Lançon, survivant de l’attaque du 7 janvier 2015, montre assez lucidité et de fantaisie pour restituer une histoire tragique comme une expérience, une chose bonne à penser.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Charlie », les yeux ouverts

Résonances. Dans « Le Lambeau », Philippe Lançon, survivant de l’attaque du 7 janvier 2015, montre assez lucidité et de fantaisie pour restituer une histoire tragique comme une expérience, une chose bonne à penser.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 12h30
    |

                            Emmanuelle Loyer (Historienne)








                        



                                


                            
Ce qui fait de nous des contemporains ? Une ­expérience et des représentations communes, quelques principes et, parfois, presque à ­chaque génération depuis deux siècles, l’Histoire avec sa grande hache, comme dit Georges Perec. Pour nous qui n’avons connu ni la seconde guerre mondiale, ni les conflits de décolonisation, ni mai 1968, il y eut l’automne 1989, la chute du mur de Berlin qui, dans son imprévisibilité foudroyante, son incarnation iconique instantanée – Rostropovitch et son violoncelle –, ses ­effets de longue portée, cochait toutes les cases de ­l’événement. Plus tard, au XXIe siècle, il y eut le 11 septembre 2001 et sa déclinaison très française : les attentats parisiens de 2015, dont le premier coup fut frappé le 7 janvier dans la centrale, alors en désuétude, d’un ­humour à la fois daté (les années 1970) et incarnant une tradition nationale (le rire violent et politique) : la rédaction de Charlie Hebdo.
« Une gueule de métaphore »
Que s’est-il passé ? Les événements les plus importants se laissent difficilement cerner par leurs causes. Ils ­surgissent tout armés et produisent, dans ce cas, sidé­ration, effroi, fascination révulsée et silence ou, au ­contraire, bavardage compulsif ; puis on continue à vivre, puisqu’il le faut bien. Philippe Lançon, compagnon de route fidèle mais exotique de Charlie Hebdo, y était ce jour-là. Trois ans plus tard et cinq cents pages plus loin, il publie un de ces témoignages qui forcent les portes de la littérature. Témoignage, car son auteur fut, au sens propre, traversé par l’événement, sa mâchoire arrachée par la balle d’une kalachnikov.
C’est un récit d’outre-tombe, s’adressant aux vivants mais parlant au nom des morts. Le Lambeau (Gallimard, 512 pages, 21 euros) est raconté depuis une chambre de l’hôpital de la Salpêtrière, puis d’une, hautement ­symbolique, de l’hôpital des Invalides. D’une factualité précise, maniaque, hérissée contre toute surenchère ­métaphysique...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-2">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ En image. Après le retrait des Etats-Unis de l’accord international sur le nucléaire, l’Etat iranien met en scène la colère du peuple. Ce drapeau américain qui brûle est un grand classique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Retour de flamme à Téhéran

En image. Après le retrait des Etats-Unis de l’accord international sur le nucléaire, l’Etat iranien met en scène la colère du peuple. Ce drapeau américain qui brûle est un grand classique.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
20.05.2018 à 12h55
    |

            Louis Imbert








                        



                                


                            

Elle sent l’essence, cette image. C’est une bouffée d’alcool à brûler saisie en plein centre de Téhéran, vendredi 11 mai. Des Iraniens font flamber le drapeau des Etats-Unis, « grand ­Satan » de la propagande officielle. Ils font cercle à distance. La boule de feu vient de prendre, elle n’a pas eu le temps de roussir le mauvais tissu synthétique. Dans un instant, certains en piétineront les cendres.
Nous sommes dans une manifestation officielle : la République islamique met en scène la colère du peuple, trois jours après que le président américain, Donald Trump, a déchiré l’accord international sur le programme nucléaire iranien, le 8 mai, et annoncé le retour de sanctions de pleine force contre le pays.
Le jeune homme qui paraît sourire en agitant ce drapeau appartient aux bassidji, un vaste corps paramilitaire, d’action sociale et d’encadrement des masses. Ses vêtements couleur sable et son keffieh lui donnent une allure de combattant en « terrain arabe » : c’est une mode chez ces jeunes gens, qui rêvent de rejoindre leurs camarades en Irak, où ils ont participé à la lutte contre l’organisation Etat islamique, et en Syrie, où ils ont soutenu avec succès le régime allié de Bachar Al-Assad. Des soldats américains sont également présents dans ces deux pays. Bientôt, l’Iran pourrait leur chercher des noises.
L’auteur de cette photographie est affilié à l’agence Tasnim, proche des gardiens de la révolution, la principale force armée du pays – les grandes agences internationales diffusent certains de ses clichés, en l’occurrence la britannique Reuters. Cela explique l’absence totale de recul de ce photographe anonyme sur cette scène et sur ce geste, l’un des clichés les plus usés de la vie politique iranienne. Stars and Stripes + essence à briquet = la révolution de 1979 et la crise des otages de l’ambassade des Etats-Unis qui, en 444 jours, a façonné l’antiaméricanisme de la république islamique.
Marque de ferveur
Au lendemain...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-3">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le chercheur Julien Larregue réagit à une chronique de Laurent Alexandre parue dans « L’Express », s’inquiétant de ce qu’il considère comme une tentative d’éclipser les sciences sociales de la recherche sur l’éducation.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 19/05/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Réussite scolaire : « Rien ne permet d’affirmer que le QI est lié pour 50 % au patrimoine génétique »

Dans une tribune au « Monde », le chercheur Julien Larregue réagit à une chronique de Laurent Alexandre parue dans « L’Express », s’inquiétant de ce qu’il considère comme une tentative d’éclipser les sciences sociales de la recherche sur l’éducation.



Le Monde
 |    20.05.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
20.05.2018 à 12h51
    |

Julien Larregue (Postdoctorant à la chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences de l’université du Québec, à Montréal)







                        



                                


                            
Tribune. L’intelligence et la réussite scolaire sont-elles déterminées génétiquement ? Des recherches menées en génétique comportementale semblent abonder en ce sens, avec une héritabilité qui avoisinerait les 50 %.
A la suite de ces résultats, Laurent Alexandre, président de l’entreprise DNAVision et chroniqueur au Monde [supplément « Science et médecine »], a cru pertinent d’affirmer dans un hebdomadaire que « ce n’est pas parce qu’il y a des livres dans les bibliothèques des bourgeois que leurs enfants sont de bons lecteurs, c’est parce qu’ils ont reçu un bon patrimoine génétique », et que Bourdieu avait donc eu tort de nier l’importance de la génétique (ce qu’il n’a au demeurant jamais fait).
Postulat contestable
A une époque où l’on met en avant l’épigénétique et la plasticité cérébrale, prétendre quantifier de façon aussi simpliste la part qui revient à la génétique et celle qui revient au social est critiquable, comme cela a été à juste titre relevé par un collectif de chercheurs dans une tribune récente. Mais même en partant du postulat contestable que l’intelligence est effectivement déterminée à 50 % par la génétique, la carte blanche que certains voudraient donner aux neuroscientifiques et généticiens au détriment des chercheurs en sciences sociales ne se justifie pas d’un point de vue strictement scientifique.
Tout d’abord, si l’on suit les résultats des recherches menées en génétique comportementale, environ 50 % de la variance statistique observée dans le quotient intellectuel demeurerait environnementale. Si bien que l’on comprend mal cette tentative d’éclipser le social, qui se trouve ici symbolisée par le prétendu crépuscule de l’idole bourdieusienne.
Il est par ailleurs particulièrement naïf de réduire le système scolaire à une chambre d’enregistrement d’une qualité biologique quantifiable, le quotient intellectuel. Depuis l’école primaire jusqu’à l’université, la réussite scolaire repose...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-4">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Selon l’économiste Jean-Luc Gaffard, Milton Friedman, l’inspirateur américain de la théorie de la prééminence de l’actionnaire, rejetait aussi l’idée que l’entreprise puisse agir pour le bien commun. C’est à l’Etat de le faire… et donc d’édicter les règles de gouvernance qui contraignent l’entreprise à le respecter !
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Loi Pacte : « L’entreprise n’a pas à se substituer à l’Etat dans ses responsabilités sociales et environnementales »

Selon l’économiste Jean-Luc Gaffard, Milton Friedman, l’inspirateur américain de la théorie de la prééminence de l’actionnaire, rejetait aussi l’idée que l’entreprise puisse agir pour le bien commun. C’est à l’Etat de le faire… et donc d’édicter les règles de gouvernance qui contraignent l’entreprise à le respecter !



Le Monde
 |    19.05.2018 à 14h30
    |

Jean-Luc Gaffard (Professeur émérite à l’OFCE Sciences Po et à Skema Business School)







                        



                                


                            

[La loi Pacte, bientôt présentée en conseil des ministres, prévoit d’inscrire « les enjeux sociaux et environnementaux » dans le statut des sociétés]
Tribune. La revendication d’une responsabilité sociale et environnementale (RSE) de l’entreprise revient en force dans le débat public, avec la prochaine traduction juridique, via la loi Pacte (plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), du rapport de Nicole Notat et Jean-Dominique Senard (« L’Entreprise, objet d’intérêt collectif »). Il s’agit rien moins que de reconnaître une nouvelle fonction à l’entreprise : celle-ci n’aurait plus à se contenter de rechercher un profit maximum, mais devrait endosser des responsabilités jusque-là dévolues à la puissance publique.
Le contexte s’y prête. La mondialisation s’accompagne d’un recul des capacités d’intervention des gouvernements ; la concurrence s’exerce de plus en plus entre les normes et les systèmes juridiques, généralement au bénéfice du moins-disant fiscal ou social ; la fragmentation de la production s’accompagne d’un affaiblissement du droit du travail incarné dans des contrats qui ressemblent de plus en plus au contrat de louage caractéristique du monde d’avant l’industrie.
Cette revendication est une réponse à la fois à l’inversion de la hiérarchie des normes, qui fait de l’entreprise le lieu privilégié de la négociation, et à la présumée lenteur des réactions du politique dans les domaines incriminés.
Ce débat est tout sauf nouveau. La revendication dont il est porteur existait déjà dans les années 1960 et faisait d’ailleurs réagir l’un des chefs de file des économistes libéraux, Milton Friedman, dans un fameux article de 1970 publié dans le New York Times et intitulé « The Social Responsibility of Business Is to Increase Its Profits » (« La responsabilité sociale d’une entreprise est d’augmenter ses profits »).
Fidèle à ses convictions,...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-5">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Les entreprises s’inquiètent des contraintes que ferait peser la loi Pacte. Jérôme Barthélemy, professeur de management, y voit une occasion de clarifier leur stratégie.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Loi Pacte : « Formuler une raison d’être pour l’entreprise ne suffira pas à l’atteindre »

Les entreprises s’inquiètent des contraintes que ferait peser la loi Pacte. Jérôme Barthélemy, professeur de management, y voit une occasion de clarifier leur stratégie.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 14h30
    |

Jérôme Barthélemy (Professeur à l’Essec)







                        



                                


                            

[La loi Pacte, bientôt présentée en conseil des ministres, prévoit d’inscrire « les enjeux sociaux et environnementaux » dans le statut des sociétés]
Tribune. Depuis la parution du rapport « L’entreprise, objet d’intérêt collectif », on parle beaucoup de « raison d’être ». En effet ses auteurs, Nicole Notat et Jean-Dominique Senard, recommandent de « confier aux conseils d’administration et de surveillance la formulation d’une raison d’être visant à guider la stratégie de l’entreprise en considération de ses enjeux sociaux et environnementaux ».
La raison d’être est ce qui définit une entreprise de manière fondamentale : pourquoi existe-t-elle ? Qu’est-ce qu’elle apporte à ses clients ? Qu’est-ce qui la distingue de ses concurrents ? Pour savoir si une entreprise a une raison d’être, il suffit généralement de poser deux questions à son dirigeant : si votre entreprise disparaissait, qui la regretterait vraiment (à part vous…) ? Combien de temps faudrait-il pour qu’un concurrent comble le vide qu’elle laisserait ? Lorsque les réponses sont « personne » et « très peu de temps », une entreprise n’a pas de raison d’être.
La proposition de Nicole Notat et de Jean-Dominique Senard suscite l’inquiétude des défenseurs de la création de valeur pour les actionnaires. C’est un peu surprenant, car on sait depuis longtemps que les entreprises qui ont une raison d’être sont plus rentables que celles qui se focalisent sur la création de valeur pour les actionnaires (voir par exemple « The Relationship Between Mission Statements and Firm Performance : An Exploratory Study », Christopher Bart et Mark Baetz, Journal of Management Studies, vol. 35, numéro 6, 1998).
C’est une illustration classique du principe d’obliquité, selon lequel le meilleur moyen d’atteindre ses objectifs est de ne pas directement les viser. Ce principe est très général. Il explique que les entreprises les plus rentables ne sont pas...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-6">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Pascal Grémiaux, dirigeant d’une PME, estime dans une tribune au « Monde » qu’imposer aux entreprises la définition d’une mission d’intérêt général les rend toutes suspectes de poursuivre des intérêts égoïstes.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Loi Pacte : « Les entrepreneurs aimeraient pouvoir se passer d’oukases administratifs et politiques »

Pascal Grémiaux, dirigeant d’une PME, estime dans une tribune au « Monde » qu’imposer aux entreprises la définition d’une mission d’intérêt général les rend toutes suspectes de poursuivre des intérêts égoïstes.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 14h30
    |

Pascal Grémiaux (Président-fondateur de la PME française Eurécia)







                        



                                


                            

[La loi Pacte, bientôt présentée en conseil des ministres, prévoit d’inscrire « les enjeux sociaux et environnementaux » dans le statut des sociétés]
Tribune. Voilà donc une nouvelle loi qui va concerner les entreprises : la loi Pacte, Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises. Avec son volet le plus décoiffant : la proposition d’évolution de la définition même de l’entreprise dans le code civil, afin de bien souligner que le but de l’entreprise n’est pas seulement économique et social. Il est aussi sociétal : au service des salariés – en veillant à un meilleur partage de la création de valeur –, des consommateurs, des citoyens et plus largement des habitants de la Terre – en veillant à une meilleure protection de l’environnement.
Cette vaste initiative aura en tout cas fait couler beaucoup d’encre : appelés à apporter leur écot, plus de 11 000 contributeurs ont envoyé leurs propositions.
L’idée n’est pas ici de rajouter une énième contribution, bien au contraire. Elle serait plutôt de dire que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Vouloir pousser les entrepreneurs à l’engagement sociétal et au partage avec leurs salariés, c’est oublier qu’ils le font déjà pour une grande majorité et que cette dynamique est même inscrite dans leurs gènes.
Prises de risques
Non, les créateurs d’entreprise ne sont pas guidés par la seule envie de gagner plus d’argent. Et les premières années de galère qu’ils traversent pour monter et développer leur projet ne sont pas vraiment des périodes où ils s’enrichissent. Mais, pour le savoir, il ne faut pas regarder que les grands groupes et les entreprises de taille respectable, qui représentent certes les deux tiers de la création de richesse et 50 % des emplois de notre pays, mais seulement 0,1 % des entreprises françaises. Il faut aller discuter avec les 99,9 % restants qui prennent des risques tous les jours et qui, espérons-le, représenteront les...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-7">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Deux responsables mutualistes, Thierry Beaudet et Pascal Demurger, dans une tribune au « Monde », appellent les acteurs de l’économie sociale à ne pas rejeter a priori le statut d’ entreprise à mission » proposé par la loi Pacte.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Loi Pacte : « Entreprises à mission et mutuelles sont deux instruments au service d’une même ambition »

Deux responsables mutualistes, Thierry Beaudet et Pascal Demurger, dans une tribune au « Monde », appellent les acteurs de l’économie sociale à ne pas rejeter a priori le statut d’ entreprise à mission » proposé par la loi Pacte.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 14h30
    |

Thierry Beaudet (Président de la Mutualité française) et Pascal Demurger (Président de l’Association des assureurs mutualistes)







                        



                                


                            

[La loi Pacte, bientôt présentée en conseil des ministres, prévoit d’inscrire « les enjeux sociaux et environnementaux » dans le statut des sociétés]
Tribune. En proposant dans leur rapport de valoriser les entreprises qui s’engagent au-delà du seul intérêt de leurs associés sous une même bannière, celle de l’entreprise à mission, Nicole Notat et Jean-Dominique Sénard ne s’attendaient sans doute pas à un débordement d’enthousiasme du Medef, porte-parole d’une vision plus classique de l’entreprise. Peut-être avaient-ils espéré en revanche le soutien de ceux-là mêmes qui les avaient inspirés, à savoir les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS).
Et pourtant, les mutualistes – et plus largement le secteur de l’entrepreneuriat social et solidaire – se sont parfois montrés hésitants sur l’attitude à adopter face à cette proposition. Certains observent le mouvement avec une indifférence polie, sans se sentir concernés par des dispositions qu’ils considèrent réservées essentiellement au secteur commercial et lucratif. D’autres sont plus critiques, craignant une forme de concurrence pour le bien commun, qui contribuerait à brouiller les cartes pour le consommateur sans changer pour autant les fondements de l’entreprise classique.
Représentants du mutualisme en France, nous croyons que la tentation du repli sur soi ne serait pas à la hauteur des enjeux qui sont devant nous. Nous devons embrasser cette évolution, bâtir des ponts plutôt que des murs entre le secteur capitaliste et l’ESS, afin d’encourager toute entreprise qui œuvre en faveur du bien commun.
Loin d’être une forme de concurrence ou de remise en cause, nous voyons ce mouvement comme la victoire d’idées et de principes que nous défendons depuis toujours. C’est l’histoire même du mutualisme que de soutenir l’éclosion de modèles qui en partagent les convictions.
Renouveler nos approches
Tant mieux si le monde mutualiste est une source d’inspiration...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-8">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ En raison de ses positions sur l’égalité entre hommes et femmes dans l’héritage, la théologienne marocaine a dû démissionner du centre d’études féminines qu’elle dirigeait depuis 2011.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Asma Lamrabet, féministe en islam

En raison de ses positions sur l’égalité entre hommes et femmes dans l’héritage, la théologienne marocaine a dû démissionner du centre d’études féminines qu’elle dirigeait depuis 2011.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
19.05.2018 à 15h41
    |

            Charlotte Bozonnet








                        



                                


                            
Asma Lamrabet l’avoue : elle a été un peu dépassée. Face aux innombrables sollicitations médiatiques, aux débats houleux dans la presse et aux accusations fielleuses de certains, cette femme discrète et élégante a préféré s’adresser à son public par un communiqué. Dans un texte en dix points, la médecin et théologienne marocaine, internationalement reconnue pour son travail de réinterprétation du Coran, confirmait avoir été contrainte à la démission en raison de ses propos sur l’égalité entre femmes et hommes dans l’héritage, rappelait son attachement aux valeurs du royaume et de l’islam, et assurait qu’elle poursuivrait son œuvre.
Pressions
C’était le 26 mars, et la tempête était arrivée sans crier gare. Quelques mois avant ce communiqué, la directrice du Centre des études féminines en islam au sein de la Rabita ­mohammadia des oulémas, association créée en 2006 par le roi afin de diffuser les valeurs et les préceptes de l’islam « dans le respect des principes du juste milieu et de la modération », participe à un débat sur l’héritage, à l’occasion de la sortie d’un ouvrage collectif sur le sujet. Comme toujours, elle défend le principe de l’égalité. Les propos de la théologienne provoquent un tollé dans l’aile radicale de la Rabita. Les pressions sont assez fortes pour la contraindre à la démission, qu’elle annonce le 19 mars.
« Ce qui m’est arrivé sonne comme une régression. C’est un signal que l’on donne à la société : le patriarcat religieux a de beaux jours devant lui »
Deux semaines plus tard, l’incompréhension de la principale concernée reste palpable. « Il n’y avait rien de nouveau dans mes propos, je le dis depuis des années. Je n’ai pas compris le pourquoi d’une telle réaction », explique-t-elle, sans cacher une certaine inquiétude : « Ce qui m’est arrivé sonne comme une régression. C’est un signal que l’on donne à la société : le patriarcat religieux a de beaux jours devant lui. »
Cette démission met fin à...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-9">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Mohammed Oussedik et Dominique Spinali, syndicalistes CGT, expriment le souhait dans une tribune au « Monde », que le fabriquant de bouteilles Verallia utilise le nouveau statut « d’entreprise à mission » proposé par la loi Pacte, pour « garantir son identité profonde et son indépendance ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Verallia doit être parmi les premières à inscrire une mission élargie dans son objet social »

Mohammed Oussedik et Dominique Spinali, syndicalistes CGT, expriment le souhait dans une tribune au « Monde », que le fabriquant de bouteilles Verallia utilise le nouveau statut « d’entreprise à mission » proposé par la loi Pacte, pour « garantir son identité profonde et son indépendance ».



Le Monde
 |    19.05.2018 à 11h46
    |

Mohammed Oussedik (Secrétaire de la fédération CGT verre et céramique) et Dominique Spinali (Secrétaire CGT du Comité économique européen de Verallia)







                        



                                


                            

Tribune. Depuis plus de trente ans, la transformation du capitalisme s’est opérée via la mondialisation et la financiarisation de l’économie au prix d’une profonde déstabilisation des entreprises, des salariés et des territoires, sur fond de menace écologique croissante.
Dès lors, la question de la responsabilité sociétale des entreprises se pose, avec une maximisation des profits qui ignore les dégâts sociaux et écologiques engendrés pour la collectivité.
Deux siècles d’évolution du capitalisme français
Le code civil prévoit que l’entreprise puisse « partager le bénéfice » (art. 1832) dans « l’intérêt commun des associés » (art. 1833). Au regard de la profonde crise sociale, morale et écologique que traverse le capitalisme actuel, cette définition juridique apparaît trop étroite et dépassée.
La création d’un statut juridique d’entreprise à « objet social étendu », avancée lors des consultations lancées par le gouvernement autour de la future loi « Pacte » (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), permettrait d’incorporer l’intérêt général au sein d’entreprises à missions sociétales.

Le groupe Verallia illustre deux siècles d’évolution du capitalisme français, de sa première verrerie créée à Vauxrot (Aisne) en 1826 à son développement industriel du XXe siècle au sein du groupe Saint-Gobain. Il doit aujourd’hui affronter de nouveaux défis pour s’inscrire durablement dans le XXIe siècle.
Symbole du dernier avatar de cette évolution, Verallia a été cédé en 2015 au fond d’investissement américain Apollo. Mais grâce au soutien de la Banque publique d’investissement (Bpifrance) et à l’action de la CGT, le siège social et les centres de décision ont pu rester en France, permettant la création d’un champion national, numéro trois mondial du verre d’emballage alimentaire, fort de 10 000 salariés. Les organisations syndicales françaises et...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-10">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Christian Nouel et Jean-Baptiste Danet, responsables d’associations d’entreprises, s’inquiètent dans une tribune au « Monde » de voir une réécriture du statut de l’entreprise devenir le vecteur de contentieux juridiques et de contraintes administratives.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Loi Pacte : « Trois risques pour l’entreprise »

Christian Nouel et Jean-Baptiste Danet, responsables d’associations d’entreprises, s’inquiètent dans une tribune au « Monde » de voir une réécriture du statut de l’entreprise devenir le vecteur de contentieux juridiques et de contraintes administratives.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 11h44
    |

Christian Nouel (Président de la Fondation Croissance responsable) et Jean-Baptiste Danet (Président de CroissancePlus)







                        



                                


                            

Tribune. Dans quelques semaines sera déposé au Parlement le projet de la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) qui devrait proposer une modification de l’article 1833 du code civil, commandant à l’entreprise d’être responsable vis-à-vis de la société.
Pour les entrepreneurs, ce débat est délicat : s’ils s’opposent directement à ce changement en expliquant que l’entreprise n’a pas une vocation d’intérêt général, on les accusera de protéger leurs seuls intérêts financiers. S’ils argumentent que leurs entreprises ont déjà une contribution sociale, au sens large, et que ce changement est inutile, on leur reprochera de porter une vision conservatrice de leurs intérêts…
Les entrepreneurs et dirigeants d’entreprises, très concernés par l’impact sociétal de leurs activités, ne peuvent donc que soutenir cette réforme.
La responsabilité sociale vectrice de croissance
D’une part, ils ont parfaitement conscience de devoir répondre aux attentes de nombreuses parties prenantes : les consommateurs – 73 % des « millenials » acceptent de payer plus cher un produit ou un service « responsable » ; les collaborateurs – qui souhaitent concilier qualité de vie et travail et donner du sens à leur engagement au sein de leur entreprise ; les investisseurs – soucieux de pérennité, dont les investissements dits responsables représentaient en 2016 plus de 25 % des actifs sous gestion.
D’autre part, les entrepreneurs et dirigeants d’entreprises sont convaincus que la responsabilité sociale est vectrice de croissance et créatrice de valeur durable de long terme. Plus responsable, leurs entreprises accèdent à de nouveaux modèles économiques et à de nouveaux marchés, liés à la poursuite des dix-sept « objectifs de développement durable » des Nations unies.

Ils peuvent mieux prévenir les risques et constituent un puissant moteur d’innovation. Ils permettent de valoriser les marques, de...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-11">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ L’économiste Pascal Salin estime dans une tribune au « Monde » que l’entreprise est un nœud de contrats où chaque acteur poursuit ses propres objectifs ; on ne peut donc la contraindre à choisir un objectif « social » ou « sociétal ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Loi Pacte : « une réforme inutile et dangereuse »

L’économiste Pascal Salin estime dans une tribune au « Monde » que l’entreprise est un nœud de contrats où chaque acteur poursuit ses propres objectifs ; on ne peut donc la contraindre à choisir un objectif « social » ou « sociétal ».



Le Monde
 |    19.05.2018 à 11h43
    |

                            Pascal Salin (Professeur émerite d’économie et ancien président de la Société du Mont-Pélerin)








                        



                                


                            

Tribune. Le projet Pacte (plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) est actuellement préparé par Bruno Le Maire, ministre de l’économie, et il fera probablement l’objet d’un vote du Parlement dans un avenir proche.
Ce projet comprend, d’après les informations que l’on peut avoir pour le moment, un très grand nombre de dispositions, dont certaines peuvent être considérées comme souhaitables. Mais nous voudrions insister sur ce qui nous semble le plus important, en particulier la définition des objectifs d’une entreprise, qui semble inspirée dans ce projet par ce qu’on appelle la théorie de la responsabilité sociale des entreprises (également appelée « responsabilité sociétale des entreprises », RSE).
Il est en effet question de modifier l’article 1833 du code civil, selon lequel « toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l’intérêt commun des associés ». Il est prévu d’ajouter dans cet article l’énoncé suivant : « La société est gérée dans son intérêt social, en considérant les enjeux sociaux et environnementaux de son activité ». L’énoncé actuel peut s’interpréter comme signifiant que l’objectif d’une entreprise consiste à faire des profits, et c’est le fait de donner cet objectif unique à l’entreprise qui est contesté par ceux qui souhaitent lui donner une finalité « sociale ».
Pour évaluer ces différentes approches de l’entreprise, il convient évidemment de préciser ce qu’est la nature d’une entreprise. Or une entreprise est une entité abstraite qui doit se définir comme un ensemble de contrats, entre les propriétaires de l’entreprise et les salariés, les fournisseurs, les prêteurs, les clients, etc. Un contrat, en tant que tel, ne pense pas, n’agit pas et ne peut donc pas avoir d’objectif. Ce sont les individus – éventuels signataires de contrats – qui seuls pensent, agissent et ont des objectifs.
Un partage parfaitement clair des rôles
C’est...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-12">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ La fiction de l’autorégulation selon laquelle la libre circulation des liquidités permettait de parer à toute faillite bancaire sans intervention discrétionnaire du gouvernement dominera la théorie économique jusqu’à « l’accident » de 1929, et même jusqu’en 2018, explique dans sa chronique le journaliste du « Monde » Antoine Reverchon.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Too big to fail », une histoire séculaire

La fiction de l’autorégulation selon laquelle la libre circulation des liquidités permettait de parer à toute faillite bancaire sans intervention discrétionnaire du gouvernement dominera la théorie économique jusqu’à « l’accident » de 1929, et même jusqu’en 2018, explique dans sa chronique le journaliste du « Monde » Antoine Reverchon.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 11h02
    |

            Antoine Reverchon








                        



                                


                            

Recherches. L’affaire s’est réglée en une semaine, du 6 au 11 novembre. La banque était la deuxième plus importante de la plus grande place financière de la planète, sa faillite aurait provoqué la panique et plongé l’économie mondiale dans une terrible crise. Alerté, le ministre des finances a appelé à l’aide la banque centrale, et le sauvetage a été rapidement mis au point.
Tandis que la partie « saine » des actifs était laissée à la gestion des propriétaires de la banque, ses actifs « pourris » étaient regroupés dans une bad bank à laquelle la banque centrale prête 7,5 millions, qu’elle récupère en partie par un échange de prêts auprès de ses homologues française et russe, à hauteur de respectivement 3 millions et 1 million.
Les banques de la place sont appelées à la rescousse : elles garantissent la couverture des pertes à venir jusqu’à hauteur de 17 millions. Il faudra quatre années pour liquider un par un les actifs pourris, dont l’essentiel sera vendu, bon gré mal gré, aux partners de la banque fautive, contraints de céder leurs propriétés pour rembourser les pertes.
New York 2008 ? Non, Londres 1890
New York 2008 ? Non, Londres 1890. La banque s’appelait la Barings, et les sommes sont en livres sterling. Barings, numéro deux des banques d’affaires de la City après Rothschild, prête aux industriels, aux hommes d’affaires, aux Etats, aux autres banquiers. Trop grosse pour faire faillite. Mais depuis 1880, Barings prête aussi à des investisseurs attirés par l’eldorado qu’était à l’époque… l’Argentine. Ports et chemins de fer pour exporter le blé et la viande, promotion immobilière dans les villes où affluent les immigrants européens, dette souveraine de dictateurs militaires successifs…
Mais une mauvaise récolte, un coup d’Etat, l’insolvabilité des migrants misérables… tout s’effondre à l’automne 1890 : les pertes potentielles s’élèvent à 100 millions. Comme il n’y a pas encore de câble télégraphique...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-13">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Editorial. S’il n’y a pas rapidement des sanctions et des réformes, la démission de trente et un évêques chiliens, à la suite d’un rapport sur des abus sexuels couverts par l’Eglise catholique, ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                

Pédophilie : la culpabilité de l’Eglise

Editorial. S’il n’y a pas rapidement des sanctions et des réformes, la démission de trente et un évêques chiliens, à la suite d’un rapport sur des abus sexuels couverts par l’Eglise catholique, ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 10h40
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Cinq ans après son élection, le 13 mars 2013, le pape François tente de sortir de la crise la plus violente qu’il ait eu à affronter autour des scandales de pédophilie qui ont secoué le clergé chilien depuis des années.
Vendredi 18 mai, dans un geste sans précédent depuis deux siècles, trente et un évêques chiliens, convoqués par le pontife argentin à Rome à la suite d’un rapport accablant de 2 300 pages mettant en lumière « de nombreuses situations d’autorité et d’abus sexuels » couverts par l’Eglise catholique, ont remis leur démission. Cette affaire ternit l’image d’un pape qui a toujours mis l’accent sur la défense des faibles et des démunis face aux puissants, mais qui a été jusque-là moins vigilant que son prédécesseur, Benoît XVI, sur les scandales de pédophilie.

        Lire aussi :
         

                Pédophilie : tous les évêques chiliens remettent leur démission au pape



Lors de sa visite au Chili, en janvier, François avait affiché son soutien à l’évêque d’Osorno, Juan Barros, accusé d’avoir protégé un prêtre, Fernando Karadima, dont l’Eglise avait reconnu qu’il avait agressé sexuellement de nombreux mineurs. Le prélat récusait ces accusations. Et le pape avait affirmé qu’« il n’y [avait] pas une seule preuve contre lui », n’hésitant pas à imputer ces « calomnies » à des « gauchistes ». Peu après, le cardinal américain Sean Patrick O’Malley, un des principaux ministres du pontife, lui avait infligé un camouflet en disant comprendre « la grande douleur » provoquée par ses propos « pour les survivants d’agressions sexuelles par des membres du clergé ou par d’autres agresseurs ».
Prenant finalement conscience de sa faute, François a diligenté une enquête au Chili, écouté les victimes et reconnu son aveuglement. Opérant un virage à 180 degrés, il a en quelque sorte plaidé coupable, avouant sa « douleur » et sa « honte » devant le « mal irréparable fait à des enfants par des ministres de l’Eglise ». « Nous sommes tous impliqués, moi le premier », a-t-il affirmé, en admettant « avoir commis de graves erreurs d’appréciation et de perception ».

        Lire aussi :
         

                Pédophilie : le pape reconnaît des dérives au sein de l’épiscopat chilien



Mais il a aussi mis en cause son propre système ecclésial, qui a fait la preuve de son incapacité à instaurer des mécanismes de contrôle pour éviter de telles déviances. Alors qu’il a souvent dénoncé la propension des clercs à s’attribuer une autorité supérieure à celle des autres croyants, il avait agi, dans l’affaire chilienne, comme un chef d’administration d’abord soucieux de défendre ses agents. Aujourd’hui, il reconnaît que « quelque chose dans le corps ecclésial est malade » et parle même de « perversion » ecclésiale.
Le pape bat sa coulpe, mais il dit lui-même qu’il ne suffira pas de changer les hommes et qu’il faudra « trouver les racines et les structures qui ont permis que ces événements se produisent et se perpétuent ». Il préconise de travailler avec la société civile pour « promouvoir une culture anti-abus ». Une première commission de protection des mineurs, instituée par François, avait formulé des pistes pour mettre en œuvre la « tolérance zéro » réclamée par le pape. Aucune n’a jusqu’alors été retenue.
S’il n’y a pas rapidement des sanctions et des réformes – comme la création d’un tribunal chargé de juger les évêques défaillants, la levée du secret pontifical dans les procédures canoniques en cas d’agressions sexuelles, l’abolition du délai de prescription –, la démission des évêques chiliens ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau, qui laissera intactes la honte de l’Eglise et la douleur de ses victimes.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-14">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Entouré d’aérogénérateurs dans les villages alentour, un village de l’Indre se démène pour avoir son propre parc depuis douze ans. En vain, relate Frédéric Potet dans sa chronique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
édition abonné


A Luçay-le-Libre, trop d’éolien tue l’éolien

Entouré d’aérogénérateurs dans les villages alentour, un village de l’Indre se démène pour avoir son propre parc depuis douze ans. En vain, relate Frédéric Potet dans sa chronique.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 10h13
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            

Chronique. De sa ferme située au milieu du village de Luçay-le-Libre, Luc Pion a une vue imprenable sur quinze années d’activité éolienne dans le nord-est du département de l’Indre. Un tour sur soi-même à 360 degrés permet, ici, d’embrasser du regard une cinquantaine d’éoliennes, réparties sur sept sites et autant de communes. Les plus proches sont situées à 3 000 mètres, les plus éloignées à une quinzaine de kilomètres. Le spectacle de ces rotors en action sur leurs pylônes géants ne déplaît pas à l’agriculteur récemment retraité. Au contraire. Depuis qu’il a été élu maire de Luçay-le-Libre, en 2005, Luc Pion se démène sans compter pour que sa commune de 110 habitants possède elle aussi son parc d’aérogénérateurs. En vain.
La raison mise en avant, en mars, par la préfecture de l’Indre pour retoquer son dernier projet d’implantation devrait prospérer dans les années qui viennent : les huit éoliennes prévues – six sur Luçay-le-Libre, deux sur le village limitrophe de Giroux – provoqueraient un « risque de saturation visuelle » dans le paysage. Calculé en fonction de plusieurs indices, notamment le ratio entre le nombre d’appareils et l’angle d’horizon, ce « risque » serait devenu particulièrement élevé dans cette partie du Berry appelée la Champagne berrichonne. L’étude d’impact a dénombré un total de 87 éoliennes dans un rayon de 20 kilomètres, sans compter 45 éoliennes « autorisées » mais encore non mises en service, ainsi que 29 autres dont le dossier est en cours d’instruction.
Tenir le bon bout
Le « drame » de Luçay-le-Libre est d’avoir été l’une des toutes premières communes des environs à se lancer dans la course à l’éolien, et d’avoir vu la plupart de ses voisines concrétiser leurs projets. La première enquête publique diligentée sur ce bourg voué à la culture céréalière remonte à 2006 : bien qu’ayant reçu les faveurs du préfet de l’époque, le dossier avait été invalidé en justice après le recours d’une association...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-15">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Les chercheurs se sont longtemps focalisés sur les femmes. Pourquoi ont-ils mis tant de temps à s’intéresser également au masculin ?
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
édition abonné


L’homme enfin inclus dans les études de genre

Les chercheurs se sont longtemps focalisés sur les femmes. Pourquoi ont-ils mis tant de temps à s’intéresser également au masculin ?



Le Monde
 |    19.05.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
20.05.2018 à 06h39
    |

                            Marion Rousset








                        



                                


                            

En 2019, l’université Stony Brook de Long Island, dans l’Etat de New York, accueillera le premier master de « Masculinity studies », qui permettra aux étudiants de décrocher un diplôme dans cette matière. C’est sur ce site qu’avait été créé, en 2013, le Centre pour l’étude des hommes et des masculinités. Autant dire que les recherches tournées vers cette partie de l’humanité se sont structurées bien plus tard, aux Etats-Unis, que les ­Women’s studies, introduites au début des années 1970 et enseignées aujourd’hui dans des centaines d’universités américaines.
En France, l’offre évolue encore plus lentement. Près de cinquante ans après la création du Centre d’études féminines et d’études de genre, fondé à l’université Paris-VIII-Vincennes en 1974 par l’écrivaine Hélène Cixous, la question de la masculinité émerge à peine au sein de l’institution. Le sociologue Eric Fassin constate ainsi que « les études sur les hommes ont longtemps été caractérisées par une invisibilité marquante. Les travaux s’inscrivant dans la perspective des études de genre se sont focalisés dans un premier temps sur les femmes et les enjeux socioculturels de la féminité ».
Catégories majoritaires
Pendant des décennies n’ont eu lieu en France qu’une poignée de travaux isolés, comme ceux de Nadine Le Faucheur et Georges Falconnet, Daniel Welzer-Lang, Anne-Marie Devreux ou Christine Castelain-Meunier. Le sujet n’est sorti de l’ombre que ces dernières années. En 2013, l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) a accueilli un premier colloque international sur « Les masculinités au prisme de l’hégémonie », qui a été suivi d’un séminaire intitulé « Approches critiques des masculinités » organisé par Gianfranco Rebucini, Florian Vörös et Mélanie Gourarier.
« Quand j’ai commencé ma thèse sur le coaching en séduction hétérosexuelle, je n’avais pas conscience de travailler sur la masculinité, témoigne l’anthropologue Mélanie Gourarier. Pourtant, j’étais la seule...



                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-16">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Rapport d’étonnement. Depuis 2011, des « slut walks » sont organisées dans le monde entier pour défendre la liberté des femmes de se vêtir et de se comporter comme elles l’entendent. Mais le message peine à passer.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Ethique de la salope

Rapport d’étonnement. Depuis 2011, des « slut walks » sont organisées dans le monde entier pour défendre la liberté des femmes de se vêtir et de se comporter comme elles l’entendent. Mais le message peine à passer.



Le Monde
 |    19.05.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
19.05.2018 à 15h31
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            

Le 4 mai, à Tel-Aviv, quelque 5 000 manifestants ont participé à la « slut walk » annuelle, la ­ « marche des salopes » protestant contre les abus sexuels et la maltraitance envers les femmes, mais aussi célébrant leur liberté d’allure, leur envie de séduire. L’enjeu de cette septième démonstration était de dénoncer l’opprobre dont souffrent les victimes de viol et de harcèlement. Trop souvent, elles se retrouvent accusées d’avoir elles-mêmes provoqué les réactions brutales des hommes, par leur tenue ou leur façon d’être : elles se voient blâmées d’avoir été agressées. C’est la double peine.
Culture du viol
Pour bien marquer qu’elles refusaient d’être culpabilisées sur la manière dont elles s’habillent et se comportent, les Israéliennes ont défilé sous le soleil en short, en maillot de bain, en bikini. Elles criaient : « Tu n’es pas coupable ! », « Un string n’est pas une invitation au viol ». Elles brandissaient des pancartes proclamant : « La culture du viol commence dans les couloirs du gouvernement », montrant des photos du général Ofek Buchris, inculpé en juillet 2016 pour abus sexuel, et de l’ancien président d’Israël Moshe Katsav, condamné à cinq ans de prison pour viol.
Les « marches des salopes », un phénomène mondial depuis sept ans, ont contribué à la libération de la parole féminine qui déferle aujourd’hui sur les cinq continents avec le mouvement #metoo. La première s’est déroulée le 3 avril 2011 à Toronto. Tout est parti de la mise en garde d’un officier de police lors d’un séminaire sur la sécurité : « Les femmes ne devraient pas s’habiller comme des salopes si elles ne veulent pas être agressées. » Cette assertion menaçante a choqué un groupe de féministes canadiennes, qui ont décidé de descendre dans les rues en tenue sexy – en « salopes ».
Elles entendaient faire passer un message clair : dans un viol, les victimes ne sont pas les fautives. Un viol est un acte délibéré. L’apparence...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-17">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le député LRM Aurélien Taché dénonce l’existence de plafonds de verre qui privent une large minorité d’accès à des droits fondamentaux comme le logement, la formation, une éducation et des soins de qualité.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Plan Borloo : il faut « faire le choix de l’universalité »

Dans une tribune au « Monde », le député LRM Aurélien Taché dénonce l’existence de plafonds de verre qui privent une large minorité d’accès à des droits fondamentaux comme le logement, la formation, une éducation et des soins de qualité.



Le Monde
 |    18.05.2018 à 15h14
    |

Aurélien Taché (Député LRM du Val-d'Oise)







                        



                                


                            

Tribune. Il y a un an, Emmanuel Macron remportait l’élection présidentielle, sur la base d’une promesse : celle de rebattre totalement les cartes et d’ouvrir le jeu à ceux qui jusqu’ici, n’étaient jamais autour de la table. L’immobilisme qui prévaut depuis des années a conduit à des rentes de situation dans tous les domaines – politiques, économiques, culturels – et à ankyloser un pays tout entier. Il était donc devenu urgent, vital même, de faire respirer la France.
Mais le renouvellement sans précédent de la vie politique permis par cette victoire, qui devra d’ailleurs se poursuivre lors des prochaines élections, doit désormais trouver un prolongement dans tous les segments de la société. Car si la promesse d’émancipation n’est pas tenue, alors la confiance sera rompue. Pour y arriver, notre boussole des quatre prochaines années doit être celle de l’universalité.
Des plafonds de verres infinis
Il n’existe en effet qu’une seule minorité dans notre pays : celle qui est privée d’accès. D’accès au logement, à la formation, à une éducation et des soins de qualité… D’accès à des responsabilités, à la capacité de mener à bien ses projets. D’accès à ses rêves et à la possibilité de se réaliser. Pour notre génération, peut-on seulement encore parler de minorité ?
Pour elle en effet, les plafonds de verres sont infinis : de genre, d’âge, d’origine culturelle ou sociale et dans certains quartiers ou villages, ils arrivent parfois à tous se recouper et à faire que ceux qui y vivent se sentent en France comme étrangers, prisonniers devant des ascenseurs ou des trains bloqués, au sens propre comme figuré.

Pourtant que l’on s’appelle Karim ou Mickaël, Fatou ou Isabelle, qu’on vive à Cergy (Val-d’Oise) ou à Guéret (Creuse), aucun territoire, aucune frontière matérielle ou immatérielle ne devrait être indépassable. C’est pour ces raisons qu’il était urgent d’y créer des classes de CP de douze d’élèves et d’y inciter les...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-18">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Dans sa chronique, l’économiste Pierre-Yves Gomez explique que les stupidités, les escroqueries ou les erreurs stratégiques sont les contreparties du manque de discernement de dirigeants-fondateurs cumulant les fonctions de président et de directeur général et donc les pouvoirs de direction et de contrôle.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Les « histoires hallucinantes » de la Silicon Valley

Dans sa chronique, l’économiste Pierre-Yves Gomez explique que les stupidités, les escroqueries ou les erreurs stratégiques sont les contreparties du manque de discernement de dirigeants-fondateurs cumulant les fonctions de président et de directeur général et donc les pouvoirs de direction et de contrôle.



Le Monde
 |    18.05.2018 à 14h00
    |

                            Pierre-Yves Gomez (Economiste et professeur de stratégie à l'EM Lyon)








                        



                                


                            

Entreprises. En 1968, la Californie faisait déjà rêver les jeunes en leur ouvrant des perspectives de paradis artificiels, de liberté hippie et de pacifisme fleuri. Cinquante ans plus tard, elle envoûte désormais par son business disruptif, l’aplomb avec lequel de jeunes businessmen affirment de nouveau qu’ils vont changer le monde et les parfums de dollars qui s’en dégagent.
Les fumées commencent pourtant à se dissiper un peu sur les révolutions économiques et sociales qu’on y conçoit. La ridicule affaire Juicero a sonné comme un réveil brutal. Cette start-up fondée en 2013 promettait de démocratiser la consommation mondiale de jus de fruits. Son fondateur, Doug Evans, avait inventé une machine capable d’appliquer trois tonnes de pression sur une poche contenant des fruits frais déjà pelés et découpés pour en extraire le jus.

Il avait levé 120 millions auprès de fonds de capital-risque comme Google Venture ou Kleiner Perkins (qui investit aussi chez Google, Twitter, Amazon). Hélas, deux journalistes de Bloomberg ont montré dans une vidéo que le résultat obtenu par cette merveille technologique vendue 700 dollars pouvait l’être… en pressant simplement la poche de ses mains. Devenue la risée de Palo Alto, Juicero a fermé en septembre 2017.
Résultats quasi inexistants et chiffres truqués
Moins drôle est l’histoire de Theranos. Fondée en 2003 par Elizabeth Holmes, âgée de 19 ans, la start-up se donnait pour mission de métamorphoser l’industrie de l’analyse médicale grâce à une technique géniale permettant de réaliser 200 types d’examens en prélevant seulement quelques gouttes de sang d’un patient.
Theranos a levé 700 millions de dollars auprès d’investisseurs, sa capitalisation a dépassé les 10 milliards en 2014 et sa dirigeante est devenue une des stars milliardaires les plus médiatisées de la Silicon Valley. Jusqu’à ce qu’en mars 2018 l’escroquerie de l’icône des start-up soit éventée : la technologie était...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-19">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ La revue « Etudes » toilette sa formule et consacre un large dossier au cinquantenaire des événements.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Mai 68 vu par les Jésuites

La revue « Etudes » toilette sa formule et consacre un large dossier au cinquantenaire des événements.



Le Monde
 |    18.05.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
18.05.2018 à 15h34
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            
Pour son numéro de printemps, Etudes a toiletté sa formule. Afin de « gagner en clarté », la revue de « culture contemporaine » fondée en 1856 par des pères de la Compagnie de Jésus a modifié sa maquette. Comme chaque mois, la revue s’attarde sur des thématiques qui font écho à l’actualité : la place des religions dans le monde désormais sécularisé des relations internationales, la réforme des lois de bioéthique à l’heure de la ­ « transition individualiste », mais aussi l’incontournable anniversaire des 50 ans de Mai 68.
Pour fêter ce cinquantenaire, la revue jésuite s’est adressée à Dominique Julia, historien de l’Ancien Régime et de la Révolution. Dans le numéro de mai-juin 1968, ce jeune agrégé d’histoire, qui était alors assistant à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris, avait rédigé un article sur le mouvement étudiant. Cinquante ans plus tard, l’historien revient sur la place des chrétiens dans la révolte du joli mois de Mai. « Mai 68 n’a fait qu’accélérer leur immersion dans le siècle, fût-ce au prix d’un éloignement complet de l’institution. »
« Exil intérieur »
Les militants chrétiens qui ont participé à mai 1968, résume Dominique Julia, étaient « inaudibles en paroisse ». Un « exil intérieur » analysé, dès 1974, par Michel de Certeau, l’un des principaux animateurs de la revue Etudes, dans Le Christianisme éclaté (Seuil) : il soulignait alors, avec Jean-Marie ­Domenach, « le discrédit de l’institution ecclésiale, magistérielle ou sacramentaire, théologique ou liturgique », rappelle Dominique Julia. « Les engagements des militants chrétiens des années 1960-1970 se sont déplacés vers une action plus “sécularisée” », analyse l’historien.
Dans ce même numéro, l’ethno­psychiatre Tobie Nathan raconte sa jeunesse de lycéen situationniste, puis de militant maoïste. Etudiant en sociologie en 1968, il s’est retrouvé dans...




                        

                        


<article-nb="2018/05/20/19-20">
<filnamedate="20180520"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180520"><AAMMJJHH="2018052019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ L’économiste Bernard Paranque, dans une tribune au « Monde », voit dans les modes d’organisation sociale proposés à Notre-Dame-des-Landes une expérimentation dépassant les canons de l’économie classique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Reconnaissons aux zadistes un droit à l’expérimentation »

L’économiste Bernard Paranque, dans une tribune au « Monde », voit dans les modes d’organisation sociale proposés à Notre-Dame-des-Landes une expérimentation dépassant les canons de l’économie classique.



Le Monde
 |    18.05.2018 à 11h54
    |

Bernard Paranque (Professeur d’économie, titulaire de la chaire ­ « Finance autrement » à Kedge ­Business School)







                        



                                


                            

Tribune. Les affrontements sur le site de Notre-Dame-des-Landes ont occulté un débat important, car si on peut dénoncer ces violences, il n’en reste pas moins que rien n’est dit, ou presque, sur le projet social tenté par les zadistes.
Certes, on peut s’interroger sur leur modèle économique et sur sa cohérence, mais il est plus étrange de ne poser ces interrogations que dans le cadre du marché et de la propriété privée, comme si l’un et l’autre étaient l’alpha et l’oméga de toute circulation économique. On peut à l’inverse partir de leur projet social, dans lequel l’économique n’est qu’une composante soumise à d’autres principes d’action et de coordination que le seul marché et la seule propriété privée.
Des propriétés et des pratiques diverses
Contrairement aux apparences, ces deux concepts ne sont ni simples, ni des réalités évidentes dans leurs contenus. Le marché capitaliste n’est qu’une forme de circulation des biens et services parmi d’autres, mais qui fonctionne de manière spécifique avec une double inégalité, dans le contrôle des moyens de production et dans le processus de décisions qui régit la répartition des richesses. Ces deux points sont une sérieuse limite à la liberté individuelle au vu des inégalités sociales qu’ils engendrent.

Comme l’a montré l’anthropologue Alain Testart, cet échange marchand capitaliste n’est qu’un cas particulier, bien qu’il soit dominant, parmi d’autres formes de circulation, dont le don, la réciprocité et l’échange non marchand, qui fonctionnent selon d’autres principes. Ainsi, quand on parle de marché comme une évidence, encore faut-il rappeler que dans les faits, il s’agit déjà d’un choix qui ne vise qu’à justifier un certain ordre social, ce qui est la définition d’un discours idéologique si l’on suit Ricœur, en proposant une certaine forme de circulation fondée sur la propriété privée des moyens de production.
Mais là encore, il n’y a pas une propriété mais des...




                        

                        

