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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Depuis 2001, les acteurs du genre canin sont eux aussi récompensés au Festival. Parmi les heureux lauréats, on compte Ugggie, le jack russel de « The Artist », en 2011.
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A Cannes, les chiens ont aussi leur Palme


                      Depuis 2001, les acteurs du genre canin sont eux aussi récompensés au Festival. Parmi les heureux lauréats, on compte Ugggie, le jack russel de « The Artist », en 2011.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 17h15
    |

                            Maroussia Dubreuil








                              

                        

Et la palme est remise à… un chien. Vendredi 18 mai à 13 heures, sur la plage du Grand Hôtel de Cannes, se déroulera la Palm Dog, qui récompense la prestation du meilleur chien dans un film. Créé en 2001 par le journaliste britannique de cinéma Toby Rose, délicieux cabotin aux lunettes drapées des couleurs de l’Union Jack, ce prix a déjà distingué Mops, le carlin de l’archiduchesse dans Marie-Antoinette, de Sofia Coppola, en 2006, ou encore Einstein, le caniche blanc qui joue Bruno dans The Meyerowitz Stories, de Noah Baumbach, en 2017. « Quand les chiens ne peuvent pas se rendre à la cérémonie, on prend des doublures », confesse Barbara Dent, ancienne responsable cinéma du British Council en France, qui aide à organiser l’ événement.
Ugggie, une star internationale
Mais c’est en 2011 que le prestigieux collier a véritablement pris la lumière. Cette année-là, il fut glissé autour du cou du jack russell Uggie pour son rôle de Jack The Dog dans The Artist, de Michel Hazanavicius. « On le vit ensuite poser avec sa décoration au bord d’une piscine à Los Angeles, puis il fut invité aux Golden Globes et fit du skateboard sur le plateau du talk-show d’Ellen DeGeneres », se souvient Toby Rose. Consécration ultime : la Palm Dog fut mentionnée par Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes, dans son Bottin intime du Festival, Sélection officielle. Journal (Grasset, 2017).
C’est en compagnie de son fidèle fox-terrier, feu Mutley, que Toby Rose eut l’idée de créer une palme pour chiens. « Lorsqu’il m’accompagnait aux interviews, je le sentais très à l’aise, aussi bien avec Steven Spielberg que Tilda Swinton, assure-t-il, toujours mordu. Il a même défilé avec Ivanka Trump dans un petit manteau assorti à la robe de la jeune femme. J’ai fini par le faire jouer dans un court-métrage et j’ai pris conscience qu’il fallait absolument créer un prix pour tous ces chiens qui crèvent l’écran....




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Dans une tribune au « Monde », des réalisateurs, comédiens et professionnels du cinéma, dont Adèle Haenel, Philippe Garrel ou Aki Kaurismäki, invitent à défendre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes comme « un lieu réel qui lutte pour construire des imaginaires ».
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Notre-Dame-des-Landes : « Nous, cinéastes, appelons à filmer et à défendre ce territoire qui bat et se bat »

Dans une tribune au « Monde », des réalisateurs, comédiens et professionnels du cinéma, dont Adèle Haenel, Philippe Garrel ou Aki Kaurismäki, invitent à défendre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes comme « un lieu réel qui lutte pour construire des imaginaires ».



Le Monde
 |    17.05.2018 à 17h07
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Nous, qui travaillons dans le cinéma, avons entendu l’appel en soutien à la ZAD dans le film Vent d’Ouest, d’abord attribué à Jean-Luc Godard puis salué comme une habile parodie. Cela nous rappelle son manifeste de 1970 intitulé Que Faire ?, dont sont tirées ces phrases très connues : « 1. Il faut faire des films politiques. 2. Il faut faire politiquement des films. »

Ces deux propositions dialectiques constituent les fondations d’un texte magnifique, qui brouille les frontières entre politique et cinéma tout en affirmant la nécessité de préciser nos positions. Car celles-ci se prennent mais ne s’additionnent pas. On ne peut pas être du côté de la police et des manifestants et manifestantes. Faire 1, c’est croire qu’il y a des vrais et des faux films. Faire 2, c’est savoir que la vérité est dans la lutte.
Alors, si ce film est un faux de Godard, la vérité c’est que nous y avons entendu un appel. La vérité, c’est qu’il y a des expulsions à Notre-Dame-des-Landes, c’est que des personnes qui luttent auront leurs maisons détruites. Des personnes qui se sont battues, des années durant, contre des aménageurs, un aéroport et leur monde, et qui ont gagné. La vérité, c’est que l’Etat s’acharne à détruire des expériences communes, des tentatives d’organisations qui s’inventent encore et toujours, une nature qui se défend et les vies multiples qui l’habitent. Et nous prenons position, en tant que cinéastes.
Continuité dans les forces de révolte
Nous sommes au mois de mai 2018. Cinquante ans après, on commémore Mai 68. Et de commémorations en commémorations, on paralyse l’action en la muséifiant. On ignore les réfugiés et réfugiées, les cheminots et cheminotes, les étudiants et étudiantes, les postiers et postières, le personnel médical et la répression quotidienne dans les banlieues. Lors de sa conférence de presse à Cannes, Godard a établi une continuité dans ces forces de révolte, entre Mai 68...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Rohena Gera dénonce les inégalités sociales qui pèsent en Inde, à travers une histoire d’amour interdite entre une domestique et son patron.
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Cannes 2018 : « Monsieur », une attirance à huis clos

Rohena Gera dénonce les inégalités sociales qui pèsent en Inde, à travers une histoire d’amour interdite entre une domestique et son patron.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 16h24
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


Semaine de la critique
Au plus loin de ses souvenirs, Rohena Gera garde l’image de la nourrice qui s’occupait d’elle lorsqu’elle était enfant. Une nounou qui « faisait partie de la famille et qui, en même temps, en était exclue », souligne la réalisatrice, née en Inde, où elle a grandi et vécu longtemps. Ce conflit, dont elle avoue qu’il l’a agitée toute sa vie, a inspiré son premier long-métrage, Monsieur (Sir), sélectionné à Cannes dans la Semaine de la critique.

        Lire les portraits croisés de réalisatrices, dont Rohena Gera :
         

          Elles font leurs premières armes à Cannes



A Bombay, Ratna (Tillotama Shome) est employée chez Ashwin (Vivek Gomber), fils d’une riche famille de la ville. Il ne manque de rien et traîne pourtant une forme de mélancolie qui le rend doux. Elle a quitté sa province pour échapper à l’assujettissement familial et au poids de son veuvage, une situation jugée encore taboue dans de nombreuses villes indiennes. Bien qu’instruit et respectueux, Ashwin n’échappe pas aux règles d’une tradition qui sépare les domestiques de leur patron. Ratna le sert à table et retourne prendre son repas, assise par terre, dans la cuisine. Ils échangent peu dans cet appartement où va se dérouler un huis clos dont la réalisatrice va tirer parti pour mettre en scène la séparation, cadrant l’un et l’autre de ses personnages dans des portes ou à travers des fenêtres et glissant la caméra entre deux pièces que sépare une cloison.

Une grande délicatesse
Mais dans cet espace de promiscuité où les corps ne peuvent pas toujours éviter de se frôler, naissent, à travers les silences, des sentiments contre lesquels Ratna comme Arshwin ne peuvent pas lutter. Parvenant à échanger timidement quelques phrases, puis à se parler plus ouvertement, elle va trouver en lui une source d’encouragement à ses désirs de mener une vie nouvelle ; il va recevoir d’elle une écoute qui rompt sa solitude et va l’obliger à se demander quel homme il est au sein de cette société dans laquelle il vit.
Militante, la réalisatrice ne fait pas pour autant de son héroïne une victime
Rohena Gera filme avec une grande délicatesse ces deux êtres suspendus à un amour interdit, dont les émotions affleurent sans être prononcées. Militante, la réalisatrice ne fait pas pour autant de son héroïne une victime, préférant la montrer en train de se battre pour s’élever dans la société, en train de danser, de sortir de l’appartement pour se rendre dans sa famille à la campagne, tandis que Ashwin lui y est contraint, empêché, prisonnier de son cocon. Bombay et le monde extérieur ne lui apparaissant guère autrement, dans le film, que de la terrasse de chez lui.

   


Monsieur porte l’empreinte de la douceur et de la détermination qui émanent de sa réalisatrice. Et cette histoire d’amour qu’elle inscrit fermement dans une réalité sociale et politique dont elle espère faire bouger les lignes, dit à la fois son besoin de dénoncer le statut réservé aux femmes indiennes tout autant qu’aux laissés-pour-compte, et son envie d’espérer.

Film indien de Rohena Gera. Avec Tillotama Shome, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkarni (1 h 39). Sur le Web : diaphana.fr/film/monsieur et www.semainedelacritique.com/fr/edition/2018/film/sir



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Noires ou métisses, les comédiennes disent regretter d’être souvent cantonnées à des rôles caricaturaux.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ L’économiste Philippe Moati engage, dans une tribune au « Monde », les professionnels du 7e art à ouvrir les yeux sur la mutation du modèle économique de production des films.
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« Le risque majeur qui pèse sur le cinéma français est qu’il perde le contrôle de son propre avenir »

L’économiste Philippe Moati engage, dans une tribune au « Monde », les professionnels du 7e art à ouvrir les yeux sur la mutation du modèle économique de production des films.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
17.05.2018 à 18h34
    |

Philippe Moati (Professeur d’économie à l’université Paris-Diderot, cofondateur de l’ObSoCo (L’Observatoire société et consommation))







                        



                                


                            
Tribune. L’étude réalisée par l’Observatoire société et consommation (ObSoCo) pour Unifrance sur la manière dont la filière française du cinéma perçoit son avenir à dix ans révèle bien un microcosme convaincu de traverser un épisode de mutation. Mais si le rôle du numérique est clairement identifié, les personnes interrogées peinent toutefois à se prêter au jeu des anticipations, et les visions de ce que pourrait être la filière du cinéma en 2027 paraissent marquées d’un conservatisme teinté d’optimisme.
Cet optimisme est visible à deux niveaux, qui constituent des nœuds de l’économie de la filière. Tout d’abord, le marché, que 61 % des répondants anticipent en croissance à l’échelle mondiale. Les débouchés promis par les pays émergents nourrissent cet élan d’optimisme, mais les prévisions sont à peine moins favorables concernant le marché français.

Or, si le cinéma français a plutôt bien traversé les crises antérieures, ce n’est pas le cas de tous les cinémas nationaux. Cette exception française tient pour beaucoup à un cadre institutionnel original dont découle une régulation efficace et protectrice. Mais aujourd’hui, la question centrale est celle de la capacité de ce système à s’adapter à une nouvelle donne sans compromettre les grands équilibres qui président au bon fonctionnement de la filière.
Myopie
Or, la révolution numérique en cours menace le système de financement. A commencer par la télévision, dont les répondants anticipent clairement le recul de la capacité contributive. Les professionnels sont beaucoup plus optimistes quant à l’avenir de la salle. Mais ne sont-ils pas victimes d’une myopie entretenue par une croyance profondément ancrée : rien ne remplacera jamais l’émotion qui naît de la vision d’un film en salle. Et pourtant, comment ne pas voir que le succès des nouveaux supports s’appuie non pas sur « le film de cinéma » mais sur d’autres formats, en particulier les séries, qui explorent d’autres modes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Au 71e Festival de Cannes, la compétition entre dans son ultime ligne droite avec deux des quatre derniers films en lice, signés Nadine Labaki et Yann Gonzalez.
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La gazette de la Croisette : un duel franco-libanais, le combat de Cédric Herrou et un premier palmarès

Au 71e Festival de Cannes, la compétition entre dans son ultime ligne droite avec deux des quatre derniers films en lice, signés Nadine Labaki et Yann Gonzalez.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 13h21
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
Ce jeudi 17 mai, neuvième et avant-dernier jour de la compétition cannoise, est marqué par l’entrée en lice de la dernière des trois réalisatrices sélectionnées cette année pour tenter de décrocher la Palme d’or (avec Eva Husson et Alice Rohrwacher) : la Libanaise Nadine Labaki avec son film Capharnaüm, mettant en scène un petit garçon de 12 ans qui se rebelle contre la vie de misère qu’on tente de lui imposer et intente un procès à ses parents pour l’avoir fait naître dans ce monde. En 2004, elle a participé à la Résidence du Festival de Cannes pour l’écriture de son premier long-métrage Caramel, qu’elle a tourné deux ans plus tard. Ce dernier a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2007 et vendu dans le monde entier. Nadine Labaki est revenue à Cannes en 2011 avec Et maintenant on va où ?, sélectionné dans la section Un certain regard. Il s’agit de sa première participation à la compétition.

   


Face à elle, le réalisateur français Yann Gonzalez, présente Un couteau dans le cœur, avec Vanessa Paradis dans le rôle-titre. Cette dernière y incarne une productrice de pornos gays, dans les années 1970-1980 à Paris, confrontée à un tueur masqué qui massacre les acteurs de son film en cours de tournage. Il s’agit également pour Yann Gonzalez d’une première participation à la compétition, il a par ailleurs été membre du jury de la Caméra d’or (qui récompense un premier film projeté à Cannes toutes sélections confondues) en 2015.

DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
En cet avant-dernier jour de la compétition, un premier palmarès a déjà été dévoilé, celui de la Semaine de la critique, l’une des deux principales sections parallèles du Festival de Cannes avec la Quinzaine des réalisateurs. Notre critique Clarisse Fabre détaille ce palmarès qui a primé plusieurs films que la rédaction du Monde a appréciés : Diamantino, Sauvage, Woman at War, etc.

Dans la section Un certain regard, Jacques Mandelbaum a remarqué le polar du cinéaste chinois Bi Gan, Un grand voyage vers la nuit, et Véronique Cauhapé le deuxième long-métrage en tant que réalisatrice de l’actrice italienne Valeria Golino, Euforia.

Enfin, à la Quinzaine des réalisateurs, Mathieu Macheret a repéré Miraï, ma petite sœur, un film d’animation de Mamoru Hosoda, fer de lance d’une nouvelle génération d’animateurs japonais dans la lignée d’Isao Takahata et Hayao Miyazaki.

ON ATTEND AUJOURD’HUI :
La question des réfugiés s’invitera sur la Croisette avec la projection à 19 h 15 en séance spéciale hors compétition de Libre, un documentaire consacré par Michel Toesca à Cédric Herrou, un agriculteur de la vallée de la Roya dans le sud de la France, considéré comme hors la loi et traîné en justice pour avoir accueilli des migrants et les avoir aidés à déposer une demande d’asile.

        Lire le récit de la venue de Michel Toesca à Cannes en mai 2017 :
         

          Vendredi, ou la vie politique sauvage de la Croisette





        Lire la gazette de la Croisette (16 mai) :
         

          Des chiens, un chat, Whitney Houston et John Travolta






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Le film à succès de Luca Guadagnino, qui a pour cadre cette région du nord de l’Italie, a eu pour effet d’y attirer un nombre croissant de visiteurs. Il est même devenu un argument pour les acteurs du tourisme local.
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La Lombardie plebiscitée pour son rôle dans « Call Me by Your Name »


                      Le film à succès de Luca Guadagnino, qui a pour cadre cette région du nord de l’Italie, a eu pour effet d’y attirer un nombre croissant de visiteurs. Il est même devenu un argument pour les acteurs du tourisme local.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 13h15
    |

                            Marie Godfrain








   


Pour une fois, Ilan Marciano a attendu la fin du générique pour quitter la salle de cinéma. « Deux heures durant, j’ai été subjugué par le cadre et l’atmosphère enchanteurs de Call Me by Your Name. Le film m’a fait l’effet d’une révélation car je cherchais une destination où partir en vacances. J’ai donc lu tout le générique de fin pour découvrir que la Lombardie était partenaire du long-métrage et avait servi de lieu de tournage. » Cet été, ce jeune Français, qui travaille dans l’industrie du luxe, partira donc dans cette région du nord de l’Italie, délaissant la Grèce où il a ses habitudes.
Une image bucolique
L’office du tourisme de Lombardie espère capitaliser sur le succès public de cette romance filmée par Luca Guadagnino (au moins 325 000 entrées en France depuis sa sortie le 28 février). Tourné en plein été, dans un décor bucolique, intemporel, légèrement vintage – l’action du film se situe en 1983 –, à la fois intellectuel et romantique, Call Me by Your Name fait couler des flots de vin et de beaux discours, entre une fête de village et la découverte d’une statue antique au fond du lac de Garde. Un très long clip promotionnel pour cette région d’Italie, moins touristique que d’autres. Explora, l’organisme en charge d’y attirer les visiteurs, a vite compris l’intérêt que représentait le film, d’autant qu’il avait plutôt séduit des spectateurs au profil CSP +. « Il aborde des lieux et des thèmes qui peuvent servir de base à un plan de promotion », explique-t-on chez Explora. Dès la mi-avril, un voyage à destination des journalistes européens était organisé sur les pas de Call Me by Your Name, entre Crema, Crémone et Bergame…
« Après la sortie du film, nous avons noté une augmentation de 5 % des consultations sur cette région par les voyageurs français par rapport à l’année précédente. » Bernie Torres, porte-parole de TripAdvisor
Mais les touristes n’ont pas attendu cette campagne pour se pencher sur cette région à l’image plutôt industrieuse. Airbnb note que, pour le week-end du 21 avril, il y avait 2,5 fois plus de voyageurs dans ses demeures lombardes que le même week-end l’an passé. Même si la plate-forme n’a pas la preuve d’un lien direct, la hausse intrigue. D’autant que ce regain d’intérêt se manifeste aussi sur TripAdvisor. Selon Bernie Torres, porte-parole pour la France du site qui recueille des avis sur les destinations du monde entier, « à la suite de la sortie du film en salle, nous avons noté une augmentation de 5 % des consultations des pages sur cette région par les voyageurs français en mars 2018 par rapport à mars 2017 ».

Si la région n’a pas encore pu analyser les statistiques de réservations pour cet été, elle évoque une série de « signaux faibles ». Par exemple, les différents points d’information du territoire sont régulièrement questionnés sur les lieux de tournage. « Le film a mis l’accent sur cette Italie que l’on a envie que les gens découvrent, celle de villes d’art méconnues », explique-t-on chez Explora. « J’espère retrouver cette atmosphère apaisante, les ruelles de nuit, les balades à vélo, même si pour le moment je suis un peu déçu par les locations que j’ai trouvées, pas vraiment dans le style ocre décrépi montré par le film », nuance Ilan Marciano. À moins d’acquérir la villa du XVIIe siècle, lieu de villégiature de la famille Perlman à l’écran, qui est en vente pour 1,7 million d’euros…

   


La Lombardie peut compter sur un certain nombre de précédents culturels qui ont récemment bénéficié à d’autres sites italiens. En Campanie, Naples a, par exemple, connu un essor de son tourisme ces derniers mois grâce à la saga littéraire d’Elena Ferrante, L’Amie prodigieuse. En Lombardie, la villa Necchi, chef-d’œuvre de l’architecture rationaliste milanaise, a elle aussi été magnifiée par le metteur en scène de Call Me by Your Name, Luca Guadagnino, qui y avait tourné des scènes d’Amore en 2009. « Ce film a représenté une opportunité pour notre villa, qui a ouvert ses portes au public juste après la diffusion du film. Il en a livré une image esthétisante à la Visconti à un public d’esthètes qui, avant de réserver sa visite, s’assure qu’il s’agit bien du lieu de tournage du long-métrage », raconte Giulia Facchini, responsable des expositions à la villa. De quoi détourner, un peu, le flot de touristes de la Toscane ?

        Lire aussi :
         

                « Call Me by Your Name » : entre ombre et secret, l’été amoureux de deux garçons






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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ En compétition, le cinéaste coréen Lee Chang-dong met en scène l’apprentissage douloureux d’un écrivain.
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Cannes 2018 : « Burning », la brûlure de l’imaginaire

En compétition, le cinéaste coréen Lee Chang-dong met en scène l’apprentissage douloureux d’un écrivain.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 10h21
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Sélection officielle – en compétition
C’est un étrange phénomène qui frappe la compétition cannoise. Les femmes foulent le tapis rouge en masse, le rang du jury qui attribuera la Palme d’or compte une majorité de jurées, dans les salles de conférence, on réfléchit sur les moyens d’atteindre la parité entre genres en matière de subventions. Et, à l’écran, les femmes disparaissent. Il y eut d’abord la jeune actrice iranienne de Trois visages, puis la beauté californienne d’Under the Silver Lake. Voici enfin Haemi (Jun Jong-seo), qui danse à la porte des ­solderies de Séoul pour attirer le chaland et se payer des cours de mime. C’est elle qu’escamote Lee Chang-dong dans Burning, projeté mercredi 16 mai. C’est à sa recherche que se lance Jongsu (Yoo Ah-in), fils d’éleveur de vaches, aspirant écrivain, figure centrale de ce beau récit d’apprentissage qui court pendant deux heures vingt-huit sur la frontière entre la réalité et l’illusion. On y retrouvera l’intensité et la gravité que l’on ­connaît à l’auteur de Poetry. S’y mêlent cette fois une fantaisie, un humour, dont il faut peut-être chercher l’origine du côté d’Haruki Murakami, auteur de la nouvelle dont est inspiré le scénario.
Située au Japon, très courte (bien plus que le scénario de Burning), celle-ci s’appelait Les Granges brûlées et a été publiée en France, en 1998, dans le recueil L’éléphant s’évapore (réédité chez Belfond). Lee Chang-dong a transformé les granges nippones en serres, ces demi-cylindres tendus de plastique jonchant la campagne coréenne. Lors d’une conversation qui sert de pivot au film, Ben (Steven Yeun) apprend à Jongsu qu’il a pour hobby d’incendier une de ces structures tous les deux mois.
« Le monde est pour moi un mystère »
Ben est un garçon à la beauté étrangement impersonnelle qui a ravi Haemi à l’affection de Jongsu, dont il est l’aîné d’une dizaine d’années. La jeune fille a rencontré son nouvel amant lors d’un voyage dans le désert de Kalahari. Lorsque Jongsu est allé l’attendre à l’aéroport, elle a débarqué au bras de Ben. Le beau gosse, qui roule en Porsche et habite à Gangnam (le quartier huppé chanté par Psy), tolère tout à fait la présence de son cadet. Celui-ci, qui vient de finir ses études, partage son temps entre Séoul, où il est livreur, et Paju, où il doit s’occuper de la ferme que son père a laissée à l’abandon après son arrestation.
Quand Haemi disparaît, Jongsu la cherche autant parce qu’il l’aime que parce qu’il veut donner un sens à leurs existences
Lee Chang-dong, qui n’avait pas tourné depuis Poetry, Prix du scénario à Cannes, en 2010, déploie tous ces éléments avec une science du rythme qui donne à ces éléments triviaux une ampleur dont on prend progressivement conscience. Jongsu apparaît d’abord comme un garçon pas très bien dégrossi, mais une série d’échanges, avec Haemi, avec l’avocat qui tente de défendre son père, incarcéré après une altercation avec un policier, le transforme insensiblement en pèlerin lancé dans une quête dont le but reste obscur : « Le monde est pour moi un mystère », avoue-t-il à un groupe d’amis très chics de Ben.

   


A la révélation de la pyromanie de Ben, il répond par une enquête serrée dans la campagne entourant sa ferme, puisque son ami lui a dit que la prochaine serre brûlée le serait aux abords de celle-ci. Et quand Haemi disparaît du jour au lendemain, au moment même où devait flamber la serre, Jongsu la cherche autant parce qu’il l’aime que parce qu’il veut donner un sens à leurs existences.
Imaginaire et idéal
Commencé dans une lumière automnale, le film s’enfonce dans l’hiver. Pour retrouver Haemi, Jongsu ne dispose que des bribes de récit qu’elle a laissé échapper pendant leur brève liaison. La jeune fille l’a d’abord impressionné en mimant l’épluchage et la consommation d’une mandarine. Cette scène charmante est la matrice du film : la mandarine n’existe que parce que Haemi en a décidé ainsi et qu’elle est douée d’assez de talent pour faire admettre cette décision à ceux qui l’entourent. Haemi est une artiste. Jongsu ne l’est pas encore et, en même temps qu’il cherche son amie disparue, il lui faut décider du récit de sa disparition, devenir un auteur de fiction. Une fiction assez proche de la réalité pour ne pas nier celle-ci, assez nourrie d’imaginaire et d’idéal pour donner un sens aux faits.
Pour Lee Chang-dong, homme politique (il a été ministre de la culture de son pays, avant d’être placé sur la liste noire des personnalités culturelles, établie par le régime de la présidente Park, récemment chassée du pouvoir), ces faits ont pour nom chômage des jeunes, division de la Corée (la ferme de Jongsu est située sur le 38e parallèle). Leur brutalité, tout comme celle de la lumière hivernale qui, peu à peu, envahit Burning, jusqu’à sa conclusion brutale et virtuose, ne contredit pas la nécessité de la dimension imaginaire ; elle la conforte.

Film coréen de Lee Chang-dong. Avec Yoo Ah-in, Jun Jong-seo, Steven Yeun (2 h 28). Sortie en salle le 29 août. Sur le Web : diaphana.fr/film/burning



                            


                        

                        


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Cannes 2018 : « Euforia », le bonheur d’être deux

Dans la section Un certain regard, Valeria Golino suit avec une tendresse infinie deux frères, dont la maladie de l’un les conduit à se rapprocher.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 09h50
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


Sélection officielle – Un certain regard
En 2013, Valeria Golino, ­actrice de plus de soixante-dix rôles, passait réalisatrice avec un premier film, Miele, qui fut présenté à Cannes : l’histoire d’une jeune femme qui aidait, dans le secret, des malades à mourir. En 2018, l’Italienne revient au Festival pour son deuxième long-métrage, Euforia, sélectionné dans Un certain regard, la même catégorie que le précédent. Le récit, cette fois, de deux frères aux personnalités très différentes, que la maladie de l’un va conduire à se rapprocher et à mieux se connaître.
C’est dire si la mort apporte son ciment aux débuts derrière la ­caméra de Valeria Golino. Il ne faut cependant pas s’y méprendre. Le thème, si grave soit-il, ne sert pas de ferment à une quelconque tristesse larmoyante. Il est, au contraire, le prétexte à une accélération de la vie, dans ce qu’elle peut contenir de meilleur. Elle met en scène, dans Miele et Euforia, cette urgence à laquelle oblige la fin proche.

   


Matteo (Riccardo Scamarcio) et Ettore (Valerio Mastandrea) en font l’expérience, qui sont amenés à se retrouver après des années gâchées à s’éloigner l’un de l’autre. Et pour cause. Enfant de la dolce vita, Matteo vit à Rome, où, devenu entrepreneur à succès, il se dépense sans compter dans les fêtes, le sexe, l’alcool et la cocaïne. Ettore, lui, professeur de collège, n’a jamais quitté la petite ville de province où ils sont nés. Le premier est aussi flambeur et hâbleur que le second est modeste et discret. Pourtant, quand Matteo apprend qu’Ettore est atteint d’une tumeur au cerveau, il n’hésite pas à l’héberger, mettant tout en œuvre pour cacher à son frère et à toute la famille la gravité de la situation : Ettore n’a plus que quelques mois à vivre.

Choc des cultures
L’arrivée de ce dernier dans le grand appartement de Matteo – design dernier cri, tableaux et objets d’art, équipement haute technologie – indique qu’il y a choc des cultures, la silhouette pudique et prudente d’Ettore semblant passer comme une ombre dans ce décor aux murs d’une blancheur immaculée. Un cadre luxueux dont le pendant austère nous apparaîtra plus tard, dans les chambres et les salles d’examen de l’hôpital où la haute technologie aura pour usage, non plus la mise en route de jeux vidéo, mais la détection des cancers. Ettore y aura toujours l’air d’une ombre.

Héritiers d’une enfance complice, Matteo et Ettore finissent par s’abandonner aux confidences, partager des rires, partir en escapade
Quand son frère arrive, Matteo demeure fidèle à ce qu’il est, décide de tout, prend en charge les affaires courantes. L’autre rechigne, veut qu’on lui foute la paix. Héritiers d’une enfance complice dont ils gardent le souvenir, les frangins finissent cependant par s’abandonner aux confidences, partager des rires, partir en escapade. Chacun essayant d’entrer dans l’univers de l’autre, avec ­maladresse ou de manière fallacieuse. Ettore en s’achetant une montre hors de prix sur l’argent de Matteo. Matteo en ingérant des médicaments prescrits à Ettore ou en se faisant opérer des… mollets (qu’ils jugent trop fins). Ces tentatives de rapprochement modulent le ton du film, produisent une variété d’inflexions qui, si diverses soient-elles, demeurent dans une légèreté égale, tant dans l’émotion que dans la drôlerie.

   


Ce pas de deux que jouent les deux personnages principaux du film, Valeria Golino le tient sans jamais lâcher ses acteurs, qu’elle escorte au plus près en plans serrés, les séparant par des champs-contrechamps ou les réunissant dans le cadre, sans jamais en juger aucun, ou préférer l’un à l’autre. Ces deux frères – sur lesquels la réalisatrice pose un regard d’une infinie tendresse, relayé par une mise en scène classique – sont inséparables. « Et si tu n’existais pas/Dis-moi pourquoi j’existerais/Pour traîner dans un monde sans toi/Sans espoir et sans regret. » La ­bande-son de la chanson fredonnée par Joe Dassin au tout début du film (et qui reviendra de façon plus cocasse ensuite) ne dit pas autre chose.

Film italien de Valeria Golino. Avec Riccardo Scamarcio, Valerio Mastandrea, Isabella Ferrari (2 heures). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.paname-distribution.com et www.festival-cannes.com/fr/festival/films/euforia



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ L’histoire d’un toiletteur pour chiens trafiquant à ses heures est l’occasion pour Matteo Garrone d’alerter sur les dérives populistes de son pays.
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Cannes 2018 : « Dogman », farce macabre à l’italienne

L’histoire d’un toiletteur pour chiens trafiquant à ses heures est l’occasion pour Matteo Garrone d’alerter sur les dérives populistes de son pays.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 09h27
 • Mis à jour le
17.05.2018 à 09h29
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Sélection officielle – en compétition
L’histoire de Marcello, toiletteur pour chiens, qui fait de la pâtée avec son ami Simoncino, abruti musculeux récemment sorti de taule. A ce stade éreintant du marathon cannois, avouons honnêtement la tentation préalable, devant un tel « pitch », de classer sans suite, au rayon petite boutique des horreurs ou mieux « Palme Dog ». Le sens du devoir aidant, on évitera cette grossière erreur. D’abord, tout métier a sa noblesse. Ensuite, le réalisateur se nomme Matteo Garrone, et peut nous sortir à tout moment un ­calibre de sa manche. On se souvient évidemment de Gomorra (2008) avec le maestro Toni Servillo, terrifiante chro­nique mafieuse adaptée du livre de Roberto Saviano, interprétée en dialecte napolitain par quelques gâchettes locales, Prix du jury ici même.

        Lire la rencontre :
         

          Marcello Fonte, une vie d’homme et de chien errant



L’avant et l’après sont certes moins connus en France. L’Etrange Monsieur Peppino (2002), pour le meilleur, et Tale of Tales (2015), pour le pire, témoignent en tout cas du tropisme napolitain de ce Romain de naissance (1968), de son goût consommé de la violence farcesque et de la monstruosité, en un mot de son appétence baroque pour une satire saignante de son si beau pays. Vieille tradition locale. Marcello toilette donc les toutous de cette ville maritime hideuse et blafarde, non identifiée mais qu’on subodore périphérique à Naples, amoncellement architectural apocalyptique, où périclitent des jardins d’enfants dévorés par la rouille. Tourbe, plomb, grisaille, misère : amoureux de l’Italie riante, passez votre chemin.
Une horreur supérieure
Or, un jour, Simoncino, récemment libéré, vient frapper à la porte de Marcello. Pas un cadeau, Simoncino. Carrure de lutteur de foire, survêtement jaune malpropre à trois bandes, gueule du type qui a plus d’une case en moins, cocaïné jusqu’à la moelle, aussi bête que brutal, définitivement insensible tant aux vertus du ­dialogue qu’à celles de l’élévation de l’esprit. Tout le contraire de Marcello, petit homme contrefait, voix de fausset, tête italienne antique, le cœur sur la main, les mots doux, amoureux des bêtes, père d’une ravissante fillette.

   


Quand Simoncino ne frappe pas à la porte de Marcello, il frappe sur tout ce qui bouge, y compris à l’occasion sur Marcello
Si Simoncino frappe à la porte de Marcello, c’est que ce dernier se livre, pour arrondir les fins de mois étiques que lui procure son activité de toiletteur canin, au trafic léger de stupéfiants. Et quand Simoncino ne frappe pas à la porte de Marcello, il frappe sur tout ce qui bouge, y compris à l’occasion sur Marcello, terrorisant la ville et entraînant ce dernier dans une spirale délinquante dont le petit homme, par fidélité, paiera les pots cassés en refusant de donner son ami et en passant un long séjour en prison à sa place. Service mal rétribué par Simoncino, sourd à tout sentiment humain autre que le rapport de force, et pour lequel ni morale, ni amitié, ni respect de la vie humaine ne tiennent.
C’est à ce moment, pour ne pas en dire plus avant sa sortie du 11 juillet, que le film bascule dans une horreur supérieure et que nous prenons quant à nous la tangente en évoquant plutôt une séquence antérieure, la toute première du film, dont il y a lieu de penser qu’elle en éclaire brutalement le propos. Intérieur de la boutique Dogman : en très gros plan, un molosse blanc musculeux, babine retroussée, crocs apparents, le corps vibrant de soubresauts, attaque de toute sa puissance le gringalet Marcello, qui s’agite comme un moucheron autour de lui pour lui faire une toilette. Sans la chaîne qui retient le chien, Marcello lui servirait indubitablement d’apéritif. Ironie de la scène, c’est tout le contraire qui se produit. A force de douceurs, de mots d’amour, et de biscuits, Marcello passe le ventilateur sur la bête qui en frétille de plaisir.
Réplique trash de Mussolini
Ce passage de la pure sauvagerie à l’espace transactionnel de la relation est d’autant plus remarquable que ce qui est vrai du chien ne l’est pas de l’homme qui, pour ainsi dire, lui succède. Croyez bien qu’on déplore le scandale de cette constatation. Mais il suffit de voir Simoncino. Or, voir Simancino, pour trancher le mot et s’excuser platement auprès d’Edoardo Pesce, c’est un peu voir, tant la ressemblance est troublante, une réplique contemporaine, lumpenprolétarisée et trash de Benito Mussolini. L’exaltation de la force, l’ordre unique qui implique la destruction d’autrui, l’abjection voyoucratique et fasciste dans toute sa splendeur. Pire encore, la contagion que l’usage aveugle de cette force finit par exercer chez tous les personnages du film.
Mais de quel pays lointain nous parle donc Matteo Garrone ? Du sien sans doute, où les deux partis vainqueurs des dernières élections législatives italiennes sont le parti populiste M5S et la Ligue d’extrême droite. Plus largement peut-être de notre continent, où l’ombre totalitaire progresse chaque jour, enrégimentant partout les Simoncino. Autant aller voir dès que possible la farce macabre de Garrone pour savoir exactement, si ça continue comme ça, ce qui nous attend.

Film italien de Matteo Garrone. Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria (1 h 42). Sortie en salle le 11 juillet. Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/dogman



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ La présence sur la Croisette de l’acteur de « Dogman », de Matteo Garrone, tient autant du réalisme le plus brut que de la fable.
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édition abonné


Cannes 2018 : Marcello Fonte, une vie d’homme et de chien errant

La présence sur la Croisette de l’acteur de « Dogman », de Matteo Garrone, tient autant du réalisme le plus brut que de la fable.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 09h26
 • Mis à jour le
17.05.2018 à 09h29
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

Si les vicissitudes de la vie vous font croiser un perroquet, voltigeant autour du Vésuve, parlez-lui de Marcello Fonte. L’oiseau vous contera peut-être, avec un brin de nostalgie, l’histoire de leur amitié. Comment cet acteur efflanqué, pour mater la solitude qui l’assaillait sur le tournage de L’Intrusa (2017), de Leonardo Di Costanzo, accueillit le volatile dans sa chambre d’hôtel, après l’avoir acquis chez un animalier napolitain. Comment il ne le mettait en cage que lorsqu’ils allaient prendre le café, en terrasse. Comment enfin, au bout de deux mois de ce curieux ménage, il rendit l’oiseau à sa liberté.

Point de perroquet dans la chambre du palace cannois qu’occupe, pour quelques nuits, le comédien. Mais deux paparazzi, documentant les temps forts de son séjour pour la presse transalpine. L’animal, en l’occurrence, ce serait plutôt lui – de ceux qui peuplent les faits divers comme les contes de fées. Car la présence sur la Croisette de Marcello, qui porte le Dogman, de Matteo Garrone, sur ses frêles épaules, tient autant du réalisme le plus brut que de la fable – soit les deux mamelles de l’auteur de Gomorra (2008) et de Tale of Tales (2015).
Matteo Garrone, cinéaste : «  Son jeu, frais et minimal, absorbe les mille vies qu’il a vécues »
C’est encore le cinéaste, du reste, qui en parle le mieux : « Comme les grands ­acteurs du muet, Marcello fait passer toute une palette d’émotions d’un simple clignement d’œil, assure Garrone. Son jeu, frais et minimal, absorbe les mille vies qu’il a vécues. » Enfance dans les taudis de Reggio di Calabria, à l’extrême pointe de la Botte. Le père, paysan, cabotine à travers champs : « Papa était un ­acteur-né, jure le fiston. S’il était encore en vie, il serait à ma place sur le tapis rouge. » La mère, aujourd’hui lestée de 80 printemps, porte la culotte : « C’était l’homme de la maison. Je voulais jouer de la musique,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ A la Quinzaine, le Japonais Mamoru Hosoda évoque, en animation, les émois des premières années.
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Cannes 2018 : « Miraï, ma petite sœur », un précis de l’enfance

A la Quinzaine, le Japonais Mamoru Hosoda évoque, en animation, les émois des premières années.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 08h51
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
La fiction traditionnelle ayant du mal à diriger les très jeunes enfants, c’est au cinéma d’animation que revient souvent la prérogative de saisir la mobilité particulière du bas âge, instinctive et pleine de grâces. L’animation japonaise s’en est fait une spécialité. Après des fleurons du genre comme Mon voisin Totoro (1988), de Hayao Miyazaki, ou Le Tombeau des lucioles (1988), d’Isao Takahata, c’est au tour de Mamoru Hosoda (Summer Wars, Le Garçon et la Bête), fer de lance d’une nouvelle génération d’animateurs, de se prêter à l’exercice avec son dernier long-métrage, au programme de la Quinzaine.
Kun, petit garçon enjoué, assiste à l’arrivée dans son foyer de Miraï (prénom qui signifie « l’avenir »), sa petite sœur, un nourrisson qui accapare désormais toute l’attention de ses parents. Dérangé et jaloux, Kun va devoir apprendre à lui faire une place. Miraï, ma petite sœur retrace ainsi le processus émotionnel qui mène dou­cement le petit garçon du rejet à l’acceptation, qui n’est autre que la création d’un lien affectif envers cette sœur importune.
Tranches de vie
La beauté du film, qui ne sort presque pas du périmètre de la maison, tient à son observation fine des gestes, attitudes et expressions de la petite enfance : descendre un escalier, faire du vélo, réclamer l’attention des adultes, piquer une grosse colère… Autant de tranches de vie qui composent un ­précis du comportement enfantin. Sentant là une forme de restriction, Hosoda a cru bon d’étayer son étude avec des passages fantasmagoriques qui complexifient inutilement la fiction.

   


Miraï n’en demeure pas moins un film émouvant, par le caractère réciproque qu’il confère à l’apprentissage. Car il ne revient pas seulement au bambin farouche d’apprendre à partager, mais aussi aux parents inexpérimentés d’assimiler leurs rôles d’éducateurs, ce qui n’a rien d’évident (notamment pour le personnage, assez rare, du père au foyer). Ici, l’enfance ne désigne pas seulement un âge, mais aussi le tâtonnement universel des premières fois.

Film d’animation japonais de Mamoru Hosoda (1 h 38). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.mirai-lefilm.com/presse et www.quinzaine-realisateurs.com/film/mirai



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Dans la section Un certain regard, le cinéaste chinois Bi Gan nous perd dans son polar entre rêve et réalité.
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Cannes 2018 : « Un grand voyage vers la nuit », une quête psycho-poétique

Dans la section Un certain regard, le cinéaste chinois Bi Gan nous perd dans son polar entre rêve et réalité.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 08h31
 • Mis à jour le
17.05.2018 à 08h46
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Sélection officielle – Un certain regard
On découvrait en 2016 le fulgurant et miraculeux Kaili Blues, qui fit voir en Bi Gan – jeune ciné-poète de 27 ans, fils d’une coiffeuse et d’un chauffeur de taxi de la région pauvre et lointaine du Ghizou – rien de moins que la relève du cinéma d’auteur ­chinois. Etait-il seulement possible de ne pas être déçu au virage, si souvent fatal, du deuxième long-métrage ?
Il y a dans Un grand voyage vers la nuit (Di qiu zui hou de ye wan) trop de talent et de virtuosité pour qu’on l’affirme avec sérénité. Il n’en ­demeure pas moins que quelque chose ici a bougé, poussant le ­curseur poétique plus loin que le précédent film, au point de ­perdre tout lien avec le réel, signe toujours inquiétant au cinéma, et de se perdre ipso facto soi-même dans ce désir osten­tatoire d’étrangeté et d’ailleurs. ­Il reste à Bi Gan suffisamment d’atouts dans sa manche pour que l’on considère non seulement avec attention, mais aussi admiration, son nouveau film.
Le récit affecte en surface la forme d’un polar classique
Pour autant qu’il soit possible avec un tel atomiseur de récit – la vraie famille de Bi Gan se trouve du côté des Andreï Tarkovski, ­David Lynch, Apichatpong ­Weerasethakul –, tentons d’en donner l’argument. Ce serait l’histoire d’un homme, Luo, ­possiblement tueur à gages, qui revient dans sa ville natale et se met à la recherche d’une femme jadis aimée, Wan Quiwen.

   


Le récit affecte en surface la forme d’un polar classique – enquête d’un type souvent sonné qui ­tâtonne dans la nuit, voix off intérieure et mélancolique qui ­déroule ses pensées –, mais se situe à l’évidence du côté de la quête psycho-poétique. De fait, on pense à La Gravida en voyant ce film, ce roman de Wilhelm ­Jensen qui décrit l’obsession d’un archéologue pour un bas-relief représentant une femme qui marche, et qui va apparaître à plusieurs reprises, au cours de sa vie, sous forme tantôt de rêve, tantôt de réalité. On sait la ­fortune qu’eut le roman auprès de Sigmund Freud et des sur­réalistes, et c’est bien dans leur sillage que ce film semble avoir tissé sa songeuse et équivoque atmosphère.
Embardée conceptuelle
Horloge mystérieuse, photographie d’une femme cachée ­dedans, murs lépreux, mort du père, réminiscences d’une femme en robe de satin vert dont le souvenir vacillant motive la recherche du héros. Entre rêve et réalité, les figures du passage abondent : tunnels, grottes, mines, couloirs, ruissellements aqueux, nappes musicales ­brumeuses, montres, trains, et ces panoramiques alanguis qui ne cessent de nous faire passer d’un décor, d’une scène, d’un personnage à l’autre.
Rêve-t-on, veille-t-on ? Il est à supposer que le but réel du film est, à la longue, d’ôter au spectateur l’envie de se poser la question, et de plonger à son tour dans le courant de semi-conscience qui l’emportera le plus loin possible. A cet égard, Bi Gan renouvelle à mi-parcours le coup de force de son film précédent, en mettant au point un plan-séquence ­démentiel qui suit les déambulations de son héros, et dont on n’a pas eu la présence d’esprit (on y verra un bon signe) de vérifier s’il dépassait les quarante minutes de Kaili Blues.
Celui-ci est en tout cas nocturne et se complique d’une troisième dimension impromptue à laquelle les lunettes distribuées à l’entrée du film permettent d’accéder. Eu égard à l’absence d’agrément et de valeur ajoutée qu’apporte ici la 3 D, on est tenté de voir dans cette idée une embardée conceptuelle, un surlignage poétique qui ne s’imposait pas. Nul n’avait eu besoin de 3D pour savoir, en sortant de la séquence similaire de Kaili Blues, qu’il venait d’éprouver une autre dimension du cinéma.

Film chinois de Bi Gan. Avec Tang Wei, Huang Jue, Chang Sylvia (1 h 50). Sortie en salle le 22 août. Sur le Web : www.bacfilms.com/distribution/fr/films/long-days-journey-into-night et www.festival-cannes.com/fr/festival/films/di-qiu-zui-hou-de-ye-wan



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le troisième film de la réalisatrice italienne Alice Rohrwacher est présenté en compétition à Cannes. Sous la forme d’un conte, il brosse le portrait d’un jeune paysan candide appelé Lazzaro.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le premier film de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt a reçu le Grand Prix Nespresso. Félix Maritaud a été distingué pour son rôle dans « Sauvage ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 16/05/2018
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Cannes 2018 : la Semaine de la critique couronne « Diamantino »

Le premier film de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt a reçu le Grand Prix Nespresso. Félix Maritaud a été distingué pour son rôle dans « Sauvage ».



Le Monde
 |    16.05.2018 à 22h13
 • Mis à jour le
17.05.2018 à 10h26
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Véritable « pop fiction », hommage aux grandes comédies hollywoodiennes d’Howard Hawks, parodie de la société du spectacle, film politique nourri de multiples références littéraires, de l’actualité la plus brûlante, Diamantino a été couronné, mercredi 16 mai à Cannes, par le « Grand Prix Nespresso ». Les deux réalisateurs, Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt, tous deux nés en 1984, étaient émus aux larmes en recevant la récompense des mains du président du jury de la Semaine de la critique, le réalisateur Joachim Trier, aux côtés de l’acteur Carloto Cotta, du même âge. Le comédien, égérie du cinéma d’auteur portugais, héros du film Tabou, de Miguel Gomes (2012), incarne dans Diamantino un personnage aussi naïf que généreux : une star déchue du football qui se retrouve malgré lui au centre d’une machination politique et xénophobe, dont les ficelles sont tirées par ses sœurs jumelles maléfiques.

        Lire la critique de « Diamantino » :
         

          Un ovni pop et déjanté




   


Parallèlement, Diamantino, dont la ressemblance est frappante avec le joueur Cristiano Ronaldo, adopte un jeune adolescent réfugié, d’origine africaine, sans se douter qu’il s’agit d’une policière déguisée en garçon, inflitrée chez lui pour mieux enquêter sur une potentielle évasion fiscale – la formidable Cleo Tavares. C’est comme si James Bond avait pris la tangente du cinéma d’avant-garde, populaire et cultivé, avant de laisser la place à un agent secret féminin.

   


Le Grand Prix qui récompense cet ovni cinéphilique est à la hauteur de l’accueil enthousiaste qu’avait reçu ce premier film au moment de sa projection cannoise. Diamantino symbolise aussi le signe de la vitalité du cinéma portugais, en dépit de moyens dérisoires et d’une politique dite de « soutien au cinéma », qui fait plutôt la part belle aux productions télévisées.

Félix Maritaud récompensé pour son interprétation
Autre récompense très attendue, en cette 57e édition de la Semaine de la critique, le (nouveau) « prix Fondation Louis-Roederer de la révélation » qui vise à mettre en lumière un ou une interprète. C’est Félix Maritaud, qui incarne un prostitué dans Sauvage, premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet, qui l’a emporté sans grand suspense, tant la prestation du jeune comédien a été saluée à la fois par la critique et par les festivaliers.

        Lire le portrait :
         

          Les corps- à-corps de Félix Maritaud




   


Héros solaire de ce film très documenté sur la prostitution de rue, Félix Maritaud – qui avait un rôle secondaire dans 120 battements par minute, de Robin Campillo, Grand Prix à Cannes en 2017 – est Léo : jeune homme précaire, il survit grâce à la prostitution et ne semble pas vouvoir en sortir, même quand l’occasion se présente pour lui d’avoir une vie stable. D’errance en errance, de passes en plans plus ou moins hasardeux, Léo est surtout en quête d’amour. Il ne refuse pas d’embrasser les hommes qui le paient. Le film a bouleversé la Croisette.

        Lire la critique de « Sauvage » :
         

          Léo, prostitué en mal d’amour



Rohena Gera et Benedikt Erlingsson distingués
Deux autres longs-métrages ont été distingués, sur les sept films qui étaient sélectionnés. Sir (Monsieur), de Rohena Gera, a obtenu le « prix Fondation Gan à la diffusion ». Ratna est domestique chez Ashwin, le fils d’une riche famille de Bombay : deux mondes et deux êtres vont cohabiter, s’effleurer… Par ailleurs, le « prix SACD » (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) a été donné à Woman at War (Kona fer i strid), de Benedikt Erlingsson, conte écologique à l’humour décalé.

        Lire la critique de « Woman at War » :
         

          Un « Peau d’âne » de l’écologie




        Lire les portraits de réalisatrices, dont Rohena Gera :
         

          Elles font leurs premières armes à Cannes



Le « prix Canal+ du court-métrage » a été reçu par le film franco-algérien Un jour de mariage (A Wedding Day), d’Elias Belkeddar et le « prix découverte Leica ciné du court-métrage » par le film grec Hector Malot : The Last Day of the Year, de Jacqueline Lentzou. Autant de prix qui reflètent la qualité et la diversité de cette 57e édition de la Semaine de la critique.
Sur le Web : www.semainedelacritique.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Entre conte et film de super-héros, l’Islandais Benedikt Erlingsson signe un long-métrage à l’humour décalé, projeté à la Semaine de la critique.
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Cannes 2018 : « Woman at War », un « Peau d’âne » de l’écologie

Entre conte et film de super-héros, l’Islandais Benedikt Erlingsson signe un long-métrage à l’humour décalé, projeté à la Semaine de la critique.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 15h02
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 15h27
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Semaine de la critique
Woman at War (Kona fer i strid) n’est pas seulement un film de super-héros converti à l’environnement. En l’occurrence, une super-héroïne qui n’a plus 20 ans, incarnée par une comédienne impressionnante dont le nom, islandais, l’est tout autant : Halldora Geirhardsdottir. Le deuxième long-métrage de l’Islandais Benedikt Erlingsson, sélectionné à la Semaine de la critique, est un conte politique qui ne se prend pas au sérieux. « Il n’y a pas de sexe, et pas de sang », avait prévenu pince-sans-rire le réalisateur, auteur de Des chevaux et des hommes (2013).
C’est l’humour décalé de ce film, servi sur un plateau de l’Islande par l’actrice au regard limpide comme un torrent, qui en fait tout le sel – on ne dira pas d’aluminium. Halla, la cinquantaine, se bat contre un géant de l’aluminium justement, qui dénature le sublime paysage de lande et pollue sa terre. A l’aide d’un simple câble télescopique, Halla sectionne les installations et, bien évidemment, bloque tout le circuit de production de l’usine. Elle joue à cache-cache avec les drones qui aussitôt se mettent à chercher l’intruse.
Mystérieuse « femme des bois »
La télévision et les gazettes parlent de la mystérieuse « femme des bois », comme le reporter Fandor, alias Jean Marais, chroniquait les exploits de Fantômas, au début des années 1960. Puis, l’air de rien, Halla retrouve ses élèves pour la chorale. Officiellement, elle est professeure de chant. Elle attend aussi de savoir si elle va pouvoir adopter une petite fille en Ukraine, et ce n’est pas qu’un détail dans le scénario.

   


Dans le décor singulier de ce film, il ne faut pas oublier le groupe de musiciens de free jazz. Témoins et complices muets d’Halla l’activiste, ils se mettent subitement à jouer et deviennent la partition musicale du film. Comme ces artistes qui donnent des concerts et soutiennent la « cause ». Sur sa route, plutôt solitaire, Halla trouve un « frère » en la personne d’un paysan écolo. Mais elle cache ses activités clandestines à sa sœur jumelle, professeure de yoga, jusqu’au jour où… Les « seconds rôles » accompagnent le scénario et ses rebondissements jusqu’à la dernière image qui nous ramène au sujet central, l’écologie.
Halla, c’est Peau d’âne au XXIe siècle. Le temps d’une fugue, pour se fondre dans le paysage, Halla devient « Peau de mouton », récupérant la peau de l’animal mort abandonné sur la lande. L’héroïne n’a pas la baguette magique de Catherine Deneuve dans le film de Jacques Demy (1970), et son ennemi n’est pas son père (Jean Marais), mais une multinationale. Les temps ont changé, les récits d’émancipation aussi.

Film islandais, français et ukrainien de Benedikt Erlingsson. Avec Halldora Geirhardsdottir, David Thor Jonsson, Magnus Trygvason (1 h 41). Sortie en salle le 4 juillet. Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/woman-at-war-3 et www.semainedelacritique.com/fr/edition/2018/film/konaferi-stri



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires de Lance Armstrong et de Cate Blanchett, Marc Beaugé scrute celui de l’actrice, membre du jury du Festival de Cannes.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ En ce huitième jour, le 71e Festival de Cannes accueille en compétition l’Italien Matteo Garrone (« Dogman ») et le Coréen Lee Chang-dong (« Burning »).
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La gazette de la Croisette : des chiens, un chat, Whitney Houston et John Travolta

En ce huitième jour, le 71e Festival de Cannes accueille en compétition l’Italien Matteo Garrone (« Dogman ») et le Coréen Lee Chang-dong (« Burning »).



Le Monde
 |    16.05.2018 à 13h04
 • Mis à jour le
17.05.2018 à 11h11
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
Ce mercredi 16 mai, huitième jour de la bataille pour la Palme d’or, est placé sous le signe des animaux domestiques. Dans le film coréen de Lee Chang-dong, Burning, c’est un chat (dont on se demande au début s’il existe vraiment) que confie la jeune Haemi, l’un des personnages, à son ancien voisin Jongsu, pendant un voyage en Afrique, avant que l’intrigue ne bascule dans un thriller inquiétant. Dans l’autre long-métrage en compétition aujourd’hui, Dogman, de Matteo Garrone (Italie), il est question de chiens, ceux dont s’occupe l’un des protagonistes, Marcello, toiletteur de son état, incarné par l’acteur Marcello Fonte.

Pour ce qui est des participations à la sélection officielle cannoise, il s’agit plutôt de deux habitués de la Croisette. Lee Chang-dong a déjà présenté deux films en compétition, Secret Sunshine en 2007 et Poetry en 2010, qui lui a valu le prix du scénario. Matteo Garrone, quant à lui, a déjà trois participations à son actif, avec Gomorra en 2008, Reality en 2012 et Tale of Tales (Il Racconto dei racconti, Le Conte des contes) en 2015, et a remporté deux Grands Prix (pour Gomorra et Reality).

Retour sur deux belles rencontres avec des acteurs : l’Américain John David Washington, « fils de Denzel et de Spike » (Lee), à l’affiche dans BlacKkKlansman, pour notre critique Thomas Sotinel, et l’Italien Adriano Tardiolo, le jeune Lazzaro du film d’Alice Rohrwacher, pour notre journaliste Aureliano Tonet.
DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
A la Quinzaine des réalisateurs, notre critique Mathieu Macheret a apprécié le nouveau film du réalisateur français Philippe Faucon, Amin, qui est « venu illuminer la dernière ligne droite de cette 50e Quinzaine » avec une histoire de personnages en déshérence affective qui vont se rapprocher et s’aimer, incarnés par Emmanuelle Devos, Moustapha Mbengue et Marème N’Diaye.

Dans la programmation de l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion), Clarisse Fabre a aimé le film du jeune réalisateur français Clément Schneider, Un violent désir de bonheur, une parabole sur les révolutions d’hier et d’aujourd’hui.

ON ATTEND AUJOURD’HUI :
La musique sera à l’honneur avec trois événements de ce mercredi 16 mai. A 16 h 45, se tiendra le troisième des quatre rendez-vous avec des acteurs et réalisateurs, qui accueillera l’acteur et producteur américain John Travolta pour une discussion avec le public. A 21 h 30, dans le cadre de la programmation du Cinéma de la plage, sera projetée la comédie musicale de Randal Kleiser, Grease (1978), avec le même John Travolta et Olivia Newton-John, en présence de l’acteur. Enfin, à 0 h 15, sera présenté hors compétition en séance de minuit le documentaire de Kevin Macdonald, Whitney, consacré à la chanteuse Whitney Houston, morte en février 2012 à l’âge de 48 ans.


        Lire la gazette de la Croisette (15 mai) :
         

          La guerre sociale de Brizé et la « Guerre des étoiles » d’Howard






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ A la Quinzaine, le cinéaste Philippe Faucon s’attache à des personnages en déshérence affective qui vont se rapprocher et s’aimer.
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Cannes 2018 : « Amin », un regard à hauteur d’humanité

A la Quinzaine, le cinéaste Philippe Faucon s’attache à des personnages en déshérence affective qui vont se rapprocher et s’aimer.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 10h55
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 14h00
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
C’est le titre le plus court d’une carrière qui n’en manque pourtant pas : Amin, quatre lettres qui ornent avec sobriété, comme un cartel au bas d’un tableau, le dernier long-métrage de Philippe Faucon, venu illuminer la dernière ligne droite de cette 50e Quinzaine des réalisateurs. Des titres qui se résument souvent à un prénom, nu et isolé, nous rappelant que l’art du cinéaste est avant tout celui du portrait – des portraits qui ouvrent une fenêtre de représentation aux « invisibles » de la société française, qu’il s’agisse des jeunes marginaux (Sabine, 1992) ou de figures issues de l’immigration (Samia, 2000 ; Fatima, 2015). Mais ces titres nous disent autre chose, plus essentiel : qu’un film, avant de « raconter » une histoire ou de « traiter » un sujet, peut s’attacher à la personne et chercher à en restituer la présence particulière.
Amin (Moustapha Mbengue), ouvrier journalier sur les chantiers de construction, vit en France, à Saint-Denis, dans un foyer de travailleurs immigrés. Il vient du Sénégal et s’apprête à y retourner pour un bref séjour, afin d’y acheminer le fruit d’une collecte qui doit financer l’école du village. Sur place, il retrouve sa femme Aïcha (Marème N’Diaye) et ses trois enfants, qui disent tous souffrir de son absence. De retour à Paris, Amin est employé pour des travaux d’aménagement dans la maison de banlieue d’une infirmière, Gabrielle (Emmanuelle Devos). Celle-ci, divorcée, partage la garde d’une petite fille avec un ex-mari acariâtre et querelleur. Amin et Gabrielle, en déshérence affective, vont se rapprocher, s’aimer. Ce ne sera ni une relation amoureuse planifiée, ni une simple histoire de sexe : un accueil mutuel total.
Ce ne sera ni une relation amoureuse planifiée, ni une simple histoire de sexe : un accueil mutuel total
Ce n’est pas le récit d’une union par-delà les conditions sociales qui intéresse le film, mais un motif plus vaste : celui de la séparation qui définit, assez généralement, la condition de l’individu dans le monde contemporain. Amin et Gabrielle ont en commun qu’ils sont des êtres « séparés », à cause du déracinement lié aux flux migratoires pour l’un, de l’isolement lié à la parcellisation de la vie moderne pour l’autre. Cette séparation n’est pas seulement affective, elle est aussi et surtout physique. Elle concerne les corps, la distance qui s’établit entre eux, le manque de chaleur qu’ils finissent par éprouver. Aïcha se languit physiquement d’Amin et le lui exprime pour le convaincre de rester auprès d’elle. De même, le rapprochement entre Amin et Gabrielle se traduit par la nudité et le contact des corps, par l’étreinte.

   


Philippe Faucon trouve dans ce motif des corps séparés une occasion d’exercer son talent particulier, qui consiste à modeler des présences singulières. Refusant l’artifice et les conventions de jeu, le cinéaste a déniché des acteurs amateurs proches de leurs rôles (ici Moustapha Mbengue, qui a connu le même parcours que son personnage ; comme Soria Zeroual, l’interprète de Fatima, qui revient pour une apparition clin d’œil), et de les mélanger avec des professionnels débutants ou peu identifiés, afin de créer des incarnations uniques. La particularité d’Amin repose, cette fois, sur le recours à une comédienne chevronnée, Emmanuelle Devos, qui prête sa merveilleuse originalité à l’approche réaliste de Faucon.
Un érotisme franc et pudique
Approche qui réunit toujours les mêmes facultés saisissantes : un regard à hauteur d’humanité, prêtant attention aux visages, à la musicalité des voix, à la vérité des accents, aux faits et gestes quotidiens, mais aussi une temporalité imperturbable, sertissant l’apparition de chaque personnage. Toutes choses qui n’avaient pourtant jamais atteint, jusqu’alors, un tel degré de sensualité : la douche d’Aïcha, les scènes de lit, l’union des corps blanc et noir, l’entrevue d’un ouvrier avec une prostituée marquent autant de touches d’un érotisme à la fois franc et pudique, qui célèbre la beauté frémissante de ses personnages.
La grande force du film réside dans son ouverture à tous les parcours, à toutes les trajectoires, aux seconds rôles qui jouxtent celui du protagoniste. Les déboires d’un ouvrier algérien, les abus répétés des employeurs, les affres d’un divorce, le voisinage du village sénégalais enrichissent par touches pointillistes la sphère d’existence d’Amin. L’art du portrait selon Faucon ne consiste pas tant à hausser un personnage par-dessus les autres qu’à le replacer dans le faisceau complexe des dimensions qui composent son quotidien. Car, ici, l’être n’est rien s’il n’est aussi rempli des autres.

Film français de Philippe Faucon. Avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos, Marème N’Diaye (1 h 31). Sortie en salle le 3 octobre. Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/amin.html et www.quinzaine-realisateurs.com/film/amin



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ A 33 ans, l’acteur afro-américain se révèle dans « BlacKkKlansman », en compétition pour la Palme d’or.
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Cannes 2018 : John David Washington, fils de Denzel… et de Spike

A 33 ans, l’acteur afro-américain se révèle dans « BlacKkKlansman », en compétition pour la Palme d’or.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 10h41
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Pendant le tournage de BlacKkKlansman, « oncle Spike est devenu papa Spike ». A 33 ans, John David Washington n’exerce que depuis peu le métier d’acteur, mais l’auteur de Do the Right Thing, qui a dirigé son père, ­Denzel Washington, dans ­Malcolm X, n’était pas un inconnu pour lui. Aujourd’hui, il lui porte une dévotion filiale.

A 6 ans, le petit John David a fait une apparition en écolier de ­Harlem dans la biographie du dirigeant noir assassiné en 1965. « Ensuite, j’ai vu Spike Lee de temps à autre. Le lien s’est noué sur le plateau, il est devenu comme un autre père pour moi. C’est une légende, et il a cru en moi. Quand une­ ­légende croit en vous, ça rend ­capable de faire son métier avec une fluidité, une confiance que je n’avais jamais eue. »
Malgré ses débuts tardifs, la vocation d’acteur de John David Washington est ancienne : « Je devais avoir 4 ans quand j’ai vu mon père jouer Richard III au festival Shakespeare In The Park, à New York. » Pendant son enfance, son adolescence, il a avalé des films, sur cassette, sur DVD, à commencer par ceux dans lesquels apparaissait Denzel Washington : « Glory [d’Edward Zwick sur une unité afro-américaine de l’armée fédérée pendant la guerre de Sécession, sorti en 1989], par exemple. Je l’ai regardé si souvent que je savais les dialogues par cœur et que la bande de la VHS a fini par casser », se souvient-il.
John David Washington, acteur : « Le cinéma me permettait d’échapper à la brutalité et la cruauté du monde du sport »
Ensuite son parcours est passé par les terrains de football américain. Ses prouesses de « running back » au lycée lui ont valu d’intégrer l’équipe de l’université de Morehouse à Atlanta. De 2006 à 2012, il a joué en professionnel. « Même et surtout à cette époque, je n’ai jamais arrêté d’être un cinéphile. J’avais beaucoup de temps libre et le cinéma me permettait...




                        

                        

