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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ La dessinatrice Fujita met au centre de son histoire des personnages japonais passionnés de pop culture qui souffrent encore parfois d’une mauvaise réputation dans les mangas.
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« Otaku otaku » : le manga qui parle des geeks japonais avec tendresse

La dessinatrice Fujita met au centre de son histoire des personnages japonais passionnés de pop culture qui souffrent encore parfois d’une mauvaise réputation dans les mangas.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 10h01
    |

            Pauline Croquet








                        



   


A l’instar des anglicismes « nerd », « no-life » ou « geek », l’expression japonaise « otaku » désigne des personnes passionnées (omnubilées diront certains) par des œuvres de fiction et de pop culture et qui passent le plus clair de leur temps chez elles. Souvent représentés dans l’imaginaire comme des asociaux pros de l’informatique et incapables de parler d’autre chose que de jeu vidéo ou de BD, les geeks ont fini par se tailler eux-mêmes une place de choix dans les séries et les films, à tel point que certains nerds des expressions langagières parviennent à saisir la nuance entre les trois labels.
En même temps que ces expressions et leurs représentants gagnaient en popularité, le terme « otaku », lui, conservait quelque connotation négative. En Occident, où certains fans de mangas, animes et autres œuvres venues du Japon se proclament « otaku » pour se distinguer des fans de pop culture anglo-saxonne, d’autres préfèrent bannir l’expression. Parce que les personnages otaku restent en grande majorité dépeints péjorativement dans les mangas où ils sont parfois représentés comme des parasites ou des inadaptés sociaux. Pourtant, « le phénomène otaku ne relève plus aujourd’hui de la marginalité »,  constatait-on déjà il y a dix ans dans les colonnes du Monde.

   


Tandis qu’il est souvent cantonné à un rôle de figurant masculin, la dessinatrice Fujita lui rend au contraire hommage dans son manga, plébiscité par sa communauté en ligne avant d’être publié au Japon en 2015 par l’éditeur Ichijinsha. Cette mauvaise image de l’otaku est d’ailleurs au centre de l’histoire. Narumi est une fan de mangas mettant en scène des histoires d’amour entre hommes, et Hirotaka est passionné de jeux vidéo. Amis d’enfance, ils se retrouvent par hasard, à 26 ans, à travailler dans la même entreprise. Si Hirotaka se fiche de l’avis des autres, Narumi tait sa passion pour ne pas paraître bizarre et ne pas faire fuir ses prétendants. Aux côtés de quelques collègues et confidents, les deux amis vont nouer une relation sentimentale inopinée laissant également les lecteurs s’attacher peu à peu aux personnages.

   


Découpé en saynètes pouvant parfois un peu désorienter le lecteur, ce manga est à la fois une BD sociétale réussie et un concentré de références de pop culture japonaise allant d’Evangelion à Pokémon. A travers une traduction universelle et des notes explicatives, l’éditeur français Kana a également pris soin de ne pas en faire un ouvrage pour initiés. Les dialogues entre femmes et hommes y sont sincères, réalistes et décomplexés, chose encore assez rare dans les mangas sentimentaux. Jeunes actifs, les héros oscillent entre une vie de bureau banale et une vie privée rythmée par les sorties dans les bars et les conventions consacrées à leurs passions. En ne chosifiant aucun des personnages, la mangaka Fujita réussit également à adresser sa série à un public masculin comme féminin.
Otaku otaku, de Fujita, tome 1 sorti le 20 avril, éditions Kana, 128 pages, 5,95 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Husch Josten, Kim Leine, A. G. Lombardo, Matthew Neill Null, Mohamed Mbougar Sarr, Jane Smiley : ils seront aux AIR alors que leur nouveau livre paraît. Critiques.
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Assises du roman : les parutions d’auteurs invités

Husch Josten, Kim Leine, A. G. Lombardo, Matthew Neill Null, Mohamed Mbougar Sarr, Jane Smiley : ils seront aux AIR alors que leur nouveau livre paraît. Critiques.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
17.05.2018 à 10h34
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Julie Clarini, 
Raphaëlle Leyris et 
                                Macha Séry








                        



                                


                            La terreur et l’angoisse
Wittgenstein à l’aéroport (Hier sind Drachen), de Husch Josten, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary, Grasset, « En lettres d’ancre », 190 p., 18 €.
« Ici sont les dragons », annonce le titre allemand, reprenant une expression qui désignait les zones non explorées sur des cartes des XVe et XVIe siècles. C’est pourtant un monde connu que décrit l’Allemande Husch Josten dans son premier roman traduit en français, Wittgenstein à l’aéroport : il se déroule le 14 novembre 2015, alors que Caren attend à l’aéroport londonien d’Heathrow son vol pour Paris, frappé la veille par les attentats, sur lesquels cette journaliste britannique doit faire un reportage. Les actes terroristes sont des jalons de son existence : elle était adolescente lors de la première attaque, en 1993, contre le World Trade Center, et l’événement l’avait rendue mutique ; elle travaillait comme stagiaire dans une des tours jumelles le 11 septembre 2001 et n’a dû son salut qu’à un détour fait pour acheter des bagels ; en avril 2013, elle participait au marathon de Boston lors duquel deux bombes ont explosé. En janvier 2015, sa rédaction l’a envoyée à Paris après le massacre à Charlie Hebdo, et c’est alors qu’elle a commencé à s’interroger sur le hasard et la destinée, ainsi qu’à éprouver des crises d’angoisse. Elle est du reste en train d’en affronter une lorsque le roman s’ouvre. Pour se changer les idées et passer le temps alors que le départ de son avion est retardé et que les équipes de sécurité semblent de plus en plus inquiètes, elle se met à discuter avec son voisin, versé dans la philosophie. Entremêlant les souvenirs de Caren, le récit de leurs échanges et celui de l’agitation qui gagne l’aérogare, Husch Josten tisse un roman plein de suspense autant que de questions et d’idées. Elle esquisse ainsi la carte d’un monde où il faut apprendre à vivre en sachant que les dragons sont partout. R....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ L’auteur de « Testament à l’anglaise » (Gallimard, 1995) nous a fait parvenir ce texte, qu’il lira aux Assises internationales du roman.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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« Du comique », une contribution de Jonathan Coe

L’auteur de « Testament à l’anglaise » (Gallimard, 1995) nous a fait parvenir ce texte, qu’il lira aux Assises internationales du roman.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
17.05.2018 à 14h10
    |

                            Jonathan Coe (Ecrivain)








                        



                                


                            
Jonathan Coe (ici en 2011), né en 1961 à Birmingham, est l’auteur, notamment, de Testament à l’anglaise (Gallimard, 1995), de La Maison du sommeil (Gallimard, prix Médicis étranger 1998), ou de La Vie très privée de Mr Sim ­ (Gallimard, 2011). 

« Permettez-moi de commencer par une histoire drôle.
Un homme est introduit dans le cabinet d’un médecin. Celui-ci le regarde gravement et lui dit : “Monsieur Smith, il va falloir cesser de vous masturber.
– Pourquoi ? demande l’intéressé. C’est mauvais pour la santé ?
– Non, mais les patients qui étaient avec vous dans la salle d’attente se sont plaints.”
J’ai toujours aimé cette histoire, non seulement parce qu’elle m’a fait rire la première fois que je l’ai entendue, mais parce que, à mes yeux, elle illustre on ne peut mieux la théorie freudienne de l’humour. Freud croyait en effet que le rire est provoqué par “une économie de dépense psychique”. Alors que des associations d’idées rationnelles nous portent d’un point (soit le point A) à un autre (soit le point Z) par étapes cumulatives, le mot d’esprit est un raccourci qui nous propulse directement de A à Z.
Ainsi, dans notre exemple, nous sommes transportés subitement de l’image visuelle d’un homme en train de se masturber en privé, pratique socialement acceptable, à celle d’un homme en train de se masturber en public, attitude transgressive. L’énergie mentale économisée grâce à ce raccourci psychique s’expulse dans un éclat de voix guttural que nous nommons le rire.
Lire également la rencontre de 2011 : « Faire drôle est une sacrée paire de manches »
Lorsque j’écris, je tiens à ce que mes nouvelles et mes romans soient aussi économiques et efficaces que possible. Je n’aime pas le mou en littérature, et je veux que chaque mot, chaque phrase aient leur utilité. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’aime bien mettre des histoires drôles...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ François Bafoil propose une « psychobiographie » du pionnier de la sociologie (1864-1920), auteur notamment de « L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme ».
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Biographie. Un colosse nommé Max Weber

François Bafoil propose une « psychobiographie » du pionnier de la sociologie (1864-1920), auteur notamment de « L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme ».



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
17.05.2018 à 10h08
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Max Weber. Réalisme, rêverie et désir de puissance, de François Bafoil, Hermann, 434 p., 35 €.

La figure du fondateur de la sociologie moderne, Max Weber (1864-1920), n’a rien perdu de son caractère fascinant. Non seulement parce qu’il a légué une œuvre colossale – connue en France relativement tard, et sélectivement, grâce à Raymond Aron et Julien Freund. Mais aussi parce qu’il était lui-même un colosse, à la fois génial et dépressif, à l’égal de l’autre représentant canonique du tournant de la modernité allemande, Nietzsche.
Alors que l’enquête de Weber sur les travailleurs de l’est de l’Elbe lui a assuré, à 35 ans, une belle réputation académique dans sa place forte universitaire d’Heidelberg, il s’effondre psychiquement et sombre dans l’aphasie scripturale cinq années durant, de 1897 à 1902. C’est dire à quel point Weber constitue le sujet idéal d’une « psychobiographie », ce genre qui s’était quelque peu asséché depuis L’Idiot de la famille, de Sartre (Gallimard, 1971-1972), mais auquel la levée du tabou qui pesait sur l’interpénétration de l’œuvre et de la vie a, semble-t-il, redonné un essor.
Longtemps, pratiquer ce « biographisme » jetait des doutes sur la valeur scientifique du résultat. Comme le prouve l’auteur, François Bafoil, sociologue au CNRS/CERI, cette pudeur est désormais derrière nous.
Il n’hésite pas, par exemple, à montrer comment L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme (1904 ; Plon, 1964) a représenté pour Weber une porte de sortie hors de sa longue crise morale et nerveuse : « La lecture de ces pages, écrit-il, donne le sentiment que Weber est parvenu in fine à construire une explication rationnelle de ses propres tensions, portées par le constat initial que quelque chose a disparu – la cause fondamentale, Dieu, l’enfance – et par l’exigence de l’ascétisme en les sublimant à la hauteur d’un enjeu...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Avec « La Seconde Vie de Mahomet », Nedim Gürsel parcourt treize siècles de littérature européenne autour du prophète de l’islam.
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La légende occidentale de Mahomet

Avec « La Seconde Vie de Mahomet », Nedim Gürsel parcourt treize siècles de littérature européenne autour du prophète de l’islam.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h30
    |

            Marc Semo








                        



                                


                            
La Seconde Vie de Mahomet. Le Prophète dans la littérature, de Nedim Gürsel, CNRS Editions, 254 p., 20 €.

Après sa mort en 632, selon la tradition dans les bras de sa jeune épouse Aïcha, commença la vie légendaire de Mahomet, sous la double modalité d’une « légende dorée » en terre d’islam et d’une « légende noire » dans le monde chrétien. « Dépourvue de toute réalité historique, [celle-ci] ne cessera de hanter l’imaginaire de l’Occident », note le romancier et essayiste Nedim Gürsel, qui parcourt cette autre vie, dans la littérature, du prophète de l’islam.
Evoquer la biographie de Mahomet, dès que l’on quitte le terrain de l’hagiographie, est un exercice à haut risque. Nedim Gürsel l’a appris à ses dépens : en 2009, l’écrivain fut inculpé pour blasphème – puis finalement relaxé – en Turquie, son pays d’origine, à cause des quelques pages de son roman Les Filles d’Allah (Seuil, 2009) où il met en scène le prophète. D’où ce contournement, qui se révèle passionnant par ce qu’il montre de rejet mais aussi de fascination pour la figure de Mahomet. « Ce nom est aujourd’hui emblématique de ce que l’on appelle communément et souvent à tort le “choc des civilisations”, et cela est le résultat d’une longue histoire », souligne-t-il.
Dans le monde byzantin, directement confronté à l’avancée de l’islam, Mahomet est dénoncé comme un hérétique et un imposteur, voire comme l’Antéchrist annoncé par l’Apocalypse de Jean. L’Occident médiéval n’est pas en reste. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, commanditaire de la première traduction du Coran en latin, au XIIe siècle, expliquait qu’il voulait combattre efficacement « l’erreur mahométane, qu’on lui donne le nom honteux d’hérésie ou celui infâme de paganisme ». Et Dante place Mahomet au huitième cercle de son Enfer.
Bienveillants romantiques français
Les Lumières ont une approche plus nuancée,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Sur l’auteur de « Suzanne », le livre de Sylvie Simmons fait référence. Le voici traduit.
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Biographie. Secret Leonard Cohen

Sur l’auteur de « Suzanne », le livre de Sylvie Simmons fait référence. Le voici traduit.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h30
    |

            Bruno Lesprit








                        


I’m Your Man. La vie de Leonard Cohen (I’m Your Man. The Life of Leonard Cohen), de Sylvie Simmons, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Domergue et Françoise Vella, L’Echappée, 512 p., 24 €.

   


Le chanteur et poète canadien Leonard Cohen a suscité, dans la dernière décennie de son existence, une floraison bibliographique, avec au moins une dizaine de biographies, essais et exégèses publiés, flot que sa mort, le 7 novembre 2016, à 82 ans, ne devrait pas tarir. Cet intérêt est tardif puisqu’il avait fallu attendre 1994, soit près de trente ans après ses débuts discographiques, pour que la vie de l’auteur de Suzanne soit pour la première fois racontée – par Ira Nadel (Leonard Cohen. L’homme-paradoxe, Seuil, 1998).
Parue en 2012 et enfin traduite, la biographie de la journaliste américaine Sylvie Simmons, responsable du premier ouvrage en anglais consacré à Serge Gainsbourg, s’est depuis imposée comme référence par le nombre de témoins rencontrés (muses, témoins et collaborateurs au complet, à l’exception du producteur Phil Spector, en prison pour meurtre), la masse de documents rassemblés et la participation active de l’intéressé.
Errances et doutes créatifs
Toutes les exigences de l’exercice à l’anglo-saxonne sont respectées pour narrer le destin singulier de cet enfant de la bourgeoisie juive montréalaise, devenu un poète post-beat reconnu dans son pays avant de débuter – à 32 ans – une carrière dans la chanson. Du Chelsea Hotel new-yorkais à l’île grecque d’Hydra ou au refuge dans un monastère zen, on suit Cohen pas à pas dans ses errances et ses doutes créatifs.
L’auteure, qui cite la mise en garde de Virginia Woolf (« Un biographe peut s’estimer heureux s’il parvient à cerner six ou sept facettes d’une personnalité qui en compte pourtant des centaines »), ne tente jamais de psychologiser ce personnage secret et mystérieux. Mais pas décourageant. N’a-t-il pas écrit : « Il y a une fissure en toute chose. C’est ainsi qu’entre la lumière » ?



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ François Rouquet et Fabrice Virgili restituent toute la complexité, judiciaire et symbolique, d’un moment clé de l’après-guerre.
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édition abonné


Histoire. L’épuration mise au clair

François Rouquet et Fabrice Virgili restituent toute la complexité, judiciaire et symbolique, d’un moment clé de l’après-guerre.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h30
    |

                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Les Françaises, les Français et l’épuration. De 1940 à nos jours, de François Rouquet et Fabrice Virgili, Folio, « Histoire », 840 p., 11,90 €.

Durant les années noires de l’Occupation et du régime de Vichy, pour se détourner un moment de la dureté des temps, beaucoup se projetaient vers le futur. Dans l’espoir de la libération, bien sûr, mais aussi avec la certitude que viendrait alors le châtiment des collaborateurs. C’est ce qu’annonçait Bir-Hakeim, un journal de la Résistance, le 14 juillet 1943, prévenant que « le jour du jugement et de la fessée en place publique » approchait pour les « caméléons » et les « traîtres ». « Jugement », « fessée » : avec un an d’avance s’esquissait l’épuration, dans ses dimensions à la fois judiciaires et symboliques, ces dernières si importantes pour apaiser le pays meurtri. C’est toute la complexité de ce moment, où le soulagement de la sortie de guerre coïncide avec un intense besoin de punition, que restituent François Rouquet et Fabrice Virgili dans une somme enthousiasmante par l’ampleur des matériaux brassés et des perspectives dessinées.
La « revanche patriotique » de l’été 1944
Loin de se cantonner, en effet, à l’établissement des chiffres de condamnations et d’exécutions qui ont tant fait controverse, ils proposent une « histoire populaire de l’épuration », attentive aux émotions des contemporains, ouverte dans l’espace et dans le temps. Dans l’espace d’abord : un chapitre très neuf montre que, bien avant le débarquement de Normandie, l’empire colonial constitue le laboratoire des logiques punitives et réparatrices ensuite déployées en métropole. C’est à Alger, en mars 1944, qu’un procès spectaculaire envoie au poteau d’exécution l’ancien ministre de l’intérieur Pierre Pucheu, message clair adressé au dernier carré des collaborateurs. Mais on voit aussi qu’il faut par endroits tempérer les ardeurs...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Une passionnante enquête sur l’auteure de « La Storia » (1912-1985), signée René de Ceccatty.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
      

Biographie. Elsa Morante, femme libre

Une passionnante enquête sur l’auteure de « La Storia » (1912-1985), signée René de Ceccatty.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h30
    |

                            Florence Noiville








                        


Elsa Morante. Une vie pour la littérature, de René de Ceccatty, Tallandier, 432 p., 21,90 €.

   


Huit ans après sa biographie ­d’Alberto Moravia (Flammarion, 2010), l’écrivain René de Ceccatty s’attaque à celle qui fut son épouse de 1941 à 1962 – date à laquelle le couple se sépara sans divorcer : Elsa Morante. L’auteure de L’Ile d’Arturo (Gallimard, 1963, prix Strega) et de La Storia (Gallimard, 1977) détestait pourtant qu’on la présente ainsi. A juste titre. « A aucun moment de sa vie, Elsa ne s’est pensée autrement qu’indépendante. Aucun lien sentimental et encore moins conjugal ne pouvait justifier la moindre contrainte », écrit son biographe.
C’est cette femme résolument libre, imaginative et intransigeante qu’il met en scène : 73 ans d’une vie romaine commencée en 1912 sous le signe du secret – son père était-il celui dont elle porte le nom ou un postier sicilien amant de sa mère ? – et terminée en 1985, après une tentative de suicide en 1982 – Morante étant à la fois déçue politiquement par la dérive violente des années de plomb et effrayée à l’idée de sa propre décrépitude.
Lucidité et intelligence
Entre ces deux dates, on voit s’épanouir cette figure de l’intelligentsia italienne, autodidacte précoce aimée et admirée de Luchino Visconti, Pier Paolo Pasolini, Leonor Fini… et bien sûr Moravia, dont les lettres témoignent jusqu’au bout d’une indéfectible tendresse. Richement documentée, passionnante, cette enquête ne se contente pas de ressusciter le génie d’une femme et d’une époque : elle donne grande envie de se replonger dans l’œuvre. Tout ce qu’en cite Ceccatty est frappant de lucidité et d’intelligence. Comme ce passage d’un carnet inédit : « De tous les abîmes entre lesquels nous errons à l’aveuglette, nul n’est plus sombre, et pour nous-même inconnaissable, que notre propre corps. On l’appelle un tombeau qu’on transporte avec soi. Mais ses ténèbres sont pour nous plus abstruses qu’une tombe. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Inde sous les yeux de l’Europe », de Sanjay Subrahmanyam.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Premiers Européens en Inde

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Inde sous les yeux de l’Europe », de Sanjay Subrahmanyam.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
17.05.2018 à 09h52
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
L’Inde sous les yeux de l’Europe. Mots, peuples, empires (Europe’s India. Words, People, Empires, 1500-1800), de Sanjay Subrahmanyam, traduit de l’anglais (Inde) par Johanna Blayac, Alma, « Essai histoire », 492 p., 26 €.
L’Antiquité gréco-latine n’a pas ignoré l’Inde, mais l’a surtout rêvée. Alexandre et ses troupes ont atteint les rives de l’Indus, pourtant les historiens qui relatent son périple, notamment Callisthène et Onésicrite, disent bien peu des mœurs locales. Aucontraire, Ctésias de Cnide, médecin grec de l’empereur perse ­Artaxerxès II, décrit tellement de créatures extraordinaires qu’il passe déjà, en son temps, pour un fabulateur.
Ce n’est qu’à la fin du XVe siècle, une fois que les Portugais ouvrent la voie maritime du cap de Bonne-Espérance, que des Européens accostent régulièrement dans les comptoirs indiens, découvrant un monde qui tour à tour les déconcerte et les ravit, les horrifie et les séduit.
Bientôt, débarquent militaires, diplomates et missionnaires. Ils sont italiens, français, allemands, anglais, hollandais. Leurs périples et leurs récits s’échelonnent du XVIe siècle à la fin du XVIIIe siècle. Certaines de ces archives sont déjà connues, d’autres restent à découvrir. Le premier mérite du livre de Sanjay Subrahmanyam est d’esquisser une galerie de portraits de ces découvreurs.
Parmi eux se détachent notamment les silhouettes de James Fraser, Ecossais vivant en Inde dans les années 1730-1740, et du colonel français Antoine-Louis-Henri de Polier, arrivé à Calcutta en 1758, qui combine construction de fortifications et collection de manuscrits.
L’historien indien, héraut d’une « histoire connectée » qui multiplie les langues, les références et les points de vue, enseigne aujourd’hui à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) et au Collège de France. En retraçant les vies et opinions de ces pionniers, il éclaire ce que leurs...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Romans, biographie, récits, essais, histoire, classique… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 18 mai 2018.
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Livres en bref

Romans, biographie, récits, essais, histoire, classique… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 18 mai 2018.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h15
    |

                            Florent Georgesco, 
                            Serge Audier (Philosophe et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Roger-Pol Droit, 
                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Eric Loret, 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Récit. Reconversion réussie
Une place sur terre, de Catherine Bernard, Rouergue, 128 p, 14,80 €.
Ce récit empreint de sincérité est celui d’une fructueuse déroute : ancienne correspondante de Libération dans le Languedoc-Roussillon, Catherine Bernard raconte la succession d’événements qui l’ont amenée à se reconvertir dans les vignes. Quelques jours après l’effondrement des Twin Towers, apprendre que l’un des inculpés, Zacarias Moussaoui, était originaire de Narbonne et réussir à interviewer longuement la mère du terroriste, jusque-là restée muette, lui avait déjà donné le sentiment de toucher aux limites de l’exercice journalistique. Trois ans plus tard, le procès d’un jeune assassin (Cédric Bellec, meurtrier de ses parents adoptifs) l’a trouvée incapable de résumer la tragédie en un article formaté. Elle a fini par envoyer ses brouillons à la rédaction, à défaut du papier attendu. Mais cet accident professionnel aura été une bifurcation salutaire ; ayant repris pied dans le vignoble cévenol, la voilà enfin parvenue à « écrire ce que je n’avais ni su ni pu écrire », afin « de sonder la manière dont nos vies se construisent autant que nous les construisons, dans le miroir des autres tendu ». B. Le.
Histoire. Ferveurs saint-simoniennes
Histoire du saint-simonisme, de Sébastien Charléty, préface de Jean Lebrun, Perrin, 358 p., 22,50 €.
Sébastien Charléty (1867-1945) avait écrit en 1896 une remarquable Histoire du saint-simonisme qui dissèque la trajectoire rocambolesque du comte de Saint-Simon (1760-1825) et de ses disciples. S’ils entretiendront le culte de l’industrie cher à leur maître, inspirant de nombreuses réalisations – des chemins de fer au canal de Suez –, ceux-ci se distingueront notamment par des épisodes de ferveur religieuse intense. Cette réédition présente hélas le défaut, outre ses coupes, d’entretenir dans sa préface la mode...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « Lune du matin », de Francesco Cattani.
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C’est graphique. Canicule italienne

La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « Lune du matin », de Francesco Cattani.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h01
    |

                            Pénélope Bagieu (Dessinatrice)








                        



                                


                            
Lune du matin (Luna del mattino), de Francesco Cattani, traduit de l’italien par Christophe Gouveia Roberto, Atrabile, « Flegme », 272 p, 24 €.

Après Barcazza ­ (Atrabile, 2011), ­Francesco Cattani signe un nouveau roman graphique avec Lune du matin. Il s’agit à nouveau d’un instantané de l’Italie d’aujourd’hui, où le dessin élégant installe subtilement une tension en crescendo sur fond de canicule étouffante.
Le récit est construit comme un plan-séquence brutal : vingt-quatre heures dans une société en décrépitude, à travers les yeux d’un adolescent livré à lui-même. Il s’appelle Tommi et vit dans une banlieue italienne sans âme, toute de béton, de friches et de ronds-points. On le découvre alors qu’il fuit son appartement par la fenêtre au petit matin, pour échapper à un propriétaire qui menace de le tuer si le loyer n’est pas réglé au plus vite. Avant midi, il aura été moqué, poursuivi et battu par des collégiens, avant d’être filmé au téléphone par un de ses profs qui en fera un phénomène viral sur Internet.
Sa situation familiale est chaotique, son père apparaît brièvement pour lui voler de l’argent, et l’existence de sa mère n’est évoquée que lorsque des gamins la traitent de prostituée. Tommi vit avec son grand frère, un voyou dragueur, alcoolique et bagarreur, qui tente désespérément de revendre des DVD X à l’heure de YouPorn. Il est le seul adulte que côtoie le garçon introverti et paumé, et, hélas, son seul guide. Mais, au fil de l’histoire, une famille de substitution va venir s’agglomérer autour d’eux, une grappe de jeunes franchement abîmés et sans autre projet que survivre un jour de plus.
Tout cela finira mal
Tous sont des maillons d’une cruelle chaîne de la précarité, livrés à eux-mêmes et jonglant entre les petites combines. Aucun n’aime sa vie, aucun n’est vraiment adulte. Mais à eux tous ils parviennent à créer une forme d’équilibre incertain. Une douce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ L’historienne revient sur les luttes féministes des années 1970 dans « Mon MLF ». Elle en évoque ici les acquis, et ce qu’il reste à faire.
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Marie-Jo Bonnet : « Avec le MLF, nous avons inventé de nouvelles manières d’être au monde »

L’historienne revient sur les luttes féministes des années 1970 dans « Mon MLF ». Elle en évoque ici les acquis, et ce qu’il reste à faire.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h01
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Mon MLF, de Marie-Jo Bonnet, Albin Michel, 414 p., 21,50 €.

Vingt ans après l’acte fondateur qu’a été la parution du Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir (Gallimard, 1949), le féminisme français a vu apparaître des formes nouvelles de militantisme, qui se sont cristallisées, en 1970, dans la création du Mouvement de libération des femmes (MLF). L’historienne Marie-Jo Bonnet, qui avait 21 ans quand elle y est entrée, raconte, dans Mon MLF, la décennie de lutte, d’espoir et d’invention qui a suivi.
Aviez-vous lu « Le Deuxième Sexe » quand vous avez rejoint le MLF, début 1971 ?
Non, je ne l’ai lu qu’après avoir rencontré Beauvoir. Et je ne me suis pas du tout reconnue dans sa manière d’opposer masculin et féminin, actif et passif, surtout après Mai 68, où les femmes avaient été très actives. Elle finissait en disant que les femmes devaient, pour prendre leur place dans la société, s’assimiler aux valeurs masculines. C’était le contraire de ce que nous faisions : rejeter l’intégration à la « société mâle » pour nous tourner vers nous-mêmes. Mais, en même temps, Beauvoir se plaisait avec nous. Nous étions différentes des femmes qu’elle avait connues, et elle aimait ça. Elle a toujours fait en sorte de nous donner la parole, notamment dans Les Temps modernes, en nous laissant libres, même quand elle n’était pas d’accord. Elle a compris que quelque chose d’important se jouait au MLF, qui la concernait.

Quel regard aviez-vous sur ce que sa génération avait accompli ?
Nous ignorions tout. Nous avions vaguement entendu parler du droit de vote. Sauf qu’après Mai 68 nous étions antiparlementaires – « Elections, pièges à cons ». Nous étions ailleurs. Nous voulions transformer la société et nous transformer nous-mêmes. Le MLF était une initiation collective, impliquant un aspect spirituel et la connaissance de soi.
Cette...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ La liste des raisons pour lesquelles Claro aime « Claquettes et ornithologie », de Christophe Rey.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Au chevet des notes

La liste des raisons pour lesquelles Claro aime « Claquettes et ornithologie », de Christophe Rey.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 07h01
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Claquettes et ornithologie, de Christophe Rey, Héros-limite, 240 p., 20 €.

Il y a plus d’une façon d’expliquer la fascination qu’exercent depuis mille ans les célèbres ­Notes de chevet, de la Japonaise Sei Shonagon (966-1025), ce recueil de listes qui, malgré sa nature intimiste, a fini par conquérir le monde entier. Pourquoi aimons-nous les livres composés de listes ? Comment se fait-il que l’énumération, en dépit de son apparente sécheresse, parvienne à nous émouvoir, nous faire sourire, réfléchir ? Ce paradoxe n’est bien sûr qu’une illusion d’optique : sous l’effet de la pression métonymique, l’élément listé vient personnaliser un tout qui semblait de prime abord générique. C’est, si l’on veut, une variante de la formule : « Dis-moi ce que tu aimes, je te dirai qui tu es. » Tout inventaire agit non seulement comme un révélateur (il nous renseigne sur l’auteur de l’inventaire), mais également nous invite à redoubler le geste de l’inventaire. A notre tour, nous sommes tentés d’entrer dans le jeu, de décliner toutes ces aspérités qui, nous l’espérons, rendent moins lisses nos personnalités. Mais si l’on veut s’en tenir à un niveau plus strictement littéraire, il y a peut-être une raison autre à notre engouement pour les livres-listes.
Ces derniers nous libèrent de la tyrannie du roman. On peut les ouvrir au hasard, les lâcher sans scrupule, les survoler le cœur léger, et ce sans jamais craindre que l’oubli d’une miette nous gâche la saveur du pain. Ils ont aussi le mérite d’être ouverts, et le lecteur peut à tout moment inscrire son propre mouvement dans leur placide dynamisme. Qui n’a pas apporté sa pierre à l’édifice de Sei Shonagon et voulu, lui aussi, faire la liste des « choses qui émeuvent profondément », des « choses qui paraissent pitoyables », des « choses qui donnent une impression de chaleur », etc. ? Mais surtout, pour l’écrivain, la liste peut...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ « Histoire des suffragistes radicales », de Jill Liddington et Jill Norris, rappelle comment les femmes de Grande-Bretagne ont conquis le droit de vote – il y a un siècle, en 1918.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Féminisme : quand les ouvrières britanniques lançaient la bataille

« Histoire des suffragistes radicales », de Jill Liddington et Jill Norris, rappelle comment les femmes de Grande-Bretagne ont conquis le droit de vote – il y a un siècle, en 1918.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 06h45
    |

                            Pierre Karila-Cohen (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Histoire des suffragistes radicales. Le combat oublié des ouvrières du nord de l’Angleterre (One Hand Tied Behind Us. The Rise of the Women’s Suffrage Movement), de Jill Liddington et Jill Norris, traduit de l’anglais par Laurent Bury, Libertalia, « Ceux d’en bas », 558 p., 17 €.
Elles s’appelaient Esther Roper, Eva Gore-Booth, Sarah Reddish, Sarah Dickinson, Selina Cooper et Ada Nield Chew. Avec elles, derrière elles, des dizaines de milliers de tisseuses et de bobineuses dans ce haut lieu de la production textile que fut le Lancashire, la région de Manchester, au nord-ouest de l’Angleterre, tout au long du XIXe siècle et des premières décennies du XXe siècle. Cumulée à d’autres facteurs d’évolution, leur lutte opiniâtre a abouti à la conquête du suffrage féminin en Grande-Bretagne, d’abord limité aux femmes de plus de 30 ans (1918), puis étendu aux mêmes conditions que pour les hommes – dès 21 ans (1928). Les historiennes britanniques Jill Liddington et Jill Norris ont ressuscité le combat de ces suffragistes dès 1978 dans un ouvrage ­devenu un classique outre-Manche. Ce récit vivant et empathique, Histoire des suffragistes radicales, est ­désormais accessible en français.
Les auteures ont utilisé une importante documentation, parfois dénichée dans de modestes bibliothèques locales et dans des archives familiales. Elles ont également recueilli de précieux témoignages oraux de filles de certaines de ces militantes. Pour le lecteur de 2018, le livre se lit dès lors comme la mise en abyme de deux temps du féminisme : celui des actions pionnières de la fin du XIXe siècle, objet du livre, mais aussi celui de ce « combat oublié » qui se poursuit dans les années 1970, et dont témoigne l’enquête des deux Jill.
Que dire en outre des échos très contemporains du livre, à l’heure où le partage des tâches domestiques reste très inégalitaire ? Le titre original...




                        

                        


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<filnamedate="20180517"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180517"><AAMMJJHH="2018051719">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Chaque jeudi dans « La Matinale », la rédaction du « Monde des livres » propose une liste de romans et d’essais pour tous les goûts.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 16/05/2018
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Erudits, tendres ou comiques, nos choix littéraires

Chaque jeudi dans « La Matinale », la rédaction du « Monde des livres » propose une liste de romans et d’essais pour tous les goûts.



Le Monde
 |    17.05.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
17.05.2018 à 07h58
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
En compagnie d’Edouard Louis, de Lenny Bruce ou d’Elsa Morante, la semaine littéraire s’annonce pointue.
HISTOIRE. « Les Françaises, les Français et l’épuration », de François Rouquet et Fabrice Virgili
Le 14 juillet 1943, Bir-Hakeim, un journal de la Résistance, prévenait que « le jour du jugement et de la fessée en place publique » approchait pour les « caméléons » et les « traîtres ». Avec un an d’avance s’esquissait l’épuration, dans ses dimensions à la fois judiciaires et symboliques, ces dernières si importantes pour apaiser le pays meurtri.
C’est toute la complexité de ce moment, où le soulagement de la sortie de guerre coïncide avec un intense besoin de punition, que restituent François Rouquet et Fabrice Virgili dans une somme enthousiasmante par l’ampleur des matériaux brassés et des perspectives dessinées. Cette « histoire populaire de l’épuration », attentive aux émotions des contemporains et ouverte dans l’espace et le temps, montre que l’épuration ne fut pas l’occasion de sordides règlements de comptes : elle fut avant tout, pour des communautés dévastées par la guerre, un processus nécessaire de reconstitution par exclusion, décliné en d’innombrables modalités locales. Constamment réflexif, l’ouvrage réussit le bel exploit, sur un tel sujet, de ne pas juger et de toujours contextualiser. André Loez

   


« Les Françaises, les Français et l’épuration. De 1940 à nos jours », de François Rouquet et Fabrice Virgili, Folio, « Histoire », inédit, 832 p., 11,90 €.
RÉCIT. « Qui a tué mon père », d’Edouard Louis
En finir avec Eddy Bellegueule et Histoire de la violence, les deux premiers romans autobiographiques d’Edouard Louis (Seuil, 2014 et 2016), entrelaçaient deux langues : celle, durassienne, dans laquelle s’est forgé le style de l’auteur, et celle, populaire, de sa famille – parents, sœur… Dans Qui a tué mon père, « seul le fils parle », précise d’emblée une note liminaire à ce livre en trois parties – trois actes pour un texte destiné à être joué au théâtre, mais qui se lit comme un récit. « Seul le fils parle », mais il mêle les registres : la colère, la douceur, le regret et le silence se succèdent et s’imbriquent pour raconter la vie de son père, qu’il connaît si mal, et pour dire leur relation.
La colère, c’est celle, dressée contre la violence sociale et institutionnelle, qui fait écrire à Edouard Louis, s’adressant à cet homme de 51 ans, au corps détruit : « Tu appartiens à cette catégorie d’humains à qui la politique réserve une mort précoce » ; dans la troisième partie, il donnera les noms de ministres et présidents qu’il juge responsables de l’état de son père.
La douceur et le regret (ainsi que le remords : « Je n’étais pas innocent »), ce sont ceux avec lesquels Edouard Louis retrace une poignée de scènes de son enfance, et explore les rares informations qu’il possède sur la jeunesse de son père. Sans chercher à combler les blancs laissés par un homme convaincu que se raconter est un manquement aux règles de la virilité.
Si, son titre l’indique, Qui a tué mon père se veut d’abord le récit d’un assassinat politique, il est surtout l’histoire d’une vie empêchée, faisant le compte de ce que le monde a enlevé à celle-ci. A commencer par la possibilité de se dire, entre père et fils, que l’on s’aime – ce manque que la littérature permet, magnifiquement, de combler. Raphaëlle Leyris

   


« Qui a tué mon père », d’Edouard Louis, Seuil, 96 p., 12 €.
ROMAN. « Nos révolutions », de Jane Smiley
Jane Smiley a consacré sa thèse aux sagas islandaises, genre dans lequel elle s’est ensuite illustrée comme auteure avec La Nuit des Groenlandais (Robert Laffont, 1989), avant d’asseoir sa place sur la scène littéraire américaine grâce à la saga familiale et shakespearienne L’Exploitation (Rivages, 1993, prix Pulitzer 1992). Autant dire que l’écrivaine possède un incontestable savoir-faire en matière de romans-fleuves, de personnages multiples, de maîtrise du temps long autant que de ses effets.
La trilogie Un siècle américain, dont paraît le deuxième tome, en apporte un éclatant exemple, qui reprend deux ingrédients centraux de L’Exploitation : une famille et un domaine agricole dans l’Iowa. Dans le premier tome, Nos premiers jours, on découvrait, en 1920, Walter Langdon et son épouse, Rosanna, alors qu’ils s’installaient dans leur ferme et donnaient naissance à six enfants, dont l’une allait mourir ; le volume se refermait, en 1953, avec le décès de Walter.
Ses obsèques ouvrent Nos révolutions, dont le personnage central est Frank, l’aîné, mais sans que soient sacrifiées les très attachantes figures de ses frère, sœurs et autres membres de la parentèle, aux côtés desquels on traverse trente-trois années, en autant de chapitres.
Jane Smiley raconte l’histoire personnelle de chacun avec, en toile de fond, celle de l’Amérique (prospérité, maccarthysme, élection de Kennedy, guerre du Vietnam, scandale du Watergate…), mais elle ne force jamais ce lien – ce qui le rend d’autant plus fort. Certaines années passent à toute vitesse, d’autres s’étirent, et sa capacité à restituer cette élasticité du temps n’est pas la moindre réussite de l’auteure au fil de cette formidable saga. R. L.

   


« Nos révolutions. Un siècle américain II » (Early Warning), de Jane Smiley, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau, Rivages, 660 p., 24,50 €.
BIOGRAPHIE. « Elsa Morante. Une vie pour la littérature », de René de Ceccatty
Huit ans après sa biographie d’Alberto Moravia (Flammarion, 2010), l’écrivain René de Ceccatty s’attaque à celle qui fut son épouse de 1941 à 1962 – date à laquelle le couple se sépara sans divorcer : Elsa Morante. L’auteure de La Storia (Gallimard, 1977) détestait pourtant qu’on la présente ainsi. A juste titre. « A aucun moment de sa vie, Elsa ne s’est pensée autrement qu’indépendante », écrit son biographe.
C’est cette femme résolument libre, imaginative et intransigeante qu’il met en scène : soixante-treize ans d’une vie romaine commencée en 1912 sous le signe du secret – son père était-il celui dont elle porte le nom ou un postier sicilien amant de sa mère ? – et terminée en 1985, après une tentative de suicide en 1982 – Morante étant à la fois déçue politiquement par la dérive violente des « années de plomb » et effrayée à l’idée de sa propre décrépitude.
Entre ces deux dates, on voit s’épanouir cette figure de l’intelligentsia italienne, autodidacte précoce aimée et admirée de Luchino Visconti, de Pier Paolo Pasolini, de Leonor Fini… et bien sûr d’Alberto Moravia, dont les lettres témoignent jusqu’au bout d’une indéfectible tendresse. Richement documentée, passionnante, cette enquête ne se contente pas de ressusciter le génie d’une femme et d’une époque : elle donne grande envie de se replonger dans l’œuvre. Florence Noiville

   


« Elsa Morante. Une vie pour la littérature », de René de Ceccatty, Tallandier, 432 p., 21,90 €.
AUTOBIOGRAPHIE. « Irrécupérable », de Lenny Bruce
Quoiqu’elle épouse l’ordre chronologique – depuis son enfance désargentée au sein de la communauté juive de Long Island, jusqu’à ses déboires judiciaires avant sa mort –, l’autobiographie de Lenny Bruce (1925-1966) est à l’image du stand-up pratiqué dans ses années 1950 et 1960 par l’humoriste américain.
Ce style inspiré du courant de conscience joycien, écrit-il dans ses Mémoires, il l’a forgé en mer – dans la Navy pendant la seconde guerre mondiale. « Jour et nuit, je pensais à toutes sortes de choses. Il m’arrivait de parler tout seul à voix haute quand j’étais à la proue du navire, où des tonnes d’eau déforment la plaque de blindage. »
Parce qu’il aimait improviser, parce qu’il goûtait les libres associations, parce que son idole était Charlie Parker, Lenny Bruce se voyait comme un jazzman. Et c’est bien un plaisir d’auditeur – grâce à l’excellente traduction de Christine Rimoldy – que l’on éprouve à la lecture d’Irrécupérable : lorsque Lenny Bruce conte son périple burlesque pour acquérir une machine à laver, sa transformation en frère Mathias pour soutirer de l’argent aux âmes charitables, ou qu’il retranscrit d’absurdes extraits de procès-verbaux lors d’actions judiciaires intentées contre lui…
Irrécupérable offre l’opportunité de découvrir le « mélancomique » et l’idole brisée qu’ont pleurés Nico et les Beatles, l’artiste ayant inspiré de nombreux comédiens et comiques américains, de Richard Pryor à Robin Williams. « Le frère que nous n’avons pas eu », chantait Bob Dylan. Macha Séry

   


« Irrécupérable » (« How to Talk Dirty and Influence People »), de Lenny Bruce, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Rimoldy, Tristram, 384 p., 23,50 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ L’adolescente avait recouvert de papier kraft des réflexions sur la sexualité, mais la technologie de traitement de l’image a permis de déchiffrer le contenu de ces pages.
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Des chercheurs dévoilent deux nouvelles pages du journal d’Anne Frank

L’adolescente avait recouvert de papier kraft des réflexions sur la sexualité, mais la technologie de traitement de l’image a permis de déchiffrer le contenu de ces pages.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 17h23
   





                        



   


Des chercheurs ont dévoilé mardi 15 mai que deux pages du journal intime d’Anne Frank, recouvertes de papier kraft, contenaient des « blagues salaces » et des réflexions sur le sexe.
« Je vais utiliser cette page pour écrire des blagues salaces », notait-elle le 28 septembre 1942, rapporte la Maison Anne-Frank. L’adolescente juive, alors âgée de 13 ans, a rédigé quatre blagues licencieuses et trente-trois lignes évoquant l’éducation sexuelle.
« Anne Frank écrit sur la sexualité de manière désarmante. Comme toute adolescente, elle s’interroge sur ce sujet », a expliqué Ronald Leopold, directeur de la Maison Anne-Frank. Du papier kraft avait été utilisé pour recouvrir les deux pages du journal, mais la technologie de traitement de l’image a permis d’en déchiffrer leur contenu.

The @annefrankhouse , with @HuygensING and @NIODAmsterdam, today presented the hidden text on two pages covered up… https://t.co/tj5cbnTmaL— annefrankhouse (@Anne Frank House)


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Dans une phrase, elle évoque par exemple la prostitution :
« Tous les hommes, s’ils sont normaux, vont avec des femmes, des femmes comme ça les accostent dans la rue, et ensuite, ils partent ensemble. À Paris, ils ont des grandes maisons pour ça. Papa y est allé. »
Dans ces pages, l’adolescente fait également « une plaisanterie à propos d’un cocu qui retrouve un homme nu caché dans le placard de sa femme », rapporte Courrier international.
Comme le souligne le Guardian, elle aborde aussi la question de la menstruation, décrivant l’arrivée des règles chez une jeune femme comme « un signe qu’elle est mûre pour avoir des relations avec un homme, même si cela ne se fait pas, évidemment, avant le mariage ».
La jeune fille longtemps relayée en second plan
Pour Ronald Leopold, ces découvertes nous « rapprochent encore plus de la jeune fille et écrivaine Anne Frank ». Quelques mois après avoir recouvert la première inscription, « elle a souligné l’importance d’avoir une éducation sexuelle complète et de qualité, et ne pas comprendre pourquoi les adultes étaient si discrets sur le sujet ».
Pour la Maison Anne-Frank, la diffusion de ces textes se justifie par le fait que « pendant des décennies Anne est devenue un symbole mondial de l’Holocauste, et Anne “la jeune fille” a été relayée au second plan. Ces textes replacent au premier plan la curieuse et, à maints égards, précoce adolescente ».
On ignore pourquoi cette dernière avait recouvert les pages avec du papier kraft, mais à plusieurs reprises dans son récit, elle évoque la crainte que d’autres puissent lire ses écrits. Le 3 octobre 1942, elle écrit ainsi : « Papa grogne à nouveau et menace de me prendre mon journal. Horreur des horreurs, à partir de maintenant, je vais le cacher. »
Selon la fondation, Anne Frank avait « glané des informations sur le sujet de la sexualité auprès de ses parents, surtout de son père, de son amie Jacqueline et aussi dans des livres ». L’adolescente et sa famille se cachèrent à Amsterdam au cours de la seconde guerre mondiale. En 1942, la famille Frank s’était réfugiée dans une annexe secrète d’un bâtiment appartenant à la société du père afin d’échapper aux nazis.

        Lire aussi :
         

                Le casse-tête Anne Frank



L’adolescente y avait rédigé son journal, devenu l’un des récits emblématiques de l’Occupation, jusqu’à l’arrestation et la déportation de la famille, en 1944. Anne Frank est morte en 1945, à l’âge de 15 ans, dans le camp de concentration de Bergen-Belsen, quelques mois avant la fin de la guerre. Publié deux ans plus tard, son journal s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ La grande écrivaine (1908-1986) entre dans « La Pléiade » avec ses livres autobiographiques. La romancière Camille Laurens y voit l’auteure du « Deuxième Sexe » fidèle à la littérature – et à Sartre.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 16/05/2018
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Simone de Beauvoir, féministe paradoxale, entre dans « La Pléiade »

La grande écrivaine (1908-1986) entre dans « La Pléiade » avec ses livres autobiographiques. La romancière Camille Laurens y voit l’auteure du « Deuxième Sexe » fidèle à la littérature – et à Sartre.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 16h00
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    |

                            Camille Laurens (écrivaine)








                        



                                


                            
« Mémoires I et II », de Simone de Beauvoir, édité sous la direction de Jean-Louis Jeannelle et Eliane Lecarne-Tabone, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1584 p. et 1696 p. sous coffret, 125 € jusqu’au 31 décembre. 

« Dissiper les mystifications, dire la vérité, c’est l’un des buts que j’ai le plus obstinément poursuivis à travers mes livres. » Sans doute cette phrase, extraite de Tout compte fait, s’applique-t-elle bien au cycle mémoriel que Simone de Beauvoir a mené durant vingt-cinq ans, ressaisissant, entre 1956 et 1981, à la fois presque toute sa vie – elle était née en 1908, morte en 1986 – et une période historique riche en événements majeurs.
Dans ce genre si particulier des Mémoires, qui imbrique l’intime et l’Histoire, et par lequel elle entre dans « La Pléiade », Beauvoir envisage sa vie comme « une expérience exemplaire où se refléterait le monde entier ». Elle revient à plusieurs reprises sur son exigence de transparence et d’authenticité.
Portraits tendres ou acérés
Pour autant, à quelle vérité sa mémoire, au fil des ans, s’est-elle d’abord attachée ? Qu’est-ce qui mérite d’être raconté ? Les événements, qu’elle en soit observatrice ou actrice, la maladie, la mort même sont décrits avec la minutie d’un greffier et un positivisme factuel sans faille, parfois pénible, notamment dans La Cérémonie des adieux, chronique des dernières années de Sartre.
Les autres, plus ou moins proches, font l’objet de portraits tendres ou acérés. Son projet de se « jeter toute crue dans un livre », en revanche, rencontre des obstacles et le récit de soi, auto-analyse extraordinairement lucide mais jamais totalement libre, reste entravé par de multiples réserves, omissions, discrétions, recompositions.
« Toute crue », certainement pas dans tous les sens du terme. Si nous ne pouvions lire ailleurs sa correspondance avec son amant américain...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Les éditions Taschen publient « Murals of Tibet », un ouvrage spectaculaire, dont près de mille exemplaires sont signés par le dalaï-lama.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Philippe Labro avait longuement rencontré l’écrivain américain en 2006, à l’occasion de la publication en France de « Moi, Charlotte Simmons » (éd. Robert Laffont). Voici le récit qu’en a tiré l’écrivain-journaliste français, publié dans « Le Monde des livres » le 24 mars 2006.
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Tom Wolfe, vu par Philippe Labro

Philippe Labro avait longuement rencontré l’écrivain américain en 2006, à l’occasion de la publication en France de « Moi, Charlotte Simmons » (éd. Robert Laffont). Voici le récit qu’en a tiré l’écrivain-journaliste français, publié dans « Le Monde des livres » le 24 mars 2006.



Le Monde
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Philippe Labro







                        



                                


                            

Son père était « agronomist » et dirigeait une revue bimensuelle consacrée à la terre, aux plantes et aux arbres. Le magazine s’appelait Southern Planter, publié à Richmond, en Virginie, dans ce Sud d’où il vient et dont il a conservé la caresse dans la voix, la courtoisie dans le geste, et l’ineffable distance souriante de ceux qui ont reçu, de leur histoire et de leurs ancêtres, la certitude que rien n’est certain.

Thomas Kennerly Wolfe a tout vu, tout entendu, tout répertorié, mais, lorsqu’il se souvient de cette époque, l’œil bleu acier devient indulgent, sans pourtant rien perdre de son éclat – cette acuité avec laquelle, tel Fabre et les insectes, il dissèque depuis cinquante ans les mœurs de ces myriades de microcosmes qui composent l’énigme de la société américaine. Le septuagénaire best-seller, dont chaque roman éclabousse l’establishment new-yorkais bien-pensant, retrouve, à l’évocation des jours enfuis, le ton chantant du pays natal. Il revoit son père, penché sur les feuilles de papier quadrillé jaune, scribouillant des phrases du genre : « Comment utiliser le miel le plus suave pour la conservation des germes de blé ». Deux semaines plus tard, les gribouillis paternels devenaient « de belles lettres en typo noir et blanc, quelque chose qui brillait, étonnant et clair. La magie du papier et de l’imprimé ! Alors j’ai proclamé à haute voix : “Plus tard, je serai écrivain.” » Il avait 5 ans.
Engagé comme simple reporter
Il y a quelques années, dans sa maison de week-end à Southampton, Tom m’a montré une photo. On le voit, la lippe sceptique, la dégaine insolente, portant chapeau mou et imperméable. « Je voulais ressembler aux reporters du cinéma des années fin 1930 et 1940, j’avais cette vision romanesque de types perchés sur la terrasse du gratte-ciel de leur journal, dominant le monde avant de descendre pour en fouiller les entrailles, comme Walter Winchell, le phénoménal chroniqueur des faits...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ L’auteur notamment du « Bûcher des vanités » adapté au cinéma par Brian de Palma, il s’est éteint lundi à New York, à l’âge de 88 ans.
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Tom Wolfe, journaliste, écrivain à succès et dandy provocateur, est mort

L’auteur notamment du « Bûcher des vanités » adapté au cinéma par Brian de Palma, il s’est éteint lundi à New York, à l’âge de 88 ans.



Le Monde
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            Josyane Savigneau








                        



                                


                            

Tom Wolfe, l’auteur du Bûcher des vanités, est mort lundi 14 mai à l’âge de 88 ans, à New York. Il a souvent été celui qu’on adorait détester. Pour ses propos comme pour son apparence, soigneusement étudiée. Il portait toujours un de ses trente-deux costumes de flanelle blanche, coupés sur mesure, une de ses soixante-quinze chemises de diverses couleurs. Il avait dessiné lui-même ses chaussures, faites à Londres : le matériau blanc des guêtres marié au cuir noir. Tout était calculé, jusqu’aux boutons de manchette.
Derrière tout cela, il y avait, à l’origine, un petit gamin du Sud, né le 2 mars 1930 à Richmond, en Virginie. Son père, agronome, dirigeait une revue bimensuelle consacrée à la terre, aux arbres et aux plantes. Dès qu’il a su lire, à 5 ans, le jeune Tom a proclamé qu’il serait écrivain.
Après des études à Yale et un petit boulot d’assistant camionneur, il est entré comme reporter au Springfield Union, dans le Massachusetts. Mais c’est à New York, dans les années 1960, quand il a commencé à travailler pour plusieurs quotidiens et magazines, dont Esquire, qu’il s’est fait remarquer. Il a subverti les règles traditionnelles du journalisme, et on a fait de lui l’inventeur d’un « nouveau journalisme » – mais on peut aussi appliquer ce qualificatif à des textes de Norman Mailer, de Truman Capote et de Hunter S. Thompson.
Lire aussi : Le siècle de Tom Wolfe
Nécessité de construire le reportage scène après scène
Il disait ne pas vraiment avoir défini les codes de ce nouveau journalisme, mais aimait à rappeler quelques principes. En particulier, la nécessité de construire le reportage scène après scène, « comme pour un roman », d’introduire des dialogues, de faire bien apparaître l’appartenance sociale des protagonistes. Mais le plus nouveau était l’obligation d’écrire à la première personne, « pour que tout soit vu par les yeux des protagonistes et non ceux du journaliste ».
S’il...




                        

                        

