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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Entre conte et film de super-héros, l’Islandais Benedikt Erlingsson signe un long-métrage à l’humour décalé, projeté à la Semaine de la critique.
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Cannes 2018 : « Woman at War », un « Peau d’âne » de l’écologie

Entre conte et film de super-héros, l’Islandais Benedikt Erlingsson signe un long-métrage à l’humour décalé, projeté à la Semaine de la critique.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 15h02
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 15h27
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Semaine de la critique
Woman at War (Kona fer i strid) n’est pas seulement un film de super-héros converti à l’environnement. En l’occurrence, une super-héroïne qui n’a plus 20 ans, incarnée par une comédienne impressionnante dont le nom, islandais, l’est tout autant : Halldora Geirhardsdottir. Le deuxième long-métrage de l’Islandais Benedikt Erlingsson, sélectionné à la Semaine de la critique, est un conte politique qui ne se prend pas au sérieux. « Il n’y a pas de sexe, et pas de sang », avait prévenu pince-sans-rire le réalisateur, auteur de Des chevaux et des hommes (2013).
C’est l’humour décalé de ce film, servi sur un plateau de l’Islande par l’actrice au regard limpide comme un torrent, qui en fait tout le sel – on ne dira pas d’aluminium. Halla, la cinquantaine, se bat contre un géant de l’aluminium justement, qui dénature le sublime paysage de lande et pollue sa terre. A l’aide d’un simple câble télescopique, Halla sectionne les installations et, bien évidemment, bloque tout le circuit de production de l’usine. Elle joue à cache-cache avec les drones qui aussitôt se mettent à chercher l’intruse.
Mystérieuse « femme des bois »
La télévision et les gazettes parlent de la mystérieuse « femme des bois », comme le reporter Fandor, alias Jean Marais, chroniquait les exploits de Fantômas, au début des années 1960. Puis, l’air de rien, Halla retrouve ses élèves pour la chorale. Officiellement, elle est professeure de chant. Elle attend aussi de savoir si elle va pouvoir adopter une petite fille en Ukraine, et ce n’est pas qu’un détail dans le scénario.

   


Dans le décor singulier de ce film, il ne faut pas oublier le groupe de musiciens de free jazz. Témoins et complices muets d’Halla l’activiste, ils se mettent subitement à jouer et deviennent la partition musicale du film. Comme ces artistes qui donnent des concerts et soutiennent la « cause ». Sur sa route, plutôt solitaire, Halla trouve un « frère » en la personne d’un paysan écolo. Mais elle cache ses activités clandestines à sa sœur jumelle, professeure de yoga, jusqu’au jour où… Les « seconds rôles » accompagnent le scénario et ses rebondissements jusqu’à la dernière image qui nous ramène au sujet central, l’écologie.
Halla, c’est Peau d’âne au XXIe siècle. Le temps d’une fugue, pour se fondre dans le paysage, Halla devient « Peau de mouton », récupérant la peau de l’animal mort abandonné sur la lande. L’héroïne n’a pas la baguette magique de Catherine Deneuve dans le film de Jacques Demy (1970), et son ennemi n’est pas son père (Jean Marais), mais une multinationale. Les temps ont changé, les récits d’émancipation aussi.

Film islandais, français et ukrainien de Benedikt Erlingsson. Avec Halldora Geirhardsdottir, David Thor Jonsson, Magnus Trygvason (1 h 41). Sortie en salle le 4 juillet. Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/woman-at-war-3 et www.semainedelacritique.com/fr/edition/2018/film/konaferi-stri



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires de Lance Armstrong et de Cate Blanchett, Marc Beaugé scrute celui de l’actrice, membre du jury du Festival de Cannes.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ En ce huitième jour, le 71e Festival de Cannes accueille en compétition l’Italien Matteo Garrone (« Dogman ») et le Coréen Lee Chang-Dong (« Burning »).
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

La gazette de la Croisette : des chiens, un chat, Whitney Houston et John Travolta

En ce huitième jour, le 71e Festival de Cannes accueille en compétition l’Italien Matteo Garrone (« Dogman ») et le Coréen Lee Chang-Dong (« Burning »).



Le Monde
 |    16.05.2018 à 13h04
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
Ce mercredi 16 mai, huitième jour de la bataille pour la Palme d’or, est placé sous le signe des animaux domestiques. Dans le film coréen de Lee Chang-Dong, Burning, c’est un chat que confie la jeune Haemi, l’un des personnages, à son ancien voisin Jongsu, pendant un voyage en Afrique, avant que l’intrigue ne bascule dans un thriller inquiétant. Dans l’autre long-métrage en compétition aujourd’hui, Dogman, de Matteo Garrone (Italie), il est question de chiens, ceux dont s’occupe l’un des protagonistes, Marcello, toiletteur de son état.

Pour ce qui est des participations à la sélection officielle cannoise, il s’agit plutôt de deux habitués de la Croisette. Lee Chang-Dong a déjà présenté deux films en compétition, Secret Sunshine en 2007 et Poetry en 2010, qui lui a valu le prix du scénario. Matteo Garrone, quant à lui, a déjà trois participations à son actif, avec Gomorra en 2008, Reality en 2012 et Tale of Tales (Il Racconto dei racconti, Le Conte des contes) en 2015, et a remporté deux Grands Prix (pour Gomorra et Reality).

Retour sur deux belles rencontres avec des acteurs : l’Américain John David Washington, fils de Denzel et de Spike Lee, à l’affiche dans BlacKkKlansman, pour notre critique Thomas Sotinel, et l’Italien Adriano Tardiolo, le jeune Lazzaro du film d’Alice Rohrwacher, pour notre journaliste Aureliano Tonet.
DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
A la Quinzaine des réalisateurs, notre critique Mathieu Macheret a apprécié le nouveau film du réalisateur français Philippe Faucon, Amin, qui est « venu illuminer la dernière ligne droite de cette 50e Quinzaine » avec une histoire de personnages en déshérence affective qui vont se rapprocher et s’aimer, incarnés par Emmanuelle Devos, Moustapha Mbengue et Marème N’Diaye.

Dans la programmation de l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion), Clarisse Fabre a aimé le film du jeune réalisateur français Clément Schneider, Un violent désir de bonheur, une parabole sur les révolutions d’hier et d’aujourd’hui.

ON ATTEND AUJOURD’HUI :
La musique sera à l’honneur avec trois événements de ce mercredi 16 mai. A 16 h 45, se tiendra le troisième des quatre rendez-vous avec des acteurs et réalisateurs, qui accueillera l’acteur et producteur américain John Travolta pour une discussion avec le public. A 21 h 30, dans le cadre de la programmation du Cinéma de la plage, sera projetée la comédie musicale de Randal Kleiser, Grease (1978), avec le même John Travolta et Olivia Newton-John, en présence de l’acteur. Enfin, à 0 h 15, sera présenté hors compétition en séance de minuit le documentaire de Kevin Macdonald, Whitney, consacré à la chanteuse Whitney Houston, morte en février 2012 à l’âge de 48 ans.


        Lire la gazette de la Croisette (15 mai) :
         

          La guerre sociale de Brizé et la « Guerre des étoiles » d’Howard






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ A la Quinzaine, le cinéaste Philippe Faucon s’attache à des personnages en déshérence affective qui vont se rapprocher et s’aimer.
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Cannes 2018 : « Amin », un regard à hauteur d’humanité

A la Quinzaine, le cinéaste Philippe Faucon s’attache à des personnages en déshérence affective qui vont se rapprocher et s’aimer.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 10h55
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 14h00
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
C’est le titre le plus court d’une carrière qui n’en manque pourtant pas : Amin, quatre lettres qui ornent avec sobriété, comme un cartel au bas d’un tableau, le dernier long-métrage de Philippe Faucon, venu illuminer la dernière ligne droite de cette 50e Quinzaine des réalisateurs. Des titres qui se résument souvent à un prénom, nu et isolé, nous rappelant que l’art du cinéaste est avant tout celui du portrait – des portraits qui ouvrent une fenêtre de représentation aux « invisibles » de la société française, qu’il s’agisse des jeunes marginaux (Sabine, 1992) ou de figures issues de l’immigration (Samia, 2000 ; Fatima, 2015). Mais ces titres nous disent autre chose, plus essentiel : qu’un film, avant de « raconter » une histoire ou de « traiter » un sujet, peut s’attacher à la personne et chercher à en restituer la présence particulière.
Amin (Moustapha Mbengue), ouvrier journalier sur les chantiers de construction, vit en France, à Saint-Denis, dans un foyer de travailleurs immigrés. Il vient du Sénégal et s’apprête à y retourner pour un bref séjour, afin d’y acheminer le fruit d’une collecte qui doit financer l’école du village. Sur place, il retrouve sa femme Aïcha (Marème N’Diaye) et ses trois enfants, qui disent tous souffrir de son absence. De retour à Paris, Amin est employé pour des travaux d’aménagement dans la maison de banlieue d’une infirmière, Gabrielle (Emmanuelle Devos). Celle-ci, divorcée, partage la garde d’une petite fille avec un ex-mari acariâtre et querelleur. Amin et Gabrielle, en déshérence affective, vont se rapprocher, s’aimer. Ce ne sera ni une relation amoureuse planifiée, ni une simple histoire de sexe : un accueil mutuel total.
Ce ne sera ni une relation amoureuse planifiée, ni une simple histoire de sexe : un accueil mutuel total
Ce n’est pas le récit d’une union par-delà les conditions sociales qui intéresse le film, mais un motif plus vaste : celui de la séparation qui définit, assez généralement, la condition de l’individu dans le monde contemporain. Amin et Gabrielle ont en commun qu’ils sont des êtres « séparés », à cause du déracinement lié aux flux migratoires pour l’un, de l’isolement lié à la parcellisation de la vie moderne pour l’autre. Cette séparation n’est pas seulement affective, elle est aussi et surtout physique. Elle concerne les corps, la distance qui s’établit entre eux, le manque de chaleur qu’ils finissent par éprouver. Aïcha se languit physiquement d’Amin et le lui exprime pour le convaincre de rester auprès d’elle. De même, le rapprochement entre Amin et Gabrielle se traduit par la nudité et le contact des corps, par l’étreinte.

   


Philippe Faucon trouve dans ce motif des corps séparés une occasion d’exercer son talent particulier, qui consiste à modeler des présences singulières. Refusant l’artifice et les conventions de jeu, le cinéaste a déniché des acteurs amateurs proches de leurs rôles (ici Moustapha Mbengue, qui a connu le même parcours que son personnage ; comme Soria Zeroual, l’interprète de Fatima, qui revient pour une apparition clin d’œil), et de les mélanger avec des professionnels débutants ou peu identifiés, afin de créer des incarnations uniques. La particularité d’Amin repose, cette fois, sur le recours à une comédienne chevronnée, Emmanuelle Devos, qui prête sa merveilleuse originalité à l’approche réaliste de Faucon.
Un érotisme franc et pudique
Approche qui réunit toujours les mêmes facultés saisissantes : un regard à hauteur d’humanité, prêtant attention aux visages, à la musicalité des voix, à la vérité des accents, aux faits et gestes quotidiens, mais aussi une temporalité imperturbable, sertissant l’apparition de chaque personnage. Toutes choses qui n’avaient pourtant jamais atteint, jusqu’alors, un tel degré de sensualité : la douche d’Aïcha, les scènes de lit, l’union des corps blanc et noir, l’entrevue d’un ouvrier avec une prostituée marquent autant de touches d’un érotisme à la fois franc et pudique, qui célèbre la beauté frémissante de ses personnages.
La grande force du film réside dans son ouverture à tous les parcours, à toutes les trajectoires, aux seconds rôles qui jouxtent celui du protagoniste. Les déboires d’un ouvrier algérien, les abus répétés des employeurs, les affres d’un divorce, le voisinage du village sénégalais enrichissent par touches pointillistes la sphère d’existence d’Amin. L’art du portrait selon Faucon ne consiste pas tant à hausser un personnage par-dessus les autres qu’à le replacer dans le faisceau complexe des dimensions qui composent son quotidien. Car, ici, l’être n’est rien s’il n’est aussi rempli des autres.

Film français de Philippe Faucon. Avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos, Marème N’Diaye (1 h 31). Sortie en salle le 3 octobre. Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/amin.html et www.quinzaine-realisateurs.com/film/amin



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ A 33 ans, l’acteur afro-américain se révèle dans « BlacKkKlansman », en compétition pour la Palme d’or.
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Cannes 2018 : John David Washington, fils de Denzel… et de Spike

A 33 ans, l’acteur afro-américain se révèle dans « BlacKkKlansman », en compétition pour la Palme d’or.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 10h41
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Pendant le tournage de BlacKkKlansman, « oncle Spike est devenu papa Spike ». A 33 ans, John David Washington n’exerce que depuis peu le métier d’acteur, mais l’auteur de Do the Right Thing, qui a dirigé son père, ­Denzel Washington, dans ­Malcolm X, n’était pas un inconnu pour lui. Aujourd’hui, il lui porte une dévotion filiale.

A 6 ans, le petit John David a fait une apparition en écolier de ­Harlem dans la biographie du dirigeant noir assassiné en 1965. « Ensuite, j’ai vu Spike Lee de temps à autre. Le lien s’est noué sur le plateau, il est devenu comme un autre père pour moi. C’est une légende, et il a cru en moi. Quand une­ ­légende croit en vous, ça rend ­capable de faire son métier avec une fluidité, une confiance que je n’avais jamais eue. »
Malgré ses débuts tardifs, la vocation d’acteur de John David Washington est ancienne : « Je devais avoir 4 ans quand j’ai vu mon père jouer Richard III au festival Shakespeare In The Park, à New York. » Pendant son enfance, son adolescence, il a avalé des films, sur cassette, sur DVD, à commencer par ceux dans lesquels apparaissait Denzel Washington : « Glory [d’Edward Zwick sur une unité afro-américaine de l’armée fédérée pendant la guerre de Sécession, sorti en 1989], par exemple. Je l’ai regardé si souvent que je savais les dialogues par cœur et que la bande de la VHS a fini par casser », se souvient-il.
John David Washington, acteur : « Le cinéma me permettait d’échapper à la brutalité et la cruauté du monde du sport »
Ensuite son parcours est passé par les terrains de football américain. Ses prouesses de « running back » au lycée lui ont valu d’intégrer l’équipe de l’université de Morehouse à Atlanta. De 2006 à 2012, il a joué en professionnel. « Même et surtout à cette époque, je n’ai jamais arrêté d’être un cinéphile. J’avais beaucoup de temps libre et le cinéma me permettait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Projeté à l’ACID, le film du jeune réalisateur Clément Schneider est une parabole sur les insurrections.
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Cannes 2018 : « Un violent désir de bonheur », révolutions d’hier et d’aujourd’hui

Projeté à l’ACID, le film du jeune réalisateur Clément Schneider est une parabole sur les insurrections.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 10h24
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


ACID
L’action d’Un violent désir de bonheur se situe en 1792, à moins qu’il ne s’agisse d’aujourd’hui… Présenté à Cannes dans la section ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion), le film de Clément Schneider s’ouvre sur un délicieux anachronisme : à peine le moine Gabriel est-il prévenu de l’arrivée imminente des troupes révolutionnaires que le générique interrompt l’action, sur une musique des Last Poets, groupe new-yorkais créé en 1968 dont les textes poétiques racontaient les luttes noir-américaines. « When the revolution comes ! »… Le film à costumes cède la place à une fiction, ou plutôt une parabole : comment un être s’éveille-t-il intimement, et politiquement ?
Gabriel est interprété par ­Quentin Dolmaire, découvert dans Trois souvenirs de ma jeunesse (2014), d’Arnaud Desplechin. En face, il y a Marianne, jeune femme noire mutique et allégorie de la République, qui va finir par prendre la parole pour ne dire que des choses essentielles. Elle est incarnée avec force par Grace Seri, que l’on a vue dans Le bleu blanc rouge de mes cheveux (2016), court métrage de Josza Anjembe.
Héritage « libérateur » de Pasolini
Le réalisateur qui démarre une thèse sur le cinéma et l’utopie, et assume l’héritage « libérateur » de Pasolini : « C’est un fantôme bienveillant. Il y a dans ces films une ­liberté totale, une telle sensualité… Je me suis dit, on peut faire ça au cinéma ! Pasolini m’a aidé à me libérer et à assumer une certaine artificialité », dit-il. Eric Rohmer lui a permis d’accueillir de la théâtralité au cinéma.
Un désir violent… est littéraire. Des extraits de La Philosophie dans le boudoir (1795) de Sade jaillissent en voix off. Des textes contemporains du Comité invisible, sur les perspectives d’insurrections, parus aux éditions La Fabrique ont « infusé » pendant la fabrication du film.
Décor de pierres et d’oliviers
Aucune image de guillotine ni de rixes. « La Révolution est une rumeur lointaine. On fait un détour par la fable et on peut ainsi approcher des questionnements brûlants », explique le cinéaste qui a grandi à Rambouillet, avant de venir à Paris pour faire du ­cinéma. Pour le reste, Clément Schneider fabrique ses films au sein d’une petite entreprise, Les Films d’argile, cofondée avec la productrice Alice Bégon et la scénariste Chloé Chevalier.

   


L‘équipe a trouvé le lieu du huis clos, un couvent niché dans l’arrière-pays niçois, non loin de la frontière italienne. Le tournage s’est fait dans ce décor de pierres anciennes et d’oliviers. Au contact des révolutionnaires, le moine ­Gabriel commence sa mue, physique et intellectuelle. « Quentin Dolmaire est métamorphique, il peut faire adolescent ou jeune adulte. On a joué avec cet entre-deux. »
Clément Schneider, réalisateur : « L’élan révolutionnaire s’incarne dans l’individu, ça vient de l’intimité »
Il y a quelque chose de générationnel dans ce film. Le collectif, ça ne se décrète pas, estime Clément Schneider. « L’élan révolutionnaire s’incarne dans l’individu, ça vient de l’intimité. C’est pour cela que le film s’attache à Gabriel et à Marianne, dit-il. Je me demande si ce n’est pas ce chemin que notre génération découvre aujourd’hui. L’initiative locale démarre de soi, et par capillarité du commun peut se créer. Chaque individu est une ZAD. »
Le film finit sur une chanson d’amour de Marianne Faithfull. « C’est un trajet, on termine sur deux êtres. » Anecdote : pour le monologue de fin de Marianne, Clément Schneider avait écrit un texte avec les mots « révolution » et « en marche ». « Entre-temps, Emmanuel Macron a été élu. Il avait tellement préempté ces mots que je ne pouvais plus les utiliser. » Un nouveau monologue a été conçu. Un long travelling suit ­Marianne de profil, parlant à son amant. Comme si la jeunesse de 1792 arrivait aux portes du XXIe siècle.

Film français de Clément Schneider. Avec Quentin Dolmaire et Grace Seri (1 h 15). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.shellac-altern.org/films/499 et www.lacid.org/fr/films-et-cineastes/films/un-violent-desir-de-bonheur



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Rôle-titre du troisième long-métrage d’Alice Rohrwacher, en compétition, le jeune Adriano Tardiolo reçoit avec quiétude les louanges dont il est l’objet.
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Cannes 2018 : heureux qui, comme Lazzaro, a vu un bel orage

Rôle-titre du troisième long-métrage d’Alice Rohrwacher, en compétition, le jeune Adriano Tardiolo reçoit avec quiétude les louanges dont il est l’objet.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 10h06
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 10h11
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

Un dimanche par mois « au moins », Adriano Tardiolo va à la messe avec son petit frère et ses parents. Tous sont ouvriers agricoles à Allerona, leur bourg de toujours, niché dans le nombril de l’Italie, en Ombrie. Tous, sauf lui : Adriano étudie l’économie à Viterbe, dans l’espoir de devenir comptable. Et, depuis qu’Alice Rohrwacher lui a confié le rôle-titre de son troisième long-métrage, Heureux comme Lazzaro, il s’imagine même acteur, qui sait. Alors, en ce 13 mai béni, les Tardiolo font une infidélité au curé du coin : les voici à Cannes, où le film leur est montré pour la première fois – en compétition, s’il vous plaît.

Sitôt la séance finie, les éloges pleuvent sur son visage d’ange, comme les gouttes sur le tapis rouge. Dix minutes de standing ovation orchestrées par la présidente du jury, Cate Blanchett, en larmes. Dîner à la table de son héros, Roberto Benigni, admiratif. Fête dans une villa, où l’orage louangeur fait rage. Les Français d’Ad Vitam, qui coproduit et distribue le film, lui trouvent « des airs dreyeriens ». « Adriano se déplace comme le héros de La Ricotta (1963), de Pasolini », surenchérit le producteur, Carlo Cresto-Dina. De jeunes Romaines l’assaillent de demandes : âge – « 19 ans » –, goûts – « le cinéma fait main de Carlo Verdone ou Nanni Moretti » –, instrument – « le saxhorn ténor » –, situation – « célibataire ».

Quiétude agreste
A ce déluge, il répond avec la quiétude agreste de son personnage. Et la littéralité d’un des saints qui l’a inspiré, Ginepro. Dire qu’Adriano n’a accepté le rôle qu’après un mois de répétitions… « A Orvieto, tous ses camarades de lycée voulaient jouer dans le film, à part lui, révèle la cinéaste ombrienne, qui veille, depuis Les Merveilles (2013), à ce que ses tournages s’ancrent dans les parages. Dès que ma directrice de casting me l’a présenté,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Lointain descendant de Philip Marlowe, le héros de David Robert Mitchell nous emmène dans un labyrinthe au parfum de chewing-gum.
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Cannes 2018 : « Under the Silver Lake », quand les hipsters prennent la succession des privés

Lointain descendant de Philip Marlowe, le héros de David Robert Mitchell nous emmène dans un labyrinthe au parfum de chewing-gum.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 09h52
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 11h09
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Sélection officielle – en compétition
Philip Marlowe n’y retrouverait pas ses petits, ni son chemin. Le détective privé créé par Raymond Chandler, interprété à l’écran par Elliott Gould et Humphrey Bogart, naviguait comme personne dans les labyrinthes de Los Angeles. Mais il n’aurait jamais pu filer et enquêter sur le garçon qui sillonne la ville dans Under the Silver Lake : trop d’incohérences dans son itinéraire, impossible de recueillir un récit qui ait du sens à partir des éléments que Sam (Andrew Garfield) collecte.
Pourtant, si l’on s’en tient à la géographie cinématographique de Los Angeles, on est en terrain familier. L’observatoire, comme dans La Fureur de vivre, un réservoir, comme dans Chinatown, une villa palatiale comme dans Le Grand Sommeil. Ces repères sont des leurres. Pour son troisième long-métrage, David Robert Mitchell se veut iconoclaste. La quête de Sam sera vaine, les icônes, les classiques, jusqu’aux souvenirs, seront vidés de leur sens, éviscérés. En guise d’anesthésique, le cinéaste recourt à sa naturelle facilité d’expression et à un humour désinvolte qui charme un moment.
Collage de pastiches
Mais le film dure deux heures et quart. C’est beaucoup pour une collection de citations, un collage de pastiches. D’autant que la circulation des personnages est limitée, du réservoir de Silver Lake à Griffith Park, quelques kilomètres carrés qui furent chicanos et sont aujourd’hui à un stade avancé de gentrification. C’est là que vivote Sam, venu à la poursuite d’on ne sait quel rêve (et on ne le saura jamais), sans travail, sans argent, en voie d’expulsion de son appartement. Il passe ses journées à observer ses voisines à la jumelle, surtout la quinquagénaire qui aime se promener torse nu (coucou, Fenêtre sur cour, d’Alfred Hitchcock, adieu le mythe du voyeur sauveteur), jusqu’à ce qu’il remarque une nouvelle venue. Sarah (Riley Keough) accueille ses attentions avec bienveillance, voire plus, avant de disparaître dans des circonstances inexplicables.
Alors que les enquêtes de Philip Marlowe et de ses héritiers (Jake Gittes dans Chinatown, Doc Sportello dans Inherent Vice) étaient ponctuées de coups assénés sur le chef des détectives, les recherches de Sam sont scandées de prises plus ou moins volontaires de stupéfiants. Andrew Garfield sait admirablement adopter l’expression et la gestuelle d’un type défoncé. Il arrive même à faire passer quelques sentiments à travers la brume psychotrope qui nimbe son personnage. Son attachement à la belle disparue, son angoisse d’avoir raté sa vie.
Humour sardonique
Le scénario le fait aller et venir entre ses amis obsédés par tout ce que la culture populaire leur promet (sexe, drogue, rock’n’roll) sans jamais le leur offrir, versions inquiétantes des geeks de Big Bang Theory, les hipsters angelinos (plus beaux, plus riches aussi, sans doute, que leurs homologues de Brooklyn) et l’élite, le 1 %. Ce sont ces derniers – Sam finit par s’en convaincre – qui détiennent la clé des codes mystérieux que dissimulent les figures universellement partagées de la culture populaire. Chaque chanson renferme une carte au trésor, chaque film recèle la recette de la transmutation des métaux. Sous la ville se cachent des mystères auxquels seul l’argent donne accès.
La bizarrerie des situations auxquelles conduit cette vision du monde doit beaucoup au Mulholland Drive, de David Lynch. Vingt ans bientôt après la présentation du film dans le même festival, l’inquiétude métaphysique de l’auteur de Lost Highway a laissé la place à l’humour sautillant et sardonique de David Robert Mitchell, un peu comme Ricky Nelson et Pat Boone s’assirent jadis sur le trône laissé vacant par Elvis Presley. Under the Silver Lake, c’est du Lynch bubble gum.
David Robert Mitchell recrée lumières et teintes des films hollywoodiens en couleurs de l’après-guerre
Le parfum n’est pas désagréable. Avec son chef opérateur Mike Gioulakis, David Robert Mitchell s’amuse à recréer les lumières et les teintes des films hollywoodiens en couleurs de l’après-guerre. La partition symphonique de Rich Vreeland rend hommage, elle aussi, à cet âge d’or, tout en se mariant à une impressionnante playlist qui remonte jusqu’à la plus haute antiquité du rock, REM et Nirvana, en l’occurrence. Le héros n’a pas encore 30 ans.
Pour filer la métaphore du chewing-gum, ce parfum synthétique et sophistiqué est loin d’être désagréable. Mais après l’avoir mastiqué pendant 135 minutes, il a perdu presque toute sa saveur.

Film américain de David Robert Mitchell. Avec Andrew Garfield, Riley Keough, Topher Grace (2 h 15). Sortie en salle le 8 août. Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/under-the-silver-lake et a24films.com/films/under-the-silver-lake



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Tourné par une femme et présenté à Cannes en 2017, « Marlina, la tueuse en quatre actes » connaît une affluence record dans un pays fan de romances et de récits d’action. Un succès dû à sa dénonciation de la condition féminine.
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« Marlina, la tueuse », un film féministe dans l’Indonésie machiste


                      Tourné par une femme et présenté à Cannes en 2017, « Marlina, la tueuse en quatre actes » connaît une affluence record dans un pays fan de romances et de récits d’action. Un succès dû à sa dénonciation de la condition féminine.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 09h16
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 09h33
   





   


L’homme ne prend pas la peine de frapper à la porte de cette maison isolée. Il s’invite chez Marlina, une jeune veuve, lui réclame des feuilles de bétel à mâcher, de la soupe de poulet et annonce que six amis à lui sont en chemin pour dérober son bétail, ses vivres, et coucher avec elle s’ils ont le temps. « Ce soir, tu seras la femme la plus chanceuse du monde », lui dit-il, en grattant sa mandoline. « Ce soir, je serai la femme la plus misérable », rétorque-t-elle. « Ah, vous, les femmes ! Toujours à jouer les victimes. » Quand les hommes arrivent, Marlina, agressée par le chef de bande, finit par le décapiter avec son sabre et à en tuer d’autres dans un effet d’hémoglobine tarantinesque.
Une jeune réalisatrice
L’année dernière, au Festival de Cannes, le film indonésien Marlina si Pembunuh dalam Empat Babak (Marlina, la tueuse en quatre actes) était applaudi à la Quinzaine des réalisateurs. Quelques mois plus tard, en novembre 2017, il sortait dans 80 salles du pays. Depuis, il cumule plus de 150 000 spectateurs et nourrit les conversations. Un record pour un film d’auteur, genre mineur dans une industrie où règnent les films d’action et de fantômes ainsi que les comédies sentimentales. Autre rareté dans le cinéma indonésien : Marlina est réalisé par une femme, Mouly Surya, 37 ans, déjà remarquée au Festival de Sundance en 2013 pour son précédent long-métrage What They Don’t Talk About When They Talk About Love, autour de jeunes citadins handicapés.
« Dans cette île à majorité animiste marapu, les habitants se baladent avec des sabres à la ceinture et la place de la femme est à la cuisine. » La réalisatrice Mouly Surya
Marlina (pas encore sorti en France) séduit un certain public, parce qu’il s’intéresse à une région négligée du pays. Le film a été tourné loin de Java, où vit la moitié de la population, sur la petite île de Sumba. Avec son panorama étonnant de plaines arides jaunies par le soleil, ce décor a inspiré la touche mi-western, mi-samouraï. L’intrigue est imprégnée de la culture locale, portée sur la superstition, à l’instar des apparitions du violeur décapité qui vient titiller la conscience de Marlina. « Dans cette île à majorité animiste marapu, les habitants se baladent avec des sabres à la ceinture et la place de la femme est à la cuisine », a raconté Mouly Surya dans les médias.
L’écho que le film trouve encore, plusieurs mois après sa sortie, tient à sa dénonciation de la condition féminine. « Marlina offre une réponse à la question : “Pourquoi les femmes sont-elles toujours en colère ?” A cause du patriarcat. Et le film le décrit bien en termes de violence contre les femmes, notamment sexuelle, de difficultés pour les survivantes à obtenir justice », rapporte Hera Diani, cofondatrice du webmagazine féministe Magdalene.

Sur la route du poste de police où elle veut se rendre, Marlina croise une amie enceinte, molestée par son mari qui croit que le bébé est en siège car elle lui a été infidèle. Puis, au commissariat, dans une séquence sardonique, la réalisatrice met en scène l’inanité des fonctionnaires qui préviennent que l’outil médical pour attester des viols n’arrivera que dans un mois… Ce dernier sujet est particulièrement présent dans un pays où, selon un sondage de 2016, 90 % des victimes ne déposent pas plainte de peur d’être stigmatisées. Pour le blogueur et cinéphile Boby Andika, le film fait l’effet d’une « claque » : « Nous autres citadins, nous nous imaginons que les droits des femmes ont atteint un bon niveau, parce qu’elles peuvent travailler, aller à l’université… Mais, dans le contexte rural où évolue Marlina, le chemin vers l’émancipation est encore long et la lutte est loin d’être terminée. » 

        Lire aussi :
         

                En Indonésie, un sexisme d’Etat



Eléonore Sok-Halkovich



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le réalisateur birman Midi Z trace une brillante esquisse de la vie religieuse de son pays.
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« 14 Pommes » : l’initiation du bonze insomniaque

Le réalisateur birman Midi Z trace une brillante esquisse de la vie religieuse de son pays.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 07h43
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 07h59
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                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Parce qu’un guérisseur l’a prescrit, le jeune Shin-hong, dynamique entrepreneur birman qui souffre d’insomnie chronique, achète quatorze pommes sur un marché de sa ville et entame un voyage ardu pour aller les croquer, une par jour, dans le monastère où il doit faire retraite afin de dormir enfin. Dans sa voiture japonaise qui brinquebale sur des pistes de tôle ondulée, Shin-hong a embarqué son meilleur ami, le réalisateur Midi Z.
Le jeune (36 ans) cinéaste navigue désormais entre ses diverses patries, la Birmanie où il est né, Taïwan où il a été longtemps exilé, la fiction qui l’a fait remarquer dans les festivals et les documentaires. En accompagnant Shin-hong, Midi Z s’aventure sur le terrain de la religion, miné en Birmanie. Pourtant son film, sans jamais renoncer à poser un regard critique, est empreint d’une beauté sereine, mu par un rythme ample, qui font que 14 Pommes à la fois le portrait instantané d’un pays instable et une bucolique birmane.
Avant d’arriver au monastère, il faut acheter les pommes. Cette première séquence, tournée dans un marché urbain illustre à merveille le talent de Midi Z. On y apprend la mondialisation du marché des fruits (les pommes les plus prestigieuses viennent de Californie, celles de seconde qualité de Thaïlande, les autres de Chine), et l’art du marchandage. On y entrevoit aussi des gens, vendeuse, badaud, qui, par la grâce du regard bienveillant et alerte du réalisateur, deviennent des personnages de cinéma.
Par la grâce de leurs gestes
Arrivés au village, les deux citadins, l’insomniaque et le réalisateur, prennent leurs marques. Il s’agit de cerner discrètement (Midi Z s’interdit le recours au commentaire) les inégalités sociales (absence ou présence d’un générateur, puisque le réseau électrique ne s’étend pas jusque-là, taille et aspect du cheptel) et les rituels. Tous tournent autour du monastère auquel les paysans remettent régulièrement des offrandes, riz et biscuits industriels, vêtements, ustensiles et – bien sûr – espèces.
Cette dîme volontaire représente une part non négligeable des maigres revenus des paysans, tout comme le long trajet des femmes qui portent l’eau de la source au monastère entame sérieusement leur emploi du temps. On le comprend en les suivant le temps d’un long plan séquence qui commence par le remplissage des seaux et se termine par les ablutions des bonzes. On est aussi saisi par la grâce de leurs gestes, par la légèreté que ces femmes opposent à la plus lourde des contraintes.
Midi Z montre la religion et ses servants comme une colle qui tient encore les morceaux d’une société animée d’une force centrifuge irrésistible
Dans l’enceinte, sommairement délimitée du temple (on est loin des dorures des sanctuaires des grandes villes), les villageois viennent demander l’intercession des religieux, prier ou discuter. C’est ainsi qu’on voit se dessiner une société en pleine mutation. Des jeunes filles viennent demander une bénédiction avant de partir travailler en Chine, où les attendent – elles le savent et l’expliquent aux moines – des conditions de travail proches de l’esclavage. Un moine demande à Shin-hong de l’initier aux rudiments du commerce. On voit aussi des conflits de voisinage s’apaiser par l’intervention d’un religieux, fût-il Shin-hong qui a accédé temporairement à d’importantes responsabilités.
Midi Z montre la religion et ses servants comme une colle qui est en train de se dissoudre mais qui tient encore les morceaux d’une société animée d’une force centrifuge irrésistible. Quand tout craque, la colle se fait liquide corrosif, comme l’a montré Barbet Schroeder dans Le Vénérable W., exploration de la face sombre, raciste, voire génocidaire, du bouddhisme birman. 14 Pommes en est le compagnon indispensable.

Documentaire birman et taïwanais de Midi Z (1 h 24). Sur le Web : carlottavod.com/14-pommes

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 16 mai)
Senses 5, film japonais de Ryusuke Hamaguchi (chef-d’œuvre)14 Pommes, documentaire birman de Midi Z (à ne pas manquer)En guerre, film français de Stéphane Brizé (à ne pas manquer), en compétition à CannesDes spectres hantent l’Europe, documentaire français et grec de Maria Kourkouta et Nikki Giannari (à voir)Manhattan Stories, film américain de Dustin Guy Defa (pourquoi pas)No dormiras, film espagnol et urugayen de Gustavo Hernandez (pourquoi pas)
Nous n’avons pas vu :
Corpo elétrico, film brésilien de Marcelo CaetanoDeadpool 2, film américain de David LeitchEt mon cœur transparent, film français de David et Raphaël Vital-DurandTad et le secret du roi Midas, film d’animation espagnol d’Enrique Gato et David Alonso





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Deux femmes grecques, Maria Kourkouta et Niki Giannari, signent ce documentaire tourné dans un camp de migrants sur la « route des Balkans ».
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« Des spectres hantent l’Europe » : les fantômes d’Idomeni

Deux femmes grecques, Maria Kourkouta et Niki Giannari, signent ce documentaire tourné dans un camp de migrants sur la « route des Balkans ».



Le Monde
 |    16.05.2018 à 07h42
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 07h58
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Des tragédies qui défigurent l’humanité il n’y a lieu de tirer profit qu’à la mesure des hommes ou des œuvres qui les confrontent, avec la part de courage, de dignité, voire de beauté qu’implique ce mouvement.La question des réfugiés frappant à la porte de l’Europe a ainsi déjà produit, parmi les premiers, un Cédric Herrou, agriculteur et Juste de son état, et parmi les secondes L’Héroïque Lande, la frontière brûle, de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval, magnifique documentaire sur la liquidation de la jungle de Calais récemment sorti en salle.
Des spectres hantent l’Europe est à inscrire dans ce sillage. Le film est coréalisé par deux femmes grecques de génération différente, la plus jeune, Maria Kourkouta, venant de l’image, la plus âgée, Niki Giannari, de l’écrit. Parties pour tourner un documentaire sur la guerre civile grecque des années 1940, elles détournent leur chemin pour s’arrêter, en mars 2016, dans le camp d’Idomeni, village grec à la frontière macédonienne, où sèchent sur pied quinze mille réfugiés, bloqués par la décision de la Commission européenne de fermer la « route des Balkans ».
Le spectateur est saisi par l’entêtante confusion dans laquelle ces êtres déjà brisés sont abandonnés
Le film est tout d’abord désarmant. On craint le geste artiste. Aucun dialogue, aucun commentaire, aucune intrigue, aucun enjeu manifeste. Des plans au centre de gravité très bas, qui coupent les personnages filmés de près. Des hommes de dos ou de profil, immobiles, ou traversant le champ. Des cirés kaki à n’en plus finir. Des pieds dans une boue perpétuelle, sous une pluie insistante. Des files d’attente permanentes devant des guichets inexistants. Un horizon laiteux, indifférent, clos. Et puis lentement, cela se décante. Dans l’esprit du spectateur d’abord, qui perçoit la nature participative de ces plans, qui est à son tour saisi par l’ineptie cruelle de l’attente, par l’indifférence suprême de l’environnement, par l’entêtante confusion dans laquelle ces êtres déjà brisés sont abandonnés.
Le film lui-même change insensiblement de registre, montrant les engueulades homériques qui opposent les migrants à bout de nerfs, tentés de stopper les trains de marchandises qui traversent le camp, et le représentant de l’Etat grec, compatriote relégué hors champ, qui ne cesse de les morigéner et de les rappeler à leur devoir de reconnaissance. On sent alors que le film tout entier naît de ce constat révoltant : sur notre continent aujourd’hui, on laisse circuler les trains de marchandises mais plus les hommes, les femmes, les enfants qui ont désespérément besoin de notre aide.
Poème vibrant d’intelligence
Vient enfin l’épilogue, qui fait se lever le vent de la vie sur ce film, en un effet qui n’est pas sans évoquer la fin sublime et joyeuse comme une renaissance, du Goût de la cerise (1997) d’Abbas Kiarostami. Changement impromptu de ton, de cadre, de format, de couleurs. Filmés à la main et à la Bolex seize millimètres en noir et blanc, les réfugiés nous montrent enfin, frontalement, leurs visages, qui se révèlent, divine surprise, pareils aux nôtres. Faibles, ivres de fatigue, et pourtant forts, brûlants d’espoir et de détermination, les yeux profondément et fraternellement plongés dans les nôtres.
Les accompagne sur la bande-son le texte vibrant d’intelligence et de sensibilité d’un poème écrit par Niki Giannari, lu par l’actrice Lena Platonos, dont on ne saurait mieux faire que de citer ces mots : « Les morts que nous avons oubliés, les engagements que nous avons pris et les promesses, les idées que nous avons aimées, les révolutions que nous avons faites, les sacrements que nous avons niés, tout cela est revenu avec eux. Où que tu regardes dans les rues ou les avenues de l’Occident, ils cheminent : cette procession sacrée nous regarde et nous traverse. Maintenant silence. Que tout s’arrête. »
Ramenant avec lui le souvenir du philosophe juif allemand Walter Benjamin, suicidé par désespoir à Portbou (Espagne) en 1940, ce texte, et plus largement ce film, a ainsi le mérite de mettre en perspective ce qui se rejoue du passé dans notre présent, ce que nos hantises doivent à nos fantômes. On trouvera ce texte publié dans son intégralité dans Passer, quoi qu’il en coûte (Ed. de Minuit, 2017), beau livre à deux voix cosigné par Niki Giannari et l’historien de l’art Georges Didi-Huberman.

Documentaire francais et grec de Maria Kourkouta et Niki Giannari (1 h 39). Sur le Web : www.survivance.net/document/30/58/Des-spectres-hantent-l-Europe

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 16 mai)
Senses 5, film japonais de Ryusuke Hamaguchi (chef-d’œuvre)14 Pommes, documentaire birman de Midi Z (à ne pas manquer)En guerre, film français de Stéphane Brizé (à ne pas manquer), en compétition à CannesDes spectres hantent l’Europe, documentaire français et grec de Maria Kourkouta et Nikki Giannari (à voir)Manhattan Stories, film américain de Dustin Guy Defa (pourquoi pas)No dormiras, film espagnol et urugayen de Gustavo Hernandez (pourquoi pas)
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Corpo elétrico, film brésilien de Marcelo CaetanoDeadpool 2, film américain de David LeitchEt mon cœur transparent, film français de David et Raphaël Vital-DurandTad et le secret du roi Midas, film d’animation espagnol d’Enrique Gato et David Alonso





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le film de Dustin Guy Defa lorgne du côté de Robert Altman et de Woody Allen, sans parvenir à renouveler ces références.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

« Manhattan Stories » : portrait choral d’une ville

Le film de Dustin Guy Defa lorgne du côté de Robert Altman et de Woody Allen, sans parvenir à renouveler ces références.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 07h40
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Une journée à Manhattan dans la vie de plusieurs personnages : Benny, un collectionneur de vinyles, qui s’apprête à mettre la main sur une rareté de Charlie Parker ; Ray, son coloc, en pleine dépression depuis sa rupture amoureuse ; Claire, jeune chroniqueuse judiciaire qui mène sa première enquête auprès de Phil, journaliste d’investigation pour un tabloïd. On croise aussi un horloger, une adolescente misanthrope qui se pose des questions sur sa sexualité.
Si leurs trajectoires ne se croisent pas forcément, tous sont pris dans l’électricité de la Grande Pomme que Dustin Guy Defa, cinéaste américain, orchestre dans ce film choral. On pense à Robert Altman et évidemment à Woody Allen, pour le portrait d’une ville esquissé à partir d’une multiplicité de personnages et notamment à Meurtre mystérieux à Manhattan (1993) pour cette histoire de meurtre irrésolu qui hante plusieurs personnages.
Ecriture trop volontariste
Si Manhattan Stories a du charme, c’est qu’on est toujours ravi de retrouver la texture de New-York : ses rues, ses appartements, ses personnages névrosés et ses micro-récits où l’on croise les silhouettes de deux cinéastes new-yorkais, les frères Ben et Joshua Safdie. Mais l’exercice de style est aussi plaisant que limité, la faute à une écriture trop volontariste qui ne parvient pas à donner consistance aux nombreux personnages que l’on croise. Finalement peu convaincant, Manhattan Stories aura pour principal mérite de nous donner envie de nous replonger dans les références qu’il singe sans parvenir à les renouveler.

Film américain de Dustin Guy Defa. Avec Abbi Jacobson, Michael Cera, Tavi Gevinson (1 h 25). Sur le Web : www.ufo-distribution.com/movie/manhattan-stories



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent un choix de films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 15/05/2018
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Portraits de femmes, migrants, fantômes et syndicaliste : notre sélection cinéma

Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent un choix de films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 07h55
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
La première diffusion en France d’un film du Japonais Ryusuke Hamaguchi, Vincent Lindon en lutte contre la fermeture d’une usine et les migrants sur la route des Balkans : le cinéma fait voyager, en cette semaine cannoise.
« SENSES 5 » : portraits de femmes au quotidien

Senses, première œuvre distribuée en France du Japonais Ryusuke Hamaguchi, né en 1978, auteur d’une petite dizaine de films inédits, l’est sous la forme d’un feuilleton en cinq épisodes, rassemblés en trois programmes aux sorties échelonnées. Senses est une véritable merveille, une fresque chorale d’une beauté et d’une profondeur confondantes, dépeignant de sublimes portraits de femmes au quotidien, et à travers elles, le paysage étendu d’une certaine désaffection contemporaine.
Il entretient, à ce titre, bon nombre d’affinités avec le magnifique Certaines femmes (2016), de l’Américaine Kelly Reichardt, qui reliait aussi l’affect féminin, saisi dans sa pluralité, au sentiment d’abandon et de déshérence propre à nos sociétés modernes. De plus, Senses est issu d’une expérience, dont il tire à la fois son format hors norme et sa forte empreinte réaliste : celle d’un atelier d’improvisation, dont les participants amateurs se sont retrouvés acteurs et actrices du film, et ont inspiré eux-mêmes l’écriture du scénario. Mathieu Macheret
Film japonais de Ryusuke Hamaguchi. Avec Sachie Tanaka, Hazuki Kikuchi, Rira Kawamura, Maiko Mihara.
« EN GUERRE » : Vincent Lindon lutte contre une fermeture d’usine

C’est une histoire vieille comme l’inégalité. Celle de l’homme ordinaire contraint de se lever avec les siens contre plus puissant que lui, forcé de devenir chef de guerre. Stéphane Brizé est un cinéaste réfléchi et le titre de son film – En guerre, en compétition à Cannes – cristallise la violence qu’il met en scène avec autant de colère que de lucidité. Aucun coup de feu ne sera tiré, c’est à peine si quelques coups seront échangés. Pourtant, la lutte que mène Laurent Amédéo (Vincent Lindon) contre la fermeture de l’usine dont il est salarié est bien un conflit dont l’issue verra l’application d’un des principes fondamentaux de la guerre : malheur aux vaincus. Thomas Sotinel
Film français de Stéphane Brizé. Avec Vincent Lindon, Olivier Lemaire, Mélanie Rover (1 h 53).
« 14 POMMES » : portrait de la Birmanie

Parce qu’un guérisseur l’a prescrit, le jeune Shin-hong, dynamique entrepreneur birman qui souffre d’insomnie chronique, achète quatorze pommes sur un marché de sa ville et entame un voyage ardu pour aller les croquer, une par jour, dans le monastère où il doit faire retraite afin de dormir enfin. Dans sa voiture japonaise qui brinquebale sur des pistes de tôle ondulée, Shin-hong a embarqué son meilleur ami, le réalisateur Midi Z.
Le jeune (36 ans) cinéaste navigue désormais entre ses diverses patries, la Birmanie où il est né, Taïwan où il a été longtemps exilé, la fiction qui l’a fait remarquer dans les festivals et les documentaires. En accompagnant Shin-hong, Midi Z s’aventure sur le terrain de la religion, miné en Birmanie. Pourtant son film, sans jamais renoncer à poser un regard critique, est empreint d’une beauté sereine, mu par un rythme ample, qui font que 14 Pommes à la fois le portrait instantané d’un pays instable et une bucolique birmane. T. S.
Documentaire birman et taïwanais de Midi Z (1 h 24).
« DES SPECTRES HANTENT L’EUROPE » : migrants sur la route des Balkans

Des tragédies qui défigurent l’humanité, il n’y a lieu de tirer profit qu’à la mesure des hommes ou des œuvres qui les confrontent, avec la part de courage, de dignité, voire de beauté qu’implique ce mouvement. La question des réfugiés frappant à la porte de l’Europe a ainsi déjà produit, parmi les premiers, un Cédric Herrou, agriculteur et Juste de son état, et parmi les secondes, L’Héroïque Lande, la frontière brûle, de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval, magnifique documentaire sur la liquidation de la « jungle » de Calais récemment sorti en salle. 
Des spectres hantent l’Europe est à inscrire dans ce sillage. Le film est coréalisé par deux femmes grecques de générations différentes, la plus jeune, Maria Kourkouta, venant de l’image, la plus âgée, Niki Giannari, de l’écrit. Parties pour tourner un documentaire sur la guerre civile grecque des années 1940, elles détournent leur chemin pour s’arrêter, en mars 2016, dans le camp d’Idomeni, village grec à la frontière macédonienne, où sèchent sur pied quinze mille réfugiés, bloqués par la décision de la Commission européenne de fermer la « route des Balkans ». Jacques Mandelbaum
Documentaire français et grec de Maria Kourkouta et Niki Giannari (1 h 39).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 16 mai)
Senses 5, film japonais de Ryusuke Hamaguchi (chef-d’œuvre)14 Pommes, documentaire birman de Midi Z (à ne pas manquer)En guerre, film français de Stéphane Brizé (à ne pas manquer), en compétition à CannesDes spectres hantent l’Europe, documentaire français et grec de Maria Kourkouta et Nikki Giannari (à voir)Manhattan Stories, film américain de Dustin Guy Defa (pourquoi pas)No dormiras, film espagnol et urugayen de Gustavo Hernandez (pourquoi pas)
Nous n’avons pas vu :
Corpo elétrico, film brésilien de Marcelo CaetanoDeadpool 2, film américain de David LeitchEt mon cœur transparent, film français de David et Raphaël Vital-DurandTad et le secret du roi Midas, film d’animation espagnol d’Enrique Gato et David Alonso





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Dans le film de Ron Howard sur la jeunesse du héros de la saga, projeté hors compétition, tout le monde semble ailleurs.
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Article sélectionné dans La Matinale du 15/05/2018
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Cannes 2018 : « Solo, A Star Wars Story », Han Solo dans le vide stellaire

Dans le film de Ron Howard sur la jeunesse du héros de la saga, projeté hors compétition, tout le monde semble ailleurs.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 05h10
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 11h26
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Sélection officielle – hors compétition
La raréfaction des stars et des studios hollywoodiens au Festival de Cannes devrait ôter l’envie aux mauvais esprits de se demander ce que peut bien y faire un épisode de Star Wars dirigé par Ron Howard – déjà réalisateur d’un Da Vinci Code de sinistre mémoire en ouverture cannoise en 2006. On entrera donc directement dans le vif stellaire du sujet, en rappelant que depuis le rachat dispendieux de la saga par la firme Disney en 2012, les huiles de Mickey turbinent pour étudier tout moyen utile d’un retour rapide sur investissement.

        Lire le récit :
         

          Han Solo, héros de « Star Wars », ne saurait être tourné en dérision




Il en est ressorti l’idée merveilleuse de « l’univers étendu » (spin off), qui ajoute au flux de la saga proprement dite l’agrément d’excursions ponctuelles. Après le décevant et morbide Rogue One, de Gareth Edwards (2016), autour d’une intrigue non développée de l’épisode IV, c’est aujourd’hui le tour de Solo, qui porte sur la jeunesse d’un des protagonistes les plus sympathiques de la saga, l’as de la conduite spatiale Han Solo, jadis interprété par Harrison Ford.

        Lire la critique de « Rogue One, A Star Wars Story » :
         

          Une sombre histoire de sacrifice et de vengeance




On vous parle donc d’un temps où Han ignorait qu’il emballerait la princesse Leia, qu’ils auraient un fils ensemble, que celui-ci porterait, une fois grandi et passé du côté grincheux de la force, le nom ridicule de Kylo Ren et la tête d’Adam Driver, qu’il se convertirait tel Œdipe aux joies insouciantes du parricide, et que sa pauvre mère, sur ses vieux jours, en viendrait à devoir se sacrifier pour sauver les forces du bien. L’aurait-il seulement approchée, la princesse, si Solo avait su cela ? Cela aurait pu être le magnifique sujet de philosophie du film. Il n’en sera rien.

   


A la place, nous trouvons un récit standard du type « c’est le désordre », de la pénurie partout, des trafics dans tous les sens, la loi de la jungle dans tous les coins. Sur ce fond se dégage la figure du jeune Han, flibustier qui va se trouver mêlé à un vol de carburant pour le compte d’une super-organisation mafieuse soutenue par l’Empire, tandis que la femme qu’il aime depuis toujours est devenue l’adjointe d’un cruel dément travaillant pour le compte de cette organisation, et que la résistance, par ailleurs, s’organise.
Sa rencontre avec Chewbacca
Affaire complexe en apparence, mais assez simple sur le fond : trop d’action numérique hors sol, pas assez de vrais personnages. L’enjeu consiste essentiellement à faire plaisir aux fans et à renouer les fils du personnage : comment Solo (Alden Ehrenreich) a rencontré son compagnon Chewbacca, le singe poilu, comment il s’est fait rouler par son futur ami Lando Calrissian (Donald Glover), comment il finit par lui piquer aux cartes le vaisseau le plus sexy de la galaxie, le Faucon Millenium.

        Lire le récit :
         

          A Cannes, de Ryan Coogler à Donald Glover, fiertés noires sur tapis rouge



Quelques personnages nouveaux s’introduisent, dont Beckett dans la catégorie mentor suborneur (Woody Harrelson) et Qi’ra dans celle de la fiancée perdue (Emilia Clarke). Léger problème : tout le monde semble ailleurs, à commencer par l’avenant Alden Ehrenreich qui fait hélas un Solo désespérément insipide. Encore heureux que celui-ci soit mort avant de se voir ainsi ressuscité. L’objet atterrit le 23 mai sur les écrans de France.

Film américain de Ron Howard. Avec Alden Ehrenreich, Woody Harrelson, Emilia Clarke (2 h 15). Sortie en salle le 23 mai. Sur le Web : disney.fr/films/solo-a-star-wars-story et www.starwars.com/films/solo



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ A la Quinzaine, le deuxième long-métrage de Mohamed Ben Attia met en scène des personnages d’une belle densité.
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Cannes 2018 : « Weldi », des parents face à la radicalisation d’un fils

A la Quinzaine, le deuxième long-métrage de Mohamed Ben Attia met en scène des personnages d’une belle densité.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 15h33
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
A Tunis, Riadh, agent portuaire à deux doigts de la retraite, se fait un sang d’encre pour son fils de 19 ans, Sami, rongé par de violentes migraines. Du jour au lendemain, Sami disparaît du domicile, parti en Syrie faire le djihad. Démarche que ses parents, humbles représentants de la classe moyenne tunisienne, n’avaient pas vu venir. Sonne alors l’heure des questions qui fâchent : comment un fils peut-il rejeter à ce point le mode de vie de ses parents ?Comment la radicalisation de Sami a-t-elle ainsi pu passer sous le radar des institutions scolaires ou médicales ? Et la plus importante : que faire désormais ?
Une linéarité quelque peu didactique
Weldi (Mon cher enfant/Dear Son), deuxième long-métrage du Tunisien Mohamed Ben Attia (Hedi, un vent de liberté, 2016), projeté à la Quinzaine (pendant qu’un orage, à l’extérieur, décoiffait la Croisette), scrute le parcours moral d’un père plongé dans le désarroi, dont l’existence entière se délite dans l’onde de choc de ce départ. Sa quête le confronte à l’implicite social de la réussite : obtenir un diplôme, se marier, travailler, suffisent-ils encore à définir une vie qui mérite d’être vécue ?
Weldi aborde ces questions importantes selon une une conception minimale de la mise en scène et un régime réaliste de base, la caméra restant la plupart du temps vissée au point de vue de son protagoniste. Entièrement voué à l’exposition de son sujet, le film fait preuve d’une linéarité quelque peu didactique, toutefois éclaircie par la belle densité de ses personnages.

Film tunisien, belge et français de Mohamed Ben Attia. Avec Imene Cherif, Mohamed Dhrif, Mouna Mejri, Tarik Copti (1 h 44). Sortie en salle le 21 novembre. Sur le Web : www.bacfilms.com/distribution/fr/films/mon-cher-enfant-dear-son



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Une comédie sociale subtile et drôle sur le mal-être d’une bande de quadragénaires qui se lancent dans la natation synchronisée.
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Article sélectionné dans La Matinale du 15/05/2018
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Cannes 2018 : avec « Le Grand Bain », Gilles Lellouche s’offre son « Full Monty »

Une comédie sociale subtile et drôle sur le mal-être d’une bande de quadragénaires qui se lancent dans la natation synchronisée.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 15h08
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 08h13
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


Sélection officielle – hors compétition
L’enthousiasme éprouvé à la projection hors compétition en sélection officielle du Grand Bain ne tient pas seulement au soulagement que fournit soudain la projection, à Cannes, d’une comédie. Promesse d’une bouffée d’air frais dans la profusion de sujets lourds et sombres présentés dans les diverses catégories du Festival, le genre peut aussi faire pleurer de désespoir. Lundi 14 mai, il a fait éclater de rire la grande salle Louis-Lumière. La veille, au même endroit, il avait reçu un triomphe.
Le troisième film de Gilles Lellouche, en tant que réalisateur, mais son premier en solo, est une version française (et pas seulement) du long-métrage britannique de Peter Cattaneo, The Full Monty. La bande de chômeurs du nord de l’Angleterre a cédé la place à un groupe de dépressifs actifs – mais pas trop – et le spectacle de strip-tease susceptible de les tirer d’affaire, à un show de natation synchronisée.
Gilles Lellouche a observé la même élégance, de l’écriture du scénario à la mise en scène et à la direction d’acteurs
Deux inspirations qui, l’une portée par un casting de haut vol et l’autre par le champ de possibilités comiques qu’elle abrite, donnent une base solide au film. Encore fallait-il savoir doser les effets, ne point trop en faire, rester gracieux. N’entrons pas en apnée : Gilles Lellouche a observé la même élégance, de l’écriture du scénario (coécrit avec Ahmed Hamidi et Julien Lambroschini), à la mise en scène et à la direction d’acteurs.
Il n’est jamais mauvais de vouloir s’en sortir, et de souhaiter donner un sens à sa vie. Fût-ce au prix du ridicule auquel va être confrontée, à travers le regard des autres, la fine équipe du Grand Bain. Qu’importe. Bertrand (Mathieu Amalric) sous antidépresseurs depuis deux ans, Laurent (Guillaume Canet) en colère contre tout, Marcus (Benoît Poelvoorde) glandeur majestueux dont l’entreprise est en faillite (forcément), Simon (Jean-Hugues Anglade) qui rêve d’être David Bowie, Thierry (Philippe Katerine), grand poète devant la lune… vont oser se mouiller. Ils vont assumer leur bedaine et leurs cannes de serin velues, se faire tyranniser par l’une de leurs entraîneuses, Amanda (Leïla Bekhti), recevoir des quolibets de machos en costard. Ils s’en moquent, ils iront au bout. Parce qu’ils sont des mecs. Et parce que la camaraderie dont ils apprennent les bienfaits, même à travers ses petites misères, les aide à sortir de leur isolement.

   


Une troupe pleine de panache
La mise en place de ses personnages à laquelle procède Gilles Lellouche relève d’un talent qu’il tire, certes, de l’écriture mais probablement aussi de la bienveillance avec laquelle il traite sa bande de quadragénaires (et d’acteurs, copains dans la vie). Pas un qui ne soit vulgaire, pas un qui n’apparaisse comme un gros couillon. Tous, de surcroît, malgré le sentiment de déréliction qui les habite communément, se distinguent par la propre histoire qui les a construits. Un passé dont le réalisateur disperse les éléments tout au long de son film, à espaces réguliers et avec une fluidité rare.
Comédie sociale sans avoir l’air d’y toucher, Le Grand Bain déroule sa galerie de portraits d’hommes au mal-être bien costaud que Gilles Lellouche embarque dans une heureuse aventure, drôle et touchante, réglée comme un ballet, hors de l’eau et sous l’eau (effet comique assuré), et sans craindre l’ellipse. Bien au contraire. Tant dans les mouvements de sa caméra, ses cadrages, son montage, le réalisateur crée du sens et de l’émotion. A l’image des comédiens, subtilement masculins, délicieusement fracassés, les visages jouant de mimiques et les corps de maladresses, ils forment une troupe pleine d’un panache volant au-dessus du désenchantement de leur personnage. Et de cette troupe naît l’euphorie.

Film français de Gilles Lellouche. Avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade, Virginie Efira, Leïla Bekhti, Marina Foïs (2 h 02). Sortie en salle le 24 octobre. Sur le Web : www.festival-cannes.com/fr/festival/films/le-grand-bain



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Dans une tribune au « Monde », la commissaire européenne Mariya Gabriel et la ministre de la culture Françoise Nyssen plaident en faveur d’un cinéma européen puissant et pour un droit d’auteur renforcé à l’ère du numérique.
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« Le cinéma, qui représente des centaines de milliers d’emplois en Europe, doit réussir sa mutation numérique »

Dans une tribune au « Monde », la commissaire européenne Mariya Gabriel et la ministre de la culture Françoise Nyssen plaident en faveur d’un cinéma européen puissant et pour un droit d’auteur renforcé à l’ère du numérique.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 15h20
    |

Mariya Gabriel (Commissaire européen à l’économie et à la société numérique) et Françoise Nyssen (Ministre de la culture)







                        



                                


                            
Tribune. Depuis soixante-douze ans, le Festival de Cannes célèbre la création cinématographique dans sa diversité, et contribue ardemment à en assurer la promotion, en promontoire mondial des œuvres cinématographiques d’exception. Imaginé par Jean Zay face à la montée d’un totalitarisme qui entendait mettre la création sous sa coupe, ancré sur une politique culturelle ouverte et sur un partenariat transatlantique au centre de ce que Jean Zay qualifiait déjà de « monde libre », le festival porte aussi, depuis son origine, un projet politique : consacrer la liberté et l’indépendance de la création artistique.
Partout où les cinéastes sont inquiétés, ce sont les valeurs fondatrices de la démocratie qui sont en danger
Cette dimension politique résonne plus que jamais, aujourd’hui, à l’heure où notre monde fait face à des bouleversements technologiques, sociétaux et géopolitiques profonds. Ces transformations sont une chance : jamais sans doute les opportunités n’auront été aussi grandes pour les citoyens, les entreprises et les artistes. Mais elles constituent aussi de véritables défis pour nos sociétés, parce qu’elles nourrissent des peurs qui favorisent la montée des extrêmes et du nationalisme.
Le cinéma est naturellement au cœur de ces enjeux. D’abord parce qu’il représente des centaines de milliers d’emplois en Europe, et qu’il doit réussir sa mutation numérique. Ensuite parce que le cinéma n’est pas un secteur comme un autre : il est présent au cœur de nos vies, il nous fédère, en révélant l’universalité d’histoires singulières, il est un ciment pour nos sociétés, en même temps qu’il nous alerte et nous éclaire. Enfin, parce que le cinéma est la pierre de touche de nos sociétés démocratiques : la liberté d’expression est la mère de toutes les libertés, partout où les cinéastes sont inquiétés, ce sont les valeurs fondatrices de la démocratie qui sont en danger.
Trois chantiers cruciaux
Fort de ces constats, l’Europe...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le 71e Festival de Cannes entre dans son septième jour de compétition, placé sous le signe des conflits, économique ou intergalactique.
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La gazette de la Croisette : la guerre sociale de Brizé et la « Guerre des étoiles » d’Howard

Le 71e Festival de Cannes entre dans son septième jour de compétition, placé sous le signe des conflits, économique ou intergalactique.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 13h17
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 09h55
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
En ce mardi 15 mai, septième jour de la compétition cannoise, le duo formé par le réalisateur Stéphane Brizé et l’acteur Vincent Lindon revient sur la Croisette avec En guerre, trois ans après la sélection de La Loi du marché.

Pour mettre en scène la lutte menée par un syndicaliste contre la fermeture d’une usine, le cinéaste reprend la méthode mise au point sur le tournage de La Loi du marché. Vincent Lindon est le seul acteur professionnel. Il est entouré de débutants : Olivier Lemaire, qui incarne le représentant d’un syndicat maison, avec qui Amédéo le ­cégétiste fait front commun, ­Mélanie Rover, la collègue de la CGT, Jacques Borderie, le patron de l’usine.

        Lire l’entretien avec Vincent Lindon :
         

          « J’essaie d’être dans des films qui servent un peu »




Face à ce duo français, entre également en lice pour la Palme d’or l’un des rares réalisateurs américains de la sélection officielle, David Robert Mitchell, avec Under the Silver Lake, un thriller qui se déroule à Los Angeles, avec Andrew Garfield et Riley Keough.

        Lire le reportage dans « M » :
         

          Silver Lake, nouveau décor d’Hollywood




DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
A la Quinzaine des réalisateurs, l’une des deux sections parallèles du Festival de Cannes, notre critique Thomas Sotinel a beaucoup aimé, comme une large partie du public cannois, la comédie burlesque et macabre de Pierre Salvadori, En liberté ! Notre journaliste Aureliano Tonet a, par ailleurs, rencontré le duo formé par Pio Marmaï et Adèle Haenel, deux des acteurs de ce film, qui déclarent, entre autres, avoir été « comme des enfants sur le tournage ».
ON ATTEND AUJOURD’HUI :
L’un des événements les plus attendus de la journée est la projection à 19 h 15, en avant-première européenne, du nouveau volet de la saga Star Wars, Solo, A Star Wars Story, réalisé par Ron Howard, quelques jours après l’avant-première aux Etats-Unis organisée à Hollywood, jeudi 10 mai. L’intrigue se situe avant l’épisode IV de la saga, sorti en premier en 1977. Ce deuxième « spin-off » – après Rogue One sorti en 2016 – revient sur la jeunesse du pilote franc-tireur Han Solo allié à l’Alliance rebelle (incarné par Alden Ehrenreich).

        Lire le récit :
         

          A Cannes, de Ryan Coogler à Donald Glover, fiertés noires sur tapis rouge




        Participer au quiz :
         

          Connaissez-vous l’univers de « Star Wars » ?





        Lire la gazette de la Croisette (14 mai) :
         

          Le grand retour de Spike Lee et de Lars von Trier






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Le réalisateur français présente son dernier film en compétition officielle, au Festival de Cannes. Vincent Lindon incarne un leadeur syndicaliste qui lutte contre la fermeture de son usine.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Après « Pierre et le Loup », le chef de l’Etat joue son propre rôle dans « La Traversée », de Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit, projeté hors compétition au Festival de Cannes.
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Cannes 2018 : Emmanuel Macron sur grand écran dans le road-movie de Romain Goupil

Après « Pierre et le Loup », le chef de l’Etat joue son propre rôle dans « La Traversée », de Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit, projeté hors compétition au Festival de Cannes.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 11h20
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 12h47
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            Virginie Malingre








                        



   


Il aurait pu croiser Cate Blanchett, Martin Scorsese ou Penélope Cruz. Il a préféré Angela Merkel, Mariano Rajoy et Theresa May. Mercredi 16 mai, Emmanuel Macron sera à Sofia, en Bulgarie, pour un sommet de l’Union européenne, quand le Festival de Cannes projettera, en séance spéciale hors compétition, La Traversée, un road-movie dans lequel Romain Goupil et « Dany » Cohn-Bendit partent à la rencontre des Français cinquante ans après Mai 68, et où le président de la République joue son propre rôle.
« Une scène culte », a commenté Daniel Cohn-Bendit. Un tableau de sept minutes qui commence par un gros plan sur l’ancien anarchiste en train de se disputer avec Romain Goupil, attablé dans un bistrot à Francfort. « Tu veux devenir la Mireille Dumas ou la Karine Le Marchand à l’affût d’une confidence ? », lui lance, sarcastique, l’ex-trotskyste alors que son camarade propose d’interroger, pour leur documentaire, Emmanuel Macron à l’Elysée. « Cinquante ans après Mai 68, la seule chose que je ne pourrais pas faire, c’est aller voir le président ? », s’insurge Cohn-Bendit.

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« La mise en scène est partout »
Le plan s’élargit, le spectateur voit apparaître un troisième homme. Le chef de l’Etat en chair et en os. « Ce que tu peux faire, c’est le rencontrer dans un café de Francfort. Ce serait pas idiot », suggère ce dernier. « Vous me direz ce que vous avez vu du pays, surtout. Est-ce qu’il a changé depuis 1968 », poursuit Emmanuel Macron, à l’aise devant la caméra.
« Il a tourné dans ce film par amitié pour Cohn-Bendit », explique-t-on à l’Elysée. Les deux hommes, qui se sont rencontrés en juin 2016, lors d’un débat sur l’Europe dans les murs de Sciences Po, aiment à raconter leur coup de foudre amical. Romain Goupil, qui était présent ce jour-là, a aussi succombé au charme de celui qui n’était encore que ministre de l’économie de François Hollande.

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Mais, au-delà de son amitié pour les deux compères, le chef de l’Etat s’est fait plaisir, en endossant, pour quelques heures, ces habits d’acteur qu’il affectionne tant. Comme il l’avait déjà fait, le 1er mars, en devenant le « récitant » dans Pierre et le Loup, le conte musical de Prokofiev qu’il a donné à représenter à l’Elysée devant deux cents invités. Plus jeune, c’est avec Brigitte Auzière, celle qui n’était pas encore son épouse mais sa professeure au lycée de La Providence à Amiens, qu’il s’est initié au théâtre. Et c’est un fait, ce goût pour le spectacle ne l’a pas quitté depuis.
Dans ses prestations de président, « la mise en scène est partout », explique le sociologue Jean-Pierre Le Goff dans un entretien au Figaro, le 4 février, « il change rapidement de personnage comme dans une pièce de théâtre où l’acteur principal voudrait jouer tous les rôles et séduire tous les publics, en choisissant les habits et le décor par la même occasion ».
Les deux derniers entretiens que le chef de l’Etat a accordés, à TF1 le 12 avril et à BFM-TV le 15 avril, en témoignent. Dans le premier, il joue au maître d’école, assis dans une classe d’une école primaire de l’Orne, qui fait office de plateau du JT de Jean-Pierre Pernaut. Dans le second, où il affronte les journalistes Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin, il a choisi comme scène le Théâtre national de Chaillot, où planent encore les ombres de Vilar, Vitez et Savary. Le show peut continuer.



                            


                        

                        

