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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Dans cette chronique, l’économiste Kemal Dervis estime que la mondialisation ne suffira pas à elle seule à définir un grand parti politique et que dans les années à venir Emmanuel Macron devra s’aligner plus étroitement sur le centre droit ou sur le centre gauche.
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« Pour être acceptée, la mondialisation doit être accompagnée d’une politique sociale modernisée »

Dans cette chronique, l’économiste Kemal Dervis estime que la mondialisation ne suffira pas à elle seule à définir un grand parti politique et que dans les années à venir Emmanuel Macron devra s’aligner plus étroitement sur le centre droit ou sur le centre gauche.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 13h00
    |

Kemal Dervis (Chercheur à la Brookings Institution, ancien ministre turc de l’économie et ancien vice-président de la Banque mondiale)







                        



                                


                            
Vu d’ailleurs. S’adressant au Congrès amé­ricain le 25 avril, lors de sa visite officielle aux Etats-Unis, Emmanuel Macron a défendu un point de vue résolument internationaliste, appelant au renforcement des institutions internationales, au renouvellement de l’engagement en faveur d’échanges commerciaux basés sur des règles et à une adhésion sans réserve à la mondialisation.
A une époque où les motifs d’inquiétude ne manquent pas, qu’il s’agisse de la remise en cause du libéralisme, de l’avenir de la social-démocratie, de la montée en puissance des nationalismes ou du rejet de la mondialisation, cette position est remarquable. Le président français propose une « nouvelle politique » pour l’Occident, qui ne serait plus uniquement définie par la concurrence entre les grands partis du centre droit et du centre gauche.
Dès le début de son entrée en politique, Macron a décrit son mouvement, baptisé En marche !, comme n’étant ni de gauche ni de droite, mais en évitant aussi toute référence au « centrisme ». Aujourd’hui, il le qualifie comme étant à la fois de gauche et de droite. Si ce clivage gauche-droite devient de plus en plus flou, la question se pose de savoir ce qui le remplacera.
Polarisation électorale
Etant donné que la mondialisation est au centre des débats politiques dans la plupart des pays, ce pourrait être l’opposition entre les partis cosmopolites et les partis chauvins. Dans cette optique, Macron serait à la tête du mouvement pro-mondialisation (et pro-européen), tandis que les partis de l’opposition, de droite ou de gauche, seraient hostiles à une politique d’ouverture économique.
Pour être populaire, un positionnement promondialisation nécessite un nouveau contrat social, soutenu par des actions et des moyens financiers publics
En réalité, les partis politiques de centre droit et de centre gauche existants – en France et dans les autres pays occidentaux – comprennent des factions tournées vers l’international...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Editorial. Alors que le nombre d’actes à caractère homophobe a augmenté en 2017, force est de constater le manque d’initiatives des politiques pour lutter contre ce phénomène.
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Alerte à l’homophobie

Editorial. Alors que le nombre d’actes à caractère homophobe a augmenté en 2017, force est de constater le manque d’initiatives des politiques pour lutter contre ce phénomène.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 11h41
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 18h51
   





                        


Editorial du « Monde ». Depuis une trentaine d’années, l’homosexualité est passée de l’ostracisme – au mieux une maladie, au pire un « fléau social » ou un crime –, à la reconnaissance. Cette longue marche vers l’égalité a été jalonnée par la dépénalisation de l’homosexualité en 1982, l’instauration du pacs en 1999 puis celle du mariage entre personnes du même sexe en 2013. Depuis 2004, enfin, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité mentionne l’homophobie parmi les motifs de discrimination et pénalise les propos haineux, diffamatoires ou injurieux proférés en raison de l’orientation sexuelle.
L’homophobie, ses archaïsmes et sa violence n’ont pas disparu pour autant. Les chiffres en témoignent. En 2017, l’association SOS-Homophobie a encore enregistré 1 650 témoignages faisant état d’actes ou d’agressions physiques à l’encontre d’homosexuels ou de transsexuels. De son côté, le ministère de l’intérieur a recensé un peu plus d’un millier de crimes et de délits à caractère homophobe. Dans le pays de la liberté et de l’égalité, il n’est toujours pas possible de vivre son homosexualité librement et sans crainte.

        Lire aussi :
         

                « Finissez-le, c’est un pédé » : plus d’un millier d’actes homophobes enregistrés en 2017



Le constat est paradoxal. En effet, la France fête, le 17 mai (Journée internationale de lutte contre l’homophobie), le cinquième anniversaire de la loi sur le mariage entre personnes du même sexe. Malgré les polémiques virulentes soulevées à l’époque, le mariage pour tous est entré tranquillement dans les mœurs et a contribué à banaliser l’homosexualité. Militants et observateurs espèrent donc, chaque année, une baisse des plaintes pour actes homophobes.
Il n’en est rien. Certes, la libération de la parole peut expliquer en partie l’augmentation constatée ces dernières années par SOS-Homophobie. Dans les médias et sur les réseaux sociaux, les agressions homophobes, de moins en moins tolérées, sont de plus en plus visibles et dénoncées. Les visages tuméfiés de victimes s’affichent. Les récits détaillés d’agressions ou d’injures sont relayés. Pourtant, par méconnaissance ou manque de temps, le caractère homophobe de certains actes, qui est une circonstance aggravante de nombreuses infractions, n’est pas toujours pris en compte. C’est évidemment préjudiciable pour les victimes, mais aussi pour la connaissance et la maîtrise du phénomène.
Embarras du gouvernement
Le constat doit alerter les pouvoirs publics. Certes, la lutte contre l’homophobie fait des progrès. Les circonstances aggravantes et délais de prescription pour les actes à caractère homophobe ou commis en raison de l’identité de genre sont désormais alignés sur ceux des actes racistes ou antisémites. Depuis 2016, la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcrah) a vu ses compétences étendues à la haine anti-LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels). La Dilcrah soutient 212 projets de lutte contre l’homophobie au niveau local.
Mais force est de constater que le sujet continue, peu ou prou, à embarrasser. En février, Joël Deumier, président de SOS-Homophobie, a dû dénoncer le « silence coupable » du gouvernement avant que le premier ministre ne condamne une série d’agressions homophobes. Ce combat n’a pas non plus fait l’objet de campagnes de communication à destination du grand public. Quant aux responsables des mondes politique, économique ou même culturel et médiatique qui revendiquent leur homosexualité, ils restent peu nombreux en France. Signe, hélas !, que la crainte des discriminations homophobes et les vieux tabous persistent.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ La voix de cet assistant vocal est difficile à distinguer de celle d’un humain, ce qui soulève différentes inquiétudes.
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Le « terrifiant » assistant Google qui appelle le coiffeur à votre place

La voix de cet assistant vocal est difficile à distinguer de celle d’un humain, ce qui soulève différentes inquiétudes.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 10h59
    |

            Martin Untersinger








                        


Le téléphone sonne, la coiffeuse décroche. A l’autre bout du fil, son interlocutrice cherche à obtenir un rendez-vous pour une coupe de cheveux. En quelques phrases, l’affaire est entendue : ce sera pour mardi matin. Une scène banale à mourir ? Pas du tout : ce que la coiffeuse ne sait pas et n’avait aucun moyen de savoir, c’est que c’est un robot de Google qui a pris ce rendez-vous.

L’enregistrement de cette « conversation » téléphonique a été diffusé, le 8 mai, lors de la conférence annuelle de Google où l’entreprise de la Silicon Valley présente ses innovations. Parmi elles, la nouvelle génération de son système d’intelligence artificielle, Google Duplex, qui permettra à ses assistants vocaux, déjà disponibles dans le commerce, de vérifier d’eux-mêmes, par téléphone, les horaires d’ouverture d’un magasin ou de réserver une table dans un restaurant.
« Notre vision pour ce système, c’est vous aider à être productif. Pour ça, il faut souvent passer un coup de fil, appeler un plombier, prendre rendez-vous chez le coiffeur », a expliqué le PDG de Google, Sundar Pichai. Est-ce un reflet des préoccupations bassement matérielles des ingénieurs de la Silicon Valley ? L’intelligence artificielle devait soigner les cancers, nous libérer du travail et piloter des voitures. Elle se contentera peut-être de prendre rendez-vous chez le coiffeur à notre place.
Google assume : l’entreprise veut servir d’intermédiaire entre l’être humain et son environnement, au risque de mettre ses utilisateurs sous assistance robotisée, enfermés dans une bulle formée par leurs habitudes (donc leurs données personnelles) disséquées par la machine.
Une voix impossible à distinguer du timbre humain
Mais c’est plutôt les efforts fournis par Google pour rendre la voix de l’assistant personnel impossible à distinguer du timbre humain qui font polémique. Et pour cause : la voix robotique, dotée de tous les traits de l’humanité, n’a rien de métallique ni d’artificiel. Syllabes qui s’allongent pour marquer l’hésitation, « hmm » entre certains mots ou expressions typiques d’un orateur de chair et de sang : rien, dans la démonstration de ce qui est pour le moment davantage un projet qu’un produit prêt à atterrir dans les foyers, ne permettait de distinguer cette voix de celle d’un humain.
« Il devrait dire : “Ici l’assistant Google de X ou Y”, ou quelque chose qui l’identifie clairement comme une machine », a réagi Alexander Rudnicky, chercheur spécialisé dans les interactions humain-ordinateur à l’université Carnegie-Mellon, à Pittsburg (Pennsylvanie), dans le magazine Wired. C’est « terrifiant », a taclé sur Twitter Zeynep Tufekci, professeure à l’université de Caroline du Nord et critique des nouvelles technologies : « la Silicon Valley est à la dérive, a perdu toute éthique et n’a rien appris. »
On imagine, en effet, les dangers que pourraient faire courir des voix robotiques impossibles à différencier des voix humaines : arnaques, harcèlement téléphonique, propagande… « De jour en jour, la capacité des robots à se faire passer pour des humains s’améliore, notait déjà, en juillet 2017, le juriste américain Tim Wu dans le New York Times. Entre les mains de personnes opportunistes ou malveillantes, voire dans certains cas d’Etats, ils posent une menace pour les sociétés démocratiques, qui supposent l’ouverture et la transparence. […] Le principal problème pour la démocratie, c’est que les entreprises comme Facebook et Twitter n’ont aucune incitation financière à s’intéresser aux questions d’intérêt public, comme les millions de leurs faux utilisateurs qui corrompent le processus démocratique. »
Il a fallu attendre que la polémique éclate pour que Google annonce que cette nouvelle version de l’assistant vocal se présenterait bien comme tel à ses interlocuteurs. Sur scène, le PDG de l’entreprise n’en a nullement fait mention. Cette innovation en dit long sur les mœurs de la Silicon Valley, sur sa capacité à mobiliser les cerveaux les plus brillants pour résoudre les problèmes quotidiens de cadres californiens surmenés. Elle en dit long sur son incapacité à prendre la mesure des impacts sociétaux de ses inventions, comme si les considérations éthiques devaient être sacrifiées sur l’autel de la performance technologique. A en croire les applaudissements qui ont jailli des travées de l’amphithéâtre, la démonstration de cette nouvelle capacité en matière d’intelligence artificielle a, en tout cas, convaincu ingénieurs et invités de Google.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Observateur des mouvements de jeunesse des années 1960, le sociologue explique que Mai 68 était une révolte libertaire différente de celle qui se joue aujourd’hui, où les mouvements néoautoritaires tiennent le haut du pavé.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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Edgar Morin : « Nous sommes entrés dans une période historiquement régressive »

Observateur des mouvements de jeunesse des années 1960, le sociologue explique que Mai 68 était une révolte libertaire différente de celle qui se joue aujourd’hui, où les mouvements néoautoritaires tiennent le haut du pavé.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 07h15
    |

            Nicolas Truong








                        



                                


                            

Né en 1921, le sociologue Edgar Morin se trouvait à l’université de Nanterre au début des événements de Mai 68 et analysa pour Le Monde les ressorts de cette « commune étudiante » (17 mai 1968) et de cette « révolution sans visage » (5 juin 1968). Il revient, dans un entretien, sur l’inactualité de Mai 68 aujourd’hui.

Où étiez-vous en mars 1968 lorsque le mouvement a commencé ?
Edgar Morin J’étais à Nanterre, car le sociologue Henri Lefebvre m’avait demandé de le remplacer pendant son voyage en Chine. Je me souviens des cars de police qui quittaient les lieux quand je suis arrivé. Je revois un petit rouquin sur le perron de l’université qui s’agitait et criait, c’était Daniel Cohn-Bendit. Je me rappelle aussi avoir croisé Alain Touraine, avant de rejoindre mon amphithéâtre sans fenêtre. Ce jour-là, il y avait un véritable tohu-bohu dans l’université. Au moment de commencer mon cours, quelques voix se sont mises à scander le mot « grève ». Je leur ai répondu : « Vous n’avez qu’à voter, si vous voulez faire la grève. » L’écrasante majorité souhaitait le maintien du cours, mais trois étudiants, probablement des « situ » [jeunes se revendiquant de l’Internationale situationniste], ont éteint les lumières. Donc impossible de faire cours. Alors je me suis un peu baladé, j’ai parlé avec Paul Ricœur, et progressivement, je me suis rendu compte de ce qui se passait.
Quelques semaines auparavant, j’avais fait une conférence à Milan sur l’internationalité des révoltes étudiantes qui, à cette époque, déferlaient de la Californie à la Pologne. Je m’étais demandé comment expliquer cette simultanéité dans les révoltes étudiantes au sein de régimes politiques pourtant très différents. Le seul facteur commun, pour moi, c’était la révolte contre l’autorité, qu’elle soit universitaire, familiale ou politique. Alors, j’ai tout de suite dit autour de moi : « Il y a un bouillon de culture...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Si la vague populiste actuelle est une tentative pour défaire l’héritage de 1968, elle en rappelle pourtant la dynamique et le style par de nombreux aspects, estime le géopoliticien bulgare dans une tribune au « Monde ».
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Ivan Krastev : « 1968 n’est pas terminé »

Si la vague populiste actuelle est une tentative pour défaire l’héritage de 1968, elle en rappelle pourtant la dynamique et le style par de nombreux aspects, estime le géopoliticien bulgare dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    16.05.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 08h42
    |

Ivan Krastev (Géopoliticien et politiste bulgare)







                        



                                


                            
Tribune. Hier encore, à l’Est comme à l’Ouest, on considérait la révolution russe de 1917 comme un tournant historique, alors que Mai 68 était relégué au rang de simple « psychodrame ». Pourtant, si l’on compare les débats véhéments que suscite le 50e anniversaire de 68 aux discussions généralement ternes et dépourvues de passion qui ont accompagné le 100e anniversaire de la révolution russe l’année dernière, il semble bien que 1968 est devenu plus important que 1917. Parmi les révolutions du XXe siècle, les « événements de 68 » commencent à occuper la même place que tient Hamlet dans les tragédies de Shakespeare. Ce n’est pas nécessairement sa meilleure pièce, ni la plus importante, mais c’est de loin celle qui suscite le plus de passion, d’adoration et de controverse.
Pour quelle raison 1968 a-t-il fini par être politiquement plus important que 1917 ? Cela a certainement à voir avec le fait que beaucoup des révolutionnaires de 1968 sont toujours en vie et tiennent à fournir leur version définitive des événements. Aucune génération révolutionnaire n’a échappé aux accusations de « trahison » et d’« opportunisme », aussi n’est-il pas étonnant que l’on demande aujourd’hui aux soixante-huitards pourquoi, alors qu’à l’époque ils considéraient les élections, le mariage et la dégustation d’huîtres comme les trois péchés capitaux, ils ont fini non seulement par voter mais par se faire élire à des postes gouvernementaux, se sont mariés – parfois plusieurs fois –, et non contents de manger des huîtres, ont été jusqu’à ouvrir des bars à huîtres.
Un phénomène transnational
Le deuxième facteur qui contribue à faire de l’anniversaire de 68 un événement central est lié au fait que, parce qu’il a été un phénomène transnational, il fournit l’occasion d’élaborer un récit mondial commun à une époque où beaucoup sont précisément en quête d’un tel récit. 1968 a été une révolte générationnelle présentant différents...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Le mutisme de la candidate de Donald Trump illustre l’incapacité des Etats-Unis à solder les comptes de l’après 11-Septembre, analyse Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique.
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Article sélectionné dans La Matinale du 15/05/2018
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« Le silence de Gina Haspel sur la torture fragilise sa confirmation à la tête de la CIA »

Le mutisme de la candidate de Donald Trump illustre l’incapacité des Etats-Unis à solder les comptes de l’après 11-Septembre, analyse Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique.



Le Monde
 |    16.05.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
16.05.2018 à 08h40
    |

            Sylvie Kauffmann








                        



                                


                            
Chronique. Gina Haspel se souvient parfaitement de sa première mission d’espionnage « par une nuit sombre, une nuit sans lune ». Elle avait rendez-vous avec un agent étranger, qu’elle n’avait jamais vu. « Lorsque je l’ai pris dans ma voiture, il m’a donné les renseignements. Je lui ai remis 500 dollars de plus, pour ses hommes. »
On n’en saura pas plus. Cette « confidence » de Gina Haspel, passage obligé de la candidate du président Donald Trump à la direction de la CIA, gardera tout son mystère. Mme Haspel, 61 ans, dont trente-trois au service de la légendaire Agence centrale du renseignement (CIA) américaine, était auditionnée, le 9 mai, par les sénateurs, dans le cadre de la procédure de confirmation. Tout le monde semble d’accord : on ne trouvera pas plus qualifié pour prendre la tête de la CIA que cette femme aux compétences incontestées, aux états de service impeccables, et qui a déjà largement fait ses preuves comme directrice par intérim.
« En 2002, elle a dirigé un centre, en Thaïlande, qui abritait l’une des tristement célèbres prisons secrètes de la CIA »
Sauf que… il est un autre sujet, autrement important, sur lequel Gina Haspel n’a pas été plus bavarde pendant son audition : l’usage de la torture. Signe des temps, c’est son silence sur cette question qui fragilise sa confirmation. En 2002, en pleine « guerre contre la terreur » lancée par l’administration Bush au lendemain des attentats du 11-Septembre, elle a dirigé un centre, en Thaïlande, qui abritait l’une des tristement célèbres prisons secrètes de la CIA.
Là, des détenus accusés d’appartenir à Al-Qaida ont été soumis à ce que les Etats-Unis appellent pudiquement des « techniques d’interrogatoire renforcées », dont fait partie le waterboarding, sorte de simulation de noyade. Les enregistrements vidéo de ces interrogatoires ont été détruits en 2005, avec son accord, pour éviter, dit-elle aujourd’hui, qu’ils ne tombent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Vincent Brès, le président de l’association Procréation médicalement anonyme, demande à ce que la France permette aux enfants nés de don puissent avoir accès à leurs origines.
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« La connaissance de ses origines est indissociable de la réflexion de tout être humain sur son identité personnelle »

Dans une tribune au « Monde », Vincent Brès, le président de l’association Procréation médicalement anonyme, demande à ce que la France permette aux enfants nés de don puissent avoir accès à leurs origines.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 16h00
    |

Vincent Brès (Président de l’association Procréation médicalement anonyme)







                        



                                


                            
Tribune. Les choses bougent, enfin, dans le monde un peu fermé de l’assistance médicale à la reproduction. Basé sur un système vieux de plus de quarante ans, le don de gamètes s’apprête à évoluer, répondant au mouvement de fond des évolutions de la société française.
Pour une raison très simple : les premiers à en être nés sont devenus des adultes responsables, souvent parents eux-mêmes, et prennent maintenant la parole. Ils dénoncent l’injustice d’un système qui confisque, sans jamais les avoir consultés, des informations sur leur hérédité.
La transmission des données non identifiantes sur les donneurs ne répond en rien aux attentes des personnes conçues par don
La présidente de la fédération des Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (CECOS) a récemment proposé de réformer les pratiques au travers de la possibilité d’offrir des données non identifiantes aux personnes qui le souhaitent.
Si l’intention est à saluer, puisque pour la première fois les professionnels de l’assistance médicale à la procréation (AMP) avec don se tournent vers les personnes qui en sont issues, elle est encore insuffisante. Elle peut même apparaître comme un écran de fumée pour finalement ne rien faire, ne rien changer. La transmission des données non identifiantes sur les donneurs telles qu’une vague profession et quelques traits physiques généraux ne répond en rien aux attentes des personnes conçues par don.
Principe d’appariement
Pour savoir à quoi pourrait ressembler leur donneur, les personnes nées de don n’ont qu’à se tourner… vers leur propre père ! Grâce au principe d’appariement, mis en place par les CECOS en choisissant le donneur le plus proche physiquement du père d’intention, il n’y a que peu de doutes sur l’apparence physique de celui à qui ils doivent d’être nés.
La transmission d’informations non identifiantes est donc un os à ronger proposé aux enfants nés de don qui ne résout rien
Sa profession...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans une tribune au « Monde », la commissaire européenne Mariya Gabriel et la ministre de la culture Françoise Nyssen plaident en faveur d’un cinéma européen puissant et pour un droit d’auteur renforcé à l’ère du numérique.
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« Le cinéma, qui représente des centaines de milliers d’emplois en Europe, doit réussir sa mutation numérique »

Dans une tribune au « Monde », la commissaire européenne Mariya Gabriel et la ministre de la culture Françoise Nyssen plaident en faveur d’un cinéma européen puissant et pour un droit d’auteur renforcé à l’ère du numérique.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 15h20
    |

Mariya Gabriel (Commissaire européen à l’économie et à la société numérique) et Françoise Nyssen (Ministre de la culture)







                        



                                


                            
Tribune. Depuis soixante-douze ans, le Festival de Cannes célèbre la création cinématographique dans sa diversité, et contribue ardemment à en assurer la promotion, en promontoire mondial des œuvres cinématographiques d’exception. Imaginé par Jean Zay face à la montée d’un totalitarisme qui entendait mettre la création sous sa coupe, ancré sur une politique culturelle ouverte et sur un partenariat transatlantique au centre de ce que Jean Zay qualifiait déjà de « monde libre », le festival porte aussi, depuis son origine, un projet politique : consacrer la liberté et l’indépendance de la création artistique.
Partout où les cinéastes sont inquiétés, ce sont les valeurs fondatrices de la démocratie qui sont en danger
Cette dimension politique résonne plus que jamais, aujourd’hui, à l’heure où notre monde fait face à des bouleversements technologiques, sociétaux et géopolitiques profonds. Ces transformations sont une chance : jamais sans doute les opportunités n’auront été aussi grandes pour les citoyens, les entreprises et les artistes. Mais elles constituent aussi de véritables défis pour nos sociétés, parce qu’elles nourrissent des peurs qui favorisent la montée des extrêmes et du nationalisme.
Le cinéma est naturellement au cœur de ces enjeux. D’abord parce qu’il représente des centaines de milliers d’emplois en Europe, et qu’il doit réussir sa mutation numérique. Ensuite parce que le cinéma n’est pas un secteur comme un autre : il est présent au cœur de nos vies, il nous fédère, en révélant l’universalité d’histoires singulières, il est un ciment pour nos sociétés, en même temps qu’il nous alerte et nous éclaire. Enfin, parce que le cinéma est la pierre de touche de nos sociétés démocratiques : la liberté d’expression est la mère de toutes les libertés, partout où les cinéastes sont inquiétés, ce sont les valeurs fondatrices de la démocratie qui sont en danger.
Trois chantiers cruciaux
Fort de ces constats, l’Europe...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Le sociologue franco-iranien Farhad Khosrokhavar livre une somme essentielle sur le sujet qui permet de comprendre l’ampleur du phénomène, au-delà des propos de comptoirs et des plateaux télévisés.
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« Le djihadisme est un fait social total »

Le sociologue franco-iranien Farhad Khosrokhavar livre une somme essentielle sur le sujet qui permet de comprendre l’ampleur du phénomène, au-delà des propos de comptoirs et des plateaux télévisés.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 14h54
    |

            Christophe Ayad








                        



                                


                            

Livre. A tous ceux qui pensent que l’explication du djihadisme, c’est ceci ou c’est cela, et uniquement ceci ou uniquement cela – que ce soit l’islam, le salafisme, la pauvreté, le retour du refoulé post-colonial, les réseaux sociaux et la violence en accès libre, ou encore l’échec du modèle éducatif et de la cellule familiale –, on conseille la lecture du dernier opus de Farhad Khosrokhavar, Le Nouveau Jihad en Occident. 

Peut-être comprendront-ils enfin que l’on a affaire, avec le djihadisme, à un « fait social global », comme il s’en produit moins d’une demi-douzaine par siècle. Un phénomène d’une telle ampleur qu’il mérite mieux que quelques propos de comptoirs ou de plateaux télévisés. Peut-être alors, nos commentateurs du dimanche saisiront-ils l’ampleur de la tâche de ceux qui s’attachent à comprendre, cerner et décrire ce phénomène.
Peut-être cesseront-ils de promettre d’éradiquer le djihadisme en un mandat politique, ou arrêteront-ils de faire croire qu’on peut déradicaliser – car hélas, nul n’a trouvé la formule magique, même si certaines pratiques ont fait partiellement leurs preuves. Peut-être étudiera-t-on le djihadisme comme on a étudié le fascisme depuis un siècle, avec le même sérieux théorique et les mêmes moyens empiriques, la même profusion, au lieu de se contenter de le qualifier de « fascisme vert », ce qui veut tout et rien dire à la fois.
Effort salutaire de définition
Dans ce corpus en cours d’élaboration, l’ouvrage de Farhad Khosrokhavar aura, pendant longtemps encore, valeur de jalon essentiel. Cette somme exhaustive, nourrie de réflexion théorique et d’études empiriques, est aujourd’hui l’ouvrage le plus complet sur la naissance et l’essor d’un djihadisme propre à l’Occident, parallèlement – ou plutôt en écho – à celui qui agite le Moyen-Orient depuis les années 1970.
Le djihadisme, qu’est-ce donc ? C’est une interprétation absolument radicale de l’islam...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Pour devenir une nation référente dans l’IA, notre pays doit démystifier celle-ci dès le plus jeune âge et renforcer l’enseignement scientifique, estime dans une tribune au « Monde » le PDG de Vekia Manuel Davy.
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« Pour que la France puisse peser en matière d’intelligence artificielle »

Pour devenir une nation référente dans l’IA, notre pays doit démystifier celle-ci dès le plus jeune âge et renforcer l’enseignement scientifique, estime dans une tribune au « Monde » le PDG de Vekia Manuel Davy.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 14h15
    |

Manuel Davy (PDG de Vekia, start-up spécialisée dans la gestion des approvisionnements des entreprises par l’intelligence artificielle)







                        



                                


                            
Tribune. Le monde de l’intelligence artificielle n’a pas attendu l’été pour donner le coup d’envoi de son mercato. En avril, Apple a cassé sa tirelire pour recruter John Giannandrea, ­responsable de la recherche et de l’intelligence artificielle… chez Google. Bien qu’aucune information n’ait fuité sur le montant du « transfert », certaines sources évoquent un salaire à huit chiffres. Une hypothèse envisageable quand on sait qu’Anthony Levandowski, un des pontes de la division voiture autonome de Google, a perçu plus de 120 millions de dollars en à peine neuf ans avant de passer chez Uber. Des sommes mirobolantes – plus proches des salaires de la NBA que de ceux du monde scientifique – justifiées par la rareté des talents.
seuls 23 % des élèves français ont un bon niveau en mathématiques, contre 48 % de leurs homologues européens
Le cabinet canadien Element AI estime à moins de 10 000 le nombre de personnes dans le monde capables de se mesurer aux défis de l’intelligence artificielle. Un contingent dans lequel la France ­figure certainement en bonne place, avec 13 lauréats de la médaille Fields et des personnalités comme Cédric Villani (député LRM et mathématicien), Yann LeCun (directeur de l’intelligence artificielle chez Facebook) ou Patrice Simard (ingénieur chez Microsoft, spécialisé dans le machine teaching). Toutefois, ­attention à ne pas céder au triomphalisme. Si la France a été capable de ­former et de placer des chercheurs de haut niveau dans l’élite de l’intelligence artificielle, rien ne dit qu’il en ira de même durant les prochaines années.
En 2016, l’étude « Trends in International Mathematics and Science Study » (Timss), qui évalue les performances des élèves en mathématiques et en sciences, publiait des conclusions sans appel : seuls 23 % des élèves français ont un bon niveau en mathématiques, contre 48 % de leurs homologues européens. Pis, en termes de compétences en mathématiques, la France est 22e...




                        

                        


<article-nb="2018/05/16/19-11">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans cette chronique, l’économiste Nicolas Colin estime que l’Europe doit s’engouffrer dans la brèche créée par le désengagement de l’administration Trump dans l’économie de l’innovation.
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Capital-risque : « Les Etats européens, convertis à l’austérité depuis 2008, manquent à l’appel »

Dans cette chronique, l’économiste Nicolas Colin estime que l’Europe doit s’engouffrer dans la brèche créée par le désengagement de l’administration Trump dans l’économie de l’innovation.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 14h00
    |

Nicolas Colin (Cotitulaire de la chaire Technology, Governance and Institutional Innovation à l’Ecole d’affaires publiques de Sciences Po Paris, et...







                        



                                


                            
Transformations. Il est de bon ton de déplorer la mauvaise allocation de l’épargne des Français : ceux-ci aiment l’immobilier et les obligations d’Etat, mais ne financent pas les entrepreneurs et les start-up. Les politiques annoncent régulièrement vouloir y remédier – c’est l’un des objectifs du projet de loi Pacte, toujours en attente de présentation au conseil des ministres. Hélas, ils ignorent à peu près tout du fonctionnement du capital-risque, au mieux inconnu, au pire suspecté.
Le livre de l’économiste américain William H. Janeway, Doing Capitalismin the Innovation Economy (Cambridge University Press, non traduit), dont la deuxième édition paraît cette semaine, pourrait leur servir de guide. Formé à l’école keynésienne, lecteur de Marx et de Braudel, Janeway a cofondé avec George Soros l’Institute for New Economic Thinking (INET), afin de reconstruire la pensée économique après la crise de 2008. Surtout, il est lui-même un vétéran du capital-risque, avec à son actif un track record (« bilan ») exceptionnel entre 1988 et 2006 au sein de la légendaire société Warburg Pincus.
La thèse centrale de Bill Janeway est la suivante : la croissance économique est tirée par des innovateurs qui vont d’échec en échec avant, parfois, de connaître un succès hors norme. Compte tenu de cette prévalence de l’échec, soutenir ces innovateurs suppose de renoncer a priori à l’idée d’un retour financier sur investissement.
L’Etat n’est pas un financier comme les autres
Et cela n’arrive que dans deux cas : lorsque l’Etat alloue des capitaux à la poursuite d’une mission d’intérêt général ; et lorsque les marchés financiers s’emballent dans des bulles spéculatives – qui, inévitablement, finissent par éclater.
Souvent, ces deux phases se succèdent dans la même séquence : l’Etat commence par dépenser massivement, puis les spéculateurs se mettent dans sa roue pour profiter de l’aubaine. Cette séquence « vertueuse », récurrente...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Un collectif de vingt-deux scientifiques s’inquiète, dans une tribune au « Monde », de voir les grandes écoles d’ingénieurs s’éloigner de l’université et enseigner l’entrepreneuriat et la gestion plutôt que la démarche scientifique.
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« Les grandes écoles d’ingénieurs n’ont pas vocation à imiter les grandes écoles commerciales »

Un collectif de vingt-deux scientifiques s’inquiète, dans une tribune au « Monde », de voir les grandes écoles d’ingénieurs s’éloigner de l’université et enseigner l’entrepreneuriat et la gestion plutôt que la démarche scientifique.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 14h00
    |

Collectif







                        



                                


                            
Tribune. La mondialisation en cours dans l’enseignement supérieur sur le modèle anglo-saxon affecte plus spécifiquement la France, qui, de longue date, possède un modèle dual, avec les universités et les grandes écoles. Ces dernières, et notamment les écoles d’ingénieurs les plus sélectives, se retrouvent depuis une quinzaine d’années confrontées à diverses questions existentielles : que signifie le terme d’ingénieur généraliste à l’international ? Pour quels profils de carrière ?
Les grandes écoles d’ingénieurs doivent capitaliser sur la science, sur le lien avec l’université, sur leurs laboratoires de recherche
Ce choc assez soudain et inattendu est une épine dans le pied de ces établissements, voire une blessure narcissique pour un certain nombre de nos décideurs passés par ces écoles. Plusieurs stratégies ont été mises en œuvre pour y répondre. Si l’on prend l’exemple de l’Ecole polytechnique (dont le mandat de président est en cours d’attribution), l’accent a été mis d’abord sur le management et les start-up, puis sur une tentative de regroupement entre grandes écoles, tournant le dos à la coopération avec l’université Paris-Sud.
Nous sommes convaincus que ces deux orientations sont profondément erronées. Les grandes écoles d’ingénieurs n’ont pas vocation à imiter les grandes écoles commerciales (HEC, ­Essec, etc.). Elles doivent capitaliser sur la science, sur le lien avec l’université, sur leurs laboratoires de recherche : que ceux-ci irriguent effectivement l’enseignement, et qu’une réelle démarche scientifique, avec ses questionnements et sa créativité, vienne former des étudiants sélectionnés principalement sur leur capacité à réussir aux concours, à la suite d’un parcours assez standardisé et normatif.
Innovation et reconnaissance internationale
Ce lien avec la démarche scientifique, trop longtemps négligé dans ces grandes écoles, nous paraît fondamental. Bien évidemment, tous les étudiants qui en sont issus n’ont pas...




                        

                        


<article-nb="2018/05/16/19-13">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans son dernier essai, l’économiste et statisticien Thomas Coutrot s’interroge sur les fondements théoriques et politiques d’un mouvement visant la liberté du travail.
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Choisir le côté vivant du travail

Dans son dernier essai, l’économiste et statisticien Thomas Coutrot s’interroge sur les fondements théoriques et politiques d’un mouvement visant la liberté du travail.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 11h54
    |

                            Margherita Nasi








                        



                                


                            

Livre. A peine élu, le président Emmanuel Macron tient sa promesse et « libère le travail » : les indicateurs écologiques pèseront désormais autant que les ratios financiers, les actionnaires stables auront des droits de vote supérieurs aux actionnaires spéculatifs, les marchés publics privilégieront les entreprises collaboratives et solidaires, le salaire de base sera maintenu en cas de chômage ou de formation… « Trêve de fantaisie : libérer le travail, on le savait, voulait dire tout autre chose : le débarrasser, autant que possible, des rigidités qui découragent les investisseurs », regrette Thomas Coutrot.
Dans son dernier essai Libérer le travail, l’économiste et statisticien s’interroge sur les fondements théoriques et politiques d’un mouvement visant la liberté du travail, prisonnier d’une organisation néotaylorienne focalisée sur le rendement financier. Son ouvrage fait le constat de l’échec de la gauche du XXIe siècle. « Nous avons cru pouvoir contrer le capitalisme avec la démocratie politique, par les nationalisations, la redistribution des richesses, la planification démocratique. Mais la sphère du travail imprime sa marque sur l’ensemble des comportements et des rôles sociaux. Obéir aux ordres durant toute une vie de travail ne prédispose pas à l’exercice du libre arbitre dans la cité. »

Plutôt que de chercher refuge du côté de l’Etat, l’ancien porte-parole d’Attac et cofondateur des Economistes atterrés explore des issues du côté du travail vivant. La théorie de l’entreprise auto-gouvernée repose sur la vision considérant le profit non pas comme un but en soi mais comme un moyen d’atteindre une mission qualitative, d’ordre sociétal, déterminée par les parties prenantes à la vie de l’entreprise, la répartition des compétences résultant elle-même d’un processus permanent de libération. « Ce mode d’organisation pourrait faire reculer le degré d’abstraction...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans une tribune au « Monde », un collectif de personnalités issues de la société civile appelle l’Union européenne à proposer la tenue d’une conférence internationale sur le conflit israélo-palestinien.
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« Ramener le gouvernement israélien au respect du droit n’est en rien une manifestation d’antisémitisme »

Dans une tribune au « Monde », un collectif de personnalités issues de la société civile appelle l’Union européenne à proposer la tenue d’une conférence internationale sur le conflit israélo-palestinien.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 11h44
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 12h27
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Israël fête ses 70 ans d’existence. Sa proclamation en 1948 au lendemain de la seconde guerre mondiale marquée par le génocide des juifs d’Europe, a été accueillie dans le monde comme un refuge pour les survivants et comme un espoir. En même temps, elle a dépossédé les Palestiniens d’une partie importante de leur pays et représenté pour eux une catastrophe, la Naqba. Soixante-dix ans plus tard, l’Etat d’Israël est une réalité, comme l’est aussi le fait que des millions de Palestiniens vivent dans une situation insupportable d’occupation, d’enfermement à Gaza, de discriminations en Israël ou d’exil.
Ce qui n’est pas supportable, c’est la négation assumée des droits du peuple palestinien par la force brute de la répression et des armes
Depuis 1948, ces deux réalités s’entrechoquent entraînant du sang et des larmes, entravant l’avenir des peuples de la région et produisant ses effets jusqu’en Europe et dans le reste du monde. L’occupation et la colonisation poursuivies par Israël depuis 1967 de territoires ne faisant pas partie de ses frontières internationalement reconnues aggravent une situation régionale, par ailleurs, bouleversée par de nombreux conflits et fait peser de lourdes menaces sur la paix mondiale.
Ce qui n’est pas supportable, c’est la négation assumée des droits du peuple palestinien par la force brute de la répression et des armes. S’appropriant les terres, cantonnant les Palestiniens à des territoires de plus en plus réduits, les différents gouvernements israéliens détruisent de plus en plus sûrement tout espoir que deux Etats puissent vivre en paix, côte à côte, avec Jérusalem comme capitale commune. Le résultat de leur politique interroge, certes, sur la possibilité de cette solution.
Peser sur les deux parties
La poursuite continue de la colonisation, conduisant à l’installation de quelque 700 000 colons en Cisjordanie, a sapé les espoirs suscités par le processus d’Oslo. Mais il est clair que l’hypothèse...




                        

                        


<article-nb="2018/05/16/19-15">
<filnamedate="20180516"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180516"><AAMMJJHH="2018051619">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Editorial. La répression sanglante contre des milliers de civils palestiniens massés à la frontière israélienne lundi éclaire la spirale guerrière dans laquelle Israël s’est enfermé.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

Journée sanglante à Gaza : des Palestiniens abandonnés et déshumanisés

Editorial. La répression sanglante contre des milliers de civils palestiniens massés à la frontière israélienne lundi éclaire la spirale guerrière dans laquelle Israël s’est enfermé.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 11h14
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 12h35
   





                        


Editorial du « Monde ». Que retiendra l’histoire de ce 14 mai 2018 ? Le transfert historique de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, signe de la reconnaissance de la Ville sainte comme capitale d’Israël, le jour même de son 70e anniversaire ? Ou le bilan historiquement élevé – au moins 58 morts et plus de 1 350 blessés par balles – de la répression des manifestations palestiniennes le long de la barrière de sécurité israélienne entourant la bande de Gaza ? Dans une région où le tragique l’emporte toujours, la deuxième information éclipse sans conteste la première. Ce qu’il restera, surtout, de cette journée est le spectacle schizophrène et obscène des réjouissances diplomatiques américano-israéliennes à Jérusalem pendant qu’un carnage était perpétré, à une centaine de kilomètres de là, sur des civils cherchant à franchir une frontière, sans autre arme que leur désespoir.

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                Jérusalem fête son ambassade américaine, Gaza pleure ses morts



Il faut remonter à 2014 pour constater un tel massacre dans les territoires palestiniens, à ceci près qu’à l’époque c’est une guerre qui sévissait à Gaza, avec chasseurs F16, chars et tirs de roquettes. Lundi 14 mai, ce n’était pas la guerre. Pas un coup de feu ni une roquette n’a été tiré par les manifestants, malgré la présence de groupes armés à l’arrière de la foule. C’était une protestation géante, comme la Palestine n’en a jamais connu, une manifestation à mains nues, comme au temps de la première Intifada (1987-1993) et au tout début de la deuxième, en septembre 2000. Mais autrement plus meurtrière.
Suppôts du Hamas
Ce que met crûment à nu cette journée tragique, c’est l’abandon total de la bande de Gaza et de son 1,9 million d’habitants. Condamnés à un blocus cruel depuis la prise de pouvoir du mouvement islamiste Hamas en 2007, ignorés par l’Autorité palestinienne, réduits à la misère et meurtris par trois guerres en dix ans, les Gazaouis n’ont pas besoin d’incitation du Hamas – contrairement aux affirmations de Jared Kushner et de Benyamin Nétanyahou – pour se jeter sur les barbelés israéliens dans l’espoir, aussi fou qu’illusoire, de retrouver les terres de leurs ancêtres et d’échapper à leur prison.
Ce « lundi noir » révèle également la déshumanisation quasi totale des Palestiniens par une grande partie de la classe politique et de la société israéliennes, qui ne voient en eux que des suppôts du Hamas, alors que le mouvement de la « marche du grand retour » prouve que la société palestinienne a choisi la protestation civile et populaire, contre le terrorisme et les armes. Ignorer cette évolution est dangereux.

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Enfin, l’alignement, par l’administration Trump, de la position des Etats-Unis sur celle du Likoud n’est pas un cadeau pour Israël, contrairement à ce que pourraient croire les Israéliens : il encourage le gouvernement Nétanyahou dans son hubris guerrière, et donne l’illusion à ce jeune pays d’un soutien alors qu’il est plus isolé que jamais sur la scène internationale. Personne ne se berce d’illusions sur les promesses de plan de paix de Donald Trump. Or, sans perspective de paix, Israël se condamne à vivre dans la peur.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ La correspondante du « Monde » à Istanbul, Marie Jego, analyse la décision du président turc d’avancer de plus d’un an les élections alors que sa popularité plafonne.
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En Turquie, les limites de l’Erdoganomics

La correspondante du « Monde » à Istanbul, Marie Jego, analyse la décision du président turc d’avancer de plus d’un an les élections alors que sa popularité plafonne.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 10h30
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 12h26
    |

            Marie Jégo (Istanbul, correspondante)








                        



                                


                            
Analyse. Qu’est-ce qui a bien pu pou­sser le président turc, Recep Tayyip Erdogan, à avan­cer les élections, législa­tives et présidentielle, au 24 juin, soit un an et demi plus tôt que prévu ? Sa priorité est de briguer un nouveau mandat, avec des pouvoirs présidentiels illimités, avant que l’économie ne se détériore. Un développement inéluctable, selon l’agence de notation Standard and Poor’s, qui a récemment abaissé la note de la dette turque, ­prévoyant « un atterrissage difficile » de l’économie nationale. L’inflation à deux chiffres, la fragilité de la monnaie, l’endettement des entreprises privées (65 % du produit intérieur brut), le déficit accru des comptes courants sont autant de facteurs d’inquiétude.

Conscient que l’inflation (10,85 % en avril) et la chute de la monnaie locale (– 10 % par rapport au dollar depuis janvier) heurtent les classes populaires qui forment le socle de son électorat, le numéro un turc doit remettre au plus vite son mandat en jeu. Le pari n’est pas sans risque. Tous les instituts de sondage assurent que le candidat Erdogan ne parviendra pas à rassembler 51 % des voix pour l’emporter dès le premier tour de la présidentielle, et ce malgré l’alliance scellée avec le Parti d’action nationaliste (MHP).
La devise turque s’échange à 5 livres pour 0,96 euro, contre 2,25 livres pour 1 euro en 2011
La popularité du chef de file de l’islam ­politique turc plafonne. Pendant les quinze années passées à la tête du pays, l’homme issu du quartier populaire de Kasimpasa, à ­Istanbul, a engrangé les succès électoraux en faisant valoir les taux de croissance ­« chinois » de son économie.
2017 n’a pas fait exception, la Turquie affichant, avec 7,4  %, la croissance la plus élevée des pays du G20 – 6,9 % pour la Chine. Tirée par la relance budgétaire et le crédit facile, cette croissance a son revers. Elle est source d’inflation, d’aggravation des déficits, de dépréciation de la monnaie. Au moment...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans cet essai, fruit d’une enquête de quinze années, le professeur de science politique Guillaume Courty dissipe le flou autour d’une profession dont le « secret » demeure la marque de fabrique de l’influence.
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Anatomie du lobby en France

Dans cet essai, fruit d’une enquête de quinze années, le professeur de science politique Guillaume Courty dissipe le flou autour d’une profession dont le « secret » demeure la marque de fabrique de l’influence.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 08h33
    |

            Patrick Roger








                        



                                


                            

Livre. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le lobbying… La somme rédigée par le professeur de science politique Guillaume Courty, fruit de quinze années d’enquête, fera sans nul doute référence. Jamais une étude aussi aboutie n’avait été produite sur le sujet. Elle permet non seulement de comprendre la place, le rôle et le fonctionnement des lobbyistes et des cabinets de conseil dans la vie publique mais aussi de balayer bon nombre d’idées reçues et de clichés sur leur influence réelle.
aujourd’hui encore, il reste difficile de cerner ce que représente le marché du lobbying
En France, l’évolution sur le sujet est récente. La vie politique française s’est longtemps targuée d’être prémunie du lobbying. En fermant résolument les yeux, on pouvait se persuader que celui-ci n’avait pas droit de cité dans l’Hexagone. Moyennant quoi il prospérait à l’abri de toute réglementation. Ce n’est qu’en 2009 que les assemblées parlementaires ont adopté leur premier règlement en la matière, révisé en 2013. Puis en 2017 une loi, la loi Sapin 2, lui a été consacrée.
Cette sorte de tabou a eu pour effet d’associer le lobbying à la corruption, puisque ce qui est caché est suspect. L’auteur, qui a recensé trois cent vingt-deux articles portant sur ce sujet parus dans la presse nationale entre 1954 et 2014, consacre une partie importante de son livre au rôle non négligeable qu’ont joué les médias dans cette construction. Mais, aujourd’hui encore, il reste difficile de cerner ce que représente le marché du lobbying : de grandes entreprises, publiques ou privées, le secteur associatif et même des organisations syndicales n’hésitent pas à se doter de structures consacrées à ce type d’activités plus ou moins discrètes.
Le secret comme marque de fabrique
Le flou continue donc à entourer la profession, le « secret » demeurant la marque de fabrique de l’influence. « Personne ne détient la vérité sur cette population », reconnaît...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Israël doit retrouver un élan démocratique et sortir du piège de l’occupation des territoires palestiniens, juge le géopoliticien David Elkaïm.
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« En Israël, le soutien à la solution à deux Etats reste majoritaire »

Israël doit retrouver un élan démocratique et sortir du piège de l’occupation des territoires palestiniens, juge le géopoliticien David Elkaïm.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 08h42
    |

David Elkaïm (chercheur au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), enseignant à Sciences Po)







                        



                                


                            
Tribune. Le transfert de l’ambassade américaine lundi 14 mai marquera officiellement la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par une poignée d’Etats alignés sur les positions du président américain Donald Trump. Soixante-dix ans jour pour jour après la proclamation de l’Etat par David Ben Gourion, ce geste hautement symbolique changera en fait peu de chose – la quasi-totalité des Etats membres de l’ONU considèrent toujours que la question doit être réglée dans un cadre négocié avec les Palestiniens – mais constitue une victoire pour Benyamin Nétanyahou.

Tandis que des dizaines de Palestiniens ont trouvé la mort depuis le début des marches organisées à la frontière avec Gaza, le « roi Bibi », détenteur du record du plus long mandat de premier ministre et perpétuellement à la recherche d’éléments lui permettant d’embellir son bilan pour faire oublier les accusations de corruption, n’a de cesse de célébrer le statut qu’Israël a acquis depuis sa création il y a soixante-dix ans. Et de fait, Israël n’est plus le nain économique, militaire et diplomatique qu’il était en 1948.

Un « front du refus » qui se résume à l’Iran
La plupart des Etats arabo-musulmans se sont résolus, certes à contrecœur, à accepter, officieusement du moins, l’existence d’Israël, devenu la principale puissance militaire du Proche-Orient. Le « front du refus » n’en est plus vraiment un puisqu’il se résume désormais à un seul pays : l’Iran. Mais la probabilité d’un conflit direct entre les deux pays paraît extrêmement faible car, compte tenu de l’isolement diplomatique puis des sanctions économiques et commerciales auxquels Téhéran fait face depuis les années 1980, les retards technologiques accumulés par l’armée iranienne sont criants dans pratiquement tous les domaines, des avions de combat aux missiles en passant par les chars et les navires de guerre ou les systèmes d’information. C’est pourquoi de nombreux experts et même de hauts responsables...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans un livre commun, les politologues Pierre Blanc et Jean-Paul Chagnollaud dressent de l’Etat juif un portrait politique sans complaisance, mais sans simplisme.
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Israël, un septuagénaire paradoxal

Dans un livre commun, les politologues Pierre Blanc et Jean-Paul Chagnollaud dressent de l’Etat juif un portrait politique sans complaisance, mais sans simplisme.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 07h00
    |

            Alain Frachon








                        



                                


                            

Dans le chaos moyen-oriental de ces dernières années – des mal nommés « printemps » arabes aux guerres de Syrie, sans oublier la lutte contre le djihadisme et l’affrontement irano-saoudien –, le conflit israélo-palestinien est passé au second plan. Il lasse. Il désespère. Il a perdu sa « centralité » stratégique, comme disaient les experts dans les années 1970. En clair, ce conflit-là n’est pas le seul, l’unique facteur de déstabilisation du Moyen-Orient, loin de là.

Pourtant, il conserve une manière de centralité. Dans le monde juif d’abord, la création d’Israël le 14 mai 1948, au lendemain des résolutions de l’ONU qui lui donnaient son imprimatur international, reste un moment clé. Il est l’aboutissement d’un mouvement national qui voyait dans la création de cet Etat la seule vraie protection contre l’antisémitisme.

Ce n’est pas qu’une affaire moyen-orientale, bien sûr. L’attachement politique, affectif, à Israël dans les communautés juives du monde entier, et au-delà, reste central lui aussi. Mais dans la psychologie collective du monde arabo-musulman, l’injustice faite aux Palestiniens conserve également toute sa centralité – pas moins politique et tout autant affective. De la Méditerranée au Golfe, elle est l’un des éléments structurant d’une parcelle d’identité partagée.
Une économie brillante mais inégalitaire
D’où la difficulté d’une discussion sereine sur Israël, constatent Pierre Blanc et Jean-Paul Chagnollaud dans leur Israël face à Israël publié à l’occasion de ce 70e anniversaire. L’extrême polarisation est la règle : on est pour ou contre l’une ou l’autre des parties en conflit. Tout est de la faute de l’une ou de l’autre. Chacune a son livre d’histoire et ses tragédies que l’on convoque au procès de l’Autre. Dialogue de sourds, colère rentrée, rancœur et sentiment d’injustice des deux côtés.
Politologues, Blanc et Chagnollaud veulent sortir de ce face à face stérile. Ils dressent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Soixante-dix ans après  la création de l’Etat juif, Israël a remporté la bataille du territoire, estiment les universitaires Julieta Fuentes et Philippe Subra dans une tribune au « Monde ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/05/2018
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« Personne ne doute vraiment que l’annexion de Jérusalem soit définitive »

Soixante-dix ans après  la création de l’Etat juif, Israël a remporté la bataille du territoire, estiment les universitaires Julieta Fuentes et Philippe Subra dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    15.05.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 12h47
    |

                            Philippe Subra (professeur à l'Institut français de géopolitique de l'université Paris-VIII)








                        



                                


                            
Tribune. Le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem est certes contraire au droit international et ne va pas dans le sens de la paix. Mais il est surtout la reconnaissance d’un état de fait : cent vingt ans après l’arrivée des premiers immigrants et la parution du livre de Theodor Herzl, L’Etat des Juifs, Israël contrôle, d’une manière ou d’une autre, 90 % du territoire de l’ancienne Palestine, et personne ne doute vraiment que l’annexion de Jérusalem-Est soit définitive.

Deux guerres ont rendu possible cette domination presque totale : 1948, qui a permis la création d’un Etat, et 1967, qui lui a assuré la mainmise sur la Cisjordanie. Mais ces succès auraient eu un impact bien moindre s’ils ne s’étaient inscrits dans une stratégie plus large et plus ancienne de prise de contrôle du territoire, grâce à ce qu’on appelle en France la politique d’aménagement du territoire : la création de kibboutz et de plusieurs dizaines de villes nouvelles, la construction dans de nouveaux quartiers et dans les colonies de centaines de milliers de logements, de nouvelles routes, de tunnels, de ponts, de grillages et de murs.

Chaque fois que les armes se sont tues, les bulldozers ont pris le relais
Ce sont ces actions, dont la plupart sont banales, en apparence techniques donc « neutres », et semblables aux actions menées partout ailleurs pour répondre aux besoins civils de la société, qui ont permis à l’Etat d’Israël de transformer les rapports de force militaires en faits accomplis, sur lesquels il sera extrêmement difficile de revenir, et la conquête militaire, potentiellement réversible, en conquête démographique quasi définitive. C’est grâce à ces actions d’aménagement que les quelques milliers d’immigrants juifs arrivés en Palestine dans les années 1890 et les 600 000 habitants juifs présents à la fin du mandat britannique, en 1948, sont aujourd’hui 6,6 millions.
Chaque fois que les armes se...




                        

                        

