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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Dans leur documentaire, Laurent Cibien et Komeil Sohani analysent les causes d’une pénurie, devenue une urgence nationale (sur Arte à 21 h 45).
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TV – « L’Iran à court d’eau »

Notre choix du soir. Dans leur documentaire, Laurent Cibien et Komeil Sohani analysent les causes d’une pénurie, devenue une urgence nationale (sur Arte à 21 h 45).



Le Monde
 |    15.05.2018 à 17h45
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 17h50
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur Arte à 21 h 45

   


Au cœur de l’actualité, la République islamique d’Iran intrigue, inquiète, interroge. Au-delà des clichés, du bruit des armes et des discours de circonstance, certains documentaires bien ficelés aident le grand public à mieux cerner les complexités de ce gigantesque pays peuplé de plus de 80 millions d’habitants.
Parfois, en choisissant un angle inattendu et en prenant le temps d’analyser avec minutie un aspect peu connu de la réalité d’un pays, un documentaire permet de voir plus loin. C’est le cas avec celui de Laurent Cibien et Komeil Sohani, qui s’intéresse au problème de l’eau et de sa pénurie en Iran. Une situation environnementale qui est devenue une urgence nationale.
Les premières causes de cette crise sont le changement climatique et la baisse de la pluviométrie. Par son ampleur, elle provoque d’inquiétantes tensions entre les régions. Car en Iran, la gestion de l’eau dépend de deux ministères : celui de l’énergie, qui la distribue aux villes en fonction de critères spécifiques et parfois critiqués ; et celui de l’agriculture, toujours plus gourmand puisque le secteur, modernisé à outrance, utilise 80 % des réserves d’eau du pays.
Exode rural
Le grand danger qui menace l’Iran serait donc le manque d’eau. Au fil d’un voyage qui traverse des paysages aussi somptueux qu’arides mais également dans les rues d’Ispahan ou dans celles de Yazd, aux portes du désert, le documentaire emprunte le cours de l’emblématique rivière Zayandeh Rud, qui fut longtemps symbole de source de vie dans un pays qui ne manquait pas d’eau.
Depuis une trentaine d’années, les étangs et les zones humides disparaissent, les nappes phréatiques se vident, les rivières s’assèchent. Obligés de quitter leurs terres autrefois fertiles, de nombreux agriculteurs abandonnent leurs villages et tentent de survivre dans des villes de plus en plus peuplées, dont les besoins en eau augmentent à grande vitesse. Le phénomène d’urbanisation se nourrit de cet exode rural provoqué par la sécheresse. Aujourd’hui, 70 % des Iraniens vivent en ville. Et la plupart des grandes métropoles se situent loin de la mer.
Des barrages inutilisables
« Les Iraniens utilisent beaucoup plus d’eau pour leurs usages domestiques que la moyenne mondiale. Au lieu de 150 litres environ par jour, ils en consomment entre 300 et 320 ! », souligne l’environnementaliste Mohammad Darvish. La télévision tente de faire de la pédagogie en diffusant de petits films expliquant comment économiser l’eau au quotidien. Mais les secteurs agricole et industriel sont évidemment les premiers fautifs. Sans oublier une politique de grands travaux qui, depuis près d’un demi-siècle, a encouragé la construction de gigantesques barrages, permettant au passage la distribution de confortables pots-de-vin aux industriels souvent liés à l’armée. Or, aujourd’hui, on estime que 40 % des 650 barrages iraniens sont inutilisables.
Programmé en début de soirée, avant ce passionnant voyage au fil de l’eau, le documentaire signé Vincent de Cointet décrypte les enjeux stratégiques iraniens. En revenant avec de nombreux documents d’archives sur la politique militaire du pays, mais aussi en montrant une réalité sociale complexe, ce film permet fort à propos d’éclairer un peu plus le téléspectateur sur l’Iran d’aujourd’hui.
L’Iran à court d’eau, de Laurent Cibien et Komeil Sohani (Fr., 2017, 55 min). Précédé, à 20 h 50, deIran, rêves d’empire ? de Vincent de Cointet (Fr., 2018, 55 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Après avoir suivi le candidat aux municipales, Laurent Cibien filme le conseiller d’Alain Juppé lors des primaires de la droite en 2016 (sur France 3 à 22 h 30).
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TV – « Edouard, mon pote de droite, épisode 2 : Primaire »

A voir aussi ce soir. Après avoir suivi le candidat aux municipales, Laurent Cibien filme le conseiller d’Alain Juppé lors des primaires de la droite en 2016 (sur France 3 à 22 h 30).



Le Monde
 |    15.05.2018 à 17h30
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 17h47
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur France 3 à 22 h 30

Edouard et Laurent se sont connus à la fin des années 1980, en classe prépa au ­lycée Jeanson-de-Sailly, à Paris. Ils sont devenus amis avant de se perdre de vue, puis de se retrouver de longues années plus tard. Laurent Cibien, clairement de gauche, était devenu grand reporter. Edouard Philippe, aux convictions de droite assumées, avait basculé dans la vie politique. Lors de leurs retrouvailles, les deux hommes ont décidé d’un projet commun : Cibien allait suivre la carrière politique du prometteur mais peu connu Philippe au plus près. Et pendant longtemps. Seule limite : ne pas filmer la famille. Pour tout le reste, feu vert.
Edouard, mon pote de droite était né. Lors de sa diffusion en août 2016, le premier volet de ce documentaire au long cours a créé une jolie surprise. On y découvrait un Edouard Philippe en pleine campagne municipale 2014 dans sa ville du Havre. ­Inconnu du grand public, il se révélait drôle et capable d’avoir du recul sur les événements. A la fin de l’épisode, tout juste élu avec 52 % des voix, il s’était tourné vers le réalisateur pour lui lancer : « Il va être bien, ton film ! »
Boxeur pugnace
Avec ce deuxième volet, consacré à la bataille des primaires de la droite et du centre en 2016, l’effet de surprise s’est estompé, mais le plaisir demeure. Laurent Cibien sait trouver les angles, laisser les silences qui en disent long, capter les regards, montrer la fatigue d’une campagne, même chez un sportif comme Edouard Philippe, boxeur pugnace. Le montage est efficace, l’humour de celui qui est alors proche conseiller du candidat Juppé toujours au rendez-vous.

   


On se laisse emporter par le récit d’une campagne saisie à travers le prisme d’un homme qui va au combat, multiplie les fastidieux déjeuners de presse, les meetings, les réunions stratégiques, les rendez-vous plus intimes avec les militants. Le temps passe, la défaite de Juppé est actée. « Deux ans et demi de ma vie se terminent par une défaite. Mais j’ai bien aimé faire cette campagne, j’ai appris pleins de trucs ! », confie Philippe. Nous sommes en novembre 2016. Prochain volet d’Edouard, mon pote de droite : la vie à Matignon. On s’en régale d’avance.
Edouard, mon pote de droite, épisode 2 : Primaire, de Laurent Cibien (France, 2018, 90 min). Rediffusion du premier épisode, Le Havre, à 0 h 40.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Le journaliste et romancier américain, auteur notamment du « Bûcher des vanités » adapté au cinéma par Brian de Palma, s’est éteint lundi 14 mai à l’âge de 88 ans, à New York.
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L’écrivain américain Tom Wolfe est mort

Le journaliste et romancier américain, auteur notamment du « Bûcher des vanités » adapté au cinéma par Brian de Palma, s’est éteint lundi 14 mai à l’âge de 88 ans, à New York.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 17h26
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 18h01
    |

            Josyane Savigneau








                        



                                


                            

Il a souvent été celui qu’on adorait détester. Pour ses propos comme pour son apparence, soigneusement étudiée. Il portait toujours un de ses trente-deux costumes de flanelle blanche, coupés sur mesure, une de ses soixante-quinze chemises de diverses couleurs. Il avait dessiné lui-même ses chaussures, faites à Londres : le matériau blanc des guêtres marié au cuir noir. Tout était calculé, jusqu’aux boutons de manchette.
Derrière tout cela, il y avait, à l’origine, un petit gamin du Sud, né le 2 mars 1930 à Richmond, en Virginie. Son père, agronome, dirigeait une revue bimensuelle consacrée à la terre, aux arbres et aux plantes. Dès qu’il a su lire, à 5 ans, le jeune Tom a proclamé qu’il serait écrivain. Après des études à Yale et un petit boulot d’assistant camionneur, il est entré comme reporter au Springfield Union, dans le Massachusetts. Mais c’est à New York, dans les années 1960, quand il a commencé à travailler pour plusieurs quotidiens et magazines, dont Esquire, qu’il s’est fait remarquer. Il a subverti les règles traditionnelles du journalisme, et on a fait de lui l’inventeur d’un « nouveau journalisme » – mais on peut aussi appliquer ce qualificatif à des textes de Norman Mailer, de Truman Capote et de Hunter S. Thompson.
Lire aussi : Le siècle de Tom Wolfe
Nécessité de construire le reportage scène après scène
Il disait ne pas vraiment avoir défini les codes de ce nouveau journalisme, mais aimait à rappeler quelques principes. En particulier la nécessité de construire le reportage scène après scène « comme pour un roman », d’introduire des dialogues, de faire bien apparaître l’appartenance sociale des protagonistes. Mais le plus nouveau était l’obligation d’écrire à la première personne « pour que tout soit vu par les yeux des protagonistes et non celui du journaliste ».
S’il se réclamait de Zola, il ne parlait pas de naturalisme mais d’« hyperréalisme », commençant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ A la Quinzaine, le deuxième long-métrage de Mohamed Ben Attia met en scène des personnages d’une belle densité.
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Cannes 2018 : « Weldi », des parents face à la radicalisation d’un fils

A la Quinzaine, le deuxième long-métrage de Mohamed Ben Attia met en scène des personnages d’une belle densité.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 15h33
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
A Tunis, Riadh, agent portuaire à deux doigts de la retraite, se fait un sang d’encre pour son fils de 19 ans, Sami, rongé par de violentes migraines. Du jour au lendemain, Sami disparaît du domicile, parti en Syrie faire le djihad. Démarche que ses parents, humbles représentants de la classe moyenne tunisienne, n’avaient pas vu venir. Sonne alors l’heure des questions qui fâchent : comment un fils peut-il rejeter à ce point le mode de vie de ses parents ?Comment la radicalisation de Sami a-t-elle ainsi pu passer sous le radar des institutions scolaires ou médicales ? Et la plus importante : que faire désormais ?
Une linéarité quelque peu didactique
Weldi (Mon cher enfant/Dear Son), deuxième long-métrage du Tunisien Mohamed Ben Attia (Hedi, un vent de liberté, 2016), projeté à la Quinzaine (pendant qu’un orage, à l’extérieur, décoiffait la Croisette), scrute le parcours moral d’un père plongé dans le désarroi, dont l’existence entière se délite dans l’onde de choc de ce départ. Sa quête le confronte à l’implicite social de la réussite : obtenir un diplôme, se marier, travailler, suffisent-ils encore à définir une vie qui mérite d’être vécue ?
Weldi aborde ces questions importantes selon une une conception minimale de la mise en scène et un régime réaliste de base, la caméra restant la plupart du temps vissée au point de vue de son protagoniste. Entièrement voué à l’exposition de son sujet, le film fait preuve d’une linéarité quelque peu didactique, toutefois éclaircie par la belle densité de ses personnages.

Film tunisien, belge et français de Mohamed Ben Attia. Avec Imene Cherif, Mohamed Dhrif, Mouna Mejri, Tarik Copti (1 h 44). Sortie en salle le 21 novembre. Sur le Web : www.bacfilms.com/distribution/fr/films/mon-cher-enfant-dear-son



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Une comédie sociale subtile et drôle sur le mal-être d’une bande de quadragénaires qui se lancent dans la natation synchronisée.
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Cannes 2018 : avec « Le Grand Bain », Gilles Lellouche s’offre son « Full Monty »

Une comédie sociale subtile et drôle sur le mal-être d’une bande de quadragénaires qui se lancent dans la natation synchronisée.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 15h08
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 15h21
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


Sélection officielle – hors compétition
L’enthousiasme éprouvé à la projection hors compétition en sélection officielle du Grand Bain ne tient pas seulement au soulagement que fournit soudain la projection, à Cannes, d’une comédie. Promesse d’une bouffée d’air frais dans la profusion de sujets lourds et sombres présentés dans les diverses catégories du Festival, le genre peut aussi faire pleurer de désespoir. Lundi 14 mai, il a fait éclater de rire la grande salle Louis-Lumière. La veille, au même endroit, il avait reçu un triomphe.
Le troisième film de Gilles Lellouche, en tant que réalisateur, mais son premier en solo, est une version française (et pas seulement) du long-métrage britannique de Peter Cattaneo, The Full Monty. La bande de chômeurs du nord de l’Angleterre a cédé la place à un groupe de dépressifs actifs – mais pas trop – et le spectacle de strip-tease susceptible de les tirer d’affaire, à un show de natation synchronisée.
Gilles Lellouche a observé la même élégance, de l’écriture du scénario à la mise en scène et à la direction d’acteurs
Deux inspirations qui, l’une portée par un casting de haut vol et l’autre par le champ de possibilités comiques qu’elle abrite, donnent une base solide au film. Encore fallait-il savoir doser les effets, ne point trop en faire, rester gracieux. N’entrons pas en apnée : Gilles Lellouche a observé la même élégance, de l’écriture du scénario (coécrit avec Ahmed Hamidi et Julien Lambroschini), à la mise en scène et à la direction d’acteurs.
Il n’est jamais mauvais de vouloir s’en sortir, et de souhaiter donner un sens à sa vie. Fût-ce au prix du ridicule auquel va être confrontée, à travers le regard des autres, la fine équipe du Grand Bain. Qu’importe. Bertrand (Mathieu Amalric) sous antidépresseurs depuis deux ans, Laurent (Guillaume Canet) en colère contre tout, Marcus (Benoît Poelvoorde) glandeur majestueux dont l’entreprise est en faillite (forcément), Simon (Jean-Hugues Anglade) qui rêve d’être David Bowie, Thierry (Philippe Katerine), grand poète devant la lune… vont oser se mouiller. Ils vont assumer leur bedaine et leurs cannes de serin velues, se faire tyranniser par l’une de leurs entraîneuses, Amanda (Leïla Bekhti), recevoir des quolibets de machos en costard. Ils s’en moquent, ils iront au bout. Parce qu’ils sont des mecs. Et parce que la camaraderie dont ils apprennent les bienfaits, même à travers ses petites misères, les aide à sortir de leur isolement.

   


Une troupe pleine de panache
La mise en place de ses personnages à laquelle procède Gilles Lellouche relève d’un talent qu’il tire, certes, de l’écriture mais probablement aussi de la bienveillance avec laquelle il traite sa bande de quadragénaires (et d’acteurs, copains dans la vie). Pas un qui ne soit vulgaire, pas un qui n’apparaisse comme un gros couillon. Tous, de surcroît, malgré le sentiment de déréliction qui les habite communément, se distinguent par la propre histoire qui les a construits. Un passé dont le réalisateur disperse les éléments tout au long de son film, à espaces réguliers et avec une fluidité rare.
Comédie sociale sans avoir l’air d’y toucher, Le Grand Bain déroule sa galerie de portraits d’hommes au mal-être bien costaud que Gilles Lellouche embarque dans une heureuse aventure, drôle et touchante, réglée comme un ballet, hors de l’eau et sous l’eau (effet comique assuré), et sans craindre l’ellipse. Bien au contraire. Tant dans les mouvements de sa caméra, ses cadrages, son montage, le réalisateur crée du sens et de l’émotion. A l’image des comédiens, subtilement masculins, délicieusement fracassés, les visages jouant de mimiques et les corps de maladresses, ils forment une troupe pleine d’un panache volant au-dessus du désenchantement de leur personnage. Et de cette troupe naît l’euphorie.

Film français de Gilles Lellouche. Avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade, Virginie Efira, Leïla Bekhti, Marina Foïs (2 h 02). Sortie en salle le 24 octobre. Sur le Web : www.festival-cannes.com/fr/festival/films/le-grand-bain



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Dans une tribune au « Monde », la commissaire européenne Mariya Gabriel et la ministre de la culture Françoise Nyssen plaident en faveur d’un cinéma européen puissant et pour un droit d’auteur renforcé à l’ère du numérique.
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« Le cinéma, qui représente des centaines de milliers d’emplois en Europe, doit réussir sa mutation numérique »

Dans une tribune au « Monde », la commissaire européenne Mariya Gabriel et la ministre de la culture Françoise Nyssen plaident en faveur d’un cinéma européen puissant et pour un droit d’auteur renforcé à l’ère du numérique.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 15h20
    |

Mariya Gabriel (Commissaire européen à l’économie et à la société numérique) et Françoise Nyssen (Ministre de la culture)







                        



                                


                            
Tribune. Depuis soixante-douze ans, le Festival de Cannes célèbre la création cinématographique dans sa diversité, et contribue ardemment à en assurer la promotion, en promontoire mondial des œuvres cinématographiques d’exception. Imaginé par Jean Zay face à la montée d’un totalitarisme qui entendait mettre la création sous sa coupe, ancré sur une politique culturelle ouverte et sur un partenariat transatlantique au centre de ce que Jean Zay qualifiait déjà de « monde libre », le festival porte aussi, depuis son origine, un projet politique : consacrer la liberté et l’indépendance de la création artistique.
Partout où les cinéastes sont inquiétés, ce sont les valeurs fondatrices de la démocratie qui sont en danger
Cette dimension politique résonne plus que jamais, aujourd’hui, à l’heure où notre monde fait face à des bouleversements technologiques, sociétaux et géopolitiques profonds. Ces transformations sont une chance : jamais sans doute les opportunités n’auront été aussi grandes pour les citoyens, les entreprises et les artistes. Mais elles constituent aussi de véritables défis pour nos sociétés, parce qu’elles nourrissent des peurs qui favorisent la montée des extrêmes et du nationalisme.
Le cinéma est naturellement au cœur de ces enjeux. D’abord parce qu’il représente des centaines de milliers d’emplois en Europe, et qu’il doit réussir sa mutation numérique. Ensuite parce que le cinéma n’est pas un secteur comme un autre : il est présent au cœur de nos vies, il nous fédère, en révélant l’universalité d’histoires singulières, il est un ciment pour nos sociétés, en même temps qu’il nous alerte et nous éclaire. Enfin, parce que le cinéma est la pierre de touche de nos sociétés démocratiques : la liberté d’expression est la mère de toutes les libertés, partout où les cinéastes sont inquiétés, ce sont les valeurs fondatrices de la démocratie qui sont en danger.
Trois chantiers cruciaux
Fort de ces constats, l’Europe...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Le 71e Festival de Cannes entre dans son septième jour de compétition, placé sous le signe des conflits, économique ou intergalactique.
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La gazette de la Croisette : la guerre sociale de Brizé et la « Guerre des étoiles » d’Howard

Le 71e Festival de Cannes entre dans son septième jour de compétition, placé sous le signe des conflits, économique ou intergalactique.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 13h17
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
En ce mardi 15 mai, septième jour de la compétition cannoise, le duo formé par le réalisateur Stéphane Brizé et l’acteur Vincent Lindon revient sur la Croisette avec En guerre, trois ans après la sélection de La Loi du marché.

Pour mettre en scène la lutte menée par un syndicaliste contre la fermeture d’une usine, le cinéaste reprend la méthode mise au point sur le tournage de La Loi du marché. Vincent Lindon est le seul acteur professionnel. Il est entouré de débutants : Olivier Lemaire, qui incarne le représentant d’un syndicat maison, avec qui Amédéo le ­cégétiste fait front commun, ­Mélanie Rover, la collègue de la CGT, Jacques Borderie, le patron de l’usine.

        Lire l’entretien avec Vincent Lindon :
         

          « J’essaie d’être dans des films qui servent un peu »




Face à ce duo français, entre également en lice pour la Palme d’or l’un des rares réalisateurs américains de la sélection officielle, David Robert Mitchell, avec Under The Silver Lake, un thriller qui se déroule à Los Angeles, avec Andrew Garfield et Riley Keough.

        Lire le reportage dans « M » :
         

          Silver Lake, nouveau décor d’Hollywood




DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
A la Quinzaine des réalisateurs, l’une des deux sections parallèles du Festival de Cannes, notre critique Thomas Sotinel a beaucoup aimé, comme une large partie du public cannois, la comédie burlesque et macabre de Pierre Salvadori, En liberté ! Notre journaliste Aureliano Tonet a, par ailleurs, rencontré le duo formé par Pio Marmaï et Adèle Haenel, deux des acteurs de ce film, qui déclarent, entre autres, avoir été « comme des enfants sur le tournage ».
ON ATTEND AUJOURD’HUI :
L’un des événements les plus attendus de la journée est la projection à 19 h 15, en avant-première européenne, du nouveau volet de la saga Star Wars, Solo : A Star Wars Story, réalisé par Ron Howard, quelques jours après l’avant-première aux Etats-Unis organisée à Hollywood, jeudi 10 mai. L’intrigue se situe avant l’épisode IV de la saga, sorti en premier en 1977. Ce deuxième « spin-off » – après Rogue One sorti en 2016 – revient sur la jeunesse du pilote franc-tireur Han Solo allié à l’Alliance rebelle (incarné par Alden Ehrenreich).

        Lire le récit :
         

          A Cannes, de Ryan Coogler à Donald Glover, fiertés noires sur tapis rouge




        Participer au quiz :
         

          Connaissez-vous l’univers de « Star Wars » ?





        Lire la gazette de la Croisette (14 mai) :
         

          Le grand retour de Spike Lee et de Lars von Trier






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ A Aix-en-Provence, une exposition témoigne d’une période riche et féconde dans l’œuvre et la vie de cet artiste français d’origine russe.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Amputée de quatre représentations pour raisons techniques, la nouvelle production du chef-d’œuvre wagnérien s’impose.
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L’Opéra Bastille consacre le « Parsifal » de Philippe Jordan

Amputée de quatre représentations pour raisons techniques, la nouvelle production du chef-d’œuvre wagnérien s’impose.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 11h53
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 13h02
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



                                


                            

Pendant quinze jours, nous avons tous été un peu des Amfortas, attendant, la plaie au côté, que Parsifal le pur et preux s’incarne enfin sur la scène de l’Opéra Bastille pour notre rédemption. C’est chose faite depuis le 13 mai, dix-sept jours exactement après une première initialement prévue le 27 avril et trois représentations annulées. En cause ? La rarissime rupture de câbles sur l’une des six portes coupe-feu du plateau – une question majeure de sécurité.
Unique opéra wagnérien de la saison, cette nouvelle production de Parsifal était d’autant plus attendue qu’elle adoube in loco les débuts du metteur en scène anglais, Richard Jones, dont le travail, entre théâtre et opéra, jouit de nombreuses distinctions (plusieurs Laurence Olivier Awards). Conçus par Ultz, les décors géométriques déploient sans magnificence une enfilade de salles aux couleurs fadasses, un peu à la manière d’un retable gauchi illustrant les étapes liées au culte du Graal par les Chevaliers de Montsalvat. L’univers trivial d’une confrérie d’étudiants entourés de coachs sportifs, où cohabitent fonctions du quotidien (repas), et rituels religieux (la prière) : sous la chasuble d’apparat, des hommes en joggings. Un monde vampirique, dogmatique et pervers en ce qu’il exige par la célébration du Graal la survie d’un mourant (Titurel, fondateur de l’ordre, transfusé spirituellement) et la saignée collective d’un survivant, Amfortas, gardien de l’ordre dévoyé que vide de son sang chaque commémoration christique.
Kundry, magistralement interprétée par Anja Kampe est précisément l’une des grandes réussites du spectacle
Dès lors, quelle différence fondamentale avec la nuit électrique et nue qui entoure le magicien Klingsor ? Les sortilèges fatigués du Graal sont-ils si éloignés des pratiques de ce généticien fou en pantalon rose et chasuble abricot qui jardine hors sol des créatures transgéniques les filles-fleurs aux organes génitaux protubérants sorties d’une fusée de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Le réalisateur français présente son dernier film en compétition officielle, au Festival de Cannes. Vincent Lindon incarne un leadeur syndicaliste qui lutte contre la fermeture de son usine.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Après « Pierre et le Loup », le chef de l’Etat joue son propre rôle dans « La Traversée », de Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit, projeté hors compétition au Festival de Cannes.
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Cannes 2018 : Emmanuel Macron sur grand écran dans le road-movie de Romain Goupil

Après « Pierre et le Loup », le chef de l’Etat joue son propre rôle dans « La Traversée », de Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit, projeté hors compétition au Festival de Cannes.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 11h20
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 13h01
    |

            Virginie Malingre








                        



   


Il aurait pu croiser Cate Blanchett, Martin Scorsese ou Penélope Cruz. Il a préféré Angela Merkel, Mariano Rajoy et Theresa May. Mercredi 16 mai, Emmanuel Macron sera à Sofia, en Bulgarie, pour un sommet de l’Union européenne, quand le Festival de Cannes projettera, en séance spéciale hors compétition, La Traversée, un road-movie dans lequel Romain Goupil et « Dany » Cohn-Bendit partent à la rencontre des Français cinquante ans après Mai 68, et où le président de la République joue son propre rôle.
« Une scène culte », a commenté Daniel Cohn-Bendit. Un tableau de sept minutes qui commence par un gros plan sur l’ancien anarchiste en train de se disputer avec Romain Goupil, attablé dans un bistrot à Francfort. « Tu veux devenir la Mireille Dumas ou la Karine Le Marchand à l’affût d’une confidence ? », lui lance, sarcastique, l’ex-trotskyste alors que son camarade propose d’interroger, pour leur documentaire, Emmanuel Macron à l’Elysée. « Cinquante ans après Mai 68, la seule chose que je ne pourrais pas faire, c’est aller voir le président ? », s’insurge Cohn-Bendit.

        Lire le récit :
         

          Les marches de Cannes, trop glissantes pour les chefs d’Etat



« La mise en scène est partout »
Le plan s’élargit, le spectateur voit apparaître un troisième homme. Le chef de l’Etat en chair et en os. « Ce que tu peux faire, c’est le rencontrer dans un café de Francfort. Ce serait pas idiot », suggère ce dernier. « Vous me direz ce que vous avez vu du pays, surtout. Est-ce qu’il a changé depuis 1968 », poursuit Emmanuel Macron, à l’aise devant la caméra.
« Il a tourné dans ce film par amitié pour Cohn-Bendit », explique-t-on à l’Elysée. Les deux hommes, qui se sont rencontrés en juin 2016, lors d’un débat sur l’Europe dans les murs de Sciences Po, aiment à raconter leur coup de foudre amical. Romain Goupil, qui était présent ce jour-là, a aussi succombé au charme de celui qui n’était encore que ministre de l’économie de François Hollande.

        Lire le portrait :
         

          De Mai-68 à Macron, Romain Goupil, l’éternel révolté



Mais, au-delà de son amitié pour les deux compères, le chef de l’Etat s’est fait plaisir, en endossant, pour quelques heures, ces habits d’acteur qu’il affectionne tant. Comme il l’avait déjà fait, le 1er mars, en devenant le « récitant » dans Pierre et le Loup, le conte musical de Prokofiev qu’il a donné à représenter à l’Elysée devant deux cents invités. Plus jeune, c’est avec Brigitte Auzière, celle qui n’était pas encore son épouse mais sa professeure au lycée de La Providence à Amiens, qu’il s’est initié au théâtre. Et c’est un fait, ce goût pour le spectacle ne l’a pas quitté depuis.
Dans ses prestations de président, « la mise en scène est partout », explique le sociologue Jean-Pierre Le Goff dans un entretien au Figaro, le 4 février, « il change rapidement de personnage comme dans une pièce de théâtre où l’acteur principal voudrait jouer tous les rôles et séduire tous les publics, en choisissant les habits et le décor par la même occasion ».
Les deux derniers entretiens que le chef de l’Etat a accordés, à TF1 le 12 avril et à BFM-TV le 15 avril, en témoignent. Dans le premier, il joue au maître d’école, assis dans une classe d’une école primaire de l’Orne, qui fait office de plateau du JT de Jean-Pierre Pernaut. Dans le second, où il affronte les journalistes Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin, il a choisi comme scène le Théâtre national de Chaillot, où planent encore les ombres de Vilar, Vitez et Savary. Le show peut continuer.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Stéphane Brizé met en scène la lutte menée par un syndicaliste, joué par Vincent Lindon, contre la fermeture d’une usine. En salle mercredi 16 mai.
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Cannes 2018 : « En guerre », dans les tranchées du front social

Stéphane Brizé met en scène la lutte menée par un syndicaliste, joué par Vincent Lindon, contre la fermeture d’une usine. En salle mercredi 16 mai.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 12h26
    |

                            Thomas Sotinel








                        



Sélection officielle – en compétition
L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
C’est une histoire vieille comme l’inégalité. Celle de l’homme ordinaire contraint de se lever avec les siens contre plus puissant que lui, forcé de devenir chef de guerre. Stéphane Brizé est un cinéaste réfléchi et le titre de son film cristallise la violence qu’il met en scène avec autant de colère que de lucidité. Aucun coup de feu ne sera tiré, c’est à peine si quelques coups seront échangés. Pourtant, la lutte que mène Laurent Amédéo (Vincent Lindon) contre la fermeture de l’usine dont il est salarié est bien un conflit dont l’issue verra l’application d’un des principes fondamentaux de la guerre : malheur aux vaincus.

        Lire l’entretien avec Vincent Lindon :
         

          « J’essaie d’être dans des films qui servent un peu »



Brizé extrait cette histoire de la litanie des chaînes d’information en continu. La première séquence est frappée du sceau de BFM TV qui rapporte le dernier incident du conflit opposant les salariés de Perrin Industrie, équipementier automobile racheté par un groupe allemand, à la maison mère qui a décidé la fermeture de leur usine. Le logo de la chaîne s’efface alors que les caméras de Brizé qui restent quand d’ordinaire leurs consœurs de la télévision quittent la pièce. On est dans une salle où se font face les représentants syndicaux et les cadres de l’usine et de la filiale française du groupe allemand.
Dès cette première confrontation, on s’aperçoit que la méthode que le metteur en scène a mise au point sur le tournage de La Loi du marché tourne à plein rendement. Dans le champ, Vincent Lindon est le seul acteur professionnel. Il est entouré de débutants, Olivier Lemaire, qui incarne le représentant d’un syndicat maison, avec qui Amédéo le ­cégétiste fait front commun, ­Mélanie Rover, la collègue de la CGT, Jacques Borderie, le patron de l’usine. Entre le vétéran des plateaux et les néophytes, il n’y a pas d’autre différence que celle qu’introduit le scénario, d’une extraordinaire précision. Il y a deux ans, après le rachat de Perrin Industrie, la direction a obtenu du personnel des concessions sur les salaires et la durée du travail en échange de la promesse du maintien de l’emploi.

   


La loi d’airain de la rentabilité
Le regard générique que l’information en continu porte sur ces situations s’est mué en intérêt pour les individus et en interro­gations sur les raisons de chacun. Les cadres expliquent aux ouvriers et aux employés la dureté de la concurrence internationale, la loi d’airain de la renta­bilité, dans le langage qu’on emploie aujourd’hui, fait de fatalismeet de mathématiques. Les ouvriers tentent de faire entendre que leur enjeu n’est pas le cours en Bourse mais leur avenir, réduit à ses composantes les plus élémentaires : où ils vont habiter, de quoi ils vont se nourrir, comment ils élèveront leurs enfants.
Ce que montre Stéphane Brizé au long de cette introduction ­magistrale n’a rien d’un débat. Ce sont des troupes qui ma­nœuvrent pour se mettre en ­position. Entre les deux, il y a un no man’s land vide de mots et de sens communs.
S’il est une chose que démontre ce film, c’est que nous ne vivons pas dans un monde idéal
En guerre ne sera pas de ces films imprégnés de l’exaltation du combat. Régulièrement les logos des chaînes d’information reviendront pour scander les escarmouches du conflit : la montée à Paris, les coups d’éclat, bientôt présentés comme des actes de vandalisme, fissures et éclatement du front syndical. Sans jamais briser le rythme inexorable du film, Brizé déploie ces situations, met en évidence les blessures qu’elles provoquent, les cicatrices qu’elles laissent, y compris chez l’adversaire.
Le seul privilège dont bénéficie Lindon est de pouvoir sortir de temps à autre Amédéo de l’espace confiné qu’a créé le conflit social. Divorcé, bientôt grand-père, on devine que l’engagement syndical est (aussi ? accessoirement ? surtout ?) un moyen d’échapper à la solitude. Les autres acteurs doivent se débrouiller avec ce qu’ils ont, ils le font tous avec une justesse remarquable. Un mot, aussi cryptique que possible sur la ­conclusion d’En guerre. Elle est déconcertante – c’est un euphémisme. Elle mériterait d’être débattue. Dans un monde idéal, les spectateurs se retrouveraient après la sortie pour en parler. Mais s’il est une chose que démontre ce film, c’est que nous ne vivons pas dans un monde idéal.

Film français de Stéphane Brizé. Avec Vincent Lindon, Olivier Lemaire, Mélanie Rover (1 h 53). Sortie en salle le 16 mai. Sur le Web : diaphana.fr/film/en-guerre



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ #RaideCarpette. Sur la Croisette, juste devant le Martinez, tous les jours, tous les soirs, badaudes et badauds espèrent prendre des stars en photo.
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Cannes 2018 : « Je crois que j’en ai assez vu, ou pas assez »

#RaideCarpette. Sur la Croisette, juste devant le Martinez, tous les jours, tous les soirs, badaudes et badauds espèrent prendre des stars en photo.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 10h58
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 11h12
    |

                            Charlotte Herzog








                        





#RaideCarpette. 
« C’est dégueulasse qu’ils ne me laissent pas rentrer. » Qu’est-ce que c’est « dégueulasse » ? A Cannes, c’est loin du tapis rouge que l’on trouve la réponse, dans les bars de la Croisette où viennent se faire mousser ceux qui ne sont pas invités aux soirées. Mythos, refoulés, malchanceux, wannabe… c’est à eux que cette chronique veut donner la parole. Paillettes et glamour au placard, #RaideCarpette vous raconte le festival vu de l’autre côté des barrières ou du bar, là où « y a vachement moyen de faire du cinéma ensemble ». 

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Au pied de l’hôtel de luxe Martinez, de l’autre côté des barrières, badaudes et badauds se retrouvent avec leurs grandes aspirations. En attendant de capturer une épaule ou un bout de robe, ils conversent à plusieurs, à la volée, sans vraiment commencer leurs phrases et en les terminant rarement.
Il y a celle qui est venue « faire la curieuse, comme tout le monde ». Celle qui pourrait « vraiment pardonner la mauvaise météo à Cannes », si seulement elle pouvait apercevoir « une jolie coiffure, une paire de chaussures, une toilette qui fasse rêver ». Celle qui a bien calculé son coup : « Hier sur le tapis, il y avait plein de stars françaises. C’est possible qu’ils soient au Martinez, et comme je les connais, je vais pouvoir les reconnaître. » Car les mannequins Chopard avec « leur sacrée longueur de jambes que tout le monde suit des yeux, on ne sait pas qui c’est », abonde une voisine, sans détourner son regard, fixé sur l’arrivée des voitures.
Il y a celle qui donne des conseils : « Si ça crie, ne cherchez pas à savoir qui est là, criez comme les autres, ça peut marcher. » Il y a celui qui attend The Weeknd – « ma petite fille m’a demandé un autographe » – mais ne sait pas vraiment qui c’est. « Vous me direz quand ils seront là ? » Ce n’est apparemment pas au programme. Qu’importe, il n’a pas osé dire non à sa petite fille, il attendra.
« Ah pis une fois dans la voiture, c’est râpé. On voit plus rien avec les vitres fumées »
Il y a celui qui ne tient pas en place, frustré par « les porteurs de robe ou les maquilleurs qui gênent la vue. Ah pis une fois dans la voiture, c’est râpé. On voit plus rien avec les vitres fumées ». Il y a celle qui est là, mais « juste comme ça », car elle sait bien que « les vraies stars » sont à Antibes, à l’Eden Rock : « Ils viennent ici en coup d’hélico pour se faire préparer pour la soirée, mais c’est tout. » Il y a celle qui prend le risque de regarder ailleurs : « Les chauffeurs sont beaux mecs, j’aime bien, dommage, on ne voit pas leurs chaussures. » Celui qui papote mais qui n’a pas encore la technique : « Ah mince voilà, je cancane puis je rate la jolie blonde… c’était qui ? »
Il y a celle à qui on ne la fait pas : « Alors elle, avec ses cuissardes dorées, c’est bizarre, elle fait un show entre les trois poteaux, mais on ne sait pas qui c’est. Ça m’a l’air téléphoné tout ça. Je me demande si ce n’est pas une diversion. Je suis sûre que quelqu’un est sorti entre-temps. »
Il y a celui qui se renseigne, qui « se met à jour » : « C’est la mode les pantalons courts comme ça sur les hommes ? Chez nous, on appelle ça des feux de plancher, si si, un plancher en feu brûle les bas de pantalons ». « Moi j’aime bien les chevilles, ça ne me dérange pas », lui répond celle qui lui suggère, dans un second temps, de « s’habituer à tout, s’il veut rester dans le coup ».
« Ah non, c’est la pluie qui recommence à tomber, mais pas de star à l’horizon »
Il y a aussi l’insatisfaite, chez qui la dose de patience nécessaire fait défaut : « Je crois que j’en ai assez vu, ou pas assez justement. Je vais aller voir ce qu’il se passe au palais. » Il y a celui qui regrette « l’émission de Denisot pour Canal. Ah là on les voyait bien ! On pouvait prendre des photos, des selfies, tout ça… »
Il y a celle qui cherche son mari – « Il a dû aller m’attendre pas loin. Oh, je le retrouverais bien » – et qui me prend à part : « Vous savez mon mari, c’est un homme charmant, on ne partage pas les mêmes passions, c’est tout. Je ne lui en veux pas moi, c’est lui qui ne comprend pas pourquoi je m’intéresse tant à la vie de “gens qui ne savent même pas que j’existe”. Moi quand je vois toutes les stars qui se font trimballer en moto, je me dis qu’il aurait eu des clients avec sa [Honda] Gold Wing. On a peut-être raté notre vocation, allez savoir. »
Et puis, il y a celle qui cherche des signes : « Il doit y avoir quelque chose parce que les photographes sont tous derrière les arbres, regardez, moi en tout cas, je guette. Ah non, c’est la pluie qui recommence à tomber, mais pas de star à l’horizon. Et voilà, y a des jours comme ça. C’est comme la pluie. Un jour avec, un jour sans. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ En compétition, le réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi poursuit son exploration de l’âme humaine.
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Cannes 2018 : « Asako I & II », répétition amoureuse

En compétition, le réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi poursuit son exploration de l’âme humaine.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 10h35
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Sélection officielle – en compétition
La révélation d’un cinéaste a toujours quelque chose d’émouvant quand elle se double du plaisir d’entrer dans son univers et de se familiariser pas à pas avec lui. C’est ce qu’il advient en ce moment avec Ryusuke Hamaguchi, cinéaste japonais actif depuis plus de dix ans, mais inconnu en France jusqu’à ce que ce mois de mai ne le mette doublement à l’honneur.
D’abord avec l’heureuse sortie en salle de son film-fleuve Senses, magnifique portrait d’un groupe d’amies à l’approche de la quarantaine. Puis par la présentation simultanée d’Asako I & II (Netemo sametemo), son film suivant, à Cannes, marquant son accession surprise au rang de la compétition. Proximité d’autant plus frappante que les deux films jouent sur un même registre intime et existentiel, celui d’un cinéma exclusivement occupé de relations humaines jusque dans leurs plus infimes articulations. Asako I & II, affichant la durée d’un long-métrage standard, s’avère une œuvre plus en demi-teinte, moins immédiatement impressionnante que Senses, mais non moins précise, romanesque et attentive aux évolutions de ses personnages. Hamaguchi délaisse les affres de la maturité pour se pencher sur des jeunes gens de 20 ans qui font leurs débuts dans la vie. Asako, étudiante sage et réservée d’Osaka, croise un beau et ténébreux jeune homme nommé Baku à la sortie d’une exposition, et tombe amoureuse de lui au premier regard échangé, dans la rue, à la faveur d’un ralenti acidulé. Scène au lyrisme délicat qui lance le film sur la piste provisoire d’une bluette post-adolescente, jusqu’à ce que le beau Baku disparaisse, laissant Asako sur le carreau.

        Lire la critique de « Senses » :
         

          Un quatuor de femmes aux vies désaccordées



Deux ans plus tard, on la retrouve travaillant à Tokyo, dans une cafétéria d’entreprise, où elle rencontre Ryohei, sosie parfait de Baku (et pour cause, puisqu’il est interprété par le même comédien), mais à la personnalité beaucoup plus rangée. Elle refait sa vie avec lui et, avec le temps, déniche dans sa relation une autre forme d’amour, moins intempestive, plus profonde. Mais le passage d’une ancienne amie d’Osaka ravive en elle le souvenir de Baku, devenu un mannequin célèbre, et, avec lui, les taraudantes alarmes de la passion.
Une trace indépassable
Asako I & II, inégal dans la durée, captive avant tout par la finesse de son découpage, qui recueille comme une grande collection d’approches et gestes amoureux, à différents âges de l’existence, à mesure que l’intensité de la jeunesse s’estompe dans le cours calme de la vie active et du confort économique. Gestes déclinés au sein des couples successifs d’Asako, mais aussi parmi ceux des amis qui l’entourent, que ce soit à Tokyo ou à Osaka. La progression elliptique du film propulse les personnages dans une perspective de temps étendue, qui aide à mesurer la lente transformation et sédimentation des sentiments.
Mais sous cette apparente simplicité, le film est travaillé par un système de variations et d’échos qui le rendent, en profondeur, plus sinueux, plus contrarié. La ressemblance physique des deux amours d’Asako contribue, par contraste, à la scinder elle-même (d’où les « I & II » du titre) en deux, comme si la répétition de l’expérience amoureuse la conduisait à se perdre, malgré sa constance de façade. Histoire extérieurement banale et intérieurement insolite, à travers laquelle Hamaguchi décrit le cheminement amoureux comme l’éternelle réitération d’une impression initiale.

   


C’est une idée éminemment proustienne : le premier amour dépose en nous une trace indépassable après laquelle on ne cesse plus jamais de courir. Asako fait cette découverte fondamentale, que l’on n’aime jamais vraiment quelqu’un pour lui-même, mais pour ce qui se perpétue à travers lui de cette secousse inaugurale. Baku dans Ryohei ou Ryohei dans Baku ne sont autres que les deux temps d’une marche amoureuse qu’Asako exécute sans autre guide ou métronome que les seuls battements de son cœur.

Film japonais de Ryusuke Hamaguchi. Avec Masahiro Higashide, Erika Karata, Rio Yamashita (1 h 59). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : mk2films.com/film/39194 et www.festival-cannes.com/fr/festival/films/netemo-sametemo



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Depuis quelques années, Silver Lake, quartier résidentiel de Los Angeles, est le décor de séries ou de films comme « Under The Silver Lake », en compétition à Cannes. Le photographe américain Milan Zrnic a saisi l’atmosphère de ce Brooklyn californien.
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Silver Lake, nouveau décor d’Hollywood


                      Depuis quelques années, Silver Lake, quartier résidentiel de Los Angeles, est le décor de séries ou de films comme « Under The Silver Lake », en compétition à Cannes. Le photographe américain Milan Zrnic a saisi l’atmosphère de ce Brooklyn californien.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 10h08
    |

                            Clément Ghys








                              

                        

Une route sur laquelle, au loin, on devine les phares d’une voiture, les berges des immenses réservoirs d’eau qui donnent leur nom au quartier, des palmiers qui obstruent le passage des rayons de soleil, le rétroviseur d’une moto vintage où se reflètent des formes abstraites… L’ambiance est celle d’un décor de film. On pourrait même se croire à Hollywood, situé à quelques kilomètres à l’ouest. Nous sommes à Silver Lake, un quartier, non loin du centre de Los Angeles, parsemé de villas modernistes, de coffee shops et de galeries d’art.
L’auteur de ces images, le photographe Milan Zrnic, 33 ans, y vit et y travaille. Il constate que, « selon une idée fausse mais très répandue, Hollywood est un quartier rempli de célébrités et empreint de toute la magie du cinéma, alors que c’est dans ses alentours – et surtout à Silver Lake – que se trouve la beauté cinématographique de Los Angeles ». Un avis que partage sans aucun doute le cinéaste David Robert Mitchell. Dans ses deux premiers films, le réalisateur américain avait pris la banlieue de Détroit comme décor mais, dans le bien nommé Under the Silver Lake, présenté à Cannes en sélection officielle, il fait du quartier le théâtre d’un film noir, avec Andrew Garfield et Riley Keough.
Les séries inventent des personnages tels qu’on peut les croiser dans ces quartiers, historiquement latinos et gentrifiés, où la proportion d’adultes non mariés est parmi les plus élevées du pays.
Il est fini le temps où Hollywood Boulevard et son trottoir d’étoiles, où Beverly Hills et ses villas faisaient rêver les spectateurs du monde entier. À Los Angeles, le centre de gravité change sans cesse. Et le cinéma n’en finit pas de se trouver de nouveaux décors. Au début des années 2010, les rues de Downtown Los Angeles (re)devenaient des pôles d’attraction avec le cinéaste Nicolas Winding Refn, qui y tournait Drive (2011), ou Spike Jonze, qui y filmait Her (2013).
Qu’en est-il de...




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ A la Quinzaine, le réalisateur signe une comédie aussi violente qu’élégante, secouée de gags, qui a emporté le public cannois.
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Cannes 2018 : « En liberté ! », le burlesque macabre et doux de Pierre Salvadori

A la Quinzaine, le réalisateur signe une comédie aussi violente qu’élégante, secouée de gags, qui a emporté le public cannois.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 10h03
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
Finalement, la critique la plus difficile à écrire est celle d’une comédie vraiment drôle. Rien de plus ennuyeux que les gags décrits par le menu. Rien de plus ardu que d’expliquer pourquoi des acteurs qui d’habitude vous font un tout autre effet suscitent des éclats de rire dès qu’ils ouvrent la bouche. Je pourrais m’arrêter là et affirmer qu’En liberté !, huitième long-métrage de Pierre Salvadori, fait rire, et très fort, et appuyer ce témoignage sur les vagues d’hilarité qui ont secoué, lundi 14 mai, les 800 spectateurs du Théâtre Croisette, où sont projetés les films de la Quinzaine.

        Lire aussi :
         

                Cannes 2018 : Adèle Haenel et Pio Marmaï, en électrons libres



Heureusement, Pierre Salvadori ne se contente pas de faire rire. Son film burlesque, violent, macabre et doux contient, outre une gamme de gags et de répliques allant du plus raffiné au plus affligeant, des mécanismes auxiliaires qui font tourner, en même temps que la comédie, des trains de pensée complexes ­circulant sur les voies de traverse entre fiction et réalité, et – comme le titre l’indique – entre liberté et servitude.
Superbe ouverture parodique
En liberté ! commence par une superbe ouverture parodique qui voit un super-flic (Vincent Elbaz) venir à bout, d’une seule main, d’un gang de narcotrafiquants. La bagarre est sanglante, le bilan ­humain lourd, mais dans la salle, on s’en fiche, parce qu’il est clair que ce n’est qu’une histoire. Plus inattendu est le public auquel elle s’adresse : un petit garçon à qui, chaque soir, sa maman raconte les exploits de son papa, récemment passé de vie à trépas. Elle aussi policière, Yvonne (Adèle Haenel, si attachante ici que sa performance pourrait faire remonter la cote du prénom gaullien dans les maternités) ne vit pas grand-chose d’autre que son veuvage.

   


Jusqu’au jour où, au ­hasard d’une rafle dans un club sadomasochiste (inépuisable gisement de gags), elle s’aperçoit que le défunt était corrompu ­jusqu’à la moelle. Malgré les objurgations de son collègue et soupirant, Louis (Damien Bonnard), seul à connaître la vérité, Yvonne veut expier les fautes de son mari et entreprend de secourir la principale victime de ses agissements, Antoine (Pio Marmaï), ­injustement incarcéré pour dissimuler une escroquerie à l’assurance. Il sort de prison, animé d’une rage explosive qui lui fait ignorer le doux amour d’Agnès (Audrey Tautou), son épouse, qui l’a attendu.
Quadrilatère amoureux
Sur les côtés et le long des diagonales de ce quadrilatère amoureux, Salvadori fait courir une foule de vérités et de mensonges. Yvonne dissimule sa qualité de fonctionnaire de police à Antoine, celui-ci tente de faire croire à Agnès qu’il n’a pas changé. L’amour de Louis a depuis été longtemps percé à jour par Yvonne, tous deux le taisent. Pour exprimer ces élans, chacun a besoin de le mettre en scène, comme Agnès qui, prise au dépourvu par le retour d’Antoine, lui ­demande de ressortir du jardin de leur pavillon et de revenir afin de ne pas la surprendre l’aspirateur en main. Mises en scène aussi que celles du club BDSM, ­détournées par les personnages. Mises en scène enfin les interventions policières qui scandent le film et font passer le commissariat méditerranéen où elles sont organisées pour une succursale de la police station des Keystone Cops, premiers flics du burlesque, au temps de Mack Sennett.

   


Ces mensonges et simulacres servent parfois à s’évader. Plus souvent, ils enchaînent ceux qui les profèrent. Si le rythme comique n’était pas si frénétique, on sentirait vite la petite musique mélancolique chantonnée par les acteurs en contrepoint. Yvonne est prisonnière de sa vie passée et de ses remords, Antoine de sa rancœur, Agnès et Louis de leur dévotion. Ce n’est qu’après le dernier rire que l’on perçoit cette délicate amertume qui préserve En liberté ! du grotesque et donne au burlesque une élégance qu’il n’atteint que rarement.
Film français de Pierre Salvadori. Avec Adèle Haenel, Pio Marmaï, Audrey Tautou (1 h 47). Sortie en salle le 31 octobre. Sur le Web : distribution.memento-films.com/film/infos/92



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Entre les deux acteurs d’« En liberté ! », de Pierre Salvadori, le courant passe – à l’écran et en dehors.
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Cannes 2018 : Adèle Haenel et Pio Marmaï, en électrons libres

Entre les deux acteurs d’« En liberté ! », de Pierre Salvadori, le courant passe – à l’écran et en dehors.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 10h02
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

Il y a de l’électricité dans l’air – et pas ­seulement parce que, en ce 14 mai, l’orage ­menace. Dès les premières scènes d’En liberté !, de Pierre Salvadori, le public de la Quinzaine des réalisateurs tressaille d’un rire rare et franc. Les deux acteurs principaux, Adèle ­Haenel et Pio Marmaï, s’attardent dans la salle, jusqu’à la fin du générique de début. Comme si leurs corps, visiblement fatigués, avaient ­besoin d’un shoot de volts salvateurs et salvadoriens avant de répondre à la presse.
Car entre eux, le courant passe – à l’écran et en dehors. « On est… », commence Adèle ; «… potes depuis six ans ! », poursuit Pio. « On s’est ­rencontrés… », embraye le brun ; «… sur le tournage d’Alyah (2012) d’Eli Wajeman ! », ­débraye la blonde.
Tout l’entretien ­alternera, d’une humeur l’autre, tantôt ­lumineuse, tantôt nébuleuse, toujours ­syn­chrone
Une marmaille découvrant les super­pouvoirs d’un interrupteur ne ferait pas mieux : jour/nuit, jour/nuit, tout l’entretien ­alternera ainsi, d’une humeur l’autre, tantôt ­lumineuse, tantôt nébuleuse, toujours ­syn­chrone. Quand Marmaï marmonne, Haenel ânonne ; mais quand une idée brillante fuse de l’un, un « eurêka ! » plus euphorique encore éclaire le visage de l’autre.
Les mêmes adjectifs – « ludique », « dyna­mique », « généreux »… – circulent des lèvres du Strasbourgeois, 33 ans, à celles de la Parisienne, 29 ans. C’est la deuxième fois, après Dans la cour (2014), qu’il est dirigé par Salvadori ; elle, la toute première ; mais chacun se verrait bien rempiler avec le réalisateur, réputé très ­fidèle à ses acteurs.
« Pierrot plane très largement ­au-dessus du lot, son écriture est à la fois ultra-minutieuse, et d’une liberté folle », loue l’une. « En douze longs-métrages, il n’a jamais été primé nulle part : quel scandale ! », déplore l’autre.
« Comme des enfants sur le tournage...



                        

                        


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Mort de William Vance, coauteur de « XIII », grand fauve de la BD franco-belge

Le dessinateur, qui s’est éteint lundi à l’âge de 82 ans, fut un auteur prolifique qui multiplia les projets et les albums tout au long de sa carrière.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 09h55
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 11h16
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            

La rigueur et la fougue, la précision et la nervosité. Le dessin de William Vance ne ressemblait à aucun autre dans le domaine de la bande dessinée réaliste. Ce style si particulier a largement participé au succès de XIII, série culte de la BD européenne réalisée avec le scénariste Jean Van Hamme. William Vance, qui s’est éteint lundi 14 mai à l’âge de 82 ans, fut aussi un auteur prolifique qui multiplia les projets et les albums tout au long de sa carrière. Il était, enfin, l’un des derniers grands fauves de la bande dessinée franco-belge, dont l’âge d’or se situa entre les années 1960 et 1980.
Né le 8 septembre 1935 dans la commune bruxelloise d’Anderlecht, William Van Cutsem, de son vrai nom, a commencé à travailler dans la publicité, notamment pour des produits pharmaceutiques, avant de rejoindre le journal Tintin à l’âge de 27 ans. L’ancien élève de l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles y réalisera des illustrations et des histoires courtes (scénarisées entre autres par André-Paul Duchâteau, le créateur de Ric Hochet), avant d’entreprendre sa première série, Howard Flynn, les aventures d’un lieutenant de la marine royale britannique aux XIXe siècle, sur des textes d’Yves Duval. Il retrouvera ensuite André-Paul Duchâteau, et d’autres scénaristes, pour les besoins d’un western, Ringo, du nom d’un conducteur de diligences de la Wells-Fargo.
Dessin « cinématographique »
Vance est alors devenu un dessinateur confirmé, que l’on s’arrache en raison du dynamisme de son trait et de l’audace de ses cadrages. Avec Greg (le père d’Achille Talon), il crée Bruno Brazil en 1967, un agent secret inspiré de James Bond. La même année, il succède à Gérald Forton sur la série Bob Morane, l’aventurier ténébreux du romancier belge Henri Vernes : Vance dessinera les histoires les plus réussies, graphiquement, de la collection, avant de passer la main à son tour, à son assistant et beau-frère, Felicisimo Coria.

Porté...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Agé de 82 ans, le dessinateur belge avait créé en 1984, avec le scénariste Jean Van Hamme, l’un des personnages les plus emblématiques de la BD contemporaine.
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William Vance, coauteur de la bande dessinée « XIII », est mort

Agé de 82 ans, le dessinateur belge avait créé en 1984, avec le scénariste Jean Van Hamme, l’un des personnages les plus emblématiques de la BD contemporaine.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 08h09
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 09h47
   





                        



   


Le dessinateur belge William Vance, coauteur de la bande dessinée XIII, est mort, lundi 14 mai dans la soirée, a annoncé Yves Schlirf, directeur éditorial des éditions Dargaud pour le Benelux. « Mon ami dessinateur William Vance est mort ce soir. (…) Tu vas me manquer fort mon vieux lion », a-t-il écrit sur Twitter. L’annonce de sa mort a été confirmée mardi matin au Monde par la maison d’édition Dargaud.

Mon ami dessinateur William Vance est mort ce soir ...
Tu vas me manquer fort mon vieux Lion...
Love ,
— YvesSchlirf (@Schlirf Yves)


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William Van Cutsem, Vance de son nom d’auteur, avait 82 ans. Né dans la région de Bruxelles le 8 septembre 1935, l’« un des derniers maîtres de la BD belge », selon le journal L’Echo, avait d’abord collaboré à partir de 1962 au Journal de Tintin. Il avait ensuite illustré dix-huit tomes de la série « Bob Morane », entre 1969 et 1979, sur des scénarios d’Henri Vernes.
Dès ses débuts, William Vance s’impose par un trait fin, précis, qu’il met au service d’un univers très réaliste. Selon le journal belge Le Soir, ses modèles sont des géants de la bande dessinée américaine, comme Burne Hogarth, le créateur de Tarzan, ou Hal Foster, le magicien du Prince Vaillant.
« XIII », la consécration
Mais William Vance est surtout connu pour avoir créé, avec le scénariste Jean Van Hamme, le personnage de la bande dessinée XIII. Dans cette série à succès, dont le premier tome a été publié en 1984, un inconnu est découvert inconscient sur une plage. Amnésique, tatoué d’un mystérieux chiffre « XIII » à la clavicule, Jason Fly découvre, au fil des épisodes et de multiples rebondissements, qu’il est au centre d’un vaste complot visant à instaurer une dictature fasciste aux Etats-Unis.
Adaptée à la télévision en 2008, la saga rencontre un succès international, et les albums se vendent à plus de 14 millions d’exemplaires. Vance en a illustré dix-huit des dix-neuf premiers tomes, entre 1984 et 2007, avant de raccrocher ses crayons en 2010, à cause de la maladie de Parkinson.
La série a ensuite continué à partir de 2011, avec cinq nouveaux albums scénarisés par Yves Sente et dessinés par Youri Jigounov. Selon Dargaud, les albums de XIII ont été publiés dans plus de 20 pays.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Pour son retour au Festival de Cannes, le réalisateur danois fait d’un tueur en série le porte-parole de l’artiste maudit, entre acte de contrition et provocation.
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/05/2018
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Cannes 2018 : « The House That Jack Built », le cauchemar meurtrier de Lars von Trier

Pour son retour au Festival de Cannes, le réalisateur danois fait d’un tueur en série le porte-parole de l’artiste maudit, entre acte de contrition et provocation.



Le Monde
 |    15.05.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
15.05.2018 à 10h07
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Sélection officielle – hors compétition
L’ovation qui a accueilli Lars von Trier à son arrivée dans le Grand Théâtre Lumière, lundi 14 mai, fut nettement plus intense que celle qui a conclu la projection de The House That Jack Built, 155 minutes plus tard. Entre-temps la salle avait plongé dans les abîmes d’une noire dépression, qui se manifestait par des cauchemars assassins, féminicides dans leur immense majorité.
Ecrivant une demi-heure après que le générique a fini de défiler sur l’écran, je suis incapable de déterminer si ce long film, torturé et torturant, est un acte de contrition ou la revendication de toutes les fautes dont on a chargé son auteur, de Breaking The Waves à Nymphomaniac. La seule certitude, mais elle est ancienne chez Lars von Trier, c’est l’omniprésence et la permanence de la souffrance, physique et psychique.
Au début du film, alors que l’écran est encore noir, on entend deux voix dialoguer en anglais. La première, plus juvénile, demande l’autorisation de parler, la seconde est celle, reconnaissable entre toutes, est celle de Bruno Ganz, qui autorise son interlocuteur à raconter son histoire, même s’il a déjà tout entendu de ses compagnons au long de ce voyage indéfini, qu’il a manifestement accompli très souvent.

   


Plus tard, on saura que le vieillard s’appelle Verge, et si l’on n'a pas encore résolu l’énigme, il finira par revendiquer la paternité de l’Enéide. On ne découvrira ses traits qu’à la toute fin du film. Auparavant Verge aura commenté sur un ton navré la pratique et la théorie de Jack (Matt Dillon) au long de leur descente.
Lars von Trier se met en scène
Jack est tueur en série. Il revendiquera une soixantaine de meurtres dont Lars von Trier, dans son infinie miséricorde, ne met en scène qu’une poignée, répartis en cinq « exemples ». La plupart des victimes sont des femmes, aucune des actrices mobilisées pour tomber sous les coups du sociopathe (Uma Thurman, Siobhan Fallon Hogan, Sofie Grabel et Riley Keough), n’a eu droit à un personnage. Les femmes ne sont ici que matériau.

   


Le terme est utilisé par Jack qui revendique aussi sa qualité d’artiste, que lui conteste vigoureusement Verge. Il n’est pas besoin de détailler la litanie des crimes. Ils sont justifiés par leur auteur comme la manifestation d’une part irréductible de la nature, mais aussi comme une discipline voisine de l’architecture. Cette assimilation de la transgression la plus violente à l’art repose sur un leitmotiv : des séquences empruntées à la télévision canadienne montrant Glenn Gould jouant du piano chez lui. La bizarrerie légendaire du musicien, sa position torturée, ses incantations marmonnées pendant qu’il joue tout comme sa mauvaise santé psychique sont ainsi assimilées (et Glenn Gould n’est plus en mesure d’objecter) aux pathologies les plus terrifiantes.
En somme, il n’est pas besoin de chercher midi à quatorze heures pour conclure que Lars von Trier se met en scène sous les traits d’un génie dont l’art évoque et provoque la souffrance, et que l’incompréhension qu’il suscite n’est que la manifestation de l’étroitesse d’esprit de la plupart des humains.
Enfermé dans la répétition de ses crimes
Mais alors, pourquoi avoir fait de Jack le tueur en série le personnage le plus ennuyeux, le plus déprimant qu’on puisse imaginer. Avec une belle constance, Matt Dillon lui prête une autosatisfaction, une mesquinerie, une étroitesse de vue qui en font un être si laid que ses discours sur la beauté du mal (monologues qui permettent à Lars von Trier de renouveler ses provocations en exhumant Hitler et Speer des archives filmées) apparaissent dérisoires, banals et ennuyeux. D’autant que souvent la belle voix de Bruno Ganz lui cloue le bec (et c’est plus la qualité de l’élocution de Ganz que celle des dialogues que le scénario de Lars von Trier lui offre qui suscite cette impression).

   


Jack est enfermé dans la répétition de ses crimes, et le metteur en scène remet en service les procédés qui lui ont servi pour Nymphomaniac, entrelardant les violences faites aux corps de digressions philosophiques ou esthétiques. Le cadre instable, le montage saccadé ramènent à la période Dogma de Lars von Trier. L’infernale et prévisible conclusion de The House That Jack Built retrouve un peu de la beauté de Breaking The Waves ou Melancholia.
De toute façon, à ce stade du film, voilà déjà bien longtemps que Lars von Trier s’est cité lui-même, juxtaposant des extraits de sa filmographie à l’évocation des plus grands crimes du XXe siècle. Quant à savoir s’il regrette ou s’amuse de cette collision, il faudra le lui demander. Avant comme après la projection de son film à Cannes, Lars von Trier a gardé le même demi-sourire, le même regard absent.

Film danois de Lars von Trier. Avec Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman (2 h 35). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.filmsdulosange.fr/fr/film/248/the-house-that-jack-built



                            


                        

                        

