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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Cette nouvelle adaptation du classique de Ray Bradbury, déjà mis en scène par Truffaut, se plie avec un peu trop d’enthousiasme aux règles du spectaculaire.
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Cannes 2018 : « Fahrenheit 451 » ou comment mettre Bradbury à l’heure des réseaux sociaux

Cette nouvelle adaptation du classique de Ray Bradbury, déjà mis en scène par Truffaut, se plie avec un peu trop d’enthousiasme aux règles du spectaculaire.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 17h17
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Sélection officielle – hors compétition, séance de minuit
Comment faire un film futuriste d’une prophétie qui s’est déjà en grande partie réalisée ? La question est passionnante, la réponse qu’apporte cette nouvelle adaptation de Fahrenheit 451 l’est moins. Publié en 1953, au plus fort de la guerre froide, le roman de Ray Bradbury imaginait une société abrutie de psychotropes et de divertissement de masse – diffusé dans les foyers – de laquelle les livres avaient été bannis. On était alors aux premiers temps de la télévision hertzienne.
De Valium en Zoloft, de NBC en YouTube, les livres ont été repoussés aux marges de la vie sociale, les images, de plus en plus fragmentées, ont imposé leur empire. Bref, Ray Bradbury et François Truffaut (qui adapta Fahrenheit 451 en 1966, pour en faire un beau film animé par l’amour du cinéaste pour la littérature) avaient raison, qu’est-ce qu’un jeune cinéaste américain comme Ramin Bahrani peut avoir à dire sur la question ?
Variation sur une vieille dystopie
Qu’il reste encore bien des choses à perdre. Les pompiers sont toujours mobilisés pour éradiquer la peste littéraire, et les lance-flammes ont toujours remplacé les extincteurs. Mais puisqu’on est quelque part dans le futur, les livres de papier ont presque tout à fait disparu, et ce sont des disques et des drives qu’il faut incendier. Ce que fait avec enthousiasme Monta (Michael B. Jordan) pompier de choc et étoile des réseaux sociaux. Sous l’autorité du capitaine Beatty (Michael Shannon), il persécute les lecteurs qui, lorsqu’ils sont pris, sont privés de la citoyenneté qui leur donne accès aux drogues chimiques et numériques qui font la vie quotidienne.
Ce « Fahrenheit 451 » du XXIe siècle se plie aux règles du film d’action
Cette variation sur la vieille dystopie de Bradbury est intéressante, peuplée de foules passives qui peuvent se muer en meutes sanguinaires, de fonctionnaires qui feignent l’ignorance. Les deux Michael servent bien l’opposition entre la fragile intégrité de Monta et la perversité de son aîné. Hélas, le temps des conclusions élégiaques (comme celle, sublime, du film de Truffaut) est passé depuis bien longtemps, et ce Fahrenheit 451 du XXIe siècle se plie aux règles du film d’action, d’autant plus facilement que le décor est jonché de lance-flammes.
Enfin on ne peut s’empêcher de remarquer que cet hymne à la liberté de choix ne laissera pas aux spectateurs la liberté de décider de la taille de l’écran sur lequel ils le verront. Produit par HBO, Fahrenheit 451 ne sortira pas en salle et sera diffusé sur une plateforme de streaming.

Film américain de Ramin Bahrani. Avec Michael B. Jordan, Michael Shannon, Sofia Boutella (1 h 40). Disponible à partir du 3 juin sur OCS. Sur le Web : www.hbo.com/movies/fahrenheit-451



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Le nouveau long-métrage de Gaspar Noé contient à la fois le meilleur et le pire de ce qu’est capable de faire l’agent provocateur du cinéma français.
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Cannes 2018 : « Climax », entre énergie pure et jeu de massacre

Le nouveau long-métrage de Gaspar Noé contient à la fois le meilleur et le pire de ce qu’est capable de faire l’agent provocateur du cinéma français.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 15h39
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
Climax, le dernier long-métrage de Gaspar Noé (Irréversible, Enter the Void), présenté à la Quinzaine des réalisateurs, contient à la fois le meilleur et le pire de ce dont est capable celui qui assume depuis déjà vingt ans son rôle de vilain garnement et agent provocateur du cinéma français (un carton au début du film annonce sans détour : « Un film français et fier de l’être »). Si l’on met de côté les quelques taquineries de rigueur (le récit qui commence par la fin, le placardage plein cadre de slogans potaches), Climax s’ouvre sur une première moitié époustouflante qui constitue presque un film à part entière – et pas loin d’être le plus beau de Noé.
De jeunes danseurs, de tous sexes et de toutes origines, sont auditionnés par une chorégraphe de renom, puis réunis dans une salle des fêtes isolée pour mettre au point un spectacle. Au terme de trois jours de travail, une fête a lieu où chacun est disposé à lâcher prise. Noé se contente d’abord filmer la danse in extenso, au fil de longs plans-séquences qui circulent et virevoltent d’un personnage à l’autre. La beauté magnétique des corps en mouvement, le mélange merveilleux des sexualités et des physionomies, l’intensité explosive des chorégraphies, composent un spectacle orgiaque de pure énergie, qui se passe très bien de toute dramatisation.

   


La fête bat son plein, les corps s’exposent et s’exténuent, le désir monte en flèche et tout cela est un véritable feu d’artifice pour le regard. Sans compter que la bande-son, un mix continu qui court de Giorgio Moroder aux Daft Punk, déroule une sorte d’ode amoureuse à la musique électronique, et plus précisément à la « house music », qui participe du pouvoir hypnotique de l’ensemble.
Une paranoïa incontrôlable
Mais tout cela ne pouvait pas durer ; il fallait que le drame éclate et qu’avec lui viennent la menace, l’emphase, l’horreur, lors d’une deuxième partie symétrique à la première. Car la sangria à laquelle tout le monde puisait allégrement, était en fait imbibée d’une drogue dure. Les convives se voient peu à peu gagner par une paranoïa incontrôlable qui transforme la fête en cauchemar et le film en un grand jeu de massacre.
Angoisse, panique, insultes, coups, blessures, mutilations, agressions, électrocutions déferlent alors, sans pour autant que le régime chorégraphique du film s’interrompe – à ceci près que la danse est devenue, dès lors, celle de pantins hystériques et démantibulés. Ce n’est évidemment pas la violence qui dérange (là-dessus le projet de Noé est cohérent), mais son caractère programmatique qui lasse, la logique du pire ne pouvant aller qu’à son terme, en assénant autant de scènes choc et d’images « coups de poing » à un spectateur brutalisé.
Le problème de Noé, c’est qu’il ne sort jamais de cette conception du film comme un « trip » psychotrope et cosmique reliant la vie à la mort, le ying au yang, et devant à tout prix forcer les sensations du spectateur. Or, il n’y a rien de plus téléphoné qu’un trip vu de l’extérieur, qui ne comporte jamais que deux moments, toujours les mêmes : une montée et une descente. Pas même des montagnes russes.

Film français de Gaspar Noé. Avec Sofia Boutella, Adrien Sissoko, Claude Gajan Maull, Lea Vlamos, Sarah Belala, Strauss Serpent, Ashley Biscette… (1 h 35). Sortie en salle le 19 septembre. Sur le Web : www.climax-lefilm.com et www.quinzaine-realisateurs.com/film/climax



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ A mi-chemin, le 71e Festival de Cannes accueille deux revenants, l’un absent de la compétition depuis 1991 et l’autre déclaré « persona non grata » en 2011.
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La gazette de la Croisette : le grand retour de Spike Lee et de Lars von Trier

A mi-chemin, le 71e Festival de Cannes accueille deux revenants, l’un absent de la compétition depuis 1991 et l’autre déclaré « persona non grata » en 2011.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 13h39
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 16h01
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
Le sixième jour de la bataille pour la Palme d’or, lundi 14 mai, est marqué par le grand retour en compétition au Festival de Cannes du cinéaste américain Spike Lee, qui n’avait pas été en lice depuis vingt-sept ans (en 1991, il avait présenté Jungle Fever). Il revient sur la Croisette avec BlacKkKlansman, l’histoire vraie d’un policier afro-américain infiltré parmi des membres du Ku Klux Klan, avec John David Washington et Adam Driver.

   


Face à lui, le réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi entre également dans la compétition avec son film Netemo Sametemo (Asako I & II). Il s’agit de sa première sélection au Festival de Cannes. Il a fait parler de lui récemment en découpant en cinq volets, rassemblés en trois programmes (Senses 1 & 2, Senses 3 & 4, Senses 5) pour sa sortie en salles, son long-métrage Happy Hour (qui dure plus de cinq heures), un tableau acide de la société japonaise présenté en 2015 au Festival de Locarno (Suisse), où ses quatre comédiennes ont reçu un prix d’interprétation.

DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
C’est dans la section Un certain regard que nos critiques Clarisse Fabre et Véronique Cauhapé ont découvert deux pépites : Girl, un premier film du réalisateur flamand Lukas Dhont sur la transition vers le sexe féminin d’un adolescent transgenre, et le deuxième long-métrage de l’Argentin Alejandro Fadel, Meurs, monstre, meurs, un film d’horreur dont l’une des terrifiantes trouvailles est de nous placer à l’intérieur d’un monstre.

ON ATTEND AUJOURD’HUI : 
A 22 h 30 est projeté hors compétition le nouveau film du cinéaste danois Lars von Trier, The House That Jack Built, avec Matt Dillon dans le rôle d’un tueur en série. Sept ans après avoir été déclaré « persona non grata » au Festival de Cannes ; une sanction sans précédent, pour avoir exprimé sa « sympathie » pour Hitler lors de la conférence de presse de son film Melancholia en compétition, il revient enfin sur la Croisette. Aucune conférence de presse n’est prévue, même si le réalisateur devrait donner quelques entretiens.
Palme d’or en 2000 pour Dancer in the Dark (récompensé aussi d’un prix d’interprétation féminine pour Björk), Lars von Trier a déjà été sélectionné neuf fois en compétition.

        Lire le compte-rendu :
         

          Lars Von Trier de retour sur la Croisette





        Lire la gazette de la Croisette (13 mai) :
         

          L’Italie de Rohrwacher, le Japon de Kore-eda et l’Odyssée de Kubrick






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ La ministre de la culture est venue sur la Croisette, lundi 14 mai, pour présenter une série de mesures en faveur de la parité femmes-hommes dans le cinéma.
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Cannes 2018 : Françoise Nyssen annonce un fonds d’aide pour les réalisatrices

La ministre de la culture est venue sur la Croisette, lundi 14 mai, pour présenter une série de mesures en faveur de la parité femmes-hommes dans le cinéma.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 13h32
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 18h14
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


En France, la réponse à l’affaire Weinstein sera d’ordre sociétale, et financière. Dans un discours prononcé à Cannes, lundi 14 mai, la ministre de la culture invite le cinéma à faire sa « révolution », rien de moins. Huit mois après la révélation du scandale des agressions sexuelles, Françoise Nyssen fait ce constat : « Le plus terrible, est-ce la révélation d’une affaire, la dénonciation d’un porc ? Non, le plus terrible, c’est l’autre révélation. Le “tout le monde savait”, la description d’une omerta, d’un monde idéalisé qui n’échappe pas à la loi des petits milieux, des comportements vils où chacun tient l’autre, coopte l’autre, intimide l’autre ».

        Lire la chronique sur la parité hommes-femmes :
         

          « Dans la culture, les quotas font grincer des dents »



Le Festival s’est ouvert, mardi 8 mai, avec le film d’Asghar Farhadi, Everyboby Knows. Il se prolonge aujourd’hui avec cette phrase de Françoise Nyssen – « Tout le monde savait » soit Everybody Knew – prononcée devant des féministes venues de nombreux pays. C’est en effet aujourd’hui que se réunissent à Cannes différents mouvements paritaires, créés aux Etats-Unis, en Angleterre, en Espagne, en Italie, etc., à l’initiative du mouvement français 50/50 en 2020 – lequel a été fondé par des réalisatrices et par l’association Deuxième regard.

La ministre fait le pari de la résilience : transformons une souffrance, un mal, en une action forte et positive. « Faisons de Weinstein une opportunité pour le cinéma, la chance de devenir avant-gardiste, précurseur, la chance d’être révolutionnaire. Une révolution, c’est un irréversible. Cette révolution reste à faire, dans l’ensemble de la société. Le cinéma doit réussir la sienne. » Elle ajoute : « J’ai décidé d’agir. D’actionner tous les leviers qui sont à ma portée. Sans attendre ». Les artbitrages ont été faits dans les tout derniers jours et tout n’est pas réglé. Mais le message est clair : la ministre entend répondre à celles et ceux qui trouvaient jusque-là bien timides les réponses aux fortes inégalités qui persistent entre les femmes et les hommes dans le cinéma.

        Lire le compte-rendu :
         

          Quotas, malus, budget… Le plan de Françoise Nyssen pour l’égalité femmes-hommes



Pas de critère d’âge
La mesure la plus novatrice est la création d’un fonds spécifique pour les femmes, dans le cinéma. Une initiative qui reste à préciser : « Je vais créer un fonds de dotation en France pour soutenir de jeunes réalisatrices du monde entier (…). En France, le budget moyen d’un film réalisé par une femme s’élève à 2,6 millions d’euros contre 6,5 millions pour le film d’un homme. Un écart de 60 %. Une honte pour les financeurs privés. Une honte pour les institutions publiques », s’indigne la ministre. Dans l’entourage de Françoise Nyssen, on s’empresse de préciser qu’il n’y aura certainement pas de critère d’âge pour bénéficier de ce fonds – contrairement à ce que laisse penser son discours. Pour les réalisatrices, en effet, le plus difficile n’est pas de faire le premier ou le deuxième film, mais le troisième ou le quatrième. A ce stade, il est rare d’avoir 25 ou 30 ans…

        Lire le document :
         

          Vingt recommandations pour l’égalité femmes-hommes dans la culture



Le montant de ce fonds pour les femmes n’est pas non plus précisé. Matignon n’a pas encore rendu son arbitrage. « Ce fonds sera doté par l’Etat à travers une contribution du CNC, Centre national du cinéma et de l’image animée, et consolidé par des mécènes. On va tout particulièrement solliciter les partenaires du Festival de Cannes, afin qu’ils abondent ce fonds. Idéalement, on souhaite que le dispositif soit opérationnel en septembre et que les premières candidatures puissent parvenir fin 2018 », ajoute-t-on rue de Valois. Ce fonds pourrait par ailleurs bénéficier aux productrices et aux femmes scénaristes, en plus des réalisatrices.
« Parvenir à la parfaite parité »
Les autres mesures étaient déjà connues. Fin juin, des « Assises de l’égalité femmes-hommes dans le cinéma » seront organisées à Paris, afin d’aboutir à des « mesures concrètes » dans six domaines : la formation ; l’égalité salariale ; la prévention du harcèlement ; l’accès aux postes de direction ; la lutte contre les stéréotypes ; et la promotion de la parité par la régulation. L’objectif, ajoute la ministre, est de parvenir à une « Charte de l’égalité entre les femmes et les hommes dans le cinéma » signée par les professionnels. « L’adhésion à cette Charte et aux engagements qu’elle définira sera une condition d’attribution des aides du CNC. En parallèle, je souhaite qu’un système de “bonus” soit mis en place pour soutenir les films dont les équipes sont exemplaires en matière de parité. »
Enfin, la ministre estime que les festivals doivent s’engager. Ce lundi 14 mai, les directeurs des différentes sections cannoises ont d’ailleurs été les premiers à signer une « Charte des festivals internationaux de cinéma », laquelle engage ses signataires à « rendre transparente la liste des membres des comités de sélection et programmateurs » pour « écarter toute suspicion de manque de diversité et de parité », selon le texte signé par les responsables de la manifestation, en présence du jury de la 71e édition présidé par l’actrice australienne Cate Blanchett.
Les festivals signataires s’engagent aussi « à parvenir à la parfaite parité dans leurs instances dirigeantes d’ici la fin de leur mandat ». Cinquante ans après le Mai-68 cannois, la ministre pose son empreinte : mai 2018.

        Lire le compte-rendu du tchat avec Thomas Sotinel (à Cannes) :
         

          « Les réalisatrices restent très minoritaires dans les sélections »



Sur le Web : www.culture.gouv.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ A Un certain regard, Lukas Dhont filme avec pudeur la transition d’une jeune fille transgenre, née dans un corps de garçon.
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Cannes 2018 : avec « Girl », oubliez le garçon

A Un certain regard, Lukas Dhont filme avec pudeur la transition d’une jeune fille transgenre, née dans un corps de garçon.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 10h55
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 12h34
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Sélection officielle – Un certain regard
L’édition cannoise 2018 retiendra que le jour où 82 femmes ont monté les marches pour réclamer l’égalité avec les hommes, une jeune fille transgenre, née dans un corps de garçon, s’est coupée le sexe à l’écran, salle Debussy. La projection de Girl, du réalisateur flamand Lukas Dhont, 26 ans, a été un choc pour les festivaliers, samedi 12 mai. Sélectionné à Un certain regard, ce premier long-métrage concourt pour la Caméra d’or, et aussi pour la Queer Palm.

   


Cherchez la fille. Lara en est une, cela crève les yeux. Cheveux blonds mi-longs, sourire lumineux, silhouette de danseuse classique. Très David Hamilton. Pourtant, Lara cherche la fille qui est en elle. Elle est née garçon et commence à peine son traitement hormonal pour bloquer la puberté et féminiser son corps, à l’âge de 15 ans. En attendant de se faire construire un vagin, elle aplatit son pénis sous de larges sparadraps. Jusqu’au jour où… elle prend les ciseaux. Mais Girl n’est pas un film « gore ».

C’est l’histoire d’une adolescente sous tension. Pourquoi Lara semble-t-elle mélancolique, alors qu’elle pourrait être la plus heureuse des jeunes filles en transition ? Lara est acceptée comme elle est, aussi bien à la maison qu’à ses cours de danse. Elle est suivie par un « psy » qui lui répète : « Quand je vous regarde, je vois une fille. » Son père est tendre, aimant, réconfortant, pas macho pour un sou, et admirablement interprété par Arieh Worthalter – la mère n’existe pas dans le film.

   


Pourtant, Lara est mal dans sa tête et dans son corps. Elle désespère de voir pousser ses seins, elle a les orteils en sang dans ses chaussons. Mais elle doit tenir, comme dans Rester vertical (2016), d’Alain Guiraudie. Lara est un bloc de souffrance sur ses pointes : elle est souvent filmée debout. Droite comme un i, Lara fait le trajet dans le métro, tient la barre dans le studio de danse, virevolte jusqu’au vertige ; elle est encore debout devant le miroir de sa chambre à scruter son corps. La répétition de ces plans, qui peut lasser, a le mérite de faire entrer le spectateur dans la vie quotidienne, voire intime, de Lara. Mais la caméra n’est pas voyeuse.

Une douce radicalité
Il a fallu du temps au réalisateur pour trouver sa « ballerina girl ». Il a fini par choisir un jeune danseur au visage d’ange, l’acteur Victor Polster, qui incarne à merveille la douce radicalité du film. Dans Girl, la transition sexuelle de l’adolescente, sujet sensible, ne fait pas débat. Elle est simplement « accompagnée » sur le plan médical, psychologique et affectif. La seule question qui compte est la suivante : comment devenir soi-même, quitte à remettre en cause les normes ? Qu’est-ce qui fait que l’on se sent homme, femme, ou en dehors de ces catégories ? Girl est un film politique, sans être militant. On pense au documentaire Coby, de Christian Sonderegger, présenté à Cannes en 2017, journal filmé de la transition d’une jeune fille vers le sexe masculin.

   


La projection a été suivie d’une ovation. Le personnage du film cédait la place à l’acteur, cheveux coupés en brosse, pantalon, chemise. Et toujours cette grâce. Plus tard, devant les photographes, Victor-Lara a fait le grand écart.

Film belge de Lukas Dhont. Avec Victor Polster, Arieh Worthalter (1 h 45). Sortie en salle le 10 octobre. Sur le Web : diaphana.fr/film/girl et www.festival-cannes.com/fr/festival/films/girl



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ A Un certain regard, le long-métrage du cinéaste argentin, « Meurs, monstre, meurs », tord le cou au film d’horreur.
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Cannes 2018 : Alejandro Fadel dévoile ce monstre que nous sommes

A Un certain regard, le long-métrage du cinéaste argentin, « Meurs, monstre, meurs », tord le cou au film d’horreur.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 10h36
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 12h18
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


Sélection officielle – Un certain regard
Alejandro Fadel n’aime pas tant les histoires que la façon dont on les raconte. A partir d’éléments narratifs accumulés au fil de la vie, des lectures et des paysages qu’il souhaiterait filmer, il se plaît dès lors à les agencer selon un ordre discordant. Puis de les mettre en scène en usant de genres et de ­codes cinématographiques, eux-mêmes, détournés. Telle est la méthode qu’il a appliquée et qu’il porte au sommet, dans son deuxième long-métrage dont il signe aussi le scénario, Meurs, monstre, meurs, présentée dans la ­catégorie Un certain regard.
Le titre du film n’est rien d’autres que les trois mots scandés, par une voix intérieure, à David (Esteban Bigliardi), principal suspect dans une affaire de meurtre. Le corps de sa femme, Francisca, a été retrouvé au milieu d’un troupeau de moutons, dans un coin reculé de la cordillère des Andes. Cruz (Victor Lopez), officier de la police rurale et, accessoirement, amant de Francisca, est chargé de l’enquête. D’autres crimes similaires suivront. David sera envoyé dans un hôpital psychiatrique où l’on tentera de comprendre l’origine et l’objet de ses hallucinations.
L’une des terrifiantes trouvailles du film est de nous placer à l’intérieur d’un monstre
Si nous voulons demeurer fi­dèles à la démarche d’Alejandro Fadel, arrêtons là l’histoire. En revanche, faut-il préciser, que Meurs, monstre, meurs ne nous emmène ni dans un thriller ni dans un polar à grand espace, mais dans un film d’horreur dont l’une des terrifiantes trouvailles est de nous placer à l’intérieur d’un monstre. Un monstre auquel nous n’avons aucune chance d’échapper puisqu’il se tapit en nous, sous les noms divers de folie, de violence ou de peur. La créature, quel que soit le nom qu’elle revêt, tord les corps, s’échappe des bouches, par des haut-le-cœur et des jets de liquide vert gluant.

   


Le propos ne prête pas à rire. Il remonte à loin, et a nourri tous les arts. L’esthétique du film emprunte, pour le signifier, à l’art religieux et à la mythologie, en n’hésitant pas à en épaissir le trait. Meurs, monstre, meurs, c’est la descente du Christ et de ses apôtres aux enfers ; une tragédie grecque visitée par le fantastique. Un film qui donne à voir la bête : cette humanité du temps présent, assise sur des mythes que la violence sociale, la répression, le repli sur soi font éclater en morceaux.
Quelques éclats de dérision
Il n’empêche. Alejandro Fadel ne serait pas ce qu’il est s’il ne s’au­torisait pas à glisser quelques éclats de dérision au sein de la noirceur morbide de son film. Le décryptage auquel s’essaient les deux inspecteurs sur le fameux « Meurs, monstre, meurs » qu’entend sans cesse David, donne ainsi lieu à un échange savoureux : « MMM, curieux, comme la forme du sommet des trois montagnes des environs », remarque, l’air pénétré, le policier Cruz. « Comme les chocolats », relève son supérieur, l’air tout aussi pénétré.
De même que le cinéaste nous aide à ne pas tout à fait prendre au sérieux le monstre dont la représentation concrète n’arrive qu’à la toute fin du film. Ce mollusque primal réunissant, de la gueule à la queue, les deux sexes masculin et féminin, relève plus du bon vieux dessin animé que celle du film gore. Une mise à distance dont le but vise à alléger la symbolique du genre horrifique. Et placer le monstre à hauteur d’homme. La nôtre.
Film argentin d’Alejandro Fadel. Avec Victor Lopez, Esteban Bigliardi, Tania Casciani(1 h 39). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.ufo-distribution.com/movie/meurs-monstre-meurs et www.festival-cannes.com/fr/festival/films/muere-monstruo-muere



                            


                        

                        


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Cannes 2018 : « Une affaire de famille », le jeu des apparences selon Hirokazu Kore-eda

En compétition, le réalisateur japonais prolonge ses interrogations sur ce qui tisse les liens entre les êtres.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 10h25
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 11h53
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Sélection officielle – en compétition
Hirokazu Kore-eda fait partie de ce que l’on nomme, les « habitués » du Festival (huit films sélectionnés dans « l’officielle », dont six en compétition). Avec Kiyoshi Kurosawa, Shinji Aoyama ou Naomi Kawase, il appartient à cette génération de cinéastes, nés autour des années 1960, qui a succédé, à la « nouvelle vague » nippone (Oshima, Imamura, Yoshida…), tâche relativement ingrate si l’on veut bien se remémorer l’intensité explosive et disruptive dont celle-ci, brisant elle-même avec les classiques, avait doté le cinéma japonais. De cette génération aux prises avec une si délicate généalogie, Hirokazu Kore-eda est un bel exemple.

Artiste hanté par l’idée d’une réconciliation des mondes, ses films sont le plus souvent des mélodrames familiaux, épuisant la lancinante exigence de la réparation d’une brisure ancienne dans un monde des vivants redevable à celui des morts. Il en ressort une œuvre aux obsessions souvent remises sur le métier, empreinte de mélancolie et de délicatesse, glissant vers un fantastique du quotidien sans toujours se garantir ­contre un soupçon de mièvrerie.

   


Vitesse de croisière
Après Maborosi (1995), After Life (1998) et Distance (2001) – ses trois films les plus beaux et les plus forts –, l’auteur a adopté une sorte de vitesse de croisière à laquelle Une affaire de famille ne déroge pas. Une partie prime­sautière et une partie dramatique partagent le film.

   


La première voit une famille un rien déphasée avec la société, mais joyeuse et ­solidaire recueillir une fillette battue par ses parents et lui dispenser l’amour qui lui manque. Ici, le père vole à la tire avec son fils, la grand-mère soutire du pognon à son beau-fils, la mère travaille à l’usine, et la fille se commet dans les peep-shows. On survit dans une maison étriquée où règne un éternel capharnaüm, mais où tout le monde est assuré de ­manger à sa faim et de se ré­chauffer au grand réconfort de la piété familiale.

La deuxième partie, dont on ne peut rien dire sous peine de se faire justement lyncher par les futurs spectateurs, s’ingénie à mettre cul par-dessus tête ce qui se révélera être de simples apparences. L’occasion pour le cinéaste de redéployer – un peu à bon compte tout de même – ses interrogations anciennes sur ce qui tisse, de l’amour librement dispensé ou de la règle sociale qui prétend les légitimer, les liens entre les êtres.

Film japonais d’Hirokasu ­Kore-eda. Avec Franky Lily, Sakura Ando, Mayu Matsuoka (2 heures). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/une-affaire-de-famille



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ L’actrice de « Trois visages », de Jafar Panahi, est devenue en Iran une vedette des séries ­télévisées que diffuse la télévision gou­ver­nementale.
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Cannes 2018 : Behnaz Jafari, une star à la campagne

L’actrice de « Trois visages », de Jafar Panahi, est devenue en Iran une vedette des séries ­télévisées que diffuse la télévision gou­ver­nementale.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 09h33
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Ce fut sans doute la préparation la plus courte depuis L’Arroseur arrosé. « J’ai reçu le scénario de Jafar Panahi, je l’ai lu très rapidement, j’ai répondu oui le jour même, et le lendemain nous prenions la route dans la voiture de M. Panahi, et le tournage a commencé. » Behnaz Jafari, l’actrice, n’a pas abandonné une équipe en plein tournage pour suivre le cinéaste, comme Behnaz Jafari, le personnage, le fait dans Trois visages.

Actrice de théâtre, de cinéma (on l’a vue dans Une famille respectable, de Massoud Bakhshi, sorti en France en 2012), cette quadragénaire altière est devenue, ces dernières années, une vedette des séries ­télévisées que diffuse la télévision gou­ver­nementale. Comme elle l’explique, « c’est le seul moyen de toucher l’ensemble de la population. Les Iraniens regardent essentiellement des chaînes étrangères pour la musique, les informations. Les seuls programmes produits en Iran qu’ils regardent, ce sont les séries ».
De retour à Téhéran, après avoir accompagné le film à Cannes, sans Jafar Panahi, toujours privé de passeport, elle retournera sur scène où elle joue dans Roméo et Juliette, de Shakespeare, et finira de tourner « la série qui passera tous les jours pendant le ramadan. J’y joue une directrice d’orphelinat qui est odieuse avec les orphelins ».
Comme on le voit dans Trois visages, Benhaz Jafari est accueillie partout en Iran. « Comme si je faisais partie de la famille des gens. Mais il suffit que je dise quelque chose qui ne leur plaît pas pour qu’ils se fâchent », raconte-t-elle.
« Je suis aussi colèrique que dans le film »
Lorsqu’on lui demande si elle voit quelque différence entre sa version de fiction et la vedette qu’elle est, elle cherche consciencieusement et répond : « Non, j’ai été moi-même. Je suis aussi colérique que ce qu’on voit dans le film. Cette scène de dispute, quand je frappe mon interlocutrice,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ En compétition, la réalisatrice italienne signe une fable empreinte de piété sur les inégalités sociales.
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Article sélectionné dans La Matinale du 13/05/2018
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Cannes 2018 : « Heureux comme Lazzaro », le conte merveilleux d’Alice Rohrwacher

En compétition, la réalisatrice italienne signe une fable empreinte de piété sur les inégalités sociales.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 05h08
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 10h17
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Sélection officielle – en compétition
Dès les premières séquences, on sent bien qu’il y a quelque chose de très catholique dans cette histoire. Dans un corps de ferme délabré, où l’on compte moins d’ampoules élec­triques que de pièces, un jeune homme nommé Joseph, enfin, Giuseppe, vient demander la main de ­Mariagrazia. Autour du sou­pirant, une bande de mu­siciens prend des poses de santons. Le plus joli joue de la cornemuse, il s’appelle Lazzaro.
La légende dorée de ce saint adolescent a converti les cœurs les plus endurcis au cinéma léger, presque enfantin, d’Alice Rohrwacher
A moins de s’appeler Walt Disney, le conte est rarement rentable au cinéma. Encore moins s’il est empreint de piété. C’est tellement facile de se moquer de la simplicité du récit, des personnages, des images. A Cannes, où la coalition des sceptiques et des cyniques l’emporte en nombre et en pouvoir sur les simples de cœur, Alice Rohrwacher a pourtant fait de Lazzaro le héros de la journée. La légende dorée de ce saint adolescent a converti les cœurs les plus endurcis au cinéma léger, presque enfantin (le presque dissimulant à peine l’acuité du regard et la colère de la réalisatrice) d’Heureux comme Lazzaro.
Divisé en deux parties qui se ­répondent comme le font l’Ancien et le Nouveau Testament, le troi­sième long-métrage d’Alice Rohr­wacher embrasse les décennies et les paysages, menant un pauvre peuple d’un éden rural nommé l’Inviolata, perverti par l’exploitation, à la géhenne urbaine. Ces pauvres gens n’ont ni prophète ni messie. Ils n’ont que Lazzaro (Adriano Tardiolo), un garçon ­simple, qui se laisse moquer, bousculer et exploiter, sans colère ni ressentiment. Ce n’est pas tout à fait l’idiot du hameau, mais presque. Son clan est fait de très pauvres gens qui cultivent le tabac pour le compte de la marquise de la Luna (Nicoletta Braschi).
Par la grâce des dialogues
Cette campagne reculée et verdoyante a beau voir passer quelques véhicules à moteur, on pourrait être au Moyen Age. Alice Rohr­wacher traite cette parfaite invraisemblance avec le sérieux d’un enfant qui joue.

   


Il faudrait revoir le film pour comprendre les rouages de ce drôle de mécanisme qui fait que la réalisatrice entraîne tout le monde dans son jeu. Son efficacité tient sûrement à la texture presque palpable de l’image (le film a été tourné sur pellicule super-16), à l’harmonie modeste des cadres. Les personnages qui habitent ce monde ancien se font proches par la grâce de dialogues qui jonglent entre la naïveté et la précision.
De dialogues, Lazzaro n’en a pas beaucoup, mais sa bonté finit par faire de lui, à son corps défendant, le passeur entre les serfs et les seigneurs de l’Inviolata. Son amitié avec Tancredi, l’héritier dévoyé des seigneurs du tabac, menace l’ordre. Celui-ci finit par se désagréger, forçant les paysans à quitter cette terre qui n’a jamais été la leur. Mais Lazzaro est absent lors de cet exode. C’est sur le mode du miracle qu’il réapparaît sur le second volet du diptyque, inchangé dans sa sainte jeunesse, alors que les autres personnages ont vieilli d’au moins vingt ans. Si l’affrontement entre la droiture du jeune homme et l’ordre féodal prenait le tour d’un conte d’une nuit d’été, son séjour à la ville, en hiver, ressemble plus à certains cauchemars d’Andersen.

   


Alice Rohrwacher a la métaphore facile. Lazzaro fait remarquer aux exilés qui se gavent de patatine que sur leur terrain vague poussent toutes les herbes qui leur servaient à faire la soupe à l’Inviolata, et la question de la gestion des ressources est emballée. Comme le seront l’iniquité qui régit le marché du travail ou le peu de foi dont font preuve ceux qui font profession d’en avoir (des nonnes, en l’occurrence).
Ce n’est pas plus difficile à déchiffrer qu’un abécédaire, et pourtant à la ville comme à la campagne, Heureux comme Lazzaro est enveloppé d’une grâce qui ne tient pas tant aux convictions de son auteur qu’à sa maîtrise discrète et impressionnante de l’art de la mise en scène.

Film italien d’Alice Rohrwacher. Avec Adriano Tardiolo, Alba Rohrwacher, Nicoletta Braschi (2 h 05). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.tempestafilm.it/portfolio/cinema/lazzaro-felice et www.facebook.com/tempestafilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ En plein conflit dans l’ex-Yougoslavie, un chauffeur achemine des poids lourds jusqu’à Belgrade. Un premier long-métrage d’Ognjen Glavonic trop littéral.
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Cannes 2018 : « Teret », le salaire de la peur version serbe

En plein conflit dans l’ex-Yougoslavie, un chauffeur achemine des poids lourds jusqu’à Belgrade. Un premier long-métrage d’Ognjen Glavonic trop littéral.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 20h32
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 20h47
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
En 1999, alors que les bombes de l’OTAN pleuvent sur la Serbie, en plein conflit armé avec le Kosovo séparatiste, Vlada (Leon Lucev) se fait quelques dinars en acheminant pour le compte de l’armée des poids lourds jusqu’à Belgrade. Non sans respecter une stricte recommandation : ne surtout, surtout pas ouvrir la porte arrière, fermement cadenassée.
Teret (La Charge/The Load), premier long-métrage de fiction d’Ognjen Glavonic, 33 ans, repose sur une rétention, maintenant longtemps dans le hors-champ la nature de la cargaison. Mais à force de tourner autour du pot, le film finit par se suspendre entièrement à ce point aveugle et obsédant, ce « non-su » qui concentre en lui tout propos et toute signification.
Réalisme désolé
Par ailleurs, le film enrobe ce suspense minimal d’un réalisme désolé, collant son nez à la sinistrose d’un pays en crise. Que la cargaison taboue ait à voir avec la guerre, et plus encore avec la honte et la barbarie de celle-ci, devient peu à peu flagrant.
A la fois sous-signifiant et trop littéral, Teret ne prend des couleurs qu'à l’occasion de rencontres afférentes que Vlada fait sur son chemin : un adolescent fugueur, une noce, son propre fils au bout du chemin… Autant de signes d’une vie qui pourrait peut-être, un jour, recommencer.

Film serbe, français, croate, iranien et qatari d’Ognjen Glavonic. Avec Leon Lucev, Pavle Cemerikic, Tamara Krcunovic, Ivan Lucev, Igor Bencina (1 h 38). Sur le Web : www.nourfilms.com/la-charge et www.quinzaine-realisateurs.com/film/teret



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Rencontre à mi-festival avec le cinéaste, qui fait partie des neuf jurés chargés de décerner la Palme d’or, le 19 mai.
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Cannes 2018 : Robert Guédiguian, le faucon marseillais

Rencontre à mi-festival avec le cinéaste, qui fait partie des neuf jurés chargés de décerner la Palme d’or, le 19 mai.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 20h24
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 11h48
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

Dès qu’elles les croisent, toutes les mirettes de la Croisette fixent ses yeux scrutateurs : si le Festival était un jeu de regards, il en serait le maître. Lui, c’est le faucon du Martinez. On ne parle pas du réalisateur d’Amin, Philippe Faucon, qui s’apprête à poser ses pattes à Cannes. Mais bien de « Hulk », un authentique oiseau de proie, installé à l’entrée de l’hôtel de luxe. D’aucuns assurent qu’en 2013, il en aurait accéléré le rachat, tapant dans la rétine des futurs investisseurs – la fauconnerie est une antique tradition qatarie.
C’est dire le poids du prédateur, qui n’est pas seul : un escadron d’une dizaine de volatiles – buses de Harris, hiboux grands-ducs, faucons blancs – se relaie, depuis 2010, pour dissuader mouettes et goélands de souiller les abords de l’établissement. De quoi constituer un jury de haut vol, rêvasse Robert Guédiguian, en terrasse, bec à bec avec le rapace du palace. En ce samedi de mi-festival, le cinéaste ne patrouille pas les airs, mais les écrans : il fait partie des neuf jurés sommés de décerner, le 19 mai, la Palme d’or.

Les femmes, à commencer par la présidente, Cate Blanchett, y sont majoritaires : « Elles sont cinq “contre” quatre, enfin “contre”, c’est une façon de parler : jusqu’ici, on est tous très d’accord », plaisante-t-il, en visant sa muse et épouse de toujours, Ariane Ascaride, qui file vers le Palais des festivals. Dans quelques minutes, l’actrice en escaladera les marches, aux côtés de quatre-vingt-une personnalités féminines réclamant « l’égalité salariale » – 82, comme le nombre total de réalisatrices invitées en compétition, contre 1 688 hommes.

Le matin même, Jean-Luc Godard formulait une équation moins déséquilibrée, lors de la conférence de presse de son Livre d’image : « Un film, c’est x + 3 = 1 », mathématisait l’octogénaire, via Facetime. Oracle suprême ou énième bobard godardien ? « Je...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ #RaideCarpette. Edwin, 25 ans, s’est lancé un défi : vivre à Cannes, le temps du Festival, sans argent, sans logement, en comptant sur la solidarité des gens.
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Cannes 2018 : « Cannes, sans argent, c’est comment ? »

#RaideCarpette. Edwin, 25 ans, s’est lancé un défi : vivre à Cannes, le temps du Festival, sans argent, sans logement, en comptant sur la solidarité des gens.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 18h58
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 16h04
    |

                            Charlotte Herzog








                        





#RaideCarpette. 
« C’est dégueulasse qu’ils ne me laissent pas rentrer. » Qu’est-ce que c’est « dégueulasse » ? A Cannes, c’est loin du tapis rouge que l’on trouve la réponse, dans les bars de la Croisette où viennent se faire mousser ceux qui ne sont pas invités aux soirées. Mythos, refoulés, malchanceux, wannabe… c’est à eux que cette chronique veut donner la parole. Paillettes et glamour au placard, #RaideCarpette vous raconte le festival vu de l’autre côté des barrières ou du bar, là où « y a vachement moyen de faire du cinéma ensemble ». 

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« L’idée n’est pas de jouer au petit mec pauvre qui veut pénétrer le monde des ultrariches. » L’idée c’est de répondre à la question : « Cannes sans argent, c’est comment ? » Edwin a 25 ans. Il est beau, il sourit, il est propre sur lui et il s’est lancé un défi : vivre à Cannes, le temps du Festival, sans toucher à l’argent. Il n’a ni carte bleue ni smartphone. Juste son sac à dos et son panneau, qui précise sa demande : un logement pour la nuit, et de la nourriture. Il compte sur la solidarité, espère la bonté. « Il est comment le cœur des gens, à Cannes ? »
Cela fait cinq jours que « ça marche » pour lui. Edwin a été hébergé par des étudiants en cinéma, des touristes, des locaux. Des gens sympas. On lui a offert des sandwichs, on l’a emmené en soirée. A travers cette expérience, qu’il a aussi menée à Saint-Tropez et Monaco, entre autres, Edwin, étudiant en aménagement du territoire à Rennes, essaye de « comprendre sensiblement ». « En théorie, tu sais ce que veut dire le terme galérer, mais quand on te dit “tu ne peux pas rester là”, “tu n’as pas ta place ici”, “tu ferais mieux de travailler plutôt que d’attendre et de demander” ou “ce serait plus facile si t’étais une fille, t’écarterais les cuisses, et tu trouverais plus vite”, tu reconsidères la précarité, questionnes l’humanité. »

   


Chaque matin, il repart de zéro, « sinon ça ne compte pas ». Il ne reste pas plus d’une nuit chez son hôte solidaire. Il n’accepte pas non plus les nombreux billets que les gens lui tendent. Il ne touche pas à l’argent. Mais bien souvent, c’est ainsi qu’on lui propose de régler son « problème ». Sauf qu’Edwin n’a pas de « problème », ce qu’il veut à tout prix, c’est « déconstruire l’idée selon laquelle les relations seraient, au final, régies par l’argent. Vérifier que l’on peut faire autre chose que monnayer, compter, négocier. Ignorer, juger, classer, caster. Utiliser, consommer, gâcher, jeter. Perdre son autonomie. S’éloigner de notre nature sauvage. Mais pour ça, il faut se regarder, s’écouter, chercher à se comprendre. Pour mieux s’entraider. Pour mieux s’aimer. C’est pour ça que c’est intéressant d’être à Cannes, pendant le Festival. »
Jeu d’image
« Finalement, tout ça est un jeu de communication, d’image. La majorité des gens voient mon carton et l’assimilent à une demande qu’ils n’ont pas envie de traiter, alors ils tournent la tête. » En une journée passée à ses côtés, on a pu observer des gens qui lui souriaient, et d’autres que cela faisait sourire. Des gens qui se sont arrêtés et lui ont dit : « C’est un jeu ? » ; « vous voulez voir des films ? » ; « je peux vous prendre en photo ? » ; « tu devrais essayer avec de l’argent, c’est plus facile comme ça, Cannes » ; « vous n’allez pas réussir ici, croyez-en mon intuition de vieux festivalier » ; « vous savez quoi, même sans rien, vous allez l’air plus heureux que tous les gens ici. Je le vois dans vos yeux ».
Parfois, Edwin a peur. Non pour sa sécurité, les policiers sont partout à Cannes. Peur de ne pas réussir à combler ses besoins primaires. Peur de se rendre compte que tout peut très vite dégringoler. Peur de perdre sa dignité. Peur du regard des autres. Ces autres, « qui te regardent comme si tu étais un moins que rien ». Peur de se sentir vraiment seul dans ce projet « assez fou » de sonder la solidarité de « cet univers, de ceux qui peuvent ».
« T’en viens à te poser encore plus de questions : est-ce qu’ils ciblent ma tête ? Mon carton ? Ma tenue ? A quel moment ils considèrent que je n’existe pas ? Parce qu’au final, tout ce que tu es parle de toi. Surtout ici. Qui est qui ? Qui n’est personne ? De qui on a besoin, ou pas ? »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ La région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) a retiré fin avril son aide au documentaire « Cogolin, ville à vendre », consacré à l’ex-maire FN de cette ville. Un collectif de professionnels du cinéma, dont Denis Robert, Bertrand Tavernier, Yolande Moreau, Costa Gavras, Julie Bertuccelli et Robert Guédiguian, y voit un scandaleux geste de censure.
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édition abonné


« Le cinéma soumis à une insupportable censure politique en PACA »

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) a retiré fin avril son aide au documentaire « Cogolin, ville à vendre », consacré à l’ex-maire FN de cette ville. Un collectif de professionnels du cinéma, dont Denis Robert, Bertrand Tavernier, Yolande Moreau, Costa Gavras, Julie Bertuccelli et Robert Guédiguian, y voit un scandaleux geste de censure.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 14h55
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 15h51
   





                        



                                


                            

Tribune. Au moment où s’ouvre le Festival de Cannes, formidable moment de création et de liberté, nous sommes saisis par l’irruption soudaine d’une censure politique en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Lieu de solidarité internationale vis-à-vis des réalisateurs pourchassés par les pouvoirs politiques dans leurs pays, notre région est le théâtre d’un arrangement de basse cuisine électorale entre une présidence Les Républicains (LR) et un conseiller régional ex-Front national (FN). De quoi s’agit-il ?
Un film documentaire portant sur la gestion au quotidien de la ville de Cogolin gagnée aux dernières municipales par le FN vient de voir l’aide qui lui avait été octroyée par la commission audiovisuelle de la région annulée. Son réalisateur Pascal Lorent, habitant de Cogolin, a capté pendant quatre ans les soubresauts et les vicissitudes politiques de sa commune. Son producteur, Denis Robert, après avoir reçu l’engagement de la région, vient d’être informé par un membre du cabinet du président Renaud Muselier, que son film était jugé trop « politique » pour être aidé par une assemblée régionale composée d’élus LR et FN. Jamais en vingt ans d’existence, un élu n’avait remis en cause un financement après qu’un collège d’experts a livré un avis favorable. L’affaire « Cogolin » est donc un précédent fâcheux qui nous incite aujourd’hui à prendre la plume.

Règle floue
Aux demandes répétées d’explications émanant des auteurs, réalisateurs, producteurs indépendants, des journalistes, et des citoyens de la Région, le cabinet de la présidence se cantonne de répéter que, sous cette mandature, « aucun film documentaire politique ou ayant trait à la politique » n’a été, n’est et ne sera aidé. Cette explication est démentie par les faits. A minima, quatre documentaires traitant de politique ont pu être produits avec le soutien de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur. Pis, cette décision institue une règle suffisamment floue pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Dans le film de Panos Cosmatos, l’acteur incarne un bûcheron fou de vengeance après le meurtre de sa compagne. Une série B complaisante et grand-guignol.
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Cannes 2018 : « Mandy », Nicolas Cage, jusqu’à l’outrance

Dans le film de Panos Cosmatos, l’acteur incarne un bûcheron fou de vengeance après le meurtre de sa compagne. Une série B complaisante et grand-guignol.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 13h52
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
Au thriller horrifique Mandy, du jeune Canadien Panos Cosmatos (fils du réalisateur de Rambo 2), est revenue la délicate mission d’électriser la Quinzaine à mi-festival, grâce à son imparable atout de « film de genre ». Le bûcheron Red Miller (Nicolas Cage) file un amour cosmique avec sa petite amie Mandy Bloom (Andrea Riseborough), dans leur grande maison isolée en pleines montagnes. Jusqu’à ce qu’une secte d’évangélistes dégénérés brûle la jeune femme, déclenchant la riposte vengeresse de son compagnon endeuillé.
Une outrance « arty »
De cette trame rebattue ayant tout au plus l’étoffe d’une série B, Cosmatos tire une œuvre ultra-maniériste, baignée d’un ésotérisme néogothique tirant allégrement sur le kitsch. Les scènes s’étirant dans une suspension onirique, les éclairages surnaturels en bleu et rouge pétants, les nappes emphatiques inondant la bande-son, puis le déferlement de gore grand-guignolesque, visent à saturer l’expérience sensorielle.
Problème de taille : l’onirisme perd de son étrangeté quand il n’est pas confronté à une forme de réalité ordinaire. Se livrant à un fétichisme complaisant pour sa propre fantasmagorie, Mandy sombre dans une outrance « arty » (à laquelle la folie de l’acteur Nicolas Cage n’est pas étrangère), trop consciente d’elle-même pour réellement impressionner.
Film américain de Panos Cosmatos. Avec Nicolas Cage, Andrea Riseborough, Linus Roache, Bill Duke, Richard Brake (2 h 01). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.quinzaine-realisateurs.com/film/mandy



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ En ce cinquième jour du 71e Festival de Cannes, la compétition met de nouveau face à face une femme et un homme pour la Palme d’or.
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La gazette de la Croisette : l’Italie de Rohrwacher, le Japon de Kore-eda et l’Odyssée de Kubrick

En ce cinquième jour du 71e Festival de Cannes, la compétition met de nouveau face à face une femme et un homme pour la Palme d’or.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 13h45
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 12h05
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
En ce dimanche 13 mai, ce sont deux habitué·e·s de la Croisette qui font leur entrée en lice pour la Palme d’or : la réalisatrice italienne Alice Rohrwacher avec Heureux comme Lazzaro (Lazzaro felice, Happy as Lazzaro) – qui a déjà remporté un Grand Prix pour Les Merveilles (Le Meraviglie, The Wonders) dès sa première participation à la compétition cannoise en 2014 – et le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda avec Une affaire de famille (Manbiki kazoku, Shoplifters) – qui a déjà été retenu dans la Sélection officielle à six reprises (quatre fois en compétition et deux fois à Un certain regard) et a décroché un prix du jury en 2013 pour Tel père, tel fils (Soshite chichi ni naru).


DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
Hors compétition, en séance de minuit, notre critique Thomas Sotinel a apprécié la performance d’acteur de Mads Mikkelsen dans Arctic, le premier film du Brésilien Joe Penna, dans le rôle d’un aviateur naufragé au nord du cercle polaire.


Dans la section Un certain regard, Véronique Cauhapé a beaucoup aimé le film argentin de Luis Ortega, L’Ange (El Angel), inspiré de l’histoire de Carlos Eduardo Robledo Puch, l’un des plus grands tueurs en série de l’histoire de l’Argentine, né en 1952, surnommé « L’Ange de la mort » par la presse et condamné en 1972 à la réclusion à perpétuité.

ON ATTEND AUJOURD’HUI :
A 18 h 45, dans le cadre de la programmation Cannes Classics, aura lieu une projection exceptionnelle d’une copie de 70 mm, tirée à partir d’éléments du négatif original, pour célébrer les 50 ans du film culte de Stanley Kubrick, 2001 : l’Odyssée de l’espace (2001: A Space Odyssey). « Il s’agit d’une recréation photochimique fidèle qui n’a fait l’objet d’aucune retouche numérique, ni modification de montage. Le film sera projeté dans l’exacte reproduction de l’expérience vécue par les spectateurs lors de la sortie du film au printemps 1968 », précise le Festival de Cannes. La fille de Stanley Kubrick, Katharina Kubrick et son coproducteur Jan Harlan assisteront à cette projection présentée par le réalisateur Christopher Nolan.

        Lire le récit dans « M » :
         

          « 2001 : l’Odyssée de l’espace », heureuse obsession de Christopher Nolan





        Lire la gazette de la Croisette (12 mai) :
         

          Les femmes à l’honneur et Jafar Panahi toujours interdit de tapis rouge






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Dans ce film de Joe Penna, un homme tente de survivre au Pôle Nord. Mads Mikkelsen raconte la manière dont la première scène vient illustrer d’emblée la solitude du personnage.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Cate Blanchett et les autres membres féminins du jury ont participé à une montée inédite des marches, samedi 12 mai.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le cinéaste argentin convoque le western, les films de gangsters, la comédie ou encore « Pierrot le fou » pour raconter l’histoire d’un adolescent meurtrier.
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Cannes 2018 : avec Luis Ortega, méfiez-vous des anges

Le cinéaste argentin convoque le western, les films de gangsters, la comédie ou encore « Pierrot le fou » pour raconter l’histoire d’un adolescent meurtrier.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 02h06
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 12h12
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


Sélection officielle – Un certain regard
Que l’adolescence est belle quand elle prend les allures de Carlitos (Lorenzo Ferro) déambulant dans les rues de Buenos Aires ! Démarche souple, boucles blondes à faire pâlir le soleil, lèvres pleines et rouges comme des pétales, on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Un « ange », tel que le pose le titre du film. Un ange qui prend la vie comme elle vient et les richesses (matérielles) là où elles se trouvent. A savoir dans les luxueuses demeures de la ville où il pénètre avec l’agilité d’un chat, et d’où il ressort au volant d’une voiture de luxe, le butin dans le coffre.
Ainsi va son petit bonhomme de chemin jusqu’à ce que Carlitos rencontre Ramon (Chino Darin), beauté du diable, avec qui il s’associe pour le meilleur et pour le pire. Mus par une attirance un peu trouble, les lascars, forts d’être deux, n’hésitent pas à emprunter le versant plus abrupt de la montagne. Magasin d’armes, bijouterie… sont désormais leur terrain de jeu. Ils n’ont peur de rien, pas même des individus qui barrent leur route, ceux-là se retrouvant aussitôt envoyés d’une balle de revolver dans l’au-delà.

   


L’éclat de la pureté enfantine
Inspiré de l’histoire de Carlos Eduardo Robledo Puch, l’un des plus grands tueurs en série de l’histoire de l’Argentine, né en 1952, surnommé « L’Ange de la Mort » par la presse et condamné en 1972 à la réclusion à perpétuité (pour, entre autres, dix-sept cambriolages et onze meurtres), le film de Luis Ortega prend à contre-pied la noirceur de son sujet. En l’enveloppant d’une humeur joyeuse, en l’élevant vers l’éclat de la pureté enfantine, il en fait un objet solaire, plein d’éclats – humoristiques, artistiques, scénaristiques. L’Ange a certes parfois un regard de démon, il n’en est pas moins un gamin qui agit sans notion du bien et du mal, avec la légèreté d’une innocence dont le cinéaste nous laisse croire qu’elle le définit tout entier.

   


Pour décrire cette figure quasi allégorique – et le duo qu’il forme avec Ramon –, le cinéaste argentin convoque le western, les films de gangsters, la comédie, Pierrot le fou (Jean-Luc Godard), Bonnie et Clyde (Arthur Penn), avec l’esprit joyeux et le cœur léger. L’Ange s’éclaire du travail éblouissant de l’opérateur Julian Apezteguia mais aussi de l’interprétation des acteurs dont aucun rôle, fut-il secondaire, n’est délaissé. Bien au contraire, c’est toute une troupe que met en scène ce quatrième long-métrage de Luis Ortega, sélectionné à Un certain regard, avec des gueules, des allures et des répliques qu’on n’oublie pas. Cet Ange meurtrier nous transporte dans une chevauchée fantastique, au cœur du Buenos Aires des années 1970, avec la dextérité et la profusion d’attractions d’un parc à thèmes où les manèges, les grands huit et les trains fantômes nous mettent sens dessus dessous.

Film argentin de Luis Ortega. Avec Lorenzo Ferro et Chino Darin (2 heures). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.ugcdistribution.fr/film/lange



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Le deuxième long-métrage d’Eva Husson tente de concilier le récit romanesque et l’évocation des tragédies kurde et yézidie.
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Cannes 2018 : « Les Filles du soleil », dans les champs de mines de la fiction

Le deuxième long-métrage d’Eva Husson tente de concilier le récit romanesque et l’évocation des tragédies kurde et yézidie.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 01h51
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 10h41
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Sélection officielle – en compétition
Est-ce donc si grave que les acteurs ne parlent pas la langue de leurs personnages, que le morceau d’histoire (au sens de ce que fait advenir l’humanité) qu’ils traversent soit seulement « inspiré » de ce qu’il s’est passé ? Après avoir vu Les Filles du soleil, on a tendance à répondre que oui, c’est grave, pour autant qu’un choix cinématographique puisse porter à conséquence. Que le recours à la fiction, quand on veut évoquer une tragédie qui n’est pas encore terminée, implique plus de devoirs que de droits.
Pour son deuxième long-métrage, après Bang Gang, chronique de la dérive érotique d’un groupe d’adolescents, Eva Husson a sauté à pied joint dans un brasier : la guerre qui a opposé l’organisation Etat islamique (EI) aux combattants kurdes en 2014 et 2015. Comme nombre de chroniqueurs de ce conflit, elle s’est attachée aux femmes qui ont pris les armes, dans des unités rattachées à diverses obédiences kurdes, et ont affronté les forces du « califat ». Mais celui-ci ne sera pas nommé, pas plus que les factions kurdes, un carton prévient que les noms des lieux, des formations politiques et militaires et le détail des événements ont été changés.

   


La complexité transnationale gommée
Ce qui affranchit Eva Husson, qui signe le scénario, de la tâche ardue de donner une idée claire de l’origine de ces unités féminines, de leur place dans le paysage kurde, dont la complexité transnationale est ici gommée. Car l’histoire des Filles du soleil est simple. Bahar (Golshifteh Farahani) commande une unité d’anciennes captives dans une région qui ressemble aux monts Sinjar, au nord de l’Irak, théâtre de la persécution des yézidis par l’Etat islamique.

        Lire le portrait :
         

          Golshifteh Farahani, des racines et des ailes




   


Elle accueille dans ses rangs Mathilde (Emmanuelle Bercot), une journaliste française qui arrive sur le théâtre des opérations au moment où tous ses confrères le quittent. Mathilde a perdu un œil (comme la journaliste britannique Marie Colvin, tuée par l’armée gouvernementale syrienne à Homs en 2012) et a été évacuée sur une moto de Homs (comme la journaliste française Edith Bouvier, blessée lors du même bombardement). Elle est aussi veuve d’un journaliste tué en Libye, mère d’une petite fille qu’elle a laissée seule.

On sent bien que de cet amalgame, Eva Husson voudrait faire sortir un personnage de fiction, tout comme du mélange d’éléments des histoires yézidie et kurde qui fait l’histoire de la commandante Bahar, qui d’ailleurs s’exprime dans la variante iranienne de la langue kurde, alors que ses subordonnées lui répondent dans la forme irakienne.
Flash-back
Après tout, l’histoire du cinéma ne manque pas d’exemples glorieux qui ont adopté ce rapport plutôt lâche avec l’histoire. Casablanca reste un beau film antifasciste, même si les Marocains, les résistants et les expatriés américains se sont toujours amusés de sa parfaite invraisemblance. Mais Casablanca a été tourné par des Américains à un moment où ils ignoraient presque tout de la réalité atroce de ce qui se passait en Europe. N’importe quel spectateur ou spectatrice des Filles du soleil peut accéder aux éléments qui ont fait l’histoire des unités féminines kurdes, du martyre des femmes yézidies, des premiers mois de la campagne contre l’EI. Et cette connaissance, ou sa seule possibilité, rend difficile de voir ravalés au rang d’éléments malléables, des faits répertoriés, qui ont chacun leur sens précis.

   


C’est ainsi que l’invasion des « extrémistes » (c’est le nom que leur donne le film), le massacre des hommes, l’enlèvement des enfants, l’asservissement des femmes, seront découpés en flash-back, qui alternent avec le récit de la prise de la ville où Bahar fut capturée par les forces kurdes. La combattante est persuadée que dans une école tenue par les « extrémistes », son fils est endoctriné.
Les motivations des protagonistes relèvent donc des figures romanesques les plus élémentaires : l’une ne peut plus regarder sa fille en face, l’autre veut revoir son fils. C’est tout. Bahar a beau être avocate et polyglotte, rien de politique n’entrera dans son discours, avant tout affectif. Quant à Mathilde, la souffrance que lui occasionne son métier de reporter de guerre (qu’Emmanuelle Bercot rend plus que perceptible) rend incompréhensible son acharnement à l’exercer. S’il est une hypothèse qu’Eva Husson ne veut pas évoquer, c’est que certaines femmes puissent aimer la guerre, pour la raconter ou pour la faire, malgré Lee Miller ou Jeanne d’Arc.

Film français d’Eva Husson. Avec Golshifteh Farahani et Emmanuelle Bercot (1 h 55). Sortie en salle le 21 novembre. Sur le Web : www.lesfillesdusoleil-lefilm.com/presse



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Le deuxième long-métrage de Romain Gavras, avec Vincent Cassel et Isabelle Adjani, ne montre rien d’autre que des personnages s’arnaquant les uns les autres.
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Cannes 2018 : « Le monde est à toi », un polar tape-à-l’œil

Le deuxième long-métrage de Romain Gavras, avec Vincent Cassel et Isabelle Adjani, ne montre rien d’autre que des personnages s’arnaquant les uns les autres.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 01h30
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 11h05
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
François (Karim Leklou), dealer de banlieue en quête de légitimité, ambitionne de devenir le distributeur officiel de la franchise « Mister Freeze » (la fameuse marque de bâtons glacés) sur le territoire marocain, alors qu’il vit encore auprès d’une mère flambeuse et castratrice, Dany (Isabelle Adjani), qui dilapide tout son pécule au jeu. Pour se renflouer, il accepte une combine de Poutine, le caïd du quartier, et part en Espagne réceptionner une cargaison de résine de cannabis. Accompagné d’un beau-père margoulin (Vincent Cassel), d’une amie michetonneuse (Oulaya Amamra, vue dans Divines, de Houda Benyamina) et d’un duo explosif de petites frappes nommées toutes deux Mohammed, François s’enfonce dans un plan hasardeux qui ne tarde pas à déraper dans les grandes largeurs.

   


Une galerie de pieds nickelés
Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Le monde est à toi est le deuxième long-métrage de Romain Gavras, cofondateur du collectif « Kourtrajmé », réputé pour ses clips musicaux percutants (avec des artistes comme M.I.A., Justice ou Kanye West). Avec son titre reprenant la fameuse devise de Scarface (« The World Is Yours »), le film en propose une sorte de relecture franchouillarde, ajustée aux dimensions d’un décor français où la démesure à l’américaine cède le pas à l’esprit de dérision. S’il raconte l’ascension d’un petit délinquant rêvant de passer des cités-dortoirs aux zones pavillonnaires (c’est-à-dire de changer de décor), c’est sous un jour quasi parodique, à travers les bourdes en série de personnages qui s’affirment comme une galerie de pieds nickelés.

   


La mise en scène brasse beaucoup d’air et fait beaucoup de bruit pour pas grand chose
On peut toutefois ne pas être sensible à cet humour qui carbure à l’agressivité verbale (insultes, vannes et intimidations) et se résout dans un imaginaire potache (Adjani en burkini, les migrants servant de domestiques bon marché). Sous son vernis tape-à-l’œil, la mise en scène brasse beaucoup d’air et fait beaucoup de bruit pour pas grand chose. Le monde est à toi ne s’intéresse, en définitive, qu’à des personnages s’arnaquant les uns les autres, et ne décrit qu’une laborieuse quête de virilité, celle d’un héros cherchant à se défaire d’une réputation trop tendre. On conçoit qu’un tel programme puisse sembler, aujourd’hui, quelque peu dépassé.

Film français de Romain Gavras. Avec Karim Leklou, Isabelle Adjani, Vincent Cassel, Oulaya Amamra, François Damiens, Philippe Katerine (1 h 40). Sortie en salle le 22 août. Sur le Web : www.quinzaine-realisateurs.com/film/le-monde-est-a-toi



                            


                        

                        

