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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Grande figure de l’archéologie française, l’ancien titulaire de la chaire des Antiquités nationales au Collège de France Christian Goudineau est mort le 9 mai, à l’âge de 79 ans.
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Mort de Christian Goudineau, historien et archéologue

Grande figure de l’archéologie française, l’ancien titulaire de la chaire des Antiquités nationales au Collège de France Christian Goudineau est mort le 9 mai, à l’âge de 79 ans.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 17h53
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 17h54
    |

Laurent Olivier (Historien et archéologue)







                        


                                                        
L’historien de l’Antiquité et archéologue de la Gaule Christian Goudineau est mort le 9 mai, à l’âge de 79 ans. Né le 5 avril 1939, il avait commencé sa carrière de chercheur en 1968, année où il était à la fois sorti de l’Ecole française de Rome et entré à l’université de Provence (Aix-en-Provence), au sein de laquelle il enseignera l’archéologie des antiquités nationales jusqu’en 1984. « Vous êtes fou, Goudineau ; c’est du suicide ! », lui avait lancé son maître, le latiniste Jacques Heurgon, pour tenter de le dissuader de s’engager sur le chemin, étroit et délaissé, de l’archéologie gauloise.
Bien peu étaient conscients de la révolution qui s’annonçait dans la recherche archéologique française et personne n’imaginait encore l’ampleur qu’elle allait prendre. En l’espace d’une génération, on allait passer d’une pratique d’amateurs isolés et dénués de moyens, pour la plupart autodidactes, à une activité professionnelle, bénéficiant de financements importants, ouverte sur la recherche internationale et en particulier européenne.
Christian Goudineau l’avait-il pressenti ? En tout cas, c’est lui qui a accompagné, et en grande partie conduit, cette mutation de l’archéologie française, entre les années 1980 et 2000. Il est resté, fondamentalement, un enseignant-chercheur, combinant l’enseignement universitaire et l’encadrement de la recherche de terrain. Dès l’année suivant son entrée à l’université, il prend la tête de la direction des antiquités historiques de la Côte d’Azur, où il organise les fouilles.
Spécialiste de la Gaule
Puis, à partir de 1978, il entre au Conseil supérieur de la recherche archéologique, où il va jouer un grand rôle. A ce moment, il n’existe encore ni cadre réglementaire ni corps de chercheurs professionnels pour faire face à l’explosion des découvertes que provoque, partout sur le territoire national, l’expansion des travaux d’aménagement. Christian Goudineau contribuera à mettre en place une organisation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Cette nouvelle adaptation du classique de Ray Bradbury, déjà mis en scène par Truffaut, se plie avec un peu trop d’enthousiasme aux règles du spectaculaire.
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Cannes 2018 : « Fahrenheit 451 » ou comment mettre Bradbury à l’heure des réseaux sociaux

Cette nouvelle adaptation du classique de Ray Bradbury, déjà mis en scène par Truffaut, se plie avec un peu trop d’enthousiasme aux règles du spectaculaire.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 17h17
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Sélection officielle – hors compétition, séance de minuit
Comment faire un film futuriste d’une prophétie qui s’est déjà en grande partie réalisée ? La question est passionnante, la réponse qu’apporte cette nouvelle adaptation de Fahrenheit 451 l’est moins. Publié en 1953, au plus fort de la guerre froide, le roman de Ray Bradbury imaginait une société abrutie de psychotropes et de divertissement de masse – diffusé dans les foyers – de laquelle les livres avaient été bannis. On était alors aux premiers temps de la télévision hertzienne.
De Valium en Zoloft, de NBC en YouTube, les livres ont été repoussés aux marges de la vie sociale, les images, de plus en plus fragmentées, ont imposé leur empire. Bref, Ray Bradbury et François Truffaut (qui adapta Fahrenheit 451 en 1966, pour en faire un beau film animé par l’amour du cinéaste pour la littérature) avaient raison, qu’est-ce qu’un jeune cinéaste américain comme Ramin Bahrani peut avoir à dire sur la question ?
Variation sur une vieille dystopie
Qu’il reste encore bien des choses à perdre. Les pompiers sont toujours mobilisés pour éradiquer la peste littéraire, et les lance-flammes ont toujours remplacé les extincteurs. Mais puisqu’on est quelque part dans le futur, les livres de papier ont presque tout à fait disparu, et ce sont des disques et des drives qu’il faut incendier. Ce que fait avec enthousiasme Monta (Michael B. Jordan) pompier de choc et étoile des réseaux sociaux. Sous l’autorité du capitaine Beatty (Michael Shannon), il persécute les lecteurs qui, lorsqu’ils sont pris, sont privés de la citoyenneté qui leur donne accès aux drogues chimiques et numériques qui font la vie quotidienne.
Ce « Fahrenheit 451 » du XXIe siècle se plie aux règles du film d’action
Cette variation sur la vieille dystopie de Bradbury est intéressante, peuplée de foules passives qui peuvent se muer en meutes sanguinaires, de fonctionnaires qui feignent l’ignorance. Les deux Michael servent bien l’opposition entre la fragile intégrité de Monta et la perversité de son aîné. Hélas, le temps des conclusions élégiaques (comme celle, sublime, du film de Truffaut) est passé depuis bien longtemps, et ce Fahrenheit 451 du XXIe siècle se plie aux règles du film d’action, d’autant plus facilement que le décor est jonché de lance-flammes.
Enfin on ne peut s’empêcher de remarquer que cet hymne à la liberté de choix ne laissera pas aux spectateurs la liberté de décider de la taille de l’écran sur lequel ils le verront. Produit par HBO, Fahrenheit 451 ne sortira pas en salle et sera diffusé sur une plateforme de streaming.

Film américain de Ramin Bahrani. Avec Michael B. Jordan, Michael Shannon, Sofia Boutella (1 h 40). Disponible à partir du 3 juin sur OCS. Sur le Web : www.hbo.com/movies/fahrenheit-451



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ « Le Robert illustré » et « Le Petit Larousse », présentent lundi les nouveaux mots qui font leur entrée dans leurs dictionnaires.
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« Dégagisme », « cabinet noir », « rançongiciel »…, les mots nouveaux de 2019

« Le Robert illustré » et « Le Petit Larousse », présentent lundi les nouveaux mots qui font leur entrée dans leurs dictionnaires.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 16h55
   





                        



   


Avant la parution du Robert illustré, le 19 mai, et du Petit Larousse, le 23 mai, les deux principaux dictionnaires ont donné lundi 14 mai un avant-goût des mots qui feront leur entrée dans leur édition 2019.
Les mots nouveaux du dictionnaire décortiquent tous les aspects de la société. Concernant le lexique politique, la campagne présidentielle de 2017 aura introduit de nouvelles expressions. Ainsi, les mots « dégagisme » (rejet de la classe politique en place) et « antisystème » (qui s’oppose au système en place), font leur entrée dans Le Petit Robert, tout comme le « revenu universel », cher à Benoît Hamon, ou encore le « cabinet noir », dénoncé par François Fillon. Le Petit Larousse nous invite quant à lui à méditer sur la « démocrature » (une démocratie dirigée de façon autoritaire).
La définition ambiguë de « frotteur »
A la suite des « réactions provoquées à l’automne par les révélations de l’affaire Weinstein », Le Robert 2019 a notamment introduit les expressions de « violences faites aux femmes », d’« écriture inclusive », ou encore de « charge mentale ».  Si le terme de « frotteur » (défini comme une « personne, souvent homme, qui recherche les contacts érotiques à la faveur de la promiscuité des transports en commun ») rejoint lui aussi la liste des mots nouveaux de 2019, sa définition passe sous silence la notion de délit puni par la loi.

Par contre @LeRobert_com il y a une faute sur la définition proposée de « frotteur ». Les contacts recherchés n’ont… https://t.co/xWXa4d0cmK— R_Amsellem (@Rebecca Amsellem)


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Interpellé sur Twitter par la journaliste Alice Coffin et par Rebecca Amsellem, fondatrice de la newsletter Les Glorieuses, Le Robert a reconnu « être conscients que la définition de ce nouveau sens » était « trop implicite », et a promis que les « lexicographes [allaient] la retravailler pour la prochaine édition avec l’ajout de notions importantes de non-consentement et d’agression sexuelle ».

@R_Amsellem @alicecoffin Concernant le mot frotteur, nous sommes conscients que la définition de ce nouveau sens es… https://t.co/Ls8tVRm683— LeRobert_com (@Le Robert)


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« Rageux » et « rançongiciel »
Le multimédia apporte aussi son lot de nouveautés avec, comme le note Le Robert, des mots comme « autocomplétion » (une fonctionnalité proposant des mots à partir des premiers caractères tapés sur son clavier), « webminaire » (séminaire en ligne) ou le déplaisant « rageux » (plus connu sous le nom de « troll »). Avec Le Petit Larousse on peut « liker » (apprécier) des « vlogs » (blog diffusant des vidéos). Attention cependant à ne pas être victime d’un « rançongiciel » (logiciel malveillant) mettent en garde les deux dictionnaires.
La francophonie vient également alimenter le réservoir de nouvelles expressions. On peut désormais « prendre une brosse » (s’enivrer au Canada) ou bien « ébriquer » (casser en Suisse) tout ce qui nous tombe sous la main. Qu’on ne se plaigne pas alors si on se fait « azorer » (gronder en Suisse). L’important est de rapporter tous ses détritus à l’« écocentre » (déchetterie au Canada), explique Le Petit Robert. Les « gougounes » (les tongs au Québec) et les « pet-de-sœur » (pâtisserie au Canada) viennent désormais côtoyer les verbes « cadeauter » (offrir un cadeau en Afrique francophone) et « gouttiner » (pleuvoir légèrement en Belgique).
Neymar et Pesquet sélectionnés
S’agissant de gastronomie, le « bredele » (gâteau alsacien) fait son entrée, accompagné du « ristretto » (café serré), et des « teriyaki » (viande ou poisson grillé et mariné) ou « gomasio » (condiment au sel marin et sésame grillé) japonais. Restera-t-il de la place pour la « pavlova » (gâteau meringué garni de crème chantilly et de fruits)?
Du côté des noms propres, le footballeur brésilien Neymar et l’écrivaine Chantal Thomas entrent dans Le Robert illustré et l’athlète handisport Marie-Amélie Le Fur et la cheffe Hélène Darrroze sont consacrées par Le Petit Larousse. Le Prix Nobel de littérature britannique Kazuo Ishiguro et le spationaute français Thomas Pesquet ont, eux, l’honneur de figurer dans les deux dictionnaires.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Le nouveau long-métrage de Gaspar Noé contient à la fois le meilleur et le pire de ce qu’est capable de faire l’agent provocateur du cinéma français.
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Cannes 2018 : « Climax », entre énergie pure et jeu de massacre

Le nouveau long-métrage de Gaspar Noé contient à la fois le meilleur et le pire de ce qu’est capable de faire l’agent provocateur du cinéma français.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 15h39
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
Climax, le dernier long-métrage de Gaspar Noé (Irréversible, Enter the Void), présenté à la Quinzaine des réalisateurs, contient à la fois le meilleur et le pire de ce dont est capable celui qui assume depuis déjà vingt ans son rôle de vilain garnement et agent provocateur du cinéma français (un carton au début du film annonce sans détour : « Un film français et fier de l’être »). Si l’on met de côté les quelques taquineries de rigueur (le récit qui commence par la fin, le placardage plein cadre de slogans potaches), Climax s’ouvre sur une première moitié époustouflante qui constitue presque un film à part entière – et pas loin d’être le plus beau de Noé.
De jeunes danseurs, de tous sexes et de toutes origines, sont auditionnés par une chorégraphe de renom, puis réunis dans une salle des fêtes isolée pour mettre au point un spectacle. Au terme de trois jours de travail, une fête a lieu où chacun est disposé à lâcher prise. Noé se contente d’abord filmer la danse in extenso, au fil de longs plans-séquences qui circulent et virevoltent d’un personnage à l’autre. La beauté magnétique des corps en mouvement, le mélange merveilleux des sexualités et des physionomies, l’intensité explosive des chorégraphies, composent un spectacle orgiaque de pure énergie, qui se passe très bien de toute dramatisation.

   


La fête bat son plein, les corps s’exposent et s’exténuent, le désir monte en flèche et tout cela est un véritable feu d’artifice pour le regard. Sans compter que la bande-son, un mix continu qui court de Giorgio Moroder aux Daft Punk, déroule une sorte d’ode amoureuse à la musique électronique, et plus précisément à la « house music », qui participe du pouvoir hypnotique de l’ensemble.
Une paranoïa incontrôlable
Mais tout cela ne pouvait pas durer ; il fallait que le drame éclate et qu’avec lui viennent la menace, l’emphase, l’horreur, lors d’une deuxième partie symétrique à la première. Car la sangria à laquelle tout le monde puisait allégrement, était en fait imbibée d’une drogue dure. Les convives se voient peu à peu gagner par une paranoïa incontrôlable qui transforme la fête en cauchemar et le film en un grand jeu de massacre.
Angoisse, panique, insultes, coups, blessures, mutilations, agressions, électrocutions déferlent alors, sans pour autant que le régime chorégraphique du film s’interrompe – à ceci près que la danse est devenue, dès lors, celle de pantins hystériques et démantibulés. Ce n’est évidemment pas la violence qui dérange (là-dessus le projet de Noé est cohérent), mais son caractère programmatique qui lasse, la logique du pire ne pouvant aller qu’à son terme, en assénant autant de scènes choc et d’images « coups de poing » à un spectateur brutalisé.
Le problème de Noé, c’est qu’il ne sort jamais de cette conception du film comme un « trip » psychotrope et cosmique reliant la vie à la mort, le ying au yang, et devant à tout prix forcer les sensations du spectateur. Or, il n’y a rien de plus téléphoné qu’un trip vu de l’extérieur, qui ne comporte jamais que deux moments, toujours les mêmes : une montée et une descente. Pas même des montagnes russes.

Film français de Gaspar Noé. Avec Sofia Boutella, Adrien Sissoko, Claude Gajan Maull, Lea Vlamos, Sarah Belala, Strauss Serpent, Ashley Biscette… (1 h 35). Sortie en salle le 19 septembre. Sur le Web : www.climax-lefilm.com et www.quinzaine-realisateurs.com/film/climax



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ A Paris, deux dates de Bertrand Cantat ont été déprogrammées, au nom des « risques sérieux de trouble à l’ordre public ». Un argument qui a déjà servi à justifier d’autres annulations de concerts.
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Ces chanteurs qu’on ne peut plus voir


                      A Paris, deux dates de Bertrand Cantat ont été déprogrammées, au nom des « risques sérieux de trouble à l’ordre public ». Un argument qui a déjà servi à justifier d’autres annulations de concerts.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 14h15
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 15h15
   




Depuis 2005, plusieurs artistes ont été déprogrammés à cause de prises de position ou de paroles choquantes.
Mai 2018, dispute inflammable à l’Olympia

   


Les uns entendent défendre les droits des femmes, les autres celui à la réinsertion de ceux qui ont purgé leur peine. Le chanteur Bertrand Cantat est au centre d’un débat sur la visibilité des auteurs d’homicide conjugal dans la sphère publique. Après avoir renoncé aux festivals d’été, il voit deux dates à l’Olympia annulées. Cantat devrait toutefois jouer au Zénith de Paris, le 7 juin.

        Lire aussi :
         

                Bertrand Cantat programmé au Zénith, après l’annulation de ses concerts à l’Olympia



2017, crise congolaise à l’Opéra

   


En juillet, sur la place de l’Opéra, à Paris, ils sont deux cents à serrer leurs poings en l’air. Ces opposants au régime de Joseph Kabila, en RDC, célèbrent ce jour-là l’annulation du concert d’Héritier Watanabe. Considéré comme soutien du président congolais, le chanteur devait jouer à l’Olympia, mais la Préfecture a décidé d’interdire l’événement, craignant la violence des protestataires.
2016, bataille de Verdun contre le rap

   


Peut-on qualifier la France de « pays de kouffars » (« mécréants », en arabe) dans une chanson et être invité à se produire aux commémorations du centenaire de la bataille de Verdun ? Non, répond une partie de la droite et de l’extrême droite, qui obtient, de la municipalité de Verdun, la mise à l’écart du rappeur Black M. Il réagira dans un morceau au titre évocateur : Je suis chez moi.

        Lire aussi :
         

                Alpha Mamoudou Diallo, prisonnier de guerre et grand-père de Black M



2013, résistance en Rhône-Alpes

   


« J’ai lu bien plus de pages du Capital que de Mein Kampf. » Pourtant, ce sont bien les symboles nazis véhiculés par le chanteur britannique Douglas Pearce et son groupe Death in June qui conduisent au retrait de plusieurs de leurs concerts, dont l’un en Rhône-Alpes. Lyon a été un « haut lieu de la Résistance » lors de la seconde guerre mondiale, déclare le préfet pour justifier sa décision.
2005, guerre au reggae anti-gay

   


Cet été-là, le Garance Festival Reggae laisse 15 000 fêtards sur le carreau. Sous la pression d’associations homosexuelles, le Parc des expositions, à Paris, annonce, un mois avant l’événement, que celui-ci n’aura pas lieu. En cause, des paroles du Jamaïquain Sizzla, tête d’affiche du festival : « Bute les pédés, mon gros flingue va tirer… Bang bang ! A mort les pédés. »

Par Albert Marie 



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ A mi-chemin, le 71e Festival de Cannes accueille deux revenants, l’un absent de la compétition depuis 1991 et l’autre déclaré « persona non grata » en 2011.
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La gazette de la Croisette : le grand retour de Spike Lee et de Lars von Trier

A mi-chemin, le 71e Festival de Cannes accueille deux revenants, l’un absent de la compétition depuis 1991 et l’autre déclaré « persona non grata » en 2011.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 13h39
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 16h01
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
Le sixième jour de la bataille pour la Palme d’or, lundi 14 mai, est marqué par le grand retour en compétition au Festival de Cannes du cinéaste américain Spike Lee, qui n’avait pas été en lice depuis vingt-sept ans (en 1991, il avait présenté Jungle Fever). Il revient sur la Croisette avec BlacKkKlansman, l’histoire vraie d’un policier afro-américain infiltré parmi des membres du Ku Klux Klan, avec John David Washington et Adam Driver.

   


Face à lui, le réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi entre également dans la compétition avec son film Netemo Sametemo (Asako I & II). Il s’agit de sa première sélection au Festival de Cannes. Il a fait parler de lui récemment en découpant en cinq volets, rassemblés en trois programmes (Senses 1 & 2, Senses 3 & 4, Senses 5) pour sa sortie en salles, son long-métrage Happy Hour (qui dure plus de cinq heures), un tableau acide de la société japonaise présenté en 2015 au Festival de Locarno (Suisse), où ses quatre comédiennes ont reçu un prix d’interprétation.

DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
C’est dans la section Un certain regard que nos critiques Clarisse Fabre et Véronique Cauhapé ont découvert deux pépites : Girl, un premier film du réalisateur flamand Lukas Dhont sur la transition vers le sexe féminin d’un adolescent transgenre, et le deuxième long-métrage de l’Argentin Alejandro Fadel, Meurs, monstre, meurs, un film d’horreur dont l’une des terrifiantes trouvailles est de nous placer à l’intérieur d’un monstre.

ON ATTEND AUJOURD’HUI : 
A 22 h 30 est projeté hors compétition le nouveau film du cinéaste danois Lars von Trier, The House That Jack Built, avec Matt Dillon dans le rôle d’un tueur en série. Sept ans après avoir été déclaré « persona non grata » au Festival de Cannes ; une sanction sans précédent, pour avoir exprimé sa « sympathie » pour Hitler lors de la conférence de presse de son film Melancholia en compétition, il revient enfin sur la Croisette. Aucune conférence de presse n’est prévue, même si le réalisateur devrait donner quelques entretiens.
Palme d’or en 2000 pour Dancer in the Dark (récompensé aussi d’un prix d’interprétation féminine pour Björk), Lars von Trier a déjà été sélectionné neuf fois en compétition.

        Lire le compte-rendu :
         

          Lars Von Trier de retour sur la Croisette





        Lire la gazette de la Croisette (13 mai) :
         

          L’Italie de Rohrwacher, le Japon de Kore-eda et l’Odyssée de Kubrick






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ La ministre de la culture est venue sur la Croisette, lundi 14 mai, pour présenter une série de mesures en faveur de la parité femmes-hommes dans le cinéma.
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Cannes 2018 : Françoise Nyssen annonce un fonds d’aide pour les réalisatrices

La ministre de la culture est venue sur la Croisette, lundi 14 mai, pour présenter une série de mesures en faveur de la parité femmes-hommes dans le cinéma.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 13h32
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 18h14
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


En France, la réponse à l’affaire Weinstein sera d’ordre sociétale, et financière. Dans un discours prononcé à Cannes, lundi 14 mai, la ministre de la culture invite le cinéma à faire sa « révolution », rien de moins. Huit mois après la révélation du scandale des agressions sexuelles, Françoise Nyssen fait ce constat : « Le plus terrible, est-ce la révélation d’une affaire, la dénonciation d’un porc ? Non, le plus terrible, c’est l’autre révélation. Le “tout le monde savait”, la description d’une omerta, d’un monde idéalisé qui n’échappe pas à la loi des petits milieux, des comportements vils où chacun tient l’autre, coopte l’autre, intimide l’autre ».

        Lire la chronique sur la parité hommes-femmes :
         

          « Dans la culture, les quotas font grincer des dents »



Le Festival s’est ouvert, mardi 8 mai, avec le film d’Asghar Farhadi, Everyboby Knows. Il se prolonge aujourd’hui avec cette phrase de Françoise Nyssen – « Tout le monde savait » soit Everybody Knew – prononcée devant des féministes venues de nombreux pays. C’est en effet aujourd’hui que se réunissent à Cannes différents mouvements paritaires, créés aux Etats-Unis, en Angleterre, en Espagne, en Italie, etc., à l’initiative du mouvement français 50/50 en 2020 – lequel a été fondé par des réalisatrices et par l’association Deuxième regard.

La ministre fait le pari de la résilience : transformons une souffrance, un mal, en une action forte et positive. « Faisons de Weinstein une opportunité pour le cinéma, la chance de devenir avant-gardiste, précurseur, la chance d’être révolutionnaire. Une révolution, c’est un irréversible. Cette révolution reste à faire, dans l’ensemble de la société. Le cinéma doit réussir la sienne. » Elle ajoute : « J’ai décidé d’agir. D’actionner tous les leviers qui sont à ma portée. Sans attendre ». Les artbitrages ont été faits dans les tout derniers jours et tout n’est pas réglé. Mais le message est clair : la ministre entend répondre à celles et ceux qui trouvaient jusque-là bien timides les réponses aux fortes inégalités qui persistent entre les femmes et les hommes dans le cinéma.

        Lire le compte-rendu :
         

          Quotas, malus, budget… Le plan de Françoise Nyssen pour l’égalité femmes-hommes



Pas de critère d’âge
La mesure la plus novatrice est la création d’un fonds spécifique pour les femmes, dans le cinéma. Une initiative qui reste à préciser : « Je vais créer un fonds de dotation en France pour soutenir de jeunes réalisatrices du monde entier (…). En France, le budget moyen d’un film réalisé par une femme s’élève à 2,6 millions d’euros contre 6,5 millions pour le film d’un homme. Un écart de 60 %. Une honte pour les financeurs privés. Une honte pour les institutions publiques », s’indigne la ministre. Dans l’entourage de Françoise Nyssen, on s’empresse de préciser qu’il n’y aura certainement pas de critère d’âge pour bénéficier de ce fonds – contrairement à ce que laisse penser son discours. Pour les réalisatrices, en effet, le plus difficile n’est pas de faire le premier ou le deuxième film, mais le troisième ou le quatrième. A ce stade, il est rare d’avoir 25 ou 30 ans…

        Lire le document :
         

          Vingt recommandations pour l’égalité femmes-hommes dans la culture



Le montant de ce fonds pour les femmes n’est pas non plus précisé. Matignon n’a pas encore rendu son arbitrage. « Ce fonds sera doté par l’Etat à travers une contribution du CNC, Centre national du cinéma et de l’image animée, et consolidé par des mécènes. On va tout particulièrement solliciter les partenaires du Festival de Cannes, afin qu’ils abondent ce fonds. Idéalement, on souhaite que le dispositif soit opérationnel en septembre et que les premières candidatures puissent parvenir fin 2018 », ajoute-t-on rue de Valois. Ce fonds pourrait par ailleurs bénéficier aux productrices et aux femmes scénaristes, en plus des réalisatrices.
« Parvenir à la parfaite parité »
Les autres mesures étaient déjà connues. Fin juin, des « Assises de l’égalité femmes-hommes dans le cinéma » seront organisées à Paris, afin d’aboutir à des « mesures concrètes » dans six domaines : la formation ; l’égalité salariale ; la prévention du harcèlement ; l’accès aux postes de direction ; la lutte contre les stéréotypes ; et la promotion de la parité par la régulation. L’objectif, ajoute la ministre, est de parvenir à une « Charte de l’égalité entre les femmes et les hommes dans le cinéma » signée par les professionnels. « L’adhésion à cette Charte et aux engagements qu’elle définira sera une condition d’attribution des aides du CNC. En parallèle, je souhaite qu’un système de “bonus” soit mis en place pour soutenir les films dont les équipes sont exemplaires en matière de parité. »
Enfin, la ministre estime que les festivals doivent s’engager. Ce lundi 14 mai, les directeurs des différentes sections cannoises ont d’ailleurs été les premiers à signer une « Charte des festivals internationaux de cinéma », laquelle engage ses signataires à « rendre transparente la liste des membres des comités de sélection et programmateurs » pour « écarter toute suspicion de manque de diversité et de parité », selon le texte signé par les responsables de la manifestation, en présence du jury de la 71e édition présidé par l’actrice australienne Cate Blanchett.
Les festivals signataires s’engagent aussi « à parvenir à la parfaite parité dans leurs instances dirigeantes d’ici la fin de leur mandat ». Cinquante ans après le Mai-68 cannois, la ministre pose son empreinte : mai 2018.

        Lire le compte-rendu du tchat avec Thomas Sotinel (à Cannes) :
         

          « Les réalisatrices restent très minoritaires dans les sélections »



Sur le Web : www.culture.gouv.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ A Un certain regard, Lukas Dhont filme avec pudeur la transition d’une jeune fille transgenre, née dans un corps de garçon.
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Cannes 2018 : avec « Girl », oubliez le garçon

A Un certain regard, Lukas Dhont filme avec pudeur la transition d’une jeune fille transgenre, née dans un corps de garçon.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 10h55
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 12h34
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Sélection officielle – Un certain regard
L’édition cannoise 2018 retiendra que le jour où 82 femmes ont monté les marches pour réclamer l’égalité avec les hommes, une jeune fille transgenre, née dans un corps de garçon, s’est coupée le sexe à l’écran, salle Debussy. La projection de Girl, du réalisateur flamand Lukas Dhont, 26 ans, a été un choc pour les festivaliers, samedi 12 mai. Sélectionné à Un certain regard, ce premier long-métrage concourt pour la Caméra d’or, et aussi pour la Queer Palm.

   


Cherchez la fille. Lara en est une, cela crève les yeux. Cheveux blonds mi-longs, sourire lumineux, silhouette de danseuse classique. Très David Hamilton. Pourtant, Lara cherche la fille qui est en elle. Elle est née garçon et commence à peine son traitement hormonal pour bloquer la puberté et féminiser son corps, à l’âge de 15 ans. En attendant de se faire construire un vagin, elle aplatit son pénis sous de larges sparadraps. Jusqu’au jour où… elle prend les ciseaux. Mais Girl n’est pas un film « gore ».

C’est l’histoire d’une adolescente sous tension. Pourquoi Lara semble-t-elle mélancolique, alors qu’elle pourrait être la plus heureuse des jeunes filles en transition ? Lara est acceptée comme elle est, aussi bien à la maison qu’à ses cours de danse. Elle est suivie par un « psy » qui lui répète : « Quand je vous regarde, je vois une fille. » Son père est tendre, aimant, réconfortant, pas macho pour un sou, et admirablement interprété par Arieh Worthalter – la mère n’existe pas dans le film.

   


Pourtant, Lara est mal dans sa tête et dans son corps. Elle désespère de voir pousser ses seins, elle a les orteils en sang dans ses chaussons. Mais elle doit tenir, comme dans Rester vertical (2016), d’Alain Guiraudie. Lara est un bloc de souffrance sur ses pointes : elle est souvent filmée debout. Droite comme un i, Lara fait le trajet dans le métro, tient la barre dans le studio de danse, virevolte jusqu’au vertige ; elle est encore debout devant le miroir de sa chambre à scruter son corps. La répétition de ces plans, qui peut lasser, a le mérite de faire entrer le spectateur dans la vie quotidienne, voire intime, de Lara. Mais la caméra n’est pas voyeuse.

Une douce radicalité
Il a fallu du temps au réalisateur pour trouver sa « ballerina girl ». Il a fini par choisir un jeune danseur au visage d’ange, l’acteur Victor Polster, qui incarne à merveille la douce radicalité du film. Dans Girl, la transition sexuelle de l’adolescente, sujet sensible, ne fait pas débat. Elle est simplement « accompagnée » sur le plan médical, psychologique et affectif. La seule question qui compte est la suivante : comment devenir soi-même, quitte à remettre en cause les normes ? Qu’est-ce qui fait que l’on se sent homme, femme, ou en dehors de ces catégories ? Girl est un film politique, sans être militant. On pense au documentaire Coby, de Christian Sonderegger, présenté à Cannes en 2017, journal filmé de la transition d’une jeune fille vers le sexe masculin.

   


La projection a été suivie d’une ovation. Le personnage du film cédait la place à l’acteur, cheveux coupés en brosse, pantalon, chemise. Et toujours cette grâce. Plus tard, devant les photographes, Victor-Lara a fait le grand écart.

Film belge de Lukas Dhont. Avec Victor Polster, Arieh Worthalter (1 h 45). Sortie en salle le 10 octobre. Sur le Web : diaphana.fr/film/girl et www.festival-cannes.com/fr/festival/films/girl



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ A Un certain regard, le long-métrage du cinéaste argentin, « Meurs, monstre, meurs », tord le cou au film d’horreur.
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Cannes 2018 : Alejandro Fadel dévoile ce monstre que nous sommes

A Un certain regard, le long-métrage du cinéaste argentin, « Meurs, monstre, meurs », tord le cou au film d’horreur.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 10h36
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 12h18
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


Sélection officielle – Un certain regard
Alejandro Fadel n’aime pas tant les histoires que la façon dont on les raconte. A partir d’éléments narratifs accumulés au fil de la vie, des lectures et des paysages qu’il souhaiterait filmer, il se plaît dès lors à les agencer selon un ordre discordant. Puis de les mettre en scène en usant de genres et de ­codes cinématographiques, eux-mêmes, détournés. Telle est la méthode qu’il a appliquée et qu’il porte au sommet, dans son deuxième long-métrage dont il signe aussi le scénario, Meurs, monstre, meurs, présentée dans la ­catégorie Un certain regard.
Le titre du film n’est rien d’autres que les trois mots scandés, par une voix intérieure, à David (Esteban Bigliardi), principal suspect dans une affaire de meurtre. Le corps de sa femme, Francisca, a été retrouvé au milieu d’un troupeau de moutons, dans un coin reculé de la cordillère des Andes. Cruz (Victor Lopez), officier de la police rurale et, accessoirement, amant de Francisca, est chargé de l’enquête. D’autres crimes similaires suivront. David sera envoyé dans un hôpital psychiatrique où l’on tentera de comprendre l’origine et l’objet de ses hallucinations.
L’une des terrifiantes trouvailles du film est de nous placer à l’intérieur d’un monstre
Si nous voulons demeurer fi­dèles à la démarche d’Alejandro Fadel, arrêtons là l’histoire. En revanche, faut-il préciser, que Meurs, monstre, meurs ne nous emmène ni dans un thriller ni dans un polar à grand espace, mais dans un film d’horreur dont l’une des terrifiantes trouvailles est de nous placer à l’intérieur d’un monstre. Un monstre auquel nous n’avons aucune chance d’échapper puisqu’il se tapit en nous, sous les noms divers de folie, de violence ou de peur. La créature, quel que soit le nom qu’elle revêt, tord les corps, s’échappe des bouches, par des haut-le-cœur et des jets de liquide vert gluant.

   


Le propos ne prête pas à rire. Il remonte à loin, et a nourri tous les arts. L’esthétique du film emprunte, pour le signifier, à l’art religieux et à la mythologie, en n’hésitant pas à en épaissir le trait. Meurs, monstre, meurs, c’est la descente du Christ et de ses apôtres aux enfers ; une tragédie grecque visitée par le fantastique. Un film qui donne à voir la bête : cette humanité du temps présent, assise sur des mythes que la violence sociale, la répression, le repli sur soi font éclater en morceaux.
Quelques éclats de dérision
Il n’empêche. Alejandro Fadel ne serait pas ce qu’il est s’il ne s’au­torisait pas à glisser quelques éclats de dérision au sein de la noirceur morbide de son film. Le décryptage auquel s’essaient les deux inspecteurs sur le fameux « Meurs, monstre, meurs » qu’entend sans cesse David, donne ainsi lieu à un échange savoureux : « MMM, curieux, comme la forme du sommet des trois montagnes des environs », remarque, l’air pénétré, le policier Cruz. « Comme les chocolats », relève son supérieur, l’air tout aussi pénétré.
De même que le cinéaste nous aide à ne pas tout à fait prendre au sérieux le monstre dont la représentation concrète n’arrive qu’à la toute fin du film. Ce mollusque primal réunissant, de la gueule à la queue, les deux sexes masculin et féminin, relève plus du bon vieux dessin animé que celle du film gore. Une mise à distance dont le but vise à alléger la symbolique du genre horrifique. Et placer le monstre à hauteur d’homme. La nôtre.
Film argentin d’Alejandro Fadel. Avec Victor Lopez, Esteban Bigliardi, Tania Casciani(1 h 39). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.ufo-distribution.com/movie/meurs-monstre-meurs et www.festival-cannes.com/fr/festival/films/muere-monstruo-muere



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ En compétition, le réalisateur japonais prolonge ses interrogations sur ce qui tisse les liens entre les êtres.
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Cannes 2018 : « Une affaire de famille », le jeu des apparences selon Hirokazu Kore-eda

En compétition, le réalisateur japonais prolonge ses interrogations sur ce qui tisse les liens entre les êtres.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 10h25
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 11h53
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Sélection officielle – en compétition
Hirokazu Kore-eda fait partie de ce que l’on nomme, les « habitués » du Festival (huit films sélectionnés dans « l’officielle », dont six en compétition). Avec Kiyoshi Kurosawa, Shinji Aoyama ou Naomi Kawase, il appartient à cette génération de cinéastes, nés autour des années 1960, qui a succédé, à la « nouvelle vague » nippone (Oshima, Imamura, Yoshida…), tâche relativement ingrate si l’on veut bien se remémorer l’intensité explosive et disruptive dont celle-ci, brisant elle-même avec les classiques, avait doté le cinéma japonais. De cette génération aux prises avec une si délicate généalogie, Hirokazu Kore-eda est un bel exemple.

Artiste hanté par l’idée d’une réconciliation des mondes, ses films sont le plus souvent des mélodrames familiaux, épuisant la lancinante exigence de la réparation d’une brisure ancienne dans un monde des vivants redevable à celui des morts. Il en ressort une œuvre aux obsessions souvent remises sur le métier, empreinte de mélancolie et de délicatesse, glissant vers un fantastique du quotidien sans toujours se garantir ­contre un soupçon de mièvrerie.

   


Vitesse de croisière
Après Maborosi (1995), After Life (1998) et Distance (2001) – ses trois films les plus beaux et les plus forts –, l’auteur a adopté une sorte de vitesse de croisière à laquelle Une affaire de famille ne déroge pas. Une partie prime­sautière et une partie dramatique partagent le film.

   


La première voit une famille un rien déphasée avec la société, mais joyeuse et ­solidaire recueillir une fillette battue par ses parents et lui dispenser l’amour qui lui manque. Ici, le père vole à la tire avec son fils, la grand-mère soutire du pognon à son beau-fils, la mère travaille à l’usine, et la fille se commet dans les peep-shows. On survit dans une maison étriquée où règne un éternel capharnaüm, mais où tout le monde est assuré de ­manger à sa faim et de se ré­chauffer au grand réconfort de la piété familiale.

La deuxième partie, dont on ne peut rien dire sous peine de se faire justement lyncher par les futurs spectateurs, s’ingénie à mettre cul par-dessus tête ce qui se révélera être de simples apparences. L’occasion pour le cinéaste de redéployer – un peu à bon compte tout de même – ses interrogations anciennes sur ce qui tisse, de l’amour librement dispensé ou de la règle sociale qui prétend les légitimer, les liens entre les êtres.

Film japonais d’Hirokasu ­Kore-eda. Avec Franky Lily, Sakura Ando, Mayu Matsuoka (2 heures). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/une-affaire-de-famille



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Inspirée d’un polar, cette série à succès a pour cadre la capitale allemande de la fin des années 1920, avec son vent de liberté et ses personnages aux desseins politiques inquiétants. A moins que ce ne soit le Berlin actuel…
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« Babylon Berlin », folle série allemande


                      Inspirée d’un polar, cette série à succès a pour cadre la capitale allemande de la fin des années 1920, avec son vent de liberté et ses personnages aux desseins politiques inquiétants. A moins que ce ne soit le Berlin actuel…



Le Monde
 |    14.05.2018 à 10h04
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 14h07
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








   


L’histoire aura été un terreau fertile pour toute une nouvelle génération de séries télévisées allemandes. Après la seconde guerre mondiale (Generation War), l’après-guerre (Ku’damm 56 et 59) et l’automne de la guerre froide (Deutschland 83), c’est l’entre-deux-guerres que ressuscite Babylon Berlin, dont les deux premières saisons ont été diffusées fin 2017 sur la chaîne payante Sky et le seront prochainement en France. Une troisième saison, très attendue, est en préparation.
180 jours de tournage, 300 décors, 5 000 figurants
Babylonienne, la série l’est dans tous les sens du terme. Ses conditions de production, d’abord : 180 jours de tournage, 300 décors, 5 000 figurants, près de 40 millions d’euros au total pour les deux premières saisons (deux fois huit épisodes de 45 minutes). Jamais une série télévisée allemande n’avait donné lieu à une telle débauche de moyens. A vrai dire, jamais une série allemande n’aura donné à voir une telle débauche tout court. Le spectateur en a un avant-goût dès le premier épisode. La scène se passe au siège de la police berlinoise en 1929. Un commissaire arriviste et une apprentie détective se bousculent à la sortie d’un ascenseur. Le choc provoque la dispersion des photos que l’un et l’autre ont sous le bras : des corps en jouissance d’un côté, des corps mutilés de l’autre. Le mélange des clichés est une métaphore de la série, tableau méphitique d’une République de Weimar rongée par le stupre et la violence.

Inspiré d’un polar de Volker Kutscher publié en français sous le titre Le Poisson mouillé (Seuil, 2010), Babylon Berlin coche toutes les cases de la série à succès : réalisation soignée, narration suffisamment rythmée pour être addictive mais avec ce qu’il faut d’anfractuosités pour être attrayante, et personnages troublants d’ambivalence à l’instar des deux policiers, dont l’un est un toxicomane à temps plein et l’autre une prostituée occasionnelle.
« Babylon Berlin » ressuscite « les genres que le cinéma allemand a pratiquement cessé d’explorer depuis que les nazis ont chassé ou tué ses plus grands artistes, comme la comédie musicale, le film de gangsters ou le mélodrame. » Extrait du « Spiegel »
Mais deux autres qualités expliquent l’accueil élogieux réservé à la série. La première tient au bel hommage qu’elle rend au cinéma allemand de l’époque. Si les scénaristes se sont délectés à évoquer M le maudit à travers quelques notes de Grieg ou à ressusciter le docteur Mabuse sous les traits d’un psychiatre inquiétant, leur admiration à l’égard de Fritz Lang et de ses contemporains ne se borne pas à ces références un peu faciles. Comme l’a souligné le Spiegel à sa sortie, Babylon Berlin ressuscite « les genres que le cinéma allemand a pratiquement cessé d’explorer depuis que les nazis ont chassé ou tué ses plus grands artistes, comme la comédie musicale, le film de gangsters ou le mélodrame ». De ce point de vue, le titre même a valeur de manifeste. A Berlin, Babylon est en effet le nom d’un des cinémas à la programmation la plus exigeante. Une salle qui a justement été ouverte… en 1929.

   


La seconde qualité de la série tient à sa contemporanéité. Tel qu’il y est dépeint, le Berlin de la fin des années folles correspond à l’image fantasmée du Berlin actuel, ville de tous les excès et libertés. Mais, avec ses personnages interlopes aux desseins politiques inquiétants, il est aussi le terrain de jeu de forces antidémocratiques en pleine ascension, qui finiront par triompher avec l’arrivée des nazis au pouvoir.
Lire aussi le post de blog : Babylon Berlin – Entre deux guerres, entre deux mondes
Un parallèle avec aujourd’hui ? « Pour la première fois depuis la chute de la République de Weimar, nous nous retrouvons dans une situation comparable en Allemagne, avec une partie croissante de la population qui se positionne sur le flanc droit de l’échiquier politique », expliquait Henk Handloegten, l’un des réalisateurs, dans Die Zeit, le 29 septembre 2017, deux semaines avant la diffusion du premier épisode et cinq jours après l’élection, pour la première fois depuis la guerre, de députés d’extrême droite au Bundestag.



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ L’actrice de « Trois visages », de Jafar Panahi, est devenue en Iran une vedette des séries ­télévisées que diffuse la télévision gou­ver­nementale.
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Cannes 2018 : Behnaz Jafari, une star à la campagne

L’actrice de « Trois visages », de Jafar Panahi, est devenue en Iran une vedette des séries ­télévisées que diffuse la télévision gou­ver­nementale.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 09h33
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Ce fut sans doute la préparation la plus courte depuis L’Arroseur arrosé. « J’ai reçu le scénario de Jafar Panahi, je l’ai lu très rapidement, j’ai répondu oui le jour même, et le lendemain nous prenions la route dans la voiture de M. Panahi, et le tournage a commencé. » Behnaz Jafari, l’actrice, n’a pas abandonné une équipe en plein tournage pour suivre le cinéaste, comme Behnaz Jafari, le personnage, le fait dans Trois visages.

Actrice de théâtre, de cinéma (on l’a vue dans Une famille respectable, de Massoud Bakhshi, sorti en France en 2012), cette quadragénaire altière est devenue, ces dernières années, une vedette des séries ­télévisées que diffuse la télévision gou­ver­nementale. Comme elle l’explique, « c’est le seul moyen de toucher l’ensemble de la population. Les Iraniens regardent essentiellement des chaînes étrangères pour la musique, les informations. Les seuls programmes produits en Iran qu’ils regardent, ce sont les séries ».
De retour à Téhéran, après avoir accompagné le film à Cannes, sans Jafar Panahi, toujours privé de passeport, elle retournera sur scène où elle joue dans Roméo et Juliette, de Shakespeare, et finira de tourner « la série qui passera tous les jours pendant le ramadan. J’y joue une directrice d’orphelinat qui est odieuse avec les orphelins ».
Comme on le voit dans Trois visages, Benhaz Jafari est accueillie partout en Iran. « Comme si je faisais partie de la famille des gens. Mais il suffit que je dise quelque chose qui ne leur plaît pas pour qu’ils se fâchent », raconte-t-elle.
« Je suis aussi colèrique que dans le film »
Lorsqu’on lui demande si elle voit quelque différence entre sa version de fiction et la vedette qu’elle est, elle cherche consciencieusement et répond : « Non, j’ai été moi-même. Je suis aussi colérique que ce qu’on voit dans le film. Cette scène de dispute, quand je frappe mon interlocutrice,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Chaque lundi, le service Culture du « Monde » propose aux lecteurs de « La Matinale » un choix de concerts, de festivals, de clips…
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Article sélectionné dans La Matinale du 13/05/2018
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Opéra, jazz, rock ou rap : notre sélection musicale pour tous

Chaque lundi, le service Culture du « Monde » propose aux lecteurs de « La Matinale » un choix de concerts, de festivals, de clips…



Le Monde
 |    14.05.2018 à 06h44
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 09h27
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Dans une salle de concert, en plein air ou dans votre salon, notre sélection musicale se prête à toutes vos envies.
OPÉRA : trois « Nabucco », à Montpellier, Lille et Nice

   


Trois Nabucco, sinon rien, semble dire le calendrier lyrique de cette semaine, qui propose simultanément dans trois opéras de France – Montpellier, Lille et Nice – le chef-d’œuvre verdien créé à La Scala de Milan en 1842. On connaît l’impact du fameux « Va pensiero », chœur des Hébreux, esclaves du roi de Babylone Nabuchodonosor (Nabucco pour les intimes), à qui les Italiens, alors sous occupation autrichienne, ne pouvaient manquer de s’identifier.
C’est à Montpellier que revient de donner le coup d’envoi pour trois dates, du 15 au 20 mai, une production signée John Fulljames avec les troupes maison sous la direction de Michael Schonwandt. Lille lui emboîte le pas dès le lendemain. Pas moins de huit représentations, du 16 mai au 6 juin, pour cette nouvelle production confiée à la metteuse en scène Marie-Eve Signeyrole (qui a d’ailleurs débuté à Montpellier), la direction musicale de l’Orchestre national de Lille étant assurée par le verdien Roberto Rizzi-Brignoli. La dernière à dégainer sera la scène niçoise, du 18 au 24 mai, quatre soirs pour courir entendre Raffaella Angeletti, Julie Robard-Gendre et Serguei Murzaev, mis en scène par Jean-Christophe Mast, l’Orchestre philharmonique de Nice se retrouvant dans la fosse avec György G. Rath. Marie-Aude Roux
Opéra national de Montpellier-Le Corum (Hérault). Du 15 au 20 mai. Tél. : 04-67-60-19-99. De 24 € à 67 €. Opéra de Lille (Nord). Du 16 mai au 6 juin. Tél. : 03-62-21-21-21. De 5 € à 71 €. Opéra de Nice (Alpes-Maritimes). Du 18 au 24 mai. Tél. : 04-92-17-40-79. De 5 € à 86 €.
UNE REVUE : « Jazz Magazine », spécial 1958-1968

   


Pour son numéro de mai, le mensuel Jazz Magazine se met, non pas à l’heure du cinquantenaire de Mai-68 mais plus globalement à celle de la décennie 1958-1968, avec un dossier spécial qui porte en surtitre « de la folie hard-bop à la révolte free ». En 24 pages, est d’abord évoqué le premier voyage en Europe des Jazz Messengers du batteur Art Blakey, avec séjour parisien à L’Olympia et au Club Saint-Germain, puis les années 1960 du saxophoniste Barney Wilen, suivies d’une rencontre avec le pianiste François Tusques, « acteur majeur des avant-garde du jazz – mais pas que – de la scène française », des souvenirs de concerts du journaliste Pascal Anquetil, à jamais marqué par ses premières fois avec Stevie Wonder, The Beatles, Gerry Mulligan, Horace Silver, Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Duke Ellington, Ray Charles, John Coltrane, Thelonious Monk… d’un panorama de « l’âge d’or » du saxophoniste Archie Shepp, jusqu’à cette fameuse année 1968, celle des « musiques en transition ». Dans le même numéro, un hommage au pianiste Cecil Taylor, mort le 5 avril, un au saxophoniste Nathan Davies, mort le même jour, une rencontre avec le contrebassiste François Moutin, une autre avec le romancier Douglas Kennedy, à propos de sa passion « érudite pour le jazz », et plus de 70 chroniques de disques. Sylvain Siclier
« Jazz magazine », no 705, mai 2018, 100 p., 6,90 € kiosques et site Internet Jazzmagazine.com/.
UNE VIDÉO : « This Is America », de Childish Gambino

Sans conteste, This Is America est la vidéo-choc du moment qui agite la Toile. Mis en ligne le 5 mai sur YouTube, le clip de l’Américain Childish Gambino cumule en une semaine déjà plus de 100 millions de visionnages. Il faut dire que la crudité de la violence qui en émane est inhabituelle sur ce support. Dès la première minute, un plan-séquence tourné dans un hangar filme un homme noir froidement abattu d’une balle dans la tête par Childish Gambino. Lors de la scène suivante, ce dernier mitraille sans état d’âme un chœur d’église composé de chanteurs noirs. Les séquences sont entrecoupées de moments festifs déroutants, avec des collégiens. Mais en arrière-plan, on voit bien des émeutes, le chaos gronde. Le film d’une durée de 4 minutes, réalisé par le Californien Hiro Murai (David Guetta, St. Vincent, Massive Attack) ne laisse évidemment pas indifférent. Loin d’être un condensé de violence gratuite, This Is America dénonce les travers de l’Amérique d’aujourd’hui : le lobby des armes à feu, le racisme, le système pénal, les violences policières, l’hyperconsommation…
Autant de messages et de références que les réseaux sociaux se sont empressés de commenter et décrypter, tout autant que des médias américains, dont notamment The New Yorker, New York Times, Dazed & Confused… La plus évidente, la fusillade du chœur gospel, renvoie à un fait divers tragiquement célèbre, en 2015, la tuerie d’une église épiscopale de la communauté noire à Charleston (Caroline du Sud). Tour à tour rappeur et danseur à l’écran, le Californien Donald Glover, alias Childish Gambino, 34 ans, a déjà publié trois albums depuis 2010, oscillant entre rap et funk. Et comme si cela n’était pas suffisant, l’homme est aussi humoriste, acteur dans des séries télévisées et des blockbusters hollywoodiens (Spiderman, et prochainement un préquel de Star Wars), scénariste, réalisateur et producteur. Une multitude de cordes à son arc mises à profit dans cet impressionnant This is America.
« Je n’ai jamais séparé ma carrière d’acteur de celle de rappeur ou de scénariste, confiait-il dans un entretien au Monde en 2014. Pour moi, le rap est la forme artistique la plus libre, et peut-être la plus complète : j’y joue un personnage, j’invente un scénario et je compose ma bande-son. » Nous n’avons certainement pas fini d’entendre parler de ce personnage. Franck Colombani
DEUX FESTIVALS : 
Musique action, à Vandœuvre-lès-Nancy, du 14 au 21 mai

   


Mort le 19 novembre 2016 à l’âge de 61 ans, le guitariste Dominique Répécaud était le directeur du festival Musique action et de son lieu principal, le Centre culturel André-Malraux à Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle). Dans l’éditorial de la 34e édition du festival, prévue du 14 au 21 mai, il est précisé qu’elle aura été « la dernière à avoir été rêvée par Dominique Répécaud ». Expositions, pièces de théâtre, projections et musiques (contemporaines, improvisées, free, expérimentales, rock ou jazz, etc.), avec notamment Françoise Klein, le duo Kristoff K. Roll (J-Kristoff Camps et Carole Rieussec), les groupes Slapp Happy et Faust (le 18 mai, à L’Autre Canal), le collectif Azeotrope, Tony Conrad, Jérôme Noetinger, Lê Quan Ninh, L’Oreille interne, le pianiste compositeur et plasticien Charlemagne Palestine, la compagnie Virgule flottante… S. Si.
Musique action au Centre culturel André-Malraux-Scène nationale, rue de Parme, Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle) et diverses salles proches. Tél. : 03-83-56-15-00. 17 €, forfait 6 spectacles 54 €, forfait week-end (18 au 21 mai) 50 €.
Art Rock, à Saint-Brieuc, du 18 au 20 mai

   


Exposition, danse et musique (beaucoup, plutôt pop-rock-chanson) sont les trois disciplines mises en valeur par le festival Art Rock, à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) – avec en plus un espace gastronomique, qui permet de goûter à prix très raisonnable à des repas et plats plus élaborés que ceux de l’ordinaire festivalier. Le Groupe Emile Dubois/Compagnie Jean-Claude Gallotta présentera son spectacle My Ladies Rock ; une exposition est consacrée à Philippe Decouflé et à la Compagnie DCA (jusqu’au 27 mai au Musée de Saint-Brieuc), une autre à des autoportraits d’artistes, une autre encore à des pochettes de disques, une autre enfin au photographe Titouan Massé. Pour la musique, deux scènes en plein air, proches, et celle de La Passerelle, attendent notamment Mat Bastard, Django Django, Vald, le groupe historique de la new wave française Marquis de Sade (le 18 mai, première date de quelques passages festivaliers), Ichon, The Red Goes Black, General Elektriks, Lee Fields, Camille, Catherine Ringer, Jungle, Denner, The Buttertones, Evergreen, Hollysiz, Seun Kuti, Orelsan, Concrete Knives, Idles. S. Si.
Art Rock, à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor). Du 18 au 20 mai. De 13 € à 16 € (La Passerelle), 36 €, forfait jour tous lieux 42 €, forfait 3 jours Grande Scène et Scène B, 72 €.
UN CONCERT : le contrebassiste Géraud Portal au Duc des Lombards, à Paris, les 14 et 15 mai

Le disque du contrebassiste Géraud Portal, un double album, s’intitule Let My Children Hear Mingus (Jazz Family/Socadisc). Le répertoire, dix compositions du contrebassiste Charles Mingus, dont The Shoes of the Fisherman’s Wife Are Some Jive Ass Slippers, qui justement figurait dans l’album Let My Children Hear Music, de Mingus en 1972, avec orchestre très fourni. Cette évocation de Mingus, très exacte, apte en formation réduite à rendre toute la force expressive, la sophistication des arrangements mingusien, en croisements, entrelacs des instruments, qui donnent un son d’ensemble dense, a été enregistrée au Duc des Lombards, à Paris, les 15 et 16 décembre 2017. Avec Géraud Portal, les saxophonistes César Poirier, à l’alto, et Luigi Grasso, au baryton, ce qui donne une couleur particulière, le trompettiste Quentin Ghomari, le pianiste Vahagn Hayrapetyan et le batteur Kush Abadey. Tous seront à nouveau, les 14 et 15 mai au Duc des Lombards, pour rappeler la musique toujours vive de Mingus, de Moanin’ (tiré de l’album Blues and Roots, 1959) à Oh Lord Don’t Let Them Drop That Atomic Bomb on Me (tiré d’Oh Yeah, 1961), du rare Duke’s Choice (composition créée dans A Modern Jazz Symposium of Music and Poetry, 1957) au célèbre Haitian Fight Song (dans The Clown, 1957). S. Si.
Duc des Lombards, 42, rue des Lombards, Paris 1er. Mo Châtelet-Les Halles. Tél. : 01-42-33-22-88. Lundi 14 et mardi 15 mai, à 19 h 30 et 21 h 30. De 21 € à 28 € ; formules avec boisson et restauration de 37 € à 80 €.



                            


                        

                        


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Cannes 2018 : « Heureux comme Lazzaro », le conte merveilleux d’Alice Rohrwacher

En compétition, la réalisatrice italienne signe une fable empreinte de piété sur les inégalités sociales.



Le Monde
 |    14.05.2018 à 05h08
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 10h17
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Sélection officielle – en compétition
Dès les premières séquences, on sent bien qu’il y a quelque chose de très catholique dans cette histoire. Dans un corps de ferme délabré, où l’on compte moins d’ampoules élec­triques que de pièces, un jeune homme nommé Joseph, enfin, Giuseppe, vient demander la main de ­Mariagrazia. Autour du sou­pirant, une bande de mu­siciens prend des poses de santons. Le plus joli joue de la cornemuse, il s’appelle Lazzaro.
La légende dorée de ce saint adolescent a converti les cœurs les plus endurcis au cinéma léger, presque enfantin, d’Alice Rohrwacher
A moins de s’appeler Walt Disney, le conte est rarement rentable au cinéma. Encore moins s’il est empreint de piété. C’est tellement facile de se moquer de la simplicité du récit, des personnages, des images. A Cannes, où la coalition des sceptiques et des cyniques l’emporte en nombre et en pouvoir sur les simples de cœur, Alice Rohrwacher a pourtant fait de Lazzaro le héros de la journée. La légende dorée de ce saint adolescent a converti les cœurs les plus endurcis au cinéma léger, presque enfantin (le presque dissimulant à peine l’acuité du regard et la colère de la réalisatrice) d’Heureux comme Lazzaro.
Divisé en deux parties qui se ­répondent comme le font l’Ancien et le Nouveau Testament, le troi­sième long-métrage d’Alice Rohr­wacher embrasse les décennies et les paysages, menant un pauvre peuple d’un éden rural nommé l’Inviolata, perverti par l’exploitation, à la géhenne urbaine. Ces pauvres gens n’ont ni prophète ni messie. Ils n’ont que Lazzaro (Adriano Tardiolo), un garçon ­simple, qui se laisse moquer, bousculer et exploiter, sans colère ni ressentiment. Ce n’est pas tout à fait l’idiot du hameau, mais presque. Son clan est fait de très pauvres gens qui cultivent le tabac pour le compte de la marquise de la Luna (Nicoletta Braschi).
Par la grâce des dialogues
Cette campagne reculée et verdoyante a beau voir passer quelques véhicules à moteur, on pourrait être au Moyen Age. Alice Rohr­wacher traite cette parfaite invraisemblance avec le sérieux d’un enfant qui joue.

   


Il faudrait revoir le film pour comprendre les rouages de ce drôle de mécanisme qui fait que la réalisatrice entraîne tout le monde dans son jeu. Son efficacité tient sûrement à la texture presque palpable de l’image (le film a été tourné sur pellicule super-16), à l’harmonie modeste des cadres. Les personnages qui habitent ce monde ancien se font proches par la grâce de dialogues qui jonglent entre la naïveté et la précision.
De dialogues, Lazzaro n’en a pas beaucoup, mais sa bonté finit par faire de lui, à son corps défendant, le passeur entre les serfs et les seigneurs de l’Inviolata. Son amitié avec Tancredi, l’héritier dévoyé des seigneurs du tabac, menace l’ordre. Celui-ci finit par se désagréger, forçant les paysans à quitter cette terre qui n’a jamais été la leur. Mais Lazzaro est absent lors de cet exode. C’est sur le mode du miracle qu’il réapparaît sur le second volet du diptyque, inchangé dans sa sainte jeunesse, alors que les autres personnages ont vieilli d’au moins vingt ans. Si l’affrontement entre la droiture du jeune homme et l’ordre féodal prenait le tour d’un conte d’une nuit d’été, son séjour à la ville, en hiver, ressemble plus à certains cauchemars d’Andersen.

   


Alice Rohrwacher a la métaphore facile. Lazzaro fait remarquer aux exilés qui se gavent de patatine que sur leur terrain vague poussent toutes les herbes qui leur servaient à faire la soupe à l’Inviolata, et la question de la gestion des ressources est emballée. Comme le seront l’iniquité qui régit le marché du travail ou le peu de foi dont font preuve ceux qui font profession d’en avoir (des nonnes, en l’occurrence).
Ce n’est pas plus difficile à déchiffrer qu’un abécédaire, et pourtant à la ville comme à la campagne, Heureux comme Lazzaro est enveloppé d’une grâce qui ne tient pas tant aux convictions de son auteur qu’à sa maîtrise discrète et impressionnante de l’art de la mise en scène.

Film italien d’Alice Rohrwacher. Avec Adriano Tardiolo, Alba Rohrwacher, Nicoletta Braschi (2 h 05). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.tempestafilm.it/portfolio/cinema/lazzaro-felice et www.facebook.com/tempestafilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ En plein conflit dans l’ex-Yougoslavie, un chauffeur achemine des poids lourds jusqu’à Belgrade. Un premier long-métrage d’Ognjen Glavonic trop littéral.
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Cannes 2018 : « Teret », le salaire de la peur version serbe

En plein conflit dans l’ex-Yougoslavie, un chauffeur achemine des poids lourds jusqu’à Belgrade. Un premier long-métrage d’Ognjen Glavonic trop littéral.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 20h32
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 20h47
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
En 1999, alors que les bombes de l’OTAN pleuvent sur la Serbie, en plein conflit armé avec le Kosovo séparatiste, Vlada (Leon Lucev) se fait quelques dinars en acheminant pour le compte de l’armée des poids lourds jusqu’à Belgrade. Non sans respecter une stricte recommandation : ne surtout, surtout pas ouvrir la porte arrière, fermement cadenassée.
Teret (La Charge/The Load), premier long-métrage de fiction d’Ognjen Glavonic, 33 ans, repose sur une rétention, maintenant longtemps dans le hors-champ la nature de la cargaison. Mais à force de tourner autour du pot, le film finit par se suspendre entièrement à ce point aveugle et obsédant, ce « non-su » qui concentre en lui tout propos et toute signification.
Réalisme désolé
Par ailleurs, le film enrobe ce suspense minimal d’un réalisme désolé, collant son nez à la sinistrose d’un pays en crise. Que la cargaison taboue ait à voir avec la guerre, et plus encore avec la honte et la barbarie de celle-ci, devient peu à peu flagrant.
A la fois sous-signifiant et trop littéral, Teret ne prend des couleurs qu'à l’occasion de rencontres afférentes que Vlada fait sur son chemin : un adolescent fugueur, une noce, son propre fils au bout du chemin… Autant de signes d’une vie qui pourrait peut-être, un jour, recommencer.

Film serbe, français, croate, iranien et qatari d’Ognjen Glavonic. Avec Leon Lucev, Pavle Cemerikic, Tamara Krcunovic, Ivan Lucev, Igor Bencina (1 h 38). Sur le Web : www.nourfilms.com/la-charge et www.quinzaine-realisateurs.com/film/teret



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Rencontre à mi-festival avec le cinéaste, qui fait partie des neuf jurés chargés de décerner la Palme d’or, le 19 mai.
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Cannes 2018 : Robert Guédiguian, le faucon marseillais

Rencontre à mi-festival avec le cinéaste, qui fait partie des neuf jurés chargés de décerner la Palme d’or, le 19 mai.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 20h24
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 11h48
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

Dès qu’elles les croisent, toutes les mirettes de la Croisette fixent ses yeux scrutateurs : si le Festival était un jeu de regards, il en serait le maître. Lui, c’est le faucon du Martinez. On ne parle pas du réalisateur d’Amin, Philippe Faucon, qui s’apprête à poser ses pattes à Cannes. Mais bien de « Hulk », un authentique oiseau de proie, installé à l’entrée de l’hôtel de luxe. D’aucuns assurent qu’en 2013, il en aurait accéléré le rachat, tapant dans la rétine des futurs investisseurs – la fauconnerie est une antique tradition qatarie.
C’est dire le poids du prédateur, qui n’est pas seul : un escadron d’une dizaine de volatiles – buses de Harris, hiboux grands-ducs, faucons blancs – se relaie, depuis 2010, pour dissuader mouettes et goélands de souiller les abords de l’établissement. De quoi constituer un jury de haut vol, rêvasse Robert Guédiguian, en terrasse, bec à bec avec le rapace du palace. En ce samedi de mi-festival, le cinéaste ne patrouille pas les airs, mais les écrans : il fait partie des neuf jurés sommés de décerner, le 19 mai, la Palme d’or.

Les femmes, à commencer par la présidente, Cate Blanchett, y sont majoritaires : « Elles sont cinq “contre” quatre, enfin “contre”, c’est une façon de parler : jusqu’ici, on est tous très d’accord », plaisante-t-il, en visant sa muse et épouse de toujours, Ariane Ascaride, qui file vers le Palais des festivals. Dans quelques minutes, l’actrice en escaladera les marches, aux côtés de quatre-vingt-une personnalités féminines réclamant « l’égalité salariale » – 82, comme le nombre total de réalisatrices invitées en compétition, contre 1 688 hommes.

Le matin même, Jean-Luc Godard formulait une équation moins déséquilibrée, lors de la conférence de presse de son Livre d’image : « Un film, c’est x + 3 = 1 », mathématisait l’octogénaire, via Facetime. Oracle suprême ou énième bobard godardien ? « Je...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ #RaideCarpette. Edwin, 25 ans, s’est lancé un défi : vivre à Cannes, le temps du Festival, sans argent, sans logement, en comptant sur la solidarité des gens.
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Cannes 2018 : « Cannes, sans argent, c’est comment ? »

#RaideCarpette. Edwin, 25 ans, s’est lancé un défi : vivre à Cannes, le temps du Festival, sans argent, sans logement, en comptant sur la solidarité des gens.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 18h58
 • Mis à jour le
14.05.2018 à 16h04
    |

                            Charlotte Herzog








                        





#RaideCarpette. 
« C’est dégueulasse qu’ils ne me laissent pas rentrer. » Qu’est-ce que c’est « dégueulasse » ? A Cannes, c’est loin du tapis rouge que l’on trouve la réponse, dans les bars de la Croisette où viennent se faire mousser ceux qui ne sont pas invités aux soirées. Mythos, refoulés, malchanceux, wannabe… c’est à eux que cette chronique veut donner la parole. Paillettes et glamour au placard, #RaideCarpette vous raconte le festival vu de l’autre côté des barrières ou du bar, là où « y a vachement moyen de faire du cinéma ensemble ». 

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« L’idée n’est pas de jouer au petit mec pauvre qui veut pénétrer le monde des ultrariches. » L’idée c’est de répondre à la question : « Cannes sans argent, c’est comment ? » Edwin a 25 ans. Il est beau, il sourit, il est propre sur lui et il s’est lancé un défi : vivre à Cannes, le temps du Festival, sans toucher à l’argent. Il n’a ni carte bleue ni smartphone. Juste son sac à dos et son panneau, qui précise sa demande : un logement pour la nuit, et de la nourriture. Il compte sur la solidarité, espère la bonté. « Il est comment le cœur des gens, à Cannes ? »
Cela fait cinq jours que « ça marche » pour lui. Edwin a été hébergé par des étudiants en cinéma, des touristes, des locaux. Des gens sympas. On lui a offert des sandwichs, on l’a emmené en soirée. A travers cette expérience, qu’il a aussi menée à Saint-Tropez et Monaco, entre autres, Edwin, étudiant en aménagement du territoire à Rennes, essaye de « comprendre sensiblement ». « En théorie, tu sais ce que veut dire le terme galérer, mais quand on te dit “tu ne peux pas rester là”, “tu n’as pas ta place ici”, “tu ferais mieux de travailler plutôt que d’attendre et de demander” ou “ce serait plus facile si t’étais une fille, t’écarterais les cuisses, et tu trouverais plus vite”, tu reconsidères la précarité, questionnes l’humanité. »

   


Chaque matin, il repart de zéro, « sinon ça ne compte pas ». Il ne reste pas plus d’une nuit chez son hôte solidaire. Il n’accepte pas non plus les nombreux billets que les gens lui tendent. Il ne touche pas à l’argent. Mais bien souvent, c’est ainsi qu’on lui propose de régler son « problème ». Sauf qu’Edwin n’a pas de « problème », ce qu’il veut à tout prix, c’est « déconstruire l’idée selon laquelle les relations seraient, au final, régies par l’argent. Vérifier que l’on peut faire autre chose que monnayer, compter, négocier. Ignorer, juger, classer, caster. Utiliser, consommer, gâcher, jeter. Perdre son autonomie. S’éloigner de notre nature sauvage. Mais pour ça, il faut se regarder, s’écouter, chercher à se comprendre. Pour mieux s’entraider. Pour mieux s’aimer. C’est pour ça que c’est intéressant d’être à Cannes, pendant le Festival. »
Jeu d’image
« Finalement, tout ça est un jeu de communication, d’image. La majorité des gens voient mon carton et l’assimilent à une demande qu’ils n’ont pas envie de traiter, alors ils tournent la tête. » En une journée passée à ses côtés, on a pu observer des gens qui lui souriaient, et d’autres que cela faisait sourire. Des gens qui se sont arrêtés et lui ont dit : « C’est un jeu ? » ; « vous voulez voir des films ? » ; « je peux vous prendre en photo ? » ; « tu devrais essayer avec de l’argent, c’est plus facile comme ça, Cannes » ; « vous n’allez pas réussir ici, croyez-en mon intuition de vieux festivalier » ; « vous savez quoi, même sans rien, vous allez l’air plus heureux que tous les gens ici. Je le vois dans vos yeux ».
Parfois, Edwin a peur. Non pour sa sécurité, les policiers sont partout à Cannes. Peur de ne pas réussir à combler ses besoins primaires. Peur de se rendre compte que tout peut très vite dégringoler. Peur de perdre sa dignité. Peur du regard des autres. Ces autres, « qui te regardent comme si tu étais un moins que rien ». Peur de se sentir vraiment seul dans ce projet « assez fou » de sonder la solidarité de « cet univers, de ceux qui peuvent ».
« T’en viens à te poser encore plus de questions : est-ce qu’ils ciblent ma tête ? Mon carton ? Ma tenue ? A quel moment ils considèrent que je n’existe pas ? Parce qu’au final, tout ce que tu es parle de toi. Surtout ici. Qui est qui ? Qui n’est personne ? De qui on a besoin, ou pas ? »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Le collectif japonais présente à La Villette « Au-delà des limites », une plongée interactive dans un monde sans cadre.
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TeamLab, l’exposition dont vous êtes le héros

Le collectif japonais présente à La Villette « Au-delà des limites », une plongée interactive dans un monde sans cadre.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 18h17
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 19h42
    |

            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

Toshi en est persuadé : « Un moment de beauté peut vous transformer ». Grand (1,87 m) dégingandé, cheveu en bataille, costume vert d’eau jet lagué, Toshiyuki Inoko, le fondateur de TeamLab, nous guide à travers les 2 000 m² d’expérience (comment appeler autrement cette exposition où tout bouge et se télescope dans une symphonie de lumières et de sons ?) que le collectif japonais plante jusqu’à la fin de l’été sous la Grande Halle de La Villette.
Une trentaine d’ingénieurs s’activent à mettre en place les lourds programmes informatiques, alors que les équipes de La Villette finissent de tapisser murs et sols des différentes salles d’une épaisse moquette noire. Noriko la « catalyste » – dans l’univers de TeamLab, un chef de projet s’appelle un catalyseur – agite vers les plafonds les télécommandes qui vont relancer les projecteurs connectés. L’ensemble a sauté. Ils utilisaient trop d’énergie.
C’est l’exposition dont vous êtes le héros. Et pas seulement parce que plutôt que d’entrer par la porte « exposition » vous êtes venus par l’entrée des ateliers où les enfants sont invités à dessiner fleurs et papillons qui, immédiatement scannés, iront peupler la « forêt », mais parce qu’ici tout est interactif.
Un banc de poissons
Vous mettez la main sur le mur où passe un banc de poissons, celui-ci change de direction, et au milieu d’eux vous créez un vortex de couleur. Vous vous tenez au milieu de la rivière de lumière, les filets d’eau vous évitent. Les corbeaux traversent la grande salle, touchent un idéogramme japonais. Aussitôt celui-ci (lune, fleur, ciel…) répand son contenu… Dans La Grande Halle, les plantes suivent le cours des saisons, des personnages de mangas traversent la forêt de tiges géantes, et les musiciens perdus d’une parade traditionnelle que vous avez effleurés de vos doigts, se mettent à grogner…

Un voyage sous acide. « Sans commentaire, rit Toshi, le Japon est très strict sur le sujet. »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Notre choix du soir. Emmanuelle Bercot signe un mélodrame intense et maîtrisé, quoique trop fermé sur lui-même (sur France 2 à 21 heures).
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TV – « La Tête haute » : le retour sur le droit chemin d’un « Rémi sans famille »

Notre choix du soir. Emmanuelle Bercot signe un mélodrame intense et maîtrisé, quoique trop fermé sur lui-même (sur France 2 à 21 heures).



Le Monde
 |    13.05.2018 à 18h00
    |

                            Thomas Sotinel








                        


Film sur France 2 à 21 heures

Il faut avoir un cœur de pierre pour ne pas s’émouvoir du sort de Malony, que sa mère abandonne à 6 ans dans le bureau d’une juge pour enfants. Pourquoi ne pas s’abandonner à son tour ? Les tribulations de Malony, délinquant mal aimé et mal aimant, beau garçon perpétuellement sur le point de se casser la gueule dans les abîmes qu’il ouvre sous ses pas, entretiennent un suspense très simple : va-t-il s’en sortir ou pas ?
Emmanuelle Bercot le dirige avec assurance à travers les chausse-trappes que le scénario sème sur son parcours. Ces pièges, que Malony ne sait pas toujours éviter, sont ceux qui guettaient déjà les jeunes héros en quête de rédemption sociale au temps de la révolution industrielle, d’Oliver Twist au Rémi de Sans famille. La maîtrise d’un genre – le mélodrame – et l’intensité que lui insufflent réalisatrice et acteurs donnent à La Tête haute toutes les chances d’impressionner, d’émouvoir.
Mais si l’on prête attention à la musique implicite du scénario et de la mise en scène, on peut voir le film d’Emannuelle Bercot d’une autre façon, comme un plaidoyer pour l’enfance en danger, qui se retourne contre ceux-là mêmes que l’on prétendait défendre.
Une présence électrique
Après son abandon dans le bureau de la magistrate par une mère indigne (Sara Forestier), on retrouve Malony (Rod Paradot) à l’adolescence, au moment où il occupe ses loisirs à conduire des voitures volées. La même juge le suit, toujours raide dans son expression, toujours souple dans ses décisions. Et finit par assigner l’accompagnement de Malony à Yann, un éducateur qui ressemble au jeune garçon.
A chaque errement de l’adolescent, la magistrate oppose une solution – placement en foyer, stage d’insertion professionnelle – que Yann est chargé de mettre en œuvre. Malony avance sur le parcours qui lui est proposé puis s’en écarte, à charge pour la juge et l’éducateur de trouver une nouvelle voie d’accès au droit chemin. Tout se fait contre lui, contre son incompréhension, contre son rejet des autres et de lui-même.
L’abondance de personnages secondaires ne doit pas faire illusion. La Tête haute est un huis clos et c’est sans doute là sa plus grande faiblesse. Tous les enjeux du destin de Malony sont contenus dans le bureau de la juge, comme si rien ne se passait ailleurs, dans la rue, dans la ville, dans les institutions. Sans trêve, l’enfant rejette l’amour et l’attention qu’on lui offre, jusqu’à ce qu’une brèche s’ouvre dans ses défenses.

   


La conclusion de La Tête haute pèse lourd dans les sentiments qu’inspire le film. Sans la dévoiler, il est permis de relever qu’elle consiste à faire rentrer dans l’ordre celui qui en était sorti. On comprend bien qu’Emmanuelle Bercot a voulu montrer comment une société peut prendre en charge les plus fragiles des siens. Elle parvient – grâce à la présence électrique de Rod Paradot – à incarner cette partie de la collectivité qui suscite la sollicitude (parfois) et la crainte (souvent). Mais ici, l’« oublié » ne l’est jamais, toujours objet d’observation et de décisions. Finalement, la seule injustice dans La Tête haute est celle que Malony commet à son propre égard, et le seul souci de la société, en la personne de ses deux anges gardiens, est de la redresser.
La Tête haute, d’Emmanuelle Bercot. Avec Rod Paradot, Catherine Deneuve, Benoît Magimel (France, 2015, 120 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ A voir aussi ce soir. En 1957, les services français lancent une redoutable opération de manipulation et d’intoxication de l’armée de libération algérienne (sur France 5 à 22 h 40).
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

TV – « La “Bleuite”, l’autre guerre d’Algérie »

A voir aussi ce soir. En 1957, les services français lancent une redoutable opération de manipulation et d’intoxication de l’armée de libération algérienne (sur France 5 à 22 h 40).



Le Monde
 |    13.05.2018 à 17h45
    |

            Christine Rousseau








                        


Documentaire sur France 5 à 22 h 40


BLEUITE, L'AUTRE GUERRE D'ALGERIE [Teaser| from FIGRA on Vimeo.

Pas seulement en raison de son nom, la « bleuite » pourrait s’apparenter à une maladie virale, contagieuse, voire honteuse ; de celles que l’on tait malgré les traces laissées sur la peau. Et des stigmates, cette opération d’infiltration et de manipulation menée par les services français lors de la guerre d’Algérie, en aura laissé, tant sur les corps torturés que dans les mémoires.
Il n’est pour s’en convaincre que d’écouter, aujourd’hui, Rémy ­Madoui, ex-membre de l’ALN (Armée de libération nationale) ­raconter à mots comptés les tortures que lui infligèrent ses frères d’armes, pendant deux semaines. Une éternité. Avant qu’il parvienne, par miracle, à s’évader.
Cette guerre secrète, retorse, qui entraîna une purge effroyable au sein de l’armée algérienne, n’est pas de celles que l’on raconte ­volontiers, d’un côté comme de l’autre de la Méditerranée. Aussi est-ce l’un des grands mérites de Jean-Paul Mari que de retracer avec minutie cet épisode ­méconnu, en s’appuyant sur de maigres archives, et les témoignages éclairants et émouvants ­d’anciens maquisards.

   


L’épisode a pour prélude et pour cadre la Casbah. C’est là, au plus fort de la bataille d’Alger, que le ­capitaine Paul-Alain Léger choisit de lancer, en 1957, une opération d’infiltration et de déstabilisation de ce bastion FLN. Rompu en Indochine à la technique de « retournement de l’ennemi », ce fin psychologue forme très vite une petite équipe de « bleus » qui ne cessera de grossir au fil des semaines.
Grâce à ces hommes, arborant pour certains des bleus de travail, mais aussi à quelques femmes – comme la fameuse Ouria –, l’officier français parvient à arrêter Yacef Saadi, chef FLN de la Zone autonome d’Alger. La ZAA décapitée, Paul-Alain Léger la « ranime » avec une redoutable duplicité. Le temps pour lui d’intoxiquer l’ALN, tout particulièrement le colonel « Amirouche le terrible », en lui faisant croire que ses troupes sont ­infestées d’agents doubles. Le ­poison de la suspicion inoculée, la « bleuite » peut alors se répandre dans tout le maquis. Aveuglement et paranoïa faisant le reste, elle conduira à une vaste purge au sein de l’ALN. Purge dont, aujourd’hui encore, on ne peut dénombrer les victimes – certains avancent le chiffre de 4 000 morts –, ni mesurer les conséquences réelles qu’elle eut sur l’Algérie naissante.
La Bleuite, l’autre guerre d’Algérie, de Jean-Paul Mari (France, 2017, 52 min).



                            


                        

                        

