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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ La région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) a retiré fin avril son aide au documentaire « Cogolin, ville à vendre », consacré à l’ex-maire FN de cette ville. Un collectif de professionnels du cinéma, dont Denis Robert, Bertrand Tavernier, Yolande Moreau, Costa Gavras, Julie Bertuccelli et Robert Guédiguian, y voit un scandaleux geste de censure.
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« Le cinéma soumis à une insupportable censure politique en PACA »

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) a retiré fin avril son aide au documentaire « Cogolin, ville à vendre », consacré à l’ex-maire FN de cette ville. Un collectif de professionnels du cinéma, dont Denis Robert, Bertrand Tavernier, Yolande Moreau, Costa Gavras, Julie Bertuccelli et Robert Guédiguian, y voit un scandaleux geste de censure.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 14h55
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 15h51
   





                        



                                


                            

Tribune. Au moment où s’ouvre le Festival de Cannes, formidable moment de création et de liberté, nous sommes saisis par l’irruption soudaine d’une censure politique en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Lieu de solidarité internationale vis-à-vis des réalisateurs pourchassés par les pouvoirs politiques dans leurs pays, notre région est le théâtre d’un arrangement de basse cuisine électorale entre une présidence Les Républicains (LR) et un conseiller régional ex-Front national (FN). De quoi s’agit-il ?
Un film documentaire portant sur la gestion au quotidien de la ville de Cogolin gagnée aux dernières municipales par le FN vient de voir l’aide qui lui avait été octroyée par la commission audiovisuelle de la région annulée. Son réalisateur Pascal Lorent, habitant de Cogolin, a capté pendant quatre ans les soubresauts et les vicissitudes politiques de sa commune. Son producteur, Denis Robert, après avoir reçu l’engagement de la région, vient d’être informé par un membre du cabinet du président Renaud Muselier, que son film était jugé trop « politique » pour être aidé par une assemblée régionale composée d’élus LR et FN. Jamais en vingt ans d’existence, un élu n’avait remis en cause un financement après qu’un collège d’experts a livré un avis favorable. L’affaire « Cogolin » est donc un précédent fâcheux qui nous incite aujourd’hui à prendre la plume.

Règle floue
Aux demandes répétées d’explications émanant des auteurs, réalisateurs, producteurs indépendants, des journalistes, et des citoyens de la Région, le cabinet de la présidence se cantonne de répéter que, sous cette mandature, « aucun film documentaire politique ou ayant trait à la politique » n’a été, n’est et ne sera aidé. Cette explication est démentie par les faits. A minima, quatre documentaires traitant de politique ont pu être produits avec le soutien de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur. Pis, cette décision institue une règle suffisamment floue pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Dans le film de Panos Cosmatos, l’acteur incarne un bûcheron fou de vengeance après le meurtre de sa compagne. Une série B complaisante et grand-guignol.
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Cannes 2018 : « Mandy », Nicolas Cage, jusqu’à l’outrance

Dans le film de Panos Cosmatos, l’acteur incarne un bûcheron fou de vengeance après le meurtre de sa compagne. Une série B complaisante et grand-guignol.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 13h52
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
Au thriller horrifique Mandy, du jeune Canadien Panos Cosmatos (fils du réalisateur de Rambo 2), est revenue la délicate mission d’électriser la Quinzaine à mi-festival, grâce à son imparable atout de « film de genre ». Le bûcheron Red Miller (Nicolas Cage) file un amour cosmique avec sa petite amie Mandy Bloom (Andrea Riseborough), dans leur grande maison isolée en pleines montagnes. Jusqu’à ce qu’une secte d’évangélistes dégénérés brûle la jeune femme, déclenchant la riposte vengeresse de son compagnon endeuillé.
Une outrance « arty »
De cette trame rebattue ayant tout au plus l’étoffe d’une série B, Cosmatos tire une œuvre ultra-maniériste, baignée d’un ésotérisme néogothique tirant allégrement sur le kitsch. Les scènes s’étirant dans une suspension onirique, les éclairages surnaturels en bleu et rouge pétants, les nappes emphatiques inondant la bande-son, puis le déferlement de gore grand-guignolesque, visent à saturer l’expérience sensorielle.
Problème de taille : l’onirisme perd de son étrangeté quand il n’est pas confronté à une forme de réalité ordinaire. Se livrant à un fétichisme complaisant pour sa propre fantasmagorie, Mandy sombre dans une outrance « arty » (à laquelle la folie de l’acteur Nicolas Cage n’est pas étrangère), trop consciente d’elle-même pour réellement impressionner.
Film américain de Panos Cosmatos. Avec Nicolas Cage, Andrea Riseborough, Linus Roache, Bill Duke, Richard Brake (2 h 01). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.quinzaine-realisateurs.com/film/mandy



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ En ce cinquième jour du 71e Festival de Cannes, la compétition met de nouveau face à face une femme et un homme pour la Palme d’or.
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La gazette de la Croisette : l’Italie de Rohrwacher, le Japon de Kore-eda et l’Odyssée de Kubrick

En ce cinquième jour du 71e Festival de Cannes, la compétition met de nouveau face à face une femme et un homme pour la Palme d’or.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 13h45
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 15h10
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
En ce dimanche 13 mai, ce sont deux habitué·e·s de la Croisette qui font leur entrée en lice pour la Palme d’or : la réalisatrice italienne Alice Rohrwacher avec Heureux comme Lazzaro (Lazzaro felice, Happy as Lazzaro) – qui a déjà remporté un Grand Prix pour Les Merveilles (Le Meraviglie, The Wonders) dès sa première participation à la compétition cannoise en 2014 – et le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda avec Une affaire de famille (Manbiki kazoku, Shoplifters) – qui a déjà été retenu dans la Sélection officielle à six reprises (quatre fois en compétition et deux fois à Un certain regard) et a décroché un prix du jury en 2013 pour Tel père, tel fils (Soshite chichi ni naru).


DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
Hors compétition, en séance de minuit, notre critique Thomas Sotinel a apprécié la performance d’acteur de Mads Mikkelsen dans Arctic, le premier film du Brésilien Joe Penna, dans le rôle d’un aviateur naufragé au nord du cercle polaire.


Dans la section Un certain regard, Véronique Cauhapé a beaucoup aimé le film argentin de Luis Ortega, L’Ange (El Angel), inspiré de l’histoire de Carlos Eduardo Robledo Puch, l’un des plus grands tueurs en série de l’histoire de l’Argentine, né en 1952, surnommé « L’Ange de la mort » par la presse et condamné en 1972 à la réclusion à perpétuité.

ON ATTEND AUJOURD’HUI :
A 18 h 45, dans le cadre de la programmation Cannes Classics, aura lieu une projection exceptionnelle d’une copie de 70 mm, tirée à partir d’éléments du négatif original, pour célébrer les 50 ans du film culte de Stanley Kubrick, 2001 : l’Odyssée de l’espace (2001: A Space Odyssey). « Il s’agit d’une recréation photochimique fidèle qui n’a fait l’objet d’aucune retouche numérique, ni modification de montage. Le film sera projeté dans l’exacte reproduction de l’expérience vécue par les spectateurs lors de la sortie du film au printemps 1968 », précise le Festival de Cannes. La fille de Stanley Kubrick, Katharina Kubrick et son coproducteur Jan Harlan assisteront à cette projection présentée par le réalisateur Christopher Nolan.

        Lire le récit dans « M » :
         

          « 2001 : l’Odyssée de l’espace », heureuse obsession de Christopher Nolan





        Lire la gazette de la Croisette (12 mai) :
         

          Les femmes à l’honneur et Jafar Panahi toujours interdit de tapis rouge






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Dans ce film de Joe Penna, un homme tente de survivre au Pôle Nord. Mads Mikkelsen raconte la manière dont la première scène vient illustrer d’emblée la solitude du personnage.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Cate Blanchett et les autres membres féminins du jury ont participé à une montée inédite des marches, samedi 12 mai.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le cinéaste argentin convoque le western, les films de gangsters, la comédie ou encore « Pierrot le fou » pour raconter l’histoire d’un adolescent meurtrier.
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Cannes 2018 : avec Luis Ortega, méfiez-vous des anges

Le cinéaste argentin convoque le western, les films de gangsters, la comédie ou encore « Pierrot le fou » pour raconter l’histoire d’un adolescent meurtrier.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 02h06
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 12h12
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


Sélection officielle – Un certain regard
Que l’adolescence est belle quand elle prend les allures de Carlitos (Lorenzo Ferro) déambulant dans les rues de Buenos Aires ! Démarche souple, boucles blondes à faire pâlir le soleil, lèvres pleines et rouges comme des pétales, on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Un « ange », tel que le pose le titre du film. Un ange qui prend la vie comme elle vient et les richesses (matérielles) là où elles se trouvent. A savoir dans les luxueuses demeures de la ville où il pénètre avec l’agilité d’un chat, et d’où il ressort au volant d’une voiture de luxe, le butin dans le coffre.
Ainsi va son petit bonhomme de chemin jusqu’à ce que Carlitos rencontre Ramon (Chino Darin), beauté du diable, avec qui il s’associe pour le meilleur et pour le pire. Mus par une attirance un peu trouble, les lascars, forts d’être deux, n’hésitent pas à emprunter le versant plus abrupt de la montagne. Magasin d’armes, bijouterie… sont désormais leur terrain de jeu. Ils n’ont peur de rien, pas même des individus qui barrent leur route, ceux-là se retrouvant aussitôt envoyés d’une balle de revolver dans l’au-delà.

   


L’éclat de la pureté enfantine
Inspiré de l’histoire de Carlos Eduardo Robledo Puch, l’un des plus grands tueurs en série de l’histoire de l’Argentine, né en 1952, surnommé « L’Ange de la Mort » par la presse et condamné en 1972 à la réclusion à perpétuité (pour, entre autres, dix-sept cambriolages et onze meurtres), le film de Luis Ortega prend à contre-pied la noirceur de son sujet. En l’enveloppant d’une humeur joyeuse, en l’élevant vers l’éclat de la pureté enfantine, il en fait un objet solaire, plein d’éclats – humoristiques, artistiques, scénaristiques. L’Ange a certes parfois un regard de démon, il n’en est pas moins un gamin qui agit sans notion du bien et du mal, avec la légèreté d’une innocence dont le cinéaste nous laisse croire qu’elle le définit tout entier.

   


Pour décrire cette figure quasi allégorique – et le duo qu’il forme avec Ramon –, le cinéaste argentin convoque le western, les films de gangsters, la comédie, Pierrot le fou (Jean-Luc Godard), Bonnie et Clyde (Arthur Penn), avec l’esprit joyeux et le cœur léger. L’Ange s’éclaire du travail éblouissant de l’opérateur Julian Apezteguia mais aussi de l’interprétation des acteurs dont aucun rôle, fut-il secondaire, n’est délaissé. Bien au contraire, c’est toute une troupe que met en scène ce quatrième long-métrage de Luis Ortega, sélectionné à Un certain regard, avec des gueules, des allures et des répliques qu’on n’oublie pas. Cet Ange meurtrier nous transporte dans une chevauchée fantastique, au cœur du Buenos Aires des années 1970, avec la dextérité et la profusion d’attractions d’un parc à thèmes où les manèges, les grands huit et les trains fantômes nous mettent sens dessus dessous.

Film argentin de Luis Ortega. Avec Lorenzo Ferro et Chino Darin (2 heures). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.ugcdistribution.fr/film/lange



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Le deuxième long-métrage d’Eva Husson tente de concilier le récit romanesque et l’évocation des tragédies kurde et yézidie.
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Cannes 2018 : « Les Filles du soleil », les combattantes kurdes dans le champ de mines de la fiction

Le deuxième long-métrage d’Eva Husson tente de concilier le récit romanesque et l’évocation des tragédies kurde et yézidie.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 01h51
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 15h43
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Sélection officielle – en compétition
Est-ce donc si grave que les acteurs ne parlent pas la langue de leurs personnages, que le morceau d’histoire (au sens de ce que fait advenir l’humanité) qu’ils traversent soit seulement « inspiré » de ce qu’il s’est passé ? Après avoir vu Les Filles du soleil, on a tendance à répondre que oui, c’est grave, pour autant qu’un choix cinématographique puisse porter à conséquence. Que le recours à la fiction, quand on veut évoquer une tragédie qui n’est pas encore terminée, implique plus de devoirs que de droits.
Pour son deuxième long-métrage, après Bang Gang, chronique de la dérive érotique d’un groupe d’adolescents, Eva Husson a sauté à pied joint dans un brasier : la guerre qui a opposé l’organisation Etat islamique (EI) aux combattants kurdes en 2014 et 2015. Comme nombre de chroniqueurs de ce conflit, elle s’est attachée aux femmes qui ont pris les armes, dans des unités rattachées à diverses obédiences kurdes, et ont affronté les forces du « califat ». Mais celui-ci ne sera pas nommé, pas plus que les factions kurdes, un carton prévient que les noms des lieux, des formations politiques et militaires et le détail des événements ont été changés.
La complexité transnationale gommée
Ce qui affranchit Eva Husson, qui signe le scénario, de la tâche ardue de donner une idée claire de l’origine de ces unités féminines, de leur place dans le paysage kurde, dont la complexité transnationale est ici gommée. Car l’histoire des Filles du soleil est simple. Bahar (Golshifteh Farahani) commande une unité d’anciennes captives dans une région qui ressemble aux monts Sinjar, au nord de l’Irak, théâtre de la persécution des yézidis par l’Etat islamique.

        Lire le portrait :
         

          Golshifteh Farahani, des racines et des ailes




   


Elle accueille dans ses rangs Mathilde (Emmanuelle Bercot), une journaliste française qui arrive sur le théâtre des opérations au moment où tous ses confrères le quittent. Mathilde a perdu un œil (comme la journaliste britannique Marie Colvin, tuée par l’armée gouvernementale syrienne à Homs en 2012) et a été évacuée sur une moto de Homs (comme la journaliste française Edith Bouvier, blessée lors du même bombardement). Elle est aussi veuve d’un journaliste tué en Libye, mère d’une petite fille qu’elle a laissée seule.

On sent bien que de cet amalgame, Eva Husson voudrait faire sortir un personnage de fiction, tout comme du mélange d’éléments des histoires yézidie et kurde qui fait l’histoire de la commandante Bahar, qui d’ailleurs s’exprime dans la variante iranienne de la langue kurde, alors que ses subordonnées lui répondent dans la forme irakienne.
Flash-back
Après tout, l’histoire du cinéma ne manque pas d’exemples glorieux qui ont adopté ce rapport plutôt lâche avec l’histoire. Casablanca reste un beau film antifasciste, même si les Marocains, les résistants et les expatriés américains se sont toujours amusés de sa parfaite invraisemblance. Mais Casablanca a été tourné par des Américains à un moment où ils ignoraient presque tout de la réalité atroce de ce qui se passait en Europe. N’importe quel spectateur ou spectatrice des Filles du soleil peut accéder aux éléments qui ont fait l’histoire des unités féminines kurdes, du martyre des femmes yézidies, des premiers mois de la campagne contre l’EI. Et cette connaissance, ou sa seule possibilité, rend difficile de voir ravalés au rang d’éléments malléables, des faits répertoriés, qui ont chacun leur sens précis.

   


C’est ainsi que l’invasion des « extrémistes » (c’est le nom que leur donne le film), le massacre des hommes, l’enlèvement des enfants, l’asservissement des femmes, seront découpés en flash-back, qui alternent avec le récit de la prise de la ville où Bahar fut capturée par les forces kurdes. La combattante est persuadée que dans une école tenue par les « extrémistes », son fils est endoctriné.
Les motivations des protagonistes relèvent donc des figures romanesques les plus élémentaires : l’une ne peut plus regarder sa fille en face, l’autre veut revoir son fils. C’est tout. Bahar a beau être avocate et polyglotte, rien de politique n’entrera dans son discours, avant tout affectif. Quant à Mathilde, la souffrance que lui occasionne son métier de reporter de guerre (qu’Emmanuelle Bercot rend plus que perceptible) rend incompréhensible son acharnement à l’exercer. S’il est une hypothèse qu’Eva Husson ne veut pas évoquer, c’est que certaines femmes puissent aimer la guerre, pour la raconter ou pour la faire, malgré Lee Miller ou Jeanne d’Arc.

Film français d’Eva Husson. Avec Golshifteh Farahani et Emmanuelle Bercot (1 h 55). Sortie en salle le 21 novembre. Sur le Web : www.lesfillesdusoleil-lefilm.com/presse



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Le deuxième long-métrage de Romain Gavras, avec Vincent Cassel et Isabelle Adjani, ne montre rien d’autre que des personnages s’arnaquant les uns les autres.
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Cannes 2018 : « Le monde est à toi », un polar tape-à-l’œil

Le deuxième long-métrage de Romain Gavras, avec Vincent Cassel et Isabelle Adjani, ne montre rien d’autre que des personnages s’arnaquant les uns les autres.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 01h30
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 11h05
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
François (Karim Leklou), dealer de banlieue en quête de légitimité, ambitionne de devenir le distributeur officiel de la franchise « Mister Freeze » (la fameuse marque de bâtons glacés) sur le territoire marocain, alors qu’il vit encore auprès d’une mère flambeuse et castratrice, Dany (Isabelle Adjani), qui dilapide tout son pécule au jeu. Pour se renflouer, il accepte une combine de Poutine, le caïd du quartier, et part en Espagne réceptionner une cargaison de résine de cannabis. Accompagné d’un beau-père margoulin (Vincent Cassel), d’une amie michetonneuse (Oulaya Amamra, vue dans Divines, de Houda Benyamina) et d’un duo explosif de petites frappes nommées toutes deux Mohammed, François s’enfonce dans un plan hasardeux qui ne tarde pas à déraper dans les grandes largeurs.

   


Une galerie de pieds nickelés
Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Le monde est à toi est le deuxième long-métrage de Romain Gavras, cofondateur du collectif « Kourtrajmé », réputé pour ses clips musicaux percutants (avec des artistes comme M.I.A., Justice ou Kanye West). Avec son titre reprenant la fameuse devise de Scarface (« The World Is Yours »), le film en propose une sorte de relecture franchouillarde, ajustée aux dimensions d’un décor français où la démesure à l’américaine cède le pas à l’esprit de dérision. S’il raconte l’ascension d’un petit délinquant rêvant de passer des cités-dortoirs aux zones pavillonnaires (c’est-à-dire de changer de décor), c’est sous un jour quasi parodique, à travers les bourdes en série de personnages qui s’affirment comme une galerie de pieds nickelés.

   


La mise en scène brasse beaucoup d’air et fait beaucoup de bruit pour pas grand chose
On peut toutefois ne pas être sensible à cet humour qui carbure à l’agressivité verbale (insultes, vannes et intimidations) et se résout dans un imaginaire potache (Adjani en burkini, les migrants servant de domestiques bon marché). Sous son vernis tape-à-l’œil, la mise en scène brasse beaucoup d’air et fait beaucoup de bruit pour pas grand chose. Le monde est à toi ne s’intéresse, en définitive, qu’à des personnages s’arnaquant les uns les autres, et ne décrit qu’une laborieuse quête de virilité, celle d’un héros cherchant à se défaire d’une réputation trop tendre. On conçoit qu’un tel programme puisse sembler, aujourd’hui, quelque peu dépassé.

Film français de Romain Gavras. Avec Karim Leklou, Isabelle Adjani, Vincent Cassel, Oulaya Amamra, François Damiens, Philippe Katerine (1 h 40). Sortie en salle le 22 août. Sur le Web : www.quinzaine-realisateurs.com/film/le-monde-est-a-toi



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le dernier film du réalisateur iranien se présente comme une nouvelle variation destinée à figurer sa claustration, alors qu’il reste assigné à résidence dans son pays.
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Article sélectionné dans La Matinale du 12/05/2018
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Cannes 2018 : « Trois visages », le minimalisme virtuose de Jafar Panahi

Le dernier film du réalisateur iranien se présente comme une nouvelle variation destinée à figurer sa claustration, alors qu’il reste assigné à résidence dans son pays.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 01h14
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 11h13
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Sélection officielle – en compétition
Quatre jours après son compatriote Asghar Farhadi, c’est au tour de l’Iranien Jafar Panahi d’entrer en lice. On ne saurait imaginer tandem plus disparate. Exilé de son pays, coqueluche du cinéma d’auteur grand public, Farhadi est passé maître dans l’art des récits bien ficelés et de l’inquiétude morale. Revers de la médaille – et cas fréquent de l’art cinématographique –, l’éloignement de la terre natale ne favorise pas toujours l’inspiration qui guidait l’artiste lorsqu’il tournait à domicile. A contrario, Panahi, sans doute moins célèbre, est plus chéri des cinéphiles « hardcore », qui voient en ce fils spirituel et ancien assistant du maître Abbas Kiarostami la continuation du cinéma moderne iranien, sous les auspices d’une requalification baroque du néoréalisme.
La carrière de ce fils d’un peintre en bâtiment élevé dans les quartiers déshérités de Téhéran et les récompenses prestigieuses qui la jalonnent l’attestent. Caméra d’or à Cannes pour Le Ballon blanc (1995), Lion d’or à Venise pour Le Cercle (2000), prix Un certain regard à Cannes pour Sang et or (2003), Ours d’argent à Berlin pour Hors Jeu (2006), Ours d’or pour Taxi Téhéran (2015)… L’acuité de son regard sur les maux de la société iranienne (plus marquée que chez Kiarostami : absence de liberté, sort des femmes, misère du petit peuple), associée à la grâce et à l’humour qu’il sait conférer à son insolence, règle très rapidement son cas auprès des autorités. Lesquelles commencent par interdire ses films, avant de lui interdire carrément de les tourner lorsque le réalisateur rejoint les opposants à l’ex-président Mahmoud Ahmadinejad. Emprisonné puis jugé en 2010, condamné à six ans de prison et à une interdiction de tourner la moindre image durant vingt ans, il est depuis lors assigné à résidence.

        Lire la gazette de la Croisette :
         

          Les femmes à l’honneur et Jafar Panahi toujours interdit de tapis rouge



L’Iran étant de toute évidence un pays prodigieux, aucune de ces mesures de rétorsion n’a réussi à empêcher Jafar Panahi de tourner des films et de les faire sortir du pays, selon des voies mystérieuses qui n’appartiennent qu’à lui. De sorte qu’un étrange commerce s’est noué depuis lors entre les grands festivals qui, intercédant en vain auprès des plus hautes autorités iraniennes pour inviter l’auteur, sélectionnent régulièrement ses films et les projettent en son absence. Tout cinéphile sait d’évidence que ce hors-champ ne fait qu’y renforcer son aura. Depuis lors, Ceci n’est pas un film (2011), Pardé (2013) ou Taxi Téhéran ont, chacun à leur manière, mis en scène l’enfermement du cinéaste acculé à l’inaction et s’employant à la contourner, sur un ton où le tragique le dispute à la malice, avec pour enjeu l’affirmation opiniâtre de sa survie, comme homme et comme artiste.

   


Conditions drastiques de tournage
La gravité de ces attendus – voilà bien le plus stupéfiant – n’empêche pourtant rien au jeu qui caractérise l’esthétique de ce cinéma. Au contraire, eu égard aux conditions drastiques des nouveaux tournages de Panahi, il accuse ce minimalisme virtuose, jetant un trouble définitif sur le sentiment qui nous permet de départager la réalité de la fiction. Trois visages se présente ainsi comme une nouvelle variation destinée à figurer la claustration du metteur en scène, qui oscille depuis quatre films entre l’appartement et la voiture. C’est ici de nouveau la voiture, mais prise pour un voyage qui nous emmène plus loin – dans les régions turcophones et montagneuses du Nord-Ouest iranien – et que Panahi, dans son rôle récurrent de cinéaste-acteur, se contente de convoyer.

        Lire le compte-rendu :
         

          82 femmes appellent à la parité et à l’égalité salariale sur les marches du Festival de Cannes



La séquence d’ouverture, filmée au téléphone portable et en contre-plongée par l’intéressée, est celle d’une jeune fille qui se pend dans une grotte, non sans avoir adressé, de la plus confuse des manières à un personnage qu’on ignore, un pathétique appel à l’aide. Brisé net par le saut dans le vide de la fatale héroïne, ce plan inaugural est suivi d’un raccord qui va s’évertuer d’en renouer et d’en démêler les fils. On passe alors à bord d’un 4x4 poussiéreux, comme les aime le cinéma iranien qu’on apprécie, à bord duquel se tiennent à la place du passager une femme voilée à demi-hystérique et à celle du conducteur un type qui s’efforce de la raisonner, mais dont on n’entend que la voix.
La fidélité de Jafar Panahi au maître défunt Abbas Kiarostami est une manière de jouer sa propre liberté
Il appert bientôt que la première est la renommée actrice Mme Jafari (c’est bien elle), que le second est le célèbre cinéaste M. Panahi (c’est bien lui), que la fille qui a envoyé le message délirant, dénommée Marziyeh, est une élève du conservatoire que sa famille veut garder de force au village et qui en appelle à l’intercession de Mme Jafari ; qu’enfin, Mme Jafari et M. Panahi, dans l’inquiétude de savoir si c’est une vivante ou une morte qui veut continuer sa carrière théâtrale, se rendent à son village pour en avoir le cœur net, en d’autres termes pour tenter d’établir la vérité sur la nature réelle ou fictive du suicide en question.
Vivre sa vie dans une société passionnée par la mort
Il s’ensuit, comme on dit, une cascade de péripéties plus ou moins étranges, drôles et pittoresques confrontant notre couple d’enquêteurs aux autochtones, dans une quête de vérité qui tient plus du jeu de cache-tampon que de la poursuite du Graal. On y croise, notamment, un vieux sage, un tenant cromagnonesque du patriarcat, une vieille qui teste sa tombe, des conducteurs folâtres, des fans de séries télévisées, et une jeune fille qui voudrait, coûte que coûte, vivre sa vie dans une société passablement passionnée par la mort. Le tout est terriblement kiarostamien, avec des réminiscences précises de Où est la maison de mon ami ? (1987), du Goût de la cerise (1997) et du Vent nous emportera (1999). Autant de films qui jouent, eux aussi, la vie contre la mort, l’exorcisme de la fatalité. Une situation désormais familière à Jafar Panahi, dont la fidélité au maître défunt est une manière de jouer sa propre liberté.
Film iranien de Jafar Panahi. Avec Behnaz Jafari, Jafar Panahi, Marziyeh Rezaei (1 h 40). Sortie en salle le 6 juin. Sur le Web : distribution.memento-films.com/film/infos/89



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le premier film du Brésilien Joe Penna permet à Mads Mikkelsen de faire preuve de son endurance dans le rôle d’un aviateur naufragé au nord du cercle polaire.
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Cannes 2018 : « Arctic », pêche à la truite et survival

Le premier film du Brésilien Joe Penna permet à Mads Mikkelsen de faire preuve de son endurance dans le rôle d’un aviateur naufragé au nord du cercle polaire.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 00h58
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 12h26
    |

                            Thomas Sotinel








                        



Sélection officielle – hors compétition, séance de minuit
Le genre a fait ses preuves à Cannes. L’homme seul qui lutte contre les éléments pour sa survie. En 2013, J. C. Chandor et Robert Redford enfermaient toute une salle dans la cabine d’un voilier en perdition, et les spectateurs ressortaient lessivés d’All Is Lost. L’ambition de Joe Penna, youtubeur brésilien passé à la réalisation de publicités, de clips et maintenant d’un long-métrage, est de susciter chez leurs successeurs de 2018 des engelures imaginaires, en une centaine de minutes de séjour au nord du cercle polaire, arctique, comme le titre l’indique.

   


La minutie avec laquelle il énumère les stratagèmes qu’élabore Overgard (Mads Mikkelsen), son héros, pour ne pas mourir de faim ou de froid après le crash de l’avion qu’il pilotait, pourrait emporter la conviction si le réalisateur, qui est aussi scénariste (avec Ryan Morrison), avait fouillé le caractère de son unique personnage avec l’ardeur que celui-ci met à creuser dans la neige un gigantesque SOS visible du ciel. Mais l’essentiel de ce travail incombe au seul Mads Mikkelsen, par ailleurs durement mis à contribution dans d’autres compartiments du jeu : bricolage, pêche, premiers secours…

   


Une morale aussi rigoureuse que le climat
Car si le film n’a besoin que d’un acteur, sa population totale s’élève à deux âmes. Les premières séquences montrent Overgard plusieurs semaines après le crash de son avion et la mort de son copilote. Ses journées sont minutées à la seconde : pêche à la truite arctique, activation d’une balise de fortune, entretien du signe SOS déjà mentionné. L’acteur donne à cette ascèse une noblesse certaine, on sent qu’Overgard est un garçon sérieux. C’est aussi un homme de bien. Lorsqu’un hélicoptère qui a fini par le repérer s’écrase à son tour, il en extrait une copilote, thaïlandaise, qui restera pendant tout le film dans un état semi-comateux. Le naufragé devient sauveteur, et doit choisir entre sa seule survie et celle de la microcollectivité constituée par les catastrophes aériennes.

   


A chaque fois qu’il lui faut choisir, Overgard témoigne d’une morale aussi rigoureuse que le climat qu’il doit subir. Malgré l’engagement physique de Mads Mikkelsen, malgré l’inépuisable étonnement de son regard face aux merveilles et à la cruauté de la nature, on finit par ne plus douter de grand chose quant à l’issue de cette ordalie. Si bien qu’on s’intéresse à de petits détails : pourquoi la blessée ne sort-elle jamais du sac de couchage dans lequel son sauveteur l’a enveloppée ? N’est-ce pas contraire à l’hygiène la plus élémentaire ? Comment notre héros, au bout de plusieurs semaines de diète salmonidée, peut-il faire preuve d’une force physique et d’une endurance dignes du mieux nourri des triathlètes ? Quand ce genre de préoccupations se glisse dans les replis de l’esprit du spectateur au point de le distraire des événements qui surviennent à l’écran, le film n’est pas tout à fait réussi.

Film américain de Joe Penna. Avec Mads Mikkelsen, Maria Thelma Smaradottir (1 h 37). Sortie en salle le 5 décembre. Sur le Web : www.thejokersfilms.com/films/arctic



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ De nombreuses stars et femmes du 7e art, dont la présidente du jury Cate Blanchett, ont pris part, samedi, à une montée des marches 100 % féminine en faveur de l’égalité.
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Article sélectionné dans La Matinale du 12/05/2018
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Cinéma : 82 femmes appellent à la parité et à l’égalité salariale sur les marches du Festival de Cannes

De nombreuses stars et femmes du 7e art, dont la présidente du jury Cate Blanchett, ont pris part, samedi, à une montée des marches 100 % féminine en faveur de l’égalité.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 18h58
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 14h15
   





                        



Quatre-vingt-deux femmes ont lancé, samedi 12 mai, un appel à « l’égalité salariale » dans le cinéma, lors d’une montée des marches inédite et 100 % féminine au Festival de Cannes. Parmi elles, les membres féminins du jury, dont sa présidente Cate Blanchett, des réalisatrices, des actrices, mais aussi des monteuses, des productrices et des décoratrices, toutes femmes du 7e art.
Cette première dans l’histoire du Festival vient marquer cette 71e édition, la première depuis l’éclatement du scandale Weinstein. Le producteur hollywoodien a été accusé ces derniers mois de harcèlement sexuel et de viols par plus d’une centaine de femmes à travers le monde, stars comme actrices débutantes.

   


« Nous demandons l’équité et la réelle diversité »
« Nous mettons au défi nos gouvernements et nos pouvoirs publics pour appliquer les lois sur l’égalité salariale », a déclaré la réalisatrice française Agnès Varda, qui a pris la parole aux côtés de la star australienne Cate Blanchett, toute de noire vêtue.

        Lire le récit :
         

          Et Cannes créa le tout-puissant Harvey Weinstein



« Nous mettons au défi nos institutions pour organiser activement la parité et la transparence dans les instances de décision. (…) Nous demandons l’équité et la réelle diversité dans nos environnements professionnels », ont-elles lu sur le tapis rouge, l’une en anglais, l’autre en français.
Elles ont toutes les deux rappelé que 82 est le nombre de femmes retenues en compétition pour la Palme d’or par le Festival depuis sa première édition en 1946, contre 1 688 hommes.
Elles ont également souligné que depuis sa création, 71 réalisateurs avaient reçu une Palme d’or, contre seulement deux femmes : Jane Campion, en 1993, pour La Leçon de piano, ex aequo avec le Chinois Chen Kaige, et Agnès Varda elle-même, pour une Palme d’honneur en 2015.

   


Trois femmes en lice pour la Palme d’or
« Les femmes ne sont pas minoritaires dans le monde, et pourtant, notre industrie dit le contraire », ont encore souligné Cate Blanchett et Agnès Varda. Autour d’elles sur le tapis rouge, figuraient Salma Hayek, Marion Cotillard, Jane Fonda, Claudia Cardinale, Julie Gayet et les membres féminins du jury.

        Lire le compte-rendu :
         

          Cate Blanchett, prochaine présidente d’un Festival de Cannes qui laisse peu de place aux femmes



Le Festival avait envoyé un premier signal fort en direction des femmes, en choisissant un jury majoritairement féminin.
Cette marche symbolique a été organisée avant la projection des Filles du soleil, le film de la première des trois femmes en lice cette année pour la Palme d’or, la Française Eva Husson. Son film suit un bataillon de combattantes kurdes commandé par la sergente Bahar, jouée par l’Iranienne Golshifteh Farahani.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ A l’ACID, la réalisatrice Marie Losier dresse un portrait politique et burlesque d’une star de la « lucha libre », version mexicaine du catch.
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Cannes 2018 : Cassandro, exotique catcheur fellinien

A l’ACID, la réalisatrice Marie Losier dresse un portrait politique et burlesque d’une star de la « lucha libre », version mexicaine du catch.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 13h34
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

ACID
Face au miroir, Cassandro s’asperge de laque et fixe le spectateur devant l’écran, en même temps que ses cheveux. Collant lycra, body échancré, paupières pailletées, mèches blondes sculptées. La chevelure, c’est l’arme fatale du catcheur qui se l’arrache en cas de victoire. Comme on scalpe ou on enlève le masque. Ainsi apparaît Cassandro, splendide et fragile star mondiale du catch mexicain, la lucha libre, dès les premières images du film de Marie Losier, Cassandro the Exotico !, tourné en pellicule seize millimètres et sélectionné à Cannes dans la section ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion).
De sa loge à la salle de spectacle, Cassandro fait sa diva. Une fois sur le ring, c’est un lion, grimaçant, en colère. Il fonce en vol plané, cogne l’adversaire, s’écrase sur le sol. On s’arrête de respirer, mais il se relève aussitôt, cuisses écartées, prêt à bondir, comme dans un dessin animé… Cela fait trente ans, depuis 1987, que le « fauve » fellinien se jette à corps perdu. Il est recousu de partout : il a dû quitter le ring depuis près d’un an, après un match difficile en juillet 2017.

« L’homme derrière la star du catch »
On retrouve la réalisatrice et sa créature à Cannes, au quatrième étage d’une terrasse. Une hauteur correcte pour celui qui s’est jeté, un jour, d’une dizaine de mètres de haut lors d’un match, galvanisé par ses fans. Il a été récupéré in extremis par six paires de bras paniqués… Il n’est pourtant pas si imposant, Cassandro, du haut de son mètre soixante, talons aiguilles compris. Jean noir et chemise rose, veste panthère sous le brushing parfait, son large sourire découvre des dents trop blanches pour être vraies. Bien sûr, il s’est fracassé la mâchoire plus d’une fois. Marie Losier est encore plus petite que lui, toute menue dans son « bleu de travail », les joues roses et la silhouette sculptée par des années de danse, d’acrobatie et de trapèze. C’est Judith...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Au 71e Festival de Cannes, le quatrième jour de compétition est marqué par l’entrée en lice de la réalisatrice Eva Husson et une « montée des marches 100 % féminine ».
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La gazette de la Croisette : les femmes à l’honneur et Jafar Panahi toujours interdit de tapis rouge

Au 71e Festival de Cannes, le quatrième jour de compétition est marqué par l’entrée en lice de la réalisatrice Eva Husson et une « montée des marches 100 % féminine ».



Le Monde
 |    12.05.2018 à 13h19
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 14h02
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
En ce samedi 12 mai, la première des trois femmes en compétition pour la Palme d’or (sur une sélection de 21 prétendants), la Française Eva Husson, présente son film Les Filles du soleil, avec Golshifteh Farahani et Emmanuelle Bercot, sur un bataillon de combattantes au Kurdistan. C’est sa première participation au Festival de Cannes.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Golshifteh Farahani, des racines et des ailes




Face à elle, le cinéaste iranien Jafar Panahi entre en lice avec Trois visages (Se rokh/3 Faces). Pour sa quatrième sélection cannoise (en séance spéciale en 2011, à Un certain regard en 2003 et à la Quinzaine des réalisateurs en 1995), il ne devrait pas pouvoir venir sur la Croisette défendre son film. Détenu pendant deux mois en 2010, il a été condamné en 2011 à six ans de prison et vingt ans d’interdiction de réaliser ou écrire des films, de voyager ou s’exprimer dans les médias, pour « propagande contre le régime ». Il bénéficie d’une liberté conditionnelle, qui peut être révoquée à tout instant.
Des extraits vidéo du film de Jafar Panahi sont disponibles sur le site du Festival de Cannes.
DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
A la Semaine de la critique, le premier long-métrage de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt, Diamantino, a séduit notre critique Clarisse Fabre. Véritable ovni pop et déjanté, le film met en scène, entre autres, une star de football déchue et candide, Diamantino, interprétée par Carloto Cotta, le héros de Tabou (2012) et des Mille et une nuits (2015), de Miguel Gomes.
Du côté de la Quinzaine des réalisateurs, Mathieu Macheret voit dans Les Confins du monde, de Guillaume Nicloux, avec Gaspard Ulliel et Gérard Depardieu, un âpre récit de la guerre d’Indochine, qui montre le conflit comme une névrose sexuelle.
Dans la section Un certain regard (qui fait partie de la sélection officielle), Jacques Mandelbaum a repéré Gräns (Border), d’Ali Abbasi, un film étrange et remarquable sur le thème de la monstruosité.
Du côté de la programmation de l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion), Clarisse Fabre a rencontré Cassandro, splendide et fragile star mondiale du catch mexicain, la lucha libre, personnage principal du film de Marie Losier, Cassandro the Exotico !, tourné en pellicule 16 mm.
ON ATTEND AUJOURD’HUI :
Vers 18 heures, 82 femmes, autant que de réalisatrices sélectionnées au Festival de Cannes depuis 1947 (contre 1 688 réalisateurs), devraient faire une symbolique « montée des marches 100 % féminine » en s’arrêtant au milieu pour marquer le chemin qui reste encore à parcourir. Cette ascension du tapis rouge devrait reprendre après la lecture d’un texte écrit par Agnès Varda (en français) et Cate Blanchett (en anglais), présidente du jury cette année, se répondant l’une l’autre.

        Lire l’éditorial :
         

          Au cinéma, la cause des femmes



A noter également, le deuxième des quatre rendez-vous consacrés à des acteurs et réalisateurs accueillera, à 16 heures, le réalisateur Christopher Nolan.

        Lire le récit dans « M » :
         

          « 2001 : l’Odyssée de l’espace », heureuse obsession de Christopher Nolan




        Lire la gazette de la Croisette (11 mai) :
         

          Godard, éternel absent, la pègre de Jia Zhang-ke et des échos de Mai-68






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le cinéaste chinois se confronte au genre avec une histoire poétique et fulgurante, qui se déroule au sein de la pègre de Datong, dans la province du Shanxi.
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Cannes 2018 : « Les Eternels », le film noir selon Jia Zhang-ke

Le cinéaste chinois se confronte au genre avec une histoire poétique et fulgurante, qui se déroule au sein de la pègre de Datong, dans la province du Shanxi.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 10h45
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Sélection officielle – en compétition
La première vertu du Festival de Cannes est d’être ce lieu, à peu près unique au monde, où les plus grands cinéastes du temps aiment à se retrouver. C’est le cas depuis quelques années du réalisateur chinois Jia Zhang-ke, 47 ans, chroniqueur balzacien des mutations de son pays natal dans une brassée de films à l’intelligence aiguë et à la forme somptueuse.

        Lire le portrait :
         

          Les paradoxes de Jia Zhang-ke



Durant les trois années qui le séparent de son dernier passage avec Au-delà des montagnes (2015), Jia Zhang-ke s’est occupé. Il a trouvé le temps de lancer le ­projet d’un réseau de salles ­consacré au cinéma indépendant, de créer un ambitieux festival de cinéma dans sa région ­natale du Shanxi, de se faire élire député de cette même région, de voter enfin à ce titre les pleins pouvoirs, en mars, au président Xi Jinping.

        Lire la rencontre :
         

          De la danse au cinéma, les pas de deux de Zhao Tao



De quoi étonner pour un réalisateur qui a eu d’emblée et assez longtemps maille à partir avec les autorités de son pays depuis Xiao Wu artisan pickpocket (1997), ­premier long-métrage interdit. De quoi, aussi, susciter la ­perplexité de ses laudateurs, qui voyaient en lui depuis vingt ans la figure tutélaire du cinéma ­chinois indépendant, plus enclin à défier le pouvoir qu’à lui signer des chèques en blanc. Sans doute faudrait-il être fin connaisseur de la Chine pour se faire une ­religion sur cette étonnante transformation de Jia Zhang-ke en mini-puissance politique.
« Les Eternels » lève le rideau en 2001 à Datong, dans l’électricité d’un pays saisi par la fièvre du changement
En tout état de cause, l’industrieux créateur a également pris le temps de réaliser un nouveau film, son neuvième long-métrage de fiction à ce jour, vers ­lequel on comprendra que la ­curiosité, comme jamais, a poussé les festivaliers. Bien leur en a pris, puisqu’ils auront pu constater que le talent du ­cinéaste est toujours éclatant et que son film – voilà bien la grandeur de l’art – ne parle justement que d’une chose : celle de la non évidente fidélité à soi-même.
Les Eternels lève le rideau en 2001 à Datong, dans l’électricité d’un pays saisi par la fièvre du changement, entre salle de spectacle et arrière-salle de jeu, et dont le nouvel hymne serait YMCA, des Village People. Dans la lumière bleue, rouge et verte des néons, un couple règne sur ces agapes, Bin, moustachu trapu et dur à cuire, chef d’une petite bande mafieuse, et sa fiancée Qiao, liane brune fortement ­stylée.
Trois époques
Là-dessus, le réalisateur va ­déployer son film en trois époques et deux heures trente, qui passent comme une flèche. La première voit la montée d’une concurrence entre délinquants qui, détachée des codes d’honneur, déchaîne contre Bin de ­jeunes voyous sans foi ni loi qui l’auraient tué si Qiao n’avait sorti à temps et fait usage d’une arme à feu, ce qui lui vaut une peine de prison de cinq années.
L’ellipse de son emprisonnement – et Dieu sait que Jia a ­l’ellipse la plus élégante du ­cinéma contemporain – nous fait bondir à sa libération en 2006, date à laquelle elle retrouve, dans un pays en chantier, Bin converti dans l’industrie, accompagné d’une nouvelle fiancée, et peu enclin à lui témoigner la reconnaissance et encore moins l’amour qu’il devrait à son sacrifice.
La finale voit un Bin laminé et paralytique, essoré par son incursion capitalistique
La finale voit un Bin laminé et paralytique, essoré par son incursion capitalistique, revenir auprès de Qiao, qui a, quant à elle, repris et poursuivi avec succès la petite entreprise mafieuse de leurs débuts.
Ce qui se passe ensuite sera ­naturellement à découvrir en décembre, date de la sortie du film. En attendant, plusieurs choses peuvent être d’ores et déjà mises au crédit de Jia Zhang-ke. L’extraordinaire fluidité d’un récit pourtant lacunaire, enchaînant des ­régimes de narration différents, non dépourvu par ailleurs d’incidentes parfaitement étranges.
L’humour qui affleure
Les correspondances nombreuses avec le reste de l’œuvre (la ­région du Shanxi, le chantier du barrage des Trois-Gorges, la ­colossale mutation urbanistique, la dérive et l’enlisement des ­espoirs, la fièvre de changement qui laisse les individus sur le ­carreau). La beauté stupéfiante, inédite dirait-on, jamais vue sous cette forme et en de tels enchaînements, qui émane de certaines séquences, tels les deux amants qui se séparent inexorablement dans une chambre jaune infusée par la tristesse et la honte, ou cet immeuble d’outre-monde surgi de la nuit, magiquement éclairé par de possibles forces extraterrestres, dans un ciel étoilé sous lequel Qiao revient seule chez elle pour y refaire sa vie.
Il faudrait encore souligner l’humour qui affleure ici plus qu’à l’ordinaire, à commencer par ce redoublement brechtien qui court tout au long du film entre pègre et capitalisme, et qui nous laisse clairement entendre que la première peut du moins se prévaloir d’une certaine « droiture » et du respect des traditions.
Jia Zhang-ke est désireux depuis quelque temps de se confronter au genre
L’extraordinaire homme du train rencontré par Qiao à son ­retour, exemple de folie désespérée des grandeurs engendrée par le libéralisme, vaut au passage son pesant de cacahuètes, qui prétend monter une entreprise de voyage touristique destiné à se rapprocher des ovnis.
Telle est la manière originale avec laquelle Jia Zhang-ke – désireux depuis quelque temps de se confronter au genre – s’empare du film noir, après s’être essayé au film de sabre (A Touch of Sin, 2013) ainsi qu’au mélo (Au-delà des montagnes, 2015). Celui-ci, magnifiquement déstabilisant, poétique et fulgurant, opaque et lumineux à la fois, fera, ­gageons-le, partie de ses plus grands films.

Film chinois de Jia Zhang-ke. Avec Zhao Tao, Liao Fan (2 h 21). Sortie en salle le 26 décembre. Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/les-eternels



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ L’actrice des « Eternels », en compétition, également épouse du cinéaste Jia Zhang-ke, rêvait de devenir danseuse.
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Cannes 2018 : de la danse au cinéma, les pas de deux de Zhao Tao

L’actrice des « Eternels », en compétition, également épouse du cinéaste Jia Zhang-ke, rêvait de devenir danseuse.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 10h44
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 10h46
    |

            Véronique Cauhapé








                        



                                


                            

Ce fameux jour d’été où il a emmené sa fille à un stage de danse, le père de Zhao Tao était loin d’imaginer les conséquences de cette initiative. Car du haut de ses 13 ans, la gamine n’allait pas s’en remettre. Son rêve serait désormais de devenir danseuse. Elle s’y obstine d’emblée,­ ­souhaite suivre les cours que propose son collège dans cette discipline. Son père s’y oppose, elle s’inscrit en cachette, il l’apprend et, pour la première fois, la frappe. Ils n’échangeront plus un mot pendant un an.

C’est pourtant ce père qui, sans doute impressionné par la persévérance de sa fille, finit par l’inscrire à une école professionnelle de danse dont elle dit avoir encore sur le corps la trace des souffrances auxquelles il a été soumis pendant six ans. Ce n’est rien. Le pire arrive lorsqu’elle intègre la prestigieuse Académie de danse de Pékin, où le rêve, cette fois, vire au cauchemar. « Je ne parviens pas à trouver les mots pour exprimer ce que j’ai ressenti. L’enseignement était tellement strict, l’atmosphère si austère que j’éprouvais un sentiment d’oppression physique et psychologique, comme si on contrôlait mon esprit. Je me mettais à détester cette discipline dont j’avais voulu faire mon métier. Je me demandais comment j’allais sortir de ce cercle infernal. »
­ « La professeure la plus redoutée »
La solution, elle la trouve dans l’enseignement. « J’ai appris la danse à des élèves avec l’exigence que l’on m’avait infligée. J’étais la professeure la plus redoutée de l’école », s’amuse-elle avant de reprendre son sérieux pour raconter la façon dont le cinéaste Jia Zhang-ke, en quête d’étudiants-danseurs pour son film Platform (2000), a fait irruption dans un de ses cours. « A la fin, son assistant est venu me dire qu’il voulait collaborer avec moi. Puis ils se sont mis à me parler de cinéma, du Festival de Berlin, je ne comprenais, ne connaissais rien. Quand ils sont repartis, je n’y ai plus pensé. »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Editorial. Les inégalités de genre sont légion dans le 7e art. A Cannes, en 71 éditions, 82 cinéastes femmes ont vu leurs œuvres sélectionnées, contre 1 688 hommes.
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Cinéma : la cause des femmes

Editorial. Les inégalités de genre sont légion dans le 7e art. A Cannes, en 71 éditions, 82 cinéastes femmes ont vu leurs œuvres sélectionnées, contre 1 688 hommes.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 10h39
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 14h14
   





                        


Editorial du « Monde ». Cinquante ans après Mai 68, la révolution n’est pas au programme du Festival de Cannes. Et pas seulement parce que les aphorismes de Jean-Luc Godard ont pris un coup de vieux. Alors que l’affaire Weinstein a déclenché depuis sept mois un vent de révolte tous azimuts pour défendre la cause des femmes et dénoncer à voix forte le sexisme ordinaire – ou extraordinaire –, nul vent de fronde ne souffle sur la Croisette. Il est vrai que ce producteur américain, accusé de harcèlement et d’agressions sexuels par de nombreuses actrices, y a longtemps joué les nababs.
Cela imposait d’autant mieux la retenue, voire la discrétion embarrassée, que le monde du cinéma s’est toujours montré passablement schizophrène avec les femmes. Reconnues, encensées et primées comme actrices, volontiers starisées, adulées ou transformées en icônes mondiales, elles ont pour l’essentiel été ignorées dans tout autre rôle.
Les chiffres sont même stupéfiants : depuis sa création, en 1947, en soixante et onze éditions, 82 cinéastes femmes ont vu leurs œuvres sélectionnées par le Festival de Cannes, contre 1 688 hommes. Le nombre de réalisatrices en compétition officielle y est toujours marginal – aucune en 2012, une en 2013, trois cette année. Quant aux récompenses, n’en parlons pas : une demi-palme d’or décernée à Jane Campion en 1993 pour La Leçon de piano, partagée avec Chen Kaige. Ce ne sont pourtant pas les talents féminins qui manquent, comme le démontrent les programmations plus mixtes, voire paritaires, des sections parallèles de la Quinzaine des réalisateurs, de la Semaine de la critique et de l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion).
Initiatives feutrées
Plus largement, l’on sait que, dans l’univers du septième art, les inégalités sont aussi flagrantes que choquantes. A peine plus du quart (28 %) des avances sur recettes, ces aides vitales attribuées par le Centre national du cinéma, le sont à des projets menés par des femmes, alors qu’elles constituent 60 % des effectifs sortant de l’Ecole nationale des métiers de l’image et du son (Femis). Le déséquilibre est de même ampleur pour les aides européennes. Quant aux inégalités des salaires et des cachets, elles y sont plus indécentes que dans la plupart des autres domaines d’activité, avec un écart de 42 % en défaveur des femmes. Pas question pour autant d’introduire des mesures de discrimination positive – des quotas –, s’insurgent les gardiens du temple.

        Lire la chronique sur la parité hommes-femmes :
         

          « Dans la culture, les quotas font grincer des dents »



Cannes 2018 se contentera donc d’initiatives feutrées en faveur de la cause des femmes. Après d’autres, c’est la « reine » Cate Blanchett qui préside un jury pour la première fois majoritairement féminin. Samedi 12 mai, ce sont 82 femmes, autant que de réalisatrices sélectionnées depuis 1947, qui devaient faire une symbolique « montée des marches » en s’arrêtant au milieu pour marquer le chemin qui reste à parcourir. De même, les directeurs et programmateurs des différentes sections cannoises vont signer une charte de la diversité afin d’atteindre la parité dans leurs instances dirigeantes. Le 14 mai enfin, la ministre de la culture va annoncer la tenue d’assises pour l’égalité entre les femmes et les hommes.
Récemment, Françoise Nyssen assurait que « le secteur culturel a un devoir d’avant-garde » en la matière. Cannes s’honorerait de ne pas faire la sourde oreille à cette injonction. La liberté chérie des cinéastes – appellation opportunément bisexuée –, ne saurait être l’ennemie de leur égalité.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ A la Semaine de la critique, les réalisateurs Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt mettent en scène un personnage inspiré de Ronaldo.
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Cannes 2018 : « Diamantino », un ovni pop et déjanté

A la Semaine de la critique, les réalisateurs Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt mettent en scène un personnage inspiré de Ronaldo.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 10h25
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 00h35
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Semaine de la critique
Un ovni a survolé la Croisette vendredi 11 mai, venu tout droit du Portugal avec de drôles de passagers à bord : une star de football déchue et candide, Diamantino, interprétée par Carloto Cotta, le héros de Tabou (2012) et des Mille et Une Nuits (2015), de Miguel Gomes ; deux sœurs maléfiques qui instrumentalisent leur frère afin de promouvoir l’extrême droite et la sortie du Portugal de l’Europe (Sonia et Natasha Matamouros) ; une jeune policière noire, Aïcha (Cleo Tavares), qui se fait passer pour un garçon réfugié et mène l’enquête. En regardant Diamantino, une « pop fiction » inclassable sélectionnée à la Semaine de la critique, coproduite par la France, le Portugal et le Brésil, le public ne savait pas toujours s’il fallait rire ou s’inquiéter. Est-ce un polar, de la science-fiction, un film romantique, un conte politique ?
L’univers de Gabriel Abrantes et de Daniel Schmidt est riche, foisonnant, éclectique
Sur le plan esthétique, le grain de la pellicule seize millimètres côtoie le cinémascope, les effets numériques, la caméra drone… Entre avant-garde et culture populaire, ce film multiforme affiche une forte ambition : toucher le plus grand nombre tout en étant radical et inventif. Nous avons rencontré les deux jeunes réalisateurs (nés en 1984) après la projection, dans le petit jardin d’une résidence cannoise où Daniel Schmidt, d’une blondeur pâle, faisait sécher son vernis à ongles. « Nous pensons que la comédie est le meilleur outil pour parler de la crise contemporaine », disent-ils d’une même voix.
L’univers de Gabriel Abrantes et de Daniel Schmidt est riche, foisonnant, éclectique, nourri de pop culture, de comédies hollywoodiennes, d’essais philosophiques ou de tragédies grecques. Les deux se connaissent depuis 2006 et viennent d’horizons différents. Gabriel Abrantes a étudié dans une école des beaux-arts à New York « marquée à gauche et gratuite », la Cooper Union for the Advancement of Science and Art. Daniel Schmidt, lui, était inscrit dans une école de cinéma new-yorkaise chic et coûteuse qui l’a fort dérouté, où les jeunes gens apprenaient surtout à appliquer les recettes des aînés… Leurs deux mondes se sont complétés et le tandem n’a pas tardé à cosigner des films.
Prouesse sportive
Le personnage de Diamantino est un mythe, même s’il renvoie explicitement à l’icône Cristiano Ronaldo, footballeur star avec lequel le héros du film entretient une forte ressemblance physique. Les deux cinéastes saluent la performance de l’acteur portugais Carloto Cotta. Pour Abrantes et Schmidt, la prouesse sportive peut être un geste esthétique. Et de citer le jeu du tennisman suisse Roger Federer, et son analyse littéraire par l’écrivain américain David Foster Wallace (1962-2008).
Les réalisateurs aiment les fausses pistes. Au premier abord, Diamantino apparaît limité intellectuellement. Il écarquille les yeux le jour où il aperçoit, depuis son yacht, une frêle embarcation remplie de jeunes Africains. « C’est quoi des réfugiés ? », demande-t-il à son père, interprété par Chico Chapas, un acteur non professionnel révélé dans la trilogie des Mille et Une Nuits, de Gomes. Abrantes et Schmidt préfèrent le qualifier de « naïf » : « Diamantino peut être ignorant des faits, mais il n’est pas bête. Nous avons voulu créer un personnage tellement ouvert, tellement simple qu’il arrive à réagir aux crises contemporaines d’une manière nouvelle », souligne Daniel Schmidt.
« Diamantino » est une histoire d’amour au sein d’un couple fort peu conventionnel
Accablé par son but manqué lors d’un match décisif, le joueur se retrouve sur le plateau d’une émission animée par une vedette, où il est sommé de répondre aux questions par « oui » ou « non » – une parodie de l’interview d’Oprah Winfrey avec Lance Armstrong, en janvier 2013, où celui-ci avait reconnu s’être dopé. La présentatrice portugaise controversée, Manuela Moura Guedes, a accepté d’endosser le rôle : elle use des pires ficelles pour tirer les larmes de son invité, et c’est l’une des scènes les plus fortes du film.
Diamantino est enfin une histoire d’amour au sein d’un couple fort peu conventionnel. La jeune policière, véritable James Bond au féminin, et lesbienne au début de l’histoire, va tomber amoureuse de Diamantino, dont le corps est en train de se transformer, et de se féminiser, sous l’effet d’une manipulation génétique décidée par ses sœurs jumelles – deux clones de Cruella. L’histoire d’amour va-t-elle triompher ? Le duo de choc Abrantes et Schmidt avoue son goût pour les vieilles comédies hollywoodiennes, dont ils vantent la « radicalité », et citent dans leur répertoire L’Impossible Monsieur Bébé (1938), de Howard Hawks, avec Katharine Hepburn et Cary Grant dans le rôle d’un paléontologue. Point de léopard dans Diamantino, mais d’autres bébêtes hantent le terrain de foot.

Film français, portugais et brésilien de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt. Avec Carloto Cotta et Cleo Tavares (1 h 32). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.ufo-distribution.com/movie/diamantino et www.semainedelacritique.com/fr/edition/2018/film/diamantino



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Fini les horaires imposés de la télévision, l’arrivée de la plate-forme américaine a révolutionné les usages des consommateurs.
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« Etre abonné à Netflix, c’est faire partie d’une communauté »

Fini les horaires imposés de la télévision, l’arrivée de la plate-forme américaine a révolutionné les usages des consommateurs.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 10h09
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 15h27
    |

            François Bougon








                        



                                


                            

C’est un aveu qui ressemble à ceux recueillis sur le divan : Netflix a tué la télévision de papa, si l’on en croit les près de 300 témoignages recueillis à la suite d’un appel lancé sur Lemonde.fr. Christophe Capeyron était un fidèle de Canal+ de plus de vingt ans : une chaîne de télévision payante dont ses parents étaient clients depuis sa création le 4 novembre 1984. A l’époque, c’était le phénomène du paysage audiovisuel français dont Netflix, avec ses séries vedettes comme Narcos, Dark ou La Casa de Papel, est le pendant, trente ans plus tard.
« Binge-watching », « binge-racing », « Netflix-cheating »
Quand M. Capeyron, cadre commercial, habitant à Epinal, a choisi la plate-forme américaine, il a programmé la fin du lien « familial » avec Canal+ : en septembre, lorsque son abonnement viendra à échéance. « On ne regarde plus Canal, seul le replay survit dans la maison. » Le passage des générations… C’est ce que pense aussi Thomas Ladouce, professeur des écoles de 35 ans. Une nouvelle époque s’engage : avant, c’était « des programmes qui ne m’intéressaient pas pour la plupart (télé-réalité, etc.), le tout entrecoupé de pubs de plus en plus nombreuses » ; « des programmes TV qui ne démarrent pas à l’heure et donc un film qui se termine vers 23 heures ». C’est désormais l’ère du binge-watching, qui consiste à finir de regarder une série dans la semaine suivant le début du visionnage, du binge-racing – finir en vingt-quatre heures tous une saison dès sa sortie –, du Netflix-cheating – regarder des épisodes seul alors qu’on avait commencé en couple…

« Quand je veux, ce que je veux, où je veux »
Fini donc les horaires imposés de la télévision linéaire, désormais il est possible d’être le maître des écrans, chez soi ou à l’extérieur, avec toutes sortes d’écrans. Au total, Netflix est compatible avec 1 700 types...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Malgré la menace, les groupes audiovisuels français ont des difficultés à s’entendre.
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En France, une riposte crédible à Netflix peine à s’organiser

Malgré la menace, les groupes audiovisuels français ont des difficultés à s’entendre.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 09h37
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 10h49
    |

            Alexandre Piquard








                        



                                


                            

Faire émerger un Netflix français ou européen… Tout le monde en rêve, mais personne n’assume, aujourd’hui, cet objectif. La montée en puissance du géant américain intimide : ces derniers mois, il recrute, en France, environ 100 000 abonnés par mois, et espérait en atteindre 3,5 millions fin mars, selon Libération.
Arrivé en France en 2015, le groupe Netflix y a d’abord été vu comme un concurrent pour la plate-forme de vidéo à la demande par abonnement Canalplay, puis comme une menace pour le service premium de sa maison mère, Canal+, qui compte 4,95 millions d’abonnés. « Aujourd’hui, tout le monde prend conscience que Netflix concurrence l’ensemble des chaînes de télévision, explique un cadre du secteur. Le sujet n’est pas de prendre la place de Netflix, mais de l’empêcher de prendre la nôtre ! »

Malgré ce sentiment d’urgence, voire de panique, élaborer une riposte crédible reste difficile. France Télévisions en fait l’expérience, bien que sa présidente, Delphine Ernotte, ait annoncé, dès 2015, vouloir créer une plate-forme de vidéo à la demande par abonnement. L’entreprise publique a d’abord constaté qu’il était impossible de construire un service avec ses homologues européens, car aucune chaîne ne possède les droits de diffuser sur tout le continent les séries et films qu’elle finance. Et, à l’échelle française, acheter un catalogue d’œuvres attrayant est jugé trop cher et difficile à rentabiliser par France Télévisions.
Les discussions avec TF1 et M6 « avancent bien »
L’équipe de Mme Ernotte a obtenu des grands producteurs qu’ils mettent quand même à disposition leurs programmes, de façon non exclusive, en échange d’une part – environ 20 % – des revenus des abonnements. Mais, après avoir accumulé les retards, France Télévisions a fini par mettre le projet « en pause » : la direction et Matignon ont estimé qu’il était difficile, pour l’entreprise publique, de porter un tel service...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ La plate-forme américaine de vidéo à la demande Netflix veut investir près de 7 milliards d’euros dans l’audiovisuel et le cinéma en 2018.
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Sortie en salles ou diffusion sur petit écran ? Le dilemme des réalisateurs à Cannes

La plate-forme américaine de vidéo à la demande Netflix veut investir près de 7 milliards d’euros dans l’audiovisuel et le cinéma en 2018.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 09h33
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 10h48
    |

            Nicole Vulser (Cannes, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Netflix, le grand absent, mis au ban du 71e Festival de Cannes ? Pas tant que cela. Certes, la plus grande plate-forme mondiale de vidéo par abonnement s’est exclue d’elle-même en refusant de sortir ses films en salles dans l’Hexagone avant de les mettre à la disposition des internautes, comme le prévoit le nouveau règlement de la compétition.
C’est la raison pour laquelle plusieurs longs-métrages qu’elle a financés n’ont pu figurer dans la sélection, comme The Other Side of the Wind – celui laissé inachevé par Orson Welles et terminé par Peter Bogdanovich, avec le producteur Frank Marshall – ou encore Roma, du Mexicain Alfonso Cuaron, Hold the Dark, de l’Américain Jeremy Saulnier, et Norway, du Britannique Paul Greengrass.

Pourtant, si aucun des grands patrons de Netflix n’a fait le déplacement à Cannes, les affaires, elles, se poursuivent. Ainsi, l’entreprise y a envoyé une importante délégation de vingt-six acheteurs et professionnels du marketing venus des Etats-Unis et d’Europe dans le cadre du Marché du film. A titre de comparaison, Amazon n’en a missionné que dix-sept.
Netflix a la ferme intention de poursuivre ses emplettes (3 000 longs-métrages sont en vente au Marché) afin d’enrichir l’offre proposée à ses 125 millions d’abonnés dans le monde. Tous les vendeurs internationaux redoublent d’efforts pour séduire la plate-forme, devenue l’un des principaux acheteurs planétaires de droits de films en vidéo. Ses premières offres concernaient surtout le marché américain.
Martin Scorsese, cas emblématique
En revanche, les négociations en cours depuis plusieurs mois pour l’acquisition, par Netflix, d’EuropaCorp, le studio de Luc Besson, semblent avoir achoppé définitivement sur la Croisette, faute d’accord sur la valorisation du catalogue. Le fait que l’entreprise française repose strictement sur les épaules du réalisateur aurait également pesé dans la balance. Netflix...




                        

                        

