<FILE-date="2018/05/13/19">

<article-nb="2018/05/13/19-1">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ L’écrivain américain ne connaît de vrai succès littéraire qu’en France. Peut-être parce que ses romans dénoncent les faillites de son pays. Avec une violence redoublée dans « Pour service rendu ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Iain Levison : « Trump ne m’intéresse pas »

L’écrivain américain ne connaît de vrai succès littéraire qu’en France. Peut-être parce que ses romans dénoncent les faillites de son pays. Avec une violence redoublée dans « Pour service rendu ».



Le Monde
 |    13.05.2018 à 09h00
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            

Ce n’est pas un défi. Juste un brin de scepticisme au fond du regard. Quelque chose qui semble dire : « Vas-y. Portraiture-moi si tu peux ! Mais ne compte pas sur mon aide pour prendre la pose… » Résultat : il est bien difficile de faire une photo nette de Iain Levison. Ce grand gaillard bouge tout le temps. Ne possède ni maison, ni voiture, ni point d’ancrage fixe. Se déplace au gré de ses intuitions. Une vie d’errances et d’aventures qu’il résume d’une façon un peu lasse : « Je n’habite nulle part. » A entendre au propre comme au figuré.
Aujourd’hui, il est à Paris – vêtu d’une chemise à carreaux qui semble avoir bourlingué, elle aussi –, attablé à une brasserie du Quartier latin près de chez son éditrice, Liana Levi. Demain, il sera en Chine, dans le Zhejiang, au sud de Shanghaï, où il enseigne l’anglais. Après-demain ? Pourquoi pas en Allemagne, où il se rend souvent. « Pendant six ans, j’ai fait du “cat-sitting” près de Bielefeld, en Westphalie. C’est là que je m’approvisionne en marijuana… »
Perpétuel out­sider
Son histoire commence en Ecosse, à Aberdeen, en 1963. Mère infirmière, père médecin. Elle britannique, lui américain. Elle pauvre, lui riche. « Ils ne voulaient pas d’enfants. Ils étaient heureux avant que je naisse », note-t-il comme s’il parlait d’un autre. Bientôt, le couple se déchire et le docteur Levison retraverse l’Atlantique. Le petit Iain souffre-t-il de cet abandon ? Au contraire. « Je me rappelle avoir pensé : “Youpi ! Terminé, les disputes !” Mais je n’avais pas toutes les données en main. L’arrière-plan financier me manquait… »
L’arrière-plan, ce sont les vaches maigres. La dèche écossaise. Bouclant ses fins de mois grâce à l’aide sociale, la mère s’installe dans un quartier miteux. Des années passent. Jusqu’à ce que, coup de théâtre, les parents se rabibochent. « On est partis rejoindre mon père à Merion, près de Philadelphie. A 8 ans, je me suis retrouvé soudain dans...




                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-2">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 12/05/2018
Découvrir l’application


                        

Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 101)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 06h22
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 10h52
   





                        



   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-3">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Cette semaine, dans la série « Je ne serais pas arrivé là si… », l’académicien Erik Orsenna évoque les rencontres qui l’ont forgé et sa passion pour les histoires.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 12/05/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Erik Orsenna : « Ma terreur, c’est de devenir fou »

Cette semaine, dans la série « Je ne serais pas arrivé là si… », l’académicien Erik Orsenna évoque les rencontres qui l’ont forgé et sa passion pour les histoires.



Le Monde
 |    13.05.2018 à 06h20
 • Mis à jour le
13.05.2018 à 16h40
    |

            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            

JE NE SERAIS PAS ARRIVÉ LÀ SI…
Ecrivain et académicien, Erik Orsenna, 71 ans, vient de publier Dernières nouvelles du monde, un recueil de ses « petits précis de mondialisation ». Il a par ailleurs remis en février à la ministre de la culture un rapport sur l’extension des horaires des bibliothèques, et sera, du 19 au 21 mai, l’un des invités du festival Etonnants voyageurs, à Saint-Malo.
Je ne serais pas arrivé là si…
Si autant de gens ne m’avaient pas enfanté. Je suis un enfant du projet pour mes parents, qui n’ont pas arrêté de me bercer avec des histoires, et je suis un enfant de l’amitié et de la confiance. Rien n’aurait été possible sans la rencontre de trois éditeurs : Jean Cayrol, Claude Durand et Jean-Marc Roberts. Je me souviendrai toute ma vie de ce jour où, marchant avec Jean Cayrol, nous rencontrons Jean-Marc Roberts. « Regarde-le bien, ce sera ton frère », me dit Cayrol. Et ce fut le cas.
Quelles sont ces histoires que vous ­racontaient vos parents ?
Quand j’étais petit, ma mère, monarchiste, me racontait des histoires de France. C’était Saint Louis sous son chêne, Louis XI et Jean de la Balue, Marie-Antoinette… Son père, qu’elle admirait, est mort l’année où je suis né. J’étais celui qui devait faire aussi bien que lui. Elle me disait : « Tu seras écrivain et tu serviras la France. » Quant à mon père, qui a été officier de marine de réserve, il m’aidait à m’endormir en me racontant des histoires de pirates, de remorqueurs, de sous-marins. Il passait tous ses étés sur l’île de Bréhat – c’est ce qui comptait pour lui et ce qui continue à compter pour moi. Les bras de la vie, c’est comme une histoire. Il faut s’y blottir. Les histoires vous font avancer, comprendre, elles donnent du courage et réconfortent. C’est comme naviguer : dire « il était une fois », c’est hisser la voile.
Vous êtes vraiment le fruit de cette ­enfance bercée par...




                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-4">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ L’éthologue américain offre une immersion complète dans la vie sensible, sociale et sexuelle des poissons, qui se révèle bien plus riche qu’il n’y paraît.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


La vie aquatique selon Jonathan Balcombe

L’éthologue américain offre une immersion complète dans la vie sensible, sociale et sexuelle des poissons, qui se révèle bien plus riche qu’il n’y paraît.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 08h45
    |

                            Céline Henne (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
A quoi pensent les poissons ? La vie secrète de nos cousins sous-marins (What A Fish Knows. The Inner Lives of Our Underwater Cousins), de Jonathan Balcombe, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Catherine Schiellein, La Plage, 352 p., 19,95 €.

Il n’est pas rare de voir un végétarien commander du poisson au restaurant, lorsqu’il n’a pas d’autre choix. Comme si, sur l’échelle du vivant, le poisson était un être plus proche de la carotte que du cochon. D’un autre côté, pouvons-nous éprouver la même empathie pour ces créatures si éloignées de nous sur l’arbre de l’évolution ? Cela supposerait de pouvoir imaginer ce qu’ils sentent, ressentent, pensent. C’est bien là tout le problème : dans leurs yeux globuleux, au milieu de leurs faces dépourvues d’expression, difficile de voir autre chose que du vide.

Renversant tous les préjugés, le ­livre de l’éthologue Jonathan Balcombe offre une immersion complète dans la vie sensible, sociale et sexuelle des poissons, qui se révèle bien plus riche qu’il n’y paraît. On ­apprend que ces animaux aquatiques ont une expérience sensorielle très développée : ils sont victimes des ­mêmes illusions d’optique que nous, ou sont capables de faire la différence entre du blues et de la musique clas­sique. Surtout, la manière dont ils voient le monde est unique. Ils jouissent de sens inconnus des créatures terrestres, tels que percevoir les modifications du champ électrique autour d’eux, grâce à des « cellules géoma­gnétiques ». Plus encore, les poissons sont des êtres doués de sensibilité et d’émotions. Capables de ressentir le plaisir et la douleur, ils sont également sujets à la colère, à la terreur et au stress, et sont soulagés par les ­anxiolytiques.

Toutes ces études scientifiques sont rapportées dans le livre, où trans­paraît l’affection de Jonathan Balcombe pour ces créatures fascinantes. Le dernier chapitre porte sur ce que l’homme inflige aux poissons,...




                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-5">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ L’auteur du best-seller mondial « La Vie secrète des arbres » récidive avec les animaux, d’évidences grossières en béatitude molle.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Peter Wohlleben, c’est trop bête

L’auteur du best-seller mondial « La Vie secrète des arbres » récidive avec les animaux, d’évidences grossières en béatitude molle.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 08h45
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
La Vie secrète des animaux. Amour, deuil, compassion : un monde secret s’ouvre à nous (Das Seelenleben der Tiere. Liebe, Trauer, Mitgefühl – erstaunliche Einblicke in eine verborgene Welt), de Peter Wohlleben, traduit de l’allemand par Lise Deschamps, Les Arènes, 278 p., 20,90 €.

Les animaux sont-ils des créatures intéressantes, belles souvent, ­aimables parfois, et courageuses, et d’une sensibilité étonnante ? Oui. Et ensuite ?

Ensuite, rien. L’ingénieur forestier allemand Peter Wohlleben, auteur du best-seller mondial La Vie secrète des arbres (Les Arènes, 2017), développe son concept. Il a désormais des révélations à nous faire sur le poussin de son enfance – « tellement mignon ! » –, sur la nature profonde de l’écureuil – « notre lutin roux » –, sur le vieillissement – « les animaux finissent eux aussi, avec l’âge, par avoir des ennuis de santé » –, sur la violence – ils « ne sont pas meilleurs que nous et peuvent se montrer d’une grande agressivité » –, sur cent autres sujets de béatitude molle, à propos desquels il réussit le tour de force de nous en enseigner moins que ce que nous en savons, quelle que soit notre familiarité avec les bêtes.
La vie des animaux, en réalité, n’est secrète que pour Peter Wohlleben. Il met, il est vrai, une belle constance à refuser tout savoir constitué. Son ­livre, qui plonge rapidement le lecteur dans la torpeur (du moins rit-on régulièrement, mais ce n’était pas au programme), ne serait d’ailleurs qu’un épiphénomène s’il ne témoignait, par son succès, d’un goût envahissant pour l’évidence grossière, pour la satisfaction moite de ressentir dans son coin, toujours préférable, dans cet univers mental, à la circu­lation des savoirs. « Me reposer uniquement sur des études ne me plaît guère, écrit-il : je préfère éprouver par moi-même la manière de penser de tel ou tel animal. »
Pourquoi...




                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-6">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Vétérinaire en chef de la ménagerie du Jardin des plantes, à Paris, Norin Chai a reçu des bêtes les leçons d’humanité qui sont au cœur de « Sagesse animale ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Norin Chai : « Nous avons appris à voir ce que nous avons sous les yeux »

Vétérinaire en chef de la ménagerie du Jardin des plantes, à Paris, Norin Chai a reçu des bêtes les leçons d’humanité qui sont au cœur de « Sagesse animale ».



Le Monde
 |    12.05.2018 à 08h45
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Sagesse animale. Comment les animaux peuvent nous rendre plus humains, de Norin Chai, avec Roland Portiche, Stock, 272 p., 19,50 €.
Norin Chai, né en 1969, est vétérinaire spécialiste de la faune sauvage. Son nouveau livre, Sagesse animale, mêle un état des lieux précis, fondé sur l’observation et l’expérience, à une réflexion sur « l’unité du vivant ».

« Sagesse animale », qui est d’abord la synthèse de ce que vous avez appris en vingt-cinq ans d’exercice du métier de vétérinaire spécialisé dans la faune sauvage, témoigne aussi de l’accélération spectaculaire de la recherche scientifique…
Nous sommes en effet en train de vivre une profonde mutation. Mais je ne crois pas que ce soient les recherches scientifiques qui l’induisent : c’est d’abord un changement dans la conscience que nous avons de nous-mêmes, de notre place dans le monde, de notre interaction avec les autres êtres vivants. C’est un progrès d’ordre plus spirituel, peut-être, que scientifique. Nous avons appris à voir ce que nous avons sous les yeux – l’intelligence des animaux, leurs émotions, leur personnalité… –, que nous refusions de voir. Ce n’étaient des choses ni démontrables ni répétables, de sorte qu’elles n’entraient pas dans les cases du savoir rationnel. Mais il est vrai que la science a changé. Elle accepte beaucoup plus qu’avant les connaissances empiriques. Elle nous aide désormais à percevoir autrement les émotions des animaux, à comprendre qu’elles nous renvoient les nôtres.
Vous évoquez l’un des axes de la recherche actuelle sur le comportement des animaux, la « théorie de l’esprit », qui étudie cette circulation. De quoi s’agit-il ?
Imaginons que vous adoriez les crêpes, et que je le sache. Je vous invite dans une crêperie, en pensant que vous allez être content. J’ai conscience de votre sentiment, et vous le savez. C’est exactement ce que la théorie...




                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-7">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Emotions, sentiments, conscience… ne sont plus les propres de l’homme. Plusieurs parutions récentes proposent un bilan des nouvelles connaissances scientifiques.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 11/05/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Frères animaux qui avec nous vivez

Emotions, sentiments, conscience… ne sont plus les propres de l’homme. Plusieurs parutions récentes proposent un bilan des nouvelles connaissances scientifiques.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 07h43
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

Moby Dick avait peut-être quelque chose à dire au capitaine Achab. Comment savoir ? Les cachalots étaient muets au temps de Melville. Mais voilà que, après des millénaires de fréquentation silencieuse, nous avons appris à écouter les animaux, à les regarder, à les connaître pour ce qu’ils sont – ni les « machines » que l’âge classique, dans la lignée de Descartes, voyait en eux, ni des êtres propres à incarner nos symboles et nos mythes, à défaut d’exister par eux-mêmes.
Il est difficile de comprendre tout à fait pourquoi l’on a tant tardé. Les progrès scientifiques sont souvent permis, aujourd’hui, par des développements techniques, qui pèsent peu en l’occurrence : tout était là, visible à l’œil nu. Il y a, simplement, des questions qu’on ne se posait pas, et qui ont surgi. Ce n’est, par exemple, qu’en 1967 qu’on s’est intéressé au langage des vervets, petits singes d’Afrique de l’Est et australe, et qu’on a découvert qu’ils savent désigner, dans leurs appels, le léopard, l’aigle, le serpent, le babouin, tout autre mammifère prédateur, un humain inconnu, un singe dominant, un singe subordonné… ; ils sont même capables de formuler « observe autre singe » ou « vois bande rivale ». De même n’a-t-on pas saisi, pendant des siècles, que les éléphants emploient plus d’une centaine de gestes rituels pour communiquer, sans parler de leur chant, qui couvre dix octaves et leur permet, remarque-t-on quand on veut bien les observer, de tenir de longues conversations.
Un savoir qui se renouvelle à une vitesse sidérante
Ces informations, et une masse considérable d’autres, sont recueillies dans un livre décisif, Qu’est-ce qui fait sourire les animaux ?, de l’essayiste américain Carl Safina, titulaire de la chaire Nature and Humanity à l’université Stony Brook de Long Island (Etat de New York). Parue aux Etats-Unis en 2015, cette vaste synthèse des expériences et observations accumulées dans les dernières décennies, en particulier sur les éléphants,...




                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-8">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ « La Matinale du Monde » publie chaque samedi un strip de la dessinatrice Nancy Péna.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 11/05/2018
Découvrir l’application


                        

« Le chat Madame, grand reporter », par Nancy Péna (épisode 46)

« La Matinale du Monde » publie chaque samedi un strip de la dessinatrice Nancy Péna.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 07h18
   





                        



   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-9">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Critique, créateur de la revue « Poétique » et auteur de « Figures », Gérard Genette est mort à l’âge de 87 ans.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le théoricien de la littérature Gérard Genette est mort

Critique, créateur de la revue « Poétique » et auteur de « Figures », Gérard Genette est mort à l’âge de 87 ans.



Le Monde
 |    11.05.2018 à 17h41
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 11h47
    |

Patrick Kéchichian







                        



                                


                            

Grand théoricien de la littérature, praticien de la poétique, spécialiste de la théorie générale des formes littéraires – notamment narratives –, Gérard Genette est mort, vendredi matin 11 mai, a appris Le Monde de source proche de la famille. Il laisse une œuvre considérable, aux développements souvent inattendus. En effet, rien n’est moins académique ou balisé que cette réflexion qui, sans jamais se départir d’une grande rigueur, notamment terminologique, s’autorise bien des détours et l’exploration ludique de la littérature et de ses marges. Et pas seulement de la littérature, mais aussi des autres arts.
Cette liberté de ton et de thèmes offre – surtout dans la dernière étape de son œuvre – une ouverture en direction de lecteurs, amateurs éclairés certes, mais pas forcément spécialistes. Les formes rigides, ou rigidifiées, de la théorie littéraire dans la deuxième partie du XXe siècle, Genette, sans les rejeter, les vivifiait avec un art et une inspiration qui étaient ceux d’un écrivain à part entière. Au même titre que Roland Barthes, Jean-Pierre Richard ou Jean Starobinski – chacun selon des voies propres –, il manifestait la part créative sans laquelle les études littéraires et la critique perdent leur âme et leur vigueur.
Né à Paris en 1930, Gérard Genette était le fils d’un ouvrier qualifié en textile. « Mon père officiait, à la lisière du Sentier, rue Jussienne… » Il passa son enfance et son adolescence à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Condisciple de Jacques Derrida à l’Ecole normale supérieure à partir de 1951, agrégé de lettres, il enseigne d’abord (comme Derrida) en classe préparatoire au lycée Montesquieu du Mans, avant de devenir, en 1963, l’assistant de Marie-Jeanne Durry, professeure de littérature française, à la Sorbonne. Quatre ans plus tard, soutenu par Roland Barthes, il est nommé maître de conférences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, puis directeur d’études jusqu’à sa retraite,...




                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-10">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Dessin par dessin, Gaston met en lumière les vertus de la paresse dans le monde du travail.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Un garçon de bureau idéal

Dessin par dessin, Gaston met en lumière les vertus de la paresse dans le monde du travail.



Le Monde
 |    11.05.2018 à 10h41
 • Mis à jour le
11.05.2018 à 12h49
    |

            Pierre Jullien








                        



                                


                            

Les horaires, il ne connaît pas :
– « C’est à cette heure-ci que vous arrivez, hmm ? !!
– L’ascenseur était en retard. »
Le travail ? Après la sieste :
– « Gaston, qu’avez-vous ? A l’aide ! J’appelle un médecin… Souffrez-vous ?
– En voilà des histoires parce que je m’endors !… »
Le surmenage ? Pas de risques :
– « Gaston ! Je l’ai enfermé hier soir dans les bureaux. Pauvre garçon ! Quelle nuit mortelle !! Ma parole ! Ce phénomène ne s’est pas rendu compte !
– Zzzzzzz… C’est vrai ce que tu me dis ? Toute la nuit ? Note vite ça aux heures supplémentaires ! »
Le non-conformisme de Gaston Lagaffe dynamite l’entreprise, explose ses codes et incarne le salarié qui ne stresse jamais. Malgré son absence de productivité, ses talents pour la procrastination, ses capacités de destruction, sa bienveillance maladroite, ses inventions – qui relèvent d’une R&D de terrain - censées améliorer les conditions de travail de chacun, mais qui menacent l’intégrité physique de ses chefs et collègues caricaturés à l’extrême, Lagaffe n’est pas licencié, allant s’attirer même la bienveillance de ces derniers quand leur patience n’est pas poussée à bout.
Les coulisses de l’entreprise
Les « exploits admirables de notre héros sans emploi », selon Fantasio dans le volume 1, illustrent les coulisses de l’entreprise, les rapports hiérarchiques qui l’animent, fouillent dans les détails le quotidien du monde du travail et suggèrent que la paresse est un signe d’intelligence, l’élevant au rang de vertu !
Franquin décrit ainsi une vie de bureau dans une drôle d’entreprise où tout est permis, où le travail est désacralisé… dans une bande dessinée intemporelle qui en fait le succès depuis plus de soixante ans. Ce dont témoignent des « hors-séries » récents en pagaille (Télé 7 jours, Méga Spirou, Philosophie magazine, etc.), un film (sorti le 4 avril), une exposition à la Cité des sciences...




                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-11">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Tous les vendredis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 10/05/2018
Découvrir l’application


                        

« Pop Corn », par Salch (épisode 33)

Tous les vendredis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.



Le Monde
 |    11.05.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
11.05.2018 à 07h05
   





                        



   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-12">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ L’auteur d’« En finir avec Eddy Bellegueule » signe « Qui a tué mon père », réquisitoire contre les politiques dont les décisions auraient détruit le corps d’un homme, son père.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Edouard Louis : « Empêcher le lecteur de détourner le regard »

L’auteur d’« En finir avec Eddy Bellegueule » signe « Qui a tué mon père », réquisitoire contre les politiques dont les décisions auraient détruit le corps d’un homme, son père.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 13h24
 • Mis à jour le
11.05.2018 à 06h44
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Sous le tee-shirt siglé Harvard (il rentre de plusieurs mois aux Etats-Unis), le corps d’Edouard Louis est celui, sec et musclé, d’un homme de 25 ans appartenant désormais à la catégorie aisée de la population, attentive à ce qu’elle mange.
Nos corps parlent de nos conditions d’existence ; dans les classes populaires, ils peuvent aussi raconter l’effet de décisions politiques. C’est ce que Qui a tué mon père (Seuil, 96 p., 12 €) s’attache à montrer, à travers l’histoire du géniteur de l’auteur, détruit par le travail – né en 1967, il a eu le dos broyé lors d’un accident à 35 ans – et par les conséquences de réformes telles que celle transformant feu le RMI (revenu minimum d’insertion) en RSA (revenu de solidarité active), pour encourager le retour à l’emploi – il lui a fallu accepter un travail de balayeur en dépit de ses souffrances.
Qui a tué mon père, comme son titre sans point d’interrogation l’indique, n’est pas une enquête, mais un réquisitoire. Les scènes qui le composent entrecroisent souvenirs d’Edouard Louis à propos de cet homme si mal connu, et évocation de choix politiques opérés sous les gouvernements de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, qui ont eu des conséquences directes sur sa vie, et au fil desquels l’auteur d’En finir avec Eddy Bellegueule (Seuil, 2014) compose une nouvelle « histoire de la violence », pour reprendre le titre de son deuxième ouvrage (Seuil, 2016).
D’où vient ce livre ?
Après la publication d’En finir avec Eddy Bellegueule et d’Histoire de la violence (Seuil, 2014 et 2016), j’ai commencé à revoir mon père. On ne s’était pas vus depuis des années, non pas à cause d’un événement en particulier mais à cause de la distance sociale, de la distance de classe, qui s’était instaurée entre nous. J’étais étudiant en sociologie et en philosophie à Paris, il n’avait jamais pu étudier, le système scolaire l’avait chassé à 14 ans,...




                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-13">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Qui de la réforme ou de la révolution est le mieux à même d’améliorer le sort de la société civile? Dans son dernier essai, Hervé Hamon apporte des éléments de réponse.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
      

Les leçons de Mai-68

Qui de la réforme ou de la révolution est le mieux à même d’améliorer le sort de la société civile? Dans son dernier essai, Hervé Hamon apporte des éléments de réponse.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 10h05
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 11h30
    |

            Anne Rodier








                        



   


La France s’ennuyait, le pouvoir d’achat montait, mais moins que les inégalités. La France rurale s’effondrait. « Nous n’en pouvions plus de l’information normalisée. Ni d’une classe politique amplement corrompue », écrit Hervé Hamon, dans L’Esprit de Mai-68. « Il allait se produire des choses qui n’appartenaient à aucune coterie, à aucun ténor, à aucun expert. Des choses qui appartenaient à ces gens en fête, ces gens qui allaient les énoncer eux-mêmes. »
Son récit animé, réfléchi, détaillé de Mai-68 va bien au-delà de la commémoration. L’essayiste fait, certes, revivre la genèse du mouvement, son « romantisme héroïque ». Il analyse sa place dans l’Histoire, l’efficacité du rapport de force dans les conflits sociaux. Le patronat « arrogant », « méprisant », « dur à la détente » finit par lâcher : 7 % de hausse de salaire réel, 35 % d’augmentation du smig, la réduction du temps de travail et le report de l’âge légal de départ à la retraite, rappelle-t-il. Le Medef (ex-CNPF) doit s’en souvenir.
Mais l’écrivain apporte surtout des éléments de réflexion pour savoir qui de la réforme ou de la révolution est mieux à même d’améliorer le sort de la société civile. Puis il alerte sur les dangers de vanter « la rupture » à tout propos. « Nous avons appris la méthode des essais et des erreurs », souligne-t-il en toute humilité. Une lecture rafraîchissante et inspirante pour 2018.

    Cet article est extrait du semestriel Le Monde Campus Avril 2018 by Anne Rodier on Scribd

L’Esprit de Mai-68, d’Hervé Hamon (Editions de L’Observatoire, 192 pages, 16 euros).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-14">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ ETA vient de s’autodissoudre. « Patria », bilan sensible de soixante ans de terrorisme séparatiste et best-seller signé Fernando Aramburu, paraît en France à point nommé.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le roman qui réconcilie les Basques

ETA vient de s’autodissoudre. « Patria », bilan sensible de soixante ans de terrorisme séparatiste et best-seller signé Fernando Aramburu, paraît en France à point nommé.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 09h00
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Patria, de Fernando Aramburu, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, Actes Sud, 624 p., 25 €.

Plus qu’un succès : un plébiscite. Patria, de Fernando Aramburu, fresque couvrant près de cinquante ans de l’histoire du Pays basque et d’ETA, n’a pas attendu l’annonce officielle de la dissolution de l’organisation séparatiste, jeudi 3 mai, pour devenir un phénomène de société débordant de la sphère littéraire. Paru en septembre 2016, il s’est écoulé en Espagne à plus de 700 000 exemplaires. Il en est à sa 28e réimpression et sa vie ne fait que commencer : il est en effet en cours d’adaptation en série pour la chaîne HBO Espagne. Quant aux traductions à l’étranger (30 000 exemplaires vendus en Allemagne comme en Italie), elles vont bon train.

Cocktails Molotov, colonnes de fumée, autobus incendiés
Les lecteurs se sont passionnés pour les péripéties des deux familles au centre de ce roman de plus de 600 pages : deux clans du même village, amis de longue date avant d’être séparés par le terrorisme d’ETA et ses répercussions tragiques sur les existences de chacun des protagonistes. Même enthousiasme du côté des critiques littéraires, dont certains sont allés jusqu’à comparer Aramburu à Tolstoï et à Benito Perez Galdos (1843-1920), le « Balzac espagnol ». « Il n’y a que Patria qui m’ait fait vivre, depuis l’intérieur, non pas comme un lointain témoin mais comme un bourreau et une victime de plus, les années de sang et d’horreur dont a souffert l’Espagne avec le terrorisme d’ETA (…) », a ainsi déclaré le Prix Nobel Mario Vargas Llosa dans le quotidien El Pais, en comparant l’auteur à Conrad et Malraux. Le livre a aussi été loué par des hommes politiques de tout bord, dont le premier ministre espagnol, ­Mariano Rajoy.
Fernando Aramburu, né dans la banlieue de Saint-Sébastien en 1959, l’année même de la création d’ETA, était évidemment loin...




                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-15">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » propose ses coups de cœur.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 09/05/2018
Découvrir l’application


                        

Trois romans et un essai pour un week-end littéraire

Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » propose ses coups de cœur.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 08h38
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cessez donc de pester contre ce train qui ne vient pas et contre le soleil qui s’en va, et ouvrez un des quatre livres sélectionnés pour vous cette semaine : un polar sobre, un roman « participatif », une fresque basque et un essai sur les capacités des animaux combleront les appétits littéraires les plus aiguisés.
ROMAN : « Pour services rendus », de Iain Levison

   


« Et leurs baisers au loin les suivent. » On pense à ce vers d’Aragon. « Et leurs mensonges au loin les suivent » pourrait être le titre de ce livre. Pas exactement un roman sur la guerre du Vietnam – malgré des descriptions à donner la chair de poule. Plutôt une réflexion sur la façon dont nos compromissions ne meurent jamais. Toujours sur nos talons, prêtes à resurgir, même un demi-siècle plus tard.
Au nord de Saïgon, en 1969, le sergent Fremantle commande un régiment américain lorsque arrive un « bleu », Billy Drake. Tous deux vont être témoins d’une boucherie absurde : deux paysans vietnamiens et leur buffle abattus par erreur par un Américain fou. Bientôt, les victimes sont transformées en « dangereux Vietcongs » et reléguées dans les bas-fonds crasseux de la mémoire. Jusqu’en 2016. Drake est alors dans la course aux sénatoriales. Il vante ses faits d’armes au Vietnam quand un opposant exhume cette histoire. Panique. Drake retrouve Fremantle, devenu flic dans le Michigan. S’il acceptait de confirmer son faux discours, il pourrait compter sur des crédits conséquents pour son commissariat…
Mensonges, corruptions, manipulations. Ce qui frappe, c’est la profondeur de champ de Iain Levison. Sa façon de traiter le temps qui passe sur les êtres. Leur complexité. Aucun commentaire. Juste le récit, factuellement ironique, avançant sans belles phrases ni bons sentiments. Sobre, précis, glaçant. Une machine romanesque – la plus noire de l’auteur – impossible à arrêter. Florence Noiville
« Pour services rendus », de Iain Levison, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fanchita Gonzalez Batlle, Liana Levi, 224 pages, 18 €.
ROMAN : « Crépuscules », de Joël Casséus

   


Deux silhouettes avancent péniblement sur une route poussiéreuse. Depuis le porche d’une auberge, un homme les regarde en silence, tandis que l’angoisse le gagne : « Viennent-ils avec de sombres desseins ? »
Présenté comme une fable d’anticipation, le cinquième roman du Québécois Joël Casséus emprunte au western son phénomène déclencheur : l’arrivée d’étrangers dans une communauté menace son équilibre et révèle la nature profonde de chacun. Ainsi en va-t-il des habitants du bidonville où se déroule l’intrigue, en huis clos. D’eux, on ne connaît ni le nom, ni le pays, ni l’époque où ils vivent. « La femme », « l’homme », « les jumeaux » sont des marginaux, anonymes comme l’Etat qui les menace, comme la guerre qu’ils cherchent à fuir.
La force du roman repose notamment sur la façon qu’a Joël Casséus de nous plonger au cœur de ce que ressentent les personnages grâce à un procédé audacieux : le récit, au présent et à la première personne, passe, sans signe annonciateur, d’un narrateur à l’autre – ils sont douze en tout. Ajoutez à cela l’imprécision du lieu, de l’époque et des événements…
Lire Crépuscules est une troublante expérience, forcément influencée par les tragédies, réelles ou fictives, qui habitent notre esprit et notre imaginaire. C’est en cela un texte « participatif », âpre et en perpétuelle métamorphose, qui exige simultanément l’attention et le lâcher-prise de son lecteur. Face aux silences créés par son style épuré, on se retrouve seul, confronté à ses propres peurs. Gladys Marivat
« Crépuscules », de Joël Casséus, Le Tripode, 160 pages, 16 €.
ROMAN : « Patria », de Fernando Aramburu

   


Pays basque espagnol, janvier 2011. Alors que l’ETA annonce renoncer aux attentats, une femme, Bittori, va se recueillir sur la tombe de son défunt mari : le « Txato », assassiné des années plus tôt par l’organisation armée indépendantiste pour avoir refusé de payer l’impôt révolutionnaire exigé. Sa veuve vient lui dire qu’elle a décidé de retourner s’installer dans le village où ils ont vécu avec leurs trois enfants avant d’être ostracisés par l’ensemble des habitants. Dans ces mêmes lieux, où ce retour déplaît, vivent encore leurs anciens amis proches : Miren et Joixan, dont le fils aîné, Joxe Mari, engagé dans la lutte armée – et désormais incarcéré –, a peut-être été mêlé au crime.
Retraçant d’un trait franc et affûté plusieurs décennies de la vie de l’Euskadi et de l’ETA, Fernando Aramburu compose une fresque vibrante et contrastée de la société basque, qui montre comment la diffusion des idées indépendantistes et la justification du terrorisme ont pu gagner jusqu’à ses sphères les moins politisées.
Opérant par flash-back entre les différentes époques traversées par ses neuf personnages principaux, Patria, construit en un feuilleton de 125 courts chapitres, est surtout une captivante histoire de passions humaines, dans laquelle l’amour, l’amitié, la haine, la trahison, le repentir et le désir de pardonner sont pris entre les feux des événements politiques qui les dépassent inéluctablement. Ariane Singer
« Patria », de Fernando Aramburu, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, Actes Sud, 624 pages, 25 €.
ESSAI. « Qu’est-ce qui fait sourire les animaux ? », de Carl Safina

   


Vaste synthèse des expériences et observations accumulées dans les dernières décennies, en particulier sur les éléphants, les loups et les orques, Qu’est-ce qui fait sourire les animaux ?, de l’essayiste américain Carl Safina, est décisif pour faire le point sur notre connaissance de la vie animale, qui se renouvelle à une vitesse sidérante.
Le temps est venu, ainsi que la communauté scientifique le reconnaît depuis quelques années, d’aborder les animaux comme des êtres doués de conscience : tel est l’axe de Carl Safina, qui éclaire à cette lumière les histoires qu’il raconte – celle d’éléphants qui jouent, quand ils sont tranquilles, à chasser des lions imaginaires ou d’un chimpanzé à qui l’on a appris le langage des signes et qui, au lieu de mordre, fait le signe « mordre » quand il est énervé… Pour autant, le livre ne verse jamais dans l’anthropomorphisme ni dans l’idéalisation des animaux.
Les connaître mieux, comprendre davantage la fraternité qui peut nous unir à certains d’entre eux : le programme tracé par Carl Safina n’efface aucune des différences qui continuent de nous distinguer. Il les approfondit au contraire, et trouve en elles ce qui est sans doute le but même de ce livre : le lieu d’une forme neuve, et inépuisable, d’émerveillement. Florent Georgesco
« Qu’est-ce qui fait sourire les animaux ? Enquête sur leurs émotions et leurs sentiments » (Beyond Words. What Animals Think and Feel), de Carl Safina, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Odile Demange, Vuibert, 560 pages, 24,50 €.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-16">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Une réunion de commémoration familiale qui se transforme en barricade aux portes de l’enfer. Le nouveau Nokuto Koike est fidèle au genre survival.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                

Aux portes de l’enfer, « Firefly », un manga qui met l’esprit de famille à rude épreuve

Une réunion de commémoration familiale qui se transforme en barricade aux portes de l’enfer. Le nouveau Nokuto Koike est fidèle au genre survival.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 10h31
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 12h21
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


Komikku reste fidèle à Nokuto Koike, son auteur de thriller horrifique préféré. Spécialiste des formats courts en 3 ou 4 volumes, le prolifique auteur japonais a déjà de nombreuses séries à son tableau de chasse : 6 000, Les Oubliés, Scary Town, Mushroom… et Firefly, sa dernière série en 4 volumes, déjà finalisée au Japon. Nouveauté notable, ce n’est pas Nokuto Koike qui scénarise, comme pour toutes ses œuvres auparavant, mais Ryukishi07, pseudonyme derrière des séries comme Hinamizawa, le village maudit, une série d’animation avec un environnement assez proche de Firefly.
Le duo semble fonctionner et porter ses fruits tant ce premier volume est prometteur. En effet, Koike est souvent critiqué pour la faiblesse de ses scénarios et Ryukishi07 pour la naïveté de son dessin. Ici, ils sont complémentaires.

   


L’histoire réunit tous les membres de la famille Tadamura pour les obsèques de leur grand-mère. Isolée dans la montagne au centre d’un village déserté, la maison où ils se retrouvent recèle des secrets que les personnages vont devoir découvrir pour leur permettre de survivre aux événements inattendus auxquels ils sont confrontés. Car une brume épaisse entoure le village et elle se révèle assez dangereuse pour la santé : poison toxique, mouches vampires, plantes assassines, chiens zombies, monstres géants anthropophages… Seule la maison semble immunisée contre les dangers extérieurs, protégée par un sort magique ancestral.

   


Rangée dans le genre survival, cette série reprend la thématique de base des autres mangas de Nokuto Koike, c’est-à-dire l’isolement en milieu hostile, qu’il s’agisse d’une île (Les Oubliés) ou d’une base sous marine (6 000). La référence aux rites et aux sortilèges animistes traditionnels que l’on trouve dans l’œuvre fait penser à Tajikarao et ses dieux outragés –oubliés –, ou encore à des séries plus brutales comme I’m a Hero pour les morts-vivants que l’on y trouve. C’est en tous cas un ingrédient qui donne du poids au récit.
Si l’histoire manque dans ce premier volume d’un peu de densité, un écueil habituel des scènes d’exposition, elle donne toutefois envie de poursuivre la lecture.
Firefly, de Nokuto Koike et Riyukishi07, éditions Komikku, tome I sorti le 3 mai, 7,90 euros.

   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-17">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Dans un essai éclairant, l’historienne revient sur les vifs débats qui entourent l’enseignement de l’histoire de France, en particulier depuis 1945.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Laurence De Cock démonte le roman national

Dans un essai éclairant, l’historienne revient sur les vifs débats qui entourent l’enseignement de l’histoire de France, en particulier depuis 1945.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h51
    |

                            Pierre Albertini (Historien)








                        



                                


                            
Sur l’enseignement de l’histoire. Débats, programmes et pratiques de la fin du XIXe siècle à nos jours, de Laurence De Cock, Libertalia, « Ceux d’en bas », 330 p., 17 €.

Au débat sur l’histoire à l’école, Laurence De Cock apporte régulièrement sa contribution. Professeure de lycée ayant soutenu une thèse sur l’enseignement du fait colonial, fondatrice en 2011 du collectif Aggiornamento (qui vise à promouvoir « une histoire émancipatrice, débarrassée de ses oripeaux identitaires et de sa surcharge morale et civique », susceptible d’aider les élèves à faire l’apprentissage du questionnement, du raisonnement et du doute), elle a, pour intervenir sur l’enseignement de l’histoire, une triple légitimité de praticienne, de chercheuse et de militante.
Lire également cet entretien de 2013 avec Laurence De Cock
Le fil conducteur de Sur l’enseignement de l’histoire, son nouveau livre, est le « roman national », thème mis en circulation vers 1992-1993 par Pierre Nora et Paul Yonnet, et qui ne cesse depuis d’inspirer hommes politiques et intellectuels conservateurs. Les tenants du « roman national » sont convaincus que l’enseignement de l’histoire doit faire aimer la France, sur le modèle de ce que pratiquait la IIIe République, et que ce catéchisme est d’autant plus indispensable aujourd’hui que, selon certains, les immigrés récents feraient sécession. Face à eux, la plupart des historiens rappellent que l’histoire n’est ni un roman ni un ciment, mais une discipline rationnelle qui valorise la démonstration et la preuve ; que le repli sur la nation n’est pas la meilleure façon de comprendre le vaste monde ; que le pluralisme culturel progresse dans tout l’Occident et que l’idée de continuer le « Petit Lavisse » (manuel d’histoire du début du XXe siècle), fût-elle préconisée par François Fillon ou réalisée par Dimitri Casali, est...




                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-18">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Une anthologie de textes inédits du philosophe mort en 1965 montre sa foi dans la communauté comme « union de vie ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Quand Martin Buber prônait l’épanouissement communautaire

Une anthologie de textes inédits du philosophe mort en 1965 montre sa foi dans la communauté comme « union de vie ».



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h50
    |

                            Serge Audier (Philosophe et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Communauté, de Martin Buber, traduit de l’allemand par Gaël Cheptou, L’Eclat, « Eclats », 156 p., 10 €.

Le concept de communauté continue de hanter la pensée sociale, philosophique et politique actuelle. Sa définition sociologique trouve ses sources en Allemagne, avec Ferdinand Tönnies (1855-1936), qui opposa deux types de lien social : la communauté (Gemeinschaft) et la société (Gesellschaft). Tandis que la première se fonde sur une coïncidence spontanée entre volonté individuelle et volonté collective – ainsi dans la famille –, la seconde est le produit artificiel des contrats entre individus poursuivant leurs intérêts.
Ces catégories sociologiques, reformulées par Max Weber (1864-1920), devaient connaître un grand écho en Allemagne, jusque dans le petit cercle des anarchistes et socialistes utopiques juifs. Une de ses figures influentes fut le philosophe Martin Buber (1878-1965) dont les textes que rassemble cette anthologie, Communauté, écrits entre 1900 et 1953 et inédits en français, restituent les idées sur la communauté. Aux côtés notamment de Franz Rosenzweig et d’Emmanuel Levinas, qu’il connut l’un et l’autre, Buber est l’un des plus grands penseurs du judaïsme du XXe siècle. Marqué par la mouvance mystique du hassidisme, coauteur d’une nouvelle traduction de la Bible en allemand, il a développé, dans un style inspiré, une philosophie morale de la relation « je-tu », sous le sceau du dialogue et de la réciprocité (Je et Tu, Aubier, 1969) – des idées qui sous-tendent sa défense constante d’un socialisme religieux, communautaire et fédéraliste.

Contempteur de la civilisation mécanique, utilitaire et individualiste du capitalisme, Buber se méfie également du socialisme étatique et autoritaire. Son rêve, c’est de réinventer de petites communautés villageoises de production, de consommation et de vie, sans revenir aux liens traditionnels...




                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-19">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Après « Pourquoi les pauvres votent à droite », l’essayiste américain signe « Pourquoi les riches votent à gauche ». Il y analyse les difficultés rencontrées par les progressistes dans son pays.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Thomas Frank : « La classe moyenne est en train de disparaître aux Etats-Unis »

Après « Pourquoi les pauvres votent à droite », l’essayiste américain signe « Pourquoi les riches votent à gauche ». Il y analyse les difficultés rencontrées par les progressistes dans son pays.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h49
    |

            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            
Pourquoi les riches votent à gauche (Listen, Liberal. Or, What Ever Happened to the Party of the People ?), de Thomas Frank, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Etienne Dobenesque, Agone, 456 p., 25 €.

Thomas Frank, journaliste et essayiste américain né en 1965, jette depuis trente ans un regard acéré et plein d’humour sur la vie intellectuelle, politique et culturelle des Etats-Unis. Cet ancien chroniqueur au quotidien conservateur Wall Street Journal est aujourd’hui contributeur régulier au mensuel de gauche Harper’s Magazine et au quotidien britannique The Guardian. En France, ses articles paraissent dans Le Monde diplomatique. En 1988, il a également fondé le magazine The Baffler, désormais dirigé par une nouvelle équipe. Thomas Frank est l’une des principales voix de la gauche sociale aux Etats-Unis, où le camp progressiste est davantage structuré par la question raciale. Il est l’auteur d’une demi-douzaine d’ouvrages, notamment Pourquoi les pauvres votent à droite (Agone, 2008), une analyse du basculement à droite de l’opinion populaire au Kansas, dont il a fait un poste d’observation pour comprendre le mouvement des idées. Son nouveau livre, Pourquoi les riches votent à gauche, dénonce l’abandon des classes populaires par le Parti démocrate.
Comment êtes-vous venu au journalisme ?
J’ai étudié l’histoire des idées et l’histoire culturelle des Etats-Unis. Ma thèse de doctorat portait sur la publicité dans les années 1960. Elle a été publiée quelques années plus tard, sous le titre The Conquest of Cool (non traduit, 1997). Je cherchais à comprendre comment les entreprises américaines sont soudainement devenues cool. Dans les années 1950, les hommes d’affaires passaient pour des personnages ternes. Dans les années 1960, le concept de cool, qui était un mode d’opposition, a été adopté par l’entreprise...




                        

                        


<article-nb="2018/05/13/19-20">
<filnamedate="20180513"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180513"><AAMMJJHH="2018051319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Res publica. Histoire romaine de la chose publique ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Figures libres. Intelligent voyage dans la « chose publique »

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Res publica. Histoire romaine de la chose publique ».



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h46
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Res publica. Histoire romaine de la chose publique, de Claudia Moatti, Fayard, « Ouvertures », 468 p., 25 €.

La république, tout le monde en parle. Chacun croit savoir de quoi il s’agit : régime politique où le peuple est souverain, qui se distingue par là de la monarchie, par exemple. Mille analyses et commentaires en ont exploré l’esprit et la lettre, de Jean Bodin à Raymond Aron, de la Révolution française aux récents projets de « VIe République ». Tous les classiques de la philosophie politique l’abordent à leur manière, de Machiavel à Condorcet, en passant par Montaigne et Rousseau. Les Romains passent pour avoir inventé le mot et la chose : après une série de rois, avant une série d’empereurs, le gouvernement de Rome fut celui d’une république. Voilà une brochette d’évidences.
Et si ce n’était qu’une série de pièges, de leurres, de malentendus ? Croyant savoir, ne sommes-nous pas ignorants, tout bonnement ? L’historienne Claudia Moatti pose ces questions. Elle en explore les tenants et aboutissants au fil d’un essai puissant, ­intelligent, subtil et savamment charpenté, qui bouscule bien des convictions hâtives. Elle montre en effet combien cette continuité supposée du sens de la « république » est une illusion d’optique, une perspective faussée.
Retour aux sources
En fait, les Romains ne savaient pas qu’ils vivaient dans une « république ». Ils n’y voyaient pas d’abord un régime distinct et spécifique. Ils parlaient seulement de res publica – « chose publique ». Les confusions prirent leur essor au Quattrocento quand le savant humaniste Leonardo Bruni (1370-1444) traduisit pour la première fois cette expression par « république ».
Revenant aux sources, c’est-à-dire aux discours et aux usages politiques de la Rome antique, Claudia Moatti scrute le terme le plus important, celui qu’on oublie le plus souvent : res, la « chose ». Par elle-même, elle n’est...




                        

                        

