<FILE-date="2018/05/12/19">

<article-nb="2018/05/12/19-1">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ A l’ACID, la réalisatrice Marie Losier dresse un portrait politique et burlesque d’une star de la « lucha libre », version mexicaine du catch.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Cannes 2018 : Cassandro, exotique catcheur fellinien

A l’ACID, la réalisatrice Marie Losier dresse un portrait politique et burlesque d’une star de la « lucha libre », version mexicaine du catch.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 13h34
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

ACID
Face au miroir, Cassandro s’asperge de laque et fixe le spectateur devant l’écran, en même temps que ses cheveux. Collant lycra, body échancré, paupières pailletées, mèches blondes sculptées. La chevelure, c’est l’arme fatale du catcheur qui se l’arrache en cas de victoire. Comme on scalpe ou on enlève le masque. Ainsi apparaît Cassandro, splendide et fragile star mondiale du catch mexicain, la lucha libre, dès les premières images du film de Marie Losier, Cassandro the Exotico !, tourné en pellicule seize millimètres et sélectionné à Cannes dans la section ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion).
De sa loge à la salle de spectacle, Cassandro fait sa diva. Une fois sur le ring, c’est un lion, grimaçant, en colère. Il fonce en vol plané, cogne l’adversaire, s’écrase sur le sol. On s’arrête de respirer, mais il se relève aussitôt, cuisses écartées, prêt à bondir, comme dans un dessin animé… Cela fait trente ans, depuis 1987, que le « fauve » fellinien se jette à corps perdu. Il est recousu de partout : il a dû quitter le ring depuis près d’un an, après un match difficile en juillet 2017.

« L’homme derrière la star du catch »
On retrouve la réalisatrice et sa créature à Cannes, au quatrième étage d’une terrasse. Une hauteur correcte pour celui qui s’est jeté, un jour, d’une dizaine de mètres de haut lors d’un match, galvanisé par ses fans. Il a été récupéré in extremis par six paires de bras paniqués… Il n’est pourtant pas si imposant, Cassandro, du haut de son mètre soixante, talons aiguilles compris. Jean noir et chemise rose, veste panthère sous le brushing parfait, son large sourire découvre des dents trop blanches pour être vraies. Bien sûr, il s’est fracassé la mâchoire plus d’une fois. Marie Losier est encore plus petite que lui, toute menue dans son « bleu de travail », les joues roses et la silhouette sculptée par des années de danse, d’acrobatie et de trapèze. C’est Judith...




                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-2">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Au 71e Festival de Cannes, le quatrième jour de compétition est marqué par l’entrée en lice de la réalisatrice Eva Husson et une « montée des marches 100 % féminine ».
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤                     
                                                

La gazette de la Croisette : les femmes à l’honneur et Jafar Panahi toujours interdit de tapis rouge

Au 71e Festival de Cannes, le quatrième jour de compétition est marqué par l’entrée en lice de la réalisatrice Eva Husson et une « montée des marches 100 % féminine ».



Le Monde
 |    12.05.2018 à 13h19
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 16h57
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
En ce samedi 12 mai, la première des trois femmes en compétition pour la Palme d’or (sur une sélection de 21 prétendants), la Française Eva Husson, présente son film Les Filles du soleil, avec Golshifteh Farahani et Emmanuelle Bercot, sur un bataillon de combattantes au Kurdistan. C’est sa première participation au Festival de Cannes.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Golshifteh Farahani, des racines et des ailes




Face à elle, le cinéaste iranien Jafar Panahi entre en lice avec 3 Visages (Se rokh/3 Faces). Pour sa quatrième sélection cannoise (en séance spéciale en 2011, à Un certain regard en 2003 et à la Quinzaine des réalisateurs en 1995), il ne devrait pas pouvoir venir sur la Croisette défendre son film. Détenu pendant deux mois en 2010, il a été condamné en 2011 à six ans de prison et vingt ans d’interdiction de réaliser ou écrire des films, de voyager ou s’exprimer dans les médias, pour « propagande contre le régime ». Il bénéficie d’une liberté conditionnelle, qui peut être révoquée à tout instant.
Des extraits vidéo du film de Jafar Panahi sont disponibles sur le site du Festival de Cannes.
DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
A la Semaine de la critique, le premier long-métrage de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt, Diamantino, a séduit notre critique Clarisse Fabre. Véritable ovni pop et déjanté, le film met en scène, entre autres, une star de football déchue et candide, Diamantino, interprétée par Carloto Cotta, le héros de Tabou (2012) et des Mille et une nuits (2015), de Miguel Gomes.
Du côté de la Quinzaine des réalisateurs, Mathieu Macheret voit dans Les Confins du monde, de Guillaume Nicloux, avec Gaspard Ulliel et Gérard Depardieu, un âpre récit de la guerre d’Indochine, qui montre le conflit comme une névrose sexuelle.
Dans la section Un certain regard (qui fait partie de la sélection officielle), Jacques Mandelbaum a repéré Gräns (Border), d’Ali Abbasi, un film étrange et remarquable sur le thème de la monstruosité.
Du côté de la programmation de l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion), Clarisse Fabre a rencontré Cassandro, splendide et fragile star mondiale du catch mexicain, la lucha libre, personnage principal du film de Marie Losier, Cassandro the Exotico !, tourné en pellicule 16 mm.
ON ATTEND AUJOURD’HUI :
Vers 18 heures, 82 femmes, autant que de réalisatrices sélectionnées au Festival de Cannes depuis 1947 (contre 1 645 réalisateurs), devraient faire une symbolique « montée des marches 100 % féminine » en s’arrêtant au milieu pour marquer le chemin qui reste encore à parcourir. Cette ascension du tapis rouge devrait reprendre après la lecture d’un texte écrit par Agnès Varda (en français) et Cate Blanchett (en anglais), présidente du jury cette année, se répondant l’une l’autre.

        Lire l’éditorial :
         

          Au cinéma, la cause des femmes



A noter également, le deuxième des quatre rendez-vous consacrés à des acteurs et réalisateurs accueillera, à 16 heures, le réalisateur Christopher Nolan.

        Lire le récit dans « M » :
         

          « 2001 : l’Odyssée de l’espace », heureuse obsession de Christopher Nolan




        Lire la gazette de la Croisette (11 mai) :
         

          Godard, éternel absent, la pègre de Jia Zhang-ke et des échos de Mai-68






                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-3">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Le cinéaste chinois se confronte au genre avec une histoire poétique et fulgurante, qui se déroule au sein de la pègre de Datong, dans la province du Shanxi.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

Cannes 2018 : « Les Eternels », le film noir selon Jia Zhang-ke

Le cinéaste chinois se confronte au genre avec une histoire poétique et fulgurante, qui se déroule au sein de la pègre de Datong, dans la province du Shanxi.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 10h45
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Sélection officielle – en compétition
La première vertu du Festival de Cannes est d’être ce lieu, à peu près unique au monde, où les plus grands cinéastes du temps aiment à se retrouver. C’est le cas depuis quelques années du réalisateur chinois Jia Zhang-ke, 47 ans, chroniqueur balzacien des mutations de son pays natal dans une brassée de films à l’intelligence aiguë et à la forme somptueuse.

        Lire le portrait :
         

          Les paradoxes de Jia Zhang-ke



Durant les trois années qui le séparent de son dernier passage avec Au-delà des montagnes (2015), Jia Zhang-ke s’est occupé. Il a trouvé le temps de lancer le ­projet d’un réseau de salles ­consacré au cinéma indépendant, de créer un ambitieux festival de cinéma dans sa région ­natale du Shanxi, de se faire élire député de cette même région, de voter enfin à ce titre les pleins pouvoirs, en mars, au président Xi Jinping.

        Lire la rencontre :
         

          De la danse au cinéma, les pas de deux de Zhao Tao



De quoi étonner pour un réalisateur qui a eu d’emblée et assez longtemps maille à partir avec les autorités de son pays depuis Xiao Wu artisan pickpocket (1997), ­premier long-métrage interdit. De quoi, aussi, susciter la ­perplexité de ses laudateurs, qui voyaient en lui depuis vingt ans la figure tutélaire du cinéma ­chinois indépendant, plus enclin à défier le pouvoir qu’à lui signer des chèques en blanc. Sans doute faudrait-il être fin connaisseur de la Chine pour se faire une ­religion sur cette étonnante transformation de Jia Zhang-ke en mini-puissance politique.
« Les Eternels » lève le rideau en 2001 à Datong, dans l’électricité d’un pays saisi par la fièvre du changement
En tout état de cause, l’industrieux créateur a également pris le temps de réaliser un nouveau film, son neuvième long-métrage de fiction à ce jour, vers ­lequel on comprendra que la ­curiosité, comme jamais, a poussé les festivaliers. Bien leur en a pris, puisqu’ils auront pu constater que le talent du ­cinéaste est toujours éclatant et que son film – voilà bien la grandeur de l’art – ne parle justement que d’une chose : celle de la non évidente fidélité à soi-même.
Les Eternels lève le rideau en 2001 à Datong, dans l’électricité d’un pays saisi par la fièvre du changement, entre salle de spectacle et arrière-salle de jeu, et dont le nouvel hymne serait YMCA, des Village People. Dans la lumière bleue, rouge et verte des néons, un couple règne sur ces agapes, Bin, moustachu trapu et dur à cuire, chef d’une petite bande mafieuse, et sa fiancée Qiao, liane brune fortement ­stylée.
Trois époques
Là-dessus, le réalisateur va ­déployer son film en trois époques et deux heures trente, qui passent comme une flèche. La première voit la montée d’une concurrence entre délinquants qui, détachée des codes d’honneur, déchaîne contre Bin de ­jeunes voyous sans foi ni loi qui l’auraient tué si Qiao n’avait sorti à temps et fait usage d’une arme à feu, ce qui lui vaut une peine de prison de cinq années.
L’ellipse de son emprisonnement – et Dieu sait que Jia a ­l’ellipse la plus élégante du ­cinéma contemporain – nous fait bondir à sa libération en 2006, date à laquelle elle retrouve, dans un pays en chantier, Bin converti dans l’industrie, accompagné d’une nouvelle fiancée, et peu enclin à lui témoigner la reconnaissance et encore moins l’amour qu’il devrait à son sacrifice.
La finale voit un Bin laminé et paralytique, essoré par son incursion capitalistique
La finale voit un Bin laminé et paralytique, essoré par son incursion capitalistique, revenir auprès de Qiao, qui a, quant à elle, repris et poursuivi avec succès la petite entreprise mafieuse de leurs débuts.
Ce qui se passe ensuite sera ­naturellement à découvrir en décembre, date de la sortie du film. En attendant, plusieurs choses peuvent être d’ores et déjà mises au crédit de Jia Zhang-ke. L’extraordinaire fluidité d’un récit pourtant lacunaire, enchaînant des ­régimes de narration différents, non dépourvu par ailleurs d’incidentes parfaitement étranges.
L’humour qui affleure
Les correspondances nombreuses avec le reste de l’œuvre (la ­région du Shanxi, le chantier du barrage des Trois-Gorges, la ­colossale mutation urbanistique, la dérive et l’enlisement des ­espoirs, la fièvre de changement qui laisse les individus sur le ­carreau). La beauté stupéfiante, inédite dirait-on, jamais vue sous cette forme et en de tels enchaînements, qui émane de certaines séquences, tels les deux amants qui se séparent inexorablement dans une chambre jaune infusée par la tristesse et la honte, ou cet immeuble d’outre-monde surgi de la nuit, magiquement éclairé par de possibles forces extraterrestres, dans un ciel étoilé sous lequel Qiao revient seule chez elle pour y refaire sa vie.
Il faudrait encore souligner l’humour qui affleure ici plus qu’à l’ordinaire, à commencer par ce redoublement brechtien qui court tout au long du film entre pègre et capitalisme, et qui nous laisse clairement entendre que la première peut du moins se prévaloir d’une certaine « droiture » et du respect des traditions.
Jia Zhang-ke est désireux depuis quelque temps de se confronter au genre
L’extraordinaire homme du train rencontré par Qiao à son ­retour, exemple de folie désespérée des grandeurs engendrée par le libéralisme, vaut au passage son pesant de cacahuètes, qui prétend monter une entreprise de voyage touristique destiné à se rapprocher des ovnis.
Telle est la manière originale avec laquelle Jia Zhang-ke – désireux depuis quelque temps de se confronter au genre – s’empare du film noir, après s’être essayé au film de sabre (A Touch of Sin, 2013) ainsi qu’au mélo (Au-delà des montagnes, 2015). Celui-ci, magnifiquement déstabilisant, poétique et fulgurant, opaque et lumineux à la fois, fera, ­gageons-le, partie de ses plus grands films.

Film chinois de Jia Zhang-ke. Avec Zhao Tao, Liao Fan (2 h 21). Sortie en salle le 26 décembre. Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/les-eternels



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-4">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ L’actrice des « Eternels », en compétition, également épouse du cinéaste Jia Zhang-ke, rêvait de devenir danseuse.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Cannes 2018 : de la danse au cinéma, les pas de deux de Zhao Tao

L’actrice des « Eternels », en compétition, également épouse du cinéaste Jia Zhang-ke, rêvait de devenir danseuse.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 10h44
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 10h46
    |

            Véronique Cauhapé








                        



                                


                            

Ce fameux jour d’été où il a emmené sa fille à un stage de danse, le père de Zhao Tao était loin d’imaginer les conséquences de cette initiative. Car du haut de ses 13 ans, la gamine n’allait pas s’en remettre. Son rêve serait désormais de devenir danseuse. Elle s’y obstine d’emblée,­ ­souhaite suivre les cours que propose son collège dans cette discipline. Son père s’y oppose, elle s’inscrit en cachette, il l’apprend et, pour la première fois, la frappe. Ils n’échangeront plus un mot pendant un an.

C’est pourtant ce père qui, sans doute impressionné par la persévérance de sa fille, finit par l’inscrire à une école professionnelle de danse dont elle dit avoir encore sur le corps la trace des souffrances auxquelles il a été soumis pendant six ans. Ce n’est rien. Le pire arrive lorsqu’elle intègre la prestigieuse Académie de danse de Pékin, où le rêve, cette fois, vire au cauchemar. « Je ne parviens pas à trouver les mots pour exprimer ce que j’ai ressenti. L’enseignement était tellement strict, l’atmosphère si austère que j’éprouvais un sentiment d’oppression physique et psychologique, comme si on contrôlait mon esprit. Je me mettais à détester cette discipline dont j’avais voulu faire mon métier. Je me demandais comment j’allais sortir de ce cercle infernal. »
­ « La professeure la plus redoutée »
La solution, elle la trouve dans l’enseignement. « J’ai appris la danse à des élèves avec l’exigence que l’on m’avait infligée. J’étais la professeure la plus redoutée de l’école », s’amuse-elle avant de reprendre son sérieux pour raconter la façon dont le cinéaste Jia Zhang-ke, en quête d’étudiants-danseurs pour son film Platform (2000), a fait irruption dans un de ses cours. « A la fin, son assistant est venu me dire qu’il voulait collaborer avec moi. Puis ils se sont mis à me parler de cinéma, du Festival de Berlin, je ne comprenais, ne connaissais rien. Quand ils sont repartis, je n’y ai plus pensé. »...




                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-5">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Editorial. Les inégalités de genre sont légion dans le 7e art. Rien qu’à Cannes, en 71 éditions, 82 cinéastes femmes ont vu leurs œuvres sélectionnées, contre 1 645 hommes. Ce ne sont pourtant pas les talents féminins qui manquent.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

Cinéma : la cause des femmes

Editorial. Les inégalités de genre sont légion dans le 7e art. Rien qu’à Cannes, en 71 éditions, 82 cinéastes femmes ont vu leurs œuvres sélectionnées, contre 1 645 hommes. Ce ne sont pourtant pas les talents féminins qui manquent.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 10h39
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 10h58
   





                        


Editorial du « Monde ». Cinquante ans après Mai 68, la révolution n’est pas au programme du Festival de Cannes. Et pas seulement parce que les aphorismes de Jean-Luc Godard ont pris un coup de vieux. Alors que l’affaire Weinstein a déclenché depuis sept mois un vent de révolte tous azimuts pour défendre la cause des femmes et dénoncer à voix forte le sexisme ordinaire – ou extraordinaire –, nul vent de fronde ne souffle sur la Croisette. Il est vrai que ce producteur américain, accusé de harcèlement et d’agressions sexuels par de nombreuses actrices, y a longtemps joué les nababs.
Cela imposait d’autant mieux la retenue, voire la discrétion embarrassée, que le monde du cinéma s’est toujours montré passablement schizophrène avec les femmes. Reconnues, encensées et primées comme actrices, volontiers starisées, adulées ou transformées en icônes mondiales, elles ont pour l’essentiel été ignorées dans tout autre rôle.
Les chiffres sont même stupéfiants : depuis sa création, en 1947, en soixante et onze éditions, 82 cinéastes femmes ont vu leurs œuvres sélectionnées par le Festival de Cannes, contre 1 645 hommes. Le nombre de réalisatrices en compétition officielle y est toujours marginal – aucune en 2012, une en 2013, trois cette année. Quant aux récompenses, n’en parlons pas : une demi-palme d’or décernée à Jane Campion en 1993 pour La Leçon de piano, partagée avec Chen Kaige. Ce ne sont pourtant pas les talents féminins qui manquent, comme le démontrent les programmations plus mixtes, voire paritaires, des sections parallèles de la Quinzaine des réalisateurs, de la Semaine de la critique et de l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion).
Initiatives feutrées
Plus largement, l’on sait que, dans l’univers du septième art, les inégalités sont aussi flagrantes que choquantes. A peine plus du quart (28 %) des avances sur recettes, ces aides vitales attribuées par le Centre national du cinéma, le sont à des projets menés par des femmes, alors qu’elles constituent 60 % des effectifs sortant de l’Ecole nationale des métiers de l’image et du son (Femis). Le déséquilibre est de même ampleur pour les aides européennes. Quant aux inégalités des salaires et des cachets, elles y sont plus indécentes que dans la plupart des autres domaines d’activité, avec un écart de 42 % en défaveur des femmes. Pas question pour autant d’introduire des mesures de discrimination positive – des quotas –, s’insurgent les gardiens du temple.

        Lire la chronique sur la parité hommes-femmes :
         

          « Dans la culture, les quotas font grincer des dents »



Cannes 2018 se contentera donc d’initiatives feutrées en faveur de la cause des femmes. Après d’autres, c’est la « reine » Cate Blanchett qui préside un jury pour la première fois majoritairement féminin. Samedi 12 mai, ce sont 82 femmes, autant que de réalisatrices sélectionnées depuis 1947, qui devaient faire une symbolique « montée des marches » en s’arrêtant au milieu pour marquer le chemin qui reste à parcourir. De même, les directeurs et programmateurs des différentes sections cannoises vont signer une charte de la diversité afin d’atteindre la parité dans leurs instances dirigeantes. Le 14 mai enfin, la ministre de la culture va annoncer la tenue d’assises pour l’égalité entre les femmes et les hommes.
Récemment, Françoise Nyssen assurait que « le secteur culturel a un devoir d’avant-garde » en la matière. Cannes s’honorerait de ne pas faire la sourde oreille à cette injonction. La liberté chérie des cinéastes – appellation opportunément bisexuée –, ne saurait être l’ennemie de leur égalité.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-6">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ A la Semaine de la critique, les réalisateurs Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt mettent en scène un personnage inspiré de Ronaldo.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Cannes 2018 : « Diamantino », un ovni pop et déjanté

A la Semaine de la critique, les réalisateurs Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt mettent en scène un personnage inspiré de Ronaldo.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 10h25
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Semaine de la critique
Un ovni a survolé la Croisette vendredi 11 mai, venu tout droit du Portugal avec de drôles de passagers à bord : une star de football déchue et candide, Diamantino, interprétée par Carloto Cotta, le héros de Tabou (2012) et des Mille et Une Nuits (2015), de Miguel Gomes ; deux sœurs maléfiques qui instrumentalisent leur frère afin de promouvoir l’extrême droite et la sortie du Portugal de l’Europe (Sonia et Natasha Matamouros) ; une jeune policière noire, Aïcha (Cleo Tavares), qui se fait passer pour un garçon réfugié et mène l’enquête. En regardant Diamantino, film inclassable sélectionné à la Semaine de la critique, coproduit par la France, le Portugal et le Brésil, le public ne savait pas toujours s’il fallait rire ou s’inquiéter. Est-ce un polar, de la science-fiction, un film romantique, un conte politique ?
L’univers de Gabriel Abrantes et de Daniel Schmidt est riche, foisonnant, éclectique
Sur le plan esthétique, le grain de la pellicule seize millimètres côtoie le cinémascope, les effets numériques, la caméra drone… Entre avant-garde et culture populaire, ce film multiforme affiche une forte ambition : toucher le plus grand nombre tout en étant radical et inventif. Nous avons rencontré les deux jeunes réalisateurs (nés en 1984) après la projection, dans le petit jardin d’une résidence cannoise où Daniel Schmidt, d’une blondeur pâle, faisait sécher son vernis à ongles. « Nous pensons que la comédie est le meilleur outil pour parler de la crise contemporaine », disent-ils d’une même voix.
L’univers de Gabriel Abrantes et de Daniel Schmidt est riche, foisonnant, éclectique, nourri de pop culture, de comédies hollywoodiennes, d’essais philosophiques ou de tragédies grecques. Les deux se connaissent depuis 2006 et viennent d’horizons différents. Gabriel Abrantes a étudié dans une école des beaux-arts à New York « marquée à gauche et gratuite », la Cooper Union for the Advancement of Science and Art. Daniel Schmidt, lui, était inscrit dans une école de cinéma new-yorkaise chic et coûteuse qui l’a fort dérouté, où les jeunes gens apprenaient surtout à appliquer les recettes des aînés… Leurs deux mondes se sont complétés et le tandem n’a pas tardé à cosigner des films.
Prouesse sportive
Le personnage de Diamantino est un mythe, même s’il renvoie explicitement à l’icône Cristiano Ronaldo, footballeur star avec lequel le héros du film entretient une forte ressemblance physique. Les deux cinéastes saluent la performance de l’acteur portugais Carloto Cotta. Pour Abrantes et Schmidt, la prouesse sportive peut être un geste esthétique. Et de citer le jeu du tennisman suisse Roger Federer, et son analyse littéraire par l’écrivain américain David Foster Wallace (1962-2008).
Les réalisateurs aiment les fausses pistes. Au premier abord, Diamantino apparaît limité intellectuellement. Il écarquille les yeux le jour où il aperçoit, depuis son yacht, une frêle embarcation remplie de jeunes Africains. « C’est quoi des réfugiés ? », demande-t-il à son père, interprété par Chico Chapas, un acteur non professionnel révélé dans la trilogie des Mille et Une Nuits, de Gomes. Abrantes et Schmidt préfèrent le qualifier de « naïf » : « Diamantino peut être ignorant des faits, mais il n’est pas bête. Nous avons voulu créer un personnage tellement ouvert, tellement simple qu’il arrive à réagir aux crises contemporaines d’une manière nouvelle », souligne Daniel Schmidt.
« Diamantino » est une histoire d’amour au sein d’un couple fort peu conventionnel
Accablé par son but manqué lors d’un match décisif, le joueur se retrouve sur le plateau d’une émission animée par une vedette, où il est sommé de répondre aux questions par « oui » ou « non » – une parodie de l’interview d’Oprah Winfrey avec Lance Armstrong, en janvier 2013, où celui-ci avait reconnu s’être dopé. La présentatrice portugaise controversée, Manuela Moura Guedes, a accepté d’endosser le rôle : elle use des pires ficelles pour tirer les larmes de son invité, et c’est l’une des scènes les plus fortes du film.
Diamantino est enfin une histoire d’amour au sein d’un couple fort peu conventionnel. La jeune policière, véritable James Bond au féminin, et lesbienne au début de l’histoire, va tomber amoureuse de Diamantino, dont le corps est en train de se transformer, et de se féminiser, sous l’effet d’une manipulation génétique décidée par ses sœurs jumelles – deux clones de Cruella. L’histoire d’amour va-t-elle triompher ? Le duo de choc Abrantes et Schmidt avoue son goût pour les vieilles comédies hollywoodiennes, dont ils vantent la « radicalité », et citent dans leur répertoire L’Impossible Monsieur Bébé (1938), de Howard Hawks, avec Katharine Hepburn et Cary Grant dans le rôle d’un paléontologue. Point de léopard dans Diamantino, mais d’autres bébêtes hantent le terrain de foot.

Film français, portugais et brésilien de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt. Avec Carloto Cotta et Cleo Tavares (1 h 32). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.ufo-distribution.com/movie/diamantino et www.semainedelacritique.com/fr/edition/2018/film/diamantino



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-7">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Fini les horaires imposés de la télévision, l’arrivée de la plate-forme américaine a révolutionné les usages des consommateurs.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Etre abonné à Netflix, c’est faire partie d’une communauté »

Fini les horaires imposés de la télévision, l’arrivée de la plate-forme américaine a révolutionné les usages des consommateurs.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 10h09
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 15h27
    |

            François Bougon








                        



                                


                            

C’est un aveu qui ressemble à ceux recueillis sur le divan : Netflix a tué la télévision de papa, si l’on en croit les près de 300 témoignages recueillis à la suite d’un appel lancé sur Lemonde.fr. Christophe Capeyron était un fidèle de Canal+ de plus de vingt ans : une chaîne de télévision payante dont ses parents étaient clients depuis sa création le 4 novembre 1984. A l’époque, c’était le phénomène du paysage audiovisuel français dont Netflix, avec ses séries vedettes comme Narcos, Dark ou La Casa de Papel, est le pendant, trente ans plus tard.
« Binge-watching », « binge-racing », « Netflix-cheating »
Quand M. Capeyron, cadre commercial, habitant à Epinal, a choisi la plate-forme américaine, il a programmé la fin du lien « familial » avec Canal+ : en septembre, lorsque son abonnement viendra à échéance. « On ne regarde plus Canal, seul le replay survit dans la maison. » Le passage des générations… C’est ce que pense aussi Thomas Ladouce, professeur des écoles de 35 ans. Une nouvelle époque s’engage : avant, c’était « des programmes qui ne m’intéressaient pas pour la plupart (télé-réalité, etc.), le tout entrecoupé de pubs de plus en plus nombreuses » ; « des programmes TV qui ne démarrent pas à l’heure et donc un film qui se termine vers 23 heures ». C’est désormais l’ère du binge-watching, qui consiste à finir de regarder une série dans la semaine suivant le début du visionnage, du binge-racing – finir en vingt-quatre heures tous une saison dès sa sortie –, du Netflix-cheating – regarder des épisodes seul alors qu’on avait commencé en couple…

« Quand je veux, ce que je veux, où je veux »
Fini donc les horaires imposés de la télévision linéaire, désormais il est possible d’être le maître des écrans, chez soi ou à l’extérieur, avec toutes sortes d’écrans. Au total, Netflix est compatible avec 1 700 types...




                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-8">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Malgré la menace, les groupes audiovisuels français ont des difficultés à s’entendre.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
édition abonné


En France, une riposte crédible à Netflix peine à s’organiser

Malgré la menace, les groupes audiovisuels français ont des difficultés à s’entendre.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 09h37
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 10h49
    |

            Alexandre Piquard








                        



                                


                            

Faire émerger un Netflix français ou européen… Tout le monde en rêve, mais personne n’assume, aujourd’hui, cet objectif. La montée en puissance du géant américain intimide : ces derniers mois, il recrute, en France, environ 100 000 abonnés par mois, et espérait en atteindre 3,5 millions fin mars, selon Libération.
Arrivé en France en 2015, le groupe Netflix y a d’abord été vu comme un concurrent pour la plate-forme de vidéo à la demande par abonnement Canalplay, puis comme une menace pour le service premium de sa maison mère, Canal+, qui compte 4,95 millions d’abonnés. « Aujourd’hui, tout le monde prend conscience que Netflix concurrence l’ensemble des chaînes de télévision, explique un cadre du secteur. Le sujet n’est pas de prendre la place de Netflix, mais de l’empêcher de prendre la nôtre ! »

Malgré ce sentiment d’urgence, voire de panique, élaborer une riposte crédible reste difficile. France Télévisions en fait l’expérience, bien que sa présidente, Delphine Ernotte, ait annoncé, dès 2015, vouloir créer une plate-forme de vidéo à la demande par abonnement. L’entreprise publique a d’abord constaté qu’il était impossible de construire un service avec ses homologues européens, car aucune chaîne ne possède les droits de diffuser sur tout le continent les séries et films qu’elle finance. Et, à l’échelle française, acheter un catalogue d’œuvres attrayant est jugé trop cher et difficile à rentabiliser par France Télévisions.
Les discussions avec TF1 et M6 « avancent bien »
L’équipe de Mme Ernotte a obtenu des grands producteurs qu’ils mettent quand même à disposition leurs programmes, de façon non exclusive, en échange d’une part – environ 20 % – des revenus des abonnements. Mais, après avoir accumulé les retards, France Télévisions a fini par mettre le projet « en pause » : la direction et Matignon ont estimé qu’il était difficile, pour l’entreprise publique, de porter un tel service...




                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-9">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ La plate-forme américaine de vidéo à la demande Netflix veut investir près de 7 milliards d’euros dans l’audiovisuel et le cinéma en 2018.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Sortie en salles ou diffusion sur petit écran ? Le dilemme des réalisateurs à Cannes

La plate-forme américaine de vidéo à la demande Netflix veut investir près de 7 milliards d’euros dans l’audiovisuel et le cinéma en 2018.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 09h33
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 10h48
    |

            Nicole Vulser (Cannes, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Netflix, le grand absent, mis au ban du 71e Festival de Cannes ? Pas tant que cela. Certes, la plus grande plate-forme mondiale de vidéo par abonnement s’est exclue d’elle-même en refusant de sortir ses films en salles dans l’Hexagone avant de les mettre à la disposition des internautes, comme le prévoit le nouveau règlement de la compétition.
C’est la raison pour laquelle plusieurs longs-métrages qu’elle a financés n’ont pu figurer dans la sélection, comme The Other Side of the Wind – celui laissé inachevé par Orson Welles et terminé par Peter Bogdanovich, avec le producteur Frank Marshall – ou encore Roma, du Mexicain Alfonso Cuaron, Hold the Dark, de l’Américain Jeremy Saulnier, et Norway, du Britannique Paul Greengrass.

Pourtant, si aucun des grands patrons de Netflix n’a fait le déplacement à Cannes, les affaires, elles, se poursuivent. Ainsi, l’entreprise y a envoyé une importante délégation de vingt-six acheteurs et professionnels du marketing venus des Etats-Unis et d’Europe dans le cadre du Marché du film. A titre de comparaison, Amazon n’en a missionné que dix-sept.
Netflix a la ferme intention de poursuivre ses emplettes (3 000 longs-métrages sont en vente au Marché) afin d’enrichir l’offre proposée à ses 125 millions d’abonnés dans le monde. Tous les vendeurs internationaux redoublent d’efforts pour séduire la plate-forme, devenue l’un des principaux acheteurs planétaires de droits de films en vidéo. Ses premières offres concernaient surtout le marché américain.
Martin Scorsese, cas emblématique
En revanche, les négociations en cours depuis plusieurs mois pour l’acquisition, par Netflix, d’EuropaCorp, le studio de Luc Besson, semblent avoir achoppé définitivement sur la Croisette, faute d’accord sur la valorisation du catalogue. Le fait que l’entreprise française repose strictement sur les épaules du réalisateur aurait également pesé dans la balance. Netflix...




                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-10">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Mêlant prives de vues réelles et scènes animées, le film de Stefano Savona, projeté à la Quinzaine, est une œuvre indispensable.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤                     
                                                

Cannes 2018 : « Samouni Road », une famille de Gaza entre documentaire et animation

Mêlant prives de vues réelles et scènes animées, le film de Stefano Savona, projeté à la Quinzaine, est une œuvre indispensable.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 09h07
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 09h17
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
Après l’extraordinaire Tahrir, place de la libération (2011), sur la révolution égyptienne, le Palermitain Stefano Savona, archéologue de formation, continue de documenter la situation du Moyen-Orient (où l’avaient d’abord conduit ses fouilles), puisque Samouni Road, à l’affiche de la Quinzaine des réalisateurs, se déroule à Gaza. Le film remonte à un moment particulier de la guerre : l’opération « Plomb durci », frappes de l’armée israélienne qui causèrent des pertes humaines et matérielles massives parmi les civils palestiniens.

Il s’attache plus particulièrement à une famille des faubourgs de Gaza, les Samouni, qu’il filme d’abord peu après l’attaque, puis un an plus tard, pendant la préparation d’un mariage. Ce faisant, la question qu’il pose est essentielle : comment, après une telle déflagration, reconstituer la trame pulvérisée du temps et l’idée même de « continuité » que toute famille incarne ?
Traces d’un monde détruit
La particularité du film est de ponctuer les prises de vues réelles par des scènes d’animation, de style crayonné en traits blancs sur fond noir, conçues par l’animateur Simone Massi, qui consistent à recréer les souvenirs des survivants avant l’attaque, traces d’un monde désormais détruit. Le parti pris s’avère discutable.

   


D’abord parce que les passages filmés, incroyablement forts, se suffisent à eux-mêmes. On y voit tout : les vies ravagées (les Samouni ont perdu une trentaine de parents pendant le conflit), les existences suspendues, le désespoir, les bâtiments rasés, les pénuries de vivres. Mais aussi : le culte entretenu des martyrs et la récupération politique du Hamas, qui, visitant les familles endeuillées, ne se prive pas d’instrumentaliser à son profit leur douleur.
L’image documentaire confronte, par le montage, ces différentes facettes d’une réalité infiniment complexe
L’image documentaire confronte dialectiquement, par le montage, ces différentes facettes d’une réalité infiniment complexe. L’animation, en revanche, lui substitue un registre strictement illustratif, trop univoque et non sans lourdeur quand il s’agit, par exemple, de reconstituer la visée d’un drone bombardier. Elle indique, en tout cas, un certain manque de confiance de la part de Savona, en la capacité du pur documentaire, non seulement à susciter l’imagination du spectateur, mais à capter toujours bien plus qu’il ne s’en trouve devant l’objectif. Samouni Road n’en demeure pas moins, pour son travail de première importance, une œuvre indispensable.

Documentaire italien et français de Stefano Savona (2 h 08). Sortie en salle le 7 novembre. Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/samouni-road



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-11">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Le dernier film du cinéaste, âgé de 87 ans, est présenté en compétition, en l’absence de son auteur.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 11/05/2018
Découvrir l’application


                        

Cannes 2018 : « Le Livre d’image », un Jean-Luc Godard ivre d’images

Le dernier film du cinéaste, âgé de 87 ans, est présenté en compétition, en l’absence de son auteur.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 06h44
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 10h02
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Sélection officielle – en compétition
Au début, il y a le noir, d’où sons et images jaillissent comme les éclats du ­silex, avant de retomber aussi sec dans l’obscurité. Tout, dans Le ­Livre d’image – le dernier film de Jean-Luc Godard, présenté à ­Cannes en compétition, en son absence – ramène à ce noir, support intangible et marge sans ­bordure d’un film qui crépite par salves successives.

        Lire le récit :
         

          Un « Vent d’Ouest » a soufflé sur Cannes quelques instants, mais ce n’était pas du Godard



L’écran n’est pas une toile blanche, mais un gouffre sans fond, une caverne d’où l’œuvre émerge. Et c’est bien à une caverne que l’on pense encore quand la voix off et rocailleuse de Godard, récitant ses versets élégiaques, résonne, s’emporte, s’élève et gronde comme un éboulement.
Le Livre d’image s’inscrit dans la veine « mélangeuse » de l’œuvre godardienne, celle des montages d’emprunts, fabriqués à partir d’extraits d’autres films, d’archives, de reportages télé, de ­fragments textuels ou musicaux. Le tout constituant un maelström dont la beauté réside non seulement dans l’assemblage, mais aussi dans la manière avec ­laquelle il réussit à transfigurer les matériaux de départ. Comportant peu de plans tournés par le cinéaste, ce dernier film se présente un peu comme une extension du court-métrage De ­l’origine du XXIe siècle, réalisé en 2000 pour l’ouverture du ­Festival de Cannes.

        Lire la chronique :
         

          Il est comme ça… Jean-Luc Godard



Une suite en quatre mouvements
Godard orchestre ici une suite en quatre mouvements. Le ­premier, variation sur la notion de remake, constate l’invariable répétition des guerres (qualifiées de « divines ») et des catastrophes au cours de l’histoire, en confrontant les conflits d’antan avec ceux d’aujourd’hui. Intervient ensuite un passage ahurissant sur les trains – de Berlin Express à Shanghai Express – dont les défilements scandés, reflet du procédé cinématographique, évoquent les mouvements conjoints de ­l’histoire et des images.

   


Puis Godard embraye sur la question du Moyen-Orient et de sa satellisation par le reste du monde, à travers plusieurs passages, lus par lui, du roman Une ­ambition dans le désert (1984), de l’écrivain égyptien francophone Albert Cossery. Enfin, le film se conclut en associant le terme de « révolution » et l’image ­terminale d’une chute.
Le Livre d’image frappe par ses étranges alliages. Bégaiements de l’image et du son, attaques sèches et intempestives, images sales, ­baveuses, démantibulées, fouillées jusque dans la chair du photogramme : chaque archive, chaque fragment est ici investi, non seulement pour ce dont il ­témoigne, mais aussi comme une matière plastique, infiniment malléable (les sources n’y sont pas sacralisées).
Teintes fauves et fiévreuses
Godard poursuit les expériences d’Adieu au langage (2014), son précédent long-métrage, non plus avec la 3D mais cette fois avec le son. Les objets sonores (voix, bruits, musiques) surgissent des quatre coins de la salle, rebondissent d’un bord à l’autre. Ainsi Le Livre d’image est-il un film qui s’écoute « dans la profondeur ». A ce titre, rien d’anodin à ce que ­Godard, dans son commentaire, en vienne à disserter sur la différence musicale entre la mélodie et le contrepoint, thème ­secondaire qui se superpose à la première.
Le film apparaît également comme une synthèse : Godard y condense sa pensée historique (invoquant de façon plutôt inattendue Joseph de Maistre, philosophe contre-révolutionnaire et ultramontain) et pratique même l’autocitation, récapitulant ici nombre d’extraits de ses précédents films, notamment du Petit Soldat (1960), des Carabiniers (1963), de Week-end (1967) ou ­encore d’Hélas pour moi (1993).

   


Les plans venus d’ailleurs sont parfois repeints aux teintes ­fauves et fiévreuses des toiles de Nicolas de Staël, d’Henri Matisse ou d’André Derain, ce qu’autorise la palette graphique de la vidéo.
Car l’autre horizon du film, après la musique, est la peinture, qui s’installe ici comme généalogie des images animées. Le Livre d’image n’est ni un livre ni même un film, mais un feu de camp dans la nuit, dont les images ­sèchement frottées les unes contre les autres produisent de la lumière et de la chaleur. Livre d’image, ivre d’images.

Essai cinématographique de Jean-Luc Godard (1 h 34). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.wildbunch.biz/movie/the-image-book-aka-image-and-word



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-12">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ La master class cannoise du réalisateur de « Black Panther » illustre la prise en compte croissante, par l’industrie du cinéma, des voix afro-américaines.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 11/05/2018
Découvrir l’application


                        

A Cannes, de Ryan Coogler à Donald Glover, fiertés noires sur tapis rouge

La master class cannoise du réalisateur de « Black Panther » illustre la prise en compte croissante, par l’industrie du cinéma, des voix afro-américaines.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 14h59
    |

            Aureliano Tonet








                        



   


Une rumeur persistante voudrait que Thomas Bangalter, moitié du duo Daft Punk, soit un festivalier régulier. Point de casque à Cannes, cependant : le musicien parisien aime, paraît-il, à sillonner la Croisette incognito, c’est-à-dire à visage découvert. Cette année, allez savoir, il a peut-être prêté son nœud pap’à un vieux pote, la pop star The Weeknd, avec lequel les Daft fraient sur leurs derniers tubes, Starboy et I Feel It Coming.
Car lui, c’est une certitude, est bel et bien de la fête. Jeudi 10 mai, le chanteur de R’n’B, de son vrai nom Abel Makkonen Tesfaye, s’est infiltré au premier rang du « Rendez-vous avec Ryan Coogler ». Soit un dialogue de deux heures entre le réalisateur de Black Panther et le critique afro-américain Elvis Mitchell, étrangement programmé dans la section vintage Cannes Classics – quand bien même le blockbuster, qui a dépassé le milliard de dollars (838 millions d’euros) de recettes depuis sa sortie, mi-février, témoigne de l’époque avec plus d’à-propos que certains films de la Sélection officielle.

        Lire la critique de « Black Panther » :
         

          L’Afrique a enfin son super-héros sur grand écran



La salle Buñuel est aussi bondée que l’était, la veille, la plage de la Croisette, où le film était projeté gratuitement : le félin de Disney-Marvel continue de drainer une foule de tous âges et pelages – jeunes loups, vieux lions, panthères roses ou noires, peu importe. En haut des gradins trône Raoul Peck, héraut du cinéma « réalisé par des gens de couleur noire », ainsi que le formule en préambule le délégué général, Thierry Frémaux, qu’on a connu moins pusillanime.
Crescendo
Victime d’une sono défaillante, Ryan Coogler s’en remet d’entrée de jeu à la maestria acoustique de The Weeknd, qui pose sa voix suave sur la bande-son de Black Panther : « Abel, viens nous aider ! », plaisante le jeune homme de 31 ans. Il faudra trois interventions de techniciens pour que résonne dans toute son acuité l’accent au couteau de Coogler, aiguisé à Oakland (Californie), non loin de San Francisco, où il a grandi.

        Lire le décryptage :
         

          La noire réalité derrière « Black Panther »



Ce crescendo figure assez joliment la prise en considération grandissante, au sein de l’industrie cinématographique, des voix afro-américaines. Car l’ascension saisissante du réalisateur n’est pas isolée, comme en témoignent les cartons de Straight Outta Compton (2015), de F. Gary Gray, ou de Get Out (2017), de Jordan Peele. « Il fut un temps où les équipes de basket ne faisaient pas jouer de Noirs, de peur de ne pas vendre de tickets !, « parabolise » le cinéaste. Et puis ça a changé. Au tour du cinéma de changer. » 
En 2013, son premier long-métrage, Fruitvale Station, était déterré à Sundance, mine de talents indie. A Cannes, le même film émargeait à Un certain regard, deux ans avant que le deuxième, Creed : L’Héritage de Rocky Balboa, n’en confirme les promesses, sous la férule de Sylvester Stallone et d’une world company hollywoodienne, la Warner.
Un long périple en Afrique
Y aurait-il déjà une griffe Coogler ? La master class, acérée, en fait l’hypothèse, en même temps que la genèse. Enfance dans des faubourgs fauchés, choyée par des parents assistants sociaux : « J’ai eu de la chance, la plupart de mes potes ne connaissaient pas leur père, se souvient le cinéaste, après qu’Elvis Mitchell lui eut fait remarquer combien l’absence paternelle traverse ses trois films. Personne ne se voyait vivre au-delà de 25 ans : la mort, la prison bouchaient nos horizons. »
« Disney m’avait parqué dans des hôtels sécurisés, alors j’ai sympathisé avec le personnel, femmes de ménage, concierge »
De son père, Coogler héritera le goût et la pratique assidue du sport, grâce auxquels il intégrera les bancs universitaires ; de sa mère, une cinéphilie hypermnésique, façon base de données – « maman, c’était IMDB avant qu’IMDB n’existe ! ». Et de citer une pluie de références – Le Parrain, Casino Royale, Timbuktu, La Cité de Dieu, The Wrestler, L’Etreinte du serpent, Un prophète, La Haine, The Wire… – irriguant son approche duale : une patte dans le réel, au chevet des déshérités, l’autre musclée par les puissances de l’imaginaire.

        Lire le focus :
         

          Comment le film « Black Panther » rebâtit l’Afrique



La faconde des Wakandais – les habitants du royaume afro-futuriste de Black Panther –, il l’a nourrie au cours d’un long périple en Afrique, du Cap au Kenya : « Disney m’avait parqué dans des hôtels sécurisés, alors j’ai sympathisé avec le personnel, femmes de ménage, concierge… Je me suis familiarisé avec la musicalité de leur langue, j’ai découvert leurs rituels. Par moments, j’avais l’impression d’être à une fête chez moi, à Oakland : les gestes pour faire circuler les boissons sont les mêmes ! »
Se frotter à une histoire originale
Pour l’heure, tous ses scénarios sont des adaptations de faits réels – la bavure raciste de Fruitvale Station – ou d’univers préexistants – la saga Rocky, les comics Marvel. Mais Coogler dit avoir envie de se frotter à une histoire originale. « Ou alors, pourquoi pas une suite de Black Panther centrée sur les personnages féminins – peut-être les plus importants du film, bifurque-t-il aussitôt. La décision ne m’appartient pas totalement. Au final, cela reste un business. Et j’espère qu’on laissera ce business dans un meilleur état qu’on ne l’a trouvé. »

        Lire le reportage :
         

          Au Kenya, l’industrie du cinéma veut profiter du succès phénoménal de « Black Panther »



Les cadres de Disney sont parmi les premiers à quitter la salle. Il faut préparer l’arrivée de Donald Glover, alias Childish Gambino, qui montera les marches, le 15 mai, avec l’équipe de la nouvelle grosse production maison, Solo : A Star Wars Story.
L’acteur et musicien afro-américain affole la Toile, depuis la publication, le 5 mai, du vidéoclip This Is America. Barbe drue, torse nu, il y chorégraphie avec une grâce furieuse les contorsions des siens. En quelques jours, l’allégorie a suscité une telle exégèse que le Festival serait avisé, se dit-on, de lui proposer sans tarder un autre « rendez-vous ».



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-13">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Dans une tribune au « Monde », un collectif de professionnels du septième art dénonce l’« invisibilisation » des comédiennes d’un certain âge, qui se voient attribuer un nombre de rôles ridiculement bas.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ 
<article-nb="2018/05/12/19-14">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Mi-GAFA, mi-studio hollywoodien, le nouveau monstre de l’audiovisuel connaît un succès fulgurant. Il compte désormais 125 millions d’abonnés.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 11/05/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Netflix dynamite la télé et le septième art

Mi-GAFA, mi-studio hollywoodien, le nouveau monstre de l’audiovisuel connaît un succès fulgurant. Il compte désormais 125 millions d’abonnés.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 06h33
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 07h08
    |

            Alexandre Piquard








                        



                                


                            

Netflix a-t-il déjà gagné la guerre ? La question se pose dans les couloirs des chaînes de télévision, dans les grands studios ou les entreprises technologiques, dans les coulisses du Festival de Cannes ou dans les cabinets ministériels. Ses séries s’invitent de plus en plus dans les conversations. « Un de mes collègues est allé à une fête avec ses parents, plutôt âgés. Sa mère y discutait des programmes de Netflix avec ses copines. Ça l’a soufflé », raconte un producteur français, mi-amusé, mi-effaré.
La formule à la demande de Netflix est en phase avec les attentes des téléspectateurs : c’est une sorte de buffet audiovisuel à volonté, où l’on peut goûter les dernières grandes productions maison, comme la série de science-fiction Stranger Things, rattraper des vieux classiques tels que Friends, se laisser aller à quelques films de séries B ou s’orienter vers d’étonnants mangas japonais ou un documentaire de six heures sur une secte établie dans l’Oregon jusqu’en 1985 (Wild Wild Country). Consommable sur place, avec son téléviseur, ou à emporter, sur ordinateur, tablette ou smartphone, le menu comporte peu de grands films récents et laisse parfois le même goût d’indécision ressenti face aux murs de DVD d’un vidéoclub… mais, pour 10 euros par mois, il offre un rapport qualité-prix assez addictif.
Au premier trimestre 2018, Netflix a dépassé toutes les prévisions en conquérant 7,4 millions de nouveaux abonnés. Son chiffre d’affaires a fait un bond de 43 % par rapport à 2017, lorsqu’il avait engrangé 11,6 milliards de dollars (9,8 milliards d’euros) pour un résultat de 886 millions… Le service dépensera cette année 8 milliards de dollars dans les contenus, et il compte désormais 125 millions d’abonnés, dont 3,5 millions en France.
Premier studio international
Le modèle de Netflix fascine et fait débat. C’est un ovni, à mi-chemin entre les grandes plates-formes numériques (GAFA) et les géants du divertissement...




                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-15">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ #RaideCarpette a rencontré à Cannes Alain Robin, sosie de Robin Williams. Il déambule sur la Croisette en parfaite, remarquable et troublante Madame Doubtfire.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

Cannes 2018 : « Je fais le sosie de Robin Williams depuis vingt-deux ans »

#RaideCarpette a rencontré à Cannes Alain Robin, sosie de Robin Williams. Il déambule sur la Croisette en parfaite, remarquable et troublante Madame Doubtfire.



Le Monde
 |    11.05.2018 à 22h26
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 11h51
    |

                            Charlotte Herzog (propos recueillis par)








                        





#RaideCarpette. 
« C’est dégueulasse qu’ils ne me laissent pas rentrer. » Qu’est-ce que c’est « dégueulasse » ? A Cannes, c’est loin du tapis rouge que l’on trouve la réponse, dans les bars de la Croisette où viennent se faire mousser ceux qui ne sont pas invités aux soirées. Mythos, refoulés, malchanceux, wannabe… c’est à eux que cette chronique veut donner la parole. Paillettes et glamour au placard, #RaideCarpette vous raconte le festival vu de l’autre côté des barrières ou du bar, là où « y a vachement moyen de faire du cinéma ensemble ». 

 .encadre_dcdr { font-family: "Helvetica Neue", Helvetica, Arial, sans-serif; margin: 24px 0; padding: 16px; border: 2px solid #eef1f5; background: #ccc; font-size: 1.3rem; border-top: 3px solid #fe2f2f; border-radius: 0 0 12px 12px; } .encadre_dcdr .titre_encadre_dcdr { font-family: "Helvetica Neue", Helvetica, Arial, sans-serif; line-height: 1.25; display: block; font-weight: 700; margin: 0 0 10px 0; font-size: 1.5rem; text-align: center; } .encadre_dcdr .lire { padding: 8px 16px 6px; clear: both; background: #fff; border-left: 1px solid #e4e6e9; font-weight: bold; margin: 20px 0; } .encadre_dcdr .lire a { border-bottom: 0; } @media screen and (max-width: 500px) { .encadre_dcdr { font-size: 1.4rem; } }

Alain Robin, retraité, arpente la Croisette sur sa voiturette de Madame Doubtfire. Il raconte à #RaideCarpette sa vie de sosie. 
« Quand on te dit que tu ressembles à quelqu’un, tu peux péter les plombs. Tellement investi dans le personnage, que tes amis te disent : “Eh oh Alain, réveille-toi, tu n’es pas lui”. Je fais le sosie de Robin Williams depuis vingt-deux ans. Avant, j’étais cuistot. Quand j’ai approché la quarantaine, à force qu’on me dise que je lui ressemblais, j’ai fini par le croire. Quand j’ai vu le film Madame Doubtfire, j’ai quitté la cuisine, je me suis acheté sa perruque, et j’ai pris des cours de théâtre. Ce n’est pas tout de ressembler à quelqu’un, il faut en faire quelque chose. 
Quand j’ai rencontré Robin Williams à Deauville, il m’a dit : “J’adore la France et j’adore que vous soyez français”. A part un autre homme qui vit aux Etats-Unis, je suis son seul sosie au monde. En France, j’ai pour amis Whoopie Goldberg, Julia Roberts, Sean Connery... Enfin, leurs sosies. Mais pour eux c’est différent. Souvent, ils posent pour des photos, et après, plus rien ne se passe. Ce qui me fait survivre, moi, c’est d’être Madame Doubtfire. Quand Robin Williams est mort en 2014, j’étais dans mon camping-car, je n’y ai pas cru. Le lendemain, je suis allé dans la rue, en Madame Doubtfire. Et c’est là que l’émotion est apparue. J’ai eu un succès monstre. Presque paralysé. Hypnotisé par un au-delà. Qui n’en était pas un, je le sais bien. 

   


 « Après avoir enlevé mon maquillage, je suis seul »
Je ne vis nulle part. Dans mon camping-car. Partout. Comme ça je peux déambuler. J’utilise le plaisir des vacances et quand j’ai besoin de remplir mon Caddie, je vais faire Madame Doubtfire. Je suis retraité, et à la retraite, on arrive au moment du calcul. Avec mon passé d’intermittent du spectacle, on m’a dit que je toucherai 1 300 euros par mois. Alors sur la petite voiturette sur laquelle déambule Madame Doubtfire, j’ai accroché une casserole. Les gens peuvent mettre ce qu’ils veulent dedans. Mes vitamines sont les applaudissements. Je déambule, je donne ma documentation, mes flyers. Avec mon nom, des photos, mes coordonnées. 
Mais même en étant connu ici, je me fais recaler des soirées. Je n’ai pas d’invitation, j’ai parfois  “l’autorisation” des responsables. Sauf que la sécurité me fait barrage. Parce qu’en dessous de Madame Doubtfire, il y a un homme. Ça les dérange ce drôle de mélange. J’ai quand même fait une montée des marches en 2014, c’est sur YouTube d’ailleurs. Je m’étais posté devant l’entrée pour demander une invitation, que j’ai obtenue en dix minutes. Sur le tapis, j’ai volé la vedette aux femmes qui le foulaient en même temps que moi. J’étais heureux. Mais attention, pas d’erreur, je me parlais à moi-même : attention Alain, tu n’es plus toi-même. Tu es cette femme. Et tout le monde t’observe. 
Quand on me demande un autographe, je ne signe jamais “Robin Williams”. Je ne suis pas lui. Je signe “Madame Doubtfire”. Mais je me sens caché dans l’ombre. J’aimerais pouvoir être moi. Ce n’est pas facile d’être soi-même, surtout quand tu choisis d’être sosie. Tu es l’autre. Pas toi. Jamais. Quand je quitte le personnage de Madame Doubtfire, que je me retrouve dans mon camping-car, je ne comprends pas. Sur le coup, les gens m’ont dit “bravo!” , ils m’ont applaudi, photographié, apprécié, aimé. Moi je leur ai donné mon nom, mes coordonnées et je leur ai dit : si vous voulez me connaître, appelez-moi. Mais personne ne m’appelle. Je suis comme le clown après les applaudissements. Après avoir enlevé mon maquillage, je suis seul. Ça me rend triste. C’est ça le “j’aurais voulu être un artiste”. »

        Lire la chronique précédente :
         

          « On bouge ? C’est pourri ici ! »






                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-16">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Junot Diaz a cédé la présidence du prestigieux prix, le temps qu’une enquête indépendante soit menée sur les accusations le visant.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤                     
                                                

Accusé de harcèlement sexuel, le président du prix Pulitzer se met en retrait

Junot Diaz a cédé la présidence du prestigieux prix, le temps qu’une enquête indépendante soit menée sur les accusations le visant.



Le Monde
 |    11.05.2018 à 22h12
   





                        


Accusé de harcèlement sexuel, le président du prestigieux prix Pulitzer, Junot Diaz, s’est mis en retrait. Il a abandonné sa fonction de président à Eugene Robinson, journaliste au Washington Post, en attendant le résultat d’une enquête indépendante. Il reste toutefois membre du conseil du prix Pulitzer.
Les accusations ont commencé le 4 mai : lors d’un salon organisé à Sydney, en Australie, la journaliste Zinzi Clemmons a abordé Junot Diaz au sujet d’un incident qui aurait eu lieu entre eux six ans plus tôt, selon plusieurs médias. Dans un message posté plus tard sur son compte Twitter, elle a affirmé que l’auteur, 49 ans, récompensé en 2008 par un prix Pulitzer pour son livre La Brève et Merveilleuse Vie d’Oscar Wao, l’avait embrassée de force. « Je suis loin d’être la seule à qui il ait fait ça », a écrit celle qui était, à l’époque, étudiante à l’université Columbia à New York. « Je refuse d’être silencieuse plus longtemps. »
Deux autres auteures, Carmen Maria Machado et Monica Byrne, ont accusé l’écrivain, originaire de République dominicaine, de comportement agressif depuis, sans évoquer de harcèlement sexuel.

        Lire aussi :
         

                Le prix Nobel de littérature en 2018 reporté d’un an



« J’écoute et j’apprends de ces récits de femmes »
Junot Diaz, qui a raconté en avril comment il a été violé enfant dans un essai publié dans The New Yorker, a réagi en début de semaine. Dans une déclaration transmise par son agent, il a dit « assumer [ses] responsabilités pour [son] passé. » « C’est pour cela que j’ai pris la décision de dire la vérité sur mon viol et ses séquelles. Cette conversation est importante et doit continuer. J’écoute et j’apprends de ces récits de femmes, en ce moment culturel essentiel qui a trop tardé », a-t-il ajouté.
Jeudi, le conseil du prix Pulitzer a indiqué avoir lancé une enquête indépendante sur ces accusations, précisant que Junot Diaz y était favorable et coopérerait aux investigations.
Depuis l’éclatement de l’affaire Weinstein, début octobre, des dizaines d’hommes influents issus du monde du divertissement, artistique, politique et journalistique ont été accusés de harcèlement sexuel, d’agressions sexuelles ou de viols. L’attribution du prix Nobel de littérature a été reportée d’un an, la célèbre académie suédoise ayant elle aussi été prise dans la tourmente du mouvement #MeToo.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-17">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ L’enquête préliminaire, ouverte en décembre 2013, visait d’éventuels détournements de fonds publics.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤                     
                                                

L’enquête sur la Cité du cinéma de Luc Besson classée sans suite

L’enquête préliminaire, ouverte en décembre 2013, visait d’éventuels détournements de fonds publics.



Le Monde
 |    11.05.2018 à 17h47
 • Mis à jour le
11.05.2018 à 17h58
   





                        


L’enquête préliminaire sur la Cité du cinéma du réalisateur et producteur Luc Besson, visant d’éventuels détournements de fonds publics, a été classée sans suite, a-t-on appris vendredi 11 mai de source judiciaire, confirmant une information de L’Expansion. Ouverte en décembre 2013 par le parquet de Paris, puis transférée au parquet national financier, cette enquête faisait suite à un signalement de la Cour des comptes sur les conditions de financement du projet.

        Lire aussi :
         

                Europacorp, le groupe de Luc Besson, va supprimer 22 postes sur 79 en France



« Le financement public de la Cité du cinéma, décidé contre l’avis des services de l’Etat et de la Caisse des dépôts et consignations, principal financeur du projet », a été effectué « pour permettre l’aboutissement du projet qu’une société privée [EuropaCorp] portait pour son seul bénéfice », écrivaient les magistrats de la Rue Cambon dans une note.
Ils mettaient également en avant le soutien à ce projet apporté par les pouvoirs publics pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, ainsi que la proximité avec les plus hautes sphères du pouvoir de Luc Besson et de certains de ses collaborateurs, notamment le directeur général d’EuropaCorp, Christophe Lambert. EuropaCorp avait évoqué une « suspicion infondée ».
Macron entendu comme témoin en 2015
Le président Emmanuel Macron avait lui-même été entendu comme témoin en 2015 dans cette procédure, en sa qualité d’ancien banquier au sein de l’établissement Rothschild, où il a travaillé de 2008 à 2012.
Le montage financier de la Cité du cinéma avait été bouclé en 2008 : 180 millions d’euros, dont 150 millions pour l’achat du foncier, détenu à 100 % par la société Nef-Lumière (75 % la Caisse des dépôts, 25 % Vinci), et 30 millions pour la construction des plateaux de tournage via différentes sociétés de Luc Besson et Quinta communications, le groupe du producteur et homme d’affaires tunisien Tarak Ben Ammar.
Installée dans une ancienne centrale thermique à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), la Cité du cinéma, dont les concepteurs affichaient l’ambition d’en faire un « Hollywood à la française », accueille l’école Louis-Lumière, des plateaux de tournage, un auditorium et des espaces événementiels.

        Lire aussi :
         

                EuropaCorp : le PDG du studio de Luc Besson sur le départ






                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-18">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Apre récit de la guerre d’Indochine, le film de Guillaume Nicloux, avec Gaspard Ulliel et Gérard Depardieu, montre la guerre comme une névrose sexuelle.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤                     
                                                

Cannes 2018 : « Les Confins du monde » ou la vengeance du soldat Tassen

Apre récit de la guerre d’Indochine, le film de Guillaume Nicloux, avec Gaspard Ulliel et Gérard Depardieu, montre la guerre comme une névrose sexuelle.



Le Monde
 |    11.05.2018 à 17h28
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 08h01
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs
Guillaume Nicloux poursuit une œuvre protéiforme et toute en zigzags, où chaque film semble obstinément ne vouloir ressembler en rien à celui qui le précède. Si ce n’est par une inclination, depuis Valley of Love (2015), pour les dérives existentielles, les expéditions autant extérieures qu’intérieures de personnages itinérants. Les Confins du monde, son dernier film présenté à la Quinzaine des réalisateurs, ne déroge pas à la tendance, puisqu’il décrit, pendant la guerre d’Indochine, la longue marche à travers la jungle de Robert Tassen (Gaspard Ulliel), soldat de l’infanterie française, en même temps que son enlisement dans une obsession de plus en plus déliquescente.
Le film s’attache à la période trouble de 1945-1946, à la sortie de la seconde guerre mondiale, marquée par l’occupation momentanée du Tonkin par les forces japonaises et l’émergence de la résistance indépendantiste. Tassen est l’unique rescapé d’un massacre lié au « coup de force » du 9 mars 1945, riposte japonaise à la reprise en main du territoire par les Français.
Le premier intérêt du film est de se pencher sur un épisode de l’histoire coloniale assez peu visité par le cinéma français
Au début du film, le soldat se relève d’un épais charnier, où gisent à la fois son unité décimée ainsi que des parents. Recueilli et soigné par des villageois, il rejoint l’armée française, obnubilé par l’idée de se venger, notamment sur la personne de Vo Binh, un lieutenant d’Ho Chi Minh. Trois rencontres jalonnent sa quête : celles de l’écrivain Saintonge (Gérard Depardieu), du soldat Cavagna (Guillaume Gouix), qui rejoint son bataillon, et de la prostituée Maï (Lang-Khê Tran), dont il tombe amoureux.

Le premier intérêt du film est ainsi de se pencher sur un épisode de l’histoire coloniale finalement assez peu visité par le cinéma français, à l’exception de la mémorable 317e section (1965), de Pierre Schoendoerffer, référence explicite. Difficile de ne pas l’inscrire également dans tout un réseau d’influences contiguës, qui iraient des récits de Joseph Conrad à l’iconographie de la guerre du Vietnam dans le cinéma américain (Apocalypse Now au premier chef), en passant par les films de patrouille de Samuel Fuller (Les maraudeurs attaquent, 1962).

   


Enlisement d’un homme dans un territoire
Mais l’originalité du film est aussi d’échapper un peu à tout cela, comme à la problématique coloniale, pour se creuser une autre voie : celle de l’enlisement d’un homme dans un territoire et une idée fixe, qui ne sont peut-être jamais que les deux versants d’une même solitude.
La mise en scène de Nicloux frappe ici par sa sécheresse, mais surtout par son impudicité. Le corps y est exposé sans ménagement, qu’il s’agisse des cadavres mutilés par la guerre (têtes coupées, membres sectionnés) ou de la sensualité des soldats eux-mêmes, rendue âpre et brutale par les souffrances qu’ils endurent. Au motif de la vengeance, s’adosse bientôt celui de la sexualité maladive.
La guerre apparaît non seulement comme une névrose sexuelle, par la virilité convulsive qu’elle mobilise, mais surtout comme une permanente angoisse de la castration. Les amputations du Vietminh, la sangsue qui s’immisce dans le pénis d’un soldat, la morsure des serpents (symbole phallique explicite), ne racontent pas d’autre histoire. Celle d’hommes qui, progressivement désertés par la vie, regardent leurs sexes tomber.

Film français de Guillaume Nicloux. Avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Lang-Khê Tran, Gérard Depardieu (1 h 43). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/les-confins-du-monde et www.quinzaine-realisateurs.com/film/les-confins-du-monde



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-19">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Enfant, le réalisateur d’« Interstellar » a été bouleversé par le chef-d’œuvre de Kubrick dont le souvenir ne l’a plus quitté. Au point de susciter sa vocation de cinéaste. Il a supervisé la restauration de la version d’origine, projetée dans le cadre du programme Cannes Classics.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤                
                                       
édition abonné


« 2001 : l’Odyssée de l’espace », heureuse obsession de Christopher Nolan


                      Enfant, le réalisateur d’« Interstellar » a été bouleversé par le chef-d’œuvre de Kubrick dont le souvenir ne l’a plus quitté. Au point de susciter sa vocation de cinéaste. Il a supervisé la restauration de la version d’origine, projetée dans le cadre du programme Cannes Classics.



Le Monde
 |    11.05.2018 à 14h18
 • Mis à jour le
11.05.2018 à 16h57
    |

            Samuel Blumenfeld








                              

                        

À l’été 1977, quand il a vu pour la première fois 2001 : l’Odyssée de l’espace, le réalisateur britanno-américain Christopher Nolan avait 7 ans. À quelques mois d’intervalle, l’enfant a découvert un autre film, destiné, lui, à un garçon de son âge, La Guerre des étoiles.
Le succès inattendu et fulgurant du space opera de George Lucas au printemps aux États-Unis – avant une sortie en décembre en Grande-Bretagne – avait amené la MGM à rediffuser en salle le long-métrage de Stanley Kubrick, qui datait de 1968, afin de profiter de l’intérêt renouvelé du public pour la science-fiction.
Plus fort que « La Guerre des étoiles » 
Si le réalisateur d’Interstellar (2014) et de Dunkerque (2017) garde bien en tête cette première vision de La Guerre des étoiles – la référence, à ses yeux, en matière de science-fiction grand public –, celle-ci n’a rien de comparable à la clarté et à l’étrangeté de 2001. L’effet produit sur le gamin se révélait incomparable.
Christopher Nolan essaie encore de comprendre ce qui s’est passé en lui ce jour-là. Fait inhabituel, son cerveau a imprimé et conservé chaque photogramme. Son souvenir était net, précis, indélébile. Une performance devant moins à sa mémoire qu’aux propriétés exceptionnelles de 2001.
Récemment, Christopher Nolan a trouvé l’explication à cette hypermnésie. Il a supervisé la restauration de la copie analogique dans son format d’origine (70 mm), version qu’il présentera à Cannes le dimanche 13 mai, dans le cadre du programme Cannes Classics, avec un entracte de quinze minutes, comme au printemps 1968.

« Voir et revoir 2001 sur une période aussi resserrée, une vingtaine de fois peut-être, m’a permis de prendre la mesure d’un principe élémentaire. J’utilise des arrêts sur image pour les photos de mes films qui seront distribuées pour la promotion. D’ordinaire, vous avez du mal à trouver des plans qui...




<article-nb="2018/05/12/19-20">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Présenté à Cannes, mais interdit au Kenya, ce film raconte une relation amoureuse entre deux femmes. La réalisatrice analyse le premier moment où celles-ci explorent leur amour naissant.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ 