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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Rapport d’étonnement. Aux Etats-Unis et au Canada, des hommes ne parvenant pas à trouver de partenaires sexuels rejoignent des communautés en ligne, qui alimentent leur rancœur. Alek Minassian, qui a tué dix personnes à Toronto le 23 avril, était l’un d’eux.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
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Le misogyne, cet autre terroriste

Rapport d’étonnement. Aux Etats-Unis et au Canada, des hommes ne parvenant pas à trouver de partenaires sexuels rejoignent des communautés en ligne, qui alimentent leur rancœur. Alek Minassian, qui a tué dix personnes à Toronto le 23 avril, était l’un d’eux.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 12h30
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
Le 23 avril, en plein centre-ville de Toronto, Alek Minassian, 25 ans, a fauché avec une fourgonnette vingt-cinq personnes, en tuant dix, principalement des femmes. Juste avant l’attaque, il avait posté sur Facebook un message annonçant : « La rébellion incel a débuté ». Un « incel », dans le monde anglo-saxon, est un involuntarily celibate, un « célibataire involontaire » : un homme qui n’a aucun succès auprès des femmes et finit par les détester. Ces dernières années, les incels se sont organisés en communautés ouvertement misogynes.
« Nouveau saint »
Au Canada comme aux Etats-Unis, les incels se retrouvent sur des sites de discussion comme Incels.me, interdit aux femmes, sur des groupes de la messagerie Discord, ou sur les forums 4chan et 8chan – sans oublier les nombreux Tumblr porno montrant des scènes de sadisme et de viol, sur le thème Ihatefeminist, Destroythatbitch, etc. En novembre 2017, le site communautaire Reddit interdisait pour misogynie radicale un groupe ­incel de 40 000 personnes. Sur ce groupe, qui se présentait comme un ­ « soutien » pour les hommes en manque de relations amoureuses et sexuelles, les messages ont vite déraillé, traitant les femmes ­d’« ordures qui utilisent les hommes », d’« incarnation du mal », de « salopes », puis cautionnant et préconisant le viol pour se satisfaire.
L’acte terroriste de Minassian a été soutenu par les incels les plus virulents, qui le célèbrent comme un « nouveau saint » de leur mouvement. « Répandez ce nom, parlez de son sacrifice pour notre cause, adorez-le car il a donné sa vie pour notre avenir », dit un post sur Incel.me. Un autre se demande si Minassian n’a pas répondu à un appel lancé en mars, signé BlkPillPres, où on lisait : « Je veux voir des intoxications alimentaires de masse, peut-être une bombe ou deux, ou j’espère que quelqu’un finira par utiliser un camion pour renverser des femmes pendant un défilé scolaire ou...




                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-2">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Dans sa chronique, Annie Kahn, journaliste au « Monde », estime indispensable de lutter contre la discrimination entre collègues. A la cantine, en particulier, lieu potentiel d’ouverture à l’autre par excellence.
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« En entreprise, les regroupements à table sont hélas représentatifs d’un certain instinct grégaire qui ne fait qu’amplifier les stéréotypes »

Dans sa chronique, Annie Kahn, journaliste au « Monde », estime indispensable de lutter contre la discrimination entre collègues. A la cantine, en particulier, lieu potentiel d’ouverture à l’autre par excellence.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 12h00
    |

            Annie Kahn








                        



                                


                            

Il est de bon ton aujourd’hui de vanter les mérites de la diversité. Et particulièrement dans le monde du travail. Outre le fait que s’engager en faveur de la diversité apparaît plus moral, plus équitable, cette attitude serait aussi plus rentable. De nombreuses études ont en effet démontré la meilleure productivité et créativité d’équipes aux profils variés : diversité d’origine, d’âge, de genre, de milieu social, de centres d’intérêt, etc.
Et pourtant, que d’occasions perdues ! Rien de tel que d’observer les mœurs et coutumes des cantines et autres restaurants d’entreprise ou lieux propices à la prise d’un repas en commun pour s’en convaincre. L’entre-soi le plus strict y est la règle.
On se retrouve entre personnes d’un même service, d’un même groupe d’âge, d’un statut social voire hiérarchique équivalent, d’origines semblables. Vous êtes-vous écarté depuis quelques mois, voire quelques années, de la communauté d’intérêt à laquelle vous apparteniez ? Le changement est immédiat. Vous voici exclu du groupe.
Tisser des liens
Alors qu’il est bien connu que prendre un repas en commun est l’une des meilleures occasions de tisser des liens. Les milieux d’affaires le savent depuis longtemps. Les architectes de bureaux également, qui prévoient des mini-cuisines à la disposition du personnel, selon un modèle popularisé par ­Google et d’autres entreprises de la Silicon Valley. Et, depuis quelques années, la préparation dudit repas est même devenue une activité prônée par les consultants pour renforcer l’esprit d’équipe. Au même titre que les défis de saut à l’élastique d’hier. A condition de ne pas pousser le bouchon trop loin.
« Les membres d’une équipe qui socialisent uniquement entre eux risquent de se retrouver déconnectés du reste de l’organisation et du monde extérieur », avertit le sociologue américain Kevin Kniffin.
Rares sont les sociologues qui se sont intéressés à cette question. Dans un article de la revue Le Mouvement social...




                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-3">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Le choix français pour le nucléaire est d’autant plus périlleux qu’il est économiquement dépassé par d’autres sources d’énergie, affirme l’économiste Aurélien Saussay dans une tribune au « Monde ».
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Energie : « L’entêtement français sur la voie du nucléaire est une stratégie risquée »

Le choix français pour le nucléaire est d’autant plus périlleux qu’il est économiquement dépassé par d’autres sources d’énergie, affirme l’économiste Aurélien Saussay dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    12.05.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 13h03
    |

Aurélien Saussay (Economiste et responsable du pôle environnement à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE, Sciences Po))







                        



                                


                            

[La préférence française pour le nucléaire est au cœur du débat public qui a lieu jusqu’au 30 juin sur la « programmation pluriannuelle de l’énergie » (PPE).]
Tribune. Avec la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), en débat public jusqu’au 30 juin, la France semble devoir renouveler ses vœux de fidélité au nucléaire. Les tenants du statu quo avancent des arguments surtout économiques. Seule l’électricité nucléaire, fleuron de la technologie française, serait capable de répondre à nos besoins pour un coût raisonnable, tout en n’émettant pas de gaz à effets de serre.
La santé économique de la filière n’est pourtant guère rassurante. Contrairement aux espoirs d’une « renaissance » soulevés en 2007 lors du lancement du chantier de l’EPR à Flamanville, la décennie écoulée s’est avérée désastreuse pour le nucléaire français et international. Areva, qui avait assuré la conception et la maîtrise d’ouvrage de l’EPR, s’est trouvée dans une situation critique, en 2016, après avoir subi une perte cumulée de 10 milliards d’euros de 2011 à 2015. Seule l’injection de près de 5 milliards d’euros par l’Etat et une restructuration drastique a sauvé de la faillite l’entreprise.
De très nombreux projets de réacteurs ont été annulés ces dernières années, au Brésil, en Afrique du Sud, aux Etats-Unis. Principale exception : la Chine, avec 20 réacteurs en construction et 60 autres projetés pour la décennie à venir. Le premier EPR mis en service au monde se trouvera d’ailleurs dans le sud-est de la Chine. En dehors de cette spécificité chinoise, comment expliquer la déroute, en France comme à l’étranger, d’une industrie promise au plus bel avenir il y a seulement dix ans ?
Des tendances structurelles qui minent la compétitivité
La fusion de trois des quatre réacteurs de la centrale de Fukushima en mars 2011 a certes joué un rôle majeur dans ce revirement. Les terribles conséquences de l’accident...




                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-4">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ La France ne peut délaisser, au nom de ses difficultés actuelles, un savoir-faire technologique prisé sur les marchés étrangers, défend Claude Jaouen, ancien cadre d’Areva, dans une tribune au « Monde ».
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Energie : « Au-delà de la situation conjoncturelle, l’industrie nucléaire française a des atouts indéniables »

La France ne peut délaisser, au nom de ses difficultés actuelles, un savoir-faire technologique prisé sur les marchés étrangers, défend Claude Jaouen, ancien cadre d’Areva, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    12.05.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 13h02
    |

Claude Jaouen (Ancien cadre d'Areva)







                        



                                


                            

[La préférence française pour le nucléaire est au cœur du débat public qui a lieu jusqu’au 30 juin sur la « programmation pluriannuelle de l’énergie » (PPE).]
Tribune. Le succès à l’international de l’industrie nucléaire française depuis de nombreuses années représente un gain significatif pour l’économie nationale. Les choix qui seront faits d’ici à la fin 2018 sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) seront déterminants pour les années à venir, en termes d’emplois et de balance commerciale.

Avec une rentabilité obérée par des investissements non rentables, la crise financière et l’accident nucléaire provoqué par le tsunami qui a dévasté la côte nord-est du Japon en mars 2011, Areva a dû se restructurer et être recapitalisé. L’industrie nucléaire a également subi les aléas inévitables lorsque l’on redécouvre, après vingt ans sans construction majeure d’infrastructures en Europe, le métier des grands projets et les effets classiques des prototypes ou de têtes de série, dans un référentiel réglementaire non stabilisé.
Tout cela fait beaucoup, et le doute s’est installé. Les bonnes nouvelles passent inaperçues, et l’ensemble de la filière est fragilisé.
Des emplois qualifiés pérennes
Mais qu’observe-t-on dans les filières éolienne et solaire photovoltaïque, malgré une volonté forte et des subventions significatives ? Danois et Allemands dominent le marché de l’éolien terrestre, les technologies offshore d’Alstom et Areva ont été reprises respectivement par ­General Electric et Siemens, le marché des panneaux photovoltaïques est largement dominé par la Chine – ce qui contribue d’ailleurs à sa compétitivité coût. Bref, dans ces domaines, les emplois ­qualifiés ne sont pas en France ! Il faut bien sûr développer les énergies alternatives, mais pas à n’importe quel prix, et en fonction de ce qu’elles peuvent réellement apporter.
Cette industrie représente aujourd’hui...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le consultant Jacques Marceau explique qu’il existe des solutions innovantes pour consommer moins d’énergie, pour l’instant ignorées par les pouvoirs publics.
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Energie : « Il est aujourd’hui techniquement possible de stocker l’été la chaleur dans le sol pour la restituer l’hiver »

Dans une tribune au « Monde », le consultant Jacques Marceau explique qu’il existe des solutions innovantes pour consommer moins d’énergie, pour l’instant ignorées par les pouvoirs publics.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 12h59
    |

Jacques Marceau (Membre du conseil scientifique de l’Institut de la souveraineté numérique)







                        



                                


                            

[La préférence française pour le nucléaire est au cœur du débat public qui a lieu jusqu’au 30 juin sur la « programmation pluriannuelle de l’énergie » (PPE).]
Tribune. Obnubilés que nous sommes par les gaz d’échappement de nos voitures, nous avons presque oublié qu’en France, le bâtiment engloutit à lui seul 45 % de l’énergie consommée et est responsable de 27 % des émissions de gaz à effet de serre, dont une grande partie due au chauffage et la climatisation. Les solutions jusqu’à présent imaginées se bornent à agir sur l’enveloppe du bâtiment, alors qu’il est aujourd’hui techniquement possible de stocker la chaleur l’été dans le sol pour la restituer l’hiver, notamment grâce à l’intelligence artificielle.

Pour réussir la décarbonation des bâtiments, il faut bien sûr favoriser la construction de bâtiments thermiquement vertueux, mais aussi limiter l’émission de gaz à effet de serre associée à leur consommation énergétique.
Sortir de la doxa
La première et malheureusement trop souvent unique méthode utilisée en conception comme en rénovation des bâtiments est l’isolation de l’enveloppe. Depuis des années, les pouvoirs publics encouragent le recours à des procédés, matériaux et technologies visant à isoler le bâtiment en déployant tout un arsenal de normes, d’avantages fiscaux et autres subventions.
Dans ce contexte, le développement des énergies renouvelables (ENR) est une opportunité historique, à condition de palier leur intermittence grâce à des solutions de stockage adaptées, qui devront être peu émettrices de carbone.
Mais politiques et professionnels du bâtiment oublient qu’il existe un autre levier d’action avec la décarbonation de la production de chaleur ou de froid. Un levier efficace tant d’un point de vue économique qu’environnemental, qui requiert la mise en œuvre de systèmes énergétiques le plus décarbonés possible, qui consommeront une énergie peu polluante, ce qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste Dominique Finon et l’ingénieur Henri Prévot expliquent que le gouvernement doit retourner aux fondamentaux de l’analyse des coûts et des bénéfices, pour renoncer à une réduction de la part du nucléaire qui ne repose que sur des critères politiques.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Energie : « Une réduction du nucléaire à 50 % serait l’amorce d’une dynamique de pertes d’apprentissage technologique et industriel »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Dominique Finon et l’ingénieur Henri Prévot expliquent que le gouvernement doit retourner aux fondamentaux de l’analyse des coûts et des bénéfices, pour renoncer à une réduction de la part du nucléaire qui ne repose que sur des critères politiques.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 13h05
    |

Dominique Finon (Directeur de recherche CNRS émérite, économiste des marchés électriques et des politiques énergie-climat) et Henri Prévot (Ingénie...







                        



                                


                            

[La préférence française pour le nucléaire est au cœur du débat public qui a lieu jusqu’au 30 juin sur la « programmation pluriannuelle de l’énergie » (PPE).]
Tribune. Un des principaux thèmes du débat public en cours sur la « programmation pluriannuelle de l’énergie » (PPE) est le choix d’évolution du mix électrique dans les quinze prochaines années. Or, selon les documents qui encadrent le débat, celui-ci est enfermé dans un carcan normatif dont on ne semble pas devoir sortir en dépit du pragmatisme affiché, en décembre 2017, par le président de la République et son ministre de la transition écologique, ­Nicolas Hulot, lorsqu’ils ont reporté sine die l’échéance de l’objectif de 50 % de nucléaire dans la consommation française. Le débat sur la PPE est, en effet, posé de façon fermée avec cet objectif glissant, complété par celui de 40 % d’énergies renouvelables (ENR). Les participants au débat sont juste autorisés à proposer quelques nuances à deux des scénarios prospectifs que le gouvernement a demandés à RTE d’élaborer sur cette base.

La position du président serait de « descendre le plus vite possible vers 50 % de nucléaire, mais à condition de ne pas émettre plus de gaz à effet de serre » (Le Monde du 13 décembre 2017). Mais pourquoi ce chiffre ? Certes, il est inscrit dans la loi de transition énergétique. Mais quelle en est la raison, si ce n’est un compromis politique bancal qui n’a plus de raison d’être depuis l’élection du nouveau président il y a un an ? ­Pourquoi serait-il préférable à 30 %, ou à 75 % comme actuellement ? Pourquoi devrait-il être atteint « le plus vite possible », alors que le nucléaire répond à l’impératif climatique ?
Il n’existe aucune étude technico-économique indiquant que ce chiffre est un optimum, tant pour le coût de l’électricité que pour la sécurité de l’approvisionnement, et encore moins pour le maintien des émissions...




                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-7">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Le journaliste du « Monde Afrique » Joan Tilouine analyse la crise congolaise qui redéfinit les rapports de forces régionaux en permettant à certains Etats d’agir au nom de la « stabilité régionale » et de renforcer leur légitimité internationale.
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Le régime congolais de plus en plus isolé en Afrique

Le journaliste du « Monde Afrique » Joan Tilouine analyse la crise congolaise qui redéfinit les rapports de forces régionaux en permettant à certains Etats d’agir au nom de la « stabilité régionale » et de renforcer leur légitimité internationale.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 11h59
    |

            Joan Tilouine








                        



                                


                            
Analyse. C’est un pays stable d’Afrique australe, le Botswana, qui donne une leçon de bonne gouvernance au géant d’Afrique centrale, la République démocratique du Congo (RDC). En marge d’un sommet du Commonwealth, le 19 avril à Londres, le nouveau président Mokgweetsi Masisi, investi deux semaines plus tôt, a critiqué son homologue congolais, Joseph Kabila, toujours à la tête de l’Etat malgré la fin de son dernier mandat en décembre 2016 : « Les tensions montent en RDC. Le président est resté au pouvoir plus longtemps que prévu et il y a de l’agitation. »
Avec deux ans de retard, les élections, encore incertaines, sont censées se tenir le 23 décembre
Cinq jours plus tard, les chefs d’Etat de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), présidée par le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, se sont retrouvés autour de M. Kabila, à Luanda, capitale de l’Angola. Dans les conclusions de ce sommet, l’organisation régionale rappelle son attachement « à la mise en œuvre du calendrier électoral » et à la « tenue des élections pacifiques et crédibles » en RDC. Avec deux ans de retard, les élections, encore incertaines, sont censées se tenir le 23 décembre. Une date qui pourrait être historique, tant elle marquerait la fin de la crise politique et permettrait la première alternance pacifique dans ce pays.
Malgré des pressions diplomatiques et des sanctions économiques ciblées, les Occidentaux, à court d’idées pour maintenir la pression sur le régime de Kabila, semblent avoir atteint leurs limites. Leurs positions sont jugées « humiliantes », « agressives » et « contre-productives » par les diplomates des pays et des organisations de la sous-région, désormais à l’œuvre, avec une approche plus subtile, parfois aussi facilitée par les liens étroits tissés durant les guerres congolaises.
Initiatives régionales
Stratège habile, le jeune président congolais de 46 ans connaît...




                        

                        


<article-nb="2018/05/12/19-8">
<filnamedate="20180512"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180512"><AAMMJJHH="2018051219">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Editorial. Les inégalités de genre sont légion dans le 7e art. Rien qu’à Cannes, en 71 éditions, 82 cinéastes femmes ont vu leurs œuvres sélectionnées, contre 1 645 hommes. Ce ne sont pourtant pas les talents féminins qui manquent.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

Cinéma : la cause des femmes

Editorial. Les inégalités de genre sont légion dans le 7e art. Rien qu’à Cannes, en 71 éditions, 82 cinéastes femmes ont vu leurs œuvres sélectionnées, contre 1 645 hommes. Ce ne sont pourtant pas les talents féminins qui manquent.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 10h39
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 10h58
   





                        


Editorial du « Monde ». Cinquante ans après Mai 68, la révolution n’est pas au programme du Festival de Cannes. Et pas seulement parce que les aphorismes de Jean-Luc Godard ont pris un coup de vieux. Alors que l’affaire Weinstein a déclenché depuis sept mois un vent de révolte tous azimuts pour défendre la cause des femmes et dénoncer à voix forte le sexisme ordinaire – ou extraordinaire –, nul vent de fronde ne souffle sur la Croisette. Il est vrai que ce producteur américain, accusé de harcèlement et d’agressions sexuels par de nombreuses actrices, y a longtemps joué les nababs.
Cela imposait d’autant mieux la retenue, voire la discrétion embarrassée, que le monde du cinéma s’est toujours montré passablement schizophrène avec les femmes. Reconnues, encensées et primées comme actrices, volontiers starisées, adulées ou transformées en icônes mondiales, elles ont pour l’essentiel été ignorées dans tout autre rôle.
Les chiffres sont même stupéfiants : depuis sa création, en 1947, en soixante et onze éditions, 82 cinéastes femmes ont vu leurs œuvres sélectionnées par le Festival de Cannes, contre 1 645 hommes. Le nombre de réalisatrices en compétition officielle y est toujours marginal – aucune en 2012, une en 2013, trois cette année. Quant aux récompenses, n’en parlons pas : une demi-palme d’or décernée à Jane Campion en 1993 pour La Leçon de piano, partagée avec Chen Kaige. Ce ne sont pourtant pas les talents féminins qui manquent, comme le démontrent les programmations plus mixtes, voire paritaires, des sections parallèles de la Quinzaine des réalisateurs, de la Semaine de la critique et de l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion).
Initiatives feutrées
Plus largement, l’on sait que, dans l’univers du septième art, les inégalités sont aussi flagrantes que choquantes. A peine plus du quart (28 %) des avances sur recettes, ces aides vitales attribuées par le Centre national du cinéma, le sont à des projets menés par des femmes, alors qu’elles constituent 60 % des effectifs sortant de l’Ecole nationale des métiers de l’image et du son (Femis). Le déséquilibre est de même ampleur pour les aides européennes. Quant aux inégalités des salaires et des cachets, elles y sont plus indécentes que dans la plupart des autres domaines d’activité, avec un écart de 42 % en défaveur des femmes. Pas question pour autant d’introduire des mesures de discrimination positive – des quotas –, s’insurgent les gardiens du temple.

        Lire la chronique sur la parité hommes-femmes :
         

          « Dans la culture, les quotas font grincer des dents »



Cannes 2018 se contentera donc d’initiatives feutrées en faveur de la cause des femmes. Après d’autres, c’est la « reine » Cate Blanchett qui préside un jury pour la première fois majoritairement féminin. Samedi 12 mai, ce sont 82 femmes, autant que de réalisatrices sélectionnées depuis 1947, qui devaient faire une symbolique « montée des marches » en s’arrêtant au milieu pour marquer le chemin qui reste à parcourir. De même, les directeurs et programmateurs des différentes sections cannoises vont signer une charte de la diversité afin d’atteindre la parité dans leurs instances dirigeantes. Le 14 mai enfin, la ministre de la culture va annoncer la tenue d’assises pour l’égalité entre les femmes et les hommes.
Récemment, Françoise Nyssen assurait que « le secteur culturel a un devoir d’avant-garde » en la matière. Cannes s’honorerait de ne pas faire la sourde oreille à cette injonction. La liberté chérie des cinéastes – appellation opportunément bisexuée –, ne saurait être l’ennemie de leur égalité.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans cette chronique, l’économiste Pierre-Cyrille Hautcœur revient sur les jubilés, ces décisions politiques qui pendant des millénaires, de la Mésopotamie à la Rome républicaine, ont permis, avec l’annulation de certaines dettes, d’éviter la polarisation excessive de la société.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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« Réfléchir à une mesure “disruptive” bénéficiant au plus grand nombre et à la stabilité sociale »

Dans cette chronique, l’économiste Pierre-Cyrille Hautcœur revient sur les jubilés, ces décisions politiques qui pendant des millénaires, de la Mésopotamie à la Rome républicaine, ont permis, avec l’annulation de certaines dettes, d’éviter la polarisation excessive de la société.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 10h30
    |

                            Pierre-Cyrille Hautcoeur (Directeur d'études à l'EHESS)








                        



                                


                            
Recherches. La crise financière de 2007 a été attribuée à un excès d’accumulation de dettes tant privées que publiques, et les systèmes financiers sont encore considérés comme fragiles par beaucoup de spécialistes. Une des raisons de cette fragilité se trouve dans la situation des ménages, dont les dettes n’ont en France jamais été aussi élevées par rapport à leurs revenus, notamment celles des classes moyennes. Elles sont structurellement débitrices pour l’acquisition de leurs logements, mais leurs revenus ont stagné et leurs impôts ont augmenté, à l’inverse du « 1 % » des plus riches.
la fragilisation de catégories sociales, historiquement soutiens fervents de la démocratie parlementaire, n’est pas sans lien avec l’affaiblissement de celle-ci face aux populismes
Si la baisse des taux d’intérêt allège l’endettement, elle conduit aussi à la hausse du prix du logement, qui reste pour beaucoup aussi inaccessible que nécessaire. Or la fragilisation de ces catégories sociales, historiquement soutiens fervents de la démocratie parlementaire, n’est pas sans lien avec l’affaiblissement de celle-ci face aux populismes.
Comme le montre Michael Hudson, professeur d’économie à l’université du Missouri, dans And Forgive them their Debts – Credit and Redemption from Bronze Age debt Remissions to the Jubilee year (à paraître cet été), des décisions politiques d’annulation des dettes (les « jubilés » bibliques) ont pendant des millénaires permis d’éviter la polarisation excessive de la société, et notamment la confiscation du pouvoir par les grands propriétaires au détriment des plus petits.
Réduire le fardeau des dettes
Pratiqué chez les Sumériens dès 2500 avant J.-C. à Babylone, en Assyrie durant tout le premier millénaire avant notre ère, inscrite dans le Lévitique, utilisé par les tyrans des cités grecques archaïques puis dans la Rome républicaine, le jubilé ne consistait pas en une annulation générale des dettes, qui aurait certainement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ L’éthologue américain offre une immersion complète dans la vie sensible, sociale et sexuelle des poissons, qui se révèle bien plus riche qu’il n’y paraît.
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La vie aquatique selon Jonathan Balcombe

L’éthologue américain offre une immersion complète dans la vie sensible, sociale et sexuelle des poissons, qui se révèle bien plus riche qu’il n’y paraît.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 08h45
    |

                            Céline Henne (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
A quoi pensent les poissons ? La vie secrète de nos cousins sous-marins (What A Fish Knows. The Inner Lives of Our Underwater Cousins), de Jonathan Balcombe, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Catherine Schiellein, La Plage, 352 p., 19,95 €.

Il n’est pas rare de voir un végétarien commander du poisson au restaurant, lorsqu’il n’a pas d’autre choix. Comme si, sur l’échelle du vivant, le poisson était un être plus proche de la carotte que du cochon. D’un autre côté, pouvons-nous éprouver la même empathie pour ces créatures si éloignées de nous sur l’arbre de l’évolution ? Cela supposerait de pouvoir imaginer ce qu’ils sentent, ressentent, pensent. C’est bien là tout le problème : dans leurs yeux globuleux, au milieu de leurs faces dépourvues d’expression, difficile de voir autre chose que du vide.

Renversant tous les préjugés, le ­livre de l’éthologue Jonathan Balcombe offre une immersion complète dans la vie sensible, sociale et sexuelle des poissons, qui se révèle bien plus riche qu’il n’y paraît. On ­apprend que ces animaux aquatiques ont une expérience sensorielle très développée : ils sont victimes des ­mêmes illusions d’optique que nous, ou sont capables de faire la différence entre du blues et de la musique clas­sique. Surtout, la manière dont ils voient le monde est unique. Ils jouissent de sens inconnus des créatures terrestres, tels que percevoir les modifications du champ électrique autour d’eux, grâce à des « cellules géoma­gnétiques ». Plus encore, les poissons sont des êtres doués de sensibilité et d’émotions. Capables de ressentir le plaisir et la douleur, ils sont également sujets à la colère, à la terreur et au stress, et sont soulagés par les ­anxiolytiques.

Toutes ces études scientifiques sont rapportées dans le livre, où trans­paraît l’affection de Jonathan Balcombe pour ces créatures fascinantes. Le dernier chapitre porte sur ce que l’homme inflige aux poissons,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ L’auteur du best-seller mondial « La Vie secrète des arbres » récidive avec les animaux, d’évidences grossières en béatitude molle.
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Peter Wohlleben, c’est trop bête

L’auteur du best-seller mondial « La Vie secrète des arbres » récidive avec les animaux, d’évidences grossières en béatitude molle.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 08h45
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
La Vie secrète des animaux. Amour, deuil, compassion : un monde secret s’ouvre à nous (Das Seelenleben der Tiere. Liebe, Trauer, Mitgefühl – erstaunliche Einblicke in eine verborgene Welt), de Peter Wohlleben, traduit de l’allemand par Lise Deschamps, Les Arènes, 278 p., 20,90 €.

Les animaux sont-ils des créatures intéressantes, belles souvent, ­aimables parfois, et courageuses, et d’une sensibilité étonnante ? Oui. Et ensuite ?

Ensuite, rien. L’ingénieur forestier allemand Peter Wohlleben, auteur du best-seller mondial La Vie secrète des arbres (Les Arènes, 2017), développe son concept. Il a désormais des révélations à nous faire sur le poussin de son enfance – « tellement mignon ! » –, sur la nature profonde de l’écureuil – « notre lutin roux » –, sur le vieillissement – « les animaux finissent eux aussi, avec l’âge, par avoir des ennuis de santé » –, sur la violence – ils « ne sont pas meilleurs que nous et peuvent se montrer d’une grande agressivité » –, sur cent autres sujets de béatitude molle, à propos desquels il réussit le tour de force de nous en enseigner moins que ce que nous en savons, quelle que soit notre familiarité avec les bêtes.
La vie des animaux, en réalité, n’est secrète que pour Peter Wohlleben. Il met, il est vrai, une belle constance à refuser tout savoir constitué. Son ­livre, qui plonge rapidement le lecteur dans la torpeur (du moins rit-on régulièrement, mais ce n’était pas au programme), ne serait d’ailleurs qu’un épiphénomène s’il ne témoignait, par son succès, d’un goût envahissant pour l’évidence grossière, pour la satisfaction moite de ressentir dans son coin, toujours préférable, dans cet univers mental, à la circu­lation des savoirs. « Me reposer uniquement sur des études ne me plaît guère, écrit-il : je préfère éprouver par moi-même la manière de penser de tel ou tel animal. »
Pourquoi...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Vétérinaire en chef de la ménagerie du Jardin des plantes, à Paris, Norin Chai a reçu des bêtes les leçons d’humanité qui sont au cœur de « Sagesse animale ».
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Norin Chai : « Nous avons appris à voir ce que nous avons sous les yeux »

Vétérinaire en chef de la ménagerie du Jardin des plantes, à Paris, Norin Chai a reçu des bêtes les leçons d’humanité qui sont au cœur de « Sagesse animale ».



Le Monde
 |    12.05.2018 à 08h45
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Sagesse animale. Comment les animaux peuvent nous rendre plus humains, de Norin Chai, avec Roland Portiche, Stock, 272 p., 19,50 €.
Norin Chai, né en 1969, est vétérinaire spécialiste de la faune sauvage. Son nouveau livre, Sagesse animale, mêle un état des lieux précis, fondé sur l’observation et l’expérience, à une réflexion sur « l’unité du vivant ».

« Sagesse animale », qui est d’abord la synthèse de ce que vous avez appris en vingt-cinq ans d’exercice du métier de vétérinaire spécialisé dans la faune sauvage, témoigne aussi de l’accélération spectaculaire de la recherche scientifique…
Nous sommes en effet en train de vivre une profonde mutation. Mais je ne crois pas que ce soient les recherches scientifiques qui l’induisent : c’est d’abord un changement dans la conscience que nous avons de nous-mêmes, de notre place dans le monde, de notre interaction avec les autres êtres vivants. C’est un progrès d’ordre plus spirituel, peut-être, que scientifique. Nous avons appris à voir ce que nous avons sous les yeux – l’intelligence des animaux, leurs émotions, leur personnalité… –, que nous refusions de voir. Ce n’étaient des choses ni démontrables ni répétables, de sorte qu’elles n’entraient pas dans les cases du savoir rationnel. Mais il est vrai que la science a changé. Elle accepte beaucoup plus qu’avant les connaissances empiriques. Elle nous aide désormais à percevoir autrement les émotions des animaux, à comprendre qu’elles nous renvoient les nôtres.
Vous évoquez l’un des axes de la recherche actuelle sur le comportement des animaux, la « théorie de l’esprit », qui étudie cette circulation. De quoi s’agit-il ?
Imaginons que vous adoriez les crêpes, et que je le sache. Je vous invite dans une crêperie, en pensant que vous allez être content. J’ai conscience de votre sentiment, et vous le savez. C’est exactement ce que la théorie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Elue à l’Académie française, la philosophe Barbara Cassin explique pourquoi il ne faut céder ni au « global english », qui envahit la planète, ni au nationalisme linguistique.
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Barbara Cassin : « Je travaille sur ce que peuvent les mots »

Elue à l’Académie française, la philosophe Barbara Cassin explique pourquoi il ne faut céder ni au « global english », qui envahit la planète, ni au nationalisme linguistique.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 07h15
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            

Philologue, philosophe et directrice de recherche émérite au CNRS, Barbara Cassin a été élue le 3 mai à l’Académie française au fauteuil du musicologue Philippe Beaussant. Cette helléniste, traductrice de Parménide et auteure de L’Effet sophistique (Gallimard, 1995), s’est notamment attachée à réhabiliter les sophistes, ces éducateurs itinérants de la Grèce antique qui enseignaient l’art oratoire, méprisés et relégués par la philosophie.

Directrice du Vocabulaire européen des philosophies. Dictionnaire des intraduisibles (Seuil/Le Robert, 2004), auteure d’Eloge de la traduction. Compliquer l’universel (Fayard, 2016) et commissaire de l’exposition « Après Babel, traduire », qui s’est tenue au MuCEM de Marseille en 2017, Barbara Cassin a mené une critique du globish (Google-moi : la deuxième mission de l’Amérique, Albin Michel, 2007) et de l’idéologie de l’évaluation (Derrière les grilles : sortons du tout-évaluation, Fayard/Mille et une nuits, 2014) et plaide pour un rapport à la langue enrichit par la traduction. A 70 ans, elle devient la neuvième femme à entrer a l’Académie française, et la cinquième à y siéger actuellement. Dans un entretien au Monde, elle revient sur les raisons de sa candidature et de son élection.
Pourquoi avez-vous porté votre candidature à l’Académie française ?
Tout d’abord parce que Marc Fumaroli me l’a demandé. Sa démarche m’a particulièrement touchée, d’abord parce que j’admire son travail sur L’Age de l’éloquence [Champion, 1980], depuis que j’ai moi-même commencé à explorer la rhétorique et la sophistique grecques. Peu de gens en France se sont intéressés aux sophistes de la première sophistique, ces imposteurs, ces mauvais autres de la philosophie, honnis par Platon et Aristote. Encore moins à la seconde sophistique, qui produit pourtant cette efflorescence extraordinaire qu’est le roman grec. Et personne...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ La dépendance qui s’est installée dans la population des Etats-Unis est une conséquence de la mise sur le marché de ces analgésiques proches de l’héroïne et de la morphine dans les années 1990, explique dans sa chronique notre journaliste Stéphane Foucart.
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« La crise des opioïdes travaille en profondeur, et pour longtemps, la société américaine »

La dépendance qui s’est installée dans la population des Etats-Unis est une conséquence de la mise sur le marché de ces analgésiques proches de l’héroïne et de la morphine dans les années 1990, explique dans sa chronique notre journaliste Stéphane Foucart.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 06h54
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            
Chronique. A presque un quart de siècle de distance, les deux scènes se ressemblent étrangement : des quinquagénaires à la mise impeccable, grisonnants et cravatés, debout en rang d’oignons sous les ors du Capitole, levant la main droite pour prêter serment. Mardi 8 mai, une brochette de patrons de sociétés de distribution de produits pharmaceutiques ont été interrogés, trois heures durant, par une commission parlementaire désireuse de faire la lumière sur la « crise des opioïdes » qui frappe les Etats-Unis.
Voilà qui rappelait les auditions, au printemps 1994 et au même endroit ou presque, des sept grands capitaines de l’industrie cigarettière américaine, jurant leurs grands dieux que la nicotine n’induisait aucune dépendance chez les fumeurs… Comme le scandale de la dissimulation des risques du tabac en son temps, celui des opioïdes vient rappeler que les principales menaces qu’affronte la société américaine ne sont aujourd’hui pas extérieures – comme les gesticulations de Donald Trump veulent le faire accroire –, mais intérieures.

De fait, la dépendance aux opioïdes qui s’est installée dans la population américaine est aujourd’hui l’une des plus graves crises sanitaires – peut-être la plus grave – auxquelles sont confrontés les Etats-Unis. Elle a été causée par l’autorisation, au milieu des années 1990, d’antalgiques puissants, proches cousins de l’héroïne et de la morphine, prescrits non de manière ponctuelle – après une intervention, ou à des patients en soins palliatifs, par exemple – mais en traitement de douleurs chroniques.
Mouvement de désocialisation
Ce changement des pratiques médicales – suscité par les laboratoires ayant développé et commercialisé ces antidouleurs – a provoqué une catastrophe. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour l’année 2016, les autorités sanitaires américaines ont recensé 64 000 morts par overdose, dont une grande part provoquée par des produits à base d’opioïdes, obtenus sur prescription...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Emotions, sentiments, conscience… ne sont plus les propres de l’homme. Plusieurs parutions récentes proposent un bilan des nouvelles connaissances scientifiques.
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Article sélectionné dans La Matinale du 11/05/2018
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Frères animaux qui avec nous vivez

Emotions, sentiments, conscience… ne sont plus les propres de l’homme. Plusieurs parutions récentes proposent un bilan des nouvelles connaissances scientifiques.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 07h43
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

Moby Dick avait peut-être quelque chose à dire au capitaine Achab. Comment savoir ? Les cachalots étaient muets au temps de Melville. Mais voilà que, après des millénaires de fréquentation silencieuse, nous avons appris à écouter les animaux, à les regarder, à les connaître pour ce qu’ils sont – ni les « machines » que l’âge classique, dans la lignée de Descartes, voyait en eux, ni des êtres propres à incarner nos symboles et nos mythes, à défaut d’exister par eux-mêmes.
Il est difficile de comprendre tout à fait pourquoi l’on a tant tardé. Les progrès scientifiques sont souvent permis, aujourd’hui, par des développements techniques, qui pèsent peu en l’occurrence : tout était là, visible à l’œil nu. Il y a, simplement, des questions qu’on ne se posait pas, et qui ont surgi. Ce n’est, par exemple, qu’en 1967 qu’on s’est intéressé au langage des vervets, petits singes d’Afrique de l’Est et australe, et qu’on a découvert qu’ils savent désigner, dans leurs appels, le léopard, l’aigle, le serpent, le babouin, tout autre mammifère prédateur, un humain inconnu, un singe dominant, un singe subordonné… ; ils sont même capables de formuler « observe autre singe » ou « vois bande rivale ». De même n’a-t-on pas saisi, pendant des siècles, que les éléphants emploient plus d’une centaine de gestes rituels pour communiquer, sans parler de leur chant, qui couvre dix octaves et leur permet, remarque-t-on quand on veut bien les observer, de tenir de longues conversations.
Un savoir qui se renouvelle à une vitesse sidérante
Ces informations, et une masse considérable d’autres, sont recueillies dans un livre décisif, Qu’est-ce qui fait sourire les animaux ?, de l’essayiste américain Carl Safina, titulaire de la chaire Nature and Humanity à l’université Stony Brook de Long Island (Etat de New York). Parue aux Etats-Unis en 2015, cette vaste synthèse des expériences et observations accumulées dans les dernières décennies, en particulier sur les éléphants,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Dans une tribune au « Monde », un collectif de professionnels du septième art dénonce l’« invisibilisation » des comédiennes d’un certain âge, qui se voient attribuer un nombre de rôles ridiculement bas.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Les président français et états-unien se sont beaucoup touché l’un l’autre, fin avril, à la Maison Blanche. Le fait que ces contacts aient étonné les commentateurs montre à quel point la culture politique a évolué.
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« Entre Macron et Trump, un rituel médiéval »

Les président français et états-unien se sont beaucoup touché l’un l’autre, fin avril, à la Maison Blanche. Le fait que ces contacts aient étonné les commentateurs montre à quel point la culture politique a évolué.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
12.05.2018 à 11h11
    |

                            Valérie Theis (Historienne)








                        



                                


                            
Résonances. La visite d’Emmanuel Macron aux Etats-Unis a fasciné les journalistes en raison de la surabondance des contacts physiques entre les deux présidents. Chacun s’est demandé s’il fallait voir là une mise en scène un peu grossière ou, au contraire, des gestes spontanés. Ces derniers n’en seraient d’ailleurs pas moins ardus à interpréter, car ils pourraient autant être le signe d’une complicité entre les deux hommes qu’une manière maladroite de tenter de compenser un sentiment de gêne ou de tension. Toutes ces spéculations permettent de mesurer combien notre culture politique visuelle s’est éloignée de celle du Moyen Age.
Chaque geste avait sa raison
La première différence est de nature quantitative. Le fait que les commentateurs soient étonnés par tant de contacts vient en effet nous rappeler que le pouvoir contemporain est devenu très peu tactile. Au Moyen Age, l’ensemble des rapports de pouvoir entre petits seigneurs, entre mari et femme, entre prêtre et fidèles ou, bien entendu, entre souverains, passait non seulement par des gestes mais aussi, bien souvent, par le toucher.
Une autre différence fondamentale séparait ces gestes de ceux qui ont causé tant de perplexité ces derniers jours : comme l’a montré Jean-Claude Schmitt, au Moyen Age, chaque geste avait sa raison (La Raison des gestes dans l’Occident médiéval, Gallimard, 1990) et s’inscrivait dans des rituels codifiés par des générations de clercs, rejoints par la suite par quelques juristes. Toute personne amenée à exercer un jour le pouvoir devait apprendre à interpréter et à effectuer ces gestes. Cet apprentissage passait autant par l’observation des aînés que par la théorie enseignée par les maîtres. La littérature médiévale était, elle aussi, un vecteur majeur permettant à ses lecteurs d’apprendre la signification des gestes du pouvoir.
Ces rituels n’étaient certes pas immuables, mais chaque changement donnait lieu à une communication écrite et orale...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Pour célébrer le 200e anniversaire de la naissance du philosophe allemand, le régime chinois a multiplié les événements. Xi Jinping, chef d’un des pays les plus inégalitaires du monde, se désigne ainsi comme héritier du penseur de la lutte des classes.
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Pékin veut remettre Karl Marx à la mode

Pour célébrer le 200e anniversaire de la naissance du philosophe allemand, le régime chinois a multiplié les événements. Xi Jinping, chef d’un des pays les plus inégalitaires du monde, se désigne ainsi comme héritier du penseur de la lutte des classes.



Le Monde
 |    12.05.2018 à 06h30
    |

            François Bougon








                        



                                


                            
C’est presque du pop marxisme. La télévision publique chinoise a encore fait la démonstration de la facilité avec laquelle le régime se moule dans les codes visuels du XXe siècle. Dans le talk-show organisé sur la première chaîne (CCTV-1) à l’occasion des deux cents ans de la naissance de Karl Marx (1818-1883) et diffusé en prime time, la propagande a montré sa nouvelle jeunesse.
Tailleur rose
Sur le plateau, doté d’un décor évoquant ceux habituellement montés pour les émissions de divertissement ou de talk-show, se meuvent une présentatrice en tailleur rose, des étudiants (triés sur le volet) et deux professeurs d’université spécialistes du marxisme. Face à eux, un public de jeunes gens qui écoutent sagement.
Le programme, tranquillement intitulé « Marx avait raison », a le rythme et le langage de la télé d’aujourd’hui : témoignages, interventions du public, petites vidéos documentaires, rythme rapide. Le téléspectateur n’a pas le temps de s’ennuyer. Il s’agit de célébrer l’auteur du Capital et de souligner en passant, cela va de soi, la justesse de pensée du numéro 1 chinois, Xi Jinping : « S’il n’y avait pas eu le “changer le monde” du marxisme, je crains qu’on n’aurait pas eu la chance de bénéficier de la belle vie de la nouvelle ère », lance une des universitaires. « Nouvelle ère », l’expression avait été utilisée 36 fois par le président chinois en octobre 2017, dans son discours tenu devant les délégués du 19e congrès du Parti communiste.
Alternant parties didactiques sur la vie et la pensée de Karl Marx, présenté au milieu de ses amis et de ses adversaires, et moments de discussion sur son actualité, l’émission comporte cinq volets, diffusés cinq soirs consécutifs. Non sans une pointe d’ironie, les intervenants évoquent la « mode Marx » qui s’abat selon eux sur l’Occident depuis la crise des subprimes en 2008 : « Je ne savais pas que Marx avait autant de fans en Occident »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ L’auteur et journaliste syrien Omar Kaddour raconte la férocité du régime des Assad, dont le nom signifie « lion », en arabe.
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Assad ou le lion nu

L’auteur et journaliste syrien Omar Kaddour raconte la férocité du régime des Assad, dont le nom signifie « lion », en arabe.



Le Monde
 |    11.05.2018 à 18h01
 • Mis à jour le
11.05.2018 à 18h29
   





                        



                                


                            
Par Omar Kaddour

Né en 1966, Omar Kaddour est un poète, romancier et journaliste syrien. Il a publié deux recueils de poèmes dans les années 1990 et quatre romans entre 2002 et 2013, tous non traduits. En 2014, il a quitté Damas pour le Liban. Il vit en France depuis 2015.
Vers le milieu du mois de mars dernier, la chaîne de télévision Al-Ikhbariya, affiliée à l’Etat syrien, diffusait de rapides interviews avec des habitants quittant la Ghouta orientale à la suite de la longue offensive qu’elle venait de subir. Le journaliste, qui n’apparaissait pas à l’écran, s’adressait à l’un des évacués sur un mode accusateur : « On dit que les habitants soutiennent les factions armées… » A quoi le vieillard répondait : « Nous sommes de pauvres gens sans défense. »
Au même moment, un jeune homme prend l’initiative de demander à sa fille de dire qu’elle est « Habiba, la “fille” de Bachar Al-Assad ». Mais la petite crie avec une grande colère, d’un ton sans réplique, que non, elle n’est pas la fille de Bachar ! N’importe quel ­Syrien comprendra ici que si cet homme demande une telle chose à sa fille, c’est pour implorer l’aman (miséricorde), d’autant qu’il est en âge de combattre : on sait que les hommes de son âge, après avoir quitté les zones assiégées, ont soit été arrêtés et torturés, soit contraints de se rallier aux forces d’Assad pour combattre les factions de l’opposition. N’importe quel Syrien comprendra également que cette bévue du direct, le père pourrait en payer le prix, et peut-être même sa fille.
La petite Habiba nous rappelle le célèbre conte des Habits neufs de l’empereur [connu en arabe sous le titre de L’Empereur nu], de Hans Andersen, car elle n’a pas encore acquis la conscience de la peur ni la prudence qu’elle exige. Sauf que dans son cas, on peut imaginer que cela va plus loin que pour l’enfant qui criait « Le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste Ricardo Azambuja explique, sur la base d’une étude qu’il a menée avec Gazi Islam, comment chefs de service ou chefs d’équipe se retrouvent pris entre le marteau de la direction et l’enclume de leur ancien milieu professionnel.
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« Les risques psychosociaux concernent désormais un grand nombre de cadres intermédiaires »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Ricardo Azambuja explique, sur la base d’une étude qu’il a menée avec Gazi Islam, comment chefs de service ou chefs d’équipe se retrouvent pris entre le marteau de la direction et l’enclume de leur ancien milieu professionnel.



Le Monde
 |    11.05.2018 à 13h00
    |

Ricardo Azambuja (Enseignant-chercheur à Rennes School of Business)







                        



                                


                            
Tribune. La pensée marxiste a émergé dans une période d’industrialisation rapide, pendant laquelle les manufactures embauchaient en nombre, transformant les paysans et les artisans autrefois indépendants en prolétaires interchangeables et ­dépendant de moyens de production qui ne leur appartenaient plus. Près de deux cents ans plus tard, à l’heure où robotisation, intelligence artificielle et « ubérisation » transforment à nouveau profondément le travail, cette pensée est-elle pertinente pour analyser la situation des salariés ?
Pour Marx, l’aliénation provient d’une standardisation des conditions de pro­duction, en rupture avec une manière traditionnelle de travailler, plus authentiquement ­humaine parce que découlant en partie de motivations d’ordre créatif et non pas de la seule nécessité de gagner sa vie. La ­notion d’émancipation, quant à elle, correspond à la libération matérielle, intellectuelle et psychologique des ­conditions de cette ­domination.

La crise de 2008 a brutalement réactualisé ces notions, qui nous permettent d’éclairer certaines situations complexes. Elles nous ont servi notamment de fil rouge pour comprendre l’activité, peu étudiée, des cadres intermédiaires, ces milliers de chefs de service et de chefs d’équipe qui représentent pourtant aujourd’hui près de 20 % des salariés.
Nous avons passé une année en immersion en entreprise pour les suivre au quotidien, heure par heure, dans une démarche anthropologique (« Working at the Boundaries : Middle Managerial Work as a Source of Emancipation and Alienation », par Ricardo Azambuja et Gazi Islam, à paraître dans la revue Human Relations).
Des cadres « chosifiés »
Coincés entre la base et la direction, les ­cadres intermédiaires oscillent entre le sentiment d’acquérir, grâce à leur statut, une ­certaine autonomie liée à leur rôle de leader et de coordonnateur, et la perception d’être eux-mêmes contrôlés, voire manipulés, « chosifiés »,...




                        

                        

