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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Dans la section Un certain regard, le film d’Ali Abbasi inquiète et ne cesse de dérouter en même temps qu’il émerveille.
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Cannes 2018 : « Gräns », l’humanité au défi de la monstruosité

Dans la section Un certain regard, le film d’Ali Abbasi inquiète et ne cesse de dérouter en même temps qu’il émerveille.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 17h22
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Sélection officielle – Un certain regard
Eprouvant début de sélection cannoise qui passe les festivaliers à l’épreuve de la laideur et de la monstruosité. Entre Donbass, de Sergei Loznitsa (satire grimaçante du cynisme de la politique russe en Ukraine) et Yomeddine, d’A.B. Shawky (road movie édulcoré d’un lépreux à la recherche de ses origines), on préférera en tout état de cause l’étrange et remarquable film suédois d’Ali Abbasi, Gräns (Border) – adapté du roman homonyme de John Ajvide Lindqvist – qui s’empare de la question sous les auspices « naturels », si l’on peut dire, du genre.
Son héroïne se nomme Tina, elle exerce la profession de douanière, où elle excelle grâce à un sens de l’odorat particulièrement développé qui lui permet sans faillir de détecter les sentiments cachés des individus qui lui passent sous le nez. La découverte de Tina pour le spectateur n’est pas une mince affaire. Faciès tirant vers le Néandertal plutôt que le Sapiens, corps épais et difforme, malpropreté générale, regard bestial qui vous fige.

Fantastique familier
Tout tire en un mot la belle Tina vers l’animal ou le monstre primitif, et tout l’enjeu du film consistera, précisément, à faire entrer cet objet de répulsion sinon dans le monde de l’humanité, du moins dans celui d’une reconnaissance par ladite humanité d’une différence ontologique dont elle-même va lentement prendre conscience au cours de l’intrigue. Vivant avec un amant éleveur de chiens débile qui la trompe allègrement, questionnant en vain un père sénile sur des origines qu’elle soupçonne hétérodoxes, Tina va rencontrer son destin en la personne de Vore, un être repoussant qu’elle arrête à la frontière, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, et avec lequel elle va tisser une relation édifiante.
Point n’est besoin d’ajouter un mot dans l’attente d’une sortie prochaine. Disons que ce film qui met l’humanité au défi de la monstruosité entre dans la catégorie d’un fantastique familier à la manière du récent Les Bonnes Manières, des Brésiliens Juliana Rojas et Marc Dutra (mythe du loup garou, conte de fée et lutte des classes). Autant dire qu’il inquiète en même temps qu’il émerveille, qu’il n’est pas dépourvu d’une singulière beauté, et qu’il ne cesse de dérouter, au meilleur sens de ce terme. Son titre dit bien par ailleurs ce qu’il veut dire, la question de la « frontière » étant celle qui le travaille par excellence, entre animalité et humanité, politique d’accueil des réfugiés et mythes fantastiques nordiques. L’auteur lui même en sait quelque chose, qui est né en Iran en 1981, avant de s’installer dans les années 2000 en Suède, puis au Danemark.

Film suédois d’Ali Abbasi. Avec Eva Melander, Eero Milonoff, Jorgen Thorsson, Viktor Akerblom (1 h 41). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.festival-cannes.com/fr/festival/films/grans



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ A la Semaine de la critique, le premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet met en scène un jeune prostitué solaire (Félix Maritaud).
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Cannes 2018 : « Sauvage » embrase

A la Semaine de la critique, le premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet met en scène un jeune prostitué solaire (Félix Maritaud).



Le Monde
 |    10.05.2018 à 16h40
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 17h38
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Semaine de la critique
Léo embrasse, Sauvage embrase. Le premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet a l’incandescence et la fulgurance d’une cigarette. Son héros est solaire et il brûle sa vie. Contrairement au jeune Pierre (Manuel Blanc) de J’embrasse pas (1991), d’André Téchiné, qui se prostitue pour survivre, Léo (Félix Maritaud) cherche l’amour et la douceur au fil de ses errances et des passes. Jamais endurci, même s’il prend des coups et se dégrade physiquement sous nos yeux, Léo est encore capable de faire des rencontres et de donner. Il peut prendre dans ses bras, toute une nuit, un vieil homme qui se sent seul. Devant la photo de sa femme qui n’est plus de ce monde. « Moi, j’embrasse », insiste Léo devant ses « copains » qui font le bois avec lui. Mais il ne donne pas son prénom aux hommes qui le paient : son identité est peut-être son bien le plus précieux. « Appelle-moi comme tu veux », dit-il à un client. Pendant un temps, le réalisateur Camille Vidal-Naquet voulait faire de cette réplique le titre du film.
Dès la première scène, chez ce médecin qui ausculte bizarrement le corps tatoué et un peu abîmé du jeune homme, on sent que le film va surprendre. Sauvage est une œuvre longuement mûrie et documentée. Sur le même sujet, outre Téchiné, Patrice Chéreau avait signé L’Homme blessé (1983), et plus récemment Robin Campillo a tourné Eastern Boys (2014). Camille Vidal-Naquet, 45 ans, a, lui, réalisé quelques courts-métrages – Mauvaise tête (2013), Wardé (2016) –, avant de se lancer dans ce film pour lequel il est entré en contact avec des prostitués du bois de Boulogne par l’intermédiaire d’une association. Il pensait y passer quelques nuits. Il y retournera trois ans, profondément touché par ce milieu de la prostitution masculine. Invité au dîner à l’Elysée avec des personnalités du cinéma, le 24 avril, le réalisateur a d’ailleurs alerté Emmanuel Macron sur la situation de ces jeunes hommes qui survivent dans les bois ou en périphérie.

Une quête d’amour éperdue
De cette immersion, le réalisateur a tissé une fiction que la beauté brute de Félix Maritaud (découvert dans 120 battements par minute, de Robin Campillo) aurait pu faire basculer dans une esthétique de vidéoclip. Le film ne tombe jamais dans ce travers, justement parce que le vécu est au centre du scénario. Léo remplit sa vie de la misère sexuelle des uns, du fantasme de domination des autres, s’embarque dans des plans hasardeux et destructeurs… Il passe du fauteuil roulant d’un homme qui n’a plus d’érection aux bras d’un couple d’homos féroces, en quête de chair fraîche et soumise. Des moments de descente, ou de « renaissance », sans longueur ni pesanteur.
En suivant Léo caméra sur l’épaule, le réalisateur nous entraîne dans un monde à part, aux variations infinies : Léo est homosexuel, d’autres garçons sont hétéros et cherchent uniquement à gagner de l’argent. Certains veulent « en sortir ». Léo, dont le passé nous est inconnu, n’attend rien de spécial. Il est amoureux d’un autre jeune prostitué, Ahd (Eric Bernard), qui, lui, va se « ranger » auprès d’un vieux. Sauvage est une quête d’amour éperdue, celle d’un homme qui passe de bras en bras pour atteindre l’agapé. Quel qu’en soit le prix.

Film français de Camille Vidal-Naquet. Avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Nicolas Dibla (1 h 37). Sortie en salle le 22 août. Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/sauvage.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Le tribunal de grande instance de Paris s’était déjà prononcé mercredi pour la projection à Cannes du film de Terry Gilliam, au cœur d’un imbroglio juridique avec son producteur.
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Accord du CNC à la diffusion en salles de « L’Homme qui tua Don Quichotte »

Le tribunal de grande instance de Paris s’était déjà prononcé mercredi pour la projection à Cannes du film de Terry Gilliam, au cœur d’un imbroglio juridique avec son producteur.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 16h03
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 17h37
   





                        



   


Le Centre national du cinéma (CNC) a décidé d’attribuer jeudi 10 mai un visa d’exploitation en salles au film L’Homme qui tua Don Quichotte, du réalisateur britannique Terry Gilliam, au cœur d’un imbroglio juridique avec son producteur. Cette décision fait suite à celle du tribunal de grande instance (TGI) de Paris la veille d’autoriser le Festival de Cannes à diffuser au public le film de l’ex-Monty Python en clôture de sa 71e édition.
La justice avait été saisie en référé par le producteur portugais Paulo Branco, qui estime que ses « droits exclusifs » sur le film ne sont pas respectés. Refusant de s’avouer vaincu, Paulo Branco, 67 ans, a considéré qu’au bout du compte la justice française lui avait accordé « une victoire ». La décision du TGI permettra aux professionnels « de voir le film » et « nous conforte dans nos droits », selon M. Branco.
Bataille juridique
Le producteur s’est notamment félicité que l’ordonnance énonce que lors de la projection du 19 mai, le Festival devra annoncer à l’écran que cette séance « ne préjuge en rien des droits revendiqués » sur le film par M. Branco et par sa société de production, Alfama Films.
Paulo Branco a acheté les droits d’auteur réalisateur du film en avril 2016. Mais, à la suite de différents désaccords artistiques et financiers avec M. Branco, Terry Gilliam s’était tourné vers d’autres producteurs, dont Kinology.
C’est avec ces producteurs que le cinéaste a finalement réalisé son film entre mars et juin 2017, pour 16,3 millions d’euros, mettant fin, croyait-il, à vingt ans de malédiction d’un film tourné dans des conditions dantesques il y a vingt ans et resté inachevé jusqu’en 2017.
« La décision du juge des référés d’hier a confirmé qu’il serait disproportionné d’empêcher la diffusion de l’œuvre en raison de ce conflit, lequel sera tranché définitivement par la juridiction judiciaire », a écrit le CNC dans un communiqué jeudi.
La bataille juridique est en effet loin d’être terminée. Pour M. Branco, l’ordonnance prise mercredi ne règle pas « le fond » du litige qui l’oppose à Terry Gilliam, ses producteurs (Kinology, Tornasol) et son diffuseur (Océans Films). Saisie sur le fond, la justice française rendra un jugement en appel le 15 juin.

        Lire le reportage :
         

          Sur le tournage de « L’Homme qui tua Don Quichotte »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le deuxième jour de la compétition cannoise est marqué par la projection du premier film français, « Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré.
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La gazette de la Croisette : un match franco-polonais, l’Amérique de Paul Dano et Ryan Coogler

Le deuxième jour de la compétition cannoise est marqué par la projection du premier film français, « Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 13h30
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
En ce jeudi 10 mai, le 71e Festival de Cannes accueille en compétition pour la Palme d’or deux cinéastes : le Français Christophe Honoré avec Plaire, aimer et courir vite et le Polonais Pawel Pawlikowski avec Zimna Wojna (Cold War). Le premier est déjà venu à plusieurs reprises sur la Croisette (hors compétition en 2011 avec Les Bien-Aimés, en compétition en 2007 avec Les Chansons d’amour et dans la section Un certain regard en 2002 avec 17 fois Cécile Cassard. Le second est un nouveau venu dans la sélection cannoise.

L’acteur Pierre Delandonchamps, que notre journaliste Véronique Cauhapé a rencontré, est présent à Cannes avec plusieurs films : deux dans lesquels il joue, celui de Christophe Honoré (en compétition) et Les Chatouilles, d’Andréa Bescond et Eric Métayer (Un certain regard), mais aussi un court-métrage, Ames sœurs, qu’il a réalisé dans le cadre des Talents Adami.

DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
Le film d’ouverture de la Semaine de la critique, Wildlife, de Paul Dano, coécrit par Zoe Kazan – actrice, dramaturge, productrice, compagne du réalisateur et petite-fille d’Elia Kazan – a plutôt convaincu notre critique Clarisse Fabre. Cette chronique d’un couple qui vacille (incarné par Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal) est « le tableau d’une Amérique mélancolique, qui endure sa peine, rêve d’élévation sociale et attend son tour ».
ON ATTEND AUJOURD’HUI :
A 16 heures, Ryan Coogler, le réalisateur de Black Panther, devenu un véritable phénomène de société aux Etats-Unis, propose le premier de quatre rendez-vous avec des acteurs et des cinéastes, destinés à remplacer l’unique Leçon de cinéma des années précédentes. L’occasion de revenir, entre autres, sur le Wakanda, un pays africain imaginaire mis en scène par cette superproduction Marvel.


        Lire la gazette de la Croisette (9 mai) :
         

          Un cinéaste assigné, un documentaire fleuve et un film interdit






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Riad Sattouf, Julie Delpy, Noémie Lvovsky, Christophe Honoré – sous la direction duquel l’acteur de 24 ans a tourné dans « Plaire, aimer et courir vite » sélectionné à Cannes… « Ce sont tous mes profs », dit-il. Il revient pour « M » sur ces rencontres qui ont marqué sa carrière. Et sa vie.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ L’acteur est sur la Croisette pour les films de Christophe Honoré et d’Andréa Bescond et Eric Métayer, ainsi que pour un court-métrage qu’il a réalisé.
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édition abonné


Cannes 2018 : Pierre Deladonchamps, plus si inconnu

L’acteur est sur la Croisette pour les films de Christophe Honoré et d’Andréa Bescond et Eric Métayer, ainsi que pour un court-métrage qu’il a réalisé.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 09h58
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 16h14
    |

            Véronique Cauhapé








                        



                                


                            

Pierre Deladonchamps est à Cannes pour deux films dans lesquels il joue : Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré, et Les Chatouilles, d’Andréa Bescond et Eric Métayer. Et aussi pour un court-métrage, Ames sœurs, qu’il a réalisé dans le cadre des Talents Adami. Un beau palmarès pour quelqu’un qui, il y a huit ans, avait (presque) décidé de décrocher du métier. Parce que, après quelques rôles obtenus dans des fictions de télévision, il en avait eu assez d’attendre que le téléphone sonne, il était retourné à Nancy – sa ville natale, quittée à 20 ans pour suivre des cours de théâtre à Paris – avec l’idée, peut-être, de se diriger vers les langues étrangères. Histoire de voyager. En Lorraine, auprès de sa famille et de ses proches, il avait « lâché la bride », cessé de se « crisper » et vu naître sa fille.

Comme une histoire d’amour qu’on n’attend plus, lui était alors parvenu, à l’autre bout du fil, la voix d’Alain Guiraudie dont la proposition ne pouvait se refuser. Pierre Deladonchamps a remis le pied à l’étrier, acceptant d’interpréter Franck dans L’Inconnu du lac (2013), qui lui vaudra de recevoir le César du meilleur espoir masculin. Et d’obtenir un visa pour une carrière au cinéma qui se construit, depuis, au rythme régulier d’un long-métrage par an, sous la direction de cinéastes tels que Philippe Claudel (Une enfance), Tran Anh Hung (Eternité), Philippe Lioret (Le Fils de Jean), André Téchiné (Nos années folles), Cécilia Rouaud (Big Bang)… De cette filmographie, l’acteur dit spontanément tirer une certaine « fierté ». Avant de corriger, « non, disons plutôt que je suis heureux d’avoir tourné avec des cinéastes qui m’ont choisi alors que je ne suis pas “bankable”. C’était donc qu’ils aimaient mon travail. Ils m’ont empli d’une forme de confiance – je partais de très bas. Chaque rôle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ #RaideCarpette. Les soirées commencent à Cannes. Avant de se retrouver au bar, tard, en admettant qu’on n’était pas dans les bons plans, il faut quand même tenter sa chance à l’entrée.
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Cannes 2018 : « Même s’il me manque la cerise, le gâteau, je l’ai déjà »

#RaideCarpette. Les soirées commencent à Cannes. Avant de se retrouver au bar, tard, en admettant qu’on n’était pas dans les bons plans, il faut quand même tenter sa chance à l’entrée.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 09h51
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 16h29
    |

                            Charlotte Herzog








                        





#RaideCarpette. 
« C’est dégueulasse qu’ils ne me laissent pas rentrer. » Qu’est-ce que c’est « dégueulasse » ? A Cannes, c’est loin du tapis rouge que l’on trouve la réponse, dans les bars de la Croisette où viennent se faire mousser ceux qui ne sont pas invités aux soirées. Mythos, refoulés, malchanceux, wannabe… c’est à eux que cette chronique veut donner la parole. Paillettes et glamour au placard, #RaideCarpette vous raconte le festival vu de l’autre côté des barrières ou du bar, là où « y a vachement moyen de faire du cinéma ensemble ». 

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« J’ai l’intuition qu’il se passe quelque chose partout, mais que je ne suis invitée nulle part. » En effet, dans la soirée de ce mercredi 9 mai, c’est la Welcome Party sur la plage du Majestic. Après, on peut faire un tour à la soirée de la Quinzaine, au niveau de la plage du Grand Hôtel. Enfin, devant, à l’entrée, quoi. Il y a aussi la projection de Black Panther en plein air, au cinéma de la plage. Libre d’accès. « Oui, mais c’est sur le sable, je me suis pas sapée pour passer la soirée dans le sable. » Eléonore n’a pas de passe membre pour ce soir. Elle allume une cigarette. Elle s’est remise à fumer pour le Festival. « La cigarette sociale, pour maximiser mes chances. »

   


Thierry Frémaux a justifié l’interdiction du selfie – « photo à ego » – sur le tapis rouge, en précisant qu’à Cannes « on vient pour voir, pas pour se voir ». Certes. Mais, selon Franck, perché tout près, sur le petit rebord en face de la sacro-sainte entrée de la soirée, « ici en gros, il y a ceux qui peuvent être sur la Riviera, et ceux qui rêvent d’y être. Mais tout le monde est là pour se faire voir. Cannes, c’est ça, une comédie humaine. Des petits magouilleurs et des grosses michetonneuses. Le refuge des escrocs qui cherchent à prendre leur part de paillettes. Je ne leur en veux pas, moi aussi, je ne dirais pas non à quelques paillettes dans mes épinards comme on dit, mais bon, je les regarde faire, c’est une source d’inspiration sans fin quand je m’ennuie. Mais là, je ne m’ennuie pas, j’observe. »
« Bon, allez les losers, moi, je vais ailleurs »
Deux jeunes filles en robes interminables font leur apparition. Quelques photographes sortis de nulle part mitraillent sous tous les angles. « Tu sais ce qu’ils font là ? » Franck s’est levé, les bras croisés dans le dos, le menton en l’air : « Bah, c’est simple, ils leur font croire que c’est des stars. C’est des photographes pros, qui bossent à leur compte. Dès qu’ils voient des filles susceptibles d’avoir de l’argent mais qui sont personne, ils les prennent en photo, leur filent leur carte et espèrent qu’elles achèteront la photo d’elle en star, à 25 balles sur le site. Et hop ! C’est dur comme boulot, faut tout le temps faire fantasmer des gens alors que, toi, t’as compris depuis longtemps que c’était du vent. »
Eléonore s’écarte et dégaine son portable. « Il ne répond pas, je cherche un autre plan. » Elle rallume une cigarette et enchaîne : « Je suis dégoutée, ils m’ont refoulée, alors que je les ai bien tchatchés. Je commence à gerber Cannes. C’est bon ici y a que des Russes, et les Russes, elles sont quoi ? Elles sont froides. Je leur laisse la Croisette, moi, si elles veulent, de toute façon, la “place to be” maintenant, c’est Miami. Bon, allez les losers, moi, je vais ailleurs. »
Leurs prétextes sont différents, mais tous se ressemblent un peu. Tous se rassemblent dans la queue. Ils et elles guettent en permanence. A cet instant, il semble nécessaire d’être vigilant sur la place que l’on occupe. Tout le temps. Franck me fait du coude-à-coude, il reprend son analyse : « Finalement, c’est peut-être eux, les futurs acteurs. Faudrait penser à faire des castings dans les files d’attente, tout le monde y trouverait peut-être son compte. »
« Franck, est-ce que je peux prendre une photo de vous ?
– Non, je n’ai pas besoin de ta presse, moi. Même s’il me manque la cerise, le gâteau, je l’ai déjà. »

        Lire aussi :
         

                Cannes 2018 : « C’est peut-être pas mon monde à moi, mais moi dans ce monde-là je me sens chez moi »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Interdit au Kenya, le deuxième film de Wanuri Kahiu présenté dans la sélection Un certain regard a été accueilli par une salle debout.
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Cannes 2018 : « Rafiki », la douceur d’un amour

Interdit au Kenya, le deuxième film de Wanuri Kahiu présenté dans la sélection Un certain regard a été accueilli par une salle debout.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 09h23
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 16h43
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


Sélection officielle – Un certain regard
Jamais film kényan n’avait jusqu’à présent été sélectionné à Cannes. Le premier, Rafiki, projeté, mercredi 9 mai, dans la catégorie Un certain regard, a été salué par de longs applaudissements et une salle debout, tournée vers la réalisatrice Wanuri Kahiu et ses deux actrices principales, Samantha Mugatsia et Sheila Munyiva, toutes de blanc vêtues, les larmes aux yeux et le sourire ému. L’interdiction de diffusion de Rafiki au Kenya, au prétexte qu’il « légitimait l’homosexualité », selon la Commission de censure du pays, n’aura pas réussi à gâcher la fête, ni à émousser la fierté que porte en bannière toute l’équipe du film.

        Lire l’entretien avec Wanuri Kahiu :
         

          « Avec “Rafiki”, j’ai voulu raconter une belle histoire d’amour africaine »



Inspiré d’une nouvelle de l’auteure ougandaise Monica Arac de Nyeko, Jambula Tree, le deuxième long-métrage de Wanuri Kahiu conte une belle et douce histoire d’amour entre deux adolescentes, Kena (Samantha Mugatsia) et Ziki (Sheila Munyiva), deux adolescentes dont les pères, politiciens, s’opposent dans une campagne électorale. Elles n’ont pas choisi. Tout comme elles n’ont pas choisi ce trouble qui les intimide lorsqu’elles se croisent.

Kena, corps longiligne dissimulé dans des pantalons et des sweats informes, casquette sur la tête et allure de garçon manqué, ne fréquente pas plus que cela les filles de son âge ; leur préférant plutôt les garçons avec qui elle joue au foot et surtout, Blacksta (Neville Misati), son pote, son meilleur ami. Ziki, formes généreuses, robes à fleurs coupées bien au-dessus du genou, de longues nattes gainées de fils multicolores, traîne au contraire sa dégaine de Lolita des rues, flanquée de deux copines. Bonbon rose affriolant, l’air frondeur, aguicheuse par jeu, Ziki s’attendrit au passage de Kena.
Une image plus moderne
Wanuri Kahiu suit cette rencontre, les regards qui se soutiennent plus qu’à l’ordinaire, plus qu’il ne le faudrait en tout cas dans ce pays où les hommes, la société, l’église condamnent les attirances homosexuelles. La réalisatrice saisit les sourires qui éclairent les visages avant que le premier baiser ne soit encore advenu mais dont la perspective, acquise par un consentement implicite, annonce le bonheur à venir. La caméra s’autorise à filmer de très près les visages, le grain de la peau, la douceur de la caresse avec la même infinie délicatesse que les deux jeunes filles mettent à se découvrir. Une délicatesse qui, très vite, se heurte à la violence de l’interdit, à la réaction des familles, de l’entourage et du voisinage. Elle monte crescendo, jusqu’à l’explosion, féroce et cruelle.

        Lire les portraits de réalisatrices :
         

          Elles font leurs premières armes à Cannes



C’est en faisant se frotter la douceur d’un amour et la brutalité de l’environnement dans lequel il ne peut s’épanouir que Wanuri Kahiu défend son propos, sans avoir jamais besoin de le revendiquer. Dans cette Afrique dont elle montre le conservatisme et le rôle restreint accordé aux femmes – destinées à devenir avant tout de bonnes épouses –, elle aura glissé une autre image. Plus moderne, joyeuse, optimiste et tendre.

Film kenyan de Wanuri Kahiu. Avec Samantha Mugatsia, Sheila Munyiva, Neville Misati (1 h 22). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.meteore-films.fr/distribution-films/rafiki



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Depuis « Les Beaux Gosses » en 2009, l’acteur a tourné dans une vingtaine de films et récolté trois nominations aux Césars. Il se retrouve pour la première fois en Sélection officielle à Cannes avec « Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤                
                                    

Cannes 2018 : les beaux rôles et la joyeuse clique de Vincent Lacoste


                      Depuis « Les Beaux Gosses » en 2009, l’acteur a tourné dans une vingtaine de films et récolté trois nominations aux Césars. Il se retrouve pour la première fois en Sélection officielle à Cannes avec « Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 10h53
    |

                            Clémentine Goldszal








   


Vincent Lacoste, 24 ans, plus de 25 films tournés. Et déjà une histoire d’affinités électives : deux avec Riad Sattouf, idem avec Julie Delpy et Thomas Lilti. Les mêmes noms parsèment également en sous-main son parcours : l’actrice et réalisatrice Noémie Lvovsky, les jeunes comédiens Félix Moati, Antoine de Bary et William Lebghil… « On se marre bien, tous ensemble », dit Lacoste, à l’affiche de Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré, en salle le 10 mai.
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        L’acteur de 24 ans se retrouve pour la première fois en Sélection officielle à Cannes avec « Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré. De Riad Sattouf à Virginie Efira ou Julie Delpy, il revient sur ses rencontres marquantes."
            data-slide-description="Vincent Lacoste, à Paris, le 27 avril 2018."
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        Riad Sattouf, réalisateur"
            data-slide-description="« Quand j’ai rencontré Riad, j’avais 14 ans et je ne savais pas du tout quoi faire dans la vie si ce n’est avoir le brevet. Je voulais essentiellement être riche et avoir des relations sexuelles avec des femmes. J’ai tenté le casting des « Beaux Gosses » en voyant une annonce passée à la cantine du collège. La première fois que je l’ai rencontré, je l’ai pris pour l’assistant un peu timide et efféminé du directeur de casting, qui était un grand bonhomme barbu. Riad prend les adolescents au sérieux : il a été la première personne à s’adresser à moi comme à un adulte. A l’époque, il comprenait sans doute plus de choses de moi que moi de lui, mais nous sommes devenus très proches pendant le tournage, et encore plus quand nous nous sommes retrouvés pour « Jacky au royaume des filles », quatre ans plus tard. J’avais passé le bac et arrêté l’école, et on a commencé à se voir beaucoup. Riad m’a énormément appris. La première fois que j’ai fait l’amour avec une fille, c’est lui que j’ai appelé. Je lui ai beaucoup demandé conseil sur mes choix de films. Mais, si je l’écoutais, je ne ferais que ses films… Quand j’ai fait des choses qui ne lui plaisaient pas, il était scandalisé. Maintenant, c’est parfois lui qui me demande mon avis. Mais bon, en général, c’est plutôt moi qui consulte le vieux sage. »"
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        Antoine de Bary, acteur et réalisateur"
            data-slide-description="« C’est mon ami Félix Moati qui nous a présentés, il y a six ou sept ans. J’habitais avec ma copine dans le 11e, et au moment où on s’est séparés et que je me suis retrouvé seul dans l’appartement, le hasard a fait qu’Antoine emménageait à une minute de chez moi. A partir de ce moment, on a passé notre vie ensemble. Je viens de finir le tournage de son premier long-métrage,  »Le Jour de gloire« , l’histoire d’un ex-enfant star dont la vie part en sucette. Il se fait virer de chez lui, n’arrive plus à bander, a des relations compliquées avec ses parents… Le film est un condensé de nos angoisses à tous les deux, un scénario catastrophe : ne plus travailler, ne plus pouvoir avoir de meuf, ne plus s’entendre avec ses parents, ne plus avoir de potes… Mais c’est une comédie ! Ça fait des années que nous parlons du film, j’ai lu toutes les versions du scénario, fait quelques notes… Le tournage a été un moment génial, et pourtant je n’ai eu que des problèmes ; je me suis blessé à l’arcade sourcilière, j’ai eu une inflammation de la paupière et on a dû me filmer de profil pendant une semaine. Mais j’ai aimé tout ce qu’il faisait. Chaque matin, il se permettait des trucs d’une liberté incroyable, inventait tout le temps, et faisait totalement confiance aux acteurs. »"
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        Justine Triet, réalisatrice"
            data-slide-description="« Pendant quelques années après  »Les Beaux Gosses« , j’ai fait beaucoup de comédies, que des rôles d’ados… Justine m’a offert un rôle dans « Victoria » , et a été la première à capter quelque chose de moi que personne n’avait vu. Elle a un vrai génie de la mise en scène, et un univers très fort qui transcende le banal. Travailler avec elle m’a fait prendre confiance en moi. Avec son enthousiasme, elle arrive à sortir des choses des acteurs d’une manière très douce. Tu as l’impression de te dépasser, mais elle t’y amène au fur et à mesure, en te mettant en confiance. Du coup, tu lâches prise sans t’en apercevoir, mais en étant totalement consentant. « Victoria », ça a été l’un des plus beaux tournages de ma vie, celui où je me suis senti le plus épanoui, à tel point que je n’avais aucun doute sur le fait que le film allait marcher. Moi qui trouve toujours un truc qui ne va pas dans tout ce que je fais, là je n’avais rien à redire. »"
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        Virginie Efira, actrice"
            data-slide-description="« Nous ne nous connaissions pas avant de tourner ensemble dans  »Victoria ». Nous sommes tous les deux très timides. Au début, nous n’arrivions pas à communiquer. Virginie vit dans un monde parallèle où elle n’a pas conscience que les choses lui arrivent. Elle est hyperbelle, mais c’est comme si elle vivait dans le corps d’une autre personne, une petite meuf pas sûre d’elle qui a besoin d’être rassurée. Alors qu’elle est géniale de bout en bout ! En revanche, elle a confiance en elle quand elle joue. Elle est juste tout le temps, et tout de suite. J’ai tourné ma première scène de sexe avec elle, et c’était la première fois pour elle aussi. C’était super de faire ça ensemble. C’était très pudique, et Justine était à côté de nous en minishort, avec sa chemise nouée, à moitié nue elle aussi, à nous encourager. »"
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        Christophe Honoré, réalisateur"
            data-slide-description="« J’étais très heureux quand il m’a proposé le rôle d’Arthur dans « Plaire, aimer et courir vite ». J’aime ses films depuis longtemps, et c’était la première fois que je travaillais avec un réalisateur dont j’étais un peu fan. Il m’a impressionné sur le tournage. On sent qu’il a fait douze films ; il a une maîtrise incroyable. Sa direction d’acteurs est quasi chorégraphique. Ce cadre permet une immense liberté, car il aime vraiment ses comédiens. Il est toujours très doux, ne fait jamais quelque chose qui pourrait te brusquer… Il m’a vraiment fait rentrer dans son univers, à la manière d’un grand manitou : à partir du moment où tu le côtoies, il t’ouvre les portes de son monde, et cela devient le meilleur possible pour toi. Pour préparer le rôle, il m’a demandé de regarder quelques films (« My Own Private Idaho », de Gus Van Sant, « Happy Together », de Wong Kar-wai) et de lire « La Ligne de beauté », d’Alan Hollinghurst, un gros pavé que je n’ai jamais terminé ! Il m’avait aussi fait une « mixtape », donné l’album du groupe anglais The La’s, et nous a demandé, à mon partenaire Pierre Deladonchamps et moi-même, de porter un parfum particulier pendant tout le tournage. C’était génial : sur le plateau, on sentait déjà la tonalité qu’il voulait donner au film. »"
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        Thomas Lilti, réalisateur"
            data-slide-description="« Avant  « Hippocrate », Thomas avait fait un film, « Les Yeux bandés », sorti en 2008, qui n’avait eu aucun succès, mais que j’avais vu. Mes parents m’emmenaient souvent voir des avant-premières à la Fondation Gan pour le cinéma. Ça me faisait chier évidemment, mais je me souviens très nettement avoir vu le film, et il était là. Du coup, quand nous nous sommes rencontrés pour « Hippocrate », je savais qui il était, et que j’avais envie de tourner avec lui. C’était mon premier film un peu sérieux. Avec lui, j’ai découvert les scènes dramatiques. Il m’a offert quelque chose que personne ne me proposait à l’époque et je lui en suis très reconnaissant. Nous sommes restés amis depuis, et il est aussi assez copain avec Félix Moati, qui a un petit rôle dans « Médecin de campagne ». Pour son dernier film, « Première Année », le dernier volume de sa trilogie sur la médecine, il nous a réunis, William Lebghil et moi. Il est très bon pour capter les affinités de chacun et réunir des gens qui s’entendent bien dans ses castings. »"
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        Julie Delpy, actrice et réalisatrice"
            data-slide-description="« Quand j’ai joué dans son film « Le Skylab », j’avais 16 ans. J’étais en première, je passais le bac de français. Nous nous sommes tous retrouvés pendant un mois et demi dans une grande maison de campagne à côté de Brocéliande. Au milieu de tous ces acteurs (Eric Elmosnino, Denis Ménochet, Bernadette Lafont, Emmanuelle Riva), je me suis senti adulte pour la première fois. C’est le premier film que j’ai fait en ayant conscience que c’était mon métier. Et en même temps, c’était un bordel généralisé, la colo totale. En travaillant avec Julie sur ce film, puis quand je l’ai retrouvée quatre ans plus tard pour « Lolo », j’ai compris que je voulais faire des films d’auteur. Pas nécessairement des films intellos, mais rentrer dans l’univers de quelqu’un. Julie elle-même est un personnage incroyable, complètement zinzin. Elle est à la fois tout-terrain et inadaptée ; même ses problèmes sont hilarants. Je voudrais continuer à m’inscrire dans l’imaginaire de gens comme elle, que j’aime et que j’admire. »"
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        Noémie Lvovsky, actrice et réalisatrice"
            data-slide-description="« Noémie est la première actrice avec qui j’ai vraiment joué. Sur le tournage des « Beaux Gosses » , la regarder m’a fait prendre conscience de ce que c’était de jouer la comédie, et surtout de jouer avec quelqu’un. Elle était passionnée, très directe, intense ; j’ai compris en la regardant qu’il n’y avait pas de honte à crier, à hurler… Nous nous sommes retrouvés ensuite pour son film, « Camille redouble », puis dans « Le Skylab », de Julie Delpy, dans « Jacky au royaume des filles », et récemment dans le film de Félix Moati, « Deux Fils », où elle a un petit rôle. Elle a un penchant extrême, n’hésite pas à se mettre dans des états pas possibles. Pour une scène où elle devait rire, elle a pris du gaz hilarant toute la journée. Et sur le tournage de « Camille redouble », pour une séquence où elle était censée s’évanouir, elle s’est mise à boire du café salé pour avoir l’air envapée. C’est une comédienne vraiment impressionnante. »"
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        William Lebghil, acteur"
            data-slide-description="« Riad Sattouf m’avait parlé de lui parce qu’il avait joué dans sa série « Mes colocs ». J’étais un peu jaloux, jusqu’à ce que je le rencontre finalement en faisant  « Jacky au royaume des filles ». C’était un tournage assez dur, trois mois en Géorgie, où je me suis rendu compte que, pour faire des films, il fallait parfois donner un peu de soi. On passait la journée voilés. Le micro était caché sous le voile et, quand on le retirait, on gardait la marque pendant une heure sur le front, comme si on avait mis une casquette trop serrée. On allait zoner tous les trois, avec Anthony Sonigo, qui était déjà mon partenaire des « Beaux Gosses », dans le spa de notre hôtel géant. William et moi sommes devenus très amis et, depuis, on se voit tout le temps. C’est un acteur extraordinaire, je l’admire énormément. Nous avons les mêmes questionnements. En plus, il adore manger et moi, j’adore la bonne bouffe. Will vit comme un mec de 40 ans : il a son petit appart tranquillos, décoré comme un bistro cool, avec des lumières tamisées, un superbe plancher… C’est toujours parfaitement rangé, chaque chose à sa place ; il a des plantes qui ne meurent jamais, des bouteilles de whisky, de cognac, d’armagnac… Il est hyperangoissé, mais il me rassure énormément. »"
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        Félix Moati, acteur et réalisateur"
            data-slide-description="« Nous nous sommes rencontrés une première fois au “Grand Journal”, où nous étions tous les deux invités. Je devais avoir 16 ans, et lui 19. J’étais très timide, lui plutôt extraverti. Nous avons vaguement gardé contact, mais nous sommes devenus amis plus tard, à un moment particulier pour moi : je venais d’arrêter l’école, et je me suis retrouvé un peu tout seul. Mes copains de lycée étaient à la fac ; moi j’avais envie de sortir, de rencontrer des gens, j’étais inhibé avec les filles… Je ne savais pas comment vivre. En plus, j’ai longtemps été émétophobe. La phobie de vomir me rendait très anxieux, j’avais la nausée tout le temps (mon psy m’a dit plus tard que j’avais “mal au cœur”…). Félix et moi, on était acteurs, mais on n’avait rien à faire en fait. J’admirais sa vie, il était décontracté, avait toujours un truc à faire, quelqu’un à voir… On a commencé à sortir beaucoup. Il m’a appris à grandir. En 2016, j’ai joué dans son premier court-métrage, Après « Suzanne », et l’année dernière dans son premier film, « Deux Fils », qu’il est en train de terminer. Une expérience géniale. »"
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L’acteur de 24 ans se retrouve pour la première fois en Sélection officielle à Cannes avec « Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré. De Riad Sattouf à Virginie Efira ou Julie Delpy, il revient sur ses rencontres marquantes.            
Vincent Lacoste, à Paris, le 27 avril 2018.

ALEXANDRE GUIRKINGER POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »
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L’histoire a commencé en 2008, avec l’auteur de bande dessinée Riad Sattouf, qui a fait de l’adolescent du collège Mallarmé, dans le 17e arrondissement parisien, le héros des Beaux Gosses, leur premier film à tous les deux. Il y était Hervé, inoubliable loser dégingandé, obsédé par le sexe. Naissait un acteur, une présence particulière, faite d’un malaise joyeux et d’une assurance innée face à la caméra. Pas de cours de comédie, ni d’épiphanie lors de la pièce de fin d’année au collège. Son métier, Vincent Lacoste l’a compris sur les plateaux, au contact de ces réalisateurs qui lui ont « tout appris ». « Ce sont tous mes profs. » Ainsi qualifie-t-il cette smala qui gravite autour de lui. Justine Triet, avec qui il a connu le succès (critique et public) pour Victoria. Julie Delpy, qui l’a invité dans la folie du Skylab alors qu’il débutait encore puis dans Lolo. Thomas Lilti, qui lui a offert son premier rôle « dramatique » dans Hippocrate, en attendant Première année en septembre prochain. D’eux, il dit : « J’aimerais faire tous leurs films. »

Le maître à penser Riad Sattouf
Riad Sattouf, pygmalion, meilleur ami, maître à penser, alter ego, est le patriarche dans cette famille réinventée. Cette rencontre a changé sa vie, et Lacoste lui voue une fidélité de cœur et de travail à la vie à la mort. Sattouf, c’est un premier film, une révélation, une première virée cannoise (à la Quinzaine des réalisateurs en 2009), une porte entrouverte pour un ado qui ne pensait même pas qu’acteur puisse être un métier. Vincent Lacoste ne quittera plus la Croisette. Hippocrate, de Thomas Lilti à la Semaine de la critique en 2014, Victoria, de Justine Triet deux ans plus tard…
Dans quelques jours, il sera pour la première fois en Sélection officielle, avec Christophe Honoré. Nouvel arrivant dans l’univers Lacoste, le romancier-cinéaste-metteur en scène a lui aussi vu en l’acteur une image fantasmée de sa jeunesse. Dans Plaire, aimer et courir vite, Vincent est Arthur, un jeune Rennais des années 1990, passionné de littérature, qui entrevoit son avenir artistique et sentimental dans la figure d’un aîné parisien, écrivain désabusé, père homosexuel et malade du sida (émouvant Pierre Deladonchamps).

        Lire aussi :
         

                Sacré Hippocrate !



Ces douze derniers mois, Vincent Lacoste a tourné dans quatre autres films, dont deux premiers longs avec des amis proches. Félix Moati et Antoine de Bary, primo-cinéastes, avaient déjà filmé leur « pote » dans leurs courts-métrages. A leur manière, tous ensemble, ils reconstituent une formule un peu Nouvelle Vague, un peu Nouvel Hollywood, où règnent l’esprit de bande et la complicité productive. Le rêve de Vincent Lacoste ? Tourner avec Aki Kaurismäki. Parce que sa vision est « géniale » et parce qu’« il a l’air austère, mais d’une manière hilarante », glisse-t-il. Faire du plaisir un absolu, voire le mètre étalon de la réussite ? Vincent Lacoste fait mentir les adages doloristes qui disent s’épanouir dans l’adversité. A travers sa famille d’élection, il dessine son autoportrait en jeune artiste qui prend la joie très au sérieux.

   


« Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré, avec Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps et Denis Podalydès (2 h 12), en salle le 10 mai.



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le deuxième long-métrage de Kirill Serebrennikov, qui, assigné à résidence, n’a pas pu accompagner son film au Festival, célèbre la force créative et amoureuse de la jeunesse.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 09/05/2018
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Cannes 2018 : « Leto », le soleil du rock dans la grisaille soviétique

Le deuxième long-métrage de Kirill Serebrennikov, qui, assigné à résidence, n’a pas pu accompagner son film au Festival, célèbre la force créative et amoureuse de la jeunesse.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 08h00
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Sélection officielle – en compétition
Le soleil brille aussi en noir et blanc. Il n’est pas de grisaille qu’il ne puisse illuminer, même celle qui écrasait la vie quotidienne en Union soviétique, dans les dernières années de l’ère Brejnev. Leto, deuxième long-métrage de Kirill Serebrennikov, est une célébration énergique et gracieuse de la force solaire qui animait une poignée de musiciens, à Leningrad, au début des années 1980. Kino et Zoopark, les deux groupes phares des bords de la Neva, menés respectivement par Viktor Tsoi et Mike Naumenko, avaient tous deux inscrit une chanson intitulée Leto (l’été) à leur répertoire.

        Lire le portrait :
         

          L’hiver forcé du réalisateur russe Kirill Serebrennikov



Il faut espérer que dans quarante ans, un cinéaste (s’il en reste) cherchera et trouvera dans la Russie de Vladimir Poutine des héros du calibre de Viktor Tsoi et Mike Naumenko, capables de tenir en respect un régime peu soucieux de liberté créative, voire de contribuer à sa chute. Pour l’instant, Kirill Serebrennikov reste assigné à résidence à Moscou. A Cannes, l’équipe de Leto, producteurs, acteurs, a monté les marches menant au Grand Théâtre Lumière en arborant des badges à l’effigie du metteur en scène et en brandissant une pancarte à son nom, en caractères latins, symboles qui ont été ovationnés.

   


Une vie quotidienne aux horizons bouchés
Les deux premières séquences du film définissent les deux pôles entre lesquels va circuler l’inépuisable énergie des personnages. On voit d’abord, au fond d’une cour un peu sordide, des filles improviser une échelle pour entrer dans un lieu d’où sort un grondement électrique. C’est le club rock de Leningrad, concession du régime aux frustrations de la jeunesse. Sur scène, Mike Naumenko (Roman Bilyk/Roma Zver) et Zoopark chantent (sans tout à fait hurler) une vie quotidienne aux horizons bouchés. Dans la salle, les jeunes gens enthousiastes sont surveillés avec attention par le personnel du club qui les empêche de se lever ou même de se trémousser sur leur chaise.
Vient ensuite une excursion sur une plage voisine, fête du solstice aux libations sans fin, à laquelle se joignent deux nouveaux venus, dont Viktor Tsoi (Teo Yoo), ange ténébreux. Son talent éclate aux yeux de tous (et d’abord à ceux de l’épouse de Mike Naumenko, Natasha, que joue Irina Starshenbaum) dès qu’il prend sa guitare et se met à chanter. Si l’on s’en tient aux clichés du show-business, ou même aux comportements prédominants dans l’espèce humaine, la suite est réglée comme du papier à musique : la meute des rockers se placera sous la domination d’un nouveau mâle alpha, qui héritera de la gloire et de la compagne de son prédécesseur.
Une histoire d’amour d’une pureté rare
Peut-être grâce à l’intégrité dont firent preuve ses modèles, il y a quarante ans, sûrement grâce à son désir de bonheur, Kirill Serebrennikov raconte une tout autre histoire. L’aîné fera tout pour aider son cadet à se hisser au sommet, les amoureux (car dans cette histoire, comme dans Jules et Jim, un amour infini – mais fragile – circule entre les deux garçons et la jeune femme) tenteront d’être heureux en se préservant les uns les autres des blessures qu’ils s’infligent, du mieux qu’ils le peuvent.
Les hauts et les bas de cette histoire d’amour d’une pureté rare ont pour contrepoint les affres de la création sous un régime qui ne tient guère à la laisser s’épanouir. Mike est un peu pusillanime (quand il parle de son pays comme d’un « marécage », un de ses amis lui fait remarquer qu’il aime à en être le premier crapaud) alors que Viktor Tsoi est à la fois incorruptible (il refusera toute sa vie d’enregistrer pour le label d’Etat Melodiya) et ambitieux, il entamera une carrière internationale.
Leurs tribulations sont scandées d’intermèdes musicaux, adaptations très russes de succès de la New Wave et de ses ancêtres
Chacun à leur manière, ils envisagent le succès avec méfiance. Teo Yoo retrouve l’arrogante innocence, la séduction irréfutable de Viktor Tsoi pendant que Roman Bilyk (Roma Zver) et Irina Starshenbaum composent des personnages complexes, téméraires et empêchés. Leurs tribulations sont scandées d’intermèdes musicaux, adaptations très russes de succès de la New Wave et de ses ancêtres (de Mott The Hoople à Blondie, en gros). L noir et blanc lyrique de Leto (l’image est de Vladislav Opelyants) s’agrémente alors d’enluminures punk, de calembours visuels réjouissants.
Pendant ces moments, particulièrement en mettant en scène une bagarre imaginaire entre rockers et défenseurs des vraies valeurs soviétiques, Kirill Serebrennikov rappelle le poids de la chape qui pesait sur ces jeunes gens, les dangers qu’ils encouraient. Mais c’est pour mieux, l’instant d’après, revenir au bonheur d’aimer, de créer, de se croire immortels. Viktor Tsoi est mort en 1990 d’un accident de voiture, Mike Naumenko a succombé à une crise cardiaque l’année suivante.

Film russe et français de Kirill Serebrennikov. Avec Roman Bilyk (Roma Zver), Teo Yoo, Irina Starshenbaum (2 h 06). Sortie en salle prévue le 5 décembre. Sur le Web : www.bacfilms.com/distribution/fr/films/leto



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ En ouverture de la Semaine de la critique, le film de Paul Dano relate l’émancipation d’une femme (Carey Mulligan) dans l’Amérique du début des années 1960.
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Cannes 2018 : « Wildlife », le tableau d’une Amérique pas si « wild »

En ouverture de la Semaine de la critique, le film de Paul Dano relate l’émancipation d’une femme (Carey Mulligan) dans l’Amérique du début des années 1960.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 05h40
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 09h39
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Semaine de la critique – film d’ouverture
Wildlife, le film d’ouverture de la Semaine de la critique, de l’acteur américain Paul Dano, est d’abord une chronique du couple qui vacille, thématique « forte » de l’édition cannoise 2018. Ce premier long-métrage est ensuite une histoire étonnante, celle de l’émancipation d’une femme dans l’Amérique du tout début des années 1960 : Jeannette, interprétée par Carey Mulligan, se met à travailler alors que son mari joueur de golf (Jake Gyllenhaal) a perdu son travail et ne s’en remet pas. Dès lors, plus rien ne sera comme avant. 
« Je sens que je dois me réveiller », confie la mère à Joe, son fils unique de 14 ans – Ed Oxenbould, révélé dans The Visit (2015), du réalisateur d’origine indienne M. Night Shyamalan. Devant un adolescent sensible qui absorbe tout comme une éponge, les parents déballent leurs déboires. Le drame conjugal est vécu par le trio, installant une tension psychologique un peu malsaine. Joe pourrait mal tourner. C’est le contraire qui se produit. Quand le père s’en va et que la mère, traversée par ses propres turbulences amoureuses, n’est plus le point d’ancrage qu’elle était, c’est lui qui devient l’homme de la maison.
Petits bouts de rêve américain
Wildlife est le tableau d’une Amérique mélancolique, qui endure sa peine, rêve d’élévation sociale et attend son tour. Le scénario a été coécrit par Paul Dano et Zoe Kazan – actrice, dramaturge, productrice, elle est aussi la compagne de Paul Dano et la petite-fille d’Elia Kazan – à partir du roman de Richard Ford, Une saison ardente (L’Olivier, 1991). Les images de « dîners », de maisons en bois, d’échoppes désertes se succèdent comme autant de clins d’œil à Edward Hopper (1882-1967), peintre du réalisme américain et des classes moyennes. Est-ce cette référence, très présente, qui finit par figer un peu le film ? Le cadre est soigné, l’image propre, surtout lorsqu’il s’agit de mettre en scène les parents, d’anciens beaux gosses qui espèrent toujours atteindre leur rêve.
Joe, le fils au physique plutôt ingrat, qui assume ne pas aimer le foot et voit tout se déliter autour de lui, a compris qu’il n’y a plus de voie tracée. Il y a donc matière à flotter. C’est avec lui que le film trouve ses moments de poésie, lorsque le gamin s’échappe après les cours avec sa copine, et se construit jour après jour sans véritable modèle parental. Détail jubilatoire de l’histoire, pour gagner un peu d’argent, Joe est employé dans un studio de photo où il immortalise des petits bouts de rêve américain : un mariage, une famille endimanchée, etc. L’illusion se fige sur les clichés. Ce qui compte, c’est le moment, lui explique son vieux patron. Alors, quand le film touche à sa fin et paraît s’enfoncer dans un mauvais mélo, c’est Joe qui démêle le scénario en tirant un portrait, comme on tire les ficelles.

Film américain de Paul Dano. Avec Carey Mulligan, Ed Oxenbould et Jake Gyllenhaal (1 h 44). Sortie en salle le 19 décembre. Sur le Web : www.semainedelacritique.com/fr/edition/2018/film/wildlife



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Christophe Honoré filme un touchant mélodrame mettant en scène l’amour entre un trentenaire atteint du sida et un jeune étudiant dans les années 1990. Une réussite.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/05/2018
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Cannes 2018 : « Plaire, aimer et courir vite », la sonate du désir et de la mort

Christophe Honoré filme un touchant mélodrame mettant en scène l’amour entre un trentenaire atteint du sida et un jeune étudiant dans les années 1990. Une réussite.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 05h35
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 11h11
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Sélection officielle – en compétition
Voici un an, 120 battements par minute, de Robin Campillo, faisant sensation à Cannes, avant de se mettre en ordre de marche pour une très belle carrière et une pluie de récompenses aux Césars. Film-jalon dans l’histoire de la représentation du sida, embrassant tout à la fois la dimension intime et collective, sentimentale et sociétale, son envergure pouvait a priori décourager les tentatives de s’aventurer aussi vite à sa suite.
C’est ce qu’a pourtant fait Christophe Honoré qui a l’élégance de remporter haut la main son pari avec ce nouveau film, Plaire, aimer et courir vite, qui se dévoile dans la compétition cannoise en même temps qu’il sort en salles. Foulant de prime abord le même territoire – des hommes qui s’aiment à l’ombre encore fatale du sida dans le Paris des années 1990 –, il se cantonne, quant à lui, à la sphère intimiste, dans une mise en scène délicate, enlevée et élégiaque qui en fait un beau et touchant mélodrame.
Renouant avec la veine urbaine et impressionniste de Dans Paris (2006) et des Chansons d’amour (2007), l’histoire réunit Jacques (Pierre Deladonchamps), un écrivain trentenaire et parisien atteint du sida, père d’un garçonnet, et Arthur (Vincent Lacoste), jeune étudiant rennais étourdi d’aventures charnelles, qui rêve de larguer les amarres et de monter dans la capitale.

        Lire le portrait :
         

          Pierre Deladonchamps, plus si inconnu



Le premier, de plus en plus emporté par la maladie qui progresse, se partage entre deux sentiments contradictoires, cueillir l’amour qui s’offre comme un nouveau printemps et le maintenir à distance dans la conscience plus claire d’un désengagement nécessaire à l’égard de la vie et de ses semblables. Le second, tout au feu, à l’insouciance et à la maladresse de sa jeunesse, veut au contraire brûler les étapes et jouir d’une existence dont on ne voit pas pourquoi elle devrait servir à autre chose que cela.

        Lire les portraits dans « M » :
         

          Les beaux rôles et la joyeuse clique de Vincent Lacoste



Les deux faces de l’héroïsme romantique
L’idée de leur rencontre, qui réunit un départ et un adieu dans l’ordre de l’expérience sensible, déjà séduisante sur le papier, s’enrichit de la grâce et aussi bien de l’embarras que les acteurs apportent à leur incarnation. Deladonchamps, repiqué par un désir qu’il craint de satisfaire, tout en retenue, comme nimbé de brume, apprêté silencieusement au grand départ. Lacoste, joueur et fringant, mais engoncé dans son inexpérience, hésitant à poser ses attitudes.

   


Tels les deux faces de l’héroïsme romantique, les voici, ces personnages, l’un à la recherche entêtée de l’absolu dans une société qui s’offre à lui, l’autre dans la sourde mélancolie d’un monde qui décline. L’un cinéaste en devenir, l’autre déjà écrivain, comme une synthèse projetée de l’artiste Honoré.
Autour de ce couple désuni aussitôt que formé, autour de cet amour si beau d’être impossible, Honoré dispose avec inspiration l’atmosphère de ce passé proche, le plus compliqué à convoquer, que sont les années 1990. S’il est douteux qu’on puisse en convaincre un jeune homme ou une jeune fille qui aurait 20 ans aujourd’hui, cette « proximité » ramènera par ailleurs sans doute beaucoup de spectateurs à leur jeunesse, en un temps et à une époque où l’auteur de ce film avait lui-même 20 ans.
Longs-métrages, livres, affiches bercent le film de leurs apparitions qui sont autant pour nous de réminiscences, et plus encore ces musiques qui sont, gageons-le, à l’auteur ce que la célèbre madeleine est au narrateur de la Recherche du temps perdu, ou mieux encore la sonate de Vinteuil, cristallisation ineffable d’un amour destiné à mourir, à Charles Swann.
Trip-hop, cold wave et house music
Ici, la sonate prend des airs, notamment, de Massive Attack (One Love), de The Sundays (Can’t Be Sure), de Cocteau Twins (I Wear Your Ring), de Prefab Sprout (Cars and Girls), de Siglo XX (Dreams of Pleasure), de Jérôme Pijon (Cache-cache Party), de M/A/R/R/S (Pump Up the Volume), soit un ensemble à dominante indie-rock britannique des années 1990, rehaussé dans la profondeur historique par du Anne Sylvestre (Les gens qui doutent), du Astrud Gilberto (The Shadow of Your Smile) et du Georg Friedrich Haendel (Ariodante scherza infida).
Cette carte musicale, à défaut d’être lue par un véritable spécialiste, trahit selon toute apparence un choix esthétiquement pointu et de bon goût, qui se laisse porter, entre trip-hop, cold wave et house music, sur les ondes de la mélancolie, fût-elle dansante.
Autour de cette constellation, l’image vire au bleuté, les plans sont sous-exposés, la ligne sonore infra, les mots avalés et cinglants, l’humeur à la litote et à l’humour bravache. Vitesse, séduction, finesse de touche, dernières goulées d’air avant le noir.

   


Le titre du film, bien enlevé, ne ment pas. Une pléiade de personnages secondaires, astéroïdes frôlant le couple, tiennent leur trajectoire et leur rang, à commencer – sans surprise – par Denis Podalydès en vieil amant devenu meilleur ami, vigie drôle et bienveillante sur la pente fatale où Jacques, ravivé par une nouvelle passion, s’efforce de ne pas sombrer. Jusqu’à ce que, rapporté à l’économie flambante du désir et à la mort qui l’accompagne comme son ombre, le renoncement apparaisse, peut-être, comme le plus grand geste d’amour.

Film français de Christophe Honoré. Avec Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès (2 h 12). Sortie en salle le 10 mai. Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/plaire-aimer-et-courir-vite



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ En compétition, le premier film de l’Egyptien A.B. Shawky pèche par la faiblesse de sa mise en scène.
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Cannes 2018 : « Yomeddine », le long voyage du lépreux et de l’orphelin

En compétition, le premier film de l’Egyptien A.B. Shawky pèche par la faiblesse de sa mise en scène.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 05h30
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 10h10
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Sélection officielle – en compétition
C’est évidemment avec beaucoup de curiosité qu’on accueille un film d’auteur égyptien en compétition à Cannes. La denrée, tout amateur le sait, se fait rare. Youssef Chahine, maître de belle mémoire, est mort et enterré. Yousry Nasrallah nous enchante mais se signale de loin en loin (Le Ruisseau, le pré vert et le doux visage, 2016). Tamer El-Saïd, cinéaste-poète récemment découvert avec Les Derniers Jours d’une ville (2017), a mis dix ans à faire son film. Mohamed Diab (Clash, 2016) est plus fréquent, mais sa manière est mondialisée. Quant à Tarik Saleh (Le Caire Confidentiel, 2017), belle révélation dans un film de genre, il est au moins aussi suédois qu’égyptien.
L’un dans l’autre, cela ne fait pas le compte. Voici donc venir A.B. Shawky, 32 ans, auteur avec ce premier long-métrage de fiction d’un film qui réunit, l’espace d’un voyage, un lépreux en quête de ses origines et un jeune orphelin originaire de Nubie. Propos peu ordinaire, qui tente l’exploit d’être tout à la fois un « road », un « buddy » et un « feel good movie » – pour le dire en bon français dans le texte –, tout en regardant du côté de ce chef-d’œuvre immarcescible qu’est Freaks (La Monstrueuse Parade, 1932), de Tod Browning.

   


De péripétie en péripétie
Beshay – qui fut abandonné enfant à la léproserie et qui se trouve bien des années plus tard guéri de la maladie – part pour retrouver ses parents dans son village natal dans le sud du pays, en butte à l’hostilité et au rejet que son visage ravagé par les stigmates et son corps contrefait suscitent sur son passage. Obama, orphelin qui lui est attaché par communauté de destin, lui impose son compagnonnage et se joint à l’étique attelage que forment Beshay, sa carriole et son âne. Il va sans dire que le tandem ira de péripétie en péripétie avant d’atteindre son but. Deux acteurs non professionnels l’interprètent, dont Rady Gamal, rencontré par le réalisateur lors du tournage d’un documentaire réalisé en 2008 dans la léproserie d’Abu Zabaal près du Caire.
On mesure, à cette description, les risques non négligeables pris, dans à peu près tous les secteurs, par le jeune réalisateur de ce film. On ne peut d’ailleurs qu’être sensible à cette mise en danger, ainsi qu’au désir de se mettre du côté des parias dans l’Egypte d’aujourd’hui. Il n’en reste pas moins, quoi qu’il en coûte de le dire aussi abruptement, que la faiblesse de la mise en scène ruine à peu près complètement ces nobles efforts. Illustratif et sentimental, prévisible et maladroit, le film pense davantage à appliquer un programme qu’à donner forme à des idées. Une cruelle déception.

Film égyptien de A.B. Shawky. Avec Rady Gamal et Ahmed Abdelhafiz (1 h 37). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/yomeddine



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le tribunal de grande instance de Paris, saisi en référé par le producteur Paulo Branco, autorise la projection du film, samedi 19 mai.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/05/2018
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Cannes 2018 : « L’Homme qui tua Don Quichotte » pourra faire la clôture du Festival

Le tribunal de grande instance de Paris, saisi en référé par le producteur Paulo Branco, autorise la projection du film, samedi 19 mai.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 17h32
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 08h20
    |

            Guillaume Fraissard








                        



   


Le Festival de Cannes a gagné son bras de fer contre Paulo Branco. Le film du réalisateur britannique Terry Gilliam, L’Homme qui tua Don Quichotte, pourra bien être projeté en clôture de la manifestation cannoise, hors compétition, samedi 19 mai.
Le tribunal de grande instance (TGI) de Paris examinait, depuis lundi 7 mai, une requête en référé de la part du producteur portugais et de sa société Alfama Films qui considérent que leurs « droits exclusifs » sur ce film ne sont pas respectés. Le TGI a finalement décidé, mercredi 9 mai, d’autoriser le Festival à montrer au public le film que l’ex-Monthy Python aura mis près de trente ans à réaliser.

        Lire le reportage :
         

          Sur le tournage de « L’Homme qui tua Don Quichotte »



Le 24 avril, l’avocat Juan Branco, fils de Paulo Branco, avait dénoncé « un passage en force » de la part de Thierry Frémaux et de Pierre Lescure, le délégué général et le président du Festival, qui se sont clairement engagés en faveur du film.
Les festivaliers qui visionneront le film, samedi 19 mai, verront la mention suivante avant le générique : « La projection du film The Man Who Killed Don Quixote lors de cette séance de clôture du Festival international du film ne préjuge en rien des droits revendiqués [par Alfama], qui font l’objet de procédures judiciaires en cours ».

        Lire le portrait :
         

          Paulo Branco, l’homme qui voulait faire revivre Don Quichotte




   


« L’ego de Monsieur Gilliam et de Monsieur Frémaux »
Lors d’une conférence de presse, qui s’est tenue sur le stand de sa société au sous-sol du Palais des festivals, Paulo Branco a fait savoir qu’il ne ferait pas appel de la décision mais se réserve le droit d’attaquer le Festival de Cannes pour les préjudices que pourraient coûter cette projection à Alfama Films.
Il a ajouté que cette décision ne règle en rien « le fond » du litige entre Alfama Films, Terry Gilliam, ses producteurs (RPC, Kinology, Entre Chien et Loup et Tornasol) et son diffuseur (Océan Films). Paulo Branco estime que la décision du jour ne concerne que « l’ego de Monsieur Gilliam et de Monsieur Frémaux ».

Saisie sur le fond, la justice française rendra un jugement en appel le 15 juin. En première instance, en mai 2017, le TGI s’est prononcé en faveur de M. Branco sur le fait que la rupture du contrat entre Terry Gilliam et son producteur n’était pas justifiée.
Cette rupture était survenue en août 2016 à l’initiative du réalisateur qui estimait que les conditions imposées par M. Branco ne lui permettaient pas de monter le film qu’il portait depuis si longtemps. Et c’est là que se niche le nœud de cet incroyable imbroglio juridique, comme l’avait révélé Le Monde le 3 avril.

        Lire l’enquête :
         

          Pour « Don Quichotte », le projet fou de Terry Gilliam, la malédiction continue



Contrat toujours valide
Pour la défense de Paulo Branco, le contrat entre les deux parties est donc toujours valide, et les droits qui y sont associés, également. « J’ai engagé plus de 700 000 euros pour que ce film existe, je veux que ma place de producteur soit reconnue », estime Paulo Branco.
Les producteurs et le distributeur du film estiment, au contraire, que M. Branco « n’est pas et ne sera jamais le producteur [du] film ».

        Lire le compte-rendu :
         

          « Don Quichotte » verra-t-il la Croisette ?



Reste la question de la sortie en salle de L’Homme qui tua Don Quichotte, prévue également le 19 mai. Le Centre national du cinéma et de l’image animée, qui doit délivrer un visa d’exploitation pour le film, attendait la décision de la justice.
Si pour Paulo Branco, « le film ne sortira pas, car la chaîne des droits n’est pas respectée », la projection cannoise est une étape importante pour la carrière commerciale de l’œuvre.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ La ressortie en salle de « Perfect Blue » et une rétrospective au Brady sont l’occasion de découvrir le riche univers du Japonais.
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La vie rêvée du cinéaste Satoshi Kon

La ressortie en salle de « Perfect Blue » et une rétrospective au Brady sont l’occasion de découvrir le riche univers du Japonais.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 15h13
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 16h27
    |

                            Sacha Rosset








                        



   


Le cinéaste japonais Satoshi Kon est mort en 2010, à l’âge de 46 ans, d’un cancer du pancréas. Génie de l’animation, il reste peu connu en France. La ressortie en salle le 9 mai de son premier film Perfect Blue  (1997) et une rétrospective de l’ensemble de sa filmographie à Paris au cinéma Le Brady, du 10 mai au 4 juin, sont l’occasion de découvrir ou redécouvrir l’univers de ce réalisateur visionnaire, dont le dernier film, Dreaming Machine, est resté inachevé. Juste avant de mourir, le cinéaste avait demandé à son équipe de terminer cette œuvre qu’il décrivait comme « un road movie pour robots ». Il avait tenté d’ouvrir son monde aux plus jeunes davantage séduits par les créations du Studio Ghibli, tels que Hayao Miyazaki ou Isao Takahata. Mais Masao Maruyama, producteur du film et cofondateur du studio Madhouse, en difficultés financières, n’a pas encore pu répondre au souhait de Satoshi Kon.

L’œuvre du cinéaste se distingue par sa manière d’évoquer des sujets d’adultes en mêlant rêve et réalité, comme le souligne la rétrospective parisienne qui a choisi cet intitulé. Le style à la fois sombre , réflexif et métaphysique de Satoshi Kon n’est pas sans rappeler d’autres grands noms de l’animation nippone : Katsuhiro Ôtomo (Akira) et Mamoru Oshii (Ghost in the Shell), avec lesquels il a travaillé avant de réaliser Perfect Blue, sortie en France en 1999.

        Lire l’enquête :
         

          « Ghost in the Shell », « Death Note », « Gunnm »… Pourquoi Hollywood s’intéresse tant au manga



Adapté très librement d’un roman policier, le film prend pour cadre la J-pop, la culture des idols – ces stars japonaises provoquant souvent l’hystérie générale – et le harcèlement qui découle de la célébrité. Au centre de ce récit, il y a Mima, une idol, en proie à un admirateur décidé à dévoiler sa vie intime. Satoshi Kon puise alors aussi bien dans le giallo – genre cinématographique à la frontière du policier, de l’horreur et du film érotique – que dans les thèmes chers à Brian De Palma (Pulsions,  Body Double). Son film s’apparente à une expédition mentale, un jeu de piste à l’intérieur du crâne de Mima.
Univers cérébral et perturbant
Le travail sur univers cérébral et perturbant l’inconscient obsède le réalisateur et ses films en témoignent. Millenium Actress, réalisé en 2001, présenté à l’occasion de la rétrospective, met en scène une célèbre actrice japonaise dont les rôles illustrent les grands épisodes de l’histoire nipponne. Tokyo Godfathers, sorti en 2003, raconte les aventures d’un enfant abandonné recueilli par un trio de mendiants à Tokyo qui mènent l’enquête et se confrontent à leurs fantômes du passé pour retrouver la mère du bébé dans un Japon sans repères – Satoshi Kon, amateur de cinéma américain, s’est souvenu du Fils du désert, de John Ford. Pour Paprika, sorti en en 2006, le cinéaste a adapté un de ses écrivains favoris, Yasutaka Tsutsui. Les personnages enquêtent cette fois-ci dans un autre domaine mental, les rêves, qui inspirera aussi Christopher Nolan pour son film Inception.

La rétrospective est également l’occasion de découvrir une série d’animation, genre dans lequel s’était lancé le cinéaste en 2004 : Paranoia Agent, découpé en treize épisodes de vingt-six minutes, qui reprend les thématiques de Perfect Blue. On y suit l’enquête menée par des inspecteurs à la suite de l’agression d’une conceptrice de peluche kawaï par un mystérieux gamin armé d’une batte de base-ball. Mais ce gamin existe-t-il vraiment où n’est-il que la construction mentale née d’une paranoïa générale ? L’ensemble des épisodes est proposé lors d’une « Journée Marathon », samedi 26 mai, de 14 heures à 20 heures. Une plongée de six heures dans l’univers cérébral et perturbant de Satoshi Kon.
Ressortie nationale (version restaurée) de Perfect Blue, le 9 mai. Rétrospective des films de Satoshi Kon au Brady, 39, boulevard de Strasbourg, Paris 10e. Paprika, du 10 au 15 mai ; Tokyo Godfathers, du 11 au 13 mai ; Perfect Blue, du 16 au 22 mai ; Millenium Actress, le 4 juin ; marathon des treize épisodes de sa série Paranoia Agent, le 26 mai. www.lebrady.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Le 71e Festival de Cannes entre dans son premier jour de compétition avec en lice : « Leto », de Kirill Serebrennikov, et « Yomeddine », d’Abu Bakr Shawky.
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La gazette de la Croisette : un cinéaste assigné, un documentaire fleuve et un film interdit

Le 71e Festival de Cannes entre dans son premier jour de compétition avec en lice : « Leto », de Kirill Serebrennikov, et « Yomeddine », d’Abu Bakr Shawky.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 13h21
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 11h21
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
Après la cérémonie d’ouverture présidée par Edouard Baer, mardi 8 mai au soir, au cours de laquelle l’actrice australienne Cate Blanchett, présidente du jury, et le cinéaste américain Martin Scorsese ont déclaré officiellement ouverte la 71e édition du Festival de Cannes, la compétition entre dans le vif du sujet mercredi 9 mai. Avec deux longs-métrages en lice pour la Palme d’or : Leto, du Russe Kirill Serebrennikov, et Yomeddine, premier film de l’Egyptien Abu Bakr Shawky, dit A.B. Shawky.
Arrêté à Saint-Pétersbourg en août 2017 et accusé de détournement de fonds publics, le metteur en scène et cinéaste russe, Kirill Serebrennikov, est depuis assigné à résidence à Moscou. Il ne sera donc pas sur la Croisette pour assister à la projection de son film Leto consacré au chanteur rock Viktor Tsoi, figure underground des temps soviétiques crépusculaires. Notre correspondante à Moscou, Isabelle Mandraud, dresse le portrait de ce « maître » de la scène russe, contraint, selon ses amis, à jouer dans une mauvaise pièce.

DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
Parallèlement à ce début de la compétition officielle, commencent aussi les séances spéciales (hors compétition), avec la projection d’un documentaire fleuve (plus de 8 heures), Les Ames mortes, du cinéaste chinois Wang Bing, qui a filmé les témoignages des rescapés des camps communistes. Notre critique Jacques Mandelbaum revient sur le tournage de ce « film de feu et de dévotion, geste de courage et de défi, inscription inédite par son ampleur de la tragédie du peuple chinois sous le joug communiste ».

        Lire le portrait :
         

          Wang Bing, dans les failles de l’histoire chinoise




La section Un certain regard (qui faite partie de la Sélection officielle du Festival de Cannes) ouvre ses portes avec comme film d’ouverture Donbass, de l’Ukrainien Sergei Loznitsa. Est aussi projeté le film kényan de Wanuri Kahiu, Rafiki, sélectionné à Cannes mais interdit dans son pays car il parle d’une histoire d’amour entre deux femmes.

        Lire l’entretien avec la réalisatrice Wanuri Kahiu :
         

          « Avec “Rafiki”, j’ai voulu raconter une belle histoire d’amour africaine »




C’est également le premier jour pour les deux autres sections parallèles du Festival de Cannes, la Quinzaine des réalisateurs et la Semaine de la critique. Pour notre critique Mathieu Macheret, le film d’ouverture de la Quinzaine, Les Oiseaux de passage, réalisé par les Colombiens Ciro Guerra et Cristina Gallego, donne le ton d’une sélection très sud-américaine. Ils y retracent, à la manière de Scarface, la naissance et le développement d’un empire de narcotrafiquants.

ON ATTEND AUJOURD’HUI :
A 14 h 30, le cinéaste britannique Terry Gilliam saura si son film L’Homme qui tua Don Quichotte aura enfin droit – près de trente ans après la naissance du projet et vingt ans après le tournage dantesque d’une première version jamais finie – à sa montée des marches, samedi 19 mai, en clôture du Festival de Cannes, hors compétition. Le tribunal de grande instance de Paris doit rendre sa décision après avoir été saisi en référé par le producteur portugais Paulo Branco, qui estime que ses droits sur le film ne sont pas respectés. Il demande l’interdiction de cette projection cannoise. Paulo Branco donnera une conférence de presse à 15 heures pour commenter la décision.


        Lire la gazette de la Croisette (8 mai) :
         

          Un jury, une cérémonie et un film d’ouverture






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ #RaideCarpette. Le Festival de Cannes est ouvert. Devant le palais, les festivaliers habitués à ne pas être invités aux projections, vont, sans se démonter, jusqu’à l’extrême bout de leur rêve.
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Cannes 2018 : « C’est peut-être pas mon monde à moi, mais moi dans ce monde-là je me sens chez moi »

#RaideCarpette. Le Festival de Cannes est ouvert. Devant le palais, les festivaliers habitués à ne pas être invités aux projections, vont, sans se démonter, jusqu’à l’extrême bout de leur rêve.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 13h09
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 17h36
    |

                            Charlotte Herzog








                        





#RaideCarpette. 
« C’est dégueulasse qu’ils ne me laissent pas rentrer. » Qu’est-ce que c’est « dégueulasse » ? A Cannes, c’est loin du tapis rouge que l’on trouve la réponse, dans les bars de la Croisette où viennent se faire mousser ceux qui ne sont pas invités aux soirées. Mythos, refoulés, malchanceux, wannabe… c’est à eux que cette chronique veut donner la parole. Paillettes et glamour au placard, #RaideCarpette vous raconte le festival vu de l’autre côté des barrières ou du bar, là où « y a vachement moyen de faire du cinéma ensemble ». 

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Pas d’invitation, pas de projection. Au Festival de Cannes, c’est la règle. Alors, à l’entrée du palais, ils et elles sont là. Des dizaines. Massés devant les barrières. En manque. Autour du cou, au bout de leurs bras tendus vers le ciel, ou serrées avec pudeur contre leur buste, des petites affichettes : « Une invitation pour Everybody Knows SVP » ; « J’ai besoin d’un billet comme l’air ».
En ce mardi 8 mai, Annie, Elena et Catherine espèrent récupérer des invitations pour la projection du film d’Asghar Farhadi à 19 heures. Elles ne se connaissent pas, mais à chaque édition de Cannes, elles sont copines. « D’années en années, on se retrouve entre ceux qui font la manche. On se le dit comme ça, entre nous, qu’on fait le trottoir à Cannes. »
Elena, qui a « son homme de l’autre côté qui tente la même chose », est d’origine russe, et son talent à elle, c’est d’être « figurante disponible ». Dans son sac, une petite pochette à l’intérieur de laquelle se trouvent quelques CV manuscrits et des photos d’elle sur le tapis rouge, « il y a quelques années de ça ».
Catherine elle, a de petites ballerines, un pantalon noir, un certain âge et la peau fatiguée. « Il faut se décontracter, sinon, ça fait des crampes d’estomac. Si j’ai pas d’invitation, c’est pas une souffrance. C’est un jeu. On voit des gens, des robes, des décolletés, des stars. »
« Avec votre tenue, vous n’irez nulle part »
Un homme affublé d’un pantalon beige aux multiples poches, polo rouge et tennis aux pieds, s’approche et l’interrompt en lui tapant sur l’épaule :
« Vous vendez des invitations ?
– Non, on vend rien, mais vous avec votre tenue, vous n’irez nulle part, laissez tomber. »
Elle lève les sourcils et soupire, avant de reprendre son souffle : « Ils devraient me garder avec eux ici ceux qui organisent, je pourrais les aider, je connais tous les trucs. Bref, moi, on me prend pas en photo, mais de toute façon, j’aime pas qu’on me prenne sans que je le décide. Sauf l’année dernière, sur le tapis, Gala m’a prise en photo à côté d’une top modèle, Amber… euh, je sais plus, enfin, c’était chouette. Et vous, tiens, mettez-vous à côté de moi, on va faire une petite photo. Vous ressemblez à la jury là, comment elle s’appelle déjà, mince… »
« Cate Blanchett ?
– Oui voilà, je vais faire une photo avec vous, et je dirai que j’étais avec Cate Blanchett. Oh qu’est-ce qu’on s’amuse ! Regardez ma photo de l’année dernière avec Amber machin, si, là, en arrière-plan, c’est moi ! Ah, bah tiens, la fille avec le décolleté vert de tout à l’heure, elle est plus là. Elle a dû choper son invit. Ah ça, le décolleté, ça marche. Moi, je vais vous dire, je préfère me faire refouler plutôt que d’avoir l’air olé olé, hein. Cette année, j’aimerais bien voir Mad Max. Euh non, l’Odyssée de l’espace. Mais j’irai peut-être le voir en salle. C’est juste que je me suis habituée à l’écran de Cannes. Y a des gens que je veux à tout prix rencontrer, juste deux minutes. Mais je suis pas une obsédée des stars, hein, je reste à ma place. Enfin à la place qu’on veut bien me donner. »
« Ça fait trente ans que je viens »
Annie n’est plus au milieu du passage, elle observe le délire à distance. Elle tient serré contre elle son tout petit papier. « Auriez-vous une invitation supplémentaire, s’il vous plaît ? Merci. » Elle porte une robe longue, son rouge à lèvres est impeccable, comme son brushing. Sa veste longue, assortie à l’orangé de sa robe, tombe à la juste hauteur pour découvrir ses escarpins, qui rappellent la couleur de sa bouche maquillée.
« J’ai honte de faire ça. Vous vous rendez compte ? Je suis une exploitante du cinéma, une indépendante. J’ai mon badge, mais pas d’invitation. Ça me gêne de quémander, alors que je peux voir des films comme je veux. Vous avez vu, je me suis faite belle. Vous voulez voir mes photos de l’année dernière ? J’avais une jolie robe bleue, regardez. Ça fait trente ans que je viens, ça m’est bien égal de réussir ce soir ou pas. Je reviendrais peut-être demain. Ah non, demain j’ai une soirée avec ma fille, c’est organisé par un journal de cinéma, mais je peux pas vous dire le nom, c’est privé. »
Avant de se mettre un peu à l’ombre et de me laisser filer, Catherine me fait un vrai sourire et tente de justifier sa petite pause sur le côté, à dix minutes du lancement du film qu’elle ne verra certainement pas : « C’est que je suis là depuis le début de l’après-midi, j’ai un peu mal aux jambes. Vous savez Cate, c’est peut-être pas mon monde à moi, mais moi, dans ce monde-là, je me sens chez moi, voilà. »



                            


                        

                        


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Ces réalisateurs punis pour avoir été sélectionnés à Cannes


                      Comme l’Iranien Jafar Panahi ou le Russe Kirill Serebrennikov, des cinéastes dont le film est en compétition au prestigieux Festival, sont victimes d’interdiction de quitter leur pays ou subissent des représailles à leur retour.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 11h46
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 12h58
    |

                            Laurent Telo







Depuis 1978, plusieurs cinéastes étrangers n’ont pas pu présenter leurs films à Cannes.
2018, Jafar Panahi et Kirill Serebrennikov empêchés

   


Malgré les demandes officielles du Festival auprès des autorités de leurs pays respectifs, Jafar Panahi, l’Iranien dissident de Three Faces, et le Russe Kirill Serebrennikov, de Leto – accusé de détournement de subventions publiques –, n’ont pas eu l’autorisation de se rendre à Cannes, où leurs films sont en compétition.

        Lire aussi :
         

                Kirill Serebrennikov : « Je n’ai commis aucun crime »



2017, Mohammad Rasoulof surveillé

   


L’an dernier, le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof obtient le prix Un certain regard pour son film Un homme intègre. Cinq mois plus tard, il se fait retirer son passeport à l’aéroport de Téhéran et est mis sous surveillance policière. Le pouvoir iranien ne lui pardonne pas ses films très critiques.

        Lire aussi :
         

                Le cinéma iranien en liberté conditionnelle



2006, Lou Ye sanctionné

   


Le cinéaste chinois Lou Ye a décidé de présenter son film, Summer Palace, au Festival sans l’approbation des autorités de son pays. La sanction est implacable : il est interdit de tournage pendant cinq ans par la censure. Son film traitait des événements de la place Tiananmen occupée par les étudiants au printemps 1989 et de la répression sanglante qui s’est ensuivie.
1982, Yilmaz Güney exilé

   


C’est en prison que le cinéaste turc d’origine kurde dissident tourne une grande partie de Yol, la permission. Güney parvient à s’évader pour se réfugier en France où il termine le montage de son film, qui remporte la Palme d’or, ex aequo avec Missing, de Costa-Gavras. Il meurt d’un cancer deux ans plus tard sans avoir pu retourner en Turquie.
1978, Andrzej Wajda bâillonné

   


Gilles Jacob, alors délégué général du Festival, se rend à Varsovie pour visionner L’Homme de marbre, du réalisateur polonais, déjà distingué par un Prix spécial du jury à Cannes en 1957. Refus des autorités. Qu’à cela ne tienne, Jacob parvient à récupérer les bobines et les fait sortir en catimini de Pologne pour déjouer la censure. Le film sera présenté à Cannes sans son réalisateur.
Lire aussi : Andrzej Wajda, mort d’une conscience



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Première réalisatrice afro-américaine à être nommée pour un Golden Globe avec « Selma » en 2014, l’Américaine fait partie du jury du 71e Festival de Cannes.
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Ava DuVernay, cinéaste et infatigable militante de la cause noire


                      Première réalisatrice afro-américaine à être nommée pour un Golden Globe avec « Selma » en 2014, l’Américaine fait partie du jury du 71e Festival de Cannes.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 11h32
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 13h02
    |

                            Clément Ghys







Jurée engagée
Au sein du jury du 71e Festival de Cannes, présidé par Cate Blanchett, la réalisatrice de 45 ans côtoiera entre autres Robert Guédiguian, Léa Seydoux ou Kristen Stewart. Outre sa filmographie, le site du Festival souligne son soutien en faveur du « travail des cinéastes de couleur et notamment des femmes réalisatrices par l’intermédiaire de son collectif ARRAY », organisation fondée en 2010 et basée à Los Angeles qui distribue des films.

        Lire aussi :
         

                Festival de Cannes 2018 : Cate Blanchett, présidente féministe de la Croisette



Communicante aguerrie
Après des débuts dans le journalisme, où elle couvre le procès d’O.J. Simpson pour la chaîne CBS News, elle s’oriente vers la communication. Au milieu des années 2000, elle conçoit des campagnes marketing pour des films comme Dreamgirls ou Invictus. En parallèle, Ava DuVernay travaille pour Urban Beauty Collective, un réseau de salons d’esthétique destinés à une clientèle afro-américaine.
Documentariste primée
À la fin des années 2000, elle tourne des documentaires sur des sujets aussi variés que le quartier de Compton, à Los Angeles, l’histoire du hip-hop dans la même ville, les conséquences de l’ouragan Katrina ou sur des personnages-clés de l’histoire noire américaine. En 2016, son film Le 13e, en référence à l’amendement de la Constitution des États-Unis abolissant l’esclavage, a été nommé aux Oscars et primé aux Emmys. Diffusé sur Netflix, il souligne la persistance de la ségrégation ethnique dans le pays,
Pionnière à Hollywood
En 2014, elle rencontre le succès avec le long-métrage de fiction Selma (après I Will Follow en 2010 et Middle of Nowhere en 2012), sur les marches de Selma en 1965 en Alabama, épisode-clé de la lutte pour les droits civiques. Elle est la première réalisatrice noire à être nommée pour un Golden Globe, et à voir son œuvre citée dans la catégorie meilleur film. En 2018, elle signe, pour Disney, Un raccourci dans le temps, film fantastique avec Oprah Winfrey (productrice de Selma) au casting. Doté d’un budget de 100 millions de dollars, le long-métrage est la première grosse production réalisée par une Afro-Américaine.

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                Ava DuVernay : « Je veux faire entendre la voix d'une femme noire au cinéma »






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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Absent sur la Croisette, le cinéaste est en compétition avec son film « Leto », consacré à une figure de l’underground.
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Cannes 2018 : l’hiver forcé du réalisateur russe assigné à résidence Kirill Serebrennikov

Absent sur la Croisette, le cinéaste est en compétition avec son film « Leto », consacré à une figure de l’underground.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 10h09
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 00h14
    |

            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        



                                


                            

Absent à Cannes, invisible à Moscou. Arrêté une nuit d’août 2017 à Saint-Pétersbourg en plein tournage de son film Leto (« l’été »), Kirill Serebrennikov n’assistera pas à l’entrée en compétition sur la Croisette, mercredi 9 mai, de ce long-métrage consacré au chanteur rock Viktor Tsoi, figure underground des temps soviétiques crépusculaires. Depuis neuf mois, le metteur en scène et cinéaste russe, accusé de détournements de fonds ­publics, vit reclus dans son petit appartement moscovite, en ­résidence surveillée. Ses amis soupirent, son public se désole. C’est un « maître » de la scène russe, disent-ils, que l’on contraint à jouer dans une mauvaise pièce.

Une farce qui éreinte cet artiste de 48 ans à l’énergie redoutable, muselé par un procès à l’issue incertaine, malgré ses plaidoyers d’innocence. « Je n’ai commis aucun crime », répète-t-il à ­chacune de ses audiences au ­tribunal, visage tendu derrière des lunettes sombres.

Il est si ­facile, en Russie, de poursuivre n’importe quel dirigeant artistique, dépendant comme tout un chacun, ici, des subsides de l’Etat… La preuve en est : hormis des témoignages de solidarité, aucune révolte n’a éclaté. Et, comme si de rien n’était, le ministère de la culture a envoyé un Tweet, le 8 mai, pour souhaiter « bonne chance » aux deux films russes présentés en ­compétition à Cannes, qui n’en avait plus accueilli depuis 2007. Dont Leto.
« Un jeune homme de Rostov »
« Le théâtre russe a été toujours un monument, une cathédrale, et aujourd’hui on peut jouer, faire des expériences, mais, si vous allez trop loin, on vous met dans la “chambre des enfants”, au coin… », dit doucement Alla Demidova. A 81 ans, l’actrice, connue et respectée en Russie, est aussi la « marraine » de Serebrennikov, fière d’exposer chez elle tous les objets qu’il lui rapportait de ses voyages à l’étranger, comme ce collier ­africain de perles noires.
« A...




                        

                        

