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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Après Ridley Scott, Danny Boyle s’empare de l’enlèvement de l’héritier de John Paul Getty, sans convaincre (sur Canal+ à 21 heures).
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TV – « Trust » : série noire sur la dynastie Getty

Après Ridley Scott, Danny Boyle s’empare de l’enlèvement de l’héritier de John Paul Getty, sans convaincre (sur Canal+ à 21 heures).



Le Monde
 |    10.05.2018 à 17h45
    |

                            Martine Delahaye








                        


Série sur Canal+ à 21 heures

Dix ans après le long-métrage multi-oscarisé ­Slumdog Millionnaire, Danny Boyle, le réalisateur, et Simon Beaufoy, le scénariste, ont reformé leur duo pour proposer Trust, une série fortement inspirée de la réalité. Si, sur le même sujet, Ridley Scott, dans Tout l’argent du monde (2017), se focalisait sur le kidnapping bien réel du jeune John Paul Getty III par la’Ndrangheta, en 1973, dans Trust, l’enlèvement par la mafia calabraise du petit-fils du milliardaire J. Paul Getty se révèle un prétexte pour explorer le style de vie de cette dynastie parmi les plus riches du monde – avec ses excentricités et ses frustrations, ses addictions et ses détestations.
Dans la famille Getty se démarque tout particulièrement le patriarche, J. Paul Getty, glaçant personnage auquel Donald Sutherland apporte toute sa superbe. Installé avec ses quatre compagnes, sa lionne et ses domestiques dans le château de Sutton Place, près de Londres, il y est lourdement apparenté au roi Lear dès les premiers instants. En effet, son fils aîné, George, vient de se suicider à Hollywood. Ce qui donne lieu, en ouverture du premier épisode, à un faux plan-séquence opposant la facticité du lieu à la crudité du suicide.
Construction ennuyeuse
Le patriarche se voit donc contraint de chercher parmi sa descendance un nouveau successeur, à même de prendre les rênes de la Getty Oil Company. Assimilant ses autres fils à des bons à rien, il a à peine le temps de découvrir que son petit-fils John Paul Getty III n’est pas un idiot inculte que celui-ci est enlevé à Rome par la mafia calabraise…

   


Malheureusement, ni l’aspect farcesque de cette famille ni le jeu de Sutherland ne sauraient sauver Trust, dont on a eu du mal à supporter la réalisation – qui surligne une stylisation propre aux années 1970 – tout autant que la construction, qui engendre l’ennui. A l’opposé du volet d’American Crime Story consacré à O. J. Simpson, passionnant bien que fondé sur des faits fort bien connus, Trust ne dessine aucune perspective sociale. Et l’oscillation entre l’outrance du soap et le souci du détail réaliste tue toute possibilité d’émotion.
Trust, série réalisée par Danny Boyle. Avec Donald Sutherland, Harris Dickinson, Hilary Swank, Brendan Fraser (GB et EU, 2018, 10 × 52 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Dans la section Un certain regard, le film d’Ali Abbasi inquiète et ne cesse de dérouter en même temps qu’il émerveille.
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Cannes 2018 : « Gräns », l’humanité au défi de la monstruosité

Dans la section Un certain regard, le film d’Ali Abbasi inquiète et ne cesse de dérouter en même temps qu’il émerveille.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 17h22
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Sélection officielle – Un certain regard
Eprouvant début de sélection cannoise qui passe les festivaliers à l’épreuve de la laideur et de la monstruosité. Entre Donbass, de Sergei Loznitsa (satire grimaçante du cynisme de la politique russe en Ukraine) et Yomeddine, d’A.B. Shawky (road movie édulcoré d’un lépreux à la recherche de ses origines), on préférera en tout état de cause l’étrange et remarquable film suédois d’Ali Abbasi, Gräns (Border) – adapté du roman homonyme de John Ajvide Lindqvist – qui s’empare de la question sous les auspices « naturels », si l’on peut dire, du genre.
Son héroïne se nomme Tina, elle exerce la profession de douanière, où elle excelle grâce à un sens de l’odorat particulièrement développé qui lui permet sans faillir de détecter les sentiments cachés des individus qui lui passent sous le nez. La découverte de Tina pour le spectateur n’est pas une mince affaire. Faciès tirant vers le Néandertal plutôt que le Sapiens, corps épais et difforme, malpropreté générale, regard bestial qui vous fige.

Fantastique familier
Tout tire en un mot la belle Tina vers l’animal ou le monstre primitif, et tout l’enjeu du film consistera, précisément, à faire entrer cet objet de répulsion sinon dans le monde de l’humanité, du moins dans celui d’une reconnaissance par ladite humanité d’une différence ontologique dont elle-même va lentement prendre conscience au cours de l’intrigue. Vivant avec un amant éleveur de chiens débile qui la trompe allègrement, questionnant en vain un père sénile sur des origines qu’elle soupçonne hétérodoxes, Tina va rencontrer son destin en la personne de Vore, un être repoussant qu’elle arrête à la frontière, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, et avec lequel elle va tisser une relation édifiante.
Point n’est besoin d’ajouter un mot dans l’attente d’une sortie prochaine. Disons que ce film qui met l’humanité au défi de la monstruosité entre dans la catégorie d’un fantastique familier à la manière du récent Les Bonnes Manières, des Brésiliens Juliana Rojas et Marc Dutra (mythe du loup garou, conte de fée et lutte des classes). Autant dire qu’il inquiète en même temps qu’il émerveille, qu’il n’est pas dépourvu d’une singulière beauté, et qu’il ne cesse de dérouter, au meilleur sens de ce terme. Son titre dit bien par ailleurs ce qu’il veut dire, la question de la « frontière » étant celle qui le travaille par excellence, entre animalité et humanité, politique d’accueil des réfugiés et mythes fantastiques nordiques. L’auteur lui même en sait quelque chose, qui est né en Iran en 1981, avant de s’installer dans les années 2000 en Suède, puis au Danemark.

Film suédois d’Ali Abbasi. Avec Eva Melander, Eero Milonoff, Jorgen Thorsson, Viktor Akerblom (1 h 41). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.festival-cannes.com/fr/festival/films/grans



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ A la Semaine de la critique, le premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet met en scène un jeune prostitué solaire (Félix Maritaud).
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Cannes 2018 : « Sauvage » embrase

A la Semaine de la critique, le premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet met en scène un jeune prostitué solaire (Félix Maritaud).



Le Monde
 |    10.05.2018 à 16h40
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 17h38
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Semaine de la critique
Léo embrasse, Sauvage embrase. Le premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet a l’incandescence et la fulgurance d’une cigarette. Son héros est solaire et il brûle sa vie. Contrairement au jeune Pierre (Manuel Blanc) de J’embrasse pas (1991), d’André Téchiné, qui se prostitue pour survivre, Léo (Félix Maritaud) cherche l’amour et la douceur au fil de ses errances et des passes. Jamais endurci, même s’il prend des coups et se dégrade physiquement sous nos yeux, Léo est encore capable de faire des rencontres et de donner. Il peut prendre dans ses bras, toute une nuit, un vieil homme qui se sent seul. Devant la photo de sa femme qui n’est plus de ce monde. « Moi, j’embrasse », insiste Léo devant ses « copains » qui font le bois avec lui. Mais il ne donne pas son prénom aux hommes qui le paient : son identité est peut-être son bien le plus précieux. « Appelle-moi comme tu veux », dit-il à un client. Pendant un temps, le réalisateur Camille Vidal-Naquet voulait faire de cette réplique le titre du film.
Dès la première scène, chez ce médecin qui ausculte bizarrement le corps tatoué et un peu abîmé du jeune homme, on sent que le film va surprendre. Sauvage est une œuvre longuement mûrie et documentée. Sur le même sujet, outre Téchiné, Patrice Chéreau avait signé L’Homme blessé (1983), et plus récemment Robin Campillo a tourné Eastern Boys (2014). Camille Vidal-Naquet, 45 ans, a, lui, réalisé quelques courts-métrages – Mauvaise tête (2013), Wardé (2016) –, avant de se lancer dans ce film pour lequel il est entré en contact avec des prostitués du bois de Boulogne par l’intermédiaire d’une association. Il pensait y passer quelques nuits. Il y retournera trois ans, profondément touché par ce milieu de la prostitution masculine. Invité au dîner à l’Elysée avec des personnalités du cinéma, le 24 avril, le réalisateur a d’ailleurs alerté Emmanuel Macron sur la situation de ces jeunes hommes qui survivent dans les bois ou en périphérie.

Une quête d’amour éperdue
De cette immersion, le réalisateur a tissé une fiction que la beauté brute de Félix Maritaud (découvert dans 120 battements par minute, de Robin Campillo) aurait pu faire basculer dans une esthétique de vidéoclip. Le film ne tombe jamais dans ce travers, justement parce que le vécu est au centre du scénario. Léo remplit sa vie de la misère sexuelle des uns, du fantasme de domination des autres, s’embarque dans des plans hasardeux et destructeurs… Il passe du fauteuil roulant d’un homme qui n’a plus d’érection aux bras d’un couple d’homos féroces, en quête de chair fraîche et soumise. Des moments de descente, ou de « renaissance », sans longueur ni pesanteur.
En suivant Léo caméra sur l’épaule, le réalisateur nous entraîne dans un monde à part, aux variations infinies : Léo est homosexuel, d’autres garçons sont hétéros et cherchent uniquement à gagner de l’argent. Certains veulent « en sortir ». Léo, dont le passé nous est inconnu, n’attend rien de spécial. Il est amoureux d’un autre jeune prostitué, Ahd (Eric Bernard), qui, lui, va se « ranger » auprès d’un vieux. Sauvage est une quête d’amour éperdue, celle d’un homme qui passe de bras en bras pour atteindre l’agapé. Quel qu’en soit le prix.

Film français de Camille Vidal-Naquet. Avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Nicolas Dibla (1 h 37). Sortie en salle le 22 août. Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/sauvage.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Le tribunal de grande instance de Paris s’était déjà prononcé mercredi pour la projection à Cannes du film de Terry Gilliam, au cœur d’un imbroglio juridique avec son producteur.
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Accord du CNC à la diffusion en salles de « L’Homme qui tua Don Quichotte »

Le tribunal de grande instance de Paris s’était déjà prononcé mercredi pour la projection à Cannes du film de Terry Gilliam, au cœur d’un imbroglio juridique avec son producteur.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 16h03
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 17h37
   





                        



   


Le Centre national du cinéma (CNC) a décidé d’attribuer jeudi 10 mai un visa d’exploitation en salles au film L’Homme qui tua Don Quichotte, du réalisateur britannique Terry Gilliam, au cœur d’un imbroglio juridique avec son producteur. Cette décision fait suite à celle du tribunal de grande instance (TGI) de Paris la veille d’autoriser le Festival de Cannes à diffuser au public le film de l’ex-Monty Python en clôture de sa 71e édition.
La justice avait été saisie en référé par le producteur portugais Paulo Branco, qui estime que ses « droits exclusifs » sur le film ne sont pas respectés. Refusant de s’avouer vaincu, Paulo Branco, 67 ans, a considéré qu’au bout du compte la justice française lui avait accordé « une victoire ». La décision du TGI permettra aux professionnels « de voir le film » et « nous conforte dans nos droits », selon M. Branco.
Bataille juridique
Le producteur s’est notamment félicité que l’ordonnance énonce que lors de la projection du 19 mai, le Festival devra annoncer à l’écran que cette séance « ne préjuge en rien des droits revendiqués » sur le film par M. Branco et par sa société de production, Alfama Films.
Paulo Branco a acheté les droits d’auteur réalisateur du film en avril 2016. Mais, à la suite de différents désaccords artistiques et financiers avec M. Branco, Terry Gilliam s’était tourné vers d’autres producteurs, dont Kinology.
C’est avec ces producteurs que le cinéaste a finalement réalisé son film entre mars et juin 2017, pour 16,3 millions d’euros, mettant fin, croyait-il, à vingt ans de malédiction d’un film tourné dans des conditions dantesques il y a vingt ans et resté inachevé jusqu’en 2017.
« La décision du juge des référés d’hier a confirmé qu’il serait disproportionné d’empêcher la diffusion de l’œuvre en raison de ce conflit, lequel sera tranché définitivement par la juridiction judiciaire », a écrit le CNC dans un communiqué jeudi.
La bataille juridique est en effet loin d’être terminée. Pour M. Branco, l’ordonnance prise mercredi ne règle pas « le fond » du litige qui l’oppose à Terry Gilliam, ses producteurs (Kinology, Tornasol) et son diffuseur (Océans Films). Saisie sur le fond, la justice française rendra un jugement en appel le 15 juin.

        Lire le reportage :
         

          Sur le tournage de « L’Homme qui tua Don Quichotte »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Armes à feu, racisme contre les Noirs, violences policières, société du paraître… Dans son dernier clip, l’artiste dresse un portrait très sombre de l’Amérique.
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« This is America » : le clip coup de poing de Childish Gambino

Armes à feu, racisme contre les Noirs, violences policières, société du paraître… Dans son dernier clip, l’artiste dresse un portrait très sombre de l’Amérique.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 14h06
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 15h55
   





                        



   


Quatre minutes et autant de scènes coups de poing qui n’en finissent pas de faire parler d’elles. Le fléau des armes à feu, le racisme contre les Noirs américains, les violences policières, la société du divertissement et du paraître à l’ère des réseaux sociaux…
Le dernier clip de l’artiste Childish Gambino, de son vrai nom Donald Glover, « This is America », portrait très sombre de l’Amérique d’hier et d’aujourd’hui, a rassemblé plus de 60 millions de vues depuis sa mise en ligne, samedi 5 mai. Il continue de nourrir le débat sur les réseaux sociaux et dans les médias américains, qui tentent d’en disséquer les nombreux messages et références, plus ou moins explicites et ouverts aux interprétations.



Le New York Times et le magazine britannique Dazed & Confused, notamment, ont décortiqué plusieurs des messages qui y apparaissent. Comme le fait que les armes soient mieux traitées que les hommes : après la violente scène où un chanteur noir est abattu d’une balle dans la tête, on peut ainsi voir le corps de la victime être traîné, tandis qu’un homme vient soigneusement récupérer l’arme à feu dans un tissu rouge.
La scène de la fusillade d’un chœur d’église composé de chanteurs noirs américains fait, elle, plus explicitement référence à la tuerie raciste d’une église épiscopale de la communauté noire à Charleston, en 2015. Son auteur Dylann Roof avait alors déclaré vouloir déclencher « une guerre entre les races ».

        Lire aussi :
         

                Tuerie de Charleston, « on a visé un symbole »



Scènes festives et chaos
Les chorégraphies ont aussi toute leur signification, mélangeant des danses populaires aux Etats-Unis et des mouvements de la danse sud-africaine Gwara Gwara. Le contraste est saisissant entre les scènes festives, autour de lycéens qui dansent et, en arrière-plan, le chaos qui se déroule : émeutes, voitures qui brûlent, sirènes hurlantes de police…
Autre référence plus discrète du clip, celle à la figure de Jim Crow : en 1832, Thomas Dartmouth Rice, un comédien blanc, émigrant anglais, interprète Jump Jim Crow, une chanson populaire racontant les déboires d’un esclave noir, en se noircissant le visage et les mains. A partir de 1865, les mesures prises dans les différents Etats institutionnalisant la ségrégation seront dénommées les lois « Jim Crow ».

Shook by how fast I caught this reference. I haven’t seen a Jim Crow picture in years. Donald Glover did not come t… https://t.co/KwPeWBjX19— nicky_furiosa (@Nichia)


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D’autres références apparaissent et pourraient valoir de revoir plusieurs fois le clip.
Au-delà de la dénonciation du racisme et des armes à feu, le clip se veut aussi une attaque en règle de notre société du divertissement et du paraître, exacerbée à l’ère des réseaux sociaux, où la quête de succès et de l’argent empêche d’ouvrir les yeux sur l’oppression et la violence.
Ainsi, si l’on se concentre sur les scènes festives au premier plan, on pourrait facilement en oublier le chaos qui figure à l’arrière. Une courte scène montre aussi un groupe de jeunes en train de filmer les émeutes sur leur smartphone, faisant penser à la série Black Mirror, relève Dazed.
Le clip se termine sur Childish Gambino poursuivi par la foule, les yeux exorbités. Une fin qui, là encore, laisse la porte ouverte à de nombreuses interprétations. La scène a, en tout cas, rappelé à beaucoup d’internautes le film Get Out, qui traite également du racisme.

        Lire aussi :
         

                Les multiples paradoxes de la société américaine



« Le rap est la forme artistique la plus libre »
Agé de 34 ans, Childish Gambino confirme avec ce clip la multiplicité de ses talents : le rappeur et musicien est également acteur, scénariste, réalisateur, producteur, humoriste et DJ… Donald Glover a grandi dans la banlieue d’Atlanta, à Stone Mountain, où son père, postier, et sa mère, assistante maternelle, sont aussi famille d’accueil. Donald se réfugie dans l’écriture de sketchs, dans la lecture de pièces de théâtre. Sa préférée ? Huis clos, de Jean-Paul Sartre. No Exit (le titre anglais) est d’ailleurs le titre d’une de ses chansons. « Au lycée, racontait-il dans un portrait que Le Monde lui a consacré en 2014, ma mère avait insisté pour que je m’inscrive dans la section artistique, mais, en cours, je n’arrêtais pas d’écrire des histoires. Arrivé à la fac à New York, je me suis spécialisé dans l’écriture de scénarios. »
C’est au Sophomore College qu’il commence à rapper, alors que les radios diffusent en boucle le rap de son Sud : Outkast, Les Neptunes et Nelly. En même temps qu’il enregistre des mixtapes, il crée un collectif de comiques, Derrick Community : « On s’ennuyait à la fac avec des copains et on s’est mis à écrire des sketchs qu’on a postés sur YouTube. On a été les premiers. C’était nouveau, donc ça a marché tout de suite. »
Il est repéré et pris pour la série Community (diffusée sur NBC), mais ne s’arrête pas pour autant de faire de la musique :
« Je n’ai jamais séparé ma carrière d’acteur de celle de rappeur ou de scénariste. Pour moi, le rap est la forme artistique la plus libre, et peut-être la plus complète : j’y joue un personnage, j’invente un scénario et je compose ma bande-son. »

        Lire aussi :
         

                La fracture raciale et la déception des Noirs sous Obama






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Le deuxième jour de la compétition cannoise est marqué par la projection du premier film français, « Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré.
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La gazette de la Croisette : un match franco-polonais, l’Amérique de Paul Dano et Ryan Coogler

Le deuxième jour de la compétition cannoise est marqué par la projection du premier film français, « Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 13h30
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
En ce jeudi 10 mai, le 71e Festival de Cannes accueille en compétition pour la Palme d’or deux cinéastes : le Français Christophe Honoré avec Plaire, aimer et courir vite et le Polonais Pawel Pawlikowski avec Zimna Wojna (Cold War). Le premier est déjà venu à plusieurs reprises sur la Croisette (hors compétition en 2011 avec Les Bien-Aimés, en compétition en 2007 avec Les Chansons d’amour et dans la section Un certain regard en 2002 avec 17 fois Cécile Cassard. Le second est un nouveau venu dans la sélection cannoise.

L’acteur Pierre Delandonchamps, que notre journaliste Véronique Cauhapé a rencontré, est présent à Cannes avec plusieurs films : deux dans lesquels il joue, celui de Christophe Honoré (en compétition) et Les Chatouilles, d’Andréa Bescond et Eric Métayer (Un certain regard), mais aussi un court-métrage, Ames sœurs, qu’il a réalisé dans le cadre des Talents Adami.

DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
Le film d’ouverture de la Semaine de la critique, Wildlife, de Paul Dano, coécrit par Zoe Kazan – actrice, dramaturge, productrice, compagne du réalisateur et petite-fille d’Elia Kazan – a plutôt convaincu notre critique Clarisse Fabre. Cette chronique d’un couple qui vacille (incarné par Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal) est « le tableau d’une Amérique mélancolique, qui endure sa peine, rêve d’élévation sociale et attend son tour ».
ON ATTEND AUJOURD’HUI :
A 16 heures, Ryan Coogler, le réalisateur de Black Panther, devenu un véritable phénomène de société aux Etats-Unis, propose le premier de quatre rendez-vous avec des acteurs et des cinéastes, destinés à remplacer l’unique Leçon de cinéma des années précédentes. L’occasion de revenir, entre autres, sur le Wakanda, un pays africain imaginaire mis en scène par cette superproduction Marvel.


        Lire la gazette de la Croisette (9 mai) :
         

          Un cinéaste assigné, un documentaire fleuve et un film interdit






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ L’auteur d’« En finir avec Eddy Bellegueule » signe « Qui a tué mon père », réquisitoire contre les hommes politiques, dont les décisions auraient détruit le corps de cet homme, son père.
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édition abonné


Edouard Louis : « Empêcher le lecteur de détourner le regard »

L’auteur d’« En finir avec Eddy Bellegueule » signe « Qui a tué mon père », réquisitoire contre les hommes politiques, dont les décisions auraient détruit le corps de cet homme, son père.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 13h24
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 13h32
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            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Sous le tee-shirt siglé Harvard (il rentre de plusieurs mois aux Etats-Unis), le corps d’Edouard Louis est celui, sec et musclé, d’un homme de 25 ans appartenant désormais à la catégorie aisée de la population, attentive à ce qu’elle mange. Nos corps parlent de nos conditions d’existence ; dans les classes populaires, ils peuvent aussi raconter l’effet de décisions politiques. C’est ce que Qui a tué mon père (Seuil, 96 p., 12 €) s’attache à montrer, à travers l’histoire du géniteur de l’auteur, détruit par le travail – né en 1967, il a eu le dos broyé lors d’un accident à 35 ans –, et par les conséquences de réformes telles que celle transformant feu le RMI (revenu minimum d’insertion) en RSA (revenu de solidarité active), pour encourager le retour à l’emploi – il lui a fallu accepter un travail de balayeur en dépit de ses souffrances.
Qui a tué mon père, comme son titre sans point d’interrogation l’indique, n’est pas une enquête, mais un réquisitoire. Les scènes qui le composent entrecroisent souvenirs d’Edouard Louis à propos de cet homme si mal connu, et évocation de choix politiques opérés sous les gouvernements de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, qui ont eu des conséquences directes sur sa vie, et au fil desquels l’auteur d’En finir avec Eddy Bellegueule (Seuil, 2014) compose une nouvelle « histoire de la violence », pour reprendre le titre de son deuxième ouvrage (Seuil, 2016).
D’où vient ce livre ?
Après la publication d’En finir avec Eddy Bellegueule et d’Histoire de la violence (Seuil, 2014 et 2016), j’ai commencé à revoir mon père. On ne s’était pas vus depuis des années, non pas à cause d’un événement en particulier mais à cause de la distance sociale, de la distance de classe, qui s’était instaurée entre nous. J’étais étudiant en sociologie et en philosophie à Paris, il n’avait jamais pu étudier, le système scolaire l’avait chassé à 14 ans, et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Avec trois émissions autour de l’amour, du sexe et de la brocante, la chaîne a réussi à renouer avec l’audience. Forte de son succès, elle diffuse, jeudi à 20 h 55, un numéro spécial d’« Affaire conclue ».
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France 2 retrouve des couleurs l’après-midi

Avec trois émissions autour de l’amour, du sexe et de la brocante, la chaîne a réussi à renouer avec l’audience. Forte de son succès, elle diffuse, jeudi à 20 h 55, un numéro spécial d’« Affaire conclue ».



Le Monde
 |    10.05.2018 à 12h34
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 13h16
    |

            Mustapha Kessous








                        



   


Amour, sexe et bibelots. Telle est la recette qui a permis à France 2 de retrouver des couleurs l’après-midi. En berne depuis quelques saisons, la tranche 14 heures-17 heures (hors week-end), réunit désormais, en moyenne, près de 700 000 téléspectateurs (8,2 % de part d’audience contre 6,5 % en septembre 2017). Soit une progression de 26 %.
Pour Caroline Got, directrice exécutive de France 2, ces bons résultats valident une « prise de risque » : celle d’avoir mis, à l’antenne trois nouvelles émissions « bienveillantes ». « Nous avons choisi de proposer une offre très incarnée, avec des personnalités féminines, à des heures où les gens sont extrêmement isolés chez eux », souligne-t-elle.

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Ainsi, à 13 h 55, Faustine Bollaert, débauchée de M6, anime « Ça commence aujourd’hui », une émission de témoignages qui repose essentiellement sur des histoires d’amour. Ce talk-show n’est pas sans rappeler « Toute une histoire » (également produit par Réservoir Prod et animé auparavant par Sophie Davant), mais en beaucoup moins mélo. À 15 h 10, Daphné Bürki, transfuge de Canal+, présente « Je t’aime, etc. », où sur un ton assez coquin, l’animatrice parle de sexe sous différents aspects. « Les thématiques sur l’amour, les difficultés à vivre à deux dans un contexte où les gens se séparent, bizarrement, n’avait pas réellement de lieu à la télévision, explique Caroline Got. C’est notre rôle d’offrir au public un espace où nous lui donnons la parole et où il se retrouve au cœur du dispositif. » 
Dès 16 h 20, fin de l’intimité. Le ton change avec « Affaire conclue », un programme de vente aux enchères présenté par Sophie Davant. Très marketée, cette émission produite par Warner aurait pu trouver sa place sur des antennes plus « feel good » comme M6, Chérie 25 ou RMC Découverte. « Justement, cette émission est diffusée sur la ZDF, la chaîne publique allemande où elle connaît un très grand succès. Ce programme est 100 % service public car on y raconte des histoires humaines à travers des objets et l’on apprend plein de choses en se divertissant. » estime Mme Got.

   


Grâce à ce magazine, France 2 a mis fin à la chute de ses audiences. Mieux, il permet à la chaîne d’être régulièrement leader sur cette case de fin de journée. En huit mois, l’émission qui rassemblait, début septembre, 420 000 accros à la brocante (6,3 % de PDA) a pratiquement doublé son audience, pour atteindre une moyenne de 771 000 téléspectateurs (10,7 % de PDA). Voire plus, avec l’épisode diffusé à 17 heures qui attire près d’1,2 million de téléspectateurs (13 % de PDA). « La dernière fois qu’on a connu une telle progression c’était avec “Un dîner presque parfait” sur M6 [en 2008], note Caroline Got, avant de relativiser ce succès. Nous sommes revenus à des scores d’il y a six-sept ans. » 
Forte de ce beau résultat, France 2 a décidé de diffuser en prime time, jeudi 10 mai, à 20 h 55, un numéro spécial d’« Affaire conclue ». « En Allemagne, la ZDF a réuni 6 millions de téléspectateurs », souligne-t-elle, même si elle ne s’attend pas à réaliser un tel chiffre.

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La direction de France 2 n’affiche aucun triomphalisme. Il est vrai que la chaîne aura mis du temps avant de trouver la bonne formule pour redresser ses audiences. « Si on ne prend pas de risque, on ne risque pas de se planter », estime Caroline Got. À plusieurs reprises, France Télévisions a tenté de relancer ses après-midi en mettant à l’antenne de nouveaux concepts. Comme en 2016 avec les talk-shows « Amanda », animé par Amanda Scott et « Actuality », présenté par Thomas Thouroude. Faute d’audience, les deux programmes furent remplacés en cours de saison par l’émission culinaire « Un chef à l’oreille », d’Elodie Gossuin et « Tout le monde à son mot à dire » de Sidonie Bonnec et Olivier Minne. « Nous sommes à rebours des autres chaînes qui diffusent l’après-midi des séries américaines ou allemandes. Notre volonté est de garder un lien avec les téléspectateurs, explique encore Mme Got. Etre présent avec bienveillance fait partie de notre mission de service public. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Les titres défendus par le couple français Madame Monsieur et la candidate israélienne Netta Barzilai ont la particularité d’évoquer deux questions sociétales qui ont dominé l’actualité ces derniers mois.
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Eurovision 2018 : la crise migratoire et #metoo s’invitent au sein du glamour et des paillettes

Les titres défendus par le couple français Madame Monsieur et la candidate israélienne Netta Barzilai ont la particularité d’évoquer deux questions sociétales qui ont dominé l’actualité ces derniers mois.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 11h08
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 11h16
    |

                            Aurélie Blondel








                        



   


Sur la scène de l’Eurovision, samedi 12 mai au soir, Madame Monsieur sera presque entièrement vêtu de noir. Pour convaincre les téléspectateurs, le duo français mise sur la sobriété, s’effaçant derrière le titre de leur chanson, Mercy. Les cheveux blonds de la chanteuse Emilie Satt seront tirés en queue-de-cheval basse et Jean-Karl Lucas, son mari, arborera pour seul accessoire une guitare rouge.
Leur discrétion contraste avec la performance énergétique de l’Israélienne Netta Barzilai, autre grande favorite de cette 63e édition du concours, organisée à Lisbonne au Portugal. Habillée d’un kimono rouge et rose et placée devant deux écrans couverts de maneki-neko (ces chats porte-bonheur japonais qui lèvent la patte gauche…), la jeune femme et ses curieux caquètements feront danser les téléspectateurs avec son titre Toy.

Deux univers aux antipodes, et pourtant… Ces chansons ont la particularité d’évoquer deux questions sociétales qui ont dominé l’actualité ces derniers mois, le mouvement #metoo pour Netta, la crise des migrants pour Madame Monsieur. Et aussi de caracoler en tête chez les bookmakers qui ont souvent du flair.
Israël a occupé la première place dans leurs pronostics dès le jour de la révélation de sa chanson et s’y est maintenu jusqu’à mardi – elle pointe désormais en troisième position. La France convainc aussi les parieurs, qui la voient depuis plusieurs semaines entre la deuxième et la cinquième place. « On ne joue pas sur le même tableau », résume Jean-Karl Lucas. « Bien sûr, elle nous fait peur, nous ne pouvons pas lutter sur le côté show, mais elle ne peut pas lutter contre nous sur l’émotion », complète Emilie Satt.

Messages universels
Avec des chansons à message, le risque de cliver les téléspectateurs est élevé à l’Eurovision. Aussi, chaque candidat veille à souligner l’universalité de son texte. Madame Monsieur, qui a gagné son billet pour Lisbonne en remportant l’émission « Destination Eurovision » en janvier, racontera sur scène l’émouvante histoire de la petite Mercy, née à bord d’un bateau humanitaire en mars 2017, après que sa mère a été sauvée du naufrage de son embarcation. Celle-ci avait fui le Nigeria via la Libye. « Nous n’avons jamais décidé de faire une chanson sur les migrants, insiste Jean-Karl Lucas, nous racontons la naissance d’une petite fille. Mercy aurait pu naître dans un séisme au Nicaragua. »

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« Je ne suis pas ton jouet […] la Barbie a quelque chose à dire », chante en anglais Netta, artiste de 25 ans connue pour ses performances vocales, son excentricité et son goût de l’improvisation. « Ma chanson parle d’émancipation des femmes, mais aussi de ceux à qui on a répété qu’ils ne faisaient jamais rien de bien, de ceux à qui on a martelé qu’ils n’étaient pas assez maigres, ou encore pas assez forts », a expliqué Netta mercredi au Monde. Festif, entraînant, son titre ne passera sans doute pas inaperçu.
Madame Monsieur et Netta ne sont pas les seuls à avoir puisé leur inspiration dans l’actualité. Le duo italien Ermal Meta et Fabrizio Moro interprétera un hymne à la résilience face au terrorisme avec Non mi avete fatto niente (vous ne m’avez rien fait ). Un titre qui fait écho au « Vous n’aurez pas ma haine » d’Antoine Leiris, cette lettre poignante publiée par un homme ayant perdu sa femme dans l’attentat du Bataclan, le 13 novembre 2015.
Ici encore avec un traitement très différent. « Là où Netta mise sur le tempo et le second degré, et le duo français sur l’émotion, les Italiens ont choisi un angle quasi journalistique », analyse Bruno Berberes. Ce spécialiste et fan de l’Eurovision a dirigé la délégation française de 2002 à 2012 et était le directeur artistique de « Destination Eurovision ». C’est lui qui a suggéré à Madame Monsieur de participer à la sélection française. « Ils ont envoyé deux chansons, Mercy s’est imposée à nous en deux secondes, raconte-t-il. Je compte beaucoup sur le lien que le duo peut tisser avec le public. Si la rencontre fonctionne, je suis très optimiste. »

La magie peut opérer
Alors que Netta chante en anglais et que les paroles du titre italien apparaîtront à l’écran en plusieurs langues, le duo français a fait le choix de ne pas traduire son texte, ni d’introduire de sous-titres. « Leur chanson est totalement sensitive, le langage est accessoire, estime M. Berberes. Si les commentateurs de chaque pays font leur boulot en expliquant de quoi parle la chanson, et que la réalisation nous aide, la magie peut opérer. »

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Une analyse partagée par d’autres spécialistes. « Le geste de la main que le duo effectue vers le public à la fin de la chanson contribue à faire passer l’émotion même si on ne comprend pas le français », note Edward Montebello, journaliste maltais spécialiste de l’Eurovision, qui a suivi les répétitions ces derniers jours à Lisbonne. « Parmi les gimmicks que j’ai vus à l’Eurovision, c’est l’un des meilleurs », analyse William Lee Adams, journaliste et fondateur de Wiwibloggs, blog anglophone qui fait la pluie et le beau temps à l’Eurovision. « Il ne faut pas oublier que nombre d’Européens ont des notions de français, et comme les paroles sont basiques, beaucoup en comprendront une partie, poursuit-il. Le titre est en outre intelligent, le prénom de cette petite fille est pratique, Mercy évoquant pour les anglophones la miséricorde, le pardon, la spiritualité. »
Et d’ajouter que le thème des migrants trouvera indirectement un écho samedi dans d’autres prestations, puisque deux artistes, présents en finale, ont fui l’Albanie lorsqu’ils étaient enfants, avec leur famille. Eleni Foureira, qui représente Chypre mais vit en Grèce, et Ermal Meta, pour l’Italie. « Ce qui est fou, c’est qu’ils viennent de la même ville ! S’ils sont là, sur scène, c’est parce qu’ils ont pu migrer un jour, une présence symbolique à l’heure où les frontières ont tendance à se refermer. » Sans compter que la mer est le thème retenu par les organisateurs portugais du concours, avec pour slogan « All Aboard ! » (« Tous à bord ! »).

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Qui de la réforme ou de la révolution est le mieux à même d’améliorer le sort de la société civile? Dans son dernier essai, Hervé Hamon apporte des éléments de réponse.
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Les leçons de Mai-68

Qui de la réforme ou de la révolution est le mieux à même d’améliorer le sort de la société civile? Dans son dernier essai, Hervé Hamon apporte des éléments de réponse.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 10h05
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 11h30
    |

            Anne Rodier








                        



   


La France s’ennuyait, le pouvoir d’achat montait, mais moins que les inégalités. La France rurale s’effondrait. « Nous n’en pouvions plus de l’information normalisée. Ni d’une classe politique amplement corrompue », écrit Hervé Hamon, dans L’Esprit de Mai-68. « Il allait se produire des choses qui n’appartenaient à aucune coterie, à aucun ténor, à aucun expert. Des choses qui appartenaient à ces gens en fête, ces gens qui allaient les énoncer eux-mêmes. »
Son récit animé, réfléchi, détaillé de Mai-68 va bien au-delà de la commémoration. L’essayiste fait, certes, revivre la genèse du mouvement, son « romantisme héroïque ». Il analyse sa place dans l’Histoire, l’efficacité du rapport de force dans les conflits sociaux. Le patronat « arrogant », « méprisant », « dur à la détente » finit par lâcher : 7 % de hausse de salaire réel, 35 % d’augmentation du smig, la réduction du temps de travail et le report de l’âge légal de départ à la retraite, rappelle-t-il. Le Medef (ex-CNPF) doit s’en souvenir.
Mais l’écrivain apporte surtout des éléments de réflexion pour savoir qui de la réforme ou de la révolution est mieux à même d’améliorer le sort de la société civile. Puis il alerte sur les dangers de vanter « la rupture » à tout propos. « Nous avons appris la méthode des essais et des erreurs », souligne-t-il en toute humilité. Une lecture rafraîchissante et inspirante pour 2018.

    Cet article est extrait du semestriel Le Monde Campus Avril 2018 by Anne Rodier on Scribd

L’Esprit de Mai-68, d’Hervé Hamon (Editions de L’Observatoire, 192 pages, 16 euros).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ L’acteur est sur la Croisette pour les films de Christophe Honoré et d’Andréa Bescond et Eric Métayer, ainsi que pour un court-métrage qu’il a réalisé.
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Cannes 2018 : Pierre Deladonchamps, plus si inconnu

L’acteur est sur la Croisette pour les films de Christophe Honoré et d’Andréa Bescond et Eric Métayer, ainsi que pour un court-métrage qu’il a réalisé.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 09h58
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 16h14
    |

            Véronique Cauhapé








                        



                                


                            

Pierre Deladonchamps est à Cannes pour deux films dans lesquels il joue : Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré, et Les Chatouilles, d’Andréa Bescond et Eric Métayer. Et aussi pour un court-métrage, Ames sœurs, qu’il a réalisé dans le cadre des Talents Adami. Un beau palmarès pour quelqu’un qui, il y a huit ans, avait (presque) décidé de décrocher du métier. Parce que, après quelques rôles obtenus dans des fictions de télévision, il en avait eu assez d’attendre que le téléphone sonne, il était retourné à Nancy – sa ville natale, quittée à 20 ans pour suivre des cours de théâtre à Paris – avec l’idée, peut-être, de se diriger vers les langues étrangères. Histoire de voyager. En Lorraine, auprès de sa famille et de ses proches, il avait « lâché la bride », cessé de se « crisper » et vu naître sa fille.

Comme une histoire d’amour qu’on n’attend plus, lui était alors parvenu, à l’autre bout du fil, la voix d’Alain Guiraudie dont la proposition ne pouvait se refuser. Pierre Deladonchamps a remis le pied à l’étrier, acceptant d’interpréter Franck dans L’Inconnu du lac (2013), qui lui vaudra de recevoir le César du meilleur espoir masculin. Et d’obtenir un visa pour une carrière au cinéma qui se construit, depuis, au rythme régulier d’un long-métrage par an, sous la direction de cinéastes tels que Philippe Claudel (Une enfance), Tran Anh Hung (Eternité), Philippe Lioret (Le Fils de Jean), André Téchiné (Nos années folles), Cécilia Rouaud (Big Bang)… De cette filmographie, l’acteur dit spontanément tirer une certaine « fierté ». Avant de corriger, « non, disons plutôt que je suis heureux d’avoir tourné avec des cinéastes qui m’ont choisi alors que je ne suis pas “bankable”. C’était donc qu’ils aimaient mon travail. Ils m’ont empli d’une forme de confiance – je partais de très bas. Chaque rôle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ #RaideCarpette. Les soirées commencent à Cannes. Avant de se retrouver au bar, tard, en admettant qu’on n’était pas dans les bons plans, il faut quand même tenter sa chance à l’entrée.
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Cannes 2018 : « Même s’il me manque la cerise, le gâteau, je l’ai déjà »

#RaideCarpette. Les soirées commencent à Cannes. Avant de se retrouver au bar, tard, en admettant qu’on n’était pas dans les bons plans, il faut quand même tenter sa chance à l’entrée.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 09h51
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 16h29
    |

                            Charlotte Herzog








                        





#RaideCarpette. 
« C’est dégueulasse qu’ils ne me laissent pas rentrer. » Qu’est-ce que c’est « dégueulasse » ? A Cannes, c’est loin du tapis rouge que l’on trouve la réponse, dans les bars de la Croisette où viennent se faire mousser ceux qui ne sont pas invités aux soirées. Mythos, refoulés, malchanceux, wannabe… c’est à eux que cette chronique veut donner la parole. Paillettes et glamour au placard, #RaideCarpette vous raconte le festival vu de l’autre côté des barrières ou du bar, là où « y a vachement moyen de faire du cinéma ensemble ». 

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« J’ai l’intuition qu’il se passe quelque chose partout, mais que je ne suis invitée nulle part. » En effet, dans la soirée de ce mercredi 9 mai, c’est la Welcome Party sur la plage du Majestic. Après, on peut faire un tour à la soirée de la Quinzaine, au niveau de la plage du Grand Hôtel. Enfin, devant, à l’entrée, quoi. Il y a aussi la projection de Black Panther en plein air, au cinéma de la plage. Libre d’accès. « Oui, mais c’est sur le sable, je me suis pas sapée pour passer la soirée dans le sable. » Eléonore n’a pas de passe membre pour ce soir. Elle allume une cigarette. Elle s’est remise à fumer pour le Festival. « La cigarette sociale, pour maximiser mes chances. »

   


Thierry Frémaux a justifié l’interdiction du selfie – « photo à ego » – sur le tapis rouge, en précisant qu’à Cannes « on vient pour voir, pas pour se voir ». Certes. Mais, selon Franck, perché tout près, sur le petit rebord en face de la sacro-sainte entrée de la soirée, « ici en gros, il y a ceux qui peuvent être sur la Riviera, et ceux qui rêvent d’y être. Mais tout le monde est là pour se faire voir. Cannes, c’est ça, une comédie humaine. Des petits magouilleurs et des grosses michetonneuses. Le refuge des escrocs qui cherchent à prendre leur part de paillettes. Je ne leur en veux pas, moi aussi, je ne dirais pas non à quelques paillettes dans mes épinards comme on dit, mais bon, je les regarde faire, c’est une source d’inspiration sans fin quand je m’ennuie. Mais là, je ne m’ennuie pas, j’observe. »
« Bon, allez les losers, moi, je vais ailleurs »
Deux jeunes filles en robes interminables font leur apparition. Quelques photographes sortis de nulle part mitraillent sous tous les angles. « Tu sais ce qu’ils font là ? » Franck s’est levé, les bras croisés dans le dos, le menton en l’air : « Bah, c’est simple, ils leur font croire que c’est des stars. C’est des photographes pros, qui bossent à leur compte. Dès qu’ils voient des filles susceptibles d’avoir de l’argent mais qui sont personne, ils les prennent en photo, leur filent leur carte et espèrent qu’elles achèteront la photo d’elle en star, à 25 balles sur le site. Et hop ! C’est dur comme boulot, faut tout le temps faire fantasmer des gens alors que, toi, t’as compris depuis longtemps que c’était du vent. »
Eléonore s’écarte et dégaine son portable. « Il ne répond pas, je cherche un autre plan. » Elle rallume une cigarette et enchaîne : « Je suis dégoutée, ils m’ont refoulée, alors que je les ai bien tchatchés. Je commence à gerber Cannes. C’est bon ici y a que des Russes, et les Russes, elles sont quoi ? Elles sont froides. Je leur laisse la Croisette, moi, si elles veulent, de toute façon, la “place to be” maintenant, c’est Miami. Bon, allez les losers, moi, je vais ailleurs. »
Leurs prétextes sont différents, mais tous se ressemblent un peu. Tous se rassemblent dans la queue. Ils et elles guettent en permanence. A cet instant, il semble nécessaire d’être vigilant sur la place que l’on occupe. Tout le temps. Franck me fait du coude-à-coude, il reprend son analyse : « Finalement, c’est peut-être eux, les futurs acteurs. Faudrait penser à faire des castings dans les files d’attente, tout le monde y trouverait peut-être son compte. »
« Franck, est-ce que je peux prendre une photo de vous ?
– Non, je n’ai pas besoin de ta presse, moi. Même s’il me manque la cerise, le gâteau, je l’ai déjà. »

        Lire aussi :
         

                Cannes 2018 : « C’est peut-être pas mon monde à moi, mais moi dans ce monde-là je me sens chez moi »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Interdit au Kenya, le deuxième film de Wanuri Kahiu présenté dans la sélection Un certain regard a été accueilli par une salle debout.
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Cannes 2018 : « Rafiki », la douceur d’un amour

Interdit au Kenya, le deuxième film de Wanuri Kahiu présenté dans la sélection Un certain regard a été accueilli par une salle debout.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 09h23
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 16h43
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


Sélection officielle – Un certain regard
Jamais film kényan n’avait jusqu’à présent été sélectionné à Cannes. Le premier, Rafiki, projeté, mercredi 9 mai, dans la catégorie Un certain regard, a été salué par de longs applaudissements et une salle debout, tournée vers la réalisatrice Wanuri Kahiu et ses deux actrices principales, Samantha Mugatsia et Sheila Munyiva, toutes de blanc vêtues, les larmes aux yeux et le sourire ému. L’interdiction de diffusion de Rafiki au Kenya, au prétexte qu’il « légitimait l’homosexualité », selon la Commission de censure du pays, n’aura pas réussi à gâcher la fête, ni à émousser la fierté que porte en bannière toute l’équipe du film.

        Lire l’entretien avec Wanuri Kahiu :
         

          « Avec “Rafiki”, j’ai voulu raconter une belle histoire d’amour africaine »



Inspiré d’une nouvelle de l’auteure ougandaise Monica Arac de Nyeko, Jambula Tree, le deuxième long-métrage de Wanuri Kahiu conte une belle et douce histoire d’amour entre deux adolescentes, Kena (Samantha Mugatsia) et Ziki (Sheila Munyiva), deux adolescentes dont les pères, politiciens, s’opposent dans une campagne électorale. Elles n’ont pas choisi. Tout comme elles n’ont pas choisi ce trouble qui les intimide lorsqu’elles se croisent.

Kena, corps longiligne dissimulé dans des pantalons et des sweats informes, casquette sur la tête et allure de garçon manqué, ne fréquente pas plus que cela les filles de son âge ; leur préférant plutôt les garçons avec qui elle joue au foot et surtout, Blacksta (Neville Misati), son pote, son meilleur ami. Ziki, formes généreuses, robes à fleurs coupées bien au-dessus du genou, de longues nattes gainées de fils multicolores, traîne au contraire sa dégaine de Lolita des rues, flanquée de deux copines. Bonbon rose affriolant, l’air frondeur, aguicheuse par jeu, Ziki s’attendrit au passage de Kena.
Une image plus moderne
Wanuri Kahiu suit cette rencontre, les regards qui se soutiennent plus qu’à l’ordinaire, plus qu’il ne le faudrait en tout cas dans ce pays où les hommes, la société, l’église condamnent les attirances homosexuelles. La réalisatrice saisit les sourires qui éclairent les visages avant que le premier baiser ne soit encore advenu mais dont la perspective, acquise par un consentement implicite, annonce le bonheur à venir. La caméra s’autorise à filmer de très près les visages, le grain de la peau, la douceur de la caresse avec la même infinie délicatesse que les deux jeunes filles mettent à se découvrir. Une délicatesse qui, très vite, se heurte à la violence de l’interdit, à la réaction des familles, de l’entourage et du voisinage. Elle monte crescendo, jusqu’à l’explosion, féroce et cruelle.

        Lire les portraits de réalisatrices :
         

          Elles font leurs premières armes à Cannes



C’est en faisant se frotter la douceur d’un amour et la brutalité de l’environnement dans lequel il ne peut s’épanouir que Wanuri Kahiu défend son propos, sans avoir jamais besoin de le revendiquer. Dans cette Afrique dont elle montre le conservatisme et le rôle restreint accordé aux femmes – destinées à devenir avant tout de bonnes épouses –, elle aura glissé une autre image. Plus moderne, joyeuse, optimiste et tendre.

Film kenyan de Wanuri Kahiu. Avec Samantha Mugatsia, Sheila Munyiva, Neville Misati (1 h 22). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.meteore-films.fr/distribution-films/rafiki



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ ETA vient de s’autodissoudre. « Patria », bilan sensible de soixante ans de terrorisme séparatiste et best-seller signé Fernando Aramburu, paraît en France à point nommé.
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édition abonné


Le roman qui réconcilie les Basques

ETA vient de s’autodissoudre. « Patria », bilan sensible de soixante ans de terrorisme séparatiste et best-seller signé Fernando Aramburu, paraît en France à point nommé.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 09h00
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Patria, de Fernando Aramburu, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, Actes Sud, 624 p., 25 €.

Plus qu’un succès : un plébiscite. Patria, de Fernando Aramburu, fresque couvrant près de cinquante ans de l’histoire du Pays basque et d’ETA, n’a pas attendu l’annonce officielle de la dissolution de l’organisation séparatiste, jeudi 3 mai, pour devenir un phénomène de société débordant de la sphère littéraire. Paru en septembre 2016, il s’est écoulé en Espagne à plus de 700 000 exemplaires. Il en est à sa 28e réimpression et sa vie ne fait que commencer : il est en effet en cours d’adaptation en série pour la chaîne HBO Espagne. Quant aux traductions à l’étranger (30 000 exemplaires vendus en Allemagne comme en Italie), elles vont bon train.

Cocktails Molotov, colonnes de fumée, autobus incendiés
Les lecteurs se sont passionnés pour les péripéties des deux familles au centre de ce roman de plus de 600 pages : deux clans du même village, amis de longue date avant d’être séparés par le terrorisme d’ETA et ses répercussions tragiques sur les existences de chacun des protagonistes. Même enthousiasme du côté des critiques littéraires, dont certains sont allés jusqu’à comparer Aramburu à Tolstoï et à Benito Perez Galdos (1843-1920), le « Balzac espagnol ». « Il n’y a que Patria qui m’ait fait vivre, depuis l’intérieur, non pas comme un lointain témoin mais comme un bourreau et une victime de plus, les années de sang et d’horreur dont a souffert l’Espagne avec le terrorisme d’ETA (…) », a ainsi déclaré le Prix Nobel Mario Vargas Llosa dans le quotidien El Pais, en comparant l’auteur à Conrad et Malraux. Le livre a aussi été loué par des hommes politiques de tout bord, dont le premier ministre espagnol, ­Mariano Rajoy.
Fernando Aramburu, né dans la banlieue de Saint-Sébastien en 1959, l’année même de la création d’ETA, était évidemment loin...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Depuis « Les Beaux Gosses » en 2009, l’acteur a tourné dans une vingtaine de films et récolté trois nominations aux Césars. Il se retrouve pour la première fois en Sélection officielle à Cannes avec « Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                
                                    

Cannes 2018 : les beaux rôles et la joyeuse clique de Vincent Lacoste


                      Depuis « Les Beaux Gosses » en 2009, l’acteur a tourné dans une vingtaine de films et récolté trois nominations aux Césars. Il se retrouve pour la première fois en Sélection officielle à Cannes avec « Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 10h53
    |

                            Clémentine Goldszal








   


Vincent Lacoste, 24 ans, plus de 25 films tournés. Et déjà une histoire d’affinités électives : deux avec Riad Sattouf, idem avec Julie Delpy et Thomas Lilti. Les mêmes noms parsèment également en sous-main son parcours : l’actrice et réalisatrice Noémie Lvovsky, les jeunes comédiens Félix Moati, Antoine de Bary et William Lebghil… « On se marre bien, tous ensemble », dit Lacoste, à l’affiche de Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré, en salle le 10 mai.
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        L’acteur de 24 ans se retrouve pour la première fois en Sélection officielle à Cannes avec « Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré. De Riad Sattouf à Virginie Efira ou Julie Delpy, il revient sur ses rencontres marquantes."
            data-slide-description="Vincent Lacoste, à Paris, le 27 avril 2018."
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        Riad Sattouf, réalisateur"
            data-slide-description="« Quand j’ai rencontré Riad, j’avais 14 ans et je ne savais pas du tout quoi faire dans la vie si ce n’est avoir le brevet. Je voulais essentiellement être riche et avoir des relations sexuelles avec des femmes. J’ai tenté le casting des « Beaux Gosses » en voyant une annonce passée à la cantine du collège. La première fois que je l’ai rencontré, je l’ai pris pour l’assistant un peu timide et efféminé du directeur de casting, qui était un grand bonhomme barbu. Riad prend les adolescents au sérieux : il a été la première personne à s’adresser à moi comme à un adulte. A l’époque, il comprenait sans doute plus de choses de moi que moi de lui, mais nous sommes devenus très proches pendant le tournage, et encore plus quand nous nous sommes retrouvés pour « Jacky au royaume des filles », quatre ans plus tard. J’avais passé le bac et arrêté l’école, et on a commencé à se voir beaucoup. Riad m’a énormément appris. La première fois que j’ai fait l’amour avec une fille, c’est lui que j’ai appelé. Je lui ai beaucoup demandé conseil sur mes choix de films. Mais, si je l’écoutais, je ne ferais que ses films… Quand j’ai fait des choses qui ne lui plaisaient pas, il était scandalisé. Maintenant, c’est parfois lui qui me demande mon avis. Mais bon, en général, c’est plutôt moi qui consulte le vieux sage. »"
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        Antoine de Bary, acteur et réalisateur"
            data-slide-description="« C’est mon ami Félix Moati qui nous a présentés, il y a six ou sept ans. J’habitais avec ma copine dans le 11e, et au moment où on s’est séparés et que je me suis retrouvé seul dans l’appartement, le hasard a fait qu’Antoine emménageait à une minute de chez moi. A partir de ce moment, on a passé notre vie ensemble. Je viens de finir le tournage de son premier long-métrage,  »Le Jour de gloire« , l’histoire d’un ex-enfant star dont la vie part en sucette. Il se fait virer de chez lui, n’arrive plus à bander, a des relations compliquées avec ses parents… Le film est un condensé de nos angoisses à tous les deux, un scénario catastrophe : ne plus travailler, ne plus pouvoir avoir de meuf, ne plus s’entendre avec ses parents, ne plus avoir de potes… Mais c’est une comédie ! Ça fait des années que nous parlons du film, j’ai lu toutes les versions du scénario, fait quelques notes… Le tournage a été un moment génial, et pourtant je n’ai eu que des problèmes ; je me suis blessé à l’arcade sourcilière, j’ai eu une inflammation de la paupière et on a dû me filmer de profil pendant une semaine. Mais j’ai aimé tout ce qu’il faisait. Chaque matin, il se permettait des trucs d’une liberté incroyable, inventait tout le temps, et faisait totalement confiance aux acteurs. »"
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        Justine Triet, réalisatrice"
            data-slide-description="« Pendant quelques années après  »Les Beaux Gosses« , j’ai fait beaucoup de comédies, que des rôles d’ados… Justine m’a offert un rôle dans « Victoria » , et a été la première à capter quelque chose de moi que personne n’avait vu. Elle a un vrai génie de la mise en scène, et un univers très fort qui transcende le banal. Travailler avec elle m’a fait prendre confiance en moi. Avec son enthousiasme, elle arrive à sortir des choses des acteurs d’une manière très douce. Tu as l’impression de te dépasser, mais elle t’y amène au fur et à mesure, en te mettant en confiance. Du coup, tu lâches prise sans t’en apercevoir, mais en étant totalement consentant. « Victoria », ça a été l’un des plus beaux tournages de ma vie, celui où je me suis senti le plus épanoui, à tel point que je n’avais aucun doute sur le fait que le film allait marcher. Moi qui trouve toujours un truc qui ne va pas dans tout ce que je fais, là je n’avais rien à redire. »"
            data-slide-item-lie=""

        
        Virginie Efira, actrice"
            data-slide-description="« Nous ne nous connaissions pas avant de tourner ensemble dans  »Victoria ». Nous sommes tous les deux très timides. Au début, nous n’arrivions pas à communiquer. Virginie vit dans un monde parallèle où elle n’a pas conscience que les choses lui arrivent. Elle est hyperbelle, mais c’est comme si elle vivait dans le corps d’une autre personne, une petite meuf pas sûre d’elle qui a besoin d’être rassurée. Alors qu’elle est géniale de bout en bout ! En revanche, elle a confiance en elle quand elle joue. Elle est juste tout le temps, et tout de suite. J’ai tourné ma première scène de sexe avec elle, et c’était la première fois pour elle aussi. C’était super de faire ça ensemble. C’était très pudique, et Justine était à côté de nous en minishort, avec sa chemise nouée, à moitié nue elle aussi, à nous encourager. »"
            data-slide-item-lie=""

        
        Christophe Honoré, réalisateur"
            data-slide-description="« J’étais très heureux quand il m’a proposé le rôle d’Arthur dans « Plaire, aimer et courir vite ». J’aime ses films depuis longtemps, et c’était la première fois que je travaillais avec un réalisateur dont j’étais un peu fan. Il m’a impressionné sur le tournage. On sent qu’il a fait douze films ; il a une maîtrise incroyable. Sa direction d’acteurs est quasi chorégraphique. Ce cadre permet une immense liberté, car il aime vraiment ses comédiens. Il est toujours très doux, ne fait jamais quelque chose qui pourrait te brusquer… Il m’a vraiment fait rentrer dans son univers, à la manière d’un grand manitou : à partir du moment où tu le côtoies, il t’ouvre les portes de son monde, et cela devient le meilleur possible pour toi. Pour préparer le rôle, il m’a demandé de regarder quelques films (« My Own Private Idaho », de Gus Van Sant, « Happy Together », de Wong Kar-wai) et de lire « La Ligne de beauté », d’Alan Hollinghurst, un gros pavé que je n’ai jamais terminé ! Il m’avait aussi fait une « mixtape », donné l’album du groupe anglais The La’s, et nous a demandé, à mon partenaire Pierre Deladonchamps et moi-même, de porter un parfum particulier pendant tout le tournage. C’était génial : sur le plateau, on sentait déjà la tonalité qu’il voulait donner au film. »"
            data-slide-item-lie=""

        
        Thomas Lilti, réalisateur"
            data-slide-description="« Avant  « Hippocrate », Thomas avait fait un film, « Les Yeux bandés », sorti en 2008, qui n’avait eu aucun succès, mais que j’avais vu. Mes parents m’emmenaient souvent voir des avant-premières à la Fondation Gan pour le cinéma. Ça me faisait chier évidemment, mais je me souviens très nettement avoir vu le film, et il était là. Du coup, quand nous nous sommes rencontrés pour « Hippocrate », je savais qui il était, et que j’avais envie de tourner avec lui. C’était mon premier film un peu sérieux. Avec lui, j’ai découvert les scènes dramatiques. Il m’a offert quelque chose que personne ne me proposait à l’époque et je lui en suis très reconnaissant. Nous sommes restés amis depuis, et il est aussi assez copain avec Félix Moati, qui a un petit rôle dans « Médecin de campagne ». Pour son dernier film, « Première Année », le dernier volume de sa trilogie sur la médecine, il nous a réunis, William Lebghil et moi. Il est très bon pour capter les affinités de chacun et réunir des gens qui s’entendent bien dans ses castings. »"
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        Julie Delpy, actrice et réalisatrice"
            data-slide-description="« Quand j’ai joué dans son film « Le Skylab », j’avais 16 ans. J’étais en première, je passais le bac de français. Nous nous sommes tous retrouvés pendant un mois et demi dans une grande maison de campagne à côté de Brocéliande. Au milieu de tous ces acteurs (Eric Elmosnino, Denis Ménochet, Bernadette Lafont, Emmanuelle Riva), je me suis senti adulte pour la première fois. C’est le premier film que j’ai fait en ayant conscience que c’était mon métier. Et en même temps, c’était un bordel généralisé, la colo totale. En travaillant avec Julie sur ce film, puis quand je l’ai retrouvée quatre ans plus tard pour « Lolo », j’ai compris que je voulais faire des films d’auteur. Pas nécessairement des films intellos, mais rentrer dans l’univers de quelqu’un. Julie elle-même est un personnage incroyable, complètement zinzin. Elle est à la fois tout-terrain et inadaptée ; même ses problèmes sont hilarants. Je voudrais continuer à m’inscrire dans l’imaginaire de gens comme elle, que j’aime et que j’admire. »"
            data-slide-item-lie=""

        
        Noémie Lvovsky, actrice et réalisatrice"
            data-slide-description="« Noémie est la première actrice avec qui j’ai vraiment joué. Sur le tournage des « Beaux Gosses » , la regarder m’a fait prendre conscience de ce que c’était de jouer la comédie, et surtout de jouer avec quelqu’un. Elle était passionnée, très directe, intense ; j’ai compris en la regardant qu’il n’y avait pas de honte à crier, à hurler… Nous nous sommes retrouvés ensuite pour son film, « Camille redouble », puis dans « Le Skylab », de Julie Delpy, dans « Jacky au royaume des filles », et récemment dans le film de Félix Moati, « Deux Fils », où elle a un petit rôle. Elle a un penchant extrême, n’hésite pas à se mettre dans des états pas possibles. Pour une scène où elle devait rire, elle a pris du gaz hilarant toute la journée. Et sur le tournage de « Camille redouble », pour une séquence où elle était censée s’évanouir, elle s’est mise à boire du café salé pour avoir l’air envapée. C’est une comédienne vraiment impressionnante. »"
            data-slide-item-lie=""

        
        William Lebghil, acteur"
            data-slide-description="« Riad Sattouf m’avait parlé de lui parce qu’il avait joué dans sa série « Mes colocs ». J’étais un peu jaloux, jusqu’à ce que je le rencontre finalement en faisant  « Jacky au royaume des filles ». C’était un tournage assez dur, trois mois en Géorgie, où je me suis rendu compte que, pour faire des films, il fallait parfois donner un peu de soi. On passait la journée voilés. Le micro était caché sous le voile et, quand on le retirait, on gardait la marque pendant une heure sur le front, comme si on avait mis une casquette trop serrée. On allait zoner tous les trois, avec Anthony Sonigo, qui était déjà mon partenaire des « Beaux Gosses », dans le spa de notre hôtel géant. William et moi sommes devenus très amis et, depuis, on se voit tout le temps. C’est un acteur extraordinaire, je l’admire énormément. Nous avons les mêmes questionnements. En plus, il adore manger et moi, j’adore la bonne bouffe. Will vit comme un mec de 40 ans : il a son petit appart tranquillos, décoré comme un bistro cool, avec des lumières tamisées, un superbe plancher… C’est toujours parfaitement rangé, chaque chose à sa place ; il a des plantes qui ne meurent jamais, des bouteilles de whisky, de cognac, d’armagnac… Il est hyperangoissé, mais il me rassure énormément. »"
            data-slide-item-lie=""

        
        Félix Moati, acteur et réalisateur"
            data-slide-description="« Nous nous sommes rencontrés une première fois au “Grand Journal”, où nous étions tous les deux invités. Je devais avoir 16 ans, et lui 19. J’étais très timide, lui plutôt extraverti. Nous avons vaguement gardé contact, mais nous sommes devenus amis plus tard, à un moment particulier pour moi : je venais d’arrêter l’école, et je me suis retrouvé un peu tout seul. Mes copains de lycée étaient à la fac ; moi j’avais envie de sortir, de rencontrer des gens, j’étais inhibé avec les filles… Je ne savais pas comment vivre. En plus, j’ai longtemps été émétophobe. La phobie de vomir me rendait très anxieux, j’avais la nausée tout le temps (mon psy m’a dit plus tard que j’avais “mal au cœur”…). Félix et moi, on était acteurs, mais on n’avait rien à faire en fait. J’admirais sa vie, il était décontracté, avait toujours un truc à faire, quelqu’un à voir… On a commencé à sortir beaucoup. Il m’a appris à grandir. En 2016, j’ai joué dans son premier court-métrage, Après « Suzanne », et l’année dernière dans son premier film, « Deux Fils », qu’il est en train de terminer. Une expérience géniale. »"
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L’acteur de 24 ans se retrouve pour la première fois en Sélection officielle à Cannes avec « Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré. De Riad Sattouf à Virginie Efira ou Julie Delpy, il revient sur ses rencontres marquantes.            
Vincent Lacoste, à Paris, le 27 avril 2018.

ALEXANDRE GUIRKINGER POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »
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L’histoire a commencé en 2008, avec l’auteur de bande dessinée Riad Sattouf, qui a fait de l’adolescent du collège Mallarmé, dans le 17e arrondissement parisien, le héros des Beaux Gosses, leur premier film à tous les deux. Il y était Hervé, inoubliable loser dégingandé, obsédé par le sexe. Naissait un acteur, une présence particulière, faite d’un malaise joyeux et d’une assurance innée face à la caméra. Pas de cours de comédie, ni d’épiphanie lors de la pièce de fin d’année au collège. Son métier, Vincent Lacoste l’a compris sur les plateaux, au contact de ces réalisateurs qui lui ont « tout appris ». « Ce sont tous mes profs. » Ainsi qualifie-t-il cette smala qui gravite autour de lui. Justine Triet, avec qui il a connu le succès (critique et public) pour Victoria. Julie Delpy, qui l’a invité dans la folie du Skylab alors qu’il débutait encore puis dans Lolo. Thomas Lilti, qui lui a offert son premier rôle « dramatique » dans Hippocrate, en attendant Première année en septembre prochain. D’eux, il dit : « J’aimerais faire tous leurs films. »

Le maître à penser Riad Sattouf
Riad Sattouf, pygmalion, meilleur ami, maître à penser, alter ego, est le patriarche dans cette famille réinventée. Cette rencontre a changé sa vie, et Lacoste lui voue une fidélité de cœur et de travail à la vie à la mort. Sattouf, c’est un premier film, une révélation, une première virée cannoise (à la Quinzaine des réalisateurs en 2009), une porte entrouverte pour un ado qui ne pensait même pas qu’acteur puisse être un métier. Vincent Lacoste ne quittera plus la Croisette. Hippocrate, de Thomas Lilti à la Semaine de la critique en 2014, Victoria, de Justine Triet deux ans plus tard…
Dans quelques jours, il sera pour la première fois en Sélection officielle, avec Christophe Honoré. Nouvel arrivant dans l’univers Lacoste, le romancier-cinéaste-metteur en scène a lui aussi vu en l’acteur une image fantasmée de sa jeunesse. Dans Plaire, aimer et courir vite, Vincent est Arthur, un jeune Rennais des années 1990, passionné de littérature, qui entrevoit son avenir artistique et sentimental dans la figure d’un aîné parisien, écrivain désabusé, père homosexuel et malade du sida (émouvant Pierre Deladonchamps).

        Lire aussi :
         

                Sacré Hippocrate !



Ces douze derniers mois, Vincent Lacoste a tourné dans quatre autres films, dont deux premiers longs avec des amis proches. Félix Moati et Antoine de Bary, primo-cinéastes, avaient déjà filmé leur « pote » dans leurs courts-métrages. A leur manière, tous ensemble, ils reconstituent une formule un peu Nouvelle Vague, un peu Nouvel Hollywood, où règnent l’esprit de bande et la complicité productive. Le rêve de Vincent Lacoste ? Tourner avec Aki Kaurismäki. Parce que sa vision est « géniale » et parce qu’« il a l’air austère, mais d’une manière hilarante », glisse-t-il. Faire du plaisir un absolu, voire le mètre étalon de la réussite ? Vincent Lacoste fait mentir les adages doloristes qui disent s’épanouir dans l’adversité. A travers sa famille d’élection, il dessine son autoportrait en jeune artiste qui prend la joie très au sérieux.

   


« Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré, avec Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps et Denis Podalydès (2 h 12), en salle le 10 mai.



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Le deuxième long-métrage de Kirill Serebrennikov, qui, assigné à résidence, n’a pas pu accompagner son film au Festival, célèbre la force créative et amoureuse de la jeunesse.
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Cannes 2018 : « Leto », le soleil du rock dans la grisaille soviétique

Le deuxième long-métrage de Kirill Serebrennikov, qui, assigné à résidence, n’a pas pu accompagner son film au Festival, célèbre la force créative et amoureuse de la jeunesse.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 08h00
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Sélection officielle – en compétition
Le soleil brille aussi en noir et blanc. Il n’est pas de grisaille qu’il ne puisse illuminer, même celle qui écrasait la vie quotidienne en Union soviétique, dans les dernières années de l’ère Brejnev. Leto, deuxième long-métrage de Kirill Serebrennikov, est une célébration énergique et gracieuse de la force solaire qui animait une poignée de musiciens, à Leningrad, au début des années 1980. Kino et Zoopark, les deux groupes phares des bords de la Neva, menés respectivement par Viktor Tsoi et Mike Naumenko, avaient tous deux inscrit une chanson intitulée Leto (l’été) à leur répertoire.

        Lire le portrait :
         

          L’hiver forcé du réalisateur russe Kirill Serebrennikov



Il faut espérer que dans quarante ans, un cinéaste (s’il en reste) cherchera et trouvera dans la Russie de Vladimir Poutine des héros du calibre de Viktor Tsoi et Mike Naumenko, capables de tenir en respect un régime peu soucieux de liberté créative, voire de contribuer à sa chute. Pour l’instant, Kirill Serebrennikov reste assigné à résidence à Moscou. A Cannes, l’équipe de Leto, producteurs, acteurs, a monté les marches menant au Grand Théâtre Lumière en arborant des badges à l’effigie du metteur en scène et en brandissant une pancarte à son nom, en caractères latins, symboles qui ont été ovationnés.

   


Une vie quotidienne aux horizons bouchés
Les deux premières séquences du film définissent les deux pôles entre lesquels va circuler l’inépuisable énergie des personnages. On voit d’abord, au fond d’une cour un peu sordide, des filles improviser une échelle pour entrer dans un lieu d’où sort un grondement électrique. C’est le club rock de Leningrad, concession du régime aux frustrations de la jeunesse. Sur scène, Mike Naumenko (Roman Bilyk/Roma Zver) et Zoopark chantent (sans tout à fait hurler) une vie quotidienne aux horizons bouchés. Dans la salle, les jeunes gens enthousiastes sont surveillés avec attention par le personnel du club qui les empêche de se lever ou même de se trémousser sur leur chaise.
Vient ensuite une excursion sur une plage voisine, fête du solstice aux libations sans fin, à laquelle se joignent deux nouveaux venus, dont Viktor Tsoi (Teo Yoo), ange ténébreux. Son talent éclate aux yeux de tous (et d’abord à ceux de l’épouse de Mike Naumenko, Natasha, que joue Irina Starshenbaum) dès qu’il prend sa guitare et se met à chanter. Si l’on s’en tient aux clichés du show-business, ou même aux comportements prédominants dans l’espèce humaine, la suite est réglée comme du papier à musique : la meute des rockers se placera sous la domination d’un nouveau mâle alpha, qui héritera de la gloire et de la compagne de son prédécesseur.
Une histoire d’amour d’une pureté rare
Peut-être grâce à l’intégrité dont firent preuve ses modèles, il y a quarante ans, sûrement grâce à son désir de bonheur, Kirill Serebrennikov raconte une tout autre histoire. L’aîné fera tout pour aider son cadet à se hisser au sommet, les amoureux (car dans cette histoire, comme dans Jules et Jim, un amour infini – mais fragile – circule entre les deux garçons et la jeune femme) tenteront d’être heureux en se préservant les uns les autres des blessures qu’ils s’infligent, du mieux qu’ils le peuvent.
Les hauts et les bas de cette histoire d’amour d’une pureté rare ont pour contrepoint les affres de la création sous un régime qui ne tient guère à la laisser s’épanouir. Mike est un peu pusillanime (quand il parle de son pays comme d’un « marécage », un de ses amis lui fait remarquer qu’il aime à en être le premier crapaud) alors que Viktor Tsoi est à la fois incorruptible (il refusera toute sa vie d’enregistrer pour le label d’Etat Melodiya) et ambitieux, il entamera une carrière internationale.
Leurs tribulations sont scandées d’intermèdes musicaux, adaptations très russes de succès de la New Wave et de ses ancêtres
Chacun à leur manière, ils envisagent le succès avec méfiance. Teo Yoo retrouve l’arrogante innocence, la séduction irréfutable de Viktor Tsoi pendant que Roman Bilyk (Roma Zver) et Irina Starshenbaum composent des personnages complexes, téméraires et empêchés. Leurs tribulations sont scandées d’intermèdes musicaux, adaptations très russes de succès de la New Wave et de ses ancêtres (de Mott The Hoople à Blondie, en gros). L noir et blanc lyrique de Leto (l’image est de Vladislav Opelyants) s’agrémente alors d’enluminures punk, de calembours visuels réjouissants.
Pendant ces moments, particulièrement en mettant en scène une bagarre imaginaire entre rockers et défenseurs des vraies valeurs soviétiques, Kirill Serebrennikov rappelle le poids de la chape qui pesait sur ces jeunes gens, les dangers qu’ils encouraient. Mais c’est pour mieux, l’instant d’après, revenir au bonheur d’aimer, de créer, de se croire immortels. Viktor Tsoi est mort en 1990 d’un accident de voiture, Mike Naumenko a succombé à une crise cardiaque l’année suivante.

Film russe et français de Kirill Serebrennikov. Avec Roman Bilyk (Roma Zver), Teo Yoo, Irina Starshenbaum (2 h 06). Sortie en salle prévue le 5 décembre. Sur le Web : www.bacfilms.com/distribution/fr/films/leto



                            


                        

                        


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Trois romans et un essai pour un week-end littéraire

Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » propose ses coups de cœur.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 08h38
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cessez donc de pester contre ce train qui ne vient pas et contre le soleil qui s’en va, et ouvrez un des quatre livres sélectionnés pour vous cette semaine : un polar sobre, un roman « participatif », une fresque basque et un essai sur les capacités des animaux combleront les appétits littéraires les plus aiguisés.
ROMAN : « Pour services rendus », de Iain Levison

   


« Et leurs baisers au loin les suivent. » On pense à ce vers d’Aragon. « Et leurs mensonges au loin les suivent » pourrait être le titre de ce livre. Pas exactement un roman sur la guerre du Vietnam – malgré des descriptions à donner la chair de poule. Plutôt une réflexion sur la façon dont nos compromissions ne meurent jamais. Toujours sur nos talons, prêtes à resurgir, même un demi-siècle plus tard.
Au nord de Saïgon, en 1969, le sergent Fremantle commande un régiment américain lorsque arrive un « bleu », Billy Drake. Tous deux vont être témoins d’une boucherie absurde : deux paysans vietnamiens et leur buffle abattus par erreur par un Américain fou. Bientôt, les victimes sont transformées en « dangereux Vietcongs » et reléguées dans les bas-fonds crasseux de la mémoire. Jusqu’en 2016. Drake est alors dans la course aux sénatoriales. Il vante ses faits d’armes au Vietnam quand un opposant exhume cette histoire. Panique. Drake retrouve Fremantle, devenu flic dans le Michigan. S’il acceptait de confirmer son faux discours, il pourrait compter sur des crédits conséquents pour son commissariat…
Mensonges, corruptions, manipulations. Ce qui frappe, c’est la profondeur de champ de Iain Levison. Sa façon de traiter le temps qui passe sur les êtres. Leur complexité. Aucun commentaire. Juste le récit, factuellement ironique, avançant sans belles phrases ni bons sentiments. Sobre, précis, glaçant. Une machine romanesque – la plus noire de l’auteur – impossible à arrêter. Florence Noiville
« Pour services rendus », de Iain Levison, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fanchita Gonzalez Batlle, Liana Levi, 224 pages, 18 €.
ROMAN : « Crépuscules », de Joël Casséus

   


Deux silhouettes avancent péniblement sur une route poussiéreuse. Depuis le porche d’une auberge, un homme les regarde en silence, tandis que l’angoisse le gagne : « Viennent-ils avec de sombres desseins ? »
Présenté comme une fable d’anticipation, le cinquième roman du Québécois Joël Casséus emprunte au western son phénomène déclencheur : l’arrivée d’étrangers dans une communauté menace son équilibre et révèle la nature profonde de chacun. Ainsi en va-t-il des habitants du bidonville où se déroule l’intrigue, en huis clos. D’eux, on ne connaît ni le nom, ni le pays, ni l’époque où ils vivent. « La femme », « l’homme », « les jumeaux » sont des marginaux, anonymes comme l’Etat qui les menace, comme la guerre qu’ils cherchent à fuir.
La force du roman repose notamment sur la façon qu’a Joël Casséus de nous plonger au cœur de ce que ressentent les personnages grâce à un procédé audacieux : le récit, au présent et à la première personne, passe, sans signe annonciateur, d’un narrateur à l’autre – ils sont douze en tout. Ajoutez à cela l’imprécision du lieu, de l’époque et des événements…
Lire Crépuscules est une troublante expérience, forcément influencée par les tragédies, réelles ou fictives, qui habitent notre esprit et notre imaginaire. C’est en cela un texte « participatif », âpre et en perpétuelle métamorphose, qui exige simultanément l’attention et le lâcher-prise de son lecteur. Face aux silences créés par son style épuré, on se retrouve seul, confronté à ses propres peurs. Gladys Marivat
« Crépuscules », de Joël Casséus, Le Tripode, 160 pages, 16 €.
ROMAN : « Patria », de Fernando Aramburu

   


Pays basque espagnol, janvier 2011. Alors que l’ETA annonce renoncer aux attentats, une femme, Bittori, va se recueillir sur la tombe de son défunt mari : le « Txato », assassiné des années plus tôt par l’organisation armée indépendantiste pour avoir refusé de payer l’impôt révolutionnaire exigé. Sa veuve vient lui dire qu’elle a décidé de retourner s’installer dans le village où ils ont vécu avec leurs trois enfants avant d’être ostracisés par l’ensemble des habitants. Dans ces mêmes lieux, où ce retour déplaît, vivent encore leurs anciens amis proches : Miren et Joixan, dont le fils aîné, Joxe Mari, engagé dans la lutte armée – et désormais incarcéré –, a peut-être été mêlé au crime.
Retraçant d’un trait franc et affûté plusieurs décennies de la vie de l’Euskadi et de l’ETA, Fernando Aramburu compose une fresque vibrante et contrastée de la société basque, qui montre comment la diffusion des idées indépendantistes et la justification du terrorisme ont pu gagner jusqu’à ses sphères les moins politisées.
Opérant par flash-back entre les différentes époques traversées par ses neuf personnages principaux, Patria, construit en un feuilleton de 125 courts chapitres, est surtout une captivante histoire de passions humaines, dans laquelle l’amour, l’amitié, la haine, la trahison, le repentir et le désir de pardonner sont pris entre les feux des événements politiques qui les dépassent inéluctablement. Ariane Singer
« Patria », de Fernando Aramburu, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, Actes Sud, 624 pages, 25 €.
ESSAI. « Qu’est-ce qui fait sourire les animaux ? », de Carl Safina

   


Vaste synthèse des expériences et observations accumulées dans les dernières décennies, en particulier sur les éléphants, les loups et les orques, Qu’est-ce qui fait sourire les animaux ?, de l’essayiste américain Carl Safina, est décisif pour faire le point sur notre connaissance de la vie animale, qui se renouvelle à une vitesse sidérante.
Le temps est venu, ainsi que la communauté scientifique le reconnaît depuis quelques années, d’aborder les animaux comme des êtres doués de conscience : tel est l’axe de Carl Safina, qui éclaire à cette lumière les histoires qu’il raconte – celle d’éléphants qui jouent, quand ils sont tranquilles, à chasser des lions imaginaires ou d’un chimpanzé à qui l’on a appris le langage des signes et qui, au lieu de mordre, fait le signe « mordre » quand il est énervé… Pour autant, le livre ne verse jamais dans l’anthropomorphisme ni dans l’idéalisation des animaux.
Les connaître mieux, comprendre davantage la fraternité qui peut nous unir à certains d’entre eux : le programme tracé par Carl Safina n’efface aucune des différences qui continuent de nous distinguer. Il les approfondit au contraire, et trouve en elles ce qui est sans doute le but même de ce livre : le lieu d’une forme neuve, et inépuisable, d’émerveillement. Florent Georgesco
« Qu’est-ce qui fait sourire les animaux ? Enquête sur leurs émotions et leurs sentiments » (Beyond Words. What Animals Think and Feel), de Carl Safina, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Odile Demange, Vuibert, 560 pages, 24,50 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ En ouverture de la Semaine de la critique, le film de Paul Dano relate l’émancipation d’une femme (Carey Mulligan) dans l’Amérique du début des années 1960.
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Cannes 2018 : « Wildlife », le tableau d’une Amérique pas si « wild »

En ouverture de la Semaine de la critique, le film de Paul Dano relate l’émancipation d’une femme (Carey Mulligan) dans l’Amérique du début des années 1960.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 05h40
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 09h39
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Semaine de la critique – film d’ouverture
Wildlife, le film d’ouverture de la Semaine de la critique, de l’acteur américain Paul Dano, est d’abord une chronique du couple qui vacille, thématique « forte » de l’édition cannoise 2018. Ce premier long-métrage est ensuite une histoire étonnante, celle de l’émancipation d’une femme dans l’Amérique du tout début des années 1960 : Jeannette, interprétée par Carey Mulligan, se met à travailler alors que son mari joueur de golf (Jake Gyllenhaal) a perdu son travail et ne s’en remet pas. Dès lors, plus rien ne sera comme avant. 
« Je sens que je dois me réveiller », confie la mère à Joe, son fils unique de 14 ans – Ed Oxenbould, révélé dans The Visit (2015), du réalisateur d’origine indienne M. Night Shyamalan. Devant un adolescent sensible qui absorbe tout comme une éponge, les parents déballent leurs déboires. Le drame conjugal est vécu par le trio, installant une tension psychologique un peu malsaine. Joe pourrait mal tourner. C’est le contraire qui se produit. Quand le père s’en va et que la mère, traversée par ses propres turbulences amoureuses, n’est plus le point d’ancrage qu’elle était, c’est lui qui devient l’homme de la maison.
Petits bouts de rêve américain
Wildlife est le tableau d’une Amérique mélancolique, qui endure sa peine, rêve d’élévation sociale et attend son tour. Le scénario a été coécrit par Paul Dano et Zoe Kazan – actrice, dramaturge, productrice, elle est aussi la compagne de Paul Dano et la petite-fille d’Elia Kazan – à partir du roman de Richard Ford, Une saison ardente (L’Olivier, 1991). Les images de « dîners », de maisons en bois, d’échoppes désertes se succèdent comme autant de clins d’œil à Edward Hopper (1882-1967), peintre du réalisme américain et des classes moyennes. Est-ce cette référence, très présente, qui finit par figer un peu le film ? Le cadre est soigné, l’image propre, surtout lorsqu’il s’agit de mettre en scène les parents, d’anciens beaux gosses qui espèrent toujours atteindre leur rêve.
Joe, le fils au physique plutôt ingrat, qui assume ne pas aimer le foot et voit tout se déliter autour de lui, a compris qu’il n’y a plus de voie tracée. Il y a donc matière à flotter. C’est avec lui que le film trouve ses moments de poésie, lorsque le gamin s’échappe après les cours avec sa copine, et se construit jour après jour sans véritable modèle parental. Détail jubilatoire de l’histoire, pour gagner un peu d’argent, Joe est employé dans un studio de photo où il immortalise des petits bouts de rêve américain : un mariage, une famille endimanchée, etc. L’illusion se fige sur les clichés. Ce qui compte, c’est le moment, lui explique son vieux patron. Alors, quand le film touche à sa fin et paraît s’enfoncer dans un mauvais mélo, c’est Joe qui démêle le scénario en tirant un portrait, comme on tire les ficelles.

Film américain de Paul Dano. Avec Carey Mulligan, Ed Oxenbould et Jake Gyllenhaal (1 h 44). Sortie en salle le 19 décembre. Sur le Web : www.semainedelacritique.com/fr/edition/2018/film/wildlife



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Christophe Honoré filme un touchant mélodrame mettant en scène l’amour entre un trentenaire atteint du sida et un jeune étudiant dans les années 1990. Une réussite.
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Cannes 2018 : « Plaire, aimer et courir vite », la sonate du désir et de la mort

Christophe Honoré filme un touchant mélodrame mettant en scène l’amour entre un trentenaire atteint du sida et un jeune étudiant dans les années 1990. Une réussite.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 05h35
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 11h11
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Sélection officielle – en compétition
Voici un an, 120 battements par minute, de Robin Campillo, faisant sensation à Cannes, avant de se mettre en ordre de marche pour une très belle carrière et une pluie de récompenses aux Césars. Film-jalon dans l’histoire de la représentation du sida, embrassant tout à la fois la dimension intime et collective, sentimentale et sociétale, son envergure pouvait a priori décourager les tentatives de s’aventurer aussi vite à sa suite.
C’est ce qu’a pourtant fait Christophe Honoré qui a l’élégance de remporter haut la main son pari avec ce nouveau film, Plaire, aimer et courir vite, qui se dévoile dans la compétition cannoise en même temps qu’il sort en salles. Foulant de prime abord le même territoire – des hommes qui s’aiment à l’ombre encore fatale du sida dans le Paris des années 1990 –, il se cantonne, quant à lui, à la sphère intimiste, dans une mise en scène délicate, enlevée et élégiaque qui en fait un beau et touchant mélodrame.
Renouant avec la veine urbaine et impressionniste de Dans Paris (2006) et des Chansons d’amour (2007), l’histoire réunit Jacques (Pierre Deladonchamps), un écrivain trentenaire et parisien atteint du sida, père d’un garçonnet, et Arthur (Vincent Lacoste), jeune étudiant rennais étourdi d’aventures charnelles, qui rêve de larguer les amarres et de monter dans la capitale.

        Lire le portrait :
         

          Pierre Deladonchamps, plus si inconnu



Le premier, de plus en plus emporté par la maladie qui progresse, se partage entre deux sentiments contradictoires, cueillir l’amour qui s’offre comme un nouveau printemps et le maintenir à distance dans la conscience plus claire d’un désengagement nécessaire à l’égard de la vie et de ses semblables. Le second, tout au feu, à l’insouciance et à la maladresse de sa jeunesse, veut au contraire brûler les étapes et jouir d’une existence dont on ne voit pas pourquoi elle devrait servir à autre chose que cela.

        Lire les portraits dans « M » :
         

          Les beaux rôles et la joyeuse clique de Vincent Lacoste



Les deux faces de l’héroïsme romantique
L’idée de leur rencontre, qui réunit un départ et un adieu dans l’ordre de l’expérience sensible, déjà séduisante sur le papier, s’enrichit de la grâce et aussi bien de l’embarras que les acteurs apportent à leur incarnation. Deladonchamps, repiqué par un désir qu’il craint de satisfaire, tout en retenue, comme nimbé de brume, apprêté silencieusement au grand départ. Lacoste, joueur et fringant, mais engoncé dans son inexpérience, hésitant à poser ses attitudes.

   


Tels les deux faces de l’héroïsme romantique, les voici, ces personnages, l’un à la recherche entêtée de l’absolu dans une société qui s’offre à lui, l’autre dans la sourde mélancolie d’un monde qui décline. L’un cinéaste en devenir, l’autre déjà écrivain, comme une synthèse projetée de l’artiste Honoré.
Autour de ce couple désuni aussitôt que formé, autour de cet amour si beau d’être impossible, Honoré dispose avec inspiration l’atmosphère de ce passé proche, le plus compliqué à convoquer, que sont les années 1990. S’il est douteux qu’on puisse en convaincre un jeune homme ou une jeune fille qui aurait 20 ans aujourd’hui, cette « proximité » ramènera par ailleurs sans doute beaucoup de spectateurs à leur jeunesse, en un temps et à une époque où l’auteur de ce film avait lui-même 20 ans.
Longs-métrages, livres, affiches bercent le film de leurs apparitions qui sont autant pour nous de réminiscences, et plus encore ces musiques qui sont, gageons-le, à l’auteur ce que la célèbre madeleine est au narrateur de la Recherche du temps perdu, ou mieux encore la sonate de Vinteuil, cristallisation ineffable d’un amour destiné à mourir, à Charles Swann.
Trip-hop, cold wave et house music
Ici, la sonate prend des airs, notamment, de Massive Attack (One Love), de The Sundays (Can’t Be Sure), de Cocteau Twins (I Wear Your Ring), de Prefab Sprout (Cars and Girls), de Siglo XX (Dreams of Pleasure), de Jérôme Pijon (Cache-cache Party), de M/A/R/R/S (Pump Up the Volume), soit un ensemble à dominante indie-rock britannique des années 1990, rehaussé dans la profondeur historique par du Anne Sylvestre (Les gens qui doutent), du Astrud Gilberto (The Shadow of Your Smile) et du Georg Friedrich Haendel (Ariodante scherza infida).
Cette carte musicale, à défaut d’être lue par un véritable spécialiste, trahit selon toute apparence un choix esthétiquement pointu et de bon goût, qui se laisse porter, entre trip-hop, cold wave et house music, sur les ondes de la mélancolie, fût-elle dansante.
Autour de cette constellation, l’image vire au bleuté, les plans sont sous-exposés, la ligne sonore infra, les mots avalés et cinglants, l’humeur à la litote et à l’humour bravache. Vitesse, séduction, finesse de touche, dernières goulées d’air avant le noir.

   


Le titre du film, bien enlevé, ne ment pas. Une pléiade de personnages secondaires, astéroïdes frôlant le couple, tiennent leur trajectoire et leur rang, à commencer – sans surprise – par Denis Podalydès en vieil amant devenu meilleur ami, vigie drôle et bienveillante sur la pente fatale où Jacques, ravivé par une nouvelle passion, s’efforce de ne pas sombrer. Jusqu’à ce que, rapporté à l’économie flambante du désir et à la mort qui l’accompagne comme son ombre, le renoncement apparaisse, peut-être, comme le plus grand geste d’amour.

Film français de Christophe Honoré. Avec Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès (2 h 12). Sortie en salle le 10 mai. Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/plaire-aimer-et-courir-vite



                            


                        

                        


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Cannes 2018 : « Yomeddine », le long voyage du lépreux et de l’orphelin

En compétition, le premier film de l’Egyptien A.B. Shawky pèche par la faiblesse de sa mise en scène.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 05h30
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 10h10
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            Jacques Mandelbaum








                        



   


Sélection officielle – en compétition
C’est évidemment avec beaucoup de curiosité qu’on accueille un film d’auteur égyptien en compétition à Cannes. La denrée, tout amateur le sait, se fait rare. Youssef Chahine, maître de belle mémoire, est mort et enterré. Yousry Nasrallah nous enchante mais se signale de loin en loin (Le Ruisseau, le pré vert et le doux visage, 2016). Tamer El-Saïd, cinéaste-poète récemment découvert avec Les Derniers Jours d’une ville (2017), a mis dix ans à faire son film. Mohamed Diab (Clash, 2016) est plus fréquent, mais sa manière est mondialisée. Quant à Tarik Saleh (Le Caire Confidentiel, 2017), belle révélation dans un film de genre, il est au moins aussi suédois qu’égyptien.
L’un dans l’autre, cela ne fait pas le compte. Voici donc venir A.B. Shawky, 32 ans, auteur avec ce premier long-métrage de fiction d’un film qui réunit, l’espace d’un voyage, un lépreux en quête de ses origines et un jeune orphelin originaire de Nubie. Propos peu ordinaire, qui tente l’exploit d’être tout à la fois un « road », un « buddy » et un « feel good movie » – pour le dire en bon français dans le texte –, tout en regardant du côté de ce chef-d’œuvre immarcescible qu’est Freaks (La Monstrueuse Parade, 1932), de Tod Browning.

   


De péripétie en péripétie
Beshay – qui fut abandonné enfant à la léproserie et qui se trouve bien des années plus tard guéri de la maladie – part pour retrouver ses parents dans son village natal dans le sud du pays, en butte à l’hostilité et au rejet que son visage ravagé par les stigmates et son corps contrefait suscitent sur son passage. Obama, orphelin qui lui est attaché par communauté de destin, lui impose son compagnonnage et se joint à l’étique attelage que forment Beshay, sa carriole et son âne. Il va sans dire que le tandem ira de péripétie en péripétie avant d’atteindre son but. Deux acteurs non professionnels l’interprètent, dont Rady Gamal, rencontré par le réalisateur lors du tournage d’un documentaire réalisé en 2008 dans la léproserie d’Abu Zabaal près du Caire.
On mesure, à cette description, les risques non négligeables pris, dans à peu près tous les secteurs, par le jeune réalisateur de ce film. On ne peut d’ailleurs qu’être sensible à cette mise en danger, ainsi qu’au désir de se mettre du côté des parias dans l’Egypte d’aujourd’hui. Il n’en reste pas moins, quoi qu’il en coûte de le dire aussi abruptement, que la faiblesse de la mise en scène ruine à peu près complètement ces nobles efforts. Illustratif et sentimental, prévisible et maladroit, le film pense davantage à appliquer un programme qu’à donner forme à des idées. Une cruelle déception.

Film égyptien de A.B. Shawky. Avec Rady Gamal et Ahmed Abdelhafiz (1 h 37). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/yomeddine



                            


                        

                        

