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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ L’auteur d’« En finir avec Eddy Bellegueule » signe « Qui a tué mon père », réquisitoire contre les hommes politiques, dont les décisions auraient détruit le corps de cet homme, son père.
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Edouard Louis : « Empêcher le lecteur de détourner le regard »

L’auteur d’« En finir avec Eddy Bellegueule » signe « Qui a tué mon père », réquisitoire contre les hommes politiques, dont les décisions auraient détruit le corps de cet homme, son père.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 13h24
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 13h32
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Sous le tee-shirt siglé Harvard (il rentre de plusieurs mois aux Etats-Unis), le corps d’Edouard Louis est celui, sec et musclé, d’un homme de 25 ans appartenant désormais à la catégorie aisée de la population, attentive à ce qu’elle mange. Nos corps parlent de nos conditions d’existence ; dans les classes populaires, ils peuvent aussi raconter l’effet de décisions politiques. C’est ce que Qui a tué mon père (Seuil, 96 p., 12 €) s’attache à montrer, à travers l’histoire du géniteur de l’auteur, détruit par le travail – né en 1967, il a eu le dos broyé lors d’un accident à 35 ans –, et par les conséquences de réformes telles que celle transformant feu le RMI (revenu minimum d’insertion) en RSA (revenu de solidarité active), pour encourager le retour à l’emploi – il lui a fallu accepter un travail de balayeur en dépit de ses souffrances.
Qui a tué mon père, comme son titre sans point d’interrogation l’indique, n’est pas une enquête, mais un réquisitoire. Les scènes qui le composent entrecroisent souvenirs d’Edouard Louis à propos de cet homme si mal connu, et évocation de choix politiques opérés sous les gouvernements de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, qui ont eu des conséquences directes sur sa vie, et au fil desquels l’auteur d’En finir avec Eddy Bellegueule (Seuil, 2014) compose une nouvelle « histoire de la violence », pour reprendre le titre de son deuxième ouvrage (Seuil, 2016).
D’où vient ce livre ?
Après la publication d’En finir avec Eddy Bellegueule et d’Histoire de la violence (Seuil, 2014 et 2016), j’ai commencé à revoir mon père. On ne s’était pas vus depuis des années, non pas à cause d’un événement en particulier mais à cause de la distance sociale, de la distance de classe, qui s’était instaurée entre nous. J’étais étudiant en sociologie et en philosophie à Paris, il n’avait jamais pu étudier, le système scolaire l’avait chassé à 14 ans, et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Contrairement aux affirmations du ministre de l’éducation nationale, il n’existe pas de méthode validée par la science pour apprendre à lire aux élèves de cours préparatoire. Entretien croisé avec les experts Laurent Cros et Roland Goigoux.
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Apprentissage de la lecture : le point sur les savoirs et les pratiques

Contrairement aux affirmations du ministre de l’éducation nationale, il n’existe pas de méthode validée par la science pour apprendre à lire aux élèves de cours préparatoire. Entretien croisé avec les experts Laurent Cros et Roland Goigoux.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 12h11
    |

            Luc Cédelle








                        



                                


                            
Le 26 avril, Jean-Michel Blanquer a fait une série d’annonces en faveur de la « méthode syllabique ». Auparavant, dans l’attente d’une prise de position du ministre de l’éducation nationale, Le Monde avait convié deux experts à faire le point sur l’état des savoirs et des pratiques en matière d’apprentissage de lecture.

Dans les controverses récurrentes à ce sujet, l’un et l’autre appartiennent à des courants de pensée très différents. Laurent Cros est le délégué général d’Agir pour l’école. Créée en 2010, cette association met en œuvre depuis huit ans un programme sur la lecture dans des écoles en éducation prioritaire. Son action a fait l’objet de plusieurs articles scientifiques dans des revues de psychologie cognitive et d’économie de l’éducation. Roland Goigoux, professeur à l’université de Clermont-Auvergne, spécialiste de l’enseignement de la lecture et de l’écriture, a dirigé l’étude « Lire et écrire au CP », issue de l’observation de 131 classes par soixante chercheurs, dont les résultats ont été publiés à partir de septembre 2015.
Comment percevez-vous l’approche de l’enseignement de la lecture du ministère Blanquer ?
Roland Goigoux. On constate certaines contradictions dans la position du ministère. D’un côté, la mise en place d’un conseil scientifique de l’éducation porte l’idée que l’on va faire le point rationnellement sur l’état des savoirs. Mais de l’autre côté, des membres de l’entourage direct du ministre déclarent, dans des réunions de cadres de l’éducation nationale, que demain nous aurons au CP une méthode unique de référence pour l’apprentissage de la lecture. Certains citent même comme modèle à suivre un manuel fondé sur une méthode syllabique stricte, dont aucune donnée ne prouve la supériorité.
Qui croire ? Ces propos préoccupants, ou bien ce qu’affirmait mot pour mot en 2011 le livre Apprendre à lire [Odile Jacob], dirigé par l’actuel président du conseil...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Le 26 avril, le ministre de ­l’éducation nationale vantait la méthode « syllabique » et conspuait la « globale ». Pourquoi feint-il d’oublier qu’enseignants et ­spécialistes s’accordent aujourd’hui sur l’essentiel ? Retour sur la longue querelle de l’apprentissage de la lecture.
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Apprendre à lire : le b.a.-ba d’une fausse polémique

Le 26 avril, le ministre de ­l’éducation nationale vantait la méthode « syllabique » et conspuait la « globale ». Pourquoi feint-il d’oublier qu’enseignants et ­spécialistes s’accordent aujourd’hui sur l’essentiel ? Retour sur la longue querelle de l’apprentissage de la lecture.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 12h10
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 14h33
    |

            Luc Cédelle








                        



                                


                            
Une phrase-clé qui claque : « La liberté pédagogique n’a jamais été l’anarchisme pédagogique. » Et une affirmation non moins retentissante : « Entre quelque chose qui ne marche pas – la méthode globale – et quelque chose qui fonctionne – la syllabique –, il ne peut y avoir de “compromis” mixte. » Avec son entretien au Parisien du 26 avril, accompagné de la publication, le même jour, de quatre notes de service sur l’enseignement des « fondamentaux » et d’un guide de 130 pages détaillant ses recommandations pédagogiques sur l’apprentissage de la lecture, Jean-Michel Blanquer était certain de marquer les esprits. D’une double façon : en se mettant la plupart des syndicats d’enseignants à dos et l’opinion publique dans sa poche.
Méthodes validées par la science
Le ministre de l’éducation nationale avait déjà, en août 2017, laissé percer ses intentions en déclarant à L’Obs que, pour la lecture, il s’appuierait « sur les découvertes des neurosciences, donc sur une pédagogie explicite, de type syllabique, et non pas sur la méthode globale, dont tout le monde admet aujourd’hui qu’elle a eu des résultats tout sauf probants ». Aujourd’hui, tout en se défendant de vouloir imposer quoi que ce soit, il est passé à l’action. Quelle que soit la part calculée de communication politique, il faut lui faire crédit de sa conviction qu’il est possible d’obtenir – ou, à tout le moins, d’approcher – les « 100 % de réussite au CP », selon l’objectif-slogan énoncé dès son arrivée Rue de Grenelle. Pour Jean-Michel Blanquer, cet objectif est atteignable si l’éducation nationale a recours aux méthodes validées par la science.
La science semble, à ses yeux, idéalement incarnée par le neuroscientifique et psychologue cognitiviste Stanislas Dehaene, qu’il a nommé, fin décembre 2017, à la présidence d’un tout nouveau Conseil scientifique de l’éducation. Ce chercheur de renommée internationale s’intéresse depuis longtemps aux apprentissages...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Pourquoi le président utilise-t-il cette expression dans le documentaire diffusé le 7 mai sur France 3 et dans l’entretien qu’il a accordé à la revue « NRF » ? Dans une tribune au « Monde », le politiste Bruno Cautrès livre son analyse d’une stratégue rhétorique.
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Le « petit-bourgeois », figure honnie de la macronie

Pourquoi le président utilise-t-il cette expression dans le documentaire diffusé le 7 mai sur France 3 et dans l’entretien qu’il a accordé à la revue « NRF » ? Dans une tribune au « Monde », le politiste Bruno Cautrès livre son analyse d’une stratégue rhétorique.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 12h00
   





                        



                                


                            
Par Bruno Cautrès
Tribune. Le documentaire réalisé pour France 3 par Bertrand ­Delais, ­Macron président, la fin de l’innocence, et diffusé le 7 mai a fait l’objet de critiques ; certains lui reprochent une tonalité trop peu distanciée. Si l’on met de côté ce débat, son caractère potentiellement hagiographique permet d’analyser la parole présidentielle. En se livrant avec détails à sa propre analyse, le président nous redonne en effet plusieurs éléments fondamentaux de son projet de départ, mais actualisés et remis en perspective.
e siècle
Un élément peut retenir plus particulièrement l’attention : l’opposition que formule Emmanuel Macron entre les « petits-bourgeois » et leur mode de pensée et le projet de vie qu’il propose aux Français : « Je pense que quand on ne croit plus vraiment dans les choses, ou quand on est dans le relativisme constant, plus rien ne vaut rien et c’est au fond le traitement de tous ceux qui aspirent à devenir des petits-bourgeois ; soit ils le sont socialement soit ce sont les petits-bourgeois de la pensée. » Ce propos rappelle l’entretien publié dans le numéro de mai de la revue NRF, dans lequel le président évoque les évolutions à venir de l’Europe et parle de « ce vieux continent de petits-bourgeois se sentant à l’abri dans le confort matériel, [qui] entre dans une nouvelle aventure où le tragique s’invite ».
La figure du « petit-bourgeois », c’est, pour Emmanuel Macron, l’antithèse du modèle héroïque qu’il veut donner en exemple aux Français (le lieutenant-colonel Beltrame). On peut faire l’hypothèse qu’il n’emprunte pas le terme de « petits-bourgeois » à la sociologie marxiste ou bourdieusienne, mais plutôt au répertoire de sa culture littéraire française du XIXe siècle. Le « petit-bourgeois » d’Emmanuel Macron est davantage celui dépeint par Balzac dans Monographie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Qui de la réforme ou de la révolution est le mieux à même d’améliorer le sort de la société civile? Dans son dernier essai, Hervé Hamon apporte des éléments de réponse.
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Les leçons de Mai-68

Qui de la réforme ou de la révolution est le mieux à même d’améliorer le sort de la société civile? Dans son dernier essai, Hervé Hamon apporte des éléments de réponse.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 10h05
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 11h30
    |

            Anne Rodier








                        



   


La France s’ennuyait, le pouvoir d’achat montait, mais moins que les inégalités. La France rurale s’effondrait. « Nous n’en pouvions plus de l’information normalisée. Ni d’une classe politique amplement corrompue », écrit Hervé Hamon, dans L’Esprit de Mai-68. « Il allait se produire des choses qui n’appartenaient à aucune coterie, à aucun ténor, à aucun expert. Des choses qui appartenaient à ces gens en fête, ces gens qui allaient les énoncer eux-mêmes. »
Son récit animé, réfléchi, détaillé de Mai-68 va bien au-delà de la commémoration. L’essayiste fait, certes, revivre la genèse du mouvement, son « romantisme héroïque ». Il analyse sa place dans l’Histoire, l’efficacité du rapport de force dans les conflits sociaux. Le patronat « arrogant », « méprisant », « dur à la détente » finit par lâcher : 7 % de hausse de salaire réel, 35 % d’augmentation du smig, la réduction du temps de travail et le report de l’âge légal de départ à la retraite, rappelle-t-il. Le Medef (ex-CNPF) doit s’en souvenir.
Mais l’écrivain apporte surtout des éléments de réflexion pour savoir qui de la réforme ou de la révolution est mieux à même d’améliorer le sort de la société civile. Puis il alerte sur les dangers de vanter « la rupture » à tout propos. « Nous avons appris la méthode des essais et des erreurs », souligne-t-il en toute humilité. Une lecture rafraîchissante et inspirante pour 2018.

    Cet article est extrait du semestriel Le Monde Campus Avril 2018 by Anne Rodier on Scribd

L’Esprit de Mai-68, d’Hervé Hamon (Editions de L’Observatoire, 192 pages, 16 euros).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans un entretien au « Monde Campus », le fondateur du Centre de recherches interdisciplinaires François Taddei explique en quoi notre société aura de plus en plus besoin d’intelligence collective.
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« Plus les sujets sont complexes, plus on a besoin de regards interdisciplinaires »

Dans un entretien au « Monde Campus », le fondateur du Centre de recherches interdisciplinaires François Taddei explique en quoi notre société aura de plus en plus besoin d’intelligence collective.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 09h30
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 09h39
    |

                            Sophy Caulier








                        



                                


                            
Polytechnicien, ingénieur des Ponts, des Eaux et Forêts, généticien, chercheur à l’Inserm, ce n’est pas un hasard si François Taddei a fondé le Centre de recherches interdisciplinaires (CRI), qu’il dirige depuis dix ans. Pour lui, la complexité des sujets nécessite des regards interdisciplinaires, dont notre société aura de plus en plus besoin.
Pourquoi avoir créé le Centre de recherches interdisciplinaires, le CRI ?
François Taddei : Il y a une quinzaine d’années, nous avons voulu aider des étudiants de différentes disciplines qui voulaient apprendre autrement… Ce pouvait être des biologistes qui avaient besoin de renforcer leurs capacités à modéliser, des mathématiciens qui avaient envie de comprendre telle dynamique dans le vivant, ou des médecins qui avaient envie d’utiliser le big data… Il fallait changer de paradigme.

Ces étudiants étaient conscients que l’intelligence collective, la discussion, la confrontation avec des étudiants d’autres disciplines leur apporteraient plus que le Web, dont ils se servaient par ailleurs. Nous étions déjà quelques-uns à faire de la recherche de cette façon-là, avec une approche systémique. Nous avons proposé à ces étudiants d’utiliser leur créativité pour penser des projets qu’ils ne pouvaient pas penser seuls. Cette expérience a donné naissance au master « Approche interdisciplinaire du vivant », qui associe théorie et expérimentation. Le CRI était né.
L’enseignement supérieur n’est-il pas trop en « silos » pour développer l’interdisciplinarité ?
Si, il l’est doublement ! D’une part, dans chaque discipline entre la recherche et l’enseignement, d’autre part entre la théorie et l’expérimentation. Prenez le mot « ingénieur ». En français, il contient le mot « génie » ; en anglais, « engineer » contient le mot « engine », moteur. Nous n’avons pas exactement la même conception que nos collègues anglo-saxons.
Comment...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Un vent d’optimisme souffle entre Pyongyang et Séoul, comme en témoigne le récent sommet intercoréen. Mais Tokyo doit aussi prendre part au processus, affirme dans une tribune au « Monde » Lionel Babicz, historien du Japon et de l’Asie.
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« Le Japon joue un rôle majeur dans la crise nord-coréenne actuelle »

Un vent d’optimisme souffle entre Pyongyang et Séoul, comme en témoigne le récent sommet intercoréen. Mais Tokyo doit aussi prendre part au processus, affirme dans une tribune au « Monde » Lionel Babicz, historien du Japon et de l’Asie.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 09h18
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 11h04
    |

Lionel Babicz (Historien du Japon et de l’Asie, maître de conférences à l'Université de Sydney)







                        



                                


                            
Tribune. Le Japon joue un rôle majeur dans la crise nord-coréenne actuelle. En cas de guerre, l’archipel japonais constituerait une cible privilégiée des tirs de missile nord-coréens. Tokyo serait amené à riposter et, pour la première fois depuis 1945, à prendre une part active dans un conflit armé. Si la raison l’emporte, ainsi que semblerait l’indiquer le récent sommet intercoréen, le Japon devra jouer un rôle diplomatique déterminant dans tout accord.
La centralité du Japon dans la crise nord-coréenne tient à la fois à des facteurs géopolitiques évidents – proximité géographique, alliance avec les Etats-Unis, présence militaire américaine dans l’archipel – et au poids de l’histoire, à la mémoire du passé.

La Corée du Nord entretient méticuleusement le souvenir du colonialisme japonais (1910-1945), de la résistance et de la libération. La dynastie Kim puise sa légitimité dans ces événements tragiques. Son fondateur, Kim Il-sung, est érigé en libérateur de la péninsule, et la nécessité de châtier le Japon pour ses crimes passés occupe toujours une place centrale dans la propagande nord-coréenne : les missiles survolant l’archipel seraient un coup de semonce annonçant la volonté de Pyongyang de régler les comptes du passé.
Ressentiment méticuleux
Le Japon, pour sa part, cultive aussi un ressentiment méticuleux à l’égard de la Corée du Nord. Pour Tokyo, il ne s’agit évidemment pas de la période coloniale, de laquelle on préfère ne pas trop parler, mais de l’après-guerre et de l’histoire récente. Le sentiment général est celui d’une bonne volonté japonaise rejetée par une constante malveillance nord-coréenne. On se souvient qu’en 1965, lors du rétablissement des relations diplomatiques avec la Corée du Sud, le Japon tenta (sans succès) de laisser la porte ouverte à l’éventuel établissement de liens officiels avec Pyongyang. On se souvient aussi que dans les années 1990, après la fin de la guerre froide, des délégations parlementaires...




                        

                        


<article-nb="2018/05/10/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Ancien secrétaire particulier de Jean Moulin, Daniel Cordier, 97 ans, compagnon de la Libération, a accordé au « Monde » un grand entretien dans lequel il revient sur l’ensemble de son parcours hors du commun.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

Jean Moulin, l’art et l’histoire : l’itinéraire exceptionnel de Daniel Cordier

Ancien secrétaire particulier de Jean Moulin, Daniel Cordier, 97 ans, compagnon de la Libération, a accordé au « Monde » un grand entretien dans lequel il revient sur l’ensemble de son parcours hors du commun.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 18h34
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 19h22
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        



   


Né en 1920 à Bordeaux, Daniel Cordier fut parmi les tout premiers volontaires à s’engager dans les Forces françaises libres, fondées par le général de Gaulle, en Angleterre, répondant ainsi à l’appel du 18 juin 1940. Elevé dans une famille monarchiste et nationaliste acquise aux idées de Charles Maurras, le fondateur de l’Action française, son obsession est alors de « tuer du boche », comme il le racontera plus tard. Affecté au Bureau central de renseignement et d’action, les services spéciaux de la France libre, il est parachuté en France, le 25 juillet 1942, puis recruté par Jean Moulin, le représentant personnel du général de Gaulle en zone libre, dont il devient le secrétaire.

        Lire aussi :
         

                Daniel Cordier : de Jean Moulin à la jeunesse d’aujourd’hui, la leçon de vie d’un homme libre



Aux côtés de l’ancien préfet républicain révoqué par Vichy, Daniel Cordier assiste aux tumultueuses tractations qui visent à unir la Résistance intérieure et à la placer sous l’autorité du général de Gaulle. Un processus qui conduit à la création du Conseil de la Résistance, le 27 mai 1943, à Paris.
Après la mort de Jean Moulin, arrêté et torturé par les Allemands près de Lyon, au début de l’été 1943, Daniel Cordier poursuit son travail aux côtés de son successeur, Claude Bouchinet-Serreulles, avant de regagner l’Angleterre, via l’Espagne, au début de l’année 1944.
Ecrivain contre la calomnie
Après la guerre, Daniel Cordier devient galeriste et marchand d’art. Pendant plus de trois décennies, il se consacre entièrement à sa passion pour l’art, qu’il doit à ses conversations avec Jean Moulin pendant la période de l’Occupation, et se tient délibérément à l’écart des débats mémoriels et politiques autour de la guerre et de la Résistance.
Mais la parution, en 1977, d’un livre d’Henri Frenay, l’ancien chef du mouvement Combat, accusant Jean Moulin d’avoir été un agent communiste, le fait sortir de son silence. Jugeant l’accusation calomnieuse, Daniel Cordier décide alors de retracer le parcours de Jean Moulin, un travail colossal qui le conduira à consacrer plusieurs ouvrages volumineux à celui qu’il ne cessera d’appeler son « patron ». Parus dans les années 1980 et 1990, ces livres fondés sur une impressionnante masse d’archives écrites s’imposeront comme des références et vaudront à son auteur la reconnaissance des historiens de la période.
Aujourd’hui installé à Cannes (Alpes-Maritimes), Daniel Cordier continue de travailler à ses mémoires, dont le premier volume, consacré à la période allant jusqu’à l’arrestation de Jean Moulin, a connu un grand succès lors de sa sortie, en 2009 (Alias Caracalla, Gallimard). A 97 ans, il est l’un des sept derniers compagnons de la Libération (sur 1 038) encore en vie.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ « Si la France était amenée à considérer que le mouvement historique en Arménie était sans conséquence sur sa position dans le conflit du Haut-Karabakh, alors elle prendrait le risque de désespérer les peuples », estime dans une tribune au « Monde » Mourad Papazian, dirigeant du Parti socialiste arménien.
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« La France doit engager une réorientation profonde de ses relations tant économiques que diplomatiques avec l’Arménie »

« Si la France était amenée à considérer que le mouvement historique en Arménie était sans conséquence sur sa position dans le conflit du Haut-Karabakh, alors elle prendrait le risque de désespérer les peuples », estime dans une tribune au « Monde » Mourad Papazian, dirigeant du Parti socialiste arménien.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 16h00
    |

Mourad Papazian (Coprésident du Conseil de coordinations des organisations arméniennes de France, membre du bureau mondial de la Fédération révolut...







                        



                                


                            
Tribune. A l’issue d’un mouvement absolument historique, Nikol Pashinyan a été élu premier ministre de l’Arménie. Présent sur la désormais célèbre place de la République, j’ai pu constater la ferveur, la force et l’enthousiasme s’emparer des rues de la capitale Erevan. Ce mouvement s’inscrit dans une tradition ancienne qui a vu le peuple arménien, à plusieurs reprises, se saisir de son destin : guerre d’indépendance de 1918, mouvement de libération du Haut-Karabakh en 1988, infatigable combat pour la reconnaissance du génocide arménien.

Ce mouvement est d’autant plus fort que les menaces, aux portes de l’Arménie, rendaient hautement improbables la possibilité que le peuple assume le risque d’une instabilité à la tête du pays, comme si les Arméniens avaient intériorisé le cynisme de la realpolitik. Mais on ne stérilise pas toute une nation. C’est ce que nous a rappelé la jeunesse d’Erevan. Ce fut une leçon pour chacun d’entre nous. La France, qui s’est passionnée pour cette révolution, doit prendre toute la mesure de ces événements et engager une réorientation profonde de ses relations avec l’Arménie tant sur le volet économique que diplomatique.
les échanges entre la France et l’Arménie se sont réduits à 50 millions d’euros par an, une goutte d’eau comparée à l’intensité des relations politiques entre ces deux pays
A d’innombrables reprises, ces dernières années, les autorités françaises ont fait savoir que la saturation de l’économie arménienne par une oligarchie créait des conditions insusceptibles de favoriser le développement des investissements français en Arménie. Les conséquences ont été désastreuses puisque les échanges entre la France et l’Arménie se sont réduits à 50 millions d’euros par an, une goutte d’eau comparée à l’intensité des relations politiques entre ces deux pays.
C’est ce message d’ouverture que le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) a martelé aux autorités arméniennes,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Jean-Pierre Brulard, directeur d’une entreprise technologique, estime dans une tribune au « Monde » que le croisement entre la 5G, les objets connectés et l’intelligence artificielle va obliger à un saut technologique sans précédent.
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« La 5G, nouveau travail d’Hercule » des opérateurs mobiles

Jean-Pierre Brulard, directeur d’une entreprise technologique, estime dans une tribune au « Monde » que le croisement entre la 5G, les objets connectés et l’intelligence artificielle va obliger à un saut technologique sans précédent.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 14h00
    |

Jean-Pierre Brulard (Vice-président et directeur général Europe Moyen-Orient et Afrique de VMware, spécialiste des infrastructures Cloud)







                        



                                


                            
Tribune. La 5G est le nouveau travail d’Hercule pour les opérateurs de télécommunications et les fournisseurs d’accès à internet (FAI). Les premiers, tout d’abord, doivent répondre aux attentes toujours plus élevées des consommateurs, tout en gérant une offre alliant téléphonie et données mobiles. Le contexte aussi a changé, puisque les coûts d’infrastructure, loin de se stabiliser, se sont au contraire accrus, alors que la concurrence s’est intensifiée et que le revenu moyen par utilisateur s’est effondré.
La 5G devrait être adoptée par 1,2 milliard de personnes d’ici à 2025, ce qui représente 12 % des connections mobiles totales
Si l’on en croit les prévisions de la GSMA, l’association mondiale des opérateurs mobiles, la 5G devrait être adoptée par 1,2 milliard de personnes d’ici à 2025, ce qui représente 12 % des connections mobiles totales. D’ici là, les taux de croissance annuels moyens des FAI devraient atteindre 2,5 % pour 1 300 milliards de dollars de profits. Pour des acteurs qui bataillent entre une demande en croissance et des prix en chute libre, c’est un objectif ambitieux. Tout le défi est de récolter les fruits de ce travail sans sombrer…
Il s’agit d’un changement radical et sans précédent, même par rapport à la 4G. Assurer la continuité du service et sa longévité va demander de l’anticipation et de la prévision. Tant en termes d’opérations sur le réseau que de développement de nouvelles compétences, la transition entre la situation actuelle et l’avenir des télécommunications devra être la moins visible possible pour les usagers, ce qui n’est pas une mince affaire.
Développement de nouveaux services
La première étape est de réfléchir aux nouveaux usages du réseau, et à la façon dont il différera de la 3G ou de la 4G. A titre d’exemple, la bande passante particulièrement élevée et la faible latence de la 5G s’apprêtent à bouleverser l’architecture des télécommunications du « cloud » et à permettre le développement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Le regroupement entre les troisième et quatrième géants du marché américain des mobiles va être suivi de près outre-Atlantique, où la taille critique pour affronter les défis de la 5G n’est pas atteinte, analyse dans une tribune au « Monde » l’ingénieur Yves Gassot.
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« La fusion entre Sprint et T-Mobile » est un cas d’école

Le regroupement entre les troisième et quatrième géants du marché américain des mobiles va être suivi de près outre-Atlantique, où la taille critique pour affronter les défis de la 5G n’est pas atteinte, analyse dans une tribune au « Monde » l’ingénieur Yves Gassot.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 14h00
    |

Yves Gassot (Ancien directeur général de l’Idate, groupe de réflexion et d’études spécialisé dans l’économie numérique, les médias, l’Internet et l...







                        



                                


                            
Tribune. Cette fois-ci pourrait être la bonne. T-Mobile et Sprint, troisième et quatrième opérateurs de téléphonie mobile américains, semblent bien partis pour se regrouper. Ils ont annoncé dimanche 29 avril leur fusion, qui doit encore être validée par les autorités de la concurrence des Etats-Unis.
L’opposition de l’administration Obama à la concentration dans le secteur de la téléphonie mobile avait repoussé l’acquisition de T-Mobile par AT&T (deuxième opérateur américain) en 2012, puis la fusion entre T-Mobile et Sprint en 2014, avant l’échec d’une opération d’Iliad sur T-Mobile. On s’attendait à ce que le changement d’administration à Washington modifie la donne. En effet, Sprint et T-Mobile ont repris les négociations dès 2017. Elles ont été rompues à nouveau en novembre 2017 car le principal actionnaire de Sprint, le japonais SoftBank, avait refusé les exigences du principal actionnaire de T-Mobile, Deutsche Telekom, qui souhaitait contrôler la nouvelle entité.
Masayoshi Son, le patron de SoftBank, a reconnu que la dynamique de conquête était plus du côté de T-Mobile que de Sprint
Mais l’opération, sauf à être définitivement enterrée, ne pouvait pas être repoussée sine die pour au moins trois raisons. La première est liée aux enchères pour les nouvelles fréquences millimétriques de la 5G, prévues en novembre 2018 : les opérateurs télécoms qui souhaitent y participer ne peuvent pas communiquer entre eux dans la période qui précède ces enchères.
La deuxième est liée aux fameuses synergies attendues avec ce type d’opération : ici, il s’agit d’unir les efforts pour construire un seul réseau 5G, et non deux. Or la course est lancée, et plus on attend, plus les investissements engagés séparément minimisent les perspectives de synergie.
La troisième raison est que Masayoshi Son, le patron de SoftBank, bien qu’investisseur audacieux, a reconnu au fil des discussions que la dynamique de conquête était plus du côté de T-Mobile que de Sprint,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dans une tribune au « Monde », les politologues Oriane Calligaro et François Forêt reviennent sur la remise au président français de ce prix international qui récompense chaque année « la plus précieuse contribution à l’entente en Europe de l’Ouest ».
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« Le prix Charlemagne remis à Emmanuel Macron se révèle être un encouragement et un pari sur l’avenir »

Dans une tribune au « Monde », les politologues Oriane Calligaro et François Forêt reviennent sur la remise au président français de ce prix international qui récompense chaque année « la plus précieuse contribution à l’entente en Europe de l’Ouest ».



Le Monde
 |    09.05.2018 à 13h02
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 13h21
    |

Oriane Calligaro et François Forêt (Politologues, Cevipol-IEE, Université libre de Bruxelles)







                        



                                


                            
Tribune. Jeudi 10 mai, Emmanuel Macron recevra le prix Charlemagne que les médias décrivent comme le plus prestigieux des prix européens. Cet acte symbolique illustre comment le processus d’intégration politique européenne et ses élites traditionnelles cooptent de nouveaux acteurs et intègrent le changement, que cela soit pour le circonscrire ou pour l’encourager.
Les lauréats les plus fréquents sont des chefs d’Etat et de gouvernement et des monarques
Le prix international Charlemagne pour l’unité de l’Europe, créé en 1949 à l’initiative de notables d’Aix-la-Chapelle, récompense chaque année « la plus précieuse contribution à l’entente en Europe de l’Ouest ». La référence à la figure de Charlemagne et le lieu de son octroi établissent un lien symbolique entre le Saint-Empire romain germanique et le projet d’unité continentale développé après la seconde guerre mondiale. Selon sa définition officielle, le prix visait à l’origine à promouvoir « une Europe anticommuniste à forte influence catholique » et à affirmer l’appartenance de l’Allemagne à une communauté européenne réconciliée.
Les lauréats les plus fréquents sont des chefs d’Etat et de gouvernement et des monarques. Politiciens et hauts fonctionnaires des institutions communautaires figurent aussi en bonne place dans la liste des récipiendaires, la Commission européenne ayant même été lauréate en 1969. Une autre caractéristique forte du prix Charlemagne est qu’il a été décerné plusieurs fois à des personnalités religieuses, surtout catholiques, et notamment aux papes Jean Paul II et François.
Dynamiques politiques de l’intégration
Les liens du prix Charlemagne avec l’Eglise et la royauté sont confirmés par le protocole entourant sa remise et par le patronage de têtes couronnées (rois des Belges et d’Espagne et grand-duc du Luxembourg). Il constitue ainsi un processus symbolique par lequel les élites religieuses et séculaires traditionnelles honorent le travail...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans cette chronique, le correspondant du « Monde » à Pékin Brice Pedroletti explique que géopolique et commerce vont de pair dans la guerre des nerfs qui oppose les deux puissances mondiales.
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« La guerre commerciale ­entre la Chine et les Etats-Unis se joue sur fond de ­rivalité stratégique en Asie »

Dans cette chronique, le correspondant du « Monde » à Pékin Brice Pedroletti explique que géopolique et commerce vont de pair dans la guerre des nerfs qui oppose les deux puissances mondiales.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 11h00
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            Brice Pedroletti (Pékin, correspondant)








                        



                                


                            
Vu d’ailleurs. La guerre commerciale ­entre Chinois et Américains se joue sur fond de ­rivalité stratégique en Asie. Dans la nouvelle ère inaugurée par le président chinois, Xi Jinping, en octobre 2017, Pékin compte bien récolter les fruits géopolitiques de sa position dominante dans le commerce mondial. A l’inverse, Donald Trump espère, lui, monnayer l’hyperpuissance militaire de son pays – quitte à faire payer ceux qui hébergent des bases américaines. Ces objectifs sont rarement convergents.
L’obsession trumpienne d’échanges plus équilibrés entre la Chine et les états-Unis fait abstraction d’autres réalités économiques et pourrait se tromper de cible
En novembre 2017, la Chine avait pourtant reçu un Donald Trump finalement bien moins exigeant que ses Tweet de ­campagne ne l’avaient laissé croire en matière commerciale. Pékin ne perdait rien pour attendre : la délégation de ministres et conseillers américains, dont Peter Navarro, l’auteur de Death by China (« La Mort par la Chine », 2011, non traduit), envoyée par Washington vendredi 4 mai, a demandé une baisse de pas moins de 200 milliards de dollars (environ 169 milliards d’euros) de l’excédent commercial chinois vis-à-vis des Etats-Unis d’ici à 2020. Les prochains rounds de discussion décideront de la suite des négociations.
La Chine, qui dispose de capacités de représailles, promet de ne rien céder. Mais son économie surendettée a aussi des vulnérabilités, malgré les efforts du ­gouvernement chinois pour ­isoler ce problème de tout choc extérieur potentiel en menant en cachette sauvetages et apurements de bilans. Quant à l’obsession trumpienne d’échanges plus équilibrés entre la Chine et les Etats-Unis, elle fait abstraction d’autres réalités économiques et pourrait se tromper de cible. Mais elle a le mérite de donner l’initiative au camp américain.
Taïwan, enjeu de puissance
Lors de voyages dans la région en 2017, le président américain avait objectivement besoin...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ L’annonce du retrait américain porte la marque des va-t-en-guerre, montre que les efforts de Macron pour amadouer Trump n’ont servi à rien et risque de persuader Téhéran de se doter de l’arme nucléaire, analyse Robert Malley, ex-conseiller d’Obama, dans une tribune au « Monde ».
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Robert Malley : « L’Europe doit convaincre l’Iran de rester dans l’accord »

L’annonce du retrait américain porte la marque des va-t-en-guerre, montre que les efforts de Macron pour amadouer Trump n’ont servi à rien et risque de persuader Téhéran de se doter de l’arme nucléaire, analyse Robert Malley, ex-conseiller d’Obama, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    09.05.2018 à 10h49
    |

Robert Malley (Président de l’International Crisis Group, Robert Malley était auparavant conseiller du président Barack Obama pour le Moyen-Orient ...







                        



                                


                            
Tribune. En quittant la Maison Blanche au soir du 19 janvier 2017, j’étais, autant le confesser, parmi ceux qui nourrissaient quelque hésitation et même quelques naïfs espoirs quant à la trajectoire de la présidence Trump. Un homme d’affaires sans convictions, opportuniste et sans idéologie, aux commandes : on pouvait certes bien mieux faire mais également faire bien pire. Mal m’en a pris. Sa décision infondée et aventureuse de se retirer de l’accord nucléaire avec l’Iran aura confirmé les pires soupçons.
On devait s’y attendre. Les destitutions consécutives de Rex Tillerson et de H. R. McMaster (le premier, piètre gestionnaire du département d’Etat, mais tout au moins personnage raisonnable dans la galaxie Trump ; le second, qui aurait fait figure de faucon au sein de n’importe quelle autre équipe mais qui faisait office d’adulte au sein de celle-ci), étaient autant de signes préoccupants. Leurs remplacements par Mike Pompeo et surtout par John Bolton auront sonné le glas de tout espoir de pragmatisme.
Faut-il le rappeler : Pompeo, connu pour ses imprécations anti-islamiques, ses suggestions à peines voilées qu’être musulman c’est faire partie d’une possible cinquième colonne, a également cherché à dénaturer les faits lorsque – à la tête de la CIA – il voulait, en dépit de ce qu’assuraient ses subordonnés, déclarer que Téhéran violait un accord nucléaire qu’il jugeait « désastreux ».
Un accord de désarmement exceptionnel
Si Mike Pompeo suscite l’inquiétude, John Bolton inspire franchement le désarroi. Va-t-en-guerre notoire – il exalte toujours l’invasion de l’Irak qu’il considère comme un franc succès –, Bolton a par le passé prôné une attaque militaire contre les centrales nucléaires iraniennes et préconisé une guerre préventive contre la Corée du Nord. Manipulateur par excellence, il falsifiait régulièrement les informations des services de renseignements afin de justifier ses positions belliqueuses, que ce soit sur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Editorial. Le choix de Donald Trump, mardi, de sortir son pays de l’accord sur le nucléaire iranien ouvre une période de grande incertitude et de danger pour le Moyen-Orient.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

Iran : une décision absurde aux effets déstabilisateurs

Editorial. Le choix de Donald Trump, mardi, de sortir son pays de l’accord sur le nucléaire iranien ouvre une période de grande incertitude et de danger pour le Moyen-Orient.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 10h27
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 15h50
   





                        



Editorial du « Monde ». Jamais l’accord sur le contrôle du nucléaire iranien de juillet 2015 n’a été aussi menacé. L’annonce, le 8 mai, par Donald Trump du retrait américain et du rétablissement de sanctions dures ne va pas nécessairement donner le coup de grâce immédiat à ce compromis laborieusement négocié entre les « 5 +1 » (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne) et Téhéran, mais elle le condamne à une lente agonie.
Obsédé par la volonté de défaire tout ce qu’a réalisé son prédécesseur, Barack Obama, à commencer par cet accord, qu’il définit comme « le pire jamais signé par les Etats-Unis », Donald Trump joue les boutefeux, alors même que la guerre en Syrie, devenue le théâtre de l’affrontement entre les diverses puissances régionales, oppose toujours plus directement l’Iran et Israël. Malgré les mises en garde des autres signataires, à commencer par les Européens, le président américain persiste dans sa décision absurde, dont l’effet sur le Moyen-Orient s’annonce dévastateur.
Signé à Vienne après douze ans d’un bras de fer diplomatique, l’accord de Vienne ou Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) est loin d’être parfait. Il gèle pour dix ans le programme nucléaire iranien et interdit à Téhéran un niveau d’enrichissement de l’uranium ouvrant la voie à une utilisation militaire. La République islamique doit en outre se soumettre à une surveillance stricte de ses installations nucléaires par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
Un pari et des failles
En échange, les sanctions économiques qui ont étranglé l’économie iranienne ces dernières années ont été pour partie levées. C’était un compromis et, comme tel, nécessairement imparfait. C’était surtout un pari : le retour de l’Iran dans la communauté internationale et son ouverture économique favoriseraient une montée en puissance des courants modérés au sein de l’Etat et auraient une influence pacificatrice sur la région. Il fallait le tenter.
Les failles sont néanmoins tout aussi évidentes. Nombre des clauses arrivent à échéance en 2025 et un grand flou demeure sur l’après. L’accord n’interdit pas en outre explicitement à l’Iran de continuer à développer la précision de son arsenal de missiles et de conserver ses missiles de longue portée, capables d’atteindre aussi bien l’Arabie saoudite qu’Israël.

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                Donald Trump se retire de l’accord iranien et s’isole encore un peu plus de ses alliés



Rien n’oblige non plus la République islamique à modérer ses ambitions régionales, alors même que l’influence iranienne est toujours plus forte au Liban, ainsi qu’en Syrie. Autant de points sur lesquels les Européens partagent les préoccupations de l’administration Trump, à commencer par Paris, qui fut la capitale occidentale la plus engagée pour un accord « robuste » avec Téhéran. D’où la proposition d’Emmanuel Macron de conserver le JCPOA, tout en le complétant.
Fort de sa relation personnelle avec Donald Trump, le président français espérait le convaincre d’éviter une sortie fracassante. Paris comme Londres et Berlin veulent désormais tout faire pour tenter de sauver l’accord malgré les Etats-Unis, voire contre eux, ouvrant potentiellement une crise sans précédent de la relation transatlantique. A la différence de Washington, Téhéran a, du propre aveu de l’AIEA, respecté jusqu’ici ses engagements, sans toutefois en retirer les bénéfices espérés. Il s’agit donc maintenant d’éviter la revanche des opposants iraniens à l’accord, qui déjà menacent de reprendre l’enrichissement de l’uranium, enclenchant l’engrenage vers le pire.

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ La violence est un état de fait, elle est aussi un problème de droit, analyse le professeur de philosophie Thomas Schauder. Sans une certaine dose de violence, l’ordre peut-il être respecté ? Et sans violence, l’ordre pourrait-il être renversé ?
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Black blocs : qu’est-ce que la « violence légitime » ?

La violence est un état de fait, elle est aussi un problème de droit, analyse le professeur de philosophie Thomas Schauder. Sans une certaine dose de violence, l’ordre peut-il être respecté ? Et sans violence, l’ordre pourrait-il être renversé ?



Le Monde
 |    09.05.2018 à 10h01
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 13h31
   





                        



   


Chronique Phil’ d’actu. Depuis le 1er mai et les affrontements qui ont eu lieu à Paris entre la police et certains manifestants, on s’interroge beaucoup, dans les médias, sur la montée de la violence. On cherche le bon terme : « casseurs », « ultragauche », « radicaux », « anarchistes » ? Les historiens se succèdent sur les plateaux pour rappeler que tout cela n’est rien à côté des actions armées dans les années 1970-1980 (celles des Brigades rouges en Italie, par exemple). Chaque homme politique interrogé est sommé de condamner ces actions. En un mot, aujourd’hui encore, le spectre de l’émeute nous hante.
Que le ministre de l’intérieur ou le chef de l’Etat condamne ces « débordements », c’est tout à fait naturel puisqu’ils sont les garants de l’ordre que ces manifestants souhaitent renverser. Les réactions de l’opposition sont bien plus intéressantes en vérité. La droite et l’extrême droite soutiennent les forces de l’ordre contre les « voyous », là encore c’est bien normal. Mais voyons du côté gauche. Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) parlant « d’insupportables violences » et Olivier Faure (Parti socialiste) affirmant que « la lutte, ce n’est pas la casse », voilà qui est plus surprenant, mais en réalité révélateur de toute l’histoire de la gauche.
Une fois encore, la vieille question de la légitimité de la violence se pose. Je dis vieille, mais il faudrait plutôt dire : intemporelle. Car si la violence est un état de fait, elle est aussi un problème de droit : sans une certaine dose de violence, comment l’ordre peut-il être respecté ? Mais cela pose, en corollaire, la question suivante : sans violence, l’ordre pourrait-il être renversé ?
Le monopole de la violence
La chose est connue, elle a même été théorisée, notamment par Thomas Hobbes : l’existence d’une loi ne suffit pas pour que celle-ci soit respectée. Pour ce faire, il faut que la perspective d’un déplaisir l’emporte sur la perspective du plaisir. Autrement dit, il faut que la menace de la sanction me fasse réfléchir à deux fois avant de commettre l’infraction.
Ce pouvoir de coercition, pour être efficace, doit être appliqué, afin de montrer l’exemple (d’où les appels à « la fermeté » et à « l’autorité » de l’Etat). Et il ne doit pas être partagé : l’Etat est « détenteur du monopole de la violence physique légitime », selon la formule de Max Weber. Les deux éléments sont essentiels : il faut qu’il y ait monopole, sinon un système de régulation parallèle peut exister et mettre en péril la société (c’est le cas avec la mafia ou les cartels) ; mais il faut aussi que cette violence soit légitime. Et là est le problème, comme j’ai déjà eu l’occasion d’en parler : sur quoi se fonde cette légitimité ?

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          Lanceurs d’alerte : désobéir, jusqu’où ?



Ici, on peut (très) schématiquement distinguer deux écoles. La première pense que cette légitimité vient (paradoxalement) de l’arbitraire : la violence de l’Etat est légitime parce que c’est l’Etat. Si l’on n’est pas content, alors il faut prendre le pouvoir et devenir soi-même le détenteur du monopole de la violence. Ainsi, on pourra l’utiliser à des fins qui nous semblent meilleures. C’est la position de M. Mélenchon par exemple, mais aussi celle du PS.
Le nécessaire affrontement
La deuxième lecture est très différente. Elle consiste à voir dans la violence non pas seulement un moyen regrettable mais nécessaire, mais le moteur même de l’histoire. La violence de l’Etat ne serait pas plus légitime que celle de ses opposants : ce serait une lutte pour la défense d’intérêts divergents (l’Etat protégeant les intérêts des classes dominantes contre le peuple). Dans cette vision, inspirée par Marx et Engels, la légitimité serait un faux problème et seul compterait le rapport de force. Si l’Etat emploie des moyens violents, alors le peuple doit aussi pouvoir faire usage de la violence.

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          Black blocs : une tactique de lutte plus qu’une idéologie



On voit ainsi que derrière les interrogations sur la violence en manifestation se cache un problème politique très important : celui de la définition de l’Etat. Celui-ci est-il l’émanation du peuple souverain, ou bien la représentation de l’élite ? Est-il la forme organisée de la majorité, ou bien le bras armé de la minorité ?
Un débat bienvenu
Avouons-le : il n’y a aucune réponse claire et définitive à apporter à ces questions. Ou plutôt, il n’y a aucune conciliation possible entre ces positions. Vous aurez toujours d’un côté l’argument selon lequel c’est le vote qui donne sa légitimité à un gouvernement, et de l’autre celui qui affirme que le vote ne change rien de toute façon. D’un côté ceux qui diront que « la casse » détourne le sens de la manifestation, en créant un climat de peur ; de l’autre ceux qui pensent que la manifestation sans heurts ne sert absolument à rien.
Cependant, il est très sain de se poser la question, et d’une certaine façon, c’est la preuve d’une (encore) « bonne santé politique » en France. Rappelons que nous ne manquons pas d’« alliés » et de clients de notre industrie de l’armement et de la sécurité pour lesquels ces débats ne peuvent avoir lieu.
A l’heure des célébrations du 8 mai 1945, on se souvient des résistants qui n’hésitèrent pas à faire usage de la violence et que le pouvoir de Vichy traitait de « terroristes ». Bien sûr que la situation n’est pas comparable, mais il est important de se rappeler que la politique, en règle générale, est une affaire complexe, que l’on ne peut réduire ni à des techniques de management, ni à un ordre immuable et nécessaire.
Un peu de lecture ?
- Thomas Hobbes, Léviathan (Gallimard-Folio, 2000)
- Karl Marx, Philosophie (Gallimard-Folio, 1992)
- Max Weber, Le Savant et le Politique (10/18, 2006)

A propos de l’auteur de la chronique
Thomas Schauder est professeur de philosophie. Il a enseigné en classe de terminale en Alsace et en Haute-Normandie. Il travaille actuellement à l’Institut universitaire européen Rachi, à Troyes (Aube). Il est aussi chroniqueur pour le blog Pythagore et Aristoxène sont sur un bateau. Il a regroupé, sur une page de son site, l’intégralité de ses chroniques Phil d’actu, publiées chaque mercredi sur Le Monde.fr/campus.

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans un essai éclairant, l’historienne revient sur les vifs débats qui entourent l’enseignement de l’histoire de France, en particulier depuis 1945.
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Laurence De Cock démonte le roman national

Dans un essai éclairant, l’historienne revient sur les vifs débats qui entourent l’enseignement de l’histoire de France, en particulier depuis 1945.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
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                            Pierre Albertini (Historien)








                        



                                


                            
Sur l’enseignement de l’histoire. Débats, programmes et pratiques de la fin du XIXe siècle à nos jours, de Laurence De Cock, Libertalia, « Ceux d’en bas », 330 p., 17 €.

Au débat sur l’histoire à l’école, Laurence De Cock apporte régulièrement sa contribution. Professeure de lycée ayant soutenu une thèse sur l’enseignement du fait colonial, fondatrice en 2011 du collectif Aggiornamento (qui vise à promouvoir « une histoire émancipatrice, débarrassée de ses oripeaux identitaires et de sa surcharge morale et civique », susceptible d’aider les élèves à faire l’apprentissage du questionnement, du raisonnement et du doute), elle a, pour intervenir sur l’enseignement de l’histoire, une triple légitimité de praticienne, de chercheuse et de militante.
Lire également cet entretien de 2013 avec Laurence De Cock
Le fil conducteur de Sur l’enseignement de l’histoire, son nouveau livre, est le « roman national », thème mis en circulation vers 1992-1993 par Pierre Nora et Paul Yonnet, et qui ne cesse depuis d’inspirer hommes politiques et intellectuels conservateurs. Les tenants du « roman national » sont convaincus que l’enseignement de l’histoire doit faire aimer la France, sur le modèle de ce que pratiquait la IIIe République, et que ce catéchisme est d’autant plus indispensable aujourd’hui que, selon certains, les immigrés récents feraient sécession. Face à eux, la plupart des historiens rappellent que l’histoire n’est ni un roman ni un ciment, mais une discipline rationnelle qui valorise la démonstration et la preuve ; que le repli sur la nation n’est pas la meilleure façon de comprendre le vaste monde ; que le pluralisme culturel progresse dans tout l’Occident et que l’idée de continuer le « Petit Lavisse » (manuel d’histoire du début du XXe siècle), fût-elle préconisée par François Fillon ou réalisée par Dimitri Casali, est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Une anthologie de textes inédits du philosophe mort en 1965 montre sa foi dans la communauté comme « union de vie ».
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Quand Martin Buber prônait l’épanouissement communautaire

Une anthologie de textes inédits du philosophe mort en 1965 montre sa foi dans la communauté comme « union de vie ».



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h30
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                            Serge Audier (Philosophe et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Communauté, de Martin Buber, traduit de l’allemand par Gaël Cheptou, L’Eclat, « Eclats », 156 p., 10 €.

Le concept de communauté continue de hanter la pensée sociale, philosophique et politique actuelle. Sa définition sociologique trouve ses sources en Allemagne, avec Ferdinand Tönnies (1855-1936), qui opposa deux types de lien social : la communauté (Gemeinschaft) et la société (Gesellschaft). Tandis que la première se fonde sur une coïncidence spontanée entre volonté individuelle et volonté collective – ainsi dans la famille –, la seconde est le produit artificiel des contrats entre individus poursuivant leurs intérêts.
Ces catégories sociologiques, reformulées par Max Weber (1864-1920), devaient connaître un grand écho en Allemagne, jusque dans le petit cercle des anarchistes et socialistes utopiques juifs. Une de ses figures influentes fut le philosophe Martin Buber (1878-1965) dont les textes que rassemble cette anthologie, Communauté, écrits entre 1900 et 1953 et inédits en français, restituent les idées sur la communauté. Aux côtés notamment de Franz Rosenzweig et d’Emmanuel Levinas, qu’il connut l’un et l’autre, Buber est l’un des plus grands penseurs du judaïsme du XXe siècle. Marqué par la mouvance mystique du hassidisme, coauteur d’une nouvelle traduction de la Bible en allemand, il a développé, dans un style inspiré, une philosophie morale de la relation « je-tu », sous le sceau du dialogue et de la réciprocité (Je et Tu, Aubier, 1969) – des idées qui sous-tendent sa défense constante d’un socialisme religieux, communautaire et fédéraliste.

Contempteur de la civilisation mécanique, utilitaire et individualiste du capitalisme, Buber se méfie également du socialisme étatique et autoritaire. Son rêve, c’est de réinventer de petites communautés villageoises de production, de consommation et de vie, sans revenir aux liens traditionnels...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Après « Pourquoi les pauvres votent à droite », l’essayiste américain signe « Pourquoi les riches votent à gauche ». Il y analyse les difficultés rencontrées par les progressistes dans son pays.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Thomas Frank : « La classe moyenne est en train de disparaître aux Etats-Unis »

Après « Pourquoi les pauvres votent à droite », l’essayiste américain signe « Pourquoi les riches votent à gauche ». Il y analyse les difficultés rencontrées par les progressistes dans son pays.



Le Monde
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            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            
Pourquoi les riches votent à gauche (Listen, Liberal. Or, What Ever Happened to the Party of the People ?), de Thomas Frank, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Etienne Dobenesque, Agone, 456 p., 25 €.

Thomas Frank, journaliste et essayiste américain né en 1965, jette depuis trente ans un regard acéré et plein d’humour sur la vie intellectuelle, politique et culturelle des Etats-Unis. Cet ancien chroniqueur au quotidien conservateur Wall Street Journal est aujourd’hui contributeur régulier au mensuel de gauche Harper’s Magazine et au quotidien britannique The Guardian. En France, ses articles paraissent dans Le Monde diplomatique. En 1988, il a également fondé le magazine The Baffler, désormais dirigé par une nouvelle équipe. Thomas Frank est l’une des principales voix de la gauche sociale aux Etats-Unis, où le camp progressiste est davantage structuré par la question raciale. Il est l’auteur d’une demi-douzaine d’ouvrages, notamment Pourquoi les pauvres votent à droite (Agone, 2008), une analyse du basculement à droite de l’opinion populaire au Kansas, dont il a fait un poste d’observation pour comprendre le mouvement des idées. Son nouveau livre, Pourquoi les riches votent à gauche, dénonce l’abandon des classes populaires par le Parti démocrate.
Comment êtes-vous venu au journalisme ?
J’ai étudié l’histoire des idées et l’histoire culturelle des Etats-Unis. Ma thèse de doctorat portait sur la publicité dans les années 1960. Elle a été publiée quelques années plus tard, sous le titre The Conquest of Cool (non traduit, 1997). Je cherchais à comprendre comment les entreprises américaines sont soudainement devenues cool. Dans les années 1950, les hommes d’affaires passaient pour des personnages ternes. Dans les années 1960, le concept de cool, qui était un mode d’opposition, a été adopté par l’entreprise...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Res publica. Histoire romaine de la chose publique ».
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Figures libres. Intelligent voyage dans la « chose publique »

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Res publica. Histoire romaine de la chose publique ».



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h46
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Res publica. Histoire romaine de la chose publique, de Claudia Moatti, Fayard, « Ouvertures », 468 p., 25 €.

La république, tout le monde en parle. Chacun croit savoir de quoi il s’agit : régime politique où le peuple est souverain, qui se distingue par là de la monarchie, par exemple. Mille analyses et commentaires en ont exploré l’esprit et la lettre, de Jean Bodin à Raymond Aron, de la Révolution française aux récents projets de « VIe République ». Tous les classiques de la philosophie politique l’abordent à leur manière, de Machiavel à Condorcet, en passant par Montaigne et Rousseau. Les Romains passent pour avoir inventé le mot et la chose : après une série de rois, avant une série d’empereurs, le gouvernement de Rome fut celui d’une république. Voilà une brochette d’évidences.
Et si ce n’était qu’une série de pièges, de leurres, de malentendus ? Croyant savoir, ne sommes-nous pas ignorants, tout bonnement ? L’historienne Claudia Moatti pose ces questions. Elle en explore les tenants et aboutissants au fil d’un essai puissant, ­intelligent, subtil et savamment charpenté, qui bouscule bien des convictions hâtives. Elle montre en effet combien cette continuité supposée du sens de la « république » est une illusion d’optique, une perspective faussée.
Retour aux sources
En fait, les Romains ne savaient pas qu’ils vivaient dans une « république ». Ils n’y voyaient pas d’abord un régime distinct et spécifique. Ils parlaient seulement de res publica – « chose publique ». Les confusions prirent leur essor au Quattrocento quand le savant humaniste Leonardo Bruni (1370-1444) traduisit pour la première fois cette expression par « république ».
Revenant aux sources, c’est-à-dire aux discours et aux usages politiques de la Rome antique, Claudia Moatti scrute le terme le plus important, celui qu’on oublie le plus souvent : res, la « chose ». Par elle-même, elle n’est...




                        

                        

