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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-1"> ¤ Une enquête préliminaire a été ouverte mercredi sur la mort, en décembre, de la jeune femme prise en charge tardivement par les urgences, après avoir été moquée au téléphone par le SAMU.
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Les parents de Naomi Musenga veulent que « justice soit faite »

Une enquête préliminaire a été ouverte mercredi sur la mort, en décembre, de la jeune femme prise en charge tardivement par les urgences, après avoir été moquée au téléphone par le SAMU.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 18h27
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 18h49
   





                        


Les parents de Naomi Musenga, morte à l’hôpital de Strasbourg à la fin de décembre, après un appel pris à la légère par le SAMU, ont demandé jeudi 10 mai que « justice soit faite » lors d’une conférence de presse au cabinet de leurs avocats.
« Que justice soit faite, c’est cela notre première préoccupation pour cette enfant qui était aimée de tous », a déclaré son père, Polycarpe Musenga, estimant avoir été « baladé » sur les circonstances de la mort de sa fille.
« La famille ne souhaite absolument pas que l’on charge uniquement l’opératrice », mais elle voudrait que des réponses soient apportées aux « nombreuses interrogations » et que l’on remonte la « chaîne de responsabilités », avait déclaré plus tôt l’un de ses avocats, Mohamed Aachour.
Enquête préliminaire ouverte
« J’ai très mal au ventre », « j’ai mal partout », « je vais mourir… », souffle Naomi Musenga, peinant à s’exprimer, lors de son appel du 29 décembre, transféré par les pompiers au SAMU. « Si vous ne me dites pas ce qui se passe, je raccroche », réplique sur un ton péremptoire l’opératrice du SAMU, qui ajoute, moqueuse : « Oui, vous allez mourir, certainement un jour, comme tout le monde », selon l’enregistrement obtenu à la fin du mois de mars par la famille et publié par le site d’information local alsacien Heb’di.
Emmenée à l’hôpital plusieurs heures plus tard, après qu’un médecin eut appelé lui-même le SAMU, Naomi Musenga, mère d’une petite fille, est victime d’un infarctus, puis transférée en réanimation, où elle succombe dans l’après-midi. Une autopsie ne sera pratiquée que le 3 janvier, cent douze heures après sa mort.

        Sur ce qui s’est passé :
         

          Mort d’une jeune fille à Strasbourg : le manque de moyens du SAMU et de formation mis en cause



Le rapport du médecin légiste évoque une « défaillance multiviscérale sur choc hémorragique » et une « putréfaction avancée » du corps, qui surprend la famille de Mme Musenga, en quête d’explications. Mercredi, le parquet de Strasbourg a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire du chef de « non-assistance à personne en péril ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-2"> ¤ Les étudiants seraient majoritairement opposés aux blocages, selon une enquête de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), publiée jeudi. Ils réclament unanimement plus d’investissements dans l’enseignement supérieur.
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Sondage : les étudiants veulent une mobilisation « réellement démocratique »

Les étudiants seraient majoritairement opposés aux blocages, selon une enquête de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), publiée jeudi. Ils réclament unanimement plus d’investissements dans l’enseignement supérieur.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 17h39
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 18h42
    |

                            Service Campus








                        



   


Alors que trois universités, Rennes-II, Paris-VIII et Paris-Nanterre sont toujours bloquées, une trentaine d’autres ont connu des perturbations diverses depuis le début du mouvement contre la loi orientation et réussite des étudiants (ORE), présidents et syndicats s’interrogent sur l’avis des étudiants quant à la mobilisation.
Durant trois semaines, la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) a organisé une enquête auprès d’étudiants pour recueillir leur avis sur cette réforme. Un sondage en ligne sur une plate-forme où les étudiants pouvaient répondre aux questions, également relayé sur les réseaux sociaux.
Si la FAGE admet qu’« une marge d’erreur est possible » du fait que l’enquête n’était pas nominative, le syndicat étudiant dit que chaque personne consultée devait indiquer son niveau et sa ville d’étude. Pour collecter des avis, elle s’est par ailleurs appuyée sur ses relais dans une dizaine de campus, recueillant en près de trois semaines l’avis de 14 000 étudiants dans cinquante-deux villes — « dont les villes universitaires qui ont subi des blocages, ce qui dit l’importance pour les étudiants de s’exprimer ailleurs que dans les assemblées générales qui votent les blocages », relève la FAGE.
D’après l’enquête, 72,3 % des étudiants interrogés se disent opposés aux blocages, et 68,6 % sont contre le boycott des cours. Mais beaucoup s’accordent apparemment à dire qu’il faudrait trouver des modes d’échange ou de mobilisation autres que le blocage de locaux. « Il faut valoriser les lieux de débats organisés de manière réellement démocratique », dit un étudiant en deuxième année de licence, cité par la FAGE.
La FAGE a également demandé aux étudiants leur avis concernant la réforme de l’accès à l’université. Là, les résultats sont plus mitigés : 12 % des interrogés sont « plutôt en désaccord » avec la réforme, et 20 % ne sont « pas d’accord du tout » ; 40 % sont « plutôt d’accord » avec la loi, 19 % sont « totalement d’accord » ; 9 % n’ont « pas d’avis ».

Enquête FAGE publié par LeMonde.frCampus

Des votes électroniques dans les universités
Une question particulièrement clivante au sujet de la loi ORE est celle de la mise en place des attendus à l’entrée de chaque filière : 29 % des étudiants interrogés ne sont « pas du tout d’accord » avec ce dispositif ; alors que 24 % se disent « totalement d’accord ».
Une forme de consensus semble se dessiner quant aux moyens humains et financiers consacrés à l’université : 98 % des sondés pensent qu’il faut investir davantage dans l’enseignement supérieur. Dont 70,8 % réclament « l’augmentation du nombre d’enseignants » et 71,4 % « la rénovation et la construction de nouveaux locaux ». 
Dans les établissements perturbés ou entièrement bloqués ces dernières semaines, certains présidents ont organisé un vote électronique pour connaître l’avis des étudiants. Le dernier en date remonte au jeudi 3 mai, quand Jean Chambaz, le président de Sorbonne Université, a invité les étudiants à se prononcer sur le blocage de deux sites occupés à Paris. En quatre jours, 10 085 étudiants, sur 55 000, ont voté en ligne : 6 334 étaient défavorables aux blocages ; 2 772 favorables ; et 979 ne souhaitaient pas se prononcer, selon un communiqué de l’université.
Autre exemple, l’université de Lorraine a consulté les étudiants des campus de Metz et Nancy, le 9 avril, sur la question de la reprise des cours : « Avec la garantie de la mise à disposition de lieux pour le débat, approuvez-vous la reprise des cours le 11 avril à 8 heures permettant le maintien du calendrier universitaire ? » Sur les 3 919 participants, 2 456 se disaient favorables à la reprise des cours, 1 026 s’y étaient opposés. Mais c’était finalement l’intervention des forces de l’ordre, mercredi 25 avril, qui avait mis fin au blocage, comme le rapportait France Bleu.
Malgré des résultats souvent en faveur d’un déblocage, les votes électroniques ne sont pas toujours reconnus comme légitimes par les étudiants et les professeurs mobilisés. S’ils représentent un moyen de sonder l’opinion, leur impact peut finalement s’avérer limité.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-3"> ¤ Si les syndicats restent unis après dix-huit jours de grève, les questions des investissements publics et de la sortie du conflit restent épineuses.
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SNCF : quatre leçons de la grève à mi-conflit

Si les syndicats restent unis après dix-huit jours de grève, les questions des investissements publics et de la sortie du conflit restent épineuses.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 15h32
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 17h04
    |

                            Éric Béziat








                        



                                


                            

Alors que vient de s’achever, mercredi 9 mai, le dix-huitième jour de grève des cheminots contre la réforme ferroviaire, sur trente-six annoncés, le conflit semble s’être installé dans une routine, qui cache toutefois des phases distinctes.
Il y a d’abord eu, début avril, le lancement de cette grève originale par intermittence inventée par les quatre syndicats représentatifs de la SNCF (CGT, UNSA, SUD et CFDT), puis l’entrée dans le débat législatif, qui a abouti au vote en première lecture du projet de loi à l’Assemblée nationale le 17 avril.
A suivi une période de « bouderie » des quatre organisations syndicales qui, contestant la méthode de concertation du gouvernement, ont refusé de continuer à discuter avec la ministre des transports, Elisabeth Borne, et revendiqué une négociation directe avec le premier ministre, Edouard Philippe.
Une nouvelle phase vient de s’ouvrir depuis le lundi 7 mai et la rencontre des syndicats avec M. Philippe, resté inflexible sur les points fondamentaux de la réforme (ouverture à la concurrence, transformation de la SNCF en société publique, extinction du statut) tout en laissant entrevoir quelques ouvertures (annonces imminentes sur la dette, implication du gouvernement pour une convention collective de haut niveau).
Ce nouveau moment, qui va courir jusqu’au 23 mai, début de l’examen du nouveau pacte ferroviaire par le Sénat, est l’occasion de tirer plusieurs leçons du conflit en cours.
Le front syndical reste uni
Si les quelques gages avancés par le premier ministre, le 7 mai, avaient pour but d’enfoncer un coin dans l’union syndicale, c’est plutôt manqué. Réunis en intersyndicale, mercredi 9 mai en fin de journée, les leadeurs des fédérations ont fait montre d’une unité sans faille et sans faux-semblants.
« Ce soir, l’unité syndicale n’a pas bronché », a déclaré Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots :
« Nous avons des appréciations qui peuvent varier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-4"> ¤ La forte baisse des taux d’intérêt et l’encadrement renforcé des pratiques des organismes de crédit ont eu un impact positif sur le surendettement.
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Le surendettement recule en France

La forte baisse des taux d’intérêt et l’encadrement renforcé des pratiques des organismes de crédit ont eu un impact positif sur le surendettement.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 15h05
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 16h14
    |

            Jérôme Porier








                        



   


Le nombre annuel de dossiers déposés – et déclarés recevables – à la Banque de France a diminué de 13 % entre 2014 et 2017, soit 30 000 dossiers en moins par an, selon une étude publiée en début d’année.
Après s’être stabilisé au début des années 2000, ce chiffre avait bondi de 30 % entre 2007 et 2011 en raison de la crise financière. Plusieurs facteurs expliquent cette amélioration : la forte diminution des taux d’intérêt, et l’encadrement renforcé des pratiques des organismes de crédit (lois Lagarde de 2010 et Hamon de 2015).
La Banque de France souligne aussi que de très nombreux crédits ont été renégociés. Entre 2012 et 2017, la masse des crédits à la consommation a baissé d’un tiers, celle des seuls crédits renouvelables de 42 %.

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Un débiteur seul dans deux cas sur trois
Au total, les ménages surendettés ploient sous un fardeau de 7,2 milliards d’euros de dettes, à rapporter aux 1 350 milliards d’euros de revenu total des ménages. Après traitement par les commissions de surendettement, puis homologation éventuelle par la justice, 23 % de la dette globale a été effacée.
Aux trois quarts, cette masse porte sur des emprunts immobiliers (36 %) ou des crédits à la consommation (37 %), le reste relevant de loyers impayés (5,5 %), de caution d’autres emprunteurs (4 %) et d’impôts en retard (3 %).
En moyenne, les dossiers portent sur 43 000 euros. Les plus épineux à résoudre sont ceux qui concernent des emprunts immobiliers.

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Quel est le profil des personnes surendettées ? Les trois quarts (75,8 %) sont locataires, et seulement 3,4 % sont propriétaires de leur résidence principale (contre 36,9 % pour la moyenne des ménages français). Si 33,1 % vivent en couple, 36,8 % sont divorcés ou séparés, 24,6 % sont célibataires et 5,5 % sont veufs. Dans deux cas sur trois, le débiteur est donc seul pour faire face à ses difficultés financières.
En outre, 27 % des personnes surendettées sont au chômage. Un ménage surendetté sur deux n’a aucune capacité de remboursement. Plus de 82 % des ménages surendettés ont un patrimoine brut inférieur à 2 000 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-5"> ¤ Jacob Waerness, ancien directeur sûreté de l’usine syrienne du cimentier, a été arrêté à Paris et mis en examen le 4 mai pour « financement du terrorisme ».
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Affaire Lafarge : un ex-membre des services norvégiens mis en examen

Jacob Waerness, ancien directeur sûreté de l’usine syrienne du cimentier, a été arrêté à Paris et mis en examen le 4 mai pour « financement du terrorisme ».



Le Monde
 |    10.05.2018 à 14h58
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 15h09
    |

            Soren Seelow








                        


Son arrestation est à l’image du personnage : rocambolesque. Selon les informations du Monde, Jacob Waerness, ancien membre du renseignement intérieur norvégien, a été interpellé mercredi 2 mai à l’aéroport Roissy - Charles-de-Gaulle, entre deux avions lors d’une escale à Paris, dans le cadre de l’enquête sur les agissements du cimentier Lafarge en Syrie. Ce Norvégien de 40 ans, responsable de la sécurité de l’usine syrienne du groupe entre 2011 et 2013, a été mis en examen vendredi 4 mai pour « financement du terrorisme », portant à huit le nombre de mis en cause dans ce dossier.
Voilà plus d’un an que les enquêteurs cherchaient à entendre ce personnage-clé du dossier, qui travaille aujourd’hui pour le Centre pour le contrôle démocratique des forces armées (DCAF), en Suisse. Sa mise en examen détonne quelque peu avec la mission de cette fondation, qui entend « améliorer la sécurité des Etats et des peuples dans le cadre des principes démocratiques, du respect de la loi et des droits de l’homme ». Sur son profil LinkedIn, Jacob Waerness, qui n’a pas répondu aux sollicitations du Monde, précise disposer d’une « expertise démontrée sur le terrain dans des environnements complexes ». Un talent rare qui lui vaut aujourd’hui de se retrouver au cœur de la tourmente Lafarge.
Les douanes judiciaires, en charge de l’enquête, avaient déjà tenté de le convoquer à plusieurs reprises par téléphone en avril 2017. Sans succès. Jacob Waerness s’était alors montré peu coopératif, comme en témoigne ce procès-verbal :
« M. Jacob Waerness nous a indiqué qu’il n’avait pas de déplacement prévu à Paris dans les prochains mois. A la proposition de se voir à la frontière franco-suisse à Saint-Louis (Haut-Rhin), Monsieur Waerness a décliné la proposition et nous a indiqué qu’il préférait que nous fassions le déplacement en Suisse. A défaut, il voulait bien répondre à nos questions par Skype. »

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Personnage médiatique et énigmatique
Quelque peu contrariés par cette fin de non-recevoir, les enquêteurs ont patiemment attendu que cet ancien élève de HEC Paris remette un pied sur le territoire français pour l’interpeller. Jacob Waerness a été intercepté lors d’un transit à l’aéroport de Roissy - Charles-de-Gaulle, et c’est dans le bureau d’un juge qu’il a finalement répondu aux « questions » de la justice, avant d’être mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, vendredi.
Quadragénaire au visage juvénile, Jacob Waerness est le personnage le plus médiatique, et sans doute le plus énigmatique, de l’affaire Lafarge. Des anciens cadres du cimentier visés par l’enquête ouverte en juin 2016, il est le premier à avoir publiquement admis, dans un livre sorti en Norvège à l’été 2016, puis au fil de nombreuses interviews, que la filiale syrienne de Lafarge avait financé des groupes terroristes. Sa posture, qui tendrait à le faire passer pour un lanceur d’alerte, n’a pas suffi à convaincre les trois juges qui instruisent ce dossier depuis juin 2017.

Très bon arabophone, Jacob Waerness était employé par la filiale syrienne de Lafarge entre septembre 2011 et octobre 2013, période durant laquelle le cimentier a commencé à rétribuer les groupes armés présents autour de son usine pour se maintenir dans le pays. Il avait participé à la première réunion organisée en septembre 2012 à Gaziantep (Turquie) avec les responsables de plusieurs factions rebelles : le début d’un engrenage qui conduira quelques mois plus tard Lafarge à financer les groupes terroristes, qui s’inviteront à la table des négociations.
« J’aurais dû les avertir »
Dans un entretien produit par l’ONG Sherpa à l’appui de sa plainte déposée contre Lafarge en novembre 2016, l’ancien agent avait justifié les contacts établis à l’été 2013, à la fin de sa mission, entre Lafarge et l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL, futur Etat islamique), qui venait de s’établir en Syrie : « C’est important de regarder le contexte. Je pense que c’est tout à fait acceptable d’avoir, au début, des contacts avec ISIS [acronyme anglais de l’EIIL] et des groupes islamistes radicaux, de se lier aux personnes ayant le pouvoir. Mais ils ont ensuite montré leur vrai visage, ils ont été placés sur une liste des organisations terroristes. »
Il avait cependant esquissé un début de mea culpa. « La dynamique entre le PDG et moi : toujours trouver des solutions pour faire fonctionner le business. Et je pense qu’on l’a poussée un peu trop loin (…). Vers la fin de mon contrat, on aurait dû fermer. A cette époque, nous savions qui était ISIS, nous savions que nous ne pouvions pas rester dans la région sans contacts directs ou indirects avec ce groupe. J’aurais dû prévenir la direction. Donc, deux critiques : primo, la dynamique qui a fait que nous avons poussé loin ; secundo, j’aurais dû les avertir que c’est un groupe méchant et une voie sans issue. Ils ont continué une année supplémentaire et ISIS a emménagé dans la zone. »
Depuis le début de cette enquête aux ramifications internationales, six autres cadres du groupe, dont l’ex-PDG Bruno Lafont, ont été mis en examen pour « financement du terrorisme » et « mise en danger de la vie d’autrui », ainsi qu’une ancienne DRH de Lafarge pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Les enquêteurs s’intéressent par ailleurs au degré de responsabilité du principal actionnaire du cimentier à l’époque des faits, le Groupe Bruxelles Lambert (GBL), dont les locaux ont été perquisitionnés et dont quatre administrateurs ont été entendus par la police belge, fin 2017.

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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-6"> ¤ Une enquête interne ayant recueilli les témoignages d’employés, en majorité des femmes, parle d’un environnement « toxique » chez l’équipementier sportif.
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Nike : exode massif de cadres dirigeants, après des soupçons de harcèlement moral et sexuel

Une enquête interne ayant recueilli les témoignages d’employés, en majorité des femmes, parle d’un environnement « toxique » chez l’équipementier sportif.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 14h16
   





                        



   


Culture « macho », inégalités hommes-femmes, insultes… Les témoignages d’employés de Nike dénoncent tous un environnement « toxique » dans l’entreprise, fait de discriminations et de harcèlement moral et sexuel. Résultat : l’équipementier sportif est confronté à un exode sans précédent de dirigeants depuis un peu plus d’un mois.
Les départs sont, d’après une source proche du dossier, la conséquence des premières conclusions d’une enquête interne, lancée en mars, après la libération de la parole d’employés – en majorité des femmes – dans le sillage du mouvement #MeToo né du scandale Harvey Weinstein.
Depuis mars, au moins onze hauts dirigeants ont quitté l’équipementier sportif, dont Trevor Edwards, un Afro-Américain, président de la marque Nike et considéré comme le successeur de Mark Parker, le PDG actuel. En interne, M. Edwards, qui a passé plus de vingt-cinq ans chez Nike, était réputé pour humilier ses subordonnés lors de réunions publiques.
Clubs de strip-tease, « salope stupide »
Tout est parti du ras-le-bol d’un groupe de salariées, qui a fait circuler un sondage interne révélant des abus et des inégalités hommes-femmes en matière de promotion. Cette enquête, qui rassemblait les témoignages d’employés femmes et hommes, dénonçait de façon générale la culture « macho » de l’entreprise – une sorte de « boys club » – et l’inertie du département des ressources humaines.
Certains font état de sorties de bureau entre collègues se terminant dans des clubs de strip-tease, de manageurs hommes se vantant d’avoir des préservatifs, des commentaires sur les seins d’une salariée écrits dans un courriel adressé à l’intéressée, une récurrence de remarques désobligeantes et humiliantes. Une employée a confié au New York Times que son supérieur hiérarchique l’avait traitée de « salope stupide » mais n’avait pas été sanctionné malgré le fait qu’elle avait rapporté l’incident à la DRH.
Interrogé par l’AFP, Nike n’a pas souhaité s’exprimer. « Nous avons tous une obligation – non négociable – de créer un environnement et une culture de respect et d’inclusion », a déclaré le 3 mai le PDG Mark Parker aux employés.
Un cinglant revers
L’impact financier de cette affaire sur Nike est négligeable pour l’instant : l’action de l’entreprise n’a pas été affectée en Bourse, les initiatives de boycott lancées sur les réseaux sociaux n’ont pas pris. Aucun des prestigieux ambassadeurs de Nike – les joueuses de tennis Serena Williams et Maria Sharapova, le basketteur LeBron James, le footballeur Cristiano Ronaldo, entre autres – ne s’est encore exprimé sur le sujet.
Il n’en reste pas moins que c’est un cinglant revers pour Nike, dont le célèbre slogan « Just do It » est censé inciter des millions de jeunes à travers le monde à poursuivre leurs rêves. L’équipementier s’est en outre donné une image « cool », progressiste et de défenseur des valeurs d’égalité et de justice, comme l’atteste une campagne de février.
La direction, qui a reçu plus de 43 000 réponses à son enquête interne, a commencé à procéder à des changements. Elle a promu récemment deux femmes à de hautes fonctions, Amy Montagne et surtout Kellie Leonard, élevée responsable de la diversité et de l’intégration. Actuellement, seuls 38 % des manageurs sont des femmes et quelque 23 % sont « non caucasiens », selon les termes de l’entreprise. Le groupe de Beaverton (Oregon) promet également de revoir les formations des manageurs, de modifier ses procédures d’embauche et d’instaurer des entretiens d’évaluation individuels de façon régulière.

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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-7"> ¤ Contrairement aux affirmations du ministre de l’éducation nationale, il n’existe pas de méthode validée par la science pour apprendre à lire aux élèves de cours préparatoire. Entretien croisé avec les experts Laurent Cros et Roland Goigoux.
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Apprentissage de la lecture : le point sur les savoirs et les pratiques

Contrairement aux affirmations du ministre de l’éducation nationale, il n’existe pas de méthode validée par la science pour apprendre à lire aux élèves de cours préparatoire. Entretien croisé avec les experts Laurent Cros et Roland Goigoux.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 12h11
    |

            Luc Cédelle








                        



                                


                            
Le 26 avril, Jean-Michel Blanquer a fait une série d’annonces en faveur de la « méthode syllabique ». Auparavant, dans l’attente d’une prise de position du ministre de l’éducation nationale, Le Monde avait convié deux experts à faire le point sur l’état des savoirs et des pratiques en matière d’apprentissage de lecture.

Dans les controverses récurrentes à ce sujet, l’un et l’autre appartiennent à des courants de pensée très différents. Laurent Cros est le délégué général d’Agir pour l’école. Créée en 2010, cette association met en œuvre depuis huit ans un programme sur la lecture dans des écoles en éducation prioritaire. Son action a fait l’objet de plusieurs articles scientifiques dans des revues de psychologie cognitive et d’économie de l’éducation. Roland Goigoux, professeur à l’université de Clermont-Auvergne, spécialiste de l’enseignement de la lecture et de l’écriture, a dirigé l’étude « Lire et écrire au CP », issue de l’observation de 131 classes par soixante chercheurs, dont les résultats ont été publiés à partir de septembre 2015.
Comment percevez-vous l’approche de l’enseignement de la lecture du ministère Blanquer ?
Roland Goigoux. On constate certaines contradictions dans la position du ministère. D’un côté, la mise en place d’un conseil scientifique de l’éducation porte l’idée que l’on va faire le point rationnellement sur l’état des savoirs. Mais de l’autre côté, des membres de l’entourage direct du ministre déclarent, dans des réunions de cadres de l’éducation nationale, que demain nous aurons au CP une méthode unique de référence pour l’apprentissage de la lecture. Certains citent même comme modèle à suivre un manuel fondé sur une méthode syllabique stricte, dont aucune donnée ne prouve la supériorité.
Qui croire ? Ces propos préoccupants, ou bien ce qu’affirmait mot pour mot en 2011 le livre Apprendre à lire [Odile Jacob], dirigé par l’actuel président du conseil...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-8"> ¤ Le 26 avril, le ministre de ­l’éducation nationale vantait la méthode « syllabique » et conspuait la « globale ». Pourquoi feint-il d’oublier qu’enseignants et ­spécialistes s’accordent aujourd’hui sur l’essentiel ? Retour sur la longue querelle de l’apprentissage de la lecture.
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Apprendre à lire : le b.a.-ba d’une fausse polémique

Le 26 avril, le ministre de ­l’éducation nationale vantait la méthode « syllabique » et conspuait la « globale ». Pourquoi feint-il d’oublier qu’enseignants et ­spécialistes s’accordent aujourd’hui sur l’essentiel ? Retour sur la longue querelle de l’apprentissage de la lecture.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 12h10
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 14h33
    |

            Luc Cédelle








                        



                                


                            
Une phrase-clé qui claque : « La liberté pédagogique n’a jamais été l’anarchisme pédagogique. » Et une affirmation non moins retentissante : « Entre quelque chose qui ne marche pas – la méthode globale – et quelque chose qui fonctionne – la syllabique –, il ne peut y avoir de “compromis” mixte. » Avec son entretien au Parisien du 26 avril, accompagné de la publication, le même jour, de quatre notes de service sur l’enseignement des « fondamentaux » et d’un guide de 130 pages détaillant ses recommandations pédagogiques sur l’apprentissage de la lecture, Jean-Michel Blanquer était certain de marquer les esprits. D’une double façon : en se mettant la plupart des syndicats d’enseignants à dos et l’opinion publique dans sa poche.
Méthodes validées par la science
Le ministre de l’éducation nationale avait déjà, en août 2017, laissé percer ses intentions en déclarant à L’Obs que, pour la lecture, il s’appuierait « sur les découvertes des neurosciences, donc sur une pédagogie explicite, de type syllabique, et non pas sur la méthode globale, dont tout le monde admet aujourd’hui qu’elle a eu des résultats tout sauf probants ». Aujourd’hui, tout en se défendant de vouloir imposer quoi que ce soit, il est passé à l’action. Quelle que soit la part calculée de communication politique, il faut lui faire crédit de sa conviction qu’il est possible d’obtenir – ou, à tout le moins, d’approcher – les « 100 % de réussite au CP », selon l’objectif-slogan énoncé dès son arrivée Rue de Grenelle. Pour Jean-Michel Blanquer, cet objectif est atteignable si l’éducation nationale a recours aux méthodes validées par la science.
La science semble, à ses yeux, idéalement incarnée par le neuroscientifique et psychologue cognitiviste Stanislas Dehaene, qu’il a nommé, fin décembre 2017, à la présidence d’un tout nouveau Conseil scientifique de l’éducation. Ce chercheur de renommée internationale s’intéresse depuis longtemps aux apprentissages...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-9"> ¤ Le jeune homme a été jugé, mercredi, en comparution immédiate pour refus de prélèvement d’ADN. Il a également été condamné à 100 jours-amende.
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« Fête à Macron » : un étudiant condamné à un mois de prison avec sursis

Le jeune homme a été jugé, mercredi, en comparution immédiate pour refus de prélèvement d’ADN. Il a également été condamné à 100 jours-amende.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 10h38
   





                        


Un étudiant, interpellé samedi 5 mai en marge de la marche parisienne la « Fête à Macron », a été condamné à un mois de prison avec sursis, a fait savoir, jeudi, le parquet de Paris. Le jeune homme, jugé en comparution immédiate mercredi, a été condamné pour refus de prélèvement ADN, a précisé le parquet. Il a également été condamné à 100 jours-amende à huit euros par jour pour « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences ou de dégradations » et à 150 euros d’amende pour « dissimulation volontaire du visage lors d’une manifestation ».
Un autre étudiant, âgé de 20 ans, avait été présenté lundi à la justice. Soupçonné d’avoir jeté un fumigène à l’intérieur d’un camion-régie de Franceinfo et d’avoir lancé des projectiles en direction des forces de l’ordre pendant le rassemblement, il a été mis en examen mardi et placé en détention provisoire.

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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-10"> ¤ Qui de la réforme ou de la révolution est le mieux à même d’améliorer le sort de la société civile? Dans son dernier essai, Hervé Hamon apporte des éléments de réponse.
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Les leçons de Mai-68

Qui de la réforme ou de la révolution est le mieux à même d’améliorer le sort de la société civile? Dans son dernier essai, Hervé Hamon apporte des éléments de réponse.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 10h05
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 11h30
    |

            Anne Rodier








                        



   


La France s’ennuyait, le pouvoir d’achat montait, mais moins que les inégalités. La France rurale s’effondrait. « Nous n’en pouvions plus de l’information normalisée. Ni d’une classe politique amplement corrompue », écrit Hervé Hamon, dans L’Esprit de Mai-68. « Il allait se produire des choses qui n’appartenaient à aucune coterie, à aucun ténor, à aucun expert. Des choses qui appartenaient à ces gens en fête, ces gens qui allaient les énoncer eux-mêmes. »
Son récit animé, réfléchi, détaillé de Mai-68 va bien au-delà de la commémoration. L’essayiste fait, certes, revivre la genèse du mouvement, son « romantisme héroïque ». Il analyse sa place dans l’Histoire, l’efficacité du rapport de force dans les conflits sociaux. Le patronat « arrogant », « méprisant », « dur à la détente » finit par lâcher : 7 % de hausse de salaire réel, 35 % d’augmentation du smig, la réduction du temps de travail et le report de l’âge légal de départ à la retraite, rappelle-t-il. Le Medef (ex-CNPF) doit s’en souvenir.
Mais l’écrivain apporte surtout des éléments de réflexion pour savoir qui de la réforme ou de la révolution est mieux à même d’améliorer le sort de la société civile. Puis il alerte sur les dangers de vanter « la rupture » à tout propos. « Nous avons appris la méthode des essais et des erreurs », souligne-t-il en toute humilité. Une lecture rafraîchissante et inspirante pour 2018.

    Cet article est extrait du semestriel Le Monde Campus Avril 2018 by Anne Rodier on Scribd

L’Esprit de Mai-68, d’Hervé Hamon (Editions de L’Observatoire, 192 pages, 16 euros).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-11"> ¤ Du cerveau autiste aux galères que vivent les familles, deux livres sont consacrés à ces troubles du neurodéveloppement
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C’est quoi l’autisme ?

Du cerveau autiste aux galères que vivent les familles, deux livres sont consacrés à ces troubles du neurodéveloppement



Le Monde
 |    10.05.2018 à 10h00
    |

            Sandrine Cabut








                        



                                


                            
Le livre. Pourquoi certains autistes ne veulent-ils pas qu’on les touche ? Pour quelle raison sortent-ils non couverts par un temps glacial sans avoir froid ?… C’est à ces questions concrètes et à bien d’autres que répondent les Québecoises Brigitte Harrisson et Lise St-Charles dans L’Autisme expliqué aux non-autistes. Travailleuse ­sociale et autiste elle-même en ce qui ­concerne la première, spécialiste des troubles du spectre autistique (TSA) en ce qui concerne la seconde, elles ont fondé un centre d’expertise sur les TSA à Québec.
Alors que d’après les dernières statistiques américaines 1 enfant de 8 ans sur 59 ­serait autiste, il est grand temps que les « neurotypiques » (les non-autistes) apprennent à les comprendre, pour mieux les intégrer et les aider. Et c’est tout l’intérêt de cet ouvrage que d’expliquer pratiquement et avec moult exemples les particularités du cerveau autiste. « Il faut voir l’autisme comme la ­surdité ou la cécité parce que l’autiste est ­“socialement” aveugle », estiment les auteures. Ses connexions cérébrales étant différentes, il doit trouver une tout autre gestion de l’information.
Ainsi, le toucher est très complexe. « Tout entre par les yeux : si un toucher n’est pas vu et que le cerveau ne peut pas associer une image à la sensation physique ressentie, il ne peut pas être enregistré et cause alors un réel malaise », décryptent Mmes Harrisson et St-Charles. De même, parce que le froid ne se voit pas, les autistes ne pensent pas spontanément à se couvrir suffisamment, et peuvent se faire des engelures sans s’en rendre compte.
Expliquer l’autisme aux non-autistes, c’est aussi ce que fait Sophie Janois, dans un tout autre contexte, bien plus dramatique. Avocate, elle a fait de la défense des familles de ces enfants différents un combat qu’elle ­raconte dans La Cause des autistes. « Je maintiens hors de l’eau des familles lourdement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-12"> ¤ L’ancienne cité minière de la Creuse a créé, avec l’aide d’autres acteurs du territoire et d’entrepreneurs, un tiers-lieu. Un espace pluriel qui mêle travail et activités culturelles et entend enrayer le déclin économique, social et démographique du village.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-12"> ¤ 
<article-nb="2018/05/10/19-13">
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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-13"> ¤ Entrepreneurs, élus et habitants tentent de redynamiser l’ancienne cité minière de la Creuse autour d’un espace de travail et création artistique.
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Avec le tiers-lieu, « des jeunes gens font revivre Lavaveix-les-Mines »

Entrepreneurs, élus et habitants tentent de redynamiser l’ancienne cité minière de la Creuse autour d’un espace de travail et création artistique.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 08h54
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 12h30
    |

            Camille Bordenet (Lavaveix-les-Mines, Creuse, envoyée spéciale)








                        



                                


                            
Son père et son grand-père gueules noires auraient du mal à reconnaître les lieux. Cinquante ans après la fermeture du dernier puits de Lavaveix-les-Mines, ancienne cité minière de la Creuse, la poussière de la forge, le bruit de l’enclume et des raboteuses ont laissé place à des bureaux épurés et à un espace de travail peuplés d’écrans MacBook, d’une imprimante 3D et d’un « Fab-Lab ».
Depuis deux ans, les anciens ateliers de la mine de ce village de moins de sept cents habitants accueillent un tiers-lieu. Un « drôle de nom » que Marie Cotton n’avait jamais entendu. Mais elle qui est née ici il y a soixante et un ans, serveuse depuis vingt chez les Lorsery, le dernier restaurant du village, est heureuse de voir le patrimoine de ses anciens « reprendre des couleurs ». « Et des jeunes gens faire revivre Lavaveix-les-Mines. »
Ces jeunes gens, ce sont d’abord Pierre Jeannot et Nicolas Bodeau, graphistes indépendants et amis de lycée qui ont choisi de revenir s’installer dans la Creuse avec leurs familles après avoir bourlingué. A la recherche d’un espace de travail, ils perçoivent vite le potentiel des imposants bâtiments ouvriers de briques rouges, entièrement réhabilités dans le cadre d’un projet global de redynamisation du village. Les lieux devaient accueillir une SCOP, qui n’est jamais venue.

« Réinventer la ruralité »
Avec la communauté de commune, le maire du village et d’autres acteurs du territoire, les deux associés imaginent alors un lieu participatif « pour accueillir de nouvelles manières d’entreprendre, mais aussi pour recréer un espace de convivialité dans le village ». Ils ne tardent pas à être rejoints par d’autres. Pierre Jeannot et Nicolas Bodeau ont désormais pour voisins de bureau un coach, une sophrologue, un illustrateur, deux paysagistes, un consultant en développement territorial et Fabienne, la gardienne des lieux. Autant d’acteurs qui portent ensemble le projet...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-14"> ¤ En février 2014, Raymond Barbier, ingénieur agronome retraité, est démarché par un commercial de la société Solisol. Il signe un bon de commande pour le ravalement de sa façade et le changement de trois fenêtres.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-14"> ¤ 
<article-nb="2018/05/10/19-15">
<filnamedate="20180510"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180510"><AAMMJJHH="2018051019">
<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-15"> ¤ Graphisme efficace et slogans percutants : les affiches de l’événement ont marqué les esprits et sont de plus en plus recherchées par les collectionneurs.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

Les affiches de Mai 68 occupent les salles de vente

Graphisme efficace et slogans percutants : les affiches de l’événement ont marqué les esprits et sont de plus en plus recherchées par les collectionneurs.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 07h33
    |

                            Clémentine Pomeau-Peyre








                        



   


Les commémorations de Mai 68 suscitent l’effervescence… Peut-être autant que les ventes aux enchères qui dispersent depuis quelques semaines les ­affiches créées par les étudiants mobilisés voilà tout juste cinquante ans. L’étude de Melun, sous la houlette de Me Matthias Jakobowicz, a ainsi ouvert le feu avec une petite sélection début février. L’affiche « Continuons la grève, le capital se meurt », par l’Atelier populaire, a été adjugée 270 euros, et une version de « Nous sommes tous des juifs et des Allemands » a trouvé preneur pour 1 500 euros.
Une collection très complète
La maison parisienne Artcurial répliquait le 13 mars avec une vente très complète issue d’une collection privée, celle de Laurent Storch. Le producteur de télévision et de cinéma déclarait avoir « réuni à peu près toutes les affiches existantes de cette période. Je les ai trouvées sur eBay, chez des marchands, ou encore par des personnes qui les avaient conservées, y compris du côté des CRS… Certaines sont assez courantes, mais il y en a une cinquantaine qu’on ne trouvera plus ». Le résultat de cette vente a montré l’intérêt des ­enchérisseurs : 161 291 euros adjugés au total, avec 60 % des lots ayant trouvé acquéreur. Le record est ­détenu par « La beauté est dans la rue », partie à 3 380 euros. Une ­affiche rare à ­double titre : c’est l’une des seules à représenter une femme (qui lance un pavé), et elle n’a pas été éditée à ­Paris mais à Montpellier. La prochaine étude à se lancer est De Baecque et ­associés, qui mettra en vente, le 15 mai à Drouot, une sélection de 250 affiches différentes.

   


Graphiquement simples, monocolores, ces affiches placardées en majorité sur les murs de Paris ­durant quelques semaines entre mai et juin 1968 ont durablement marqué les esprits, ce qui explique leur succès actuel sur le marché des ventes aux enchères. Il en existe environ 500 différentes, avec pour certaines des variantes dans le slogan ou la couleur utilisée. Les tirages ont été compris entre 1 000 et 2 000 exemplaires selon les modèles. La majorité est en effet en sérigraphie, une ­méthode simple, facile à utiliser pour des néophytes, mais qui ne permet pas des tirages aussi ­importants que l’offset.
Les étudiants préfèraient renouveler tous les jours le message plutôt que d’imprimer plusieurs fois la même composition
De toutes les façons, les étudiants préfèrent renouveler tous les jours le message plutôt que d’imprimer plusieurs fois la même composition. Ils réagissent ainsi en temps réel aux derniers événements : « Nous sommes tous indésirables » (vendue 1 040 euros chez Artcurial), avec le portrait de Daniel Cohn-Bendit dessiné par Bernard Rancillac, au moment où le leadeur est interdit de séjour, « La lutte continue » avec un poing levé au bout d’une cheminée d’usine après les accords de Grenelle (vendue 715 euros chez Artcurial), « Sois jeune et tais-toi » montrant un jeune, bâillonné par le général de Gaulle au moment où le ­gouvernement organise de nouvelles élections à la fin du mois de juin, sans abaisser l’âge du droit de vote (vendue 715 euros chez Artcurial).

   


Deux ateliers
Les affiches parisiennes de Mai 68 sont principalement issues de deux ateliers. L’expert Frédéric Lozada précise : « L’Atelier populaire est plutôt de tendance maoïste, et celui des Arts décoratifs, dans la mouvance marxiste-léniniste. » Le premier, l’Atelier ­populaire, naît à l’Ecole supérieure des beaux-arts. Sa première affiche, du 15 mai, est ­imprimée à 30 exemplaires. Son slogan est « U-sines, U-niversités, ­U-nion ». Le 19 mai, « La chienlit c’est lui », avec une silhouette caricaturée du ­général de Gaulle, est tirée à 3 000 exemplaires.

        Lire aussi :
         

                Mai 68 s’affiche sur les murs des Beaux-Arts à Paris



L’autre atelier, ­celui des Arts décoratifs, commence sa production une dizaine de jours plus tard. Ses créations sont plus percutantes, mais aussi plus violentes. C’est de là que sort l’affiche montrant Hitler qui ­retire son masque ­figurant de Gaulle.
« Certains artistes de Mai 68 ont signé leur œuvre, ou les ont reconnues plus tard »
Dans chacun de ces deux ateliers, slogans et dessins sont chaque jour soumis à l’approbation d’une assemblée générale, et le travail des concepteurs reste le plus souvent anonyme. « Mais certains artistes ont signé leur œuvre, ou les ont reconnues plus tard. C’est le cas des membres de la figuration narrative tels que Rancillac ou Rougemont, ou d’indépendants parmi lesquels Zao Wou-ki, Calder ou encore Alechinsky », précise l’expert en affiches Frédéric Lozada. Il s’amuse de la vision des acheteurs étrangers pour qui ces créations sont issues de la French Revolution…
« Personne ne peut garantir que telle ou telle affiche date bien de mai 1968, et n’a pas été imprimée postérieurement »
Du côté des formats, il s’agit principalement de 60 cm × 80 cm ou de 80 cm × 120 cm. « Aux Beaux-Arts, les affiches étaient mises à sécher sur des cordes à linge, les formats supérieurs à 1 mètre n’étaient par conséquent pas très faciles à manipuler », explique le collectionneur Laurent Storch. Cet ­aspect très artisanal, libre, peut parfois poser des problèmes d’authenticité sur les affiches présentées aujourd’hui sur le marché. Me Philippe Rouillac pense ainsi renoncer à sa vente prévue initialement le 15 mai : « Personne ne peut garantir que telle ou telle affiche date bien de mai 1968, et n’a pas été imprimée postérieurement. Certaines sont peut-être plus récentes, quand d’autres datent des mois suivant les événements… Par définition, il est difficile de connaître avec précision la façon de travailler de ces ateliers surl’immédiat, la spontanéité. » Le commissaire-priseur de Vendôme recommande donc d’acheter ces affiches pour ce qu’elles sont, des témoignages politiques et graphiques d’une époque.

Des photos sur le vif
L’étude parisienne Million propose, le 15 mai à Drouot, d’enchérir sur un autre type de souvenir de Mai 68 : les photos de Claude Dityvon (1937-2008). Sur les 320 épreuves mises en vente, environ 70 datent de la période et offrent des visions crépusculaires de rues désertes, théâtres d’affrontement embrumés, nuits sombres ou bousculades dans le Quartier latin… Des images particulières, loin du photoreportage, mais conformes à la fibre sociale du photographe et parfois empreintes de poésie : Boulevard Saint-Michel, avec un jeune homme assis sur une chaise, en pleine rue, alors qu’on devine les CRS qui lui font face derrière la fumée des gaz lacrymogènes (estimation 1 000 à 2 000 euros), ou encore Boulevard Saint-Michel, prise de la Sorbonne, montrant un homme courant avec une jeune femme dans les bras (même estimation). Une partie de ces tirages sont légendés au dos par le chanteur Renaud, qui avait accepté de faire ce travail pour la sortie du livre Mai 68 (éditions Carrère/Kian) en 1988. Dix ans plus tard, en 1998, ces photos ont fait l’objet d’une exposition au Musée Guggenheim de New York.


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        Usines Universités Union – lithographie"
            data-slide-description="« Les trois U témoignent de l’union des ouvriers avec le travail des étudiants de l’atelier populaire des Beaux-Arts – qui sort ici sa première affiche. Ces trois lettres révèlent la solidarité qui existait entre les universitaires et le monde ouvrier pendant cette période de révolte. »"
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        Mur d’affiches"
            data-slide-description="« Ce mur recouvert d’affiches est le journal mural de l’atelier. C’est comme si l’histoire s’écrivait au jour le jour : une vraie vie collective s’organise et occupe les lieux. Les affiches, dont le tirage variait entre 50 et 5 000 exemplaires, étaient précédées d’un débat en atelier. Les étudiants votaient ensuite pour ou contre à main levée. Puis ils les distribuaient et les collaient eux-mêmes, avec l’aide d’anciens étudiants. Il n’y avait pas de brigade d’affichage. »"
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        Poing levé – affiche sérigraphiée de l’Atelier Populaire"
            data-slide-description="« Cette affiche est rare, car elle est sans texte. Le poing levé – celui également du soulèvement – renvoie au Front populaire de 1936, à toute une histoire politique. C’est une image iconique et qui dépasse les frontières. »"
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        ? – affiche de l’Atelier populaire"
            data-slide-description="« Le salut qui est montré sur cette affiche dépeint le général de Gaulle en dictateur. Il est considéré comme un collaborateur et revêt le costume d’un militaire, évoquant le slogan de 1948 : « CRS SS ». Le point d’interrogation soulève l’idée d’une hypothèse : appliquera-t-il l’article 16 de la Constitution, en cette période de crise, qui lui accorderait les pleins pouvoirs ? »"
            data-slide-item-lie=""

        
        La chienlit c’est encore lui ! – affiche sérigraphiée de l’Atelier Populaire"
            data-slide-description="« Le général de Gaulle est représenté en mouette. C’est une reprise de ses propos du 19 mai [lors d’un conseil des ministres, le général avait lancé : “La réforme, oui ! La chienlit, non !”] qui désignaient la contestation étudiante. »"
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        Grève illimitée – clichés Union mai 1968 : projet d’affiche, peinture"
            data-slide-description="« Chaque projet d’affiche était débattu en assemblée générale : celle-ci fut acceptée avec son texte et son graphisme d’origine. Sobre et efficace, elle rappelle que Mai 68 est le plus grand mouvement social du XXe siècle en France, c’est-à-dire une grève générale qui a réuni les services publics et le privé, sans l’évocation d’un syndicat. C’est une époque où il y a eu une unité des fronts. »"
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        La police s’affiche aux Beaux-Arts / Les Beaux-Arts s’affichent dans la rue – affiche sérigraphiée de l’Atelier populaire"
            data-slide-description="« Celle-ci évoque le rapport au présent – le 27 juin 1968 –, quand la police effectue une descente dans l’atelier des Beaux-Arts. L’affiche sort juste après les faits : il y a une vraie réactivité de la part des graphistes. L’atelier est aussi une langue commune et partagée. »"
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        Cohn-Bendit passera – projet d’affiche"
            data-slide-description="« Les deux affiches qui suivent posent la question de la libre circulation des étudiants avec la frontière allemande et le retour du leader Cohn-Bendit : n’ayant pas à l’époque la nationalité française, ce dernier a été expulsé le 21 mai en Allemagne, mais rentrera clandestinement en France le 28 mai. »"
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        Douane. Cohn-Bendit passera – lithographie de l’Atelier Populaire"
            data-slide-description="« Il s’agit aussi de l’idée d’une Union européenne. Le général devient un gendarme – un peu comme dans les films de Jaques Tati – qui ne maîtrise pas la situation. »"
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        Poison – projet d’affiche"
            data-slide-description="« La croix de Lorraine apparaît comme un pansement. C’est encore l’évocation de De Gaulle, ici représenté comme un vieux monsieur un peu charlatan. »"
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        Nous sommes tous indésirables – affiche de l’Atelier Populaire"
            data-slide-description="« A l’origine, c’est une photographie de Gilles Caron. Mai 68 a trouvé son visage : celui de Daniel Cohn-Bendit qui fait face à un CRS, ici, vu de dos. Le slogan associe les étudiants à sa cause : Daniel Cohn-Bendit n’a pas le droit de demeurer en France depuis fin mai. Le texte peut aussi faire référence à une autre histoire : celle des Juifs et des Allemands. »"
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        Travailleurs français immigrés unis – affiche de l’Atelier populaire"
            data-slide-description="« Rappelons que, dans le cortège des manifestants, il y a aussi des immigrés. On est six ans après la fin de la guerre d’Algérie : le sujet reste sensible. C’est une affiche efficace dans sa composition et son message. Elle est très post-coloniale. »"
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        La lutte continue – affiche de l’Atelier populaire"
            data-slide-description="« Cette affiche, très célèbre, est postérieure aux accords de Grenelle : elle sera reprise au début des années 1970. On y voit à nouveau ce poing levé qui renvoie, cette fois-ci, aux usines. La lutte doit continuer avec les ouvriers – c’est très Mao. »"
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        Chauffeurs de taxi : la lutte continue – affiche de l’Atelier populaire"
            data-slide-description="« Cette affiche témoigne du rapport de proximité qu’entretient l’atelier des Beaux-Arts avec l’extérieur. Des petits artisans aux ouvriers, les étudiants étaient sollicités par tous les corps de métiers. Rappelons que les taxis sont en 1968 un moyen de transport bourgeois. Cela montre leur ouverture d’esprit. »"
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Usines Universités Union – lithographie            
« Les trois U témoignent de l’union des ouvriers avec le travail des étudiants de l’atelier populaire des Beaux-Arts – qui sort ici sa première affiche. Ces trois lettres révèlent la solidarité qui existait entre les universitaires et le monde ouvrier pendant cette période de révolte. »

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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-16"> ¤ Ouissem Medouni et Sabrina Kouider ont délibérément tué Sophie Lionnet, prise au piège de leurs « fantasmes », a estimé mercredi l’accusation.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/05/2018
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Le couple qui employait la jeune fille au pair assassinée à Londres lui a « infligé l’enfer »

Ouissem Medouni et Sabrina Kouider ont délibérément tué Sophie Lionnet, prise au piège de leurs « fantasmes », a estimé mercredi l’accusation.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 03h49
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 07h16
    |

            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



   


D’un geste brusque, le procureur Richard Horwell abat son bras droit, mimant une tête que l’on plonge de force dans une baignoire pleine. « Sophie Lionnet a été torturée par ces deux-là, énonce-t-il posément devant Sabrina Kouider et Ouissem Medouni, le couple de Français qui comparaît depuis le 21 mars à Londres pour le meurtre, fin septembre 2017 à Wimbledon, de leur jeune fille au pair. Il n’y a pas un, mais deux meurtriers. Ensemble, ils lui ont infligé l’enfer. »
Alors que l’interminable procès touche à sa fin, le scénario du calvaire de Sophie Lionnet reconstitué par l’accusation est apparu dans toute son horreur, mercredi 9 mai, sans être mis en cause de façon crédible.
Pris dans un délire de persécution, le couple a tourmenté puis martyrisé la jeune Française, frêle et timide, issue d’un milieu modeste où l’on n’a pas l’habitude de se rebeller contre son patron. Manipulatrice, Sabrina Kouider a progressivement accru son emprise sur elle, l’isolant peu à peu du monde extérieur, menaçant de la dénoncer pour des exactions insensées, la laissant sans ressources.
« Pourquoi m’accuse-t-elle sans raison ?, écrit Sophie Lionnet à sa mère pendant l’été 2016. Si je pouvais me payer un billet, je partirais. » La mère, résidant à Sens (Yonne), elle, s’alarme mais se sent impuissante « à cause de la distance ».

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                Meurtre d’une jeune fille au pair à Londres : « J’aurais dû lui acheter un billet et la renvoyer chez elle »



« Un couple vraiment bizarre »
Sabrina Kouider, 35 ans, installée à Londres depuis 2004 et vivant de petits boulots, forme avec Ouissem Medouni, 40 ans, ancien analyste financier à la Société générale, « un couple vraiment bizarre, une combinaison vraiment toxique », a affirmé M. Horwell, avocat de l’accusation (équivalent d’un procureur français).
La jeune expatriée avait convaincu son compagnon que l’un de ses ex – le chanteur irlandais Mark Walton –, père d’un de ses deux garçons, complotait avec Sophie Lionnet non seulement pour violer son enfant mais aussi pour le droguer et abuser sexuellement de lui. L’enquête a démontré que M. Walton ne se trouvait pas au Royaume-Uni au moment des faits imputés, et même que le chat qu’il était aussi censé avoir violé n’existe pas.

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                Meurtre de la jeune fille au pair Sophie Lionnet : dans la tête de la meurtrière présumée



Emportés par sa propre obsession complotiste, le couple a infligé à la « nanny » une spirale de violence ponctuée d’interrogatoires enregistrés en vidéo où il cherchait à lui faire avouer des crimes imaginaires.
« De toutes les affaires que ces murs vénérables [la cour criminelle dite The Old Bailey située au cœur de la City de Londres] ont entendues, celle-ci entre sans hésitation dans la catégorie des plus bizarres, a insisté le procureur, celles où la vérité dépasse la fiction. »
Enfermés dans leur délire
Richard Horwell s’est employé à détailler les derniers jours de la victime, dont les restes calcinés, pesant moins de vingt kilos, ont été retrouvés le 20 septembre 2017 dans le petit jardin de ses patrons grâce à des voisins alertés par une odeur de barbecue bizarre.
Dans la soirée du 18 septembre, alors que Sophie Lionnet, qui conduit normalement les enfants à l’école, n’y a pas paru depuis douze jours, le couple lui impose une ultime séance d’interrogatoire enregistré. Elle y apparaît le visage émacié, épuisée et tremblante de terreur, au bord de l’évanouissement et finit par avouer toutes les horreurs que ses patrons lui imputent. « Sophie récite votre scénario dans l’espoir de faire cesser ses tortures », traduit l’avocat de l’accusation.
Sur le moment, le couple est tellement enfermé dans son délire qu’il ne perçoit pas la charge que constitue contre lui cet enregistrement. Le médecin légiste a établi que la jeune fille au pair avait eu le sternum, la mâchoire et cinq côtes cassés avant ces « aveux ». Mais, selon l’accusation, le couple pense au contraire se servir de la vidéo à l’appui de ses accusations contre Mark Walton. Encore lui faut-il éliminer Sophie Lionnet dont les stigmates sont trop évidents et qui pourrait rétablir la vérité si elle était interrogée par la police.
La « nanny » criait
« Nous ne saurons jamais quand ni comment Sophie Lionnet est morte parce que les accusés ont brûlé son corps, assène le procureur. Mais nous pouvons dire pourquoi : sa survie menaçait d’anéantir leurs plans. »
Et d’insister sur le terrible témoignage d’un enfant qui, d’une pièce voisine, a entendu les deux adultes s’activer dans la salle de bain, et sa « nanny » crier jusqu’au petit matin dans le bruit d’éclaboussures d’eau. La tête plongée dans la baignoire mimée par le procureur.
Interrogée mercredi, l’accusée, entièrement vêtue de noir, cheveux de jais bouclés tombant sur les épaules, sanglote mais elle interrompt sans cesse l’avocat de l’accusation, scandant ses dénégations d’un geste assuré de la main. « Je n’ai pas tué Sophie », répète-t-elle.
Pourquoi frappait-elle sa jeune fille au pair ? Pourquoi a-t-elle participé à l’ultime interrogatoire ? Que faisait-elle dans la salle de bain ? « J’étais comme un zombie, traumatisée, je n’étais plus moi-même. » Depuis son arrestation, Sabrina Kouider est détenue dans un établissement spécialisé pour détenus souffrant de troubles mentaux. Mais elle doit être considérée comme « saine d’esprit », a affirmé Richard Horwell à l’intention des jurés, car son avocat n’a demandé aucune expertise psychiatrique.
Accusations mutuelles
L’insistance du procureur à mettre en cause conjointement les deux accusés vise à torpiller la stratégie qu’ils ont déployée depuis le début du procès : chacun nie formellement le meurtre et accuse l’autre tout en cherchant à accréditer la thèse d’un accident.
Ouissem Medouni affirme qu’il est allé dormir avant la fin de l’ultime interrogatoire puis qu’il a été réveillé par sa compagne auprès de qui gisait la victime dans la salle de bain. Quant à Sabrina Kouider, elle se décrit strictement dans le même scénario. M. Horwell pense qu’ils se sont concertés. Mais ces accusations mutuelles sont loin de donner un « crime parfait ». Personne n’a rien vu ni rien fait, mais Sophie Lionnet est morte à 21 ans alors qu’elle voulait apprendre l’anglais, aimait les enfants et rêvait d’avenir.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-17"> ¤ Les députés ont reformulé une partie du texte et ont rejeté la création d’une présomption de non-consentement. Le projet de loi doit être débattu dans l’hémicycle à partir du 14 mai.
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Violences sexuelles : la commission des lois modifie la rédaction de la loi Schiappa

Les députés ont reformulé une partie du texte et ont rejeté la création d’une présomption de non-consentement. Le projet de loi doit être débattu dans l’hémicycle à partir du 14 mai.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 23h06
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 06h49
    |

            Gaëlle Dupont








                        


La commission des lois de l’Assemblée nationale a adopté une nouvelle rédaction de l’article le plus débattu du projet de loi sur les violences sexistes et sexuelles, mercredi 9 mai. Il s’agit de l’article 2, relatif à la répression des abus sexuels commis sur des mineurs de moins de 15 ans. Dans ce cas, la contrainte morale ou la surprise « sont caractérisées par l’abus de vulnérabilité de la victime ne disposant pas du discernement nécessaire pour consentir à ces actes ».
La formulation, proposée par la rapporteuse (LRM) de la commission des lois, Alexandra Louis, entend répondre aux critiques qui jugeaient le texte du gouvernement source de confusion. Celui-ci disait que « la contrainte morale ou la surprise peuvent résulter de l’abus de l’ignorance de la victime ne disposant pas de la maturité ou du discernement nécessaire ». Des termes qui laissaient trop de place à l’interprétation, selon certains observateurs.
« Manque d’ambition »
« C’est une rédaction plus efficace, et plus protectrice des mineurs », a déclaré Mme Louis. Selon la présidente (LRM) de la délégation aux droits des femmes, Marie-Pierre Rixain, elle permettra aux juges « d’être le mieux armés possible » pour réprimer les crimes sexuels commis envers des mineurs.
On est loin cependant des demandes de nombreuses associations qui souhaitaient voir introduite une présomption de non-consentement d’un mineur de moins de 15 ans en cas de relation sexuelle avec un majeur, eu égard à plusieurs affaires qui ont vu des adultes échapper à des poursuites pour viol, l’enfant ayant été considéré comme consentant à l’acte sexuel. Ces demandes ont été relayées par plusieurs députés.
« Beaucoup d’acteurs nous demandent d’aller plus loin, a plaidé un député Modem. Ce serait une reculade de ne pas mettre un seuil assorti d’une présomption irréfragable [que l’on ne peut contredire] de non-consentement. » Serait dès lors considéré comme un viol tout acte sexuel entre un majeur et un mineur sous le seuil de 13 ou 15 ans.
« Ecoutez vos propos tenus le 25 novembre [journée de lutte contre les violences faites aux femmes] et relisez ce que vous nous proposez !, a encore lancé la députée (UDI) Sophie Auconie. Cela manque d’ambition. »
Cependant, ces propositions ont été rejetées car elles étaient contraires au droit de toute personne mise en cause de se défendre et risquaient de ce fait l’inconstitutionnalité, selon le gouvernement et la rapporteuse. Les amendements de députés Les Républicains qui proposaient une présomption simple (qui laisse à la personne mise en cause la possibilité de prouver le contraire) n’ont pas non plus été retenus, car « établir une présomption en matière criminelle soulève de nombreuses difficultés », a dit Mme Louis.
« Obtenir des condamnations effectives »
Les députées LFI Clémentine Autain et Danièle Obono ont de leur côté mis en garde contre un risque de correctionnalisation des viols d’une personne mineure encore plus grand qu’aujourd’hui du fait de l’augmentation de la peine d’emprisonnement pour atteinte sexuelle à dix ans en cas de pénétration, également soulevé par plusieurs associations. Ces dernières redoutent que les juges estiment plus facile d’obtenir une condamnation en poursuivant des faits pour atteinte sexuelle que pour viol, la contrainte ou la surprise ne devant pas être démontrée, et la peine pour atteinte sexuelle alourdie. Une interprétation du projet de loi réfutée par le gouvernement et par la majorité.
« Le but de la loi est de ne laisser aucune situation sans réponse, selon la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa. Aujourd’hui lorsqu’un viol sur mineur ne peut être prouvé, il y a des acquittements. L’objectif est d’obtenir des condamnations effectives grâce à l’augmentation de la peine pour atteinte sexuelle. »
Les amendements en faveur d’une imprescriptibilité rejetés
Auparavant, les députés avaient adopté sans modification l’article premier du texte, qui augmente de vingt à trente ans après la majorité le délai de prescription pour les crimes commis envers des mineurs, mesure recommandée par une mission de consensus menée par Flavie Flament et par le magistrat Jacques Calmettes.
Les amendements en faveur d’une imprescriptibilité ont été rejetés en raison des difficultés à apporter des preuves de crime après des dizaines d’années. Mais aussi parce qu’une telle mesure introduirait des incohérences dans les règles de prescription.
Les débats en commission ont mis au jour des clivages traversant les groupes politiques, et changeant en fonction des sujets débattus. Mais la députée Clémentine Autain, pour qui « la montagne a accouché d’une toute petite souris », a sévèrement critiqué le texte. Elle a notamment réclamé des « moyens » et « un traitement des violeurs ».
Marlène Schiappa a défendu un texte qui « pose un interdit civilisationnel clair sur les rapports sexuels entre majeurs et mineurs de moins de 15 ans » tout en « respectant l’architecture de notre droit et notre Constitution ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-18"> ¤ Ancien secrétaire particulier de Jean Moulin, Daniel Cordier, 97 ans, compagnon de la Libération, a accordé au « Monde » un grand entretien dans lequel il revient sur l’ensemble de son parcours hors du commun.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-18"> ¤                     
                                                

Jean Moulin, l’art et l’histoire : l’itinéraire exceptionnel de Daniel Cordier

Ancien secrétaire particulier de Jean Moulin, Daniel Cordier, 97 ans, compagnon de la Libération, a accordé au « Monde » un grand entretien dans lequel il revient sur l’ensemble de son parcours hors du commun.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 18h34
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 19h22
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        



   


Né en 1920 à Bordeaux, Daniel Cordier fut parmi les tout premiers volontaires à s’engager dans les Forces françaises libres, fondées par le général de Gaulle, en Angleterre, répondant ainsi à l’appel du 18 juin 1940. Elevé dans une famille monarchiste et nationaliste acquise aux idées de Charles Maurras, le fondateur de l’Action française, son obsession est alors de « tuer du boche », comme il le racontera plus tard. Affecté au Bureau central de renseignement et d’action, les services spéciaux de la France libre, il est parachuté en France, le 25 juillet 1942, puis recruté par Jean Moulin, le représentant personnel du général de Gaulle en zone libre, dont il devient le secrétaire.

        Lire aussi :
         

                Daniel Cordier : de Jean Moulin à la jeunesse d’aujourd’hui, la leçon de vie d’un homme libre



Aux côtés de l’ancien préfet républicain révoqué par Vichy, Daniel Cordier assiste aux tumultueuses tractations qui visent à unir la Résistance intérieure et à la placer sous l’autorité du général de Gaulle. Un processus qui conduit à la création du Conseil de la Résistance, le 27 mai 1943, à Paris.
Après la mort de Jean Moulin, arrêté et torturé par les Allemands près de Lyon, au début de l’été 1943, Daniel Cordier poursuit son travail aux côtés de son successeur, Claude Bouchinet-Serreulles, avant de regagner l’Angleterre, via l’Espagne, au début de l’année 1944.
Ecrivain contre la calomnie
Après la guerre, Daniel Cordier devient galeriste et marchand d’art. Pendant plus de trois décennies, il se consacre entièrement à sa passion pour l’art, qu’il doit à ses conversations avec Jean Moulin pendant la période de l’Occupation, et se tient délibérément à l’écart des débats mémoriels et politiques autour de la guerre et de la Résistance.
Mais la parution, en 1977, d’un livre d’Henri Frenay, l’ancien chef du mouvement Combat, accusant Jean Moulin d’avoir été un agent communiste, le fait sortir de son silence. Jugeant l’accusation calomnieuse, Daniel Cordier décide alors de retracer le parcours de Jean Moulin, un travail colossal qui le conduira à consacrer plusieurs ouvrages volumineux à celui qu’il ne cessera d’appeler son « patron ». Parus dans les années 1980 et 1990, ces livres fondés sur une impressionnante masse d’archives écrites s’imposeront comme des références et vaudront à son auteur la reconnaissance des historiens de la période.
Aujourd’hui installé à Cannes (Alpes-Maritimes), Daniel Cordier continue de travailler à ses mémoires, dont le premier volume, consacré à la période allant jusqu’à l’arrestation de Jean Moulin, a connu un grand succès lors de sa sortie, en 2009 (Alias Caracalla, Gallimard). A 97 ans, il est l’un des sept derniers compagnons de la Libération (sur 1 038) encore en vie.



                            


                        

                        


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Comment fonctionne le SAMU, mis en cause après de « graves dysfonctionnements » à Strasbourg ?

Le cas d’une patiente dans un état critique, mais moquée lors de son appel au 15 à Strasbourg, pose des questions sur le fonctionnement du SAMU.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 17h37
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 11h55
    |

            Adrien Sénécat








                        



   


Naomi Musenga a composé le « 15 » sur son téléphone le 29 décembre 2017. « J’ai très mal. Je vais mourir », souffle cette femme de 22 ans dans un enregistrement de la conversation publié par le magazine alsacien Heb’di et dont l’authenticité a été confirmée au Monde par l’hôpital de Strasbourg. Mais à l’autre bout du combiné, ses interlocutrices du SAMU balaient sa souffrance d’un ton moqueur et lui intiment d’appeler plutôt « SOS Médecins ». L’Alsacienne est morte quelques heures plus tard à l’hôpital.
Mercredi 9 mai, une enquête administrative a été ouverte pour éclaircir la manière dont cette patiente a été prise en charge. Avant même de savoir si le temps perdu depuis le premier appel de Naomi Musenga au 15 a aggravé sa condition ou non, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, s’est déclarée « profondément indignée » et a dénoncé de « graves dysfonctionnements ». Elle s’est également engagée à ce que la famille de la défunte « obtienne toutes les informations ».
Cette affaire soulève plusieurs questions sur le fonctionnement du SAMU. Deux organisations de médecins urgentistes, SAMU urgences de France (SUDF) et l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), ont ainsi appelé dans un communiqué à « trouver des solutions aux problèmes de régulation médicale afin qu’un tel drame ne se reproduise pas ». Voici quelques éléments de contexte pour comprendre comment les appels au 15.
1. Quelles sont les missions du SAMU ?
Le Service d’aide médicale urgente (SAMU) a pour mission de coordonner la prise en charge des urgences médicales qui lui sont soumises. C’est lui qui gère les appels au 15, le numéro réservé aux urgences, ainsi qu’au 112 (le numéro européen unique) ou tout autre cas pouvant lui être transféré, notamment via les pompiers.
A la réception des appels, les SAMU évaluent la situation et organisent la prise en charge du patient, du transport à l’accueil dans la structure adaptée en fonction de la pathologie à traiter. Selon les cas de figure, ils peuvent, par exemple, faire appel à des médecins généralistes, des ambulances ou des hélicoptères sanitaires pour les cas les plus graves.
Il existe un SAMU par département et 103 au total, qui a, à chaque fois, la charge des urgences locales. Le SAMU de Paris régule, par ailleurs, les appels qui viennent des lignes TGV et des avions d’Air France en vol, et celui de Toulouse prend en charge les appels en mer.
2. Quel est le circuit normal d’un appel de patient au 15 ?
Un appel au SAMU est reçu par un assistant de régulation médicale (ARM). Cette personne va collecter les informations essentielles sur le patient (son nom, le lieu où il se trouve, ses coordonnées…) et les raisons de son appel. Il s’agit du premier maillon de la chaîne, qui travaille sous la direction des médecins régulateurs.
Selon le référentiel et guide d’évaluation des SAMU centres 15, l’assistant de régulation a trois options :
pour les cas les plus graves, il déclenche l’intervention des secours, avant même de transférer l’appel de manière prioritaire ;transférer l’appel de manière prioritaire ;dans les cas estimés moins urgents, il place la régulation comme pouvant être mise en attente en fonction des autres urgences, « sans risque pour le patient ».
Dans tous les cas, un médecin régulateur intervient ensuite pour traiter l’appel. Il peut lui-même prendre le patient en ligne pour poursuivre l’interrogatoire médical ou non, selon les cas, mais c’est lui qui coordonne la prise de décisions, l’engagement de moyens et le suivi des interventions.
3. L’assistant de régulation médicale (ARM) est-il un médecin ?
Non, il n’est pas titulaire d’un diplôme de médecine. Comme le résume la fiche métier d’assistant de régulation médicale publiée sur le site du ministère de la santé, il s’agit d’un métier accessible avec un baccalauréat ou une qualification équivalente.
S’il intervient en début de chaîne pour traiter les appels au SAMU, l’ARM travaille sous l’autorité des médecins régulateurs. Sa tâche est de « circonstancie[r] la demande [du patient], en détermine[r] le degré d’urgence et engage[r] si besoin des moyens avant d’informer le médecin régulateur et d’éventuellement lui transférer l’appel », résume le référentiel des SAMU centres 15.
Le même document précise bien qu’un acte de régulation médicale s’effectue toujours « sous la responsabilité d’un docteur en médecine » et que toute décision est « prise ou validée par le médecin régulateur ». Les ARM ont également des impératifs d’écoute des patients et ne doivent en principe en aucun cas raccrocher sans l’aval d’un médecin.
C’est, semble-t-il, cette chaîne de décisions qui n’aurait pas été respectée dans le cas de la prise en charge de Naomi Musenga après son appel au 15. « La première analyse plaide pour une procédure de traitement d’appels qui n’est pas conforme aux bonnes pratiques, ce qui a conduit à l’ouverture d’une enquête administrative », a fait savoir à l’AFP Christophe Gautier, directeur général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS).
4. Combien d’appels le SAMU traite-t-il ?
Le nombre d’appels aux centres 15 a augmenté de manière exponentielle au cours des trente dernières années. De moins de quatre millions par an en 1988, il est passé à 10,7 millions en 1997, selon une étude du ministère de la santé (la plus complète sur le sujet, bien que datée) et atteignait 24,6 millions en 2016, là aussi selon le ministère.
Contacté, le ministère de la santé ne pouvait communiquer que des données partielles pour l’année 2016. Il en ressort que la proportion d’appels sans suite a diminué en vingt ans : sur 24,6 millions d’appels décrochés au SAMU, 38 % étaient sans lien avec des questions médicales (appel raccroché sans réponse, tonalité de fax, malveillance, canular, erreur de numéro…). La proportion d’appels donnant lieu à de simples conseils de la part des opérateurs du SAMU, ce qui fait aussi partie de leur mission, est de 13 % environ. Restent 48 % des appels qui entraînent des interventions.
5. Les effectifs des SAMU permettent-ils de répondre à cette affluence ?
Les moyens disponibles pour traiter cette masse de dossiers sont très variables d’un SAMU à l’autre. En 2008, on comptait 955 équivalents temps plein (ETP) de médecins régulateurs en France et 2 003 postes d’assistants de régulation médicale, selon un rapport sur la modernisation des SAMU publié en 2010. Un médecin régulateur disposait à l’époque d’en moyenne de 13,2 minutes pour traiter un dossier. Cette moyenne est conforme aux référentiels nationaux, selon lesquels « l’activité moyenne » d’un médecin régulateur « ne doit pas dépasser six dossiers de régulation médicale par heure ».
Mais derrière les moyennes nationales, le même rapport faisait apparaître des écarts considérables d’un département à l’autre : dans le SAMU le mieux pourvu, un médecin disposait de 57,3 minutes par dossier. Dans le moins bien doté, il avait moins de deux minutes (1,9)…
Le constat était identique pour les assistants de régulation médicale : en moyenne, on comptait deux équivalents temps plein pour gérer 10 000 dossiers de régulation annuels. Mais ce chiffre variait fortement entre le département le mieux pourvu (5,4 ETP pour 10 000 dossiers) et le moins bien doté (0,7 ETP pour 10 000 dossiers).
En 2016, chaque semaine en moyenne, l’équivalent de 49 833 heures de travail de médecins-régulateurs sont affectées au SAMU, et 60 576 heures d’assistants de régulation médicale, selon les chiffres communiqués par le ministère. Cela représente une moyenne de huit appels par heure travaillée à traiter pour un ARM, chiffre qui peut, en réalité, cacher de fortes disparités.
C’est cette situation que dénoncent l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) et SAMU urgences de France (SUDF), qui ont demandé dans leur communiqué « un rendez-vous immédiat » avec la ministre de la santé. « Les moyens doivent être mis en place pour avoir des régulations médicales modernes et répondant à des critères de qualité », estiment les deux organisations.

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Enquête préliminaire sur la mort d’une Strasbourgeoise moquée par le SAMU

L’opératrice du Service d’aide médicale urgente qui avait pris l’appel de Naomi Musenga, le 29 décembre 2017, a été suspendue, mercredi, « à titre conservatoire ».



Le Monde
 |    09.05.2018 à 16h25
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 06h39
   





                        


Le parquet de Strasbourg a annoncé, mercredi 9 mai, l’ouverture d’une enquête préliminaire dans le cadre de la mort, en décembre 2017, de Naomi Musenga, 22 ans, prise en charge tardivement par les urgences, après avoir d’abord été moquée au téléphone par une opératrice du Service d’aide médicale urgente (SAMU).
« J’ai ouvert une enquête préliminaire du chef de non-assistance à personne en péril et en ai confié l’exécution aux services de la direction régionale de la police judiciaire [DRPJ] Grand Est », a fait savoir la procureure de la République, Yolande Renzi.
La sœur de Mme Musenga avait envoyé au parquet un courrier, reçu le 30 avril, aux termes duquel « elle souhaitait déposer plainte et demandait l’ouverture d’une enquête en lien avec le décès de sa sœur », précise le communiqué.
Une plainte de la famille d’ici à vendredi
« L’intéressée met en cause les services du SAMU et les personnes ayant pris en charge les appels de Naomi Musenga le jour de son décès, estimant par ailleurs que les causes de sa mort demeurent floues, nonobstant les premiers résultats de l’autopsie médicale réalisée le 3 janvier », poursuit la procureure.

   


La famille de Naomi Musenga déposera une plainte « en bonne et due forme » d’ici à vendredi, a par ailleurs fait savoir Me Mohamed Aachour, l’un des avocats de la famille de la victime.
L’Ordre des médecins a fait part de sa « très vive émotion » et il a annoncé la tenue, mardi 15 mai, d’une réunion avec le SAMU et l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) pour « que les protocoles d’appels au Centre 15 puissent être appliqués, en toutes circonstances, dans le respect de la déontologie médicale ».

        Lire :
         

          Moquée par le SAMU, une jeune Strasbourgeoise meurt peu après



Une opératrice du SAMU suspendue
Cette affaire a été révélée après la diffusion d’un enregistrement audio, il y a plusieurs jours, par le site d’information local alsacien Heb’di. On y entend Naomi Musenga qui, souffrant de fortes douleurs au ventre, contacte le SAMU. La jeune femme était seule à ce moment-là. Elle obtient alors une réponse moqueuse et dédaigneuse de l’opératrice, qui lui recommande d’appeler SOS-Médecins, avant de raccrocher.
Au bout de cinq heures, Naomi Musenga parvient à joindre les urgences médicales, qui avaient in fine déclenché l’intervention du SAMU. Victime d’un infarctus, elle est emmenée à l’hôpital puis transférée en réanimation. Elle meurt quelques heures plus tard d’une « défaillance multiviscérale sur choc hémorragique », selon le rapport d’autopsie.
Mercredi, la direction des hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) a annoncé la suspension « à titre conservatoire » de l’opératrice du SAMU qui avait pris l’appel de la jeune femme et qui s’était moquée d’elle. Les HUS ont par ailleurs ouvert, début mai, une enquête administrative à la suite de ces révélations.
La ministre de la santé, Agnès Buzyn, a de son côté annoncé avoir demandé une enquête de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) « sur ces graves dysfonctionnements ». Elle devrait recevoir les médecins urgentistes « la semaine prochaine ».

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                Mort d’une jeune fille à Strasbourg : le manque de moyens du SAMU et de formation mis en cause






                            


                        

                        

