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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-1"> ¤ « N’attendons pas », « n’ayons pas peur », « ne soyons pas faibles », « ne soyons pas divisés », a exhorté le président français à Aix-la-Chapelle, où il recevait le prix Charlemagne.
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Les quatre « commandements » d’Emmanuel Macron pour l’Europe

« N’attendons pas », « n’ayons pas peur », « ne soyons pas faibles », « ne soyons pas divisés », a exhorté le président français à Aix-la-Chapelle, où il recevait le prix Charlemagne.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 17h34
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 18h23
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



   


Peut-être était-ce l’écho, la majesté de cette salle du couronnement, dans la mairie d’Aix-la-Chapelle, ex-capitale de l’empire carolingien ? Ou la solennité du moment, alors qu’Emmanuel Macron recevait, jeudi 10 mai Outre-Rhin, quasiment des mains d’Angela Merkel, le prix Charlemagne, plus ancienne et plus prestigieuse récompense européenne ?
Le contraste était en tout cas saisissant entre la vision qu’a une nouvelle fois développée le chef de l’Etat français pour l’Union, et la mesure dont a – une nouvelle fois elle aussi – fait preuve la chancelière sur le même sujet. S’adressant directement à elle, face à un parterre essentiellement allemand – où on pouvait quand même apercevoir Daniel Cohn-Bendit, François Bayrou, ou Jean-Claude Trichet –, Emmanuel Macron a livré son discours le plus fort sur l’Europe depuis celui de la Sorbonne, en septembre.
Animé par l’urgence (de trouver un plan commun de relance avec Berlin, mais aussi de prémunir l’Europe face à la montée des périls au Moyen-Orient suite à la décision américaine de se retirer de l’accord nucléaire iranien), le chef de l’Etat français a exhorté l’Allemagne à « prendre des risques », à ne « pas avoir peur » et à en finir avec ses « fétiches ». 
La France « a fait un choix dont je suis le dépositaire »
La France a les siens, a insisté M. Macron, qui fait le pari, depuis un an, de rester dans les clous du pacte de stabilité et de croissance : « En France, il ne faudrait plus toucher les traités [européens]. Mais réveillez-vous, la France a changé, elle n’est plus la même, elle a fait un choix dont je suis le dépositaire, celui des réformes. » Quant à l’Allemagne, « il ne peut pas y avoir non plus un fétichisme perpétuel pour l’équilibre budgétaire et les excédents commerciaux ! » 
L’Allemagne a déjà enterré son projet d’un super-ministre des finances et d’un parlement de la zone euro
A la Sorbonne, il y a maintenant huit mois, M. Macron a fait une longue liste de propositions pour l’Union, notamment pour la zone euro, sans que pour l’instant Berlin n’ait répondu franchement à sa main tendue. L’Allemagne a déjà enterré son projet d’un super-ministre des finances et d’un parlement de la zone euro. Reste l’idée d’un budget propre, mais qui n’enthousiasme par le ministre des finances, Olaf Scholz. A Bruxelles, on n’espère plus, au mieux qu’une modeste « ligne budgétaire » (25 milliards d’euros sur sept ans) dans le budget de l’Union post-Brexit.
M. Macron n’a pourtant rien cédé sur cette idée d’un budget commun, jeudi : « Je crois dans un budget européen beaucoup plus ambitieux dans lequel la France prendra sa part, qui défendra la convergence économique, fiscale et sociale » dans l’eurozone.
Déroulant sur un mode très solennel ses quatre « commandements » pour l’Europe, dont l’urgence à agir (« n’attendons pas, c’est maintenant ! ») et la défense des valeurs (« n’ayons pas peur de nos principes et ne nous trahissons pas »), le chef de l’Etat français a aussi insisté sur la nécessaire prise de conscience face aux Etats-Unis de Trump. Dans une allusion transparente à la décision brutale et unilatérale du président américain de se retirer de l’accord nucléaire iranien, il a lancé un vibrant : « Ne soyons pas faibles, ne subissons pas ! »
Accord iranien et multilatéralisme
« Accepterons-nous la règle de l’autre ou sa tyrannie ? Qui doit décider de nos choix commerciaux, ceux qui nous menacent parce que les règles ne leur conviennent plus? Nous avons fait le choix de construire la paix au Proche et au Moyen-Orient, d’autres puissances ont choisi de ne pas respecter leur parole. Devons-nous céder à la politique du pire ? » a martelé le président, qui a plusieurs fois appelé, ces derniers jours, à sauvegarder l’accord iranien et à préserver le multilatéralisme.
« Les Etats-Unis ne vont pas nous protéger. L’UE doit prendre son destin en main »
C’est sur ce dernier point, la crise ouverte de la relation transatlantique, que la chancelière Merkel a prononcé ses paroles les plus fortes, jeudi. La politique étrangère européenne « n’en est encore qu’à ses débuts car les conflits se jouent à nos portes et les Etats-Unis ne vont pas nous protéger. L’UE doit prendre son destin en main. Il s’agit d’une question de guerre ou de paix, j’appelle toutes les parties prenantes à faire preuve de retenue », a t-elle insisté, faisant référence à la montée des tensions entre Israël et Iran ces dernières heures. « Nous devons renforcer nos efforts pour trouver une solution politique à la Syrie. »
Pour le reste de sa laudatio, même si elle a loué le « charme » et la « capacité » du président français à enthousiasmer les citoyens de l’Union européenne, la chancelière n’a offert aucune ouverture, notamment sur un budget pour l’eurozone, insistant au contraire sur les priorités allemandes : la migration, la transformation digitale. Sur l’eurozone, les discussions sont « difficiles mais nous allons faire des progrès sur l’union bancaire et les marchés des capitaux », a cependant promis la chancelière.
Dédramatiser les divergences franco-allemandes
Il devrait donc y avoir une feuille de route franco-allemande en juin. Mais pour quelle ambition ? La politique des petits pas, qui semble convenir à Berlin ? Juste un filet de sécurité supplémentaire pour l’union bancaire, déjà quasi acquis depuis l’automne au sein de l’Eurogroupe (les ministres des finances de l’eurozone) et quelques engagements de long terme sur le financement de la transformation digitale ?
Pour l’instant, le compromis en discussion paraît plus allemand que français
Des deux côtés du Rhin, les diplomates ont l’habitude de dédramatiser les divergences, jugées classiques, entre les Allemands et les Français. Sur le commerce, la défense, l’économie, les « positions de départ de Berlin et de Paris sont souvent éloignées, mais on finit toujours par trouver un compromis, c’est ce qui fait la force du franco-allemand », soulignent-ils. Certes, mais pour l’instant, le compromis en discussion paraît plus allemand que français. Et pas forcément à la mesure de cette « perspective de trente ans » que le président Macron dit vouloir offrir aux citoyens de l’Union.
Il en va aussi de la crédibilité : le chef de l’Etat a beau être très apprécié en Allemagne, comme dans les cercles bruxellois, pour son ardeur à défendre l’Europe, il reste singulièrement isolé sur son programme de réformes. Au Nord, les Néerlandais ou les Irlandais incarnent les nouveaux « Britanniques » de l’Union (ils disent non à une taxe digitale, non à davantage d’argent pour le budget de l’Union, etc.). Au Sud, l’Italie pourrait se doter d’un gouvernement populiste eurosceptique. A l’Est, les capitales ont d’autres priorités ou développent des discours anti-Bruxelles inquiétants…
Quel poids aura encore la parole macronienne, si après les discours d’Athènes, de la Sorbonne, au Parlement européen en avril, et maintenant à Aix-la-Chapelle, elle n’arrive toujours pas à entraîner les autres Européens sur le terrain de l’action ?



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-2"> ¤ Les réfugiés suivis par « The Guardian », « El Pais », « Der Spiegel » et « Le Monde » racontent ce qui les a surpris dans leur pays d’accueil.
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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-3"> ¤ L’opérateur britannique de télécoms, qui avait déjà annoncé en 2017 la suppression de 4 000 emplois, veut se concentrer sur le développement de l’Internet à très haut débit.
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Télécoms : BT va supprimer 13 000 emplois et en créer 6 000 autres

L’opérateur britannique de télécoms, qui avait déjà annoncé en 2017 la suppression de 4 000 emplois, veut se concentrer sur le développement de l’Internet à très haut débit.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 09h58
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 10h12
   





                        


L’opérateur britannique des télécoms BT a annoncé, jeudi 10 mai, la suppression de 13 000 emplois administratifs et d’encadrement intermédiaire, ainsi que la création de 6 000 emplois techniques et d’aide au consommateur, pour soutenir notamment le développement de ses réseaux par fibre et de téléphonie mobile 5G.
Ce plan de suppression d’emplois, étalé sur trois ans, vise à « simplifier le modèle opérationnel de BT », a précisé le groupe dans un communiqué. L’opérateur de télécoms entend ainsi réduire ses coûts de 1,5 milliard de livres (1,7 milliard d’euros) en trois ans. Mais il ne précise pas dans quels pays ces suppressions seront réalisées, parmi les 63 où il est implanté, même si une bonne part des emplois concernés pourrait être au Royaume-Uni.
BT, qui compte 106 400 salariés dans le monde, dont 82 800 outre-Manche, avait déjà annoncé en 2017 la suppression de 4 000 emplois dans le monde à l’issue d’un exercice 2016-2017 difficile marqué par un retentissant scandale comptable en Italie.
Parmi les mesures annoncées jeudi par le directeur général, Gavin Patterson, figure la concentration « sur une trentaine de sites stratégiques afin de créer une culture plus collaborative et ouverte avec nos clients, afin de réduire l’inefficacité liée à notre dissémination sur des nombreux sites au Royaume-Uni ». Dans ce cadre, le groupe a annoncé le déménagement de son siège social du cœur de la City de Londres.
L’annonce de cette réorganisation coïncide avec la publication d’un chiffre d’affaires en baisse de 3 % à 5,967 milliards de livres au quatrième trimestre de l’exercice du groupe, un résultat légèrement inférieur aux attentes des analystes.
A l’ouverture de la Bourse, jeudi, à Londres, l’action du groupe BT dévissait de quelque 7 %.

        Lire aussi :
         

                Comment BT s’est réinventé au Royaume-Uni






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-4"> ¤ La présence, le 5 mai, au côté de la police, d’individus en tenue cosaque s’en prenant à des manifestants anti-Poutine suscite l’indignation dans la capitale.
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Le jour où les Cosaques sont réapparus à Moscou

La présence, le 5 mai, au côté de la police, d’individus en tenue cosaque s’en prenant à des manifestants anti-Poutine suscite l’indignation dans la capitale.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 06h36
    |

            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        



                                


                            LETTRE DE MOSCOU
La polémique enfle à Moscou après l’intervention musclée de Cosaques lors du rassemblement contre « le tsar Poutine » organisé le samedi 5 mai à Moscou par l’opposant Alexeï Navalny.
Dans la foule, comme avait pu le constater ce jour-là Le Monde, des hommes habillés en treillis militaire, coiffés d’un bonnet d’astrakan et porteurs d’insignes sur leurs manches, s’en étaient pris violemment aux manifestants, jeunes pour la plupart. Certains avaient même fait usage de la nagaïka, la cravache traditionnelle en lanière de cuir des Cosaques. D’autres guidaient les policiers : « Embarquez celui-là, le grand, en bleu ! » Ce qui fut fait.
Plus de 700 manifestants, dont 91 mineurs, avaient été interpellés avec brutalité par les forces de sécurité, rien que dans la capitale russe. Aucun du côté des Cosaques ou des militants « patriotiques » venus sur les lieux, place Pouchkine, pour se confronter, pour la première fois, aux partisans de Navalny, lui-même interpellé puis relâché.

Mais la diffusion a posteriori sur les réseaux sociaux de vidéos prises pendant les échauffourées, où l’on distingue clairement des hommes en uniforme, en train de courser, d’insulter et de frapper tous ceux qui les entourent, a choqué. Membre du Conseil des droits de l’homme rattaché au Kremlin, Maxime Chevchenko a réclamé une réunion en urgence. « Leur apparition a aggravé la situation, a admis le président de ce conseil, Mikhaïl Fedotov. Il est important de comprendre pourquoi ils étaient là et qui étaient-ils. »
Groupe « anti-Maïdan »
Ont-ils agi sur ordre ? Rapidement, les regards se sont tournés vers les autorités de Moscou qui accueillent, depuis trois ans, des Cosaques pour des séances de « maintien de l’ordre » dans un centre d’entraînement animé par des anciens des forces spéciales.
Le 5 mars, le site Internet de la mairie en faisait la promotion, en précisant qu’une « centaine...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-5"> ¤ Ouissem Medouni et Sabrina Kouider ont délibérément tué Sophie Lionnet, prise au piège de leurs « fantasmes », a estimé mercredi l’accusation.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/05/2018
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Le couple qui employait la jeune fille au pair assassinée à Londres lui a « infligé l’enfer »

Ouissem Medouni et Sabrina Kouider ont délibérément tué Sophie Lionnet, prise au piège de leurs « fantasmes », a estimé mercredi l’accusation.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 03h49
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 07h16
    |

            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



   


D’un geste brusque, le procureur Richard Horwell abat son bras droit, mimant une tête que l’on plonge de force dans une baignoire pleine. « Sophie Lionnet a été torturée par ces deux-là, énonce-t-il posément devant Sabrina Kouider et Ouissem Medouni, le couple de Français qui comparaît depuis le 21 mars à Londres pour le meurtre, fin septembre 2017 à Wimbledon, de leur jeune fille au pair. Il n’y a pas un, mais deux meurtriers. Ensemble, ils lui ont infligé l’enfer. »
Alors que l’interminable procès touche à sa fin, le scénario du calvaire de Sophie Lionnet reconstitué par l’accusation est apparu dans toute son horreur, mercredi 9 mai, sans être mis en cause de façon crédible.
Pris dans un délire de persécution, le couple a tourmenté puis martyrisé la jeune Française, frêle et timide, issue d’un milieu modeste où l’on n’a pas l’habitude de se rebeller contre son patron. Manipulatrice, Sabrina Kouider a progressivement accru son emprise sur elle, l’isolant peu à peu du monde extérieur, menaçant de la dénoncer pour des exactions insensées, la laissant sans ressources.
« Pourquoi m’accuse-t-elle sans raison ?, écrit Sophie Lionnet à sa mère pendant l’été 2016. Si je pouvais me payer un billet, je partirais. » La mère, résidant à Sens (Yonne), elle, s’alarme mais se sent impuissante « à cause de la distance ».

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« Un couple vraiment bizarre »
Sabrina Kouider, 35 ans, installée à Londres depuis 2004 et vivant de petits boulots, forme avec Ouissem Medouni, 40 ans, ancien analyste financier à la Société générale, « un couple vraiment bizarre, une combinaison vraiment toxique », a affirmé M. Horwell, avocat de l’accusation (équivalent d’un procureur français).
La jeune expatriée avait convaincu son compagnon que l’un de ses ex – le chanteur irlandais Mark Walton –, père d’un de ses deux garçons, complotait avec Sophie Lionnet non seulement pour violer son enfant mais aussi pour le droguer et abuser sexuellement de lui. L’enquête a démontré que M. Walton ne se trouvait pas au Royaume-Uni au moment des faits imputés, et même que le chat qu’il était aussi censé avoir violé n’existe pas.

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Emportés par sa propre obsession complotiste, le couple a infligé à la « nanny » une spirale de violence ponctuée d’interrogatoires enregistrés en vidéo où il cherchait à lui faire avouer des crimes imaginaires.
« De toutes les affaires que ces murs vénérables [la cour criminelle dite The Old Bailey située au cœur de la City de Londres] ont entendues, celle-ci entre sans hésitation dans la catégorie des plus bizarres, a insisté le procureur, celles où la vérité dépasse la fiction. »
Enfermés dans leur délire
Richard Horwell s’est employé à détailler les derniers jours de la victime, dont les restes calcinés, pesant moins de vingt kilos, ont été retrouvés le 20 septembre 2017 dans le petit jardin de ses patrons grâce à des voisins alertés par une odeur de barbecue bizarre.
Dans la soirée du 18 septembre, alors que Sophie Lionnet, qui conduit normalement les enfants à l’école, n’y a pas paru depuis douze jours, le couple lui impose une ultime séance d’interrogatoire enregistré. Elle y apparaît le visage émacié, épuisée et tremblante de terreur, au bord de l’évanouissement et finit par avouer toutes les horreurs que ses patrons lui imputent. « Sophie récite votre scénario dans l’espoir de faire cesser ses tortures », traduit l’avocat de l’accusation.
Sur le moment, le couple est tellement enfermé dans son délire qu’il ne perçoit pas la charge que constitue contre lui cet enregistrement. Le médecin légiste a établi que la jeune fille au pair avait eu le sternum, la mâchoire et cinq côtes cassés avant ces « aveux ». Mais, selon l’accusation, le couple pense au contraire se servir de la vidéo à l’appui de ses accusations contre Mark Walton. Encore lui faut-il éliminer Sophie Lionnet dont les stigmates sont trop évidents et qui pourrait rétablir la vérité si elle était interrogée par la police.
La « nanny » criait
« Nous ne saurons jamais quand ni comment Sophie Lionnet est morte parce que les accusés ont brûlé son corps, assène le procureur. Mais nous pouvons dire pourquoi : sa survie menaçait d’anéantir leurs plans. »
Et d’insister sur le terrible témoignage d’un enfant qui, d’une pièce voisine, a entendu les deux adultes s’activer dans la salle de bain, et sa « nanny » crier jusqu’au petit matin dans le bruit d’éclaboussures d’eau. La tête plongée dans la baignoire mimée par le procureur.
Interrogée mercredi, l’accusée, entièrement vêtue de noir, cheveux de jais bouclés tombant sur les épaules, sanglote mais elle interrompt sans cesse l’avocat de l’accusation, scandant ses dénégations d’un geste assuré de la main. « Je n’ai pas tué Sophie », répète-t-elle.
Pourquoi frappait-elle sa jeune fille au pair ? Pourquoi a-t-elle participé à l’ultime interrogatoire ? Que faisait-elle dans la salle de bain ? « J’étais comme un zombie, traumatisée, je n’étais plus moi-même. » Depuis son arrestation, Sabrina Kouider est détenue dans un établissement spécialisé pour détenus souffrant de troubles mentaux. Mais elle doit être considérée comme « saine d’esprit », a affirmé Richard Horwell à l’intention des jurés, car son avocat n’a demandé aucune expertise psychiatrique.
Accusations mutuelles
L’insistance du procureur à mettre en cause conjointement les deux accusés vise à torpiller la stratégie qu’ils ont déployée depuis le début du procès : chacun nie formellement le meurtre et accuse l’autre tout en cherchant à accréditer la thèse d’un accident.
Ouissem Medouni affirme qu’il est allé dormir avant la fin de l’ultime interrogatoire puis qu’il a été réveillé par sa compagne auprès de qui gisait la victime dans la salle de bain. Quant à Sabrina Kouider, elle se décrit strictement dans le même scénario. M. Horwell pense qu’ils se sont concertés. Mais ces accusations mutuelles sont loin de donner un « crime parfait ». Personne n’a rien vu ni rien fait, mais Sophie Lionnet est morte à 21 ans alors qu’elle voulait apprendre l’anglais, aimait les enfants et rêvait d’avenir.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-6"> ¤ Le chef de l’Etat a reçu, jeudi en Allemagne, la plus prestigieuse des distinctions européennes, le prix Charlemagne.
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A Aix-la-Chapelle, Macron lance un plaidoyer pour l’Europe

Le chef de l’Etat a reçu, jeudi en Allemagne, la plus prestigieuse des distinctions européennes, le prix Charlemagne.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 02h27
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 17h10
    |

            Cécile Ducourtieux (Aix-la-Chapelle, envoyée spéciale)








                        



   


Jeudi 10 mai, au lendemain d’une très symbolique « Journée de l’Europe », le président de la République, Emmanuel Macron, a reçu dans la ville allemande d’Aix-la-Chapelle, ancienne capitale de l’empire carolingien, le prix Charlemagne, la plus prestigieuse et la plus ancienne des distinctions européennes.
Après Jean Monnet, Winston Churchill, Konrad Adenauer, François Mitterrand, Simone Veil ou Angela Merkel, il était distingué pour « l’élan donné à l’Europe à la suite de la campagne électorale il y a un an en France », sa volonté de « réancrer l’Europe et l’idée européenne au cœur des sociétés, des populations avec notamment le lancement des consultations citoyennes ». Et aussi pour son initiative « Make our planet great again », destinée à préserver l’accord de Paris sur le climat.

Macron évite le piège du commémoratif en transformant sa remise de médaille en injonction à agir. #PrixCharlemagne— c_ducourtieux (@Cécile Ducourtieux)


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Mais depuis la splendide salle du couronnement, où il a reçu sa distinction et prononcé son discours – le quatrième sur l’Europe en moins d’un an –, le chef de l’Etat en a profité pour faire passer un message d’urgence aux autres dirigeants de l’Union européenne (UE), et spécialement à la chancelière Merkel, qui était présente pour prononcer son laudatio : après que les Etats-Unis se sont récemment brutalement retirés de l’accord sur le nucléaire iranien, au mépris des avertissements et des intérêts européens, l’UE doit plus que jamais prendre son destin en main.

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Ordre multilatéral bousculé
L’Europe est désormais « chargée de garantir l’ordre multilatéral » mondial fragilisé, a déclaré, mercredi 9 mai, le président français, Emmanuel Macron, depuis Aix-la-Chapelle, à la télévision publique allemande. « Nous sommes à un moment historique pour l’Europe [qui] est chargée de garantir cet ordre multilatéral que nous avons créé à la fin de la seconde guerre mondiale et qui est parfois aujourd’hui bousculé », a estimé le chef de l’Etat.
Il a profité de cette interview pour exhorter la chancelière Merkel à accepter ses propositions de réformes de l’UE : « L’Allemagne va avoir à formuler d’ici au mois de juin sa réponse, c’est celle-ci que j’attends et j’espère beaucoup de la chancelière et de son gouvernement pour être à la hauteur de ce moment historique. »

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Cela fait maintenant sept mois qu’Emmanuel Macron a formulé une longue liste de propositions, notamment pour la zone euro, comptant à l’époque que Berlin saisirait sa main tendue. Mais bien qu’il soit très apprécié outre-Rhin pour les réformes qu’il mène au pas de charge en France, il a jusqu’à présent buté sur la prudence de la chancelière et sur celle de son nouveau ministre des finances, le social-démocrate Olaf Scholz, qui s’inscrit plus dans la continuité que dans la rupture avec l’héritage du très orthodoxe Wolfgang Schäuble.
D’autres priorités
Le fait que le président français soit très isolé sur la scène européenne ne l’a jusqu’à présent pas aidé à plaider sa cause à Berlin : les pays de l’Est de l’UE ont d’autres priorités ; l’Italie est toujours en recherche de gouvernement ; quant à l’Espagne, elle se tient en retrait en raison de la crise catalane…
Plus question par exemple de parler d’un « super » ministre des finances ni d’envisager un budget conséquent pour l’union monétaire. Même l’idée d’une taxe sur le revenu des géants du Web fait tiquer outre-Rhin.
Idem concernant la réponse à apporter à Donald Trump, qui menace depuis des mois de taxer les importations d’acier et d’aluminium sur le territoire des Etats-Unis : sur ce dossier, Paris et Berlin ne sont pas alignés, les Allemands s’étant montrés plus ouverts à une éventuelle relance d’une négociation de type Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP), avec Washington.

Sans doute le Discours le plus vibrant de Macron sur l’Europe. Animé par l’urgence européenne et géopolitique. Plus… https://t.co/B4dS2bfgtR— c_ducourtieux (@Cécile Ducourtieux)


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« Dépasser nos propres égoïsmes »
« Ceux qui sont aujourd’hui aux responsabilités ne doivent avoir qu’une ambition : que la jeunesse européenne ait encore plus d’ambition qu’eux », a encore souligné M. Macron face aux Aixois venus l’accueillir à son arrivée, mercredi soir, avec ballons et drapeaux aux couleurs de l’Europe.
Face à ce parterre acquis de familles et de retraités, le président français a ajouté, saluant au passage les vingt-sept lauréats d’un « prix Charlemagne de la jeunesse » : « Nous avons besoin de plus d’investissements européens, qui n’iront pas forcément qu’à la France et à l’Allemagne (…). Je crois dans une réponse commune entre l’Allemagne et la France. Nous devons savoir dépasser nos propres peurs, nos propres égoïsmes et même nos propres colères. » 
Les Allemands seront-ils capables de lui remettre plus qu’une décoration et plus qu’une pâle « feuille de route » commune en juin ? « On vise un accord de substance, pas un accord d’affichage », glissait-on à l’Elysée il y a quelques jours. Juste avant la décision américaine sur le nucléaire iranien, qui rend ce sursaut franco-allemand encore plus pressant.

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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-7"> ¤ Silvio Berlusconi, le président de Forza Italia, a annoncé, mercredi soir, que si son allié la Ligue (extrême droite) parvient à un accord avec le Mouvement 5 étoiles (M5S), il ne s’y opposera pas.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/05/2018
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Italie : le M5S et la Ligue disent avoir franchi « des étapes significatives » pour former un gouvernement

Silvio Berlusconi, le président de Forza Italia, a annoncé, mercredi soir, que si son allié la Ligue (extrême droite) parvient à un accord avec le Mouvement 5 étoiles (M5S), il ne s’y opposera pas.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 22h01
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 12h12
   





                        



   


Ils espèrent conclure « dans un court laps de temps ». Le Mouvement 5 Etoiles (M5S) et la Ligue (extrême droite) ont annoncé, jeudi 10 mai en fin de matinée dans un communiqué, avoir franchi « des étapes significatives » en vue de former un gouvernement en Italie.
La veille au soir, Silvio Berlusconi avait ouvert la voie à la formation de ce premier gouvernement « antisystème » en donnant son feu vert à un accord en ce sens entre son alliée, la Ligue, et le M5S.
Les deux formations, qui disposent de la majorité au Parlement depuis les élections législatives du 4 mars, doivent toutefois s’entendre sur un chef de gouvernement et un programme.
« Nous allons commencer à parler des thèmes pour le pays. Ensuite nous parlerons des noms », avait assuré, mercredi soir, Luigi Di Maio, chef de file du M5S. « Il reste à travailler sur le programme, sur les échéances, sur l’équipe et les choses à faire, avait ajouté Matteo Salvini, patron de la Ligue. Soit on conclut, soit on retourne voter. »
A l’issue d’une réunion entre les deux hommes, jeudi, les deux formations assurent avoir avancé « sur la composition du gouvernement et (la nomination) du président du Conseil ». « L’objectif est de tout définir dans un court laps de temps afin d’offrir rapidement à la nation des réponses et un gouvernement politique », poursuivent les deux partis.

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                Le président italien veut un gouvernement « neutre » pour diriger le pays jusqu’en décembre



L’obstacle Berlusconi
Depuis deux mois, Silvio Berlusconi, qui a dirigé la droite italienne pendant vingt-cinq ans, apparaissait comme le principal obstacle à un tel dialogue : pour M. Di Maio, il était le symbole de tous les maux de l’Italie et donc infréquentable, tandis que pour M. Salvini, il restait au contraire un allié précieux qu’il a toujours refusé de lâcher.

   


« Moi je fais un pas en arrière, Salvini fait un pas en arrière, il y a encore quelqu’un qui doit faire un pas en arrière », avait insisté M. Di Maio, alors que lui, comme M. Salvini, ont tous deux renoncé à diriger eux-mêmes le gouvernement.
Dans un communiqué, mercredi soir, M. Berlusconi a répété que les élus de son parti Forza Italia (FI) ne voteraient jamais la confiance à un gouvernement du M5S, jugeant qu’il n’avait « pas la maturité politique pour assumer cette responsabilité ». Mais « si une autre force politique de la coalition de droite veut assumer la responsabilité de former un gouvernement avec les 5 étoiles, nous prendrons acte de ce choix avec respect », a-t-il assuré.
Discussions en cours
Et la victoire est totale pour M. Salvini puisque son vieil allié assure qu’un tel choix « ne marquera pas la fin de l’alliance » entre FI et la Ligue, en particulier dans les régions qu’ils dirigent ensemble, dans le nord du pays.
Après plus de deux mois de discussions infructueuses entre les diverses forces politiques, le président Sergio Mattarella s’était prononcé lundi en faveur d’un gouvernement « neutre » chargé de gérer le pays jusqu’en décembre, avant de nouvelles élections début 2019.
Il devait présenter, mercredi après-midi, la personnalité choisie pour diriger cette équipe, tandis que la presse se perdait en conjectures sur la date des prochaines élections en cas de rejet au Parlement de ce gouvernement technique : en pleines vacances de juillet, ou à l’automne au risque de ne pas pouvoir adopter de budget 2019 ?
A la mi-journée, le palais présidentiel a toutefois annoncé que la Ligue et le M5S, fermement opposés à l’idée d’un gouvernement technique, avaient demandé un délai de 24 heures pour pousser leurs discussions en cours sur un possible accord de gouvernement.
Divergences importantes
Ensemble, les deux formations disposent d’une majorité de sept voix au Sénat et de trente-deux voix à la Chambre des députés, et elles pourraient bénéficier au coup par coup du soutien actif ou au moins d’une abstention bienveillante des partenaires de la coalition de droite, dont Forza Italia.
Les divergences semblent importantes entre la Ligue – formation nationaliste proche du Front national français –, qui a fait le plein des voix au Nord sur la promesse de baisses drastiques d’impôts, et le M5S, plus ambivalent sur l’Union européenne et plébiscité par le Sud pour avoir promis un revenu de citoyenneté.
Mais outre l’ambition de leurs jeunes dirigeants, les deux partis ont en commun un rejet des forces politiques traditionnelles et des promesses voisines en matière de retraites, de lutte contre l’immigration ou de moralisation de la vie politique.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-8"> ¤ Au pouvoir depuis 2003, Recep Tayyip Erdogan jouera son va-tout aux élections du 24 juin, qui verront le pays basculer vers un « sultanat ».
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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En Turquie, 1,5 million d’internautes disent au président Erdogan « ça suffit ! »

Au pouvoir depuis 2003, Recep Tayyip Erdogan jouera son va-tout aux élections du 24 juin, qui verront le pays basculer vers un « sultanat ».



Le Monde
 |    09.05.2018 à 17h32
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 06h38
    |

            Marie Jégo (Istanbul, correspondante)








                        



                                


                            

« Tamam ! » Ça suffit ! C’est ce que plus d’un million d’internautes turcs ont lancé à leur président, Recep Tayyip Erdogan, en campagne pour les élections présidentielle et législatives anticipées du 24 juin, et pour un nouveau mandat, après quinze années d’un règne exclusif à la tête du pays.
Mercredi 9 mai, l’expression était l’une des plus appréciées du réseau social Twitter, avec 1,5 million de partages. Le mot, qui signifie en turc « d’accord » ou « c’est assez », est devenu viral après avoir été employé par le président turc lui-même dans un discours prononcé mardi à Ankara devant les députés de sa formation, le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur).
Double scrutin
Dans un rare élan d’humilité, le reis (« chef ») déclarait alors : « C’est ma nation qui m’a porté à la tête de la mairie d’Istanbul, de l’AKP, du gouvernement et de la présidence. Si un jour ma nation me dit  “ça suffit” [tamam], alors je me retirerai. »
Que n’avait-il pas dit ! Des chansons « tamam », des rassemblements de rue sur le thème « tamam » ont alors été rapportés sur Twitter et sur Facebook, tandis que les ténors de l’opposition qui affronteront M. Erdogan à la présidentielle du 24 juin s’emparaient de l’expression. « C’est l’heure » (vakit tamam), écrivait ainsi sur son compte Twitter Muharrem Ince, le candidat du principal mouvement d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP). « Ça suffit, si Dieu le veut », a renchéri l’islamiste Temel Karamollaoglu. « Ça suffit », a tweeté Meral Aksener, la chef de file des nationalistes.
Le double scrutin du 24 juin (législatives et présidentielle le même jour) marquera un tournant, car c’est après sa tenue que le renforcement des pouvoirs du chef de l’Etat, approuvé de justesse par le référendum d’avril 2017, entrera en vigueur.

Verrouillage total des médias
Dans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-9"> ¤ « Si la France était amenée à considérer que le mouvement historique en Arménie était sans conséquence sur sa position dans le conflit du Haut-Karabakh, alors elle prendrait le risque de désespérer les peuples », estime dans une tribune au « Monde » Mourad Papazian, dirigeant du Parti socialiste arménien.
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« La France doit engager une réorientation profonde de ses relations tant économiques que diplomatiques avec l’Arménie »

« Si la France était amenée à considérer que le mouvement historique en Arménie était sans conséquence sur sa position dans le conflit du Haut-Karabakh, alors elle prendrait le risque de désespérer les peuples », estime dans une tribune au « Monde » Mourad Papazian, dirigeant du Parti socialiste arménien.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 16h00
    |

Mourad Papazian (Coprésident du Conseil de coordinations des organisations arméniennes de France, membre du bureau mondial de la Fédération révolut...







                        



                                


                            
Tribune. A l’issue d’un mouvement absolument historique, Nikol Pashinyan a été élu premier ministre de l’Arménie. Présent sur la désormais célèbre place de la République, j’ai pu constater la ferveur, la force et l’enthousiasme s’emparer des rues de la capitale Erevan. Ce mouvement s’inscrit dans une tradition ancienne qui a vu le peuple arménien, à plusieurs reprises, se saisir de son destin : guerre d’indépendance de 1918, mouvement de libération du Haut-Karabakh en 1988, infatigable combat pour la reconnaissance du génocide arménien.

Ce mouvement est d’autant plus fort que les menaces, aux portes de l’Arménie, rendaient hautement improbables la possibilité que le peuple assume le risque d’une instabilité à la tête du pays, comme si les Arméniens avaient intériorisé le cynisme de la realpolitik. Mais on ne stérilise pas toute une nation. C’est ce que nous a rappelé la jeunesse d’Erevan. Ce fut une leçon pour chacun d’entre nous. La France, qui s’est passionnée pour cette révolution, doit prendre toute la mesure de ces événements et engager une réorientation profonde de ses relations avec l’Arménie tant sur le volet économique que diplomatique.
les échanges entre la France et l’Arménie se sont réduits à 50 millions d’euros par an, une goutte d’eau comparée à l’intensité des relations politiques entre ces deux pays
A d’innombrables reprises, ces dernières années, les autorités françaises ont fait savoir que la saturation de l’économie arménienne par une oligarchie créait des conditions insusceptibles de favoriser le développement des investissements français en Arménie. Les conséquences ont été désastreuses puisque les échanges entre la France et l’Arménie se sont réduits à 50 millions d’euros par an, une goutte d’eau comparée à l’intensité des relations politiques entre ces deux pays.
C’est ce message d’ouverture que le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) a martelé aux autorités arméniennes,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-10"> ¤ Le conseil des ministres a décidé de saisir la Cour constitutionnelle pour qu’elle annule une loi qui permettrait d’investir en son absence l’ex-président.
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Madrid barre la route à une réélection de Puigdemont à la tête de la Catalogne

Le conseil des ministres a décidé de saisir la Cour constitutionnelle pour qu’elle annule une loi qui permettrait d’investir en son absence l’ex-président.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 15h37
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 17h18
   





                        



   


Nouveau rebondissement dans le feuilleton qui déchire l’Espagne et la Catalogne depuis des mois. Le gouvernement espagnol est intervenu, mercredi 9 mai, pour barrer la route à une réélection de l’ex-président indépendantiste de Catalogne Carles Puigdemont à la tête de l’exécutif régional.
Le conseil des ministres a décidé de saisir la Cour constitutionnelle pour qu’elle annule une loi, votée la semaine dernière au Parlement catalan, qui permettrait d’investir en son absence l’ex-président, qui attend en Allemagne une éventuelle extradition vers l’Espagne qui veut le juger pour « rébellion ». « Aucun candidat à la présidence de la Generalitat ne peut être investi sans être présent au Parlement de Catalogne », a-t-il expliqué. Dès lors que la Cour constitutionnelle, qui avait déjà interdit une investiture en l’absence du candidat, acceptera d’examiner le recours, le texte sera suspendu, a rappelé le porte-parole.
Les indépendantistes ont remporté les élections régionales en décembre, mais s’ils n’élisent pas un nouveau président d’ici au 22 mai, les Catalans seront automatiquement rappelés aux urnes.
Les partisans de Carles Puigdemont avaient annoncé, samedi, leur intention de tenter une dernière fois d’investir l’ex-président, après une première tentative fin janvier, bloquée par la justice. Mais ils ont reconnu que s’ils n’y parvenaient pas, ils présenteraient une candidature alternative pour débloquer la situation, près de huit mois après la mise sous tutelle de la Catalogne par le gouvernement central.

        Chronologie :
         

          De la destitution à l’arrestation de Puigdemont, retour sur les moments forts de la crise catalane



« Jouer les victimes »
Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, avait annoncé, dans la matinée, ce recours contre la loi votée vendredi par les indépendantistes, malgré l’avis défavorable des juristes du parlement régional.
« Nous allons contester une décision qui permet qu’un fugitif, vivant à l’étranger, puisse être investi. (…) C’est absurde », avait-il déclaré. Les indépendantistes catalans n’ont jusqu’ici proposé à la présidence de la région que des candidats dont la justice a bloqué l’investiture.
Leurs adversaires les accusent de présenter délibérément des candidatures inéligibles pour « jouer les victimes ». « Ce n’est de la faute ni de l’Etat, ni du gouvernement, ni des juges, ni de cette chambre, si vous êtes incapables de former un gouvernement », a lancé Mariano Rajoy à un élu indépendantiste au Sénat.
Pour les séparatistes, les poursuites pour rébellion de la Cour suprême, passibles de trente ans de prison, sont injustifiées et les neuf indépendantistes en détention provisoire sont des « prisonniers politiques ».
Outre M. Puigdemont, qui s’était réfugié en Belgique après la tentative de sécession, ils ont proposé Jordi Sanchez et Jordi Turull, incarcérés. La justice a refusé de les laisser sortir de prison pour se présenter à un débat d’investiture.

        Lire aussi :
         

                En Catalogne, Carles Puigdemont divise les indépendantistes



Tous sont poursuivis pour « rébellion » pour leur rôle dans la tentative de sécession du 27 octobre. Le gouvernement central avait placé dans la foulée la Catalogne sous administration directe, destitué M. Puigdemont et son gouvernement et convoqué des élections anticipées en décembre.
Carles Puigdemont, qui avait mené campagne pour la « restitution du gouvernement légitime » de la Catalogne, avait remporté une victoire surprise et les indépendantistes avaient conservé leur majorité absolue au Parlement catalan. Les indépendantistes n’ont, pour l’heure, pas dévoilé l’identité du candidat alternatif qui permettrait de débloquer la situation.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-11"> ¤ Les Européens jugent « irresponsable » la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien, qu’ils veulent continuer à mettre en œuvre, tout en négociant avec Téhéran.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
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Face au retrait de Trump, les Européens déterminés à défendre l’accord sur le nucéaire iranien

Les Européens jugent « irresponsable » la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien, qu’ils veulent continuer à mettre en œuvre, tout en négociant avec Téhéran.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 14h32
    |

            Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)








                        



                                


                            

L’Union européenne est « déterminée à préserver » le Plan d’action conjoint (JCPOA), l’accord sur le nucléaire iranien, qui, estime-t-elle, doit continuer à garantir que Téhéran ne développe pas d’armes nucléaires. A Rome, peu de temps après la déclaration commune des dirigeants français, allemand et britannique, la Haute représentante, Federica Mogherini, voulait défendre, dans la soirée du mardi 8 mai, « l’une des plus belles réussites jamais réalisées par la diplomatie ».
« Ne laissez personne démanteler l’accord », a-t-elle lancé à destination des Iraniens, évoquant un texte essentiel pour « la sécurité de la région, de l’Europe et du monde ». Donald Tusk, le président du Conseil européen, promettait, lui, « une approche unie » des Vingt-Huit.

A l’issue de quatre mois d’intenses discussions – dont une dernière, qui se voulait symbolique, avec des représentants iraniens à Bruxelles mardi – les négociateurs européens gardaient en fait peu d’espoir quant à la décision de Donald Trump. Sur la base d’ultimes contacts avec son administration, ils pensaient toutefois qu’elle préserverait une petite ouverture pour une négociation, au pire une application différée des décisions américaines.
Le grand souci des dirigeants de l’Union va donc être, désormais, de protéger les intérêts économiques et les investissements européens en Iran
Ils ont rapidement compris qu’il n’en serait rien et Mme Mogherini a traduit le sentiment général en exprimant son «  inquiétude particulière » quant à l’annonce d’un projet de nouvelles sanctions. La levée d’une partie des sanctions internationales, « part essentielle de l’accord, a eu un impact positif sur les relations commerciales et économiques avec l’Iran, y compris en apportant des bénéfices cruciaux au peuple iranien », a-t-elle plaidé.
Outre la sécurité, le grand souci des dirigeants de l’Union va donc...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-12"> ¤ Dans une tribune au « Monde », les politologues Oriane Calligaro et François Forêt reviennent sur la remise au président français de ce prix international qui récompense chaque année « la plus précieuse contribution à l’entente en Europe de l’Ouest ».
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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« Le prix Charlemagne remis à Emmanuel Macron se révèle être un encouragement et un pari sur l’avenir »

Dans une tribune au « Monde », les politologues Oriane Calligaro et François Forêt reviennent sur la remise au président français de ce prix international qui récompense chaque année « la plus précieuse contribution à l’entente en Europe de l’Ouest ».



Le Monde
 |    09.05.2018 à 13h02
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 13h21
    |

Oriane Calligaro et François Forêt (Politologues, Cevipol-IEE, Université libre de Bruxelles)







                        



                                


                            
Tribune. Jeudi 10 mai, Emmanuel Macron recevra le prix Charlemagne que les médias décrivent comme le plus prestigieux des prix européens. Cet acte symbolique illustre comment le processus d’intégration politique européenne et ses élites traditionnelles cooptent de nouveaux acteurs et intègrent le changement, que cela soit pour le circonscrire ou pour l’encourager.
Les lauréats les plus fréquents sont des chefs d’Etat et de gouvernement et des monarques
Le prix international Charlemagne pour l’unité de l’Europe, créé en 1949 à l’initiative de notables d’Aix-la-Chapelle, récompense chaque année « la plus précieuse contribution à l’entente en Europe de l’Ouest ». La référence à la figure de Charlemagne et le lieu de son octroi établissent un lien symbolique entre le Saint-Empire romain germanique et le projet d’unité continentale développé après la seconde guerre mondiale. Selon sa définition officielle, le prix visait à l’origine à promouvoir « une Europe anticommuniste à forte influence catholique » et à affirmer l’appartenance de l’Allemagne à une communauté européenne réconciliée.
Les lauréats les plus fréquents sont des chefs d’Etat et de gouvernement et des monarques. Politiciens et hauts fonctionnaires des institutions communautaires figurent aussi en bonne place dans la liste des récipiendaires, la Commission européenne ayant même été lauréate en 1969. Une autre caractéristique forte du prix Charlemagne est qu’il a été décerné plusieurs fois à des personnalités religieuses, surtout catholiques, et notamment aux papes Jean Paul II et François.
Dynamiques politiques de l’intégration
Les liens du prix Charlemagne avec l’Eglise et la royauté sont confirmés par le protocole entourant sa remise et par le patronage de têtes couronnées (rois des Belges et d’Espagne et grand-duc du Luxembourg). Il constitue ainsi un processus symbolique par lequel les élites religieuses et séculaires traditionnelles honorent le travail...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-13"> ¤ Véronique David-Martin habite à Bath, en Angleterre, depuis vingt-huit ans. Elle raconte ses craintes avant la sortie de l’UE et sa méfiance vis-à-vis du gouvernement.
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Ma vie de… Française au Royaume-Uni : « Avec le Brexit, je perds mes droits »

Véronique David-Martin habite à Bath, en Angleterre, depuis vingt-huit ans. Elle raconte ses craintes avant la sortie de l’UE et sa méfiance vis-à-vis du gouvernement.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 11h18
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 18h49
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








                        



                                


                            

« Ma vie de… » donne la parole à des témoins de l’actualité du monde entier, qui racontent leur quotidien à la première personne.
Près de deux ans après le référendum sur le Brexit, le sort des Européens qui vivent au Royaume-Uni et des Britanniques dans l’Union européenne demeure flou. Si Londres et Bruxelles ont trouvé un accord de principe sur le sujet, qui doit permettre à chacun de conserver les mêmes droits qu’avant le Brexit, les exactes modalités d’application ne sont pas connues. Outre-Manche, trois millions d’Européens doivent régulariser leur situation d’ici à juin 2021, mais la procédure n’ouvrira pas avant la fin de l’année, au mieux.
Pour préparer ce gigantesque processus, le gouvernement britannique reçoit depuis le mois de mars des Européens, nationalité par nationalité, pour les consulter et tenter de les rassurer. Lundi 23 avril, une centaine de Français ont ainsi été reçus. « Nous souhaitons que vous restiez et nous apprécions votre contribution », déclarait, rassurant, Robin Walker, secrétaire d’Etat chargé du Brexit. Mais les Français présents dans la salle ont exprimé une forte anxiété et une méfiance générale vis-à-vis des autorités britanniques. Véronique David-Martin, 53 ans, était l’une des participantes.
« Je suis arrivée au Royaume-Uni avec la première vague expérimentale de ce qui deviendra ensuite le programme Erasmus, en 1984. Je suis allée à l’université de Dundee, en Ecosse. Quand on m’en a parlé pour la première fois, je ne savais pas où c’était et j’avais écrit phonétiquement “Dandy”. J’y ai rencontré mon futur mari, qui est Britannique, et je suis revenue m’installer définitivement au Royaume-Uni en 1987.
A l’époque, on m’a dit : “Tu n’as besoin d’aucun papier pour t’enregistrer, il n’y a aucune démarche à faire, tu es ici chez toi.” Venant de France, où on vit dans la hantise de ne pas avoir ses papiers à jour, l’Angleterre était incroyablement décontractée.
Chèque...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-14"> ¤ La Chambre des lords a voté un amendement favorable au maintien du Royaume-Uni dans le marché unique européen.
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La majorité de Theresa May toujours plus déchirée sur les modalités du Brexit

La Chambre des lords a voté un amendement favorable au maintien du Royaume-Uni dans le marché unique européen.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 10h44
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 11h07
    |

            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



   


Alors que son gouvernement et le Parti conservateur sont au bord de l’implosion sur le Brexit, Theresa May va devoir trancher. Mardi 8 mai au soir, la Chambre des lords a en effet mis au défi la première ministre britannique en votant un amendement favorable au maintien du Royaume-Uni dans l’Espace économique européen (EEE, soit l’Union européenne plus la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein), autrement dit dans le marché unique.
Quelques heures plus tôt, le ministre des affaires étrangères, Boris Johnson, lui avait lancé un défi inverse en qualifiant de « fou » le projet d’union douanière de compromis que Mme May veut faire adopter par son gouvernement avant le Conseil européen des 28 et 29 juin. Deux ans après le référendum qui a décidé la sortie de l’UE et moins d’un an avant le Brexit officiel, Londres ne sait toujours pas quel régime douanier il souhaite avec ses voisins de l’UE.
L’avertissement des Lords est retentissant. Par 247 voix contre 218, ces personnalités non élues ont adopté un amendement à la loi sur la sortie de l’UE selon lequel le maintien dans l’EEE doit être « un objectif du gouvernement dans la négociation » sur le Brexit. Le projet de loi en question vise à mettre fin à la suprématie du droit européen tout en le transposant dans le droit britannique.

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Double rébellion
Le vote de mardi soir traduit une double rébellion : celle de 17 Lords conservateurs qui ont approuvé l’amendement déposé par un Lord travailliste, mais aussi celle de 83 Lords travaillistes qui ont bravé la consigne de leur parti en joignant leurs voix à celle des libéraux démocrates, proeuropéens.
Ce début de soulèvement côté Labour souligne la position ambiguë de Jeremy Corbyn, le leader travailliste, qui refuse de défendre le maintien du pays dans le marché unique, pourtant souhaité par 87 % des adhérents du parti, selon un sondage. « Fantastique résultat conforme à la volonté des membres et sympathisants du Labour, des syndicats et du patronat, a tweeté Chuka Umunna, figure proeuropéenne du Labour. Le pays, l’emploi et notre économie doivent passer avant tout. »
Le vote des Lords constitue la treizième défaite du gouvernement sur le même projet de loi devant cette Chambre qui n’a pas le dernier mot pour voter les lois (rôle qui revient à la Chambre des communes). Mais il porte sur un point central du Brexit sur lequel les députés vont désormais devoir débattre et se prononcer, au grand dam de Mme May, qui craint l’étalage des divisions et l’affaiblissement de sa position dans la négociation avec Bruxelles.
L’inconfortable position de Theresa May avait été soulignée quelques heures avant le vote des Lords par l’entretien accordé au tabloïd Daily Mail par Boris Johnson. Se posant une fois de plus en champion du Brexit face à la première ministre, le patron du Foreign Office y torpille le projet de Brexit très édulcoré désormais défendu par Mme May. En position de faiblesse, celle-ci n’a pas répliqué.
« Fouillis bureaucratique »
Baptisé « partenariat douanier », le plan de la première ministre consiste pour le Royaume-Uni à percevoir à ses frontières les taxes pour le compte de l’UE sur les biens transitant par son territoire vers les Vingt-Sept, tout en appliquant ses propres taxes sur les produits destinés à son marché intérieur. Un système « fou », selon M. Johnson, qui créerait un « fouillis bureaucratique », et rendrait « très très difficile » la conclusion en solo par Londres d’accords de libre-échange que font miroiter les partisans du Brexit.

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                Face à Theresa May, Boris Johnson appelle les Britanniques à « tirer avantage » d’un Brexit dur



Les promoteurs de ce « partenariat » reconnaissent que les dispositifs technologiques de contrôle de la destination des marchandises qu’il suppose mettraient cinq ans à être mis en place. L’UE, elle, le qualifie de « pensée magique ». Les europhobes du gouvernement le considèrent comme un moyen de reculer indéfiniment le Brexit.
Pourtant, c’est ce « partenariat douanier » que Mme May souhaite faire adopter par son gouvernement comme base de négociation. Ayant fait de l’adhésion à une union douanière une « ligne rouge » de son gouvernement, mais confrontée aux inquiétudes sur les conséquences pour l’emploi et l’économie d’un retour aux droits de douane avec le continent, elle tente cette union douanière qui n’en est pas une.
La première ministre utilise pour cela une rhétorique implacable : si le gouvernement ne se met pas d’accord, le Parlement pourrait s’en charger en imposant un recul encore plus net. Les coups de semonce des Lords accréditent cette menace.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-15"> ¤ La filiale de Volkswagen a interrompu la livraison de certains véhicules, après avoir découvert des irrégularités sur des moteurs.
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« Dieselgate » : Audi soupçonnée de continuer à installer des logiciels trompeurs dans ses véhicules

La filiale de Volkswagen a interrompu la livraison de certains véhicules, après avoir découvert des irrégularités sur des moteurs.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 10h24
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 16h32
    |

                            Cécile Boutelet (Berlin, correspondance)








                        



                                


                            

Deux ans et demi après le déclenchement du « dieselgate », Volkswagen (VW) n’a toujours pas fait le ménage dans son passé. Une fois de plus, c’est sa filiale Audi qui est au cœur du scandale. L’office fédéral allemand pour la circulation des véhicules à moteurs (KBA) soupçonne la marque de continuer à installer des logiciels trompeurs dans ses voitures récentes. Mardi 8 mai, il a ordonné une enquête contre certains véhicules diesel du constructeur, qui pourraient être équipés d’un logiciel illégal d’un genre nouveau. En début d’après-midi, Audi a reconnu avoir interrompu les livraisons de deux modèles diesel récents, pour vérifier « des anomalies dans le logiciel du moteur ».
En tout, 60 000 véhicules sont concernés dans le monde, dont 33 000 en Allemagne. Il s’agit des berlines de type A6 et A7 équipées de moteurs V6 TDI, a précisé le ministère des transports. Ces voitures sont soupçonnées de contenir un logiciel programmé pour désactiver le système de dépollution du moteur dans certaines situations.
Les deux modèles concernés sont équipés des systèmes de traitement des gaz d’échappement les plus récents : un filtre dit « SCR » (réduction catalytique sélective), qui transforme les émissions d’oxydes d’azote (NOx) en vapeur d’eau et d’azote inoffensifs, grâce à l’aspersion d’AdBlue, un liquide à base d’urée. La réaction chimique ainsi provoquée permet de piéger une grande partie des émissions de NOx… à condition d’injecter suffisamment de liquide à l’échappement. Et donc d’en transporter une quantité importante ou de passer régulièrement faire le plein.

C’est bien le point qui a sans doute influencé les programmeurs du logiciel incriminé. Pour que le conducteur n’ait pas à remplir lui-même le réservoir d’AdBlue, mais puisse en laisser le soin au garagiste, Audi aurait fortement réduit les quantités de liquide injectées à partir de 2 400 kilomètres avant de devoir refaire le plein d’ABlue.
Durant cette phase, le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-16"> ¤ Analyse. Le Mouvement de résistance nordique (NMR) entend présenter plusieurs candidats aux élections législatives du 9 septembre.
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En Suède, l’inquiétant regain d’activité des néonazis

Analyse. Le Mouvement de résistance nordique (NMR) entend présenter plusieurs candidats aux élections législatives du 9 septembre.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h17
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h12
    |

                            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








                        



                                


                            

Analyse. Le 1er-Mai, en Suède, n’est pas seulement jour de défilé pour les travailleurs. Il est devenu, au fil des ans, synonyme de démonstration de force annuelle des néonazis suédois. Cette année, les militants du Mouvement de résistance nordique (NMR) s’étaient donné rendez-vous à Boden, au nord de la Suède, et Ludvika, commune de 26 000 habitants, dans la province de Dalécarlie (centre du pays), devenue un de leurs bastions, depuis qu’ils ont remporté un siège au conseil municipal en 2014.
Les deux défilés devaient marquer le lancement de leur campagne électorale, en vue du scrutin législatif du 9 septembre. Le NMR présente des candidats dans trois communes et trois régions et une liste aux législatives. Si leur mobilisation du 1er-Mai a pu servir d’indicateur avant les élections, les démocrates ont de quoi se rassurer : non seulement les néonazis n’étaient que 350 à Ludvika et une petite centaine à Boden, mais ils ont été accueillis par des contre-manifestants venus bien plus nombreux.

Sous-estimer leur pouvoir de nuisance serait pourtant une erreur, comme le montre la dernière enquête annuelle du magazine antiraciste Expo, publiée le 25 avril. Depuis dix ans, ses journalistes recensent les activités de la mouvance néonazie en Suède, dont les racines remontent jusqu’au national-socialisme des années 1930. Plusieurs groupuscules en ont émergé, avant de se dissoudre, souvent minés par des conflits internes.
Effectifs en augmentation
Né en 1997, le NMR n’a pas seulement survécu. Selon le magazine Expo, ses militants n’ont jamais été aussi actifs que l’an dernier, avec 3 446 actions dénombrées en 2017, soit une augmentation de 20 % par rapport à 2016. Il s’agit essentiellement de distributions de tracts, collages d’affiches, d’autocollants… « C’est une façon de créer un rapport de force dans la rue, en occupant ses membres », constate le journaliste Jonathan Leman. L’impact est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-17"> ¤ Depuis le mois de janvier, les Européens ont multiplié les discussions, à Paris, Londres, Berlin et Washington pour sauver l’accord de Vienne menacé par Trump. Leur objectif étant de convaincre les Etats-Unis sans braquer l’Iran.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-17"> ¤                     
                                                

Comment les Européens ont tenté jusqu’au bout de sauver l’accord iranien

Depuis le mois de janvier, les Européens ont multiplié les discussions, à Paris, Londres, Berlin et Washington pour sauver l’accord de Vienne menacé par Trump. Leur objectif étant de convaincre les Etats-Unis sans braquer l’Iran.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 18h34
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 19h00
    |

            Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)








                        



   


Washington, 12 janvier 2018. Alors que Donald Trump renonce – temporairement – à dénoncer l’accord sur le dossier nucléaire iranien, les Européens poussent un soupir de soulagement. Avertis par téléphone par Brian Hook, un haut fonctionnaire du département d’Etat, les principaux dirigeants comprennent que, sur le fond, le président ne renonce pas à son opposition de principe à l’accord approuvé notamment par son prédécesseur, Barack Obama, mais au moins décrochent-ils un délai de quatre mois pour tenter de sauver ce texte jugé crucial.
Notamment parce qu’il met à l’abri le continent européen, « le premier à la portée d’un missile nucléaire iranien », comme le rappelle régulièrement le Luxembourgeois Jean Asselborn, un vétéran de la diplomatie des Vingt-Huit.

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                Jour J pour l’accord sur le nucléaire iranien, après des mois de critiques de Donald Trump



Rome, 3 mai 2018. Helga Schmid, la secrétaire générale du Service européen d’action extérieur (SEAE), rencontre des responsables iraniens. Elle entend évoquer avec eux le « rôle régional » de leur pays, en clair son soutien à divers groupes et milices au Yémen, en Syrie, en Irak et au Liban.
La diplomate, qui a participé à toutes les phases de la négociation du « Plan global d’action conjoint » (JCPOA), signé à Vienne en juillet 2015 et entré en vigueur en janvier 2016, a déjà eu une discussion de ce genre avec des émissaires de Téhéran, en marge du Forum de Munich sur la sécurité, en février. Des « résultats concrets » en auraient découlé.
Dans l’intervalle, les Européens ont multiplié les discussions, à Paris, Londres, Berlin et Washington. L’agenda a, en fait, été fixé par l’administration Trump : il convient certes, a-t-elle prévenu, d’évoquer le rôle de l’Iran au Moyen-Orient mais aussi un programme de nouvelles sanctions s’il devait s’avèrer que le régime développe des missiles à longue portée, contrecarre les inspections internationales de son activité nucléaire ou continue, contrairement à ses engagements, à mettre au point un armement atomique. Il faudra aussi parler de l’après-2025, date fixée, en principe, pour la levée complète des sanctions américaines, européennes et onusiennes si les termes de l’accord ont été respectés.
Ils tentent d’expliquer qu’une remise en cause de ce qui a été difficilement imposé à Téhéran pourrait aboutir à une course à l’armement nucléaire dans toute la région
Les diplomates bruxellois élaborent alors un argumentaire précis. Ils doivent tenter de convaincre Washington sans braquer Téhéran, qui ne manquerait pas de dénoncer leur duplicité. Ils objectent, en tout cas, que le JCPOA porte sur la non-prolifération et que les autres sujets doivent être traités séparément. « S’il échoue, souligne l’un d’eux, on ne sera d’ailleurs pas en meilleure position pour s’attaquer à ces questions de grande importance. » Ils tentent aussi d’expliquer qu’une remise en cause de ce qui a été difficilement imposé à Téhéran pourrait aboutir à une course à l’armement nucléaire dans toute la région.

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                Accord sur le nucléaire iranien : quels sont les différents scénarios d’un retour des sanctions ?



Au discours catastrophiste du président américain sur « l’horrible JCPOA », ils opposent l’idée que celui-ci repose, non pas sur une prétendue confiance à l’égard de l’Iran, mais sur « des engagements précis, de mécanismes de vérification et de suivi à long terme par l’Agence internationale de l’énergie atomique ». D’après les termes du « deal », l’Agence est censée contrôler tous les sites nucléaires et vérifier pendant vingt ans la production de centrifugeuses, et pendant vingt-cinq ans celle de concentré d’uranium (ou « yellow cake »).
Enfin, les négociateurs tentent constamment d’attirer l’attention de leurs homologues américains sur les risques politiques qu’entraînerait une faillite de l’accord de Vienne. « La pression monte en Iran car des forces n’y ont jamais aimé l’accord. Elles soutiennent que leur pays a rempli ses engagements tandis que nous n’aurions pas fait de même », commente une source de haut niveau. Le gouvernement de Téhéran se plaint effectivement que les menaces américaines paralysent l’activité et les investissements, ce qui est d’ailleurs, à ses yeux, une violation de l’accord.
La première phase de levée des sanctions internationales a concerné plusieurs secteurs (le pétrole, le gaz, la pétrochimie, le transport, la construction navale, l’or et les métaux précieux, etc.). La deuxième ne devait intervenir qu’en 2023 et porter sur les softwares, des technologies militaires, les armes, etc. Bruxelles doit convaincre ses interlocuteurs iraniens de s’en tenir à ce plan alors même que ceux-ci soupçonnent M. Trump d’y avoir déjà renoncé.
Mike Pompeo insiste sur les « failles »
La Haute Représentante européenne, Federica Mogherini, d’autant plus attachée au JCPOA que c’est l’une des rares réalisations concrètes de son service diplomatique depuis sa création, insiste, elle, de manière régulière sur le risque d’un affaiblissement de la position du président « réformateur » Hassan Rohani. « Lui et ses partisans ne veulent pas de la bombe parce qu’il sait que cela représenterait, pour l’Iran, une rupture définitive avec l’Ouest et un isolement qui aggraverait l’affaiblissement économique du pays », appuie, dans Der Spiegel, l’ancien ministre allemand des affaires étrangères Sigmar Gabriel.

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                Quelles sont les sanctions contre l’Iran encore en vigueur ?



Visiblement, les Européens ont cru un moment que leurs arguments pouvaient porter à Washington. Ils comptaient sur leur interlocuteur principal, Brian Hook, et surtout sur le secrétaire d’Etat Rex Tillerson, pour peser sur la décision finale de M. Trump. « Tillerson était convaincu que l’accord pouvait être préservé, l’essentiel était, selon lui, que les Européens confrontent l’Iran à des questions cruciales », affirme M. Gabriel.
Problème : M. Tillerson a été écarté au profit de Mike Pompeo qui, lors de sa première sortie internationale (au siège de l’OTAN, à Bruxelles, le 27 avril), a surtout insisté sur les « failles » d’un texte que, selon lui, M. Trump allait « probablement » rejeter.
« Nous aurons tout essayé, y compris avec le voyage de M. Macron, de Mme Merkel et de Boris Johnson [le chef de la diplomatie britannique] à Washington, soupirait, mardi 8 mai, un diplomate à Bruxelles. Mais ne croyez pas que nous sommes totalement naïfs : nous avons aussi un scénario pour protéger, si nécessaire, nos entreprises d’éventuelles nouvelles sanctions américaines contre l’Iran. »

Notre sélection d’articles sur l’accord relatif au nucléaire iranien
Retrouvez les contenus de référence du Monde.fr sur l’accord sur le nucléaire iranien :
les réponses à vos questions sur l’annonce du retrait américain de l’accordl’analyse de notre correspondant aux Etats-Unis, qui souligne que les décisions de Donal Trump « sont souvent en contradiction avec sa vision du monde ».les points clés de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, conclu le 14 juillet 2015ce qu’il faut savoir de l’accord, en sept questions ;l’analyse des promesses faites par Donald Trump durant la campagne présidentiellela tribune de parlementaires européens qui appellent leurs homologues américains à sauver l’accord sur le nucléaire ;les images de la visite d’Emmanuel Macron aux Etats-Unis, où il a débattu de l’accord avec Donald Trump ;la chronique de Sylvie Kauffmann, pour qui, « sur le nucléaire iranien, le compte à rebours vers une sorte de catastrophe annoncée a commencé » ;la tribune de François Nicoullaud, ancien ambassadeur à Téhéran, qui appelle à « sortir par le haut de la crise du nucléaire avec l’Iran ».





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-18"> ¤ L’opposant et ancien journaliste a été élu par le Parlement, pourtant très hostile. Jamais un leadeur arménien n’a connu une telle popularité, suscitant énormément d’attentes et d’espoirs.
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Nikol Pachinian, le marcheur indocile d’Arménie

L’opposant et ancien journaliste a été élu par le Parlement, pourtant très hostile. Jamais un leadeur arménien n’a connu une telle popularité, suscitant énormément d’attentes et d’espoirs.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 18h24
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 06h38
    |

            Annick Cojean (Erevan, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

En six semaines, un homme a réveillé, secoué, uni et fait rêver l’Arménie en un avenir meilleur. Il l’a fait se dresser contre un régime décrédibilisé et haï, a mis dans la rue des dizaines de milliers de personnes, poussé à la démission un premier ministre et mené une révolution pacifique, autoqualifiée « de velours », en vue de prendre le pouvoir ou plutôt, insiste-t-il, de « le redonner au peuple ».
Sac au dos, tee-shirt camouflage et allure de baroudeur, il a mis debout et même « en marche » le pays, puisque tel est le slogan de sa campagne (littéralement « un pas en avant ») en lui redonnant confiance en sa propre puissance et l’envie de dire enfin son mot. De député d’opposition marginal, Nikol Pachinian, 42 ans, est devenu un véritable phénomène politique et a réussi l’exploit de respecter la Constitution en se faisant élire, mardi 8 mai, par un Parlement très hostile, au poste de premier ministre.
Son parcours stupéfie les politologues qui peinent encore à analyser ce que le chercheur Gevorg Melikian appelle son « abracadabra ». « C’est arrivé si vite !, dit-il. Ces foules dans la rue alors qu’elles paraissaient, il y a peu encore, léthargiques ; cette soudaine confiance du peuple en lui-même ; et cette efficacité pour faire plier le pouvoir qui croyait pouvoir agir éternellement en toute impunité. C’est tout simplement incroyable ! »
Ils ont tous ce mot à la bouche. Car personne n’avait vu venir Nikol Pachinian. Certains insistent, bien sûr, sur le choix du moment adéquat pour déclencher la rébellion, et sur la colère qui couvait depuis tant d’années contre la clique au pouvoir, les élections truquées, la corruption endémique…
« Incontestable fibre populaire »
Mais le rôle à la fois de déclencheur, de galvanisateur et d’unificateur joué par M. Pachinian en un temps record méduse les observateurs. « Il a une incontestable fibre populaire, explique Gevorg Melikian. Il...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-19"> ¤ L’accord sur le nucléaire iranien de juillet 2015, que les Etats-Unis menacent de quitter, avait permis la levée partielle des sanctions infligées à Téhéran.
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Quelles sont les sanctions contre l’Iran encore en vigueur ?

L’accord sur le nucléaire iranien de juillet 2015, que les Etats-Unis menacent de quitter, avait permis la levée partielle des sanctions infligées à Téhéran.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 15h36
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 17h57
    |

                            Charlotte Peytour








                        



« Peu de pays ont subi un aussi grand nombre de sanctions que l’Iran », écrivait Thierry Coville, chercheur à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et spécialiste de l’Iran, dans La Revue internationale et stratégique du premier trimestre 2015. Quelques mois plus tard, le 14 juillet 2015, la levée partielle de ces sanctions était actée par l’accord de Vienne négocié avec l’Iran par les cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne, en échange du gel et de la mise sous contrôle international du programme nucléaire iranien pour au moins dix ans. 
Les mesures coercitives et les sanctions, notamment américaines, héritées des décennies précédentes et visant le programme balistique de Téhéran, le soutien au terrorisme de la République islamique et les atteintes aux droits humains, sont toutefois restées en vigueur.
Un arsenal de sanctions déployé à partir de 2005
Si la plupart des sanctions majeures contre l’Iran ont été promulguées pour tenter de bloquer son programme nucléaire à partir de 2005, au vu d’un faisceau de preuves attestant d’une dimension militaire, les Etats-Unis avaient commencé à sanctionner Téhéran dès 1979. Cette année-là, une prise d’otages à l’ambassade américaine dans la capitale iranienne conduit le président Jimmy Carter à geler les avoirs iraniens aux Etats-Unis. De 1995 à 2006, les gouvernements américains successifs multiplient les restrictions, tâchant notamment d’interdire, sans succès, le commerce du pétrole avec l’Iran, qu’ils considèrent comme un Etat soutenant le terrorisme.
L’élection de Mahmoud Ahmadinejad, en 2005, marquée par la reprise d’activités d’enrichissement d’uranium, signe l’accélération des sanctions américaines contre le pays. Sous le mandat de Georges W. Bush, puis sous celui de Barack Obama, les Etats-Unis promulguent plusieurs séries de sanctions financières. Elles constituent le principal instrument de la politique américaine envers l’Iran. Le National Defense Authorization Act, adopté en 2012, a notamment interdit aux banques étrangères d’être en relation avec la banque centrale d’Iran pour financer les achats de pétrole iranien.
Les Nations unies vont dans le même sens, et le Conseil de sécurité vote cinq résolutions de 2006 à 2010. Celles-ci interdisent notamment l’importation par l’Iran d’équipements pouvant être utilisés pour ses programmes nucléaires et balistiques.
En plus de ces résolutions, l’Union européenne durcit sa position sous la pression des Etats-Unis. Un tournant est franchi en 2012 : le Conseil de l’UE promulgue un embargo sur les produits pétroliers et pétrochimiques iraniens. Il est aussi décidé d’exclure l’Iran du système de messagerie internationale SWIFT, basé à Bruxelles. « On a assisté à un important durcissement des sanctions. La politique de l’Union européenne s’est alignée sur les intérêts américains », explique Thierry Coville.
Que signifie la levée partielle des sanctions promise lors de l’accord du 14 juillet 2015 ?
L’accord de Vienne de juillet 2015 a profondément modifié le cadre des sanctions, et ce depuis le 16 janvier 2016. A cette date, l’accord a officiellement été appliqué : l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a annoncé que l’Iran avait coopéré de façon satisfaisante avec le gendarme du nucléaire — elle n’a cessé depuis de le rappeler, dans des rapports réguliers — et que les sanctions pouvaient être levées. Celles-ci seront remises en place si l’Iran n’apporte pas de réponse satisfaisante à l’AIEA, après signalement d’un éventuel manquement à ses obligations, dans le cadre d’une procédure dite de « snap-back » (« cliquet ») prévue par l’accord sous pression de la diplomatie française.

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Pour donner suite à cette déclaration purement politique et sans force coercitive, la résolution 2231 de l’ONU a été adoptée. Elle donne une certaine solennité à l’accord en requérant la levée de toutes les sanctions prévues par les résolutions onusiennes précédentes.
La majorité des mesures coercitives est pourtant encore maintenue par les Etats-Unis. Les sanctions dites primaires, qui concernent directement les Américains, sont toujours en vigueur. Pour qu’une entreprise ou un particulier américain puisse commercer avec l’Iran, des autorisations de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), agence dépendant du Trésor américain et redoutée pour sa rigueur, sont encore nécessaires. « L’OFAC fait la pluie et le beau temps. Beaucoup d’entreprises européennes, qui font une partie de leur chiffre d’affaires aux Etats-Unis, doivent aussi demander l’autorisation à l’OFAC pour commercer avec l’Iran », dit Thierry Coville.
Pourtant, les sanctions secondaires, qui interdisaient aux entreprises non américaines de faire affaire avec l’Iran, ont été supprimées. Mais les grandes banques européennes, dont certaines se sont vu infliger des amendes records par les Etats-Unis à l’époque des sanctions, n’ont pas accompagné les investisseurs qui retournaient en Iran. L’économie iranienne demeurant assez opaque, elles craignent que leurs clients ne tombent sur une entité inscrite sur les listes noires américaines. Elles appréhendent également de s’engager dans un projet de long terme qui pourrait être menacé par un retour des sanctions, ou tomber sous le coup de nouvelles mesures de coercition américaines.
L’Union européenne, à la suite de l’accord de Vienne, a aussi levé la majorité des sanctions, tel l’embargo sur le pétrole. L’Iran a été réintégré au programme de messagerie SWIFT. « Mais si les sanctions à propos du nucléaire ont effectivement été levées, ce n’est pas le cas de celles sur le programme balistique ou les droits de l’homme. Toutefois, l’ampleur des sanctions européennes est incomparable avec celles que l’Iran subit de la part des Etats-Unis », ajoute le chercheur à l’IRIS.
Les sanctions risquent-elles de se renforcer ?
Dans l’éventualité où Donald Trump déciderait de rester dans l’accord, les sanctions demeureraient inchangées. Entérinées par la résolution de l’ONU, elles sont inamovibles, à moins de renégocier l’accord — ce à quoi s’opposent tous ses signataires, sauf les Etats-Unis — ou en cas de snap-back. Si les Etats-Unis se retiraient, toutefois, « la logique voudrait que Donald Trump rétablisse toutes les sanctions levées et suspendues en 2016 », selon Thierry Coville.

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Paris, Londres et Berlin s’inquiètent de cette menace. Pour que les Etats-Unis ne quittent pas l’accord, les trois pays ont déposé un document proposant un renforcement des sanctions notamment sur le programme balistique iranien, a dévoilé l’agence de presse Reuters le 16 mars. Cette décision supposait une unanimité des Vingt-Huit, que la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne n’ont pas réussi à obtenir. Certains pays européens, telle l’Italie, ont rejeté l’hypothèse de mesures coercitives, afin de conserver leurs relations commerciales avec l’Iran.

Notre sélection d’articles sur l’accord relatif au nucléaire iranien
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les réponses à vos questions sur l’annonce du retrait américain de l’accordl’analyse de notre correspondant aux Etats-Unis, qui souligne que les décisions de Donal Trump « sont souvent en contradiction avec sa vision du monde ».les points clés de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, conclu le 14 juillet 2015ce qu’il faut savoir de l’accord, en sept questions ;l’analyse des promesses faites par Donald Trump durant la campagne présidentiellela tribune de parlementaires européens qui appellent leurs homologues américains à sauver l’accord sur le nucléaire ;les images de la visite d’Emmanuel Macron aux Etats-Unis, où il a débattu de l’accord avec Donald Trump ;la chronique de Sylvie Kauffmann, pour qui, « sur le nucléaire iranien, le compte à rebours vers une sorte de catastrophe annoncée a commencé » ;la tribune de François Nicoullaud, ancien ambassadeur à Téhéran, qui appelle à « sortir par le haut de la crise du nucléaire avec l’Iran ».





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-20"> ¤ De la démission du premier ministre Serge Sarkissian face à la contestation de la rue à l’élection du dirigeant de l’opposition Nikol Pachinian mardi, retour sur trois semaines de protestations qui ont agité le petit pays du Caucase.
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« Révolution de velours », coup de théâtre et grève générale… Trois semaines qui ont bouleversé l’Arménie

De la démission du premier ministre Serge Sarkissian face à la contestation de la rue à l’élection du dirigeant de l’opposition Nikol Pachinian mardi, retour sur trois semaines de protestations qui ont agité le petit pays du Caucase.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 14h18
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 14h49
   





                        



   


L’Arménie se dirige-t-elle vers une sortie de crise ? Après plus de trois semaines de troubles ayant entraîné la démission de Serge Sarkissian, le dirigeant de l’opposition Nikol Pachinian a été élu premier ministre par les parlementaires, mardi 8 mai.
« Héros » de ce mouvement de protestation, M. Pachinian assurait lundi avoir « 95 % » de chances de l’emporter, une semaine après un premier échec, qui avait entraîné une grève générale de plusieurs heures dans tout le pays. Retour sur cette « révolution de velours » qui a agité l’Arménie, petit pays du Caucase de trois millions d’habitants.
17 avril : Sarkissian élu premier ministre, des milliers de manifestants dans la rue
Au début d’avril, le Parti républicain de Serge Sarkissian remporte les élections législatives et conserve sa majorité au Parlement. Un scrutin contesté par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui dénonce des irrégularités et notamment « des achats de vote et des actes d’intimidation des électeurs ». Dès le 13 avril, des mouvements de contestation émergent. Ils deviendront encore plus importants à partir du 17 avril, jour où M. Sarkissian — président de 2008 à 2018 —, est élu premier ministre par le Parlement.
Depuis la réforme constitutionnelle de 2015, qui a transformé l’Arménie en république parlementaire, le pouvoir exécutif réel est désormais entre les mains du premier ministre. Pour l’opposition, ce changement de la Constitution avait uniquement pour but de maintenir au pouvoir M. Sarkissian.
La manœuvre du dirigeant (réputé prorusse), qui n’est pas sans rappeler celle de Vladimir Poutine échangeant les rôles, de 2008 à 2012, avec son premier ministre Dmitri Medvedev, provoque la colère d’une partie de la population « Sarkissian veut rester au pouvoir éternellement », assure alors un opposant du parti Héritage, Raffi Hovannissian.
Dès le résultat connu, des dizaines de milliers de personnes manifestent dans tout le pays, à l’appel de l’opposant et député Nikol Pachinian. Dans la capitale, Erevan, les manifestants bloquent l’accès aux principales rues, au ministère des affaires étrangères, ou encore au service des impôts.
22 avril : Pachinian interpellé, des militaires rejoignent les manifestants

Alors que le mouvement ne faiblit pas dans la rue, les deux adversaires, MM. Sarkissian et Pachinian, se retrouvent le 22 avril pour une brève entrevue dans un grand hôtel d’Erevan. Mais la discussion tourne court.
« Je suis venu ici pour discuter des termes de votre démission et des conditions d’une transition pacifique et sans heurt du pouvoir », lance d’emblée Nikol Pachinian à Serge Sarkissian. « Les enseignements du 1er mars n’ont pas été tirés », menace alors le premier ministre, dans une référence aux événements de 2008. Cette année-là, au moment où M. Sarkissian parvenait au pouvoir dès le premier tour de la présidentielle, dix personnes furent tuées lors de violents affrontements avec la police. Le jour de la rencontre entre les deux opposants, le ministère de l’intérieur faisait d’ailleurs savoir, dans un communiqué, que les forces antiémeutes étaient autorisées « à recourir à la force ». 

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« Personne n’a osé et n’osera nous tenir un langage de menaces. Je vous le dis : vous ne comprenez pas la situation qui règne dans le pays. Elle est différente de celle que vous connaissiez il y a quinze ou vingt jours […]. Le pouvoir est passé aux mains du peuple », riposte alors le député de l’opposition, qui fut l’un des meneurs des manifestations de 2008. Quelques instants plus tard, M. Pachinian, qui prône désormais une « révolution de velours » est interpellé par la police, ainsi que deux cents manifestants.
Mais le lendemain, le 23 avril, près de deux cents militaires en tenue rejoignent les protestataires dans la rue. Un tournant dans le mouvement de contestation.
23 avril : Serge Sarkissian démissionne, la rue exulte
Et soudain, c’est l’explosion de joie dans les rues d’Erevan. Après une dizaine de jours de manifestations massives, Serge Sarkissian annonce son départ le 23 avril dans la soirée : « J’abandonne la direction du pays. » La présence inattendue de militaires avec les manifestants a précipité cette démission surprise. « Nikol Pachinian avait raison. Et moi, je me suis trompé », reconnaît M. Sarkissian.

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Sur la place de la République, au cœur d’Erevan, où se trouve le siège du gouvernement, des milliers de personnes se réunissent, brandissant des drapeaux arméniens, s’embrassant et dansant. Dans plusieurs quartiers de la capitale, les propriétaires de petits commerces installent des tables dans la rue et ouvrent des bouteilles de vin, invitant les passants à boire un verre à l’avenir du pays.
Alors que Karen Karapetian, proche de M. Sarkissian, est nommé premier ministre par interim, M. Pachinian demande à rencontrer le nouveau chef du gouvernement et se dit prêt à gouverner.

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1er mai : Pachinian échoue à se faire élire, il appelle à « un blocage total » du pays

   


Bien que M. Sarkissian soit parti du pouvoir, les manifestants ne relâchent pas la pression dans les rues d’Erevan : ils réclament une passation de pouvoir pacifique et des législatives anticipées.
Mais le 1er mai, le retournement de situation est total. Après plusieurs heures de débat au Parlement, les élus rejettent la candidature de l’opposant Nikol Pachinian au poste de premier ministre.
Ce dernier avait promis quelques heures plus tôt un « tsunami politique » s’il n’était pas élu. Il n’y a pas manqué : peu après le rejet de sa candidature, il appelle au « blocage total » des routes, trains et aéroports dans le pays, dès le lendemain. S’adressant à ses dizaines de milliers de partisans réunis au centre d’Erevan, il les appelle à « la désobéissance civile ».
Mais dès le 2 mai, l’ancien journaliste appelle ses partisans à mettre fin aux manifestations. Il affirme avoir obtenu le soutien des quatre forces politiques présentes au Parlement pour son élection au poste de premier ministre le 8 mai. Et cette fois-ci, aucun coup de théâtre ne survient. Réuni en séance extraordinaire mardi matin, le Parlement élit M. Pachinian au poste de premier ministre, mettant un terme à la « révolution de velours ».

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Sur l’Arménie, lire les tribunes
Dans une tribune au Monde, « Les Arméniens n’ont plus peur », Levon Abrahamian, professeur d’anthropologie politique à Erevan, estime que la société civile a pris son destin en main – même s’il reste des défis à surmonter.
Pour le politologue Hrand Mikaelian, « Serge Sarkissian a tout fait pour dépolitiser la société » et la démission du premier ministre et ancien président de la République arménienne (2008-2018) ne signifie pas la chute intégrale de son régime.
Cette « transition politique » s’est faite « sans bouleversement géopolitique », affirme Richard Giragosian, directeur d’un think tank indépendant à Erevan, pour qui à aucun moment la géopolitique n’est entrée en jeu, même si Moscou cherche un moyen de conserver la main.
De son côté, l’éditorialiste Hagop Badalian estime que, pour l’instant, « le mouvement ne menace pas la “paix” avec l’Azerbaïdjan », alors que les deux pays sont en conflit depuis 1988 à propos de la province du Haut-Karabakh.
Vous pouvez également retrouver l’analyse de notre journaliste, Gaïdz Minassian : « Sortir du postsoviétisme ? »





                            


                        

                        

