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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-1"> ¤ Les échanges de tirs sont de plus en plus fréquents dans ce territoire situé à la frontière entre les deux pays, initialement syrien et occupé par Israël depuis 1967.
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Pourquoi le plateau du Golan est-il au cœur du conflit entre Israël et la Syrie ?

Les échanges de tirs sont de plus en plus fréquents dans ce territoire situé à la frontière entre les deux pays, initialement syrien et occupé par Israël depuis 1967.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 17h57
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 18h43
    |

                            Eléa Pommiers








                        



   


Les tensions entre Israël et la Syrie sont encore montées d’un cran, jeudi 10 mai. Des bombardements israéliens d’une ampleur inédite ont répondu à une dizaine de tirs de roquettes de la Syrie, attribués à l’Iran. Au cœur de cet affrontement, un territoire guère plus grand que le département français du Val-d’Oise : le plateau du Golan, 12 à 25 kilomètres de large, 67 kilomètres de long, seul point de contact entre Israël et la Syrie.
Bordé par le Liban au nord, la Syrie à l’est, Israël à l’ouest, et la Jordanie au sud, culminant à 2 000 mètres d’altitude, il surplombe la vallée du Jourdain et la Galilée israélienne à l’ouest et le plateau de Damas à l’est. Une position hautement stratégique dans une région de conflits, notamment entre Israël et la Syrie, officiellement toujours en guerre.
A qui appartient le plateau du Golan ?
Il se situait en territoire syrien lorsque le pays accéda à l’indépendance, en 1946. Si Israël en revendique aujourd’hui la souveraineté, c’est parce qu’il a conquis le Golan (en même temps que le Sinaï, la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est) en 1967, à l’issue de la guerre des Six-Jours, lors de laquelle le pays affronta l’Egypte, la Jordanie et la Syrie.

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Depuis, le Golan cristallise les tensions entre Israël et la Syrie. Il est le théâtre d’affrontements entre les deux pays — et, indirectement, entre l’Iran (allié de la Syrie) et l’Etat hébreu.
L’occupation israélienne a été condamnée par l’ONU dès 1967
L’occupation israélienne a été condamnée par l’ONU dès 1967, et la Syrie a tenté de récupérer le plateau en attaquant Israël par surprise lors de la guerre du Kippour de 1973 (près de 14 000 morts et 28 000 blessés), en même temps que l’Egypte tentait de reprendre le Sinaï. Israël, avec le soutien des Etats-Unis, est toutefois sorti vainqueur de ce nouvel affrontement.
En 1979, cependant, Israël a rétrocédé le Sinaï à l’Egypte, et les deux pays ont signé un accord de paix. La Jordanie en a fait autant en 1994. La Syrie, en revanche, est toujours en état de guerre avec l’Etat hébreu, les négociations achoppant systématiquement sur la question de la maîtrise du plateau du Golan, qu’Israël refuse de rétrocéder.

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          Les nouvelles lignes rouges israéliennes en Syrie et au Liban



La Knesset (le Parlement israélien) a voté l’annexion du plateau en 1981, malgré les condamnations de l’ONU. Israël n’a eu de cesse, depuis, de durcir les conditions de retrait du Golan à mesure que la droite nationaliste s’affirmait dans le pays, rendant plus difficiles encore les négociations dans lesquelles la Syrie exige la restitution de tout le territoire occupé. Depuis 1999, le gouvernement israélien doit, par exemple, obtenir au moins 65 % des voix par référendum ou la majorité qualifiée au Parlement pour décider d’un compromis sur le Golan.
Ce dernier est aujourd’hui peuplé d’environ 30 000 colons juifs et environ 22 000 Druzes syriens, qui ont été autorisés par Israël à rester sur ce territoire après 1967.

   


Quelle est la situation à la frontière israélo-syrienne depuis cette annexion ?
En 1974, un an après la guerre du Kippour, l’ONU a mis en place une zone tampon sur le Golan entre l’armée israélienne et l’armée syrienne. Des forces des Nations unies étaient chargées de veiller au respect du cessez-le-feu dans cette zone démilitarisée de 70 kilomètres de long. Et la situation y est restée relativement calme durant des décennies, jusqu’à ce que le conflit syrien déstabilise à nouveau la région.
Plusieurs groupes djihadistes, dont le Front Al-Nosra, se sont établis le long de la frontière syrienne avec le Golan, et les affrontements entre l’armée syrienne et les rebelles sont courants. Au point que les forces de l’ONU ont quitté la zone militarisée en 2014 pour rejoindre la zone israélienne, faisant disparaître la zone tampon.
A plusieurs reprises, des tirs de mortier syriens ont atterri sur le plateau du Golan, sans que l’on sache qui les avait tirés. Ils ont presque à chaque fois provoqué des réactions militaires israéliennes : ce fut le cas en 2012, en 2013, en 2014, en 2016, ou encore en 2017.

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          Israël applique la tolérance zéro face à la hausse des tirs sur le Golan



Le théâtre d’un affrontement indirect entre les Etats-Unis et l’Iran
Avec la guerre de Syrie, la région s’est aussi affirmée comme le théâtre d’un affrontement indirect entre les Etats-Unis et l’Iran, dont l’influence est croissante au Proche-Orient ; situation aujourd’hui virulemment dénoncée par Donald Trump. Or, l’Iran, chiite, est l’allié du régime syrien, et l’un des principaux ennemis d’Israël, qui refuse de voir le Golan devenir un avant-poste iranien. Sans compter la présence du Hezbollah libanais, lui aussi ennemi d’Israël, sur le sol syrien depuis le début de la guerre en tant qu’allié du régime de Bachar Al-Assad.
En février 2018, la situation s’était subitement tendue lorsqu’un drone avait pénétré l’espace aérien israélien. L’Etat hébreu avait incriminé l’Iran avant de procéder à des frappes sur la Syrie. Les tirs du 9 mai constituent cependant une première, puisque les roquettes ont pour la première fois été directement attribuées à la force Al-Qods, chargée des opérations extérieures des gardiens de la révolution iraniens. La réaction israélienne a, elle aussi, été d’une ampleur sans précédent.

   


Pourquoi Israël veut-il conserver la maîtrise du plateau du Golan ?
Contrairement à la Cisjordanie palestinienne, le plateau du Golan n’a aucune signification particulière dans la religion juive, son occupation n’a donc aucune dimension religieuse.
Le premier argument est militaire. Avant sa colonisation, le Golan représentait une véritable forteresse syrienne. Durant la guerre israélo-arabe de 1948-1949, l’armée syrienne s’y était repliée et y lançait des attaques de positions israéliennes. Elle y avait installé une unité de tireurs d’élite, des radars permettant de détecter les avions militaires israéliens et plusieurs installations militaires. Sa conquête était une nécessité défensive aux yeux d’Israël.
Le Golan est ensuite devenu un atout offensif, puisque Israël dispose notamment d’une station d’écoute au sommet du mont Hermon, au nord du Golan, à seulement une soixantaine de kilomètres de la capitale syrienne, et peut y déployer ses forces.

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          Israël décidé à contrer seul la présence iranienne en Syrie



L’argument militaire n’est pas le seul (...). C’est aussi la maîtrise des ressources en eau qui se joue
Mais l’argument militaire n’est pas le seul. Derrière la maîtrise du plateau du Golan, c’est aussi la maîtrise des ressources en eau, rares et convoitées dans une région traversée par de larges zones désertiques, qui se joue. Avant même la guerre des Six-Jours , la Syrie, le Liban, la Jordanie et Israël se disputaient la maîtrise des lacs et des cours d’eau. Même si Israël (à 60 % désertique) produit désormais une large partie de son eau potable par désalinisation (600 millions de m3 par an), la maîtrise des sources d’eau douce reste primordiale.
A lui seul, le Golan (avec divers cours d’eau et nappes phréatiques) fournit un peu plus de 250 millions de m3 d’eau douce par an à Israël. Le contrôle du plateau permet, en outre, à l’Etat hébreu de protéger le Jourdain — fleuve qui longe le flanc ouest du plateau et que la Syrie, la Jordanie et le Liban voulaient détourner à leur profit avant l’occupation — et du lac de Tibériade, plus grande réserve d’eau douce d’Israël. C’est parce que la Syrie revendiquait une frontière lui laissant accès à la rive droite de ce lac que les négociations ont définitivement achoppé en avril 2000, Israël s’y opposant catégoriquement.

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          « Ce qui se profile en Syrie, c’est un affrontement entre Israël et l’Iran »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-2"> ¤ Plus de 40 personnes sont mortes dans la catastrophe. Le bilan humain de la saison des pluies, particulièrement violente, dépasse 170 décès.
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Compte rendu

Au Kenya, la rupture d’un barrage engloutit deux villages

Plus de 40 personnes sont mortes dans la catastrophe. Le bilan humain de la saison des pluies, particulièrement violente, dépasse 170 décès.

Par                                            Marion Douet (Nairobi, correspondance)




LE MONDE
              datetime="2018-05-10T17:40:10+02:00"

        Le 10.05.2018 à 17h40





Mercredi 9 mai, vers 21 heures, les habitants de la localité de Solai, à 200 km au nord-ouest de Nairobi, ont entendu « comme une énorme explosion ». Quelques minutes plus tard, un raz de marée emportait deux villages, maisons par dizaines, écoles et pylônes électriques, en plein milieu de cette zone agricole de la vallée du Rift. Le barrage de Solai, qui alimentait une importante ferme de la région, n’a pas résisté aux intenses précipitations qui touchent le Kenya depuis plusieurs semaines : l’ouvrage, situé en haut d’une colline, s’est brisé. L’eau et la boue qu’il retenait se sont répandues sur un rayon de 2 km.
Malgré l’intervention, une bonne partie de la nuit, des services du comté et de la Croix-Rouge, le bilan s’élevait jeudi 10 mai en fin d’après-midi à au moins 41 morts, dont 20 enfants. La Croix-Rouge kényane indiquait jeudi matin sur son compte Twitter avoir transporté 39 personnes à l’hôpital, tandis que des opérations de secours continuaient toute la journée.

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                124 millions de personnes touchées par la crise alimentaire en 2017



« Les familles touchées sont des foyers pauvres, majoritairement des gens qui travaillaient dans cette ferme. Ils n’ont plus rien. La première chose à faire sera donc de leur fournir de la nourriture, ainsi que des matelas et des couvertures », a déclaré à la télévision le gouverneur du comté de Nakuru, Lee Kinyanjui. Il a précisé que des inspections seraient menées quant à « l’intégrité » de cette structure et des deux autres barrages présents sur l’exploitation.
5 millions de dollars
Le drame de Solai vient alourdir le bilan de cette saison des pluies au Kenya. Plus de 170 personnes ont déjà trouvé la mort, en tenant compte de la catastrophe, et plus de 225 000 autres ont été déplacées selon des chiffres du gouvernement. « Nous lançons un appel aux dons pour recueillir 5 millions de dollars [4,2 millions d’euros] afin de venir en aide à 150 000 des 260 000 personnes déplacées en raison des inondations à travers tout le pays », avait, de son côté, déclaré début mai le secrétaire général de la Croix-Rouge kényane, Abbas Gullet, précisant que 32 comtés sur les 47 que compte le Kenya étaient affectés.
En cette saison des pluies principale (qui court de mars à mai, un autre épisode plus court ayant lieu en novembre), les précipitations ont été plus fortes que les niveaux moyens sur presque tout le territoire. Dans certaines régions du nord du pays, très arides, elles ont été jusqu’à quatre fois plus importantes que d’habitude en mars et en avril, notamment dans les comtés de Garissa (+ 352 %), près de la Somalie, ou de Lodwar (+ 275 %), dans le Turkana, selon les données publiées par le ministère de l’environnement.
Insécurité alimentaire
Des pluies qui ont provoqué de graves inondations, des glissements de terrain, la destruction de routes et des coupures d’électricité, dans les régions rurales mais aussi à Nairobi, la capitale. Leur intensité, inédite depuis 1998 selon la presse kényane, a transformé en menace mortelle cette saison pourtant attendue avec impatience.
Le Kenya a en effet beaucoup souffert de la sécheresse qui a touché toute la Corne de l’Afrique. Au-delà du niveau inquiétant des rivières et des nappes phréatiques, plus de 3,4 millions de personnes étaient début 2018 en situation d’insécurité alimentaire, conséquence directe de cet événement climatique extrême.

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                Au Kenya, la protection des forêts fait grimper le prix du charbon de bois



Selon le ministère de l’environnement, les pluies vont, à l’inverse, soutenir de « bonnes performances » dans le secteur agricole, qui fait vivre des millions de petits producteurs et constitue un pilier de l’économie kényane (grâce aux exportations de thé, de café, de fleurs notamment). Selon les prévisions météorologiques, la saison des pluies devrait être terminée fin mai dans la plupart des régions. Parmi les exceptions, la vallée du Rift ne verra les précipitations s’interrompre qu’à la fin du mois de juin.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-3"> ¤ « N’attendons pas », « n’ayons pas peur », « ne soyons pas faibles », « ne soyons pas divisés », a exhorté le président français à Aix-la-Chapelle, où il recevait le prix Charlemagne.
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Les quatre « commandements » d’Emmanuel Macron pour l’Europe

« N’attendons pas », « n’ayons pas peur », « ne soyons pas faibles », « ne soyons pas divisés », a exhorté le président français à Aix-la-Chapelle, où il recevait le prix Charlemagne.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 17h34
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 18h23
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



   


Peut-être était-ce l’écho, la majesté de cette salle du couronnement, dans la mairie d’Aix-la-Chapelle, ex-capitale de l’empire carolingien ? Ou la solennité du moment, alors qu’Emmanuel Macron recevait, jeudi 10 mai Outre-Rhin, quasiment des mains d’Angela Merkel, le prix Charlemagne, plus ancienne et plus prestigieuse récompense européenne ?
Le contraste était en tout cas saisissant entre la vision qu’a une nouvelle fois développée le chef de l’Etat français pour l’Union, et la mesure dont a – une nouvelle fois elle aussi – fait preuve la chancelière sur le même sujet. S’adressant directement à elle, face à un parterre essentiellement allemand – où on pouvait quand même apercevoir Daniel Cohn-Bendit, François Bayrou, ou Jean-Claude Trichet –, Emmanuel Macron a livré son discours le plus fort sur l’Europe depuis celui de la Sorbonne, en septembre.
Animé par l’urgence (de trouver un plan commun de relance avec Berlin, mais aussi de prémunir l’Europe face à la montée des périls au Moyen-Orient suite à la décision américaine de se retirer de l’accord nucléaire iranien), le chef de l’Etat français a exhorté l’Allemagne à « prendre des risques », à ne « pas avoir peur » et à en finir avec ses « fétiches ». 
La France « a fait un choix dont je suis le dépositaire »
La France a les siens, a insisté M. Macron, qui fait le pari, depuis un an, de rester dans les clous du pacte de stabilité et de croissance : « En France, il ne faudrait plus toucher les traités [européens]. Mais réveillez-vous, la France a changé, elle n’est plus la même, elle a fait un choix dont je suis le dépositaire, celui des réformes. » Quant à l’Allemagne, « il ne peut pas y avoir non plus un fétichisme perpétuel pour l’équilibre budgétaire et les excédents commerciaux ! » 
L’Allemagne a déjà enterré son projet d’un super-ministre des finances et d’un parlement de la zone euro
A la Sorbonne, il y a maintenant huit mois, M. Macron a fait une longue liste de propositions pour l’Union, notamment pour la zone euro, sans que pour l’instant Berlin n’ait répondu franchement à sa main tendue. L’Allemagne a déjà enterré son projet d’un super-ministre des finances et d’un parlement de la zone euro. Reste l’idée d’un budget propre, mais qui n’enthousiasme par le ministre des finances, Olaf Scholz. A Bruxelles, on n’espère plus, au mieux qu’une modeste « ligne budgétaire » (25 milliards d’euros sur sept ans) dans le budget de l’Union post-Brexit.
M. Macron n’a pourtant rien cédé sur cette idée d’un budget commun, jeudi : « Je crois dans un budget européen beaucoup plus ambitieux dans lequel la France prendra sa part, qui défendra la convergence économique, fiscale et sociale » dans l’eurozone.
Déroulant sur un mode très solennel ses quatre « commandements » pour l’Europe, dont l’urgence à agir (« n’attendons pas, c’est maintenant ! ») et la défense des valeurs (« n’ayons pas peur de nos principes et ne nous trahissons pas »), le chef de l’Etat français a aussi insisté sur la nécessaire prise de conscience face aux Etats-Unis de Trump. Dans une allusion transparente à la décision brutale et unilatérale du président américain de se retirer de l’accord nucléaire iranien, il a lancé un vibrant : « Ne soyons pas faibles, ne subissons pas ! »
Accord iranien et multilatéralisme
« Accepterons-nous la règle de l’autre ou sa tyrannie ? Qui doit décider de nos choix commerciaux, ceux qui nous menacent parce que les règles ne leur conviennent plus? Nous avons fait le choix de construire la paix au Proche et au Moyen-Orient, d’autres puissances ont choisi de ne pas respecter leur parole. Devons-nous céder à la politique du pire ? » a martelé le président, qui a plusieurs fois appelé, ces derniers jours, à sauvegarder l’accord iranien et à préserver le multilatéralisme.
« Les Etats-Unis ne vont pas nous protéger. L’UE doit prendre son destin en main »
C’est sur ce dernier point, la crise ouverte de la relation transatlantique, que la chancelière Merkel a prononcé ses paroles les plus fortes, jeudi. La politique étrangère européenne « n’en est encore qu’à ses débuts car les conflits se jouent à nos portes et les Etats-Unis ne vont pas nous protéger. L’UE doit prendre son destin en main. Il s’agit d’une question de guerre ou de paix, j’appelle toutes les parties prenantes à faire preuve de retenue », a t-elle insisté, faisant référence à la montée des tensions entre Israël et Iran ces dernières heures. « Nous devons renforcer nos efforts pour trouver une solution politique à la Syrie. »
Pour le reste de sa laudatio, même si elle a loué le « charme » et la « capacité » du président français à enthousiasmer les citoyens de l’Union européenne, la chancelière n’a offert aucune ouverture, notamment sur un budget pour l’eurozone, insistant au contraire sur les priorités allemandes : la migration, la transformation digitale. Sur l’eurozone, les discussions sont « difficiles mais nous allons faire des progrès sur l’union bancaire et les marchés des capitaux », a cependant promis la chancelière.
Dédramatiser les divergences franco-allemandes
Il devrait donc y avoir une feuille de route franco-allemande en juin. Mais pour quelle ambition ? La politique des petits pas, qui semble convenir à Berlin ? Juste un filet de sécurité supplémentaire pour l’union bancaire, déjà quasi acquis depuis l’automne au sein de l’Eurogroupe (les ministres des finances de l’eurozone) et quelques engagements de long terme sur le financement de la transformation digitale ?
Pour l’instant, le compromis en discussion paraît plus allemand que français
Des deux côtés du Rhin, les diplomates ont l’habitude de dédramatiser les divergences, jugées classiques, entre les Allemands et les Français. Sur le commerce, la défense, l’économie, les « positions de départ de Berlin et de Paris sont souvent éloignées, mais on finit toujours par trouver un compromis, c’est ce qui fait la force du franco-allemand », soulignent-ils. Certes, mais pour l’instant, le compromis en discussion paraît plus allemand que français. Et pas forcément à la mesure de cette « perspective de trente ans » que le président Macron dit vouloir offrir aux citoyens de l’Union.
Il en va aussi de la crédibilité : le chef de l’Etat a beau être très apprécié en Allemagne, comme dans les cercles bruxellois, pour son ardeur à défendre l’Europe, il reste singulièrement isolé sur son programme de réformes. Au Nord, les Néerlandais ou les Irlandais incarnent les nouveaux « Britanniques » de l’Union (ils disent non à une taxe digitale, non à davantage d’argent pour le budget de l’Union, etc.). Au Sud, l’Italie pourrait se doter d’un gouvernement populiste eurosceptique. A l’Est, les capitales ont d’autres priorités ou développent des discours anti-Bruxelles inquiétants…
Quel poids aura encore la parole macronienne, si après les discours d’Athènes, de la Sorbonne, au Parlement européen en avril, et maintenant à Aix-la-Chapelle, elle n’arrive toujours pas à entraîner les autres Européens sur le terrain de l’action ?



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-4"> ¤ La mort par balles, le 8 mai, d’un candidat à un siège de député local de l’Etat de Guerrero porte à six le nombre d’assassinats politiques en neuf jours.
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Au Mexique, la campagne électorale ensanglantée par les cartels

La mort par balles, le 8 mai, d’un candidat à un siège de député local de l’Etat de Guerrero porte à six le nombre d’assassinats politiques en neuf jours.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 17h29
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 17h44
    |

            Frédéric Saliba (Chilapa, Etat de Guerrero, Mexique, envoyé spécial)








                        



                                


                            
Efrain Flores, 34 ans, a jeté l’éponge. Candidat à un siège de député dans l’Etat de Guerrero, dans le sud-ouest du Mexique, ce père de deux enfants a renoncé à sa campagne pour protéger sa vie et celle de ses proches. Mardi 8 mai, le deuxième assassinat d’un candidat aux élections locales, dans la région la plus violente du pays, semble lui donner raison. Les crimes politiques battent des records historiques à l’approche des élections générales du 1er juillet.
Le corps criblé de balles d’Abel Montufar gisait, mardi, à l’intérieur de sa camionnette près de Coyuca de Catalan, dans le nord du Guerrero, zone stratégique de la production et du trafic de marijuana et de pavot, à la base de l’héroïne. Le candidat aux législatives locales sous la bannière du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, centre, au pouvoir) avait révélé être menacé par le crime organisé.
C’est le sixième assassinat d’un politicien en neuf jours au Mexique, portant à 91 le nombre de candidats, élus locaux et dirigeants de partis tués depuis huit mois, selon Etellekt, cabinet d’analyse des risques. Ce dernier a aussi comptabilisé plus de 200 agressions politiques depuis le début du processus électoral en septembre 2017. Du jamais-vu dans un pays où 88 millions d’électeurs seront appelés, dans moins de deux mois, à élire leur président, leurs représentants fédéraux et 2 800 maires ou députés locaux.
« Pas question de risquer ma vie pour un mandat », confie Efrain Flores, conseiller municipal de la ville de Chilapa
Les candidats de tout bord sont pris pour cible aux quatre coins du Mexique. Dimanche 6 mai, dans l’Etat de Chihuahua (nord), les autorités ont découvert successivement les cadavres d’un dirigeant local du Parti Rencontre Sociale (PES, chrétien conservateur) et d’une candidate du Parti de la révolution démocratique (PRD, gauche, opposition) à la mairie d’Ignacio-Zaragoza. Quelques jours plus tôt, trois autres candidats municipaux du PES, du Parti...




                        

                        


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Le sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un aura lieu le 12 juin à Singapour

« Nous allons tous deux essayer d’en faire un moment très important pour la paix dans le monde ! » a écrit le président américain sur Twitter.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 17h17
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 17h42
   





                        


La date et le lieu de la rencontre faisaient l’objet de spéculations depuis des semaines. Le sommet historique entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un aura finalement lieu le 12 juin à Singapour, a annoncé M. Trump jeudi 10 mai dans un tweet.
« La rencontre très attendue entre Kim Jong-un et moi aura lieu à Singapour le 12 juin. Nous allons tous deux essayer d’en faire un moment très important pour la paix dans le monde ! » a écrit le président américain.
Remerciements après les insultes
Cette annonce intervient quelques heures après que M. Trump a accueilli, en pleine nuit, trois Américains libérés par Pyongyang. Le président américain, qui échangeait il y a quelques mois encore insultes personnelles et menaces apocalyptiques avec Kim Jong-un, a remercié dans la nuit le dirigeant nord-coréen et s’est dit optimiste sur sa rencontre avec lui.
« Je pense que cela sera couronné de succès », a affirmé M. Trump en accueillant les Américains libérés, rappelant que l’objectif central du processus diplomatique en cours restait la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Son secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, n’a pas exclu que le sommet dure plus d’un jour.
Cité par l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA, Kim Jong-un a qualifié le sommet à venir de chance « historique », estimant qu’il contribuerait à la construction d’un « bel avenir ».

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-6"> ¤ Depuis la signature de l’accord de paix fin 2016, les anciens guérilleros éprouvent des difficultés à se réinsérer dans la vie civile à cause de retards pris dans les projets de développement rural.
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Colombie : « Qu’est-ce que je regrette du maquis ? Tout »

Depuis la signature de l’accord de paix fin 2016, les anciens guérilleros éprouvent des difficultés à se réinsérer dans la vie civile à cause de retards pris dans les projets de développement rural.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 16h47
    |

            Marie Delcas (Mesetas, Colombie, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Il pleut. Dans les modestes baraquements construits par le gouvernement colombien, les anciens guérilleros affalés sur leur lit regardent la télé. Six jouent au billard sous le toit de tôle de la salle communale. Jorge, qui tient la petite épicerie coopérative, a le regard dans le vide. La tristesse règne ce vendredi 26 avril sur l’Espace territorial de formation et de réincorporation (ETCR) de Mesetas, dans le département du Meta. « Qu’est-ce que je regrette du maquis ? », répète Jorge pensivement, avant de répondre : « Tout. » 
Blotti au pied de la cordillère des Andes, à sept heures de route de Bogota, l’ETCR de Mesetas est un des 26 camps du pays où quelque 7 000 guérilleros démobilisés des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont entamé leur difficile transition à la vie civile.
Le responsable local, Aldinever Morantes, 42 ans, ne cache pas son exaspération. « La paix va mal. Nous, les guérilleros, nous avons tenu parole et rendu nos armes, toutes nos armes. Mais le gouvernement, lui, ne tient pas ses engagements, s’indigne-t-il. Où sont les fonds promis pour que nous puissions commencer à monter des coopératives et à travailler ? »
Pour le démarrage des « projets productifs », le gouvernement s’est engagé à verser 8 millions de pesos à chacun d’entre eux. Mais rien n’a encore été mis en place
Aldinever a été commandant du Front 53 des FARC qui opérait dans la région. Il est aujourd’hui membre de la direction politique du parti de la Force alternative révolutionnaire de Colombie (FARC), reconversion de l’ancienne guérilla après l’accord historique de paix signé en novembre 2016.
D’un geste du bras, l’ancien guérillero, qui a passé vingt-six ans de sa vie une mitraillette à l’épaule, montre les petites plantations de canne à sucre et de manioc, l’élevage de poissons et les micropotagers qui poussent entre les baraquements. « Tout ça, nous l’avons planté sans l’aide de personne,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-7"> ¤ Le souvenir de la guerre de Seinan, qui a opposé des combattants de la même région au XIXe siècle, n’est toujours pas apaisé. En témoigne la controverse autour d’une cérémonie organisée le 6 mai.
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Au Japon, les blessures à vif des héros de la Restauration Meiji

Le souvenir de la guerre de Seinan, qui a opposé des combattants de la même région au XIXe siècle, n’est toujours pas apaisé. En témoigne la controverse autour d’une cérémonie organisée le 6 mai.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 16h27
    |

            Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)








                        



                                


                            

LETTRE DE TOKYO
Le Japon commémore cette année le 150e anniversaire de la Restauration Meiji. En 1868, les réformateurs partisans de l’empereur prenaient le pouvoir, mettant fin au shogunat (système féodal) des Tokugawa qui dominait l’archipel depuis 1603 pendant la période dite d’Edo. Le nouveau régime engageait alors l’archipel sur la voie d’une modernisation accélérée dont le corollaire fut le renoncement plus ou moins forcé aux traditions d’Edo.
L’évolution ne se fit pas sans heurts et le déchirement entre ces traditions et les valeurs souvent importées d’occident provoqua des tragédies dont furent victimes certains acteurs de l’époque, qui occupent toujours une place à part dans l’imaginaire populaire et continuent de susciter des controverses.
Ainsi de Takamori Saigo (1828-1877), héros choisi par la chaîne publique NHK pour l’édition 2018 de sa série historique diffusée tous les dimanches soir de l’année. Basée sur les écrits de la romancière Mariko Hayashi, la série titrée « Segodon » rencontre un réel succès.
Le « dernier samouraï »
Souvent surnommé le « dernier samouraï », Takamori Saigo a vu le jour dans une famille de samouraïs modestes du clan des Satsuma, dont le fief se trouvait dans ce qui est aujourd’hui le département de Kagoshima sur l’île de Kyushu (sud-ouest). Elevé selon le strict code des samouraïs, il était connu pour son physique imposant – il dépassait le 1,80 m –, ses qualités de combattant et son respect des valeurs traditionnelles.
Il contribua au renversement du shogunat mais, même s’il pouvait considérer la modernisation comme inévitable et s’il prit la tête de l’armée de l’administration Meiji, il fut vite déçu par les mesures prises, notamment la suppression des privilèges des samouraïs qui durent renoncer, en 1871, au « chonmage », la coupe de cheveux traditionnelle, puis à porter le sabre en 1876. Après avoir échoué à promouvoir une intervention militaire en Corée en 1873 pour raviver...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-8"> ¤ Baba Dakono, chercheur à l’Institut d’études de sécurité, alerte sur le regain de tensions entre communautés dans le nord-est du pays.
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Entretien

A Ménaka, au Mali, « il y a un risque d’instrumentalisation des forces françaises »

Baba Dakono, chercheur à l’Institut d’études de sécurité, alerte sur le regain de tensions entre communautés dans le nord-est du pays.

Propos recueillis par                Bokar Sangaré (contributeur Le Monde Afrique)



LE MONDE
              datetime="2018-05-10T16:18:51+02:00"

        Le 10.05.2018 à 16h18






    
Habitants et membres de différents groupes armés réunis pour écouter le premier ministre malien Soumeylou Boubèye Maïga, en visite à Ménaka le 9 mai 2018.
Crédits : SEBASTIEN RIEUSSEC / AFP


Près d’une cinquantaine de personnes ont été tuées dans la région de Ménaka, dans le nord-est du Mali, entre le 26 avril et le 1er mai. Pour les milices actives dans la zone, les victimes seraient des civils tués par des « assaillants non identifiés », alors que cette région frontalière du Niger est connue pour être une plaque tournante de la contrebande et des activités des groupes terroristes.
Baba Dakono, chercheur à l’antenne de Bamako de l’Institut d’études de sécurité (ISS), s’intéresse au lien entre l’extrémisme violent et la criminalité organisée dans les espaces frontaliers du Liptako-Gourma (zone à cheval sur le Burkina Faso, le Mali et le Niger). Il analyse les récents événements dans cette région où le premier ministre malien, Soumeylou Boubèye Maïga, s’est rendu le 9 mai.
Comment expliquez-vous cette escalade de la violence dans la région de Ménaka ?
Baba Dakono Ce qui se passe à Ménaka est une conséquence d’opérations militaires menées contre les groupes qualifiés de « terroristes », dans un environnement conflictuel mais sans prendre la juste mesure des enjeux locaux. Avec, entre autres, la belligérance entre Touareg et Peuls, récurrente sur la frontière Mali-Niger. Les interventions militaires contribuent à changer les rapports de force entre groupes de population. D’un côté, certaines communautés, afin de disposer de puissance militaire, concourent à des alliances de circonstances et d’intérêt, y compris avec des groupes « terroristes ». De l’autre, des groupes ethniques surfent sur l’appui des forces armées françaises de « Barkhane » pour régler des comptes et asseoir leur suprématie dans la région. Ainsi, les conflits locaux se sont exacerbés.

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Qui sont les principaux acteurs de cette crise ?
D’abord, il faut situer Ménaka dans son contexte historique et géographique. La région se trouve dans le triangle Abala-Efrakane-Andéramboukan, qui s’étend au-delà de la frontière malienne. Ce triangle abrite de nombreuses communautés, notamment des Daoussaks, des Imghads, des Tollébés (Peuls) et des Wodaabés. Depuis de nombreuses années, à la faveur des accords de paix, au Mali et au Niger, une bonne partie d’entre elles a été intégrée dans les forces de défense et de sécurité de ces deux pays. Les autres combattants ont été pris dans des activités criminelles et plus tard terroristes.
Aujourd’hui, il existe une floraison d’acteurs armés, certains étatiques et d’autres non. Ainsi, en plus de la Minusma, de « Barkhane » et de l’armée malienne, la Coordination des mouvements de l’Azawad [CMA], le Mouvement pour le salut de l’Azawad [MSA], le Groupe armé touareg Imghads et alliés [Gatia] et de nombreuses milices armées cohabitent. Dans le triangle, vers la frontière avec le Niger, le MSA et le Gatia affrontent régulièrement des groupes dits « terroristes ».

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Y a-t-il d’autres causes à l’insécurité dans cette région ?
Il faut d’abord rappeler que la porosité des frontières et l’incapacité des Etats à assurer la sécurité dans les zones concernées font de ces espaces une base arrière propice pour divers groupes criminels et terroristes. Ensuite, les affrontements interviennent dans un environnement sécuritaire précaire, caractérisé par la persistance de la menace terroriste. Enfin, la combinaison de ces points rend souvent la population elle-même actrice de l’insécurité. Sans oublier que le terrorisme et la lutte antiterroriste sont mis en avant par les acteurs, suivant leur position, pour asseoir leur suprématie sur les autres communautés.
Depuis quelques mois, la force « Barkhane » appuie les milices du Gatia et du MSA pour combattre les « groupes armés terroristes » de cette région. Quels sont les risques liés à cette stratégie ?
Le principal risque est l’exacerbation des tensions et une instrumentalisation de l’appui des forces françaises à des fins sociopolitiques locales.
Que devrait faire le gouvernement malien face à cette situation ?
La montée de la violence à Ménaka interpelle, au-delà des autorités maliennes, l’Etat voisin du Niger et l’ensemble des partenaires du pays sur la nécessité de prendre en compte les dimensions sociologiques et historiques des tensions au sein des communautés et entre elles. En plus des réponses focalisées sur les aspects militaires, il est important d’intégrer des offres de services plus adaptées aux besoins des communautés afin de réduire le fossé, qui n’est pas que géographique, entre les capitales et les localités périphériques. Cette solution offrirait une légitimité supplémentaire à l’Etat pour agir dans ces localités.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-9"> ¤ Jacob Waerness, ancien directeur sûreté de l’usine syrienne du cimentier, a été arrêté à Paris et mis en examen le 4 mai pour « financement du terrorisme ».
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Affaire Lafarge : un ex-membre des services norvégiens mis en examen

Jacob Waerness, ancien directeur sûreté de l’usine syrienne du cimentier, a été arrêté à Paris et mis en examen le 4 mai pour « financement du terrorisme ».



Le Monde
 |    10.05.2018 à 14h58
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 15h09
    |

            Soren Seelow








                        


Son arrestation est à l’image du personnage : rocambolesque. Selon les informations du Monde, Jacob Waerness, ancien membre du renseignement intérieur norvégien, a été interpellé mercredi 2 mai à l’aéroport Roissy - Charles-de-Gaulle, entre deux avions lors d’une escale à Paris, dans le cadre de l’enquête sur les agissements du cimentier Lafarge en Syrie. Ce Norvégien de 40 ans, responsable de la sécurité de l’usine syrienne du groupe entre 2011 et 2013, a été mis en examen vendredi 4 mai pour « financement du terrorisme », portant à huit le nombre de mis en cause dans ce dossier.
Voilà plus d’un an que les enquêteurs cherchaient à entendre ce personnage-clé du dossier, qui travaille aujourd’hui pour le Centre pour le contrôle démocratique des forces armées (DCAF), en Suisse. Sa mise en examen détonne quelque peu avec la mission de cette fondation, qui entend « améliorer la sécurité des Etats et des peuples dans le cadre des principes démocratiques, du respect de la loi et des droits de l’homme ». Sur son profil LinkedIn, Jacob Waerness, qui n’a pas répondu aux sollicitations du Monde, précise disposer d’une « expertise démontrée sur le terrain dans des environnements complexes ». Un talent rare qui lui vaut aujourd’hui de se retrouver au cœur de la tourmente Lafarge.
Les douanes judiciaires, en charge de l’enquête, avaient déjà tenté de le convoquer à plusieurs reprises par téléphone en avril 2017. Sans succès. Jacob Waerness s’était alors montré peu coopératif, comme en témoigne ce procès-verbal :
« M. Jacob Waerness nous a indiqué qu’il n’avait pas de déplacement prévu à Paris dans les prochains mois. A la proposition de se voir à la frontière franco-suisse à Saint-Louis (Haut-Rhin), Monsieur Waerness a décliné la proposition et nous a indiqué qu’il préférait que nous fassions le déplacement en Suisse. A défaut, il voulait bien répondre à nos questions par Skype. »

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Personnage médiatique et énigmatique
Quelque peu contrariés par cette fin de non-recevoir, les enquêteurs ont patiemment attendu que cet ancien élève de HEC Paris remette un pied sur le territoire français pour l’interpeller. Jacob Waerness a été intercepté lors d’un transit à l’aéroport de Roissy - Charles-de-Gaulle, et c’est dans le bureau d’un juge qu’il a finalement répondu aux « questions » de la justice, avant d’être mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, vendredi.
Quadragénaire au visage juvénile, Jacob Waerness est le personnage le plus médiatique, et sans doute le plus énigmatique, de l’affaire Lafarge. Des anciens cadres du cimentier visés par l’enquête ouverte en juin 2016, il est le premier à avoir publiquement admis, dans un livre sorti en Norvège à l’été 2016, puis au fil de nombreuses interviews, que la filiale syrienne de Lafarge avait financé des groupes terroristes. Sa posture, qui tendrait à le faire passer pour un lanceur d’alerte, n’a pas suffi à convaincre les trois juges qui instruisent ce dossier depuis juin 2017.

Très bon arabophone, Jacob Waerness était employé par la filiale syrienne de Lafarge entre septembre 2011 et octobre 2013, période durant laquelle le cimentier a commencé à rétribuer les groupes armés présents autour de son usine pour se maintenir dans le pays. Il avait participé à la première réunion organisée en septembre 2012 à Gaziantep (Turquie) avec les responsables de plusieurs factions rebelles : le début d’un engrenage qui conduira quelques mois plus tard Lafarge à financer les groupes terroristes, qui s’inviteront à la table des négociations.
« J’aurais dû les avertir »
Dans un entretien produit par l’ONG Sherpa à l’appui de sa plainte déposée contre Lafarge en novembre 2016, l’ancien agent avait justifié les contacts établis à l’été 2013, à la fin de sa mission, entre Lafarge et l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL, futur Etat islamique), qui venait de s’établir en Syrie : « C’est important de regarder le contexte. Je pense que c’est tout à fait acceptable d’avoir, au début, des contacts avec ISIS [acronyme anglais de l’EIIL] et des groupes islamistes radicaux, de se lier aux personnes ayant le pouvoir. Mais ils ont ensuite montré leur vrai visage, ils ont été placés sur une liste des organisations terroristes. »
Il avait cependant esquissé un début de mea culpa. « La dynamique entre le PDG et moi : toujours trouver des solutions pour faire fonctionner le business. Et je pense qu’on l’a poussée un peu trop loin (…). Vers la fin de mon contrat, on aurait dû fermer. A cette époque, nous savions qui était ISIS, nous savions que nous ne pouvions pas rester dans la région sans contacts directs ou indirects avec ce groupe. J’aurais dû prévenir la direction. Donc, deux critiques : primo, la dynamique qui a fait que nous avons poussé loin ; secundo, j’aurais dû les avertir que c’est un groupe méchant et une voie sans issue. Ils ont continué une année supplémentaire et ISIS a emménagé dans la zone. »
Depuis le début de cette enquête aux ramifications internationales, six autres cadres du groupe, dont l’ex-PDG Bruno Lafont, ont été mis en examen pour « financement du terrorisme » et « mise en danger de la vie d’autrui », ainsi qu’une ancienne DRH de Lafarge pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Les enquêteurs s’intéressent par ailleurs au degré de responsabilité du principal actionnaire du cimentier à l’époque des faits, le Groupe Bruxelles Lambert (GBL), dont les locaux ont été perquisitionnés et dont quatre administrateurs ont été entendus par la police belge, fin 2017.

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-10"> ¤ Les réfugiés suivis par « The Guardian », « El Pais », « Der Spiegel » et « Le Monde » racontent ce qui les a surpris dans leur pays d’accueil.
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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-11"> ¤ L’opérateur britannique de télécoms, qui avait déjà annoncé en 2017 la suppression de 4 000 emplois, veut se concentrer sur le développement de l’Internet à très haut débit.
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Télécoms : BT va supprimer 13 000 emplois et en créer 6 000 autres

L’opérateur britannique de télécoms, qui avait déjà annoncé en 2017 la suppression de 4 000 emplois, veut se concentrer sur le développement de l’Internet à très haut débit.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 09h58
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 10h12
   





                        


L’opérateur britannique des télécoms BT a annoncé, jeudi 10 mai, la suppression de 13 000 emplois administratifs et d’encadrement intermédiaire, ainsi que la création de 6 000 emplois techniques et d’aide au consommateur, pour soutenir notamment le développement de ses réseaux par fibre et de téléphonie mobile 5G.
Ce plan de suppression d’emplois, étalé sur trois ans, vise à « simplifier le modèle opérationnel de BT », a précisé le groupe dans un communiqué. L’opérateur de télécoms entend ainsi réduire ses coûts de 1,5 milliard de livres (1,7 milliard d’euros) en trois ans. Mais il ne précise pas dans quels pays ces suppressions seront réalisées, parmi les 63 où il est implanté, même si une bonne part des emplois concernés pourrait être au Royaume-Uni.
BT, qui compte 106 400 salariés dans le monde, dont 82 800 outre-Manche, avait déjà annoncé en 2017 la suppression de 4 000 emplois dans le monde à l’issue d’un exercice 2016-2017 difficile marqué par un retentissant scandale comptable en Italie.
Parmi les mesures annoncées jeudi par le directeur général, Gavin Patterson, figure la concentration « sur une trentaine de sites stratégiques afin de créer une culture plus collaborative et ouverte avec nos clients, afin de réduire l’inefficacité liée à notre dissémination sur des nombreux sites au Royaume-Uni ». Dans ce cadre, le groupe a annoncé le déménagement de son siège social du cœur de la City de Londres.
L’annonce de cette réorganisation coïncide avec la publication d’un chiffre d’affaires en baisse de 3 % à 5,967 milliards de livres au quatrième trimestre de l’exercice du groupe, un résultat légèrement inférieur aux attentes des analystes.
A l’ouverture de la Bourse, jeudi, à Londres, l’action du groupe BT dévissait de quelque 7 %.

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-12"> ¤ Un responsable policier régional, qui coordonne les secours sur place, a cité comme cause probable de cette rupture les fortes précipitations des dernières semaines.
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Compte rendu

Au Kenya, la rupture d’un barrage fait des dizaines de morts

Un responsable policier régional, qui coordonne les secours sur place, a cité comme cause probable de cette rupture les fortes précipitations des dernières semaines.


Le Monde.fr avec AFP
              datetime="2018-05-10T09:43:59+02:00"

        Le 10.05.2018 à 09h43

     •
              itemprop="dateModified"
          datetime="2018-05-10T18:48:58+02:00"

        Mis à jour le 10.05.2018 à 18h48






    
Des habitants autour des corps des victimes.
Crédits : AFP


La rupture d’un barrage au Kenya, dans la soirée de mercredi 9 mai, a provoqué la mort d’au moins 41 personnes selon un bilan provisoire communiqué, jeudi soir, par les autorités policières. Leurs maisons ont été emportées par les eaux. Le décompte des victimes n’a cessé de s’aggraver au lendemain de la catastrophe.
Le barrage de Solai, situé à dix kilomètres au nord de la ville de Nakuru (soit à environ 150 kilomètres au nord de Nairobi) a cédé mercredi vers 21 heures. Un responsable policier régional, qui coordonne les secours sur place, a cité comme cause probable de cette rupture les fortes précipitations des dernières semaines.
Des inondations très meurtrières
Les eaux boueuses « ont emporté des habitations alors que les gens dormaient », a-t-il ajouté, précisant que « les recherches et secours se poursuivent et de nouveaux cadavres ont été découverts. Le bilan est désormais de 27 morts ».
Au moins 36 personnes ont, par ailleurs, été admises dans des établissements médicaux de la région après que les services de secours, Croix-Rouge kényane en tête, se furent mobilisés rapidement.
D’après plusieurs sources locales interrogées par l’AFP, le barrage était utilisé pour l’irrigation des fermes environnantes et entouré d’habitations de fortune d’ouvriers agricoles employés dans ces exploitations.
Quelque 150 personnes ont été tuées au Kenya par les inondations depuis le début de la saison des pluies en mars, selon un dernier bilan du gouvernement kényan rendu public mercredi (132 morts), auxquelles s’ajoutent les victimes de la catastrophe du barrage de Solai.
Le Kenya connaît deux saisons des pluies annuelles : la courte, d’octobre à décembre, et la longue entre mars et juin. Les trois dernières saisons avaient été pauvres en précipitations, mais celle en cours a vu des pluies torrentielles s’abattre sur une bonne partie du pays et dans le reste de l’Afrique de l’Est.

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-13"> ¤ Un vent d’optimisme souffle entre Pyongyang et Séoul, comme en témoigne le récent sommet intercoréen. Mais Tokyo doit aussi prendre part au processus, affirme dans une tribune au « Monde » Lionel Babicz, historien du Japon et de l’Asie.
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« Le Japon joue un rôle majeur dans la crise nord-coréenne actuelle »

Un vent d’optimisme souffle entre Pyongyang et Séoul, comme en témoigne le récent sommet intercoréen. Mais Tokyo doit aussi prendre part au processus, affirme dans une tribune au « Monde » Lionel Babicz, historien du Japon et de l’Asie.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 09h18
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 11h04
    |

Lionel Babicz (Historien du Japon et de l’Asie, maître de conférences à l'Université de Sydney)







                        



                                


                            
Tribune. Le Japon joue un rôle majeur dans la crise nord-coréenne actuelle. En cas de guerre, l’archipel japonais constituerait une cible privilégiée des tirs de missile nord-coréens. Tokyo serait amené à riposter et, pour la première fois depuis 1945, à prendre une part active dans un conflit armé. Si la raison l’emporte, ainsi que semblerait l’indiquer le récent sommet intercoréen, le Japon devra jouer un rôle diplomatique déterminant dans tout accord.
La centralité du Japon dans la crise nord-coréenne tient à la fois à des facteurs géopolitiques évidents – proximité géographique, alliance avec les Etats-Unis, présence militaire américaine dans l’archipel – et au poids de l’histoire, à la mémoire du passé.

La Corée du Nord entretient méticuleusement le souvenir du colonialisme japonais (1910-1945), de la résistance et de la libération. La dynastie Kim puise sa légitimité dans ces événements tragiques. Son fondateur, Kim Il-sung, est érigé en libérateur de la péninsule, et la nécessité de châtier le Japon pour ses crimes passés occupe toujours une place centrale dans la propagande nord-coréenne : les missiles survolant l’archipel seraient un coup de semonce annonçant la volonté de Pyongyang de régler les comptes du passé.
Ressentiment méticuleux
Le Japon, pour sa part, cultive aussi un ressentiment méticuleux à l’égard de la Corée du Nord. Pour Tokyo, il ne s’agit évidemment pas de la période coloniale, de laquelle on préfère ne pas trop parler, mais de l’après-guerre et de l’histoire récente. Le sentiment général est celui d’une bonne volonté japonaise rejetée par une constante malveillance nord-coréenne. On se souvient qu’en 1965, lors du rétablissement des relations diplomatiques avec la Corée du Sud, le Japon tenta (sans succès) de laisser la porte ouverte à l’éventuel établissement de liens officiels avec Pyongyang. On se souvient aussi que dans les années 1990, après la fin de la guerre froide, des délégations parlementaires...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-14"> ¤ Poursuivi pour « crimes économiques », Wu Xiaohui, l’ex-président d’Anbang, a été reconnu coupable du détournement de plus de 8,6 milliards d’euros.
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L’ex-président de la troisième société d’assurances chinoise condamné à 18 ans de prison pour fraude

Poursuivi pour « crimes économiques », Wu Xiaohui, l’ex-président d’Anbang, a été reconnu coupable du détournement de plus de 8,6 milliards d’euros.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 07h51
   





                        


L’ex-président de la société d’assurance chinoise Anbang a été condamné jeudi 10 mai à dix-huit ans de prison pour fraude, a rapporté la presse étatique. Wu Xiaohui a été reconnu coupable par un tribunal shanghaïen du détournement de quelque 65 milliards de yuans (plus de 8,6 milliards d’euros). Il était accusé d’avoir transféré ces sommes à des entreprises qu’il contrôlait personnellement, en vue de rembourser des dettes ou de « dépenses personnelles », selon l’agence officielle Chine nouvelle.
L’acte d’accusation expliquait que l’ex-patron du troisième assureur chinois, à partir de 2011, s’était servi de sociétés-écrans pour gonfler dangereusement les ventes de produits de placement par Anbang, dépassant de 95 milliards d’euros les plafonds autorisés par le régulateur.
Wu Xiaohui, qui démissionna de son poste en juin 2017, avait été poursuivi pour « crimes économiques » en début d’année. Ces accusations avaient été formulées au moment où Anbang, un puissant conglomérat privé, avait été placé sous la tutelle directe de l’Etat, suite à la découverte de « pratiques commerciales illégales ». Une décision qui s’inscrivait dans un contexte de pression plus forte de Pékin sur les conglomérats privés, critiqués pour leurs « acquisitions irrationnelles » et leur endettement.

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La « chute » de Wu Xiaohui avait un peu surpris les observateurs des affaires chinoises : l’homme d’affaires était réputé avoir jusqu’alors les bonnes connexions politiques, et était présenté comme un membre de « l’aristocratie rouge » – il est notamment marié à une petite-fille de l’ancien dirigeant Deng Xiaoping, artisan des réformes économiques à la fin des années 1970.

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-15"> ¤ La présence, le 5 mai, au côté de la police, d’individus en tenue cosaque s’en prenant à des manifestants anti-Poutine suscite l’indignation dans la capitale.
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Le jour où les Cosaques sont réapparus à Moscou

La présence, le 5 mai, au côté de la police, d’individus en tenue cosaque s’en prenant à des manifestants anti-Poutine suscite l’indignation dans la capitale.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 06h36
    |

            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        



                                


                            LETTRE DE MOSCOU
La polémique enfle à Moscou après l’intervention musclée de Cosaques lors du rassemblement contre « le tsar Poutine » organisé le samedi 5 mai à Moscou par l’opposant Alexeï Navalny.
Dans la foule, comme avait pu le constater ce jour-là Le Monde, des hommes habillés en treillis militaire, coiffés d’un bonnet d’astrakan et porteurs d’insignes sur leurs manches, s’en étaient pris violemment aux manifestants, jeunes pour la plupart. Certains avaient même fait usage de la nagaïka, la cravache traditionnelle en lanière de cuir des Cosaques. D’autres guidaient les policiers : « Embarquez celui-là, le grand, en bleu ! » Ce qui fut fait.
Plus de 700 manifestants, dont 91 mineurs, avaient été interpellés avec brutalité par les forces de sécurité, rien que dans la capitale russe. Aucun du côté des Cosaques ou des militants « patriotiques » venus sur les lieux, place Pouchkine, pour se confronter, pour la première fois, aux partisans de Navalny, lui-même interpellé puis relâché.

Mais la diffusion a posteriori sur les réseaux sociaux de vidéos prises pendant les échauffourées, où l’on distingue clairement des hommes en uniforme, en train de courser, d’insulter et de frapper tous ceux qui les entourent, a choqué. Membre du Conseil des droits de l’homme rattaché au Kremlin, Maxime Chevchenko a réclamé une réunion en urgence. « Leur apparition a aggravé la situation, a admis le président de ce conseil, Mikhaïl Fedotov. Il est important de comprendre pourquoi ils étaient là et qui étaient-ils. »
Groupe « anti-Maïdan »
Ont-ils agi sur ordre ? Rapidement, les regards se sont tournés vers les autorités de Moscou qui accueillent, depuis trois ans, des Cosaques pour des séances de « maintien de l’ordre » dans un centre d’entraînement animé par des anciens des forces spéciales.
Le 5 mars, le site Internet de la mairie en faisait la promotion, en précisant qu’une « centaine...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-16"> ¤ Ouissem Medouni et Sabrina Kouider ont délibérément tué Sophie Lionnet, prise au piège de leurs « fantasmes », a estimé mercredi l’accusation.
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Le couple qui employait la jeune fille au pair assassinée à Londres lui a « infligé l’enfer »

Ouissem Medouni et Sabrina Kouider ont délibérément tué Sophie Lionnet, prise au piège de leurs « fantasmes », a estimé mercredi l’accusation.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 03h49
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 07h16
    |

            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



   


D’un geste brusque, le procureur Richard Horwell abat son bras droit, mimant une tête que l’on plonge de force dans une baignoire pleine. « Sophie Lionnet a été torturée par ces deux-là, énonce-t-il posément devant Sabrina Kouider et Ouissem Medouni, le couple de Français qui comparaît depuis le 21 mars à Londres pour le meurtre, fin septembre 2017 à Wimbledon, de leur jeune fille au pair. Il n’y a pas un, mais deux meurtriers. Ensemble, ils lui ont infligé l’enfer. »
Alors que l’interminable procès touche à sa fin, le scénario du calvaire de Sophie Lionnet reconstitué par l’accusation est apparu dans toute son horreur, mercredi 9 mai, sans être mis en cause de façon crédible.
Pris dans un délire de persécution, le couple a tourmenté puis martyrisé la jeune Française, frêle et timide, issue d’un milieu modeste où l’on n’a pas l’habitude de se rebeller contre son patron. Manipulatrice, Sabrina Kouider a progressivement accru son emprise sur elle, l’isolant peu à peu du monde extérieur, menaçant de la dénoncer pour des exactions insensées, la laissant sans ressources.
« Pourquoi m’accuse-t-elle sans raison ?, écrit Sophie Lionnet à sa mère pendant l’été 2016. Si je pouvais me payer un billet, je partirais. » La mère, résidant à Sens (Yonne), elle, s’alarme mais se sent impuissante « à cause de la distance ».

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« Un couple vraiment bizarre »
Sabrina Kouider, 35 ans, installée à Londres depuis 2004 et vivant de petits boulots, forme avec Ouissem Medouni, 40 ans, ancien analyste financier à la Société générale, « un couple vraiment bizarre, une combinaison vraiment toxique », a affirmé M. Horwell, avocat de l’accusation (équivalent d’un procureur français).
La jeune expatriée avait convaincu son compagnon que l’un de ses ex – le chanteur irlandais Mark Walton –, père d’un de ses deux garçons, complotait avec Sophie Lionnet non seulement pour violer son enfant mais aussi pour le droguer et abuser sexuellement de lui. L’enquête a démontré que M. Walton ne se trouvait pas au Royaume-Uni au moment des faits imputés, et même que le chat qu’il était aussi censé avoir violé n’existe pas.

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Emportés par sa propre obsession complotiste, le couple a infligé à la « nanny » une spirale de violence ponctuée d’interrogatoires enregistrés en vidéo où il cherchait à lui faire avouer des crimes imaginaires.
« De toutes les affaires que ces murs vénérables [la cour criminelle dite The Old Bailey située au cœur de la City de Londres] ont entendues, celle-ci entre sans hésitation dans la catégorie des plus bizarres, a insisté le procureur, celles où la vérité dépasse la fiction. »
Enfermés dans leur délire
Richard Horwell s’est employé à détailler les derniers jours de la victime, dont les restes calcinés, pesant moins de vingt kilos, ont été retrouvés le 20 septembre 2017 dans le petit jardin de ses patrons grâce à des voisins alertés par une odeur de barbecue bizarre.
Dans la soirée du 18 septembre, alors que Sophie Lionnet, qui conduit normalement les enfants à l’école, n’y a pas paru depuis douze jours, le couple lui impose une ultime séance d’interrogatoire enregistré. Elle y apparaît le visage émacié, épuisée et tremblante de terreur, au bord de l’évanouissement et finit par avouer toutes les horreurs que ses patrons lui imputent. « Sophie récite votre scénario dans l’espoir de faire cesser ses tortures », traduit l’avocat de l’accusation.
Sur le moment, le couple est tellement enfermé dans son délire qu’il ne perçoit pas la charge que constitue contre lui cet enregistrement. Le médecin légiste a établi que la jeune fille au pair avait eu le sternum, la mâchoire et cinq côtes cassés avant ces « aveux ». Mais, selon l’accusation, le couple pense au contraire se servir de la vidéo à l’appui de ses accusations contre Mark Walton. Encore lui faut-il éliminer Sophie Lionnet dont les stigmates sont trop évidents et qui pourrait rétablir la vérité si elle était interrogée par la police.
La « nanny » criait
« Nous ne saurons jamais quand ni comment Sophie Lionnet est morte parce que les accusés ont brûlé son corps, assène le procureur. Mais nous pouvons dire pourquoi : sa survie menaçait d’anéantir leurs plans. »
Et d’insister sur le terrible témoignage d’un enfant qui, d’une pièce voisine, a entendu les deux adultes s’activer dans la salle de bain, et sa « nanny » crier jusqu’au petit matin dans le bruit d’éclaboussures d’eau. La tête plongée dans la baignoire mimée par le procureur.
Interrogée mercredi, l’accusée, entièrement vêtue de noir, cheveux de jais bouclés tombant sur les épaules, sanglote mais elle interrompt sans cesse l’avocat de l’accusation, scandant ses dénégations d’un geste assuré de la main. « Je n’ai pas tué Sophie », répète-t-elle.
Pourquoi frappait-elle sa jeune fille au pair ? Pourquoi a-t-elle participé à l’ultime interrogatoire ? Que faisait-elle dans la salle de bain ? « J’étais comme un zombie, traumatisée, je n’étais plus moi-même. » Depuis son arrestation, Sabrina Kouider est détenue dans un établissement spécialisé pour détenus souffrant de troubles mentaux. Mais elle doit être considérée comme « saine d’esprit », a affirmé Richard Horwell à l’intention des jurés, car son avocat n’a demandé aucune expertise psychiatrique.
Accusations mutuelles
L’insistance du procureur à mettre en cause conjointement les deux accusés vise à torpiller la stratégie qu’ils ont déployée depuis le début du procès : chacun nie formellement le meurtre et accuse l’autre tout en cherchant à accréditer la thèse d’un accident.
Ouissem Medouni affirme qu’il est allé dormir avant la fin de l’ultime interrogatoire puis qu’il a été réveillé par sa compagne auprès de qui gisait la victime dans la salle de bain. Quant à Sabrina Kouider, elle se décrit strictement dans le même scénario. M. Horwell pense qu’ils se sont concertés. Mais ces accusations mutuelles sont loin de donner un « crime parfait ». Personne n’a rien vu ni rien fait, mais Sophie Lionnet est morte à 21 ans alors qu’elle voulait apprendre l’anglais, aimait les enfants et rêvait d’avenir.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-17"> ¤ Le chef de l’Etat a reçu, jeudi en Allemagne, la plus prestigieuse des distinctions européennes, le prix Charlemagne.
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A Aix-la-Chapelle, Macron lance un plaidoyer pour l’Europe

Le chef de l’Etat a reçu, jeudi en Allemagne, la plus prestigieuse des distinctions européennes, le prix Charlemagne.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 02h27
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 17h10
    |

            Cécile Ducourtieux (Aix-la-Chapelle, envoyée spéciale)








                        



   


Jeudi 10 mai, au lendemain d’une très symbolique « Journée de l’Europe », le président de la République, Emmanuel Macron, a reçu dans la ville allemande d’Aix-la-Chapelle, ancienne capitale de l’empire carolingien, le prix Charlemagne, la plus prestigieuse et la plus ancienne des distinctions européennes.
Après Jean Monnet, Winston Churchill, Konrad Adenauer, François Mitterrand, Simone Veil ou Angela Merkel, il était distingué pour « l’élan donné à l’Europe à la suite de la campagne électorale il y a un an en France », sa volonté de « réancrer l’Europe et l’idée européenne au cœur des sociétés, des populations avec notamment le lancement des consultations citoyennes ». Et aussi pour son initiative « Make our planet great again », destinée à préserver l’accord de Paris sur le climat.

Macron évite le piège du commémoratif en transformant sa remise de médaille en injonction à agir. #PrixCharlemagne— c_ducourtieux (@Cécile Ducourtieux)


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Mais depuis la splendide salle du couronnement, où il a reçu sa distinction et prononcé son discours – le quatrième sur l’Europe en moins d’un an –, le chef de l’Etat en a profité pour faire passer un message d’urgence aux autres dirigeants de l’Union européenne (UE), et spécialement à la chancelière Merkel, qui était présente pour prononcer son laudatio : après que les Etats-Unis se sont récemment brutalement retirés de l’accord sur le nucléaire iranien, au mépris des avertissements et des intérêts européens, l’UE doit plus que jamais prendre son destin en main.

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Ordre multilatéral bousculé
L’Europe est désormais « chargée de garantir l’ordre multilatéral » mondial fragilisé, a déclaré, mercredi 9 mai, le président français, Emmanuel Macron, depuis Aix-la-Chapelle, à la télévision publique allemande. « Nous sommes à un moment historique pour l’Europe [qui] est chargée de garantir cet ordre multilatéral que nous avons créé à la fin de la seconde guerre mondiale et qui est parfois aujourd’hui bousculé », a estimé le chef de l’Etat.
Il a profité de cette interview pour exhorter la chancelière Merkel à accepter ses propositions de réformes de l’UE : « L’Allemagne va avoir à formuler d’ici au mois de juin sa réponse, c’est celle-ci que j’attends et j’espère beaucoup de la chancelière et de son gouvernement pour être à la hauteur de ce moment historique. »

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Cela fait maintenant sept mois qu’Emmanuel Macron a formulé une longue liste de propositions, notamment pour la zone euro, comptant à l’époque que Berlin saisirait sa main tendue. Mais bien qu’il soit très apprécié outre-Rhin pour les réformes qu’il mène au pas de charge en France, il a jusqu’à présent buté sur la prudence de la chancelière et sur celle de son nouveau ministre des finances, le social-démocrate Olaf Scholz, qui s’inscrit plus dans la continuité que dans la rupture avec l’héritage du très orthodoxe Wolfgang Schäuble.
D’autres priorités
Le fait que le président français soit très isolé sur la scène européenne ne l’a jusqu’à présent pas aidé à plaider sa cause à Berlin : les pays de l’Est de l’UE ont d’autres priorités ; l’Italie est toujours en recherche de gouvernement ; quant à l’Espagne, elle se tient en retrait en raison de la crise catalane…
Plus question par exemple de parler d’un « super » ministre des finances ni d’envisager un budget conséquent pour l’union monétaire. Même l’idée d’une taxe sur le revenu des géants du Web fait tiquer outre-Rhin.
Idem concernant la réponse à apporter à Donald Trump, qui menace depuis des mois de taxer les importations d’acier et d’aluminium sur le territoire des Etats-Unis : sur ce dossier, Paris et Berlin ne sont pas alignés, les Allemands s’étant montrés plus ouverts à une éventuelle relance d’une négociation de type Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP), avec Washington.

Sans doute le Discours le plus vibrant de Macron sur l’Europe. Animé par l’urgence européenne et géopolitique. Plus… https://t.co/B4dS2bfgtR— c_ducourtieux (@Cécile Ducourtieux)


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« Dépasser nos propres égoïsmes »
« Ceux qui sont aujourd’hui aux responsabilités ne doivent avoir qu’une ambition : que la jeunesse européenne ait encore plus d’ambition qu’eux », a encore souligné M. Macron face aux Aixois venus l’accueillir à son arrivée, mercredi soir, avec ballons et drapeaux aux couleurs de l’Europe.
Face à ce parterre acquis de familles et de retraités, le président français a ajouté, saluant au passage les vingt-sept lauréats d’un « prix Charlemagne de la jeunesse » : « Nous avons besoin de plus d’investissements européens, qui n’iront pas forcément qu’à la France et à l’Allemagne (…). Je crois dans une réponse commune entre l’Allemagne et la France. Nous devons savoir dépasser nos propres peurs, nos propres égoïsmes et même nos propres colères. » 
Les Allemands seront-ils capables de lui remettre plus qu’une décoration et plus qu’une pâle « feuille de route » commune en juin ? « On vise un accord de substance, pas un accord d’affichage », glissait-on à l’Elysée il y a quelques jours. Juste avant la décision américaine sur le nucléaire iranien, qui rend ce sursaut franco-allemand encore plus pressant.

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-18"> ¤ Pour la première fois, des roquettes attribuées à l’Iran ont été tirées vers Israël, qui a riposté. La France a appelé jeudi « à la désescalade » entre les deux pays.
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Escalade militaire sans précédent entre Israël et l’Iran en Syrie

Pour la première fois, des roquettes attribuées à l’Iran ont été tirées vers Israël, qui a riposté. La France a appelé jeudi « à la désescalade » entre les deux pays.



Le Monde
 |    10.05.2018 à 02h01
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 18h44
    |

            Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)








                        



   


La montée des tensions dans le nord d’Israël n’est plus seulement une question de mots, mais une donnée militaire. Pour la première fois, dans la soirée du mercredi 9 mai, des roquettes directement attribuées à la force Al-Qods, chargée des opérations extérieures des Gardiens de la révolution iraniens, ont été tirées en provenance de Syrie, près de Kiswa, dans les environs de Damas. Elles ont visé, sans succès, les premières positions de l’armée israélienne sur le plateau du Golan, annexé en 1981 par l’Etat hébreu.
Aucune victime n’a été enregistrée. Le système de défense antiaérien Dôme de fer a intercepté plusieurs roquettes parmi les vingt tirées, dont aucune n’aurait atteint le territoire contrôlé par Israël. Vers 2 heures du matin, les habitants ont été autorisés à sortir des abris, les écoles devant rouvrir normalement dans la matinée.
Israël a répondu immédiatement, et avec une ampleur inédite, à cette salve, qui était attendue depuis déjà plusieurs semaines. L’Observatoire syrien des droits de l’homme fait état d’au moins 23 morts dans les bombardements israéliens, dont cinq soldats syriens et 18 membres de forces alliées du régime. « Nous avons frappé presque toutes les infrastructures iraniennes en Syrie », a expliqué, jeudi matin le ministre de la défense, Avigdor Lieberman. « Ils ne doivent pas oublier l’adage selon lequel, si la pluie nous tombe dessus, la tempête s’abattra sur eux », a-t-il ajouté, en concluant : « J’espère que cet épisode est clos et qu’ils ont compris ». Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a affirmé que l’Iran avait franchi une « ligne rouge ». « Notre réaction a été en conséquence », a-t-il ajouté.
Emmanuel Macron a appelé jeudi « à la désescalade » entre les deux pays, a fait savoir la présidence française. La Russie a, quant à elle, déclaré avoir « établi des contacts avec chaque partie » et les avoir appelés « à la retenue », a affirmé jeudi le vice-ministre russe des affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov.

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Tirs les plus sérieux depuis 1973

   


Selon le porte-parole de l’armée israélienne, Jonathan Conricus, qui s’est exprimé au cours d’une conférence téléphonique, les cibles iraniennes visées étaient des entrepôts logistiques, des dépôts de munition à l’aéroport de Damas, des bases militaires, des sites utilisés pour le renseignement et de postes d’observation, sans compter le véhicule d’où les roquettes iraniennes ont été tirées.
L’armée explique qu’elle ne souhaite pas d’escalade. Jonathan Conricus estime que « cette attaque par la force Al-Qods reflète leur audace et celle de Qassem Soleimani [le chef de la force] », qui est tenu directement pour responsable. « Nos forces aériennes ont affronté un feu antiaérien massif », a-t-il précisé, évoquant « des dizaines de missiles sol-air » tirés, qui n’ont pas atteint les avions israéliens.

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La Russie a été alertée avant le déclenchement des frappes par l’Etat hébreu, dans le cadre du mécanisme d’échanges mis en place entre les deux états-majors. La presse israélienne estime que ces tirs de part et d’autre sont les plus sérieux dans cette zone depuis la guerre du Kippour en 1973 et l’accord sur le désengagement signé l’année suivante.
Les habitants du plateau du Golan avaient été mis en alerte dans la soirée du 8 mai, alors que Donald Trump prononçait son discours sur le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien. L’armée israélienne les avait invités à préparer les abris anti-bombes. Au cours de cette même soirée, Israël avait une nouvelle fois conduit un raid aérien en Syrie, contre une base située près de Damas, faisant quinze morts, dont huit Iraniens, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

   


Frappes préventives
Déjà, le 9 avril, la base T4, près d’Homs, avait été visée par un raid israélien. Quatorze personnes avaient été tuées, dont plusieurs militaires iraniens. Depuis, Israël s’attendait à une réplique de Téhéran : soit de façon directe, en provenance de Syrie, soit par le biais de l’un de ses protégés, en particulier le Hezbollah libanais. Mais celui-ci a été accaparé récemment par les élections législatives au Liban.
Pendant ce temps, Israël a poursuivi sa politique de mises en garde et de frappes préventives, pour empêcher le déploiement de forces et d’équipements militaires iraniens susceptibles de viser son territoire.

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Le 29 avril, des frappes importantes ont eu lieu dans les régions d’Alep et d’Hama. L’une des cibles a été la 47e brigade, une base militaire dans la province d’Hama. L’explosion d’un entrepôt de missiles y a été mesurée à 2,6 sur l’échelle de Richter. Selon l’OSDH, au moins vingt-six personnes auraient été tuées, dont une majorité de conseillers militaires iraniens.




                            


                        

                        


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Compte rendu

En Tunisie, des forces « indépendantes » émergent des élections municipales

Selon les résultats définitifs du scrutin du 6 mai, le parti islamiste Ennahda arrive en tête devant Nidaa Tounès tandis que les diverses listes « indépendantes » raflent un tiers de sièges.

Frédéric Bobin (Tunis, correspondant)
    



LE MONDE
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        Le 10.05.2018 à 01h42

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        Mis à jour le 10.05.2018 à 09h52






    
Dans un centre de dépouillement de l’Ariana, en banlieue de Tunis, le 7 mai 2018, au lendemain du premier scrutin municipal depuis la révolution de 2011 en Tunisie.
Crédits : FETHI BELAID / AFP


Il aurait dû être comblé, radieux, extatique. Il est heureux, bien sûr, et pourtant Slim Meherzi trahit déjà une légère inquiétude face à la tâche qui s’annonce. Le voilà qui grogne devant le garçon de café qui veut lui offrir sa consommation, geste d’admiration d’un citoyen de La Marsa pour le futur maire. « Non, ce n’est pas possible, surtout pas de faveurs », peste ce grand échalas – il fut naguère un champion de volley-ball. Dans cette commune balnéaire du nord de Tunis, Slim Meherzi a fait campagne pour les élections municipales du 6 mai sur le rejet des « passe-droits » et du « deux poids, deux mesures ». Alors, maintenant que sa liste indépendante a surpris en raflant 35 % des suffrages, le plaçant en bonne position pour diriger la mairie, il ne va pas commencer à se renier. Et il devine déjà à la soudaine obséquiosité dont on l’entoure que les sollicitations ne manqueront pas. Il soupire : « La course aux postes, ça détruit ce pays. »

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Médecin pédiatre, M. Meherzi est l’un des visages de la vague protestataire qui a ébranlé la Tunisie à l’occasion de ce scrutin local, le premier depuis la révolution de 2011. Selon les résultats officiels annoncés, mercredi 9 mai à Tunis, par l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), la participation à ce vote voué à enraciner la transition démocratique n’a été que de 33,7 %. Exceptionnellement bas, ce taux illustre la profonde défiance des Tunisiens à l’égard de l’offre politique existante. Le chiffre était deux fois supérieur lors des élections législatives et présidentielle de 2014.
Désaffection pour les partis traditionnels
Et le désaveu ne s’arrête pas là. Parmi les suffrages exprimés, les listes dites « indépendantes », émanant de la frange la plus engagée de la société civile, réalisent une percée en raflant un total agrégé de 32,9 % des sièges. Elles mettent sévèrement à mal l’hégémonie qu’exerçaient depuis 2014 dans le champ politique Ennahda et Nidaa Tounès. Fait impensable il y a encore quelques semaines, elles surclassent Ennahda, issu de la matrice islamiste et doté d’une machine militante disciplinée, qui recueille 29,68 % des sièges. Et elles devancent très largement – de plus de dix points ! – Nidaa Tounès, le parti dominant au sein de la coalition gouvernementale, qui ne fait pas mieux que 22,7% de sièges.

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Ainsi Ennahda résiste-t-il bien mieux que Nidaa Tounès à la désaffection qui frappe les partis traditionnels, prenant de ce fait la première position parmi les listes dites « partisanes » à l’échelle nationale, ainsi que dans la commune de Tunis. Au sein du conseil municipal de la capitale, la rivalité pour l’élection du maire s’annonce âpre entre les deux formations, pourtant alliées dans le cadre de la coalition gouvernementale. Elles s’étaient violemment affrontées au lendemain de la révolution de 2011 sur la question de l’islam politique – Nidaa Tounès se posant en protecteur de l’« Etat civil » face aux penchants islamistes d’Ennahda – avant de s’associer au pouvoir en 2015 dans une cohabitation consensuelle. Le scrutin municipal du 6 mai pourrait crisper à nouveau leur relation, alors que se profilent en 2019 des élections législatives et présidentielle.
Toutefois, la politique tunisienne ne se résume plus à ce face-à-face. Car l’émergence des listes indépendantes change la donne. « Les résultats montrent une profonde aversion, un dégoût pour les partis », souligne Fadhel Moussa, autre héraut du phénomène – aux côtés de Slim Meherzi. Ce professeur de droit, ancien militant de gauche, a mené une liste à l’Ariana, en banlieue de Tunis, elle aussi arrivée en tête. Que faire maintenant de ces succès ? Peuvent-ils poser, au-delà des microcosmes municipaux, les bases d’une force alternative à l’échelle nationale ? Fadhel Moussa met en garde contre des conclusions hâtives. A ses yeux, il faut d’abord prendre la mesure réelle du phénomène, qui lui semble d’une « grande complexité ».

    
Les listes indépendantes menées par Slim Meherzi (à gauche) et Fadhel Moussa (à droite) sont arrivées en tête respectivement à La Marsa et à l’Ariana, près de Tunis, à l’issue du scrutin municipal du 6 mai 2018.
Crédits : DR


« On ne va pas tarder à se rendre compte, nuance-t-il, que de nombreux indépendants ne sont pas aussi indépendants qu’on le pensait. » En effet, une grosse part de ces candidats sont pilotés en sous-main par les partis traditionnels qui ont préféré, dans certains cas, avancer masqués. Quant aux « vrais » indépendants, aucune structure ni idéologie ne les rassemble à ce stade, rendant a priori délicate leur agrégation dans une dynamique commune. Autre difficulté, éthique celle-là, le mandat conféré le 6 mai est purement local. « Il y aurait un malaise à changer subitement de cap », avertit Fadhel Moussa. « Nous avons été élus pour gérer le quotidien des gens, abonde Slim Meherzi, faisons-le bien pour commencer. On sera vite exposé à un bilan. »
« Restructuration par le bas »
Il reste néanmoins qu’une nouvelle scène s’est ouverte. « On peut casser la baraque si nous parvenons à donner envie à nos concitoyens de s’approprier la ville, ajoute M. Meherzi. Cela peut faire boule de neige. » Le pédiatre de La Marsa imagine volontiers la tenue régulière d’« états généraux » des listes indépendantes pour « partager [leurs] expériences municipales », un réseau en germe qui pourrait former « un embryon de Podemos à l’échelle tunisienne ».

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Même pressentiment chez Fadhel Moussa. « On est en train de faire une restructuration par le bas », qui pourrait déboucher sur « un grand mouvement citoyen », juge-t-il, précisant même : « Il y a un début de réflexion. » Le professeur de droit, qui fut élu à l’Assemblée constituante (2011-2014), est convaincu que la Tunisie a vécu le 6 mai un tournant. « Une brèche vient de s’ouvrir, il faut s’y engouffrer. Ces élections municipales vont offrir un nouveau souffle à la transition démocratique. » Là serait l’ambiguïté foncière de ce scrutin, à la fois révélateur d’une désaffection et porteur d’un espoir de renouveau.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-20"> ¤ Le retour surprise sur le devant de la scène du charismatique ex-premier ministre, Mahathir Mohamad, a bouleversé le paysage politique du pays.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/05/2018
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Malaisie : victoire historique de l’opposition

Le retour surprise sur le devant de la scène du charismatique ex-premier ministre, Mahathir Mohamad, a bouleversé le paysage politique du pays.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 23h53
 • Mis à jour le
10.05.2018 à 14h19
    |

            Bruno Philip (Kuala Lumpur,envoyé spécial)








                        


La Malaisie a tourné, mercredi 9 mai au soir, une page d’histoire de soixante et un ans : la cuisante défaite de l’Organisation nationale de l’unité malaise (UMNO), parti au pouvoir depuis l’indépendance de 1957, a pris experts et diplomates par surprise, même si l’on savait la crédibilité du premier ministre sortant, Najib Razak, profondément érodée par un scandale de corruption dans lequel il est directement impliqué.
Durant les meetings de la courte campagne électorale, on sentait d’ailleurs que le vent était en train de tourner : le retour aux affaires, mais cette fois du côté de l’opposition, de l’ex-homme fort de la Malaisie, Mahathir Mohamad, dont Najib Razak fut naguère l’un des protégés, avait galvanisé les foules. Y compris les foules de la majorité malaise musulmane, normalement plus enclines à voter pour l’UMNO, formation qui est avant tout la plate-forme représentant l’ethnie principale (60 % de la population).
Mahathir, l’ancêtre de la politique malaisienne, 92 ans, qui fut premier ministre entre 1981 et 2003, a affirmé s’attendre à être investi premier ministre dès jeudi, soulignant qu’il était « urgent » pour lui de prendre ses fonctions. Mahathir Mohamad une fois nommé deviendra le plus vieux leader politique en exercice de la planète. La fédération de Malaisie est une monarchie constitutionnelle au sein de laquelle les neuf sultans se relaient par rotation, devenant roi pour cinq ans. Il revient au roi de charger le chef du parti qui a remporté les élections de former un gouvernement, ce qui devait être fait jeudi soir.

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Redécoupage des circonscriptions avant l’élection
Selon les derniers résultats, publiés en fin de matinée jeudi, l’opposition, réunie sous la bannière de la coalition Pakatan Harapan (Alliance de l’espoir), dont Mahathir est la figure de proue, a gagné 113 des 222 sièges du Parlement, tandis que l’UMNO et ses alliés, regroupés au sein de la coalition gouvernementale du Barisan Nasional (Front national), ne parvenaient à conserver que 79 sièges. Une humiliation pour « Najib », comme tout le monde appelle familièrement le premier ministre, qui était au pouvoir depuis neuf ans.
Ce dernier avait pourtant tout fait pour assurer une victoire qui pouvait apparaître, ces derniers jours, délicate mais probable : dernièrement, un nouveau redécoupage des circonscriptions avait, une fois de plus, avantagé l’UMNO dans ses bastions électoraux traditionnels. Et en décidant d’organiser curieusement les élections un mercredi, le gouvernement pensait, à juste titre, qu’une partie des électeurs ne ferait pas le déplacement ; surtout ceux qui seraient forcés de retourner dans leur ville d’origine pour aller voter.
Mais rien n’y a fait. Pour une fois, les manipulations de ce régime de semi-démocratie, où les opposants partent souvent perdants, n’ont pas fonctionné. « Vous verrez, ces élections vont donner lieu à un tsunami populaire en notre faveur », avait prédit, la semaine dernière, un autre ténor de l’opposition, le vieux Sino-Malaisien, Lim Kit Siang.
A la veille du scrutin, il était clair qu’une éventuelle victoire de l’opposition serait conditionnée à sa capacité de convaincre l’électeur malais des campagnes de renoncer à son soutien à l’UMNO. Depuis les années 1970, un système de discrimination positive avantage avant tout les Malais « de souche » dans cette nation multiculturelle traditionnellement clivée entre majorité malaise et minorités ethniques chinoise (25 %) et indienne (6 %).
La plupart des électeurs chinois et indiens ont d’ailleurs, cette fois-ci, abandonné le peu de soutien qu’ils accordaient à la coalition au pouvoir. Et le fait que Mahathir soit lui-même un nationaliste malais musulman des plus revendiqués a naturellement pesé sur la victoire de sa coalition, qui ne pouvait ainsi pas être perçue comme « menaçante » pour l’électorat malais.
Scandale financier
Deux facteurs expliquent la défaite de la coalition sortante, qui avait battu des records de longévité mondiale pour un parti au pouvoir. Le chef du gouvernement a payé cher le scandale du fonds souverain « 1MDB », affaire dans laquelle il est accusé d’avoir siphonné sur son compte en banque personnel 546 millions d’euros. Ce qu’il a toujours nié. Mais sans convaincre : l’affaire ayant des ramifications internationales, la justice américaine l’avait quasiment désigné, il y a deux ans, sans le nommer explicitement mais en évoquant « l’officiel malaisien 1 », comme étant bien le récipiendaire de cette somme considérable.

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L’opposition n’a cessé pendant la campagne de dénoncer la corruption du gouvernement. « Najib aime tellement l’argent que le jour où il mourra, il pensera pouvoir graisser la patte du gardien du paradis… », avait lancé Mahathir, dimanche, lors d’un de ses derniers meetings. La question de poursuivre Najib en cas de victoire s’est posée durant la campagne. « Si Najib s’enfuit à l’étranger, je le ferai poursuivre par Interpol », lançait Mahathir la semaine dernière. Mais après sa victoire, il a dit qu' il ne fallait pas commencer cette nouvelle ère dans un « esprit de revanche ».
L’autre réalité qui a provoqué une désaffection d’une partie importante de l’électorat est la hausse des prix et le renchérissement général du coût de la vie : la Malaisie a beau être le pays à jouir du plus fort produit national brut par tête d’habitant de l’Asie du Sud-Est (après les micro Etats de Singapour et de Brunei), la prospérité économique n’a pas, ces derniers temps, profité à tout le monde et les inégalités sociales se sont creusées.
La question qui se pose désormais est d’imaginer comment une coalition hétéroclite de quatre partis (dont le Bersatu, ou Unite, de Mahathir) va pouvoir gouverner. La spectaculaire réconciliation entre Mahathir et Anwar Ibrahim, son ancien vice-premier ministre tombé en disgrâce, mais qui devrait être bientôt libéré de prison où il purge une peine pour « sodomie » (cette pratique étant illégale dans la conservatrice Malaisie), fut l’une des données marquantes de ces élections surprises.
Dans un entretien accordé au Monde en 2015, Mahathir avait déclaré, en parlant d’Anwar Ibrahim, qui devrait sans doute remplacer, dans deux ans, le vieil homme au poste de premier ministre en vertu d’un accord passé entre les deux leaders : « Ce monsieur a des mœurs douteuses. Et quand il était mon vice-premier ministre et qu’il occupait aussi le poste de ministre des finances, il était nul. » La Malaisie n’a peut-être pas fini de surprendre.



                            


                        

                        

