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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Le tribunal de grande instance de Paris, saisi en référé par le producteur Paulo Branco, autorise la projection du film, samedi 19 mai.
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Cannes 2018 : « L’Homme qui tua Don Quichotte » pourra faire la clôture du Festival

Le tribunal de grande instance de Paris, saisi en référé par le producteur Paulo Branco, autorise la projection du film, samedi 19 mai.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 17h32
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 18h09
    |

            Guillaume Fraissard








                        



   


Le Festival de Cannes a gagné son bras de fer contre Paulo Branco. Le film du réalisateur britannique Terry Gilliam, L’Homme qui tua Don Quichotte, pourra bien être projeté en clôture de la manifestation cannoise, hors compétition, samedi 19 mai.
Le tribunal de grande instance de Paris examinait, depuis lundi 7 mai, une requête en référé de la part du producteur portugais et de sa société Alfama Films qui considérent que leurs « droits exclusifs » sur ce film ne sont pas respectés. Le TGI a finalement décidé, mercredi 9 mai, d’autoriser le Festival à montrer au public le film que l’ex-Monthy Python aura mis près de trente ans à réaliser.

        Lire le reportage :
         

          Sur le tournage de « L’Homme qui tua Don Quichotte »



Le 24 avril, l’avocat Juan Branco, fils de Paulo Branco, avait dénoncé « un passage en force » de la part de Thierry Frémaux et Pierre Lescure, le délégué général et le président du Festival, qui se sont clairement engagés en faveur du film.
Les festivaliers qui visionneront le film, samedi 19 mai, verront la mention suivante avant le générique : « La projection du film The Man Who Killed Don Quixote lors de cette séance de clôture du Festival international du film ne préjuge en rien des droits revendiqués [par Alfama], qui font l’objet de procédures judiciaires en cours ».

        Lire le portrait :
         

          Paulo Branco, l’homme qui voulait faire revivre Don Quichotte



« L’ego de monsieur Gilliam et de monsieur Frémaux »
Lors d’une conférence de presse, qui s’est tenue sur le stand de sa société au sous-sol du Palais des festivals, Paulo Branco a fait savoir qu’il ne ferait pas appel de la décision mais se réserve le droit d’attaquer le Festival de Cannes pour les préjudices que pourraient coûter cette projection à Alfama Films.
Il a ajouté que cette décision ne règle en rien « le fond » du litige entre Alfama Films, Terry Gilliam, ses producteurs (RPC, Kinology, Entre Chien et Loup et Tornasol) et son diffuseur (Océan Films). Paulo Branco estime que la décision du jour ne concerne que « l’ego de monsieur Gilliam et de monsieur Frémaux ».

Saisie sur le fond, la justice française rendra un jugement en appel le 15 juin. En première instance, en mai 2017, le TGI s’est prononcé en faveur de M. Branco sur le fait que la rupture du contrat entre Terry Gilliam et son producteur n’était pas justifiée.
Cette rupture était survenue en août 2016 à l’initiative du réalisateur qui estimait que les conditions imposées par M. Branco ne lui permettaient pas de monter le film qu’il portait depuis si longtemps. Et c’est là que se niche le nœud de cet incroyable imbroglio juridique, comme l’avait révélé Le Monde le 3 avril.

        Lire l’enquête :
         

          Pour « Don Quichotte », le projet fou de Terry Gilliam, la malédiction continue



Contrat toujours valide
Pour la défense de Paulo Branco, le contrat entre les deux parties est donc toujours valide, et les droits qui y sont associés, également. « J’ai engagé plus de 700 000 euros pour que ce film existe, je veux que ma place de producteur soit reconnue », estime Paulo Branco.
Les producteurs et le distributeur du film estiment, au contraire, que M. Branco « n’est pas et ne sera jamais le producteur [du] film ».

        Lire le compte-rendu :
         

          « Don Quichotte » verra-t-il la Croisette ?



Reste la question de la sortie en salle de L’Homme qui tua Don Quichotte, prévue également le 19 mai. Le CNC qui doit délivrer un visa d’exploitation pour le film attendait la décision de la justice.
Si pour Paulo Branco, « le film ne sortira pas, car la chaîne des droits n’est pas respectée », la projection cannoise est une étape importante pour la carrière commerciale du film.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ La ressortie en salle de « Perfect Blue » et une rétrospective au Brady sont l’occasion de découvrir le riche univers du Japonais.
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La vie rêvée du cinéaste Satoshi Kon

La ressortie en salle de « Perfect Blue » et une rétrospective au Brady sont l’occasion de découvrir le riche univers du Japonais.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 15h13
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 16h27
    |

                            Sacha Rosset








                        



   


Le cinéaste japonais Satoshi Kon est mort en 2010, à l’âge de 46 ans, d’un cancer du pancréas. Génie de l’animation, il reste peu connu en France. La ressortie en salle le 9 mai de son premier film Perfect Blue  (1997) et une rétrospective de l’ensemble de sa filmographie à Paris au cinéma Le Brady, du 10 mai au 4 juin, sont l’occasion de découvrir ou redécouvrir l’univers de ce réalisateur visionnaire, dont le dernier film, Dreaming Machine, est resté inachevé. Juste avant de mourir, le cinéaste avait demandé à son équipe de terminer cette œuvre qu’il décrivait comme « un road movie pour robots ». Il avait tenté d’ouvrir son monde aux plus jeunes davantage séduits par les créations du Studio Ghibli, tels que Hayao Miyazaki ou Isao Takahata. Mais Masao Maruyama, producteur du film et cofondateur du studio Madhouse, en difficultés financières, n’a pas encore pu répondre au souhait de Satoshi Kon.

L’œuvre du cinéaste se distingue par sa manière d’évoquer des sujets d’adultes en mêlant rêve et réalité, comme le souligne la rétrospective parisienne qui a choisi cet intitulé. Le style à la fois sombre , réflexif et métaphysique de Satoshi Kon n’est pas sans rappeler d’autres grands noms de l’animation nippone : Katsuhiro Ôtomo (Akira) et Mamoru Oshii (Ghost in the Shell), avec lesquels il a travaillé avant de réaliser Perfect Blue, sortie en France en 1999.

        Lire l’enquête :
         

          « Ghost in the Shell », « Death Note », « Gunnm »… Pourquoi Hollywood s’intéresse tant au manga



Adapté très librement d’un roman policier, le film prend pour cadre la J-pop, la culture des idols – ces stars japonaises provoquant souvent l’hystérie générale – et le harcèlement qui découle de la célébrité. Au centre de ce récit, il y a Mima, une idol, en proie à un admirateur décidé à dévoiler sa vie intime. Satoshi Kon puise alors aussi bien dans le giallo – genre cinématographique à la frontière du policier, de l’horreur et du film érotique – que dans les thèmes chers à Brian De Palma (Pulsions,  Body Double). Son film s’apparente à une expédition mentale, un jeu de piste à l’intérieur du crâne de Mima.
Univers cérébral et perturbant
Le travail sur univers cérébral et perturbant l’inconscient obsède le réalisateur et ses films en témoignent. Millenium Actress, réalisé en 2001, présenté à l’occasion de la rétrospective, met en scène une célèbre actrice japonaise dont les rôles illustrent les grands épisodes de l’histoire nipponne. Tokyo Godfathers, sorti en 2003, raconte les aventures d’un enfant abandonné recueilli par un trio de mendiants à Tokyo qui mènent l’enquête et se confrontent à leurs fantômes du passé pour retrouver la mère du bébé dans un Japon sans repères – Satoshi Kon, amateur de cinéma américain, s’est souvenu du Fils du désert, de John Ford. Pour Paprika, sorti en en 2006, le cinéaste a adapté un de ses écrivains favoris, Yasutaka Tsutsui. Les personnages enquêtent cette fois-ci dans un autre domaine mental, les rêves, qui inspirera aussi Christopher Nolan pour son film Inception.

La rétrospective est également l’occasion de découvrir une série d’animation, genre dans lequel s’était lancé le cinéaste en 2004 : Paranoia Agent, découpé en treize épisodes de vingt-six minutes, qui reprend les thématiques de Perfect Blue. On y suit l’enquête menée par des inspecteurs à la suite de l’agression d’une conceptrice de peluche kawaï par un mystérieux gamin armé d’une batte de base-ball. Mais ce gamin existe-t-il vraiment où n’est-il que la construction mentale née d’une paranoïa générale ? L’ensemble des épisodes est proposé lors d’une « Journée Marathon », samedi 26 mai, de 14 heures à 20 heures. Une plongée de six heures dans l’univers cérébral et perturbant de Satoshi Kon.
Ressortie nationale (version restaurée) de Perfect Blue, le 9 mai. Rétrospective des films de Satoshi Kon au Brady, 39, boulevard de Strasbourg, Paris 10e. Paprika, du 10 au 15 mai ; Tokyo Godfathers, du 11 au 13 mai ; Perfect Blue, du 16 au 22 mai ; Millenium Actress, le 4 juin ; marathon des treize épisodes de sa série Paranoia Agent, le 26 mai. www.lebrady.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Le 71e Festival de Cannes entre dans son premier jour de compétition avec en lice : « Leto », de Kirill Serebrennikov, et « Yomeddine », d’Abu Bakr Shawky.
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La gazette de la Croisette : un cinéaste assigné, un documentaire fleuve et un film interdit

Le 71e Festival de Cannes entre dans son premier jour de compétition avec en lice : « Leto », de Kirill Serebrennikov, et « Yomeddine », d’Abu Bakr Shawky.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 13h21
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 17h20
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
Après la cérémonie d’ouverture présidée par Edouard Baer, mardi 8 mai au soir, au cours de laquelle l’actrice australienne Cate Blanchett, présidente du jury, et le cinéaste américain Martin Scorsese ont déclaré officiellement ouverte la 71e édition du Festival de Cannes, la compétition entre dans le vif du sujet mercredi 9 mai. Avec deux longs-métrages en lice pour la Palme d’or : Leto, du Russe Kirill Serebrennikov, et Yomeddine, premier film de l’Egyptien Abu Bakr Shawky, dit A. B. Shawky.
Arrêté à Saint-Pétersbourg en août 2017 et accusé de détournement de fonds publics, le metteur en scène et cinéaste russe, Kirill Serebrennikov, est depuis assigné à résidence à Moscou. Il ne sera donc pas sur la Croisette pour assister à la projection de son film Leto consacré au chanteur rock Viktor Tsoi, figure underground des temps soviétiques crépusculaires. Notre correspondante à Moscou, Isabelle Mandraud, dresse le portrait de ce « maître » de la scène russe, contraint, selon ses amis, à jouer dans une mauvaise pièce.

DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
Parallèlement à ce début de la compétition officielle, commencent aussi les séances spéciales (hors compétition), avec la projection d’un documentaire fleuve (plus de 8 heures), Les Ames mortes, du cinéaste chinois Wang Bing, qui a filmé les témoignages des rescapés des camps communistes. Notre critique Jacques Mandelbaum revient sur le tournage de ce « film de feu et de dévotion, geste de courage et de défi, inscription inédite par son ampleur de la tragédie du peuple chinois sous le joug communiste ».

        Lire le portrait :
         

          Wang Bing, dans les failles de l’histoire chinoise




La section Un certain regard (qui faite partie de la Sélection officielle du Festival de Cannes) ouvre ses portes avec comme film d’ouverture Donbass, de l’Ukrainien Sergei Loznitsa. Est aussi projeté le film kényan de Wanuri Kahiu, Rafiki, sélectionné à Cannes mais interdit dans son pays car il parle d’une histoire d’amour entre deux femmes.

        Lire l’entretien avec la réalisatrice Wanuri Kahiu :
         

          « Avec “Rafiki”, j’ai voulu raconter une belle histoire d’amour africaine »




C’est également le premier jour pour les deux autres sections parallèles du Festival de Cannes, la Quinzaine des réalisateurs et la Semaine de la critique. Pour notre critique Mathieu Macheret, le film d’ouverture de la Quinzaine, Les Oiseaux de passage, réalisé par les Colombiens Ciro Guerra et Cristina Gallego, donne le ton d’une sélection très sud-américaine. Ils y retracent, à la manière de Scarface, la naissance et le développement d’un empire de narcotrafiquants.

ON ATTEND AUJOURD’HUI :
A 14 h 30, le cinéaste britannique Terry Gilliam saura si son film L’Homme qui tua Don Quichotte aura enfin droit – près de trente ans après la naissance du projet et vingt ans après le tournage dantesque d’une première version jamais finie – à sa montée des marches, samedi 19 mai, en clôture du Festival de Cannes, hors compétition. Le tribunal de grande instance de Paris doit rendre sa décision après avoir été saisi en référé par le producteur portugais Paulo Branco, qui estime que ses droits sur le film ne sont pas respectés. Il demande l’interdiction de cette projection cannoise. Paulo Branco donnera une conférence de presse à 15 heures pour commenter la décision.


        Lire la gazette de la Croisette (8 mai) :
         

          Un jury, une cérémonie et un film d’ouverture






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ #RaideCarpette. Le Festival de Cannes est ouvert. Devant le palais, les festivaliers habitués à ne pas être invités aux projections, vont, sans se démonter, jusqu’à l’extrême bout de leur rêve.
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Cannes 2018 : « C’est peut-être pas mon monde à moi, mais moi dans ce monde-là je me sens chez moi »

#RaideCarpette. Le Festival de Cannes est ouvert. Devant le palais, les festivaliers habitués à ne pas être invités aux projections, vont, sans se démonter, jusqu’à l’extrême bout de leur rêve.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 13h09
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 15h29
    |

                            Charlotte Herzog








                        


« C’est dégueulasse qu’ils ne me laissent pas entrer. » Qu’est-ce que c’est « dégueulasse » ? A Cannes, c’est loin du tapis rouge que l’on trouve la réponse, dans les bars de la Croisette, où viennent se faire mousser ceux qui ne sont pas invités aux soirées. Mythos, refoulés, malchanceux, wannabe… C’est à eux que cette chronique veut donner la parole. Paillettes et glamour au placard, #RaideCarpette vous raconte le Festival vu de l’autre côté des barrières ou du bar, là où « y a vachement moyen de faire du cinéma ensemble ».

   


Pas d’invitation, pas de projection. Au Festival de Cannes, c’est la règle. Alors, à l’entrée du palais, ils et elles sont là. Des dizaines. Massés devant les barrières. En manque. Autour du cou, au bout de leurs bras tendus vers le ciel, ou serrées avec pudeur contre leur buste, des petites affichettes : « Une invitation pour Everybody Knows SVP » ; « J’ai besoin d’un billet comme l’air ».
En ce mardi 8 mai, Annie, Elena et Catherine espèrent récupérer des invitations pour la projection du film d’Asghar Farhadi à 19 heures. Elles ne se connaissent pas, mais à chaque édition de Cannes, elles sont copines. « D’années en années, on se retrouve entre ceux qui font la manche. On se le dit comme ça, entre nous, qu’on fait le trottoir à Cannes. »
Elena, qui a « son homme de l’autre côté qui tente la même chose », est d’origine russe, et son talent à elle, c’est d’être « figurante disponible ». Dans son sac, une petite pochette à l’intérieur de laquelle se trouvent quelques CV manuscrits et des photos d’elle sur le tapis rouge, « il y a quelques années de ça ».
Catherine elle, a de petites ballerines, un pantalon noir, un certain âge et la peau fatiguée. « Il faut se décontracter, sinon, ça fait des crampes d’estomac. Si j’ai pas d’invitation, c’est pas une souffrance. C’est un jeu. On voit des gens, des robes, des décolletés, des stars. »
« Avec votre tenue, vous n’irez nulle part »
Un homme affublé d’un pantalon beige aux multiples poches, polo rouge et tennis aux pieds, s’approche et l’interrompt en lui tapant sur l’épaule :
« Vous vendez des invitations ?
– Non, on vend rien, mais vous avec votre tenue, vous n’irez nulle part, laissez tomber. »
Elle lève les sourcils et soupire, avant de reprendre son souffle : « Ils devraient me garder avec eux ici ceux qui organisent, je pourrais les aider, je connais tous les trucs. Bref, moi, on me prend pas en photo, mais de toute façon, j’aime pas qu’on me prenne sans que je le décide. Sauf l’année dernière, sur le tapis, Gala m’a prise en photo à côté d’une top modèle, Amber… euh, je sais plus, enfin, c’était chouette. Et vous, tiens, mettez-vous à côté de moi, on va faire une petite photo. Vous ressemblez à la jury là, comment elle s’appelle déjà, mince… »
« Cate Blanchett ?
– Oui voilà, je vais faire une photo avec vous, et je dirai que j’étais avec Cate Blanchett. Oh qu’est-ce qu’on s’amuse ! Regardez ma photo de l’année dernière avec Amber machin, si, là, en arrière-plan, c’est moi ! Ah, bah tiens, la fille avec le décolleté vert de tout à l’heure, elle est plus là. Elle a dû choper son invit. Ah ça, le décolleté, ça marche. Moi, je vais vous dire, je préfère me faire refouler plutôt que d’avoir l’air olé olé, hein. Cette année, j’aimerais bien voir Mad Max. Euh non, l’Odyssée de l’espace. Mais j’irai peut-être le voir en salle. C’est juste que je me suis habituée à l’écran de Cannes. Y a des gens que je veux à tout prix rencontrer, juste deux minutes. Mais je suis pas une obsédée des stars, hein, je reste à ma place. Enfin à la place qu’on veut bien me donner. »
« Ça fait trente ans que je viens »
Annie n’est plus au milieu du passage, elle observe le délire à distance. Elle tient serré contre elle son tout petit papier. « Auriez-vous une invitation supplémentaire, s’il vous plaît ? Merci. » Elle porte une robe longue, son rouge à lèvres est impeccable, comme son brushing. Sa veste longue, assortie à l’orangé de sa robe, tombe à la juste hauteur pour découvrir ses escarpins, qui rappellent la couleur de sa bouche maquillée.
« J’ai honte de faire ça. Vous vous rendez compte ? Je suis une exploitante du cinéma, une indépendante. J’ai mon badge, mais pas d’invitation. Ça me gêne de quémander, alors que je peux voir des films comme je veux. Vous avez vu, je me suis faite belle. Vous voulez voir mes photos de l’année dernière ? J’avais une jolie robe bleue, regardez. Ça fait trente ans que je viens, ça m’est bien égal de réussir ce soir ou pas. Je reviendrais peut-être demain. Ah non, demain j’ai une soirée avec ma fille, c’est organisé par un journal de cinéma, mais je peux pas vous dire le nom, c’est privé. »
Avant de se mettre un peu à l’ombre et de me laisser filer, Catherine me fait un vrai sourire et tente de justifier sa petite pause sur le côté, à dix minutes du lancement du film qu’elle ne verra certainement pas : « C’est que je suis là depuis le début de l’après-midi, j’ai un peu mal aux jambes. Vous savez Cate, c’est peut-être pas mon monde à moi, mais moi, dans ce monde-là, je me sens chez moi, voilà. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Comme l’Iranien Jafar Panahi ou le Russe Kirill Serebrennikov, des cinéastes dont le film est en compétition au prestigieux Festival, sont victimes d’interdiction de quitter leur pays ou subissent des représailles à leur retour.
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Ces réalisateurs punis pour avoir été sélectionnés à Cannes


                      Comme l’Iranien Jafar Panahi ou le Russe Kirill Serebrennikov, des cinéastes dont le film est en compétition au prestigieux Festival, sont victimes d’interdiction de quitter leur pays ou subissent des représailles à leur retour.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 11h46
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 12h58
    |

                            Laurent Telo







Depuis 1978, plusieurs cinéastes étrangers n’ont pas pu présenter leurs films à Cannes.
2018, Jafar Panahi et Kirill Serebrennikov empêchés

   


Malgré les demandes officielles du Festival auprès des autorités de leurs pays respectifs, Jafar Panahi, l’Iranien dissident de Three Faces, et le Russe Kirill Serebrennikov, de Leto – accusé de détournement de subventions publiques –, n’ont pas eu l’autorisation de se rendre à Cannes, où leurs films sont en compétition.

        Lire aussi :
         

                Kirill Serebrennikov : « Je n’ai commis aucun crime »



2017, Mohammad Rasoulof surveillé

   


L’an dernier, le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof obtient le prix Un certain regard pour son film Un homme intègre. Cinq mois plus tard, il se fait retirer son passeport à l’aéroport de Téhéran et est mis sous surveillance policière. Le pouvoir iranien ne lui pardonne pas ses films très critiques.

        Lire aussi :
         

                Le cinéma iranien en liberté conditionnelle



2006, Lou Ye sanctionné

   


Le cinéaste chinois Lou Ye a décidé de présenter son film, Summer Palace, au Festival sans l’approbation des autorités de son pays. La sanction est implacable : il est interdit de tournage pendant cinq ans par la censure. Son film traitait des événements de la place Tiananmen occupée par les étudiants au printemps 1989 et de la répression sanglante qui s’est ensuivie.
1982, Yilmaz Güney exilé

   


C’est en prison que le cinéaste turc d’origine kurde dissident tourne une grande partie de Yol, la permission. Güney parvient à s’évader pour se réfugier en France où il termine le montage de son film, qui remporte la Palme d’or, ex aequo avec Missing, de Costa-Gavras. Il meurt d’un cancer deux ans plus tard sans avoir pu retourner en Turquie.
1978, Andrzej Wajda bâillonné

   


Gilles Jacob, alors délégué général du Festival, se rend à Varsovie pour visionner L’Homme de marbre, du réalisateur polonais, déjà distingué par un Prix spécial du jury à Cannes en 1957. Refus des autorités. Qu’à cela ne tienne, Jacob parvient à récupérer les bobines et les fait sortir en catimini de Pologne pour déjouer la censure. Le film sera présenté à Cannes sans son réalisateur.
Lire aussi : Andrzej Wajda, mort d’une conscience



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Première réalisatrice afro-américaine à être nommée pour un Golden Globe avec « Selma » en 2014, l’Américaine fait partie du jury du 71e Festival de Cannes.
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Ava DuVernay, cinéaste et infatigable militante de la cause noire


                      Première réalisatrice afro-américaine à être nommée pour un Golden Globe avec « Selma » en 2014, l’Américaine fait partie du jury du 71e Festival de Cannes.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 11h32
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 13h02
    |

                            Clément Ghys







Jurée engagée
Au sein du jury du 71e Festival de Cannes, présidé par Cate Blanchett, la réalisatrice de 45 ans côtoiera entre autres Robert Guédiguian, Léa Seydoux ou Kristen Stewart. Outre sa filmographie, le site du Festival souligne son soutien en faveur du « travail des cinéastes de couleur et notamment des femmes réalisatrices par l’intermédiaire de son collectif ARRAY », organisation fondée en 2010 et basée à Los Angeles qui distribue des films.

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Communicante aguerrie
Après des débuts dans le journalisme, où elle couvre le procès d’O.J. Simpson pour la chaîne CBS News, elle s’oriente vers la communication. Au milieu des années 2000, elle conçoit des campagnes marketing pour des films comme Dreamgirls ou Invictus. En parallèle, Ava DuVernay travaille pour Urban Beauty Collective, un réseau de salons d’esthétique destinés à une clientèle afro-américaine.
Documentariste primée
À la fin des années 2000, elle tourne des documentaires sur des sujets aussi variés que le quartier de Compton, à Los Angeles, l’histoire du hip-hop dans la même ville, les conséquences de l’ouragan Katrina ou sur des personnages-clés de l’histoire noire américaine. En 2016, son film Le 13e, en référence à l’amendement de la Constitution des États-Unis abolissant l’esclavage, a été nommé aux Oscars et primé aux Emmys. Diffusé sur Netflix, il souligne la persistance de la ségrégation ethnique dans le pays,
Pionnière à Hollywood
En 2014, elle rencontre le succès avec le long-métrage de fiction Selma (après I Will Follow en 2010 et Middle of Nowhere en 2012), sur les marches de Selma en 1965 en Alabama, épisode-clé de la lutte pour les droits civiques. Elle est la première réalisatrice noire à être nommée pour un Golden Globe, et à voir son œuvre citée dans la catégorie meilleur film. En 2018, elle signe, pour Disney, Un raccourci dans le temps, film fantastique avec Oprah Winfrey (productrice de Selma) au casting. Doté d’un budget de 100 millions de dollars, le long-métrage est la première grosse production réalisée par une Afro-Américaine.

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Assigné à résidence dans son pays, le metteur en scène et cinéaste russe est en compétition avec son film « Leto ».
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Cannes 2018 : l’hiver forcé de Kirill Serebrennikov

Assigné à résidence dans son pays, le metteur en scène et cinéaste russe est en compétition avec son film « Leto ».



Le Monde
 |    09.05.2018 à 10h09
    |

            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        



                                


                            

Absent à Cannes, invisible à Moscou. Arrêté une nuit d’août 2017 à Saint-Pétersbourg en plein tournage de son film Leto (« l’été »), Kirill Serebrennikov n’assistera pas à l’entrée en compétition sur la Croisette, mercredi 9 mai, de ce long-métrage consacré au chanteur rock Viktor Tsoi, figure underground des temps soviétiques crépusculaires. Depuis neuf mois, le metteur en scène et cinéaste russe, accusé de détournements de fonds ­publics, vit reclus dans son petit appartement moscovite, en ­résidence surveillée. Ses amis soupirent, son public se désole. C’est un « maître » de la scène russe, disent-ils, que l’on contraint à jouer dans une mauvaise pièce.

Une farce qui éreinte cet artiste de 48 ans à l’énergie redoutable, muselé par un procès à l’issue incertaine, malgré ses plaidoyers d’innocence. « Je n’ai commis aucun crime », répète-t-il à ­chacune de ses audiences au ­tribunal, visage tendu derrière des lunettes sombres.

Il est si ­facile, en Russie, de poursuivre n’importe quel dirigeant artistique, dépendant comme tout un chacun, ici, des subsides de l’Etat… La preuve en est : hormis des témoignages de solidarité, aucune révolte n’a éclaté. Et, comme si de rien n’était, le ministère de la culture a envoyé un Tweet, le 8 mai, pour souhaiter « bonne chance » aux deux films russes présentés en ­compétition à Cannes, qui n’en avait plus accueilli depuis 2007. Dont Leto.
« Un jeune homme de Rostov »
« Le théâtre russe a été toujours un monument, une cathédrale, et aujourd’hui on peut jouer, faire des expériences, mais, si vous allez trop loin, on vous met dans la “chambre des enfants”, au coin… », dit doucement Alla Demidova. A 81 ans, l’actrice, connue et respectée en Russie, est aussi la « marraine » de Serebrennikov, fière d’exposer chez elle tous les objets qu’il lui rapportait de ses voyages à l’étranger, comme ce collier ­africain de perles noires.
« A...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ A la Quinzaine, Ciro Guerra et Cristina Gallego retracent la naissance et le développement d’un empire de narcotrafiquants.
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Cannes 2018 : « Les Oiseaux de passage », un « Scarface » tribal et halluciné en Colombie

A la Quinzaine, Ciro Guerra et Cristina Gallego retracent la naissance et le développement d’un empire de narcotrafiquants.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 09h48
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 10h01
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs – film d’ouverture
Trois ans après L’Etreinte du serpent (2015) et sa somptueuse descente sous psychotrope sur le fleuve Amazone, dont le cours ­remontait celui de l’histoire ­coloniale, le cinéaste colombien Ciro Guerra revient à Cannes. Son quatrième long-métrage, cosigné avec son épouse et productrice Cristina Gallego, fait ainsi l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs.

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Les Oiseaux de passage prennent le parti culotté de retracer la naissance et le développement d’un empire de narcotrafiquants, en l’enracinant dans les mythes et les structures claniques des tribus Wayuu, de la pointe nord de la Colombie, entre la fin des années 1960 et le début des années 1980.
Commencé comme une fiction anthropologique en dialecte indigène, le film s’érige peu à peu en une sorte Scarface colombien, ­reprenant à son compte les codes du film de gangsters, plus précisément le schéma moral et scorsésien du « rise & fall » (« grandeur et décadence ») caractéristique du genre.
Scénario de ­démesure
Rafa, jeune homme froid et ­déterminé, revient dans son ­village de bergers wayuu, pour demander la main de sa cousine. L’oncle et la tante, les chefs du clan, lui réclament une dot exorbitante en échange de leur fille. Rafa se lance avec un ­complice allogène, dans le commerce illicite de marijuana, à destination des touristes américains puis en exportation directe vers les Etats-Unis.
Les affaires prennent de l’ampleur, Rafa fait le vide autour de lui et renforce sa ­position au sein du clan, devenu riche et puissant grâce à lui. Mais Leonidas, petit-fils gâté, au comportement de chien fou, se rend responsable d’un grave affront auprès d’un parrain voisin, ­patriarche d’une famille wayuu rivale. Les relations ne tardent pas à s’envenimer et la guerre à être déclarée.
On reconnaît le scénario de ­démesure, l’hybris tragique, qui préside d’ordinaire aux mises en scène de la pègre. Mais le film doit son originalité à sa ­tentative de ­replonger cette « histoire de la violence » dans l’imaginaire d’un folklore vernaculaire, empreint de croyances légendaires.
Coutumes et croyances
Deux logiques apparaissent alors à l’œuvre et s’affrontent. Celle rationnelle des intérêts particuliers (l’argent et le pouvoir), que Cristina Gallego et Ciro Guerra ont l’intelligence de traiter de manière elliptique, l’évolution de la famille se constatant par-delà les coupes, dans les trous du récit. Mais aussi celle ­irrationnelle des coutumes et des croyances imbibant le tout, qu’il s’agisse des rêves de la jeune épouse, gonflés d’augures menaçants, des rites ou des interdits qui régulent les usages de la communauté.
Gangstérisme et anthropologie se rejoignent dans le tronc commun de la famille, cette entité mythologique qui concentre les motifs ­universels de la pureté et des ­origines. Et il faut sans doute voir, dans le personnage de la mère, véritable chef du clan, la stature antique d’une Clytemnestre ou d’une Médée.
Dire que la greffe prend tout à fait serait pourtant exagéré. La mise en scène, d’un sérieux à toute épreuve, penche vers une forme de sévérité distante, implacable jusque dans le jeu « à froid » des comédiens (Rafa reste un personnage opaque et impénétrable) et la construction programmatique (le récit découpé en chapitres numérotés). Cerné par le surnaturel, la magie, les visions, le film ne se laisse que rarement posséder par leurs puissances, hormis quelques songes désignés comme tels.
Le film est jusqu’au bout scindé entre la réalité et l’imaginaire, entre la Colombie des indigènes et l’Amérique du film de gangsters
Parti pris pragmatique d’autant plus étonnant qu’on entrevoit par moments quel ­magnifique « film en transe » Les Oiseaux de passage auraient pu être, s’ils avaient accompli ­jusqu’au bout leur vœu syncrétique. Notamment lors de cette scène de la danse prénuptiale, où l’étoffe rouge et ruisselante de la jeune fille envahit l’écran comme une extension d’elle-même, avant qu’elle n’entame une course circulaire endiablée avec ses prétendants. Alors, le talent de Gallego et Guerra éclate, vibrant d’une énergie rituelle qui semble venir de la nuit des temps.

   


Les Oiseaux de passage n’en ­demeurent pas moins un film impressionnant, habité, stimulant, mais jusqu’au bout scindé entre sa spécificité locale et le genre exogène dont il se drape, entre la réalité et l’imaginaire, entre la Colombie des indigènes et l’Amérique du film de gangsters – et accessoirement du prochain film en préparation de Ciro Guerra, Waiting for the ­Barbarians, avec Mark Rylance et Robert Pattinson en têtes ­d’affiche. Les pieds ici, la tête là-bas, on se demande : où est le cœur ?

Film colombien, mexicain, danois et français de Cristina Gallego et Ciro Guerra. Avec Carmina Martínez, Natalia Reyes, José Acosta (2 h 05). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : diaphana.fr/film/les-oiseaux-de-passage



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Réalisme social, fable, fantastique… La dernière sélection d’Edouard Waintrop propose une grande variété de genres.
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Cannes 2018 : une Quinzaine des réalisateurs très sud-américaine

Réalisme social, fable, fantastique… La dernière sélection d’Edouard Waintrop propose une grande variété de genres.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 09h45
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 09h50
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Le rideau s’ouvre sur la Quinzaine des réalisateurs, la dernière d’Edouard Waintrop avant que le délégué­ général ne passe le relais, après six ans de bons et loyaux services, à Paolo Moretti, nommé à sa ­succession en mars par le conseil d’administration de la Société des réalisateurs de films (SRF), ­association chargée de la mani­­fes­tation depuis ses origines, en 1969. Le sélectionneur sortant s’est donc offert, pour cette édition, un florilège à sa mesure, foisonnant et bigarré, faisant la part belle aux cinématographies du monde. Avec une nouvelle fois une forte présence de l’Amérique du Sud, envers laquelle Waintrop a ­toujours manifesté une certaine attirance.

Ce sont donc non moins de sept films (trois courts et quatre longs-métrages) et quatre pays différents (Colombie, Argentine, ­Brésil, Mexique) qui se partagent cette année la représentation du sous-continent. A commencer par la Colombie, à laquelle échoit l’honneur d’ouvrir la sélection, avec Les Oiseaux de passage, de Cristina Gallego et Ciro Guerra, duo à l’origine du très remarqué L’Etreinte du serpent (2015). Le film se penche sur le fléau du narcotrafic, mais avec cette particularité de l’aborder sous un versant ­primitif, puisque l’inscrivant dans les coutumes grégaires de villageois indigènes du nord du pays. C’est le même sujet brûlant dont s’empare Comprame un revolver, du Méso-Américain Julio Hernandez Cordon, mais à la façon ­diamétralement opposée d’une fable dystopique glaçante. Postulant un Mexique entièrement sous la domination des cartels, où les femmes viennent à manquer, il décrit un monde de violence­ absolue où ne demeure plus aucune trace d’humanité, en dehors d’adultes asservis et d’enfants ­errants.

Mélanges et fusions
A côté de cela, deux courts-métrages étrangers ont choisi la ­Colombie pour point de chute : Las Cruces, du Français Nicolas Boone, immersion en plans-séquences dans un quartier pauvre de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Nash Edgerton bouscule les codes de la comédie d’action pour créer un divertissement efficace mais aux personnages stéréotypés.
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« Gringo » : un héros qui ne paye pas de mine

Nash Edgerton bouscule les codes de la comédie d’action pour créer un divertissement efficace mais aux personnages stéréotypés.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h59
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Anti-héros et fil rouge du deuxième long-métrage de Nash Edgerton, ­Harold (David Oyelowo) est un bon gars. Ni complètement loser, comme certains, autour de lui, se plaisent à le penser. Ni vraiment ambitieux, à l’inverse de ses patrons de l’entreprise pharmaceutique dont il est l’employé, Elaine Markinson (Charlize Theron) et Richard Rusk (Joel Edgerton). Ceux-ci, décidés à se lancer dans le commerce du cannabis médical, n’hésitent pas à envoyer le brave Harold au Mexique, afin qu’il supervise le lancement de leur première usine de production. Les deux ­cyniques ont évidemment bien pris soin de cacher à l’intéressé qu’ils ont trahi là-bas un ­cartel de la drogue. Autant dire, des durs de durs.
Le scénario, sans abuser des rebondissements, des cascades et des fusillades spectaculaires, préfère prendre le spectateur à rebrousse-poil
C’est d’ailleurs par un appel téléphonique affolé d’Harold, en provenance du Mexique, que commence le film. Le gaillard dit avoir été enlevé par des ravisseurs qui réclament 5 millions de dollars contre sa libération. Si l’on en croit le bruit des gifles et la puissance des cris qui nous parviennent, depuis l’endroit où nous sommes placés – à l’autre bout du fil, au côté de Richard Rusk, dans son bureau de Chicago –, l’affaire n’a rien d’une rigolade. Elle ne l’est pas, en effet, pour ­Harold, dont la seule vertu a toujours été de mettre les emmerdes sous le tapis en espérant qu’ils y restent. Et qui soudain va devoir les affronter tous, dans un pays étranger dont il ne comprend pas la langue, avec à ses trousses des malfrats sanguinaires qui, eux, ne reculent devant rien.
De cette situation du type ordinaire confronté à l’exceptionnel, le scénario tire profit, sans abuser des rebondissements, des cascades et des fusillades spectaculaires, préférant privilégier les pas de côté, bousculer les convenances du genre et prendre ainsi le spectateur à rebrousse-poil.
Entre Chicago et le Mexique
Le procédé est d’ailleurs d’emblée mis en place, dès la fin de la scène inaugurale, par un flash-back qui nous éclaire, d’un tout autre point de vue que le premier, sur l’enlèvement d’Harold, lui-même acteur de son rôle, une plaisanterie, un pied de nez susceptible de nous fournir un premier indice sur la (fausse) naïveté du personnage. Mais aussi, sur la manière dont Nash Edgerton a choisi de conduire son film.
Car tout s’inverse un peu dans Gringo. Les plus benêts se révèlent des petits malins qui ordonnent la marche des événements ; et les puissants – patrons, caïds, mercenaires –, de sombres idiots qui la retardent. De même que le scé­nario s’évertue à repousser sans cesse ce qu’il nous fait attendre, le cinéaste s’applique à multiplier les allers-retours entre Chicago et le Mexique. Nous baladant, au propre comme au figuré, d’un monde pris sous la grisaille de l’hiver saisi dans la gangue de cadrages serrés à un autre, exposé à une lumière et des couleurs vives, que des travellings ou une caméra portée s’amusent à rendre trépignant.
Ces partis pris contribuent à faire de Gringo un bon divertissement qui passe sans ennui. Sur près de deux heures, ce n’est déjà pas si mal. Pas suffisant cependant pour prétendre à une marche supérieure à laquelle le film aurait peut-être pu aspirer s’il n’avait pas, à ce point, négligé les contextes social et politique qu’il met en avant et oublié d’injecter quelques nuances dans le caractère stéréotypé de ses personnages.

Film américain et australien de Nash Edgerton. Avec David Oyelowo, Charlize Theron, Joel Edgerton (1 h 50). Sur le Web : www.metrofilms.com/films/gringo et www.facebook.com/gringomovie



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Sélectionné au Cinéma du réel en 2017, le documentaire d’Edie Laconi filme le quotidien d’un centre parental à Hérouville Saint-Clair, près de Caen.
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« Champ de batailles » : de la difficulté à devenir parent

Sélectionné au Cinéma du réel en 2017, le documentaire d’Edie Laconi filme le quotidien d’un centre parental à Hérouville Saint-Clair, près de Caen.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h57
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
De la difficulté à devenir parent : le documentaire d’Edie Laconi, sélectionné au Cinéma du réel en 2017, se situe dans un centre parental qui « aide » des jeunes pères et mères en difficulté à protéger leurs enfants. Le réalisateur, lui-même devenu père, a découvert à deux pas de chez lui, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), un centre maternel devant lequel des jeunes mères ne cessaient de passer avec leurs poussettes…
La visite de ce lieu a déclenché l’idée du film – tourné ailleurs, à Hérouville Saint-Clair, près de Caen. On suit le quotidien de deux jeunes femmes qui subissent plus qu’elles n’acceptent l’institution avec ses contraintes, tandis qu’un couple est confronté au placement de leur fils dans une famille d’accueil. Tout en sobriété, le réalisateur trouve la bonne distance pour filmer ces moments délicats. Les portraits des parents sont particulièrement réussis.

Documentaire français d’Edie Laconi (1 h 38). Sur le Web : vendredivendredi.fr/champ-de-batailles



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le film admirable et tardif du cinéaste sort en Blu-ray dans une version somptueuse.
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DVD : « La Vie privée de Sherlock Holmes », dans les reliques de Billy Wilder

Le film admirable et tardif du cinéaste sort en Blu-ray dans une version somptueuse.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h56
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


Sur les accords de la musique de Miklos Rozsa, derrière un générique dont le design est signé Maurice Binder, une vieille malle est ouverte. Des mains anonymes en sortent des objets dont une voix off, celle du Docteur Watson, nous indique qu’ils appartenaient à Sherlock Holmes. Sont alors décrits en détail un certain nombre de fétiches attachés au personnage créé par Arthur Conan Doyle : un chapeau à double visière, une pipe recourbée, une loupe, une seringue. Des objets devenus des reliques.
L’idée de reliques, comme fragments destinés tout à la fois à conserver quelque chose d’un passé enfoui tout en témoignant d’une perte irrémédiable, est le principe même de cet admirable Blu-ray édité par L’Atelier d’images. Pour s’en rendre compte, il faut en passer par les copieux suppléments qui accompagnent le long-métrage de Billy Wilder. Comme le rappelle l’historien, réalisateur, archiviste et découvreur de trésors Jérôme Wybon dans une interview, le réalisateur avait eu l’idée, dès les années 1960, de s’emparer de Sherlock Holmes pour en écrire, avec son complice I.A.L. Diamond, une aventure apocryphe afin d’en faire une comédie musicale destinée aux planches de Broadway. Ce n’est qu’à la toute fin des années 1960 que ce projet se réalisera, sous la forme d’un long-métrage produit par la Mirisch ­Company.
Prévu pour durer quatre heures, le film sera, après le tournage, réduit à deux heures sur les instructions des producteurs
Prévu pour durer quatre heures, le film sera, après le tournage, réduit à deux heures sur les instructions des producteurs, rendus frileux par l’insuccès de récentes grosses productions. La Vie privée de Sherlock Holmes, tel qu’il fut distribué dans les salles, est donc un long-métrage mutilé, un fantôme de film, dont les bonus du Blu-ray vont reconstituer la continuité, à partir de ce qui fut retrouvé du métrage disparu, c’est-à-dire des reliques, justement (photographies de plateau, pages de scénario, pistes sonores, séquences entières parfois sans piste son).
Apparaît ainsi la dimension poétique de l’archive cinématographique, non seulement comme trace du passé mais aussi comme l’existence spectrale de ce qui n’est plus et ne reviendra jamais. Il semble en effet que les séquences coupées, sous leur forme achevée, aient totalement disparu. A côté de cette reconstitution, on trouve une émouvante et fine interview de Christopher Lee, qui incarne Mycroft Holmes, le frère du détective, et surtout un documentaire allemand réalisé pendant le tournage. On y voit Wilder au travail, on l’entend, avec son accent inimitable, parler du film et travailler avec son scénariste, on découvre sa complicité avec les acteurs sur le plateau. Bouleversant.
Décadence et sensibilité
La Vie privée de Sherlock Holmes n’eut guère de succès en salle. Il s’agit pourtant d’un film admirable, représentatif de ces œuvres tardives et testamentaires des grands artistes hollywoodiens classiques qui restèrent fidèles à leur art, tout en sachant le ­complexifier pour répondre aux nouvelles exigences d’un présent en plein bouleversement (l’agonie des studios). Le film s’avoue de son temps (un temps de décadence pour le cinéma américain), en y abordant crûment des motifs longtemps refoulés. La dépendance d’Holmes à la cocaïne est un des enjeux du récit, tout autant que son rapport problématique aux femmes.
Celui qui fut sans doute le moins romantique des cinéastes, auteur, entre autres, de films noirs et de comédies vachardes, le plus cynique et le plus misanthrope peut-être, dévoile, sur le tard, une sensibilité singulière, qui culminera encore dans son chef-d’œuvre suivant, Avanti ! Au centre de La Vie privée de ­Sherlock Holmes se dévoile la solitude d’un personnage omniscient dont la cuirasse se fendille. Si les scènes coupées, du moins ce que l’on en entraperçoit, pouvaient être vues comme de joyeuses variations sur l’amitié entre Holmes et Watson, ce qui reste du film (une séquence burlesque où Holmes fait croire à une grande ballerine russe qui veut un enfant de lui qu’il vit en couple avec Watson, suivie d’une intrigue où apparaissent le monstre du Loch Ness, les services secrets britanniques, une belle espionne, la reine Victoria et quelques détails baroques) se focalise davantage sur une histoire d’amour qui en restera au stade de la virtualité tragique. La misogynie d’Holmes y prend une intense et poignante signification mélancolique.

Film américain de Billy Wilder (1970). Avec Robert Stephens, Colin Blakely, Geneviève Page et Christopher Lee (2 h 05). Blu-ray L’Atelier d’images. Sur le Web : fr-fr.facebook.com/latelierdimagesfilms



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Hors compétition, le cinéaste chinois Wang Bing filme les rescapés des camps communistes.
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Cannes 2018 : « Les Ames mortes », mémoires plurielles des crimes maoïstes

Hors compétition, le cinéaste chinois Wang Bing filme les rescapés des camps communistes.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 13h32
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Sélection officielle – hors compétition, séance spéciale
Pardon, mais il faudra surseoir, en ce premier jour ouvré du calendrier cannois, à l’injonction du glamour. Le premier grand événement de cette édition 2018, projeté ce mercredi 9 mai à 10 heures du matin dans la modeste jauge de la « salle du soixantième », est un documentaire chinois de huit heures, consacré aux victimes des purges maoïstes. Film d’une âpreté totale, minéral comme le sable du désert, intensément focalisé sur la parole des survivants, dépourvu de la moindre fioriture esthétique, et pourtant film de feu et de dévotion, geste de courage et de défi, inscription inédite par son ampleur de la tragédie du peuple chinois sous le joug communiste.
Auteur en 2000 d’une des plus grandes œuvres du siècle qui se levait – le non moins monumental A l’ouest des rails, consacré au démantèlement d’un complexe industriel dans le nord de la Chine –, Wang Bing, réalisateur quasi clandestin dans son propre pays, ne dément pas avec ce nouveau film sa réputation d’exceptionnel documentariste. Les Ames mortes est le troisième volet d’une obsession historique et filmique inaugurée pour le cinéaste en 2004, à la lecture d’un ouvrage de Yang Xianhui (Le Chant des martyrs. Dans les camps de la Chine de Mao, ­Balland, 2010), fictionnalisation des récits de survivants de Jia­biangou, complexe concentrationnaire du désert de Gobi, situé dans la région de Gansu.

        Lire le portrait :
         

          Wang Bing, dans les failles de l’histoire chinoise



Parti à son tour à la recherche des survivants, Wang Bing les a longuement filmés entre 2005 et 2017, accumulant six cents heures de rushes dans des périples rendus improbables par l’absence de moyens, et dont le récit à lui seul pourrait passer pour épique. Il s’en est suivi un premier documentaire, intitulé Fengming, histoire d’une femme chinoise (2007), puis une fiction, Le Fossé (2010), aujourd’hui enfin, Les Ames mortes, dont la production a été rendue possible par la société française Les Films d’ici. La séquence historique dans laquelle s’inscrit le film est celle du Grand Bond en avant (1958-1962), un processus économique et politique qui se solde par des millions de victimes. Le film circonscrit son propos au complexe de Jianbiangou, où trois mille deux cents « droitiers » sont envoyés censément pour se rééduquer, en réalité pour y mourir d’inanition.
Des paroles terrifiantes
Cinq cents d’entre eux survivent en 1961, mais demeurent objets de persécution jusqu’à la mort du Grand Timonier en 1976. Une quinzaine de survivants témoignent aujourd’hui dans le film. Les paroles de ces hommes et de ces femmes sont terrifiantes. Elles disent la faim torturante, la dysenterie et l’anémie, l’animalisation et la chosification, l’infestation par les poux, le cannibalisme, la solitude et le désespoir les plus absolus. Elles disent, aussi bien, le mépris souverain de la dignité et de la vie des hommes, l’indifférence féroce à leurs souffrances. Elles stigmatisent enfin l’ineptie ubuesque en même temps que l’insigne perversité du régime responsable de cette atrocité.
En cela beaucoup de ces témoignages se recoupent, décrivant un même processus d’exclusion. Encouragés à critiquer le Parti durant la libéralisation de la « campagne des cent fleurs » (1957), ces hommes et ces femmes – des intellectuels et des enseignants dans leur majorité – se retrouvent quelques mois plus tard pris dans la nasse de la persécution anti-droitière lors du retour de bâton du Grand Bond en avant. Une parole un tant soit peu critique, voire nulle parole mais leur simple statut ou un rapport difficile avec le secrétaire de la cellule du quartier leur vaut une déportation d’autant plus assurée que chaque cellule a des quotas de dénonciation à satisfaire.
« Ils voulaient leur mort (…) l’agriculture, c’était du foutage de gueule, les terres étaient stériles »
Beaucoup partent au camp avec la volonté sincère de se rééduquer. Tous, aujourd’hui, disent n’avoir jamais compris de quoi on les accusait. Un ancien cadre du camp, lui seul, accablé et lucide, ose le premier et dernier mot de ce mystère : « Ils voulaient leur mort (…) l’agriculture, c’était du foutage de gueule, les terres étaient stériles. »
Au-delà de Jianbiangou, au-delà de ses ossements encore ostensibles que Wang Bing filme longuement entre deux entretiens, rien ne devrait interdire de penser que Les Ames mortes vaut aussi pour les millions de victimes, non recensées, de la violence d’Etat en Chine, qui s’exerce sous diverses appellations, depuis les exécutions de masse des « contre-révolutionnaires » lors de l’avènement de la République populaire jusqu’au massacre de Tienanmen en 1989, en passant par la sinistre Révolution culturelle.
Registre de la litanie
On pourrait être tenté, à ce titre, de comparer Les Ames mortes au Shoah de Claude Lanzmann. Même obsession à recueillir la parole des survivants, même souci d’évoquer les morts par l’entremise de ceux qui les virent mourir. Même démiurgie du film qui fonde dans l’Histoire un événement insu et enfoui en même temps qu’il en écrit le tombeau. Mais les deux œuvres, aussi bien, divergent. Wang Bing s’attache moins à la pédagogie minutieuse d’un processus de mise à mort et à la construction d’un récit qu’à la pure exaltation de la parole des survivants et au miracle industrieux de leur survie, opération d’autant plus émouvante que les témoins de son film, âgés et affaiblis, filmés longuement dans ce que l’on pressent être leur dernière demeure, rejoignent au moment où ils parlent la mort à laquelle ils ont miraculeusement échappé.

   


La répétition possiblement fastidieuse de ces témoignages est pourtant cela même qui transcende le film et définit son registre, qui n’est autre que celui de la prière, plus précisément de la litanie dans sa dimension mélancolique et incantatoire. C’est à la version laïque de Paul Eluard qu’on sera pourtant tenté de rapprocher ce plus téméraire d’entre les films de fantômes chinois. Liberté, illustre poème écrit clandestinement sous l’Occupation, qui célèbre tout ensemble les vertus de l’anaphore et de l’aspiration à la délivrance : « Sur toutes les pages lues, sur toutes les pages blanches, pierre sang papier ou cendre, j’écris ton nom. »

Documentaire chinois de Wang Bing (8 h 16). Sortie en salle le 24 octobre. Sur le Web : www.adokfilms.net/production/film/les-ames-mortes



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent une liste de films à découvrir sur grand écran.
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Deux cinéastes iraniens à l’honneur : nos choix de films

Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent une liste de films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 09h15
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Le film d’Asghar Farhadi qui a ouvert le Festival de Cannes, un documentaire sur des parents qui ont bien du mal à endosser leur rôle, le retour en salle d’un dessin animé virtuose du Japonais Satoshi Kon et une plongée dans l’œuvre méconnue du grand cinéaste iranien Amir Naderi : voilà de quoi vibrer et s’émouvoir dans les salles obscures cette semaine de mai.
« EVERYBODY KNOWS » : le regard sombre de Farhadi sur un village de Castille

Quelques heures après le jury cannois, qui a découvert le film mardi soir lors de la cérémonie d’ouverture du festival, les spectateurs peuvent voir en salle le nouveau film d’Asghar Farhadi, Everybody Knows, en compétition à Cannes. Le cinéaste iranien pose son regard sombre sur un village viticole de Castille où il a choisi de tourner avec deux stars espagnoles, Penélope Cruz et Javier Bardem.
Farhadi est obsédé par les mécaniques humaines, ce qui les meut, ce qui les grippe, leurs mouvements contradictoires. Délibérément, menant jusqu’au bout la démarche entamée dans le premier film qu’il a tourné hors d’Iran (Le Passé, 2012), l’auteur d’Une séparation met en œuvre d’autres contraintes, d’autres normes sociales sans doute pour mieux prouver l’universalité de la condition humaine. Il en résulte un film souvent virtuose, parfois pesant (les deux frontières du talent de l’auteur), plus fragile aussi que les édifices imposants que formaient ses derniers scénarios, et, par là même, plus émouvant. Thomas Sotinel
« Everybody Knows », film iranien, espagnol, français et italien d’Asghar Farhadi. Avec Penélope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darin (2 h 12).
« CHAMP DE BATAILLES » : de la difficulté de devenir parent

Le documentaire d’Edie Laconi, sélectionné au Cinéma du réel, en 2017, se situe dans un centre parental qui aide des jeunes pères et mères en difficulté à protéger leurs enfants. Le réalisateur, lui-même devenu père, a découvert à deux pas de chez lui, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), un centre maternel devant lequel des jeunes mères ne cessaient de passer avec leurs poussettes.
La visite de ce lieu a déclenché l’idée du film – tourné ailleurs, à Hérouville-Saint-Clair (Calvados), près de Caen. On suit le quotidien de deux jeunes femmes qui subissent plus qu’elles n’acceptent l’institution avec ses contraintes, tandis qu’un couple est confronté au placement de leur fils dans une famille d’accueil. Tout en sobriété, le réalisateur trouve la bonne distance pour filmer ces moments délicats. Les portraits des parents sont particulièrement réussis. Clarisse Fabre
« Champ de batailles », documentaire français d’Edie Laconi (1 h 38).
« PERFECT BLUE » : schizophrénie animée

Vingt ans après sa sortie, le film d’animation virtuose du Japonais Satoshi Kon, mort en 2010, revient en salle. Mima est une vedette de la chanson qui décide d’abandonner la variété pour devenir comédienne, au grand désespoir de ses fans. Alors qu’elle commence à tourner ce que l’on devine être un sitcom policier pour la télévision, des faits étranges et inquiétants se déroulent autour d’elle. Mima, qui voit régulièrement apparaître son double, bascule-t-elle dans la schizophrénie ?
Résumer Perfect Blue ne permet pas de donner une idée véritable de ce qu’est la virtuosité incroyable d’un récit où se mêlent réalité et fantasmes, présent et passé, vie et fiction. Perfect Blue invente un univers à la fois réaliste et abstrait, fonctionnant comme un monde de réseaux, de connexions secrètes. Le spectateur est comme transporté au gré des innervations et des circonvolutions d’un énorme cerveau. Jean-François Rauger
« Perfect Blue », film d’animation japonais de Satoshi Kon (1 h 21).
LA COURSE DE FOND D’AMIR NADERI, au Centre Pompidou

   


La rétrospective que le ­Centre Pompidou consacre jusqu’au 17 juin à Amir Naderi tombe à pic pour élargir notre connaissance du ­cinéma iranien et, plus précisément, du virage moderne qu’il connut à la fin des années 1960.
Né en 1945 à Abadan, Naderi se révèle un cinéaste d’une envergure tout aussi considérable qu’Abbas Kiarostami, dont la filmographie est restée en France ­relativement méconnue, en ­ dehors d’un chef-d’œuvre, Le Coureur (1985), bouleversant ­portrait d’une enfance à bout de souffle. Parmi les vingt-deux films présentés lors de cette rétrospective, L’Eau, le vent, la terre (1988), son dernier film iranien et sans doute le plus sidérant (jeudi 10 mai à 20 heures). Un jeune homme revient chercher ses parents ­disparus dans une région rongée par la ­ désertification. La mise en scène, apocalyptique, s’assimile à une gigantesque ­tornade de poussière, noyant les dernières ­silhouettes d’humanité dans un monde en voie ­d’effacement.
A voir aussi, réalisé en 1997 à l’époque où le cinéaste travaillait aux Etats-Unis, A, B, C, Manhattan (samedi 12 mai à 20 heures) : Naderi lance sa caméra dans les ­quartiers délabrés de Washington Heights et du Lower East Side, qu’il documente sur le vif en même temps qu’il y suit les déambulations de personnages en quête d’eux-mêmes. Mathieu Macheret
« Amir Naderi et le cinéma moderne iranien », Centre Pompidou, Paris 4e. En présence du cinéaste. Jusqu’au 17 juin.

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 9 mai)
Senses 3 & 4, film japonais de Ryusuke Hamaguchi (chef-d’œuvre)Champ de batailles, documentaire français d’Edie Laconi (à voir)Everybody Knows, film iranien, espagnol, français et italien d’Asghar Farhadi (à voir)Gringo, film américain et australien de Nash Edgerton (pourquoi pas)Los Adioses, film mexicain de Natalia Beristain Egurrola (pourquoi pas)Miracle, film lituanien d’Egle Vertelyte (pourquoi pas)Rester vivant : méthode, film néerlandais d’Erik Lieshout (pourquoi pas)
Nous n’avons pas vu :
Abdel et la comtesse, film français d’Isabelle DovalLa Bataille du Coâ, documentaire français de Jean-Luc BouvretDeath Wish, film américain d’Eli RothLéo et les extra-terrestres, film d’animation allemand, danois et luxembourgeois de Christoph Lauenstein, Wolfgang Lauenstein et Sean McCormackMonsieur Je-sais-tout, film français de François Prévôt-Leygonie et Stéphan Archinard7 Minuti, film italien, français et suisse de Michele Placido





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Pour cette 71e édition du Festival, l’actrice australienne préside un jury majoritairement féminin.
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Cannes 2018 : sur le visage de Cate Blanchett, un sourire de reine mère…

Pour cette 71e édition du Festival, l’actrice australienne préside un jury majoritairement féminin.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 03h29
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 10h22
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Une hôtesse enlève ses talons, suivie d’une autre. Elles ne peuvent pas s’asseoir dans le Grand Théâtre Lumière et vont rester debout, près de la sortie, pendant toute la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes. Une comédienne se cale contre le mur à côté d’elles : elle s’est incrustée sans carton d’invitation en se collant derrière le cinéaste Martin Scorsese… Mardi 8 mai, vers 19 heures, la montée des marches de la 71e édition cannoise s’achève, fidèle à elle-même. Elle a paru toujours très longue malgré l’absence de selfies, désormais interdits.

        Lire le compte-rendu du tchat avec Thomas Sotinel à Cannes :
         

          « Les réalisatrices restent très minoritaires dans les sélections »



Mais c’est ailleurs que l’on guette le vrai changement : huit mois après le scandale de l’affaire Weinstein, du nom du producteur américain accusé d’agressions sexuelles par de nombreuses actrices, le Festival ne peut plus tout à fait être le même. Cannes n’était-il pas le « terrain de jeu » d’Harvey Weinstein, comme l’a souligné un journaliste du Guardian, dans un article paru le 4 mai ? Edouard Baer, animateur en chef de la soirée, se contente d’une petite allusion. Evoquant les carrières au cinéma, l’acteur distingue « ceux qui ont couché, ceux qui ont refusé de coucher » ou « ceux qui ont couché avec la mauvaise personne ».
Les VIP sont prévenus : avec leur badge d’accréditation, ils reçoivent un fac-similé de billet d’entrée, orné d’un nœud papillon et de cet avertissement : « Comportement correct exigé. Ne gâchons pas la fête, stop au harcèlement. » Suit le numéro de la hotline pour « toute victime ou témoin de violences sexistes ou sexuelles ».
Une montée des marches 100 % féminine
Le délégué général du Festival, Thierry Frémaux, avait déjà annoncé, le 7 mai, sur France Inter, une montée des marches 100 % féminine pour le samedi 12 mai. Et, pour la première fois, lors de la cérémonie d’ouverture, le « patron » du Festival est venu présenter lui-même le jury de la 71e édition, paritaire et divers. Cinq femmes et quatre hommes venant des cinq continents : l’acteur taïwanais Chang Chen, la chanteuse burundaise Khadja Nin, le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev, etc.
Puis vint le tour de la présidente du jury, Cate Blanchett. Est-ce parce que sa réputation de féministe est faite ? Ou parce qu’elle a tout récemment dévoilé dans Variety que Weinstein l’avait harcelée, elle aussi ? « Comme la plupart des prédateurs, il s’attaquait principalement aux gens vulnérables », a-t-elle déclaré. Toujours est-il que l’actrice australienne, bientôt 49 ans et l’une des mieux payées au monde, n’a rien dit sur les femmes, même si elle a commencé son discours d’ouverture en saluant « Mesdames, mesdames, mesdames, messieurs… ». Mais quelque chose se lisait sur son visage : sur la scène du Grand Théâtre Lumière, elle avait ce sourire de reine mère veillant sur son royaume, alors qu’elle déclarait ouverte la 71e édition aux côtés de Martin Scorsese. Qu’elle dépassait d’une tête.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Le journaliste du « Monde » Thomas Sotinel a répondu aux questions d’internautes, au cours d’un tchat sur l’ouverture du Festival de Cannes.
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Festival de Cannes 2018 : « Les réalisatrices restent très minoritaires dans les sélections »

Le journaliste du « Monde » Thomas Sotinel a répondu aux questions d’internautes, au cours d’un tchat sur l’ouverture du Festival de Cannes.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 16h43
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 07h54
   





                        



   


Favoris pour la Palme d’or, scandale Weinstein, organisation de la Croisette… A l’occasion de l’ouverture de la 71e édition du Festival de Cannes, le journaliste du Monde Thomas Sotinel, spécialiste du cinéma, a répondu aux questions des internautes lors d’un tchat.
Paul : Bonjour. Que pensez-vous de la sélection officielle ? Y a-t-il des surprises ?
Thomas Sotinel : Oui, il y a eu des surprises. Si l’on ne prend en compte que la compétition pour la Palme d’or, il y a nombre de nouveaux venus (le Russe Kirill Serebrennikov, Eva Husson, l’Egyptien A. B. Shawky), les surprises viennent aussi des absences, comme celles d’Olivier Assayas, de Jacques Audiard ou du Britannique Mike Leigh.

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Hallo : Y a-t-il des réalisateurs qui étaient invités et qui n’ont pas pu venir en raison d’interdits dans leur pays, comme quasiment chaque année ?
Oui, parmi les auteurs en compétition cette année, Jafar Panahi, qui présente 3 Faces, et Serebrennikov, le réalisateur de Leto, sont l’un interdit de sortie du territoire iranien, l’autre assigné à résidence à Moscou. Or, leurs films ne sont pas directement politiques.

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Cate : Pensez-vous que Cannes aura une tonalité différente cette année, après le scandale Harvey Weinstein ?
Je ne sais pas s’il y aura une tonalité différente. Le Festival a mis en place une hotline que l’on peut appeler pour signaler des faits de harcèlement ou d’agression sexuelle. Harvey Weinstein sera bien sûr absent, et la parité est respectée dans les jurys.
En revanche, les réalisatrices restent très minoritaires dans les sélections : il y a trois films réalisés par des femmes sur les vingt et un en compétition, sept sur dix-neuf dans la section Un certain regard ; quant à la Quinzaine des réalisateurs, cinq films sur vingt ont pour auteure une femme. Il n’y a guère que la Semaine de la critique (qui ne présente que sept films) qui compte une majorité de femmes cinéastes.

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Monique : Que pensez-vous du fait que les films produits par Netflix n’aient toujours pas leur place à Cannes ? Estimez-vous, comme Pedro Almodovar, qu’un film doit être diffusé en salle pour y avoir sa place ?
Netflix est à la fois une aubaine et une menace pour le cinéma d’auteur. Une aubaine, parce qu’au moment où les grands studios renoncent à porter des projets indépendants, Netflix s’engage régulièrement sur des films hors norme, avec des moyens considérables, comme ce fut le cas pour Okja, du Sud-Coréen Bon Joon-ho, présenté en compétition en 2017.

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Une menace parce que Netflix a tout intérêt à prendre des parts de marché au cinéma en salle, ce qu’il a déjà fait aux Etats-Unis. Il faut se souvenir que le cas de la France, où des films comme Moi, Daniel Blake peuvent se hisser en tête du box-office, est unique au monde.
Aux Etats-Unis, les amateurs de cinéma différents, s’ils n’habitent pas à New York, Los Angeles, San Francisco ou Chicago sont obligés de recourir aux plates-formes de streaming. Bref, Cannes et Netflix sont animés par des logiques opposées, mais peuvent difficilement s’ignorer l’un l’autre.
Charles : Pouvez-vous revenir sur la polémique sur le film « L’homme qui tua Don Quichotte » ?
A moins d’être spécialisé en droit des affaires et de la propriété intellectuelle, il y avait peu de chances que vous puissiez tout saisir. Un conflit oppose le producteur portugais Paolo Branco au réalisateur britannique Terry Gilliam. Il y a trois ans, à Cannes, les deux hommes avaient annoncé qu’ils mèneraient à bien le projet que Gilliam porte depuis bientôt vingt ans. Mais un conflit sur le montant du budget a amené le réalisateur de Brazil à se tourner vers d’autres producteurs, avec qui il a tourné L’Homme qui tua Don Quichotte.
Paolo Branco estime que cette rupture s’est faite au mépris du contrat qui les liait, Terry Gilliam n’est pas de cet avis. On attend pour demain, mercredi 9 mai, le jugement en référé qui dira si Paolo Branco est en droit de faire interdire la projection du film à Cannes, le jour de la clôture, qui est aussi le jour fixé – sauf empêchement juridique – pour sa sortie en salles.

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Richard : Un film qui remporte un prix à Cannes est-il vraiment boosté en salles ? Certaines Palmes d’or ont-elles fait un bide ensuite ?
Oui, l’effet Palme d’or existe, en France, en tout cas. Et si une Palme d’or ne déplace pas les foules, il faut se dire que, sans cette récompense, le film aurait attiré encore moins de spectateurs. L’exemple le plus extrême est Oncle Boonmee, celui qui se souvenait de ses vies antérieures, du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, qui a reçu la Palme d’or des mains d’un jury présidé par Tim Burton en 2010.
Le film, qui n’est pas un récit simple, repose sur un univers spirituel bouddhiste étranger à la plupart des spectateurs. Il a attiré environ 125 000 spectateurs à sa sortie en France, c’est peu pour une Palme d’or. Mais c’est beaucoup plus que les autres films du même auteur.
J’ai déjà cité l’exemple de Moi, Daniel Blake, près d’un million d’entrées. L’an passé, The Square, de Ruben Ostlund, film plutôt long et pas toujours plaisant (même s’il était souvent drôle) a réuni 400 000 spectateurs, son meilleur score en dehors de son pays, la Suède. Sur le marché international, l’effet Palme d’or est beaucoup plus incertain.

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Patrick : Quelle est une journée type pour un journaliste au Festival de Cannes ?
Jusqu’à cette année, elle commençait par la projection de presse du film de 8 h 30, qui était ensuite montré en séance de gala à 19 heures. Pendant la journée, deux autres projections (Un certain regard, Quinzaine…), des entretiens, commencer à écrire certains articles.
Ensuite, vers 19 heures, projection du second film en compétition, puis finir d’écrire. Et si on est vraiment courageux (ou plutôt jeune et inconscient), on ressort faire la fête. Mais tout ceci n’est qu’un souvenir puisque cette année, tout va changer.
Afin d’éviter que des équipes arrivent le soir sur le tapis rouge en ayant appris que leur film a été mal accueilli par les journalistes, ceux-ci verront les films de la compétition en même temps (pour les films de 19 heures) ou après (pour les films de 22 heures dont la projection de presse sera organisée le lendemain à 8 h 30) que les projections de gala. Nous (la rubrique cinéma du Monde) espérons que ces nouvelles contraintes ne retarderont pas trop la mise en ligne et la parution de nos comptes rendus et critiques.
Dorian : Quelle est l’envergure du Festival au niveau international ?
C’est l’interrogation majeure ces jours-ci. Elle ne concerne pas seulement Cannes, mais toute l’organisation du marché du cinéma (hors produits de grande consommation).
Le nombre de journalistes accrédités (environ 4 000), de sociétés présentes sur le marché du film, témoigne de la primauté de Cannes, qui est ancienne. On y traite énormément d’affaires, on y monte des projets.
Mais la manifestation cannoise se heurte à des obstacles : l’attitude des producteurs et distributeurs américains. Les films américains arthouse (films d’auteur en français) règlent leur vie sur le calendrier des Oscars. Or, la date de ceux-ci (dernier week-end de février) est défavorable au Festival. Par ailleurs, le coût d’un séjour à Cannes est devenu prohibitif. Enfin, la situation géographique. Cannes procède d’une conception des festivals qui date des années 1930, on amenait des vedettes dans une station balnéaire pour leur offrir un cadre à leur mesure. Depuis, le modèle du festival urbain (Berlin, Toronto) s’est développé.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Pour la réalisatrice du premier long-métrage kényan présenté à Cannes, l’interdiction du film au Kenya assombrit ce grand moment.
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Entretien

Wanuri Kahiu : « Avec “Rafiki”, j’ai voulu raconter une belle histoire d’amour africaine »

Pour la réalisatrice du premier long-métrage kényan présenté à Cannes, l’interdiction du film au Kenya assombrit ce grand moment.

Propos recueillis par                                            Marion Douet (Nairobi, correspondance)




LE MONDE
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        Le 08.05.2018 à 14h58

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        Mis à jour le 09.05.2018 à 15h28






    
Wanuri Kahiu, la réalisatrice de « Rafiki » (ami en swahili), premier film kényan présenté au Festival de Cannes.
Crédits : BEN CURTIS/AP


Rafiki (« ami » en swahili), le deuxième long-métrage de la Kényane Wanuri Kahiu, sera présenté au Festival de Cannes mercredi 9 mai dans la sélection Un certain regard. Le film qui raconte un amour lesbien a été interdit dans son pays. L’ancienne étudiante de l’université californienne UCLA se défend d’être une militante LGBT. A 38 ans, elle se revendique avant tout comme une cinéaste qui veut promouvoir des histoires africaines « belles et positives ». Rafiki lui a été inspiré par la nouvelle Jambula Tree de l’auteure ougandaise Monica Arac de Nyeko.
Votre deuxième long-métrage, « Rafiki », sera projeté à Cannes le 9 mai. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?
C’est un honneur immense. Et être le premier film kényan diffusé là-bas, c’est énorme. Cela représente quelque chose d’important pour les acteurs, l’équipe, mais aussi pour tout le cinéma kényan.

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« Rafiki » met en scène deux jeunes femmes de Nairobi qui sont amies et tombent amoureuses. Ce thème avait de grandes chances de poser problème au Kenya, où l’homosexualité est taboue. Pourquoi avez-vous choisi de le traiter ?
Je cherchais un livre à adapter dans la littérature africaine moderne. J’ai lu Jambula Tree [une nouvelle de l’auteure ougandaise Monica Arac de Nyeko], et c’est juste le meilleur bouquin que j’ai lu ces dernières années. C’était une histoire d’amour tellement belle que j’ai voulu la raconter.
Aviez-vous espoir que cette histoire d’amour entre deux femmes soit autorisée dans les cinémas ?
La possibilité d’être censuré existait. Les autorités ont approuvé le tournage, à Nairobi. La Commission [de censure, qui donne l’autorisation de diffuser les films au Kenya] était très enthousiaste. Son directeur, Ezekiel Mutua, a même dit dans une interview qu’il était très important de réfléchir à la société, que ces choses-là arrivent et que nous ne pouvons pas les ignorer. Mais la Commission a interdit le film [parce qu’il « légitime l’homosexualité », selon un communiqué publié par l’autorité]. De plus, nous demandions une autorisation pour les plus de 18 ans. Je suis déçue que l’on n’ait pas assez confiance dans le public kényan adulte pour l’estimer capable de voir ce film.
Avant « Rafiki », votre film « From a Whisper » racontait l’histoire d’une jeune fille qui perd sa mère dans les attentats de Nairobi en 1998, et votre court-métrage « Pumzi » relevait plutôt du registre de la science-fiction. Des thèmes très différents…
En règle générale, j’aime parler des femmes. Elles sont toujours les personnages principaux de mes films, dans toute leur complexité. Je tiens aussi à voir la beauté, le positif. J’ai récemment participé à la création du collectif AfroBubbleGum, qui promeut un art africain drôle, espiègle et léger. L’espoir en Afrique, c’est ce que nous voulons créer.

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Que reprochez-vous au cinéma africain ?
La plupart du temps, le continent est dépeint comme un endroit frappé par la maladie, la guerre, la destruction. Il y en a mais il y a aussi beaucoup de joie, d’espoir, de grandeur et de positivité. C’est pourquoi je voulais raconter une histoire qui vienne changer cette image. Il est fondamental que l’Afrique montre des histoires d’amour auxquelles s’identifier. Il est temps que nous nous voyons comme doux, tendres, enjoués, généreux, joyeux…
Vous avez étudié à Los Angeles, où l’industrie du cinéma est gigantesque. Que manque-t-il au Kenya pour que ce secteur se développe, comme au Nigeria par exemple ?
Ce qui est incroyable avec le Nigeria, c’est que le pays est parvenu à faire du cinéma l’une de ses premières sources de revenus. Grâce à l’investissement privé. Le Kenya a besoin de cela – et bien sûr d’un plus grand soutien du gouvernement ! Non seulement parce que c’est une source de revenus, d’emplois, de compétences, mais aussi parce que cela attire les visiteurs. Au-delà du cinéma en lui-même, la portée est immense pour un pays, notamment pour d’autres industries comme le tourisme.
« Rafiki » sera-t-il diffusé dans d’autres pays africains, en Europe ?
Nous savons qu’après Cannes il sera projeté à Paris, mais je ne sais pas ce qui va se passer ailleurs. J’aimerais beaucoup, bien sûr, qu’il soit visible dans d’autres pays d’Afrique.


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Au-delà d’un certain seuil, les aides perçues par les maisons de production n’accroissent plus leur performance économique, constate, dans une tribune au « Monde », le chercheur Julien Jourdan.
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Cinéma et subventions publiques : « Des résultats contrastés »

Au-delà d’un certain seuil, les aides perçues par les maisons de production n’accroissent plus leur performance économique, constate, dans une tribune au « Monde », le chercheur Julien Jourdan.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 15h20
    |

Julien Jourdan (Membre du laboratoire Dauphine Recherches en management)







                        



                                


                            
Tribune. Les subventions publiques permettent-elles aux entreprises d’accroître leur performance ? Le sujet fait depuis longtemps débat, mais peu d’études empiriques permettent de trancher. Afin de faire avancer la discussion, nous avons étudié de manière systématique le fonctionnement d’un secteur d’activité où ce soutien public est la règle plutôt que l’exception : la production cinématographique, subventionnée de manière permanente dès le début de l’après-guerre (« Too Much of a Good Thing ? The Dual Effect of Public Sponsorship on Organizational Performance », Julien Jourdan et Ilze Kivleniece, Academy of Management Journal n° 60/1, 2017).
la justification ouvertement protectionniste du dispositif s’est effacée progressivement sous la bannière de « l’exception culturelle »
Concédée dans le cadre du plan Marshall, l’ouverture des salles obscures hexagonales aux productions hollywoodiennes s’était accompagnée d’une politique volontariste d’aide aux productions nationales. Il s’agissait de résister à l’impérialisme culturel américain et de protéger les compagnies françaises de la concurrence internationale. Pilier de cette politique, le soutien dit « automatique » à la production a offert, dès 1959, une aide aux producteurs, directement proportionnelle à la recette de leur film précédent.
Au fil du temps, la justification ouvertement protectionniste du dispositif s’est effacée progressivement sous la bannière de « l’exception culturelle », mais la mécanique du dispositif n’a été ajustée qu’à la marge. Le soutien automatique est conçu pour renforcer les entreprises les plus performantes, avec l’ambition de forger des champions capables de porter les couleurs de la France sur le marché mondial. Il s’agit ainsi de contrebalancer la politique d’influence américaine – le fameux « soft power » – à laquelle les studios d’Hollywood sont étroitement associés.
Marché de niche
L’objectif est-il tenu ? Notre étude, qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Favoris pour la Palme d’or, scandale Weinstein… A l’occasion de l’ouverture du Festival, Thomas Sotinel, journaliste au « Monde », répond à vos questions.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Le 71e Festival de Cannes ouvre ses portes, mardi soir, avec la projection d’« Everybody Knows », de l’Iranien Asghar Farhadi, en compétition.
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La gazette de la Croisette : un jury, une cérémonie et un film d’ouverture

Le 71e Festival de Cannes ouvre ses portes, mardi soir, avec la projection d’« Everybody Knows », de l’Iranien Asghar Farhadi, en compétition.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 13h08
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 10h52
   





                        



   


ON ATTEND AUJOURD’HUI :
A 14 h 30, le jury, présidé par l’actrice australienne Cate Blanchett, donnera sa traditionnelle conférence de presse au Palais des festivals.

        Lire le focus :
         

          Cate Blanchett, présidente féministe de la Croisette



A partir de 19 h 15, place à la non moins traditionnelle cérémonie d’ouverture du 71e Festival de Cannes, présentée cette année par Edouard Baer, un habitué des lieux, puisqu’il a déjà officié comme maître de cérémonie sur la Croisette en 2008 et en 2009. Suivie par la projection du film d’ouverture, qui est également en compétition avec vingt autres longs-métrages pour la prestigieuse Palme d’or, Everybody Knows (Todos lo saben), d’Asghar Farhadi, avec Penélope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin.

        Lire l’éditorial :
         

          Le Festival de Cannes s’ouvre sur une sélection audacieuse et engagée




Le cinéaste iranien a tourné en Espagne, dans un village viticole de la Castille, cette histoire construite autour du kidnapping d’une adolescente. Dans un entretien avec notre journaliste Laurent Carpentier, il revient sur la genèse de ce film, notamment sur ses relations avec d’autres réalisateurs comme Pedro Almodovar et Abbas Kiarostami.

        Lire la critique d’« Everybody Knows » :
         

          La mécanique humaine du malheur




        Lire aussi le portrait dans « M » :
         

          Javier Bardem, la mort lui va si bien



ON ENTEND AUJOURD’HUI :
Plusieurs voix se font entendre sur la Croisette avant le début du Festival : celles – sous-jacentes – des sites agrégateurs de notes, comme AlloCiné et Rotten Tomatoes, sur lesquels Maroussia Dubreuil a mené l’enquête ; celles des monteurs, monteurs son, bruiteurs et mixeurs qui demandent une revalorisation de leurs métiers et de leurs salaires, comme l’explique Clarisse Fabre ; et enfin celle de Gilles Jacob, l’ancien président du Festival de Cannes, qui publie un Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes, chroniqué par Jacques Mandelbaum.



                            


                        

                        

