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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Une réunion de commémoration familiale qui se transforme en barricade aux portes de l’enfer. Le nouveau Nokuto Koike est fidèle au genre survival.
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Aux portes de l’enfer, « Firefly », un manga qui met l’esprit de famille à rude épreuve

Une réunion de commémoration familiale qui se transforme en barricade aux portes de l’enfer. Le nouveau Nokuto Koike est fidèle au genre survival.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 10h31
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 12h21
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


Komikku reste fidèle à Nokuto Koike, son auteur de thriller horrifique préféré. Spécialiste des formats courts en 3 ou 4 volumes, le prolifique auteur japonais a déjà de nombreuses séries à son tableau de chasse : 6 000, Les Oubliés, Scary Town, Mushroom… et Firefly, sa dernière série en 4 volumes, déjà finalisée au Japon. Nouveauté notable, ce n’est pas Nokuto Koike qui scénarise, comme pour toutes ses œuvres auparavant, mais Ryukishi07, pseudonyme derrière des séries comme Hinamizawa, le village maudit, une série d’animation avec un environnement assez proche de Firefly.
Le duo semble fonctionner et porter ses fruits tant ce premier volume est prometteur. En effet, Koike est souvent critiqué pour la faiblesse de ses scénarios et Ryukishi07 pour la naïveté de son dessin. Ici, ils sont complémentaires.

   


L’histoire réunit tous les membres de la famille Tadamura pour les obsèques de leur grand-mère. Isolée dans la montagne au centre d’un village déserté, la maison où ils se retrouvent recèle des secrets que les personnages vont devoir découvrir pour leur permettre de survivre aux événements inattendus auxquels ils sont confrontés. Car une brume épaisse entoure le village et elle se révèle assez dangereuse pour la santé : poison toxique, mouches vampires, plantes assassines, chiens zombies, monstres géants anthropophages… Seule la maison semble immunisée contre les dangers extérieurs, protégée par un sort magique ancestral.

   


Rangée dans le genre survival, cette série reprend la thématique de base des autres mangas de Nokuto Koike, c’est-à-dire l’isolement en milieu hostile, qu’il s’agisse d’une île (Les Oubliés) ou d’une base sous marine (6 000). La référence aux rites et aux sortilèges animistes traditionnels que l’on trouve dans l’œuvre fait penser à Tajikarao et ses dieux outragés –oubliés –, ou encore à des séries plus brutales comme I’m a Hero pour les morts-vivants que l’on y trouve. C’est en tous cas un ingrédient qui donne du poids au récit.
Si l’histoire manque dans ce premier volume d’un peu de densité, un écueil habituel des scènes d’exposition, elle donne toutefois envie de poursuivre la lecture.
Firefly, de Nokuto Koike et Riyukishi07, éditions Komikku, tome I sorti le 3 mai, 7,90 euros.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Dans un essai éclairant, l’historienne revient sur les vifs débats qui entourent l’enseignement de l’histoire de France, en particulier depuis 1945.
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Laurence De Cock démonte le roman national

Dans un essai éclairant, l’historienne revient sur les vifs débats qui entourent l’enseignement de l’histoire de France, en particulier depuis 1945.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h51
    |

                            Pierre Albertini (Historien)








                        



                                


                            
Sur l’enseignement de l’histoire. Débats, programmes et pratiques de la fin du XIXe siècle à nos jours, de Laurence De Cock, Libertalia, « Ceux d’en bas », 330 p., 17 €.

Au débat sur l’histoire à l’école, Laurence De Cock apporte régulièrement sa contribution. Professeure de lycée ayant soutenu une thèse sur l’enseignement du fait colonial, fondatrice en 2011 du collectif Aggiornamento (qui vise à promouvoir « une histoire émancipatrice, débarrassée de ses oripeaux identitaires et de sa surcharge morale et civique », susceptible d’aider les élèves à faire l’apprentissage du questionnement, du raisonnement et du doute), elle a, pour intervenir sur l’enseignement de l’histoire, une triple légitimité de praticienne, de chercheuse et de militante.
Lire également cet entretien de 2013 avec Laurence De Cock
Le fil conducteur de Sur l’enseignement de l’histoire, son nouveau livre, est le « roman national », thème mis en circulation vers 1992-1993 par Pierre Nora et Paul Yonnet, et qui ne cesse depuis d’inspirer hommes politiques et intellectuels conservateurs. Les tenants du « roman national » sont convaincus que l’enseignement de l’histoire doit faire aimer la France, sur le modèle de ce que pratiquait la IIIe République, et que ce catéchisme est d’autant plus indispensable aujourd’hui que, selon certains, les immigrés récents feraient sécession. Face à eux, la plupart des historiens rappellent que l’histoire n’est ni un roman ni un ciment, mais une discipline rationnelle qui valorise la démonstration et la preuve ; que le repli sur la nation n’est pas la meilleure façon de comprendre le vaste monde ; que le pluralisme culturel progresse dans tout l’Occident et que l’idée de continuer le « Petit Lavisse » (manuel d’histoire du début du XXe siècle), fût-elle préconisée par François Fillon ou réalisée par Dimitri Casali, est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Une anthologie de textes inédits du philosophe mort en 1965 montre sa foi dans la communauté comme « union de vie ».
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Quand Martin Buber prônait l’épanouissement communautaire

Une anthologie de textes inédits du philosophe mort en 1965 montre sa foi dans la communauté comme « union de vie ».



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h50
    |

                            Serge Audier (Philosophe et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Communauté, de Martin Buber, traduit de l’allemand par Gaël Cheptou, L’Eclat, « Eclats », 156 p., 10 €.

Le concept de communauté continue de hanter la pensée sociale, philosophique et politique actuelle. Sa définition sociologique trouve ses sources en Allemagne, avec Ferdinand Tönnies (1855-1936), qui opposa deux types de lien social : la communauté (Gemeinschaft) et la société (Gesellschaft). Tandis que la première se fonde sur une coïncidence spontanée entre volonté individuelle et volonté collective – ainsi dans la famille –, la seconde est le produit artificiel des contrats entre individus poursuivant leurs intérêts.
Ces catégories sociologiques, reformulées par Max Weber (1864-1920), devaient connaître un grand écho en Allemagne, jusque dans le petit cercle des anarchistes et socialistes utopiques juifs. Une de ses figures influentes fut le philosophe Martin Buber (1878-1965) dont les textes que rassemble cette anthologie, Communauté, écrits entre 1900 et 1953 et inédits en français, restituent les idées sur la communauté. Aux côtés notamment de Franz Rosenzweig et d’Emmanuel Levinas, qu’il connut l’un et l’autre, Buber est l’un des plus grands penseurs du judaïsme du XXe siècle. Marqué par la mouvance mystique du hassidisme, coauteur d’une nouvelle traduction de la Bible en allemand, il a développé, dans un style inspiré, une philosophie morale de la relation « je-tu », sous le sceau du dialogue et de la réciprocité (Je et Tu, Aubier, 1969) – des idées qui sous-tendent sa défense constante d’un socialisme religieux, communautaire et fédéraliste.

Contempteur de la civilisation mécanique, utilitaire et individualiste du capitalisme, Buber se méfie également du socialisme étatique et autoritaire. Son rêve, c’est de réinventer de petites communautés villageoises de production, de consommation et de vie, sans revenir aux liens traditionnels...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Après « Pourquoi les pauvres votent à droite », l’essayiste américain signe « Pourquoi les riches votent à gauche ». Il y analyse les difficultés rencontrées par les progressistes dans son pays.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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Thomas Frank : « La classe moyenne est en train de disparaître aux Etats-Unis »

Après « Pourquoi les pauvres votent à droite », l’essayiste américain signe « Pourquoi les riches votent à gauche ». Il y analyse les difficultés rencontrées par les progressistes dans son pays.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h49
    |

            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            
Pourquoi les riches votent à gauche (Listen, Liberal. Or, What Ever Happened to the Party of the People ?), de Thomas Frank, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Etienne Dobenesque, Agone, 456 p., 25 €.

Thomas Frank, journaliste et essayiste américain né en 1965, jette depuis trente ans un regard acéré et plein d’humour sur la vie intellectuelle, politique et culturelle des Etats-Unis. Cet ancien chroniqueur au quotidien conservateur Wall Street Journal est aujourd’hui contributeur régulier au mensuel de gauche Harper’s Magazine et au quotidien britannique The Guardian. En France, ses articles paraissent dans Le Monde diplomatique. En 1988, il a également fondé le magazine The Baffler, désormais dirigé par une nouvelle équipe. Thomas Frank est l’une des principales voix de la gauche sociale aux Etats-Unis, où le camp progressiste est davantage structuré par la question raciale. Il est l’auteur d’une demi-douzaine d’ouvrages, notamment Pourquoi les pauvres votent à droite (Agone, 2008), une analyse du basculement à droite de l’opinion populaire au Kansas, dont il a fait un poste d’observation pour comprendre le mouvement des idées. Son nouveau livre, Pourquoi les riches votent à gauche, dénonce l’abandon des classes populaires par le Parti démocrate.
Comment êtes-vous venu au journalisme ?
J’ai étudié l’histoire des idées et l’histoire culturelle des Etats-Unis. Ma thèse de doctorat portait sur la publicité dans les années 1960. Elle a été publiée quelques années plus tard, sous le titre The Conquest of Cool (non traduit, 1997). Je cherchais à comprendre comment les entreprises américaines sont soudainement devenues cool. Dans les années 1950, les hommes d’affaires passaient pour des personnages ternes. Dans les années 1960, le concept de cool, qui était un mode d’opposition, a été adopté par l’entreprise...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Res publica. Histoire romaine de la chose publique ».
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Figures libres. Intelligent voyage dans la « chose publique »

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Res publica. Histoire romaine de la chose publique ».



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h46
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Res publica. Histoire romaine de la chose publique, de Claudia Moatti, Fayard, « Ouvertures », 468 p., 25 €.

La république, tout le monde en parle. Chacun croit savoir de quoi il s’agit : régime politique où le peuple est souverain, qui se distingue par là de la monarchie, par exemple. Mille analyses et commentaires en ont exploré l’esprit et la lettre, de Jean Bodin à Raymond Aron, de la Révolution française aux récents projets de « VIe République ». Tous les classiques de la philosophie politique l’abordent à leur manière, de Machiavel à Condorcet, en passant par Montaigne et Rousseau. Les Romains passent pour avoir inventé le mot et la chose : après une série de rois, avant une série d’empereurs, le gouvernement de Rome fut celui d’une république. Voilà une brochette d’évidences.
Et si ce n’était qu’une série de pièges, de leurres, de malentendus ? Croyant savoir, ne sommes-nous pas ignorants, tout bonnement ? L’historienne Claudia Moatti pose ces questions. Elle en explore les tenants et aboutissants au fil d’un essai puissant, ­intelligent, subtil et savamment charpenté, qui bouscule bien des convictions hâtives. Elle montre en effet combien cette continuité supposée du sens de la « république » est une illusion d’optique, une perspective faussée.
Retour aux sources
En fait, les Romains ne savaient pas qu’ils vivaient dans une « république ». Ils n’y voyaient pas d’abord un régime distinct et spécifique. Ils parlaient seulement de res publica – « chose publique ». Les confusions prirent leur essor au Quattrocento quand le savant humaniste Leonardo Bruni (1370-1444) traduisit pour la première fois cette expression par « république ».
Revenant aux sources, c’est-à-dire aux discours et aux usages politiques de la Rome antique, Claudia Moatti scrute le terme le plus important, celui qu’on oublie le plus souvent : res, la « chose ». Par elle-même, elle n’est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Avec « Seiobo est descendue sur terre », le grand écrivain hongrois compose un hymne au ravissement esthétique.
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Krasznahorkai ou l’insoutenable beauté de l’art

Avec « Seiobo est descendue sur terre », le grand écrivain hongrois compose un hymne au ravissement esthétique.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h17
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h45
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Seiobo est descendue sur terre (Seiobo jart odalent), de Laszlo Krasznahorkai, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly, Cambourakis, 414 p., 25 €.*

Certains livres savent pousser une figure littéraire à l’extrême avec un bonheur singulier. Tel est le cas de Seiobo est descendue sur terre, du grand écrivain hongrois Laszlo Krasznahorkai, qui se présente comme une variation infinie autour de l’ekphrasis. Ce mot grec qui veut dire description en est venu à désigner dans la théorie littéraire la présence d’une œuvre d’art, réelle ou rêvée, au cœur d’une fiction : le bouclier d’Achille dans l’Iliade ou le petit pan de mur jaune du paysage de Vermeer dans La Recherche. En dix-sept récits, numérotés d’après la suite algébrique de Fibonacci (chaque numéro de chapitre est constitué de la somme des deux précédents), l’auteur étudie la possibilité d’un choc esthétique à l’ère moderne, provoqué par le détail d’une toile, une statue de Bouddha, un masque nô à l’effigie de la déesse Seiobo ou la reproduction d’une icône. Malgré leur autonomie apparente, les histoires convergent en montrant comment le prosaïsme cynique du présent n’a pas annihilé toute rencontre avec la beauté.

Car Laszlo Krasznahorkai joue admirablement du contraste entre un quotidien saccagé par la laideur des métropoles, les cohortes de touristes jetées à l’assaut des chefs-d’œuvre qu’ils écrasent de leur masse et ce moment à peine perceptible où un tableau, une sculpture, un air de musique « vous » parle, arrache un flâneur à la foule et fait basculer son destin. Ni élitisme ni jérémiades antimodernes ne gâchent le climat vibrant de ce roman, cheminement fortuit, improbable et labyrinthique qui croise les lignes d’une œuvre et d’un homme que tout éloignait. Les protagonistes sont des figures de l’ombre du monde de l’art : restaurateurs, gardiens de musée, éclopés de l’existence. Et si la Vénus de Milo...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ La chronique de Céline Minard, à propos du « Livre de lecture », de Gertrude Stein.
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Poésie réactive. Apprendre à lire avec Gertrude Stein

La chronique de Céline Minard, à propos du « Livre de lecture », de Gertrude Stein.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h17
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h43
    |

                            Céline Minard (Ecrivain)








                        



                                


                            
Le Livre de lecture, de Gertrude Stein, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Martin Richet et illustré par Alice Lorenzi, Cambourakis, 80 p., 16 €.

« Ce avec quoi vous pouvez jouer est à vous. »
Avec quoi jouer quand on n’a rien ou pas grand-chose, une bicyclette, une flaque de boue, un chien qui passe ? On a toujours quelque chose, nous dit Gertrude Stein (1874-1946) : les mots. Sans doute faut-il prendre au pied de la lettre sa définition du savoir qu’on trouve dans le « Petit dictionnaire pour les plus grands », en fin de volume, après les vingt leçons et les trois pièces de théâtre de ce Livre de lecture très complet : « Chacun doit se faire poète. Je me suis retrouvée dans un tourbillon de mots brûlants, de mots désinfectants, de mots libérateurs, de mots sensibles, et les mots étaient tous à nous, et il suffisait de les retenir dans les mains pour jouer avec : ce avec quoi vous pouvez jouer est à vous, et ce fut le commencement de mon savoir. »
On imagine aisément Gertrude Stein âgée de 2 ans, ou 4 ou 5, assise sur le parquet, absorbée, occupée à empiler ses jouets les mots les uns sur les autres et comme ci et comme ça jusqu’à ce qu’ils dégringolent et l’éclaboussent pour de vrai. On l’imagine encore mieux quand elle sait enfin lire, et enfin écrire, enfiler et défiler les ritournelles sur sa page d’un blanc de vide, et y faire apparaître, par vraie magie un peu truquée, non pas des images mais les choses elles-mêmes.
Oiseau quotidien
Une chaise. Une table. Un oiseau quotidien. Pas mal de chiens qui passent. Une rose bien sûr, qui est une rose enfin. On imagine surtout la tête des gamins, ses contemporains, pendant qu’elle leur lit ses petits contes cruels (celui des bruits par exemple, qui montent un par un dans l’escalier, font monter lentement l’angoisse avec eux, alors qu’il n’y a aucune porte de sortie puisqu’elle n’a pas écrit le mot porte,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Claro embrasse les monstres de Juan ­Rodolfo Wilcock.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Espace d’espèces

Claro embrasse les monstres de Juan ­Rodolfo Wilcock.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h16
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h41
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Le Livre des monstres (Il Libro dei mostri), de Juan Rodolfo Wilcock, traduit de l’italien par Lise Chapuis, L’Arbre vengeur, 184 p., 13 €.

Il n’est pas sûr que si, d’aventure, il vous arrivait de croiser un jour dans la rue un personnage de roman contemporain, vous le reconnaîtriez. Blanc de peau et tiède d’idée, habillé casual ma non troppo, ni trop jeune ni trop vieux, mais marqué juste ce qu’il faut par la vie, dépressif à quinze pour cent, option cynisme en prime, un poil crypto-sexiste, éventuellement amateur de whisky japonais, travaillé à mi-temps par ses racines, s’il le faut voyageur, mais globalement parisien, il y a peu de chance pour qu’il retienne votre attention. Est-ce le naturalisme néobourgeois qui a eu raison de ses traits saillants ? Ou sa grise mine est-elle due à l’imagination Ikea des romanciers ? On l’ignore.
Il faut dire que la conception et la fabrication d’un personnage, c’est toute une affaire. Faut-il le décrire ? Si oui, à quel moment du roman ? Qu’en dire ? Barbu ? Rasé ? Cuisinier ? Bien sûr, il y a l’inflexion de la voix, mais en général les guillemets peinent à la rendre. Des tics de langage ? Allez, va pour un ou deux tics. Le plus simple est de l’imaginer à la semblance de l’auteur, avec quelques défauts et qualités en sus, le même sexe que lui et ce neuf fois sur dix, au moins comme ça on ne prend pas trop de risque. Heureusement, il y a Juan Rodolfo Wilcock (1919-1978). Ça pourrait même devenir un mantra, tiens. Tous les matins, avant d’allumer l’ordinateur, se répéter en sirotant son maté : « Heureusement, il y a Juan Rodolfo Wilcock. Heureusement, il y a Juan Rodolfo Wilcock… »
Il est possible que ce nom ne vous dise rien. D’ailleurs, si l’on en croit Philippe Marczewski, qui a préfacé bille en tête l’hallucinante (et lancinante) galerie de portraits qu’est Le Livre des monstres, cet ouvrage que vous allez devoir acheter par dix exemplaires...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ L’écrivain russe d’expression allemande offre à Lucia, vieille dame coriace, des adieux pétaradants.
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Vladimir Vertlib magicien virtuose et viennois

L’écrivain russe d’expression allemande offre à Lucia, vieille dame coriace, des adieux pétaradants.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h16
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h40
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Lucia et l’âme russe (Lucia Binar und die russische Seele), de Vladimir Vertlib, traduit de l’allemand (Autriche) par Carole Fily, Métailié, 304 p., 22 €.

Il faudra quelques péripéties pour que Lucia en arrive à entendre, sur l’estrade d’une petite salle de Vienne où s’agite un mage russe, un lapin nommé Karl-Friedrich répondre à un importun : « Je ne suis pas un lièvre ! Je suis un lapin », à quoi l’assistant du mage répondra : « Arrête, Karl-Friedrich. On ne va pas remettre ça sur le tapis. » Ces péripéties, du reste, n’auront guère plus de sens apparent que celle-ci. A chaque étape, aucontraire, Lucia et toute la troupe que rassemble ce roman bigarré, d’une énergie et d’une drôlerie irrésistibles, seront entraînées un peu plus loin dans l’inconnu.
Lucia est une de ces vieilles dames coriaces qu’affectionne Vladimir Vertlib, écrivain russe d’expression allemande installé en Autriche, dont Lucia et l’âme russe est le deuxième roman traduit en français, après L’Etrange Mémoire de Rosa Masur (Métailié, 2016). Elle vit seule dans l’appartement où elle est née, rue des Maures, à Vienne. Or l’immeuble vieillit, lui aussi, et le propriétaire, qui voudrait se débarrasser de ses locataires pour le mettre au goût du jour, s’ingénie à leur rendre la vie impossible, ouvrant les appartements vides aux clochards du coin sous prétexte de conscience sociale. Le chaos règne dans la maison, qui tourne au dépotoir, et c’est sur ce tas de fumier que se dresse Lucia, canne en main, pour lancer la reconquête.
Sans parler du lapin
Laquelle ne se passera pas tout à fait comme prévu. Ou plus exactement se passera de la manière parfaitement incongrue qu’on pouvait prévoir, tant Vladimir Vertlib se montre d’emblée virtuose dans l’art d’ériger l’étrangeté en règle. Il est impossible de résumer avec précision l’enchaînement de circonstances qui conduira Lucia à s’allier avec le jeune...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ « La Classe verte », premier roman fougueux et nostalgique de Benjamin Pitchal, petit-fils de l’explorateur et éditeur.
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Ce qu’hériter d’Alain Gheerbrant veut dire

« La Classe verte », premier roman fougueux et nostalgique de Benjamin Pitchal, petit-fils de l’explorateur et éditeur.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h38
    |

                            Virginia Bart (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Classe verte, de Benjamin Pitchal, Gallimard, 304 p., 21 €.
Enfant, on lui racontait que son grand-père avait vu plus de crocodiles que Tintin et « qu’il lui manquait un orteil sectionné par un piranha ». Benjamin Pitchal n’en mène pas large quand, à 16 ans, il fait la connaissance d’Alain Gheerbrant (1920-2013), père naturel de son propre père. Poète, écrivain mais aussi éditeur d’Antonin Artaud ou de Georges Bataille après la seconde guerre mondiale, Gheerbrant fut également explorateur en Amazonie ou au Congo, périples dont il rendit compte dans nombre de reportages et d’ouvrages.
Lire également, sur les Mémoires, d’Alain Gheerbrant : « Sans contrôle aux entrées du rêve »
Entre l’octogénaire charismatique et l’adolescent brillant mais paumé débute une relation intense, nouée autour d’une passion commune pour la poésie et les surréalistes. « Figure héroïque », comme le décrit Benjamin Pitchal, aujourd’hui âgé de 31 ans, Alain Gheerbrant l’inspire tout en le renvoyant au vide de sa propre existence. Car si le jeune homme rêve aussi d’aventure, il se dit vite qu’en ce début de millénaire plus aucune parcelle du monde n’est inconnue, que les idéologies collectives sont mortes et que la littérature est devenue un commerce comme un autre. C’est dans les volutes du cannabis que Benjamin s’évade. Mais son argent de poche ne suffit bientôt plus à sa consommation. Le voilà donc devenu petit puis gros dealer, alors qu’il écrit ses premiers vers.
Héritage littéraire consacré
De cette rencontre déterminante et de ce début d’existence chaotique, Benjamin Pitchal a tiré, avec La Classe verte, un premier roman fougueux, drôle et nostalgique. Moderne dans son sujet – l’ennui de la jeunesse des années 2000 –, créatif dans sa forme (qui mêle narration traditionnelle, courtes séquences cinématographiques, récit épistolaire et enquête documentaire) autant que dans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Douze narrateurs parlent d’un univers ruiné et violent, d’un futur sans espoir. « Crépuscules », troublante expérience de lecture signée du romancier québécois.
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Joël Casséus mène le chœur du monde finissant

Douze narrateurs parlent d’un univers ruiné et violent, d’un futur sans espoir. « Crépuscules », troublante expérience de lecture signée du romancier québécois.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h35
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Crépuscules, de Joël Casséus, Le Tripode, 160 p., 16 €.
Deux silhouettes avancent péniblement sur une route poussiéreuse. Depuis le porche d’une auberge, un homme les regarde en silence, tandis que l’angoisse le gagne : « Viennent-ils avec de sombres desseins ? » Présenté comme une fable d’anticipation, le cinquième roman du Québécois Joël Casséus, mais le premier publié en France, emprunte au western son phénomène déclencheur : l’arrivée d’étrangers dans une communauté menace son équilibre et révèle la nature profonde de chacun.
Ainsi en va-t-il des habitants du bidonville où se déroule l’intrigue, en huis clos. D’eux, on ne connaît ni le nom, ni le pays, ni l’époque où ils vivent. « La femme », « l’homme », « les jumeaux » sont des marginaux, anonymes comme l’Etat qui les menace, comme la guerre qu’ils cherchent à fuir. Ils vivent dans une zone frontalière, en marge des affrontements. Leurs maisons sont d’anciens wagons, situés entre une « forêt de métal » où reposent les carcasses de drones, et un bois où dansent les ombres de bêtes sauvages. Au-delà, tout, pour eux, est menace.
Bombardements incessants
L’aliénation des habitants, la décrépitude et le surnaturel des lieux évoquent le « southern gothic », ce sous-genre, acclimaté au Sud des Etats-Unis, de la littérature gothique. Crépuscules emprunte également au William Faulkner de Lumière d’août (Gallimard, 1935) la peinture d’une société profondément clivée – ici entre les réfugiés et les premiers occupants du bidonville –, écrasée par un sentiment de fatalité. Les héros de Joël Casséus vivent sous un « crépuscule » permanent, reflet de leur impuissance. Certains d’entre eux vendent de la ferraille à une usine qui tourne à plein régime dans le village voisin, en dépit des bombardements incessants. La venue des deux inconnus, un réfugié et sa compagne enceinte, met au jour leur « propre complicité silencieuse »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Romans, nouvelles, philosophie, pamphlet, poésie, étude littéraire… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 10-11 mai 2018.
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Livres en bref

Romans, nouvelles, philosophie, pamphlet, poésie, étude littéraire… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 10-11 mai 2018.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h44
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Eric Loret, 
                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            Roman. Terrible Bagdad
Ave Maria (Yâ Maryam), de Sinan Antoon, traduit de l’arabe (Irak) par Philippe Vigreux, Actes Sud, « Sindbad », 182 p., 21 €.
« Mon passé, c’est un peu mon jardin (…). Je le défendrai de toutes mes forces, car lui et ma maison sont tout ce qu’il me reste », dit Youssef, le vieux chrétien irakien, déterminé à demeurer à Bagdad. « Ma maison n’est plus ma maison et je n’en ai plus », répond sa nièce Maha, décidée à être heureuse « loin de toute cette haine qui coule désormais dans les veines de chacun ». En ce dimanche d’octobre 2010, le destin répond tragiquement aux deux personnages de Sinan Antoon. Un attentat est perpétré dans l’église Notre-Dame-de-la-Délivrance. Youssef y laisse la vie. Maha en réchappe et s’exile. Ave Maria est un livre à deux voix où s’affrontent la nostalgie tranquille, chez le vieil homme, du ­Bagdad cosmopolite, et la fébrile indignation de la jeune femme. Un face-à-face que Sinan Antoon, Irakien né en 1967 et établi aux Etats-Unis, relate dans un alliage de tendresse et de crudité. E. E.
Nouvelles. Avenirs riants
Futurs parfaits, de Véronique Bizot, Actes Sud, 160 p., 17, 80 €.
Fantaisistes, angoissés, audacieux ou déraisonnables, les héros de Véronique Bizot prennent volontiers le contre-pied des attentes de leur entourage. Ils s’inventent un destin, rêvent de ces « futurs parfaits » que décline chacune des onze nouvelles composant ce recueil. Ainsi de ce frère et de cette sœur, dans « Berline », qui entrent chez un concessionnaire parce que « dans une nouvelle voiture les gens ont l’air heureux ». Ou de ce milliardaire, dans « Villa Shapiro » qui demande à un peintre de concevoir une maison « à l’exact reflet de [ses] deux peintures ». Et qui, une fois la maison construite, prend le train pour Marseille où il ne fait « pendant quinze jours...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Le chef-d’œuvre d’Herman Melville, abyssal roman d’aventures, paraît en « Quarto » assorti d’illustrations inédites et de compléments érudits. A lire en apnée.
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Replongez dans « Moby-Dick » !

Le chef-d’œuvre d’Herman Melville, abyssal roman d’aventures, paraît en « Quarto » assorti d’illustrations inédites et de compléments érudits. A lire en apnée.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 17h00
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 17h24
    |

                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Moby-Dick ou Le Cachalot (Moby-Dick or The Whale), de Herman Melville, illustrations de Rockwell Kent, traduit de l’anglais (Etats-Unis) et édité par Philippe Jaworski, Gallimard, « Quarto », 1 024 p., 25 €.

« Souffle là ! » L’allègre cri du marin, le victorieux signal de la vigie voyant soudain, depuis le bastingage ou à la crête du mât, apparaître enfin à l’horizon, giclante et soufflante, la baleine tant attendue, poussons-le à nouveau, encore et toujours, à la lecture ou à la redécouverte de Moby-Dick,d’Herman Melville (1819-1891), dont une nouvelle édition signée Philippe Jaworski paraît, en « Quarto », chez Gallimard !
Le typhon melvillien n’est pas près d’être rétrogradé en tempête ordinaire. Bien loin, le temps où le cachalot blême, à la mâchoire déviée, à la nageoire trouée et au dos hérissé de harpons brisés viendra s’échouer sur la rive déserte où moisissent les classiques oubliés. Le monstre a encore la queue rageuse, le capitaine Achab, le pilon vengeur, et le doublon d’or, cloué au mât du Pequod, ne cesse de flamber sous l’ardent soleil atlantique ! Si elle reprend la traduction de « La Pléiade » de 2006, cette parution se justifie largement par le nouvel apport littéraire et documentaire fourni au lecteur : préface originale, dossier historique illustré sur l’art et la manière de chasser la baleine, lexique technique, illustrations de l’Américain Rockwell Kent (1882-1971), mythiques aux Etats-Unis, inédites en France, et, surtout, une anthologie réinsérant le roman de Melville dans tout un maillage textuel, des sources bibliques aux auteurs contemporains, de Jonas à Pierre Senges, en passant par Rabelais, Giono ou Blanchot.
Apocalypse littéraire et visionnaire
Paru en  1851 à Londres (dans une prude édition émondée de 2 000 mots) et à New York, bien reçu par la critique anglo-saxonne qui salue la puissance d’évocation de l’auteur mais se défie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ L’auteur, reconnu comme le plus grand écrivain français d’expression catalane, est mort à Pau le 27 avril à l’âge de 85 ans.
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La mort de l’écrivain Jep Gouzy

L’auteur, reconnu comme le plus grand écrivain français d’expression catalane, est mort à Pau le 27 avril à l’âge de 85 ans.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 15h16
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 17h11
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        


Tenu, depuis la disparition du grand poète, essayiste et romancier Jordi-Pere Cerdà (1920-2011) dont il fut l’ami et le traducteur, pour le plus grand écrivain français d’expression catalane, Jep Gouzy est mort à Pau, le 27 avril, à l’âge de 85 ans.
Fils de l’écrivain roussillonnais Marcel Gouzy (1908-1987), poète d’expression française de la génération du romancier libertaire catalan Ludovic Massé (1900-1982) qui signa notamment Ce village où meurent les fontaines, Jep Gouzy i Anrich naît le 15 août 1932 en Isère, à Montalieu-Vercieu, près de La Tour-du-Pin, où les hasards de la fonction publique ont conduit son père. Mais bientôt la famille revient en Roussillon, et Jep passe son enfance dans le village natal de son père, Saint-Féliu-d’Amont près de Prades (Pyrénées-Orientales).
A l’heure des études secondaires, il fréquente le lycée de Montpellier, où son professeur de français, le poète Charles Camproux (1908-1994), figure marquante du mouvement occitaniste, l’initie aux littératures catalanes et espagnoles et insiste pour qu’il considère sa langue comme un médium littéraire à part entière, lui apprenant à lire et écrire le catalan. Du coup, le lien entre Catalans et Occitans ne cessera de compter et de s’affirmer dans la pensée de Jep Gouzy. Et, bien plus tard, quand le poète gascon Bernard Manciet (1923-2005), devenu rédacteur en chef de la revue Oc, sollicitera son concours, l’écrivain catalan acceptera sans hésitation.
Passionné de psychanalyse
A la faculté de Montpellier, Jep Gouzy est gagné par la passion du théâtre et participe à la création du centre dramatique universitaire des étudiants de Montpellier, Les Escholiers de Languedoc. Son engagement l’amène bientôt à croiser Jean Vilar en Avignon, à travailler avec Madeleine Attal, personnage phare de la création théâtrale comme radiophonique à Montpellier. S’il entreprend une carrière d’enseignant, agrégation d’espagnol en poche – il professe alors la langue et la culture espagnole comme son épouse Renée Sallaberry, qui, première lectrice précieuse et lucide, traduit par ailleurs en français la plupart des textes de son époux – Jep Gouzy s’est aussi passionné pour la psychanalyse.
Formé notamment par le psychiatre et psychanalyste Josep Luis Marti Tusquets dans la voie de ce que d’aucuns appellent la « psychiatrie sociale ». Professeur d’espagnol à Pau, à partir de 1961, il donne ensuite des cours de psychologie de groupe à l’université, peu après sa création en 1972.
Autant de voies qui, outre son goût pour l’art – il collectionne les masques africains – et les initiatives culturelles, expositions, rencontres et récitals (Jep Gouzy aime improviser sur ses textes avec des percussions ou le concours du compositeur Tristan Bizzarri), nourrissent une œuvre à l’éclectisme révélateur.
Sans œillères ni parti pris
La grande singularité de l’engagement littéraire de Jep Gouzy tient à son ouverture. La curiosité de l’homme, aussi féru de cultures américaines contemporaines, littéraires comme musicales (Leonard Cohen, Jim Morrison ou Tom Waits), que de culture classique, notamment sur le champ ibérique (de Cervantes à Garcia Lorca), le conduit à œuvrer pour faire découvrir les auteurs catalans contemporains qu’il traduit avec générosité : des « classiques » des Baléares, Maria Villangomez Llobet, Josep Maria Llompart de la Peña et Blai Bonet, aux plus jeunes Albert Villaro, Ferran Torrent et Alex Susanna, dont il a livré chez Fédérop Les Cernes du temps (1999).
Puisant à toutes les sources sans œillères ni parti pris, s’affranchissant des préjugés pour ne se laisser guider que par une curiosité aussi insatiable que stimulante, Jep Gouzy ose les inventions stylistiques comme linguistiques. Ce qui en fait un auteur catalan si incontestable que c’est de l’autre versant des Pyrénées que vient la reconnaissance de son talent.
Alex Susanna du reste, convaincu que l’écriture de Gouzy est « un instrument privilégié d’expression, de recherche, de jeu et de transgression au-delà des limites et conventions », édite en 1990 sur près de 400 pages plus de 500 poèmes composés par Gouzy depuis 1950, dans la maison qu’il dirigea alors à Barcelone. Mettant ainsi en lumière l’une des voix les plus subversives de la littérature catalane, qui déjoue les carcans territoriaux. Sitôt la somme parue, Gouzy s’empressa avec malice d’en écrire d’autres pour que le terme « œuvre complète » soit aussitôt obsolète… Une leçon.

Jep Gouzy en huit dates
15 août 1932 Naissance à Montalieu-Vercieu (Isère)
1990 « Poesia oberta (1950-1990) » somme éditée en catalan à Barcelone
1993 « Un plat d’arros per a Tom Waits, proses fantasmagoriques » (Trabucaire)
2000 « …i un mirall trencat » (CD avec Tristan Bizzarri, publ. de l’Olivier)
2000 Les « Eloquences du silence » (éd. bilingue, Fédérop)
2005 « Vlad Tepes comte Dracula ou trois cavaliers de l’apocalypse », roman (Fédérop)
2009 « S(a)lam Aleikum, opéra barbare à cloche-pied » (Trabucaire).
27 avril 2018 Mort à Pau





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ L’ancien président du Festival de Cannes publie un « dictionnaire amoureux » de cette manifestation, florilège de ses souvenirs.
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Gilles Jacob conte sa Croisette avec éclat

L’ancien président du Festival de Cannes publie un « dictionnaire amoureux » de cette manifestation, florilège de ses souvenirs.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 09h01
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Entré dans l’« appareil » du Festival de Cannes en 1976, le journaliste et critique de cinéma Gilles Jacob en devient rapidement le délégué artistique, portant bientôt la manifestation à son sommet, puis président, postes qu’il céda respectivement à Thierry Frémaux puis à Pierre Lescure. Toujours aux manettes à la Cinéfondation, atelier réservé au développement de projets de jeunes cinéastes du monde entier, le sémillant octogénaire fête aujourd’hui ces décennies de Croisette avec un ouvrage qui prend la forme d’un florilège de souvenirs classés par ordre alphabétique.
Le « dico » se feuillette d’un doigt léger, dans le confort et l’agrément d’une pensée qui ménage l’élégance morale, la finesse d’analyse et l’exercice d’admiration, laissant parfois place, rarement, à la cruauté du trait (« Journaliste »), voire l’agacement envers l’impolitesse crasse de certains professionnels de la profession (« Agents hollywoodiens »).
Coulisses cannoises
L’avantage de la forme alphabé­tique, c’est de permettre au lecteur – honnête homme, cinéphile, goulu de la chronique mondaine, amoureux des Alpes-Maritimes – de picorer et de se fabriquer son propre livre, de « Bresson Robert » à « Cris, huées et sifflets », en passant par « Eden Roc », « Fêtes » ou « Police ». On notera ainsi, à titre personnel, l’entrée « Ah la critique ! », bel et ironique exercice d’autocritique du « délégué général » croqué en paranoïaque, dont il y a lieu de penser qu’il dépasse sa propre personne.
Il reste que l’article dominant est ici la fiche d’auteur (les plus grands y sont, beaucoup trop nombreux pour être cités) – suivie par celles des acteurs et actrices ainsi que par celles de quelques films phares –, dans laquelle Gilles Jacob réussit l’exercice délicat d’établir tout à la fois une analyse rapide et pénétrante de l’intéressé, de croiser cette donnée avec celles de sa présence à Cannes, et dans le meilleur des cas de dévoiler à son sujet l’un des nombreux secrets des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Plus jeune, le romancier s’est essayé à la BD puis à la scène, avant de se lancer dans la littérature. Auteur politique sans être engagé, son dixième roman, qui paraît, raconte les Black Panthers.
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Article sélectionné dans La Matinale du 06/05/2018
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Michaël Mention : « Je n’écris pas à la colère »

Plus jeune, le romancier s’est essayé à la BD puis à la scène, avant de se lancer dans la littérature. Auteur politique sans être engagé, son dixième roman, qui paraît, raconte les Black Panthers.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 06h58
    |

            Abel Mestre








                        



                                


                            

Le rendez-vous est surprenant. Pour que Michaël Mention nous donne son nouvel ouvrage, le dixième, Power, il a fallu le retrouver sur son lieu de travail, à la caisse d’une grande surface culturelle parisienne, en plein Quartier latin. En ce matin d’hiver balayé par le froid, il n’y a pas foule devant le petit caisson où se trouve l’auteur de 38 ans. Il nous passe l’ouvrage, dans un sac en papier, et reprend son travail.
Quelques semaines plus tard, on le retrouve devant un café allongé, et la conversation s’engage sur cette activité salariée à laquelle il est toujours contraint, dix ans après avoir commencé à publier. « Je suis conscient que j’écris sur des thèmes qui ne vont pas intéresser tous les gens. A la caisse, je vois ce qui marche. En général, ce sont des thrillers sanguinolents », sourit-il timidement.
Des thrillers sanguinolents, on n’en trouve donc pas dans la bibliographie de cet auteur caméléon qui change pourtant constamment de thème et d’univers. Il a ainsi pu écrire sur le milieu de la télévision (Le Carnaval des hyènes, Ombres noires, 2015) ; sur le football (Jeudi noir, Ombres noires, 2014) ; sur le poète Lacenaire et le Paris du XIXe siècle (La Voix secrète, 10/18, 2017) ; sur l’Angleterre (Sale temps pour le pays, Adieu demain,… Et justice pour tous, Rivages 2012, 2014, 2015). Et, aujourd’hui, avec Power, sur l’histoire du Black Panther Party (BPP), premier livre qui inaugure le label « Stéphane Marsan », sous lequel les éditions Bragelonne vont publier de la littérature générale. « Quand tu fais le choix d’écrire sur ces sujets, tu sais que tu n’en vivras pas forcément. Tu es obligé de te laisser une certaine liberté », complète-t-il.
Rythme de stakhanoviste
Alors, « pour être libre », Michaël Mention se soumet à un rythme de stakhanoviste. Sa journée est millimétrée. Il écrit le midi sur son heure de pause,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ A la tête de la compagnie maritime portugaise, vous menez la découverte du Nouveau Monde. Un hommage à la géographie autant qu’à l’ère des grands explorateurs.
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On a testé… « Neo Atlas 1469 », le « Civilization » de la cartographie

A la tête de la compagnie maritime portugaise, vous menez la découverte du Nouveau Monde. Un hommage à la géographie autant qu’à l’ère des grands explorateurs.



Le Monde
 |    06.05.2018 à 14h09
 • Mis à jour le
06.05.2018 à 20h54
    |

            William Audureau








                        



   


Je ne sais pas ce que vous avez fait hier, mais nous, nous avons prouvé que la Terre était ronde. De nombreuses rumeurs affirmaient le contraire, et il se murmure même qu’un explorateur en Arabie saoudite vendrait une amarre spéciale pour observer de près les cascades de la fin du monde, sans tomber en se penchant.
C’était jour de fête. Quelques heures plus tôt, nous avons découvert le Zipangu, un archipel légendaire, que certains aujourd’hui appellent le Japon. Cela n’a pas été facile. Il nous a fallu contourner toute l’Australie depuis les Indes parce que l’Indonésie formait un long bras de terre coupant tout accès à l’océan Indien. Grosse, grosse galère.
Finalement, nous avons atteint le lointain pays merveilleux en trente et un ans. Un de trop pour le roi du Portugal. Cet impatient nous a coupé les fonds, nous laissant le commerce maritime comme seule ressource. Heureusement, grâce à une écaille de dragon dénichée au large de la Corée, nous avons pu financer la restauration de notre flotte, pas bien vaillante après deux ou trois attaques de kraken. Maintenant, il nous reste à cartographier l’Amérique, et à finir de révéler tous les continents du monde.
Ode au siècle des grandes découvertes
Neo Atlas 1469, disponible sur la plate-forme Steam depuis 2017 et sorti en avril sur Switch, est le dernier ambassadeur en date d’une série de jeux de gestion japonais longtemps restés inédits en Europe. Son concept est atypique : à la tête de la Compagnie portugaise des Indes, il vous propose d’envoyer vos navigateurs explorer le monde pour le cartographier et établir des lignes commerciales entre ses principaux ports.

Conquête territoriale contre le brouillard qui recouvre la carte, commerce des ressources : on retrouve, dans la dernière production du studio japonais Artdink, spécialiste des simulations ferroviaires, deux des quatre mamelles des jeux de gestion à la Civilization. Et pour cause : son concept date de la même année, 1991, et en est un proche cousin, l’affrontement d’autres puissances en moins, une importante surcouche narrative et un système de missions en plus.
Son intérêt tient beaucoup à son époque et à son thème : 1469, c’est l’année de naissance de Vasco de Gama. Un an plus tard sera pour la première fois traduite en latin et imprimée la carte du géographe grec Ptolémée, dont la redécouverte par la société savante lance un siècle d’exploration des terres reculées et de progrès de la cartographie.
Carte semi-aléatoire
Dans Neo Atlas 1469, comme au XVe siècle, l’Afrique subsaharienne est inconnue ; l’existence des Amériques insoupçonnée ; et le Japon lui-même n’est qu’une rumeur, dont le joueur aura à prouver la véracité en trouvant une route jusqu’à lui.
L’une des meilleures idées du titre est de ne pas proposer une carte identique à celle que l’on connaît — le moindre manuel de géographie, ou un dézoom sur Google Maps, suffirait alors pour tricher. A la place, il laisse le joueur découvrir à l’aveugle une mappemonde en partie générée aléatoirement, tachetée de bateaux pirates, de krakens et de rumeurs de monstres fantastiques.

   


Dans ses meilleurs moments, Neo Atlas 1469 donne l’impression de vivre par procuration l’ivresse, l’excitation et l’angoisse de l’inconnu. Et à chacun de nos choix d’itinéraires, les doctes explorateurs que l’on dirige, d’habitude si bavards et flamboyants dans les phases de dialogues, semblent partir à l’aventure comme de petits bateaux en jouet lâchés dans une baignoire la lumière éteinte. Avec pour seuls compas des on-dit, des déductions, et une bonne part de chance.
Isthme, détroits et jeu de go
A mesure que les heures défilent, et elles passent vite, on finit par découvrir que les algorithmes de génération de la carte du monde s’appuient beaucoup sur le monde réel. S’ils s’en éloignent, c’est essentiellement par des variations côtières. Insuffisant pour donner l’impression visuelle d’un autre monde, mais largement assez pour déranger les plans de l’apprenti cartographe habitué à envoyer ses navigateurs longer les rivages.
De retour à leur port d’attache, plus d’un navigateur viendra ainsi raconter comment il s’est perdu dans des archipels imaginaires ; encastré dans un isthme inattendu ou au contraire engouffré dans un détroit miraculeusement placé en plein cœur d’un pays censément fermé.

   


Parfois, le jeu s’apparente davantage à une partie de go que de géographie. Neo Atlas 1469 laisse en effet au joueur le soin de valider ou non chacun des rapports de ses explorateurs. Une décision stratégique : accepter de graver dans le marbre le bout de carte qu’il vient de découvrir, et ses excentricités qui, d’un bras de terre mal placé ou d’une mer soudain fermée, vous coupera peut-être à jamais l’accès à telle ressource rare et précieuse pour votre commerce d’épices, de fruits et de pierres exotiques.
Un jeu qui a ses limites
Difficile pour autant de recommander ce jeu les yeux fermés : c’est une petite production trop chère pour son propre bien ; laide comme un crapaud ; bavarde à s’en fatiguer les yeux ; pas même traduite, pourront légitimement souligner les plus réfractaires.
Il est vrai que son concept aurait gagné à être servi par des cartes plus originales, et son interminable tutoriel en fera fuir plus d’un. Une réalisation visuelle moins aride, une direction artistique plus cohérente, ou encore une mise en scène plus généreuse auraient également permis de rendre ces terres plus vivantes, plus incarnées, et le jeu des allers-retours moins routiniers.

   


Malgré cela, il y a un charme hypnotique à Neo Atlas 1469. Il est de ces jeux qui, comme Civilization, savent obnubiler des heures et des jours entiers. Il a ses moments de grâce, comme la découverte d’un pays légendaire, le premier tour du monde, ou l’atlas qui se fait globe.
Au pied de notre lit, les couvertures écornées d’un vieux manuel de géographie, d’un passionnant atlas des contrées rêvées, et d’un essai sur la découverte du Japon, trahissent ses effets secondaires. Et puis, hier, quand d’autres remplissaient leur déclaration de revenus, nous nous découvrions le Zipangu, et cela n’a pas de prix.
En bref
On a aimé :
Le concept original et évocateur.L’ivresse de parcourir les océans à l’aveugle.« Hé, mais Madagascar est à l’ouest de l’Afrique du Sud dans ma partie ? ».Des dizaines d’heures de jeu pour la moindre partie.Cligner des yeux, s’apercevoir qu’il est déjà 3 heures.
On n’a pas aimé :
Tutoriel et dialogues interminables.La direction artistique incohérente.La carte du monde pas assez originale pour déboussoler.43 euros pour la réédition d’un jeu PS Vita. Ouch !
C’est plutôt pour vous si :
Vous cherchez un jeu de gestion sur Switch.Dans Civilization, vous préférez explorer que vous battre.Vous préférez Ptolémée à Neymar.
Ce n’est plutôt pas pour vous si :
Vous ne lisez pas l’anglais.Dans vos cauchemars, vous êtes poursuivis par une interro d’histoire-géo.A Civilization, vous jouez les Aztèques, pas les Portugais.Vous cherchez un jeu de pirates dans lequel on peut plutôt boire du rhum entre amis.
La note de Pixels
35° 41’22’’ N/139° 41’30’’ E



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Cette première série de la mangaka Tomomi Sumiyama raconte le destin croisé de deux enfants évoluant dans une société de castes autoritaire.
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« Lost Children » : un manga sur la fraternité au-delà des injustices sociales

Cette première série de la mangaka Tomomi Sumiyama raconte le destin croisé de deux enfants évoluant dans une société de castes autoritaire.



Le Monde
 |    06.05.2018 à 10h15
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Dans le royaume de Shardao, où Yuri et Ran sont nés, rien ne prédisposait ces deux enfants à se lier d’amitié. Ces deux frères de cœur appartiennent à des castes opposées : Ran est gathiya, population réduite à la misère et aux brimades. Yuri est le fils borgne et solitaire d’un joaillier achra, la classe privilégiée. Leur amitié indéfectible survit à leur séparation sur laquelle ouvre Lost Children, première série de la mangaka Tomomi Sumiyama. Tandis que Yuri est chargé du culte dans un village traditionnel de montagne, Ran s’est engagé comme combattant auprès de la rébellion gathiya pour parcourir le royaume et espérer retrouver son ami.

   


Bien qu’il ne fasse que poser les prémices de cette quête et quelques éléments du passé des héros, ce premier tome laisse entrevoir beaucoup de promesses. Plusieurs mystères auréolent ces deux enfants devenus des adolescents secrets et taciturnes : qu’ont-ils vécu pour être aussi proches ? Pourquoi occupent-ils ces fonctions cinq ans après leur séparation ? Comment s’expliquent les mutilations que porte Yuri et la rancœur de Ran ? Sauront-ils continuer à dépasser leur appartenance sociale pour rester unis ?
Une intrigue relativement classique, toutefois portée par un environnement et un contexte bien construits et détaillés. Tomomi Sumiyama s’inspire de différents pays d’Asie pour établir les décors et la structure politique et religieuse du royaume de Shardao. L’Inde a par exemple illustré le système de castes et le Bhoutan a marqué la mangaka pour la concentration des pouvoirs religieux et politiques dans les forteresses Dzong. La rébellion maoïste népalaise et la guerre du Vietnam lui ont fourni des exemples pour le quotidien des rebelles et les batailles contre le pouvoir autoritaire dans sa série.

   


Toutes ces influences offrent au final un manga riche en décors et en costumes traditionnels recherchés, qui donnent encore plus de crédibilité à cette société inique et au vécu des personnages. Ces derniers paraissent d’autant plus aboutis que la dessinatrice leur prête, même s’ils restent en arrière-plan, des traits fins, uniques et très expressifs. L’auteur n’hésite pas non plus à recourir au réalisme et à une dramaturgie calibrée pour mettre en lumière la cruauté de la vie et de la guerre.
L’année dernière, au moment où l’auteure, ancienne designer graphique dans un studio de jeux vidéo, songeait à se lancer dans le manga, le Japon était en proie à de vifs débats autour de la révision de sa Constitution pour revenir sur le caractère pacifiste du pays. Tomomi Sumiyama se passionne alors pour les questions philosophiques sociales ; celles-ci abreuvent sa série et les questionnements de ses deux héros.
Lost Children, de Tomomi Sumiyama, traduction d’Anne-Sophie Thévenon, tome I le 3 mai, éditions Ki-oon, 192 pages, 7,90 euros.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ On redécouvre l’écrivain américain, mort en 1986 sans que son grand talent soit pleinement reconnu en France. Un recueil de nouvelles, « Le Tonneau magique », paraît.
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édition abonné


Bernard Malamud, Brooklyn tragi-comique

On redécouvre l’écrivain américain, mort en 1986 sans que son grand talent soit pleinement reconnu en France. Un recueil de nouvelles, « Le Tonneau magique », paraît.



Le Monde
 |    06.05.2018 à 09h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Le Tonneau magique (The Magic Barrel), de Bernard Malamud, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun, Rivages, 250 p., 21 €.

La légende assure que, le soir de 1959 où Bernard Malamud (1914-1986) reçut le National Book Award pour les nouvelles du Tonneau magique, il oublia de prendre le chèque de 1 000 dollars qui accompagnait la prestigieuse distinction. Après la cérémonie de remise, il arriva un peu tard au restaurant où se donnait une fête ; il n’y avait plus de siège pour lui à table.
Il est tentant de voir dans cette anecdote une forme de plaisanterie métaphorique, transposant la difficulté de ce très grand écrivain à trouver la place qu’il mérite. Il serait faux d’en faire un auteur maudit : après Le Tonneau magique (qui reparaît aujourd’hui dans une splendide traduction de Josée Kamoun), L’Homme de Kiev lui permit d’obtenir un second National Book Award, ainsi que le prix ­Pulitzer, en 1967 ; son premier roman, Le Meilleur (1952 ; Rivages, 2016), a été adapté au cinéma.

Considéré, au côté de Saul Bellow (1915-2005) et de Philip Roth, leur cadet de vingt ans, comme un phare de la littérature juive américaine, il n’a cependant pas connu, à l’étranger, la fortune de ses camarades – le jour de 1976 où l’auteur d’Herzog obtint le prix Nobel, il notait dans son journal : « Bellow a reçu le Nobel. J’ai gagné 24,25 dollars au poker. » Trente-deux ans après sa mort, son étoile, aux Etats-Unis, a un peu pâli. Elles sont rares, pourtant, les œuvres aussi éblouissantes que la sienne, comme on le redécouvre en France depuis 2015, grâce à Nathalie Zberro, éditrice chez Rivages, décidée à la (re) publier dans son intégralité. Arrivant après trois romans – L’Homme de Kiev, Le Meilleur et Le Commis (2015, 2016, 2017) –, les nouvelles du Tonneau magique peuvent constituer une entrée idéale dans l’univers de...




                        

                        


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<filnamedate="20180509"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180509"><AAMMJJHH="2018050919">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 05/05/2018
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 100)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    06.05.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
06.05.2018 à 07h16
   





                        



   





                            


                        

                        

