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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Patrick Rotman et Virginie Linhart ont recueilli les témoignages des principaux protagonistes sur plusieurs décennies (sur Toute l’Histoire à 20 h 50).
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TV – « Mai 68 : dix semaines qui ébranlèrent la France »

Notre choix du soir. Patrick Rotman et Virginie Linhart ont recueilli les témoignages des principaux protagonistes sur plusieurs décennies (sur Toute l’Histoire à 20 h 50).



Le Monde
 |    09.05.2018 à 17h45
    |

                            Antoine Flandrin








                        


Documentaire sur Toute l’Histoire à 20 h 50

   


C’était il y a cinquante ans : des manifestations étudiantes et des grèves générales éclataient partout en France. Désemparé, le gouvernement s’efforçait de montrer qu’il gardait le contrôle de la situation. En 1998, Patrick Rotman et Virginie Linhart signent Mai 68 : dix semaines qui ébranlèrent la France. Ce film en deux parties, éclairant la crise politique qui s’est jouée alors au sommet de l’Etat, se distingue tout d’abord par la richesse des témoignages recueillis sur plusieurs décennies. Certains protagonistes tels Alain Peyrefitte, ministre de l’éducation à l’époque, Maurice Grimaud, préfet de ­police de Paris, ou Georges Séguy, secrétaire général de la CGT, racontent comment ils ont vécu cet événement, quelques mois après, puis en 1978, en 1988 ou en 1998.
Sollicités tous les dix ans, ils n’ont ainsi cessé de se remémorer Mai 68. De telle sorte que ce film donne à voir un événement inoubliable. Si, à l’écran, les visages vieillissent, le ton reste sûr, les souvenirs intacts. Donnant un sens rétrospectivement à ce qui s’est passé, chacun entend laisser une empreinte lourde sur la mémoire de l’événement.
Jacques Chirac badin
Cette histoire politique se retrouve toutefois prise en défaut, notamment lorsque les témoignages se contredisent, et c’est là le second intérêt de ce film. Les divergences de vues entre les récits des différents acteurs politiques et syndicaux sont ici subtilement mises en scène. Interviewé en 1978, Jacques Chirac conte goulûment ses contacts secrets avec la CGT, lorsqu’il était secrétaire d’Etat à l’emploi dix ans plus tôt, un témoignage démenti avec force par Henri Krasucki. Ainsi, des zones d’ombre subsistent sur ce qui s’est tramé en coulisses.
Curieusement, ce ne sont pas les confidences de Daniel Cohn-Bendit, très lucide sur son passé soixante-huitard, qui donnent du piment à ce film, mais celles de ce même Jacques Chirac : celui-ci explique que, pendant que la rue est en feu et la France paralysée, Pompidou et ses collaborateurs discutent cigares Davidoff et parties de chasse. Avec un détachement frisant l’arrogance, Jacques Chirac évoque Mai 68 comme s’il s’agissait d’une péripétie. Ces badineries, qu’il ponctue d’un « n’est-ce pas ? » au charme désuet, traduisent toutefois une cruelle réalité : le gouvernement ne savait plus à quel saint se vouer.
Peyrefitte droit dans ses bottes
Ce témoignage tranche avec celui de M. Peyrefitte, qui, lui, mesure parfaitement l’enjeu de l’exercice. Conscient que la mémoire collective d’un événement n’est pas fixe et que l’histoire de Mai 68 s’écrit aussi à la télé­vision, l’homme politique fait valoir la version de son camp. Droit dans ses bottes, ce baron du gaullisme soutient que le gouvernement est toujours resté maître de la situation.
Tout aussi conscients des enjeux et tout aussi sûrs de leurs propos, le communiste Charles Fiterman et le cégétiste Georges Séguy affirment pour leur part que, face aux étudiants comme face au pouvoir, le PCF et la CGT ont su se placer. Il s’agit pour eux d’imprimer l’idée qu’ils n’ont pas laissé passer leur chance de prendre le pouvoir et que c’est grâce à eux que la paix sociale est revenue. C’est là que le commentaire de Patrick Rotman s’avère précieux. Ne laissant pas les paroles des acteurs politiques et syndicaux noyer son film, le réalisateur conclut fort justement que, en Mai 68, les communistes furent les meil­leurs alliés des gaullistes.
Mai 68 : dix semaines qui ébranlèrent la France, de Patrick Rotman et Virginie Linhart (Fr., 1998, 2 × 52 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Le tribunal de grande instance de Paris, saisi en référé par le producteur Paulo Branco, autorise la projection du film, samedi 19 mai.
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Cannes 2018 : « L’Homme qui tua Don Quichotte » pourra faire la clôture du Festival

Le tribunal de grande instance de Paris, saisi en référé par le producteur Paulo Branco, autorise la projection du film, samedi 19 mai.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 17h32
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 18h09
    |

            Guillaume Fraissard








                        



   


Le Festival de Cannes a gagné son bras de fer contre Paulo Branco. Le film du réalisateur britannique Terry Gilliam, L’Homme qui tua Don Quichotte, pourra bien être projeté en clôture de la manifestation cannoise, hors compétition, samedi 19 mai.
Le tribunal de grande instance de Paris examinait, depuis lundi 7 mai, une requête en référé de la part du producteur portugais et de sa société Alfama Films qui considérent que leurs « droits exclusifs » sur ce film ne sont pas respectés. Le TGI a finalement décidé, mercredi 9 mai, d’autoriser le Festival à montrer au public le film que l’ex-Monthy Python aura mis près de trente ans à réaliser.

        Lire le reportage :
         

          Sur le tournage de « L’Homme qui tua Don Quichotte »



Le 24 avril, l’avocat Juan Branco, fils de Paulo Branco, avait dénoncé « un passage en force » de la part de Thierry Frémaux et Pierre Lescure, le délégué général et le président du Festival, qui se sont clairement engagés en faveur du film.
Les festivaliers qui visionneront le film, samedi 19 mai, verront la mention suivante avant le générique : « La projection du film The Man Who Killed Don Quixote lors de cette séance de clôture du Festival international du film ne préjuge en rien des droits revendiqués [par Alfama], qui font l’objet de procédures judiciaires en cours ».

        Lire le portrait :
         

          Paulo Branco, l’homme qui voulait faire revivre Don Quichotte



« L’ego de monsieur Gilliam et de monsieur Frémaux »
Lors d’une conférence de presse, qui s’est tenue sur le stand de sa société au sous-sol du Palais des festivals, Paulo Branco a fait savoir qu’il ne ferait pas appel de la décision mais se réserve le droit d’attaquer le Festival de Cannes pour les préjudices que pourraient coûter cette projection à Alfama Films.
Il a ajouté que cette décision ne règle en rien « le fond » du litige entre Alfama Films, Terry Gilliam, ses producteurs (RPC, Kinology, Entre Chien et Loup et Tornasol) et son diffuseur (Océan Films). Paulo Branco estime que la décision du jour ne concerne que « l’ego de monsieur Gilliam et de monsieur Frémaux ».

Saisie sur le fond, la justice française rendra un jugement en appel le 15 juin. En première instance, en mai 2017, le TGI s’est prononcé en faveur de M. Branco sur le fait que la rupture du contrat entre Terry Gilliam et son producteur n’était pas justifiée.
Cette rupture était survenue en août 2016 à l’initiative du réalisateur qui estimait que les conditions imposées par M. Branco ne lui permettaient pas de monter le film qu’il portait depuis si longtemps. Et c’est là que se niche le nœud de cet incroyable imbroglio juridique, comme l’avait révélé Le Monde le 3 avril.

        Lire l’enquête :
         

          Pour « Don Quichotte », le projet fou de Terry Gilliam, la malédiction continue



Contrat toujours valide
Pour la défense de Paulo Branco, le contrat entre les deux parties est donc toujours valide, et les droits qui y sont associés, également. « J’ai engagé plus de 700 000 euros pour que ce film existe, je veux que ma place de producteur soit reconnue », estime Paulo Branco.
Les producteurs et le distributeur du film estiment, au contraire, que M. Branco « n’est pas et ne sera jamais le producteur [du] film ».

        Lire le compte-rendu :
         

          « Don Quichotte » verra-t-il la Croisette ?



Reste la question de la sortie en salle de L’Homme qui tua Don Quichotte, prévue également le 19 mai. Le CNC qui doit délivrer un visa d’exploitation pour le film attendait la décision de la justice.
Si pour Paulo Branco, « le film ne sortira pas, car la chaîne des droits n’est pas respectée », la projection cannoise est une étape importante pour la carrière commerciale du film.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ A voir aussi ce soir. L’émotion toujours vive et la mémoire précise, une poignée d’hommes et de femmes racontent leur enfance sous l’Occupation (sur France 3 à 20 h 55).
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TV – « 39-45 : la guerre des enfants »

A voir aussi ce soir. L’émotion toujours vive et la mémoire précise, une poignée d’hommes et de femmes racontent leur enfance sous l’Occupation (sur France 3 à 20 h 55).



Le Monde
 |    09.05.2018 à 17h31
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur France 3 à 20 h 55

   


Ils avaient une dizaine d’années pendant l’Occupation. Ils ont vécu ce que des enfants ne sont pas censés vivre. Qu’il s’agisse de bombardements, de déportations, d’emprisonnements, de privations en tous ­genres, d’angoisses permanentes, beaucoup portent encore les stigmates des traumatismes passés.
Lors de la deuxième guerre ­mondiale, des dizaines de milliers d’enfants vagabonds, orphelins ou abandonnés, se sont mis à errer dans les villes françaises, en quête de quoi survivre. D’autres, couvés par leur mère, n’ont pas compris pourquoi leur père, prisonnier de guerre, avait subitement disparu.
Ce documentaire poignant, primé lors de la dernière édition du Festival des créations télévisuelles de Luchon, est riche d’archives d’époque inédites, filmées notamment dans des écoles. Il rappelle également avec précision les nombreuses mesures, punitives ou non, prises par le régime de Vichy en direction d’une jeunesse « pas encore sclérosée ».

   


La grande force du film de ­Michèle Durren et Julien Johan tient pour beaucoup dans les ­paroles recueillies auprès de ces ­enfants de la guerre, parisiens et provinciaux, juifs ou non, issus de familles modestes ou plus aisées. Leurs témoignages sont parfois terribles, l’émotion toujours vive. Agé de 14 ans en 1940, Massin a vu les bombardiers allemands ­fondre sur son école. Il survit ­miraculeusement : « Mon imperméable était couvert de morceaux de chair ! » Tomi, 9 ans en 1941, se rappelle son école alsacienne à l’heure allemande : « Chaque heure de cours débutait par un chant nazi et un triple salut au Führer. Mon premier devoir, c’était : dessine un juif. Je ne savais pas ce que c’était ! J’ai passé quatre ans avec trois identités : française à la maison, alsacienne dans la rue, allemande en classe. Cela vous ronge, on ne s’en remet pas… »
La richesse des témoignages souligne la multiplicité des ­expériences vécues par ces enfants ­durant l’Occupation. Actes de ­bra­voure, peur panique, expériences carcérales douloureuses, excitation des combats dans le maquis, difficultés du retour à une vie normale, tout est ­complexe. Déportée à Bergen-Belsen à 11 ans, Francine est revenue par miracle de l’enfer sur terre. « On ne sort jamais indemne d’une ­enfance ravagée par la guerre », ­résume-t-elle.
39-45 : la guerre des enfants, de Michèle Durren et Julien Johan (France, 2017, 90 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Sébastien Palluel, étudiant à l’école 42 et artiste codeur, a réalisé une installation audiovisuelle immersive « Vibration », entièrement générée par des lignes de code. Elle sera présentée le 12 mai au Musée national des arts asiatiques-Guimet, à Paris.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ La ressortie en salle de « Perfect Blue » et une rétrospective au Brady sont l’occasion de découvrir le riche univers du Japonais.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

La vie rêvée du cinéaste Satoshi Kon

La ressortie en salle de « Perfect Blue » et une rétrospective au Brady sont l’occasion de découvrir le riche univers du Japonais.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 15h13
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 16h27
    |

                            Sacha Rosset








                        



   


Le cinéaste japonais Satoshi Kon est mort en 2010, à l’âge de 46 ans, d’un cancer du pancréas. Génie de l’animation, il reste peu connu en France. La ressortie en salle le 9 mai de son premier film Perfect Blue  (1997) et une rétrospective de l’ensemble de sa filmographie à Paris au cinéma Le Brady, du 10 mai au 4 juin, sont l’occasion de découvrir ou redécouvrir l’univers de ce réalisateur visionnaire, dont le dernier film, Dreaming Machine, est resté inachevé. Juste avant de mourir, le cinéaste avait demandé à son équipe de terminer cette œuvre qu’il décrivait comme « un road movie pour robots ». Il avait tenté d’ouvrir son monde aux plus jeunes davantage séduits par les créations du Studio Ghibli, tels que Hayao Miyazaki ou Isao Takahata. Mais Masao Maruyama, producteur du film et cofondateur du studio Madhouse, en difficultés financières, n’a pas encore pu répondre au souhait de Satoshi Kon.

L’œuvre du cinéaste se distingue par sa manière d’évoquer des sujets d’adultes en mêlant rêve et réalité, comme le souligne la rétrospective parisienne qui a choisi cet intitulé. Le style à la fois sombre , réflexif et métaphysique de Satoshi Kon n’est pas sans rappeler d’autres grands noms de l’animation nippone : Katsuhiro Ôtomo (Akira) et Mamoru Oshii (Ghost in the Shell), avec lesquels il a travaillé avant de réaliser Perfect Blue, sortie en France en 1999.

        Lire l’enquête :
         

          « Ghost in the Shell », « Death Note », « Gunnm »… Pourquoi Hollywood s’intéresse tant au manga



Adapté très librement d’un roman policier, le film prend pour cadre la J-pop, la culture des idols – ces stars japonaises provoquant souvent l’hystérie générale – et le harcèlement qui découle de la célébrité. Au centre de ce récit, il y a Mima, une idol, en proie à un admirateur décidé à dévoiler sa vie intime. Satoshi Kon puise alors aussi bien dans le giallo – genre cinématographique à la frontière du policier, de l’horreur et du film érotique – que dans les thèmes chers à Brian De Palma (Pulsions,  Body Double). Son film s’apparente à une expédition mentale, un jeu de piste à l’intérieur du crâne de Mima.
Univers cérébral et perturbant
Le travail sur univers cérébral et perturbant l’inconscient obsède le réalisateur et ses films en témoignent. Millenium Actress, réalisé en 2001, présenté à l’occasion de la rétrospective, met en scène une célèbre actrice japonaise dont les rôles illustrent les grands épisodes de l’histoire nipponne. Tokyo Godfathers, sorti en 2003, raconte les aventures d’un enfant abandonné recueilli par un trio de mendiants à Tokyo qui mènent l’enquête et se confrontent à leurs fantômes du passé pour retrouver la mère du bébé dans un Japon sans repères – Satoshi Kon, amateur de cinéma américain, s’est souvenu du Fils du désert, de John Ford. Pour Paprika, sorti en en 2006, le cinéaste a adapté un de ses écrivains favoris, Yasutaka Tsutsui. Les personnages enquêtent cette fois-ci dans un autre domaine mental, les rêves, qui inspirera aussi Christopher Nolan pour son film Inception.

La rétrospective est également l’occasion de découvrir une série d’animation, genre dans lequel s’était lancé le cinéaste en 2004 : Paranoia Agent, découpé en treize épisodes de vingt-six minutes, qui reprend les thématiques de Perfect Blue. On y suit l’enquête menée par des inspecteurs à la suite de l’agression d’une conceptrice de peluche kawaï par un mystérieux gamin armé d’une batte de base-ball. Mais ce gamin existe-t-il vraiment où n’est-il que la construction mentale née d’une paranoïa générale ? L’ensemble des épisodes est proposé lors d’une « Journée Marathon », samedi 26 mai, de 14 heures à 20 heures. Une plongée de six heures dans l’univers cérébral et perturbant de Satoshi Kon.
Ressortie nationale (version restaurée) de Perfect Blue, le 9 mai. Rétrospective des films de Satoshi Kon au Brady, 39, boulevard de Strasbourg, Paris 10e. Paprika, du 10 au 15 mai ; Tokyo Godfathers, du 11 au 13 mai ; Perfect Blue, du 16 au 22 mai ; Millenium Actress, le 4 juin ; marathon des treize épisodes de sa série Paranoia Agent, le 26 mai. www.lebrady.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ A l’occasion de la Web Conf, les pionniers de la Toile sont revenus avec émotion sur la genèse et l’essor d’Internet, cette révolution qui a fini par leur échapper.
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De l’utopie au désenchantement, les vingt-cinq ans contrariés du Web

A l’occasion de la Web Conf, les pionniers de la Toile sont revenus avec émotion sur la genèse et l’essor d’Internet, cette révolution qui a fini par leur échapper.





Le Monde
 |    09.05.2018 à 14h57
    |

            William Audureau





Ils l’ont vu babiller, apprendre à marcher, devenir cette bibliothèque de Babel qui a révolutionné la manière de s’informer et de communiquer. Mais aussi prendre un virage mercantiliste, impersonnel et manipulateur, ces dernières années.
« L’idée, c’était de laisser mille graines fleurir. Il y a eu des fleurs magnifiques, comme Wikipédia. Mais il y a aussi eu des fleurs empoisonnées. Nous avons fait notre possible, ce sera à la génération suivante de s’en occuper. »
De sa voix rauque, Jean-François Abramatic, premier président du consortium du Web, aujourd’hui retraité, évoque avec tendresse le legs de la dizaine de vétérans à avoir fait le déplacement, vendredi 27 avril, à Lyon, pour se remémorer le lancement de la toile il y a vingt-cinq ans, avec le lancement du World Wide Web le 30 avril 1993.
« L’ordinateur dépend de ton imagination »
A l’origine de son concept, le britannique Tim Berners-Lee, informaticien du CERN, le centre de recherche nucléaire européen. En 1989, ce passionné de systèmes hypertexte et de logiciel libre cherche à mettre au point un système permettant à des physiciens de consulter facilement leurs documents à distance en dépit de systèmes informatiques très différents.
« Mes parents avaient un ordinateur. Ils m’ont dit : “Ce que tu peux en faire, cela dépend de ton imagination” », relate-t-il. Ils l’incitent à montrer qu’un ordinateur est capable de faire des liens, à l’instar des gens rapprochant une odeur de nourriture au souvenir d’une ville ou de toute association d’idées.
Sous forme d’e-mails, de groupes de discussions et de serveurs à distance de type FTP, Internet existe déjà. « Toutes les conditions étaient réunies », relève Bebo White, chercheur à Stanford. La première présentation publique du Web a lieu en 1991 au Texas, au salon Hypertext’ 91, avec un modem du CERN et un téléphone emprunté à l’université de San Antonio. La salle est à moitié vide – la plupart des autres chercheurs sont alors au bar en train de boire de la marguarita, se rappelle l’ingénieure informatique Wendy Hall.

   


Xanadu, concurrent oublié du Web
Le CD-Rom et les systèmes en réseau se disputent alors l’avenir du partage de fichier. « Vous savez quel est le défaut du CD-Rom ? Il est comme la Terre plate : une fois que vous arrivez au bord, vous tombez dans le vide »,  argue à l’époque le charismatique Ted Nielson, inventeur de l’hypertexte et de Xanadu, un système précurseur du Web.
Car l’invention de Tim Berners-Lee n’est pas unique. Mais de toutes les solutions offertes pour partager facilement des documents, le Web est tout simplement la plus ouverte, relève l’ingénieur grec Panagiotis Takis Metaxas dans un sourire :
« Ted Nielson a fait une erreur : Xanadu n’était pas un réseau édité par tout le monde mais uniquement par des éditeurs sélectionnés. Tim a réussi en donnant le pouvoir à tout le monde. Le Web n’était pas une idée très forte, mais tout le monde pouvait y participer. L’égocentrisme a été sa “killer app” [termes en vogue dans les milieux des start-ups pour qualifier une fonctionnalité déterminante dans le succès d’un service]. »
Très vite, la Toile fait tomber la chemise. Le second site mis en ligne est celui des Horribles Cernettes, un groupe de rock parodique né au sein du CERN, et dont les paroles sont truffées de références aux activités des chercheurs. Surfing on the Web, écrite par Tim Berners-Lee lui-même, annonce la culture du second degré qui fera le succès de la Toile.

L’appel de l’argent
« C’est allé très vite », se rappelle Jean-François Abramatic. Des sites populaires apparaissaient, tournés vers le grand public. « A un moment, un étudiant a créé un site sur le Louvre pour rendre service, cela a créé tout un émoi. On se rendait compte que l’outil n’était pas réservé aux ingénieurs, mais pouvait intéresser tous les citoyens. » 
Issus du monde de la recherche, les pionniers voient alors le réseau comme un espace libre. Le Web est d’ailleurs surnommé par ses premiers adeptes infobahn, « l’autoroute de l’information ». Mais il ne faut que quelques années pour que s’immiscent entrepreneurs, intérêts privés et débrouillards en tous genres.
Leurs premiers étudiants des pionniers du Web y découvrent un moyen de se faire de l’argent, en achetant des mots-clés dans les moteurs de recherche pour y vendre des publicités adaptées. « J’avais appris un langage de programmation web à mon étudiante trois semaines plus tôt, elle se faisait 50 dollars par heure, je ne savais même pas qu’on pouvait faire de l’argent avec le Web », éclate de rire Panagiotis Takis Metaxas.

   


Dès 1995, des sites marchands aujourd’hui majeurs comme Amazon et eBay sont lancés, tandis que Microsoft s’implante dans le paysage avec le navigateur Internet Explorer, désormais livré par défaut avec chacune des machines équipées de Windows. Peu à peu, le concept d’e-commerce supplante l’infobahn.
Bras de fer et grandes avancées
Le consortium du Web devient un lieu de décisions stratégiques, avec des bras de fer permanents dès qu’il s’agit d’adopter un nouveau standard, comme entre Netscape et Microsoft. « C’était comme au Monopoly, se rappelle Tim Berners-Lee, à chaque fois qu’une nouvelle application apparaissait, cela menaçait les intérêts commerciaux de quelqu’un, chacun voulait pousser ses intérêts. » 
Mais les révolutions ne cessent de se succéder, par vague. En avril 1998, Sergey Brin et Larry Page présentent l’idée d’un moteur de recherche dynamique, capable de classer les sites par pertinence – le fameux PageRank de Google, qui redéfinit durablement les règles de la course à l’audience sur Internet. « Il a eu un impact sur toute la civilisation humaine », n’a pas peur d’affirmer Bebo White.

   


Puis en janvier 1999, apparaît le concept du Web 2.0 – un Internet non plus consultatif, mais participatif, qui fait confiance aux utilisateurs, et donnera notamment naissance à Wikipédia. Pour Jean-François Abramatic, c’est l’une des principales victoires de l’aventure du Web. « Rien que pour avoir permis l’émergence de Wikipédia pour mes petits-enfants, cela valait le coup », sourit-il.
Les fleurs empoisonnées du Web
Rapidement s’ouvre l’ère de la domination des réseaux sociaux avec l’arrivée de Facebook, Twitter ou encore YouTube. « Tous ces acteurs ont été occupés à me mettre la laisse au cou, ils ont une armée de professionnels pour nous faire signer des choses auxquelles on ne comprend rien, et c’est légal ! », s’étrangle Robert Cailliau, inventeur de la Web Conf, avant de qualifier les géants du Web d’« impéralistes qu’on distingue à peine d’états totalitaires, [qui] décident ce qui est acceptable ou non ». Jean-François Abramatic cible de son côté les fake news parmi les « fleurs empoisonnées » du Web.
Vingt-cinq ans après, Robert Cailliau fait le constat d’une utopie laissée à la dérive, faute de vigilance. « La respublica devrait servir ses citoyens, il faut pour ça des règles de conduite. Je ne suis pas en faveur des cathédrales, mais pas non plus en faveur du bazar. Il faut implanter des règles, un système de régulation », exhorte désormais le chercheur désabusé.




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Le 71e Festival de Cannes entre dans son premier jour de compétition avec en lice : « Leto », de Kirill Serebrennikov, et « Yomeddine », d’Abu Bakr Shawky.
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La gazette de la Croisette : un cinéaste assigné, un documentaire fleuve et un film interdit

Le 71e Festival de Cannes entre dans son premier jour de compétition avec en lice : « Leto », de Kirill Serebrennikov, et « Yomeddine », d’Abu Bakr Shawky.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 13h21
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 17h20
   





                        



   


DU CÔTÉ DE LA COMPÉTITION :
Après la cérémonie d’ouverture présidée par Edouard Baer, mardi 8 mai au soir, au cours de laquelle l’actrice australienne Cate Blanchett, présidente du jury, et le cinéaste américain Martin Scorsese ont déclaré officiellement ouverte la 71e édition du Festival de Cannes, la compétition entre dans le vif du sujet mercredi 9 mai. Avec deux longs-métrages en lice pour la Palme d’or : Leto, du Russe Kirill Serebrennikov, et Yomeddine, premier film de l’Egyptien Abu Bakr Shawky, dit A. B. Shawky.
Arrêté à Saint-Pétersbourg en août 2017 et accusé de détournement de fonds publics, le metteur en scène et cinéaste russe, Kirill Serebrennikov, est depuis assigné à résidence à Moscou. Il ne sera donc pas sur la Croisette pour assister à la projection de son film Leto consacré au chanteur rock Viktor Tsoi, figure underground des temps soviétiques crépusculaires. Notre correspondante à Moscou, Isabelle Mandraud, dresse le portrait de ce « maître » de la scène russe, contraint, selon ses amis, à jouer dans une mauvaise pièce.

DU CÔTÉ DES AUTRES SÉLECTIONS :
Parallèlement à ce début de la compétition officielle, commencent aussi les séances spéciales (hors compétition), avec la projection d’un documentaire fleuve (plus de 8 heures), Les Ames mortes, du cinéaste chinois Wang Bing, qui a filmé les témoignages des rescapés des camps communistes. Notre critique Jacques Mandelbaum revient sur le tournage de ce « film de feu et de dévotion, geste de courage et de défi, inscription inédite par son ampleur de la tragédie du peuple chinois sous le joug communiste ».

        Lire le portrait :
         

          Wang Bing, dans les failles de l’histoire chinoise




La section Un certain regard (qui faite partie de la Sélection officielle du Festival de Cannes) ouvre ses portes avec comme film d’ouverture Donbass, de l’Ukrainien Sergei Loznitsa. Est aussi projeté le film kényan de Wanuri Kahiu, Rafiki, sélectionné à Cannes mais interdit dans son pays car il parle d’une histoire d’amour entre deux femmes.

        Lire l’entretien avec la réalisatrice Wanuri Kahiu :
         

          « Avec “Rafiki”, j’ai voulu raconter une belle histoire d’amour africaine »




C’est également le premier jour pour les deux autres sections parallèles du Festival de Cannes, la Quinzaine des réalisateurs et la Semaine de la critique. Pour notre critique Mathieu Macheret, le film d’ouverture de la Quinzaine, Les Oiseaux de passage, réalisé par les Colombiens Ciro Guerra et Cristina Gallego, donne le ton d’une sélection très sud-américaine. Ils y retracent, à la manière de Scarface, la naissance et le développement d’un empire de narcotrafiquants.

ON ATTEND AUJOURD’HUI :
A 14 h 30, le cinéaste britannique Terry Gilliam saura si son film L’Homme qui tua Don Quichotte aura enfin droit – près de trente ans après la naissance du projet et vingt ans après le tournage dantesque d’une première version jamais finie – à sa montée des marches, samedi 19 mai, en clôture du Festival de Cannes, hors compétition. Le tribunal de grande instance de Paris doit rendre sa décision après avoir été saisi en référé par le producteur portugais Paulo Branco, qui estime que ses droits sur le film ne sont pas respectés. Il demande l’interdiction de cette projection cannoise. Paulo Branco donnera une conférence de presse à 15 heures pour commenter la décision.


        Lire la gazette de la Croisette (8 mai) :
         

          Un jury, une cérémonie et un film d’ouverture






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ #RaideCarpette. Le Festival de Cannes est ouvert. Devant le palais, les festivaliers habitués à ne pas être invités aux projections, vont, sans se démonter, jusqu’à l’extrême bout de leur rêve.
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Cannes 2018 : « C’est peut-être pas mon monde à moi, mais moi dans ce monde-là je me sens chez moi »

#RaideCarpette. Le Festival de Cannes est ouvert. Devant le palais, les festivaliers habitués à ne pas être invités aux projections, vont, sans se démonter, jusqu’à l’extrême bout de leur rêve.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 13h09
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 15h29
    |

                            Charlotte Herzog








                        


« C’est dégueulasse qu’ils ne me laissent pas entrer. » Qu’est-ce que c’est « dégueulasse » ? A Cannes, c’est loin du tapis rouge que l’on trouve la réponse, dans les bars de la Croisette, où viennent se faire mousser ceux qui ne sont pas invités aux soirées. Mythos, refoulés, malchanceux, wannabe… C’est à eux que cette chronique veut donner la parole. Paillettes et glamour au placard, #RaideCarpette vous raconte le Festival vu de l’autre côté des barrières ou du bar, là où « y a vachement moyen de faire du cinéma ensemble ».

   


Pas d’invitation, pas de projection. Au Festival de Cannes, c’est la règle. Alors, à l’entrée du palais, ils et elles sont là. Des dizaines. Massés devant les barrières. En manque. Autour du cou, au bout de leurs bras tendus vers le ciel, ou serrées avec pudeur contre leur buste, des petites affichettes : « Une invitation pour Everybody Knows SVP » ; « J’ai besoin d’un billet comme l’air ».
En ce mardi 8 mai, Annie, Elena et Catherine espèrent récupérer des invitations pour la projection du film d’Asghar Farhadi à 19 heures. Elles ne se connaissent pas, mais à chaque édition de Cannes, elles sont copines. « D’années en années, on se retrouve entre ceux qui font la manche. On se le dit comme ça, entre nous, qu’on fait le trottoir à Cannes. »
Elena, qui a « son homme de l’autre côté qui tente la même chose », est d’origine russe, et son talent à elle, c’est d’être « figurante disponible ». Dans son sac, une petite pochette à l’intérieur de laquelle se trouvent quelques CV manuscrits et des photos d’elle sur le tapis rouge, « il y a quelques années de ça ».
Catherine elle, a de petites ballerines, un pantalon noir, un certain âge et la peau fatiguée. « Il faut se décontracter, sinon, ça fait des crampes d’estomac. Si j’ai pas d’invitation, c’est pas une souffrance. C’est un jeu. On voit des gens, des robes, des décolletés, des stars. »
« Avec votre tenue, vous n’irez nulle part »
Un homme affublé d’un pantalon beige aux multiples poches, polo rouge et tennis aux pieds, s’approche et l’interrompt en lui tapant sur l’épaule :
« Vous vendez des invitations ?
– Non, on vend rien, mais vous avec votre tenue, vous n’irez nulle part, laissez tomber. »
Elle lève les sourcils et soupire, avant de reprendre son souffle : « Ils devraient me garder avec eux ici ceux qui organisent, je pourrais les aider, je connais tous les trucs. Bref, moi, on me prend pas en photo, mais de toute façon, j’aime pas qu’on me prenne sans que je le décide. Sauf l’année dernière, sur le tapis, Gala m’a prise en photo à côté d’une top modèle, Amber… euh, je sais plus, enfin, c’était chouette. Et vous, tiens, mettez-vous à côté de moi, on va faire une petite photo. Vous ressemblez à la jury là, comment elle s’appelle déjà, mince… »
« Cate Blanchett ?
– Oui voilà, je vais faire une photo avec vous, et je dirai que j’étais avec Cate Blanchett. Oh qu’est-ce qu’on s’amuse ! Regardez ma photo de l’année dernière avec Amber machin, si, là, en arrière-plan, c’est moi ! Ah, bah tiens, la fille avec le décolleté vert de tout à l’heure, elle est plus là. Elle a dû choper son invit. Ah ça, le décolleté, ça marche. Moi, je vais vous dire, je préfère me faire refouler plutôt que d’avoir l’air olé olé, hein. Cette année, j’aimerais bien voir Mad Max. Euh non, l’Odyssée de l’espace. Mais j’irai peut-être le voir en salle. C’est juste que je me suis habituée à l’écran de Cannes. Y a des gens que je veux à tout prix rencontrer, juste deux minutes. Mais je suis pas une obsédée des stars, hein, je reste à ma place. Enfin à la place qu’on veut bien me donner. »
« Ça fait trente ans que je viens »
Annie n’est plus au milieu du passage, elle observe le délire à distance. Elle tient serré contre elle son tout petit papier. « Auriez-vous une invitation supplémentaire, s’il vous plaît ? Merci. » Elle porte une robe longue, son rouge à lèvres est impeccable, comme son brushing. Sa veste longue, assortie à l’orangé de sa robe, tombe à la juste hauteur pour découvrir ses escarpins, qui rappellent la couleur de sa bouche maquillée.
« J’ai honte de faire ça. Vous vous rendez compte ? Je suis une exploitante du cinéma, une indépendante. J’ai mon badge, mais pas d’invitation. Ça me gêne de quémander, alors que je peux voir des films comme je veux. Vous avez vu, je me suis faite belle. Vous voulez voir mes photos de l’année dernière ? J’avais une jolie robe bleue, regardez. Ça fait trente ans que je viens, ça m’est bien égal de réussir ce soir ou pas. Je reviendrais peut-être demain. Ah non, demain j’ai une soirée avec ma fille, c’est organisé par un journal de cinéma, mais je peux pas vous dire le nom, c’est privé. »
Avant de se mettre un peu à l’ombre et de me laisser filer, Catherine me fait un vrai sourire et tente de justifier sa petite pause sur le côté, à dix minutes du lancement du film qu’elle ne verra certainement pas : « C’est que je suis là depuis le début de l’après-midi, j’ai un peu mal aux jambes. Vous savez Cate, c’est peut-être pas mon monde à moi, mais moi, dans ce monde-là, je me sens chez moi, voilà. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Comme l’Iranien Jafar Panahi ou le Russe Kirill Serebrennikov, des cinéastes dont le film est en compétition au prestigieux Festival, sont victimes d’interdiction de quitter leur pays ou subissent des représailles à leur retour.
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Ces réalisateurs punis pour avoir été sélectionnés à Cannes


                      Comme l’Iranien Jafar Panahi ou le Russe Kirill Serebrennikov, des cinéastes dont le film est en compétition au prestigieux Festival, sont victimes d’interdiction de quitter leur pays ou subissent des représailles à leur retour.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 11h46
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 12h58
    |

                            Laurent Telo







Depuis 1978, plusieurs cinéastes étrangers n’ont pas pu présenter leurs films à Cannes.
2018, Jafar Panahi et Kirill Serebrennikov empêchés

   


Malgré les demandes officielles du Festival auprès des autorités de leurs pays respectifs, Jafar Panahi, l’Iranien dissident de Three Faces, et le Russe Kirill Serebrennikov, de Leto – accusé de détournement de subventions publiques –, n’ont pas eu l’autorisation de se rendre à Cannes, où leurs films sont en compétition.

        Lire aussi :
         

                Kirill Serebrennikov : « Je n’ai commis aucun crime »



2017, Mohammad Rasoulof surveillé

   


L’an dernier, le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof obtient le prix Un certain regard pour son film Un homme intègre. Cinq mois plus tard, il se fait retirer son passeport à l’aéroport de Téhéran et est mis sous surveillance policière. Le pouvoir iranien ne lui pardonne pas ses films très critiques.

        Lire aussi :
         

                Le cinéma iranien en liberté conditionnelle



2006, Lou Ye sanctionné

   


Le cinéaste chinois Lou Ye a décidé de présenter son film, Summer Palace, au Festival sans l’approbation des autorités de son pays. La sanction est implacable : il est interdit de tournage pendant cinq ans par la censure. Son film traitait des événements de la place Tiananmen occupée par les étudiants au printemps 1989 et de la répression sanglante qui s’est ensuivie.
1982, Yilmaz Güney exilé

   


C’est en prison que le cinéaste turc d’origine kurde dissident tourne une grande partie de Yol, la permission. Güney parvient à s’évader pour se réfugier en France où il termine le montage de son film, qui remporte la Palme d’or, ex aequo avec Missing, de Costa-Gavras. Il meurt d’un cancer deux ans plus tard sans avoir pu retourner en Turquie.
1978, Andrzej Wajda bâillonné

   


Gilles Jacob, alors délégué général du Festival, se rend à Varsovie pour visionner L’Homme de marbre, du réalisateur polonais, déjà distingué par un Prix spécial du jury à Cannes en 1957. Refus des autorités. Qu’à cela ne tienne, Jacob parvient à récupérer les bobines et les fait sortir en catimini de Pologne pour déjouer la censure. Le film sera présenté à Cannes sans son réalisateur.
Lire aussi : Andrzej Wajda, mort d’une conscience



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Première réalisatrice afro-américaine à être nommée pour un Golden Globe avec « Selma » en 2014, l’Américaine fait partie du jury du 71e Festival de Cannes.
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Ava DuVernay, cinéaste et infatigable militante de la cause noire


                      Première réalisatrice afro-américaine à être nommée pour un Golden Globe avec « Selma » en 2014, l’Américaine fait partie du jury du 71e Festival de Cannes.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 11h32
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 13h02
    |

                            Clément Ghys







Jurée engagée
Au sein du jury du 71e Festival de Cannes, présidé par Cate Blanchett, la réalisatrice de 45 ans côtoiera entre autres Robert Guédiguian, Léa Seydoux ou Kristen Stewart. Outre sa filmographie, le site du Festival souligne son soutien en faveur du « travail des cinéastes de couleur et notamment des femmes réalisatrices par l’intermédiaire de son collectif ARRAY », organisation fondée en 2010 et basée à Los Angeles qui distribue des films.

        Lire aussi :
         

                Festival de Cannes 2018 : Cate Blanchett, présidente féministe de la Croisette



Communicante aguerrie
Après des débuts dans le journalisme, où elle couvre le procès d’O.J. Simpson pour la chaîne CBS News, elle s’oriente vers la communication. Au milieu des années 2000, elle conçoit des campagnes marketing pour des films comme Dreamgirls ou Invictus. En parallèle, Ava DuVernay travaille pour Urban Beauty Collective, un réseau de salons d’esthétique destinés à une clientèle afro-américaine.
Documentariste primée
À la fin des années 2000, elle tourne des documentaires sur des sujets aussi variés que le quartier de Compton, à Los Angeles, l’histoire du hip-hop dans la même ville, les conséquences de l’ouragan Katrina ou sur des personnages-clés de l’histoire noire américaine. En 2016, son film Le 13e, en référence à l’amendement de la Constitution des États-Unis abolissant l’esclavage, a été nommé aux Oscars et primé aux Emmys. Diffusé sur Netflix, il souligne la persistance de la ségrégation ethnique dans le pays,
Pionnière à Hollywood
En 2014, elle rencontre le succès avec le long-métrage de fiction Selma (après I Will Follow en 2010 et Middle of Nowhere en 2012), sur les marches de Selma en 1965 en Alabama, épisode-clé de la lutte pour les droits civiques. Elle est la première réalisatrice noire à être nommée pour un Golden Globe, et à voir son œuvre citée dans la catégorie meilleur film. En 2018, elle signe, pour Disney, Un raccourci dans le temps, film fantastique avec Oprah Winfrey (productrice de Selma) au casting. Doté d’un budget de 100 millions de dollars, le long-métrage est la première grosse production réalisée par une Afro-Américaine.

        Lire aussi :
         

                Ava DuVernay : « Je veux faire entendre la voix d'une femme noire au cinéma »






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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Margaux la blogueuse, Patrick l’amoureux des choristes, Farouk le rédac’chef du « Cocoricovision », membres actifs d’Eurofans, sont présents à Lisbonne, où se tiendra, samedi, la finale du concours.
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Trois fans de l’Eurovision nous plongent dans l’envers du décor

Margaux la blogueuse, Patrick l’amoureux des choristes, Farouk le rédac’chef du « Cocoricovision », membres actifs d’Eurofans, sont présents à Lisbonne, où se tiendra, samedi, la finale du concours.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 10h39
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 11h04
    |

                            Aurélie Blondel








                        


Lisbonne, mardi 8 mai, environ 1 heure du matin. Benjamin Ingrosso, le représentant suédois à l’Eurovision, fait son entrée sur la petite scène de l’« Euroclub » pour interpréter deux chansons devant une centaine de fans. Patrick, 51 ans, danse et savoure chaque seconde du spectacle. « La mère du chanteur a tenté de participer sept fois à l’Eurovision », prend-il toutefois le temps de nous glisser. « Son père était d’ailleurs le choriste de sa mère, c’est comme ça qu’ils se sont rencontrés… » Pointu !
Plusieurs heures auparavant, Margaux, 26 ans, a réalisé un rêve : rencontrer Alexander Rybak. Dans le microcosme eurovisionnesque, le chanteur norvégien au peps communicatif, qui se sépare rarement de son violon, est une star. Après avoir remporté le concours en 2009, il retente sa chance cette année. La jeune femme, journaliste juridique, l’a suivi alors qu’il visitait une école de musique de la capitale portugaise, où se tient l’édition 2018 de l’Eurovision. Installée devant son ordinateur dans le centre de presse, elle s’apprête à raconter cette rencontre sur Concours-eurovision.fr, un site d’informations auquel elle collabore en tant que blogueuse.

   


Quelques tables plus loin, au centre de presse, Farouk, la quarantaine, enregistre ses photos du jour, celle de la répétition de la première demi-finale. C’est le rédacteur en chef du Cocoricovision, magazine d’Eurofans, le fan club français de l’Eurovision. Il publie environ trois numéros par an, très soignés, d’une quarantaine de pages. Tirés à 300 exemplaires, ils sont téléchargeables en ligne.
Farouk, Margaux et Patrick sont tous trois des membres actifs d’Eurofans, dont 215 membres sont présents à Lisbonne. Officiellement créée en 1995, l’association existait déjà depuis la fin des années 1980. Ces derniers temps, son nombre d’adhérents a explosé. « Nous sommes passés d’un peu plus de 200 en 2014 à presque 500 aujourd’hui », détaille Stéphane Chiffre, président de la structure. Les fans les plus mordus font le déplacement chaque année une à deux semaines dans la ville organisatrice pour vivre de l’intérieur leur concours préféré. Ils ont répondu présent même les années noires, quand la France avait pris la fâcheuse habitude d’enchaîner de piètres résultats… Il faut dire que sur place, l’ambiance est, quoiqu’il arrive, au rendez-vous.

   


Pour Margaux, miss Ile-de-France 2014, tout a commencé en 2011 à Düsseldorf, en Allemagne. Depuis, elle vient tous les ans ou presque. « Quand on y a goûté, je vous assure qu’il est difficile d’en sortir », soupire-t-elle, « d’autant qu’on se fait des copains au fil des années ».
Si pour beaucoup, l’Eurovision n’est qu’une émission de télévision, elle constitue, pour les fans qui suivent de près l’événement, deux semaines totalement folles durant lesquelles s’enchaînent des dizaines de répétitions et de conférences de presse, des mini-concerts, un grand défilé des artistes sur un tapis rouge – exceptionnellement bleu cette année – et des soirées où l’on se déhanche jusqu’au petit matin sur les tubes de l’Eurovision, à l’« Euroclub » ou encore à l’« Eurocafé », deux lieux dédiés chaque année à la fête.
« Je suis là pour m’éclater, pendant ces semaines c’est comme si j’étais sur une autre planète », lance Patrick, tout en dansant sur Loin d’ici, le titre que l’Autrichienne Zoe interprétait en français à Vienne en 2016. Il connait tout le monde. Salue de la main l’un des compositeurs de la chanson maltaise et reconnait derrière lui deux choristes danois au look viking. Car en plus de son amour pour l’Eurovision, il a développé une singulière passion pour les choristes du concours, qui, dans l’ombre des chanteurs, ont à ses yeux un rôle clé dans le spectacle. Là encore, il est incollable sur le sujet ! Lui aussi d’ailleurs partage son engouement pour le concours sur Internet, sur le blog de la radio en ligne EFR12, dédiée à l’Eurovision, à ses chanteurs et aux sélections nationales.

   


Farouk est également un habitué des « Euroclub ». Mais il s’y rend davantage pour travailler que pour danser. Pendant plusieurs années, il a d’ailleurs été un des DJ de l’Eurovision et mixait pour les fans dans les soirées. Lui est plutôt du genre studieux. « Les journées d’Eurovision sont intenses, elles commencent tôt et se terminent tard », précise-t-il, épuisé mais heureux de vivre le concours au plus près pour la neuvième année. Il prend sur place un nombre incalculable de photos des artistes, qu’il publiera dans le magazine ou qu’il laisse utiliser par des sites amis. « En connaissant les artistes, on les met davantage en valeur sur les photos, on capte mieux les émotions », dit-il. La rédaction du magazine attendra toutefois l’été, le prochain numéro étant prévu en septembre. Sauf si les représentants français Madame Monsieur l’emportait samedi : un numéro spécial du Cocoricovision célébrerait cette victoire que les fans attendent, sans faillir, depuis 1977.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Une réunion de commémoration familiale qui se transforme en barricade aux portes de l’enfer. Le nouveau Nokuto Koike est fidèle au genre survival.
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Aux portes de l’enfer, « Firefly », un manga qui met l’esprit de famille à rude épreuve

Une réunion de commémoration familiale qui se transforme en barricade aux portes de l’enfer. Le nouveau Nokuto Koike est fidèle au genre survival.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 10h31
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 12h21
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


Komikku reste fidèle à Nokuto Koike, son auteur de thriller horrifique préféré. Spécialiste des formats courts en 3 ou 4 volumes, le prolifique auteur japonais a déjà de nombreuses séries à son tableau de chasse : 6 000, Les Oubliés, Scary Town, Mushroom… et Firefly, sa dernière série en 4 volumes, déjà finalisée au Japon. Nouveauté notable, ce n’est pas Nokuto Koike qui scénarise, comme pour toutes ses œuvres auparavant, mais Ryukishi07, pseudonyme derrière des séries comme Hinamizawa, le village maudit, une série d’animation avec un environnement assez proche de Firefly.
Le duo semble fonctionner et porter ses fruits tant ce premier volume est prometteur. En effet, Koike est souvent critiqué pour la faiblesse de ses scénarios et Ryukishi07 pour la naïveté de son dessin. Ici, ils sont complémentaires.

   


L’histoire réunit tous les membres de la famille Tadamura pour les obsèques de leur grand-mère. Isolée dans la montagne au centre d’un village déserté, la maison où ils se retrouvent recèle des secrets que les personnages vont devoir découvrir pour leur permettre de survivre aux événements inattendus auxquels ils sont confrontés. Car une brume épaisse entoure le village et elle se révèle assez dangereuse pour la santé : poison toxique, mouches vampires, plantes assassines, chiens zombies, monstres géants anthropophages… Seule la maison semble immunisée contre les dangers extérieurs, protégée par un sort magique ancestral.

   


Rangée dans le genre survival, cette série reprend la thématique de base des autres mangas de Nokuto Koike, c’est-à-dire l’isolement en milieu hostile, qu’il s’agisse d’une île (Les Oubliés) ou d’une base sous marine (6 000). La référence aux rites et aux sortilèges animistes traditionnels que l’on trouve dans l’œuvre fait penser à Tajikarao et ses dieux outragés –oubliés –, ou encore à des séries plus brutales comme I’m a Hero pour les morts-vivants que l’on y trouve. C’est en tous cas un ingrédient qui donne du poids au récit.
Si l’histoire manque dans ce premier volume d’un peu de densité, un écueil habituel des scènes d’exposition, elle donne toutefois envie de poursuivre la lecture.
Firefly, de Nokuto Koike et Riyukishi07, éditions Komikku, tome I sorti le 3 mai, 7,90 euros.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Assigné à résidence dans son pays, le metteur en scène et cinéaste russe est en compétition avec son film « Leto ».
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Cannes 2018 : l’hiver forcé de Kirill Serebrennikov

Assigné à résidence dans son pays, le metteur en scène et cinéaste russe est en compétition avec son film « Leto ».



Le Monde
 |    09.05.2018 à 10h09
    |

            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        



                                


                            

Absent à Cannes, invisible à Moscou. Arrêté une nuit d’août 2017 à Saint-Pétersbourg en plein tournage de son film Leto (« l’été »), Kirill Serebrennikov n’assistera pas à l’entrée en compétition sur la Croisette, mercredi 9 mai, de ce long-métrage consacré au chanteur rock Viktor Tsoi, figure underground des temps soviétiques crépusculaires. Depuis neuf mois, le metteur en scène et cinéaste russe, accusé de détournements de fonds ­publics, vit reclus dans son petit appartement moscovite, en ­résidence surveillée. Ses amis soupirent, son public se désole. C’est un « maître » de la scène russe, disent-ils, que l’on contraint à jouer dans une mauvaise pièce.

Une farce qui éreinte cet artiste de 48 ans à l’énergie redoutable, muselé par un procès à l’issue incertaine, malgré ses plaidoyers d’innocence. « Je n’ai commis aucun crime », répète-t-il à ­chacune de ses audiences au ­tribunal, visage tendu derrière des lunettes sombres.

Il est si ­facile, en Russie, de poursuivre n’importe quel dirigeant artistique, dépendant comme tout un chacun, ici, des subsides de l’Etat… La preuve en est : hormis des témoignages de solidarité, aucune révolte n’a éclaté. Et, comme si de rien n’était, le ministère de la culture a envoyé un Tweet, le 8 mai, pour souhaiter « bonne chance » aux deux films russes présentés en ­compétition à Cannes, qui n’en avait plus accueilli depuis 2007. Dont Leto.
« Un jeune homme de Rostov »
« Le théâtre russe a été toujours un monument, une cathédrale, et aujourd’hui on peut jouer, faire des expériences, mais, si vous allez trop loin, on vous met dans la “chambre des enfants”, au coin… », dit doucement Alla Demidova. A 81 ans, l’actrice, connue et respectée en Russie, est aussi la « marraine » de Serebrennikov, fière d’exposer chez elle tous les objets qu’il lui rapportait de ses voyages à l’étranger, comme ce collier ­africain de perles noires.
« A...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ A la Quinzaine, Ciro Guerra et Cristina Gallego retracent la naissance et le développement d’un empire de narcotrafiquants.
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Cannes 2018 : « Les Oiseaux de passage », un « Scarface » tribal et halluciné en Colombie

A la Quinzaine, Ciro Guerra et Cristina Gallego retracent la naissance et le développement d’un empire de narcotrafiquants.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 09h48
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 10h01
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Quinzaine des réalisateurs – film d’ouverture
Trois ans après L’Etreinte du serpent (2015) et sa somptueuse descente sous psychotrope sur le fleuve Amazone, dont le cours ­remontait celui de l’histoire ­coloniale, le cinéaste colombien Ciro Guerra revient à Cannes. Son quatrième long-métrage, cosigné avec son épouse et productrice Cristina Gallego, fait ainsi l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs.

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                Cannes 2018 : une Quinzaine des réalisateurs très sud-américaine



Les Oiseaux de passage prennent le parti culotté de retracer la naissance et le développement d’un empire de narcotrafiquants, en l’enracinant dans les mythes et les structures claniques des tribus Wayuu, de la pointe nord de la Colombie, entre la fin des années 1960 et le début des années 1980.
Commencé comme une fiction anthropologique en dialecte indigène, le film s’érige peu à peu en une sorte Scarface colombien, ­reprenant à son compte les codes du film de gangsters, plus précisément le schéma moral et scorsésien du « rise & fall » (« grandeur et décadence ») caractéristique du genre.
Scénario de ­démesure
Rafa, jeune homme froid et ­déterminé, revient dans son ­village de bergers wayuu, pour demander la main de sa cousine. L’oncle et la tante, les chefs du clan, lui réclament une dot exorbitante en échange de leur fille. Rafa se lance avec un ­complice allogène, dans le commerce illicite de marijuana, à destination des touristes américains puis en exportation directe vers les Etats-Unis.
Les affaires prennent de l’ampleur, Rafa fait le vide autour de lui et renforce sa ­position au sein du clan, devenu riche et puissant grâce à lui. Mais Leonidas, petit-fils gâté, au comportement de chien fou, se rend responsable d’un grave affront auprès d’un parrain voisin, ­patriarche d’une famille wayuu rivale. Les relations ne tardent pas à s’envenimer et la guerre à être déclarée.
On reconnaît le scénario de ­démesure, l’hybris tragique, qui préside d’ordinaire aux mises en scène de la pègre. Mais le film doit son originalité à sa ­tentative de ­replonger cette « histoire de la violence » dans l’imaginaire d’un folklore vernaculaire, empreint de croyances légendaires.
Coutumes et croyances
Deux logiques apparaissent alors à l’œuvre et s’affrontent. Celle rationnelle des intérêts particuliers (l’argent et le pouvoir), que Cristina Gallego et Ciro Guerra ont l’intelligence de traiter de manière elliptique, l’évolution de la famille se constatant par-delà les coupes, dans les trous du récit. Mais aussi celle ­irrationnelle des coutumes et des croyances imbibant le tout, qu’il s’agisse des rêves de la jeune épouse, gonflés d’augures menaçants, des rites ou des interdits qui régulent les usages de la communauté.
Gangstérisme et anthropologie se rejoignent dans le tronc commun de la famille, cette entité mythologique qui concentre les motifs ­universels de la pureté et des ­origines. Et il faut sans doute voir, dans le personnage de la mère, véritable chef du clan, la stature antique d’une Clytemnestre ou d’une Médée.
Dire que la greffe prend tout à fait serait pourtant exagéré. La mise en scène, d’un sérieux à toute épreuve, penche vers une forme de sévérité distante, implacable jusque dans le jeu « à froid » des comédiens (Rafa reste un personnage opaque et impénétrable) et la construction programmatique (le récit découpé en chapitres numérotés). Cerné par le surnaturel, la magie, les visions, le film ne se laisse que rarement posséder par leurs puissances, hormis quelques songes désignés comme tels.
Le film est jusqu’au bout scindé entre la réalité et l’imaginaire, entre la Colombie des indigènes et l’Amérique du film de gangsters
Parti pris pragmatique d’autant plus étonnant qu’on entrevoit par moments quel ­magnifique « film en transe » Les Oiseaux de passage auraient pu être, s’ils avaient accompli ­jusqu’au bout leur vœu syncrétique. Notamment lors de cette scène de la danse prénuptiale, où l’étoffe rouge et ruisselante de la jeune fille envahit l’écran comme une extension d’elle-même, avant qu’elle n’entame une course circulaire endiablée avec ses prétendants. Alors, le talent de Gallego et Guerra éclate, vibrant d’une énergie rituelle qui semble venir de la nuit des temps.

   


Les Oiseaux de passage n’en ­demeurent pas moins un film impressionnant, habité, stimulant, mais jusqu’au bout scindé entre sa spécificité locale et le genre exogène dont il se drape, entre la réalité et l’imaginaire, entre la Colombie des indigènes et l’Amérique du film de gangsters – et accessoirement du prochain film en préparation de Ciro Guerra, Waiting for the ­Barbarians, avec Mark Rylance et Robert Pattinson en têtes ­d’affiche. Les pieds ici, la tête là-bas, on se demande : où est le cœur ?

Film colombien, mexicain, danois et français de Cristina Gallego et Ciro Guerra. Avec Carmina Martínez, Natalia Reyes, José Acosta (2 h 05). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : diaphana.fr/film/les-oiseaux-de-passage



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Réalisme social, fable, fantastique… La dernière sélection d’Edouard Waintrop propose une grande variété de genres.
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Cannes 2018 : une Quinzaine des réalisateurs très sud-américaine

Réalisme social, fable, fantastique… La dernière sélection d’Edouard Waintrop propose une grande variété de genres.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 09h45
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 09h50
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Le rideau s’ouvre sur la Quinzaine des réalisateurs, la dernière d’Edouard Waintrop avant que le délégué­ général ne passe le relais, après six ans de bons et loyaux services, à Paolo Moretti, nommé à sa ­succession en mars par le conseil d’administration de la Société des réalisateurs de films (SRF), ­association chargée de la mani­­fes­tation depuis ses origines, en 1969. Le sélectionneur sortant s’est donc offert, pour cette édition, un florilège à sa mesure, foisonnant et bigarré, faisant la part belle aux cinématographies du monde. Avec une nouvelle fois une forte présence de l’Amérique du Sud, envers laquelle Waintrop a ­toujours manifesté une certaine attirance.

Ce sont donc non moins de sept films (trois courts et quatre longs-métrages) et quatre pays différents (Colombie, Argentine, ­Brésil, Mexique) qui se partagent cette année la représentation du sous-continent. A commencer par la Colombie, à laquelle échoit l’honneur d’ouvrir la sélection, avec Les Oiseaux de passage, de Cristina Gallego et Ciro Guerra, duo à l’origine du très remarqué L’Etreinte du serpent (2015). Le film se penche sur le fléau du narcotrafic, mais avec cette particularité de l’aborder sous un versant ­primitif, puisque l’inscrivant dans les coutumes grégaires de villageois indigènes du nord du pays. C’est le même sujet brûlant dont s’empare Comprame un revolver, du Méso-Américain Julio Hernandez Cordon, mais à la façon ­diamétralement opposée d’une fable dystopique glaçante. Postulant un Mexique entièrement sous la domination des cartels, où les femmes viennent à manquer, il décrit un monde de violence­ absolue où ne demeure plus aucune trace d’humanité, en dehors d’adultes asservis et d’enfants ­errants.

Mélanges et fusions
A côté de cela, deux courts-métrages étrangers ont choisi la ­Colombie pour point de chute : Las Cruces, du Français Nicolas Boone, immersion en plans-séquences dans un quartier pauvre de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Nash Edgerton bouscule les codes de la comédie d’action pour créer un divertissement efficace mais aux personnages stéréotypés.
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« Gringo » : un héros qui ne paye pas de mine

Nash Edgerton bouscule les codes de la comédie d’action pour créer un divertissement efficace mais aux personnages stéréotypés.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h59
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Anti-héros et fil rouge du deuxième long-métrage de Nash Edgerton, ­Harold (David Oyelowo) est un bon gars. Ni complètement loser, comme certains, autour de lui, se plaisent à le penser. Ni vraiment ambitieux, à l’inverse de ses patrons de l’entreprise pharmaceutique dont il est l’employé, Elaine Markinson (Charlize Theron) et Richard Rusk (Joel Edgerton). Ceux-ci, décidés à se lancer dans le commerce du cannabis médical, n’hésitent pas à envoyer le brave Harold au Mexique, afin qu’il supervise le lancement de leur première usine de production. Les deux ­cyniques ont évidemment bien pris soin de cacher à l’intéressé qu’ils ont trahi là-bas un ­cartel de la drogue. Autant dire, des durs de durs.
Le scénario, sans abuser des rebondissements, des cascades et des fusillades spectaculaires, préfère prendre le spectateur à rebrousse-poil
C’est d’ailleurs par un appel téléphonique affolé d’Harold, en provenance du Mexique, que commence le film. Le gaillard dit avoir été enlevé par des ravisseurs qui réclament 5 millions de dollars contre sa libération. Si l’on en croit le bruit des gifles et la puissance des cris qui nous parviennent, depuis l’endroit où nous sommes placés – à l’autre bout du fil, au côté de Richard Rusk, dans son bureau de Chicago –, l’affaire n’a rien d’une rigolade. Elle ne l’est pas, en effet, pour ­Harold, dont la seule vertu a toujours été de mettre les emmerdes sous le tapis en espérant qu’ils y restent. Et qui soudain va devoir les affronter tous, dans un pays étranger dont il ne comprend pas la langue, avec à ses trousses des malfrats sanguinaires qui, eux, ne reculent devant rien.
De cette situation du type ordinaire confronté à l’exceptionnel, le scénario tire profit, sans abuser des rebondissements, des cascades et des fusillades spectaculaires, préférant privilégier les pas de côté, bousculer les convenances du genre et prendre ainsi le spectateur à rebrousse-poil.
Entre Chicago et le Mexique
Le procédé est d’ailleurs d’emblée mis en place, dès la fin de la scène inaugurale, par un flash-back qui nous éclaire, d’un tout autre point de vue que le premier, sur l’enlèvement d’Harold, lui-même acteur de son rôle, une plaisanterie, un pied de nez susceptible de nous fournir un premier indice sur la (fausse) naïveté du personnage. Mais aussi, sur la manière dont Nash Edgerton a choisi de conduire son film.
Car tout s’inverse un peu dans Gringo. Les plus benêts se révèlent des petits malins qui ordonnent la marche des événements ; et les puissants – patrons, caïds, mercenaires –, de sombres idiots qui la retardent. De même que le scé­nario s’évertue à repousser sans cesse ce qu’il nous fait attendre, le cinéaste s’applique à multiplier les allers-retours entre Chicago et le Mexique. Nous baladant, au propre comme au figuré, d’un monde pris sous la grisaille de l’hiver saisi dans la gangue de cadrages serrés à un autre, exposé à une lumière et des couleurs vives, que des travellings ou une caméra portée s’amusent à rendre trépignant.
Ces partis pris contribuent à faire de Gringo un bon divertissement qui passe sans ennui. Sur près de deux heures, ce n’est déjà pas si mal. Pas suffisant cependant pour prétendre à une marche supérieure à laquelle le film aurait peut-être pu aspirer s’il n’avait pas, à ce point, négligé les contextes social et politique qu’il met en avant et oublié d’injecter quelques nuances dans le caractère stéréotypé de ses personnages.

Film américain et australien de Nash Edgerton. Avec David Oyelowo, Charlize Theron, Joel Edgerton (1 h 50). Sur le Web : www.metrofilms.com/films/gringo et www.facebook.com/gringomovie



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Sélectionné au Cinéma du réel en 2017, le documentaire d’Edie Laconi filme le quotidien d’un centre parental à Hérouville Saint-Clair, près de Caen.
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« Champ de batailles » : de la difficulté à devenir parent

Sélectionné au Cinéma du réel en 2017, le documentaire d’Edie Laconi filme le quotidien d’un centre parental à Hérouville Saint-Clair, près de Caen.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h57
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
De la difficulté à devenir parent : le documentaire d’Edie Laconi, sélectionné au Cinéma du réel en 2017, se situe dans un centre parental qui « aide » des jeunes pères et mères en difficulté à protéger leurs enfants. Le réalisateur, lui-même devenu père, a découvert à deux pas de chez lui, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), un centre maternel devant lequel des jeunes mères ne cessaient de passer avec leurs poussettes…
La visite de ce lieu a déclenché l’idée du film – tourné ailleurs, à Hérouville Saint-Clair, près de Caen. On suit le quotidien de deux jeunes femmes qui subissent plus qu’elles n’acceptent l’institution avec ses contraintes, tandis qu’un couple est confronté au placement de leur fils dans une famille d’accueil. Tout en sobriété, le réalisateur trouve la bonne distance pour filmer ces moments délicats. Les portraits des parents sont particulièrement réussis.

Documentaire français d’Edie Laconi (1 h 38). Sur le Web : vendredivendredi.fr/champ-de-batailles



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Le film admirable et tardif du cinéaste sort en Blu-ray dans une version somptueuse.
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DVD : « La Vie privée de Sherlock Holmes », dans les reliques de Billy Wilder

Le film admirable et tardif du cinéaste sort en Blu-ray dans une version somptueuse.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h56
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


Sur les accords de la musique de Miklos Rozsa, derrière un générique dont le design est signé Maurice Binder, une vieille malle est ouverte. Des mains anonymes en sortent des objets dont une voix off, celle du Docteur Watson, nous indique qu’ils appartenaient à Sherlock Holmes. Sont alors décrits en détail un certain nombre de fétiches attachés au personnage créé par Arthur Conan Doyle : un chapeau à double visière, une pipe recourbée, une loupe, une seringue. Des objets devenus des reliques.
L’idée de reliques, comme fragments destinés tout à la fois à conserver quelque chose d’un passé enfoui tout en témoignant d’une perte irrémédiable, est le principe même de cet admirable Blu-ray édité par L’Atelier d’images. Pour s’en rendre compte, il faut en passer par les copieux suppléments qui accompagnent le long-métrage de Billy Wilder. Comme le rappelle l’historien, réalisateur, archiviste et découvreur de trésors Jérôme Wybon dans une interview, le réalisateur avait eu l’idée, dès les années 1960, de s’emparer de Sherlock Holmes pour en écrire, avec son complice I.A.L. Diamond, une aventure apocryphe afin d’en faire une comédie musicale destinée aux planches de Broadway. Ce n’est qu’à la toute fin des années 1960 que ce projet se réalisera, sous la forme d’un long-métrage produit par la Mirisch ­Company.
Prévu pour durer quatre heures, le film sera, après le tournage, réduit à deux heures sur les instructions des producteurs
Prévu pour durer quatre heures, le film sera, après le tournage, réduit à deux heures sur les instructions des producteurs, rendus frileux par l’insuccès de récentes grosses productions. La Vie privée de Sherlock Holmes, tel qu’il fut distribué dans les salles, est donc un long-métrage mutilé, un fantôme de film, dont les bonus du Blu-ray vont reconstituer la continuité, à partir de ce qui fut retrouvé du métrage disparu, c’est-à-dire des reliques, justement (photographies de plateau, pages de scénario, pistes sonores, séquences entières parfois sans piste son).
Apparaît ainsi la dimension poétique de l’archive cinématographique, non seulement comme trace du passé mais aussi comme l’existence spectrale de ce qui n’est plus et ne reviendra jamais. Il semble en effet que les séquences coupées, sous leur forme achevée, aient totalement disparu. A côté de cette reconstitution, on trouve une émouvante et fine interview de Christopher Lee, qui incarne Mycroft Holmes, le frère du détective, et surtout un documentaire allemand réalisé pendant le tournage. On y voit Wilder au travail, on l’entend, avec son accent inimitable, parler du film et travailler avec son scénariste, on découvre sa complicité avec les acteurs sur le plateau. Bouleversant.
Décadence et sensibilité
La Vie privée de Sherlock Holmes n’eut guère de succès en salle. Il s’agit pourtant d’un film admirable, représentatif de ces œuvres tardives et testamentaires des grands artistes hollywoodiens classiques qui restèrent fidèles à leur art, tout en sachant le ­complexifier pour répondre aux nouvelles exigences d’un présent en plein bouleversement (l’agonie des studios). Le film s’avoue de son temps (un temps de décadence pour le cinéma américain), en y abordant crûment des motifs longtemps refoulés. La dépendance d’Holmes à la cocaïne est un des enjeux du récit, tout autant que son rapport problématique aux femmes.
Celui qui fut sans doute le moins romantique des cinéastes, auteur, entre autres, de films noirs et de comédies vachardes, le plus cynique et le plus misanthrope peut-être, dévoile, sur le tard, une sensibilité singulière, qui culminera encore dans son chef-d’œuvre suivant, Avanti ! Au centre de La Vie privée de ­Sherlock Holmes se dévoile la solitude d’un personnage omniscient dont la cuirasse se fendille. Si les scènes coupées, du moins ce que l’on en entraperçoit, pouvaient être vues comme de joyeuses variations sur l’amitié entre Holmes et Watson, ce qui reste du film (une séquence burlesque où Holmes fait croire à une grande ballerine russe qui veut un enfant de lui qu’il vit en couple avec Watson, suivie d’une intrigue où apparaissent le monstre du Loch Ness, les services secrets britanniques, une belle espionne, la reine Victoria et quelques détails baroques) se focalise davantage sur une histoire d’amour qui en restera au stade de la virtualité tragique. La misogynie d’Holmes y prend une intense et poignante signification mélancolique.

Film américain de Billy Wilder (1970). Avec Robert Stephens, Colin Blakely, Geneviève Page et Christopher Lee (2 h 05). Blu-ray L’Atelier d’images. Sur le Web : fr-fr.facebook.com/latelierdimagesfilms



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Dans un essai éclairant, l’historienne revient sur les vifs débats qui entourent l’enseignement de l’histoire de France, en particulier depuis 1945.
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Laurence De Cock démonte le roman national

Dans un essai éclairant, l’historienne revient sur les vifs débats qui entourent l’enseignement de l’histoire de France, en particulier depuis 1945.



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h51
    |

                            Pierre Albertini (Historien)








                        



                                


                            
Sur l’enseignement de l’histoire. Débats, programmes et pratiques de la fin du XIXe siècle à nos jours, de Laurence De Cock, Libertalia, « Ceux d’en bas », 330 p., 17 €.

Au débat sur l’histoire à l’école, Laurence De Cock apporte régulièrement sa contribution. Professeure de lycée ayant soutenu une thèse sur l’enseignement du fait colonial, fondatrice en 2011 du collectif Aggiornamento (qui vise à promouvoir « une histoire émancipatrice, débarrassée de ses oripeaux identitaires et de sa surcharge morale et civique », susceptible d’aider les élèves à faire l’apprentissage du questionnement, du raisonnement et du doute), elle a, pour intervenir sur l’enseignement de l’histoire, une triple légitimité de praticienne, de chercheuse et de militante.
Lire également cet entretien de 2013 avec Laurence De Cock
Le fil conducteur de Sur l’enseignement de l’histoire, son nouveau livre, est le « roman national », thème mis en circulation vers 1992-1993 par Pierre Nora et Paul Yonnet, et qui ne cesse depuis d’inspirer hommes politiques et intellectuels conservateurs. Les tenants du « roman national » sont convaincus que l’enseignement de l’histoire doit faire aimer la France, sur le modèle de ce que pratiquait la IIIe République, et que ce catéchisme est d’autant plus indispensable aujourd’hui que, selon certains, les immigrés récents feraient sécession. Face à eux, la plupart des historiens rappellent que l’histoire n’est ni un roman ni un ciment, mais une discipline rationnelle qui valorise la démonstration et la preuve ; que le repli sur la nation n’est pas la meilleure façon de comprendre le vaste monde ; que le pluralisme culturel progresse dans tout l’Occident et que l’idée de continuer le « Petit Lavisse » (manuel d’histoire du début du XXe siècle), fût-elle préconisée par François Fillon ou réalisée par Dimitri Casali, est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Une anthologie de textes inédits du philosophe mort en 1965 montre sa foi dans la communauté comme « union de vie ».
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Quand Martin Buber prônait l’épanouissement communautaire

Une anthologie de textes inédits du philosophe mort en 1965 montre sa foi dans la communauté comme « union de vie ».



Le Monde
 |    09.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
09.05.2018 à 08h50
    |

                            Serge Audier (Philosophe et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Communauté, de Martin Buber, traduit de l’allemand par Gaël Cheptou, L’Eclat, « Eclats », 156 p., 10 €.

Le concept de communauté continue de hanter la pensée sociale, philosophique et politique actuelle. Sa définition sociologique trouve ses sources en Allemagne, avec Ferdinand Tönnies (1855-1936), qui opposa deux types de lien social : la communauté (Gemeinschaft) et la société (Gesellschaft). Tandis que la première se fonde sur une coïncidence spontanée entre volonté individuelle et volonté collective – ainsi dans la famille –, la seconde est le produit artificiel des contrats entre individus poursuivant leurs intérêts.
Ces catégories sociologiques, reformulées par Max Weber (1864-1920), devaient connaître un grand écho en Allemagne, jusque dans le petit cercle des anarchistes et socialistes utopiques juifs. Une de ses figures influentes fut le philosophe Martin Buber (1878-1965) dont les textes que rassemble cette anthologie, Communauté, écrits entre 1900 et 1953 et inédits en français, restituent les idées sur la communauté. Aux côtés notamment de Franz Rosenzweig et d’Emmanuel Levinas, qu’il connut l’un et l’autre, Buber est l’un des plus grands penseurs du judaïsme du XXe siècle. Marqué par la mouvance mystique du hassidisme, coauteur d’une nouvelle traduction de la Bible en allemand, il a développé, dans un style inspiré, une philosophie morale de la relation « je-tu », sous le sceau du dialogue et de la réciprocité (Je et Tu, Aubier, 1969) – des idées qui sous-tendent sa défense constante d’un socialisme religieux, communautaire et fédéraliste.

Contempteur de la civilisation mécanique, utilitaire et individualiste du capitalisme, Buber se méfie également du socialisme étatique et autoritaire. Son rêve, c’est de réinventer de petites communautés villageoises de production, de consommation et de vie, sans revenir aux liens traditionnels...




                        

                        

