<FILE-date="2018/05/08/19">

<article-nb="2018/05/08/19-1">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Le journaliste du « Monde » Thomas Sotinel a répondu aux questions d’internautes, au cours d’un tchat sur l’ouverture du Festival de Cannes.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤                     
                                                

Festival de Cannes 2018 : « Les réalisatrices restent très minoritaires dans les sélections »

Le journaliste du « Monde » Thomas Sotinel a répondu aux questions d’internautes, au cours d’un tchat sur l’ouverture du Festival de Cannes.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 16h43
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 17h26
   





                        



   


Favoris pour la Palme d’or, scandale Weinstein, organisation de la Croisette… A l’occasion de l’ouverture de la 71e édition du Festival de Cannes, le journaliste du Monde Thomas Sotinel, spécialiste du cinéma, a répondu aux questions des internautes lors d’un tchat.
Paul : Bonjour. Que pensez-vous de la sélection officielle ? Y a-t-il des surprises ?
Thomas Sotinel : Oui, il y a eu des surprises. Si l’on ne prend en compte que la compétition pour la Palme d’or, il y a nombre de nouveaux venus (Serebrennikov, Eva Husson, l’Egyptien A. B. Shawky), les surprises viennent aussi des absences, comme celles d’Olivier Assayas, Jacques Audiard ou Mike Leigh.

        Lire aussi :
         

                Cannes 2018 : le Festival s’ouvre sur une sélection audacieuse et engagée



Hallo : Y a-t-il des réalisateurs qui étaient invités et qui n’ont pas pu venir en raison d’interdits dans leur pays, comme quasiment chaque année ?
Oui, parmi les auteurs en compétition cette année, Jafar Panahi, qui présente 3 Faces, et Kirill Serebrennikov, le réalisateur de Leto, sont l’un interdit de sortie du territoire iranien, l’autre assigné à résidence à Moscou. Or, leurs films ne sont pas directement politiques.

        Lire aussi :
         

                De Jafar Panahi à Asghar Farhadi, un champ contrechamp persan



Cate : Pensez-vous que Cannes aura une tonalité différente cette année, après le scandale Weinstein ?
Je ne sais pas s’il y aura une tonalité différente. Le Festival a mis en place une hotline que l’on peut appeler pour signaler des faits de harcèlement ou d’agression sexuelle. Harvey Weinstein sera bien sûr absent, et la parité est respectée dans les jurys. En revanche, les réalisatrices restent très minoritaires dans les sélections : il y a trois films réalisés par des femmes sur les vingt et un en compétition, sept sur dix-neuf dans la section Un certain regard ; quant à la Quinzaine des réalisateurs, cinq films sur vingt ont pour auteure une femme. Il n’y a guère que la Semaine de la critique (qui ne présente que sept films) qui compte une majorité de femmes cinéastes.

        Lire aussi :
         

                Festival de Cannes 2018 : Cate Blanchett, présidente féministe de la Croisette



Monique : Que pensez-vous du fait que les films produits par Netflix n’aient toujours pas leur place à Cannes ? Estimez-vous, comme Pedro Almodovar, qu’un film doit être diffusé en salle pour y avoir sa place ?
Netflix est à la fois une aubaine et une menace pour le cinéma d’auteur. Une aubaine, parce qu’au moment où les grands studios renoncent à porter des projets indépendants, Netflix s’engage régulièrement sur des films hors norme, avec des moyens considérables, comme ce fut le cas pour Okja, de Bon Joon-ho, présenté en compétition en 2017.

        Lire aussi :
         

                Festival de Cannes 2018 : musique, photo ou scénario, la sélection reste très masculine



Une menace parce que Netflix a tout intérêt à prendre des parts de marché au cinéma en salle, ce qu’il a déjà fait aux Etats-Unis. Il faut se souvenir que le cas de la France, où des films comme Moi, Daniel Blake peuvent se hisser en tête du box-office, est unique au monde. Aux Etats-Unis, les amateurs de cinéma différents, s’ils n’habitent pas à New York, Los Angeles, San Francisco ou Chicago sont obligés de recourir aux plates-formes de streaming. Bref, Cannes et Netflix sont animés par des logiques opposées, mais peuvent difficilement s’ignorer l’un l’autre.
Charles : Pouvez-vous revenir sur la polémique sur le film « L’homme qui tua Don Quichotte » ?
A moins d’être spécialisé en droit des affaires et de la propriété intellectuelle, il y avait peu de chances que vous puissiez tout saisir. Un conflit oppose le producteur portugais Paolo Branco au réalisateur Terry Gilliam. Il y a trois ans, à Cannes, les deux hommes avaient annoncé qu’ils mèneraient à bien le projet que Gilliam porte depuis bientôt vingt ans. Mais un conflit sur le montant du budget a amené le réalisateur de Brazil à se tourner vers d’autres producteurs, avec qui il a tourné L’Homme qui tua Don Quichotte.
Paolo Branco estime que cette rupture s’est faite au mépris du contrat qui les liait, Terry Gilliam n’est pas de cet avis. On attend pour demain, mercredi 9 mai, le jugement en référé qui dira si Paolo Branco est en droit de faire interdire la projection du film à Cannes, le jour de la clôture, qui est aussi le jour fixé – sauf empêchement juridique – pour sa sortie en salles.

        Lire aussi :
         

                Sur le tournage de « L’Homme qui tua Don Quichotte »



Richard : Un film qui remporte un prix à Cannes est-il vraiment boosté en salles ? Certaines Palmes d’or ont-elles fait un bide ensuite ?
Oui, l’effet Palme d’or existe, en France, en tout cas. Et si une Palme d’or ne déplace pas les foules, il faut se dire que, sans cette récompense, le film aurait attiré encore moins de spectateurs. L’exemple le plus extrême est Oncle Boonmee, celui qui se souvenait de ses vies antérieures, du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, qui a reçu la Palme d’or des mains d’un jury présidé par Tim Burton en 2010.
Le film, qui n’est pas un récit simple, repose sur un univers spirituel bouddhiste étranger à la plupart des spectateurs. Il a attiré environ 125 000 spectateurs à sa sortie en France, c’est peu pour une Palme d’or. Mais c’est beaucoup plus que les autres films du même auteur. J’ai déjà cité l’exemple de Moi, Daniel Blake, près d’un million d’entrées. L’an passé, The Square, de Ruben Ostlund, film plutôt long et pas toujours plaisant (même s’il était souvent drôle) a réuni 400 000 spectateurs, son meilleur score en dehors de son pays, la Suède. Sur le marché international, l’effet Palme d’or est beaucoup plus incertain.

        Lire aussi :
         

                Remporter la Palme d’or au Festival de Cannes, une aubaine économique



Patrick : Quelle est une journée type pour un journaliste au Festival de Cannes ?
Jusqu’à cette année, elle commençait par la projection de presse du film de 8 h 30, qui était ensuite montré en séance de gala à 19 heures. Pendant la journée, deux autres projections (Un certain regard, Quinzaine…), des entretiens, commencer à écrire certains articles.
Ensuite, vers 19 heures, projection du second film en compétition, puis finir d’écrire. Et si on est vraiment courageux (ou plutôt jeune et inconscient), on ressort faire la fête. Mais tout ceci n’est qu’un souvenir puisque cette année, tout va changer.
Afin d’éviter que des équipes arrivent le soir sur le tapis rouge en ayant appris que leur film a été mal accueilli par les journalistes, ceux-ci verront les films de la compétition en même temps (pour les films de 19 heures) ou après (pour les films de 22 heures dont la projection de presse sera organisée le lendemain à 8 h 30) que les projections de gala. Nous (la rubrique cinéma du Monde) espérons que ces nouvelles contraintes ne retarderont pas trop la mise en ligne et la parution de nos comptes rendus et critiques.
Dorian : Quelle est l’envergure du Festival au niveau international ?
C’est l’interrogation majeure ces jours-ci. Elle ne concerne pas seulement Cannes, mais toute l’organisation du marché du cinéma (hors produits de grande consommation). Le nombre de journalistes accrédités (environ 4 000), de sociétés présentes sur le marché du film, témoigne de la primauté de Cannes, qui est ancienne. On y traite énormément d’affaires, on y monte des projets. Mais le Festival se heurte à des obstacles : l’attitude des producteurs et distributeurs américains. Les films américains arthouse (films d’auteur en français) règlent leur vie sur le calendrier des Oscars. Or, la date de ceux-ci (dernier week-end de février) est défavorable à Cannes. Par ailleurs, le coût d’un séjour à Cannes est devenu prohibitif. Enfin, la situation géographique. Cannes procède d’une conception des festivals qui date des années 1930, on amenait des vedettes dans une station balnéaire pour leur offrir un cadre à leur mesure. Depuis, le modèle du festival urbain (Berlin, Toronto) s’est développé.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/08/19-2">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Pour la réalisatrice du premier long-métrage kényan présenté à Cannes, l’interdiction du film au Kenya assombrit ce grand moment.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤         

Entretien

Wanuri Kahiu : « Avec “Rafiki”, j’ai voulu raconter une belle histoire d’amour africaine »

Pour la réalisatrice du premier long-métrage kényan présenté à Cannes, l’interdiction du film au Kenya assombrit ce grand moment.

Propos recueillis par                                            Marion Douet (Nairobi, correspondance)




LE MONDE
              datetime="2018-05-08T14:58:03+02:00"

        Le 08.05.2018 à 14h58

     •
              itemprop="dateModified"
          datetime="2018-05-08T16:32:15+02:00"

        Mis à jour le 08.05.2018 à 16h32






    
Wanuri Kahiu, la réalisatrice de « Rafiki » (ami en swahili), premier film kényan présenté au Festival de Cannes.
Crédits : BEN CURTIS/AP


Rafiki (« ami » en swahili), le deuxième long-métrage de la Kényane Wanuri Kahiu, sera présenté au Festival de Cannes mercredi 9 mai dans la sélection Un certain regard. Le film qui raconte un amour lesbien a été interdit dans son pays. L’ancienne étudiante de l’université californienne UCLA se défend d’être une militante LGBT. A 38 ans, elle se revendique avant tout comme une cinéaste qui veut promouvoir des histoires africaines « belles et positives ». Rafiki lui a été inspiré par la nouvelle Jambula Tree de l’auteure ougandaise Monica Arac de Nyeko.
Votre deuxième long-métrage, « Rafiki », sera projeté à Cannes le 9 mai. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?
C’est un honneur immense. Et être le premier film kényan diffusé là-bas, c’est énorme. Cela représente quelque chose d’important pour les acteurs, l’équipe, mais aussi pour tout le cinéma kényan.

        Lire aussi :
         

                Cannes 2018 : le Festival s’ouvre sur une sélection audacieuse et engagée



« Rafiki » met en scène deux jeunes femmes de Nairobi qui sont amies et tombent amoureuses. Ce thème avait de grandes chances de poser problème au Kenya, où l’homosexualité est taboue. Pourquoi avez-vous choisi de le traiter ?
Je cherchais un livre à adapter dans la littérature africaine moderne. J’ai lu Jambula Tree [une nouvelle de l’auteure ougandaise Monica Arac de Nyeko], et c’est juste le meilleur bouquin que j’ai lu ces dernières années. C’était une histoire d’amour tellement belle que j’ai voulu la raconter.
Aviez-vous espoir que cette histoire d’amour entre deux femmes soit autorisée dans les cinémas ?
La possibilité d’être censuré existait. Les autorités ont approuvé le tournage, à Nairobi. La Commission [de censure, qui donne l’autorisation de diffuser les films au Kenya] était très enthousiaste. Son directeur, Ezekiel Mutua, a même dit dans une interview qu’il était très important de réfléchir à la société, que ces choses-là arrivent et que nous ne pouvons pas les ignorer. Mais la Commission a interdit le film [parce qu’il « légitime l’homosexualité », selon un communiqué publié par l’autorité]. De plus, nous demandions une autorisation pour les plus de 18 ans. Je suis déçue que l’on n’ait pas assez confiance dans le public kényan adulte pour l’estimer capable de voir ce film.
Avant « Rafiki », votre film « From a Whisper » racontait l’histoire d’une jeune fille qui perd sa mère dans les attentats de Nairobi en 1998, et votre court-métrage « Pumzi » relevait plutôt du registre de la science-fiction. Des thèmes très différents…
En règle générale, j’aime parler des femmes. Elles sont toujours les personnages principaux de mes films, dans toute leur complexité. Je tiens aussi à voir la beauté, le positif. J’ai récemment participé à la création du collectif AfroBubbleGum, qui promeut un art africain drôle, espiègle et léger. L’espoir en Afrique, c’est ce que nous voulons créer.

        Lire aussi :
         

                Ce qu’il faut savoir sur le Festival de Cannes 2018



Que reprochez-vous au cinéma africain ?
La plupart du temps, le continent est dépeint comme un endroit frappé par la maladie, la guerre, la destruction. Il y en a mais il y a aussi beaucoup de joie, d’espoir, de grandeur et de positivité. C’est pourquoi je voulais raconter une histoire qui vienne changer cette image. Il est fondamental que l’Afrique montre des histoires d’amour auxquelles s’identifier. Il est temps que nous nous voyons comme doux, tendres, enjoués, généreux, joyeux…
Vous avez étudié à Los Angeles, où l’industrie du cinéma est gigantesque. Que manque-t-il au Kenya pour que ce secteur se développe, comme au Nigeria par exemple ?
Ce qui est incroyable avec le Nigeria, c’est que le pays est parvenu à faire du cinéma l’une de ses premières sources de revenus. Grâce à l’investissement privé. Le Kenya a besoin de cela – et bien sûr d’un plus grand soutien du gouvernement ! Non seulement parce que c’est une source de revenus, d’emplois, de compétences, mais aussi parce que cela attire les visiteurs. Au-delà du cinéma en lui-même, la portée est immense pour un pays, notamment pour d’autres industries comme le tourisme.
« Rafiki » sera-t-il diffusé dans d’autres pays africains, en Europe ?
Nous savons qu’après Cannes il sera projeté à Paris, mais je ne sais pas ce qui va se passer ailleurs. J’aimerais beaucoup, bien sûr, qu’il soit visible dans d’autres pays d’Afrique.


<article-nb="2018/05/08/19-3">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Au-delà d’un certain seuil, les aides perçues par les maisons de production n’accroissent plus leur performance économique, constate, dans une tribune au « Monde », le chercheur Julien Jourdan.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Cinéma et subventions publiques : « Des résultats contrastés »

Au-delà d’un certain seuil, les aides perçues par les maisons de production n’accroissent plus leur performance économique, constate, dans une tribune au « Monde », le chercheur Julien Jourdan.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 15h20
    |

Julien Jourdan (Membre du laboratoire Dauphine Recherches en management)







                        



                                


                            
Tribune. Les subventions publiques permettent-elles aux entreprises d’accroître leur performance ? Le sujet fait depuis longtemps débat, mais peu d’études empiriques permettent de trancher. Afin de faire avancer la discussion, nous avons étudié de manière systématique le fonctionnement d’un secteur d’activité où ce soutien public est la règle plutôt que l’exception : la production cinématographique, subventionnée de manière permanente dès le début de l’après-guerre (« Too Much of a Good Thing ? The Dual Effect of Public Sponsorship on Organizational Performance », Julien Jourdan et Ilze Kivleniece, Academy of Management Journal n° 60/1, 2017).
la justification ouvertement protectionniste du dispositif s’est effacée progressivement sous la bannière de « l’exception culturelle »
Concédée dans le cadre du plan Marshall, l’ouverture des salles obscures hexagonales aux productions hollywoodiennes s’était accompagnée d’une politique volontariste d’aide aux productions nationales. Il s’agissait de résister à l’impérialisme culturel américain et de protéger les compagnies françaises de la concurrence internationale. Pilier de cette politique, le soutien dit « automatique » à la production a offert, dès 1959, une aide aux producteurs, directement proportionnelle à la recette de leur film précédent.
Au fil du temps, la justification ouvertement protectionniste du dispositif s’est effacée progressivement sous la bannière de « l’exception culturelle », mais la mécanique du dispositif n’a été ajustée qu’à la marge. Le soutien automatique est conçu pour renforcer les entreprises les plus performantes, avec l’ambition de forger des champions capables de porter les couleurs de la France sur le marché mondial. Il s’agit ainsi de contrebalancer la politique d’influence américaine – le fameux « soft power » – à laquelle les studios d’Hollywood sont étroitement associés.
Marché de niche
L’objectif est-il tenu ? Notre étude, qui...




                        

                        


<article-nb="2018/05/08/19-4">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Favoris pour la Palme d’or, scandale Weinstein… A l’occasion de l’ouverture du Festival, Thomas Sotinel, journaliste au « Monde », répond à vos questions.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ 
<article-nb="2018/05/08/19-5">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le 71e Festival de Cannes ouvre ses portes, mardi soir, avec la projection d’« Everybody Knows », de l’Iranien Asghar Farhadi, en compétition.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

La gazette de la Croisette : un jury, une cérémonie et un film d’ouverture

Le 71e Festival de Cannes ouvre ses portes, mardi soir, avec la projection d’« Everybody Knows », de l’Iranien Asghar Farhadi, en compétition.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 13h08
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 13h31
   





                        



   


ON ATTEND AUJOURD’HUI :
A 14 h 30, le jury, présidé par l’actrice australienne Cate Blanchett, donnera sa traditionnelle conférence de presse au Palais des festivals.

        Lire le focus :
         

          Cate Blanchett, présidente féministe de la Croisette



A partir de 19 h 15, place à la non moins traditionnelle cérémonie d’ouverture du 71e Festival de Cannes, présentée cette année par Edouard Baer, un habitué des lieux, puisqu’il a déjà officié comme maître de cérémonie sur la Croisette en 2008 et en 2009. Suivie par la projection du film d’ouverture, qui est également en compétition avec vingt autres longs-métrages pour la prestigieuse Palme d’or, Everybody Knows (Todos lo saben), d’Asghar Farhadi, avec Penélope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin.

        Lire l’éditorial :
         

          Le Festival de Cannes s’ouvre sur une sélection audacieuse et engagée




Le cinéaste iranien a tourné en Espagne, dans un village viticole de la Castille, cette histoire construite autour du kidnapping d’une adolescente. Dans un entretien avec notre journaliste Laurent Carpentier, il revient sur la genèse de ce film, notamment sur ses relations avec d’autres réalisateurs comme Pedro Almodovar et Abbas Kiarostami.

        Lire la critique d’« Everybody Knows » :
         

          La mécanique humaine du malheur




        Lire aussi le portrait dans « M » :
         

          Javier Bardem, la mort lui va si bien



ON ENTEND AUJOURD’HUI :
Plusieurs voix se font entendre sur la Croisette avant le début du Festival : celles — sous-jacentes — des sites agrégateurs de notes comme AlloCiné et Rotten Tomatoes, sur lesquels Maroussia Dubreuil a mené l’enquête ; celles des monteurs, monteurs son, bruiteurs et mixeurs qui demandent une revalorisation de leurs métiers et de leurs salaires, comme l’explique Clarisse Fabre ; et enfin celle de Gilles Jacob, l’ancien président du Festival de Cannes, qui publie un Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes, chroniqué par Jacques Mandelbaum.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/08/19-6">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Asghar Farhadi présente son dernier film en ouverture du Festival. Le réalisateur iranien y met en scène Penélope Cruz et Javier Bardem, dans le sud de l’Espagne.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ 
<article-nb="2018/05/08/19-7">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ De la réalisation à la musique, les hommes pèsent plus que les femmes dans le processus créatif des 21 films en lice pour la Palme d’or.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

Festival de Cannes 2018 : musique, photo ou scénario, la sélection reste très masculine

De la réalisation à la musique, les hommes pèsent plus que les femmes dans le processus créatif des 21 films en lice pour la Palme d’or.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 11h03
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 11h15
    |

                            Cyrielle Chazal








                        



   


Le premier Festival de Cannes post-affaire Weinstein débute mardi 8 mai, jusqu’au 19 mai. Les liens entre les femmes et le 7e art seront, à coup sûr, sous les projecteurs. Pour la douzième fois seulement en 71 éditions, l’événement est présidé par une femme, l’actrice Cate Blanchett, connue pour ses prises de position féministes.
Cette 71e édition joue la carte de l’exemplarité en lançant, en partenariat avec le secrétariat à l’égalité entre les hommes et les femmes, la campagne « Comportement correct exigé », avec mise en place d’un numéro de téléphone spécial pour dénoncer le harcèlement sexuel sur la Croisette. Mais au-delà des symboles, les stars de Cannes seront, comme chaque année, majoritairement masculines.

        Lire aussi :
         

                Et Cannes créa le tout-puissant Harvey Weinstein



Une seule femme à avoir obtenu la Palme d’or
Dans l’histoire du Festival, une seule femme a été récompensée par la Palme d’or : la Néo-Zélandaise Jane Campion, primée en 1993 pour La Leçon de piano – mais cette distinction était partagée avec le Chinois Chen Kaige, réalisateur d’Adieu ma concubine.
Cette année, elles ne sont que trois en lice pour la Palme d’or, soit 14 % de la sélection officielle. Il s’agit d’Eva Husson (Les Filles du soleil), Alice Rohrwacher (Heureux comme Lazzaro) et Nadine Labaki (Capharnaüm). 

   


Les femmes réalisatrices ne sont pas les seules à se faire voler la vedette par les hommes. Comme chaque année, les spectateurs s’émerveilleront devant des musiques essentiellement composées par des hommes et des scénarios écrits par des hommes. Même fossé chez les « directeurs de la photographie », qui ont la responsabilité de la qualité technique et artistique des images.
Nous avons calculé la part des femmes dans les postes « à responsabilité » dans ces trois domaines créatifs, pour les 21 films concourant à la Palme d’or, à partir des crédits attribués sur les fiches techniques du Festival de Cannes.

   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/08/19-8">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Longtemps célébré comme la figure de proue du cinéma indépendant en Chine, le réalisateur vient d’être élu député de l’Assemblée nationale populaire.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Les paradoxes de Jia Zhang-ke

Longtemps célébré comme la figure de proue du cinéma indépendant en Chine, le réalisateur vient d’être élu député de l’Assemblée nationale populaire.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 11h20
    |

            Brice Pedroletti (Pékin, correspondant)








                        



                                


                            

En costume cravate, flanqué de deux autres représentants du peuple nouvellement désignés, Jia Zhang-ke se tient droit comme un « i » dans la lumière des projecteurs. Face à lui, à une dizaine de mètres, une meute de journalistes chinois retenus par un cordon de sécurité. La scène se passe dans l’immense hall d’accueil du Palais du peuple, sur la place Tiananmen, là où s’est tenue la session annuelle du parlement chinois à laquelle Jia Zhang-ke participait pour la première fois, début mars, en tant que député de sa région natale, la province du Shaanxi.
Intérêt des studios
Drôle de consécration pour l’auteur chinois par excellence, longtemps célébré comme la figure de proue du cinéma indépendant de son pays. Son premier film, Xiao Wu, artisan pickpocket, tourné en 1997 sans autorisation, lui valut un rappel à l’ordre du bureau de la censure et une forte amende. Il s’en acquitta, pensant que ça lui permettrait de tourner autre chose. Il n’en fut rien : malgré l’intérêt des studios de ­Pékin pour Platform, le projet de son deuxième film fut refusé. « La première raison était qu’il n’était pas question de lever l’interdiction qui me frappait ; et la seconde : le scénario couvrait une période de dix ans, de 1980 à 1990, et le Bureau du cinéma avait estimé que j’étais trop jeune pour en parler, qu’il me fallait attendre encore dix ans pour pouvoir raconter cette époque », explique-t-il dans Le Monde de Jia Zhang-ke, de Jean-Michel Frodon (Yellow Now, 2015).
« Le Bureau du cinéma avait estimé qu’il me fallait attendre encore dix ans pour pouvoir raconter cette époque »
Jia Zhang-ke passa donc outre, de film en film, jusqu’à The World, en 2002, le premier distribué officiellement en Chine. Sans réellement s’embourgeoiser, malgré les prix (Lion d’or pour Still Life à Venise en 2006), le soutien inflexible des studios de Shanghaï, et le documentaire qu’il réalise en commandite pour l’Exposition universelle...




                        

                        


<article-nb="2018/05/08/19-9">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ L’irréductible cinéaste a entamé, il y a plus de dix ans, un travail de mémoire autour des camps de la mort maoïstes.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Wang Bing, dans les failles de l’histoire chinoise

L’irréductible cinéaste a entamé, il y a plus de dix ans, un travail de mémoire autour des camps de la mort maoïstes.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 11h21
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Aux alentours de la place de la Nation, à Paris, le réalisateur chinois Wang Bing met la dernière main aux Ames mortes, titre spectral et gogolien d’un documentaire de huit heures, intime et épique à la fois, consacré aux derniers survivants des crimes d’Etat commis durant le Grand Bond en avant (1958-1961), moment parmi d’autres de cette suite sans fin d’épurations meurtrières qui définit le maoïsme. En attendant que ce film-fleuve, d’une portée mémorielle et politique brûlante, soit présenté hors compétition au Festival de Cannes, on retrouve cet homme tel qu’on le connaît depuis 2002, date à laquelle il est entré par la grande porte dans l’histoire du cinéma mondial avec le documentaire A l’ouest des rails, chronique surréelle de la liquidation d’un immense complexe industriel. Intense, opiniâtre, solitaire, secret, d’une douceur souriante qui masque à peine l’inébranlable résolution qui le meut, Wang Bing, à lui seul, est une force en marche.
Du côté des parias
Né en 1967 dans la province du Shaanxi, formé à l’Académie du film de Pékin, il aurait pu devenir un cinéaste chinois comme les autres, rusant avec les foudres de l’autocratie dans un combat toujours incertain, au cours duquel on n’est jamais assuré de ne pas finir par vendre son âme. Lui a choisi d’emblée une autre voie, celle du refus, de la disparition, de l’illégalité, et de tout ce qui en découle, à commencer par la précarité et l’incertitude du lendemain. Volant sous les radars, contournant la censure, tournant en caméra DV (Digital Video, un format qui facilite le transfert des séquences vers un ordinateur), évitant les feux des projecteurs, il filme ce que lui dicte sa conscience, toujours du côté des parias, accompagnant les vaincus, creusant inexorablement les failles de l’histoire et de la société chinoises contemporaines. A ceux qui s’étonnent de l’absence de répercussion politique de ses films, naturellement piratés mais officiellement ignorés en Chine, il explique :...




                        

                        


<article-nb="2018/05/08/19-10">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ L’actrice prend ses fonctions de présidente du jury de la 71e édition du Festival, qui s’ouvre mardi, dans un contexte encore marqué par l’affaire Weinstein.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤                     
                                                

Festival de Cannes 2018 : Cate Blanchett, présidente féministe de la Croisette

L’actrice prend ses fonctions de présidente du jury de la 71e édition du Festival, qui s’ouvre mardi, dans un contexte encore marqué par l’affaire Weinstein.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 10h41
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 17h17
    |

                            Cécile Frangne








                        



« Une présidente engagée, une femme passionnée et une spectatrice généreuse », énuméraient Pierre Lescure et Thierry Frémaux, respectivement président et délégué général du Festival de Cannes, pour décrire Cate Blanchett. A 48 ans, l’actrice australienne s’apprête, mardi 8 mai, à présider le jury de la 71e édition du Festival, devenant la douzième femme à occuper cette fonction. Un choix symbolique interprété comme une volonté de soutenir le combat contre le harcèlement sexuel dans la profession, depuis que l’affaire Harvey Weinstein a ébranlé le septième art, et bien au-delà, à l’automne 2017.
Lors de la cérémonie de remise des prix des Instyle Awards, en octobre, la toujours très mesurée Cate Blanchett avait prononcé un plaidoyer remarqué en faveur des femmes « qui se sentent libres de porter ce qu’elles veulent, quand elles le veulent et comme elles le veulent ». Avant de s’adresser aux hommes de la salle : « Nous aimons toutes être sexy, mais cela ne veut pas dire que nous voulons coucher avec vous. » L’actrice, deux fois oscarisée pour ses rôles dans Aviator (2004), de Martin Scorsese, et Blue Jasmin (2014), de Woody Allen, a contribué à fonder en janvier 2018 le projet Time’s Up (« c’est fini »), avec trois cents autres actrices, scénaristes et metteuses en scène américaines. Né des conséquences du mouvement #MeToo, ce fonds alimenté à hauteur de 15 millions d’euros est destiné à fournir une aide juridique et financière aux femmes victimes de harcèlement sexuel qui n’ont pas les moyens de se défendre.

        Lire aussi :
         

                « Time’s Up » à Hollywood, un fonds pour soutenir toutes les victimes de harcèlement sexuel



Engagement féministe
Mais Cate Blanchett n’a pas attendu les révélations de l’affaire Weinstein pour dénoncer les inégalités genrées dans l’industrie du cinéma. Quand elle reçoit l’Oscar de la meilleure actrice pour Blue Jasmin, elle s’adresse sur scène « aux gens de l’industrie qui croient encore bêtement que des films avec des femmes en premier rôle sont des films de niche » pour leur dire que « ce n’est pas le cas. Les gens vont voir ces films, ils font de l’argent ». Un peu avant, sur le tapis rouge qui mène au théâtre Dolby, où se déroule la prestigieuse cérémonie, elle demande interloquée à une journaliste qui filme sa tenue de haut en bas si les acteurs masculins subissent le même traitement.
Cate Blanchett s’est également exprimée publiquement contre la nudité féminine à l’écran car elle estime subir en tant que femme ce qu’on ne demanderait jamais à un homme. « Dans une situation pareille, je demande au metteur en scène si c’est vraiment nécessaire. Il faut argumenter, batailler, poser des questions, ne pas hésiter à en reposer. J’ai régulièrement été confrontée à des réalisateurs qui m’assuraient qu’il me fallait me déshabiller, sans expliciter ce choix. Ah bon ? Vraiment ? Il me semble que j’ai mon mot à dire là-dessus », affirmait-elle au Monde, au cours d’une interview donnée en 2015, à l’occasion de la sortie du film Carol, du réalisateur Todd Haynes, où elle joue au côté de Rooney Mara une romance interdite dans l’Amérique des années 1950.

        Lire aussi :
         

                Cate Blanchett, actrice sous contrôle



Refus des codes « hollywoodiens »
Des films d’auteur (The Good German, de Steven Soderbergh, La Vie aquatique, de Wes Anderson, Babel, d’Alejandro Gonzalez Inarritu) aux superproductions américaines (Le Seigneur des anneaux, Thor), elle refuse les codes féminins traditionnels, et va même jusqu’à camper un Bob Dylan androgyne dans I’m Not There, de Todd Haynes, rôle pour lequel elle a reçu en 2007 le prix d’interprétation de la Mostra de Venise. « Ça ne m’étonnerait pas qu’elle joue un jour Mike Tyson », s’en est amusé le réalisateur allemand Julian Rosefeldt, dont le long-métrage Manifesto, sorti en 2017, la met en scène seule, interprétant une dizaine de personnages, du punk tatoué au clochard.
Malgré une soixantaine de rôles à son actif, dont la plupart filmés aux Etats-Unis, gare à celui qui la qualifie « d’actrice hollywoodienne ». « C’est ce que l’on dit de vous quand on veut vous insulter », déclarait-elle au New York Times en 2015. Celle qui fut directrice artistique de la Sydney Theatre Company de 2009 à 2013, en binôme avec son mari, Andrew Upton, elle avoue sa préférence pour la scène plutôt que pour les plateaux de tournage. « Au cinéma, je ne sens pas les choses, impossible d’entendre le souffle du spectateur, je m’en suis lassée », disait-elle encore au Monde en 2015.
Victime de Harvey Weinstein
Cate Blanchett a également soutenu l’actrice Jennifer Lawrence dans sa lutte pour la parité salariale homme-femme, et raconte au magazine américain Variety avoir récemment refusé un rôle parce que son cachet n’était pas le même que celui de l’acteur censé partager l’affiche avec elle. « Une carrière se construit autant sur des non que sur des oui », conseille-t-elle d’ailleurs aux jeunes actrices. Dans cette même interview à Variety, datée de mercredi 2 mai, Cate Blanchett dit avoir été victime de « comportements inappropriés » de la part du producteur Harvey Weinstein, qu’elle a brièvement côtoyé lorsqu’il produisait Le Talentueux Mr Ripley (1999), Aviator (2004) ou encore Carol (2015).
Elle se fait plus discrète s’agissant des allégations concernant Woody Allen, accusé par sa fille Dylan Farrow de l’avoir agressée sexuellement lorsqu’elle avait 7 ans. Critiquée publiquement par la jeune femme dès 2014, qui la tenait pour complice d’une « culture qui dénigre la parole des victimes » pour avoir travaillé avec le cinéaste, Cate Blanchett s’est longtemps refusée à commenter l’affaire. En mars, elle a concédé « ne pas avoir été au courant de ces allégations à l’époque de sa collaboration » avec Woody Allen.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/08/19-11">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Avec cinq longs-métrages présentés sur la Croisette, le cinéma transalpin connaît un retour en grâce, qu’incarne à merveille la jeune réalisatrice Alice Rohrwacher.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


A Cannes, une renaissance italienne

Avec cinq longs-métrages présentés sur la Croisette, le cinéma transalpin connaît un retour en grâce, qu’incarne à merveille la jeune réalisatrice Alice Rohrwacher.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 11h20
    |

            Aureliano Tonet (Rome, envoyé spécial)








                        



                                


                            

C’est un rituel cannois cocasse, qui se tient chaque mois d’avril à Paris, lors de la conférence de presse d’avant-Festival. Sitôt la sélection officielle dévoilée, une voix rauque vrombit du fond de la salle, roulant les « r » avec la vélocité et la férocité d’un carrosse Ferrari. Fatalement, les regards se tournent vers une journaliste transalpine, aussi prompte à se saisir du micro qu’à ressasser, d’année en année, la même complainte : « Messieurs le Président et le Délégué général, déplore notre consœur, avec un pathos allant crescendo au fil des éditions, mais comment se fait-il qu’il y ait si peu de films italiens sélectionnés ? »
Ce printemps, ce lamento s’est tu. Et pour cause : deux films en compétition officielle – Heureux comme Lazzaro, d’Alice Rohrwacher, et Dogman, de Matteo Garrone –, un dans la section Un certain regard – Euphoria, de Valeria Golino –, deux à la Quinzaine des réalisateurs – Samouni Road, de Stefano Savona, et Troppa grazia, de Gianni Zanasi –, où figure de surcroît le court-métrage La Lotta, du maestro Marco Bellocchio… Cela faisait un bail que la flotte de la Botte dépêchée sur la Croisette n’avait eu si fière allure.
Cerveau malade
Nul besoin de fureter bien loin pour en trouver la figure de proue : du haut de ses 36 ans et de son visage sans âge, mi-Madone mi-enfant, Alice Rohrwacher incarne à merveille ce retour en grâce. A Cannes, son deuxième long-métrage – justement intitulé Les Merveilles – s’était vu auréoler du Grand Prix en 2014, quand le premier, Corpo celeste, avait révélé son talent à la Quinzaine en 2011. Le troisième a valeur de symbole : sous le patronage du saint du même nom, Heureux comme Lazzaro ne conte rien de moins qu’une résurrection.
Jeune paysan d’une vallée reculée du Latium, Lazzaro est doux comme un agneau. Ce qui ne l’empêche pas de communiquer avec les loups qui rôdent alentour,...




                        

                        


<article-nb="2018/05/08/19-12">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Les sites agrégateurs de notes, d’AlloCiné à Rotten Tomatoes, pèsent sur les résultats en salle.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Cannes 2018 : les films face aux pluies d’étoiles et de tomates

Les sites agrégateurs de notes, d’AlloCiné à Rotten Tomatoes, pèsent sur les résultats en salle.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 09h30
    |

                            Maroussia Dubreuil








                        



                                


                            

Pendant dix jours, à 19 heures puis à 22 heures, plus d’un millier de journalistes, critiques de cinéma, vont se rendre dans la salle Debussy du Palais des Festivals à Cannes pour découvrir les films de la compétition officielle. Dès leur sortie, les premières critiques seront publiées en ligne. Une première car, les années précédentes, les films étaient montrés à la presse le matin, au risque, pour les équipes des films, de monter les marches le soir avec en tête les mauvais avis ayant circulé toute la journée sur Internet. « Ce qui peut faire vraiment mal, ce sont les moyennes des notes critiques indiquées le lendemain du passage du film en compétition dans le magazine Le Film français ou le britannique Screen International, deux titres lus par les professionnels du cinéma », reconnaît Jean Labadie dont la société de distribution Le Pacte présentera quatre films cette année sur la Croisette.
Vient ensuite la visite du site américain Rotten Tomatoes (« tomates pourries ») puis, lors de la sortie des films, du français AlloCiné. Consultés chaque mois par plus de quinze millions d’internautes, ces deux sites proposent, en plus d’une synthèse des critiques, une moyenne des notes attribuées par les spectateurs. Les notes d’AlloCiné varient entre un et cinq et sont calculées à partir d’un panel de cinquante-cinq titres de presse français – « un panel fixe pour être objectif », précise Arnaud Métral, responsable de la plate-forme chez Webedia, propriétaire du site. Le Tomatomètre, quant à lui, oscille de la tomate pourrie (une éclaboussure verte) à la tomate rouge label « fraîcheur certifiée », à condition que le film dépasse les 75 % d’avis positifs sur une base de trois mille critiques.
« Tous les réalisateurs prient pour que leur score se maintienne sur une tomate rouge et mûre à point. Le vert, c’est la mort », affirme la réalisatrice et productrice Miranda Bailey, qui garde le souvenir amer du « splash »...




                        

                        


<article-nb="2018/05/08/19-13">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Les monteurs son et les mixeurs se sentent notamment menacés par les délocalisations vers la Belgique.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


A Cannes, les techniciens veulent faire entendre leur voix

Les monteurs son et les mixeurs se sentent notamment menacés par les délocalisations vers la Belgique.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 09h20
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Puisqu’on ne les a pas suffisamment ­entendus à Paris, les monteurs, monteurs son, bruiteurs et mixeurs donneront de la voix à Cannes. Ces professionnels du cinéma qui interviennent après la phase de tournage, soit en post-production, sont amers alors que s’ouvre la 71e édition ­cannoise, du 8 au 19 mai. La mobilisation ­portée ces dernières semaines par divers syndicats et associations (CGT, l’Association des artistes bruiteurs…) n’a pas eu les résultats ­escomptés : après deux journées de grève, les 10 et 19 avril, les négociations avec les syndicats de producteurs (UPC, API, SPI) sont au point mort. Les salariés de la « post-prod » ­demandent une revalorisation de leurs métiers, de leurs salaires, le paiement des heures supplémentaires, ou encore des indemnités repas. Les monteurs son et les mixeurs se sentent également menacés par les délocalisations vers la Belgique.
La « post-prod » est le parent pauvre de la production avec un travail payé avec l’argent qui reste
Plus profondément, les professionnels ­demandent que l’après-tournage soit repensé en profondeur. Ils estiment que bien souvent, la « post-prod » est le parent pauvre de la production avec un travail payé avec l’argent qui reste, en réduisant les temps alloués à chaque étape, au prix de longues journées et d’un­ résultat pas toujours satisfaisant. De plus en plus de films « manquent de temps » et cela se voit à l’écran. La seule avancée notable, pour l’heure, est d’ordre symbolique : les monteurs son, bruiteurs et mixeurs ont obtenu le statut de « cadre collaborateur de création », une appellation réservée aujourd’hui à six chefs de poste (directeurs de la photographie, chefs décorateurs, etc.).

Pour ce qui est des salaires, c’est « un pas avant, trois pas en arrière ou le tango du mépris », dénonce, dans un communiqué publié le 6 mai, l’association des ­Monteurs associés. Dans un premier temps, les syndicats patronaux avaient proposé des hausses...




                        

                        


<article-nb="2018/05/08/19-14">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ L’ancien président du Festival de Cannes publie un « dictionnaire amoureux » de cette manifestation, florilège de ses souvenirs.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Gilles Jacob conte sa Croisette avec éclat

L’ancien président du Festival de Cannes publie un « dictionnaire amoureux » de cette manifestation, florilège de ses souvenirs.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 09h01
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Entré dans l’« appareil » du Festival de Cannes en 1976, le journaliste et critique de cinéma Gilles Jacob en devient rapidement le délégué artistique, portant bientôt la manifestation à son sommet, puis président, postes qu’il céda respectivement à Thierry Frémaux puis à Pierre Lescure. Toujours aux manettes à la Cinéfondation, atelier réservé au développement de projets de jeunes cinéastes du monde entier, le sémillant octogénaire fête aujourd’hui ces décennies de Croisette avec un ouvrage qui prend la forme d’un florilège de souvenirs classés par ordre alphabétique.
Le « dico » se feuillette d’un doigt léger, dans le confort et l’agrément d’une pensée qui ménage l’élégance morale, la finesse d’analyse et l’exercice d’admiration, laissant parfois place, rarement, à la cruauté du trait (« Journaliste »), voire l’agacement envers l’impolitesse crasse de certains professionnels de la profession (« Agents hollywoodiens »).
Coulisses cannoises
L’avantage de la forme alphabé­tique, c’est de permettre au lecteur – honnête homme, cinéphile, goulu de la chronique mondaine, amoureux des Alpes-Maritimes – de picorer et de se fabriquer son propre livre, de « Bresson Robert » à « Cris, huées et sifflets », en passant par « Eden Roc », « Fêtes » ou « Police ». On notera ainsi, à titre personnel, l’entrée « Ah la critique ! », bel et ironique exercice d’autocritique du « délégué général » croqué en paranoïaque, dont il y a lieu de penser qu’il dépasse sa propre personne.
Il reste que l’article dominant est ici la fiche d’auteur (les plus grands y sont, beaucoup trop nombreux pour être cités) – suivie par celles des acteurs et actrices ainsi que par celles de quelques films phares –, dans laquelle Gilles Jacob réussit l’exercice délicat d’établir tout à la fois une analyse rapide et pénétrante de l’intéressé, de croiser cette donnée avec celles de sa présence à Cannes, et dans le meilleur des cas de dévoiler à son sujet l’un des nombreux secrets des...




                        

                        


<article-nb="2018/05/08/19-15">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le cinéaste iranien a tourné en Castille « Everybody Knows », présenté en ouverture du Festival, mardi 8 mai.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Cannes 2018 : pour Asghar Farhadi, « Iraniens et Espagnols ont des émotions proches »

Le cinéaste iranien a tourné en Castille « Everybody Knows », présenté en ouverture du Festival, mardi 8 mai.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 08h31
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 14h49
    |

            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

Il faut remonter à 2005 pour qu’un film qui fait l’ouverture du Festival de Cannes soit présenté en compétition officielle. Avec Everybody Knows (en salle mercredi 9 mai), le réalisateur iranien Asghar Farhadi continue sur sa lancée triomphale : Ours d’argent du meilleur réalisateur à Berlin en 2009 pour A propos d’Elly et Ours d’or du meilleur film deux ans plus tard pour Une séparation (également César et Oscar du meilleur film étranger), il a vu, en 2016, Le Client remporter le prix du scénario – et le prix d’interprétation masculine pour Shahab Hosseini – à Cannes, et une fois encore l’Oscar du film étranger. Tourné en Espagne et en espagnol, Everybody Knows a de quoi intriguer. Dans ce film construit autour du kidnapping d’une adolescente –, on retrouve les ressorts habituels du cinéaste iranien : le grain de sable qui détruit les faux-semblants sociaux et pose chacun, personnages et spectateurs, devant la question de la responsabilité.


Pourquoi ce film « espagnol » ?
L’idée remonte à un voyage que j’ai fait il y a treize ans dans le sud de l’Espagne. Sur les murs de la ville où nous séjournions étaient collées des affichettes avec le portrait d’un enfant qui avait disparu. Cela a beaucoup ­inquiété ma fille, Sarina, qui était petite. L’idée d’en faire une histoire est née là.
Mais les enlèvements, cela arrive partout, or vous choisissez de tourner en espagnol, avec les acteurs d’Almodovar, le chef opérateur d’Almodovar…
J’aurais pu transposer l’histoire, je n’avais pas de raison absolue de ne pas le faire, si ce n’est que dans sa substance même, dans mon imaginaire, dès le départ, elle avait pris forme en Espagne. Je l’ai gardée dans son contexte.
Vous avez pensé à Abbas Kiarostami qui avait tourné « Copie conforme » en Italie et « Like Someone in Love » au Japon ?
Une coïncidence. Ce n’était...




                        

                        


<article-nb="2018/05/08/19-16">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Terry Gilliam a choisi la forteresse templière de Tomar, au Portugal, pour tourner son « Don Quichotte », projet vingtenaire qui, sauf péripétie, devrait clôturer le Festival de Cannes, le 19 mai.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Sur le tournage de « L’Homme qui tua Don Quichotte »

Terry Gilliam a choisi la forteresse templière de Tomar, au Portugal, pour tourner son « Don Quichotte », projet vingtenaire qui, sauf péripétie, devrait clôturer le Festival de Cannes, le 19 mai.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 10h02
    |

                            Maroussia Dubreuil








                        



                                


                            

Deux hommes en bermuda acheminent une armure dans une caisse en plastique jusqu’à l’entrée du couvent de l’ordre du Christ, une ancienne forteresse templière bâtie au XIIe siècle au sommet de la ville de Tomar, à deux heures au nord de ­Lisbonne. Ce lundi 24 avril 2017, sous un soleil de plomb, Terry Gilliam entame le premier jour de tournage au Portugal de L’Homme qui tua Don Quichotte, un projet longtemps inachevé depuis son premier essai catastrophique, en 2000.
Querelle juridique
« Dès que Terry a découvert ce château, avec ses deux églises et ses cloîtres, il a tout de suite su qu’il réaliserait une partie du film ici, après l’Espagne et avant les Canaries. Il est sans doute un des meilleurs experts du monde en Google Earth ! », assure sa productrice espagnole, Mariela Besuievsky (Tornasol Films), qui a repris le projet en 2016 en montant une coproduction avec le Portugal, le Royaume-Uni, la France et la Belgique, pour un budget de 16 millions d’euros, seuil en dessous duquel Terry Gilliam refusait de tourner. Alors que le film est aujourd’hui annoncé en clôture du Festival de Cannes, une querelle juridique avec son ancien producteur, Paulo Branco, menace toujours sa projection.

Des touristes, l’oreille collée à un Audioguide, se perdent dans les dédales de la forteresse ibérique classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, tandis qu’un cortège de vingt-cinq chevaux se met en place devant l’entrée du château, suivi par une meute de lévriers. Sous une petite tente, Terry Gilliam, coiffé d’un chapeau de paille troué, déjeune de trois ailes de poulet nature. « C’est ce que mange Adam Driver pour rester mince. Moi, je le fais pour rester en vie, ironise-t-il. Ma femme ne cesse de me répéter que je suis idiot de m’accrocher à ce film. Tous les gens intelligents me le disent aussi. Mais Don Quichotte, c’est comme une maladie à laquelle je ne vois qu’un traitement : la tourner. Ensuite, je pourrai...




                        

                        


<article-nb="2018/05/08/19-17">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires de Stromae et de Lance Armstrong, Marc Beaugé scrute celui de la présidente du jury du 71e Festival de Cannes, qui a beaucoup d’allure.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ 
<article-nb="2018/05/08/19-18">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ La compétition cinématographique internationale, qui se tient depuis 1946 sur la Côte d’Azur, remet chaque année la prestigieuse Palme d’or.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤                     
                                                

Ce qu’il faut savoir sur le Festival de Cannes 2018

La compétition cinématographique internationale, qui se tient depuis 1946 sur la Côte d’Azur, remet chaque année la prestigieuse Palme d’or.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 10h46
    |

            Edouard Pflimlin








                        



   


Le 71e Festival international du film de Cannes se tient au Palais des festivals et des congrès de la cité balnéaire, du 8 au 19 mai. La Palme d’or, point d’orgue du Festival, sera remise le 19 mai.

        Lire aussi :
         

                Le programme du Festival de Cannes 2018



De quand date le premier Festival ?
Le Festival international du film de Cannes est une initiative lancée face à la Mostra de Venise, créée en 1932, festival international du film de la cité des Doges. La première édition du festival cannois aurait dû se tenir du 1er au 20 septembre 1939, mais la seconde guerre mondiale ayant été déclarée, elle ne put avoir lieu.
C’est donc du 20 septembre au 5 octobre 1946 que le Festival fit ses premiers pas. Dix-huit pays y étaient alors représentés. Dans cet immédiat après-guerre, cette édition est relativement fastueuse : certaines stars arrivent en hydravion !
Le prix du jury international et le prix de la mise en scène couronnent cette année-là La Bataille du rail, de René Clément. L’actrice française Michèle Morgan reçoit le grand prix international de la meilleure interprétation féminine pour son rôle dans La Symphonie pastorale, de Jean Delannoy.
Aujourd’hui, le Festival est devenu une « grosse machine », drainant quelque « douze mille trois cents participants » autour de « quinze cents projections », comme le souligne Thierry Frémaux, délégué général du Festival depuis 2007.
Qu’est-ce que la Palme d’or ?
C’est le prix le plus prestigieux du Festival. Elle est décernée au film considéré par le jury comme le meilleur de la compétition officielle. Cette palme fait référence aux armoiries de la ville et à ses palmiers. Elle n’a pas été dessinée par Jean Cocteau, comme le veut la légende, mais par la joaillière Suzanne Lazon.
Cannes a vu défiler cinéastes et stars les plus prestigieux, et des Palmes d’or ont été remises couronnant des chefs-d’œuvre du monde entier. Mais cela n’a pas toujours été le cas. De 1947 à 1954, un seul grand prix et des prix secondaires ont été attribués en fonction de la qualité des films par un jury exclusivement composé de personnalités françaises.
C’est n’est qu’en 1955 qu’est décernée la première Palme d’or de l’histoire du Festival : un jury composé de personnalités étrangères et appartenant au cinéma prime le film Marty, de Delbert Mann.
Le Festival a-t-il toujours eu lieu depuis 1946 ?
Le Festival a été parfois annulé ou interrompu. C’est ainsi que différents blocages sur des questions sensibles (financement, relations avec le festival de Venise…) conduiront à l’annulation des éditions de 1948 et de 1950. En 1968, le 19 mai, il est interrompu en raison des événements de mai. Des cinéastes (Godard, Truffaut et d’autres) exigent et obtiennent du délégué général du Festival, Robert Favre Le Bret, sa suspension.
Combien de films sont sélectionnés en 2018 ?
Vingt et un films sont en compétition pour la Palme d’or, qui sera remise en clôture du 71e Festival, le 19 mai, mais ce sont des dizaines d’autres œuvres qui seront projetées, dans d’autres sections :
— Un certain regard réunit des œuvres originales et audacieuses dans leur propos et leur approche esthétique. Il récompense souvent des cinéastes peu connus.
— Le hors-compétition propose des films événements. 
— Les séances spéciales et séances de minuit offrent une exposition à des œuvres plus personnelles.
— Cannes Classics met en valeur des films du patrimoine en copies restaurées.
Qu’est-ce que les sections parallèles ?
A côté des sections officielles, il y a les sections parallèles. Il s’agissait à l’origine de mettre en avant des courants cinématographiques ou des auteurs méconnus.
« Depuis 1962, date de sa création par le Syndicat français de la critique de cinéma, la Semaine de la critique, section parallèle du Festival de Cannes, se consacre à la découverte des jeunes talents de la création cinématographique, en mettant à l’honneur leurs premiers et deuxièmes longs-métrages », dit le site de la Semaine de la critique.
Cette année, la 57e Semaine de la critique se tiendra du 9 au 17 mai. Elle est présidée par le réalisateur norvégien Joachim Trier. Seront programmés onze premiers et seconds longs-métrages et treize courts-métrages.
Autre section parallèle, la 50e édition de la Quinzaine des réalisateurs se déroulera du 9 au 19 mai. Elle propose, cette année, vingt longs-métrages (sur un total de 1 609 longs-métrages visionnés).
La moins connue des sections parallèles est l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (ACID), qui regroupe des « cinéastes engagés depuis 1992 pour l’accès de tous à la pluralité des formes d’écriture », écrit Première. En 2018, « l’ACID présentera neuf longs-métrages, une séance spéciale et un focus sur le cinéma portugais », annonce son site.

   


Qui juge les films ?
S’agissant de la sélection officielle, un jury est constitué chaque année, présidé par une personnalité du monde du cinéma. Cette année, c’est l’actrice et productrice australienne Cate Blanchett qui a été choisie comme présidente du jury, qui comprend cinq femmes et quatre hommes, de sept nationalités et venus des cinq continents. Le palmarès sera révélé samedi 19 mai au cours de la cérémonie de clôture.
En 2017, l’Espagnol Pedro Almodovar avait présidé le jury qui avait attribué la Palme au film The Square, du Suédois Ruben Östlund.
Différents jurys auront à départager les participants aux autres compétitions. Ainsi l’acteur américain Benicio Del Toro, préside-t-il le jury d’Un certain regard.
Dans les sections parallèles, la cinéaste helvétique Ursula Meier « désignera la meilleure première œuvre présentée en sélection officielle, à la Semaine de la critique ou à la Quinzaine des réalisateurs ».
________________________
Pour en savoir plus :
– Sur l’histoire du Festival de Cannes.
– Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes, par Gilles Jacob, (Plon, 2018).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/08/19-19">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ La 71e édition, qui débute mardi, sera moins glamour et fréquentée par les grandes stars américaines que d’autres. Mais peut-être plus proche de son époque.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 07/05/2018
Découvrir l’application


                        

Cannes 2018 : le Festival s’ouvre sur une sélection audacieuse et engagée

La 71e édition, qui débute mardi, sera moins glamour et fréquentée par les grandes stars américaines que d’autres. Mais peut-être plus proche de son époque.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 08h46
    |

            Guillaume Fraissard








                        



   


Alice Rohrwacher et Vincent Lindon sont à l’image de ce que veut être la 71e édition du Festival de Cannes, qui s’ouvre, mardi 8 mai, sur le film Everybody Knows de l’Iranien Asghar Farhadi : audacieuse et engagée.

        Lire la critique d’« Everybody Knows » :
         

          La mécanique humaine du malheur



La réalisatrice italienne, 36 ans, Grand Prix en 2014 pour son second film, Les Merveilles, est de retour avec Heureux comme Lazzaro (en compétition officielle), l’histoire d’un jeune paysan vivant à l’écart du monde, privé de la modernité par la folie d’une vieille marquise. L’acteur français, 58 ans, retrouve, lui, le réalisateur Stéphane Brizé, dont le précédent film, La Loi du marché, lui valut le prix d’interprétation masculine en 2015. Dans En guerre, également en compétition officielle, il incarne un syndicaliste mobilisé contre la fermeture de son usine. Deux cinémas, donc, pour une même conviction viscérale. Celle qu’un autre monde doit, envers et contre tout, être possible.

        Lire la synthèse :
         

          Le programme complet du Festival de Cannes 2018



Dans l’entretien qu’il a accordé au Monde, Vincent Lindon revendique que « tout est politique ». Une vision de la vie, du cinéma et de son rôle social partagée, endossée, incarnée par nombre de réalisatrices et de réalisateurs sélectionnés cette année dans toutes les sections. Qu’il s’agisse de Wang Bing et de son infatigable autant que précieux travail sur la mémoire des camps maoïstes chinois ; de Spike Lee dont le BlacKkKlansman – l’un des deux seuls films américains en lice pour la Palme d’or – devrait prendre une dimension particulière à l’heure où les suprémacistes blancs du Klu Klux Klan retrouvent tribune aux Etats-Unis ; ou encore de la réalisatrice Kényane Wanuri Kahiu et son premier long-métrage, Rafiki, censuré dans un pays où l’homosexualité, thème central du film, reste punie par la loi.

Politique aussi, la décision du Festival de sélectionner L’Eté, du cinéaste et metteur en scène russe Kirill Serebrennikov, assigné à résidence à Moscou pour des faits de détournements de fonds qu’il nie farouchement. Politique, enfin, le choix de ne prendre aucun film produit par Netflix au moment où toute l’industrie du cinéma voit son modèle économique tanguer.
Grand mouvement de libération de la parole
Il y a cinquante ans, Cannes bouillonnait à l’unisson d’un printemps de contestations et de revendications. Autre temps que ce mai 2018. Et pourtant. Moins glamour que certaines éditions passées, a priori moins fréquentée par les grandes stars américaines, la manifestation cannoise n’en sera a priori que plus proche de son époque. Plus de six mois après le début de l’affaire Weinstein, les répliques de ce scandale mondial continuent de se faire ressentir. Cate Blanchett, la présidente de ce 71e jury, vient ainsi de raconter comment elle a aussi eu à subir les agissements de l’ex-magnat hollywoodien, autrefois omniprésent autour du Palais des festivals.
Parité, égalité salariale entre hommes et femmes du septième art seront aussi des thèmes débattus sur la Croisette, à l’initiative, entre autres, du collectif 5050 pour 2020, lancé au moment des Césars. Dans ce grand mouvement de libération de la parole et de mobilisation, un autre tapis rouge fera à n’en pas douter parler de lui. Celui sur lequel devraient se retrouver, le 16 mai, plusieurs actrices dont les témoignages nourrissent le livre collectif Noire n’est pas mon métier (Seuil, 128 pages, 17 euros) sur les discriminations, les brimades et autres comportements racistes vécus sur les tournages.
En parlant d’En guerre, Vincent Lindon estime que Cannes « est la plus belle plate-forme planétaire que l’on puisse [lui] offrir ». Un avis qui semble très partagé, à quelques heures de la cérémonie d’ouverture.

        Lire le décryptage :
         

          Ce qu’il faut savoir sur le Festival de Cannes 2018






                            


                        

                        


<article-nb="2018/05/08/19-20">
<filnamedate="20180508"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180508"><AAMMJJHH="2018050819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Pour l’ouverture de la 71e édition du Festival de Cannes, l’Iranien Asghar Farhadi pose son regard sombre sur un village viticole de Castille.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 07/05/2018
Découvrir l’application


                        

« Everybody Knows » : la mécanique humaine du malheur

Pour l’ouverture de la 71e édition du Festival de Cannes, l’Iranien Asghar Farhadi pose son regard sombre sur un village viticole de Castille.



Le Monde
 |    08.05.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
08.05.2018 à 18h11
    |

                            Thomas Sotinel








                        



Sélection officielle – en compétition, film d’ouverture
L’avis du « Monde » – à voir
Le phénomène se reproduit à dix ans d’intervalle. Un cinéaste dont la formation esthétique et intellectuelle procède d’une culture radicalement différente de celle de l’Espagne contemporaine propose à Cannes un film avec Penélope Cruz et Javier Bardem, photographié par un collaborateur de Pedro Almodovar. En 2008, Woody Allen tentait d’acclimater son pessimisme érotique sur les Ramblas avec Vicky Cristina Barcelona. Pour l’ouverture de la 71e édition, Asghar Farhadi pose son regard sombre sur un village viticole de Castille.

        Lire l’entretien avec Asghar Farhadi :
         

          « Iraniens et Espagnols ont des émotions proches »



Pas plus que le New-Yorkais, l’Iranien n’a laissé ses obsessions à la frontière. Le premier plan – l’intérieur d’un clocher au mécanisme grinçant – de Todos lo saben (il n’y a guère de raison de se servir de la traduction anglaise de « tout le monde le sait » pour parler du film) fait office de manifeste : Farhadi est obsédé par les mécaniques humaines, ce qui les meut, ce qui les grippe, leurs mouvements contradictoires.
Il en résulte un film souvent virtuose, parfois pesant (les deux frontières du talent de l’auteur), plus fragile aussi
Délibérément, menant jusqu’au bout la démarche entamée dans le premier film qu’il a tourné hors d’Iran (Le Passé, 2012, dont l’un des personnages principaux venait de Téhéran), l’auteur d’Une séparation met en œuvre d’autres contraintes, d’autres normes sociales sans doute pour mieux prouver l’universalité de la condition humaine. Il en résulte un film souvent virtuose, parfois pesant (les deux frontières du talent de l’auteur), plus fragile aussi que les édifices imposants que formaient ses derniers scénarios, et, par là même, plus émouvant.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Javier Bardem, la mort lui va si bien




   


Le clocher domine un village où Laura (Penélope Cruz) revient avec ses deux enfants, mais sans son mari Alejandro (Ricardo Darin), resté en Argentine, à l’occasion du mariage de l’une de ses sœurs. Elle y retrouve Paco (Javier Bardem), ex-amant, acheteur de la part de la propriété familiale dont Laura avait hérité. Ces interférences entre les transactions amoureuses, juridiques et économiques, qui ont déjà tant servi au cinéaste, sont un temps cachées par l’enthousiasme décontracté avec lequel Farhadi filme une fête familiale en Espagne. Ce pourrait presque être un film de famille chaleureux, avec, en prime, la lumière euphorisante de José Luis Alcaine.
Résurgence des rancœurs
A ceci près que, bien avant que ne s’abatte la catastrophe, Farhadi dispose artistement les embûches qui feront tomber ses personnages. L’excitation des retrouvailles masque à peine la résurgence des rancœurs. A la nuit tombée (la première moitié du film se déroule sur une journée), rien ne va déjà plus, si bien que lorsque l’on apprend qu’Ana (Inma Cuesta) a été enlevée, Farhadi a déjà emmené son film dans le crépuscule des regrets, des remords et des soupçons.
On aura reconnu la structure d’A propos d’Elly (un week-end entre amis vire à l’enquête criminelle doublée du dévoilement de secrets intimes enfouis), le film qui a assuré la renommée internationale de Farhadi. Des personnages qui paraissaient inintéressants se révèlent fascinants sous l’effet de stimuli inattendus qui les obligent à affronter autrement les contraintes ordinaires. Sur les bords de la Caspienne, celles-ci avaient pour noms interdits religieux, patriarcat. Dans les vignobles espagnols, l’argent règne. Il en faut pour la rançon, il en faut pour expier les fautes passées. C’est lui qui défait peu à peu l’assurance solaire de Laura, la superbe gentiment machiste de Paco, des exercices que leurs interprètes maîtrisent à merveille. On n’est pas très loin de certains auteurs de romans noirs américains, Jim Thompson, par exemple. Il aurait peut-être fallu que Farhadi sacrifie tout à fait aux règles du film de genre, à commencer par la concision, pour que Todos lo saben soit une totale réussite.

Film iranien, espagnol, français et italien d’Asghar Farhadi. Avec Penélope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darin (2 h 12). Sur le Web : distribution.memento-films.com/film/infos/87



                            


                        

                        

