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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Plus jeune, le romancier s’est essayé à la BD puis à la scène, avant de se lancer dans la littérature. Auteur politique sans être engagé, son dixième roman, qui paraît, raconte les Black Panthers.
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Article sélectionné dans La Matinale du 06/05/2018
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Michaël Mention : « Je n’écris pas à la colère »

Plus jeune, le romancier s’est essayé à la BD puis à la scène, avant de se lancer dans la littérature. Auteur politique sans être engagé, son dixième roman, qui paraît, raconte les Black Panthers.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 06h58
    |

            Abel Mestre








                        



                                


                            

Le rendez-vous est surprenant. Pour que Michaël Mention nous donne son nouvel ouvrage, le dixième, Power, il a fallu le retrouver sur son lieu de travail, à la caisse d’une grande surface culturelle parisienne, en plein Quartier latin. En ce matin d’hiver balayé par le froid, il n’y a pas foule devant le petit caisson où se trouve l’auteur de 38 ans. Il nous passe l’ouvrage, dans un sac en papier, et reprend son travail.
Quelques semaines plus tard, on le retrouve devant un café allongé, et la conversation s’engage sur cette activité salariée à laquelle il est toujours contraint, dix ans après avoir commencé à publier. « Je suis conscient que j’écris sur des thèmes qui ne vont pas intéresser tous les gens. A la caisse, je vois ce qui marche. En général, ce sont des thrillers sanguinolents », sourit-il timidement.
Des thrillers sanguinolents, on n’en trouve donc pas dans la bibliographie de cet auteur caméléon qui change pourtant constamment de thème et d’univers. Il a ainsi pu écrire sur le milieu de la télévision (Le Carnaval des hyènes, Ombres noires, 2015) ; sur le football (Jeudi noir, Ombres noires, 2014) ; sur le poète Lacenaire et le Paris du XIXe siècle (La Voix secrète, 10/18, 2017) ; sur l’Angleterre (Sale temps pour le pays, Adieu demain,… Et justice pour tous, Rivages 2012, 2014, 2015). Et, aujourd’hui, avec Power, sur l’histoire du Black Panther Party (BPP), premier livre qui inaugure le label « Stéphane Marsan », sous lequel les éditions Bragelonne vont publier de la littérature générale. « Quand tu fais le choix d’écrire sur ces sujets, tu sais que tu n’en vivras pas forcément. Tu es obligé de te laisser une certaine liberté », complète-t-il.
Rythme de stakhanoviste
Alors, « pour être libre », Michaël Mention se soumet à un rythme de stakhanoviste. Sa journée est millimétrée. Il écrit le midi sur son heure de pause,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ A la tête de la compagnie maritime portugaise, vous menez la découverte du Nouveau Monde. Un hommage à la géographie autant qu’à l’ère des grands explorateurs.
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On a testé… « Neo Atlas 1469 », le « Civilization » de la cartographie

A la tête de la compagnie maritime portugaise, vous menez la découverte du Nouveau Monde. Un hommage à la géographie autant qu’à l’ère des grands explorateurs.



Le Monde
 |    06.05.2018 à 14h09
 • Mis à jour le
06.05.2018 à 20h54
    |

            William Audureau








                        



   


Je ne sais pas ce que vous avez fait hier, mais nous, nous avons prouvé que la Terre était ronde. De nombreuses rumeurs affirmaient le contraire, et il se murmure même qu’un explorateur en Arabie saoudite vendrait une amarre spéciale pour observer de près les cascades de la fin du monde, sans tomber en se penchant.
C’était jour de fête. Quelques heures plus tôt, nous avons découvert le Zipangu, un archipel légendaire, que certains aujourd’hui appellent le Japon. Cela n’a pas été facile. Il nous a fallu contourner toute l’Australie depuis les Indes parce que l’Indonésie formait un long bras de terre coupant tout accès à l’océan Indien. Grosse, grosse galère.
Finalement, nous avons atteint le lointain pays merveilleux en trente et un ans. Un de trop pour le roi du Portugal. Cet impatient nous a coupé les fonds, nous laissant le commerce maritime comme seule ressource. Heureusement, grâce à une écaille de dragon dénichée au large de la Corée, nous avons pu financer la restauration de notre flotte, pas bien vaillante après deux ou trois attaques de kraken. Maintenant, il nous reste à cartographier l’Amérique, et à finir de révéler tous les continents du monde.
Ode au siècle des grandes découvertes
Neo Atlas 1469, disponible sur la plate-forme Steam depuis 2017 et sorti en avril sur Switch, est le dernier ambassadeur en date d’une série de jeux de gestion japonais longtemps restés inédits en Europe. Son concept est atypique : à la tête de la Compagnie portugaise des Indes, il vous propose d’envoyer vos navigateurs explorer le monde pour le cartographier et établir des lignes commerciales entre ses principaux ports.

Conquête territoriale contre le brouillard qui recouvre la carte, commerce des ressources : on retrouve, dans la dernière production du studio japonais Artdink, spécialiste des simulations ferroviaires, deux des quatre mamelles des jeux de gestion à la Civilization. Et pour cause : son concept date de la même année, 1991, et en est un proche cousin, l’affrontement d’autres puissances en moins, une importante surcouche narrative et un système de missions en plus.
Son intérêt tient beaucoup à son époque et à son thème : 1469, c’est l’année de naissance de Vasco de Gama. Un an plus tard sera pour la première fois traduite en latin et imprimée la carte du géographe grec Ptolémée, dont la redécouverte par la société savante lance un siècle d’exploration des terres reculées et de progrès de la cartographie.
Carte semi-aléatoire
Dans Neo Atlas 1469, comme au XVe siècle, l’Afrique subsaharienne est inconnue ; l’existence des Amériques insoupçonnée ; et le Japon lui-même n’est qu’une rumeur, dont le joueur aura à prouver la véracité en trouvant une route jusqu’à lui.
L’une des meilleures idées du titre est de ne pas proposer une carte identique à celle que l’on connaît — le moindre manuel de géographie, ou un dézoom sur Google Maps, suffirait alors pour tricher. A la place, il laisse le joueur découvrir à l’aveugle une mappemonde en partie générée aléatoirement, tachetée de bateaux pirates, de krakens et de rumeurs de monstres fantastiques.

   


Dans ses meilleurs moments, Neo Atlas 1469 donne l’impression de vivre par procuration l’ivresse, l’excitation et l’angoisse de l’inconnu. Et à chacun de nos choix d’itinéraires, les doctes explorateurs que l’on dirige, d’habitude si bavards et flamboyants dans les phases de dialogues, semblent partir à l’aventure comme de petits bateaux en jouet lâchés dans une baignoire la lumière éteinte. Avec pour seuls compas des on-dit, des déductions, et une bonne part de chance.
Isthme, détroits et jeu de go
A mesure que les heures défilent, et elles passent vite, on finit par découvrir que les algorithmes de génération de la carte du monde s’appuient beaucoup sur le monde réel. S’ils s’en éloignent, c’est essentiellement par des variations côtières. Insuffisant pour donner l’impression visuelle d’un autre monde, mais largement assez pour déranger les plans de l’apprenti cartographe habitué à envoyer ses navigateurs longer les rivages.
De retour à leur port d’attache, plus d’un navigateur viendra ainsi raconter comment il s’est perdu dans des archipels imaginaires ; encastré dans un isthme inattendu ou au contraire engouffré dans un détroit miraculeusement placé en plein cœur d’un pays censément fermé.

   


Parfois, le jeu s’apparente davantage à une partie de go que de géographie. Neo Atlas 1469 laisse en effet au joueur le soin de valider ou non chacun des rapports de ses explorateurs. Une décision stratégique : accepter de graver dans le marbre le bout de carte qu’il vient de découvrir, et ses excentricités qui, d’un bras de terre mal placé ou d’une mer soudain fermée, vous coupera peut-être à jamais l’accès à telle ressource rare et précieuse pour votre commerce d’épices, de fruits et de pierres exotiques.
Un jeu qui a ses limites
Difficile pour autant de recommander ce jeu les yeux fermés : c’est une petite production trop chère pour son propre bien ; laide comme un crapaud ; bavarde à s’en fatiguer les yeux ; pas même traduite, pourront légitimement souligner les plus réfractaires.
Il est vrai que son concept aurait gagné à être servi par des cartes plus originales, et son interminable tutoriel en fera fuir plus d’un. Une réalisation visuelle moins aride, une direction artistique plus cohérente, ou encore une mise en scène plus généreuse auraient également permis de rendre ces terres plus vivantes, plus incarnées, et le jeu des allers-retours moins routiniers.

   


Malgré cela, il y a un charme hypnotique à Neo Atlas 1469. Il est de ces jeux qui, comme Civilization, savent obnubiler des heures et des jours entiers. Il a ses moments de grâce, comme la découverte d’un pays légendaire, le premier tour du monde, ou l’atlas qui se fait globe.
Au pied de notre lit, les couvertures écornées d’un vieux manuel de géographie, d’un passionnant atlas des contrées rêvées, et d’un essai sur la découverte du Japon, trahissent ses effets secondaires. Et puis, hier, quand d’autres remplissaient leur déclaration de revenus, nous nous découvrions le Zipangu, et cela n’a pas de prix.
En bref
On a aimé :
Le concept original et évocateur.L’ivresse de parcourir les océans à l’aveugle.« Hé, mais Madagascar est à l’ouest de l’Afrique du Sud dans ma partie ? ».Des dizaines d’heures de jeu pour la moindre partie.Cligner des yeux, s’apercevoir qu’il est déjà 3 heures.
On n’a pas aimé :
Tutoriel et dialogues interminables.La direction artistique incohérente.La carte du monde pas assez originale pour déboussoler.43 euros pour la réédition d’un jeu PS Vita. Ouch !
C’est plutôt pour vous si :
Vous cherchez un jeu de gestion sur Switch.Dans Civilization, vous préférez explorer que vous battre.Vous préférez Ptolémée à Neymar.
Ce n’est plutôt pas pour vous si :
Vous ne lisez pas l’anglais.Dans vos cauchemars, vous êtes poursuivis par une interro d’histoire-géo.A Civilization, vous jouez les Aztèques, pas les Portugais.Vous cherchez un jeu de pirates dans lequel on peut plutôt boire du rhum entre amis.
La note de Pixels
35° 41’22’’ N/139° 41’30’’ E



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Cette première série de la mangaka Tomomi Sumiyama raconte le destin croisé de deux enfants évoluant dans une société de castes autoritaire.
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« Lost Children » : un manga sur la fraternité au-delà des injustices sociales

Cette première série de la mangaka Tomomi Sumiyama raconte le destin croisé de deux enfants évoluant dans une société de castes autoritaire.



Le Monde
 |    06.05.2018 à 10h15
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Dans le royaume de Shardao, où Yuri et Ran sont nés, rien ne prédisposait ces deux enfants à se lier d’amitié. Ces deux frères de cœur appartiennent à des castes opposées : Ran est gathiya, population réduite à la misère et aux brimades. Yuri est le fils borgne et solitaire d’un joaillier achra, la classe privilégiée. Leur amitié indéfectible survit à leur séparation sur laquelle ouvre Lost Children, première série de la mangaka Tomomi Sumiyama. Tandis que Yuri est chargé du culte dans un village traditionnel de montagne, Ran s’est engagé comme combattant auprès de la rébellion gathiya pour parcourir le royaume et espérer retrouver son ami.

   


Bien qu’il ne fasse que poser les prémices de cette quête et quelques éléments du passé des héros, ce premier tome laisse entrevoir beaucoup de promesses. Plusieurs mystères auréolent ces deux enfants devenus des adolescents secrets et taciturnes : qu’ont-ils vécu pour être aussi proches ? Pourquoi occupent-ils ces fonctions cinq ans après leur séparation ? Comment s’expliquent les mutilations que porte Yuri et la rancœur de Ran ? Sauront-ils continuer à dépasser leur appartenance sociale pour rester unis ?
Une intrigue relativement classique, toutefois portée par un environnement et un contexte bien construits et détaillés. Tomomi Sumiyama s’inspire de différents pays d’Asie pour établir les décors et la structure politique et religieuse du royaume de Shardao. L’Inde a par exemple illustré le système de castes et le Bhoutan a marqué la mangaka pour la concentration des pouvoirs religieux et politiques dans les forteresses Dzong. La rébellion maoïste népalaise et la guerre du Vietnam lui ont fourni des exemples pour le quotidien des rebelles et les batailles contre le pouvoir autoritaire dans sa série.

   


Toutes ces influences offrent au final un manga riche en décors et en costumes traditionnels recherchés, qui donnent encore plus de crédibilité à cette société inique et au vécu des personnages. Ces derniers paraissent d’autant plus aboutis que la dessinatrice leur prête, même s’ils restent en arrière-plan, des traits fins, uniques et très expressifs. L’auteur n’hésite pas non plus à recourir au réalisme et à une dramaturgie calibrée pour mettre en lumière la cruauté de la vie et de la guerre.
L’année dernière, au moment où l’auteure, ancienne designer graphique dans un studio de jeux vidéo, songeait à se lancer dans le manga, le Japon était en proie à de vifs débats autour de la révision de sa Constitution pour revenir sur le caractère pacifiste du pays. Tomomi Sumiyama se passionne alors pour les questions philosophiques sociales ; celles-ci abreuvent sa série et les questionnements de ses deux héros.
Lost Children, de Tomomi Sumiyama, traduction d’Anne-Sophie Thévenon, tome I le 3 mai, éditions Ki-oon, 192 pages, 7,90 euros.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ On redécouvre l’écrivain américain, mort en 1986 sans que son grand talent soit pleinement reconnu en France. Un recueil de nouvelles, « Le Tonneau magique », paraît.
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Bernard Malamud, Brooklyn tragi-comique

On redécouvre l’écrivain américain, mort en 1986 sans que son grand talent soit pleinement reconnu en France. Un recueil de nouvelles, « Le Tonneau magique », paraît.



Le Monde
 |    06.05.2018 à 09h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Le Tonneau magique (The Magic Barrel), de Bernard Malamud, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun, Rivages, 250 p., 21 €.

La légende assure que, le soir de 1959 où Bernard Malamud (1914-1986) reçut le National Book Award pour les nouvelles du Tonneau magique, il oublia de prendre le chèque de 1 000 dollars qui accompagnait la prestigieuse distinction. Après la cérémonie de remise, il arriva un peu tard au restaurant où se donnait une fête ; il n’y avait plus de siège pour lui à table.
Il est tentant de voir dans cette anecdote une forme de plaisanterie métaphorique, transposant la difficulté de ce très grand écrivain à trouver la place qu’il mérite. Il serait faux d’en faire un auteur maudit : après Le Tonneau magique (qui reparaît aujourd’hui dans une splendide traduction de Josée Kamoun), L’Homme de Kiev lui permit d’obtenir un second National Book Award, ainsi que le prix ­Pulitzer, en 1967 ; son premier roman, Le Meilleur (1952 ; Rivages, 2016), a été adapté au cinéma.

Considéré, au côté de Saul Bellow (1915-2005) et de Philip Roth, leur cadet de vingt ans, comme un phare de la littérature juive américaine, il n’a cependant pas connu, à l’étranger, la fortune de ses camarades – le jour de 1976 où l’auteur d’Herzog obtint le prix Nobel, il notait dans son journal : « Bellow a reçu le Nobel. J’ai gagné 24,25 dollars au poker. » Trente-deux ans après sa mort, son étoile, aux Etats-Unis, a un peu pâli. Elles sont rares, pourtant, les œuvres aussi éblouissantes que la sienne, comme on le redécouvre en France depuis 2015, grâce à Nathalie Zberro, éditrice chez Rivages, décidée à la (re) publier dans son intégralité. Arrivant après trois romans – L’Homme de Kiev, Le Meilleur et Le Commis (2015, 2016, 2017) –, les nouvelles du Tonneau magique peuvent constituer une entrée idéale dans l’univers de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.
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Article sélectionné dans La Matinale du 05/05/2018
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 100)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    06.05.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
06.05.2018 à 07h16
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Un long travail d’écoute de ses concitoyennes noires a permis à l’écrivaine de rendre compte, dans « Mille petits riens », du racisme institutionnel aux Etats-Unis.
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édition abonné


La romancière Jodi Picoult se met à la place d’une Afro-Américaine

Un long travail d’écoute de ses concitoyennes noires a permis à l’écrivaine de rendre compte, dans « Mille petits riens », du racisme institutionnel aux Etats-Unis.



Le Monde
 |    05.05.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
06.05.2018 à 01h18
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
« Mille petits riens » (Small Great Things), de Jodi Picoult, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Chabin, Actes Sud, 592 p., 23,50 €.

Quand la romancière américaine Jodi Picoult achève Mille petits riens, en mars 2016, elle s’attend à des réactions négatives. L’auteure de best-sellers (Le Pacte, Ma vie pour la tienne, Presses de la Cité, 1999, 2006 ; La Tristesse des éléphants, Actes Sud, 2017), née à Long Island en 1966, pense avoir pris un risque en abordant la question du racisme dans l’Amérique d’aujourd’hui. « Des personnes de couleur me reprocheront sans doute d’avoir choisi un sujet qui ne m’appartient pas. Des Blancs me reprocheront de les accuser de racisme », anticipe-t-elle dans la postface. Mais ce sera pire.
« Mon roman est paru un mois avant l’élection de Donald Trump [novembre 2016], qui avait construit sa campagne sur la division et la haine, explique-t-elle au “Monde des livres”. J’ai reçu des commentaires dont la fréquence et la violence m’ont surprise. La plupart venaient de lecteurs blancs. Certains m’accusaient de “trahir ma race”. » La possibilité d’une pareille critique ne l’avait pas effleurée. Ce qui l’a longtemps empêchée d’écrire sur le racisme est la question de sa légitimité.

En 1996, Picoult s’y essaye une première fois, après avoir lu l’histoire d’un policier noir que des collègues avaient tué par erreur lors d’une intervention. « Je voulais parler de l’injustice vécue par les Afro-Américains dans mon pays, mais tout sonnait faux. Avais-je le droit de raconter cette histoire ? Il m’a paru plus simple de ne pas le faire plutôt que d’essayer de comprendre pourquoi je n’y arrivais pas. »
Raconter l’histoire selon trois points
Le sujet la rattrape à l’occasion d’un autre épisode. En 2013, à Flint (Michigan), un hôpital interdit à une infirmière afro-américaine de s’occuper...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ « La Matinale du Monde » publie chaque samedi un strip de la dessinatrice Nancy Péna.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 04/05/2018
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« Le chat Madame, grand reporter », par Nancy Péna (épisode 45)

« La Matinale du Monde » publie chaque samedi un strip de la dessinatrice Nancy Péna.



Le Monde
 |    05.05.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
05.05.2018 à 07h06
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ L’historienne Christine Peltre a composé une anthologie richement illustrée de l’essor du tourisme pendant la période coloniale.
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Sélection livre d’art : Quand les « indigènes » d’Afrique du Nord étaient pittoresques

L’historienne Christine Peltre a composé une anthologie richement illustrée de l’essor du tourisme pendant la période coloniale.



Le Monde
 |    04.05.2018 à 16h21
    |

                            Philippe Dagen








                        



   


D’une part, les archives rassemblées par le collectionneur Pierre de Gigord : photographies, cartes postales, affiches, prospectus et dépliants, qui datent de la période coloniale en Afrique du Nord, de la conquête de l’Algérie (1830) à son indépendance (1962), en passant par les protectorats en Tunisie et au Maroc. D’autre part, une anthologie d’articles, romans, livres d’histoire et de géographie, mémoires et guides contemporains de ces images. Entre eux, l’art du montage de l’historienne Christine Peltre, spécialiste de l’orientalisme, qui fait apparaître une unité de ton : celle de la présence coloniale française, sereine, sûre d’elle, de son bon droit et de ses bienfaits. Les « indigènes » sont pittoresques et conformes aux stéréotypes. Deux fonctions principales pour les hommes : chameliers ou cavaliers de fantasia. Et deux pour les femmes : passantes voilées ou prostituées des « quartiers réservés ». Autre intérêt du livre, il montre comment s’organise le tourisme, avec ses thèmes préférés : le soleil, le Sahara et ses oasis, les vestiges de l’Afrique romaine, l’architecture musulmane à Kairouan et Tlemcen. Quelques phrases d’observateurs lucides – André Gide et Louis Bertrand – viennent, en contrepoint de la rhétorique officielle, suggérer que quelques-uns se sont assez vite doutés que l’histoire ne pouvait que mal finir.
Le Voyage en Afrique du Nord. Images et mirages d’un tourisme, de Christine Peltre, Bleu autour, 232 p., 28 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ L’académie suédoise est en crise depuis novembre 2017. Dix-huit femmes accusent le mari d’une des académiciennes de viols et d’agressions sexuelles.
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Le prix Nobel de littérature en 2018 reporté d’un an

L’académie suédoise est en crise depuis novembre 2017. Dix-huit femmes accusent le mari d’une des académiciennes de viols et d’agressions sexuelles.



Le Monde
 |    04.05.2018 à 09h19
 • Mis à jour le
05.05.2018 à 06h31
    |

                            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








                        



   


Quand ils sont sortis de leur réunion hebdomadaire, jeudi 3 mai au soir, bras dessus, bras dessous, dans les rues du quartier de la vieille ville à Stockholm, les académiciens affichaient des mines réjouies. Les Suédois en ont donc conclu que le prix Nobel de littérature 2018, dont le sort était à l’ordre du jour de la rencontre, était sauvé.
D’où la stupeur, vendredi matin, quand le communiqué de presse est tombé à 9 heures, annonçant que la récompense ne serait pas décernée cette année, mais reportée à l’année prochaine, et attribuée en même temps que le prix 2019.
Les académiciens expliquent leur décision par la « crise de confiance » traversée par l’institution et leur insuffisance numéraire. Depuis les démissions en série et l’éviction de la secrétaire perpétuelle, Sara Danius, les sages ne sont plus que dix sur dix-huit. Ils évoquent aussi le travail de reconstruction à mener, après ces mois de troubles – un « travail sur le long terme et en profondeur », souligne Anders Olsson, secrétaire perpétuel par intérim.
Dix-huit femmes accusaient le mari d’une des académiciennes de viols et d’agressions sexuelles
Ce n’est pas la première fois que le prix Nobel de littérature n’est pas décerné. Depuis 1901, il a été annulé à sept reprises : en 1914, 1918, 1935 et pendant la seconde guerre mondiale. Il a également été reporté cinq fois.
Mais le contexte est bien différent cette année, puisque c’est la légitimité même de l’académie suédoise qui est en cause et sa gestion d’une crise historique, qui a débuté en novembre 2017, en plein mouvement #metoo. Dix-huit femmes accusaient le mari d’une des académiciennes de viols et d’agressions sexuelles. Un Français, Jean-Claude Arnault, 71 ans, directeur d’un lieu d’expositions culturelles dans la capitale du royaume. Un audit, mené par un cabinet d’avocats, a depuis révélé que l’académie lui versait de généreuses subventions. Le parquet financier a ouvert une enquête.

        Lire aussi le récit :
         

          L’Académie suédoise s’enfonce dans la crise



Réputation entachée
La décision d’annuler l’attribution du prix Nobel de littérature semble donc logique. D’abord, parce que le travail de préparation, mené au sein du comité Nobel, formé d’un petit groupe d’académiciens, aurait déjà dû être bien avancé, pour un prix traditionnellement décerné à la fin du mois d’octobre. Ce n’était pas le cas, alors que plusieurs des membres du comité ont quitté leur fauteuil.
Maintenir la récompense présentait aussi des risques. Rien ne garantissait que le lauréat potentiel se déplace à Stockholm, pour venir y recevoir son prix des mains d’une institution à la réputation entachée. Il aurait même pu le refuser. Après l’esclandre causé par le chanteur Bob Dylan, lauréat 2016, aux abonnés absents lors de la cérémonie des Nobels, les académiciens ne pouvaient prendre ce risque.

        Lire aussi :
         

                Comprendre la crise qui secoue l’Académie suédoise



Le report du prix 2018, cependant, est loin de mettre un terme à la crise. D’abord, parce qu’il va falloir trouver des remplaçants aux sages qui ont décidé de partir. Jeudi, le roi, Carl XVI Gustaf, protecteur de l’institution, a annoncé une modification du règlement, permettant aux démissionnaires de la quitter définitivement. Jusqu’à présent, ils ne pouvaient être remplacés qu’après leur mort, ce qui aurait conduit à une paralysie de l’institution.
Or trouver des candidats ne sera pas aisé. Car de nombreux intellectuels et écrivains suédois ont pris parti pour un des deux camps qui s’opposent – majoritairement d’ailleurs pour les académiciens qui ont claqué la porte, protestant contre l’immobilisme de ceux qui sont restés, dont certains continuaient de nier la gravité de la crise, il y a quelques jours.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Tous les vendredis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.
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Article sélectionné dans La Matinale du 03/05/2018
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« Pop Corn », par Salch (épisode 32)

Tous les vendredis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.



Le Monde
 |    04.05.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
04.05.2018 à 07h04
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Le biologiste et philosophe relit l’« Ethique » à la lumière des récents résultats des sciences cognitives.
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Henri Atlan dans le cerveau de Spinoza

Le biologiste et philosophe relit l’« Ethique » à la lumière des récents résultats des sciences cognitives.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
03.05.2018 à 08h38
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Cours de philosophie biologique et cognitiviste. Spinoza et la biologie actuelle, d’Henri Atlan, Odile Jacob, 636 p., 35 €.

Spinoza est à la mode. Celui dont Hegel raillait la « splendeur orientale » et dont Heidegger prononçait à peine le nom est aujourd’hui un totem des nouvelles radicalités, un ultra-contemporain. Cette popularité laisse rêveur, quand on sait que ce penseur amstellodamois (1632-1677) n’a produit qu’une œuvre relativement brève, qui aurait fort bien pu être rangée dans le corpus des « petits cartésiens », malgré d’autres influences (celle de Maïmonide par exemple).
Un coup d’œil à ses traités politiques, loin de révéler en lui un prérévolutionnaire, montre qu’il perpétue l’attitude hautaine des classiques vis-à-vis d’un peuple considéré comme indécrottablement empreint de superstitions, plus à contenir qu’à affranchir, et que, quand il théorise la liberté de penser, il ne la destine qu’à une poignée de philosophes. Ses œuvres principales nous mènent donc loin de Nuit debout et des insurgés qui ont fait de Spinoza un drapeau.
En France, l’école spinoziste est ancienne. Depuis l’excellent commentaire de l’Ethique dû à Martial Guéroult (1891-1976 ; Aubier, 1968-1974), certains tenants de la « pensée critique », Gilles Deleuze au premier chef (Spinoza et le problème de l’expression, Minuit, 1968), se sont penchés sur cette philosophie. La réflexion s’est déplacée, au XXe siècle, vers une interprétation centrée sur la politique. Elle est menée par les anciens élèves de Louis Althusser, marxistes ou postmarxistes, comme Pierre Macherey ou Etienne Balibar.
Le livre que publie ce dernier en est une illustration. Intitulé Spinoza politique. Le transindividuel (PUF, 576 p., 27 €), ce recueil d’articles étudie, entre autres, la « crainte des masses » chez Spinoza, et la gestation de l’idée démocratique par la limitation du pouvoir...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Non ! De l’esprit de révolte », de Vincent Delecroix.
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Figures libres. Mille façons de dire « non », plus une

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Non ! De l’esprit de révolte », de Vincent Delecroix.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h30
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Non ! De l’esprit de révolte, de Vincent Delecroix, Autrement, « Les grands mots », 278 p., 19 €.

Voilà le mot du monde le mieux partagé. Souvent le premier vocable que les enfants comprennent, puis reprennent, quand ils découvrent la possibilité de retourner les refus qu’on leur impose. Manière d’exister, de se poser en s’opposant, le non est partout. C’est pourquoi il a déjà été célébré de mille manières : fondement de la pensée, marque de la liberté, indice de la révolte individuelle, vecteur de la rébellion collective… A force, un véritable conformisme du rejet s’est installé. Face à cette obligation nouvelle de désobéir et de contester, on sera enclin à dire « non », si l’on veut conserver quelque indépendance. Curieux dilemme : trop dire « oui » au non conduit à devoir dire « non » au non. Sommes-nous condamnés à tourner en rond ?
Plus qu’un mot, un acte
Tel est, grosso modo, le point de départ de l’ample et dense méditation du philosophe Vincent ­Delecroix dans son nouvel essai – intitulé, on n’en sera pas surpris, Non ! Le spécialiste de Kierkegaard (1813-1855), maître de conférences à l’Ecole pratique des hautes études, également romancier (Tombeau d’Achille ou Ascension, Gallimard, 2008 et 2017), passe cette fois en revue les multiples registres où le non vient faire intrusion, rompant la mécanique des enchaînements, arrachant à l’engrenage des routines. Il met ainsi en lumière – dans le champ de la parole, de l’interlocution, du politique – les paradoxes générés par ce terme qui, plus qu’un mot, se révèle un acte. Cette négation produit grandeurs et servitudes en tout genre.
Ce panorama des mille non ne manque pas de relief ni de profondeur. Sa principale singularité réside dans le point de vue adopté par Vincent Delecroix. A juste titre, il refuse les issues simplistes : opposer « camp du oui » et « camp du non », faire triompher naïvement le « oui à la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ En étudiant un parcours singulier, l’historienne Florence Buttay montre la complexité des relations entre chrétiens et musulmans à la Renaissance.
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Un électron libre dans la Méditerranée connectée du XVIe siècle

En étudiant un parcours singulier, l’historienne Florence Buttay montre la complexité des relations entre chrétiens et musulmans à la Renaissance.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h30
    |

                            Claire Judde de Larivière (Historienne et collaboratrice du Monde des livres)








                        



                                


                            
Histoire véridique de l’imposteur Giorgio del Giglio, qui renia la foi chrétienne et prétendit servir Soliman le Magnifique, de Florence Buttay, Payot, « Histoire », 300 p., 21 €.

Imposteur, bonimenteur, affabulateur, camelot de l’information politique, propagateur de « fake news » avant l’heure : telles sont quelques-unes des qualités de l’énigmatique Giorgio del Giglio, originaire de Toscane mais issu d’une famille de juifs de Salamanque, né selon ses dires en 1507 et mort vers 1580, après avoir traversé la Méditerranée dans tous les sens, avoir été sept fois captif, s’être converti à l’islam puis être revenu au christianisme, avoir servi de janissaire auprès des Turcs et d’informateur pour les Médicis. Il est l’un de ces nombreux passeurs qui sillonnent l’espace méditerranéen à l’époque moderne, aux côtés des traducteurs, trafiquants, esclaves et espions qui accompagnent la circulation des marchandises, des informations et des idées.
Univers perméables
Si nous avons tous été marqués par La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II (Armand Colin, 1949), œuvre magistrale de Fernand Braudel (1902-1985), nous savons aujourd’hui que la représentation d’un espace en tension entre un monde musulman dominé par l’Empire ottoman et un monde chrétien guidé par l’Empire espagnol doit être fortement nuancée. Car si le XVIe siècle a certes été rythmé par les conflits et les guerres entre ces deux pôles antagoniques, il a aussi vu s’intensifier les circulations et les contacts entre des univers perméables et dont les cultures se construisaient dans les échanges et la réciprocité.
Les aventures rocambolesques de Giorgio del Giglio en sont une parfaite illustration, et Florence Buttay en a tiré un ouvrage habile et captivant, sur les pas de ce voyageur prolixe, prompt à raconter ses vicissitudes, quitte à les inventer largement. La question n’est pas pour autant de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Dans « Dieu ne tue personne en Haïti », l’écrivain américain donne à voir et à entendre comme rarement la réalité du pays caribéen.
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Mischa Berlinski conte Haïti, terre de malheurs et d’histoires

Dans « Dieu ne tue personne en Haïti », l’écrivain américain donne à voir et à entendre comme rarement la réalité du pays caribéen.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h15
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                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Dieu ne tue personne en Haïti (Peacekeeping), de Mischa Berlinski, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Renaud Morin, Albin Michel, 512 p., 23,90 €.

Comprendre ce qui nous pousse vers l’ailleurs. Saisir les motivations qui se cachent derrière la curiosité apparente, ce que cette appétence révèle de la nature humaine. Telle est l’énigme que creusent les fictions du journaliste new-yorkais ­Mischa Berlinski. Son premier roman, Le Crime de Martiya Van der Leun (Albin ­Michel, 2010), imaginait son double, un jeune pigiste en Thaïlande, qu’obsédait le meurtre d’un missionnaire chrétien commis par une anthropologue. Finaliste du National Book Award, le livre témoignait de son talent de conteur. Sa manière de s’effacer derrière ses personnages – dont les caractères se révèlent par un formidable jeu de miroirs – et de donner à voir et à entendre la réalité d’un pays, plutôt que de se mettre lui-même en scène, sont autant de qualités qui font la réussite de son deuxième roman.

Dieu ne tue personne en Haïti est né du séjour de Berlinski dans ce pays caribéen. L’auteur y a suivi sa compagne, employée civile de la Mission des Nations unies, déployée après le coup d’Etat et l’exil du président Aristide en 2004. Il a également été témoin du séisme de 2010. Mais cette expérience-là n’est pas au cœur du roman. Ce que rapporte le narrateur anonyme – il présente de nombreux points communs avec l’auteur –, ce sont les malheurs du pays et les histoires que les gens se racontent pour les supporter. Il y a celle de Terry White, shérif républicain au chômage, et de Kay, ex-agent immobilier, un couple originaire de Floride qui a tout perdu dans la crise des subprimes. A Haïti, où Terry a été recruté par la police de l’ONU, ils croient avoir trouvé la nouvelle frontière de leur rêve américain. Il y a aussi la fable du juge Johel Célestin, un jeune Haïtien de New York, qui annule son mariage pour sauver...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Pour « Le Poisson », le romancier russe a créé un remarquable personnage, Véra, infirmière russe en Asie centrale, autour de laquelle l’URSS se disloque.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Piotr Alechkovski abandonne le Tadjikistan

Pour « Le Poisson », le romancier russe a créé un remarquable personnage, Véra, infirmière russe en Asie centrale, autour de laquelle l’URSS se disloque.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h15
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                            Elena Balzamo (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Le Poisson (Ryba. Istoriya odnoy migratsii), de Piotr Alechkovski, traduit du russe par Ekaterina Cherezova, Macha, 304 p., 19,90 €.

En russe, le poisson (ryba) est du genre féminin. Appliqué à une femme, le mot suscite les mêmes associations qu’en français : une créature froide, insensible, un brin visqueuse, voire repoussante. Ryba est le surnom de l’héroïne, qui raconte sa vie dans le roman de Piotr Alechkovski (né en 1957), le second à être traduit en français (après Le Putois, Fayard, 1999). Une vie qui n’a rien d’un long fleuve tranquille et qui s’apparente plutôt à un mince ruisseau que l’aridité du climat, constamment, menace de dessécher. Commencée dans les steppes du Tadjikistan, ex-république soviétique d’Asie centrale, elle s’achèvera à Moscou, après un périple de milliers de kilomètres qui durera plusieurs années. Rien ne sera épargné à cette infirmière qui, sans trop se demander pourquoi ni comment, arrive à soulager les peines des autres, tandis que personne au monde ne songe à alléger les siennes : deuils d’enfance, mariage malheureux, perte d’un fils, exil – tout cela sur fond d’une misère endémique, qu’aucun travail, aucune abnégation ne parviennent à diminuer.
Trahie, abandonnée, méprisée, violentée, elle n’a qu’une arme pour se défendre : la bonté. Sans être croyante (bien que son prénom, Véra, signifie « foi »), elle met quotidiennement en pratique le précepte évangélique : plutôt tendre l’autre joue que frapper l’agresseur. D’où son apparente impassibilité, que tout le monde prend pour de l’insensibilité et qui lui vaut les sarcasmes et le mépris. En paroles comme en actes, cette femme se refuse à toute violence : le mal ne passera pas par elle, elle n’en augmentera pas la quantité dans le monde, pas d’une once ! Cette bonté, qu’elle paie si cher, fait d’elle une sœur cadette des personnages rédempteurs de Dostoïevski et une petite cousine du Platon Karataev de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
      

Trans|Poésie. Suites…

Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h15
    |

                            Didier Cahen








                        



   


Un papillon blanc
Traverse la pluie de printemps
Sans même retrousser ses manches
§
Une fois n’est pas coutume
L’âne sauvage des déserts
Précède les tortues éléphants kangourous
§
Voix dans les broussailles…
La vieille voisine est morte
On dresse l’état des lieux
Confirmation de la belle santé de la poésie coréenne avec le nouveau recueil de Ra Hee-duk (née en 1966). La préface de Jean-Michel Maulpoix décrit très subtilement « le trouble perceptif que le poète jette dans l’esprit du lecteur, tel ce point noir qui marque le ver à soie ».
Précieuse Valérie Rouzeau (née en 1967). On reconnaît entre toutes son écriture limpide et singulière quand elle demande au Père Noël un bon silence, le vide ou un grand rien pour bien mettre les pendules à l’heure !
Passez la couverture, oubliez le titre et la mention « Haïkus ». Les courts poèmes de Danièle Faugeras (née en 1945), poète, éditrice, traductrice, sont de petites merveilles, des instantanés bien réglés qui ciblent le quotidien et prennent la vie au mot.
Le Ver à soie marqué d’un point noir, de Ra Hee-duk, traduit du coréen par Kim Hyun-ja, Cheyne, « D’une voix l’autre », µ 144 p., 23 €.
Sens averse (répétitions), de Valérie Rouzeau, La Table Ronde, 144 p., 16 €.
A chaque jour suffit son poème. Haïkus, de Danièle Faugeras, Pippa, 68 p., 15 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Grand classique, « Quand Hitler s’empara du lapin rose », où l’écrivaine et illustratrice pour la jeunesse raconte l’exil familial de Berlin à Londres en 1933-1935, reparaît.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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Judith Kerr, la petite fille qui fuyait devant les nazis

Grand classique, « Quand Hitler s’empara du lapin rose », où l’écrivaine et illustratrice pour la jeunesse raconte l’exil familial de Berlin à Londres en 1933-1935, reparaît.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h15
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            
Quand Hitler s’empara du lapin rose (When Hitler Stole Pink Rabbit), de Judith Kerr, traduit de l’anglais par Boris Moissard, Albin Michel Jeunesse, 316 p., 14 €. Dès 11 ans.

Réédité chez Albin Michel plus de trente ans après sa parution à L’Ecole des loisirs, en 1985, Quand Hitler s’empara du lapin rose n’est en aucun cas une histoire animalière, comme il en existe tant dans la littérature de jeunesse. Le rongeur en question n’en est d’ailleurs pas un, mais une peluche aux yeux de broderie noire et à la fourrure fanée, émouvante dans sa façon de « refuser la station debout ».
Anna a 9 ans en cette année 1933 quand, dans la précipitation à remplir sa valise, elle préfère emporter avec elle un chien en chiffon plutôt que ce lapin élimé. Adolf Hitler a accédé au pouvoir en Allemagne, il faut faire vite. Le père d’Anna, un écrivain juif dont les ouvrages seront bientôt brûlés en public, a pris les devants en quittant Berlin pour rejoindre la Suisse. Anna, son frère Max et sa mère s’apprêtent à sauter dans un train pour le retrouver.
Un lectorat adulte
Commence un long exil qui se poursuivra en France puis à Londres, où Judith Kerr – Anna, dans ce roman autobiographique – vit toujours aujourd’hui. Agée de 94 ans, l’auteure et illustratrice était de passage à Paris à la fin du mois d’avril pour accompagner le retour en librairie de ce grand classique de la littérature britannique, presque aussi célèbre que son best-seller Le Tigre qui s’invita pour le thé (1968 ; Albin Michel, 2017), un album vendu à 10 millions d’exemplaires dans le monde. A la différence de celui-ci, la grande spécificité de Quand Hitler s’empara du lapin rose est d’avoir su séduire un lectorat adulte, en plus du jeune public auquel il était initialement destiné.

A l’origine, il y a la volonté de Judith Kerr de raconter à ses propres enfants ce que fut son enfance. Peintre de formation,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Avec « Haute couture », l’académicienne traque le secret des robes extravagantes dont le peintre revêtait ses saintes au XVIIe siècle.
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Florence Delay sur les traces du mystère Zurbaran

Avec « Haute couture », l’académicienne traque le secret des robes extravagantes dont le peintre revêtait ses saintes au XVIIe siècle.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
03.05.2018 à 16h33
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Haute couture, de Florence Delay, Gallimard, 112 p., 12 €.

De sainte Casilda de Tolède, on ne sait guère que le miracle que cette jeune fille accomplit quelque part vers l’an 1000. La ville était alors capitale religieuse de l’Espagne islamique, dirigée par son père, le puissant Yahia ibn Ismail Al-Mamun. Bravant les interdits, ­Casilda rendait visite aux prisonniers chrétiens, leur prodiguant à la dérobée des soins, et leur apportant de la nourriture. L’ayant appris et sachant aussi qu’elle allait demander le baptême, l’émir l’arrêta un jour alors qu’elle allait vers la prison. « Que caches-tu dans ta robe ? – Rien que des fleurs », répondit-elle. Et en effet, des plis de l’étoffe, en place des pains jaillit une brassée de roses. Singulière intervention divine récompensant sa charité.
Du Louvre au Palazzo Bianco
Sainte Casilda a été peinte en 1635 par Francisco de Zurbaran. La toile est exposée à Madrid, au Musée Thyssen-Bornemisza. Elle fait partie de la troublante galerie de tableaux du maître sévillan que nous fait découvrir Florence Delay dans Haute couture. Des portraits de saintes représentées sous les traits de très jeunes filles, toujours somptueusement vêtues. Pour des couvents, ceux d’Espagne, mais aussi pour ceux des Amériques, Zurbaran en a réalisé un grand nombre.
Florence Delay s’est attachée à une quinzaine d’entre eux, dispersés entre les collections du Louvre ou du Prado, de la National Gallery de Londres ou de Dublin, du ­Musée Fabre de Montpellier ou du ­Palazzo Bianco de Gênes. Jeu de piste. L’académicienne les fait se rejoindre d’un souvenir de jeunesse à une émotion furtive, une rencontre, une fragile rêverie.

Elisabeth de Portugal, si généreuse envers les démunis qu’elle est accusée de piller la cassette royale, voit, comme Casilda, son secourable butin se transformer en roses, à la grande confusion de celui qui a voulu la prendre sur le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Romans, BD, récits, anthropologie, SF, essai littéraire, thriller, recueils… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 4 mai 2018.
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Livres en bref

Romans, BD, récits, anthropologie, SF, essai littéraire, thriller, recueils… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 4 mai 2018.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h00
    |

                            François Angelier (Collaborateur du "Monde des livres"), 
Frédéric Potet, 
                                Florent Georgesco, 
                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
Raphaëlle Leyris, 
                                Ariane Singer (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Florence Noiville, 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Philippe-Jean Catinchi, 
                            Monique Petillon (Collaboratrice du "Monde des livres") et 
                            Nils C. Ahl (Collaborateur du "Monde des livres")








                        



                                


                            Anthropologie. La ville des migrants
La Jungle de Calais. Les migrants, la frontière et le camp, sous la direction de Michel Agier, PUF, 224 p., 19 €.
Il est des records moins glorieux que d’autres, comme celui de compter sur son territoire le plus grand bidonville d’Europe. C’est en effet en France, sur un terrain marécageux, coincé entre une zone industrielle classée Seveso et la mer, que plus de 10 000 personnes, dont des centaines de mineurs isolés, ont vécu d’avril 2015 à octobre 2016. La « jungle » de Calais, objet de l’enquête dirigée par l’anthropologue Michel Agier, avant d’être une caricature de sauvagerie exotique, a d’abord été un lieu de cristallisation politique et humanitaire. Son démantèlement au début de la campagne présidentielle devait supprimer les problèmes « en faisant disparaître les migrants eux-mêmes ». Ce petit livre montre comment, face au désengagement de l’Etat, Afghans, Soudanais, Kurdes, Erythréens, Ethiopiens, Syriens et Egyptiens sont parvenus, avec l’aide de nombreux bénévoles puis d’ONG internationales, à rendre l’éphémère acceptable. Avec des restaurants, des commerces, une mosquée, une église, une école, un jardin d’enfants ou une bibliothèque, ce bidonville, situé à 30 minutes à pied de Calais, était devenu une ville. Autrement dit, les « migrants s’inventaient eux-mêmes la ville hospitalière en France que le gouvernement leur refusait ». A. Bo.
BD. Christin, choses vues

Est-Ouest, de Philippe Aymond (dessin) et Pierre Christin (scénario), Aire libre, 136 p., 26 €.
Créateur de Valérian avec Jean-Claude Mézières, pionnier de la bande dessinée politique avec Enki Bilal, mais aussi écrivain, journaliste et universitaire, Pierre Christin ne pouvait échapper à l’exercice de l’autobiographie, même s’il s’est longtemps juré le contraire. A 79 ans, le scénariste contourne l’obstacle à travers un ensemble de « choses vues »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Claro est séduit par l’intelligence des « proseries » de Lambert Schlechter.
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Le feuilleton. Fredonner au bout d’un clou

Claro est séduit par l’intelligence des « proseries » de Lambert Schlechter.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h00
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Une mite sous la semelle du Titien. Le murmure du monde 7, de Lambert Schlechter, Tinbad, « Poésie », 148 p., 16 € (en librairie le 5 mai).

Quelle pourrait bien être la plus petite unité littéraire ? Le mot ou la phrase ? Le paragraphe ou la page ? A partir de combien de fleurs absentes peut-on parler d’idée de bouquet ? Existe-t-il un seuil en dessous duquel l’écriture peine à tenir, un autre au-dessus duquel elle s’estime de plain-pied ? La question de la forme est-elle une question d’endurance ? Le fait est que, pour quiconque décide de plier le temps à la forme écrite, avant même d’avoir circonscrit un périmètre (sonnet, roman, nouvelle…), mettre la main au clavier revient à produire des unités, c’est-à-dire des blocs, des sections, des morceaux soumis au façonnage d’un souffle, d’un rythme.
Ainsi, on pourrait dire qu’il existe, parallèlement à la page concrète, celle que l’histoire papetière a baptisée A4 ou A5, comme s’il s’agissait d’énigmatiques coordonnées (un mot croisé ? un point isolé dans l’espace ?), une page abstraite (mais non moins réelle pour l’écrivain) : celle qu’il emplit d’un jet à la fois fluide et heurté, comme la première heure d’un jour, une sorte d’étalon ne présageant d’aucune structure, une matrice rétive aux descendances, mais lui permettant d’abattre toutes ses cartes en une fois – un va-tout joué en solitaire. Cette page tient de l’exercice, mais en surface seulement, car en elle s’ébat une liberté extrême – elle n’engage pas d’œuvre immédiate, étant pour ainsi dire simultanément recto et verso. Cette unité hautement personnelle, certains lui donnent un nom. Pour Lambert Schlechter, c’est « proserie », un terme un peu bâtard, pas très heureux en apparence, qui mêle « prose » et « causerie », mais où on peut également entendre « poésie », et pourquoi pas « poterie ». L’écrivain au clavier ? Il est devant son tour, et la forme, sous ses doigts,...




                        

                        

