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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ C’est la jeunesse de la capitale sénégalaise, politisée, effervescente, ouverte sur le monde, qui a donné le coup d’envoi de la mobilisation.
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Chronique

Mai 68 à Dakar, chronique d’une époque fébrile

C’est la jeunesse de la capitale sénégalaise, politisée, effervescente, ouverte sur le monde, qui a donné le coup d’envoi de la mobilisation.

Par                                            Francis Kpatindé




LE MONDE
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        Le 07.05.2018 à 15h11

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        Mis à jour le 07.05.2018 à 17h56






    
En 1968, la mobilisation des étudiants sénégalais et ouest-africains de l’université Dakar secoue une société où la présence de l’ancien colonisateur était encore très prégnante.
Crédits : DR


L’époque était épique et à la fois arachnéenne et tumultueuse. C’était le temps des coiffures afro, des premiers pantalons « pattes d’ef », l’âge d’or de la soul et du rhythm and blues, l’apogée de la génération des « matinées » et des « soirées », termes utilisés, de Dakar à Brazzaville, pour désigner les boums, selon qu’elles se terminent à 20 heures pétantes ou aux aurores. James Brown donnait alors puissamment de la voix, en guise de prélude à son immortel Say it Loud – I’m Black and I’m Proud, disponible dans les bacs à partir d’août 1968. Aretha Franklin, Wilson Pickett et, surtout, Otis Redding, disparu précocement dans un crash aérien en décembre 1967, lui répondaient en un écho à l’intonation plus suave. Les plus intellos préféraient de loin l’immense John Coltrane, mort cinq mois avant Otis, à un âge – 41 ans – où tout est encore possible.
Nous étions jeunes, très jeunes, collégiens, lycéens ou étudiants à Dakar, Ouagadougou, Cotonou, Niamey ou Bangui. Nous étions nourris confusément de l’esprit de Bandoung, qui porta le mouvement des non-alignés sur les fonts baptismaux. Et initiés tôt à la rhétorique révolutionnaire et aux rudiments de l’agitprop. Nous avions lu, parfois dans des bréviaires empruntés à la bibliothèque du centre culturel français, Sartre, Marcuse, Fanon, Ralph Ellison et son remarquable Invisible Man, Stokely Carmichael, inventeur et icône du Black Power, dont je ferais la connaissance, bien plus tard, lorsqu’il résidera en Guinée sous une nouvelle identité doublement évocatrice : Kwame Ture.
Des nouvelles du Vietnam et d’Amérique du Sud
Bien évidemment, nous avions assimilé des bribes de Marx, d’Engels, de Mao et du Che. Et nous buvions sans retenue, l’oreille vissée au transistor, les discours-fleuves de Castro et d’Ahmed Sékou Touré sur Radio Habana Cuba et sur Radio-Conakry, en ondes courtes. Renversé deux ans plus tôt par un putsch que l’on disait ourdi par les « impérialistes » américains, Kwame Nkrumah, artisan du panafricanisme et père de l’indépendance du Ghana, était en exil à Conakry. La dépouille de Martin Luther King, assassiné le 4 avril 1968 à Memphis, était encore toute chaude.
Nous n’avions pas la télévision, mais étions très friands des nouvelles venues d’ailleurs, surtout des ghettos américains, des maquis du Vietnam et d’Amérique du Sud. « La contestation de la culture occidentale a permis aux gens de notre génération de brûler les stars de la musique et du show-biz d’aliénation des années 1960 popularisées par le magazine Salut les copains », analyse joliment le sociologue Mamadou Wane, dit Mao, l’un des enragés de Dakar en 1968. « C’était la fin des modèles d’importation imposés comme Johnny Hallyday et Brigitte Bardot. Ils ont été remplacés par les héros de la Révolution cubaine, de la Longue Marche de Mao, de la Révolution vietnamienne, par Kwame Nkrumah, Frantz Fanon, Patrice Emery Lumumba, Amilcar Cabral et les dirigeants de l’Union des populations du Cameroun… »
C’est dans cette atmosphère que Mai 68 déferla, tel un tsunami, sur une partie des Etats d’Afrique anciennement colonisés par la France et la Belgique. Riche en promesses, secouant les cocotiers, réveillant des foules sentimentales, bousculant des sociétés qui peinaient à sortir du joug colonial et révélant de nouveaux leaders. Dakar servira de laboratoire d’où partira, comme une traînée, l’embrasement.
La moitié d’une bourse
Tout commence un jour d’octobre 1967, le 19 précisément, après une malheureuse décision prise par la commission des allocations scolaires de ne plus verser que dix mois de bourse universitaire, alors qu’une année en compte douze, et d’instaurer un système d’attribution à géométrie variable pour faire face à l’augmentation exponentielle du nombre d’étudiants. Selon la nouvelle répartition, environ 40 % des étudiants recevraient une bourse entière, 30 % les deux tiers, et 27 % la moitié. Deux décisions jugées inacceptables par des étudiants dont les émoluments servent, avant tout, à entretenir une fratrie pléthorique. C’est l’élément déclencheur de Mai 68, une bronca que Mamadou Wane qualifie, aujourd’hui encore, de « plus grand mouvement politique et social de l’histoire du Sénégal ».

Les grandes dates du Mai 68 sénégalais
19 octobre 1967 : Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal indépendant, décide de fractionner les bourses estudiantines, qui ne seront plus versées que dix mois sur douze.18 mai 1968 : L’Union démocratique des étudiants sénégalais (UDES) lance une grève d’avertissement à l’université de Dakar.24 mai 1968 : L’UDES opte pour une grève illimitée à partir du 27 mai.27 mai 1968 : L’université est occupée par les étudiants.29 mai 1968 : Les forces de l’ordre investissent l’université et en délogent les étudiants. Les Sénégalais sont arrêtés et internés dans des casernes, les étrangers expulsés. Face à la répression, des syndicats de travailleurs appellent à la grève.31 mai 1968 : Le mouvement s’étend à l’ensemble des grandes villes. A Paris, la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) occupe l’ambassade du Sénégal.4 juin 1968 : Ouverture des négociations entre le gouvernement et la confédération syndicale des travailleurs. Le 9 juin, les étudiants et syndicalistes arrêtés sont libérés.6 septembre 1968 : Ouverture officielle des négociations entre le gouvernement et l’UDES. Les accords sont signés le 14 septembre. L’université de Dakar rouvre ses portes, les bourses sont revalorisées, les examens sont organisés avec pour règle l’admission automatique de l’ensemble des candidats. Les étudiants étrangers expulsés sont autorisés à revenir au Sénégal.


Le pays n’était pas encore la terre de pluralisme que nous connaissons aujourd’hui. A sa tête, pendant ces mois de braise, un président omnipotent, Léopold Sédar Senghor, doux poète, pour les uns, politicien retors pour les autres, inventeur de la « négritude » avec le Martiniquais Aimé Césaire et le Guyanais Léon-Gontran Damas, normalien, agrégé de grammaire et futur académicien quai de Conti, à Paris. Le Sénégal des années 1960, c’était aussi un parti dominant, l’Union progressiste sénégalaise (UPS), une radio qui s’apparentait à la voix de son maître, un quotidien national, Dakar-Matin, un Parlement monocolore. Et une présence prégnante de l’ancien colonisateur dans la vie politique, économique et académique.
La fronde universitaire, qui a démarré le 19 octobre 1967, culminera le 29 mai 1968 avec l’expulsion par les étudiants du recteur, des enseignants non grévistes et du personnel administratif, et l’intervention musclée des forces de l’ordre dans l’enceinte de l’établissement. Le bilan des affrontements est lourd : un mort et 69 blessés selon les autorités, quatre décès et près de 400 blessés selon les insurgés. Plusieurs centaines d’étudiants sénégalais arrêtés sont conduits aux camps militaires Mangin et Archinard, à Dakar. Plus de 1 000 de leurs camarades ouest-africains sont, eux, expulsés par avion vers leur pays d’origine. L’université de Dakar est fermée.
Héros d’antan
Par solidarité, les travailleurs, lycéens, collégiens et écoliers entrent dans la danse. C’est la grève générale. La violence se déplace rapidement vers les quartiers populaires. Le régime est ébranlé et Senghor semble en passe de perdre la partie. C’était mal le connaître. Il faudra néanmoins attendre septembre 1968 pour qu’un compromis politique et syndical soit trouvé et que Dakar renoue avec un peu de quiétude.
Cinquante ans après, que sont devenus les héros d’antan, ceux-là même qui, selon la formule du sociologue Mamadou Wane, « ont payé l’impôt générationnel pour que vivent la démocratie, la justice sociale et le développement partagé » ? Certains ont disparu des radars. Les uns ont troqué le col Mao contre un costume trois pièces de banquier. D’autres ne sont plus de ce monde, comme Mahtar Diack, devenu après Mai 68 un brillant professeur de philosophie à l’université de Dakar. Moussa Kane, lui, a glissé de la quête révolutionnaire vers le mouridisme, philosophie de la plus influente des confréries musulmanes du Sénégal.
Après avoir occupé les fonctions de secrétaire général adjoint de la présidence de la République sous Abdoulaye Wade, l’ancien leader de l’Union démocratique des étudiants sénégalais (UDES) Mbaye Diack se trouve désormais à la tête d’une petite formation politique d’opposition au président Macky Sall. Ex-fonctionnaire de l’Unicef, Mamadou Wane, dit Mao, connaît une retraite active, consacrée à la défense des enfants des rues. Et, après avoir été enseignant, plusieurs fois ministre, député et responsable onusien au Mali puis en Afrique centrale, Abdoulaye Bathily a été envoyé au chevet de Madagascar, début mai, par le secrétaire général des Nations unies…





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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Dans cette chronique, l’économiste Paul Jorion revient sur cette notion de justice semblant motiver les batailles d’un président américain qui ne se sent nullement lié par les engagements de ses prédécesseurs.
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« Le combat de Donald Trump est, selon lui, d’éradiquer “l’injustice” »

Dans cette chronique, l’économiste Paul Jorion revient sur cette notion de justice semblant motiver les batailles d’un président américain qui ne se sent nullement lié par les engagements de ses prédécesseurs.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 13h30
    |

                            Paul Jorion (Economiste et anthropologue, Université catholique de Lille)








                        



                                


                            
Marchés. Polonius, vieux conseiller et père d’Ophélie, ayant écouté Hamlet, pense à part : « Il s’agit sans doute de folie, mais il y a en elle de la méthode. » Les agissements et les propos de Donald Trump nous font revenir en mémoire ces lignes de Shakespeare. Quant à la méthode, on la découvre dans l’évocation constante par le président américain de l’« unfairness », c’est-à-dire de l’« injustice » en général, et plus particulièrement du manque de « fair-play ».
Le 27 avril, lors de la visite à Washington de la chancelière allemande Angela Merkel, M. Trump a insisté sur le fait que les relations commerciales entre l’Europe et les Etats-Unis étaient « injustes » parce que déséquilibrées. « Il nous faut une relation réciproque, et nous ne l’avons pas, a-t-il déclaré. Nous en avons longuement débattu aujourd’hui, la chancelière et moi, et nous travaillons là-dessus. Nous voulons la rendre plus juste, et la chancelière veut la rendre plus juste. »

Une relation « juste » est la condition de la réciprocité, et le combat de Donald Trump est, selon lui, d’éradiquer « l’injustice ». Il y revient souvent. Alors qu’un journaliste l’interrogeait sur la violence avec laquelle il s’en était pris à un juge au nom à consonance hispanique, le président des Etats-Unis s’était défendu : « J’ai été traité très injustement par ce juge. Or, il se fait qu’il est d’ascendance mexicaine. Et je construis un mur [entre les Etats-Unis et le Mexique], vous avez compris ? Je construis un mur ! »
Sainte colère
En une autre occasion, il caractérisait ainsi son combat : « Je ne pense pas que j’insulte les gens. Je vais droit aux faits, et je n’ai pas le sentiment d’insulter les gens. Evidemment, si je suis insulté, je contre-attaque, ou si quelque chose est injuste, je contre-attaque. »
Une relation déséquilibrée – alors que les plateaux de la balance que brandit...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Editorial. Pour la septième visite d’un président de la République en Nouvelle-Calédonie, le chef de l’Etat a inscrit ses pas dans ceux des familles de toutes les victimes, qui avaient su effectuer le chemin de la réconciliation.
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Le sans-faute calédonien de Macron

Editorial. Pour la septième visite d’un président de la République en Nouvelle-Calédonie, le chef de l’Etat a inscrit ses pas dans ceux des familles de toutes les victimes, qui avaient su effectuer le chemin de la réconciliation.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 12h10
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Pour la septième visite d’un président de la République en Nouvelle-Calédonie, Emmanuel Macron a effectué, du 3 au 5 mai, un parcours sans faute. Un déplacement qui fait suite à celui d’Edouard Philippe, à la fin de l’année 2017. A Ouvéa, l’étape la plus chargée de symboles, le chef de l’Etat a inscrit ses pas dans ceux des familles des victimes, de toutes les victimes, qui avaient su, non sans douleur, effectuer le chemin de la réconciliation. « Je souhaite que nous puissions être à la hauteur de ce travail que vous avez fait depuis tant d’années, a-t-il déclaré. Je voulais vous remercier pour cet exemple donné. J’y apporterai ma pierre, de là où je suis. »
Mais c’est le discours que le président de la République a prononcé, samedi 5 mai, au Théâtre de l’Ile, un lieu chargé d’histoire à Nouméa, salué par l’ensemble des responsables politiques du territoire, qui fera date. M. Macron est d’abord revenu sur les affrontements sanglants, dans les années 1980, entre les militants indépendantistes et les colons caldoches, qui firent quatre-vingts morts. Une période qui prit fin grâce aux accords de Matignon le 26 juin 1988. « Jamais, a-t-il affirmé, nous n’oublierons la colonisation, la ségrégation des Kanak. Il faut le dire sans détour, le combat des Kanak pour retrouver leur dignité était juste. C’est en reconnaissant les blessures de l’histoire qu’on peut les cicatriser. »
« Reconnaissance partagée »
M. Macron a aussi tenu à rendre hommage aux bagnards, transportés, relégués, de France et d’Algérie, aux pionniers et à tous ceux qui ont forgé la Nouvelle-Calédonie. Une addition d’histoires, souvent tragiques. « Ce sont toutes nos victimes », a-t-il souligné, appelant à « accepter toutes les mémoires pour ne pas s’enfermer dans la douleur ». Le chef de l’Etat n’a pas manqué de rendre hommage à Jean-Marie Tjibaou et à Jacques Lafleur, les chefs de file des deux camps longtemps antagonistes, ainsi qu’à Michel Rocard et à Lionel Jospin, premiers ministres au moment des accords de Matignon en 1988 et de Nouméa en 1998. « Nous poursuivons ce chemin de reconnaissance partagée, a-t-il assuré. Ce parcours, vous l’avez, mon rôle est de vous accompagner. »

        Lire aussi :
         

                En Nouvelle-Calédonie, le long chemin du pardon



Le discours du président de la République était surtout attendu sur le référendum du 4 novembre sur l’accession à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie. Un scrutin qui a donné lieu à de fortes tensions jusqu’à ce que le premier ministre trouve un compromis avec les responsables néo-calédoniens. « Je ne prendrai pas partie dans ce référendum, a affirmé M. Macron. Ce n’est pas au chef de l’Etat de prendre position sur une question qui est posée aux seuls Calédoniens, mais, sans la Nouvelle-Calédonie, la France ne serait pas la même. » Il a toutefois, à plusieurs reprises, fait appel à la responsabilité et à l’unité de l’ensemble des composantes du territoire : « Il appartient à vous tous de ne pas faire reculer l’histoire. »

        Lire aussi :
         

                A Nouméa, Macron plaide pour le maintien d’une relation étroite entre la France et la Nouvelle-Calédonie



M. Macron a ainsi inscrit l’avenir de la Nouvelle-Calédonie dans une perspective de développement économique et géostratégique dans la région indo-pacifique, en plaidant avec force pour une nouvelle ambition dans les domaines de l’économie, de l’autosuffisance alimentaire, de la souveraineté énergétique, du tourisme et de la croissance bleue. « Il y a un continent de possibles, c’est une part de l’avenir de notre jeunesse qui se joue, a-t-il insisté. Je veux que nous construisions ensemble cet avenir. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Sans opposition crédible ou privée de relais syndicaux capables de soutenir des réformes d’intérêt général, la « Macronie » risque de se réduire à une technostructure sourde et arrogante, relève, dans sa chronique, Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde »
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« C’est peu dire que Macron n’est pas déboussolé par les mouvements sociaux »

Sans opposition crédible ou privée de relais syndicaux capables de soutenir des réformes d’intérêt général, la « Macronie » risque de se réduire à une technostructure sourde et arrogante, relève, dans sa chronique, Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde »



Le Monde
 |    07.05.2018 à 11h34
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 13h20
    |

            Jean-Michel Bezat








                        



                                


                            
Il a suffi qu’Emmanuel Macron débarque en Australie le 1er mai et mette ainsi 20 000 kilomètres entre lui et les cortèges syndicaux pour que l’accusation fuse : le président de la République est dans « l’esquive ». « Vous vouliez que je fasse quoi ?, a-t-il répliqué dès son arrivée à Sydney. Que je reste chez moi à regarder la télévision ? J’ai autre chose à faire, je continue à travailler. » Le tout exprimé avec un petit air de dédain qui semblait dire : les chiens aboient, la caravane des réformes passe.
C’est peu dire que Macron n’est pas déboussolé par les mouvements sociaux. Fuire devant la « chienlit » ? La situation n’est pas celle de ce 29 mai 1968 où le général de Gaulle, après quatre semaines de grève et de manifestations violentes, s’était rendu secrètement en Allemagne pour consulter le général Massu. Sydney et Nouméa, ce n’est pas Baden-Baden ! Loin d’être dans l’esquive ou la fuite, le chef de l’Etat ne craint pas d’« aller au-devant de la colère » et de faire un peu de provocation, cette pointe avancée de l’audace qu’il revendique depuis son élection.
Il y a un peu de Thatcher chez cet homme-là
Il la goûte d’autant plus que s’éloigne le risque d’une grande conflagration sociale. La semaine qu’il a passée aux antipodes n’a pas été celle d’un regain de colère des agents de la SNCF, des salariés d’Air France, des personnels des maisons de retraite, des fonctionnaires et des étudiants. Les cortèges du 1er Mai ont été moins fournis que ceux de 2017 et la « Fête à Macron » est restée bon enfant. La grève des cheminots donne des signes d’essouflement et celle des pilotes bat de l’aile malgré la démission du PDG d’Air France, vendredi 4 mai. Bref, plus grand monde ne table sur une « convergence des luttes », hormis ceux qui persistent à croire aux prophéties sociales autoréalisatrices.

Cette situation et les divisions syndicales n’expliquent pas seules l’intransigeance présidentielle....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Nostalgiques, les Français sont les champions européens du mal-être. Mais, récemment, l’indicateur de bonheur collectif mis en place par des économistes s’est redressé spectaculairement, note Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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« Du bonheur et du malheur d’être français »

Nostalgiques, les Français sont les champions européens du mal-être. Mais, récemment, l’indicateur de bonheur collectif mis en place par des économistes s’est redressé spectaculairement, note Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».



Le Monde
 |    07.05.2018 à 11h15
    |

            Philippe Escande








                        



                                


                            

Chronique. Comme son origine cimentière le laisse supposer, un gâchis (ou mortier) résulte d’un mélange d’éléments rendant une situation inextricable. Jean-Marc Janaillac, le patron d’Air France, a eu raison de parler de gâchis pour évoquer le désaveu que son personnel lui a infligé en votant contre son plan salarial, tant la situation semble désormais difficile à démêler. Bon courage à celui qui devra lui succéder, à partir du 15 mai.

Côté SNCF, on devait parler aussi d’argent, ce lundi 7 mai, lors des rencontres entre les acteurs du dossier et le premier ministre, Edouard Philippe. Mais la question devrait tourner davantage autour de l’avenir du service public ferroviaire, de sa dette et du statut de son personnel. Là encore avec le sentiment souterrain d’une dégradation de la situation par rapport à un passé glorieux.

Bien sûr, ces attitudes ne sont pas propres à la France, mais elles revêtent dans l’Hexagone une importance plus grande qu’ailleurs. La France, pays redistributif et relativement égalitaire, est aussi celui, en Europe, dont les citoyens attachent le plus d’importance à l’argent comme condition de leur bonheur.
Une étude étonnante
C’est la conclusion étonnante d’une récente publication (Les Français, le bonheur et l’argent, Editions rue d’Ulm, avril 2018) du Centre d’étude pour la recherche économique et ses applications (Cepremap). Les auteurs, Yann Algan, Elizabeth Beasley et Claudia Senik, se sont appuyés sur les enquêtes menées depuis une vingtaine d’années dans les pays développés pour mesurer le niveau de bien-être des populations. Le Cepremap lui-même dispose de son observatoire, qui sonde les cœurs des Français à intervalle régulier avec l’aide de l’Insee.
Il ressort de cette masse de résultats trois éléments-clés. Premièrement, la France est championne d’Europe du mal-être, et la situation s’est aggravée depuis le début des années 2000.
Deuxième élément, cette...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Analyse. Le 24e congrès de la centrale, fin avril, a été le théâtre d’une guerre ouverte entre le nouveau secrétaire général, M. Pavageau, et le sortant, M. Mailly. Coupée en deux, la confédération s’en retrouve, pour notre éditorialiste Michel Noblecourt, profondément affaiblie.
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Force ouvrière sur le sentier périlleux de la « résistance »

Analyse. Le 24e congrès de la centrale, fin avril, a été le théâtre d’une guerre ouverte entre le nouveau secrétaire général, M. Pavageau, et le sortant, M. Mailly. Coupée en deux, la confédération s’en retrouve, pour notre éditorialiste Michel Noblecourt, profondément affaiblie.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 10h30
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            Michel Noblecourt








                        



                                


                            
Analyse. « Vous êtes Force ouvrière, vous êtes la résistance. » A peine élu secrétaire général de FO, Pascal Pavageau a conclu le 24e congrès de sa centrale, vendredi 27 avril, à Lille, par un appel à « la résistance ». « Nous allons faire bloc, unis, soudés, rassemblés dans le respect de tous et de toutes, a-t-il lancé avec des accents martiaux. Nous allons résister, nous allons revendiquer, nous allons conquérir de nouveaux droits. » « Nous préférons mourir debout que vivre à genoux, a-t-il encore martelé. (…) Nous ne sommes pas à fort Alamo. »
Sur un registre apocalyptique, il a même plagié le magicien Gandalf dans le film Le Seigneur des anneaux : « Un jour peut venir où l’égalité faillira, où la solidarité s’effondrera, où l’individualisme triomphera. (…) Ce sera l’heure des loups dans la jungle et du chacun pour soi, mais ce jour n’est pas arrivé. (…) Nous disons fermement et fièrement, vous ne passerez pas, vous ne passerez pas ! »

Pour bien marquer la rupture avec les quatorze ans de règne de Jean-Claude Mailly, coupable à ses yeux d’avoir été trop conciliant dans la concertation sur les ordonnances sur le code du travail, M. Pavageau a choisi le terrain de la confrontation. FO réclame désormais « l’abrogation » de ces ordonnances et juge que « la perspective d’une mobilisation interprofessionnelle est aujourd’hui nécessaire, y compris par la grève », dans la « recherche de la plus grande unité possible ». Pour le successeur de M. Mailly, ce congrès a été « une réussite » et « un moment très fort de démocratie interne ».
Guerre ouverte
Une « réussite » ? Pendant cinq jours, Lille a été le théâtre d’une guerre ouverte entre M. Pavageau et M. Mailly, comme si, unique candidat au poste de secrétaire général, l’ancien ingénieur des travaux publics de l’Etat voulait humilier – et congédier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Trois ans après « La Loi du marché », l’acteur sera de nouveau à Cannes avec Stéphane Brizé. Ils présentent « En guerre », où Vincent Lindon incarne un dirigeant syndicaliste au milieu d’acteurs non professionnels.
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Vincent Lindon : « J’essaie d’être dans des films qui servent un peu »

Trois ans après « La Loi du marché », l’acteur sera de nouveau à Cannes avec Stéphane Brizé. Ils présentent « En guerre », où Vincent Lindon incarne un dirigeant syndicaliste au milieu d’acteurs non professionnels.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 15h27
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                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Solitaire écrasé par la contrainte économique dans La Loi du marché, qui lui a valu un prix d’interprétation à Cannes en 2015, Vincent Lindon revient en compétition en dirigeant syndicaliste dans En guerre, toujours sous la direction de Stéphane Brizé. En ce 1er mai, dans un bar de la place de la République, alors que les cortèges syndicaux se forment à quelques centaines de mètres, il parle de son personnage, Laurent Amédéo, ouvrier devenu figure publique pour tenter d’empêcher la fermeture de son usine. Reconduisant le dispositif mis en place dans La Loi du marché, le réalisateur l’a placé au milieu de comédiens non professionnels qui incarnent souvent des rôles proches de leur existence. Vincent ­Lindon revient sur cette expérience avant de reprendre le chemin du plateau de Toutes sauf une, où il incarne Giacomo Casanova, le séducteur du siècle des Lumières, devant la caméra de Benoît Jacquot.
Après quatre films ensemble, ­ « Mademoiselle Chambon », « Quelques heures de printemps », « La Loi du marché » et maintenant « En guerre », est-ce que vous avez défini un protocole de travail avec Stéphane Brizé ?
Je ne suis pas du tout impliqué dans l’écriture. Après La Loi du marché, il est immédiatement parti tourner Une vie. En en revenant, il hésitait entre une histoire d’amour, une balade entre deux hommes un peu comme Sideways, il avait aussi envie de parler de quelque chose qui le tracassait énormément, ces images du directeur des ressources humaines d’Air France qui tournaient en boucle. En effet, c’est abominable de se faire attaquer comme ça, de se faire arracher sa chemise. Mais Stéphane demandait : « Qu’est-ce qu’on a pu faire à ces hommes, à ces femmes pour qu’ils en arrivent là ? » Il m’en a parlé, a rencontré des syndicalistes, des ouvriers, des avocats, des DRH, des patrons, et pas des moindres. Il a fini par me donner un scénario,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans une tribune publiée par « Le Monde », des imams refusent de voir que l’interprétation dominante de l’islam s’inspire de sources dépassées et qui colportent des préjugés antisémites. Aux imams d’assainir l’enseignement de la religion, estime le sociologue Omero Marongiu-Perria.
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Encore un peu plus de courage, messieurs les imams

Dans une tribune publiée par « Le Monde », des imams refusent de voir que l’interprétation dominante de l’islam s’inspire de sources dépassées et qui colportent des préjugés antisémites. Aux imams d’assainir l’enseignement de la religion, estime le sociologue Omero Marongiu-Perria.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 11h33
    |

Omero Marongiu-Perria (sociologue, spécialiste de l’islam français)







                        



                                


                            

Tribune. Le procès d’intention fait au « Manifeste contre le nouvel antisémitisme » (Le Parisien daté 21 avril) n’est pas juste. On l’accuse en effet de vouloir jouer la concurrence victimaire en opposant la lutte contre l’islamophobie au combat contre l’antisémitisme, et d’appeler à l’élimination de versets du Coran qui prôneraient la violence à l’encontre des non-musulmans – juifs, chrétiens et incroyants. Des lacunes dans la formulation existent, mais le fond du propos est légitime. Sauf, peut-être, si on est sourd, muet et aveugle aux discours de haine qui se diffusent de par le monde musulman jusqu’aux enceintes des mosquées de France et d’Occident, sur la base des interprétations « autorisées » de l’islam.
En réponse à l’interrogation qui traverse la société française depuis près de quarante ans – les premiers attentats datent du milieu des années 1980 –, une tribune signée par une trentaine d’imams sous le titre « Nous, imams indignés, sommes prêts à nous mettre au service de notre pays » (Le Monde daté 24 avril) propose une réponse qui se trompe de diagnostic et de remède. Affirmer que l’islam est tombé dans les mains d’une jeunesse « naïve, proie facile pour des idéologues qui exploitent son désarroi » et que, « depuis plus de deux décennies, des lectures et des pratiques subversives de l’islam sévissent dans la communauté musulmane, générant une anarchie religieuse, gangrenant toute la société » ne reflète pas la réalité de l’islam contemporain.

Depuis plus d’un demi-siècle, la sphère religieuse musulmane, en particulier ses principaux centres d’enseignement, a vu la structuration progressive d’un discours de rupture avec le monde occidental et la modernité, qui dépasse de loin l’anticolonialisme. Celui-ci s’est appuyé sur la sacralisation des interprétations moyenâgeuses des textes de l’islam pour orienter les comportements de rupture chez les fidèles, parfois avec l’impulsion...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Livre. Dans un ouvrage, le chercheur Marc-Antoine Pérouse de Montclos réfute « la mise en récit du terrorisme au “Sahelistan” ». L’auteur convoque l’histoire pour démontrer l’ancrage local de chacun des mouvements djihadistes.
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Les particularismes du djihad en Afrique

Livre. Dans un ouvrage, le chercheur Marc-Antoine Pérouse de Montclos réfute « la mise en récit du terrorisme au “Sahelistan” ». L’auteur convoque l’histoire pour démontrer l’ancrage local de chacun des mouvements djihadistes.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 09h59
    |

            Christophe Châtelot








                        



                                


                            
Pas un jour ou presque sans que la chronique du continent africain n’allonge la liste de tueries et de massacres revendiqués par des groupes armés se réclamant du djihad. Prenons deux journées « ordinaires » de la fin du mois d’avril. Au Mali, les agences de presse rapportaient « le massacre de dizaines de Touareg par des djihadistes présumés ». Le lendemain, le gouvernement nigérien annonçait une vaste opération militaire dans la région du lac Tchad contre « les djihadistes de Boko Haram » qui se réclament de l’organisation Etat islamique. A 6 000 kilomètres de là, en Somalie, un groupe armé affilié à Al-Qaida revendiquait un attentat-suicide qui a provoqué la mort de trois policiers. Chaque fois, les mêmes mots – radicalisme, extrémisme, djihadisme, islamisme – pouvant laisser penser qu’un fil rouge religieux et logistique relie tous ces groupes, du Nigeria à la Somalie, d’une rive à l’autre du continent africain.

Ainsi existerait-il une menace globale qui, si on n’y prend pas garde, pourrait débarquer sur notre sol. En visite au Mali, une semaine après son élection il y a un an, Emmanuel Macron avait ainsi salué l’action des militaires français de « Barkhane », engagés dans la « lutte contre les groupes armés terroristes sur l’ensemble de la bande sahélo-saharienne », ainsi que le ministère des armées définit cette opération lancée en 2014. « Les nouvelles menaces, celles que vous affrontez chaque jour, disait le président aux militaires présents, ne s’exercent plus seulement à l’échelon régional. Une menace née à quelques kilomètres d’ici viendra très rapidement frapper les femmes et les enfants de France si nous n’interposons pas notre action résolue et puissante (…). Vous êtes plus que jamais nos sentinelles et notre rempart contre les débordements du terrorisme, de l’extrémisme, du fanatisme. »
Dans son ouvrage paru le 3 mai, Marc-Antoine Pérouse de Laclos, politologue, directeur de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’expert israélien Ephraim Asculai considère qu’il faut durcir l’accord de 2015 pour contrecarrer les projets atomiques de Téhéran.
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« Ne pas se rendre complice des ambitions nucléaires iraniennes »

Dans une tribune au « Monde », l’expert israélien Ephraim Asculai considère qu’il faut durcir l’accord de 2015 pour contrecarrer les projets atomiques de Téhéran.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 05h00
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 07h17
    |

Ephraim Asculai (maître de recherche à l’Institut d’études pour la sécurité nationale (INSS))







                        



                                


                            

Tribune. Les révélations du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, le 30 avril lors de son allocution télévisée étaient remarquables. Ce qui en premier lieu retient l’attention, c’est le succès presque invraisemblable des services de renseignement israéliens, qui ont réussi à se procurer des archives iraniennes ultra-secrètes détaillant les efforts entrepris par le passé par l’Iran pour développer, produire et tester cinq bombes nucléaires d’une puissance équivalente à celle d’Hiroshima.
L’analyse de ces documents apporte la preuve irréfutable que l’Iran a menti pendant des années sur ses véritables intentions, qu’au moins jusqu’en 2003 il existait un programme nucléaire clandestin devant lui permettre de se doter de l’arme atomique et qu’un programme parallèle a été établi depuis dans le but de dissimuler et de poursuivre ses visées nucléaires. La preuve est ainsi faite que l’accord avec l’Iran (JCPOA) n’a apporté qu’une réponse partielle et limitée dans le temps au problème de l’acquisition par ce pays de la bombe atomique, ne l’empêchant pas, in fine, d’atteindre son objectif initial.
Il est incontestable qu’une grande partie des informations divulguées par le premier ministre étaient connues, mais elles n’étaient pas authentifiées, et c’est désormais chose faite. Le président Obama a préféré laisser de côté ce risque qu’il incomberait à un futur gouvernement américain d’affronter. Ce choix est une réponse dilatoire à une crise latente, à un problème potentiel dont rien ne permet de penser qu’il va disparaître. Au contraire, la crise sera bien plus aiguë, dans quelques années, quand l’accord aura pris fin et quand l’Iran reprendra de plein droit et avec davantage d’ampleur ses activités d’enrichissement de l’uranium à des fins militaires.
Avancée majeure
Il ne fait aucun doute que l’accord qui a été conclu n’était pas un bon accord. L’Iran est libre de reprendre quand bon lui semble son programme nucléaire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’ancien ambassadeur Michel Duclos considère comme acquis que Washington va quitter le traité. Il défend la recherche de la solution la plus apaisée possible.
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Accord sur le nucléaire iranien : « Le scénario d’une “sortie en douceur” des Américains est le moins déraisonnable »

Dans une tribune au « Monde », l’ancien ambassadeur Michel Duclos considère comme acquis que Washington va quitter le traité. Il défend la recherche de la solution la plus apaisée possible.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 04h45
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Michel Duclos (ancien ambassadeur, conseiller spécial à l’Institut Montaigne)







                        



                                


                            

Tribune. Emmanuel Macron a reconnu devant des journalistes, à la fin de sa spectaculaire visite d’Etat à Washington, que, selon toute probabilité, M. Trump allait décider le 12 mai le retrait des Etats-Unis de l’accord nucléaire avec l’Iran (JCPOA). Est-ce à dire que M. Macron a échoué dans ce qui était l’un des principaux objectifs de ce déplacement en Amérique ?
Pour répondre à cette question, il convient de revenir quelque peu en arrière. En octobre 2017, Donald Trump refusait de « certifier » l’intérêt pour les Etats-Unis de continuer la mise en œuvre de l’accord de Vienne du 14 juillet 2015 et menaçait de rétablir, quatre mois plus tard (début janvier), les sanctions contre l’Iran si le Congrès et les alliés européens (Allemagne, France, Royaume-Uni) des Etats-Unis ne redressaient pas les « défauts », selon lui rédhibitoires, de l’accord. Premier ultimatum en quelque sorte, qui avait été précédé de propos annonciateurs dès septembre. Le 12 janvier, il faisait part de son choix de reporter sa décision de quelques mois encore (jusqu’au 12 mai). Deuxième, et peut-on penser dernier, ultimatum. Observons au passage que, depuis janvier, le Congrès américain a réussi à se faire discret et que ce sont les Européens qui se retrouvent aux premières loges dans cette grande partie de cache-cache – ou de poker menteur – avec la Maison Blanche.
Le deuxième ultimatum n’était pas simplement la réplique du premier. Donald Trump, à l’unisson de sa base électorale, voue une exécration fondamentale à l’accord avec l’Iran. Cependant, ses déclarations de septembre et d’octobre 2017 étaient formulées en termes suffisamment généraux pour que l’on puisse faire le calcul que des engagements également généraux de la part des Européens – et des gestes iraniens – permettraient de « calmer » l’homme de la Maison Blanche. Le président Macron, dès septembre, avait ainsi indiqué sa volonté de maintenir le JCPOA, mais aussi de le compléter...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Le ministre de l’économie en a appelé, dimanche, « au sens des responsabilités de chacun », prévenant que « la survie » de la compagnie « était en jeu ».
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Air France : Le Maire met les salariés en garde

Le ministre de l’économie en a appelé, dimanche, « au sens des responsabilités de chacun », prévenant que « la survie » de la compagnie « était en jeu ».



Le Monde
 |    06.05.2018 à 16h44
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 06h41
   





                        



   


Le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, a exclu, dimanche 6 mai sur BFM-TV , toute recapitalisation d’Air France-KLM, dont l’Etat détient 14 %, et il a averti que « l’Etat [n’était] pas là pour éponger les dettes » de la compagnie, dont « la survie (…) est en jeu », selon lui. Il a estimé que la priorité était le rétablissement du « dialogue social » et de la « compétitivité » au sein de l’entreprise pour permettre à cette dernière d’affronter la concurrence internationale dans le transport aérien.
« J’en appelle au sens des responsabilités de chacun, des personnels navigants, des personnels au sol, des pilotes qui demandent des augmentations de salaires qui sont injustifiées : “prenez vos responsabilités, la survie d’Air France est en jeu”, a-t-il dit. Quand on a le niveau de rémunération actuel des pilotes, que l’on sait que l’entreprise est en danger, on ne demande pas des revendications salariales aussi élevées. »
Vendredi soir, le président d’Air France et PDG d’Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac, a présenté sa démission au vu du résultat négatif d’une consultation du personnel de la compagnie sur les salaires, dont il était à l’origine. Son projet d’accord salarial pluriannuel mis sur la table pour mettre fin au conflit a été rejeté par 55 % des salariés ayant pris part au vote (80 % de participation). Le conseil d’administration d’Air France-KLM a demandé à Jean-Marc Janaillac d’assurer ses fonctions jusqu’au 15 mai, date à laquelle une gouvernance de « transition » doit être mise en place.

        Sur la démission du PDG :
         

          Le départ de Janaillac laisse le groupe sans plan de vol



Erosion de la mobilisation du personnel
La direction d’Air France prévoit d’assurer « près de 85 % » des vols lundi 7 mai, au 14e jour de grève, selon les chiffres communiqués dimanche 6 mai par la compagnie. Le groupe aérien vise 99 % de vols long-courriers lundi, 80 % des moyen-courriers au départ et à l’arrivée à l’aéroport parisien Roissy-Charles de Gaulle, et 87 % des court-courriers à Orly et en province. Il s’agit du taux d’annulations le plus bas enregistré depuis le début du mouvement pour les salaires en février, à égalité avec le 3 mai, où une érosion de la mobilisation du personnel avait aussi été constatée.
Selon la direction, le taux prévisionnel de grévistes pour lundi est de
14,2 % côté pilotes,18,1 % pour le personnel navigant commercial (hôtesses, stewards, chefs de cabine),10 % pour le personnel au sol.
A titre de comparaison, les pilotes étaient en grève à plus de 21 % vendredi et à près de 19 % le 3 mai. En février, mars et avril, leur participation a oscillé entre 27 % et 36 %.
Dans son communiqué, Air France a « déploré la poursuite de ces grèves, alors même que la période qui s’ouvre ne permet pas d’engager une quelconque négociation pour y mettre fin ».
Une quinzième journée de grève est programmée mardi par l’intersyndicale d’Air France, qui se réunit lundi après-midi pour décider des suites du mouvement, selon un participant.

        Lire l’éditorial du « Monde » :
         

          Référendum à Air France : une partie de poker perdant-perdant






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Le 10 mai est la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. L’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch explique pourquoi « les » abolitions se sont-elles étalées sur plus de cinquante ans.
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« En Occident, l’héritage de la longue histoire de l’esclavage, c’est le racisme anti-Noirs et l’importance de la couleur de la peau »

Le 10 mai est la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. L’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch explique pourquoi « les » abolitions se sont-elles étalées sur plus de cinquante ans.



Le Monde
 |    06.05.2018 à 10h00
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            

Catherine Coquery-Vidrovitch est historienne spécialiste de l’Afrique, professeure émérite de l’université Paris-Diderot. Elle vient de publier Les Routes de l’esclavage. Histoire des traites africaines, VIe-XXe siècle (Albin Michel, Arte éditions, 288 p., 19,50 €). Elle est la conseillère historique de la série de quatre films intitulés Les Routes de l’esclavage, qui est actuellement diffusée par la chaîne Arte.
Depuis 2006, le 10 mai est la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Pourquoi « les » abolitions se sont-elles étalées sur plus de cinquante ans ?
Le mouvement commence, au début du XIXe siècle, par l’abolition, non de l’esclavage lui-même, mais du commerce des ­esclaves, c’est-à-dire de la traite négrière. Le Danemark, qui est le premier pays à l’interdire en 1803, est suivi, en 1807, par la Grande-Bretagne. Contrairement à ce que l’on enseigne dans les écoles, la fin de la traite n’intervient pas lors du congrès de Vienne de 1815 : les grandes puissances occidentales se contentent, cette année-là, de s’engager à la supprimer dès qu’elles le pourront. En France, il faudra attendre 1831 pour que la traite soit vraiment abolie. Et la traite de contrebande restera active, jusqu’à la fin du XIXe siècle, entre le Brésil d’une part et l’Angola et le Mozambique d’autre part.

L’abolition de l’esclavage n’intervient que dans un second temps, à partir des années 1830. La Grande-Bretagne le supprime en 1833, la France en 1848. Vient ensuite le tour des Etats-Unis en 1865, de Cuba en 1880 et du Brésil en 1888. Mais l’esclavage se poursuit, après l’abolition, sous une forme déguisée. A la fin du XIXe siècle, les Français et les Britanniques faisaient ainsi signer à des travailleurs analphabètes recrutés en Afrique des contrats de trois ans aux termes desquels ils s’engageaient à partir travailler dans les anciennes colonies...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ La Sant Jordi est la fête du livre et de la Rose à Barcelone. L’occasion de rencontrer les écrivains catalans dont les interprétations de la réalité s’affrontent.
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L’indépendance divise les plumes catalanes

La Sant Jordi est la fête du livre et de la Rose à Barcelone. L’occasion de rencontrer les écrivains catalans dont les interprétations de la réalité s’affrontent.



Le Monde
 |    05.05.2018 à 13h00
    |

            Sandrine Morel (Barcelone, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Alors que les rues de Barcelone sont prises d’assaut par des dizaines de milliers de lecteurs et des centaines d’écrivains à l’occasion de la Sant Jordi, la fête du livre et de la rose, deux manières de voir la réalité catalane se font jour sur les stands des librairies et des maisons d’édition ce 23 avril. La tentative de sécession du mois d’octobre 2017, la mise sous tutelle de la région décrétée par le gouvernement espagnol et les peines de prison préventive prononcées contre les dirigeants indépendantistes ont creusé le fossé entre les auteurs catalans favorables à la sécession et les « constitutionnalistes », qui s’y opposent.
Javier Cercas, auteur des Soldats de Salamine (Actes Sud, 2002), est l’écrivain catalan le plus engagé contre l’indépendance : il multiplie les tribunes dans les médias internationaux. « M’engager me porte préjudice personnellement et professionnellement mais je n’ai pas su ne pas le faire, explique l’auteur, qui vit dans un village près de Gérone où flottent partout des drapeaux indépendantistes. J’ai été insulté dans la rue. J’ai perdu de nombreux amis. La situation était exceptionnelle, je percevais un risque d’affrontement civil. Les indépendantistes déversaient des tonnes de mensonges et le gouvernement espagnol était incompétent pour expliquer ce qui se passait. Je n’ai pas su me taire… »
Pour lui, il ne fait aucun doute que la Catalogne a subi un « coup d’Etat » lors de l’approbation polémique des lois de « déconnexion » des 6 et 7 septembre 2017, quand, par le biais d’une procédure urgente et exceptionnelle, les indépendantistes ont voté les lois de référendum et de « transition juridique » qui devaient poser les bases de la nouvelle République catalane.
« Il ne faut pas forcément des fusils pour faire un coup d’Etat, affirme l’auteur. Il suffit de voir l’exemple de Primo de Rivera [ancien dictateur espagnol de 1923 à 1930] ou de Fujimori [l’ancien...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Les Etats-Unis sont passés à l’offensive dans la lutte d’influence menée entre les deux pays par le biais de moyens économiques, analyse Nigel Gould-Davies, économiste et ancien diplomate britannique, dans une tribune au « Monde ».
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Les guerres commerciales de Trump : « Les nouvelles sanctions américaines à l’encontre de la Russie changent les règles du jeu »

Les Etats-Unis sont passés à l’offensive dans la lutte d’influence menée entre les deux pays par le biais de moyens économiques, analyse Nigel Gould-Davies, économiste et ancien diplomate britannique, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    05.05.2018 à 12h16
 • Mis à jour le
05.05.2018 à 16h12
    |

Nigel Gould-Davies (chercheur associé au programme Russie et Eurasie du Royal Institute of International Affairs (Chatham House, Londres)







                        



                                


                            

Tribune. Les Etats-Unis ont imposé le 6 avril les plus fortes sanctions économiques qu’ils aient prises à ce jour à l’encontre de la Russie. Ces nouvelles mesures marquent un tournant dans les relations américano-russes : l’Amérique est passée à l’offensive dans la longue lutte d’influence menée entre les deux pays par le biais de moyens économiques.
Depuis la fin de la guerre froide en 1991, l’Occident a d’abord essayé d’attirer la Russie au sein de l’économie mondiale. Au-delà de la recherche de nouvelles opportunités de commercer et d’investir, un calcul stratégique s’est imposé : l’entrée de la Russie dans la mondialisation serait susceptible de normaliser les relations entre les anciens blocs. La Russie deviendrait prospère et pacifique si elle était impliquée dans les institutions et les pratiques d’une économie de marché mondialisée. L’Occident était parvenu à contenir l’Union soviétique, il pouvait désormais (ré) intégrer la Russie.
« Mondialisation souveraine »
Mais Vladimir Poutine n’a seulement accepté qu’une partie de ce marché. Il a compris que la Russie pourrait bénéficier de l’économie mondiale, mais n’a pas l’intention de se plier à une vision occidentale de l’avenir de son pays. A l’inverse, le président Poutine a ajouté aux gains de l’engagement économique – avant tout, les exportations d’énergie et les investissements étrangers – sa propre vision d’un pouvoir autoritaire centralisé et d’une politique étrangère affirmée. A l’intérieur, il a instauré la « démocratie souveraine » – une forme de gouvernance démocratique, mais suspendue au contrôle de l’Etat. A l’étranger, il a déployé une « mondialisation souveraine » – c’est-à-dire l’interdépendance subordonnée à la puissance russe.

Cette approche a fonctionné pendant un temps. De 2000 à 2008, l’économie russe a doublé de volume, et la Russie a rejoint une kyrielle de clubs internationaux et a même présidé le G8 en 2006. En même temps, le système...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Pour Douglas Irwin, spécialiste du commerce, l’alternance entre politiques protectionnistes et libres-échangistes est, dans l’histoire des Etats-Unis, le résultat de l’évolution des rapports de force entre groupes d’intérêt.
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Les guerres commerciales de Trump : « C’est la politique qui mène la danse, pas l’économie »

Pour Douglas Irwin, spécialiste du commerce, l’alternance entre politiques protectionnistes et libres-échangistes est, dans l’histoire des Etats-Unis, le résultat de l’évolution des rapports de force entre groupes d’intérêt.



Le Monde
 |    05.05.2018 à 11h46
 • Mis à jour le
06.05.2018 à 06h40
    |

            Arnaud Leparmentier (New York, correspondant)








                        



                                


                            

Douglas Irwin est professeur à l’université Dartmouth (New Hampshire) et a publié un ouvrage de référence sur les guerres commerciales américaines (Clashing over Commerce, A History of US Trade Policy, 860 pages, The University of Chicago Press, 2017). Dans un entretien au « Monde », il replace la guerre commerciale menée par Donald Trump dans son contexte historique.
A écouter le discours de Donald Trump mais aussi celui de nombreux élus américains, les Etats-Unis donnent le sentiment d’être assaillis, et d’avoir des partenaires commerciaux inéquitables. Comment expliquer cette attitude ?
Ce sentiment d’être traité de manière inéquitable dans les relations commerciales remonte à la Révolution américaine. Avant l’Indépendance, nous nous plaignions que les Anglais ne nous traitaient pas équitablement. Mais après aussi, nous les avons accusés de maltraiter nos biens et nos navires marchands. En 1793, un rapport de Thomas Jefferson, alors secrétaire d’Etat, se plaint de ce que les puissances européennes ne traitent pas nos produits de manière favorable. Ces nombreux griefs ont disparu au cours du XIXe siècle, du fait que la Grande-Bretagne pratiquait le libre-échange et que les Etats-Unis n’étaient pas tellement impliqués dans le commerce mondial.
Mais depuis les années 1970, nous nous plaignons de nouveau beaucoup des politiques commerciales des autres pays. Et l’administration Trump porte ce contentieux à un niveau élevé, en affirmant qu’un déficit commercial est la preuve d’un accord commercial inéquitable. Cette interprétation est inexacte, car la véritable explication est, tout simplement, que les Américains consomment trop et n’épargnent pas assez. Et la politique de Trump, avec une forte baisse des impôts et une augmentation des dépenses publiques, va conduire à un accroissement des déficits budgétaire et commercial.
Guerre d’indépendance, guerre de Sécession, Grande...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ L’accord signé entre les deux Corées lors du sommet du 27 avril prévoit de « promouvoir une croissance économique équilibrée et la coprospérité ». Le budget alloué par le gouvernement sud-coréen à la coopération avec Pyongyang a augmenté de 78 %.
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Séoul prépare la future coopération économique avec la Corée du Nord

L’accord signé entre les deux Corées lors du sommet du 27 avril prévoit de « promouvoir une croissance économique équilibrée et la coprospérité ». Le budget alloué par le gouvernement sud-coréen à la coopération avec Pyongyang a augmenté de 78 %.



Le Monde
 |    05.05.2018 à 11h46
 • Mis à jour le
05.05.2018 à 14h29
    |

            Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)








                        



                                


                            

Souhaitée par Séoul et Pyongyang, la reprise de la coopération économique entre les deux Corées dépend de la dénucléarisation du Nord, condition à la levée des sanctions imposées par le Conseil de sécurité de l’ONU.

La dynamique amorcée par le sommet intercoréen du 27 avril à Panmunjom, dans la zone démilitarisée (DMZ), intensifie les réflexions sur ce sujet, l’un des trois objectifs de la politique nord-coréenne du président sud-coréen Moon Jae-in, avec la dénucléarisation et la paix, d’une part, et l’établissement de relations durables, d’autre part. Le dirigeant du Nord, Kim Jong-un, veut de son côté et conformément à ses engagements vite développer l’économie de son pays afin d’améliorer le quotidien de sa population.
Le texte signé à la fin du sommet prévoit « la mise en œuvre des projets décidés dans la déclaration du 4 octobre 2007, afin de promouvoir une croissance économique équilibrée et la coprospérité ». La déclaration d’octobre 2007 avait été adoptée lors du précédent sommet intercoréen, à l’époque de la politique de rapprochement dite « du rayon de soleil » (2000-2008). Elle n’a jamais été appliquée en raison du gel progressif des relations, qui a suivi le changement de majorité présidentielle au Sud, en 2008.
Industrie, transports et tourisme
« Différents scénarios et leurs financements sont à l’étude », a expliqué mercredi 2 mai le ministre des finances, Kim Dong-yeon. Le budget du gouvernement sud-coréen alloué à la coopération économique avec le Nord a été fixé en 2018 à 248 milliards de wons (192 millions d’euros), 78 % de plus qu’en 2017.

L’administration Moon promeut trois axes de développement dans la péninsule, formant un « H » sur la carte. L’industrie et la logistique seraient la priorité le long de la côte de la mer Jaune (Ouest). Le transport et l’exploitation des ressources seraient celle le long de la côte de la mer de l’Est (mer du Japon). Tout au long de la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Dans cette chronique, l’économiste Guillaume Bazot s’interroge, au moment ou le gouvernement abolit certaines taxes, s’attaque au statut des cheminots et augmente la CSG des retraités, sur les critères de « justice » qui accompagnent ces bouleversements sociaux.
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Réformes : « Comment choisir entre utilitarisme et justice sociale ? »

Dans cette chronique, l’économiste Guillaume Bazot s’interroge, au moment ou le gouvernement abolit certaines taxes, s’attaque au statut des cheminots et augmente la CSG des retraités, sur les critères de « justice » qui accompagnent ces bouleversements sociaux.



Le Monde
 |    05.05.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
05.05.2018 à 16h14
    |

Guillaume Bazot (Maître de conférences en histoire de la pensée et des faits économiques à l’université Paris-VIII)







                        



                                


                            
Recherches. Lorsque le gouvernement abolit l’« exit tax », supprime le statut des cheminots, augmente la CSG des retraités ou impose la sélection à l’entrée des universités, l’idée de « justice » influence notre manière d’appréhender les réformes. Mais sur quels critères nous basons-nous alors ?
Dans notre société, deux principes se font généralement face : l’utilitarisme et la justice sociale. L’utilitarisme a pour principe le meilleur usage possible des ressources. Une question récurrente lui est sous-jacente : un euro dépensé ici ne serait-il pas plus utile là ? Puisqu’une loi ou une taxe, par ses effets redistributifs, affecte le système productif, la consommation, les prix et les revenus, il peut être « utile », selon les circonstances, de réglementer une activité ou de taxer un groupe d’individus.

Comme l’explique Jean Tirole dans son livre Economie du bien commun (PUF, 2016), une réforme ne se justifie que par l’accroissement du bien-être qu’elle entraîne pour la population. C’est pour cette raison que l’Etat subventionne les activités de recherche-développement, encourageant ainsi la connaissance, l’innovation et la croissance, quand bien même cela augmenterait les rentes de certaines entreprises (par exemple pharmaceutiques). L’égalité n’est ici qu’un paramètre parmi d’autres, jamais une finalité.
Le « voile d’ignorance »
La justice sociale, elle, vise principalement l’équité. Elle traite de l’égalité des droits, de la solidarité, du mérite, voire de la « décence ». Mais le grand nombre de variables rend difficile l’émergence d’une règle de justice objective et universelle. Dans son ouvrage Théorie de la justice, paru en 1971 (traduit au Seuil en 1987), le philosophe américain John Rawls (1921-2002) propose une expérience de pensée simple et élégante pour résoudre ce problème.
Imaginons que l’ensemble des individus d’une société doive choisir les règles régissant son fonctionnement. Afin...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Douze experts prônent l’utilisation des techniques de géoingénierie pour tenter d’enrayer la hausse des températures, qui touche en premier lieu les pays du Sud. Des projets extrêmement périlleux.
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Des chercheurs de pays du Sud veulent voiler le Soleil

Douze experts prônent l’utilisation des techniques de géoingénierie pour tenter d’enrayer la hausse des températures, qui touche en premier lieu les pays du Sud. Des projets extrêmement périlleux.



Le Monde
 |    05.05.2018 à 11h00
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
Rapport d’étonnement. Voici venu le temps des « dilemmes lamentables ». L’humanité y est désormais acculée pour s’opposer au changement climatique. Douze chercheurs réputés des pays du Sud, dont un physicien du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évo­lution du climat (GIEC), nous en préviennent dans un ­article retentissant publié dans Nature le 3 avril.
Ils y font ce constat aussi effrayant qu’injuste : « Les gens du Sud sont en première ligne sur le front climatique. » La liste des calamités qu’ils subissent suit : « Tandis que les températures montent, le GIEC prévoit une érosion des petits Etats insulaires, une baisse de la production alimentaire dans de nombreuses régions d’Asie, un stress ­hydrique en Afrique, et une perte importante de la ­biodiversité en Amérique du Sud. »
Ces chercheurs avertissent : « Il y a une limite à ce que les populations menacées (…) peuvent endurer. » Pour elles, la situation a assez duré. Elles ne veulent plus que ce soit les pays du Nord, épargnés par ces fléaux alors qu’ils en sont en grande partie responsables, qui décident de la politique climatique globale et des recherches à mener. Elles n’ont plus confiance.
S’appuyant sur la dernière mise à jour du consortium d’organisations scientifiques Climate Action Tracker, les douze chercheurs assurent que « les réductions d’émissions de gaz à effet de serre ­convenues lors de l’accord de Paris [décembre 2015] ne sont pas suffisantes, et porteront le monde à une hausse des températures de 3 °C d’ici à 2100 ». Ce qui sera dévastateur pour le Sud. Dans ce contexte dramatique, ­l’atténuation rapide du changement climatique devient « cruciale » et l’adaptation, « essentielle » : il faut réfléchir à des solutions de « géoingénierie solaire », c’est-à-dire les techniques globales, agissant à très grande échelle, ­capables de modifier efficacement le système...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ La compagnie aérienne demeure nettement moins rentable que ses deux principales concurrentes européennes, Lufthansa et British Airways.
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Air France : le départ de Janaillac laisse le groupe sans plan de vol

La compagnie aérienne demeure nettement moins rentable que ses deux principales concurrentes européennes, Lufthansa et British Airways.



Le Monde
 |    05.05.2018 à 10h54
 • Mis à jour le
05.05.2018 à 11h01
    |

            Jean-Michel Bezat








                        



                                


                            

Jean-Marc Janaillac aura donc passé moins de deux ans à la tête d’une entreprise réputée comme l’une des plus difficiles à piloter. Nommé PDG d’Air France-KLM en juillet 2016, trois mois après la démission surprise d’Alexandre de Juniac dans un climat social délétère, il quitte la compagnie aérienne un an avant la fin de son mandat.

La société est en voie de redressement, même s’il constate qu’elle reste « nettement moins rentable » que ses deux principales concurrentes européennes, Lufthansa et British Airways, avec un résultat de 590 millions d’euros en 2017. Une situation qui explique son refus des exigences salariales des 46 700 salariés français (sur un total de 83 000) – à commencer par celles des 4 000 pilotes.
Venu du groupe de transport Transdev (Caisse des dépôts-Veolia), ce condisciple de François Hollande à HEC et à l’ENA (promotion Voltaire) avait repris le manche après une grève dure, de violentes manifestations et l’agression de deux cadres dirigeants. Fin 2015, les images de leurs chemises arrachées avaient fait le tour du monde. M. Janaillac était arrivé chez Air France-KLM auréolé de ses succès de démineur du dossier SNCM, la compagnie maritime corse en dépôt de bilan, et de redresseur de Transdev en 2012-2013.
Des gages donnés aux salariés
L’homme, dont on souligne volontiers la forte éthique, la liberté d’esprit et la détermination, avait une hantise : que faute d’un vigoureux plan de redressement et de développement, la compagnie tricolore ne subisse le sort d’Alitalia, dont le chiffre d’affaires a fondu avant qu’elle ne soit ballottée de plans sociaux en repreneurs. Dès novembre 2016, il avait présenté un projet d’entreprise baptisé « Trust Together » (« Avoir confiance ensemble »), pour « reprendre l’offensive » face à une concurrence de plus en plus féroce des compagnies à bas coûts et des géants du Golfe et d’Asie.

Il avait demandé des efforts de productivité aux salariés,...




                        

                        

