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Compte rendu

En Côte d’Ivoire, le RDR d’Alassane Ouattara pousse pour la création d’un parti unifié

Les formations de la coalition au pouvoir se réuniront-elles dans un seul mouvement ? Celle du président a adopté le projet. Ses alliés sont divisés.

Par                Haby Niakaté, à Abidjan (correspondance)



LE MONDE
              datetime="2018-05-07T18:03:27+02:00"

        Le 07.05.2018 à 18h03

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        Mis à jour le 07.05.2018 à 18h08






    
Le président ivoirien, Alassane Ouattara, lors du congrès extraordinaire de son parti, le Rassemblement des républicains, à Abidjan le 5 mai 2018.
Crédits : SIA KAMBOU / AFP


Le congrès du Rassemblement des républicains (RDR), la formation du président Alassane Ouattara, a entériné, le 5 mai, le projet de création d’un grand parti « unifié » avec ses alliés au pouvoir. Le chef de l’Etat, qui a fait de cette union politique un véritable cheval de bataille, a expliqué : « Depuis 2010, nous avons été ensemble et nous avons gouverné ensemble. Et c’est ce que je souhaite que nous puissions continuer de faire. […] Continuer de gouverner la Côte d’Ivoire ensemble, pas seulement jusqu’en 2020, mais au-delà de 2020. »
De quoi s’agit-il ? Pour s’imposer lors des élections présidentielles de 2010 et de 2015, le RDR d’Alassane Ouattara avait constitué avec quatre autres formations politiques – le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), l’Union pour la démocratie et pour la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI), l’Union pour la Côte d’Ivoire (UPCI) et le Mouvement des forces d’avenir (MFA), rejoints en 2016 par le Parti ivoirien des travailleurs (PIT) – une coalition, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Alliance que le chef de l’Etat souhaite aujourd’hui transformer en une seule et même formation, au sein de laquelle « aucun parti membre ne disparaîtra ».
Vainqueurs à l’applaudimètre
Point de véritables débats lors de ce congrès, encore moins de suspens ou de déclarations fracassantes. Il est tout de même possible d’en retirer quelques enseignements.
Tout d’abord, la capacité de mobilisation du RDR, après huit ans au pouvoir, reste très importante. Et si, comme à chaque congrès, les critiques relèvent que tout a été fait pour escorter le maximum de militants peu regardants venant de villes secondaires, force est de constater que le Palais des sports d’Abidjan était plein à craquer. Et que le ban et l’arrière-ban du parti avaient répondu présent.

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Deuxièmement, si ce congrès avait été un concours de popularité jaugée à l’applaudimètre, les deux vainqueurs auraient été – et de loin – Alassane Ouattara suivi du président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro. « Anecdotique », « insignifiant » pour certains, « révélateur des rapports de force en construction » pour d’autres. Soro, qui avait boycotté le congrès de septembre 2017 à la suite, notamment, du renvoi de leurs postes de plusieurs de ses proches, ne s’est toutefois pas exprimé publiquement.
« Pas une obligation »
Enfin, le flou règne encore sur les modalités de construction et sur les contours du futur parti unifié. Si le chef de l’Etat a demandé à la direction du RDR d’en « déposer » les textes fondateurs au ministère de l’intérieur, nul ne sait encore combien de formations politiques participeront finalement à l’aventure. « Le RHDP n’est pas une obligation, il se fera avec ceux qui le voudront », a toutefois ajouté Alassane Ouattara.
Si le PIT a adhéré au projet le 29 avril, les cadres de l’UPCI avaient, la veille, clairement rejeté toute idée de parti unifié. L’UDPCI et le MFA tiendront leur congrès dans les jours à venir pour se prononcer sur la question. Reste le cas du PDCI, l’autre poids lourd (avec le RDR) de la coalition, qui n’a encore annoncé ni congrès ni convention spécifique pour la ratification des textes du futur parti. Un congrès qui s’avérerait risqué, tant les cadres de cette formation semblent aujourd’hui divisés sur la question.

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Et ce n’est pas l’annonce, faite en filigrane lors de ce congrès du 5 mai par le président Ouattara, de primaires au sein du futur parti en vue de la présidentielle de 2020 qui favorisera le mariage tant attendu avec le PDCI. Bien au contraire. La formation de l’ancien chef de l’Etat Henri Konan Bédié tient mordicus à choisir en interne son propre candidat et compte bien voir ses alliés se ranger derrière lui, comme ce fut le cas pour Alassane Ouattara lors des deux précédents scrutins présidentiels.
Le processus de création du parti unifié est « irréversible » titrait fièrement le magazine du RDR, distribué dans les allées du congrès. Pas sûr que tous les alliés en aient la même lecture…


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-2"> ¤ Le Courant du futur a remporté 21 sièges lors des élections législatives de dimanche 6 mai, contre 33 lors du précédent scrutin, en 2009.
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Liban : le mouvement du premier ministre, Saad Hariri, perd un tiers de ses sièges au Parlement

Le Courant du futur a remporté 21 sièges lors des élections législatives de dimanche 6 mai, contre 33 lors du précédent scrutin, en 2009.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 17h22
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 18h28
   





                        



   


Le mouvement du premier ministre libanais, Saad Hariri, a perdu un tiers de ses sièges lors des élections législatives de dimanche 6 mai. Le Courant du futur disposera de vingt et un députés dans le nouvel hémicycle, contre trente-trois sièges dans le Parlement sortant, a annoncé lundi le premier ministre.
« Nous avions parié sur un meilleur résultat et sur un bloc plus large », a reconnu M. Hariri, justifiant ce recul en critiquant notamment l’adoption d’une nouvelle loi électorale en 2017. « Le problème de cette loi électorale, c’est que plein de gens ne l’ont pas comprise. »
La nouvelle loi, qui introduit pour la première fois un mode de scrutin proportionnel, a laissé perplexes bien des électeurs, parfois obligés de choisir parmi des listes électorales alliant leurs candidats favoris à des partis qu’ils ne soutiennent pas.
Lourdes pertes
Le partage du pouvoir au Liban entre les différentes communautés religieuses empêche la suprématie d’un seul parti ou d’une communauté au sein de l’Assemblée. Mais le grand rival de M. Hariri, le mouvement chiite Hezbollah, un des principaux alliés de l’Iran au Moyen-Orient, semble en passe de confirmer son emprise sur la scène politique libanaise. Selon des résultats préliminaires et des projections fournies par des médias locaux, le Hezbollah et ses alliés ont remporté un peu plus de la moitié des sièges au Parlement.
Le Hezbollah s’est réjoui lundi d’une « grande victoire morale et politique pour la résistance ».  « Nous pouvons dire aujourd’hui (...) que l’objectif a été réalisé », a déclaré Hassan Nasrallah, secrétaire général de l’organisation, lors d’un discours retransmis à la télévision.

        Lire l’article de notre correspondant :
         

          Au Liban, le camp pro-Hezbollah sort renforcé des élections législatives



Malgré ces lourdes pertes, Saad Hariri apparaît le mieux placé pour former le prochain gouvernement, son parti constituant le plus important bloc à la Chambre des députés, qui compte cent vingt-huit sièges. Le Courant du futur devrait en effet conserver la tête de la communauté sunnite, ce qui offre à M. Hariri la possibilité d’être reconduit à ce poste — réservé à un sunnite en vertu du système confessionnel libanais.
Le scrutin de dimanche a également été marqué par un faible taux de participation (49,2 %) dans un pays où la corruption et le népotisme imputés à la classe politique font régner un certain désenchantement au sein de la population.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-3"> ¤ Un an après son arrivée au pouvoir, comment Emmanuel Macron est-il perçu à l’étranger ? Tour d’horizon, de la Scandinavie au Brésil en passant par la Chine.
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A Pékin, Macron est une vedette… et un dirigeant européen de plus

Un an après son arrivée au pouvoir, comment Emmanuel Macron est-il perçu à l’étranger ? Tour d’horizon, de la Scandinavie au Brésil en passant par la Chine.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 16h51
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 17h46
    |

            Brice Pedroletti (Pékin, correspondant)








                        



   


« S’organiser » avec l’Australie et l’Inde pour obtenir de la Chine « un respect total » de la réciprocité dans les relations économiques et commerciales avec Pékin, et garantir la liberté de circulation navale et aérienne dans la zone indo-pacifique. Le nouvel axe Paris-Delhi-Canberra évoqué par le président Emmanuel Macron lors de sa visite en Australie, début mai, pour « préserver un développement qui repose sur des règles » et éviter une « hégémonie » n’a pas laissé indifférent le principal intéressé.
Pékin a vivement réagi, par la voix du Global Times, le quotidien qui fait office de porte-parole nationaliste de la diplomatie chinoise. Dans son éditorial du 3 mai, il affirme que « la seule explication, c’est que la France est en déclin, et sa diplomatie devient donc opportuniste ». Macron, conclut l’éditorial, « s’est livré à de petites mesquineries dans son discours en Australie ». Bref, une première remontrance qui a valeur d’avertissement pour M. Macron, dont le nom en chinois, Ma-ke-long, signifie « le cheval qui dompte le dragon ».
L’expression avait marqué les esprits lors de la visite d’Etat en Chine du président français du 8 au 10 janvier. D’autant plus qu’Emmanuel Macron avait choisi d’offrir à son hôte, le président chinois, Xi Jinping, un cheval de la garde républicaine, évoquant ainsi la diplomatie du panda que Pékin déploie à l’envi pour entretenir l’illusion d’avoir partout des pays amis.

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                Macron en quête de réciprocité pour sa visite en Chine



Tout un symbole : les pandas chinois sont chèrement loués à ceux qui les accueillent. Vésuve de Brekka, le hongre offert par la France, était, lui, accompagné d’un ensemble d’obligations contractuelles pour s’assurer que son nouveau propriétaire en prenne soin dans les règles.
La perception de M. Macron par l’opinion publique chinoise fut alors plutôt positive, tant les Chinois sont friands de vedettes politiques – ils avaient fait la fête à Justin Trudeau quelques mois auparavant.
Les leaders communistes sont ternes, même si Xi Jinping est le premier à être apprécié pour sa prestance, l’image de confiance en soi qu’il projette partout où il se rend, et pour son épouse glamour. Le président français fut donc un spectacle médiatique : un homme jeune, brillant, avec une histoire de couple peu commune, qui a fasciné en Chine comme ailleurs.
Pour le reste, il demeure aux yeux des commentateurs à la solde de la propagande un président européen de plus, qui se débat fébrilement pour tenter d’enrayer le déclin de la vieille Europe et de raviver une économie française pour laquelle les dirigeants chinois ne donneraient pas cher. Pékin n’en a pas moins pris note du message de fermeté qu’il a tenu à faire passer lors de sa visite, et, depuis, chaque fois qu’il en a l’occasion, souvent de concert avec Angela Merkel, sur les questions de réciprocité économique et commerciale avec la Chine.
M. Macron apparaît sans doute à cet égard aux yeux du pouvoir chinois moins inconséquent que Nicolas Sarkozy, et beaucoup plus dur en affaires que François Hollande. Pékin, selon les vieux routiers de la diplomatie avec la Chine, est surtout attentif aux rapports de force. Or, les deux facteurs que sont le Brexit et le chaos trumpien renforcent l’importance de la France comme interlocuteur de choix.

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Sur les questions touchant à l’Empire céleste, la presse chinoise peut se faire vengeresse, ou rester discrète. Lors de sa visite d’Etat à Washington, fin avril, M. Macron a évoqué l’idée d’une médiation française entre le dalaï-lama et la Chine. « Si la France peut être utile pour régler la situation entre le dalaï-lama et son peuple, et la Chine, je ferai de mon mieux », a lancé le président français lors d’une discussion avec des étudiants d’une université de Washington.
Une proposition saugrenue pour Pékin, qui n’a aucune intention de laisser un pays européen se mêler des affaires tibétaines. Mais M. Macron avait pris soin d’écarter toute rencontre avec le chef religieux tibétain en France, car « cela créera [it] une crise avec la Chine ». Le pouvoir chinois s’est sans doute discrètement félicité que la leçon infligée presque dix ans auparavant au président Sarkozy ait servi à quelque chose. L’entretien de ce dernier avec le dalaï-lama en Pologne, en décembre 2008, malgré l’opposition de Pékin, avait provoqué un gel des relations franco-chinoises de haut niveau et des appels au boycott en tout genre, notamment de Carrefour. Mais c’était sans compter sur l’axe Paris-Delhi-Canberra…

Emmanuel Macron vu d’ailleurs
Le Monde publie une série d’articles pour analyser la perception du président français hors de l’Hexagone :

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-4"> ¤ Plébiscité aux Etats-Unis tant par les démocrates que par les républicains, le président français est loin de faire l’unanimité ailleurs.
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Un an après son arrivée au pouvoir, comment Emmanuel Macron est-il perçu à l’étranger ?

Plébiscité aux Etats-Unis tant par les démocrates que par les républicains, le président français est loin de faire l’unanimité ailleurs.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 16h13
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 16h56
    |

                            service international








                        



   


Le président français, Emmanuel Macron, affirme vouloir assurer le retour de la France sur la scène européenne et internationale, multipliant les symboles, les initiatives et les visites d’Etat. Un an après son arrivée au pouvoir, il continue de susciter l’intérêt et ne passe jamais inaperçu, sans pour autant convaincre totalement dans les pays dans lesquels il s’est rendu.
Des démocrates à Trump, Macron fait l’unanimité aux Etats-Unis
Le président français a pris le pas sur Theresa May et Angela Merkel auprès de Washington.
Macron agace à Moscou, mais le Kremlin le ménage
Le gouvernement s’insurge contre les accusations du président français sur le rôle de la Russie en Syrie, mais M. Macron est choyé en tant qu’interlocuteur non hostile en Europe.
A Pékin, Macron est une vedette… et un dirigeant européen de plus 
La visite du président français en Chine, en janvier, a laissé l’image d’un chef d’Etat ferme et brillant, mais pesant peu en regard de la superpuissance asiatique.
En Europe centrale, les perceptions contrastées du macronisme
Le président français partage avec le chancelier autrichien l’inspiration libérale et la fermeté en matière migratoire. Mais sa défense de l’UE heurte les souverainistes, notamment en Hongrie.
En Scandinavie, le malentendu sur le projet macronien perdure
L’arrivée au pouvoir du président français a entraîné un regain d’intérêt pour la France dans les pays scandinaves.
En Allemagne, « l’effet Macron » et ses limites
Les réformes économiques et l’engagement européen du président français séduisent outre-Rhin, même si son style monarchique et autoritaire suscite des interrogations.
Ciudadanos profite de l’effet Macron pour bousculer l’Espagne
Madrid soutient les projets du président français sur la scène européenne.
Macron a dérobé aux Britanniques leur « relation spéciale » avec les Etats-Unis
Au milieu des incertitudes provoquées par le Brexit, le Royaume-Uni continue d’admirer le « leader français le plus jeune depuis Napoléon ».
Le Brésil cherche son Macron tropical
L’accession à l’Elysée d’un candidat jugé novateur a séduit la bourgeoisie libérale brésilienne, qui voudrait son équivalent.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-5"> ¤ C’est la jeunesse de la capitale sénégalaise, politisée, effervescente, ouverte sur le monde, qui a donné le coup d’envoi de la mobilisation.
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Chronique

Mai 68 à Dakar, chronique d’une époque fébrile

C’est la jeunesse de la capitale sénégalaise, politisée, effervescente, ouverte sur le monde, qui a donné le coup d’envoi de la mobilisation.

Par                                            Francis Kpatindé




LE MONDE
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        Le 07.05.2018 à 15h11

     •
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        Mis à jour le 07.05.2018 à 17h56






    
En 1968, la mobilisation des étudiants sénégalais et ouest-africains de l’université Dakar secoue une société où la présence de l’ancien colonisateur était encore très prégnante.
Crédits : DR


L’époque était épique et à la fois arachnéenne et tumultueuse. C’était le temps des coiffures afro, des premiers pantalons « pattes d’ef », l’âge d’or de la soul et du rhythm and blues, l’apogée de la génération des « matinées » et des « soirées », termes utilisés, de Dakar à Brazzaville, pour désigner les boums, selon qu’elles se terminent à 20 heures pétantes ou aux aurores. James Brown donnait alors puissamment de la voix, en guise de prélude à son immortel Say it Loud – I’m Black and I’m Proud, disponible dans les bacs à partir d’août 1968. Aretha Franklin, Wilson Pickett et, surtout, Otis Redding, disparu précocement dans un crash aérien en décembre 1967, lui répondaient en un écho à l’intonation plus suave. Les plus intellos préféraient de loin l’immense John Coltrane, mort cinq mois avant Otis, à un âge – 41 ans – où tout est encore possible.
Nous étions jeunes, très jeunes, collégiens, lycéens ou étudiants à Dakar, Ouagadougou, Cotonou, Niamey ou Bangui. Nous étions nourris confusément de l’esprit de Bandoung, qui porta le mouvement des non-alignés sur les fonts baptismaux. Et initiés tôt à la rhétorique révolutionnaire et aux rudiments de l’agitprop. Nous avions lu, parfois dans des bréviaires empruntés à la bibliothèque du centre culturel français, Sartre, Marcuse, Fanon, Ralph Ellison et son remarquable Invisible Man, Stokely Carmichael, inventeur et icône du Black Power, dont je ferais la connaissance, bien plus tard, lorsqu’il résidera en Guinée sous une nouvelle identité doublement évocatrice : Kwame Ture.
Des nouvelles du Vietnam et d’Amérique du Sud
Bien évidemment, nous avions assimilé des bribes de Marx, d’Engels, de Mao et du Che. Et nous buvions sans retenue, l’oreille vissée au transistor, les discours-fleuves de Castro et d’Ahmed Sékou Touré sur Radio Habana Cuba et sur Radio-Conakry, en ondes courtes. Renversé deux ans plus tôt par un putsch que l’on disait ourdi par les « impérialistes » américains, Kwame Nkrumah, artisan du panafricanisme et père de l’indépendance du Ghana, était en exil à Conakry. La dépouille de Martin Luther King, assassiné le 4 avril 1968 à Memphis, était encore toute chaude.
Nous n’avions pas la télévision, mais étions très friands des nouvelles venues d’ailleurs, surtout des ghettos américains, des maquis du Vietnam et d’Amérique du Sud. « La contestation de la culture occidentale a permis aux gens de notre génération de brûler les stars de la musique et du show-biz d’aliénation des années 1960 popularisées par le magazine Salut les copains », analyse joliment le sociologue Mamadou Wane, dit Mao, l’un des enragés de Dakar en 1968. « C’était la fin des modèles d’importation imposés comme Johnny Hallyday et Brigitte Bardot. Ils ont été remplacés par les héros de la Révolution cubaine, de la Longue Marche de Mao, de la Révolution vietnamienne, par Kwame Nkrumah, Frantz Fanon, Patrice Emery Lumumba, Amilcar Cabral et les dirigeants de l’Union des populations du Cameroun… »
C’est dans cette atmosphère que Mai 68 déferla, tel un tsunami, sur une partie des Etats d’Afrique anciennement colonisés par la France et la Belgique. Riche en promesses, secouant les cocotiers, réveillant des foules sentimentales, bousculant des sociétés qui peinaient à sortir du joug colonial et révélant de nouveaux leaders. Dakar servira de laboratoire d’où partira, comme une traînée, l’embrasement.
La moitié d’une bourse
Tout commence un jour d’octobre 1967, le 19 précisément, après une malheureuse décision prise par la commission des allocations scolaires de ne plus verser que dix mois de bourse universitaire, alors qu’une année en compte douze, et d’instaurer un système d’attribution à géométrie variable pour faire face à l’augmentation exponentielle du nombre d’étudiants. Selon la nouvelle répartition, environ 40 % des étudiants recevraient une bourse entière, 30 % les deux tiers, et 27 % la moitié. Deux décisions jugées inacceptables par des étudiants dont les émoluments servent, avant tout, à entretenir une fratrie pléthorique. C’est l’élément déclencheur de Mai 68, une bronca que Mamadou Wane qualifie, aujourd’hui encore, de « plus grand mouvement politique et social de l’histoire du Sénégal ».

Les grandes dates du Mai 68 sénégalais
19 octobre 1967 : Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal indépendant, décide de fractionner les bourses estudiantines, qui ne seront plus versées que dix mois sur douze.18 mai 1968 : L’Union démocratique des étudiants sénégalais (UDES) lance une grève d’avertissement à l’université de Dakar.24 mai 1968 : L’UDES opte pour une grève illimitée à partir du 27 mai.27 mai 1968 : L’université est occupée par les étudiants.29 mai 1968 : Les forces de l’ordre investissent l’université et en délogent les étudiants. Les Sénégalais sont arrêtés et internés dans des casernes, les étrangers expulsés. Face à la répression, des syndicats de travailleurs appellent à la grève.31 mai 1968 : Le mouvement s’étend à l’ensemble des grandes villes. A Paris, la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) occupe l’ambassade du Sénégal.4 juin 1968 : Ouverture des négociations entre le gouvernement et la confédération syndicale des travailleurs. Le 9 juin, les étudiants et syndicalistes arrêtés sont libérés.6 septembre 1968 : Ouverture officielle des négociations entre le gouvernement et l’UDES. Les accords sont signés le 14 septembre. L’université de Dakar rouvre ses portes, les bourses sont revalorisées, les examens sont organisés avec pour règle l’admission automatique de l’ensemble des candidats. Les étudiants étrangers expulsés sont autorisés à revenir au Sénégal.


Le pays n’était pas encore la terre de pluralisme que nous connaissons aujourd’hui. A sa tête, pendant ces mois de braise, un président omnipotent, Léopold Sédar Senghor, doux poète, pour les uns, politicien retors pour les autres, inventeur de la « négritude » avec le Martiniquais Aimé Césaire et le Guyanais Léon-Gontran Damas, normalien, agrégé de grammaire et futur académicien quai de Conti, à Paris. Le Sénégal des années 1960, c’était aussi un parti dominant, l’Union progressiste sénégalaise (UPS), une radio qui s’apparentait à la voix de son maître, un quotidien national, Dakar-Matin, un Parlement monocolore. Et une présence prégnante de l’ancien colonisateur dans la vie politique, économique et académique.
La fronde universitaire, qui a démarré le 19 octobre 1967, culminera le 29 mai 1968 avec l’expulsion par les étudiants du recteur, des enseignants non grévistes et du personnel administratif, et l’intervention musclée des forces de l’ordre dans l’enceinte de l’établissement. Le bilan des affrontements est lourd : un mort et 69 blessés selon les autorités, quatre décès et près de 400 blessés selon les insurgés. Plusieurs centaines d’étudiants sénégalais arrêtés sont conduits aux camps militaires Mangin et Archinard, à Dakar. Plus de 1 000 de leurs camarades ouest-africains sont, eux, expulsés par avion vers leur pays d’origine. L’université de Dakar est fermée.
Héros d’antan
Par solidarité, les travailleurs, lycéens, collégiens et écoliers entrent dans la danse. C’est la grève générale. La violence se déplace rapidement vers les quartiers populaires. Le régime est ébranlé et Senghor semble en passe de perdre la partie. C’était mal le connaître. Il faudra néanmoins attendre septembre 1968 pour qu’un compromis politique et syndical soit trouvé et que Dakar renoue avec un peu de quiétude.
Cinquante ans après, que sont devenus les héros d’antan, ceux-là même qui, selon la formule du sociologue Mamadou Wane, « ont payé l’impôt générationnel pour que vivent la démocratie, la justice sociale et le développement partagé » ? Certains ont disparu des radars. Les uns ont troqué le col Mao contre un costume trois pièces de banquier. D’autres ne sont plus de ce monde, comme Mahtar Diack, devenu après Mai 68 un brillant professeur de philosophie à l’université de Dakar. Moussa Kane, lui, a glissé de la quête révolutionnaire vers le mouridisme, philosophie de la plus influente des confréries musulmanes du Sénégal.
Après avoir occupé les fonctions de secrétaire général adjoint de la présidence de la République sous Abdoulaye Wade, l’ancien leader de l’Union démocratique des étudiants sénégalais (UDES) Mbaye Diack se trouve désormais à la tête d’une petite formation politique d’opposition au président Macky Sall. Ex-fonctionnaire de l’Unicef, Mamadou Wane, dit Mao, connaît une retraite active, consacrée à la défense des enfants des rues. Et, après avoir été enseignant, plusieurs fois ministre, député et responsable onusien au Mali puis en Afrique centrale, Abdoulaye Bathily a été envoyé au chevet de Madagascar, début mai, par le secrétaire général des Nations unies…





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La mort d’André Tarallo, ex-numéro 2 d’Elf

L’ancien directeur des affaires africaines de la compagnie pétrolière avait été condamné en appel à sept ans d’emprisonnement pour abus de biens sociaux et recel aggravé il y a treize ans.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 15h10
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 15h35
    |

            Pascale Robert-Diard








                        



                                


                            

Le souvenir est intact de cette minute où, du fond de la salle d’audience, deux gendarmes ont remonté la travée et pris place de part et d’autre d’André Tarallo. L’ancien directeur des affaires africaines d’Elf et véritable numéro deux de la compagnie pétrolière venait d’être condamné à quatre ans d’emprisonnement ferme et 2 millions d’euros d’amende dans cette gigantesque affaire de détournement de fonds – évaluée à 305 millions d’euros – que l’on appelait alors « le casse du siècle ».
Dans un silence de sépulcre, le président Michel Desplan avait annoncé que le tribunal décernait contre lui un mandat de dépôt, qui valait arrestation immédiate. C’était le 12 novembre 2003 et pour la première fois de sa vie, à 76 ans, André Tarallo allait rejoindre la cellule d’une prison, à Fresnes. Des trois principaux prévenus – les autres étant l’ancien président d’Elf Loïk Le Floch-Prigent, le conseiller aux affaires spéciales et célèbre fugitif Alfred Sirven –, André Tarallo était le seul à comparaître libre et à n’avoir jamais été placé en détention provisoire.
Le « Foccart du pétrole »
Moins de deux mois plus tard, André Tarallo était remis en liberté pour « raisons de santé », les médecins qui l’avaient examiné assurant que les problèmes cardiaques dont il souffrait nécessitaient une « opération d’urgence ». En octobre 2004, pour « raisons médicales » toujours, il était absent au procès en appel de l’affaire Elf, où sa peine avait été alourdie et portée à sept ans d’emprisonnement.
Mais l’ancien camarade de promotion de Jacques Chirac à l’ENA, ami intime de l’ancien président du Gabon Omar Bongo et du président de la République du Congo Sassou-Nguesso, ne devait plus jamais retourner en prison. Il s’est éteint le 24 avril à Paris, à 92 ans et a été inhumé le 2 mai dans son île natale, à Bonifacio.
Surnommé le « Foccart du pétrole » (le « Monsieur Afrique » des présidents de Gaulle et Pompidou), André Tarallo a...




                        

                        


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Point de vue

« La Tunisie a besoin de renforcer son consensus politique et de l’élargir au domaine économique »

Pour deux chercheurs de l’International Crisis Group, les résultats des municipales pourraient être source d’instabilité en cas de déséquilibre dans la coalition au pouvoir.

Par                Michael Béchir Ayari et Issandr El Amrani



LE MONDE
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        Le 07.05.2018 à 15h04

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        Mis à jour le 07.05.2018 à 15h30






    
Vote à Kasserine, dans le centre de la Tunisie, le 6 mai 2018.
Crédits : HATEM SALHI / AFP


Tribune. Les résultats du premier scrutin municipal libre et concurrentiel depuis l’indépendance de la Tunisie (en 1956), qui s’est tenu le 6 mai, auront valeur de test pour les deux principaux partis de la coalition au pouvoir depuis 2014, Nidaa Tounès (nationaliste) et Ennahda (islamiste), et pour leur stratégie d’alliance gouvernementale et parlementaire. Un désaveu ou un trop grand déséquilibre entre les deux inaugurerait une nouvelle période d’instabilité politique, en amont des élections législatives et présidentielle de 2019. Or, pour faire face aux menaces qui pèsent sur sa transition démocratique, le pays a besoin de renforcer son consensus politique et de l’élargir au domaine économique.

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Même si le citoyen ordinaire s’est peu passionné pour la campagne électorale – le taux de participation n’a été que de 33,7 % –, exprimant sa défiance grandissante à l’égard de la classe politique, ce scrutin demeure fondamental sur bien des aspects. Son enjeu réside moins dans la désignation de près de 7 300 conseillers municipaux que dans la recomposition politique nationale qu’engendrerait un vote sanction contre Nidaa Tounès et Ennahda au profit des listes « indépendantes », doublé d’un faible score de Nidaa Tounès.
Le spectre d’une hégémonie
En effet, si le parti islamiste peut se targuer de disposer d’un réservoir important de fidèles militants, c’est loin d’être le cas de Nidaa Tounès, construit sur le tard et affaibli par ses conflits internes. Une mauvaise performance électorale relative de ce dernier risquerait d’accroître de manière sensible les tensions politiques.
Tout d’abord, si une partie de ces listes « indépendantes » est composée de militants et de sympathisants de Nidaa Tounès, d’Ennahda ou de jeunes « révolutionnaires » issus du soulèvement de janvier 2011, une autre réunit d’ex-responsables locaux du parti de l’ancien régime dissous en 2011, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD). Beaucoup de ces « RCDistes » avaient rejoint Nidaa Tounès en 2013-2014, alors que la formation se positionnait en héritière du courant « destourien » – lequel revendique l’héritage du premier président de la Tunisie indépendante, Habib Bourguiba –, mais en ont été écartés au fil de ses querelles intestines.

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En cas de percée au sein des conseils municipaux, ces « RCDistes » pourraient de nouveau renforcer les rangs de Nidaa Tounès dans le cadre de la préparation des prochains rendez-vous électoraux. En échange de leur contribution, ils demanderaient l’éviction de plusieurs membres de l’actuelle direction nationale du parti, à laquelle appartient notamment Hafedh Béji Caïd Essebsi, le fils du président Essebsi, qu’ils estiment responsables de sa crise endémique. Ceci engendrerait de fortes tensions internes qui rejailliraient sur la scène politique nationale et locale.
En outre, un score trop élevé d’Ennahda par rapport à Nidaa Tounès augmenterait de manière sensible le pouvoir de négociation du parti islamiste au sein de l’alliance gouvernementale. Ceci ressusciterait le spectre d’une hégémonie « Frères musulmans » dans un contexte de polarisation régionale autour de la question de « l’islam politique » et des pays qui le soutiennent, comme le Qatar ou la Turquie, et stimulerait les forces politiques les plus hostiles à l’alliance entre islamistes et nationalistes.
Véritable confrontation
Enfin, un faible score de Nidaa Tounès affaiblirait politiquement le président de la République et le chef du gouvernement, Youssef Chahed, lequel a fait campagne au profit de cette formation. L’Union générale tunisienne du travail (UGTT), la principale centrale syndicale, encouragée dans ses revendications salariales par l’éventuel revers électoral de ce parti, rouvrirait les hostilités, demandant, comme son secrétaire général l’a affirmé il y a peu, un remaniement ministériel profond voire « le changement du capitaine du navire ». Avec un Fonds monétaire international (FMI) décidé à ne plus jouer le jeu de « l’exception tunisienne » et fermement opposé à toute augmentation de la masse salariale – laquelle pèse près de la moitié du budget de l’Etat –, l’épreuve de force pourrait se changer en véritable confrontation.

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Néanmoins, les dirigeants de Nidaa Tounès et d’Ennahda ont prévu ces scénarios pessimistes et l’arrangement entre les deux partis, déjà à l’œuvre, pourrait se poursuivre. En amont, des militants d’Ennahda ont fait campagne pour Nidaa Tounès dans certaines localités et les négociations sur la composition des futurs conseils municipaux ont commencé. En aval, la désignation des maires parmi les têtes de listes élues sera l’occasion pour ces deux formations de mettre à l’épreuve leur coalition : isoler les listes véritablement « indépendantes » et se partager la direction des grands centres urbains (Tunis, Sfax, Sousse, Kairouan) afin d’élargir leurs réseaux clientélistes en prévision des scrutins de 2019.
De l’équilibre entre ces deux forces politiques dépend la négociation sur des dossiers clés de la transition démocratique, comme la composition de la future Cour constitutionnelle, les modalités de la poursuite de la justice transitionnelle ou l’éventuel changement de la loi électorale dans le cadre des scrutins législatifs et présidentiel de 2019. Un Nidaa Tounès affaibli sur le plan électoral serait tenté d’adopter une attitude plus agressive à l’égard de son partenaire concurrent, Ennahda, en récupérant la frange du courant « destourien » qui abhorre le pacte actuel avec le parti islamiste.
Un jeu stérile
Le scénario d’une abstention modérée et d’un score honorable et équilibré de ces deux partis – option qui ne semble a priori pas se confirmer – aurait permis de maintenir la stabilité au risque, à moyen terme, de creuser davantage le fossé entre citoyens et élites politiques, lesquelles sont perçues comme responsables de la montée de la corruption, de la baisse du pouvoir d’achat et de la dégradation des services publics.

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A l’inverse, un choc électoral encourageant la recomposition du paysage politique national redonnerait espoir à nombre d’habitants des municipalités déshéritées. Ceux-ci affirment, en effet, que l’establishment actuel est impuissant face aux défis économiques et sociaux : désenclavement des gouvernorats de l’intérieur du pays, déblocage des projets de développement, intégration d’une partie du secteur informel dans le secteur formel, émergence d’élites locales issues des régions marginalisées, etc. Mais, dans le même temps, ce choc électoral pousserait la Tunisie vers l’inconnu.
Quant au scénario d’une victoire des listes « indépendantes » non contrôlées par Nidaa Tounès et Ennahda, et d’un vote sanction à l’égard des partis, notamment Nidaa Tounès, il ne peut être écarté. La politique ne passionne plus. La majorité de la population assimile les joutes partisanes à un jeu stérile. Elle semble tout autant désillusionnée des promesses engendrées par le « printemps arabe » que nostalgique d’un Etat fort que la chute de l’ancien régime et l’égocentrisme des politiciens lui auraient fait perdre.
Démocratie atone et fragilisée
La tenue de ces élections municipales montre une fois de plus le paradoxe du succès relatif de la Tunisie par rapport aux autres pays touchés par le « printemps arabe » : démocratie, oui, mais atone et fragilisée par le marasme économique et la perspective de l’ébranlement de l’un des piliers de la coalition au pouvoir. Cette contradiction pourrait s’exacerber à l’issue des rendez-vous électoraux de 2019. Car le consensus politique cache un conflit économique profond qui a pour enjeu l’accaparement des postes clés de l’administration permettant de contrôler l’accès au financement bancaire et à l’économie formelle.

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Comme nous l’avons montré, il y a un an, ce compromis a peu de sens tant qu’il n’est pas étendu aux acteurs économiques les plus influents du secteur formel et informel afin de faciliter les réformes visant à ouvrir l’accès au crédit et à l’entreprenariat à davantage de Tunisiens et donc à favoriser la création de richesses.
Pourra-t-il s’accommoder d’une nouvelle phase de polarisation politique sur fond de dégradation des fondamentaux macroéconomiques ? La probabilité d’une rechute dans une gouvernance autoritaire dépend peut-être de la réponse à cette question.
Michael Béchir Ayari est analyste principal d’International Crisis Group (ICG) pour la Tunisie. Issandr El Amrani est directeur du projet d’ICG pour l’Afrique du Nord.


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Décryptage

Le médiateur de l’ONU à Madagascar pour sortir de la crise

L’opposition réclame de départ du président de la République dans un contexte de corruption et de pauvreté croissante.

Par                Laure Verneau (Antananarivo, contributrice Le Monde Afrique)



LE MONDE
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        Le 07.05.2018 à 14h52

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        Mis à jour le 07.05.2018 à 15h00






    
Manifestation syndicale à l’occasion du 1er mai 2018 à Antananarivo.
Crédits : AFP


Alors que Madagascar entre dans sa troisième semaine de crise ouverte entre le président Hery Rajaonarimampianina et l’opposition, le médiateur désigné par le secrétaire général des Nations unies, Abdoulaye Bathily, est arrivé dimanche 6 mai à Antananarivo. Il doit rencontrer toutes les parties dans un contexte tendu de manifestations quasi quotidiennes dans le centre de la capitale. Celles-ci rassemblent entre quelques centaines et quelques milliers de personnes. La mort d’au moins deux manifestants et dix-sept blessés lors de la première manifestation interdite par le pouvoir, le 21 avril, ont fait basculer la contestation politique contre les nouvelles lois électorales adoptées en vue de l’élection présidentielle de décembre en mouvement pour la démission du chef de l’Etat.
Une crise institutionnelle
La Haute Cour constitutionnelle (HCC) a partiellement donné raison à l’opposition jeudi 3 mai en annulant certaines dispositions des lois électorales adoptées un mois plus tôt. Dans les trois décisions rendues, la plus haute juridiction malgache juge non conformes à la Constitution les articles portant sur la durée des campagnes, la révision des listes électorales, l’utilisation des bulletins uniques ou les conditions nécessaires pour se porter candidat à la présidence. Ce dernier point avait en particulier été dénoncé par le TIM (Tiako i Madagasikara), le parti de l’ex-chef de l’Etat de 2002 à 2009, Marc Ravalomanana, aujourd’hui candidat déclaré à l’élection de décembre prochain. L’article 6 de la loi stipule en effet qu’il faut être exempt de toute condamnation pour crime et délit. Or M. Ravalomanana a été condamné par contumace en août 2010 pour son rôle dans la mort d’une quarantaine de manifestants en 2009 (le bilan exact n’est pas connu). Il est accusé d’avoir donné l’ordre à la garde présidentielle de tirer sur la foule. A ce jour, il n’a pas encore été notifié de sa condamnation.

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La Haute Cour a aussi extirpé l’article raccourcissant la durée de la campagne électorale du second tour de 15 jours à 7 jours. Ce projet avait été vivement critiqué par le SeFaFi, l’Observatoire de la vie publique : « Aucun investissement dans les nouvelles technologies n’a été fait pour la remontée des résultats du vote, explique Sahondra Rabenarivo, juriste et membre de l’organisation. Madagascar est un grand pays, avec des zones très difficiles d’accès. En décembre, nous serons de surcroît en pleine saison des pluies, comment voulez-vous que 7 jours soient suffisants ? » Au total, 16 articles sur 371 ont été censurés.
Reste la requête en déchéance du président de la République déposée à la HCC, mercredi 25 avril, par les députés TIM et Mapar, le parti du président de la transition Andry Rajoelina, au motif de « violations répétées de la Constitution ». Le verdict est attendu dans les prochains jours. « Nous continuerons à nous rendre au 13 mai tant que l’arrêt n’aura pas été rendu par la HCC », affirme Hawel Mamod’ali, député Mapar.
Corruption et pauvreté croissantes
L’adoption des lois électorales a été l’occasion de nouvelles accusations de corruption à l’encontre de certains députés. Les 79 élus sur 160 qui ont approuvé le texte du gouvernement ont été accusés d’avoir touché 50 millions d’ariary (13 000 euros) chacun en échange de leur voix. L’opposition a déposé une plainte auprès du Bianco, le Bureau indépendant anti corruption, qui a ouvert une enquête.

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« Miala Rajao », « Stop kolykoly » (« Rajao dégage », « Stop à la corruption ») « Hery voleur » et « Hery assassin » : les slogans inscrits sur les banderoles des manifestants témoignent d’une exaspération croissante sur laquelle capitalisent les partis de l’opposition. A Madagascar, tout se monnaye. Des chauffeurs de taxi-brousse qui donnent de l’argent aux barrages de gendarmerie – sans quoi ils accumuleraient trop de retard – à l’étudiant qui veut se présenter à l’examen du permis de conduire, en passant par le citoyen qui veut déclarer une perte de carte d’identité au commissariat, le pot-de-vin est une pratique de la vie quotidienne.
C’est ainsi que dans la foule de la Place du 13 mai, plus que des fervents supporters du TIM et du Mapar, on trouve beaucoup de Malgaches excédés par des conditions de vie qui se dégradent. « Ce n’est pas possible de continuer à vivre comme ça, tout a augmenté, témoigne Doric, fraîchement retraité. Le prix du kapok [petite boîte de lait concentré Nestlé qui sert d’unité de mesure au riz] est passé de 400 ariary à 700 ariary. Le carburant atteint 4 000 ariary le litre, le même prix qu’en Europe. Et les PPN aussi ! (produits de première nécessité). Il [le président] avait promis d’en finir avec les délestages, il y en a de plus en plus. »
Plusieurs tentatives de médiation
Mercredi 2 mai, dans une déclaration lue à la presse, et signée par les responsables de la police, de la gendarmerie et de l’armée, le ministre de la défense nationale, le général Béni Xavier Rasolofonirina a demandé aux chefs des partis politiques de mettre un terme aux tensions actuelles et de trouver une solution. En 2009, lors du coup d’Etat, c’est l’armée qui avait porté Andry Rajoelina au pouvoir. L’homme s’était proclamé président d’une « Haute Autorité de transition », poussant alors Marc Ravalomanana à la démission le 17 mars. Ce scénario est resté dans les esprits. Les initiatives prises pour déminer la crise montrent que la situation est prise au sérieux par l’Union africaine et par les Nations unies. Les bailleurs, dont l’Union européenne, ont également proposé leur médiation.

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Parallèlement, la FJKM (Fiangonan’i Jesoa Kristy eto Madagasikara), l’Eglise de Jésus-Christ à Madagascar, la plus grande église protestante du pays, a elle aussi tenté de mettre autour de la table les protagonistes de la crise. Mais jusqu’à présent, l’opposition continue d’exiger le départ d’Héry Rajaonarimampianina. Une option que ce dernier a officiellement écartée dans une interview à la presse le 30 avril.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-9"> ¤ Un an après son arrivée au pouvoir, comment Emmanuel Macron est-il perçu à l’étranger ? Tour d’horizon, de la Scandinavie au Brésil en passant par les Etats-Unis.
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En Europe centrale, les perceptions contrastées du macronisme

Un an après son arrivée au pouvoir, comment Emmanuel Macron est-il perçu à l’étranger ? Tour d’horizon, de la Scandinavie au Brésil en passant par les Etats-Unis.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 14h42
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 15h03
    |

                            Blaise Gauquelin (Vienne, correspondant)








                        



   


En Autriche, les commentateurs de l’actualité politique aiment voir en Sebastian Kurz un « Macron des Alpes » : le plus jeune chef d’Etat du monde partage en effet avec le président français une précocité insolente à ce niveau de pouvoir. Il est chancelier, à 31 ans seulement. Il plaît donc aux Autrichiens de faire partie de ces pays dirigés par une nouvelle génération fringante à laquelle appartient aussi Justin Trudeau, le chef du gouvernement canadien.
Autre point commun : une ascension fulgurante, forgée dans le rejet des clivages partisans et une capacité à incarner une forme de renouveau face à un ancien « système » largement critiqué, alors même que ces deux leadeurs y ont construit les bases de leurs ambitions.
La politique d’Emmanuel Macron, libérale sur le plan économique et restrictive sur le plan migratoire, est par ailleurs en phase avec ce que tente d’incarner le chancelier autrichien, même si ce dernier, qui gouverne avec l’extrême droite, est bien plus conservateur sur les questions de société dans ce pays catholique de 8,7 millions d’habitants.
Vu de Budapest, un épouvantail
Le gouvernement autrichien est enfin opposé à plusieurs projets macroniens de réformes concernant l’Europe, Vienne tendant à plus de subsidiarité et rejoignant là plutôt des pays comme la Hongrie.

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Viktor Orban incarne d’ailleurs plus que jamais l’anti-Macron, après sa victoire aux législatives hongroises du 8 avril et en prévisions des européennes de 2019. Vu de Budapest, le dirigeant français est un épouvantail. Il porte le danger d’un renforcement d’une Union européenne vilipendée à longueur de discours par la figure de proue du souverainisme qu’est M. Orban. Et M. Macron est un outsider, alors que le parti Fidesz de Viktor Orban appartient à la famille du Parti populaire européen (PPE), qui domine l’Union.
Dans les rangs du Fidesz, on aime souvent, d’ailleurs, rappeler qu’au niveau européen, La République en marche ne pèse rien ou presque. Manière de relativiser le poids politique de l’étoile montante de l’Occident libéral honni par les souverainistes de l’Est.

Emmanuel Macron vu d’ailleurs
Le Monde publie une série d’articles pour analyser la perception du président français hors de l’Hexagone :

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-10"> ¤ Un an après son arrivée au pouvoir, comment Emmanuel Macron est-il perçu à l’étranger ? Tour d’horizon, de la Scandinavie au Brésil en passant par les Etats-Unis.
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Le Brésil cherche son Macron tropical

Un an après son arrivée au pouvoir, comment Emmanuel Macron est-il perçu à l’étranger ? Tour d’horizon, de la Scandinavie au Brésil en passant par les Etats-Unis.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 14h29
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 15h17
    |

            Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)








                        



   


Dans un Brésil complexé, où l’autodénigrement conduit à préférer systématiquement ce qui vient de l’étranger – en particulier lorsque l’étranger appartient au « premier monde », en opposition au tiers-monde –, l’arrivée spectaculaire d’Emmanuel Macron à l’Elysée a fait fantasmer.
L’ancien élève de Paul Ricœur n’était pas encore élu que les éditorialistes partaient déjà en quête d’un « Macron do Brasil », une personnalité neuve, prompte à dépoussiérer un monde politique brésilien hanté par les têtes grises, vérolé par la corruption et meurtri par la destitution de la présidente Dilma Rousseff en 2016.
Dès avril 2017, Juan Farias s’interroge dans El Pais Brasil sur la possibilité d’importer dans le pays d’Amérique latine l’ovni politique : « Un produit de la post-vérité politique où se cassent les paradigmes et les certitudes du passé », écrit-il :
« On ne sait pas s’il existe un Macron brésilien, solide intellectuel et politicien moderne, antisystème et en même temps explorateur d’un système qui se connecterait avec les sensibilités d’un monde globalisé. »
Deux mois plus tard, le blogueur Ricardo Noblat, sur le site du quotidien O Globo, poursuit la prospection sans cacher son émerveillement face à l’audacieux qui est parvenu à battre Marine Le Pen au second tour sans céder au populisme. « Où est notre Macron ? », lance-t-il.

A six mois de l’élection présidentielle, l’intelligentsia brésilienne cherche toujours. Certains ont cru déceler l’énarque en Joao Doria, ex-maire de Sao Paulo : un homme d’affaires et politicien de droite. Mais ce Macron autorevendiqué fut vite démasqué, et même moqué, pour sa superficialité. Puis surgit Luciano Huck, businessman lui aussi, animateur de télévision, devenu la coqueluche des analystes sans que l’intéressé ait émis le moindre programme. Espoir déçu à nouveau : Luciano Huck a renoncé, la mort dans l’âme, à se présenter.
Aujourd’hui, les uns voient le Macron tropical dans la figure d’Henrique Meirelles, ancien ministre de l’économie, âgé de 72 ans. D’autres l’imaginent incarné par Joao Amoedo, un entrepreneur libéral de 55 ans, inconnu du grand public.
Crise existentielle
Cette quête éperdue du Macron brésilien s’explique. A l’instar de la France, les grands partis de gauche (le Parti des travailleurs, PT) et de droite (le Parti de la social-démocratie brésilienne, PSDB) traversent une crise existentielle, et la bataille électorale se joue sur les extrêmes. Le PT durcit le ton à gauche tandis que le candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro, s’envole dans les sondages. « Cette polarisation laisse le champ libre à un candidat du centre », avait confié en février, lors d’une visite à Sao Paulo, Guillaume Liegey, dont la société d’exploitation de données statistiques, LMP, a épaulé le candidat Macron.
« Macron représente en réalité l’hégémonie technocratique, et, contrairement à la plupart de ses admirateurs brésiliens, il n’est pas systématiquement contre l’Etat. » Mathias Alencastro, politologue
Mais les différences l’emportent sur les similitudes. « Le phénomène Macron n’est pas transposable ici. L’organisation, le calendrier politique sont différents », estime Carlos Melo, professeur de sciences politiques à l’institut Insper de Sao Paulo. « Cette idée d’un Macron brésilien n’anime que les milieux d’affaires », ajoute-t-il.
Aux yeux de cette bourgeoisie, Macron est un outsider, réformateur et libéral. De son passé, le Brésil a retenu le passage par la banque Rothschild, oubliant l’ENA, l’inspection des finances et dix ans de politique aux côtés du Parti socialiste. « Macron représente en réalité l’hégémonie technocratique, et, contrairement à la plupart de ses admirateurs brésiliens, il n’est pas systématiquement contre l’Etat », observe le politologue Mathias Alencastro.
Dans l’attente de son messie politique, le Brésil regarde avec attention le quadragénaire affronter la contestation sociale et embrasser Donald Trump, tenté de lui offrir une stature digne de celle de Barack Obama. Les vieux loups de la politique sont plus circonspects. « Laissons M. Macron gouverner pour voir comment ça se passe. C’est une théorie qui a gagné les élections en France. Voyons la pratique », rappelait dans un entretien au Monde, à la fin 2017, l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, favori des sondages malgré son emprisonnement pour corruption.

Emmanuel Macron vu d’ailleurs
Le Monde publie une série d’articles pour analyser la perception du président français hors de l’Hexagone :

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Des démocrates à Trump, Macron fait l’unanimité aux Etats-Unis

Un an après son arrivée au pouvoir, comment Emmanuel Macron est-il perçu à l’étranger ? Tour d’horizon de la Scandinavie au Brésil en passant par les Etats-Unis.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 14h11
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 14h43
    |

            Gilles Paris (Washington, correspondant)








                        



   


Gratifié de la faveur de la première visite d’Etat à Washington depuis l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump, Emmanuel Macron suscite une curiosité que les rendez-vous protocolaires du 24 avril, suivis d’un discours au Congrès et d’une séance de questions-réponses avec les étudiants de la George Washington University le lendemain, n’ont pas épuisée.
Après le discours du président français devant les élus américains, ponctué de standing ovations pour ses éloges du multilatéralisme, des valeurs humanistes et sa prise de position quant à la nécessité de lutter pour l’environnement, la chroniqueuse du New Yorker Susan Glasser avait publié sur son compte Twitter un message dans lequel elle assurait ironiquement qu’il « pourrait très probablement remporter l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2020 ». Elle avait cité dans un article le cri du cœur d’un sénateur démocrate du Delaware, Chris Coons : « J’aimerais qu’il soit mon président ».

En un an, Emmanuel Macron est devenu familier aux Etats-Unis, notamment du fait des nombreux entretiens accordés aux principaux médias américains, du magazine Time à la chaîne CNN en passant par la très conservatrice Fox News. Sa maîtrise de l’anglais le sert. Avant sa rencontre avec les étudiants, le président avait également disserté pendant plus d’une heure devant un aréopage d’éditorialistes. Aucun de ses prédécesseurs n’avait été en mesure de le faire auparavant.
La forme n’explique pas tout. La « relation spéciale » entre Londres et Washington, sur laquelle misait la première ministre britannique Theresa May, n’a pas produit les effets escomptés pour le Royaume-Uni, faute d’être parvenu au terme du Brexit. Angela Merkel, qui pâtit dans sa relation avec Donald Trump d’un excédent commercial jugé rédhibitoire, est sortie affaiblie d’élections législatives indécises et de longues tractations pour former une coalition gouvernementale. Emmanuel Macron est de facto devenu le chef de file d’une Union européenne en panne de leadership.
Peut-être même au-delà. Le New York Times, qui a pu se montrer sévère à propos des choix du président français en matière de politique migratoire ou de sécurité intérieure, a estimé dans un éditorial, le 1er mai, que « l’Occident a grandement besoin d’un leader qui peut clairement proclamer : ce que nous chérissons est menacé et ce que nous vénérons est en danger », en référence à la poussée des nationalismes et des régimes jugés illibéraux. Richard Haass, ancien pilier d’administrations républicaines et contempteur de Donald Trump, a également présenté sur Twitter Emmanuel Macron comme « le leader de l’Occident (si tant est qu’il y ait toujours un Occident) ».

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Plasticité
Comme l’explique Benjamin Haddad, un chercheur du think-tank conservateur Hudson Institute qui avait pris publiquement position en faveur du futur président pendant la présidentielle française, « Emmanuel Macron plaît aux démocrates parce qu’il se pose comme le garant d’un ordre international menacé, mais il séduit aussi les républicains du fait de sa bonne relation avec Donald Trump, de ses positions sur les questions de sécurité comme du fait de sa volonté de réformer son pays »
Il apparaît sur ce dernier point « plus solide », selon lui, que Nicolas Sarkozy, dont l’élection avait été également saluée par les républicains en 2007, sans doute parce qu’elle permettait aussi de tourner la page d’une brouille franco-américaine liée à Jacques Chirac et à sa décision de ne pas intervenir en Irak en 2003.
Cette plasticité macronienne se vérifie avec sa présence à la « une » du magazine des affaires Forbes, en mai, où il est présenté comme le champion du libre-échange. Un élu républicain du Kentucky, Thomas Massie, élu lors de la vague du Tea Party, en 2010, avait pourtant réagi une semaine plus tôt par rapport à sa visite américaine en dénonçant un « socialiste à la Bernie Sanders », la principale figure de l’aile gauche démocrate, « alarmiste » sur le climat et incarnant selon lui « le sombre avenir du Parti démocrate américain ».

Emmanuel Macron vu d’ailleurs
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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-12"> ¤ Malgré un fort taux de « faux positifs », la police parle tout de même d’un « succès retentissant », qui aurait permis de procéder à 450 arrestations depuis juin 2017.
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Efficacité en demi-teinte pour le système de reconnaissance faciale de la police galloise

Malgré un fort taux de « faux positifs », la police parle tout de même d’un « succès retentissant », qui aurait permis de procéder à 450 arrestations depuis juin 2017.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 14h01
   





                        



   


2 470 signalements… dont 2 297 fausses alertes. C’est le bilan en apparence très mitigé des premiers tests de la police galloise en matière de reconnaissance faciale automatique, menés en juin 2017 à Cardiff, qui ont provoqué l’ire d’associations de défense des libertés publiques, à l’image de Big Brother Watch.
A l’occasion de la finale de la Ligue des champions, la police a ainsi scanné en temps réel les visages des passants grâce à des caméras de sécurité. Des données ensuite comparées automatiquement avec une base de données de 500 000 clichés anthropométriques.
Les comparaisons ont donné lieu à de très nombreux signalements… qui, dans près de 93 % des cas, se sont avérés être de fausses alertes, le système de reconnaissance confondant en réalité les passants avec des individus suspects.
L’opération a pourtant ensuite été régulièrement répétée lors des mois qui ont suivi, à l’occasion d’autres événements sportifs et de concerts.
Pas d’arrestation par erreur
Il s’agirait pourtant d’un « succès retentissant », d’après la police de Galles du Sud, qui, à l’issue de dix mois d’utilisation du dispositif, dressait vendredi 4 mai un premier bilan sur son site.
Si le système souffrait d’un taux d’erreur (ou « faux positif ») de près de 93 % lors de la finale de la Ligue des champions, il est tombé à 72 % en moyenne lors d’événements ultérieurs, sur des volumes certes moindres.
Dans un communiqué paru le même jour, la police de Galles du Sud préfère d’ailleurs insister sur le verre à moitié plein, expliquant que le système de reconnaissance faciale automatique aurait en fin de compte permis 450 arrestations depuis juin 2017 – et, déjà, plusieurs condamnations. « Bien sûr que notre système de reconnaissance faciale n’est pas précis à 100 % », se défend la police. Cependant, « aucun individu n’aurait été arrêté après un faux positif ».
« La majorité du temps », les erreurs seraient ainsi rapidement retoquées par un agent humain chargé de vérifier les résultats de l’outil de reconnaissance faciale. Dans les cas, minoritaires à en croire la police, où une erreur ne serait pas immédiatement identifiée, « une discussion entre l’officier de police [chargé d’intervenir] et l’individu » serait « normalement » suffisante pour dissiper les derniers risques d’erreur.
Dans le même communiqué, la police galloise s’est dite soucieuse de respecter le règlement général sur la protection des données (RGPD), qui entrera en vigueur le 25 mai dans l’ensemble de l’Union européenne. Tout en évoquant « la nécessité de conserver un équilibre entre sécurité et vie privée ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-13"> ¤ Bien qu’affaibli, le premier ministre sortant, Saad Hariri, semble en mesure de conserver son poste – réservé à un sunnite en vertu du système confessionnel libanais.
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Au Liban, le camp pro-Hezbollah sort renforcé des élections législatives

Bien qu’affaibli, le premier ministre sortant, Saad Hariri, semble en mesure de conserver son poste – réservé à un sunnite en vertu du système confessionnel libanais.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 16h28
    |

            Benjamin Barthe (Beyrouth, correspondant (avec Laure Stephan)








                        



   


L’image promet de marquer les esprits : des militants du Hezbollah criant victoire, drapeau en main, en plein centre de Beyrouth, autour de la statue de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, assassiné en 2005 dans un attentat à la bombe pour lequel quatre membres du mouvement chiite sont actuellement jugés par contumace.
Cette scène, choquante pour de nombreux sunnites libanais, s’est déroulée dans la soirée du dimanche 6 mai, à l’issue des élections législatives dans le pays du Cèdre. Lundi matin, les résultats préliminaires et les projections fournies par les médias locaux laissaient augurer une victoire du camp pro-Hezbollah.
La vieille alliance dite du « 8 mars » formée autour du mouvement chiite et du Courant patriotique libre (CPL) du président Michel Aoun (droite chrétienne) est créditée de la majorité des 128 sièges du Parlement.

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Le Courant du futur devrait cependant conserver le leadership de la communauté sunnite, ce qui, sur le papier, offre à son chef, le premier ministre sortant Saad Hariri, la possibilité d’être reconduit à ce poste – réservé à un sunnite en vertu du système confessionnel libanais. Mais selon les décomptes de voix initiaux, le Futur aurait perdu plusieurs sièges dans la bataille, notamment dans son fief historique de Beyrouth, que des partisans du Hezbollah ont sillonné pendant la nuit.
Les Libanais ont peu participé, du fait d’un système de scrutin complexe, d’un débat atone et de listes sans identité claire
Alors que la dernière consultation nationale remonte à 2009 – les députés élus cette année-là ayant prorogé leur mandat à trois reprises pour des raisons sécuritaires –, moins de la moitié des inscrits (49 %) ont pris part au vote, un taux en baisse de cinq points par rapport au précédent scrutin. Ce désintérêt est le reflet de la désaffection générale des Libanais pour leurs représentants politiques, qu’ils jugent volontiers corrompus et incompétents.
Ce rejet a été avivé cette année par un mode de scrutin particulièrement complexe – un régime de liste à la proportionnelle neutralisé par le système du vote préférentiel –, par un débat atone, sans enjeux politiques marqués, et par la constitution de listes attrape-tout sans identité claire.
Avant même les résultats officiels, attendus lundi en fin de matinée, le quotidien pro-Hezbollah Al-Akhbar a célébré la victoire de son favori en titrant sur la « claque » infligée à Saad Hariri. Sur les onze sièges en jeu dans la circonscription à dominante sunnite de Beyrouth-2, la moitié environ ont échappé au Futur, alors qu’en 2009 il avait triomphé dans ce district.
« C’est une grande déception à Beyrouth car Saad Hariri a pris de grands risques sécuritaires en sillonnant la capitale et ses banlieues pour que les sunnites votent en grand nombre, mais cela n’a pas été le cas, estime Ghazi Youssef, un député sortant du Futur, donné perdant. La mobilisation n’a pas été à la hauteur. La loi électorale n’était pas familière aux électeurs, et le vote était lent : des électeurs sont partis sans voter. »

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Victoire des gendres du chef de l’Etat
Le Futur a également perdu des élus à Tripoli, la grande ville du nord, au profit de la liste conduite par l’ancien premier ministre et milliardaire Najib Mikati. Lundi matin, des estimations accordaient une vingtaine de sièges au Futur, contre 31 en 2009. « C’est une défaite relative pour Hariri, qui reste malgré tout incontournable sur la scène sunnite », estime Karim Emile Bitar, professeur à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.
Contrairement au Futur, le Hezbollah et son allié, le parti chiite Amal, ont fait le plein des votes de leur communauté. La loi électorale libanaise accorde aux chiites 27 sièges au Parlement, le même nombre qu’aux sunnites. Le CPL du président Aoun, allié au mouvement chiite depuis 2006, devrait enregistrer des résultats corrects, avec une vingtaine d’élus environ, un score à peu près stable par rapport à 2009.
Le chef de l’Etat peut notamment se féliciter de la victoire de ses deux gendres engagés en politique, l’ancien général Chamel Roukoz et le ministre des affaires étrangères Gebran Bassil, qui conforte ainsi son ambition de prendre la suite de son beau-père à la tête de l’Etat. L’alliance du 8 mars pourrait aussi bénéficier au Parlement du soutien de figures indépendantes que le Hezbollah a contribué à faire élire, comme Oussama Saad à Saïda, Jihad Al-Samad dans la région de Tripoli et Abdel Rahim Mrad, un ancien ministre de la défense, dans la plaine de la Bekaa.
Dans le camp opposé au Hezbollah, la seule bonne surprise est venue du parti chrétien des Forces libanaises, dont le nombre de sièges devrait fortement augmenter. Le Parti socialiste progressiste du chef druze Walid Joumblatt semble en mesure de continuer à peser sur la politique libanaise, avec une dizaines d’élus selon les projections. La liste issue de la société civile, Koullouna Watani, a échoué à capitaliser sur le ras-le-bol des Libanais vis-à-vis de leur classe politique : seulement une ou deux de ses candidats devrait être élue.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-14"> ¤ Dans cette chronique, l’économiste Paul Jorion revient sur cette notion de justice semblant motiver les batailles d’un président américain qui ne se sent nullement lié par les engagements de ses prédécesseurs.
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« Le combat de Donald Trump est, selon lui, d’éradiquer “l’injustice” »

Dans cette chronique, l’économiste Paul Jorion revient sur cette notion de justice semblant motiver les batailles d’un président américain qui ne se sent nullement lié par les engagements de ses prédécesseurs.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 13h30
    |

                            Paul Jorion (Economiste et anthropologue, Université catholique de Lille)








                        



                                


                            
Marchés. Polonius, vieux conseiller et père d’Ophélie, ayant écouté Hamlet, pense à part : « Il s’agit sans doute de folie, mais il y a en elle de la méthode. » Les agissements et les propos de Donald Trump nous font revenir en mémoire ces lignes de Shakespeare. Quant à la méthode, on la découvre dans l’évocation constante par le président américain de l’« unfairness », c’est-à-dire de l’« injustice » en général, et plus particulièrement du manque de « fair-play ».
Le 27 avril, lors de la visite à Washington de la chancelière allemande Angela Merkel, M. Trump a insisté sur le fait que les relations commerciales entre l’Europe et les Etats-Unis étaient « injustes » parce que déséquilibrées. « Il nous faut une relation réciproque, et nous ne l’avons pas, a-t-il déclaré. Nous en avons longuement débattu aujourd’hui, la chancelière et moi, et nous travaillons là-dessus. Nous voulons la rendre plus juste, et la chancelière veut la rendre plus juste. »

Une relation « juste » est la condition de la réciprocité, et le combat de Donald Trump est, selon lui, d’éradiquer « l’injustice ». Il y revient souvent. Alors qu’un journaliste l’interrogeait sur la violence avec laquelle il s’en était pris à un juge au nom à consonance hispanique, le président des Etats-Unis s’était défendu : « J’ai été traité très injustement par ce juge. Or, il se fait qu’il est d’ascendance mexicaine. Et je construis un mur [entre les Etats-Unis et le Mexique], vous avez compris ? Je construis un mur ! »
Sainte colère
En une autre occasion, il caractérisait ainsi son combat : « Je ne pense pas que j’insulte les gens. Je vais droit aux faits, et je n’ai pas le sentiment d’insulter les gens. Evidemment, si je suis insulté, je contre-attaque, ou si quelque chose est injuste, je contre-attaque. »
Une relation déséquilibrée – alors que les plateaux de la balance que brandit...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-15"> ¤ Dans son communiqué, l’organisation djihadiste qualifie de « mécréant » Farouq Zarzour Al-Joubouri, candidat sunnite dans la région de Mossoul.
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Irak : l’EI revendique l’assassinat d’un candidat aux législatives

Dans son communiqué, l’organisation djihadiste qualifie de « mécréant » Farouq Zarzour Al-Joubouri, candidat sunnite dans la région de Mossoul.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 13h16
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 13h47
   





                        


L’organisation djihadiste Etat Islamique (EI) a revendiqué lundi 7 mai sur l’application Telegram l’assassinat d’un candidat aux législatives irakiennes du 12 mai, perpétré le matin même dans la région de Mossoul (nord).
Farouq Zarzour Al-Joubouri, candidat sunnite sur la liste emmenée par le vice-président Iyad Allaoui, a été tué par balle à son domicile. Dans son communiqué, l’organisation qualifie le candidat de « mécréant ».
C’est la première fois depuis le début de la campagne que l’assassinat d’un candidat est revendiqué par l’EI. L’organisation, chassée de toutes les zones qu’elle contrôlait dans le pays à la fin de 2017 et dont la région de Mossoul était un bastion, a multiplié les menaces contre le scrutin, et tout particulièrement contre les sunnites, majoritaires dans la région de Mossoul.
Un autre candidat tué en avril
Dans un message audio, le 23 avril, le porte-parole de l’EI, Aboulhassan Al-Mouhajer, avait menacé d’attaquer les bureaux de vote et de s’en prendre aux électeurs lors du scrutin législatif.
Il s’adressait particulièrement aux musulmans sunnites irakiens pour les dissuader de participer aux élections, les premières depuis la proclamation en décembre par Bagdad de la victoire sur l’EI. « Ô sunnites (…) nous savons que le gouvernement de Rafida [“mécréants”, terme péjoratif par lequel les salafistes désignent les chiites, majoritaires dans le pays] est sur le point d’appeler à des élections. Notre jugement s’appliquera à ceux qui y appellent et y participent », avait affirmé le porte-parole de l’EI.
Les organisations extrémistes sunnites se sont toujours opposées aux élections depuis la chute de Saddam Hussein, en 2003, multipliant les attentats lors des scrutins. M. Joubouri, qui se présentait pour la première fois à des législatives, n’est pas le seul candidat à avoir perdu la vie ces dernières semaines. A la fin d’avril, Nejm Al-Hasnaoui, candidat de la liste de l’Etat de droit emmenée par l’autre vice-président, Nouri Al-Maliki, avait été mortellement touché par des tirs alors qu’il tentait une médiation dans un conflit tribal à Bagdad.

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Macron agace à Moscou, mais le Kremlin le ménage

Un an après son arrivée au pouvoir, comment Emmanuel Macron est-il perçu à l’étranger ? Tour d’horizon, de la Scandinavie au Brésil en passant par les Etats-Unis.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 13h05
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 13h20
    |

            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        



   


La décision d’Emmanuel Macron de maintenir envers et contre tout sa première visite en Russie, les 24 et 25 mai, sauve les apparences. « Jusqu’ici, la France a fait preuve d’une attitude constructive, saluait récemment le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Les autorités françaises ne fuient pas le dialogue, au contraire, elles sont disposées à résoudre les problèmes par la voie de la négociation. Cela coïncide entièrement avec l’approche de notre président. » Sur la forme, peut-être. Mais sur le fond, les divergences se creusent.
Le soutien apporté par la France à la Grande-Bretagne dans l’affaire Skripal, l’ex-agent double empoisonné par une substance chimique d’origine russe, selon Londres, tout comme les critiques répétées de Paris sur le soutien sans faille de Moscou à son allié syrien, n’ont pas été sans conséquences. Dans le premier cas, l’Elysée a saisi l’occasion pour expulser quatre diplomates russes – comme l’avaient fait 27 autres pays. Dans le second cas, en liaison avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, la France a participé pour la première fois, le 14 avril, à des frappes aériennes communes contre le régime de Bachar Al-Assad, accusé d’avoir eu de nouveau recours à l’arme chimique, quelques jours plus tôt, dans la Ghouta orientale.

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« Position coloniale »
En direct sur la chaîne BFM-TV, le 15 avril, le président français avait ensuite présenté les Russes comme les « complices » de Damas, qui « ont construit méthodiquement, par la voie diplomatique, l’incapacité internationale à empêcher l’utilisation des armes chimiques ». C’est peu dire qu’à Moscou, Emmanuel Macron agace. « C’est déjà une sorte de position coloniale », avait ainsi raillé le ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, en réaction aux propos du chef de l’Etat français incitant Donald Trump à ne pas retirer ses forces armées dans la région afin de « construire une nouvelle Syrie ».
En dépit de tous ces accrocs dans la relation bilatérale, M. Macron met un soin particulier à maintenir le contact avec Vladimir Poutine, avec lequel il multiplie les gestes de bonne volonté. Le chef du Kremlin avait déjà eu un bref aperçu de cette politique du chaud et du froid soufflés en alternance, lorsque, reçu en grande pompe à Versailles en mai 2017 par son hôte tout juste élu, il avait pu, aussi, mesurer sa rhétorique abrupte et sa façon de couper court à ses arguments.
« Nouvelle page »
Depuis, les deux hommes se sont entretenus à huit reprises par téléphone, dont la moitié durant le seul mois d’avril. A la veille des frappes aériennes en Syrie – devenu le dossier le plus épineux entre Paris et Moscou depuis l’intervention militaire russe en 2015 –, le président français a appelé M. Poutine. Il a de nouveau fait usage de sa ligne directe avec le Kremlin, le 23 et le 30 avril, avant et après son déplacement aux Etats-Unis. De part et d’autre, cependant, ces échanges restent formels. Ainsi, lors du dernier appel, le Kremlin s’est contenté de sèchement rappeler son attachement au « strict respect » de l’accord nucléaire iranien alors que l’Elysée avait tenté de plaider, outre-Atlantique, pour une nouvelle version.
Moscou et Paris partagent néanmoins un intérêt commun à préserver sur le fil du rasoir leurs relations. Pour Emmanuel Macron, le sujet est presque devenu un terrain d’affrontement avec son prédécesseur, François Hollande, pour qui « si la Russie est menaçante, elle doit être menacée », et dont il cherche à tout prix à se démarquer. De son côté, le chef de l’Etat russe considère la France comme un acteur compatible avec Moscou au sein d’une Europe jugée hostile.
« Macron est dur, mais le Kremlin sait très bien que l’humeur en France est plutôt à “ouvrons une nouvelle page”, décrypte le politologue Dmitri Orechkine. Il espère donc le séduire afin de montrer au reste du monde tous les avantages qu’il y aurait à coopérer avec la Russie. » Dans cette optique, Moscou ménage son invité.



                            


                        

                        


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En Scandinavie, le malentendu perdure quant au projet macronien

Un an après son arrivée au pouvoir, comment Emmanuel Macron est-il perçu à l’étranger ? Tour d’horizon de Scandinavie au Brésil en passant par les Etats-Unis.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 13h02
    |

                            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








                        



   


Le soir du 7 mai 2017, une majorité des politiciens scandinaves exultaient : enfin un président français à leur goût. Jeune, réformateur, marié à Brigitte Macron, et surtout qui ne tarissait pas d’éloge sur le fameux « modèle scandinave ». Députés et ministres de tous bords revendiquaient leur parenté idéologique avec Emmanuel Macron, trahissant le malentendu autour du projet de ce candidat sorti de nulle part. Un an plus tard, la surprise est passée, mais la confusion demeure.
« Parce que les Suédois le jugent à l’horizon de notre système politique, on a beaucoup de mal à déterminer où il se situe vraiment sur l’échelle droite-gauche, ce qui suscite une ambivalence sur son programme », note Göran von Sydow, directeur de l’Institut suédois d’études européennes. La réforme du marché du travail, par exemple : « Etait-ce un projet libéral ou bien une politique inspirée du modèle suédois ? Beaucoup se posent la question », observe le politologue.
Surtout que sa méthode brouille les cartes, remarque le journaliste danois Bjorn Bredal, actuellement à Paris où il observe la grogne sociale monter. « Au Danemark, nous avons une démocratie consensuelle. La démocratie conflictuelle à la française est difficile à comprendre pour les Danois. Macron en est devenu le symbole. En même temps, il séduit car il ose gouverner. »
« Terrain d’entente »
Dans les pays scandinaves, où la modestie et la discrétion sont en général des vertus appréciées chez les gouvernants, le président « jupitérien » fascine. « Cette manière d’incarner le pays, entre roi et président, est inconcevable chez nous, assure Bjorn Bredal. D’ailleurs, les Danois rient un peu de cette façon tellement française de se prendre à ce point au sérieux. François Hollande à cet égard ressemblait plus à nos politiciens. »
Sur la politique menée par le gouvernement depuis un an, les Scandinaves sont divisés. D’un côté, ils apprécient « la volonté de moderniser la France, de se tourner vers l’avenir », note le politologue Göran von Sydow. Sur la question climatique ou le numérique, par exemple : « Ce sont des sujets sur lesquels nous pouvons trouver un terrain d’entente. » Le député finlandais libéral-conservateur Juhana Vartiainen, applaudit également des réformes économiques qui « mettent fin à l’immobilisme sur le marché du travail français ».
Mais sur la scène européenne, le volontarisme de M. Macron agace des Scandinaves, peu favorables au renforcement de l’intégration encouragé par Paris. « Les sociaux-démocrates suédois, par exemple, veulent discuter de la dimension sociale de l’UE, mais ils ne veulent pas d’initiatives supranationales », constate Björn Fägersten, chercheur à l’Institut suédois des affaires internationales. La Suède, qui n’appartient pas à la zone euro, s’inquiète d’une « Europe à deux vitesses où elle se retrouverait à la périphérie », ajoute le politologue Göran von Sydow.
Pain de seigle

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Même son de cloche au Danemark, où le premier ministre libéral Lars Lokke Rasmussen a tenu à modérer les ardeurs européennes du président français après le discours de la Sorbonne, en septembre 2017, puis celui devant le Parlement Européen, estimant que l’heure n’était « pas au grand projet d’intégration européenne » mais « au travail du rugbrod », littéralement le pain de seigle danois, une façon de désigner le labeur quotidien. « Le gouvernement danois est terrifié à l’idée que la population puisse croire qu’il soutient cette position favorable à plus d’Europe », raille le journaliste Bjorn Bredal.
Les médias scandinaves se font écho de cette irritation à l’égard de celui qu’ils qualifient désormais de président « impatient ». Dans un éditorial du 23 avril, intitulé « Macron doit accepter que l’Union ait besoin de patience », le quotidien suédois Dagens Nyheter « souhaite bonne chance au président Macron dans son projet français, même si cela ne lui ferait pas de mal de temps en temps de montrer un peu d’humilité ». Car, souligne le journal, « l’UE ne peut certainement pas fonctionner comme un one-man show ».



                            


                        

                        


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Ciudadanos profite de l’effet Macron pour bousculer l’Espagne

Un an après son arrivée au pouvoir, comment Emmanuel Macron est-il perçu à l’étranger ? Tour d’horizon de Scandinavie au Brésil en passant par les Etats-Unis



Le Monde
 |    07.05.2018 à 12h39
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 14h34
    |

            Sandrine Morel (Madrid, correspondance)








                        



   


La victoire du président français avait été vécue comme un soulagement de l’autre côté des Pyrénées où dominait la crainte d’une victoire de partis politiques eurosceptiques, le Front national ou la France insoumise, dans une moindre mesure. Car les Espagnols, eux, veulent majoritairement plus d’Europe.
Durant sa première année, Emmanuel Macron n’a pas déçu les formations espagnoles qui, du Parti socialiste au Parti populaire (PP) en passant par Ciudadanos, demandent que l’Union européenne se renforce, s’intègre et dispose notamment d’une gouvernance économique commune.
Son discours à la Sorbonne en septembre a été très commenté et ses déplacements sont couverts par une presse espagnole qui semble fascinée. Même les grèves sont perçues dans les éditoriaux comme un signe positif : celui que la France est en train de faire des réformes.

Le 9 avril, le quotidien El Pais a ainsi publié un éditorial félicitant Macron d’avoir « réussi l’adoption d’une réforme du code du travail qui met à plat les droits des travailleurs. C’est à présent le tour de la SNCF et, bientôt, il réalisera les changements institutionnels qui limiteront les mandats des élus et réduira le nombre de parlementaires. (…) C’est une grande opportunité pour Macron de mener à bien les réformes tant de fois repoussées et dont la France a tant besoin pour l’avenir ».
Podemos se montre très critique
Le chef du gouvernement conservateur, Mariano Rajoy, a compris l’attrait du président français et ne manque pas de faire remarquer sur Twitter, photos à l’appui, les bonnes relations qu’il maintient avec son « collègue et ami ». La visite de Bruno Le Maire début avril pour rencontrer son homologue espagnol, le nouveau ministre de l’économie, Roman Escolano, et proposer à l’Espagne de participer à la rédaction de la feuille de route franco-allemande de réforme de la zone euro a réconforté le chef de l’exécutif espagnol. M. Rajoy est bien content de trouver un allié à Paris, même s’il est l’allié d’Angela Merkel, au sein du Parti populaire européen.
« En Espagne, Emmanuel Macron est perçu positivement par la droite et par la gauche car il affaiblit le monopole allemand sur l’idée européenne, associé ici aux politiques d’austérité », explique le politologue Fernando Vallespin, qui reconnaît que son charisme politique suscite de « l’admiration et de l’envie en Espagne où, depuis Felipe Gonzalez [président du gouvernement espagnol entre 1982 et 1996], il n’existe pas de leaders de la sorte ».
Sur Twitter, on peut même lire que certains s’extasient de sa capacité à prononcer ses discours aux envolées lyriques sans regarder de notes, contrairement à ses homologues espagnols. Seul Podemos se montre très critique avec le président français, qui n’est pour eux qu’un nouveau visage du capitalisme. Mais le parti de la gauche radicale n’en est pas moins admiratif de son succès, au point d’avoir copié le nom de son mouvement, pour le grand séminaire de réflexion et consultation des bases avant les prochaines élections : « En Marcha 2019 ».
Ciudadanos, le parti libéral qui se présente comme l’équivalent espagnol d’En marche, compte bien profiter des succès du président français pour convaincre les électeurs espagnols de voter pour son président, Albert Rivera. En tête dans les sondages, il a d’ailleurs annoncé que l’ancien premier ministre français d’origine catalane Manuel Valls, député apparenté LREM, fervent défenseur de l’unité de l’Espagne ultra-médiatique dans le pays, pourrait être son candidat aux élections municipales de Barcelone l’an prochain.
« Charisme » et « culture »
De quoi provoquer des commentaires ironiques sur une possible nouvelle invasion napoléonienne de l’Espagne. « Le Parti socialiste ouvrier espagnol [PSOE] est le plus inquiet de l’effet Macron, responsable de la quasi-disparition du Parti socialiste français, depuis l’annonce de la candidature de Manuel Valls à la mairie de Barcelone, avec Ciudadanos », ajoute M. Vallespin.
Ciudadanos assure être en contact quotidiennement avec les équipes d’En marche !, en vue notamment de préparer les élections européennes de 2019. Mais, minimisant le risque que le tremblement de terre En marche ! frappe l’Espagne, les élus de droite et de gauche ne manquent pas d’ironiser en privé sur Albert Rivera, dont ils disent qu’il n’a « ni le charisme ni la culture de M. Macron ». Une autre manière indirecte de montrer leur admiration pour le président français.
Celle-ci cependant pourrait retomber si ses objectifs européens ne sont pas respectés, comme l’a laissé entendre l’ancienne ministre espagnole du PP aux affaires étrangères, Ana Palacio, dans une tribune, le 3 mai, dans le quotidien El Pais. Selon elle, « beaucoup se demandent si l’étoile de Macron ne brille pas trop, et n’est donc pas destinée à s’éteindre rapidement ». Saluant « ses appels ambitieux à l’unité européenne et son soutien persistant à la démocratie libérale », elle estime que « Macron démontre qu’il est un soliste exceptionnel, mais l’Europe a aujourd’hui surtout besoin d’un chœur ! »

Emmanuel Macron vu d’ailleurs
Le Monde publie une série d’articles pour analyser la perception du président français hors de l’Hexagone :

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En Allemagne, « l’effet Macron » et ses limites

Un an après son arrivée au pouvoir, comment Emmanuel Macron est-il perçu à l’étranger ? Tour d’horizon de Scandinavie au Brésil en passant par les Etats-Unis.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 12h38
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        



   


C’était le 15 mai 2017, Angela Merkel accueillait pour la première fois le président Emmanuel Macron à Berlin et, pour l’occasion, des centaines de personnes s’étaient rassemblées devant la chancellerie afin d’applaudir celui qui était entré la veille à l’Elysée. Du jamais-vu !
Mais ce comité d’accueil était à l’image de ce que la grande majorité des Allemands avait ressenti lors de l’élection de M. Macron, volontiers décrit dans la presse de l’époque comme un « enfant prodige » (Wunderkind) de la politique voire comme le portrait-robot du dirigeant idéal, « plus jeune que John Fitzgerald Kennedy, plus libéral que Tony Blair et plus européen que Gerhard Schröder », comme l’avait écrit la Frankfurter Allgemeine Zeitung, en mars 2017.
Un an plus tard, il reste quelque chose de cet enthousiasme des débuts outre-Rhin. D’abord, parce M. Macron a engagé les réformes que l’Allemagne attendait de la France et que tant de ses prédécesseurs avaient renoncé à faire après les avoir promises. « Il a déjà beaucoup fait et beaucoup obtenu, non seulement il a imposé des réformes, mais il a commencé à les mettre en œuvre. Il a créé un changement de climat politique et économique, si bien que la France est perçue aujourd’hui comme un pays fort en Europe et au-delà », commentait ainsi récemment l’ancien ministre conservateur des finances, Wolfgang Schäuble (CDU), aujourd’hui président du Bundestag, dans Le Journal du dimanche.
Les Allemands lui reconnaissent le mérite d’avoir des idées
La seconde raison pour laquelle M. Macron continue d’être apprécié – et même admiré – en Allemagne est liée à son engagement européen. Non pas que les Allemands soient favorables à toutes ses idées dans ce domaine : sa volonté de réformer la zone euro en la dotant d’un budget et d’un ministre des finances suscite ainsi de vives réticences chez les conservateurs et un intérêt prudent chez les sociaux-démocrates. Mais l’essentiel n’est pas là. Car même ceux qui sont en désaccord avec telle ou telle de ses propositions reconnaissent au moins au chef de l’Etat français un grand mérite : celui d’avoir des idées.

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Ce sentiment, assez largement partagé en Allemagne, n’est d’ailleurs pas exempt d’arrière-pensées politiques, en particulier chez les adversaires politiques de Mme Merkel qui citent M. Macron en exemple pour mieux souligner les faiblesses supposées de la chancelière, après sa laborieuse réélection.
Cela s’est encore vu, fin avril, lors de la dernière visite du président français à Berlin. « Le gouvernement fédéral n’a pas de réponse face à Macron », a ainsi déploré Christian Lindner, le président du Parti libéral-démocrate (FDP), tout en reconnaissant ne pas partager lui-même toutes les idées de M. Macron.
La même critique a été formulée à gauche. Ainsi de ce commentaire paru le 19 avril dans le quotidien Tageszeitung, après la visite de M. Macron à Berlin : « La garantie européenne des dépôts ne viendra que dans un futur lointain, a dit Mme Merkel. En allemand, cela veut dire : jamais. La chancelière a certes voulu donner l’impression qu’elle était plus une Mme Peut-Etre qu’une Mme Non. Mais au fond le message est le suivant : Macron est tout seul chez lui. »
Volontaire, audacieux, imaginatif : en la personne de M. Macron peut-être plus encore qu’en sa politique, les adversaires de la chancelière ont au fond trouvé un miroir idéal. Comme si, un an après son élection, ces derniers voyaient en lui la mauvaise conscience d’Angela Merkel…
« Veut-il régner comme un monarque absolu  ? », s’était interrogé le Spiegel, dès juin 2017, dans un article consacré à l’exercice du pouvoir d’« Emmanuel I »
Si elle reste globalement très positive, l’image du chef de l’Etat français se teinte néanmoins, depuis quelques semaines, de quelques interrogations. Très tôt après son élection, la presse allemande s’était montrée intriguée par le style monarchique et volontiers autoritaire de M. Macron. « Veut-il régner comme un monarque absolu ? », s’était ainsi interrogé le Spiegel, dès juin 2017, dans un article consacré à l’exercice du pouvoir d’« Emmanuel I ».
A l’époque, toutefois, les commentaires inspirés en Allemagne par l’attitude de M. Macron étaient plutôt à l’avantage de ce dernier. Après Nicolas Sarkozy et François Hollande, la France avait enfin élu un homme dont le style semblait coller à l’idée que le général de Gaulle se faisait de la présidence de la République.

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Un an plus tard, certains observateurs allemands commencent toutefois à s’interroger sur les limites d’une pratique du pouvoir qui, en se voulant trop autoritaire, risque de perdre en efficacité. « Emmanuel Macron provoque chaque jour un nouveau débat et, ce faisant, il en vient à irriter le pays. On peut douter du fait qu’il réussisse à unir une France divisée avec une telle façon de gouverner », commentait ainsi la Süddeutsche Zeitung, le 12 avril.
Le quotidien munichois de centre gauche ne remettait pas pour autant en cause le fond de la politique de M. Macron, estimant par ailleurs que celui-ci avait jusqu’à présent plutôt réussi son pari réformateur. « Cette stratégie des gros chantiers ouverts les uns après les autres pourrait se retourner contre Macron s’il parvenait à monter tout le monde contre lui au même moment et, ce faisant, réussissait à créer contre lui une alliance dont rêvent ses opposants. Il semble toutefois que la France soit encore loin d’avoir un tel front uni contre son président. »



                            


                        

                        


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Vu de Londres, Macron a dérobé aux Britanniques leur « relation spéciale » avec les Etats-Unis

Un an après son arrivée au pouvoir, comment Emmanuel Macron est-il perçu à l’étranger ? Tour d’horizon de Scandinavie au Brésil en passant par les Etats-Unis.



Le Monde
 |    07.05.2018 à 12h37
 • Mis à jour le
07.05.2018 à 13h48
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            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



   


Même les images de voitures en feu lors de la manifestation du 1er-Mai à Paris, même les échos de Mai 68 dans les protestations antisélection des étudiants français laissent les médias britanniques de marbre. Ils n’ont d’yeux que pour l’hôte de l’Elysée. Un an après l’élection d’Emmanuel Macron, la force de séduction du président français, son audace à damer le pion aux Britanniques dans sa relation avec Donald Trump et, pour les tabloïds, la « glamorous » Brigitte, continuent de nourrir la chronique d’une France en pleine renaissance au moment où les incertitudes du Brexit plombent l’ambiance au Royaume-Uni.
Il faut le sérieux et macronphile Financial Times pour se demander, en couverture de son magazine de fin de semaine, si « un homme peut vraiment changer la France ». Après avoir décrit « la présidence la plus centralisée et la plus technocratique que la France ait connue depuis 1945 » sous la houlette du « leadeur français le plus jeune depuis Napoléon », le journal pro-européen et libéral balance entre admiration et inquiétude. « Les ouvriers, qui ont largement voté pour Le Pen, ne sont pas attirés vers Macron. La colère est encore là, remarque-t-il. Il reste [à M. Macron] à démontrer sa capacité à tirer les classes populaires hors de l’influence des extrêmes. »
Si les grèves qui secouent la France intéressent peu les Britanniques (sauf quand elles perturbent leurs déplacements sur le continent), le succès américain d’Emmanuel Macron et sa capacité à profiter du retrait britannique lié au Brexit les laissent pantois. « M. Macron, un mondialiste de gauche issu d’un pays d’intellectuels snobs, s’est positionné au plus près d’un président qui défend “l’Amérique d’abord” », s’est étranglé le Telegraph, quotidien conservateur et europhobe, lors de la récente visite aux Etats-Unis du président français.
Fini la « special relationship » du Royaume-Uni avec Washington, place à la « relation spéciale » (en français dans le texte) entre MM. Macron et Trump, a éditorialisé le même journal. « La visite d’Etat de M. Macron [à Washington] est un coup d’autant plus extraordinaire, a-t-il noté, qu’il a lieu dans le contexte du Brexit que M. Trump considérait comme annonciateur de sa propre élection. » Le Times, conservateur lui aussi mais plus ouvert à l’Europe, a qualifié l’épisode américain de « succès sans mélange pour le prestige français et le propre statut [de M. Macron] de nouveau visage de l’Europe ».
Un « trophée en matière de flatterie »
L’annonce, tant attendue par Theresa May, de la visite de travail que le président américain doit effectuer, le 13 juillet, au Royaume-Uni, n’a procuré qu’une relative consolation. « Macron est devenu le principal homme d’Etat européen doté d’une vision mondiale et d’une politique étrangère active, estime Peter Ricketts, ancien chef du Foreign office et ancien ambassadeur en France. Pendant que le Brexit consomme toute l’énergie politique à Londres, la Grande-Bretagne contribue peu au règlement des crises actuelles. Cela ne peut que diminuer notre influence dans le monde et à Washington. »
Plusieurs journaux britanniques décernent à M. Macron un « trophée en matière de flatterie » à l’égard de Donald Trump et remarquent que le président français n’a probablement pas fait fléchir ce dernier sur l’Iran ou le climat. Mais le Times crédite le chef de l’Etat d’avoir « rappelé au monde qu’un désaccord constructif avec M. Trump n’est pas impossible ». Et The Observer, hebdomadaire de gauche, estime que M. Macron « mérite des éloges » pour avoir défendu le multilatéralisme et « la vision française d’un ordre mondial progressiste, démocratique, fondé sur la coopération et sur le droit ».

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Certes, le « faux pas » linguistique du président français qui, le 2 mai, à Sydney, a remercié en anglais le président australien et sa « délicieuse femme » pour leur accueil en utilisant le mot « delicious » réservé en anglais à la nourriture, a fait ricaner bien des commentateurs britanniques. Mais les plus honnêtes ont reconnu que bien peu de responsables britanniques étaient capables de prononcer le moindre discours, même de remerciement, dans une langue étrangère.

Emmanuel Macron vu d’ailleurs
Le Monde publie une série d’articles pour analyser la perception du président français hors de l’Hexagone :

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