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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Un long travail d’écoute de ses concitoyennes noires a permis à l’écrivaine de rendre compte, dans « Mille petits riens », du racisme institutionnel aux Etats-Unis.
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La romancière Jodi Picoult se met à la place d’une Afro-Américaine

Un long travail d’écoute de ses concitoyennes noires a permis à l’écrivaine de rendre compte, dans « Mille petits riens », du racisme institutionnel aux Etats-Unis.



Le Monde
 |    05.05.2018 à 09h00
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Mille petits riens (Small Great Things), de Jodi Picoult, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Chabin, Actes Sud, 592 p., 23,50 €.

Quand la romancière américaine Jodi Picoult achève Mille petits riens, en mars 2016, elle s’attend à des réactions négatives. L’auteure de best-sellers (Le Pacte, Ma vie pour la tienne, Presses de la Cité, 1999, 2006 ; La Tristesse des éléphants, Actes Sud, 2017), née à Long Island en 1966, pense avoir pris un risque en abordant la question du racisme dans l’Amérique d’aujourd’hui. « Des personnes de couleur me reprocheront sans doute d’avoir choisi un sujet qui ne m’appartient pas. Des Blancs me reprocheront de les accuser de racisme », anticipe-t-elle dans la postface. Mais ce sera pire.
« Mon roman est paru un mois avant l’élection de Donald Trump [novembre 2016], qui avait construit sa campagne sur la division et la haine, explique-t-elle au “Monde des livres”. J’ai reçu des commentaires dont la fréquence et la violence m’ont surprise. La plupart venaient de lecteurs blancs. Certains m’accusaient de “trahir ma race”. » La possibilité d’une pareille critique ne l’avait pas effleurée. Ce qui l’a longtemps empêchée d’écrire sur le racisme est la question de sa légitimité.

En 1996, Picoult s’y essaye une première fois, après avoir lu l’histoire d’un policier noir que des collègues avaient tué par erreur lors d’une intervention. « Je voulais parler de l’injustice vécue par les Afro-Américains dans mon pays, mais tout sonnait faux. Avais-je le droit de raconter cette histoire ? Il m’a paru plus simple de ne pas le faire plutôt que d’essayer de comprendre pourquoi je n’y arrivais pas. »
Raconter l’histoire selon trois points
Le sujet la rattrape à l’occasion d’un autre épisode. En 2013, à Flint (Michigan), un hôpital interdit à une infirmière afro-américaine...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ « La Matinale du Monde » publie chaque samedi un strip de la dessinatrice Nancy Péna.
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Article sélectionné dans La Matinale du 04/05/2018
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« Le chat Madame, grand reporter », par Nancy Péna (épisode 45)

« La Matinale du Monde » publie chaque samedi un strip de la dessinatrice Nancy Péna.



Le Monde
 |    05.05.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
05.05.2018 à 07h06
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ L’historienne Christine Peltre a composé une anthologie richement illustrée de l’essor du tourisme pendant la période coloniale.
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Sélection livre d’art : Quand les « indigènes » d’Afrique du Nord étaient pittoresques

L’historienne Christine Peltre a composé une anthologie richement illustrée de l’essor du tourisme pendant la période coloniale.



Le Monde
 |    04.05.2018 à 16h21
    |

                            Philippe Dagen








                        



   


D’une part, les archives rassemblées par le collectionneur Pierre de Gigord : photographies, cartes postales, affiches, prospectus et dépliants, qui datent de la période coloniale en Afrique du Nord, de la conquête de l’Algérie (1830) à son indépendance (1962), en passant par les protectorats en Tunisie et au Maroc. D’autre part, une anthologie d’articles, romans, livres d’histoire et de géographie, mémoires et guides contemporains de ces images. Entre eux, l’art du montage de l’historienne Christine Peltre, spécialiste de l’orientalisme, qui fait apparaître une unité de ton : celle de la présence coloniale française, sereine, sûre d’elle, de son bon droit et de ses bienfaits. Les « indigènes » sont pittoresques et conformes aux stéréotypes. Deux fonctions principales pour les hommes : chameliers ou cavaliers de fantasia. Et deux pour les femmes : passantes voilées ou prostituées des « quartiers réservés ». Autre intérêt du livre, il montre comment s’organise le tourisme, avec ses thèmes préférés : le soleil, le Sahara et ses oasis, les vestiges de l’Afrique romaine, l’architecture musulmane à Kairouan et Tlemcen. Quelques phrases d’observateurs lucides – André Gide et Louis Bertrand – viennent, en contrepoint de la rhétorique officielle, suggérer que quelques-uns se sont assez vite doutés que l’histoire ne pouvait que mal finir.
Le Voyage en Afrique du Nord. Images et mirages d’un tourisme, de Christine Peltre, Bleu autour, 232 p., 28 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ L’académie suédoise est en crise depuis novembre 2017. Dix-huit femmes accusent le mari d’une des académiciennes de viols et d’agressions sexuelles.
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Le prix Nobel de littérature en 2018 reporté d’un an

L’académie suédoise est en crise depuis novembre 2017. Dix-huit femmes accusent le mari d’une des académiciennes de viols et d’agressions sexuelles.



Le Monde
 |    04.05.2018 à 09h19
 • Mis à jour le
05.05.2018 à 06h31
    |

                            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








                        



   


Quand ils sont sortis de leur réunion hebdomadaire, jeudi 3 mai au soir, bras dessus, bras dessous, dans les rues du quartier de la vieille ville à Stockholm, les académiciens affichaient des mines réjouies. Les Suédois en ont donc conclu que le prix Nobel de littérature 2018, dont le sort était à l’ordre du jour de la rencontre, était sauvé.
D’où la stupeur, vendredi matin, quand le communiqué de presse est tombé à 9 heures, annonçant que la récompense ne serait pas décernée cette année, mais reportée à l’année prochaine, et attribuée en même temps que le prix 2019.
Les académiciens expliquent leur décision par la « crise de confiance » traversée par l’institution et leur insuffisance numéraire. Depuis les démissions en série et l’éviction de la secrétaire perpétuelle, Sara Danius, les sages ne sont plus que dix sur dix-huit. Ils évoquent aussi le travail de reconstruction à mener, après ces mois de troubles – un « travail sur le long terme et en profondeur », souligne Anders Olsson, secrétaire perpétuel par intérim.
Dix-huit femmes accusaient le mari d’une des académiciennes de viols et d’agressions sexuelles
Ce n’est pas la première fois que le prix Nobel de littérature n’est pas décerné. Depuis 1901, il a été annulé à sept reprises : en 1914, 1918, 1935 et pendant la seconde guerre mondiale. Il a également été reporté cinq fois.
Mais le contexte est bien différent cette année, puisque c’est la légitimité même de l’académie suédoise qui est en cause et sa gestion d’une crise historique, qui a débuté en novembre 2017, en plein mouvement #metoo. Dix-huit femmes accusaient le mari d’une des académiciennes de viols et d’agressions sexuelles. Un Français, Jean-Claude Arnault, 71 ans, directeur d’un lieu d’expositions culturelles dans la capitale du royaume. Un audit, mené par un cabinet d’avocats, a depuis révélé que l’académie lui versait de généreuses subventions. Le parquet financier a ouvert une enquête.

        Lire aussi le récit :
         

          L’Académie suédoise s’enfonce dans la crise



Réputation entachée
La décision d’annuler l’attribution du prix Nobel de littérature semble donc logique. D’abord, parce que le travail de préparation, mené au sein du comité Nobel, formé d’un petit groupe d’académiciens, aurait déjà dû être bien avancé, pour un prix traditionnellement décerné à la fin du mois d’octobre. Ce n’était pas le cas, alors que plusieurs des membres du comité ont quitté leur fauteuil.
Maintenir la récompense présentait aussi des risques. Rien ne garantissait que le lauréat potentiel se déplace à Stockholm, pour venir y recevoir son prix des mains d’une institution à la réputation entachée. Il aurait même pu le refuser. Après l’esclandre causé par le chanteur Bob Dylan, lauréat 2016, aux abonnés absents lors de la cérémonie des Nobels, les académiciens ne pouvaient prendre ce risque.

        Lire aussi :
         

                Comprendre la crise qui secoue l’Académie suédoise



Le report du prix 2018, cependant, est loin de mettre un terme à la crise. D’abord, parce qu’il va falloir trouver des remplaçants aux sages qui ont décidé de partir. Jeudi, le roi, Carl XVI Gustaf, protecteur de l’institution, a annoncé une modification du règlement, permettant aux démissionnaires de la quitter définitivement. Jusqu’à présent, ils ne pouvaient être remplacés qu’après leur mort, ce qui aurait conduit à une paralysie de l’institution.
Or trouver des candidats ne sera pas aisé. Car de nombreux intellectuels et écrivains suédois ont pris parti pour un des deux camps qui s’opposent – majoritairement d’ailleurs pour les académiciens qui ont claqué la porte, protestant contre l’immobilisme de ceux qui sont restés, dont certains continuaient de nier la gravité de la crise, il y a quelques jours.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Tous les vendredis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.
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Article sélectionné dans La Matinale du 03/05/2018
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« Pop Corn », par Salch (épisode 32)

Tous les vendredis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.



Le Monde
 |    04.05.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
04.05.2018 à 07h04
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Le biologiste et philosophe relit l’« Ethique » à la lumière des récents résultats des sciences cognitives.
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Henri Atlan dans le cerveau de Spinoza

Le biologiste et philosophe relit l’« Ethique » à la lumière des récents résultats des sciences cognitives.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
03.05.2018 à 08h38
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Cours de philosophie biologique et cognitiviste. Spinoza et la biologie actuelle, d’Henri Atlan, Odile Jacob, 636 p., 35 €.

Spinoza est à la mode. Celui dont Hegel raillait la « splendeur orientale » et dont Heidegger prononçait à peine le nom est aujourd’hui un totem des nouvelles radicalités, un ultra-contemporain. Cette popularité laisse rêveur, quand on sait que ce penseur amstellodamois (1632-1677) n’a produit qu’une œuvre relativement brève, qui aurait fort bien pu être rangée dans le corpus des « petits cartésiens », malgré d’autres influences (celle de Maïmonide par exemple).
Un coup d’œil à ses traités politiques, loin de révéler en lui un prérévolutionnaire, montre qu’il perpétue l’attitude hautaine des classiques vis-à-vis d’un peuple considéré comme indécrottablement empreint de superstitions, plus à contenir qu’à affranchir, et que, quand il théorise la liberté de penser, il ne la destine qu’à une poignée de philosophes. Ses œuvres principales nous mènent donc loin de Nuit debout et des insurgés qui ont fait de Spinoza un drapeau.
En France, l’école spinoziste est ancienne. Depuis l’excellent commentaire de l’Ethique dû à Martial Guéroult (1891-1976 ; Aubier, 1968-1974), certains tenants de la « pensée critique », Gilles Deleuze au premier chef (Spinoza et le problème de l’expression, Minuit, 1968), se sont penchés sur cette philosophie. La réflexion s’est déplacée, au XXe siècle, vers une interprétation centrée sur la politique. Elle est menée par les anciens élèves de Louis Althusser, marxistes ou postmarxistes, comme Pierre Macherey ou Etienne Balibar.
Le livre que publie ce dernier en est une illustration. Intitulé Spinoza politique. Le transindividuel (PUF, 576 p., 27 €), ce recueil d’articles étudie, entre autres, la « crainte des masses » chez Spinoza, et la gestation de l’idée démocratique par la limitation du pouvoir...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Non ! De l’esprit de révolte », de Vincent Delecroix.
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Figures libres. Mille façons de dire « non », plus une

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Non ! De l’esprit de révolte », de Vincent Delecroix.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h30
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Non ! De l’esprit de révolte, de Vincent Delecroix, Autrement, « Les grands mots », 278 p., 19 €.

Voilà le mot du monde le mieux partagé. Souvent le premier vocable que les enfants comprennent, puis reprennent, quand ils découvrent la possibilité de retourner les refus qu’on leur impose. Manière d’exister, de se poser en s’opposant, le non est partout. C’est pourquoi il a déjà été célébré de mille manières : fondement de la pensée, marque de la liberté, indice de la révolte individuelle, vecteur de la rébellion collective… A force, un véritable conformisme du rejet s’est installé. Face à cette obligation nouvelle de désobéir et de contester, on sera enclin à dire « non », si l’on veut conserver quelque indépendance. Curieux dilemme : trop dire « oui » au non conduit à devoir dire « non » au non. Sommes-nous condamnés à tourner en rond ?
Plus qu’un mot, un acte
Tel est, grosso modo, le point de départ de l’ample et dense méditation du philosophe Vincent ­Delecroix dans son nouvel essai – intitulé, on n’en sera pas surpris, Non ! Le spécialiste de Kierkegaard (1813-1855), maître de conférences à l’Ecole pratique des hautes études, également romancier (Tombeau d’Achille ou Ascension, Gallimard, 2008 et 2017), passe cette fois en revue les multiples registres où le non vient faire intrusion, rompant la mécanique des enchaînements, arrachant à l’engrenage des routines. Il met ainsi en lumière – dans le champ de la parole, de l’interlocution, du politique – les paradoxes générés par ce terme qui, plus qu’un mot, se révèle un acte. Cette négation produit grandeurs et servitudes en tout genre.
Ce panorama des mille non ne manque pas de relief ni de profondeur. Sa principale singularité réside dans le point de vue adopté par Vincent Delecroix. A juste titre, il refuse les issues simplistes : opposer « camp du oui » et « camp du non », faire triompher naïvement le « oui à la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ En étudiant un parcours singulier, l’historienne Florence Buttay montre la complexité des relations entre chrétiens et musulmans à la Renaissance.
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Un électron libre dans la Méditerranée connectée du XVIe siècle

En étudiant un parcours singulier, l’historienne Florence Buttay montre la complexité des relations entre chrétiens et musulmans à la Renaissance.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h30
    |

                            Claire Judde de Larivière (Historienne et collaboratrice du Monde des livres)








                        



                                


                            
Histoire véridique de l’imposteur Giorgio del Giglio, qui renia la foi chrétienne et prétendit servir Soliman le Magnifique, de Florence Buttay, Payot, « Histoire », 300 p., 21 €.

Imposteur, bonimenteur, affabulateur, camelot de l’information politique, propagateur de « fake news » avant l’heure : telles sont quelques-unes des qualités de l’énigmatique Giorgio del Giglio, originaire de Toscane mais issu d’une famille de juifs de Salamanque, né selon ses dires en 1507 et mort vers 1580, après avoir traversé la Méditerranée dans tous les sens, avoir été sept fois captif, s’être converti à l’islam puis être revenu au christianisme, avoir servi de janissaire auprès des Turcs et d’informateur pour les Médicis. Il est l’un de ces nombreux passeurs qui sillonnent l’espace méditerranéen à l’époque moderne, aux côtés des traducteurs, trafiquants, esclaves et espions qui accompagnent la circulation des marchandises, des informations et des idées.
Univers perméables
Si nous avons tous été marqués par La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II (Armand Colin, 1949), œuvre magistrale de Fernand Braudel (1902-1985), nous savons aujourd’hui que la représentation d’un espace en tension entre un monde musulman dominé par l’Empire ottoman et un monde chrétien guidé par l’Empire espagnol doit être fortement nuancée. Car si le XVIe siècle a certes été rythmé par les conflits et les guerres entre ces deux pôles antagoniques, il a aussi vu s’intensifier les circulations et les contacts entre des univers perméables et dont les cultures se construisaient dans les échanges et la réciprocité.
Les aventures rocambolesques de Giorgio del Giglio en sont une parfaite illustration, et Florence Buttay en a tiré un ouvrage habile et captivant, sur les pas de ce voyageur prolixe, prompt à raconter ses vicissitudes, quitte à les inventer largement. La question n’est pas pour autant de...




                        

                        


<article-nb="2018/05/05/19-9">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Dans « Dieu ne tue personne en Haïti », l’écrivain américain donne à voir et à entendre comme rarement la réalité du pays caribéen.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Mischa Berlinski conte Haïti, terre de malheurs et d’histoires

Dans « Dieu ne tue personne en Haïti », l’écrivain américain donne à voir et à entendre comme rarement la réalité du pays caribéen.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h15
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Dieu ne tue personne en Haïti (Peacekeeping), de Mischa Berlinski, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Renaud Morin, Albin Michel, 512 p., 23,90 €.

Comprendre ce qui nous pousse vers l’ailleurs. Saisir les motivations qui se cachent derrière la curiosité apparente, ce que cette appétence révèle de la nature humaine. Telle est l’énigme que creusent les fictions du journaliste new-yorkais ­Mischa Berlinski. Son premier roman, Le Crime de Martiya Van der Leun (Albin ­Michel, 2010), imaginait son double, un jeune pigiste en Thaïlande, qu’obsédait le meurtre d’un missionnaire chrétien commis par une anthropologue. Finaliste du National Book Award, le livre témoignait de son talent de conteur. Sa manière de s’effacer derrière ses personnages – dont les caractères se révèlent par un formidable jeu de miroirs – et de donner à voir et à entendre la réalité d’un pays, plutôt que de se mettre lui-même en scène, sont autant de qualités qui font la réussite de son deuxième roman.

Dieu ne tue personne en Haïti est né du séjour de Berlinski dans ce pays caribéen. L’auteur y a suivi sa compagne, employée civile de la Mission des Nations unies, déployée après le coup d’Etat et l’exil du président Aristide en 2004. Il a également été témoin du séisme de 2010. Mais cette expérience-là n’est pas au cœur du roman. Ce que rapporte le narrateur anonyme – il présente de nombreux points communs avec l’auteur –, ce sont les malheurs du pays et les histoires que les gens se racontent pour les supporter. Il y a celle de Terry White, shérif républicain au chômage, et de Kay, ex-agent immobilier, un couple originaire de Floride qui a tout perdu dans la crise des subprimes. A Haïti, où Terry a été recruté par la police de l’ONU, ils croient avoir trouvé la nouvelle frontière de leur rêve américain. Il y a aussi la fable du juge Johel Célestin, un jeune Haïtien de New York, qui annule son mariage pour sauver...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Pour « Le Poisson », le romancier russe a créé un remarquable personnage, Véra, infirmière russe en Asie centrale, autour de laquelle l’URSS se disloque.
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Piotr Alechkovski abandonne le Tadjikistan

Pour « Le Poisson », le romancier russe a créé un remarquable personnage, Véra, infirmière russe en Asie centrale, autour de laquelle l’URSS se disloque.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h15
    |

                            Elena Balzamo (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Le Poisson (Ryba. Istoriya odnoy migratsii), de Piotr Alechkovski, traduit du russe par Ekaterina Cherezova, Macha, 304 p., 19,90 €.

En russe, le poisson (ryba) est du genre féminin. Appliqué à une femme, le mot suscite les mêmes associations qu’en français : une créature froide, insensible, un brin visqueuse, voire repoussante. Ryba est le surnom de l’héroïne, qui raconte sa vie dans le roman de Piotr Alechkovski (né en 1957), le second à être traduit en français (après Le Putois, Fayard, 1999). Une vie qui n’a rien d’un long fleuve tranquille et qui s’apparente plutôt à un mince ruisseau que l’aridité du climat, constamment, menace de dessécher. Commencée dans les steppes du Tadjikistan, ex-république soviétique d’Asie centrale, elle s’achèvera à Moscou, après un périple de milliers de kilomètres qui durera plusieurs années. Rien ne sera épargné à cette infirmière qui, sans trop se demander pourquoi ni comment, arrive à soulager les peines des autres, tandis que personne au monde ne songe à alléger les siennes : deuils d’enfance, mariage malheureux, perte d’un fils, exil – tout cela sur fond d’une misère endémique, qu’aucun travail, aucune abnégation ne parviennent à diminuer.
Trahie, abandonnée, méprisée, violentée, elle n’a qu’une arme pour se défendre : la bonté. Sans être croyante (bien que son prénom, Véra, signifie « foi »), elle met quotidiennement en pratique le précepte évangélique : plutôt tendre l’autre joue que frapper l’agresseur. D’où son apparente impassibilité, que tout le monde prend pour de l’insensibilité et qui lui vaut les sarcasmes et le mépris. En paroles comme en actes, cette femme se refuse à toute violence : le mal ne passera pas par elle, elle n’en augmentera pas la quantité dans le monde, pas d’une once ! Cette bonté, qu’elle paie si cher, fait d’elle une sœur cadette des personnages rédempteurs de Dostoïevski et une petite cousine du Platon Karataev de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.
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Trans|Poésie. Suites…

Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h15
    |

                            Didier Cahen








                        



   


Un papillon blanc
Traverse la pluie de printemps
Sans même retrousser ses manches
§
Une fois n’est pas coutume
L’âne sauvage des déserts
Précède les tortues éléphants kangourous
§
Voix dans les broussailles…
La vieille voisine est morte
On dresse l’état des lieux
Confirmation de la belle santé de la poésie coréenne avec le nouveau recueil de Ra Hee-duk (née en 1966). La préface de Jean-Michel Maulpoix décrit très subtilement « le trouble perceptif que le poète jette dans l’esprit du lecteur, tel ce point noir qui marque le ver à soie ».
Précieuse Valérie Rouzeau (née en 1967). On reconnaît entre toutes son écriture limpide et singulière quand elle demande au Père Noël un bon silence, le vide ou un grand rien pour bien mettre les pendules à l’heure !
Passez la couverture, oubliez le titre et la mention « Haïkus ». Les courts poèmes de Danièle Faugeras (née en 1945), poète, éditrice, traductrice, sont de petites merveilles, des instantanés bien réglés qui ciblent le quotidien et prennent la vie au mot.
Le Ver à soie marqué d’un point noir, de Ra Hee-duk, traduit du coréen par Kim Hyun-ja, Cheyne, « D’une voix l’autre », µ 144 p., 23 €.
Sens averse (répétitions), de Valérie Rouzeau, La Table Ronde, 144 p., 16 €.
A chaque jour suffit son poème. Haïkus, de Danièle Faugeras, Pippa, 68 p., 15 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Grand classique, « Quand Hitler s’empara du lapin rose », où l’écrivaine et illustratrice pour la jeunesse raconte l’exil familial de Berlin à Londres en 1933-1935, reparaît.
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Judith Kerr, la petite fille qui fuyait devant les nazis

Grand classique, « Quand Hitler s’empara du lapin rose », où l’écrivaine et illustratrice pour la jeunesse raconte l’exil familial de Berlin à Londres en 1933-1935, reparaît.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h15
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            
Quand Hitler s’empara du lapin rose (When Hitler Stole Pink Rabbit), de Judith Kerr, traduit de l’anglais par Boris Moissard, Albin Michel Jeunesse, 316 p., 14 €. Dès 11 ans.

Réédité chez Albin Michel plus de trente ans après sa parution à L’Ecole des loisirs, en 1985, Quand Hitler s’empara du lapin rose n’est en aucun cas une histoire animalière, comme il en existe tant dans la littérature de jeunesse. Le rongeur en question n’en est d’ailleurs pas un, mais une peluche aux yeux de broderie noire et à la fourrure fanée, émouvante dans sa façon de « refuser la station debout ».
Anna a 9 ans en cette année 1933 quand, dans la précipitation à remplir sa valise, elle préfère emporter avec elle un chien en chiffon plutôt que ce lapin élimé. Adolf Hitler a accédé au pouvoir en Allemagne, il faut faire vite. Le père d’Anna, un écrivain juif dont les ouvrages seront bientôt brûlés en public, a pris les devants en quittant Berlin pour rejoindre la Suisse. Anna, son frère Max et sa mère s’apprêtent à sauter dans un train pour le retrouver.
Un lectorat adulte
Commence un long exil qui se poursuivra en France puis à Londres, où Judith Kerr – Anna, dans ce roman autobiographique – vit toujours aujourd’hui. Agée de 94 ans, l’auteure et illustratrice était de passage à Paris à la fin du mois d’avril pour accompagner le retour en librairie de ce grand classique de la littérature britannique, presque aussi célèbre que son best-seller Le Tigre qui s’invita pour le thé (1968 ; Albin Michel, 2017), un album vendu à 10 millions d’exemplaires dans le monde. A la différence de celui-ci, la grande spécificité de Quand Hitler s’empara du lapin rose est d’avoir su séduire un lectorat adulte, en plus du jeune public auquel il était initialement destiné.

A l’origine, il y a la volonté de Judith Kerr de raconter à ses propres enfants ce que fut son enfance. Peintre de formation,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Avec « Haute couture », l’académicienne traque le secret des robes extravagantes dont le peintre revêtait ses saintes au XVIIe siècle.
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Florence Delay sur les traces du mystère Zurbaran

Avec « Haute couture », l’académicienne traque le secret des robes extravagantes dont le peintre revêtait ses saintes au XVIIe siècle.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
03.05.2018 à 16h33
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Haute couture, de Florence Delay, Gallimard, 112 p., 12 €.

De sainte Casilda de Tolède, on ne sait guère que le miracle que cette jeune fille accomplit quelque part vers l’an 1000. La ville était alors capitale religieuse de l’Espagne islamique, dirigée par son père, le puissant Yahia ibn Ismail Al-Mamun. Bravant les interdits, ­Casilda rendait visite aux prisonniers chrétiens, leur prodiguant à la dérobée des soins, et leur apportant de la nourriture. L’ayant appris et sachant aussi qu’elle allait demander le baptême, l’émir l’arrêta un jour alors qu’elle allait vers la prison. « Que caches-tu dans ta robe ? – Rien que des fleurs », répondit-elle. Et en effet, des plis de l’étoffe, en place des pains jaillit une brassée de roses. Singulière intervention divine récompensant sa charité.
Du Louvre au Palazzo Bianco
Sainte Casilda a été peinte en 1635 par Francisco de Zurbaran. La toile est exposée à Madrid, au Musée Thyssen-Bornemisza. Elle fait partie de la troublante galerie de tableaux du maître sévillan que nous fait découvrir Florence Delay dans Haute couture. Des portraits de saintes représentées sous les traits de très jeunes filles, toujours somptueusement vêtues. Pour des couvents, ceux d’Espagne, mais aussi pour ceux des Amériques, Zurbaran en a réalisé un grand nombre.
Florence Delay s’est attachée à une quinzaine d’entre eux, dispersés entre les collections du Louvre ou du Prado, de la National Gallery de Londres ou de Dublin, du ­Musée Fabre de Montpellier ou du ­Palazzo Bianco de Gênes. Jeu de piste. L’académicienne les fait se rejoindre d’un souvenir de jeunesse à une émotion furtive, une rencontre, une fragile rêverie.

Elisabeth de Portugal, si généreuse envers les démunis qu’elle est accusée de piller la cassette royale, voit, comme Casilda, son secourable butin se transformer en roses, à la grande confusion de celui qui a voulu la prendre sur le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Romans, BD, récits, anthropologie, SF, essai littéraire, thriller, recueils… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 4 mai 2018.
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Livres en bref

Romans, BD, récits, anthropologie, SF, essai littéraire, thriller, recueils… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 4 mai 2018.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h00
    |

                            François Angelier (Collaborateur du "Monde des livres"), 
Frédéric Potet, 
                                Florent Georgesco, 
                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
Raphaëlle Leyris, 
                                Ariane Singer (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Florence Noiville, 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Philippe-Jean Catinchi, 
                            Monique Petillon (Collaboratrice du "Monde des livres") et 
                            Nils C. Ahl (Collaborateur du "Monde des livres")








                        



                                


                            Anthropologie. La ville des migrants
La Jungle de Calais. Les migrants, la frontière et le camp, sous la direction de Michel Agier, PUF, 224 p., 19 €.
Il est des records moins glorieux que d’autres, comme celui de compter sur son territoire le plus grand bidonville d’Europe. C’est en effet en France, sur un terrain marécageux, coincé entre une zone industrielle classée Seveso et la mer, que plus de 10 000 personnes, dont des centaines de mineurs isolés, ont vécu d’avril 2015 à octobre 2016. La « jungle » de Calais, objet de l’enquête dirigée par l’anthropologue Michel Agier, avant d’être une caricature de sauvagerie exotique, a d’abord été un lieu de cristallisation politique et humanitaire. Son démantèlement au début de la campagne présidentielle devait supprimer les problèmes « en faisant disparaître les migrants eux-mêmes ». Ce petit livre montre comment, face au désengagement de l’Etat, Afghans, Soudanais, Kurdes, Erythréens, Ethiopiens, Syriens et Egyptiens sont parvenus, avec l’aide de nombreux bénévoles puis d’ONG internationales, à rendre l’éphémère acceptable. Avec des restaurants, des commerces, une mosquée, une église, une école, un jardin d’enfants ou une bibliothèque, ce bidonville, situé à 30 minutes à pied de Calais, était devenu une ville. Autrement dit, les « migrants s’inventaient eux-mêmes la ville hospitalière en France que le gouvernement leur refusait ». A. Bo.
BD. Christin, choses vues

Est-Ouest, de Philippe Aymond (dessin) et Pierre Christin (scénario), Aire libre, 136 p., 26 €.
Créateur de Valérian avec Jean-Claude Mézières, pionnier de la bande dessinée politique avec Enki Bilal, mais aussi écrivain, journaliste et universitaire, Pierre Christin ne pouvait échapper à l’exercice de l’autobiographie, même s’il s’est longtemps juré le contraire. A 79 ans, le scénariste contourne l’obstacle à travers un ensemble de « choses vues »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Claro est séduit par l’intelligence des « proseries » de Lambert Schlechter.
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Le feuilleton. Fredonner au bout d’un clou

Claro est séduit par l’intelligence des « proseries » de Lambert Schlechter.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h00
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Une mite sous la semelle du Titien. Le murmure du monde 7, de Lambert Schlechter, Tinbad, « Poésie », 148 p., 16 € (en librairie le 5 mai).

Quelle pourrait bien être la plus petite unité littéraire ? Le mot ou la phrase ? Le paragraphe ou la page ? A partir de combien de fleurs absentes peut-on parler d’idée de bouquet ? Existe-t-il un seuil en dessous duquel l’écriture peine à tenir, un autre au-dessus duquel elle s’estime de plain-pied ? La question de la forme est-elle une question d’endurance ? Le fait est que, pour quiconque décide de plier le temps à la forme écrite, avant même d’avoir circonscrit un périmètre (sonnet, roman, nouvelle…), mettre la main au clavier revient à produire des unités, c’est-à-dire des blocs, des sections, des morceaux soumis au façonnage d’un souffle, d’un rythme.
Ainsi, on pourrait dire qu’il existe, parallèlement à la page concrète, celle que l’histoire papetière a baptisée A4 ou A5, comme s’il s’agissait d’énigmatiques coordonnées (un mot croisé ? un point isolé dans l’espace ?), une page abstraite (mais non moins réelle pour l’écrivain) : celle qu’il emplit d’un jet à la fois fluide et heurté, comme la première heure d’un jour, une sorte d’étalon ne présageant d’aucune structure, une matrice rétive aux descendances, mais lui permettant d’abattre toutes ses cartes en une fois – un va-tout joué en solitaire. Cette page tient de l’exercice, mais en surface seulement, car en elle s’ébat une liberté extrême – elle n’engage pas d’œuvre immédiate, étant pour ainsi dire simultanément recto et verso. Cette unité hautement personnelle, certains lui donnent un nom. Pour Lambert Schlechter, c’est « proserie », un terme un peu bâtard, pas très heureux en apparence, qui mêle « prose » et « causerie », mais où on peut également entendre « poésie », et pourquoi pas « poterie ». L’écrivain au clavier ? Il est devant son tour, et la forme, sous ses doigts,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ La chronique de Leïla Slimani, à propos de « Défense de nourrir les vieux », d’Adam Biles.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Premier roman. Mourir de rire

La chronique de Leïla Slimani, à propos de « Défense de nourrir les vieux », d’Adam Biles.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h00
    |

                            Leïla Slimani (Ecrivaine)








                        



                                


                            
Défense de nourrir les vieux (Feeding Time), d’Adam Biles, traduit de l’anglais par Bernard Turle, Grasset, « En lettres d’ancre », 528 p., 23 €.
Il y a quelques semaines, la situation dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes ­ (Ehpad) a brièvement fait la « une ». On y découvrait la manière parfois sordide dont sont traités nos aînés. La déchéance, la solitude, la souffrance. Un abandon qui dit tant sur l’état de notre société… et qui a été bien vite balayé par d’autres actualités. ­Pourtant, il y aurait tant à raconter sur ces lieux mystérieux que sont les maisons de retraite, sorte de « purgatoires » avant la destination finale. Adam Biles, jeune auteur britannique, s’y emploie dans Défense de nourrir les vieux. Mais on est bien loin ici du récit naturaliste ou de l’analyse sociologique. On pénètre au contraire dans un roman déjanté, corrosif et irrévérencieux, dans la grande tradition anglaise. Où l’humour noir se révèle la meilleure façon d’aborder des réalités insupportables.

Les Chênes verts, où se déroule cet explosif huis clos, est un manoir isolé dans la campagne, qui tient à la fois lieu de prison, de mouroir, d’asile d’aliénés et de grande demeure patrimoniale à l’abandon. La nouvelle venue Dorothy, dites Dott, va vite comprendre que les brochures qui l’ont poussée à s’inscrire ici sont mensongères. Qu’importe, elle veut y retrouver son mari, Leonard. Comme dans un pensionnat ou un lycée, elle s’intègre à une bande menée par le fringant Capitaine Ruggles, qui voit des Allemands et des soldats partout. Et qui se met en tête d’organiser bientôt une évasion.
Noires réalités
Adam Biles le sait bien, parler du monde des vieux, c’est se confronter à une culture du cliché, des phrases vidées de leur sens, au politiquement correct. A un monde « de Grandes platitudes » où l’on prétend que « la vie continue », que « le meilleur est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Comment leur patronyme fictif a libéré l’énergie créatrice de Gaëtane et Bernard Lamarche-Vadel. C’est le récit que fait la première dans « Le Double Nom ».
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Lamarche-Vadel, un détournement fécond

Comment leur patronyme fictif a libéré l’énergie créatrice de Gaëtane et Bernard Lamarche-Vadel. C’est le récit que fait la première dans « Le Double Nom ».



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h00
    |

                            Bertrand Leclair (Collaborateur du "Monde des livres")








                        


                                                        
Le Double Nom, de Gaëtane Lamarche-Vadel, Verticales, 128 p., 12,50 €.
Avec ce récit d’une très haute tenue, Gaëtane Lamarche-Vadel fait une entrée certes tardive en littérature, mais deux fois marquante. On croyait en effet savoir de quoi Lamarche-Vadel était le nom, qui renvoyait à l’œuvre du critique d’art et romancier Bernard Lamarche-Vadel (1949-2000). Il a pourtant fallu qu’ils soient deux, au départ, pour inventer ce nom ailé, et c’est l’envol d’un très jeune couple qui se raconte dans Le Double Nom : la création d’un patronyme comme une fiction agissante dans le bouillonnement intellectuel des années 1970.
Si c’est la première fois qu’elle s’avance en littérature, Gaëtane Lamarche-Vadel n’en est pas à son premier livre pour autant. Depuis De la duplicité. Les figures du secret au XVIIe siècle (La Différence, 1994), cette spécialiste du secret et de l’habitat a porté le nom du côté de la philosophie, mais aussi de l’engagement au sein de collectifs intellectuels : après avoir longtemps travaillé aux côtés de Félix Guattari pour le Centre d’études, de recherches et de formation institutionnelles (Cerfi), elle est aujourd’hui membre du comité de rédaction de la revue Multitudes.
L’approche savante qui en résulte n’est pas absente du Double Nom et participe de sa puissance d’attraction : entièrement écrit à la troisième personne, ce récit autobiographique avance d’abord à pas mesurés et précis pour mieux déployer l’histoire sensible et les effets durables de ce double nom inventé à 20 ans. Tous deux issus de familles lourdement patriarcales, Gaëtane Vadel et Bernard ­Lamarche ont trouvé dans l’association de leurs deux noms une ligne de fuite, ce qui fut immédiatement perçu comme une violente transgression par leurs géniteurs respectifs, un an après Mai 68. On pourrait aussi bien parler de détournement instinctif, opéré au moment où la jeune femme « rencontre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » propose aux lecteurs de « La Matinale » un choix de romans et d’essais.
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Article sélectionné dans La Matinale du 02/05/2018
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Un pavé, un polar, des nouvelles : de la lecture sous toutes ses formes

Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » propose aux lecteurs de « La Matinale » un choix de romans et d’essais.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
03.05.2018 à 17h38
   





                        



   


LES CHOIX DE LA MATINALE
Trois romans, un essai et des nouvelles... Voici nos cinq coups de cœur de la semaine.
ROMAN. « Comment un adolescent maniaco-dépressif inventa la Fraction Armée rouge au cours de l’été 1969 », de Frank Witzel
Dans la mare des célébrations de Mai-68, ce livre (1,127 kg, 990 pages) est un pavé au sens propre du terme. Mais c’est aussi une pierre dont on fait les cathédrales. Car c’est à ce genre d’édifice que fait penser cette œuvre magistrale bâtie autour de 98 chapitres comme autant de nefs, de transepts et de déambulatoires.
Il démarre sur les chapeaux de roue : une petite voiture NSU Prinz est prise en chasse par la police. A son bord, ni malfaiteurs ni terroristes, mais quatre adolescents paumés, armés d’un pistolet à eau. Le ton est donné : décalage et dérision acide. Nous n’assisterons pas à une reconstitution historique de l’émergence de la Fraction armée rouge (RAF) mais bien à une « invention », premier mot du titre en allemand. 
Celui qui s’invente terroriste est l’un de ces adolescents que la police a fini par rattraper. Quand on est accusé à tort, on est prêt à échafauder n’importe quoi pour faire plaisir aux accusateurs. Machine infernale où la religion joue un rôle clé, elle qui fournit sacrifices et martyrs à profusion. Chez ce héros en quête d’idéal, la confusion s’installe entre tous ceux qui semblent victimes d’une oppression.
Habilement, Witzel n’explique pas ce désarroi. Au contraire. Il lui laisse prendre, sous mille formes littéraires, tous les chemins que peut emprunter un cerveau fragile confronté à des vérités opposées. On passe ainsi de la narration à l’essai, de l’interrogatoire policier à la poésie mystique, du théâtre à la philosophie, de Michel Foucault à Jacques Derrida…
Ce roman, qui a connu un grand succès en Allemagne, est un monument majestueux répugnant aux grands-messes, mais où brille, à travers les vitraux de la mémoire, la trouble alchimie de ces années de plomb. Pierre Deshusses

   


« Comment un adolescent maniaco-dépressif inventa la Fraction armée rouge au cours de l’été 1969 » (Die Erfindung der Roten Armee Fraktion durch einen manisch-depressiven Teenager im Sommer 1969), de Frank Witzel, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Grasset, « En lettres d’ancre », 990 p., 29,90 €.
ROMAN. « Mille petits riens », de Jodi Picoult
Inspiré d’un fait divers, Mille petits riens imagine la chute de Ruth Jefferson, une infirmière afro-américaine empêchée par sa hiérarchie de s’occuper d’un bébé, à la demande du père de celui-ci, Turk Bauer, un suprémaciste blanc. Plus tard, Ruth se retrouve par hasard seule avec le nourrisson dont l’état de santé se dégrade brutalement, jusqu’à son décès. Les parents l’accusent de meurtre.
Le drame, puis le procès, sont décrits par trois narrateurs – Ruth, Turk et Kennedy, l’avocate commise d’office de l’infirmière. Leur passé éclaire le regard qu’ils portent sur l’affaire : le parcours exemplaire de Ruth, issue d’un milieu défavorisé ; l’enfance chaotique de Turk et son adhésion au suprémacisme ; la vie parfaite de Kennedy et la découverte de ses privilèges au contact de sa cliente.
A travers ce dispositif implacable, Jodi Picoult expose le vrai enjeu de son livre : montrer le fonctionnement du racisme institutionnel aux Etats-Unis et dessiller le regard du lecteur sur la place de chacun. Ce qu’elle réussit, indéniablement, dans ce roman dont la mécanique de page-turner mise au service d’une réflexion ambitieuse sur les rouages du racisme est autant sa force que sa faiblesse. Gladys Marivat

   


« Mille petits riens » (Small Great Things), de Jodi Picoult, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Chabin, Actes Sud, 592 p., 23,50 €.
ESSAI. « Histoires véridiques de l’imposteur Giorgio del Giglio, qui renia la foi chrétienne et prétendit servir Soliman le Magnifique », de Florence Buttay
Imposteur, bonimenteur, affabulateur : telles sont quelques-unes des qualités de l’énigmatique Giorgio del Giglio, né selon ses dires en 1507 et mort vers 1580, après avoir traversé la Méditerranée dans tous les sens, s’être converti à l’islam puis être revenu au christianisme. Il est l’un de ces nombreux passeurs qui sillonnent alors l’espace méditerranéen, accompagnant marchandises, informations, idées.
Florence Buttay a tiré de ces aventures un ouvrage habile et captivant, sur les pas d’un voyageur prompt à raconter ses vicissitudes, quitte à les inventer. La question n’est pas pour autant de savoir ce qui est vrai ou faux dans ses récits, mais plutôt de comprendre ce que ses impostures révèlent des sociétés dans lesquelles elles se déploient. Une plongée dans une Renaissance connectée, où les communications s’accélèrent. Claire Judde de Larivière

   


« Histoires véridiques de l’imposteur Giorgio del Giglio, qui renia la foi chrétienne et prétendit servir Soliman le Magnifique », de Florence Buttay, Payot, « Histoire », 300 p., 21 €.
ROMAN. « Power », de Michaël Mention
Préparez-vous à embarquer pour une odyssée faite de bruit et de fureur, d’espoirs et de trahisons, de lutte et de défaite. Dans Power, Michaël Mention relate l’histoire des Black Panthers. Créé en Californie au mitan des années 1960 par deux étudiants, le Black Panther Party for Self-Defense (BPP) est une organisation révolutionnaire : elle vise au renversement du système capitaliste et à l’émancipation des « sous-prolétaires » afro-américains.
Un discours aux multiples influences − Martin Luther King, Malcolm X, Mao Zedong, Frantz Fanon − qui essaime très vite dans les ghettos de tout le pays. Des marxistes noirs ? Inenvisageable dans cette Amérique à peine sortie de la ségrégation. La police fédérale (FBI) décide de les casser, par tous les moyens nécessaires, y compris illégaux.
Roman polyphonique où une militante, un infiltré et un policier blanc racontent ces années de plomb à l’américaine, Power s’empare d’un sujet délicat, la lutte contre le racisme d’Etat et le combat des Afro-Américains pour l’égalité et l’émancipation. Michaël Mention échappe à tous les pièges en portant un regard honnête, refusant de tomber dans l’écueil de l’hagiographie des Black Panthers. Ainsi, une scène de torture, particulièrement éprouvante, montre aussi les dérives violentes qu’a connues ce mouvement.
L’écriture « patchwork » de l’auteur, mêlant références musicales, cinématographiques et littéraires, colle parfaitement au BPP, qui a révolutionné une certaine Amérique, aussi bien politiquement que culturellement. Abel Mestre

   


« Power », de Michaël Mention, Stéphane Marsan, 452 p., 20 €.
NOUVELLES. « Le Tonneau magique », de Bernard Malamud
Feld le cordonnier aimerait marier sa fille avec un étudiant, et découvre que son employé (« Un réfugié, un homme fait, chauve et vieilli par ses malheurs, qui avait échappé de justesse aux crématoires d’Hitler ») est amoureux de celle-ci et que c’est la seule raison pour laquelle, depuis cinq ans, il accepte son salaire de misère (« Les sept premières années »).
Un tailleur maltraité par le sort rencontre un ange à la peau noire, mais tout ce qu’il y a de plus juif (« L’ange Levine »). Le concierge d’un immeuble se met à acheter à crédit chez l’épicier en face de chez lui jusqu’à ne pas pouvoir rembourser sa dette (« La facture »).
Toutes sortes de malheurs accablent les héros des nouvelles du Tonneau magique. Ils y font face avec courage et espoir, et puis, bientôt, avec résignation. Si ces textes ont le plus souvent pour décor des lieux sombres et confinés, ils impressionnent par la variété chatoyante de leurs tonalités et thématiques, et ouvrent sur des interprétations d’une profondeur admirable – presque infinie.
Dans ces treize textes, Bernard Malamud (1914-1986) interroge la liberté individuelle, le poids de l’histoire, la foi… En parvenant toujours à surprendre et émouvoir le lecteur – jusqu’à le marquer au fer rouge. Paru en 1959 aux Etats-Unis, couronné par le National Book Award, ce merveilleux recueil constitue une porte d’entrée idéale dans l’œuvre d’un écrivain en voie de redécouverte en France. Raphaëlle Leyris

   


« Le Tonneau magique » (The Magic Barrel), de Bernard Malamud, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun, Rivages, 250 p., 21 €.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Avec « Comment un adolescent maniaco-dépressif inventa la Fraction armée rouge au cours de l’été 1969 », l’écrivain livre le roman déjanté de la jeunesse allemande des années 1960-1970.
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Frank Witzel tient l’Allemagne à portée de tir

Avec « Comment un adolescent maniaco-dépressif inventa la Fraction armée rouge au cours de l’été 1969 », l’écrivain livre le roman déjanté de la jeunesse allemande des années 1960-1970.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 15h45
 • Mis à jour le
02.05.2018 à 15h52
    |

                            Pierre Deshusses (Collaborateur du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Comment un adolescent maniaco-dépressif inventa la Fraction armée rouge au cours de l’été 1969 (Die Erfindung der Roten Armee Fraktion durch einen manisch-depressiven Teenager im Sommer 1969), de Frank Witzel, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Grasset, « En lettres d’ancre », 990 p., 29,90 €.

Dans la mare des célébrations de Mai 68, ce livre – 1,127 kg, 990 pages – est un pavé au sens propre du terme. Mais c’est aussi une pierre dont on fait les cathédrales. Car c’est à un tel édifice que fait penser cette œuvre magistrale, bâtie autour de quatre-vingt-dix-huit chapitres plus un, comme autant de nefs, de transepts et de déambulatoires. Ce roman nous arrive d’Allemagne, pays qui n’a pas été en reste dans le soulèvement qui fit trembler l’Europe il y a cinquante ans. Mais, à la différence des témoignages hexagonaux souvent si lisses, où chacun porte en sautoir son statut d’ancien rebelle adoubé, ce livre est rugueux, plein de vie et d’éclats, de failles et de doutes.

Comment un adolescent maniaco-dépressif inventa la Fraction armée rouge au cours de l’été 1969 : le titre, déjà, est un programme. Il rappelle Rabelais et Grimmelshausen, cet écrivain baroque du XVIIe siècle. Comme eux, l’auteur est porté par la jubilation du récit dans une époque en mutation. Magnifiquement, son livre raconte ce qu’il est si difficile de raconter : la fracture d’une génération qui ne se reconnaissait plus dans l’austérité morale et la prospérité économique de l’après-guerre. Le « côté vacillant » d’une époque. Une jeunesse débordante et débordée jusqu’à plonger, pour une fraction, dans le terrorisme.
Le roman démarre sur les chapeaux de roue
L’auteur, né en 1955, à Wiesbaden, s’appelle Frank Witzel. Ecrivain au physique de boxeur, il a travaillé quinze ans à cet opus magnum, sans souci d’une quelconque commémoration à venir. C’est d’ailleurs de façon inattendue...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Pour « Le Monde », l’auteur de « Comment un adolescent… » offre la genèse et quelques-unes des clés de lecture de son roman.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Frank Witzel : « Comme mon héros, je ressasse. C’est pour ça que je suis écrivain »

Pour « Le Monde », l’auteur de « Comment un adolescent… » offre la genèse et quelques-unes des clés de lecture de son roman.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 15h45
 • Mis à jour le
03.05.2018 à 06h34
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            

Avant la parution de son quatrième roman, ce Comment un adolescent maniaco-dépressif inventa la Fraction armée rouge au cours de l’été 1969, Frank Witzel était un parfait inconnu, y compris dans son pays. Mais en 2015, le Deut­scher Buchpreis (« prix du livre allemand ») a fait décoller cette somme de 1 000 pages qui, depuis, s’est vendue à 80 000 exemplaires. Rencontre à Paris avec cet écrivain traduit en français pour la première fois.

Comment expliquez-vous le succès de ce roman ?
La Fraction armée rouge (RAF) est le grand traumatisme de l’après-guerre outre-Rhin. Aujourd’hui encore, il résonne chez tous les Allemands. Mon livre l’approche de manière inhabituelle. A travers les yeux d’un adolescent incapable de comprendre ce qui se passe autour de lui, mais qui cherche désespérément à décrypter le réel.
Nous sommes dans les années 1960, mais loin des hippies. Dans une Allemagne rurale qui ressemble encore à celle des années 1950. Famille, Eglise, école, ces autorités sont toujours très prégnantes. Mon personnage voit des images à la télévision – des étudiants, plus tard des terroristes – et, comme il n’a aucune clé pour les déchiffrer, il les interprète à sa façon…

Un exemple ?
Ces étudiants sont pour lui comme des grands frères. On a toujours un sentiment de sympathie pour les grands frères, même s’ils font des choses atroces. Du reste, comme il est très catholique et imprégné d’iconographie chrétienne, il se demande s’ils ne sont pas des martyrs. D’un côté, il voit des représentations du Christ. De l’autre, les photos du cadavre de Holger Meins, totalement décharné à l’issue de sa grève de la faim [ce membre de la RAF est mort le 9 novembre 1974, après cinquante-sept jours de grève de la faim]. Ces images lui rappellent les représentations du Christ par Holbein ou Mantegna, à partir desquelles il interprète celles qu’il ne comprend pas.
L’invention...




                        

                        

