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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. A travers le destin d’une famille, Philippe Faucon retrace avec tact et sobriété trente ans de combats LGBT (sur Arte à 20 h 55).
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TV - « Fiertés » : une histoire d’amour et de filiation

Notre choix du soir. A travers le destin d’une famille, Philippe Faucon retrace avec tact et sobriété trente ans de combats LGBT (sur Arte à 20 h 55).



Le Monde
 |    03.05.2018 à 17h45
    |

                            Camille Langlade








                        


Série sur Arte à 20 h 55

Victor, 17 ans, partage son quotidien entre les cours, sa petite amie, Aurélie et, le week-end, le chantier de son père, Charles. Un jour, celui-ci surprend son fils en train d’embrasser Selim, un employé, et de « faire des choses sales » avec lui. Outré, il décide aussitôt de licencier le garçon pour l’éloigner de son fils. Raillé au lycée, Victor tente d’abord de cacher son homosexualité, avant de rencontrer Serge, un militant gay de vingt ans son aîné, avec lequel il va partager sa vie.
Dépénalisation de l’homosexualité (1982), PACS (1999), loi sur le mariage pour tous (2013) : Fiertés retrace le combat de la communauté LGBT pour la reconnaissance de ses droits en France, à travers le récit d’une famille. « Trois moments de crispation, résume Philippe Faucon, qui s’articulent autour de Victor et de Serge, une belle et longue histoire d’amour, avec ses heurts et ses temps forts, qui passe de la dissimulation à une expression ouverte, poursuit le réalisateur. J’ai trouvé qu’il y avait une importance à revenir sur cette histoire. »
Société sous tension
Derrière les trajectoires intimes de ses personnages, ce triptyque dresse le portrait d’une société sous tension, incarnée d’abord par le père de Victor. Mitterrandiste convaincu, Charles n’a rien contre les homosexuels, ça non, mais quand il s’agit d’imaginer son propre fils coucher avec un autre homme, se marier et – pire ! – avoir des enfants avec lui, là, le bât blesse. Incompréhension, déni, violence ou tolérance : cette fresque familiale balaie plus de trente ans de discours sur l’homosexualité.
Pour autant, pas de militantisme à outrance. Bien que les luttes LGBT restent présentes, à travers notamment le personnage de Serge, membre d’une association venant en aide aux jeunes homos, qui, sous trithérapie, n’hésitent pas à battre le pavé, elles n’occupent pas le devant de la scène. « Si on choisit d’aborder une question politique par la fiction, il est nécessaire de faire exister le récit, les personnages, l’intime, tout autant que le propos politique », déclare Philippe Faucon. Fiertés reste d’abord une histoire universelle sur l’amour et la filiation, et porte, en creux, un certain engagement en faveur des minorités sexuelles.

   


La caméra du cinéaste montre avec pudeur les corps, les émois des adolescents, les angoisses des adultes, sans pathos et sans musique. Un parti pris esthétique qu’assume le réalisateur de Fatima : « Le récit porte sa propre musique. J’ai préféré laisser les sons et les images dans leur nudité. » De nombreuses ellipses participent de ce style épuré, comme autant de zones libres où le spectateur peut circuler à son gré.
Servie par un casting impeccable, cette série chorale ambitieuse n’en demeure pas moins inégale. Le premier épisode reste le plus touchant ; par la suite, on a l’impression que certaines scènes s’enchaînent de manière trop mécanique, au détriment de l’émotion. Que ce soit dans la bouche des protagonistes ou à travers des documents d’archives, Fiertés se veut aussi parfois trop didactique, mais cette fiction reste un geste beau, sensible et nécessaire, cinq ans après le mariage pour tous.
Fiertés, de Philippe Faucon. Sur une idée originale de José Caltagirone et Niels Rahou. Avec Samuel Theis, Stanislas Nordey, Frédéric Pierrot, Benjamin Voisin, Emmanuelle Bercot (Fr., 2017, 3 × 52 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Malgré les réticences de beaucoup, Grégory Magne est parvenu à recueillir la parole d’une quinzaine de personnalités de tous bords (sur France 3 à 23 h 45).
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TV - « Jours de défaite, perdre en politique »

A voir aussi ce soir. Malgré les réticences de beaucoup, Grégory Magne est parvenu à recueillir la parole d’une quinzaine de personnalités de tous bords (sur France 3 à 23 h 45).



Le Monde
 |    03.05.2018 à 17h30
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur France 3 à 23 h 45

   


Pour des raisons culturelles mais aussi structurelles, la société française dans son ensemble a du mal à accepter l’échec, notamment scolaire ou professionnel. Les responsables politiques ne font pas exception. Il semble que parler d’une défaite électorale, même de longues années après, soit un exercice trop douloureux pour beaucoup de nos représentants. Comme si cela allait les marquer du sceau de l’infamie toute leur vie. Cette crainte, en France, paraît d’autant plus infondée que la classe politique locale s’est fait une spécialité de rebondir. Contrairement aux responsables scandinaves ou anglo-saxons dont beaucoup, après un échec électoral, disparaissent pour de bon de la scène politique.
Grégory Magne, auteur de ce documentaire aussi instructif qu’élégant, illustré par de splendides photos signées Jean-Claude Coutausse, a dû batailler pour faire venir, face caméra, des femmes et des hommes politiques qui acceptent d’évoquer leurs expériences de défaites. Sur la soixantaine de personnalités contactées, seul un quart d’entre elles a accepté.
Lendemains difficiles
Le résultat de ces témoignages, souvent émouvants, confirme cette difficulté française à accepter l’échec. D’Aurélie Filippetti à Hervé Gaymard, de Dominique Voynet à Patrick Devedjian en passant par Jean Glavany, Christine Albanel, Henri Guaino, François Léotard, Catherine Trautmann, Jean-François Lamour ou Alexis Corbière, toutes et tous évoquent des lendemains de défaites souvent difficiles à avaler.
Et le temps qui passe n’apaise pas forcément le choc. « Une défaite électorale, c’est une remise en cause personnelle extrêmement forte. Cela vous fragilise », estime Marie-George Buffet. « Je vois plein de gens remarquables, très intelligents, très compétents, vexés d’avoir été battus. Ils n’ont pas compris qu’en politique, il faut d’abord plaire », résume François Léotard. « Un échec, c’est un passage. Il faut savoir le réussir », philosophe Catherine Trautmann. Plus facile à dire qu’à faire pour beaucoup. Henri Guaino qui, sous le coup de la colère, avait insulté les électeurs de sa circonscription coupables d’avoir mal voté, ne le regrette pas : « J’avais dit ce que je pensais. Un peu de sincérité et de spontanéité feraient le plus grand bien à la politique ! »
Jours de défaite, perdre en politique, de Grégory Magne (France, 2018, 50 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Avec pour marraine Aurélie Dupont, la douzième édition de Tous à l’opéra mobilise, du 4 au 6 mai, vingt-cinq maisons dans toute la France.
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Les opéras ouvrent leurs portes à tous

Avec pour marraine Aurélie Dupont, la douzième édition de Tous à l’opéra mobilise, du 4 au 6 mai, vingt-cinq maisons dans toute la France.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 16h19
 • Mis à jour le
03.05.2018 à 17h39
    |

                            Rosita Boisseau








                        



   


Quel point commun entre Toulon, Metz, Marseille, Compiègne ou Lille ? Celui de posséder un opéra et de fêter, du vendredi 4 au dimanche 6 mai, la douzième édition de Tous à l’Opéra. Cette manifestation collective, qui concerne vingt-cinq maisons d’opéra dans toute la France, a rassemblé plus d’un million de visiteurs depuis sa création. Tous gratuits, les événements, trainings, répétitions, spectacles, concerts, visites des coulisses et ateliers pour enfants se multiplient en ouvrant large les portes de ces lieux souvent encore trop dorés pour être vraiment populaires.
La Réunion des Opéras de France, qui organise l’opération, a élu cette année pour la première fois comme marraine une danseuse, l’étoile Aurélie Dupont, directrice de la danse de l’Opéra national de Paris depuis 2016. Elle succède aux chanteurs Roberto Alagna, Natalie Dessay, Marie Nicole Lemieux, Julie Fuchs, Philippe Jaroussky, au chef Philippe Jordan, pour rallier l’opéra, la musique et la danse dans un seul mouvement.

        Lire aussi l’entretien :
         

          Aurélie Dupont : « Pina Bausch m’a sauvée »



Enthousiasmée par « l’élan de solidarité entre tous ces lieux dont chacun à sa façon cherche à faire venir un nouveau public », Aurélie Dupont entend aussi pointer le projecteur sur l’art chorégraphique, classique en particulier, et distinguer des compagnies moins fameuses que celles de l’Opéra national de Paris comme celles du Ballet de Bordeaux ou du Capitole de Toulouse. « Les danseurs sont les plus fragiles et les moins organisés de nos artistes », commente Laurence Lamberger Cohen, directrice de la Réunion des Opéras de France. Huit ballets sont aujourd’hui rattachés à une maison d’opéra, à Avignon, Bordeaux, Lyon, Metz, Mulhouse, Nice, Toulouse et Paris. On compte 363 danseurs au sein de ces troupes dont 154 dans le Ballet de l’Opéra national de Paris. Tous styles confondus, cinq mille danseurs et plus de cinq cents compagnies sont répertoriés en France.
Des cours ouverts au public
Au-delà de jouer les porte-voix d’une programmation axée sur la danse, Aurélie Dupont (bousculée par un récent sondage mené parmi les danseurs de l’Opéra de Paris) va donner de sa personne en participant, samedi 5 mai, à la classe quotidienne de la troupe parisienne qui se donnera en direct de 11 h 30 à 13 heures sur le plateau du Palais Garnier. L’après-midi, les élèves de l’Ecole de danse prendront le relais dans le grand foyer avec une barre publique.
De Bordeaux à Strasbourg en passant par Metz, les cours seront ouverts aux spectateurs. A Mulhouse, le training sera même participatif et accueillera des amateurs. A Massy, sur le parvis de l’Opéra, le 5 mai toujours, une version du Boléro de Ravel, en jean et baskets, sera interprétée par la compagnie Julien Lestel. De passage à l’Espace Cardin/Théâtre de la Ville, le ballet de l’Opéra de Lyon propose également d’assister à son échauffement journalier à partir de 12 h 30, en introduction à la représentation de 15 heures du programme mixte Millepied/Maliphant/Forsythe.
Labellisée en 2018 « Année européenne du patrimoine culturel », Tous à l’Opéra se rallie aux Journées européennes de l’Opéra. Au total, cent établissements sont en accès libre ce week-end dans 25 pays d’Europe.
Tous à l’Opéra. Du 4 au 6 mai. www.tous-a-lopera.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Frédéric Létoffé et Gilles de Laâge, coprésidents du Groupement des entreprises de restauration des monuments historiques (GMH), dressent un panorama alarmant de la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur.
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édition abonné


Métiers du patrimoine : « La transmission intergénérationnelle n’est plus assurée »

Dans une tribune au « Monde », Frédéric Létoffé et Gilles de Laâge, coprésidents du Groupement des entreprises de restauration des monuments historiques (GMH), dressent un panorama alarmant de la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
03.05.2018 à 17h25
    |

Gilles de Laâge et Frédéric Létoffé (Coprésidents du Groupement des entreprises de restauration des monuments historiques (GMH)







                        



                                


                            
Tribune. Etablissements de formation désertés, entreprises en quête de salariés, savoir-faire en voie de disparition… Tel est l’état actuel du recrutement des entreprises spécialisées dans la restauration des monuments historiques. Un constat saisissant et sinistre qui laisse pantois. Alors que notre patrimoine connaît un engouement sans précédent auprès des Français, comment ces techniques traditionnelles, reconnues et admirées, peuvent-elles connaître un destin aussi funeste ?
Une fois les derniers détenteurs des savoir-faire à la retraite, resterons-nous orphelins de notre propre patrimoine ?
Depuis une quarantaine d’années, nous creusons notre propre tombe. L’apprentissage est considéré comme la voie de l’échec et reste profondément dévalorisé. Le patrimoine subit la même discrimination. Aujourd’hui considérés comme des « technicités non courantes », ces savoir-faire traditionnels deviennent marginaux au milieu d’un secteur de plus en plus industrialisé où règne la préfabrication et l’assemblage…
On ne trouve plus de ferronniers, de couvreurs, ni de plâtriers. Ces métiers, alliant haute technicité opérationnelle et connaissance théorique fondamentale, souffrent et parfois même disparaissent, faute de successeur. La transmission intergénérationnelle n’est plus assurée. Une fois les derniers détenteurs des savoir-faire à la retraite, resterons-nous orphelins de notre propre patrimoine ? Et quelle identité laisserons-nous aux jeunes générations ?
Du travail « à la pelle »
Malgré les vitrines audiovisuelles et autres événements citoyens comme les journées européennes du patrimoine, les centres de formation peinent à remplir leurs classes et à honorer les contrats d’apprentissage. La principale problématique des quelque deux cent dix entreprises du GMH (Groupement des entreprises de restauration des monuments historiques) est d’intégrer des jeunes bien formés, sensibilisés aux besoins du marché et aux contraintes économiques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ En 1988, le journaliste succédait à Yves Mourousi à la tête du « 13 heures » de TF1. Trente ans plus tard, son JT qui joue sur la proximité et le patrimoine rassemble en moyenne plus de 5 millions de téléspectateurs.
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Jean-Pierre Pernaut, recettes régionales

En 1988, le journaliste succédait à Yves Mourousi à la tête du « 13 heures » de TF1. Trente ans plus tard, son JT qui joue sur la proximité et le patrimoine rassemble en moyenne plus de 5 millions de téléspectateurs.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 12h06
    |

            Renaud Machart








                        



   


Pour un actif urbain à la pause déjeuner réduite, il ne va pas de soi de regarder le « 13 heures » de TF1, et ce même en dépit des écrans multiples et des podcasts. Ils sont pourtant des millions (5,25 en moyenne en 2017, chiffre qui talonne celui du « 20 heures ») chaque jour, à l’heure du repas de midi, à suivre depuis des lustres – six, c’est-à-dire trente ans –, Jean-Pierre Pernaut, qui en prit les commandes après qu’Yves Mourousi en fut limogé.
Pendant treize ans (1975-1988), l’insolent et inventif Mourousi avait été la vedette de ce journal télévisé et le premier véritable casseur de ses codes ordinaires : en lançant son fameux « Bonjour ! » (sans le faire précéder du « Madame, Mademoiselle, Monsieur » de rigueur), en délocalisant le programme dans des lieux parfois improbables et en posant un demi-fessier sur le coin du bureau de François Mitterrand – image restée fameuse…
L’arrivée de Jean-Pierre Pernaut, le 22 février 1988 à ce poste, fut accueillie avec stupéfaction et incrédulité, dans la maison et par le « métier ». On l’avait certes vu à l’antenne depuis cinq ans, notamment au journal de la nuit, mais il n’était alors, selon les termes de son livre autobiographique, Pour tout vous dire (éd. Michel Lafon, 2006), qu’un « semi-inconnu de trente-huit ans, provincial de surcroît… » Un peu cruellement, Le Figaro l’accueillera alors par ce titre : « Pour remplacer Mourousi, Jean-Pierre qui ? »



« Le journal de Mourousi eut d’abord un fort caractère international, puis il courut à sa perte en devenant de plus en plus parisien, se souvient Pernaut. Pour ma part, j’ai voulu d’emblée le réorienter et lui donner un caractère national, c’est-à-dire axé sur les régions. » 
Pour cet homme attaché à ce qu’il appelle volontiers « la vraie vie » et « les vrais gens », il n’est pas question de rougir du label « journal des régions » : « Je le revendique pleinement, dit cet homme qui aime à rappeler souvent ses origines picardes. Et d’ailleurs, à peu près tout le monde nous a suivis sur ce chemin… » 
Alors qu’on arrive au rendez-vous, en cette matinée ensoleillée du mardi 17 avril – la première depuis un bon moment – on découvre un bureau dont les larges vitres ont vue sur des frondaisons. Au point qu’on se croirait à la campagne alors que le boulevard périphérique est à deux pas. « Tiens, c’est vrai… Je n’ai pas choisi l’emplacement de mon bureau mais on y a une jolie vue en effet. Pour moi, je le dis depuis toujours, Paris est une région comme une autre… »

   


L’espace est simple, assez dépouillé et très ordonné : une table carrée, quelques sièges, un plateau annexe avec ordinateur, quelques chaises, une machine à café. De l’autre côté de la vitre, une salle de rédaction encore assez déserte quand on arrive, à 10 heures, mais comble quand on quitte les lieux, un peu plus d’une heure après.
Jean-Pierre Pernaut prend la peine de présenter chacun, ses chefs d’édition, ses réalisateurs, son assistant, les coordinatrices des sujets en région, que le « 13 heures » diffuse chaque jour. « Quand je suis arrivé, nous avons mis au point ce principe de collaboration active avec les bureaux régionaux. Ceux de France 3 à l’époque travaillaient pour leur édition régionale de 19 h 20. Ceux de France 2 et de TF1 pour le 20 heures essentiellement. C’est une des raisons pour lesquelles Mourousi avait tant d’invités à 13 heures, ce qui l’arrangeait bien car il adorait ça. »
« Aujourd’hui, nous assurons une coordination entre les dix-neuf bureaux régionaux et une autre entre les éditions du groupe. » Car les sujets peuvent être diffusés dans les différents journaux de la grille et aussi sur LCI, la chaîne d’info en continu du groupe TF1. Au point de susciter un sentiment de redite si l’on regarde les deux : « A vrai dire, rares sont ceux à regarder le 13 heures et LCI, donc ce sentiment est relatif » précise le journaliste qui, volontiers modeste, se dit « présentateur ».
« Il ne faut pas oublier que nous sommes leaders sur ce créneau pour ce qui est de la tranche d’âge de 25 à 49 ans… » Jean-Pierre Pernaut
Alors que les invités sont rarissimes sur son plateau, Jean-Pierre Pernaut a reçu, le 12 avril, un hôte de marque en la personne du président de la République. Le Monde avait sollicité le rendez-vous avant d’apprendre qu’Emmanuel Macron serait interrogé par le journaliste, mais difficile de ne pas aborder le sujet dont tout le monde parle. « J’avais reçu Nicolas Sarkozy, mais dans le cadre de l’émission “Face aux Français” ; quant à François Hollande, il avait préféré se produire dans d’autres types d’émissions… » 
Il a été beaucoup dit qu’il entrait dans la stratégie de l’Elysée de faire s’adresser Emmanuel Macron à un certain public, sur TF1, le jeudi midi, et à un autre, sur BFMTV, le dimanche soir, face à Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel… « Il n’est pas impossible qu’il y ait eu stratégie de la part de la présidence, mais la demande est venue de nous, assure Jean-Pierre Pernaut. Et il a été accepté que nous nous délocalisions, dans une école en région, mais sous la forme habituelle d’un journal avec des reportages. »
La cible présumée de ce « 13 heures » serait-elle les seniors et les non urbains qu’on dit délaissés par le pouvoir en place ? « S’il a voulu les toucher à travers ce journal, Emmanuel Macron est resté droit dans ses bottes au sujet des pensions et ne leur a rien concédé… » D’ailleurs, rappelle Pernaut, « il ne faut pas oublier que nous sommes leaders sur ce créneau pour ce qui est de la tranche d’âge de 25 à 49 ans… Le public de ce “13 heures” s’est beaucoup diversifié. »

Jean-Pierre Pernaut nous dira-t-il ce qu’il a pensé de l’autre débat et de ses confrères ? « Non ! » lance-t-il avec un grand sourire qu’on aura interprété comme légèrement carnassier. Mais il ajoute cependant : « Nous n’avons pas la même manière de travailler. » Plus tard, sur un sujet connexe, il dira : « L’idée est de mettre à l’aise l’invité pour lui faire livrer autant d’informations que possible. J’ai toujours considéré que le plus important n’est pas moi, mais l’invité. Je ne suis qu’un médiateur. » On aura donc eu finalement notre réponse.
Il peut être serein, ce rendez-vous exceptionnel ayant agrégé une audience moyenne de 6,4 de téléspectateurs, avec un pic à 7 millions, c’est-à-dire près du double des résultats de BFMTV trois jours plus tard (3,82 millions de téléspectateurs en moyenne).
Jean-Pierre Pernaut aura aussi constaté comment les commentaires parfois peu aimables le concernant ont été relativisés après le débat suivant. Le côté “pépère”, voire complaisant, que certains lui reprochent (Yann Barthès et « Les Guignols de l’info » ne l’ont pas épargné…) s’est mué en une vertu finalement assez peu partagée sur les plateaux d’émissions politiques.
« Lorsqu’un entretien tourne à l’altercation, l’agressé en sort toujours gagnant et l’agresseur toujours vaincu, analyse Jean-Pierre Pernaut. Alors que je considérais qu’il était improductif d’agresser Marine Le Pen, celle-ci a d’ailleurs fait les frais de sa propre agressivité face à Emmanuel Macron lors du débat du second tour de l’élection présidentielle… »

Calmement, sans prompteur – il aime le rappeler, improvisant parfois, l’indémodable Pernaut continue de livrer l’essentiel de l’actualité nationale et internationale avant de faire voyager le téléspectateur partout en France, à la découverte des anonymes, « parfois remarquables », et du patrimoine, « son dada ». Sa façon de participer au récit national, avec en vue l’élection du plus beau marché français, concours qui passionne son public de votants.
Quant à son départ, on préfère ne pas lui demander s’il a une date en tête tant son humeur et son appétit ont l’air intacts. D’ailleurs, Jean-Pierre Pernaut semble avoir trouvé la formule de l’élixir de jouvence : « Ce sont les jours où l’on pense qu’il n’y a pas d’actu que cela devient passionnant. Car il se passe toujours plein de choses, partout, en dehors de l’actu économique et sociale. On peut toujours par exemple parler d’un fabriquant de sabots ! », plaisante-t-il (mais à moitié) à propos de ce sujet de moquerie récurrente à son propos. « D’ailleurs, la dernière fois qu’on a parlé de sabots au “13 heures”, c’était sur une chaîne concurrente… »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ France Télévisions s’associe avec la ZDF allemande et la RAI italienne pour produire des séries.
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« L’alliance » européenne publique pour contrer Netflix

France Télévisions s’associe avec la ZDF allemande et la RAI italienne pour produire des séries.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 12h00
    |

            Alexandre Piquard








                        



                                


                            

Une coalition européenne publique capable de produire des séries rivalisant avec celles des américains Netflix, Amazon ou HBO. C’est ce que veut être « L’alliance », annoncée jeudi 3 mai par France Télévisions et ses homologues allemand et italien, ZDF et Rai, dont les directeurs de la fiction se rencontrent à l’occasion du festival Séries Mania et se reverront tous les deux ou trois mois. « Je suis convaincue que l’empreinte viable pour produire, promouvoir et exposer des séries de niveau international, c’est l’Europe », explique Delphine Ernotte. La présidente de l’entreprise audiovisuelle publique a été à l’initiative des contacts avec les autres diffuseurs, ayant pour « modèle » Nordvision, qui associe des chaînes publiques d’Europe du Nord.
Concrètement, les trois partenaires souhaitent cofinancer leurs projets de séries susceptibles d’intéresser divers publics en Europe. « Ensemble, nous avons la possibilité, malgré les mesures d’économies, d’atteindre des budgets qui soutiennent la comparaison internationale, pour créer des séries prestigieuses », pense Thomas Bellut, directeur de la ZDF.
L’alliance a plusieurs projets en cours : le plus emblématique est Leonardo, sur la vie de Léonard de Vinci, qui vécut en Italie mais aussi en France, où il mourut. Coproduite par la Rai, la ZDF et France Télévisions, l’œuvre sera réalisée par Lux et Beta Film et diffusée en 2019, pour le 500e anniversaire de la mort de l’artiste.
Renforcer « l’identité culturelle commune »
France Télévisions produira aussi avec la ZDF et un partenaire canadien, Cineflix, Dubaï, un projet de série lancé il y a trois ans sur une Française expatriée aux Emirats arabes unis, qui retrouve son mari qu’elle croyait mort depuis quinze ans. Coproduite par la Rai et France Télévisions, Eternal City tentera, elle, de faire revivre l’univers romain et cosmopolite de Cinecitta au début des années 1960....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Céline Bosquet avait porté plainte contre lui pour « harcèlement » et « appels téléphoniques malveillants ».
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Harcèlement : le producteur Thomas Langmann en garde à vue à la suite de la plainte de son épouse

Céline Bosquet avait porté plainte contre lui pour « harcèlement » et « appels téléphoniques malveillants ».



Le Monde
 |    03.05.2018 à 11h48
 • Mis à jour le
03.05.2018 à 17h51
   





                        



   


Le producteur et réalisateur Thomas Langmann, visé par une plainte de sa femme et entendu depuis mercredi 2 mai sur des faits présumés de « harcèlement » et d’« appels téléphoniques malveillants », a vu sa garde à vue prolongée jeudi après-midi pour une durée de vingt-quatre heures maximum, a-t-on appris de source proche du dossier.
Son audition, qui a commencé mercredi après-midi au commissariat des 5e et 6e arrondissements de Paris se poursuivait jeudi dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris à la suite de la plainte, selon une source judiciaire qui confirmait une information du Point.
La journaliste Céline Bosquet avait déposé plainte pour « messages malveillants réitérés et menaces » le 30 mars. Séparée de son mari depuis le mois d’août 2017 et dans l’attente du jugement de divorce, Céline Bosquet évoquait dans sa plainte les problèmes d’addiction à la drogue de Thomas Langmann et précisait avoir reçu près de 1 500 SMS menaçant.
Prison avec sursis pour violence
Le producteur avait expliqué récemment sur France 2 dans l’émission « Stupéfiant ! » vivre une procédure de divorce difficile avec son épouse, mère de deux de ses enfants. « J’ai peut-être beaucoup appelé ma femme. (…) J’ai harcelé ma femme pour voir mon fils », s’était-il justifié, regrettant un « déferlement médiatique ».
Producteur à succès de The Artist, également réalisateur, Thomas Langmann, 46 ans, avait été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour violence à l’encontre de sa précédente compagne, mère de sa première fille. « J’ai commis un mauvais geste que je regrette, pour lequel je me suis excusé immédiatement, pour lequel j’ai été condamné, pour lequel je n’ai pas fait appel, il y a eu trois jours d’ITT, cela date de onze années », avait-il rappelé sur France 2.
Thomas Langmann, fils de Claude Berri et héritier d’une famille de producteurs du cinéma à l’histoire émaillée de drames, avait admis avoir eu des problèmes de drogue, précisant qu’ils avaient « duré plus de quinze ans » et étaient « derrière » lui.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Du 3 au 13 mai, la ville alsacienne accueille « L’Industrie magnifique », événement qui met en scène le secteur par le biais de l’art. Un partenariat inédit, soutenu par une trentaine d’entreprises de la région.
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A Strasbourg, art et industrie investissent l’espace public

Du 3 au 13 mai, la ville alsacienne accueille « L’Industrie magnifique », événement qui met en scène le secteur par le biais de l’art. Un partenariat inédit, soutenu par une trentaine d’entreprises de la région.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 10h05
    |

            Philippe Jacqué








                        



                                


                            

Un squelette de mammouth, magnifié par l’architecte Jacques Rival, sur la place de la cathédrale. Une girouette hors norme inventée par le graveur et sculpteur alsacien Raymond Waydelich, installée dans le port autonome. Un coquillage en bronze taille XXL, intitulé « L’Origine du monde » et créé par le plasticien anglais Marc Quinn, place Gutenberg…
Du 3 au 13 mai, Strasbourg accueille « L’Industrie magnifique », un événement qui met en scène l’industrie par le biais de l’art sous toutes ses formes : photos, sculptures, vases, installations, œuvres numériques ou musicales, illustrations… « L’idée est d’installer, sur chaque place de la ville, une œuvre originale et spectaculaire, conçue spécialement pour l’occasion et de créer un véritable parcours dans la ville », explique Jean Hansmaennel, de l’association « industrie et territoire », à l’origine, il y a deux ans, de cette manifestation atypique.
Une trentaine d’entreprises de la région, dont des poids lourds industriels comme Hager, Würth, Schmidt Groupe ou Soprema, ont accepté de financer les œuvres installées dans la ville pour un montant estimé à près de 2,5 millions d’euros. « Nous avons accepté sans hésiter, confie Anne-Marie Schmitter, l’une des dirigeantes de CroisiEurope, le spécialiste de la croisière fluviale. Nous ne sommes pas un simple mécène. Nos équipes ont participé à la création de la girouette avec Raymond Waydelich dans nos ateliers. » 
« On donne une nouvelle image de notre travail »
« C’est un partenariat inédit qui montre l’Alsace de manière originale », se réjouit Anne Leitzgen, la patronne de Schmidt Groupe, qui a accueilli l’artiste Eric Liot pour créer « Planète Schmidt ». « Il a réalisé cette sphère avec des composants glanés dans notre usine et avec nos collaborateurs. Sa présence dans nos murs a été extrêmement bien appréciée », ajoute la chef d’entreprise. La planète de bric et de broc est exposée place Broglie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ La présentation du film de Terry Gilliam en clôture du Festival de Cannes est suspendue à une décision de justice.
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« Don Quichotte » verra-t-il la Croisette ?

La présentation du film de Terry Gilliam en clôture du Festival de Cannes est suspendue à une décision de justice.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 09h22
 • Mis à jour le
03.05.2018 à 09h44
    |

            Guillaume Fraissard








                        



                                


                            

Le ton monte entre le producteur portugais Paulo Branco et le Festival de Cannes. Au centre du conflit, L’Homme qui tua Don Quichotte, le film du réalisateur britannique Terry Gilliam dont la projection, hors compétition, en clôture du Festival de Cannes samedi 19 mai, et la sortie en salle, programmée le même jour, sont suspendues à une décision de justice. Un épisode tumultueux de plus pour l’ex-Monty Python qui, de La Mancha à la Riviera, porte son film comme une croix depuis 2000 et le tournage d’une première version avec Jean Rochefort, arrêtée pour cause de pluies diluviennes et de blessure de l’acteur.
Dix-huit ans plus tard, L’Homme qui tua Don Quichotte – avec Jonathan Pryce et Adam Driver dans les rôles principaux – est enfin prêt mais il est l’otage, depuis 2016 et la relance du projet cinématographique, d’une âpre bataille de droits entre Alfama films, la société de production de Paulo Branco, le réalisateur, ses producteurs (RPC, Kinology, Entre Chien et Loup et Tornasol) et son diffuseur (Océan Films).

Lundi 30 avril, Thierry Frémaux, délégué général du Festival et Cannes, et Pierre Lescure, président de la manifestation, ont apporté un soutien ferme à Terry Gilliam à travers un communiqué inhabituellement virulent dans lequel ils dénoncent les « agissements » du producteur portugais. « Le “passage en force”, chacun sait dans notre métier que cela a toujours été la méthode favorite de M. Branco dont il faut rappeler qu’il organisa, il y a quelques années, une conférence de presse pour dénoncer le Festival de Cannes qui n’aurait pas tenu “une promesse de sélection”sur un de ses films », écrivent MM. Frémaux et Lescure, en référence au film de Christophe Honoré Ma mère, coproduit par Paulo Branco et non sélectionné à Cannes en 2004.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Le biologiste et philosophe relit l’« Ethique » à la lumière des récents résultats des sciences cognitives.
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Henri Atlan dans le cerveau de Spinoza

Le biologiste et philosophe relit l’« Ethique » à la lumière des récents résultats des sciences cognitives.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
03.05.2018 à 08h38
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Cours de philosophie biologique et cognitiviste. Spinoza et la biologie actuelle, d’Henri Atlan, Odile Jacob, 636 p., 35 €.

Spinoza est à la mode. Celui dont Hegel raillait la « splendeur orientale » et dont Heidegger prononçait à peine le nom est aujourd’hui un totem des nouvelles radicalités, un ultra-contemporain. Cette popularité laisse rêveur, quand on sait que ce penseur amstellodamois (1632-1677) n’a produit qu’une œuvre relativement brève, qui aurait fort bien pu être rangée dans le corpus des « petits cartésiens », malgré d’autres influences (celle de Maïmonide par exemple).
Un coup d’œil à ses traités politiques, loin de révéler en lui un prérévolutionnaire, montre qu’il perpétue l’attitude hautaine des classiques vis-à-vis d’un peuple considéré comme indécrottablement empreint de superstitions, plus à contenir qu’à affranchir, et que, quand il théorise la liberté de penser, il ne la destine qu’à une poignée de philosophes. Ses œuvres principales nous mènent donc loin de Nuit debout et des insurgés qui ont fait de Spinoza un drapeau.
En France, l’école spinoziste est ancienne. Depuis l’excellent commentaire de l’Ethique dû à Martial Guéroult (1891-1976 ; Aubier, 1968-1974), certains tenants de la « pensée critique », Gilles Deleuze au premier chef (Spinoza et le problème de l’expression, Minuit, 1968), se sont penchés sur cette philosophie. La réflexion s’est déplacée, au XXe siècle, vers une interprétation centrée sur la politique. Elle est menée par les anciens élèves de Louis Althusser, marxistes ou postmarxistes, comme Pierre Macherey ou Etienne Balibar.
Le livre que publie ce dernier en est une illustration. Intitulé Spinoza politique. Le transindividuel (PUF, 576 p., 27 €), ce recueil d’articles étudie, entre autres, la « crainte des masses » chez Spinoza, et la gestation de l’idée démocratique par la limitation du pouvoir...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Non ! De l’esprit de révolte », de Vincent Delecroix.
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Figures libres. Mille façons de dire « non », plus une

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Non ! De l’esprit de révolte », de Vincent Delecroix.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h30
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                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Non ! De l’esprit de révolte, de Vincent Delecroix, Autrement, « Les grands mots », 278 p., 19 €.

Voilà le mot du monde le mieux partagé. Souvent le premier vocable que les enfants comprennent, puis reprennent, quand ils découvrent la possibilité de retourner les refus qu’on leur impose. Manière d’exister, de se poser en s’opposant, le non est partout. C’est pourquoi il a déjà été célébré de mille manières : fondement de la pensée, marque de la liberté, indice de la révolte individuelle, vecteur de la rébellion collective… A force, un véritable conformisme du rejet s’est installé. Face à cette obligation nouvelle de désobéir et de contester, on sera enclin à dire « non », si l’on veut conserver quelque indépendance. Curieux dilemme : trop dire « oui » au non conduit à devoir dire « non » au non. Sommes-nous condamnés à tourner en rond ?
Plus qu’un mot, un acte
Tel est, grosso modo, le point de départ de l’ample et dense méditation du philosophe Vincent ­Delecroix dans son nouvel essai – intitulé, on n’en sera pas surpris, Non ! Le spécialiste de Kierkegaard (1813-1855), maître de conférences à l’Ecole pratique des hautes études, également romancier (Tombeau d’Achille ou Ascension, Gallimard, 2008 et 2017), passe cette fois en revue les multiples registres où le non vient faire intrusion, rompant la mécanique des enchaînements, arrachant à l’engrenage des routines. Il met ainsi en lumière – dans le champ de la parole, de l’interlocution, du politique – les paradoxes générés par ce terme qui, plus qu’un mot, se révèle un acte. Cette négation produit grandeurs et servitudes en tout genre.
Ce panorama des mille non ne manque pas de relief ni de profondeur. Sa principale singularité réside dans le point de vue adopté par Vincent Delecroix. A juste titre, il refuse les issues simplistes : opposer « camp du oui » et « camp du non », faire triompher naïvement le « oui à la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ En étudiant un parcours singulier, l’historienne Florence Buttay montre la complexité des relations entre chrétiens et musulmans à la Renaissance.
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Un électron libre dans la Méditerranée connectée du XVIe siècle

En étudiant un parcours singulier, l’historienne Florence Buttay montre la complexité des relations entre chrétiens et musulmans à la Renaissance.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h30
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                            Claire Judde de Larivière (Historienne et collaboratrice du Monde des livres)








                        



                                


                            
Histoire véridique de l’imposteur Giorgio del Giglio, qui renia la foi chrétienne et prétendit servir Soliman le Magnifique, de Florence Buttay, Payot, « Histoire », 300 p., 21 €.

Imposteur, bonimenteur, affabulateur, camelot de l’information politique, propagateur de « fake news » avant l’heure : telles sont quelques-unes des qualités de l’énigmatique Giorgio del Giglio, originaire de Toscane mais issu d’une famille de juifs de Salamanque, né selon ses dires en 1507 et mort vers 1580, après avoir traversé la Méditerranée dans tous les sens, avoir été sept fois captif, s’être converti à l’islam puis être revenu au christianisme, avoir servi de janissaire auprès des Turcs et d’informateur pour les Médicis. Il est l’un de ces nombreux passeurs qui sillonnent l’espace méditerranéen à l’époque moderne, aux côtés des traducteurs, trafiquants, esclaves et espions qui accompagnent la circulation des marchandises, des informations et des idées.
Univers perméables
Si nous avons tous été marqués par La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II (Armand Colin, 1949), œuvre magistrale de Fernand Braudel (1902-1985), nous savons aujourd’hui que la représentation d’un espace en tension entre un monde musulman dominé par l’Empire ottoman et un monde chrétien guidé par l’Empire espagnol doit être fortement nuancée. Car si le XVIe siècle a certes été rythmé par les conflits et les guerres entre ces deux pôles antagoniques, il a aussi vu s’intensifier les circulations et les contacts entre des univers perméables et dont les cultures se construisaient dans les échanges et la réciprocité.
Les aventures rocambolesques de Giorgio del Giglio en sont une parfaite illustration, et Florence Buttay en a tiré un ouvrage habile et captivant, sur les pas de ce voyageur prolixe, prompt à raconter ses vicissitudes, quitte à les inventer largement. La question n’est pas pour autant de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Dans « Dieu ne tue personne en Haïti », l’écrivain américain donne à voir et à entendre comme rarement la réalité du pays caribéen.
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Mischa Berlinski conte Haïti, terre de malheurs et d’histoires

Dans « Dieu ne tue personne en Haïti », l’écrivain américain donne à voir et à entendre comme rarement la réalité du pays caribéen.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h15
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                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Dieu ne tue personne en Haïti (Peacekeeping), de Mischa Berlinski, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Renaud Morin, Albin Michel, 512 p., 23,90 €.

Comprendre ce qui nous pousse vers l’ailleurs. Saisir les motivations qui se cachent derrière la curiosité apparente, ce que cette appétence révèle de la nature humaine. Telle est l’énigme que creusent les fictions du journaliste new-yorkais ­Mischa Berlinski. Son premier roman, Le Crime de Martiya Van der Leun (Albin ­Michel, 2010), imaginait son double, un jeune pigiste en Thaïlande, qu’obsédait le meurtre d’un missionnaire chrétien commis par une anthropologue. Finaliste du National Book Award, le livre témoignait de son talent de conteur. Sa manière de s’effacer derrière ses personnages – dont les caractères se révèlent par un formidable jeu de miroirs – et de donner à voir et à entendre la réalité d’un pays, plutôt que de se mettre lui-même en scène, sont autant de qualités qui font la réussite de son deuxième roman.

Dieu ne tue personne en Haïti est né du séjour de Berlinski dans ce pays caribéen. L’auteur y a suivi sa compagne, employée civile de la Mission des Nations unies, déployée après le coup d’Etat et l’exil du président Aristide en 2004. Il a également été témoin du séisme de 2010. Mais cette expérience-là n’est pas au cœur du roman. Ce que rapporte le narrateur anonyme – il présente de nombreux points communs avec l’auteur –, ce sont les malheurs du pays et les histoires que les gens se racontent pour les supporter. Il y a celle de Terry White, shérif républicain au chômage, et de Kay, ex-agent immobilier, un couple originaire de Floride qui a tout perdu dans la crise des subprimes. A Haïti, où Terry a été recruté par la police de l’ONU, ils croient avoir trouvé la nouvelle frontière de leur rêve américain. Il y a aussi la fable du juge Johel Célestin, un jeune Haïtien de New York, qui annule son mariage pour sauver...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Pour « Le Poisson », le romancier russe a créé un remarquable personnage, Véra, infirmière russe en Asie centrale, autour de laquelle l’URSS se disloque.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Piotr Alechkovski abandonne le Tadjikistan

Pour « Le Poisson », le romancier russe a créé un remarquable personnage, Véra, infirmière russe en Asie centrale, autour de laquelle l’URSS se disloque.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h15
    |

                            Elena Balzamo (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Le Poisson (Ryba. Istoriya odnoy migratsii), de Piotr Alechkovski, traduit du russe par Ekaterina Cherezova, Macha, 304 p., 19,90 €.

En russe, le poisson (ryba) est du genre féminin. Appliqué à une femme, le mot suscite les mêmes associations qu’en français : une créature froide, insensible, un brin visqueuse, voire repoussante. Ryba est le surnom de l’héroïne, qui raconte sa vie dans le roman de Piotr Alechkovski (né en 1957), le second à être traduit en français (après Le Putois, Fayard, 1999). Une vie qui n’a rien d’un long fleuve tranquille et qui s’apparente plutôt à un mince ruisseau que l’aridité du climat, constamment, menace de dessécher. Commencée dans les steppes du Tadjikistan, ex-république soviétique d’Asie centrale, elle s’achèvera à Moscou, après un périple de milliers de kilomètres qui durera plusieurs années. Rien ne sera épargné à cette infirmière qui, sans trop se demander pourquoi ni comment, arrive à soulager les peines des autres, tandis que personne au monde ne songe à alléger les siennes : deuils d’enfance, mariage malheureux, perte d’un fils, exil – tout cela sur fond d’une misère endémique, qu’aucun travail, aucune abnégation ne parviennent à diminuer.
Trahie, abandonnée, méprisée, violentée, elle n’a qu’une arme pour se défendre : la bonté. Sans être croyante (bien que son prénom, Véra, signifie « foi »), elle met quotidiennement en pratique le précepte évangélique : plutôt tendre l’autre joue que frapper l’agresseur. D’où son apparente impassibilité, que tout le monde prend pour de l’insensibilité et qui lui vaut les sarcasmes et le mépris. En paroles comme en actes, cette femme se refuse à toute violence : le mal ne passera pas par elle, elle n’en augmentera pas la quantité dans le monde, pas d’une once ! Cette bonté, qu’elle paie si cher, fait d’elle une sœur cadette des personnages rédempteurs de Dostoïevski et une petite cousine du Platon Karataev de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.
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Trans|Poésie. Suites…

Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h15
    |

                            Didier Cahen








                        



   


Un papillon blanc
Traverse la pluie de printemps
Sans même retrousser ses manches
§
Une fois n’est pas coutume
L’âne sauvage des déserts
Précède les tortues éléphants kangourous
§
Voix dans les broussailles…
La vieille voisine est morte
On dresse l’état des lieux
Confirmation de la belle santé de la poésie coréenne avec le nouveau recueil de Ra Hee-duk (née en 1966). La préface de Jean-Michel Maulpoix décrit très subtilement « le trouble perceptif que le poète jette dans l’esprit du lecteur, tel ce point noir qui marque le ver à soie ».
Précieuse Valérie Rouzeau (née en 1967). On reconnaît entre toutes son écriture limpide et singulière quand elle demande au Père Noël un bon silence, le vide ou un grand rien pour bien mettre les pendules à l’heure !
Passez la couverture, oubliez le titre et la mention « Haïkus ». Les courts poèmes de Danièle Faugeras (née en 1945), poète, éditrice, traductrice, sont de petites merveilles, des instantanés bien réglés qui ciblent le quotidien et prennent la vie au mot.
Le Ver à soie marqué d’un point noir, de Ra Hee-duk, traduit du coréen par Kim Hyun-ja, Cheyne, « D’une voix l’autre », µ 144 p., 23 €.
Sens averse (répétitions), de Valérie Rouzeau, La Table Ronde, 144 p., 16 €.
A chaque jour suffit son poème. Haïkus, de Danièle Faugeras, Pippa, 68 p., 15 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Grand classique, « Quand Hitler s’empara du lapin rose », où l’écrivaine et illustratrice pour la jeunesse raconte l’exil familial de Berlin à Londres en 1933-1935, reparaît.
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Judith Kerr, la petite fille qui fuyait devant les nazis

Grand classique, « Quand Hitler s’empara du lapin rose », où l’écrivaine et illustratrice pour la jeunesse raconte l’exil familial de Berlin à Londres en 1933-1935, reparaît.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h15
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            
Quand Hitler s’empara du lapin rose (When Hitler Stole Pink Rabbit), de Judith Kerr, traduit de l’anglais par Boris Moissard, Albin Michel Jeunesse, 316 p., 14 €. Dès 11 ans.

Réédité chez Albin Michel plus de trente ans après sa parution à L’Ecole des loisirs, en 1985, Quand Hitler s’empara du lapin rose n’est en aucun cas une histoire animalière, comme il en existe tant dans la littérature de jeunesse. Le rongeur en question n’en est d’ailleurs pas un, mais une peluche aux yeux de broderie noire et à la fourrure fanée, émouvante dans sa façon de « refuser la station debout ».
Anna a 9 ans en cette année 1933 quand, dans la précipitation à remplir sa valise, elle préfère emporter avec elle un chien en chiffon plutôt que ce lapin élimé. Adolf Hitler a accédé au pouvoir en Allemagne, il faut faire vite. Le père d’Anna, un écrivain juif dont les ouvrages seront bientôt brûlés en public, a pris les devants en quittant Berlin pour rejoindre la Suisse. Anna, son frère Max et sa mère s’apprêtent à sauter dans un train pour le retrouver.
Un lectorat adulte
Commence un long exil qui se poursuivra en France puis à Londres, où Judith Kerr – Anna, dans ce roman autobiographique – vit toujours aujourd’hui. Agée de 94 ans, l’auteure et illustratrice était de passage à Paris à la fin du mois d’avril pour accompagner le retour en librairie de ce grand classique de la littérature britannique, presque aussi célèbre que son best-seller Le Tigre qui s’invita pour le thé (1968 ; Albin Michel, 2017), un album vendu à 10 millions d’exemplaires dans le monde. A la différence de celui-ci, la grande spécificité de Quand Hitler s’empara du lapin rose est d’avoir su séduire un lectorat adulte, en plus du jeune public auquel il était initialement destiné.

A l’origine, il y a la volonté de Judith Kerr de raconter à ses propres enfants ce que fut son enfance. Peintre de formation,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Avec « Haute couture », l’académicienne traque le secret des robes extravagantes dont le peintre revêtait ses saintes au XVIIe siècle.
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Florence Delay sur les traces du mystère Zurbaran

Avec « Haute couture », l’académicienne traque le secret des robes extravagantes dont le peintre revêtait ses saintes au XVIIe siècle.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
03.05.2018 à 16h33
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Haute couture, de Florence Delay, Gallimard, 112 p., 12 €.

De sainte Casilda de Tolède, on ne sait guère que le miracle que cette jeune fille accomplit quelque part vers l’an 1000. La ville était alors capitale religieuse de l’Espagne islamique, dirigée par son père, le puissant Yahia ibn Ismail Al-Mamun. Bravant les interdits, ­Casilda rendait visite aux prisonniers chrétiens, leur prodiguant à la dérobée des soins, et leur apportant de la nourriture. L’ayant appris et sachant aussi qu’elle allait demander le baptême, l’émir l’arrêta un jour alors qu’elle allait vers la prison. « Que caches-tu dans ta robe ? – Rien que des fleurs », répondit-elle. Et en effet, des plis de l’étoffe, en place des pains jaillit une brassée de roses. Singulière intervention divine récompensant sa charité.
Du Louvre au Palazzo Bianco
Sainte Casilda a été peinte en 1635 par Francisco de Zurbaran. La toile est exposée à Madrid, au Musée Thyssen-Bornemisza. Elle fait partie de la troublante galerie de tableaux du maître sévillan que nous fait découvrir Florence Delay dans Haute couture. Des portraits de saintes représentées sous les traits de très jeunes filles, toujours somptueusement vêtues. Pour des couvents, ceux d’Espagne, mais aussi pour ceux des Amériques, Zurbaran en a réalisé un grand nombre.
Florence Delay s’est attachée à une quinzaine d’entre eux, dispersés entre les collections du Louvre ou du Prado, de la National Gallery de Londres ou de Dublin, du ­Musée Fabre de Montpellier ou du ­Palazzo Bianco de Gênes. Jeu de piste. L’académicienne les fait se rejoindre d’un souvenir de jeunesse à une émotion furtive, une rencontre, une fragile rêverie.

Elisabeth de Portugal, si généreuse envers les démunis qu’elle est accusée de piller la cassette royale, voit, comme Casilda, son secourable butin se transformer en roses, à la grande confusion de celui qui a voulu la prendre sur le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Romans, BD, récits, anthropologie, SF, essai littéraire, thriller, recueils… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 4 mai 2018.
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Livres en bref

Romans, BD, récits, anthropologie, SF, essai littéraire, thriller, recueils… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 4 mai 2018.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h00
    |

                            François Angelier (Collaborateur du "Monde des livres"), 
Frédéric Potet, 
                                Florent Georgesco, 
                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
Raphaëlle Leyris, 
                                Ariane Singer (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Florence Noiville, 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Philippe-Jean Catinchi, 
                            Monique Petillon (Collaboratrice du "Monde des livres") et 
                            Nils C. Ahl (Collaborateur du "Monde des livres")








                        



                                


                            Anthropologie. La ville des migrants
La Jungle de Calais. Les migrants, la frontière et le camp, sous la direction de Michel Agier, PUF, 224 p., 19 €.
Il est des records moins glorieux que d’autres, comme celui de compter sur son territoire le plus grand bidonville d’Europe. C’est en effet en France, sur un terrain marécageux, coincé entre une zone industrielle classée Seveso et la mer, que plus de 10 000 personnes, dont des centaines de mineurs isolés, ont vécu d’avril 2015 à octobre 2016. La « jungle » de Calais, objet de l’enquête dirigée par l’anthropologue Michel Agier, avant d’être une caricature de sauvagerie exotique, a d’abord été un lieu de cristallisation politique et humanitaire. Son démantèlement au début de la campagne présidentielle devait supprimer les problèmes « en faisant disparaître les migrants eux-mêmes ». Ce petit livre montre comment, face au désengagement de l’Etat, Afghans, Soudanais, Kurdes, Erythréens, Ethiopiens, Syriens et Egyptiens sont parvenus, avec l’aide de nombreux bénévoles puis d’ONG internationales, à rendre l’éphémère acceptable. Avec des restaurants, des commerces, une mosquée, une église, une école, un jardin d’enfants ou une bibliothèque, ce bidonville, situé à 30 minutes à pied de Calais, était devenu une ville. Autrement dit, les « migrants s’inventaient eux-mêmes la ville hospitalière en France que le gouvernement leur refusait ». A. Bo.
BD. Christin, choses vues

Est-Ouest, de Philippe Aymond (dessin) et Pierre Christin (scénario), Aire libre, 136 p., 26 €.
Créateur de Valérian avec Jean-Claude Mézières, pionnier de la bande dessinée politique avec Enki Bilal, mais aussi écrivain, journaliste et universitaire, Pierre Christin ne pouvait échapper à l’exercice de l’autobiographie, même s’il s’est longtemps juré le contraire. A 79 ans, le scénariste contourne l’obstacle à travers un ensemble de « choses vues »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Claro est séduit par l’intelligence des « proseries » de Lambert Schlechter.
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Le feuilleton. Fredonner au bout d’un clou

Claro est séduit par l’intelligence des « proseries » de Lambert Schlechter.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h00
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Une mite sous la semelle du Titien. Le murmure du monde 7, de Lambert Schlechter, Tinbad, « Poésie », 148 p., 16 € (en librairie le 5 mai).

Quelle pourrait bien être la plus petite unité littéraire ? Le mot ou la phrase ? Le paragraphe ou la page ? A partir de combien de fleurs absentes peut-on parler d’idée de bouquet ? Existe-t-il un seuil en dessous duquel l’écriture peine à tenir, un autre au-dessus duquel elle s’estime de plain-pied ? La question de la forme est-elle une question d’endurance ? Le fait est que, pour quiconque décide de plier le temps à la forme écrite, avant même d’avoir circonscrit un périmètre (sonnet, roman, nouvelle…), mettre la main au clavier revient à produire des unités, c’est-à-dire des blocs, des sections, des morceaux soumis au façonnage d’un souffle, d’un rythme.
Ainsi, on pourrait dire qu’il existe, parallèlement à la page concrète, celle que l’histoire papetière a baptisée A4 ou A5, comme s’il s’agissait d’énigmatiques coordonnées (un mot croisé ? un point isolé dans l’espace ?), une page abstraite (mais non moins réelle pour l’écrivain) : celle qu’il emplit d’un jet à la fois fluide et heurté, comme la première heure d’un jour, une sorte d’étalon ne présageant d’aucune structure, une matrice rétive aux descendances, mais lui permettant d’abattre toutes ses cartes en une fois – un va-tout joué en solitaire. Cette page tient de l’exercice, mais en surface seulement, car en elle s’ébat une liberté extrême – elle n’engage pas d’œuvre immédiate, étant pour ainsi dire simultanément recto et verso. Cette unité hautement personnelle, certains lui donnent un nom. Pour Lambert Schlechter, c’est « proserie », un terme un peu bâtard, pas très heureux en apparence, qui mêle « prose » et « causerie », mais où on peut également entendre « poésie », et pourquoi pas « poterie ». L’écrivain au clavier ? Il est devant son tour, et la forme, sous ses doigts,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ La chronique de Leïla Slimani, à propos de « Défense de nourrir les vieux », d’Adam Biles.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Premier roman. Mourir de rire

La chronique de Leïla Slimani, à propos de « Défense de nourrir les vieux », d’Adam Biles.



Le Monde
 |    03.05.2018 à 07h00
    |

                            Leïla Slimani (Ecrivaine)








                        



                                


                            
Défense de nourrir les vieux (Feeding Time), d’Adam Biles, traduit de l’anglais par Bernard Turle, Grasset, « En lettres d’ancre », 528 p., 23 €.
Il y a quelques semaines, la situation dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes ­ (Ehpad) a brièvement fait la « une ». On y découvrait la manière parfois sordide dont sont traités nos aînés. La déchéance, la solitude, la souffrance. Un abandon qui dit tant sur l’état de notre société… et qui a été bien vite balayé par d’autres actualités. ­Pourtant, il y aurait tant à raconter sur ces lieux mystérieux que sont les maisons de retraite, sorte de « purgatoires » avant la destination finale. Adam Biles, jeune auteur britannique, s’y emploie dans Défense de nourrir les vieux. Mais on est bien loin ici du récit naturaliste ou de l’analyse sociologique. On pénètre au contraire dans un roman déjanté, corrosif et irrévérencieux, dans la grande tradition anglaise. Où l’humour noir se révèle la meilleure façon d’aborder des réalités insupportables.

Les Chênes verts, où se déroule cet explosif huis clos, est un manoir isolé dans la campagne, qui tient à la fois lieu de prison, de mouroir, d’asile d’aliénés et de grande demeure patrimoniale à l’abandon. La nouvelle venue Dorothy, dites Dott, va vite comprendre que les brochures qui l’ont poussée à s’inscrire ici sont mensongères. Qu’importe, elle veut y retrouver son mari, Leonard. Comme dans un pensionnat ou un lycée, elle s’intègre à une bande menée par le fringant Capitaine Ruggles, qui voit des Allemands et des soldats partout. Et qui se met en tête d’organiser bientôt une évasion.
Noires réalités
Adam Biles le sait bien, parler du monde des vieux, c’est se confronter à une culture du cliché, des phrases vidées de leur sens, au politiquement correct. A un monde « de Grandes platitudes » où l’on prétend que « la vie continue », que « le meilleur est...




                        

                        

