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Le fonds de capital-investissement Lantern Capital va reprendre le studio Weinstein

Selon le document déposé devant le tribunal du Delaware, The Weinstein Company a déclaré des actifs valorisés entre 500 millions et 1 milliard de dollars, et un passif situé dans la même fourchette.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 14h00
   





                        


The Weinstein Company (TWC) a annoncé, mardi 1er mai, avoir choisi le fonds de capital-investissement Lantern Capital, sis à Dallas, au Texas, pour le rachat de l’essentiel de ses actifs. Lantern s’était positionné dès l’ouverture de la procédure judiciaire pour reprendre l’essentiel de la Weinstein Company (TWC), moyennant 310 millions de dollars en numéraire (256 millions d’euros) et 120 millions de dollars (99 millions d’euros) de reprise de dettes. La cession doit encore recevoir l’aval du juge des faillites.
« L’offre de Lantern représente la valeur la meilleure et la plus élevée pour l’entreprise et ses créanciers », a déclaré Ivona Smith, membre du conseil représentant le studio de cinéma et de télévision failli, dont le cofondateur Harvey Weinstein est accusé d’abus sexuels par des dizaines de femmes. Le producteur affirme que toutes les relations qu’il a eues étaient consenties.
Offre de dernière minute
Mardi, plusieurs médias américains, comme le New York Times, ont fait état d’une offre de dernière minute, déposée après la clôture par Inclusion Media, société du producteur de Broadway Harvey Kagan. Elle proposait 315 millions de dollars en numéraire, mais aussi de mettre de côté 30 millions de dollars pour les victimes présumées d’Harvey Weinstein, accusé de viol, harcèlement et d’agression sexuelle par plus de 100 femmes. Le projet prévoyait également de leur distribuer des actions du studio créé par Harvey Weinstein et son frère Bob.
Pour la Weinstein Company, le projet n’offrait pas les garanties suffisantes, notamment en matière de financement, pour être considéré comme une offre recevable.

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The Weinstein Company qui a été cofondée par les frères Harvey et Bob Weinstein dispose d’un catalogue de 277 films dont plusieurs films oscarisés, tels que Le Discours d’un roi ou The Artist qui ont dégagé plus de 2 milliards de dollars de recettes au box-office mondial. Selon le document déposé devant le tribunal du Delaware, TWC a déclaré des actifs valorisés entre 500 millions et 1 milliard de dollars, et un passif situé dans la même fourchette.

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Grâce à la réforme du crédit d’impôt cinéma, plusieurs tournages ont été relocalisés dans l’Hexagone. Mais les difficultés financières rencontrées par certaines grosses sociétés de production sont susceptibles d’atténuer cette tendance positive.
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En France, l’embellie de l’emploi dans le cinéma et l’audiovisuel pourrait ne pas durer

Grâce à la réforme du crédit d’impôt cinéma, plusieurs tournages ont été relocalisés dans l’Hexagone. Mais les difficultés financières rencontrées par certaines grosses sociétés de production sont susceptibles d’atténuer cette tendance positive.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 12h06
    |

            Nicole Vulser








                        



   


L’effet d’aubaine ne durera sans doute qu’un temps, mais il a été bénéfique pour l’emploi dans les métiers du cinéma et de l’audiovisuel. La réforme du crédit d’impôt cinéma, mise en place le 1er janvier 2016, a permis de maintenir un niveau d’activité élevé grâce à la relocalisation dans l’Hexagone de productions à gros budgets (supérieurs à 20 millions d’euros) qui avaient auparavant tendance à être tournées à l’étranger.
Telle est la principale conclusion de l’étude annuelle de l’Observatoire de la production audiovisuelle et cinématographique menée par la Commission du Film d’Ile-de-France et rendue publique mercredi 2 mai. Elle porte sur l’année 2016, au cours de laquelle « la croissance de l’effectif n’a jamais été aussi forte depuis dix ans [+ 6 %] », se félicite Agnès Evren, vice-présidente de la région Ile-de-France, chargée de la culture, du patrimoine et de la création, qui a commandité cette étude.

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En 2016, 4 400 emplois nets ont été créés dans ce secteur, qui recense 36 286 équivalents temps plein (dont 31 119 en Ile-de-France). Si l’emploi des CDI s’est renforcé, 40 % des entreprises d’Ile-de-France n’embauchent que des intermittents.
Le nombre d’entreprises de production (cinéma, programmes audiovisuels, films institutionnels, publicité) et de post-production a augmenté de 4 %, pour atteindre 5 388 (dont 1 557 uniquement pour le cinéma) en Ile-de-France. Au-delà d’un nombre très restreint de grosses entreprises, le secteur reste constitué d’une myriade de toutes petites entités.
Les séries télévisées, important levier de croissance
Cette embellie dans l’emploi en 2016 s’explique par l’effet conjugué de la relocalisation des tournages des films français et de la production hors norme du film de Luc Besson Valérian et la Cité des mille planètes. Si elle n’a pas trouvé son public aux Etats-Unis – mettant en péril EuropaCorp, le studio du réalisateur –, cette superproduction a injecté 75 millions d’euros dans la filière cinématographique hexagonale et généré 450 emplois.

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A ces facteurs positifs s’ajoute la hausse des dépenses de productions étrangères en France, grâce au relèvement du plafond du crédit d’impôt international. Plusieurs blockbusters ont ainsi été tournés en région parisienne, comme Bekfire, d’Aditya Chopra, Cinquante Nuances plus claires, de James Foley, ou Jackie, de Pablo Larrain. De nombreux studios hollywoodiens sous-traitent des productions dans l’animation, tandis que les séries télévisées représentent désormais un important levier de croissance.
En 2017, la relocalisation de la production française s’est poursuivie avec Dans la brume, de Daniel Roby, Un Peuple et son roi, de Pierre Schoeller, L’Empereur de Paris, de Jean-François Richet, ou Santa & Cie, d’Alain Chabat. Même constat pour les productions internationales attirées par l’Hexagone, qu’il s’agisse de Mission Impossible 6 de Christopher McQuarrie, Le 15h17 pour Paris, de Clint Eastwood, ou des séries américaines Sense8 (Netflix) et Patriot (Amazon Studios). En matière d’emploi, « si l’année 2016 était exceptionnelle, 2017 sera encore meilleure », assure l’Observatoire.
L’étude prévoit « une année de consolidation en 2018 » et annonce quelques bémols dans cette euphorie générale. Les auteurs expliquent que « les difficultés financières rencontrées par certaines grosses sociétés de production et la faible structuration du secteur de la production cinématographique française peuvent freiner la croissance des investissements et le développement de films à gros budgets, à même de doper l’emploi dans le secteur ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Le cinéaste brésilien José Padilha se saisit à son tour de l’événement guerrier spectaculaire mais plombe son film avec des séquences chorégraphiques malvenues.
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« Otages à Entebbe » : une transposition maladroite de la prise d’otages de 1976

Le cinéaste brésilien José Padilha se saisit à son tour de l’événement guerrier spectaculaire mais plombe son film avec des séquences chorégraphiques malvenues.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 10h39
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
Il y eut déjà quatre transpositions cinématographiques ou télévisuelles mettant en scène l’intervention militaire israélienne qui a délivré les passagers du vol d’Air France pris en otages et détenus dans l’aéroport d’Entebbe, en Ouganda, dans la nuit du 3 au 4 juillet 1976. Evènement guerrier spectaculaire que le cinéma n’avait déjà pas manqué d’exploiter, « à chaud ». L’adaptation de José Padilha, cinéaste brésilien ayant obtenu l’Ours d’Or au Festival de Berlin en 2007 pour Troupe d’élite, auteur à Hollywood, depuis, d’un remake de Robocop, semble choisir une relative sobriété, en se concentrant, hélas sans trop de surprises, sur les lourds cas de conscience et les états d’âme des divers protagonistes. Ceux des deux pirates de l’air allemands, notamment, s’offusquant de la sélection des passagers, par leur complices palestiniens du FPLP, entre juifs et non-juifs.
Une faute de goût
Le récit s’attarde aussi sur le débat qui oppose Ythzak Rabbin, alors premier ministre d’Israël, prudent et indécis, et Shimon Peres, ministre de la défense, partisan d’une intervention militaire. Lorsque l’assaut survient, Padilha a eu l’idée d’entrecouper les séquences d’action avec des plans d’une chorégraphie d’Ohad Naharin, faute de goût qui plombe irrémédiablement le film, supplément d’âme artistique qui contredit à la fois la dimension spectaculaire du projet tout autant que la volonté de rigueur froide affichée.

Film américain de José Padilha. Avec Daniel Brühl, Rosamond Pike, Eddie Marsan. (1h47). Sur le web : www.ugcdistribution.fr/film/otages-a-entebbe



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Pour son premier long métrage, Yann Le Quellec met en scène des personnages hauts en couleurs mais qu’il peine à faire réellement exister.
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« Cornelius le meunier hurlant » : un récit fantasque et poétique

Pour son premier long métrage, Yann Le Quellec met en scène des personnages hauts en couleurs mais qu’il peine à faire réellement exister.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 10h39
 • Mis à jour le
02.05.2018 à 11h15
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
A une époque indéterminée, dans un lieu qui l’est tout autant, débarque un beau jour un garçon plutôt rustaud du nom de Cornelius (Bonaventure Gacon) qui entend y fabriquer du bon pain. Aimablement accueilli par la population – à commencer par le maire Cardamome (Gustave Kervern) et sa jolie fille Carmen (Anaïs Demoustier) – sa situation ne tarde pas à se dégrader, car pour une raison qui reste mystérieuse, l’individu hurle toutes les nuits que dieu fait à la lune. Un ras-le-bol se faisant sentir du côté des dormeurs, le maire prend la tête d’une campagne d’ostracisation d’abord, puis d’expulsion manu militari du meunier noctambule. Mue par l’amour, seule Carmen lui reste fidèle.
Une stylisation certaine mais un rien brouillonne
Voici pour l’argument, inspiré d’un roman du Finlandais Arto Paasilinna, dont la candide bonhomie affaiblit notablement les possibles résonances contemporaines. Quant à la mise en scène, elle procède d’une stylisation certaine mais un rien brouillonne, regardant tout à la fois du côté de la comédie musicale, du western, du film fantastique, du cirque, du burlesque, et, évidemment de la fable.
Tout à son invention fantasque et poétique (on est ici sur un territoire où les ombres de Luc Moullet, d’Alain Guiraudie et de F’murrr jouent à cache cache), le réalisateur a convoqué des décors et des figures hauts en couleurs, mais il peine à faire exister des personnages. En se souvenant de la gracieuse folie des débuts de Yann Le Quellec dans le moyen métrage – Je sens le beat qui monte en moi et La Quepa sur la vilni – on retiendra la prise de risque de ce premier long métrage, en pariant sur un usage plus concerté de celle-ci dans le prochain film.

Film français de Yann Le Quellec. Avec Bonaventure Gacon, Anaïs Demoustier, Gustave Kervern. (1h47) Sur le web : www.facebook.com/Corneliuslefilm, www.advitamdistribution.com/films/cornelius-le-meunier-hurlant/



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le destin d’une classe de lycéens contestataires, en 1956, est l’occasion d’une reconstitution historique consciencieuse et compassée.
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« La Révolution silencieuse »: rébellion adolescente en RDA

Le destin d’une classe de lycéens contestataires, en 1956, est l’occasion d’une reconstitution historique consciencieuse et compassée.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 10h38
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
Lorsque, dans cinquante ans, le festival de Berlin proposera sa rétrospective sur « la RDA dans le cinéma allemand de l’après-réunification », La Révolution silencieuse ne sera qu’un complément de programme. Un complkément plus révélateur de l’état d’esprit d’un pays qui se félicite d’avoir rangé au rang des antiquités le système post-stalinien qu’évocateur de la vie au temps d’Erich Honecker (comme l’étaient chacun à sa manière, Barbara ou Goodbye Lenin).
Placé sous l’invocation magique « inspiré de faits réels », le film de Lars Kraume (auteur de Fritz Bauer, un héros allemand), met en scène le destin des élèves d’une classe de terminale dans une banlieue de Berlin-Est. On est en 1956, et Stalinstadt n’a pas encore été débaptisée, le mur n’a pas encore été érigé. Si bien que deux lycéens, Kurt (Tom Gramenz) Leo (Leonard Scheicher) peuvent à l’occasion d’une excursion à l’Ouest, apprendre grâce aux actualités filmées, que le soulèvement hongrois a été réprimé dans le sang par les troupes soviétiques. A leur retour, les garçons convainquent leurs camarades de classe d’observer une minute de silence en hommage aux victimes au début d’un cours, sans rien dire des motifs de leur silence.
Une typologie des personnages qui semble empruntée à un teenage movie américain
Ce comportement met en branle la machine répressive du SED, le parti communiste est-allemand. Les adolescents sont soumis à la pression des fonctionnaires, de leurs parents. Tout cela est clairement énoncé, au fil de rebondissements si bien agencés qu’on suppose qu’ils ne sont, pas, eux, inspirés de faits réels. La typologie des personnages (le rebelle, le bon élève, la jeune fille déchirée entre ces deux garçons) semble empruntée à un teenage movie américain. Quant aux décors et aux accessoires d’époque, ils donnent plus l’impression de visiter le DDR Museum de Berlin que de replonger dans une époque.
Reste l’intérêt d’un épisode révélateur de la violence d’un système, et l’apparition terrifiante de l’excellent Burghart Klaussner (vu chez Haneke, entre autres) dans le rôle du ministre de l’éducation, torturé par les nazis, que l’on sent prêt à torturer les jeunes dont il a la charge.

Film allemand de Lars Kraume, avec Leonard Scheicher, Tom Gramenz, Ronald Zehrfeld, Burghart Klaussner (1 h 51). Sur le web : distrib.pyramidefilms.com/la-revolution-silencieuse,



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le documentariste Kaspar Astrup Schröder porte un regard trop complaisant sur le Danois aux projets ultra médiatisés.
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« Big Time, dans la tête de Bjarke Ingels » : portrait sans recul d’un « starchitecte »

Le documentariste Kaspar Astrup Schröder porte un regard trop complaisant sur le Danois aux projets ultra médiatisés.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 10h38
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
Avec son agence Big, Bjarke Ingels s’est imposé en quelques années et quelques projets spectaculaires, inventifs et ludiques, comme l’enfant prodige de l’architecture mondiale. En charge de la construction d’une des tours du nouveau World Trade Center, du siège de Google (conjointement avec Thomas Heatherwick), du projet urbanistique pour le moins controversé d’EuropaCity, à Gonesse, il multiplie, à 43 ans, les projets ultra médiatisés.
Sans véritablement donner à voir les bâtiments, sans poser d’autres questions que celle de la réussite et du génie, ce documentaire coule dans une narration un rien artificielle la légende d’un gamin surdoué devenu « starchitecte ». Sympathique dans sa première partie qui revient sur les rêves d’enfant du personnage, ses années de formation, et ses premiers projets au Danemark (l’usine de valorisation des déchets qui fait à la fois piste de ski pour les habitants de Coppenhague, le musée maritime d’Elseneur...), le film adopte peu à peu la posture complaisante d’un tract à la gloire d’un héros de l’ère néolibérale au physique taillé pour les couvertures de magazines, obsédé par la gagne, assoiffé de grandeur.
En se centrant sur l’angoisse de la mort que libère chez Bjarke Ingels un problème de santé bénin, qui lui permet de se comparer au passage à Louis Kahn ou Le Corbusier, puis sur le début de son histoire d’amour avec sa première fiancée, il ne rend pas service à son personnage. Pour une approche plus instructive et plus inspirée, on se référera plus volontiers à The Infinite Happiness (2015), formidable documentaire de Louise Lemoine et Ila Bêcka sur le complexe de logements sociaux « 8 House », construit par Bjarke Ingels dans la banlieue de Copenhague.


BIG TIME - International Trailer from Good Company Pictures on Vimeo.

Documentaire de Kaspar Astrup Schröder (1h33). Sur le web : www.mk2.com/films/big-time-tete-bjarke-ingels



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ La comédie sociale de Xabi Molia plonge parfois dans la grisaille mais retrouve vite de l’allant grâce à ses formidables acteurs.
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« Comme des rois » : une dynastie de perdants charmants

La comédie sociale de Xabi Molia plonge parfois dans la grisaille mais retrouve vite de l’allant grâce à ses formidables acteurs.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 09h10
 • Mis à jour le
02.05.2018 à 11h13
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde - A voir »
Sur ce sol – la périphérie d’une ville française loin de Paris –, les catastrophes poussent mieux que le bonheur. « Comme des rois », c’est une antiphrase. Joseph (Kad Merad), le patriarche de la dynastie, est un petit escroc qui risque tous les jours la prison pour quelques dizaines d’euros. Val (Sylvie Testud), la reine mère, a transformé l’appartement en crèche, à l’insu des autorités compétentes. Il suffit qu’un bambin fasse une grosse bêtise pour qu’elle aussi se retrouve derrière les barreaux. Quant au prince héritier, Micka (Kacey Mottet Klein), il seconde de mauvaise grâce son père dans ses petites entreprises, dont la confection et la vente à domicile de grands crus frelatés. Malgré son industrie, le clan est au bord de l’expulsion. Dans ces zones grises de l’économie, la procédure ne sera pas confiée aux huissiers mais à quelques gros bras du coin, qui ont déjà sérieusement amoché Joseph, en guise de première mise en demeure.

        Lire aussi le portrait :
         

          Kad Merad, au nom du père



Bref, Comme des rois pourrait être l’une de ces chroniques de la précarité comme en produit régulièrement le cinéma français, observation minutieuse et navrée de la décomposition sociale qui se conclurait par une petite apocalypse. Mais voilà, Xabi Molia a décidé de faire une comédie. On dirait que ça ne lui vient pas facilement. Lesté par les circonstances esquissées plus haut, son film plonge parfois dans la grisaille. Reste que ce n’est pas d’elle qu’on se souviendra, en repensant à Comme des rois, mais au plaisir de voir deux personnages s’épanouir, deux acteurs trouver le­ terrain de jeu sur lequel ils vont délivrer une performance hors du commun.
Monstre bien intentionné
Un désir loufoque détourne le récit dans sa course. Micka veut devenir acteur. Il y a bien longtemps, une décennie, que Kacey Mottet Klein, qui a aujourd’hui 19 ans, a choisi cette voie (à moins que ce ne soit l’inverse), en faisant ses débuts devant la caméra ­d’Ursula Meier, dans Home, en 2008, puis dans L’Enfant d’en haut, en 2012. Dans Comme des rois, il incarne à merveille la métamorphose qui fait qu’un adolescent gauche, pas très futé (son père ne se prive pas de le lui faire remarquer), se mue en un jeune premier charmant par la grâce de quelques lumières et d’un texte.
Micka participe à un atelier de théâtre et voudrait monter à Paris dans une école d’« acting ». ­Joseph, qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans la mouise, préférerait garder auprès de lui cet ­acolyte maladroit, qu’il croit d’une loyauté à toute épreuve. Kad Merad s’était déjà essayé par le passé à la noirceur, avec des fortunes diverses. C’est probablement son travail dans la série ­Baron noir qui lui a permis d’atteindre les recoins les plus sombres de son registre. Chez Xabi Molia, il navigue avec assurance entre la rancœur mesquine face à un monde qui se refuse à lui et un amour paternel envahissant, toxique. Le comédien prend un plaisir manifeste à mener à bien les méfaits virtuoses et dérisoires de son personnage pour, l’instant d’après, se transformer en monstre bien intentionné. Logiquement, pour un acteur qui a joué dans L’Italien, d’Olivier Baroux, son travail tire le film vers les ­comédies transalpines d’antan.
On aimerait bien que Xabi ­Molia assume plus franchement la dimension comique de son histoire. C’est finalement à Kad ­Merad, plus qu’à la mise en scène, qu’incombera la tâche de faire rire, ce qui arrive à intervalles réguliers au long de la projection. L’image numérique ultra-réaliste, la caméra portée ne favorisent pas non plus la mise en œuvre de la mécanique comique, qui doit insuffler un peu d’allant à cette ambiance venue d’un autre genre. Ce n’est pas très grave : au bout du compte, Comme des rois tient en respect le désespoir, donne foi en ses personnages.

Film français de Xabi Molia. Avec Kad Merad, Kacey Mottet Klein, Sylvie Testud (1 h 24). Sur le web : www.hautetcourt.com/film/fiche/324/comme-des-rois, facebook.com/hautetcourt

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 2 mai)
Senses 1 & 2, film japonais de Ryusuke Hamaguchi (chef d’œuvre)Les anges portent du blanc, film français et chinois de Vivian Qu (à ne pas manquer)Nous, les intranquilles, documentaire de Nicolas Contant (à ne pas manquer)Comme des rois, film français de Xabi Molia (à voir)Hotel Salvation, film indien de Shubhashish Bhutiani (à voir)Takara, la nuit où j’ai nagé, film français et japonais de Damien Manivel et Kohei Igarashi (à voir)Cornelius le meunier hurlant, film français de Yann Le Quellec (pourquoi pas)La révolution silencieuse, film allemand de Lars Kraume (pourquoi pas)Big Time : dans la tête de Bjarke Ingels, documentaire danois de Kaspar Astrup Schröder (pourquoi pas)Otages à Entebbe, film britannique de José Padilha (pourquoi pas)Daphné, film anglais de Peter Mackie Burns (pourquoi pas)Action ou Vérité, film américain de Jeff Wadlow (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Le cinéaste Ryusuke Hamaguchi a découpé en cinq volets son film « Happy Hour », tableau acide de la société japonaise.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

« Senses » : un quatuor de femmes aux vies désaccordées

Le cinéaste Ryusuke Hamaguchi a découpé en cinq volets son film « Happy Hour », tableau acide de la société japonaise.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 09h09
 • Mis à jour le
02.05.2018 à 11h13
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du Monde : chef d’œuvre
Senses, première œuvre distribuée en France du Japonais Ryusuke Hamaguchi, né en 1978, auteur d’une petite dizaine de films inédits, l’est sous la forme d’un feuilleton en cinq épisodes, rassemblés en trois programmes (Senses 1 & 2, Senses 3 & 4, Senses 5), aux sorties échelonnées entre le 2 et le 16 mai. Sous ce traitement d’exception se trouve pourtant, au départ, un long-métrage de plus de cinq heures, Happy Hour, présenté en 2015 au Festival de Locarno – où ses quatre comédiennes reçurent un prix d’interprétation. Durée d’exploitation inhabituelle qui explique le pari de la segmenter, afin d’ouvrir au film plus de fenêtres de programmation. Moins justifiée semble l’accroche quelque peu opportuniste ornant l’opération : « La première série au cinéma ». D’abord parce que le concept remonte au moins au cinéma muet et à ses serials (premiers films à épisodes des années 1910). Enfin, parce que le label « série » fait passer pour une expérience ce qui n’est jamais qu’un conditionnement, et ne dit rien, ou peu, du film en lui-même.

        Lire aussi le compte-rendu du festival de Locarno en 2015 :
         

          Locarno, sous le ciel et la bannière étoilés



Cela posé, venons-en à l’essentiel : Senses est une véritable merveille, une fresque chorale d’une beauté et d’une profondeur confondantes, dépeignant de sublimes portraits de femmes au quotidien, et à travers elles, le paysage étendu d’une certaine désaffection contemporaine. Il entretient, à ce titre, bon nombre d’affinités avec le magnifique Certaines femmes (2016), de l’Américaine Kelly Reichardt, qui reliait aussi l’affect féminin, saisi dans sa pluralité, au sentiment d’abandon et de déshérence propre à nos sociétés modernes. De plus, Senses est issu d’une expérience, dont il tire à la fois son format hors norme et sa forte empreinte réaliste : celle d’un atelier d’improvisation, dont les participants amateurs se sont retrouvés acteurs et actrices du film, et ont inspiré eux-mêmes l’écriture du scénario. Le temps long de la fiction est donc non seulement celui de l’apparition, mais aussi de la concrétisation des personnages, se gonflant dans la durée d’une pluralité de dimensions intimes, sensibles, relationnelles, (dés)amoureuses, caractérielles.
Hamaguchi observe la tectonique des sentiments et des structures sociales invisibles, mais aussi ce qui se réveille, se révolte en l’individu
Quatre femmes, donc, quatre amies de Kobé, approchant la quarantaine – dangereux point de bascule existentielle –, se retrouvent régulièrement pour des sorties. Dès la première scène, réunies pour un pique-nique, elles scrutent la ville recouverte d’un épais brouillard, qui ressemble à leurs vies : obstruée, sans perspective, sans horizon. On plonge, ensuite, dans chacune de ces vies, dans ce qui n’y tourne plus rond et s’appelle souvent « conjugalité ». Sakurako, mère au foyer, mendie ses sorties auprès d’un mari sacrifiant tout à son emploi. Akari, aide-soignante divorcée, vit seule et perd le sens de son travail. Fumi, curatrice d’un centre d’art, est mariée à un éditeur froid et calculateur. Et Jun, en pleine instance de divorce, prend la tangente et disparaît brutalement, lors d’un week-end entre amies. Disparition qui marque le tournant du film et dont la secousse entraîne une série de glissements, de recompositions, dans les existences hébétées des amies restantes.
Miroir tendu aux hommes
Le temps du film est donc celui – un instant, une éternité – que prend une vie pour sortir des habitudes, des modèles dominants, d’un imaginaire social usé. Hamaguchi observe avec une attention infinie, ainsi qu’une adhérence sidérante à l’étoffe humaine de ses personnages, la tectonique des sentiments et des structures sociales invisibles, mais aussi ce qui se réveille, se révolte en l’individu. Sa mise en scène, épurée sans sécheresse, précise sans surplomb, impavide sans mollesse, repose sur les changements d’axe, rythmant les échanges et les écoutes, redéfinissant en permanence les rapports et positions de chacun.

        Lire aussi le factuel :
         

          Le format des séries gagne le cinéma



Bien sûr, son quatuor de femmes, saisies à ce moment où la jeunesse altérée n’est plus un levier, brocarde le foyer traditionnel comme le siège d’une inégalité ancrée au cœur de la société japonaise, un archaïsme irréductible que la modernité n’a pas suffi à balayer. Quatuor qui tend aussi un miroir aux hommes, aux normes qu’ils incarnent, aux codes qu’ils perpétuent. Le récit, dans sa progression imperturbable, pousse ses héroïnes vers une sortie de piste, hors des mythes sociaux qui génèrent autant d’illusions et d’usure. Sortie qui traverse une série de luminosités fluctuantes – aubes rosies, contre-jours contrastés, pénombres épaisses, nuits artificielles – comme un tunnel de sentiments mêlés.
Sonder les plus infimes mouvements de l’existence
Senses est principalement fait d’échanges, de réunions, de repas, en somme de conversations, et culmine lors de deux scènes extraordinaires, dans lesquelles on s’engouffre comme en apnée : un atelier au cours duquel un jeune artiste invite les participants à se toucher, à entrer en contact ; puis la lecture publique d’une romancière, dont le récit sensitif se superpose peu à peu à celui du film. Scènes anodines en surface, mais où les enjeux se nouent en profondeur, en un cosmos étourdissant de trajectoires croisées, de non-dits, de gestes esquissés et de souffles suspendus. On touche alors du doigt le projet de Hamaguchi : sonder les plus infimes mouvements de l’existence, cette intériorité inaccessible des personnages, où se dessine, à chaque seconde, le pacte décisif qui lie l’individu à la société. Un pacte personnel, émotionnel, sensuel et politique. Une position dans le monde.

Film japonais de Ryusuke Hamaguchi. Avec Sachie Tanaka, Hazuki Kikuchi, Rira Kawamura, Maiko Mihara (2 h 20, 1 h 25, 1 h 15). Sur le web : www.unifrance.org/art-house-films

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 2 mai)
Senses 1 & 2, film japonais de Ryusuke Hamaguchi (chef d’œuvre)Les anges portent du blanc, film français et chinois de Vivian Qu (à ne pas manquer)Nous, les intranquilles, documentaire de Nicolas Contant (à ne pas manquer)Comme des rois, film français de Xabi Molia (à voir)Hotel Salvation, film indien de Shubhashish Bhutiani (à voir)Takara, la nuit où j’ai nagé, film français et japonais de Damien Manivel et Kohei Igarashi (à voir)Cornelius le meunier hurlant, film français de Yann Le Quellec (pourquoi pas)La révolution silencieuse, film allemand de Lars Kraume (pourquoi pas)Big Time : dans la tête de Bjarke Ingels, documentaire danois de Kaspar Astrup Schröder (pourquoi pas)Otages à Entebbe, film britannique de José Padilha (pourquoi pas)Daphné, film anglais de Peter Mackie Burns (pourquoi pas)Action ou Vérité, film américain de Jeff Wadlow (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
Milf, film français de Axelle LafontRampage - hors de contrôle, film américain de Brad Peyton





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Alors que le film japonais « Senses » sort au cinéma en trois vagues, une nouvelle offre « sérielle » vise à mieux ancrer le film en salle et à fidéliser un public.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Le format des séries gagne le cinéma

Alors que le film japonais « Senses » sort au cinéma en trois vagues, une nouvelle offre « sérielle » vise à mieux ancrer le film en salle et à fidéliser un public.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 09h08
 • Mis à jour le
02.05.2018 à 11h21
    |

            Véronique Cauhapé








                        



                                


                            

Drame intimiste du cinéaste japonais Ryusuke Hamaguchi, Senses sort au cinéma en trois vagues, les 2, 9 et 16 mai. Une version redécoupée de son film Happy Hour (2015), d’une durée initiale de cinq heures et dix-sept minutes. Décidée par le cinéaste, les producteurs (Hideyuki Okamoto et Satoshi Takata) et le distributeur (Art House Films), cette offre « sérielle » vise à mieux ancrer le film en salle et à fidéliser un public de plus en plus sollicité par la profusion des longs-métrages.

« L’époque nous rebat les oreilles avec les séries et Netflix, souligne Eric Le Bot, dirigeant et fondateur d’Art House. Il faut que le cinéma prenne sa revanche, s’approprie ce format et que le spectateur ait, en salle, la possibilité d’un rendez-vous répété. » Mais pas n’importe comment et pas avec n’importe quelle œuvre. « Pour Senses, qui propose une immersion dans la société japonaise, à travers le quotidien de quatre femmes, le découpage en trois chapitres nous a semblé approprié. Il relève d’une décision artistique, en concordance avec le film. C’est une des raisons pour lesquelles le procédé demeure exceptionnel », précise Eric Le Bot, qui n’en est pas à son coup d’essai.
En 2013, il avait mené l’expérience avec Shokuzai, série télévisuelle en cinq épisodes de Kiyoshi Kurosawa, d’après le best-seller éponyme de Minato Kanae, remontée pour le cinéma sous la forme d’un long-métrage en deux parties. La première (Shokuzai-Celles qui voulaient se souvenir) avait enregistré 92 000 entrées, la seconde (Shokuzai-Celles qui voulaient oublier), 65 000 entrées. Soit une déperdition de 30 %.
Soirées spéciales et festives
L’écart avait été le même entre les deux premiers volets – il y en avait trois (L’Inquiet, Le Désolé et l’Enchanté) – du film de Miguel Gomes Mille et une nuits (2015), long récit sur les années d’austérité qui ont désagrégé...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Shubhashish Bhutiani constelle son film de petits détails qui le préservent d’un trop grand esprit de sérieux.
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« Hotel Salvation » : une comédie funèbre sur les bords du Gange

Shubhashish Bhutiani constelle son film de petits détails qui le préservent d’un trop grand esprit de sérieux.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 09h06
 • Mis à jour le
02.05.2018 à 11h14
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » - A voir
On soupçonnera les distributeurs d’Hotel Salvation d’avoir ainsi baptisé leur film (il est sorti sous ce titre dans le monde entier) pour profiter du succès­ ­cinématographique d’un autre établissement indien, le Marigold Hotel (Indian Palace, en français). La moyenne d’âge des personnages du premier long-métrage de Shubhashish Bhutiani, plutôt ­élevée, paraît parquer ­encore un peu plus Hotel Sal­vation, comme le film britannique, dans ce ­segment du marché destiné aux retraités.
Or, ce n’est pas du troisième âge que traite cette comédie philosophique, mais de notre mortelle condition. A Bénarès, il existe ­plusieurs hôtels Salvation, où séjournent ceux des pèlerins qui ont voyagé jusqu’à la ville sainte pour y mourir. Il n’y aurait pas de quoi rire si les puissances divines à l’œuvre à Bénarès appliquaient rigoureusement les règlements en vigueur dans ces établissements : les chambres sont louées pour quinze jours, le temps de mourir en paix. Faute d’exactitude dans les horaires des passages de vie à trépas, le salut passera par de petits arrangements, avec le calendrier, avec les propriétaires. Jusque dans sa dernière extrémité, la comédie humaine ne fait jamais relâche.
Ce n’est pas du troisième âge que traite cette comédie philosophique, mais de notre mortelle condition
Hotel Salvation commence loin de Bénarès, dans une famille de la petite bourgeoisie, dominée par la figure de l’aïeul, Daya (Lalit Behl), professeur à la retraite. Lorsqu’un songe le persuade que son heure est proche, Daya entreprend de convaincre Rajiv, son fils (Adil Hussain), de l’emmener jusqu’à Bénarès. Rajiv travaille dans un de ces bureaux qu’on voit souvent dans les films indiens, où les ordinateurs peinent à émerger d’une paperasse envahissante. Shubhashish Bhutiani le peint comme un homme faible, écrasé par la figure de son père, coincé dans un emploi qui l’ennuie et l’affole par ses exigences, bousculé par son épouse et sa fille rebelle.
Sur un rythme ­exquis
Il n’y a rien de très original dans cette configuration, et l’on sait bien que les réticences initiales de Rajiv face au désir de son père ­feront place à une réconciliation, voire à une épiphanie. Hotel ­Salvation sera donc sentimental, un peu moralisateur. La mort, personnage central du film, ­dispensera le reste de la distri­bution des souffrances et de la ­déchéance physique qui l’accompagnent si souvent, sans doute pour mieux faire valoir les vertus d’une agonie maîtrisée. C’est d’ailleurs pour ses vues métaphysiques qu’il est diffusé en France, par une société, Jupiter, qui ne renâcle pas devant le prosélytisme. Ce serait pourtant une erreur de réduire le film à son seul propos.
Il est mené sur un rythme ­exquis, qui assure avec délicatesse la transition entre les embarras de l’Inde contemporaine et le temps suspendu de Bénarès. Shubhashish Bhutiani peuple son hôtel de figures fugaces (il ­arrive aussi que les occupants mènent à bien le projet qui les a amenés sur les bords du Gange) et attachantes, comme cette veuve qui a obtenu de l’aubergiste une dispense et attend depuis des années de pouvoir suivre son mari. Le film est constellé de petits détails qui le préservent d’un trop grand esprit de sérieux, comme ces verres de lait aromatisé au chanvre indien que les person­nages sirotent à la sauvette, ou le soudain prestige qui vient à Daya, devenu le nécrologue officiel de l’établissement.
Et surtout, le duo père-fils ­atteint des hauteurs – comiques et sentimentales – que le scénario ne garantissait pas forcément. Face à un père écrasant, qui a laissé la déception provoquée par la médiocre carrière de son fils se muer en mépris, Adil Hussain prête ses ressources d’acteur au fils mal-aimé. Le personnage se transforme doucement, au gré des cérémonies funéraires, des fêtes rituelles sur le fleuve, sans devenir le reflet de son père (ce qu’un scénario européen ou américain aurait sans doute imposé), en trouvant une voie étroite entre la résignation et le retour à la vie.



Film indien de Shubhashish Bhutiani. Avec Adil Hussain, Lalit Behl, Geetanjali Kulkarni, (1 h 35). Sur le web : www.jupiter-films.com/film-hotel-salvation, www.facebook.com/JupiterFilms

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 2 mai)
Senses 1 & 2, film japonais de Ryusuke Hamaguchi (chef d’œuvre)Les anges portent du blanc, film français et chinois de Vivian Qu (à ne pas manquer)Nous, les intranquilles, documentaire de Nicolas Contant (à ne pas manquer)Comme des rois, film français de Xabi Molia (à voir)Hotel Salvation, film indien de Shubhashish Bhutiani (à voir)Takara, la nuit où j’ai nagé, film français et japonais de Damien Manivel et Kohei Igarashi (à voir)Cornelius le meunier hurlant, film français de Yann Le Quellec (pourquoi pas)La révolution silencieuse, film allemand de Lars Kraume (pourquoi pas)Big Time : dans la tête de Bjarke Ingels, documentaire danois de Kaspar Astrup Schröder (pourquoi pas)Otages à Entebbe, film britannique de José Padilha (pourquoi pas)Daphné, film anglais de Peter Mackie Burns (pourquoi pas)Action ou Vérité, film américain de Jeff Wadlow (on peut éviter)
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Damien Manivel et Kohei Igarashi filment l’odyssée de poche d’un petit garçon, seul dans un paysage de neige.
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« Takara, la nuit où j’ai nagé » : la liberté vue à hauteur d’enfant

Damien Manivel et Kohei Igarashi filment l’odyssée de poche d’un petit garçon, seul dans un paysage de neige.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 09h05
 • Mis à jour le
02.05.2018 à 11h14
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du Monde - A voir
Les films de Damien Manivel (Un jeune poète, Le Parc), jeune réalisateur venu du monde de la danse, se déposent ponctuellement dans le flot des sorties comme de fines gouttes de rosée, qu’il faut prendre garde à ne pas fouler du pied, pour en recueillir toute la gracilité et la cocasserie mêlées qu’elles contiennent. Son dernier long-métrage, Takara, la nuit où j’ai nagé, présenté en section Orizzonti de la Mostra de Venise 2017, sort quelque peu du lot, puisqu’il s’agit d’une coréalisation franco-japonaise avec le cinéaste Kohei Igarashi (Hold Your Breath Like a Lover, 2014), tournée dans la préfecture enneigée d’Aomori, au nord de l’Archipel, avec des acteurs amateurs du cru, jouant leurs propres rôles.
Comme tous les films de Manivel, c’est aussi une « miniature », au propre comme au figuré. Miniature d’abord, parce que le film s’attache à un petit garçon de 6 ans, Takara Kogawa, le seul héros, et que la caméra s’ajuste à sa taille et endosse le regard qu’il pose sur le monde. Ensuite, parce que l’aventure décrite n’est autre qu’une odyssée de poche, faite de petits riens et de micro-événements qui, rapportés aux dimensions de l’enfant, prennent des proportions épiques. Enfin, parce que le film, assez court, s’engouffre dans une temporalité à la fois ramassée et suspendue, faisant du renversement d’échelle son propre sujet : l’infime, le dérisoire, le « petit », contiennent des trésors de sensations, de péripéties, pour peu qu’on veuille bien s’y pencher.
Déambulation enfantine
En plein hiver, Takara s’éveille en pleine nuit, au moment où son père part travailler, et ne se rendormira qu’à l’approche de l’aube, après avoir passé son temps à jouer. Le jour venu, il dévie du chemin de l’école pour retrouver son père au marché aux poissons et lui montrer un dessin. Mais l’in­somnie de la veille lui cause des endormissements à répétition qui brouillent son parcours, l’entraînent de bifurcations en volte-face. Takara s’aventure, s’enfonce, se perd dans le paysage entre ville et campagne, uniformément recouvert d’un épais manteau de neige. Décor aussi féerique et menaçant que celui d’un conte.

        Lire aussi la critique :
         

          « Un jeune poète » : portrait de l’artiste en short et tongs



Takara, film sans parole, consiste en une trajectoire somnolente et sinueuse, à mi-chemin entre songe et réalité, sans pour autant se substituer au ressenti de l’enfant ni prêter le flanc à un quelconque onirisme. Au contraire, l’art d’Igarashi et de Manivel est celui des espaces, et donc des cadres, minutieusement sculptés mais jamais surplombants, que traverse successivement le jeune héros. Les cinéastes observent, avec une attention minutieuse, ce corps enfantin, doté d’une mo­bilité imprévisible, certes empotée, mais néanmoins inventive, source infinie de figures et d’attitudes poétiques. L’enfant est cet être toujours nouveau, dont les gestes ont la primeur de celui qui s’invente un rapport au monde et au langage – comme lors de cette scène adorable où Takara, plongé à quatre pattes dans la neige, se met à aboyer devant deux chiens.

        Lire aussi la critique :
         

          « Le Parc » : le conte de fées de Damien Manivel



Igarashi et Manivel filment l’enfant comme une monade, une petite bulle à l’écart de la réalité courante et des intérêts des adultes (renvoyés à la marge du récit), creusant sa propre temporalité et ses propres trajectoires. Ainsi, Takara peut s’appréhender comme une parenthèse de liberté : le petit garçon, dont on n’aperçoit que ­fugacement les parents (père, mère, grande sœur), s’octroie le loisir de faire tout ce qui lui passe par la tête, se promenant dans un monde froid et dépeuplé, où il semble presque invisible (les « grands » ne s’en préoccupent guère). Comme pour nous rappeler, non sans une certaine amertume, que la liberté absolue ne va pas sans une certaine expérience de la solitude. Ainsi va Takara.


Takara, La nuit où j'ai nagé - Bande annonce from Shellac on Vimeo.

Film français et japonais de Damien Manivel et Kohei Igarashi. Avec Takara Kogawa, Takashi Kogawa, Keiki Kogawa, Chisato Kogawa (1 h 18). Sur le web : www.shellac-altern.org

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 2 mai)
Senses 1 & 2, film japonais de Ryusuke Hamaguchi (chef d’œuvre)Les anges portent du blanc, film français et chinois de Vivian Qu (à ne pas manquer)Nous, les intranquilles, documentaire de Nicolas Contant (à ne pas manquer)Comme des rois, film français de Xabi Molia (à voir)Hotel Salvation, film indien de Shubhashish Bhutiani (à voir)Takara, la nuit où j’ai nagé, film français et japonais de Damien Manivel et Kohei Igarashi (à voir)Cornelius le meunier hurlant, film français de Yann Le Quellec (pourquoi pas)La révolution silencieuse, film allemand de Lars Kraume (pourquoi pas)Big Time : dans la tête de Bjarke Ingels, documentaire danois de Kaspar Astrup Schröder (pourquoi pas)Otages à Entebbe, film britannique de José Padilha (pourquoi pas)Daphné, film anglais de Peter Mackie Burns (pourquoi pas)Action ou Vérité, film américain de Jeff Wadlow (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
Milf, film français de Axelle LafontRampage - hors de contrôle, film américain de Brad Peyton





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ La réalisatrice Vivian Qu raconte les dérives d’une société corrompue.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

«Les anges portent du blanc » : quand la Chine lave plus blanc le crime sexuel

La réalisatrice Vivian Qu raconte les dérives d’une société corrompue.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 09h04
 • Mis à jour le
02.05.2018 à 11h15
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » - à voir
Les bonnes fées ne peuvent rien pour les anges, et les féministes attendront leur tour de manège. De son côté, l’héroïne du film onirique Les anges portent du blanc va prendre la fuite dans sa robe de Marilyn qui devait lui ­servir à séduire le client. Dans le deuxième long-métrage de Vivian Qu, sélectionné en compétition officielle à la Mostra de Venise en 2017, la société chinoise ressemble à un bonbon plus amer qu’acidulé, à l’image de ce parc d’attractions graphique et coloré qui hante le film mais n’attire pas foule. Comme si les gigantesques toboggans n’étaient là que pour avertir que l’enfance et l’innocence vont irrémédiablement disparaître au tournant.

        Lire aussi le factuel :
         

          En Chine, un film brise le tabou des crimes sexuels sur mineurs



Dans son premier « long », Trap Street (2013), Vivian Qu, figure du cinéma indépendant chinois, plongeait le spectateur dans un univers kafkaïen : celui d’un jeune homme chargé de cartographier une ville mais s’apercevant que la ruelle empruntée par la femme qui l’attire n’est pas répertoriée… Vivian Qu est aussi la productrice de Black Coal, le polar de Diao Yinan couronné par l’Ours d’or au festival de Berlin, en 2014. Dans Les anges portent du blanc, dont elle a écrit le scénario, on suit à travers le personnage d’une employée d’hôtel une enquête haletante, qui vise à élucider l’agression sexuelle commise sur deux toutes jeunes adolescentes.
Tourments intérieurs
Un homme d’âge mûr débarque dans un motel situé en bord de mer, avec deux fillettes bruyantes qui ont l’air d’avoir tout au plus 11 ou 12 ans. Le client prend deux chambres, une pour lui, une autre pour les « ados » qui ne tardent pas à commander des bières. L’employée au guichet, Mia, s’exécute en silence. Grâce aux (ou à cause des) caméras de surveillance, elle comprend vite ce qui se trame. Dire la vérité ? Mia, qui est sans papiers, redoute de perdre son emploi. Le lendemain matin, les deux copines repartent au collège avec une double gueule de bois.
Mia est l’héroïne du film, celle qui possède les clés de l’intrigue et finit par sortir de son dilemme en s’émancipant. On la découvre telle une Rosetta – l’héroïne des frères Dardenne – chinoise qui trime, enchaîne les corvées de ménage, quasi mutique dans cet établissement sans charme tenu par un patron sans vergogne. L’actrice Wen Qi réussit un exploit : on lit sur son visage tous ses tourments intérieurs, alors qu’elle garde obstinément son « masque » de taiseuse obsédée par la survie.
Collégiennes marionnettes
Le suspense est habilement entretenu par des personnages secondaires qui viennent tirer des ficelles et installent une tension : une avocate féministe qui cherche à tout prix des preuves ; les parents de l’une des fillettes qui manœuvrent pour étouffer l’affaire, persuadés que leur fille s’en sortira mieux dans la vie sans le statut de victime, etc. La colère se livre hors champ dans ce film tout en retenue, presque austère.
Le blanc n’est plus la couleur de la pureté mais celle de la quête impossible de l’honnêteté
A l’écart du combat que se mènent les adultes, les collégiennes ne sont plus que des marionnettes que l’on tourne et retourne pour les besoins de l’expertise médicale et gynécologique. Se sentent-elles mal, souffrent-elles d’un traumatisme ? On ne leur demande pas leurs états d’âme, et lorsque l’une d’elles lance, presque candidement à sa copine, « tu as entendu, le médecin a dit qu’on n’a rien ! », on comprend que la phrase pourrait avoir un effet performatif : si la blouse blanche le dit, c’est donc vrai…
Le blanc n’est plus la couleur de la pureté mais celle de la quête impossible de l’honnêteté, ou plus trivialement de la propreté : c’est le blanc taché des draps de l’hôtel qu’il faut vite nettoyer ; celui du drap de l’hôpital qui recouvre les corps et symboliquement cache coups et blessures ; celui, enfin, de la robe de l’immense statue de Marilyn qui trône sur la plage à côté du motel et fascine Mia. Elle ne cesse de la photographier dans ses moments de liberté, jusqu’au jour où le sex-symbol est enlevé de son socle par une entreprise de transport. Une scène solaire et terrifiante : on lui troue les pieds, elle tombe, on la malmène, comme on pourchassait autrefois les sorcières et toutes les femmes hors-norme.
Vivian Qu maîtrise le film de bout en bout, peut-être un peu trop, avec le risque de l’empêcher (un peu) de respirer. Mais c’est peut-être le but de la réalisatrice : nous montrer une Chine irrespirable, et pas seulement à cause de la pollution.

Les anges portent du blanc, film chinois de Vivian Qu, avec Wen Qi, Zhou Meijun, Peng Jing (1 h 47). Sur le web : www.rezofilms.com/distribution, www.facebook.com/RezoFilmsDistribution

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 2 mai)
Senses 1 & 2, film japonais de Ryusuke Hamaguchi (chef d’œuvre)Les anges portent du blanc, film français et chinois de Vivian Qu (à ne pas manquer)Nous, les intranquilles, documentaire de Nicolas Contant (à ne pas manquer)Comme des rois, film français de Xabi Molia (à voir)Hotel Salvation, film indien de Shubhashish Bhutiani (à voir)Takara, la nuit où j’ai nagé, film français et japonais de Damien Manivel et Kohei Igarashi (à voir)Cornelius le meunier hurlant, film français de Yann Le Quellec (pourquoi pas)La révolution silencieuse, film allemand de Lars Kraume (pourquoi pas)Big Time : dans la tête de Bjarke Ingels, documentaire danois de Kaspar Astrup Schröder (pourquoi pas)Otages à Entebbe, film britannique de José Padilha (pourquoi pas)Daphné, film anglais de Peter Mackie Burns (pourquoi pas)Action ou Vérité, film américain de Jeff Wadlow (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
Milf, film français de Axelle LafontRampage - hors de contrôle, film américain de Brad Peyton





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Nicolas Contant a donné une caméra à des patients du centre Antonin-Artaud, à Reims.
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« Nous, les intranquilles » : jeu de miroirs entre la société et les « fous »

Nicolas Contant a donné une caméra à des patients du centre Antonin-Artaud, à Reims.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 09h03
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » - A ne pas manquer
Le documentaire se réinvente sans cesse, parfois en allant puiser à la source. Nicolas Contant est un jeune réalisateur de 38 ans, qui a d’abord été directeur de la photographie. A la manière de Chris Marker qui avait impulsé les groupes Medvedkine dans les années 1960, au sein desquels les ouvriers filmaient leurs conditions de travail et les occupations d’usines, le trentenaire a invité des patients d’un centre psychothérapeutique à s’emparer de la caméra et à fabriquer un film, avec lui. Voilà pour résumer le dispositif de Nous, les intranquilles, réalisé par Nicolas Contant et le Groupe cinéma du centre Artaud.
Situé à Reims, le centre d’accueil psychothérapeutique Antonin-Artaud expérimente un mode de relation non hiérarchique entre patients et soignants, dans l’esprit de la clinique de La Borde, fondée en 1953 par Jean Oury : celle-ci fut immortalisée dans le documentaire de Nicolas Philibert, La Moindre des choses (1996), le titre renvoyant au film magique de Fernand Deligny, Le Moindre Geste (1971), tourné dans les Cévennes avec des enfants autistes…
Nous, les intranquilles s’inscrit dans cette histoire de la « psychothérapie institutionnelle », qui vise à inventer autre chose que des lieux d’enfermement. Nicolas Contant a confié aux patients le soin de se filmer eux-mêmes, plutôt que de « prendre », seul, des images. Puis le montage s’est fait à plusieurs, et longuement, autour de la table du centre Artaud. Le parti pris était risqué, mais il se ­révèle juste sur un plan éthique, l’intimité ainsi dévoilée à l’écran échappant au voyeurisme. Une femme explique que, pour sa ­famille, il aurait mieux valu qu’elle soit atteinte d’une « vraie » maladie, comme un cancer : sa ­situation aurait alors suscité de la compassion, dit-elle, alors que le trouble mental, la paranoïa, etc., créent le malaise.
Paysage coloré, étrange, morcelé
Esthétiquement, le documentaire prend la forme d’un kaléidoscope dans un subtil jeu de miroirs entre la société et ceux qu’on appelle les « fous » : le paysage qui nous est donné à voir est coloré, étrange, morcelé. Un patient montre son visage en y ­superposant d’autres images, un autre intègre des sons qui lui emplissent la tête. D’autres se filment dans leur quotidien, à défricher le jardin, à régler des problèmes en réunion ou à partager la corvée de vaisselle. Le spectateur est aussi interpellé : ça veut dire quoi être fou ? « La folie de la société, c’est la caissière avec son contrat de vingt heures, payée 600 euros, qui a du mal à aller ­chercher ses enfants… », affirme l’un des participants. « Je suis miroir, la folie des autres, c’est sa propre folie qu’on ne veut pas voir », clame un autre protagoniste.
« Umut, Sébastien, Monique, Matthieu, Faustine… » : lors du générique, on entend la voix de Nicolas Contant qui énumère les noms des patients du centre Artaud. L’un d’eux prend la parole et explique qu’il faut ajouter « l’équipe technique ». Par ce geste final, les auteurs rappellent une évidence trop souvent négligée : le cinéma est une œuvre collective, qui ne se réduit pas au seul réalisateur.


Nous, les intranquilles - Bande annonce from La Dérive Des Continents on Vimeo.

Documentaire de Nicolas Contant et du Groupe cinéma du centre Artaud (83 minutes). Sur le web : www.facebook.com/nouslesintranquilles, www.sanosi-productions.com/projet/nous-les-intranquilles



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 01/05/2018
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Un quatuor féminin et deux duos père-fils : notre sélection cinéma

Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
02.05.2018 à 08h23
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
D’un côté, les quatre épouses (ou ex-épouses) japonaises, filmées au long cours par Ryusuke Hamaguchi, de l’autre deux regards très différents portés sur la paternité, par deux jeunes cinéastes, l’un indien, Shubhashish Bhutiani, l’autre français, Xabi Molia. Et planant au-dessus de cette promenade planétaire, l’ombre immense de Chris Marker, voyageur infatigable auquel la Cinémathèque consacre une exposition et une rétrospective.
« Senses » : petits séismes et grandes douleurs

D’une durée hors du commun, cinq heures, Senses avait été projeté d’un seul bloc au festival de Locarno, en août 2017. Son distributeur français l’a découpé en trois épisodes, que l’on découvrira de semaine en semaine, à partir du 2 mai. Le procédé ne doit pas cacher l’essentiel : Senses est une véritable merveille, une fresque chorale d’une beauté et d’une profondeur confondantes, dépeignant de sublimes portraits de femmes au quotidien et, à travers elles, le paysage étendu d’une certaine désaffection contemporaine. Le film est issu d’une expérience, dont il tire à la fois son format hors-norme et sa forte empreinte réaliste : celle d’un atelier d’improvisation, dont les participants amateurs se sont retrouvés acteurs et actrices du film, et ont inspiré eux-mêmes l’écriture du scénario. On plonge, alternativement, dans la vie de quatre amies de Kobé, des vies obstruées, sans perspective. Jusqu’à ce que l’une d’elles disparaisse brutalement. Le temps de Senses est celui que prend une vie pour sortir de l’orbite des habitudes, des modèles. Hamaguchi observe avec une attention infinie la tectonique des sentiments et des structures sociales, mais aussi ce qui se réveille, remue, se révolte en l’individu. Sa mise en scène, épurée, sans sécheresse, sonde les plus infimes mouvements de l’existence, l’intériorité inaccessible des personnages. Mathieu Macheret
Film japonais de Ryusuke Hamaguchi. Avec Sachie Tanaka, Hazuki Kikuchi, Maiko Mihara, Rira Kawamura (2 h 20, 1 h 25, 1 h 15).
« Comme des rois » : une dynastie de perdants charmants

« Comme des rois », c’est une antiphrase. Joseph (Kad Merad), le patriarche de la dynastie, est un petit escroc qui risque tous les jours la prison pour quelques dizaines d’euros. Val (Sylvie Testud), la reine mère, a transformé l’appartement en crèche, à l’insu des autorités compétentes. Il suffit qu’un bambin fasse une grosse bêtise pour qu’elle aussi se retrouve derrière les barreaux. Quant au prince héritier, Micka (Kacey Mottet-Klein), il seconde de mauvaise grâce son père dans ses petites entreprises, dont la confection et la vente à domicile de grands crus frelatés. Ce pourrait être l’une de ces chroniques de la précarité comme en produit régulièrement le cinéma français, observation minutieuse et navrée de la décomposition sociale qui se conclurait par une petite apocalypse. Mais voilà, Xabi Molia a décidé de faire une comédie.
Un désir loufoque détourne le récit dans sa course. Micka veut devenir acteur. Kacey Mottet-Klein incarne à merveille la métamorphose d’un adolescent gauche, pas très futé, en jeune premier charmant. Face à lui, Kad Merad navigue avec aisance entre la rancœur mesquine face à un monde qui se refuse à lui et un amour paternel toxique. Les deux personnages s’épanouissent, les acteurs trouvent le terrain de jeu sur lequel ils délivrent une performance hors du commun. Thomas Sotinel
Film français de Xabi Molia. Avec Kad Merad, Kacey Mottet Klein, Sylvie Testud (1 h 24).
« Les Anges portent du blanc » : comment laver les offenses sans punir les offenseurs

Le deuxième long-métrage de Vivian Qu, réalisatrice et productrice (entre autres de Black Coal, de Diao Yinan, Ours d’or à Berlin, en 2014), sélectionné en compétition à la Mostra de Venise en 2017, représente la société chinoise comme un bonbon plus amer qu’acidulé. Mettant en scène l’enquête qui suit l’agression sexuelle dont ont été victimes deux adolescentes, Vivian Qu suit les efforts de Mia, une employée de l’hôtel où a eu lieu le crime, pour faire éclater la vérité. Les Anges portent du blanc est remarquablement interprétée par Wen Qi, entouré d’une galerie de personnages secondaires, avocate, parents, qui chacun entretiennent un rapport différent à la vérité. Vivian Qu maîtrise le film de bout en bout, peut-être un peu trop, avec le risque de l’empêcher (un peu) de respirer. Mais c’est peut-être le but de la réalisatrice : nous montrer une Chine irrespirable, et pas seulement à cause de la pollution. Clarisse Fabre
Les anges portent du blanc, film chinois de Vivian Qu, avec Wen Qi, Zhou Meijun, Peng Jing (1 h 47)
« Hotel Salvation » : réconcilions-nous en attendant la mort

Contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre et son décor (l’Inde traditionnelle), qui le rapprochent d’Indian Palace, ce n’est pas du troisième âge que traite cette comédie philosophique, mais de notre mortelle condition. A Bénarès, il existe plusieurs hôtels Salvation, où séjournent ceux des pèlerins qui ont voyagé jusqu’à la ville sainte pour y mourir. Il n’y aurait pas de quoi rire si les puissances divines à l’œuvre à Bénarès appliquaient rigoureusement les règlements en vigueur dans ces établissements : les chambres sont louées pour quinze jours, le temps de mourir en paix. Faute d’exactitude dans les horaires des passages de vie à trépas, le salut passera par de petits arrangements, avec le calendrier, avec les propriétaires. Jusque dans sa dernière extrémité, la comédie humaine ne fait jamais relâche. Même quand Rajiv (Adil Hussain) est forcé par son père de faire le voyage de Bénarès, après que le vieillard a été informé par voie de rêve que sa dernière heure approchait. On sait bien que les réticences initiales de Rajiv face au désir paternel ­feront place à une réconciliation, voire à une épiphanie. Hotel ­Salvation sera donc sentimental, un peu moralisateur. La mort, personnage central du film, dispensera le reste de la distribution des souffrances et de la déchéance physique qui l’accompagnent si souvent.
Ce serait pourtant une erreur de réduire le film à son seul propos. Il est mené sur un rythme exquis, qui assure avec délicatesse la transition entre les embarras de l’Inde contemporaine et le temps suspendu de Bénarès. Shubhashish Bhutiani peuple son hôtel de figures fugaces (il ­arrive aussi que les occupants mènent à bien le projet qui les a amenés sur les bords du Gange) et attachantes, parsème le récit de petits détails comiques (ces verres de lait parfumés au chanvre indien que les personnages sirotent à la sauvette). Et, surtout, le duo père-fils atteint des hauteurs – comiques et sentimentales – que le scénario ne garantissait pas. T. S.
Film indien de Shubhashish Bhutiani. Avec Adil Hussain, Lalit Behl, Geetanjali Kulkarni, (1 h 35).
« Les Sept Vies d’un cinéaste » : Chris Marker à la Cinémathèque

   


L’exposition que la Cinémathèque consacre à l’auteur de La Jetée permettra de se frayer un chemin dans le parcours foisonnant et mystérieux de Chris Marker. Arpenteur de la planète, de la Corée du Nord à la Guinée Bissau, familier du chanteur marseillais Yves Montand et du cinéaste soviétique Alexandre Medvedkine, auteur d’un livre sur Jean Giraudoux et pionnier du monde virtuel Second Life, Marker a consacré une part non négligeable de sa formidable énergie à brouiller les pistes biographiques. Dans les salles du 51 rue de Bercy, on pourra se faire une idée de l’homme, incomplète, sûrement, mais pas inexacte. Quant à l’œuvre, films politiques et rêveries esthétiques, installations numériques et collages de papier découpé, il faudrait passer des journées voire des semaines à la Cinémathèque pour en connaître les replis, en collectionner les surprises. Comme l’exposition dure trois mois, ce n’est pas impossible. T. S.
Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, du 3 mai au 29 juillet.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Dans « Comme des rois », l’acteur incarne à nouveau une figure paternelle, qui voit son fils lui échapper.
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Kad Merad : « Aujourd’hui, je sais que je suis capable de jouer n’importe quoi »

Dans « Comme des rois », l’acteur incarne à nouveau une figure paternelle, qui voit son fils lui échapper.



Le Monde
 |    02.05.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
02.05.2018 à 11h37
    |

            Laurent Carpentier








                        



                                


                            
« J’étais chez moi » : cette banlieue pavillonnaire qui flotte dans l’ennui, ces matins gris, ces ­ vendeurs au porte-à-porte, ce père et ce fils aux prises avec la difficulté d’être… Décor, personnages, tout dans Comme des rois, le film de Xabi Molia, le ramène à lui-même : Kaddour Merad, de Ris-Orangis, ex-vendeur d’encyclopédies Universalis, demi d’ouverture dans l’équipe de rugby (baptisé « La Botte impériale » pour son coup de pied) qui rêvait de faire du théâtre et chantait en jouant de la batterie avec son groupe de rock dans les cafés de La Grande-Motte, pour « se casser de là ».
Aujourd’hui, c’est Kad Merad superstar. Depuis le duo comique formé à ses débuts avec son pote de trente ans, Olivier ­Baroux (le réalisateur des Tuche, avec qui il continue régulièrement de faire tandem), jusqu’à Bienvenue chez les Ch’tis (2008), le comédien comptabilise cinquante-cinq films et une série de ­Canal +, Baron noir, qui lui vaut tous les suffrages en politicien magnifique. De quoi tout se ­permettre. A commencer par ce Comme des rois, dont il est aussi le coproducteur, « tourné à l’arrache, par un froid de canard. Le tournage était sur un fil, le film est sur un fil. Peut-être est-ce ce qui lui donne une vérité ».

Kad Merad, c’est Olivier Baroux, son alter ego de Kad et O, qui en parle le mieux : « Là où je le trouve assez génial, c’est qu’il pourrait se contenter de blockbusters bien payés. Mais il cherche sans cesse à se tester. Je pense qu’il se dit : si un jeune réalisateur cherche à ­travailler avec moi, cela veut dire qu’il désire l’acteur que je suis, que je ne suis pas ringard. » Kad ­Merad sourit.
« La vérité, c’est que le confort me permet l’inconfort. »
Comédien à tout faire
Il y a vingt-cinq ans, l’acteur a fait tatouer sur son bras un immense dragon (son signe dans l’horoscope chinois) dans lequel se ­lovent un narguilé et une ­danseuse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Le réalisateur, qui décrivait ses films comme des « études contemplatives sur la vie », s’est éteint le 29 avril à l’âge de 99 ans.
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Le cinéaste sri-lankais Lester James Peries est mort

Le réalisateur, qui décrivait ses films comme des « études contemplatives sur la vie », s’est éteint le 29 avril à l’âge de 99 ans.



Le Monde
 |    01.05.2018 à 12h15
 • Mis à jour le
01.05.2018 à 17h26
    |

                            Jean-François Rauger








                        



                                


                            

Il incarna longtemps une cinématographie à lui tout seul. Certes pas une cinématographie quantitativement importante, celle du Sri Lanka, mais dont il sera longtemps l’emblème. Il ne faudrait pourtant pas que cette qualité particulière fasse oublier qu’il était aussi un immense cinéaste. Lester James Peries est mort le 29 avril à l’age de 99 ans. Il était né le 5 avril 1919 à Colombo, capitale de ce que l’on appelait encore Ceylan, dans une famille bourgeoise catholique.
Il découvre le cinéma adolescent au Colombo Film Society, un des premiers ciné-clubs créés en Asie. Il s’y passionne notamment pour les films américains de l’époque et surtout pour Citizen Kane, d’Orson Welles, dont les audaces techniques le fascinent. Il commence une carrière de journaliste avant de rejoindre son frère, jeune artiste peintre ayant reçu une bourse, à Londres. Il y restera six ans, d’abord à écrire pour le Times, notamment des critiques de films. Avec un compatriote cameraman, il tourne son premier film en amateur, Soliloquy (1949), un court-métrage expérimental. Le critique de cinéma et futur réalisateur Lindsay Anderson le remarque et l’incite à retourner à Ceylan pour y faire des films.
Lester James Peries réalise une série de documentaires au sein de la Government Film Unit alors dirigée par Ralph Keene, un des grands documentaristes britanniques. Les sujets imposés (la malaria, la sécurité routière) lui apparaissent comme autant de défis à relever : comment se tirer d’un matériau de base un peu ingrat.
Premier film sri-lankais tourné en extérieurs
Il crée sa compagnie de production et son premier long-métrage de fiction, La Ligne du destin (1957), fut aussi le premier film sri-lankais tourné en extérieurs, l’industrie locale préférant jusqu’alors les films de genre réalisés systématiquement en studio. Le film ne rencontrera aucun succès, déroutant un public peu habitué à ce type de récits. Il décrit un conflit entre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ La comédienne l’accuse d’avoir ruiné sa carrière après qu’elle eut résisté à son harcèlement sexuel.
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L’actrice Ashley Judd porte plainte contre le producteur déchu Harvey Weinstein

La comédienne l’accuse d’avoir ruiné sa carrière après qu’elle eut résisté à son harcèlement sexuel.



Le Monde
 |    01.05.2018 à 06h09
 • Mis à jour le
01.05.2018 à 08h39
   





                        



   


La comédienne fut l’une des premières à avoir brisé le silence sur le producteur. Ashley Judd a porté plainte contre Harvey Weinstein pour diffamation et harcèlement sexuel, lundi 30 avril au tribunal de Los Angeles. L’actrice accuse le producteur déchu d’avoir annihilé ses chances d’apparaître dans la trilogie fantastique de Peter Jackson Le Seigneur des anneaux en ayant dit au réalisateur et à sa coproductrice que travailler avec elle était « un cauchemar » après qu’elle eut refusé ses avances sexuelles.
« Avec ces attaques sans fondement, Weinstein a réussi à faire inscrire Mme Judd sur une liste noire et a mis fin pour elle à la possibilité de travailler sur ce qui est devenu une série de films générant des milliards de dollars et dix-sept Oscars », dit la plainte.
« La pathétique réalité est que Weinstein était en fait en train de punir Judd d’avoir rejeté ses avances sexuelles un an plus tôt, quand il l’avait coincée dans sa chambre d’hôtel sous le prétexte de parler affaires (…). M. Weinstein a usé de son pouvoir dans le secteur du divertissement pour nuire à la réputation de Mme Judd et à sa possibilité d’y travailler. »

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Weinstein nie les faits
L’actrice de 50 ans réclame des dommages et intérêts d’un montant non spécifié, qu’elle s’engage à reverser au fonds de défense des victimes de harcèlement sexuel au travail Time’s Up, fondé par des actrices, dont Natalie Portman et Reese Witherspoon.
L’ancien producteur a nié avoir eu un rôle décisionnaire dans la sélection des acteurs pour Le Seigneur des anneaux, qui a d’abord été produit par Miramax, son ancienne société, puis par une autre société de production, New Line Cinema.
Le réalisateur vedette Peter Jackson a déclaré peu après l’éclosion du scandale Weinstein se souvenir de commentaires négatifs du producteur à propos d’Ashley Judd et de Mira Sorvino, une autre actrice qui accuse Harvey Weinstein de l’avoir harcelée sexuellement. A la fin des années 1990, quand Peter Jackson préparait sa trilogie, toutes deux étaient alors de jeunes comédiennes à la carrière en ascension. Les principaux rôles féminins de la trilogie ont finalement été tenus par Liv Tyler et Cate Blanchett.
Ashley Judd a été, en octobre 2017, l’une des premières femmes à accuser publiquement le producteur d’inconduite sexuelle. Il a depuis été accusé par plus de 70 femmes. Harvey Weinstein nie avoir eu des relations sexuelles non consenties avec qui que ce soit.

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le film « Rafiki », qui raconte une histoire d’amour lesbien, a été interdit dans ce pays, où l’homosexualité est punie par la loi.
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Le film « Rafiki », sur une histoire d’amour lesbien, sélectionné à Cannes mais interdit au Kenya



LE MONDE
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        Le 30.04.2018 à 15h00

     •
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        Mis à jour le 30.04.2018 à 16h03






Durée : 01:03 | 

La réalisatrice kényane Wanuri Kahiu va présenter son film Rafiki, au prochain Festival de Cannes dans la sélection « Un certain regard ». Inspiré du roman ougandais de Monica Arac de Nyeko, Jambula Tree, le film raconte une histoire d’amour entre deux femmes à Nairobi.
Le 27 avril, le film a été interdit au Kenya, pays où l’homosexualité est punie par la loi. Selon le Comité national de classification des films, Rafiki fait la promotion de l’homosexualité et « heurte la culture et les valeurs morales du peuple kényan ».


                

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ A la Cinémathèque, l’exposition « Les 7 Vies d’un cinéaste », accompagnée d’une rétrospective de ses films, parcourt l’œuvre immense d’un artiste qui s’est confondu avec son siècle.
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Chris Marker, un œil insatiable sur le monde

A la Cinémathèque, l’exposition « Les 7 Vies d’un cinéaste », accompagnée d’une rétrospective de ses films, parcourt l’œuvre immense d’un artiste qui s’est confondu avec son siècle.



Le Monde
 |    30.04.2018 à 10h27
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Pour pénétrer dans « Les 7 Vies d’un cinéaste », l’exposition et la rétrospective de tous ses films que la Cinémathèque consacre à l’auteur de La Jetée du 3 mai au 29 juillet, il faut passer par un corridor sur les murs duquel sont posées d’immenses photographies d’un intérieur parisien, prises par l’Amé­ricain Adam Bartos en 2007. C’est le studio du 20e arrondissement dans lequel Chris Marker, cinéaste, c’est vrai, mais aussi écrivain, photographe, plasticien, musicien, a passé les dernières années de sa vie, jusqu’à sa mort, le 29 juillet 2012, à 91 ans.
Mieux vaut ne pas faire que passer par ce corridor mais y séjourner un peu. Il faut du temps pour assimiler le fantastique désordre qui gronde sous ces alignements de ­livres, de VHS, de DVD, derrière cette prolifération de machines (caméras, ordinateurs, lecteurs de cassettes ou de disques numériques) qui raconte le passage de l’analogique au numérique, à la surface des innom­brables collages que Marker insérait dans les volumes au gré de ses lectures.

Ces images sont un présage de ce qui va suivre. Aussi judicieux qu’aient été les choix des trois commissaires de l’exposition, Raymond Bellour, Jean-Michel Frodon et Christine Van Assche, aussi chronologique que soit l’enchaînement des sept espaces qui la composent, il faudra trouver soi-même son chemin dans une œuvre à la si vaste étendue, de la Sibérie à la Guinée-Bissau, d’Au­bervilliers à Tokyo, sur des terrains si dif­férents, du super-8 à la Toile, de l’imprimé au CD-Rom, qu’elle paraît recouvrir toute l’époque qui l’a vue naître.
On peut emprunter la voie politique, suivre les pas de Chris Marker au temps où il arpentait le bloc socialiste (URSS, Chine, Corée du Nord, Cuba…) avant d’être à la fois ­prophète et photographe de Mai 1968, et conclure ce parcours en se calant pour trois heures dans un des recoins de pro­jection de l’exposition pour voir ou revoir Le fond de l’air est rouge (1977),...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ A l’occasion de l’exposition que lui consacre la Cinémathèque française, nous reproduisons ici un texte inédit du cinéaste, « Maytrek 1968 ».
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Chris Marker fait débarquer « Star Trek » en Mai 68

A l’occasion de l’exposition que lui consacre la Cinémathèque française, nous reproduisons ici un texte inédit du cinéaste, « Maytrek 1968 ».



Le Monde
 |    30.04.2018 à 10h17
 • Mis à jour le
30.04.2018 à 10h51
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


« Chris Marker, les 7 vies d’un cinéaste », exposition très fouillée sur l’un des plus grands essayistes du cinéma français (Description d’un combat, La Jetée, Le Fond de l’air est rouge, Sans soleil) ouvre ses portes jeudi 3 mai (jusqu’au 27 juillet) à la Cinémathèque française. Un fonds immense – tel que cet archiviste facétieux et maniaque pouvait seul en générer – a été acquis par la Cinémathèque auprès de la famille, d’autres sources ont été consultées ailleurs. Jean-Michel Frodon, l’un des commissaires, a mis ainsi la main sur un document inédit à l’Institut Lumière à Lyon, appartenant au fonds Argos, société de production d’Anatole Dauman, qui accompagna Marker dans ses principaux chefs-d’œuvre. Ce texte, intitulé Maytrek 1968, non intégré dans l’exposition, est un projet écrit en 1986 et resté sans suite, pétillant d’intelligence et de fantaisie, de film commémoratif écrit en vue du vingtième anniversaire de Mai 68. Deux grandes passions de l’aventurier Marker, la révolution et l’exploration spatiale, s’y rencontrent. L’occasion, en ce soixantième anniversaire de l’événement, était trop belle pour ne pas donner ce document inconnu à lire, que nous avons pris la liberté d’illustrer par une iconographie non moins inédite, composée de sept photographies prises par le cinéaste vingt ans plus tôt, sur le vif de Mai 68.

        Lire aussi la critique de l’exposition à la Cinémathèque :
         

          Chris Marker, un œil insatiable sur le monde







   


« 22 JUL 86
Maytrek 1968 – Outline
Pour les infortunés qui ne sont pas familiers de l’univers STAR TREK, quelques mots d’introduction sont nécessaires.
STAR TREK, série culte de la télévision américaine, et qui a donné naissance à trois longs-métrages de cinéma, met en scène l’équipage d’un vaisseau spatial, l’Enterprise, parcourant la galaxie à la recherche d’aventures bigarrées. Le capitaine Kirk, son second Mr. Spock (un Vulcain aux oreilles pointues), le docteur McCoy, les lieutenants Tchekhov et Zulu (un Japonais, car l’aspect multiracial du futur est soigneusement entretenu) sont devenus des personnages légendaires aux Etats-Unis. Leonard Nimoy, qui joue Mr. Spock et se trouve souvent en position de prendre le commandement à bord de l’Enterprise, s’est à ce point identifié à son rôle qu’il a tenu à mettre en scène lui-même le troisième des longs-métrages précités.

   


Une des situations classiques de la série consiste à mettre les aventuriers en face d’une planète inconnue, dans un coin du système solaire, où se déroulent des événements bizarres. Un personnage dominant, souvent du type savant fou, médiatise le conflit qui s’ensuit, toujours évidemment résolu par la victoire des forces du bien sur le désordre qui s’était instauré. Quelquefois la planète en question ressemble à la Terre, quand ce n’est pas la Terre elle-même, surprise dans un autre repli du temps par l’application plus ou moins cohérente du paradoxe de Poincaré. On a vu ainsi le Capitaine Kirk affronter des gangsters de Chicago pendant la prohibition, et même se trouver en présence du sabotage d’une fusée spatiale à Cap Kennedy… en 1969.

   


Je suppose qu’on a compris où je voulais en venir. Un faux épisode de STAR TREK, où le jeu temporel fait débarquer nos héros à proximité de la terre en mai 1968, où ils suivent les événements de Paris sur leurs moniteurs de télévision, où ils appellent (par « télétransportation ») certains des protagonistes à venir leur expliquer ces péripéties auxquelles ils ne comprennent goutte, me paraît une manière possible de contourner les pièges évidents d’un film-commémoration de Mai 68.

   


Ni montage de documents, déjà fait à plusieurs reprises, y compris par moi-même, ni défilé de témoins (projet réalisé pour FR3 par Daniel Cohn-Bendit), ni fiction ou parafiction à la Romain Goupil : un module familier aux jeunes spectateurs (c’est surtout à eux que je pense) traité volontairement sur un ton de légère parodie, ce qui n’empêche nullement d’y glisser des thèmes graves, posant comme hypothèse de départ un éloignement et une ignorance du sujet qui ne doivent pas être très différents de la vision de ces jeunes spectateurs, la possibilité d’utiliser les écrans de contrôle comme support de documents réels, mais aussi les personnages de science-fiction comme porteurs d’ellipses et de résumés périodiques (les fameuses « fins de chapitre » qui précèdent les pubs dans les séries classiques »), tout cela me paraît – à condition de le réussir bien sûr – un gage de liberté.

   


Un autre avantage est que, STAR TREK étant à l’origine une série fauchée (ce qui fait partie de son charme), sa reconstitution ne poserait pas de très gros problèmes budgétaires : un studio, ou un hangar aménagé avec une naïveté concertée en vaisseau spatial de fiction, utilisant des téléviseurs, de petits ordinateurs et même des gadgets électroniques courants comme s’ils étaient des objets de haute technologie, quelques trucages élémentaires faisant voler dans un espace à la Méliès des ustensiles électroménagers sur fond de rugissements synthétisés, des documents choisis pami ceux dont nous pouvons disposer gratuitement ou à bas prix… Pour situer les frais : environ une semaine de tournage 16mm en studio ou local préparé, cinq ou six jeunes acteurs et quelques seconds rôles, le reste est affaire de bonne organisation préalable et d’imagination.

   


J’ajoute que je verrais fort bien André Dussolier dans le rôle du Capitaine, et dans celui du savant fou : Cornelius Castoriadis, qui n’aurait même pas à changer de nom. Bien entendu, le projet n’étant qu’à sa toute première phase, ils ne sont ni l’un ni l’autre au courant de ces hypothèses, mais des raisons de penser que la curiosité et le goût de l’aventure professionnels de l’un, le sens de l’humour de l’autre, ne rendent pas lesdites hypothèses totalement absurdes. »
Chris Marker, cinéaste

   


Sur le Web : www.cinematheque.fr/cycle/chris-marker-les-7-vies-d-un-cineaste-441.html



                            


                        

                        

