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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Une série de documentaires anniversaires fait redécouvrir le philosophe et sa pensée, toujours actuelle (sur Arte à 20 h 50).
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TV - Karl Marx, le retour capital

Notre choix du soir. Une série de documentaires anniversaires fait redécouvrir le philosophe et sa pensée, toujours actuelle (sur Arte à 20 h 50).



Le Monde
 |    28.04.2018 à 18h00
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur Arte à 20 h 50

   


Arte est-elle marxiste ? A l’occasion du bicentenaire de la naissance de Karl Marx (1818-1883), la chaîne franco-allemande est en tout cas la seule chaîne gratuite française à proposer autant de documentaires consacrés à l’auteur du Capital. Ces programmes de qualité permettent d’aborder la vie et l’œuvre du philosophe à travers des perspectives diverses.
Ainsi, mercredi 2 mai à 22 h 20, Le Phénomène Karl Marx donne la parole notamment à l’économiste Thomas Piketty et au philosophe Slavoj Zizek qui expliquent, entre autres, pourquoi les analyses marxistes aident à ­appréhender la complexité du monde. De nouvelles formes d’aliénation et d’exploitation existent dans nos sociétés ­modernes, les écarts de richesse se creusent, et relire Marx semble s’imposer. Autre documentaire, De Marx aux marxistes, signé ­Peter Dörfler (samedi 28 avril à 22 h 20), est un voyage à travers les diverses applications marxistes, qui nous entraîne d’Athènes à La Havane, de Pékin à Berlin.

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                Marx respire encore



Mais pour débuter, rien de mieux que de visionner Karl Marx, penseur visionnaire, qui, sous la forme d’un docu-fiction soigné, donne chair et sens au célèbre barbu. Grâce à des scènes de reconstitution, des commentaires pointus d’historiens, d’économistes et de biographes, mais aussi d’extraits de lettres d’Eleanor, l’une de ses filles, on entre dans l’intimité de Marx, éternel exilé désargenté, aux analyses ­lumineuses et au comportement parfois agaçant.
L’action débute au printemps 1882 sous le soleil d’Alger, un an avant la mort de Marx. De santé fragile, épuisé par la rédaction toujours inachevée du deuxième tome du Capital, Marx (interprété par Mario Adorf) revient sur sa jeunesse romantique, sa rencontre et son amitié avec Friedrich Engels, ses années de galère à Bruxelles et Londres, sa vie de famille.

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Marx fut étudiant en philo à Berlin, journaliste à Cologne, ­philosophe dans le monde entier. « Sa tragédie, c’est qu’il n’a jamais pu nourrir sa famille ! » souligne Jürgen Neffe, l’un de ses biographes. De fait, c’est grâce à l’argent du très fortuné Engels que Marx parviendra à survivre. Engels qui prononcera un éloge poignant lors des funérailles de son vieil ami, dans le cimetière londonien de Highgate, en mars 1883.
Karl Marx, penseur visionnaire, de Christian Twente (Allemagne, 2017, 90 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ C’est parce que « L’Iliade » et « L’Odyssée » provoquent toujours un choc radical qu’elles suscitent des créations fascinantes au théâtre, en art ou en littérature, explique, dans une tribune au « Monde », l’helléniste Pierre Judet de La Combe.
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Pourquoi Homère reste d’une brûlante actualité

C’est parce que « L’Iliade » et « L’Odyssée » provoquent toujours un choc radical qu’elles suscitent des créations fascinantes au théâtre, en art ou en littérature, explique, dans une tribune au « Monde », l’helléniste Pierre Judet de La Combe.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 12h30
   





                        



                                


                            
Par Pierre Judet de La Combe
Tribune. Homère est en train de vivre une aventure qu’il n’avait sans doute pas prévue, s’il a existé. Son nom émerge un peu partout, sur la couverture de magazines, dans des séries d’ouvrages grand public qui inondent les kiosques, dans des bandes dessinées, des émissions de radio, des spectacles de théâtre, des œuvres d’art, des romans, et non des moindres. D’un seul coup, il a pris une actualité intense, multiple.
Mais à cette effervescence autour de son nom, autour de ce premier et plus grand poète de l’Occident comme on aime à le dire, répond l’extrême réserve des spécialistes qui, la plupart, gardent leur froideur et font la moue. Aucun helléniste, ou presque, ne croit à l’existence d’Homère : il serait un mythe, une fiction, une invention tardive. L’Homère qu’on célèbre tant serait un vide. Il n’y aurait donc pas de quoi fouetter un chat. Homère serait, au mieux, une énigme historique à laisser aux savants.
Conformisme attristant
Comment comprendre cet abîme entre l’enthousiasme actuel et l’incrédulité sourcilleuse de beaucoup d’hellénistes ? N’y a-t-il dans cette envie d’Homère qu’une envie irraisonnée de plaisir, de confort culturel, que la science se doit de réprimander ? Sans doute pas. Cette vague nous dit beaucoup, je crois, sur un besoin bien défini de poésie et sur l’œuvre d’Homère. Elle devrait inciter les spécialistes à ouvrir les yeux sur la valeur du trésor qu’ils ont dans les mains.
Il y a certes une part de conformisme attristant dans ce déferlement quand est ressassée dans la presse (pas toute, heureusement) l’idée qu’Homère serait un maître incomparable de sagesse et d’humanité : il aurait déjà tout dit, il apprendrait aux mortels à se contenter de leur destin où qu’il est mieux d’avoir un chez-soi et sa famille, comme Ulysse, ou encore qu’il faut se prémunir contre l’hubris féroce d’un Achille et ne pas aller trop loin dans la violence, comme on le lit...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ En balade dans Paris, un documentaire sonore immersif, produit par France Culture, fait découvrir les lieux et les grands moments de Mai 68
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Mai 68 : Un pavé au creux de l’oreille

En balade dans Paris, un documentaire sonore immersif, produit par France Culture, fait découvrir les lieux et les grands moments de Mai 68



Le Monde
 |    28.04.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 12h05
    |

            Christine Rousseau








                        



   


A mesure que s’approche la date anni­versaire des 50 ans de Mai 68, la vague ­com­mé­morative ne cesse d’enfler, à la télévision comme à la radio − cette dernière bénéficiant d’un petit supplément d’âme historique. Grâce à l’essor du transistor, mais aussi à un audiovisuel ­public muselé, la radio a été un acteur majeur des événements dans la diffusion de l’information, mais aussi comme ­espace de dialogue entre les ­leadeurs du mouvement et les ­représentants de l’Etat. Cinq ­décennies plus tard, porté par une effervescence créatrice liée au développement du podcast, ce média a toujours de beaux atouts à faire valoir. France Culture et Emmanuel Lau­rentin, producteur de « La Fabrique de l’Histoire » (du lundi au vendredi de 9 heures à 10 heures), l’ont bien compris : ils ­expérimentent, avec Mai 68 : ­retour au Quartier latin, une ­nouvelle forme de documentaire itinérant et immersif.
Inspirée du concept des audioguides, cette formidable balade géolocalisée en son binaural (en trois dimensions) propose rien de moins que de traverser le temps et l’espace pour revivre in situ, dans les lieux emblématiques, la révolte estudiantine, et, au-delà, ces ­quelques semaines qui ébranlèrent la France.
Faux policiers et vrais tags
Avis aux amateurs de voyages spatio-temporels : pour vous projeter au milieu des manifestations, des AG tempétueuses ou des rues encombrées de barricades, il faudra vous munir d’un smartphone, sur lequel vous ­téléchargerez l’application Izi ­Travel. Et, coiffé d’un casque – préférable aux oreillettes, afin de profiter pleinement de l’effet enveloppant et immersif du son 3D –, vous vous rendrez au 45, rue d’Ulm, à l’entrée de l’Ecole ­normale supérieure (ENS), haut lieu d’une « longue tradition ­subversive », comme le relate ­l’historienne Ludivine Bantigny à ­l’entame de cette promenade d’une heure quinze.
Quinze, c’est aussi le nombre d’étapes qui scandent, à coups de slogans, d’archives, d’extraits ­musicaux, de flashs info, de ­témoignages et d’éclairages, ce parcours aussi dense que riche, aussi instructif qu’illustratif, aussi tumultueux que chahuteur. Le son immersif ­produisant d’étranges effets sur l’imagi­nation, ­certains sans doute se ­surprendront à ­sursauter au ­passage d’une mobylette, à ­esquiver des jets – tout aussi ­virtuels – de boulons et de pavés, voire à longer les murs à l’arrivée des forces de l’ordre… Sans parler de l’étrange effet de réel que ­procure aujourd’hui la vision des slogans et tags contre Emmanuel Macron ou celle de la présence de cars de CRS stationnés devant la Sorbonne.

   


De la rue d’Ulm, on chemine ­jusqu’au Théâtre de l’Odéon ­devant lequel on écoutera – solennellement ou pas – le général de Gaulle annoncer, le 30 mai 1968, la dissolution de l’Assemblée ­nationale. Tout au long de la balade, l’auditeur est guidé dans l’espace par la voix de Renaud ­Dalmar, le réali­sateur, dont on saluera le travail de ­marqueterie ­sonore. Pour l’histoire, Emmanuel Laurentin prend le ­relais qui, chemin faisant, interroge les historiennes Ludivine Bantigny et Julie Pagis, d’anciens étudiants tels que ­Do­minique ­Tabah, Alain Schnapp, ou ­encore des leadeurs comme Pierre ­Rousset (membre dirigeant de la ­Jeunesse communiste révolutionnaire), Alain ­Krivine (fondateur du même mouvement) et, bien sûr, Alain Geismar.
Autant de rencontres qui ­permettent, entre témoignages, souvenirs, anecdotes et analyses, d’appréhender ce mois de mai éruptif à tous points de vue – et de célébrer de la plus réjouissante des manières la ­radio.
Mai 68 : retour au Quartier Latin, d’Emmanuel Laurentin et Renaud Dalmar. Temps estimé 1 h 15. A télécharger sur IziTravel.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Vendredi 27 avril, dans la cathédrale Saint-Etienne, ont résonné des reprises du chanteur canadien mort en 2016.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

A Bourges, hommage sage et solennel à Leonard Cohen

Vendredi 27 avril, dans la cathédrale Saint-Etienne, ont résonné des reprises du chanteur canadien mort en 2016.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 11h45
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 11h52
    |

            Bruno Lesprit (Bourges, envoyé spécial)








                        



   


Mort le 6 avril, Jacques Higelin a chanté onze fois au Printemps de Bourges, dès la première édition, en 1977. La proximité de cette perte n’a guère laissé le temps d’improviser l’hommage qu’il aurait mérité, même si Arthur H lui a adressé un salut filial en interprétant Mona Lisa Klaxon, après Catherine Ringer, dès la soirée d’ouverture, avec Pars. En conséquence, la célébration dans la cathédrale, vendredi 27 avril, de l’œuvre de Leonard Cohen, parti le 7 novembre 2016, paraissait quelque peu décalée.
Difficile d’imaginer caractères aussi éloignés que ceux des deux disparus, générosité fantasque pour Higelin, retenue élégante chez Cohen. Une image que n’a pas cherché à dissiper Hallelujah, la création préparée par Henk Hofstede. Celui qui est connu comme chanteur et guitariste du groupe pop néerlandais Nits a monté un projet parallèle, Avalanche Quartet, entièrement voué à l’interprétation des chansons du Montréalais, et auteur de deux albums, Leonard Cohen Songs (2007) et Rainy Night House (2013). Probablement pour expier une occasion ratée : en 1988, Cohen et Hofstede se rencontrent pour la première et unique fois à Bruxelles et le premier propose aux Nits de l’accompagner en tournée. Déjà pris par d’autres engagements, ils déclineront.
Aucune faute de goût
L’assurance d’entendre des chansons belles, cruelles et intemporelles a empli jusqu’à ses capacités la nef de Saint-Etienne. Avec humour, Hofstede observe en français que l’édifice est approprié pour « un homme avec une voix comme une cathédrale ». Dans ce cadre grandiose et solennel résonnent – et hélas se réverbèrent – les arpèges acoustiques de Who By Fire. La version, fidèle et sage, donne l’orientation d’une soirée scrupuleuse jusqu’à être trop respectueuse. Le timbre grave et légèrement nasillard d’Henstede accentue le mimétisme avec l’original, sans les vertiges de profundis. A ses côtés et également à la guitare sèche, Marjolein van der Klauw apporte cette voix féminine indispensable aux prières érotiques de Cohen. Les harmonies vocales, la contrebasse d’Arwen Linnemann, les ornementations délicates au clavier ou à l’accordéon du multi-instrumentiste Pim Kops ne commettent aucune faute de goût, en observant les canons du folk. L’Avalanche Quartet passera en revue les classiques coheniens (Sisters of Mercy, Bird on a Wire, Dance Me to the End of Love, Suzanne…), en ignorant curieusement celui qui lui donne son nom.
Cinq invités, choisis parmi la scène locale, se succèdent pour ce long récital (plus de deux heures) guetté par la monotonie. L’apparition de Raphael soulève quelque inquiétude quand il annonce « une chanson profane dans un lieu sacré » – or toutes les chansons de Cohen sont sacrées. Mais le chanteur de Caravane donne une version sobre et inspirée de Chelsea Hotel en s’essayant sur sa guitare espagnole au rasgueado, cette technique flamenca de frappes rapides qui caractérisait le jeu de Cohen. Sur un lit d’orgue, Rover s’octroie davantage de licence en tirant Ain’t No Cure for Love vers le gospel, une couleur de circonstance. Et Jeanne Added ne manque pas de brouiller les genres avec I’m Your Man, délesté de son synthétiseur et de sa boîte à rythme au profit d’un banjo et d’un piano électrique. Dommage, seulement, que les imprécations de Yan Wagner tendent à un numéro d’imitation de Nick Cave.
Rosemary Standley crée le miracle
Après l’entracte, l’ajout d’un octuor de cordes et les fins arrangements réalisés par son chef, Uele Lamore, offrent une relecture plus originale de ce répertoire. Mais c’est surtout l’entrée de Rosemary Standley, avec un harmonium portatif, et de la violoncelliste brésilienne Dom La Nena, qui permettent à la grâce de traverser les vitraux. Avec sa voix échappée d’un poste à galène datant de la Grande Dépression, la chanteuse de Moriarty emmène Blessed is the Memory dans une dimension intensément personnelle. Ce qui ne surprend guère puisque ce titre ouvrait Birds on a Wire (2014), le recueil de Rosemary Standley et Dom La Nena associant Cohen à Monteverdi ou Caetano Veloso. Le miracle se prolonge avec Hey That’s No Way to Say Goodbye, dynamisé par des pizzicati. L’attendu reprendra le dessus avec un Hallelujah – cette chanson devenue un incontournable des télé-crochets, jusque dans le scandale – pour Jeanne Added et un So Long Marianne collectif.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ L’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch explique le travail entrepris sur son livre, « Les Routes de l’esclavage » ainsi que sur le documentaire du même nom
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« Les traites des Africains ont concerné quasiment le monde entier »

L’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch explique le travail entrepris sur son livre, « Les Routes de l’esclavage » ainsi que sur le documentaire du même nom



Le Monde
 |    28.04.2018 à 11h00
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        



   


Spécialiste de l’Afrique, l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch revient sur l’élaboration de son ouvrage, Les Routes de l’esclavage, et de la série documentaire du même nom, diffusée sur Arte, sur laquelle elle a été conseillère historique avec Eric Mesnard.
Lequel de ces projets a précédé l’autre ?
Les deux sont interreliés. Fanny Glissant a pensé la structure du film à partir d’un ­livre, écrit en collaboration avec Eric ­Mesnard, Etre Esclave. Afrique-Amériques, XVe-XIXe siècle (La Découverte, 2013). C’est pourquoi elle nous a demandé d’être les conseillers historiques des films. J’ai d’abord fourni mon carnet d’adresses des spécialistes internationaux, longuement interviewés. Cela m’a donné l’idée de me reporter à leurs travaux spécifiques pour comprendre comment tous ces processus s’enclenchaient. Très consciemment, je me suis détachée du film, le travail de l’historien différant de celui du cinéaste. Mais on peut dire que films et livre ont mûri en parallèle.
Votre ouverture sur les sources et les ­définitions est aussi précieuse que rigoureuse. Pouvait-on leur faire place dans le documentaire ?
Traiter de la diversité et de la richesse des sources alors qu’on croit encore qu’elles sont insuffisantes était une évidence d’historien. Un film ne peut pas tout dire, il faut constamment choisir. Par exemple, les ­réalisateurs ont choisi de parler seulement de l’ancien Mali. Ce n’est évidemment pas mon choix, j’examine tous les empires de l’or et des esclaves médiévaux : Ghana, Mali, Songhaï, Bornou. Ils ont voulu donner des sources une image visuelle en montrant à plusieurs reprises un ou une archiviste extrayant un document d’une réserve précieuse. Si le spectateur reste sur sa faim, il faut qu’il s’adresse au travail d’histoire.
Les entretiens jouent un rôle-clé. Est-ce pour proposer une vision internationale et actualisée de l’état de la recherche ?
Bien sûr, l’idée commune est de montrer les dimensions du processus et son importance dans l’histoire du monde en général et de l’Occident en particulier. Chaque ­spécialiste est imbattable sur son terrain de recherche et détient une parcelle dans le temps et l’espace de cette réalité majeure. Mais le chercheur spécialisé ne remet pas nécessairement son étude localisée dans une perspective d’ensemble.
Ce que je voulais faire, c’est montrer que l’esclavage et les traites des Africains ont concerné quasiment le monde entier. Il fallait pour cela que je les lise tous pour trouver les liens multiples qui les relient. La quasi-totalité de ces recherches sont très récentes. Elles se sont démultipliées au début de ce siècle, par exemple, en France, depuis la loi Taubira (2001), au ­Brésil, grâce à une loi analogue en 2003, en Afrique subsaharienne, avec la conférence des historiens africains à Bamako en 2001.
Les Routes de l’esclavage. Histoire des traites africaines, VIe-XXe siècle(Albin Michel/Arte Editions, 230 p., 19,50 €) et en coffret (Arte, 4 × 52 min, 2 DVD, 29,90 €).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Envisageant les traites africaines sur quelque 1400 ans, cette fresque ambitieuse permet d’appréhender dans sa globalité un système criminel qui a façonné l’identité planétaire (mardi 1er mai sur Arte à 20 h 50).
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

« Les Routes de l’esclavage », l’héritage d’un drame universel

Envisageant les traites africaines sur quelque 1400 ans, cette fresque ambitieuse permet d’appréhender dans sa globalité un système criminel qui a façonné l’identité planétaire (mardi 1er mai sur Arte à 20 h 50).



Le Monde
 |    28.04.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 11h46
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        


Série documentaire sur Arte le 1er à 20 h 50



La célébration du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises est l’occasion de publications aussi utiles que bienvenues. Comme le synthétique Les Abolitions de l’esclavage (PUF, « Que sais-je ? », 128 p., 9 euros) et le superbe album Arts et lettres contre l’esclavage (Cercle d’art, 240 p., 29 euros), tous deux de Marcel Dorigny. Ou encore le passionnant essai Les Routes de l’esclavage. Histoire des traites africaines, VIe-XXe siècle (Albin Michel/Arte Editions, 230 p., 19,50 euros), de Catherine Coquery-Vidrovitch, qui est également consultante de la série documentaire proposée par Arte, mardi 1er mai (20 h 50). Ambitieuse, cette ample fresque (4 × 52 min) envisage les traites africaines sur quelque mille quatre cents ans.
Illustrée de documents éclairants et d’animations aussi sobres qu’efficaces, cette série, où sont réunis une quarantaine de spécialistes originaires des Antilles, d’Afrique, d’Amérique et d’Europe, se joue en quatre temps. De la faillite de l’Empire romain d’Occident au Ve siècle à l’abolition de l’esclavage au Brésil en 1888, l’évocation strictement chronologique permet d’appréhender ce système criminel et la manière dont il a façonné l’identité planétaire.

   


Surtout, les auteurs, Daniel Cattier, Juan Gélas et Fanny Glissant, réalisent ici le tour de force d’offrir une vision synthétique qui ne privilégie aucune des leçons « nationales » en cours, selon l’endroit d’où l’on interroge le crime. Ce faisant, ils corrigent nombre de lieux communs aussi tenaces qu’erronés pour donner les clés d’une intelligence réelle d’un héritage universel.
À l’origine, dans le monde antique, ce sont les guerres, les enlèvements et les razzias qui font l’esclave. Il est le butin d’une violence ordinaire sur lequel ne se fonde aucune logique économique. Au fil des extensions politiques de Rome, l’esclave est blanc le plus souvent, et le terme retenu, proche du « slave », dissipe toute ambiguïté. L’essor de l’islam, débordant de son berceau arabe pour gagner l’Egypte, va bouleverser la donne.
Le rôle capital des Portugais
L’esclave est certes toujours la force motrice, l’énergie essentielle au développement économique, mais il convient de le recruter parmi les mécréants. Et lorsque les projets pharaoniques des Abbassides sur le bas-Irak au IXe siècle ­requièrent toujours plus de bras, la pénurie d’esclaves incline à des tractations avec des peuplades chargées de fournir les hommes nécessaires aux marges de l’aire musulmane. C’est donc la culture du dominant qui fixe la différence, et non la peau ou l’origine.
L’Afrique devient alors la terre d’élection des rapines humaines et la conversion des esclaves, qui permet de se soustraire à la dépendance, conduit à chercher toujours plus loin le butin humain nécessaire. A ce jeu, l’empire du Mali et Tombouctou, plate-forme du commerce transsaharien, atteignent une puissance exceptionnelle.



Le deuxième volet de la série, qui met en évidence le rôle capital des Portugais dans la mutation des usages esclavagistes – avec la bénédiction du pape dès 1455 –, permet de comprendre l’établissement du commerce triangulaire, dont l’île vierge de Sao Tomé devient le symbole. Négociant des esclaves avec les élites du royaume Kongo contre les produits portugais pour les livrer à Elmina, comptoir de l’or sur la côte ghanéenne, ils inventent un espace commercial autonome.
On a pu dire de ce confetti insulaire qu’il a été la première île des Caraïbes tant il en a servi de laboratoire pour concevoir la première plate-forme de déportation massive de captifs et élaborer un système de production d’une rentabilité inégalée : la plantation sucrière. Un nouveau chapitre de l’esclavage s’ouvre à Sao Tomé, où se célèbre le « mariage » de la canne et de l’homme noir, et apparaît le modèle accompli d’une société esclavagiste.
De là, le transfert du modèle vers le Brésil puis les Caraïbes n’est qu’une suite logique, même si la pauvreté en minerais rares y commandera une intensification vertigineuse des déportations noires. La traite transatlantique devient essentielle et les élites, européennes ou non, s’entendent pour accentuer cette course au profit. A ce jeu, l’Afrique équatoriale devient la cible essentielle.



Les épisodes suivants sont plus familiers. Les grandes puissances européennes imitent bientôt le modèle portugais et se dotent d’outils, système bancaire et compagnies d’assurances, qui rendent crédible le rêve de la suprême richesse. L’effrayante odyssée des captifs rappelle que tout esclavagisme procède d’une violence fondamentale. L’homme noir est réduit au rang de produit, le propriétaire pose en maître absolu. Et la terreur sans frein garantit le profit de ces plantations où la machine dévore sa main-d’œuvre.
Sur les bateaux, les individualités se dissolvent, pour qu’à l’arrivée il n’y ait plus que des Noirs face à des Blancs. Là se construit la notion de race, arme de soumission, « Blancs » contre « Noirs » dans le chaudron des Antilles.
Insurrections déterminantes
L’indignation face aux horreurs de la traite joue certes un rôle dans le mouvement abolitionniste en Europe et sa traduction judiciaire, puis politique ; mais les insurrections sont plus déterminantes, comme les solutions imaginées pour limiter les pertes de profit. C’est ainsi que les colonies anglaises renoncent à la traite dès 1807 plutôt qu’à l’esclavage, aboli près de trente ans plus tard.

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                « Les traites des Africains ont concerné quasiment le monde entier »



Pratique rétrograde et dégradante, ce crime contre l’humain disqualifie une nation parmi les puissances. Et l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis (1865) puis au Brésil (1888) répond à ce souci de figurer parmi les nations éclairées. « Civilisées ». Mais le reliquat est pérenne et le racisme relaie l’opprobre, ségrégation et relégation stigmatisant les victimes qu’on ne reconnaît pas comme telles.
La leçon de ce documentaire est aussi magistrale que terrible. Nécessaire aussi, qui oblige chacun à endosser sa part d’héritage d’un drame universel.
Les Routes de l’esclavage, de Daniel Cattier, Juan Gélas et Fanny Glissant (Fr., 2018, 4 × 52 min) diffusé sur Arte mardi 1er mai (20 h 50) puis sur France Ô les 2 et 9 mai à 20 h 55.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Cinq chaînes du nord de l’Europe ont décidé de s’allier pour coproduiredouze séries par an.
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Face à Netflix, l’audiovisuel public nordique fait front

Cinq chaînes du nord de l’Europe ont décidé de s’allier pour coproduiredouze séries par an.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 10h27
    |

                            Anne-Françoise Hivert (envoyée spéciale à Copenhague)








                        



                                


                            

Face à Netflix, HBO ou Amazon, l’audiovisuel public des petits pays du nord de l’Europe ne pèse pas lourd. Ensemble, c’est une autre histoire. Pour avoir une chance de concurrencer les géants américains, les cinq compagnies nordiques – DR (Danemark), SVT (Suède), NRK (Norvège), Yle (Finlande) et la RUV (Islande) – ont donc décidé de s’allier, en mettant en commun ce que la patronne de SVT, Hanna Stjärne, appelle les « joyaux » du service public scandinave : ses séries télé.

A partir de cette année, les cinq groupes coproduiront douze séries par an – trois pour le Danemark, la Suède et la Norvège, deux pour la Finlande et une pour l’Islande. Elles seront diffusées quasi simultanément dans les cinq pays, avant d’être disponibles, en accès gratuit et illimité pendant un an, sur les sites des cinq groupes. La collaboration, baptisée « Nordic 12 », a été officialisée jeudi 19 avril, en présence de quatre des cinq PDG, au siège de DR à Copenhague.
Dans la région, les plates-formes de service de vidéo à la demande par abonnement (SVoD) ne cessent de gagner du terrain. En tête : Netflix, avec 58 % de part de marché dans les pays nordiques et 4,2 millions d’utilisateurs (sur 26 millions d’habitants), en progression de 27 % sur 2017. Avec un budget fiction combiné d’environ 100 millions d’euros par an – soit 2 % de ce que dépense Netflix –, l’audiovisuel public nordique peut difficilement rivaliser financièrement avec les SVoD, reconnaît Thor Gjermund Eriksen, PDG de la NRK norvégienne. « Mais on peut se battre là où on est les plus forts, avec nos séries, que nous savons faire mieux que n’importe qui. » Une flèche décochée en direction de Netflix et sa première production danoise, The Rain, diffusée à partir du 4 mai. Sur un grand écran, derrière lui, défilent des extraits vidéo montés bout à bout, dont les titres illustrent le potentiel de Nordic 12 : The Killing, Borgen, Bron, Ride Upon...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Un journaliste parlant en 1968 de la presse d’alors parle aussi des médias de 2018. C’est ce que montre la réédition, grâce à Edwy Plenel, d’un livre d’une plume du « Monde ».
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Jean Schwœbel, toujours révolutionnaire (comme le sont les faits)

Un journaliste parlant en 1968 de la presse d’alors parle aussi des médias de 2018. C’est ce que montre la réédition, grâce à Edwy Plenel, d’un livre d’une plume du « Monde ».



Le Monde
 |    28.04.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 10h19
    |

                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Presse, le Pouvoir et l’Argent, de Jean Schwœbel, préface de Paul Ricœur, avant-propos d’Edwy Plenel, Seuil, « La librairie du XXIe siècle », 368 p., 23 €.

Il faut veiller sur les livres tombés un peu trop vite dans l’oubli. Même quand le marché de l’édition les a depuis longtemps poussés vers la sortie, ils peuvent continuer d’étonner et de revendiquer une place dans la vie des idées. La Presse, le Pouvoir et l’Argent, de Jean Schwœbel, est de ceux-là. Initialement paru au printemps 1968 avec une préface de Paul Ricœur, le livre –­ et son auteur, un grand journaliste de la rubrique diplomatique du Monde, auteur d’études sur les luttes de puissance de l’après-guerre – parut sans doute trop sage pour se frayer un chemin sur les barricades.
Il faut dire que la concurrence était rude. Les deux grands succès éditoriaux de ce printemps-là dans la catégorie des essais furent L’Homme unidimensionnel (Minuit), d’Herbert Marcuse (1898-1979), et le Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, de Raoul Vaneigem (Gallimard). Deux ouvrages « austères », écrivait Le Monde, mais le premier s’était déjà vendu à plus de 350 000 exemplaires en juillet, et le second était épuisé alors qu’il était sorti sans grande pompe quelques mois plus tôt.
La théorie critique mâtinée de freudisme de Marcuse et le situationnisme faisaient leur entrée dans le débat sur les médias en France, au moment même où paraissait La Presse, le Pouvoir et l’Argent. ­Concurrence déloyale évidemment : la jeunesse affichait alors sur les murs de Paris son rejet violent de la presse et de la télévision aux ordres du pouvoir bourgeois !
Les dérives mercantiles des journaux brocardées
Le livre publié par les éditions du Seuil capturait pourtant aussi un peu de l’air ambiant, brocardant les dérives mercantiles des journaux et la « presse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Le pensionnaire de la Comédie-Française est aussi discret à la ville qu’éblouissant sur scène. Il a opté pour une banale menthe à l’eau.
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Un apéro avec Benjamin Lavernhe : « Je suis devenu acteur comme s’il me fallait obéir à mon destin »


                      Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Le pensionnaire de la Comédie-Française est aussi discret à la ville qu’éblouissant sur scène. Il a opté pour une banale menthe à l’eau.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 06h44
    |

            Véronique Cauhapé








                              

                        

Benjamin Lavernhe a déjà passé commande. Sa menthe à l’eau est sur la table. D’un vert dense et éclatant. Parfait pour la photo. Pour notre part, n’importe quelle autre couleur nous aurait autrement émue, pourvu qu’elle donne l’ivresse.
Car, il faut bien l’avouer, outre l’intérêt que nous portons au comédien, l’argument qui nous a convaincue d’accepter la mission, c’est son intitulé. « Un apéro avec ». La promesse, au fond, que nous allions pouvoir compter sur quelques vapeurs d’alcool pour désinhiber la rencontre. Et nous aider à remplir le contrat, recueillir quelque confidence inédite.

Voilà. Eh bien, il va nous falloir faire sans, dans ce Café de l’industrie du 11e arrondissement de Paris, rue Saint-Sabin, qu’a choisi Benjamin Lavernhe, « parce que c’est dans ma rue, confie-t-il. Et que le cadre est joli, chaleureux. En fait, je n’ai pas de Q.G., à part la Comédie-Française ». Il doit y être dans un peu plus de deux heures. Pour 20 heures.
« C’est la règle, à la Comédie : tout le monde doit être là trente minutes avant le lever de rideau. Chacun décide ensuite d’arriver plus tôt ou pas. » Pour lui, cela dépend des rôles. « Pour Faust, ce soir, je n’ai pas besoin d’une grande préparation. Mais pour jouer Scapin dans Les Fourberies ou le jeune rentier Fadinard dans Un chapeau de paille d’Italie, des grands rôles qui nécessitent un échauffement physique et un échauffement de la voix, je venais une heure et demie à l’avance. »
« Savoir qu’on joue le soir nous pousse à occuper le temps bizarrement. On sait qu’on ne peut pas faire n’importe quoi, qu’on ne peut pas s’épuiser. »
Avant et pendant, chacun fait selon son trac et la concentration dont il a besoin. « Il y a ceux – plutôt les anciens – qui suivent toute la pièce. Mais beaucoup, entre deux scènes, s’occupent à autre chose. Certains jouent aux échecs ou regardent des films, d’autres bossent...




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Chaque samedi, La Matinale vous propose un choix d’émissions ou de podcasts à voir ou écouter en différé.
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Fantômas, Terre promise et le retour de Burger Quiz : nos choix de replays pour le week-end

Chaque samedi, La Matinale vous propose un choix d’émissions ou de podcasts à voir ou écouter en différé.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 09h20
   





                        



   


Vous faites le pont ? Inutile de s’apitoyer sur le mauvais temps qui revient, nous avons tout ce qu’il faut pour rester au chaud : deux documentaires, une série et un podcast à voir ou à écouter quand vous voulez.
Israël-Palestine, l’histoire en dialogue

Comment aborder l’histoire d’Israël, soixante-dix ans après sa naissance difficile ? Blanche Finger et William Karel proposent dans Une terre deux fois promise, film en deux parties, une lecture sobre, poignante, du conflit israélo-palestinien, qui prend en compte le temps long.
Côté israélien, la parole est donnée à des intellectuels de sensibilités différentes. On trouve notamment Dina Porat. Historienne en chef du Centre international de recherche sur la Shoah de Yad Vashem, elle pointe le cynisme des dirigeants de l’Agence juive, qui se sont servis des survivants de l’Holocauste pour rallier l’opinion publique à la cause sioniste.
Côté palestinien, si moins d’historiens ont été sollicités, on retrouve ce souci de mettre en avant une diversité de récits. Avec beaucoup de recul, Elias Sanbar raconte la Nakba, l’exode de la population palestinienne pendant la guerre israélo-arabe de 1948.
Intelligemment bâti autour d’un riche fonds d’archives, ce dialogue, qui croise des témoignages à la fois personnels et clairvoyants, permet de comprendre comment le conflit israélo-palestinien a débouché, des deux côtés, sur un aveuglement politique qui n’a fait qu’empirer après 1967. Antoine Flandrin
« Une terre deux fois promise : Israël-Palestine », de Blanche Finger et William Karel (France, 2017, 110 min). Arte + 7 jusqu’au 22 juin et YouTube.
« Sous tutelle » : les effets pervers de l’assistance

Ils sont aujourd’hui près d’un million en France. Jugés vulnérables, psychiquement fragiles, physiquement diminués, a priori incapables de gérer leurs comptes ou de prendre des décisions importantes, des femmes et des hommes de tous âges et d’origines sociales très diverses sont placés sous tutelle ou curatelle plus ou moins renforcée.
Cette décision lourde de conséquences est prise par des juges spécialisés dans des affaires sensibles, mais débordés par l’afflux de dossiers et le manque flagrant de moyens.
Le système est évidemment censé protéger, mais, à voir les cas analysés dans ce documentaire, il aboutit trop souvent à des spoliations et à des mises en danger scandaleuses. Les graves dysfonctionnements étant de plus en plus nombreux – abus de confiance, détournements en tous genres, mauvaise gestion des comptes, ventes immobilières injustifiées… –, des associations comme l’Association française contre les abus tutélaires (Afcat) croulent sous les dossiers. Et la situation ne semble pas être en voie de s’améliorer. Alain Constant
« Sous tutelle… », d’Olivier Pighetti (France, 2018, 65 min). Sur France.tv jusqu’au 1er mai.
« Burger Quiz » : Un miam, sinon rien



TMC vient de ressusciter un jeu farfelu qui avait disparu des antennes depuis seize ans : le Burger Quiz. Dans un fast-food, deux candidats, entourés de célébrités (Gérard Darmon, Leïla Bekhti, Audrey Tautou ou Edouard Baer), s’affrontent autour de devinettes loufoques posées par Alain Chabat.
Le premier arrivé à vingt-cinq « miams » (comprendre « points ») accède à l’épreuve du « Burger de la mort ». Celle-ci consiste à répondre à dix questions énoncées d’une seule traite. Pour son grand retour, le 25 avril, le jeu a attiré, en prime time, près de 2 millions de téléspectateurs. Un carton mérité pour un programme drôlissime. Mustapha Kessous
« Burger Quiz », sur MYTF1.
« Fantômas », impitoyable dandy

   


Né de l’imagination de Pierre Souvestre et Marcel Allain, qui composèrent, à une cadence infernale, trente-deux romans entre 1911 et 1913, Fantômas s’est imposé comme une figure populaire, fascinant même certains écrivains de son époque. Guillaume Apollinaire salua ainsi l’« extraordinaire » travail « plein de vie et d’imagination » de Souvestre et Allain.
Dans « Poésie et ainsi de suite », sur France Culture, Manou Farine revient sur ce génie du mal avec l’historien Dominique Kalifa, auteur de Tu entreras dans le siècle en lisant Fantômas (Vendémiaire, 336 p., 28 €) et Nadja Cohen, spécialiste des rapports entre la littérature et le cinéma. Tous deux soulignent la modernité d’un personnage qui, précise M. Kalifa, s’est imposé « à la conscience de tous comme le point de départ d’un nouvel ordre du temps ». M. Ks
« Poésie et ainsi de suite » : « Fantômas ou le fantasme à poètes ». Sur France Culture.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Le groupe suédois aux 400 millions d’albums a décidé de se retrouver en studio pour enregistrer deux nouveaux titres.
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Article sélectionné dans La Matinale du 27/04/2018
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ABBA va se reformer trente-cinq ans après leur dernier album

Le groupe suédois aux 400 millions d’albums a décidé de se retrouver en studio pour enregistrer deux nouveaux titres.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 01h45
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 11h36
   





                        



   


Mamma mia, les revoilà ! Les quatre membres du légendaire groupe pop suédois ABBA se sont retrouvés pour enregistrer deux nouvelles chansons, trente-cinq ans après leur dernier album. « Nous avons tous les quatre pensé que, après [toutes ces années], ça serait marrant d’unir nos forces et d’aller dans un studio d’enregistrement. Alors on l’a fait », a expliqué, vendredi 27 avril dans un communiqué, la formation aux 400 millions d’albums vendus.
L’un des deux titres, I Still Have Faith in You sera repris par leurs avatars numériques au cours d’un show télévisé en décembre produit par les chaînes britannique BBC et américaine NBC. « Nous avons beau avoir vieilli, la chanson est nouvelle. Et ça fait du bien », ont expliqué les membres du quatuor.
Le deuxième nouveau titre d’ABBA s’intitule Don’t Shut Me Down, a confié la manageuse du groupe, Görel Hanser, à l’agence locale TT. Les morceaux ont été enregistrés à l’été 2017. Cette annonce surprenante réconforte le monde suédois de la musique, endeuillé par la récente disparition, à 28 ans, du DJ vedette Avicii.

        Lire aussi :
         

                La Suède pleure le DJ Avicii



Pas de performance publique
Agnetha Fältskog, Anni-Frid Lyngstad, Björn Ulvaeus et Benny Andersson se sont séparés en 1982 après avoir régné sur la planète disco pendant une décennie avec des titres comme Waterloo, Dancing Queen, Mamma Mia ou encore Super Trouper.
Le groupe, qui s’était produit sur scène une dernière fois en 1986, n’avait jamais été officiellement dissous mais ses membres affirmaient résolument qu’ils ne chanteraient plus ensemble. Les artistes, qui ont entre 68 et 73 ans, n’envisagent pas de se réunir pour chanter en public.

Même si Anni-Frid et Agnetha ont gardé leur timbre, « ils n’ont sans doute pas envie de se montrer en tant qu’ABBA à l’âge qu’ils ont maintenant. ABBA, c’était quand ils avaient entre 25 et 35 ans », a avancé Carl Magnus Palm, expert du groupe auquel il a consacré plusieurs livres. « Je pense que cela aura la même sonorité que leurs dernières chansons en 1982, avec un rythme assez doux. Ça ne sera pas comme les endiablés Voulez-Vous ou Gimme, Gimme, Gimme. », a-t-il estimé.
« Expérience extrêmement joyeuse »
« La décision de poursuivre le projet excitant d’une tournée par les avatars a pris une tournure inattendue », ont constaté les membres du groupe dans le communiqué. Pour eux, se retrouver en studio fut une « expérience extrêmement joyeuse » : « C’est comme si le temps s’était arrêté et que nous revenions de courtes vacances. » « C’était la même magnifique alchimie », s’est réjoui leur manager Görel Hanser.
« Tout le monde a retrouvé son rôle et a chanté, chanté et chanté. »
Avec leurs mélodies entraînantes, leur exubérance vestimentaire et leurs clips kitsch, les Suédois ont marqué les années disco et boules à facette. Ils avaient connu la célébrité en remportant le concours Eurovision de la chanson en 1974 avec Waterloo.

Extrêmement disponibles pour leurs fans, ils sont aussi devenus objets de pèlerinage avec l’ouverture à Stockholm d’un musée interactif prisé des touristes où sont exposés guitares, costumes, photos et autres antiquités léguées par ces monstres sacrés du strass nordique.

Intemporel
A Stockholm, les nostalgiques faisaient des claquettes vendredi. « C’est le truc le plus fou que j’ai entendu ! Je n’aurais jamais pensé que cela puisse arriver », s’enfiévrait ainsi Richard Sköld, 46 ans. « La musique vieillit souvent (…) celle d’ABBA a franchi le temps et reste fantastique », renchérissait Dirk Schubert, un touriste allemand de 55 ans.

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          ABBA, le mauvais goût a du bon



Grâce à la comédie musicale Mamma Mia, créée en 1999, puis au film du même nom, sorti en 2008, la musique d’ABBA a su toucher un public qui n’était pas né à l’époque de sa création.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ A écouter cette semaine : des créations de musique contemporaine enregistrées en live, des quatuors à cordes méconnus, l’écriture originale du chanteur Kent, le rap de la nouvelle star du hip-hop américain
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

Sélection albums : Charles Gounod, Cardi B, Kent, le Royal Concertgebouw

A écouter cette semaine : des créations de musique contemporaine enregistrées en live, des quatuors à cordes méconnus, l’écriture originale du chanteur Kent, le rap de la nouvelle star du hip-hop américain



Le Monde
 |    27.04.2018 à 18h51
   





                        


Royal Concertgebouw Orchestra
Horizon 8
Divers solistes et chefs, Royal Concertgebouw Orchestra.

   


Si la collection « Horizon » proposée par le Royal Concertgebouw Orchestra à partir d’enregistrements live, le plus souvent de créations, porte bien son nom, la marque du pluriel serait plus appropriée pour rendre compte de ses contenus aux esthétiques parfois divergentes. Il en va ainsi du huitième volume qui s’attache à des horizons variés, en particulier pour ce qui concerne les deux concertos du programme. Celui, spectaculaire et imagé, de James McMillan (Ecossais né en 1959) tire du trombone (formidable Jörgen van Rijen) le souffle d’une forge orchestrale en quête de timbres inouïs. Celui, sobre et abstrait, d’Oliver Knussen (Anglais né en 1952) place les étirements d’un cor voluptueux (délicat Félix Dervaux) au cœur d’un ballet renouvelé. D’une écriture à l’hybridation pas toujours maîtrisée, la Nasimi-Passion (en référence à un poète soufi martyrisé au XVe siècle) de Franghiz Ali-Zadeh, née en 1947 en Azerbaïdjan, ne séduit que par les interventions chorales d’un au-delà onirique. Pierre Gervasoni
1 CD RCO.
Charles Gounod
Intégrale des quatuors à cordes
Quatuor Cambini-Paris.

   


Si la célébration d’un bicentenaire – celui de la naissance de Charles Gounod – n’avait servi qu’à cette parution de l’intégrale pour quatuor à cordes (dont deux inédits) de l’auteur de Faust, ce serait déjà fondamental. D’autant que ce premier enregistrement sur instruments d’époque par les musiciens du Quatuor Cambini-Paris, emmené par l’archet conquérant du primarius, le violoniste Julien Chauvin, dévoile un pan méconnu de l’œuvre du compositeur français, dans la lignée du classicisme viennois hérité de Schubert et Mendelssohn. Sonorité solaire, phrases chantantes, envolées rythmiques, expressivité à fleur de peau et noblesse de ton distinguent cet hommage qui fait œuvre pionnière sous l’impulsion de l’entreprenant centre de musique romantique française, le Palazzetto Bru-Zane. Marie-Aude Roux
2 CD Aparté/Little Tribeca.
Kent
La Grande Effusion

   


Le 7 novembre 2017, Kent était au Café de la danse, à Paris. Avec le chanteur et guitariste Mark Haussmann aux claviers, Didier Perrin à la basse et aux claviers et David Aknin à la batterie. Et quelques invités pour un tour de chant qui, avec cet album, La Grande Effusion, constitue une sorte de rétrospective (dans le désordre chronologique du concert) d’une carrière commencée avec le groupe Starshooter, l’une des forces du rock français à la fin des années 1970, avant que Kent ne prenne son envol en solo (l’album studio La Grande Illusion, en 2017, est sa dernière étape en date). Belle soirée, pop, rock et chanson, tout à l’honneur des qualités d’écriture de Kent. L’on aura une petite préférence pour l’enchaînement initial Les Vrais gens et Panorama, l’énergie de Chagrin d’honneur, le duo à l’émouvante légèreté avec Katel pour Notre amour, une version emportée de Si c’était à refaire, l’un des clins d’yeux à Starshooter, l’allègre Betsy Party, Métropolitain en duo avec Pierre Guénard ou Tiny Tinto, qui vient conclure l’album. Sylvain Siclier
1 CD Thoobett-At (h) Ome.
Cardi B
Invasion of Privacy

   


Depuis l’été 2017 et le succès de son rap Bodak Yellow, Cardi B est devenue la reine du hip-hop américain grâce à son phrasé qui mêle accent dominicain, argot de Harlem et franc-parler hérité de ses années à danser dans les clubs de strip-tease. Ça n’empêche pas la jeune femme d’avoir des rêves de midinettes, et de réclamer dans Be careful qu’on lui fasse aussi des câlins, même si elle est capable de « s’acheter elle-même ses Louboutin ». Côté musique, « la gangsta en robe », comme elle se décrit, est aussi à l’aise sur des rythmes latinos quand elle rappe avec ses compatriotes Bad Bunny & J Balvin (I like it), que sur Drip, le trap du trio Migos, le groupe d’Offset, le père de son futur enfant. Son titre avec la chanteuse de R & B SZA, I do, est d’ailleurs en train de suivre la même route que son précédent tube de l’été. Stéphanie Binet
1 CD Atlantic Records.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ « Génération(s) éperdue(s) », album de reprises en hommage à Yves Simon, est une réussite.
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La nouvelle vague pop francophone dopée au diabolo menthe

« Génération(s) éperdue(s) », album de reprises en hommage à Yves Simon, est une réussite.



Le Monde
 |    27.04.2018 à 18h41
 • Mis à jour le
27.04.2018 à 19h21
    |

                            Stéphane Davet








                        



                                


                            

Dans l’exercice convenu des albums hommages qui réactivent le répertoire de vedettes de la chanson (Alain Souchon, Johnny Hallyday, Michel Delpech…), la compilation Génération(s) éperdue(s), consacrée à Yves Simon, se distingue avec un éclat surprenant. On doit cette réussite à la cohérence d’une distribution invitant la crème de la jeune scène française, mais aussi au sujet même de ce « tribute » : Yves Simon. Figure de ce qu’on appela, au début des années 1970, la « nouvelle chanson française », le chanteur-écrivain s’est si longtemps absenté de la musique, absorbé par sa carrière littéraire, qu’on a fini par négliger son répertoire.
Certes, des titres s’étaient ancrés dans la mémoire collective, mais on avait un peu oublié la singularité prolixe d’un artiste qui, de 1973 à 1985, sortait presque un album par an. L’une des vertus de Génération(s) éperdue(s) (dont une édition limitée propose aussi un Live à l’Olympia 2008 d’Yves Simon) est de rappeler la sensualité bohème d’une langue capable de saisir la fragilité des instants, la « dérive des sentiments », mais aussi de voyager, de planter un décor, des personnages, d’évoquer, entre onirisme et réalisme, l’ambiance d’une époque.
Dépouillement instrumental ou synthés
La nouvelle vague pop francophone semble s’être retrouvée dans la liberté sensuelle d’une plume autant adaptée aux filles qu’aux garçons, et dans son goût des expériences sonores. Certains se sont identifiés à la délicatesse d’un guitariste qui mariait en pionnier chanson et folk-rock. Le dépouillement instrumental sied particulièrement à Clou (Les Gauloises bleues), Soko (Diabolo menthe), O (J’t’imagine) ou Frànçois and the Atlas Mountains (Une pierre qui roule), qui ravivent le feu émotionnel de ces chansons.
Juliette Armanet déshabille magnifiquement Barcelone ; Feu ! Chatterton (Zelda) ou Nicolas Comment (Regarde-moi) puisent...




                        

                        


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Au pays des merveilles de Juliette Armanet et d’Yves Simon

Dialogue entre le chanteur-écrivain et la chanteuse-pianiste alors que sort « Génération(s) éperdue(s) », une compilation de reprises de celui qui se fait rare sur la scène musicale.



Le Monde
 |    27.04.2018 à 18h38
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 06h42
    |

                            Stéphane Davet








                        



                                


                            

Dans une brasserie de l’Odéon, à deux pas de cette rue de la Huchette qu’il a chantée à ses débuts, Yves Simon, 73 ans, retrouve Juliette Armanet, 34 ans, venue de Barbès dont il a aussi chanté les « héros ». La chanteuse-pianiste a repris un de ses morceaux (Barcelone) dans l’excellente compilation de reprises, Génération(s) éperdue(s), album-hommage sorti le 27 avril. Dialogue entre deux générations d’artistes.
Comment est né le projet « Génération(s) éperdue(s) » ?
Yves Simon. D’une certaine façon, c’est Christine and the Queens qui en est à l’origine. Un ou deux ans avant son premier album, elle m’avait envoyé une maquette de sa reprise d’Amazoniaque. Je lui avais répondu que ça me plaisait, sans imaginer que ça aille au-delà.
J’ai rencontré plus tard Emmanuel de Buretel, le patron de la maison de disques Because, qui m’a d’abord approché pour que j’écrive des chansons pour Charlotte Gainsbourg. Cela ne s’est pas fait, mais je lui ai fait écouter l’enregistrement de Christine. Buretel m’a aussi proposé d’acheter mes éditions. J’ai accepté. A l’époque, mes droits d’auteur avaient tendance à diminuer (sourire). Au contrat de vente des éditions se sont ajoutées la production d’un nouvel album et cette compilation de reprises de mes chansons par une nouvelle génération d’artistes.
Juliette Armanet. Beaucoup de gens que j’adore – Moodoïd, Flavien Berger, Feu ! Chatterton… – étaient de la partie. Un double enjeu rendait le projet excitant : réussir quelque chose de bien par rapport à Yves Simon, que j’admire, et aussi être à la hauteur des artistes de ma génération. Ça n’a pas très bien commencé pour moi, puisque j’ai d’abord tenté une version très soul de J’ai rêvé New York, dont j’étais hyper contente, mais qu’Yves n’a pas aimée…
Y. S. Je me suis dit, « ça ne lui va pas ».
J. A....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ L’opérateur privé, gestionnaire de dix lieux, a ouvert l’Atelier des lumières, un site dévolu à des expositions numériques
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Culturespaces met ses habits de lumières à Paris

L’opérateur privé, gestionnaire de dix lieux, a ouvert l’Atelier des lumières, un site dévolu à des expositions numériques



Le Monde
 |    27.04.2018 à 17h54
    |

            Emmanuelle Jardonnet








                        



                                


                            

Le 13 avril, a ouvert à Paris, dans une ancienne fonderie du 11e arrondissement, L’Atelier des lumières, un lieu d’« expositions immersives monumentales » consacré à de grandes figures de l’histoire de l’art, à découvrir en déambulant. C’est Gustav Klimt (1862-1918) qui ouvre le bal de ces spectacles son et lumière en compagnie de deux autres Viennois : Egon Schiele (1890-1918) et le peintre et architecte Friedensreich Hundertwasser (1928-2000). Quelque 140 vidéoprojecteurs laser balaient l’espace de 1 500 m2 sur 10 mètres de haut ; la musique est spatialisée à travers cinquante enceintes. « C’est la plus grosse installation multimédia fixe au monde », résume avec satisfaction Bruno Monnier, le président de Culturespaces, société qui a investi près de 10 millions d’euros au cours des deux ans de travaux et d’aménagement des lieux. L’Atelier des lumières est le frère parisien des Carrières de lumières, un ancien site d’exploitation de roches calcaires aux Baux-de-Provence (Bouches-du-Rhône), où des projections sont organisées sur le même principe depuis 2012.
L’Atelier des lumières est le 10e lieu actuellement pris en charge par Culturespaces, cet opérateur spécialisé dans la gestion de monuments et de musées. A Paris, il est surtout connu pour la gestion de deux musées privés : le Musée Jacquemart-André, depuis 1996, et le Musée Maillol, depuis sa réouverture en 2016. On sait moins qu’il s’agit d’une filiale du géant de l’énergie français Engie (anciennement GDF Suez), qui en détient 86 % – les 14 % restant appartenant à son créateur. « Culturespaces a été lancé par Bruno Monnier en 1988 comme un département d’ingénierie d’Havas, rappelle Philippe Peyrat, directeur du mécénat du groupe Engie. En 1990, l’entreprise a été rachetée à 50 % par la Lyonnaise des eaux [future Suez environnement puis Engie] dans un contexte de diversification des activités et de réflexion sur la ville...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ « Le Monde » publie les déclarations du metteur en scène et cinéaste russe, accusé de détournement de fonds par le pouvoir, lors de son audition à Moscou, le 18 avril.
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Kirill Serebrennikov : « Je n’ai commis aucun crime »

« Le Monde » publie les déclarations du metteur en scène et cinéaste russe, accusé de détournement de fonds par le pouvoir, lors de son audition à Moscou, le 18 avril.



Le Monde
 |    27.04.2018 à 17h52
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 08h08
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Le cinéaste et metteur en scène russe Kirill Serebrennikov a été arrêté le 22 août 2017, à Saint-Pétersbourg. Quelques jours avant la fin du tournage de son film franco-russe Leto, lequel, entre temps, a été sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes (du 8 au 19 mai). Depuis, l’artiste ne cesse de clamer son innocence, chiffres et documents officiels à l’appui, pour démonter ce qu’il considère être un procès totalement absurde intenté contre lui.
Son film traite de l’émergence de la scène rock à Leningrad au début des années 1980, à l’époque où les gens s’échangeaient sous le manteau des disques de Lou Reed et de David Bowie. Kirill Serebrennikov est lui-même un ardent défenseur de la liberté de création : il fait partie de cette nouvelle génération d’artistes russes qui voyage beaucoup, présente ses pièces à l’étranger – il défend par ailleurs les droits des homosexuels. Mais depuis huit mois, Serebrennikov ne peut plus quitter le pays : il est assigné à résidence depuis le 23 août 2017.

Le Comité d’enquête, le bras judiciaire du Kremlin, l’avait alors accusé de fraude « massive » et les investigations portent sur 68 millions de roubles (environ 1 million d’euros) de subventions budgétaires que le metteur en scène aurait détournées pour la mise en œuvre, par sa troupe de théâtre, 7e studio, du projet « Plate-forme » – lancé en 2011, il comprend une série d’évènements artistiques et un festival (Le Monde du 22 août 2017). Serebrennikov, directeur du Centre Gogol, théâtre contemporain à Moscou, a toujours nié ces accusations. Il a été auditionné à plusieurs reprises devant la cour du district Basmanny de Moscou (en août et en octobre 2017, puis en janvier 2018) : à chaque fois, les juges ont prolongé son assignation à résidence. Celle-ci vient d’être à nouveau prolongée jusqu’au 19 juillet 2018, à l’issue de la dernière audition, le 18 avril.
Le producteur français...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ La galerie Templon et le Musée de la chasse, à Paris, exposent ses toiles traversées de traits d’humour et de références à l’histoire de l’art.
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Garouste, maestro de l’absurde

La galerie Templon et le Musée de la chasse, à Paris, exposent ses toiles traversées de traits d’humour et de références à l’histoire de l’art.



Le Monde
 |    27.04.2018 à 17h49
 • Mis à jour le
27.04.2018 à 19h17
    |

            Harry Bellet








                        



                                


                            

« Il fut blessé à Verdun, à la fesse droite et à l’improviste. » Tel est l’exemple d’un zeugma, cette figure de style un peu absurde mais souvent amusante, dans laquelle un même verbe est utilisé pour plusieurs compléments qui ne sont pas du même registre. C’est un peu à l’image des derniers tableaux de Gérard Garouste, qui a intitulé « Zeugma » son exposition à la galerie Daniel Templon : absurdes et souvent amusants. Toujours brossés avec une fougue et une maestria rares (elles en énervent certains, que la peinture dégoûte, en ravissent d’autres), mais dans un registre qui semble plus apaisé qu’à l’habitude, sans être encore tout à fait serein.
Ainsi, la folie avérée de Garouste, qu’il a révélée lui-même autrefois, est toujours évoquée, mais dans un registre plus loufoque que dramatique : il s’est représenté assis à une table sur laquelle repose l’entonnoir qu’il devait porter sur la tête, et tente de se coiffer d’un tabouret, tout en consultant un livre intitulé How to Wear a Hat. Le même tabouret, réel celui-là, est posé au sol devant le tableau, et sur son assise ronde est peinte la phrase « Ceci n’est pas un chapeau », qui donne son titre à l’ensemble. Un hommage à Magritte et à son Ceci n’est pas une pipe, mais inversé, qui provoque à la réflexion une mise en abyme étourdissante. Un hommage surtout, d’après son auteur, à la maison Vitra, qui réédite les classiques du design (le tabouret est signé Alvar Aalto) et offre chaque année des exemplaires de sa production à Garouste pour la vente aux enchères qui finance La Source, l’association qu’il a créée pour venir en aide aux enfants en difficulté.
Peinture sur oie
Zeugma, c’est aussi un dérivé du grec zeugnunai, qui signifie « mettre sous le joug », « atteler », mais aussi « unir », « joindre », et désigne par extension le pont, celui d’un bateau qui en joint les deux flancs, comme celui qui relie les deux berges d’un fleuve. Ou celui qui relie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Dans son nouvel album, « Dirty Computer », l’artiste américaine défend les droits des femmes et une liberté sans borne en rendant hommage à son mentor
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Janelle Monae revient à la musique, plus libre que jamais

Dans son nouvel album, « Dirty Computer », l’artiste américaine défend les droits des femmes et une liberté sans borne en rendant hommage à son mentor



Le Monde
 |    27.04.2018 à 17h46
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 11h23
    |

                            Stéphanie Binet








                        



   


La chanteuse et actrice Janelle Monae n’avait pas enregistré de disque depuis cinq ans. Dirty Computer, sorti vendredi 27 avril, a déjà été mis en orbite grâce à quatre singles publiés en amont : « Django Jane », un manifeste afro-féministe terriblement efficace, « Make Me Feel », digne héritier du Kiss de Prince, qui en reprend la ligne guitare emblématique, le pop « Pynk », avec son synthé très Radio Ga Ga de Queen, et le slow « I Like That ».

Les dix autres titres qui viennent s’ajouter à ces hits sont tout aussi ambitieux, entre funk « princier » et hip-hop raffiné. Mais depuis son précédent album, Electric Lady, la jeune femme originaire du Kansas s’est imposée dans d’autres univers que celui de la musique. En politique, d’abord, en montant au créneau face aux violences policières aux Etats Unis. Au cinéma, surtout : elle s’est illustrée en femme de dealeur, un rôle magistral dans l’oscarisé Moonlight, de Barry Jenkins, ou comme employée de la NASA dans Les Figures de l’ombre, de Theodore Melfi.

Dirty Computer est d’ailleurs un disque, mais aussi un moyen-métrage de 44 minutes que Janelle Monae a diffusé sur les chaînes américaines BET et MTV, la veille de la sortie de son album. Il raconte l’histoire d’une jeune femme nommée Jane 57821, habitante d’un monde totalitaire dans un « futur très proche » où les citoyens sont considérés comme des ordinateurs. Le scénario, bouclé avec de grosses ficelles, reprend bon nombre des thèmes abordés dans les chansons de Janelle Monáe – dont la lutte pour les droits des femmes et l’envie d’en finir avec les discriminations et la politique protectionniste de Trump.
Pour ce faire, la musicienne a arrêté de se cacher derrière son personnage d’androïde, Cindi Mayweather, ou derrière l’icône queer qu’elle était devenue, décrite comme « la quintessence de la reine dandy » par Shantrelle P. Lewis dans son livre de photographies Dandy Lion. The Black Dandy and Street Style (Aperture, 2017). La chanteuse se montre ainsi dans toute sa féminité, nue dans un bain dans le clip « I Like That » ou vêtue d’une tenue évocatrice dans celui de « Pynk » (les jambes en frou-frou frou de son pantalon rose y forment, sans subtilité aucune, les lèvres d’un sexe féminin).

Côté musique et références – dans le livret du CD, chaque chanson est accompagnée d’une note dans laquelle l’auteure et cocompositrice cite ses sources d’inspiration –, elle fait en revanche preuve de plus de finesse que pour son relooking. Pour le morceau « Dirty Computer », elle invite Brian Wilson des Beach Boys aux chœurs, ce qui donne au titre un parfum délicieusement vintage. Le manifeste libertaire « Crazy, Classic, Life », certainement le plus réussi de ce disque, a été inspiré, selon ses notes, par « les thés aux champignons hallucinogènes du Mexique » et par l’universitaire britannique Mary Beard, qui est remontée, dans son livre Women & Power, aux racines de la misogynie jusque dans la Rome antique. Janelle Monae y chante son amour de la liberté et clame : « Je ne suis pas le cauchemar de l’Amérique, je suis son rêve. »
« Take a Byte », soutenu par le groove inimitable du bassiste Thundercat, serait, lui, une ode aux icônes fictives : Eve dans le jardin d’Eden, Bilquis, la reine de Saba, dans la série télé American Gods (diffusée en France sur Amazon Première) ou Shéhérazade dans Les Contes des mille et une nuits. Et la chanteuse de prévenir : « Je ne suis pas le genre de fille qu’on présente à sa mère. » A écouter « I Got the Juice », avec Pharrell Williams, et de « Screwed » en duo avec Zoé Kravitz, où plane l’influence de son mentor Prince, on pourrait pourtant l’imaginer en copine idéale.
Dirty Computer, 1CD Warner



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Notre choix du soir. Le réalisateur Macdara Vallely célèbre le génie des profondeurs de son compatriote irlandais (sur Histoire à 20 h 40).
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TV – « John Philip Holland, inventeur du sous-marin »

Notre choix du soir. Le réalisateur Macdara Vallely célèbre le génie des profondeurs de son compatriote irlandais (sur Histoire à 20 h 40).



Le Monde
 |    27.04.2018 à 17h45
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur Histoire à 20 h 40

   


Réalisateur et scénariste irlandais, Macdara Vallely rend, à travers ce documentaire mêlant documents d’archives du début du XXe siècle et scènes reconstituées, un hommage à son compatriote John Philip Holland : le génial inventeur du sous-marin dont la notoriété est demeurée toute relative. Même si la puissante marine de guerre américaine lui voue une éternelle reconnaissance.
Rien pourtant ne semblait annoncerun tel destin chez cet ingénieur pugnace, passionné de technologie, né en 1841 sur la côte ouest de l’Irlande. Gamin, il montait à bord de la petite embarcation de son père, garde-côte, qu’il accompagnait lors de ses tournées. « Et s’il existait un monde sous-marin ? », se serait interrogé le petit Holland en scrutant les eaux glacées.
Cagnotte révolutionnaire
Autodidacte, formé chez les frères chrétiens, le jeune homme est recalé à son brevet de navigation en raison de sa myopie. Professeur de sciences dans une école religieuse de Cork, il ne cesse de rêver à une embarcation capable d’aller sous l’eau. En 1873, il quitte l’enseignement pour rejoindre l’un de ses frères en Amérique. Un accident lui fait passer trois mois à l’hôpital, le temps pour lui de peaufiner ses croquis et ses études.
En 1874, il se voit proposer un poste d’enseignant à Paterson (New Jersey), capitale de l’industrie ferroviaire américaine. Là, il se lie d’amitié avec les ­Fenians, des indépendantistes irlandais qui ont fait des Etats-Unis leur base arrière en vue de frapper l’Angleterre honnie. Grâce à une cagnotte révolutionnaire, John Philip Holland se voit confier des fonds pour mener à bien ses recherches sur une nouvelle arme de guerre sous-marine. A l’époque, cela relève de la science-fiction, mais il y croit. Tout comme les Fenians, qui rêvent de couler des bateaux britanniques au large des côtes américaines.
Après plusieurs tentatives infructueuses, le rêve devient réalité : le 6 juin 1878, le Holland-1 (cinq mètres de long sur un mètre de large) est le premier d’une série de sous-marins dessinés par l’in­génieur. Après de multiples amé­liorations apportées au blindage ou au centre de gravité fixe, le ­Fenian-Ram (« bélier Fenian »), doté d’un canon d’attaque à air comprimé et de trois places à bord, est lancé en 1881. Lorsqu’il teste son invention dans le port de New York, la foule est dense et la presse inquiète : « On suppose que l’engin submer­sible doit servir à attaquer des ­bateaux britanniques », peut-on lire dans un article.
La Navy pour client
La suite des aventures est une incroyable lutte entre révolutionnaires irlandais, espions britan­niques et profiteurs de guerre. ­Ravis de montrer de quoi est capable le génie irlandais, les Fenians ne se cachent plus. Mais l’efficacité des espions britanniques et des problèmes d’argent vont mettre un terme aux relations entre Holland et les Fenians.
Quelques années plus tard, marié et employé comme dessinateurindustriel, il remporte un concours organisé par l’US Navy. Des investisseurs le soutiennent, lui offrent argent, ouvriers, chantier. Les affaires décollent et Holland donne à l’US Navy ses premiers sous-marins, dépeints par les journa­listes comme « une arme de guerre terrifiante ». Ironie de l’histoire, le modèle Holland-6 sera, au début du XXe siècle, vendu à plusieurs flottes de guerre étrangères… dont la Royal Navy britannique !
John Philip Holland, inventeur du sous-marin, de Macdara Vallely (Irlande, 2017, 50 min).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/04/28/19-20">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ A voir aussi ce soir. Dante Desarthe tire un récit malicieux, poétique et légèrement suranné de la nouvelle de Marcel Aymé (sur Arte à 20 h 55).
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

TV – Denis Podalydès, espiègle passe-muraille

A voir aussi ce soir. Dante Desarthe tire un récit malicieux, poétique et légèrement suranné de la nouvelle de Marcel Aymé (sur Arte à 20 h 55).



Le Monde
 |    27.04.2018 à 17h30
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                            Camille Langlade








                        


Téléfilm sur Arte à 20 h 55

A 46 ans, Emile Dutilleul respire la banalité. Son quotidien, insipide, est rythmé par les nuisances sonores de ses voisins, l’agitation des ­touristes – il habite à Montmartre – et son travail dans une compagnie d’assurances. Une vie monotone ponctuée par des visites à sa mère, atteinte d’Alzheimer, et à son ex-femme, qui s’évertue à l’inscrire sur des sites de rencontres. Une nuit, pourtant, Emile se découvre le pouvoir de traverser les murs. Il quitte alors son costume de quidam chétif pour venir émailler la « une » des journaux.
Adapté de la nouvelle éponyme de Marcel Aymé (1941), Le Passe-muraille de Dante Desarthe se ­situe dans un Paris contemporain et coloré, dans lequel ce personnage de Français moyen désabusé détonne et apporte une touche de grisaille. Le pouvoir d’Emile va l’emmener sur des terrains ­inexplorés. Tandis qu’il tombe amoureux d’Ariane, interprétée par la lumineuse Marie Dompnier, le quadragénaire se laisse ­aller à quelques élans d’impertinence. Devenu une sorte de ­super-antihéros, il dévalise ­mu­sées et banques à sa guise.
Mise en scène intelligente
Campé par un Denis Podalydès jubilatoire, ce M. Tout-le Monde parvient peu à peu à se détacher de ses apparats mélancoliques pour laisser entrevoir une personnalité plus espiègle. « Tu es un cirque à toi tout seul », ­finira même par lui souffler ­son ­amou­reuse. Le Passe-muraille se fait l’allégorie décalée d’une ­société où l’uniformité et la rentabilité sont de mise. Desarthe signe un récit malicieux, drôle et poétique, quoique légèrement suranné. Dans cet univers un tantinet ­absurde, difficile de ne pas songer à Jean-Pierre Jeunet et son Fabuleux Destin d’Amélie Poulain.
A l’heure du numérique, Emile Dutilleul tient un journal intime vidéo, sur un smartphone dont il ne se sert qu’à de (très) rares occasions. Grâce à un jeu de caméra astucieux et à une mise en scène intelligente, Desarthe ­semble lui aussi s’amuser à traverser les cadres. Il porte un ­regard tendre sur son personnage, touchant dans sa médiocrité. Loin d’être banal, Le Passe-muraille est une savoureuse fable moderne, saupoudrée d’une pointe d’ironie, dont on se délecte bien volontiers.
Le Passe-muraille, de Dante Desarthe, d’après une nouvelle de Marcel Aymé. Avec Denis Podalydès, Marie Dompnier, Claude Perron, Maryvonne Schiltz (Fr., 2016, 95 min).



                            


                        

                        

