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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Rapport d’étonnement. De nouvelles imprimantes 3D utilisant du béton peuvent construire des habitations plus rapidement et pour un coût moindre qu’avec des méthodes traditionnelles.
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Imprimer des maisons pour lutter contre le mal-logement

Rapport d’étonnement. De nouvelles imprimantes 3D utilisant du béton peuvent construire des habitations plus rapidement et pour un coût moindre qu’avec des méthodes traditionnelles.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 12h30
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
C’est une petite maison en béton d’un étage d’environ 55 mètres carrés – deux chambres, cuisine, salle de bains. Un toit pour une famille. Elle a été dévoilée le 12 mars à Austin, Texas, par l’ONG américaine New Story, qui se démène pour offrir un logement décent aux mal-logés. Une habitation toute simple et pourtant exceptionnelle : elle a été imprimée en moins de vingt-quatre heures, pour un coût de 4 000 dollars (moins de 3 300 euros), par une imprimante 3D utilisant du béton liquide. Avec ce procédé, New Story pourrait construire en cent jours, au Salvador ou en Haïti, un village abritant cent familles – ce qui, avec les méthodes de construction traditionnelles les moins chères, prendrait huit mois et coûterait 6 500 dollars (5 300 euros) par unité.
Pour réaliser ce prototype, New Story s’est appuyée sur une start-up de makers américains qui se consacre « à la révolution de la construction des maisons », Icon. Ce sont eux qui ont conçu l’imposante imprimante 3D capable de fabriquer l’habitation. Le cahier des charges de l’ONG était strict : Icon devait créer un logiciel permettant aux habitants de personnaliser leur maison. Aucun matériel coûteux et extérieur aux pays ciblés ne devait entrer dans la composition du béton. L’imprimante devait être légère et aisément transportable sur des routes cabossées, et fonctionner avec un générateur électrique.
Le pari a été tenu. L’imprimante, appelée Vulcan, devrait être bientôt transportée au Salvador pour construire cinquante logis – une main-d’œuvre locale ajoutera les toitures, les portes et les fenêtres, l’installation électrique et les sanitaires. « Tout le monde mérite une maison saine, abordable et sûre », professe New Story, rappelant que, d’après un rapport du World Ressources Institute sur le logement urbain publié en juillet 2017, 330 millions de familles, soit 1,2 milliard de personnes, vivent dans des habitats précaires et des bidonvilles. Toute maison en dur est bienvenue.
Matériaux...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ C’est parce que « L’Iliade » et « L’Odyssée » provoquent toujours un choc radical qu’elles suscitent des créations fascinantes au théâtre, en art ou en littérature, explique, dans une tribune au « Monde », l’helléniste Pierre Judet de La Combe.
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Pourquoi Homère reste d’une brûlante actualité

C’est parce que « L’Iliade » et « L’Odyssée » provoquent toujours un choc radical qu’elles suscitent des créations fascinantes au théâtre, en art ou en littérature, explique, dans une tribune au « Monde », l’helléniste Pierre Judet de La Combe.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 12h30
   





                        



                                


                            
Par Pierre Judet de La Combe
Tribune. Homère est en train de vivre une aventure qu’il n’avait sans doute pas prévue, s’il a existé. Son nom émerge un peu partout, sur la couverture de magazines, dans des séries d’ouvrages grand public qui inondent les kiosques, dans des bandes dessinées, des émissions de radio, des spectacles de théâtre, des œuvres d’art, des romans, et non des moindres. D’un seul coup, il a pris une actualité intense, multiple.
Mais à cette effervescence autour de son nom, autour de ce premier et plus grand poète de l’Occident comme on aime à le dire, répond l’extrême réserve des spécialistes qui, la plupart, gardent leur froideur et font la moue. Aucun helléniste, ou presque, ne croit à l’existence d’Homère : il serait un mythe, une fiction, une invention tardive. L’Homère qu’on célèbre tant serait un vide. Il n’y aurait donc pas de quoi fouetter un chat. Homère serait, au mieux, une énigme historique à laisser aux savants.
Conformisme attristant
Comment comprendre cet abîme entre l’enthousiasme actuel et l’incrédulité sourcilleuse de beaucoup d’hellénistes ? N’y a-t-il dans cette envie d’Homère qu’une envie irraisonnée de plaisir, de confort culturel, que la science se doit de réprimander ? Sans doute pas. Cette vague nous dit beaucoup, je crois, sur un besoin bien défini de poésie et sur l’œuvre d’Homère. Elle devrait inciter les spécialistes à ouvrir les yeux sur la valeur du trésor qu’ils ont dans les mains.
Il y a certes une part de conformisme attristant dans ce déferlement quand est ressassée dans la presse (pas toute, heureusement) l’idée qu’Homère serait un maître incomparable de sagesse et d’humanité : il aurait déjà tout dit, il apprendrait aux mortels à se contenter de leur destin où qu’il est mieux d’avoir un chez-soi et sa famille, comme Ulysse, ou encore qu’il faut se prémunir contre l’hubris féroce d’un Achille et ne pas aller trop loin dans la violence, comme on le lit...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ La précarité de l’emploi n’est pas la condition de la flexibilité de l’entreprise. Au contraire, assure dans une tribune au « Monde », Quentin Guilluy, fondateur d’une start-up et fils d’agent du service public.
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Réforme de la SNCF : « Le statut est la meilleure réponse à Amazon ou à Uber »

La précarité de l’emploi n’est pas la condition de la flexibilité de l’entreprise. Au contraire, assure dans une tribune au « Monde », Quentin Guilluy, fondateur d’une start-up et fils d’agent du service public.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 11h55
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 12h23
    |

Quentin Guilluy (Directeur général de la plate-forme d’optimisation des ressources humaines Andjaro)







                        



                                


                            

Tribune. Amusante, cette fronde anti-SNCF ces derniers jours. Amusante également, cette fronde anti-gouvernement. Amusantes en fait, car rien n’est justifié. Tout cela n’est que l’illustration d’une dualité de pensée stérile. A ma gauche, donc, le cheminot qui veut défendre la sécurité de son emploi et son départ précoce à la retraite. A ma droite, le patronat et le gouvernement accusés de vouloir précariser l’emploi. Image caricaturale des deux parties.
Je suis un « millennial », j’ai 28 ans et certaines choses m’échappent. Par exemple, on me dit que les statuts empêchent les entreprises d’avancer. Que le fonctionnaire est bien trop protégé. Que le cheminot est un privilégié. On nous dit même que le contrat à durée indéterminé est bientôt mort, car beaucoup trop rigide ! A mon âge, nous sommes censés bénir l’ubérisation et la précarité de l’emploi, plus conforme à l’instabilité censée nous caractériser.
Des collaborateur plus mobiles
Fils d’agent EDF, j’ai pourtant bien du mal à y adhérer. Regardez la SNCF : quelle ironie que de reprocher à des conducteurs de train leur manque de flexibilité ! N’est-ce pas un peu vite oublier qu’ils dorment loin de chez eux deux fois par semaine ?
Ne nous trompons pas de débat !
70 % des embauches en France se font en contrats à durée déterminée de moins d’un mois. Et nous voulons restreindre le contrat à durée indéterminée (CDI), qui serait protégé ? Mais l’enjeu n’est pas dans le statut ! Je crois simplement pour ma part qu’on se trompe de combat des deux côtés !

Soyons clairs : l’économie est en pleine transformation, comme seule la révolution industrielle nous a secoués par le passé. Toutes les entreprises devront bientôt innover, puis renouveler leurs compétences. Mais quel est le lien avec le CDI ou le fonctionnariat ? Un CDI empêche-t-il d’être mobile ? Non. Etre fonctionnaire empêche-t- il d’être formé ? Non. Un statut empêche-t-il de se renouveler ? Pas...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Le rail ne peut plus être un mode de transport rentable face à l’évolution des modes concurrents, explique l’économiste Stéphane Madaule dans une tribune au « Monde ».
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Réforme de la SNCF : « Il est de moins en moins sûr que le transport par rail soit rentable dans le futur »

Le rail ne peut plus être un mode de transport rentable face à l’évolution des modes concurrents, explique l’économiste Stéphane Madaule dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    28.04.2018 à 11h43
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 12h13
    |

Stéphane Madaule (Economiste)







                        



                                


                            

Tribune. Nous sommes en pleine grève des cheminots et l’on a bien du mal à se faire une idée sur l’état réel de l’entreprise SNCF et la pertinence des arguments avancés par les uns et les autres.
Tout d’abord, quand les cheminots en grève ne représentent que 30 % à 35 % de l’effectif de la SNCF, ils arrivent à bloquer pratiquement l’ensemble des trains. Mais la SNCF, ce ne sont pas que des trains que l’on fait rouler sur un réseau ferré : ce sont également de nombreuses filiales qui travaillent sur la route avec une flotte de poids lourds et de cars. Faut-il soutenir une entreprise qui investit de plus en plus… dans le transport routier ?
Sur le plan financier, les éléments livrés au public ne sont pas clairs non plus. La SNCF affiche des bénéfices en 2017 (1,3 milliard d’euros) avec un trafic passager en hausse. Mais elle n’a jamais reçu autant de subventions : 7 milliards d’euros par an de l’Etat et des collectivités locales pour la SNCF, plus 5 milliards par an pour SNCF Réseau, 3,3 milliards par an pour le régime de retraite des cheminots.
Sans cet appui massif, sans rattachement à la sphère publique, le transport par rail souffrirait de profonds déficits. Le bénéfice affiché par la SNCF masque en réalité une activité ferroviaire fortement déficitaire, comme c’est le cas aujourd’hui dans la plupart des pays développés.

Dans le futur, le transport par rail peut-il être rentable ? C’est de moins en moins sûr à mesure que les autres modes se transforment ou se créent. L’avantage comparatif du rail est sa capacité à transporter sur une petite distance des flux massifs d’usagers qui vont travailler quotidiennement, comme le métro. C’est un mode propre, particulièrement adapté aux grandes agglomérations où il faut connecter des banlieues à un centre qui concentre les emplois. C’est aussi un mode compétitif sur des distances de moins de trois heures où l’avion ne peut pas s’aligner.
C’est...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ En l’absence d’un projet national assumé, d’autres types de loyauté – ethnique, religieuse ou politique – peuvent remettre en question la capacité de l’Etat à commander le sacrifice des citoyens lorsque survient l’affrontement militaire, analyse dans sa chronique l’économiste Paul Seabright.
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« Qu’est-ce qui conduit les soldats à se battre pour leur pays ? »

En l’absence d’un projet national assumé, d’autres types de loyauté – ethnique, religieuse ou politique – peuvent remettre en question la capacité de l’Etat à commander le sacrifice des citoyens lorsque survient l’affrontement militaire, analyse dans sa chronique l’économiste Paul Seabright.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 11h30
    |

                            Paul Seabright (Economiste, professeur à l'Institut d'études avancées de Toulouse)








                        



                                


                            

Recherches. Qu’est-ce qui conduit les soldats à se battre pour leur pays ? Il serait tentant de faire appel à des sentiments de solidarité, présents depuis l’aube des temps en raison de leur contribution à la survie des communautés.
Même si cette explication a une part de vérité, il reste difficile de comprendre pourquoi nos sentiments de solidarité peuvent nous conduire à nous sacrifier pour une collectivité aussi grande et abstraite que l’Etat-nation, qui n’existe que depuis quelques centaines d’années.
La montée de l’Etat-providence, depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, a suivi de peu l’arrivée de la guerre de masse, où de grandes armées composées d’une proportion importante de citoyens s’affrontaient dans les plaines d’Europe.
L’Etat-providence
Certains y voient une relation assumée, issue de la conscience des leadeurs politiques que leur capacité à mobiliser de fortes armées ne pouvait s’appuyer uniquement sur des obligations, comme par le passé : les Etats modernes devaient désormais créer, par l’Etat-providence, un sentiment de partage des fruits de la modernisation entre leurs populations. Mais est-on certain que ce sentiment ait conduit à l’effet escompté ? L’Etat-providence a-t-il vraiment augmenté la volonté des citoyens à se battre pour leur pays ?
Un document de travail du Centre for Economic Policy Research (CEPR) donne un début de réponse en examinant l’expérience du New Deal, aux Etats-Unis, dans les années 1930 (« From Welfare to Warfare : New Deal Spending and Patriotism During World War Two », Bruno Caprettini, Fabio Schmidt-Fischbach et Hans-Joachim Voth, CEPR Discussion Papers n° 12807).

A partir de 1933, les dépenses de l’Etat pour aider la population en détresse après la crise de 1929 ont considérablement augmenté, à commencer par les subventions aux agriculteurs, puis, deux ans plus tard, aux chômeurs, aux personnes âgées et aux mères isolées. Les auteurs...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ La théorie des modèles monopolistiques démontre que l’ouverture du seul transport à la concurrence n’aura pas les effets espérés par le gouvernement car le rail est un monopole naturel, observe dans une tribune au « Monde » l’économiste Louis de Mesnard.
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Réforme de la SNCF : « La mise en concurrence du transport de voyageurs est largement illusoire dans l’activité ferroviaire »

La théorie des modèles monopolistiques démontre que l’ouverture du seul transport à la concurrence n’aura pas les effets espérés par le gouvernement car le rail est un monopole naturel, observe dans une tribune au « Monde » l’économiste Louis de Mesnard.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 11h18
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 12h10
    |

Louis de Mesnard (Professeur d’économie à l’université de Bourgogne)







                        



                                


                            

Tribune. La discussion sur la mise en concurrence de la SNCF s’inscrit dans le débat plus général sur les monopoles. Mais il est en réalité faussé car la SNCF est une entreprise de réseau, qui a donc des spécificités économiques par rapport à tout autre monopole. La SNCF inclut en effet deux stades productifs, les rails (SNCF Réseau) et les trains (SNCF Mobilités).
Ces deux stades sont successifs, SNCF Mobilités utilisant le « service » fourni par SNCF Réseau. Avec la SNCF proprement dite, qui chapeaute l’ensemble, ils forment trois établissements publics à caractère industriel et commercial (Epic). Il y a ainsi intégration verticale. Qu’implique cette caractéristique en termes d’analyse d’économie industrielle ?
Le modèle dit des monopoles successifs ou de la double marginalisation, qu’on doit au grand économiste américain Abba Lerner (1903-1982) qui en 1934 indiquait que, si plusieurs firmes sont des monopoles successifs – c’est-à-dire que l’une vend un bien ou un service à l’autre – et que si ce bien ou service est un « input » complémentaire – c’est-à-dire que le monopole aval achète ce bien ou service au monopole amont dans des proportions fixes –, alors le prix final payé par le consommateur est plus élevé que si une seule firme verticalement intégrée – un unique monopole – existait.
Seule l’intégration permet d’éviter ce surprix. Ce phénomène existe pour l’électricité et le gaz, mais il fonctionne aussi quand il y a seulement un pouvoir partiel de monopole comme dans les filières de la viande, du bois, voire dans la grande distribution.

Ici, comme SNCF Mobilités ne peut éviter d’acheter le service « rails » à SNCF Réseau, et le fait en proportions fixes (pour un même parcours, chaque train roule une fois sur les rails, ni plus ni moins), on entre a priori dans le cadre du modèle de Lerner, et le prix du billet devrait être plus élevé que si on avait une seule firme unifiée. Sauf que SNCF Réseau et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le juriste Nicolas Delmas rappelle que l’Europe est un bouc émissaire facile des choix de politique nationale.
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« L’Europe ne demande nullement la privatisation de la SNCF »

Dans une tribune au « Monde », le juriste Nicolas Delmas rappelle que l’Europe est un bouc émissaire facile des choix de politique nationale.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 11h05
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 12h18
    |

Nicolas Delmas (Juriste, spécialiste du droit européen)







                        



                                


                            

Tribune. Ceci pourrait tout avoir de la fable moderne, tant les caricatures ont la vie dure pour représenter chacune des composantes ici présentes. La SNCF, monument national en péril, serait mise en pièce par les réglementations européennes, qui voudraient affaiblir l’entreprise afin de favoriser ses futurs concurrents.
Déjà, il convient de rappeler que l’Europe est un bouc émissaire facile des choix de politique nationale. A titre d’exemple, c’est au nom des mêmes règles européennes qu’on a scindé la SNCF (l’opérateur des trains) de Réseau ferré de France (opérateur des rails), avant de les réunir à nouveau sein d’une seule et même entité avec deux pôles, SNCF Mobilités et SNCF Réseau. Clarté et lisibilité ont été les deux fois invoquées pour aller dans deux sens diamétralement opposés…
En réalité, le cas de la SNCF est symptomatique des débats autour de la politique de la concurrence, vilain petit canard de l’opinion publique. Au terme « concurrence », on associe trop souvent l’adjectif « déloyale », véhiculant l’idée de dumping social et de recherche du profit. Or, une autre politique de concurrence existe, loin de certaines croyances.
Les services d’intérêt général
Déjà, il convient de rappeler que la politique de concurrence européenne ne peut s’appliquer ni aux affaires strictement sociales (par exemple la Sécurité sociale, etc.), ni aux activités régaliennes (la police, l’armée, etc.). En effet, la Cour de justice européenne les a expressément exclues.
Surtout, la politique de concurrence doit être articulée avec le bon fonctionnement des services d’intérêt général, y compris ceux qui ont un objet économique. Ce terme de « service d’intérêt général économique » recoupe des terminologies nationales comme le service public de l’énergie ou des transports.
Si les entreprises en charge de ces services sont soumises aux règles de la concurrence, c’est seulement « dans les limites où...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans une tribune au « Monde », les universitaires Jean Finez et Laurent Quessette proposent un « nouveau récit ferroviaire », pour revisiter les sujets de la dette et de l’inefficacité à l’aune des politiques de solidarité sociale et environnementale.
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« C’est considérer la SNCF uniquement comme un objet économique qui fait dérailler le train »

Dans une tribune au « Monde », les universitaires Jean Finez et Laurent Quessette proposent un « nouveau récit ferroviaire », pour revisiter les sujets de la dette et de l’inefficacité à l’aune des politiques de solidarité sociale et environnementale.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 11h02
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 12h07
    |

Jean Finez (Sociologue, maître de conférences à l’université Grenoble-Alpes) et Laurent Quessette (Docteur en droit, chargé d’enseignement, Le Mans...







                        



                                


                            

Tribune. Contrairement à ce que l’on lit parfois dans la presse, la dette ferroviaire n’a pas toujours existé. Jusqu’au début des années 1970, avant le tournant commercial de la SNCF, l’équilibre des comptes de l’entreprise était assuré par une dotation annuelle votée par le Parlement au nom des services publics rendus à la nation et à ses citoyens.
Durant les décennies d’après-guerre, les investissements publics étaient conséquents, justifiés par l’utilité économique et sociale des chemins de fer. Mais, soucieux de réduire les dépenses publiques, le gouvernement Chaban-Delmas et les suivants ont incité la SNCF à se comporter « comme une vraie entreprise ». Les recettes annuelles étant inférieures aux dépenses, les déficits se sont accumulés et ont généré une dette de plusieurs dizaines de milliards d’euros.
Les orientations stratégiques de la SNCF ne sont évidemment pas dénuées de défauts, mais se focaliser sur la gestion interne de l’entreprise contribue à gommer la responsabilité de la puissance publique dans les dérives des dernières décennies. Plutôt que de contraindre la SNCF à faire des emprunts ou à se lancer dans des partenariats public-privé (PPP), l’Etat aurait pu choisir d’assumer le développement des lignes à grande vitesse par des investissements sur budgets publics.
Telle n’a pas été la stratégie des gouvernements successifs qui, pour respecter les critères de Maastricht, ont préféré déléguer le financement du secteur à la SNCF (et précédemment à Réseau ferré de France). Un tel choix a des conséquences : une étude du cabinet de conseil Degest estime que sur 100 euros d’emprunt sur les marchés financiers, seuls 41 euros servent à financer le réseau ferré, 59 euros disparaissant dans l’intermédiation financière ! Quant au projet de transformation de la SNCF en société anonyme, il augmenterait notablement le niveau des taux d’emprunt.
Un fondement oublié : le solidarisme
Le rapport Spinetta,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Editorial. Si la rencontre historique des deux dirigeants coréens et la promesse d’un traité de paix constituent un motif d’espoir, cela ne peut pas effacer une impression de déjà-vu.
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Corées : la longue route du rapprochement

Editorial. Si la rencontre historique des deux dirigeants coréens et la promesse d’un traité de paix constituent un motif d’espoir, cela ne peut pas effacer une impression de déjà-vu.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 10h39
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 10h48
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Signe des temps, l’image historique des deux dirigeants coréens, celui du Sud et celui du Nord, franchissant main dans la main, dans un sens puis dans l’autre, la frontière qui sépare leurs pays à Panmunjom a instantanément fait le tour du monde et enfiévré les réseaux sociaux, vendredi 27 avril. Ce monde fracturé et tourmenté a désespérément besoin de bonnes nouvelles : la rencontre entre Kim Jong-un et Moon Jae-in, sa bonhomie soigneusement chorégraphiée, sa minute inattendue avec l’invitation du numéro un nord-coréen au président sud-coréen à faire un pas au Nord, puis leur engagement à conclure un traité de paix et à dénucléariser la péninsule constituent, incontestablement, des motifs d’espoir.
Cet espoir dépasse la péninsule coréenne, où la tension entre les deux pays était à son comble il y a quelques mois encore. Un conflit armé entre les deux Corées aurait en effet immédiatement des conséquences désastreuses sur les Etats-Unis, la Chine, le Japon, et l’Asie en général. Quant au risque de prolifération nucléaire, il concerne la planète tout entière.

        Lire aussi :
         

                Au sommet de Panmunjom, les deux Corées ont repris leur destin en main



Mais s’il faut évidemment applaudir à ces bonnes nouvelles, il ne faut pas non plus verser dans la naïveté. La mise en scène et le renouvellement des hommes au sommet de l’un et l’autre pays ne peut pas effacer complètement une impression de déjà-vu. Ce n’est pas, en effet, le premier sommet intercoréen : en 2007, Kim Jong-il, le père de Kim Jong-un, avait déjà rencontré le président Roh Moon-hyun. Il était déjà question de gel de programme nucléaire et de traité de paix, qui sont restés lettre morte, tout comme les promesses faites lors d’un précédent sommet, en 2000.
« Dénucléarisation complète »
Pourquoi cette fois-ci serait-elle la bonne ? L’entrée des Etats-Unis dans le jeu, avec la promesse d’un sommet offerte par le président Trump au dictateur nord-coréen, qu’il menaçait, il y a quelques mois, de pulvériser en le traitant de « Little Rocketman », a sans doute poussé Kim Jong-un à de meilleurs sentiments. Ayant mené à bien son programme nucléaire, celui-ci peut ­dorénavant négocier en position de force. Autre facteur possible : l’effet des sanctions pèse de plus en plus sur l’économie nord-coréenne.
Mais diplomates et analystes, après avoir épluché la déclaration commune de Panmunjom, restent sur leur faim sur plusieurs points. S’il y est fait état de « dénucléarisation complète », aucune définition de ladite « dénucléarisation » n’est apportée, ce qui ouvre la porte à de multiples interprétations. Rien n’est dit sur les mécanismes de vérification du supposé démantèlement, mécanismes essentiels aux yeux des Etats-Unis. Aucun calendrier ne vient non plus encadrer les prochaines étapes de ce rapprochement. Comme le dit l’adage, en diplomatie, le diable est dans les détails ; cette déclaration, pour prometteuse qu’elle soit, est particulièrement pauvre en détails.
Peut-être, finalement, la révélation la plus intéressante de cette étonnante rencontre est-elle l’aveu glissé par le dictateur nord-coréen à son interlocuteur du Sud, qui lui confiait son rêve de visiter un site légendaire pour tous les Coréens dans la partie Nord de la péninsule : « Ce sera embar­rassant, lui aurait répondu Kim. La route pour y aller est très mauvaise. » Oui, le régime de Pyongyang a besoin d’aide. Mais la route à emprunter pour transformer les louables intentions de ce sommet en réalisations concrètes risque d’être, elle aussi, très chaotique.

        Lire aussi :
         

                Quand deux dirigeants coréens se rencontrent, qu’est-ce qu’ils se racontent ?






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Dans sa chronique, Annie Kahn, journaliste au « Monde », estime que le site de Michel Berry, fondateur de l’Ecole de Paris du management met en lumière des entreprises très innovantes mais trop méconnues.
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Innovation : « Le Jardin des entreprenants propage des initiatives très créatrices »

Dans sa chronique, Annie Kahn, journaliste au « Monde », estime que le site de Michel Berry, fondateur de l’Ecole de Paris du management met en lumière des entreprises très innovantes mais trop méconnues.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 10h09
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 10h50
    |

            Annie Kahn








                        



                                


                            

Chronique. Anne Thévenet-Abitbol est le type même de râleuse positive. Quand cette directrice de la prospective et des nouveaux concepts de Danone prend conscience d’un dysfonctionnement – ou d’une opportunité –, elle s’acharne à trouver un moyen de résoudre le problème – ou de saisir l’occasion –, trouve en général assez rapidement, se bat pour faire aboutir son projet, râle face aux multiples obstacles mis sur sa route jusqu’à ce qu’elle arrive à ses fins. Sans lâcher son objectif de vue.
En 2014, horrifiée par la montée de la xénophobie, de la peur de l’étranger, elle échafaude le plan de lancer une gamme de yaourts du monde entier, prétexte pour évoquer et mettre en valeur la diversité des coutumes et des cultures, et pour lancer un restaurant ouvert à toutes les cuisines du globe, lieu de rencontre polyglotte et multiculturel. Parce que « la peur vient de l’ignorance », explique-t-elle. Il lui aura fallu quatre ans pour passer du rêve à la réalité.
Depuis quelques jours, les « Danone du monde » sont sur les étalages, et « Atlas, la cantine du monde » a ouvert ses portes à Paris. « Il faut avoir une idée très précise, chevillée au corps, une énergie de dingo, pour ne pas flancher à la première critique », prévient-elle à destination de ceux qui, comme elle, doivent se battre pour convaincre de la pertinence de leurs idées.
Michel Berry, fondateur et directeur de l’Ecole de Paris du management, traque depuis des années ces personnalités malignes et audacieuses qui allient créativité, sens des opportunités de marché et énergie pour les saisir. Les personnes qui l’intéressent particulièrement n’ont pas le profit comme premier objectif. « Elles créent leur entreprise pour réaliser un rêve », précise-t-il.
Personnalité du monde de la recherche en management, Michel Berry, ex-directeur du centre de recherche en gestion de l’Ecole polytechnique, voit en effet défiler manageurs, dirigeants,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Un journaliste parlant en 1968 de la presse d’alors parle aussi des médias de 2018. C’est ce que montre la réédition, grâce à Edwy Plenel, d’un livre d’une plume du « Monde ».
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Jean Schwœbel, toujours révolutionnaire (comme le sont les faits)

Un journaliste parlant en 1968 de la presse d’alors parle aussi des médias de 2018. C’est ce que montre la réédition, grâce à Edwy Plenel, d’un livre d’une plume du « Monde ».



Le Monde
 |    28.04.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 10h19
    |

                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Presse, le Pouvoir et l’Argent, de Jean Schwœbel, préface de Paul Ricœur, avant-propos d’Edwy Plenel, Seuil, « La librairie du XXIe siècle », 368 p., 23 €.

Il faut veiller sur les livres tombés un peu trop vite dans l’oubli. Même quand le marché de l’édition les a depuis longtemps poussés vers la sortie, ils peuvent continuer d’étonner et de revendiquer une place dans la vie des idées. La Presse, le Pouvoir et l’Argent, de Jean Schwœbel, est de ceux-là. Initialement paru au printemps 1968 avec une préface de Paul Ricœur, le livre –­ et son auteur, un grand journaliste de la rubrique diplomatique du Monde, auteur d’études sur les luttes de puissance de l’après-guerre – parut sans doute trop sage pour se frayer un chemin sur les barricades.
Il faut dire que la concurrence était rude. Les deux grands succès éditoriaux de ce printemps-là dans la catégorie des essais furent L’Homme unidimensionnel (Minuit), d’Herbert Marcuse (1898-1979), et le Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, de Raoul Vaneigem (Gallimard). Deux ouvrages « austères », écrivait Le Monde, mais le premier s’était déjà vendu à plus de 350 000 exemplaires en juillet, et le second était épuisé alors qu’il était sorti sans grande pompe quelques mois plus tôt.
La théorie critique mâtinée de freudisme de Marcuse et le situationnisme faisaient leur entrée dans le débat sur les médias en France, au moment même où paraissait La Presse, le Pouvoir et l’Argent. ­Concurrence déloyale évidemment : la jeunesse affichait alors sur les murs de Paris son rejet violent de la presse et de la télévision aux ordres du pouvoir bourgeois !
Les dérives mercantiles des journaux brocardées
Le livre publié par les éditions du Seuil capturait pourtant aussi un peu de l’air ambiant, brocardant les dérives mercantiles des journaux et la « presse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Analyse. La crise qui secoue la République depuis deux semaines marque la fin de la génération du Comité Karabakh. Elle est portée par le député Nikol Pachinian.
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Sortir du postsoviétisme ?

Analyse. La crise qui secoue la République depuis deux semaines marque la fin de la génération du Comité Karabakh. Elle est portée par le député Nikol Pachinian.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 08h26
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 10h43
    |

            Gaïdz Minassian








                        



                                


                            

Analyse. En 1991, l’Arménie est sortie du soviétisme, à l’image des autres Républiques de l’URSS. Près de trois décennies plus tard, la République d’Arménie est-elle en train de sortir du post-soviétisme ? A la faveur d’un mouvement de protestation sans précédent depuis la fin de la guerre froide dans la capitale, Erevan, tout semble indiquer que ce processus d’affranchissement est lancé.
Les trois présidents qui se sont succédé à la tête de cette petite république du Caucase du Sud – Levon Ter-Petrossian (1991-1998), Robert Kotcharian (1998-2008), Serge Sarkissian (2008-2018) – ont eu la même technique de gestion : démontrer qu’il n’y avait pas d’alternative à leur choix politique. Serge Sarkissian, récemment élu premier ministre, l’a reconnu, le 23 avril, dans sa lettre de démission : « Je me suis trompé », a-t-il écrit, dans un rare moment de sincérité, mettant fin à au moins dix ans d’autoritarisme et d’intimidations à l’adresse d’un peuple vivant dans la peur et la pauvreté et qui tient là sa revanche contre le régime mais aussi sur lui-même.
La crise qui secoue la République depuis deux semaines marque la fin de la génération du Comité Karabakh, fer de lance de la lutte pour l’indépendance de l’Arménie en 1988 et au pouvoir depuis 1991. Elle est portée depuis le début des manifestations, le 13 avril, par une jeune génération qui n’a jamais connu le communisme.
Cette jeunesse, incarnée par son leadeur, le député Nikol Pachinian, veut rompre avec les pratiques claniques et népotiques du pouvoir, stopper le pillage des ressources du pays aux mains de quelques puissantes familles d’oligarques et assainir l’appareil d’Etat de toute corruption endémique.
Mettre fin à l’état-parti
Les rassemblements populaires se veulent solidaires, joyeux, en rupture avec le cynisme et l’égoïsme d’un pouvoir fataliste qui s’autorisait tout sans jamais rendre le moindre compte à la population. Cette vague de protestation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Pour le politologue Hrand Mikaelian, la démission du premier ministre Serge Sarkissian, ancien président de la République (2008-2018) ne signifie pas la chute intégrale de son régime.
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Hrand Mikaelian : « L’ex-premier ministre arménien a tout fait pour dépolitiser la société »

Pour le politologue Hrand Mikaelian, la démission du premier ministre Serge Sarkissian, ancien président de la République (2008-2018) ne signifie pas la chute intégrale de son régime.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 10h40
    |

            Gaïdz Minassian








                        



                                


                            
[Petite République du Caucase du Sud, de 3 millions d’habitants, l’Arménie est secouée par une crise majeure depuis deux semaines, au cours de laquelle le premier ministre Serge Sarkissian a démissionné le 23 avril sous la pression de la rue, hostile à son maintien au pouvoir après deux mandats présidentiels (2008-2018). Le leadeur de l’opposition, Nikol Pachinian, appelle les citoyens arméniens à poursuivre la « révolution de velours » en manifestant le 1er mai, jour de l’élection du prochain premier ministre par le Parlement toujours aux mains du régime incarné désormais par le premier ministre intérimaire, Karen Karapetian. La Russie, alliée de l’Arménie dans la région, a proposé sa médiation pour régler la crise et appelé Erevan à respecter le droit.]
Hrand Mikaelian est un jeune politologue arménien issu d’une génération qui n’a jamais connu l’URSS. Il travaille à Erevan comme chercheur au Caucasus Institute.
Hormis la corruption endémique, les inégalités sociales et l’autoritarisme du président Serge Sarkissian, quelles sont les raisons sous-jacentes de la crise politique actuelle ?
Il faut souligner que la corruption, les tensions sociales et l’autoritarisme du président sortant et de son gouvernement ont très souvent été exagérés. Mais en tout cas beaucoup de gens avaient cette vision de Sarkissian et de son gouvernement. Cela dit, il y a plusieurs raisons à la crise politique en cours.
Tout d’abord, le crédit du Parti républicain d’Arménie (HHK) était très bas. Si en 2009 le niveau de confiance envers le président s’élevait à 46 %, il était descendu à 17 % en 2017 selon le Caucasus Barometer de 2009 et 2017 publié par le Caucasus Research Resource Center (CRRC).

En deuxième lieu, malgré sa faible popularité, le HHK a tout fait pour dépolitiser la société et réduire le degré d’engagement politique des citoyens. Il n’y a plus d’élection présidentielle au suffrage universel, le président...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Levon Abrahamian, professeur d’anthropologie politique à Erevan, estime que la société civile a pris son destin en main – même s’il reste des défis à surmonter.
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Les Arméniens « ne connaissent pas la peur »

Dans une tribune au « Monde », Levon Abrahamian, professeur d’anthropologie politique à Erevan, estime que la société civile a pris son destin en main – même s’il reste des défis à surmonter.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 10h35
    |

Levon Abrahamian (Professeur d'anthropologie politique et membre de l'Académie nationale des sciences de la République d'Arménie)







                        



                                


                            
Tribune. Dimanche 22 avril à Erevan, sur la place de la République noire de monde, un de mes anciens étudiants m’a demandé si nous avions une chance de gagner. Je lui ai répondu que je ne le pensais pas. Le lendemain, le premier ministre arménien, Serge Sarkissian, a démissionné. Comme moi, beaucoup de gens ont été surpris par la rapidité des événements et par les foules, de plus en plus importantes, qui ont participé aux rassemblements.

Comment des marches de protestation, lancées à l’initiative de Nikol Pachinian, député au Parlement et dirigeant du parti d’opposition Contrat civil, ont-elles pu entraîner le pays dans la situation de crise politique qu’il connaît actuellement ? Les manifestations ont commencé lorsque Serge Sarkissian, alors président de la République d’Arménie, a prétendu pourvoir à un troisième mandat, cette fois-ci en tant que premier ministre. Les manifestants ont refusé, avec le slogan « Merjir Serjin » (« Serge, dégage »).
Le mouvement est en fait dirigé contre la nouvelle Constitution, qui accorde un pouvoir absolu au premier ministre, élu par des députés appartenant en majorité au Hayastani Hanrabedagan Koussagtsoutioun (HHK, le parti républicain d’Arménie), dirigé par Serge Sarkissian lui-même. Ce nouveau texte fournit aussi un mécanisme idéal de reconduction au pouvoir, perpétuant de fait le système de parti unique de l’ère communiste.
Abondamment critiqué, le projet a tout de même été adopté par référendum en 2015, grâce à la distribution de pots-de-vin et autres manipulations habituelles du scrutin. Et c’est avec les mêmes méthodes que les élections législatives de 2017 ont donné la majorité au HHK, verrouillant ainsi l’organisme suprême du pouvoir.
La jeunesse dans la rue
Les gens se demandent pourquoi des manifestations de masse comme celles qui ont lieu actuellement n’ont pas été organisées à l’époque? dès ce moment-là. Les recherches que j’ai faites sur les mouvements...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ L’interdiction des insecticides néonicotinoïdes par la Commission européenne, vendredi, intervient beaucoup trop tard, estime dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 27/04/2018
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Néonicotinoïdes : « L’interdiction intervient alors que les dégâts sont immenses et en partie irréversibles »

L’interdiction des insecticides néonicotinoïdes par la Commission européenne, vendredi, intervient beaucoup trop tard, estime dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ».



Le Monde
 |    28.04.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 11h20
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            
Chronique. La Commission européenne a annoncé, vendredi 27 avril, que trois des principaux insecticides néonicotinoïdes (imidaclopride, clothianidine et thiaméthoxame) seraient interdits dans tous leurs usages extérieurs. Rappelons que l’introduction de ces substances en Europe, au milieu des années 1990, et leur adoption massive par le modèle agricole dominant coïncident avec l’accélération du déclin des abeilles domestiques et, surtout, avec un effondrement de l’ensemble de l’entomofaune.

Pour les défenseurs de l’environnement, cette décision est une bonne nouvelle. Mais elle signale aussi une grave catastrophe réglementaire. Car il aura fallu attendre près de vingt ans avant que les autorités européennes tiennent pleinement compte des alertes lancées par les apiculteurs et les scientifiques travaillant sur le sujet.
« Dès 1994, des apiculteurs français signalaient des troubles graves de leurs colonies d’abeilles, allant jusqu’à leur mortalité, rappelle l’apidologue Gérard Arnold, directeur de recherche émérite au CNRS et l’un des premiers chercheurs à avoir expertisé la question. Ces troubles apparaissaient principalement au début de la floraison des tournesols, qui fournissaient à cette époque aux colonies d’abeilles une abondante quantité de nectar et de pollen. Après enquête sur le terrain pour en comprendre les raisons, les apiculteurs avaient constaté qu’un nouvel insecticide de la famille des néonicotinoïdes, l’imidaclopride, était utilisé pour le traitement préventif de cette culture. » Grande innovation : le toxique n’était pas pulvérisé, mais enrobait les graines de la plante qui, au cours de sa croissance, s’en imprégnait.
La boîte à outils des cigarettiers
Après les premières alertes des apiculteurs, il fallut attendre sept ans pour que le ministre de l’agriculture de l’époque, Jean Glavany, décide de la formation d’un groupe d’une vingtaine d’experts – le Comité scientifique et technique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ A quelques semaines de la fin de son mandat, le vice-président du Conseil d’Etat décrit les évolutions qui ont marqué ses douze ans à la tête de l’institution
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Article sélectionné dans La Matinale du 27/04/2018
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Jean-Marc Sauvé : « Nous vivons dans une société plurielle, souvent divisée, voire fracturée »

A quelques semaines de la fin de son mandat, le vice-président du Conseil d’Etat décrit les évolutions qui ont marqué ses douze ans à la tête de l’institution



Le Monde
 |    28.04.2018 à 06h44
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 13h56
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            Jean-Baptiste Jacquin








                        



                                


                            

Jean-Marc Sauvé sera resté douze ans à la tête du Conseil d’Etat. Le 28 mai, jour de son soixante-neuvième anniversaire, il quittera cette institution à la fois conseiller du gouvernement dans l’élaboration des lois et décrets et juge administratif suprême. Il livre dans un entretien au Monde son bilan et surtout son analyse de l’évolution de la société et des risques sur le dispositif européen de protection des droits de l’homme.
Le Conseil d’Etat est aujourd’hui plus sollicité sur des sujets de société, comme la fin de vie ou la gestation pour autrui, qu’à votre arrivée en 2006. Est-ce en raison d’une défaillance du législateur ou du corps médical ?
Jean-Marc Sauvé : Non. Il est vrai qu’il n’était pas imaginable, il y a vingt ans, que nous puissions être saisis de telles questions. Mais nous vivons dans une société de plus en plus plurielle, souvent divisée, voire fracturée. Les consensus de naguère, notamment sur la fin de vie, se sont désagrégés. Les différentes autorités, médicales ou morales, ne sont plus révérées comme autrefois. Les progrès de la médecine ouvrent aussi des possibilités, comme les techniques d’assistance médicale à la procréation.
Le législateur est intervenu, comme il devait le faire, en édictant des principes directeurs. Il faut ensuite les appliquer à des situations toujours singulières. Or, des conflits surgissent au sein des familles ou entre elles et le corps médical. Chaque année, des milliers de situations problématiques sont résolues par le dialogue. De façon exceptionnelle, le juge est amené à arbitrer ces conflits.
Constatez-vous avec l’accroissement du contentieux lié à la laïcité une montée des tensions dans la société française ?
Les contentieux liés au principe de laïcité avaient fortement décru pendant l’entre-deux-guerres et quasiment disparu depuis le milieu du XXe siècle, pendant quarante ans. Ils ont ressurgi...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans le troisième livre qu’il consacre aux décisions aberrantes, ce sociologue de l’organisation, qui a travaillé aux ressources humaines chez Renault, dénonce les dangers des règles trop complexes. Le remède ? Accorder la priorité aux compétences
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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Christian Morel, ou la raison par l’absurde

Dans le troisième livre qu’il consacre aux décisions aberrantes, ce sociologue de l’organisation, qui a travaillé aux ressources humaines chez Renault, dénonce les dangers des règles trop complexes. Le remède ? Accorder la priorité aux compétences



Le Monde
 |    28.04.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 10h31
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            Frédéric Lemaître








                        



                                


                            

Si, dans votre souvenir, le Costa-Concordia s’est échoué au large des côtes italiennes en 2012 parce que le capitaine contait fleurette au lieu de surveiller les récifs ; si, intuitivement, vous pensez qu’il vaut mieux qu’un pilote de chasse ne boive aucune goutte d’alcool ; si l’interdiction des œufs frais dans les maisons de retraite vous rassure ; si, plus globalement, vous pensez que toute faute doit être sanctionnée, la lecture du nouvel ouvrage de Christian Morel s’impose. Son titre : Les Décisions absurdes III.
Oui, il s’agit bien d’un troisième volume. Car la déclinaison des livres de ce sociologue évoque davantage une série télévisée que des essais scientifiques. Après Les Décisions absurdes, paru en 2002 (27 700 exemplaires vendus, plus 41 000 en poche) et Les Décisions absurdes II en 2012 (11 900 exemplaires vendus plus 9 800 en poche), voici donc la saison 3, sous-titrée L’Enfer des règles, les pièges relationnels (272 pages, 20 euros) – tous publiés chez Gallimard, dans la « Bibliothèque des sciences humaines ».
« A la suite du deuxième volume, j’avais le sentiment de n’avoir pas assez travaillé sur l’inflation normative. Cet enfer des règles qui émanent des pouvoirs publics mais aussi des organisations privées. Surtout, le deuxième volume m’a ouvert de nombreuses portes et j’ai eu envie de compléter en travaillant sur les pièges relationnels, l’importance de la convivialité, sous-estimée dans les organisations, ainsi que sur la notion de culture juste », explique Christian Morel.
Un goût pour la recherche
Longtemps cadre chargé des ressources humaines chez Renault, cet ancien élève des sociologues Henri Mendras et Raymond ­Boudon à Sciences Po avait gardé un goût pour la recherche. En 1981, il offre déjà, avec La Grève froide (Editions d’Organisation), une grille de lecture originale de la négociation sociale. En 1993, il démontre, dans Gérer et comprendre,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Depuis 1988, Arméniens et Azerbaïdjanais sont en conflit à propos de la province du Haut-Karabakh. Dans une tribune au « Monde », l’éditorialiste Hagop Badalian estime que, pour l’instant, le mouvement de contestation ne compromet pas la sécurité de l’Arménie.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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« Le mouvement de contestation en Arménie n’a pas déstabilisé l’équilibre politique avec l’Azerbaïdjan »

Depuis 1988, Arméniens et Azerbaïdjanais sont en conflit à propos de la province du Haut-Karabakh. Dans une tribune au « Monde », l’éditorialiste Hagop Badalian estime que, pour l’instant, le mouvement de contestation ne compromet pas la sécurité de l’Arménie.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 11h10
    |

Hagop Badalian (Editorialiste au journal d'opposition "Lragir" ("Quotidien") à Erevan)







                        



                                


                            

Tribune. En Arménie, la ligne rouge n’a pas été franchie. Mais l’Azerbaïdjan franchira-t-il la ligne de démarcation ? En Arménie, depuis le 13 avril, tout au long du mouvement #Im Kayle (ma démarche), initié par Nikol Pachinian contre le gouvernement de Serge Sarkissian et favorable à un changement de pouvoir, une question circule dans toutes les têtes : le conflit du Haut-Karabakh, province arménienne rattachée à l’Azerbaïdjan en 1921 et théâtre d’une guerre entre Arméniens et Azerbaïdjanais (1990-1994) – dont le règlement de paix est placé sous l’égide du Groupe de Minsk de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) coprésidé par la France, les Etats-Unis et la Russie – va-t-il dégénérer ?
Cette question guette l’ensemble des acteurs depuis le début de la crise à Erevan. Les autorités l’ont instrumentalisée dans le but de manipuler l’opinion publique et de maîtriser les foules sous prétexte que les tensions internes risquaient de favoriser une agression de la part de l’Azerbaïdjan susceptible de profiter des tensions actuelles en Arménie.
Le mouvement s’est abstenu de jeter de l’huile sur les secteurs stratégiques du pays, sur la politique étrangère et sur les relations internationales
Dans le Caucase du Sud plus qu’ailleurs, la frontière entre la manipulation et le réel danger est mince. Car, l’adversaire armé jusqu’aux dents est juste de l’autre côté de la frontière de l’Arménie et du Haut-Karabakh (« République d’Artsakh ») et n’hésite pas à exprimer par la voix de son président Ilham Aliev sa volonté de régler le conflit par le recours à la force sans cacher ses intentions de poursuivre l’offensive jusqu’à Erevan.
La question ne traduit pas seulement une inquiétude arménienne, car une éventuelle agression peut donner lieu à une escalade militaire régionale, le Caucase étant, eu égard à sa position géostratégique, un maillon sensible pour la sécurité internationale.
Une certaine...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Richard Giragosian, directeur d’un think tank indépendant à Erevan, explique dans une tribune au « Monde » qu’à aucun moment la géopolitique n’est entrée en jeu, même si Moscou cherche un moyen de conserver la main.
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Arménie : « Une transition politique sans volte-face stratégique »

Richard Giragosian, directeur d’un think tank indépendant à Erevan, explique dans une tribune au « Monde » qu’à aucun moment la géopolitique n’est entrée en jeu, même si Moscou cherche un moyen de conserver la main.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 16h08
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Richard Giragosian (directeur du Regional Studies Center (RSC), un think tank indépendant basé à Erevan, en Arménie)







                        



                                


                            

Tribune. En Arménie, des dizaines de milliers de manifestants pacifiques ont réussi l’exploit de contraindre le leadeur du pays à quitter le pouvoir. Au terme d’à peine onze jours de protestations, la démission de Serge Sarkissian est aussi significative que soudaine.
La situation actuelle en Arménie est exceptionnelle à maints égards. Tout d’abord, c’est l’un des rares pays au monde où le peuple a réussi à prendre le pouvoir, et ce après des manifestations non violentes. Après deux mandats passés à la présidence (2008-2018) puis quelques jours en tant que premier ministre, Serge Sarkissian ne semblait pas près de quitter le devant de la scène si rapidement ni si facilement.
Saluons d’ailleurs le fait qu’il s’est abstenu de recourir à la force pour rester au pouvoir. Il se pourrait cependant que cet exploit ne constitue que la partie la plus facile de la transition. Aujourd’hui, le pays doit d’urgence forger un consensus, trouver des compromis et mettre en place un nouveau gouvernement.

Lors de cette « révolution de velours », à aucun moment la géopolitique n’est entrée en jeu. Ce point est particulièrement notable étant donné la dualité de l’alliance stratégique avec la Russie et la permissivité inhabituelle de celle-ci. Tandis qu’aucun dirigeant de l’opposition ni aucun membre du gouvernement n’ont essayé de faire jouer la géopolitique internationale, il est fort étonnant qu’un chef loyal et soumis d’un petit pays fermement ancré dans l’orbite russe n’ait pas été défendu par Moscou et n’ait pas tenté d’appeler la Russie à la rescousse.
L’Arménie est dépendante du gaz naturel russe
Contrairement à ce qui s’est passé en Ukraine ou en Géorgie, en Arménie, la transition politique ne repose pas sur une volte-face stratégique. Si, jusqu’à présent, les manifestations ont suivi un agenda local plutôt que géopolitique, il ne fait nul doute que des considérations d’ordre stratégiques exerceront une influence sur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ La loi protégeait les personnes soit de la surveillance du pouvoir, soit de la curiosité de leurs concitoyens. L’arrivée des réseaux sociaux a changé la donne, selon l’historien Antoine Lilti.
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Métamorphoses de la vie privée, du XIXe siècle à Facebook

La loi protégeait les personnes soit de la surveillance du pouvoir, soit de la curiosité de leurs concitoyens. L’arrivée des réseaux sociaux a changé la donne, selon l’historien Antoine Lilti.



Le Monde
 |    28.04.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
28.04.2018 à 14h13
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                            Antoine Lilti (Historien)








                        



                                


                            
Mark Zuckerberg ne semblait pas très à l’aise, le 10 avril, devant les sénateurs américains. Le jeune milliardaire, fondateur et PDG de Facebook, devait répondre aux reproches croissants que suscite la plate-forme. La principale inquiétude concerne la confidentialité des données personnelles des utilisateurs. Le scandale suscité par la société Cambridge Analytica a servi de détonateur.
Sous le couvert de la recherche scientifique, cette officine a utilisé les données de 87 millions d’utilisateurs, majoritairement américains, au service de la campagne présidentielle de Donald Trump. Alors que certains vantaient, naguère, le rôle des réseaux sociaux dans les révolutions arabes ou la victoire d’Obama, voici que le plus célèbre d’entre eux se voit accuser de saper les fondements de la démocratie.
Liberté ou dignité
La protection de la vie privée apparaît comme un droit fondamental dans nos démocraties libérales. Pourtant, son histoire est relativement récente, comme l’a montré l’historien du droit Jean-Louis Halpérin. En France, elle n’est entrée dans le code civil qu’avec la loi de 1970, qui reconnaît que « chacun a droit au respect de sa vie privée ».
Auparavant, ce sont les lois sur la presse qui avaient, au XIXe siècle, posé quelques jalons, en permettant la lutte contre la diffamation et la protection des célébrités. Aux Etats-Unis, le « right to privacy » (« droit à la vie privée ») a été théorisé par deux juristes, Samuel Warren et Louis Brandeis, en 1890, mais il n’a vraiment été reconnu par la jurisprudence que dans les années 1960, et d’abord comme un droit constitutionnel fondé sur le 4e amendement (qui interdit les perquisitions et les saisies non motivées).
Dès lors, certains historiens opposent deux traditions. L’une, américaine, défendrait la vie privée des citoyens contre l’intrusion de l’Etat ; l’autre, française, protégerait la réputation et l’honneur des personnes contre l’indiscrétion...




                        

                        

