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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Une publication abondamment partagée sur les réseaux sociaux affirme qu’il aurait dormi dans un sac de couchage devant l’établissement. Il n’en est rien.
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Non, Arnold Schwarzenegger n’a pas dormi dans la rue après avoir été rejeté d’un hôtel

Une publication abondamment partagée sur les réseaux sociaux affirme qu’il aurait dormi dans un sac de couchage devant l’établissement. Il n’en est rien.



Le Monde
 |    27.04.2018 à 09h47
 • Mis à jour le
27.04.2018 à 09h50
    |

            Anne-Sophie Faivre Le Cadre








                        


Après avoir connu la gloire et le pouvoir, le héros de Terminator en serait-il à dormir dans la rue ? C’est en tout cas ce que laisse à penser une publication Facebook datée du 16 avril et partagée près de trente mille fois, ainsi que des vidéos publiées sur Youtube.

   


Le texte accompagnant la photographie ci-dessus avance que cette dernière prouverait la déchéance de l’acteur américain. « Quand il était gouverneur de Californie, ils ont inauguré un hôtel avec sa statue. Le personnel de l’hôtel a dit à Arnold : “Vous pouvez venir n’importe quand parce que vous avez une chambre réservée pour vous” », avance la page Facebook ghanéenne French Events Officiel. Cette dernière affirme que l’acteur se serait vu refuser une chambre dans cet hôtel, n’étant plus à l’acmé de sa popularité. « Quand j’étais dans une position importante, ils me complimentaient toujours, et quand je ne suis plus dans cette position, ils m’ont oublié et n’ont pas tenu leur promesse », conclut la publication, en rappelant que « rien ne dure éternellement ».
POURQUOI C’EST FAUX
La photo existe bel et bien, et n’a pas été truquée : elle est issue du compte Instagram officiel de l’acteur. Le 15 janvier 2016, Arnold Schwarzenegger posait dans un sac de couchage sous une statue le représentant. « Comme les temps ont changé », indiquait la légende.

   


Il s’agit très nettement d’une « plaisanterie » – comme de multiples publications l’ont souligné à l’époque. Le post Instagram ne fait nulle mention de l’éviction d’un hôtel, ou de la déchéance supposée de l’acteur américain. La statue d’Arnold Schwarzenegger se situe à Columbus, dans l’Ohio. Comme l’on peut le constater sur Google Maps, elle a été édifiée à l’extérieur du centre des conventions de la ville, bâtiment que l’on peut observer en arrière-plan sur la photographie — et qui n’a rien d’un hôtel.

   


Interviewé en 2015 par l’émission « Sept à Huit » à l’occasion de la promotion de Terminator Genisys, M. Schwarzenegger affirmait qu’il était bien loin de la banqueroute financière. « J’ai tout l’argent que je veux. Je ne serais même pas capable de tout dépenser », affirmait alors l’acteur. Et de conclure : « J’ai été très prudent dans mes investissements, je n’ai plus à m’inquiéter de problèmes d’argent. Je ne suis pas comme ces acteurs qui flambent. » Ni comme ceux qui dorment à la rue.

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ L’exécution de trois étudiants en cinéma, dont les corps ont été dissous à l’acide, suscite des manifestations et l’indignation de stars.
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Le cinéma mexicain sous le choc après le meurtre de trois étudiants par un cartel

L’exécution de trois étudiants en cinéma, dont les corps ont été dissous à l’acide, suscite des manifestations et l’indignation de stars.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h16
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 12h19
    |

            Frédéric Saliba (Mexico, correspondance)








                        



   


« Ciné oui, mort non ! », ont scandé, mardi 24 avril, plusieurs milliers de Mexicains dans les rues de Mexico (centre) et de Guadalajara (ouest), après le meurtre barbare de trois étudiants en cinéma. A l’instar du réalisateur oscarisé, Guillermo del Toro, et du célèbre acteur, Gael Garcia Bernal, le milieu du cinéma se mobilise au Mexique contre la violence record des cartels de la drogue.
Marco Avalos, 20 ans, Jesus Daniel Diaz, 20 ans, et Salomon Aceves, 25 ans, avaient disparu, le 19 mars, au retour d’un tournage près de Guadalajara, capitale de l’Etat de Jalisco, dans le cadre de leurs études à l’Université de médias audiovisuels (CAAV). Lundi, le parquet local a révélé que huit membres du Cartel Jalisco Nueva Generacion (CJNG) ont pris, à tort, les trois étudiants pour des narcotrafiquants rivaux.
Les tueurs les ont enlevés sur une route près de leur lieu de tournage, puis les ont torturés et tués, avant de dissoudre leurs corps dans des citernes d’acide. L’un des deux suspects arrêtés est un rappeur de 20 ans, surnommé QBA, qui a reconnu avoir touché 3 000 pesos (130 euros) pour cette macabre besogne.
Selon l’enquête, les victimes étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Les trois étudiants avaient filmé durant deux jours un court-métrage dans une demeure appartenant à la tante de l’un d’eux. Leur seule erreur : avoir ignoré que la bâtisse avait servi de planque au Cartel Nueva Plaza, concurrent du CJNG. La tante, elle, est soupçonnée d’être liée à cette organisation criminelle, née d’une scission au sein du CJNG.
« Le pourquoi est impensable, le comment est terrifiant », s’est ému Guillermo del Toro, réalisateur mexicain
« Que ce cauchemar cesse ! », a réagi, lundi, Gaël Garcia Bernal sur son compte Twitter, faisant écho à l’indignation du réalisateur Alfonso Cuaron (Gravity, Oscar 2014). Le lendemain, Guillermo del Toro (La Forme de l’eau, Oscar 2018), qui vit aux Etats-Unis depuis l’enlèvement de son père, en 1997, tweetait : « Les mots manquent pour comprendre cette folie. (…) Le pourquoi est impensable, le comment est terrifiant. » Quant à l’acteur et producteur, Diego Luna, il a exprimé sa « rage » sur la Toile en signant son Tweet « #NoSonTresSomosTodos » (Ils ne sont pas que trois, c’est nous tous).
Un hashtag repris, mardi, sur les banderoles brandies par les manifestants, à Mexico et à Guadalajara, qui ont réclamé la fin des violences. Selon les autorités, 7 667 homicides ont été perpétrés au premier trimestre, soit une hausse de près de 20 % par rapport à la même période en 2017 dans un pays qui compte plus de 34 000 disparus, dont un tiers a moins de 24 ans.
Dans la foulée, des professionnels du cinéma, des professeurs et des organisateurs de festivals ont exigé des « conditions de sécurité pour filmer en extérieur ». Le milieu est déjà en deuil depuis le meurtre, en septembre, d’un assistant de production de la série Narcos, diffusée sur Netflix, lors d’un repérage dans l’Etat de Mexico.

        Lire aussi :
         

                Le Mexique a connu son année la plus meurtrière en vingt ans



En face, le procureur, Alfonso Navarrete, a promis l’arrestation de six autres suspects en cavale. Deux mois avant le scrutin présidentiel du 1er juillet, les cinq candidats lui ont emboîté le pas pour condamner le crime et exiger justice, alors que l’insécurité est la première préoccupation des électeurs. Les étudiants de la CAAV et les proches de disparus appellent à une nouvelle manifestation, jeudi, à Guadalajara.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Comcast, propriétaire de NBC, a fait une contre-offre, mercredi, sur le premier bouquet satellite d’Europe, créé par le magnat Rupert Murdoch, s’opposant ainsi à Disney.
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Télévision : bataille de géants américains pour acheter le britannique Sky

Comcast, propriétaire de NBC, a fait une contre-offre, mercredi, sur le premier bouquet satellite d’Europe, créé par le magnat Rupert Murdoch, s’opposant ainsi à Disney.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 10h50
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 12h17
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








                        



                                


                            

Dans cette bataille d’ego, de milliardaires et de lutte pour la domination mondiale de la télévision, une seule certitude : le vainqueur sera américain. Comcast, le premier réseau câblé des Etats-Unis, propriétaire notamment de NBC et des studios Universal, a fait mercredi 25 avril une offre pour s’emparer de Sky, le premier bouquet satellite d’Europe, valorisant le groupe de 22 milliards de livres sterling (25,2 milliards d’euros). Il contre ainsi Disney, qui a lui-même fait en décembre 2017 une offre sur Fox, l’actuel propriétaire majoritaire de Sky.
La bataille est un jeu de billard à trois bandes, avec de nombreuses ramifications politiques et économiques. Mais à son cœur se trouve un problème simple : face à l’arrivée des plates-formes Internet de films à la demande, comme Netflix ou Amazon, les grands groupes de télévision traditionnelle se sont embarqués dans une course à la taille. En devenant toujours plus gros, ils espèrent pouvoir investir davantage dans des séries, des films ou encore des droits sportifs, pour proposer des programmes qui continuent à attirer les téléspectateurs.

Dans ce contexte, un joyau est à vendre depuis peu : Sky. Il s’agit d’une télévision à péage, créée en 1990 au Royaume-Uni par le magnat australo-américain Rupert Murdoch. Son succès s’est fait à coups de films et de football, dans un modèle similaire à celui de Canal+. Mais là où ce dernier a mal négocié le virage du Web, Sky a su innover, est devenu fournisseur d’Internet et de téléphonie mobile, et a continué à augmenter son nombre d’abonnés. Aujourd’hui, le groupe est également très présent en Allemagne et en Italie. Il est surtout très rentable : en 2017, il a dégagé un bénéfice net de 1 milliard de livres.
Situation étrange
Sky est à vendre parce que Rupert Murdoch a pris tout le monde par surprise en décembre. Lui qui a passé soixante ans à acheter journaux et télévisions à travers le monde (du Times au Wall Street Journal,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Anthony et Joe Russo mettent en scène tous les super-héros de l’éditeur de comics.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

« Avengers : Infinity War » : grand nettoyage de printemps chez Marvel

Anthony et Joe Russo mettent en scène tous les super-héros de l’éditeur de comics.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 15h56
 • Mis à jour le
27.04.2018 à 06h36
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Tel Philippulus, le prophète enveloppé dans son drap et armé de son gong (L’Etoile mystérieuse, Casterman, 1941), les spectateurs d’Avengers : Infinity War arpenteront les rues en bramant : « La fin du monde est proche. » Le monde, en l’occurrence, c’est le MCU, qui file vers l’apocalypse. Le sérieux des menaces qui pèsent sur le MCU, sa population et ses frontières, est tel que les autorités de Burbank ont pris la décision d’y consacrer deux heures et demie et quelques centaines de millions de dollars de plus. Pour savoir comment tout ça va finir, il faudra attendre le 3 mai 2019 et la sortie du prochain (et ultime) épisode d’Avengers. En attendant, il faudra se contenter du spectacle trépidant et parfois déconcertant de la prise de contrôle du MCU par un tyran génocidaire. Un divertissement idéal pour saluer l’arrivée du printemps.

        Lire l’analyse :
         

          Avengers, la géopolitique des super-héros



Oh, pardon… Le MCU, marque déposée, désigne l’univers cinématographique Marvel (en anglais, Marvel Cinematic Universe). Au lendemain du rachat par Disney de l’éditeur de comics devenu source de matière première pour blockbusters hollywoodiens, le studio a décidé de tisser les liens narratifs des sagas imaginées par Stan Lee, le fondateur de Marvel Comics, et ses acolytes, dans l’espoir de produire un tissu résistant à tous les accrocs du marché.

        Lire le décryptage :
         

          Marvel, la mine d’or de Walt Disney



Infinity War parachève cette démarche : en plus des Avengers originaux (Iron Man, Hulk, Black Widow, Captain America, Thor et les autres), le chapiteau accueille cette fois tout l’équipage des Gardiens de la galaxie, l’entière population du Wakanda (royaume de T’Challa, dit Black Panther), Spider Man et le bon docteur Strange. Ce pourrait une simple célébration de la puissance commerciale d’une multinationale, d’autant que ce produit a été confié aux frères Anthony et Joe Russo, dont les états de service (deux Captain America, bientôt un second Avengers) ont jusqu’ici révélé leur capacité à se soumettre à la culture de l’entreprise qui les emploie. C’est peut-être elle qui leur a demandé de faire de ce film le récit de la fin d’un monde, de casser les jouets élaborés au long de la dernière décennie.
Un géant un peu balourd
Sur un scénario de Christopher Markus et Stephen McFeely, sur trois continents (New York, Glasgow et le Wakanda sont durement mis à contribution) et une demi-douzaine de planètes, les frères Russo mettent en scène les efforts de Thanos pour prendre le contrôle de six pierres précieuses dont les couleurs vives ne se marient pas forcément. Qu’importe, leur contrôle assure la maîtrise de l’univers. Et Thanos sait exactement ce qu’il fera une fois devenu l’être le plus puissant de la création. Il éliminera la moitié des êtres vivants.

        Lire la critique de « Avengers, l’ère d’Ultron » :
         

          Une somme assommante de super-héros



C’est terrible, c’est affreux, et ça ne tient pas vraiment debout, comme souvent lorsque l’on fouille un peu les « grands thèmes » des franchises cinématographiques hollywoodiennes. Pourquoi la moitié, et pas le tiers ou les neuf dixièmes ? Thanos est-il l’incarnation des écologistes qui redoutent l’amenuisement des ressources, ou du grand capital qui veut ajuster le monde aux seuls besoins des puissants ? Ni l’un ni l’autre, c’est un géant un peu balourd auquel les traits de Josh Brolin, sérieusement corrigés sur ordinateur, prêtent une mélancolie qui ne manque pas de grandeur.
Face à lui, les super-héros commencent par faire assaut de private jokes, emmenés par un Robert Downey Jr. pionnier dans le développement de cet exercice depuis le premier Iron Man (c’était il y a dix ans, déjà), bientôt rejoint par Quill (Chris Pratt), le corsaire des Gardiens de la galaxie.
Quelques belles séquences de mélodrame
La rencontre entre les deux personnages produit plus d’effet comique que la totalité du second épisode des Gardiens, tout comme la projection du couple Tony Stark-Peter Parker (ce qui se dit aussi Iron Man-Spider Man ou Robert Downey Jr.-Tom Holland) dans les espaces infinis donne à leur relation de parrain à filleul une délicatesse inattendue. On trouvera même dans cette guerre sans fin quelques belles séquences de mélodrame qui réunissent et déchirent Thanos, père adoptif monstrueux, et Gamora (Zoe Saldana), capable d’arracher des larmes à une pierre malgré la complexion verdâtre de son personnage.

        Lire la critique des « Gardiens de la galaxie 2 » :
         

          Déjà la routine intersidérale



On ne peut s’empêcher de soupçonner que ces petits plaisirs ne sont là que pour générer des critiques argumentées dans les médias, des timelines sur les réseaux sociaux. L’essentiel d’Infinity War reste fidèle à son titre, une interminable succession de combats. Les super-héros usent de leurs super-pouvoirs pour tenter d’arrêter Thanos et ses séides, au prix de massacres et de destructions massives.
Peut-être s’agit-il simplement de faire table rase d’une gamme de personnages et de situations qui ont fait leur temps. Le 3 mai 2019, quand on saura si Thanos l’a vraiment emporté, Disney devrait avoir terminé son absorption de la Fox. Les derniers personnages Marvel qui échappent encore à son contrôle, X-Men et les 4 Fantastiques, seront rentrés au bercail. Il restera bien quelques villes, quelques planètes à détruire.
Film américain d’Anthony et Joe Russo avec tout le monde sauf Meryl Streep, George Clooney et Bill Murray (2 h 35, dont dix minutes de générique). Sur le Web : disney.fr/films/avengers-infinity-war et marvel.com/avengers


Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 25 avril)
Marion, film français d’HPG (à ne pas manquer)Milla, film français et portugais de Valérie Massadian (à ne pas manquer)Bottle Rocket (1996), film américain de Wes Anderson (à voir)Foxtrot, film allemand, français et israélien de Samuel Maoz (à voir)Land, film français, italien, mexicain et néerlandais de Babak Jalali (à voir)Mai 68, la belle ouvrage, documentaire français de Jean-Luc Magneron (à voir)Nobody’s Watching, film américain, argentin, brésilien, colombien, espagnol et français de Julia Solomonoff (à voir)Transit, film allemand de Christian Petzold (à voir)Amoureux de ma femme, film français de Daniel Auteuil (pourquoi pas)Avengers : Infinity War, film américain d’Anthony et Joe Russo (pourquoi pas)Ciao Ciao, film chinois et français de Song Chuan (pourquoi pas)La Route sauvage, film américain d’Andrew Haigh (pourquoi pas)La Vita possibile, film italien et français d’Ivano De Matteo (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
Le Bateau ivre, film français de Dominique PhilippeComme des garçons, film français de Julien HallardMika et Sébastian, l’aventure de la poire géante, film d’animation danois de Jorgen Lerdam, Philip Einstein Lipski et Amalie Næsby FickLes Municipaux (ces héros), film français d’Eric Carrière et Francis GinibreUne femme heureuse, film britannique de Dominic Savage





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Depuis le premier film « Iron Man », en 2008, des pierres aux pouvoirs « incroyables » se sont cachées dans les films des studios Marvel. À l’occasion de la sortie d’« Avengers : Infinity War »,  le 25 avril, retour en vidéo sur dix ans de cette quête hollywoodienne.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ 
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<filnamedate="20180427"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180427"><AAMMJJHH="2018042719">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Dans son deuxième long-métrage, Valérie Massadian filme avec poésie l’urgence sociale et le quotidien d’une mère seule, incarnée par Séverine Jonckeere.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Mille choses sur « Milla »

Dans son deuxième long-métrage, Valérie Massadian filme avec poésie l’urgence sociale et le quotidien d’une mère seule, incarnée par Séverine Jonckeere.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h35
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 08h29
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Découvrir Milla, deuxième long-métrage de Valérie Massadian, puis rencontrer sa réalisatrice plutôt méconnue dans le cinéma français, c’est emprunter un jeu de piste dont on ressort le cœur ému et les idées claires. Tant de lignes s’y croisent – biogra­phiques, esthétiques, sociales – entre la vie réelle et les personnages du film, pour former un tout cohérent. Avec son enfance dif­ficile, son regard construit auprès du styliste Jean Colonna, de la photographe Nan Goldin, et sa passion pour l’art contemporain, Valérie Massadian ne pouvait faire un autre film.

        Lire l’entretien avec Valérie Massadian :
         

          « J’ai davantage confiance dans ce que les corps disent »



Milla est un poème de plus de deux heures où l’urgence sociale est traitée avec une audace ­esthétique, sous forme de tableaux. L’histoire est simple, et on ne nous dit pas tout : Milla et Léo sont deux jeunes amants « sans toit ni loi », à peine majeurs. Ils volent de quoi manger, s’installent dans une maison inhabitée, adorent écouter le même morceau de rock – Add it up, de Ghost Dance, pour les initiés. Le rire de Milla jaillit comme un nuage de poudre et balaie les tensions. On est en bord de mer, à côté de Cherbourg. Léo trouve du travail dans la pêche tandis que le ventre de Milla s’arrondit. Mais une nuit, le bateau fait naufrage… Fin du premier volet. Seule et enceinte, Milla va faire face. D’un hôtel où elle fait le ménage au ­primeur de fruits et légumes où elle apprend à se servir d’une balance. Puis elle devient mère et s’occupe de son enfant.
Séverine Jonckeere, qui interprète Milla, a grandi de foyer en foyer et a vécu plus ou moins ce qu’elle joue à l’écran
Il y aurait mille et une façons de mener ce récit. La réalisatrice a fait des choix : l’actrice principale, Séverine Jonckeere, n’est pas une comédienne, mais une jeune femme qui a grandi de foyer en foyer et a vécu plus ou moins ce qu’elle joue à l’écran, avec son ­propre fils, Ethan ; le cadrage et la lumière sont au centre du dispositif, et non les dialogues ; enfin, la fabrication du film, une co­production franco-portugaise, s’est faite un peu en dehors du système. En plus de dessiner ­l’affiche du film, la réalisatrice a embarqué son fils et sa mère sur le tournage – Mel Massadian signe l’image et Christiane Famer a fait les repas.
Le cinéma « peut » quelque chose, estime la cinéaste, même si Milla ne verse jamais dans le film à message. En déplaçant ­Séverine Jonckeere sur le terrain du cinéma, aux côtés de l’acteur Luc Chessel (d’une magnifique sensibilité), Valérie Massadian lui accorde sa confiance, et la jeune fille prend conscience de ses capacités. Pour trouver Milla, la cinéaste a passé des annonces dans des foyers, laissé des mots dans les boulangeries… Et la blonde Séverine s’est imposée. Avec elle on est déjà dans la fiction : sa moue boudeuse, son port de tête et son regard, parfois d’une tristesse infinie, évoquent de manière saisissante Simone Signoret jeune – dans Casque d’or (1952), de Jacques Becker. La mise en scène fait le reste. Un simple drap fleuri devient un fond ­photographique devant lequel Séverine Jonckeere pose son gracieux visage de camée.
A la lisière du film muet
Milla se déploie entre fiction et documentaire, à la lisière du film muet. La cinéaste laisse parler les corps. Il y a cette scène électrisante dans un couloir de l’hôtel, où Milla pousse son chariot de ménage et semble ailleurs. La chanson des Ghost Dance qui lui rappelle Léo démarre… La caméra effectue un long travelling et finit par dé­voiler la chanteuse et le guitariste du groupe en pleine action, interprétant furieusement leur titre fétiche.
Le film a été récompensé dans de nombreux festivals, au Ficunam de Mexico notamment, où Valérie Massadian a reçu cet hiver le Prix du meilleur réalisateur des mains de Lav Diaz, le cinéaste philippin, Lion d’or à la Mostra de Venise pour The Woman Who Left (2016). Le premier long de Valérie Massadian, Nana (2012), avait, lui, reçu le Prix du meilleur premier film au Festival de Locarno. Il y était déjà question d’une mère seule avec son enfant. Au milieu des bois et des fermes isolées, Nana, 4 ans, « fait sa vie » et se débrouille face à une mère désemparée. Encore un film silencieux, seulement rempli du craquement des arbres et de babillage – un magnifique témoignage sur l’apprentissage de la ­langue. Milla est un peu la face B de Nana, ou inversement.



Film français et portugais de Valérie Massadian. Avec Séverine Jonckeere, Luc Chessel, Ethan Jonckeere, Elizabeth Cabart, Valentine Carette (2 h 08). Sur le Web : jhrfilms.com/milla

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 25 avril)
Marion, film français d’HPG (à ne pas manquer)Milla, film français et portugais de Valérie Massadian (à ne pas manquer)Bottle Rocket (1996), film américain de Wes Anderson (à voir)Foxtrot, film allemand, français et israélien de Samuel Maoz (à voir)Land, film français, italien, mexicain et néerlandais de Babak Jalali (à voir)Mai 68, la belle ouvrage, documentaire français de Jean-Luc Magneron (à voir)Nobody’s Watching, film américain, argentin, brésilien, colombien, espagnol et français de Julia Solomonoff (à voir)Transit, film allemand de Christian Petzold (à voir)Amoureux de ma femme, film français de Daniel Auteuil (pourquoi pas)Avengers : Infinity War, film américain d’Anthony et Joe Russo (pourquoi pas)Ciao Ciao, film chinois et français de Song Chuan (pourquoi pas)La Route sauvage, film américain d’Andrew Haigh (pourquoi pas)La Vita possibile, film italien et français d’Ivano De Matteo (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
Le Bateau ivre, film français de Dominique PhilippeComme des garçons, film français de Julien HallardMika et Sébastian, l’aventure de la poire géante, film d’animation danois de Jorgen Lerdam, Philip Einstein Lipski et Amalie Næsby FickLes Municipaux (ces héros), film français d’Eric Carrière et Francis GinibreUne femme heureuse, film britannique de Dominic Savage





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ La réalisatrice de « Milla » raconte son rapport au cinéma.
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Valérie Massadian : « J’ai davantage confiance dans ce que les corps disent »

La réalisatrice de « Milla » raconte son rapport au cinéma.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h34
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 07h36
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

La photographe Nan Goldin l’a immortalisée il y a une vingtaine d’années avec ses cheveux blonds, courts, et son regard bleu d’inquiétude. ­Valérie Massadian explique que « Nan » lui a redonné un corps après la naissance de son fils, en la montrant telle qu’elle était. C’est encore l’artiste américaine qui a insisté pour voir les photos et diaporamas que Valérie Massadian gardait pour elle. « Qu’est-ce que tu attends pour faire tes films ! », l’a-t-elle grondée. Elle a fini par signer son premier long-métrage en 2012, Nana. Ren­contre avec la réalisatrice de Milla, en salle le 25 avril.

Pourquoi avez-vous commencé tardivement le cinéma ?
Cela vient de loin. Je n’ai jamais aimé les études. J’habitais à la campagne, dans le Perche. Le ­matin, mon grand-père me ­faisait l’école et, l’après-midi, on construisait des cabanes. J’étais interdite de télé, mais je me ­cachais le dimanche soir pour voir le « Cinéma de minuit », sur la troisième chaîne. Un soir, mon grand-père m’a surprise et m’a dit que ce serait notre secret. A l’âge de 7 ans, j’avais arrêté de ­parler. Mon grand-père m’a ­sauvée en m’offrant un appareil photo. J’ai renoué avec le monde. Je suis arrivée à Paris à l’âge de 13 ou 14 ans, et la Ciné­mathèque ­a été mon école.
Comment êtes-vous passée de l’appareil photo à la caméra ?
J’ai fait plein de boulots. Quand j’étais enceinte, je n’avais pas d’endroit où habiter. J’ai rencontré le styliste Jean Colonna et c’est la première personne qui m’a fait entièrement confiance. Puis j’ai fait mon école avec les films des autres. J’ai vu tout ce que je n’aimais pas dans le système du cinéma. Mais Nan Goldin a été le véritable déclencheur, au début des années 2000, lorsqu’on préparait sa rétrospective TheDevil’s Playground. Elle a brisé mon complexe. Je pouvais faire du ­cinéma depuis l’endroit qui était le mien, l’instinct pur. C’est gigantesque. J’aime...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ L’acteur et réalisateur de films pornographiques HPG poursuit son travail d’introspection.
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« Marion » : mélancolie de l’homme nu moderne

L’acteur et réalisateur de films pornographiques HPG poursuit son travail d’introspection.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h33
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Les films d’HPG (acronyme pour Hervé Pierre-Gustave) ne ressemblent à rien. Il est, en effet, impossible de les faire rentrer dans de quelconques catégories existantes. Le happening, l’autofiction, la pornographie en sont des ingrédients nécessaires tout autant, et surtout, que la présence du cinéaste/comédien dans le rôle principal, celui d’un personnage qui pourrait n’être que lui-même : un acteur de films pornographiques, en couple avec un enfant. Marion continue, de façon encore plus radicale, le parcours entamé avec des titres comme On ne devrait pas exister (2005) et Fils de… (2014).
Le flamboyant et histrionique comédien spécialisé, mais aussi réalisateur et producteur de films pornographiques, a commencé un jour à réaliser, à côté d’une prolifique production alimentant à jets continus les rayons des sex-shops, des œuvres d’un curieux naturalisme intime (cela a commencé par quelques courts-métrages), prétextes à un travail d’introspection teinté d’humour.
Le sexe filmé constitue le principe même de « Marion » et définit la série de dispositifs que le film met en place
Le sexe filmé est pourtant au centre de Marion. Il en constitue le principe même et définit en fait la série de dispositifs que le film met en place. Faire l’amour devant la caméra est tout à la fois le métier, la malédiction et le plaisir d’un personnage particulièrement bavard, qui s’interroge, à perte de vue, sur sa propre existence.
Le film est une succession de tableaux sexuels, entrecoupés de moments bizarres et burlesques : l’homme court nu dans les rues derrière une jeune fille à vélo, nue aussi. Il reçoit des trombes d’eau sur la tête ainsi que des sacs-poubelle, comme s’il se faisait virer du domicile conjugal. HPG y a des rapports sexuels, consécutivement, avec quatre jeunes femmes différentes.
Chacune des séquences est très stylisée, filmée dans de violents clairs-obscurs, à cent lieues de l’exigence panoptique du cinéma pornographique, d’autant plus que les cadrages se gardent bien de laisser dans le champ ce qui est pourtant la détermination ultime du genre, soit les organes en action (en tout cas pour la version destinée aux salles de cinéma puisqu’il semblerait qu’une autre, plus corsée et plus franche aussi, aura vocation à être diffusée sur Canal+).
Dimension comique
Il y a, en premier lieu, une dimension comique qui surgit de la façon même dont les personnages font l’amour. Le désir, même simulé, est remplacé par les interrogations du personnage central, nommé Gus, qui se demande s’il pourra encore longtemps continuer son activité de « hardeur », qui s’inquiète d’un éventuel épuisement de ses capacités physiques, qui s’étonne et s’angoisse de la différence d’âge qui le sépare de ses jeunes maîtresses, mais hésite aussi entre demeurer auprès de sa femme ou la quitter.
Désormais, l’acteur porno infatigable se « prend la tête », provoquant parfois la perplexité et les quolibets de ses partenaires. Cette rupture permanente et distanciée de toute la rhétorique filmée du cinéma pornographique, dans la foulée de ses précédents opus mais avec encore plus d’intensité ici, constitue déjà le premier intérêt du film.
Mais il conviendrait sans doute, pour saisir la pertinence des questions que soulèvent ces curieux et excentriques montages de dispositifs, de se détacher du contexte pornographique pour saisir l’intuition de celui qui éprouve une forme de mélancolie provoquée par la conjugaison d’un intense vagabondage sexuel (professionnel et privé) et l’inéluctable vieillissement des êtres humains.
La rupture permanente et distanciée de la rhétorique filmée du cinéma pornographique constitue le premier intérêt du film
Cette figure du mâle, entre narcissisme démesuré et masochisme inavoué, a-t-elle jamais été triomphante et souveraine ? Dans quelle mesure l’individu, au-delà de la persona même d’HPG, peut-il vivre le sexe sans sentiments ? Dans quelle mesure ceux-ci, travestis par le confort du lien conjugal, s’accommoderaient-ils d’un plaisir sans fin ? Et cela serait-il désirable ? Il fallait peut-être un spécialiste de la performance sexuelle filmée pour poser ce genre de question. Les cocasseries d’HPG cachent peut-être la permanence d’une quête inépuisable : non pas jouir sans entraves mais entraver, même pour rire, la jouissance pour mieux l’éprouver, ou pour le moins, dans ce film, la détacher du coït.
A la fin du XIXe siècle, Etienne-Jules Marey inventait le fusil photographique (un ancêtre du cinéma) pour décomposer et rendre visible le mouvement. Un modèle marchait nu, et la succession rapide de clichés, pris en rafales, dévoilait le mécanisme à l’œuvre dans la marche à pied. HPG n’est-il pas le descendant de l’homme nu de Marey ?
Homme nu (il l’est quasiment tout le long du film) moderne, il incarne, exemplairement, le sujet d’un naturalisme entendu au sens presque scientifique du terme : saisir, pour mieux les observer, les vibrations de l’âme et du sexe pour en dévoiler leur articulation.

Film français d’HPG. Avec HPG, SLND, Eeciahaa (1 h 02). Sur le Web : www.hpgnet.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le réalisateur israélien Samuel Maoz interroge l’identité et le devenir de l’Etat juif.
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« Foxtrot » : la danse macabre des mythes fondateurs

Le réalisateur israélien Samuel Maoz interroge l’identité et le devenir de l’Etat juif.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h31
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 08h19
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Depuis sa première à Tel-Aviv, le 28 août  2017, Foxtrot est poursuivi par la vindicte de la ministre de la culture israélienne, Miri Regev. La présentation du deuxième long-métrage de Samuel Maoz à la Mostra de Venise quelques jours plus tard, sa sélection pour représenter Israël aux Oscars, sa projection en ouverture du Festival du cinéma israélien de Paris en février, chacun de ces ­épisodes a excité l’aigreur de la ministre qui s’est tour à tour affligée du Lion d’argent remporté par Foxtrot à Venise (« C’est la preuve que l’Etat ne doit pas financer des films qui peuvent être utilisés comme des armes de propagande aux mains de nos ennemis »), réjouie qu’il ne soit pas nommé à l’Oscar du film en langue étrangère, avant de demander à l’ambassade d’Israël à Paris de retirer son soutien à la manifestation qu’ouvrait le film de Maoz.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Samuel Maoz, un cinéaste sur le front en Israël



La compilation des interventions de Mme Regev pourrait avantageusement remplacer les citations de critiques de cinéma sur une colonne Morris. Elle ne s’y serait pas autrement prise si elle avait voulu démontrer que Foxtrot (dont elle convient qu’elle ne l’a jamais vu) constituait une contribution importante à la conversation nationale israélienne. De fait, Samuel Maoz a tenté de concentrer en à peine deux heures des décennies ­d’interrogations sur l’identité et le devenir de l’Etat juif. Le cinéaste le fait en déployant un ­arsenal impressionnant : dérision, distanciation, recherche formelle qui confine au maniérisme. Cette virtuosité est souvent irritante, elle est peut-être nécessaire pour tenir en respect la force de la tragédie qui menace sans cesse d’engloutir le monde absurde dans lequel se débattent les personnages de Foxtrot.
Infinie perversité
Pour parler d’eux et de ce qui leur arrive, il est à peu près impossible de ne pas dévoiler les mécanismes de ce drame en trois actes, dont les articulations sont mues par un destin qui semble tirer sa force d’une infinie perversité. Au premier acte, Michael Feldman ouvre sa porte à un groupe de jeunes gens en uniformes. Feldman (Lior Ashkenazi) est un quinquagénaire dont le physique altier se marie à merveille avec la décoration géométrique de son appartement moderne. C’est normal, il est architecte. Les jeunes gens en uniforme sont venus lui annoncer la mort de son fils Yonatan, qui sert dans les rangs de Tsahal. Daphna (Sarah Adler), la mère du jeune homme, s’évanouit et est immédiatement placée sous sédation par la fraction médicale de la petite troupe de prophètes de malheur. C’est la première d’une série de métaphores qui jalonnent ce film au point d’en briser souvent les lignes.

   


Une fois la moitié du peuple endormie, le père est pris d’une sainte rage qui le dresse contre le mutisme de Tsahal (on refuse de le laisser voir le corps de son fils, de lui révéler les circonstances de sa mort) et d’une subite allergie aux visites de condoléances. Michael Feldman file donc dans l’équivalent israélien d’un Ehpad pour annoncer la nouvelle à la grand-mère du jeune soldat, une femme atteinte de démence sénile qui prend des cours de danse de salon en compagnie d’autres patients qui portent, pour certains, un pyjama rayé. Lorsque Mme Feldman mère s’adresse à son fils, elle le fait en allemand, la seule langue dont elle a conservé la maîtrise. C’est l’une des autres obsessions dont traite le film, souvent sur le mode du sacrilège : le lien entre la naissance d’Israël et la Shoah.
Soldats désabusés
Dans la seconde partie de Foxtrot, qui montre la vie quotidienne de Yonatan dans un poste de garde perdu dans un désert boueux, ce thème se déploie en un récit picaresque et sordide, qui explique la haine que voue la mère germanophone à son fils. Là où le premier acte relevait d’un théâtre cruel et intellectuel, le volet central de Foxtrot entre de plain-pied dans le théâtre de l’absurde. Le checkpoint où sont affectés Yonatan et ses camarades ne ressemble en rien à ceux que l’on a vus ailleurs, chez Elia Suleiman ou Avi Mograbi. Les soldats sont casernés dans un conteneur qui menace de s’enfoncer dans le sol, le point de passage est bordé d’une casemate protégée par un parasol en lambeaux. De toute évidence, ce sont ces images de soldats désabusés, chargés sans grands moyens d’une mission absurde qui ont suscité la colère de la ministre de Benyamin Nétanyahou, plus encore peut-être que la séquence mettant en scène la mort d’un groupe de civils palestiniens sous les balles israéliennes – on laissera à chacun(e) le soin de qualifier l’événement : crime de guerre, bavure ou accident.
Le volet central de « Foxtrot » entre de plain-pied dans le théâtre de l’absurde
Quand il filme ces gamins en uniforme, Samuel Maoz aime les inscrire dans des cadres géométriques qui rappellent les cases de la bande dessinée à laquelle le conscrit Yonatan consacre ses heures d’ennui. On dirait presque que ce conflit est devenu abstrait, élément d’une structure à laquelle il contribue sans que personne ne prenne plus conscience de sa réalité humaine. Dans cette configuration, les Palestiniens qui, dans Foxtrot, ne sont jamais que les ­passagers d’une voiture dont on contrôle l’identité, n’ont pas d’autre rôle que de venir troubler une utopie dont on cherche en vain la pureté originelle.
Le troisième acte de Foxtrot, situé quelques mois après les deux précédents, est consacré au deuil de la famille Feldman, et, pour filer la métaphore, à celui de l’utopie sioniste. Les parents et leur fille Alma (Shira Haas) sont réunis dans l’appartement qui a perdu de sa splendeur. Ils cherchent à donner un sens à ce qui a précédé. Ces séquences à la tonalité sombre permettent à Sarah Adler de donner corps à son personnage de mère, sans parachever tout à fait l’architecture ambitieuse dont Samuel Maoz avait entrepris l’édification. Le foxtrot est une lettre de l’alphabet militaire, mais aussi – c’est le cinéaste qui le souligne – une danse qui ramène toujours les danseurs au point de départ. On pourrait presque reprocher au film homonyme de ne pas laisser ses spectateurs beaucoup plus avancés qu’ils ne l’étaient en entrant dans la salle. Samuel Maoz répondrait probablement que son propos était de mettre en scène cette immobilité gesticulante.

Film israélien de Samuel Maoz. Avec Lior Ashkenazi, Sarah Adler, Yonatan Shiray (1 h 53). Sur le Web : www.sddistribution.fr/film/foxtrot/136

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 25 avril)
Marion, film français d’HPG (à ne pas manquer)Milla, film français et portugais de Valérie Massadian (à ne pas manquer)Bottle Rocket (1996), film américain de Wes Anderson (à voir)Foxtrot, film allemand, français et israélien de Samuel Maoz (à voir)Land, film français, italien, mexicain et néerlandais de Babak Jalali (à voir)Mai 68, la belle ouvrage, documentaire français de Jean-Luc Magneron (à voir)Nobody’s Watching, film américain, argentin, brésilien, colombien, espagnol et français de Julia Solomonoff (à voir)Transit, film allemand de Christian Petzold (à voir)Amoureux de ma femme, film français de Daniel Auteuil (pourquoi pas)Avengers : Infinity War, film américain d’Anthony et Joe Russo (pourquoi pas)Ciao Ciao, film chinois et français de Song Chuan (pourquoi pas)La Route sauvage, film américain d’Andrew Haigh (pourquoi pas)La Vita possibile, film italien et français d’Ivano De Matteo (on peut éviter)
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Dans une fiction documentée, le réalisateur Babak Jalali montre un peuple humilié aux Etats-Unis.
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« Land » : un Iranien à l’heure indienne

Dans une fiction documentée, le réalisateur Babak Jalali montre un peuple humilié aux Etats-Unis.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h30
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Après The Rider, de Chloé Zhao, film américain tourné par une cinéaste d’origine chinoise dans la réserve sioux du Dakota du Sud, arrive sur nos écrans Land, film de coproduction internationale, réalisé par Babak Jalali, un Iranien vivant à Londres, inspiré par la même réserve de Pine Ridge. Tourné avec nombre d’acteurs amérindiens non professionnels, Land est une fiction documentée dont l’esthétique rappelle un peu, transposée sous le climat sableux du western originel, la distanciation impavide et l’économie narrative du cinéma du Finlandais Aki Kaurismäki.
L’affaire tient en peu de mots, de part et d’autre de la frontière entre terre indienne et gouvernement américain. Ici, Wesley, alcoolique invétéré, son frère Raymond, sobre et fier, et leur mère Mary, survivent grâce aux travaux de la ferme. Au dehors, à la frontière, un magasin d’alcool installé à dessein (il est interdit de boire à l’intérieur de la réserve) pour tirer profit de l’addiction des « Natives » à cet élixir du désespoir. Plus loin, une caserne où l’on rapatrie le cadavre de Floyd, le frère des deux autres,mort en Afghanistan, tout en refusant à la famille la prime réservée aux combattants.
Errance immobile
Ces zones, attestant du cynisme américain à l’égard de la personne et de l’histoire indiennes, sont sujettes à conflits et dérapages. Les Indiens adossés au mur de Bob’s Liquor Store demandent aux Blancs de leur payer une bière. Des rixes se produisent. L’institution militaire dénie quant à elle le statut de combattant à Floyd, au motif qu’il serait mort séparé de son unité. La différence est plus que sensible, la famille touchera douze mille dollars au lieu de cent mille. Elle refuse, de son côté, que le drapeau des Etats-Unis recouvre le cercueil du défunt. Tout n’est pas nécessairement noir dans ces interstices. L’amitié entre Wesley et Rosie, adolescente curieuse du destin des « Natives », fait chaud au cœur, à l’instar de la belle bande musicale (Townes Van Zandt, Jozef van Wissem…) qui accompagne cette errance immobile.
Drôle de film donc, qui, par sa volonté délibérée de ne jamais rien nouer et de se tenir dans les quatre coudées d’un territoire désaffecté, balayé par le vent de l’Histoire, par sa lenteur composée, son cadre fixe, son attention à la révoltante misère humaine, sa volonté farouche de mettre en valeur la dignité d’un peuple humilié, s’est mis corps et biens à l’heure indienne. Humilité rare et grand mérite.

Film français, italien, mexicain et néerlandais de Babak Jalali. Avec Rod Rondeaux, Florence Klein, Wilma Pelly (1 h 50). Sur le Web : www.bacfilms.com/distribution/fr/films/land



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Jean-Luc Magneron démontre, dans un documentaire édifiant, que l’Etat a réprimé les manifestants de façon systématique et sanglante.
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« Mai 68, la belle ouvrage » : le printemps des violences policières

Jean-Luc Magneron démontre, dans un documentaire édifiant, que l’Etat a réprimé les manifestants de façon systématique et sanglante.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h29
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Anniversaire oblige, les résurgences cinématographiques de Mai 68 fleurissent. Inédits, recyclés, cachés, retravaillés, synthétisés, restaurés, tout fait ventre. C’est de bonne politique, mais tout n’est pas nécessairement digne d’être retenu. Le meilleur film sur 68, les cinéphiles le connaissant bien, c’est une femme qui hurle qu’elle ne retournera pas travailler, cela dure neuf minutes, et cela s’appelle La Reprise du travail aux usines Wonder. On en reparlera à l’occasion de la reprise de l’également magnifique Reprise, d’Hervé Leroux, film qui part à la recherche de cette déchirante ouvrière ­devenue une sorte de mythe du cinéma militant.
Le film a été présenté à la première édition de la Quinzaine des réalisateurs, en 1969, à Cannes
En attendant, on a aimé Mai 68, la belle ouvrage, un film de Jean-Luc Magneron réalisé dans le feu des événements, présenté à la première édition de la Quinzaine des réalisateurs, en 1969, à Cannes, et qui sort toutes affaires cessantes. L’auteur est un globe-trotteur ­culturel. Il filme dans les années 1960 des cérémonies rituelles ou des enquêtes sociologiques en ­Laponie, chez les Indiens Navajo, en Haute-Guinée, au Dahomey, au Cameroun. Il s’intéresse par ailleurs autant à la poésie arabe qu’au kung-fu. Cet esprit ouvert et insatiablement curieux plonge au sein de la mêlée de 68 et en rapporte des images édifiantes, qui montrent, entre jets de grenades et barricades enflammées, la brutalité des confrontations.
Ces images forment une petite partie de la matière de son film, constitué pour l’essentiel de témoignages portant accusation, avec une précision difficilement réfutable, de l’utilisation délibérée et systématique des violences policières. Tel est le seul sujet du film de Jean-Luc Magneron, qui lui confère l’avantage, par rapport à beaucoup d’autres, d’un point de vue réellement documenté sur les événements.
Eclatant cynisme
Ouvert sur une intervention télévisuelle de Charles de Gaulle, en date du 7 juin 1968, durant laquelle le président de la République se félicite du sens de la mesure des forces de police face aux manifestants, le film est une réfutation de deux heures au terme de laquelle ce propos paraît d’un éclatant cynisme.
La litanie des témoignages – un peu répétitive, il faut le reconnaître – est néanmoins édifiante. Journalistes, médecins, étudiants, passants, résidents du Quartier latin unissent ici leurs voix pour décrire ce qui relève d’un scandale moral et d’une faillite de l’Etat de droit. Utili­sation de gaz asphyxiants, tirs de grenades à jet tendu, matraquage de gens à terre, tabassage de ­passants, cassage de gueule obligatoire par les « comités ­d’accueil » des commissariats, coups dans les parties génitales, viols de femmes, humiliations permanentes, cheveux scalpés au couteau, insultes haineuses, hom­mes ­déchaînés échappant à l’autorité des gradés, traitement spécial des étrangers… on en passe et des meilleures. Tout cela naturellement et soigneusement entretenu et couvert par l’Etat-Léviathan, parfaite incarnation de la monstruosité nécessaire, selon Thomas Hobbes, au bon ­gouvernement des peuples. A l’heure où, en France, les escadrons de CRS s’invitent de nouveau dans les enceintes universitaires pour y faire le ménage, la vision d’un tel film invite à une méditation sur l’évolution de notre société.
Documentaire français de Jean-Luc Magneron (1 h 57). Sur le Web : www.autourdu1ermai.fr/bdf_fiche-film-1069.html et www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/20831_1



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le réalisateur de « Barbara », Christian Petzold, adapte le récit d’Anna Seghers, situé en 1940.
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« Transit » : réfugiés entre deux mondes, entre deux vies

Le réalisateur de « Barbara », Christian Petzold, adapte le récit d’Anna Seghers, situé en 1940.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h28
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 08h28
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Transit repose sur un pari si audacieux qu’il confine à la folie. En adaptant le court roman d’Anna Seghers, Christian Petzold a pris une décision qui sort son film des règles établies, tout en le rendant vulnérable aux doutes et aux interrogations. Le réalisateur de Barbara s’est emparé d’un récit situé dans le passé – l’année 1940 – et, tout en en conservant le moindre détail, l’a mis en scène dans la réalité du monde d’aujourd’hui, se dispensant de l’appareillage de la reconstitution historique.
Paru en 1944, écrit en exil au Mexique par une écrivaine allemande, juive et communiste, Transit est situé à Marseille au moment de l’avance des troupes nazies en France et de l’effondrement de la IIIe République. Autour du port, les réfugiés qui avaient cru trouver asile en France tentent d’obtenir les visas qui leur permettront d’embarquer vers les Etats-Unis ou le Mexique. Georg, le personnage central, usurpe – presque sans le faire exprès – l’identité de Paul Weidel, un écrivain qui s’est suicidé à Paris, au moment de l’évacuation de la capitale par les autorités françaises. Dans les rues de Marseille, il croise sans cesse une femme qui attend son compagnon, seul capable d’obtenir les visas pour le Mexique qui les sauveront. C’est la veuve de Weidel.
En écrivant le scénario de Transit, Petzold en a conservé tous les éléments, même les plus datés : la nationalité des envahisseurs, les destinations désirées par les fuyards (le Mexique dont les autorités sympathisent avec la gauche européenne, les Etats-Unis qui ne goûtent guère le fascisme, mais encore moins les afflux migratoires), les paquebots qui les emportent.
Les passants ont des téléphones portables à la main, à Marseille, le MuCEM jouxte le fort Saint-Jean
Mais comme on l’a dit, la mise en scène refuse ce que le récit appelait : les pèlerines des agents, les téléphones manuels et les trains à vapeur. Les policiers français sont vêtus des uniformes que l’on voit ces temps-ci aux portes des universités, les passants ont des téléphones portables à la main, à Marseille, le MuCEM jouxte le fort Saint-Jean.
Il ne s’agit pourtant pas d’une uchronie et d’imaginer ce que serait le monde si l’Allemagne était encore un Etat prédateur et la France un pays qui n’a de la puissance que le nom. S’il faut trouver une raison d’être au cinéma de Christian Petzold, c’est de ­donner à penser à ses spectateurs. Ce geste, plonger une histoire vieille de trois quarts de siècle dans le bain du XXIe siècle, veut obliger à réfléchir à la condition des réfugiés.
Complicité presque organique
En brisant la perspective espace-temps, le cinéaste-scénariste ramène à la surface quelques évidences : les réfugiés de 1940, Allemands, Espagnols, auraient aujourd’hui tous droit au passeport bordeaux de l’Union européenne ; ils n’auraient pas non plus besoin de visas pour embarquer (en avion plutôt qu’en bateau). La complicité presque organique entre les forces de l’ordre et ceux qui vivent de l’infortune des réfugiés (hôteliers, entremetteurs…) se montre sous un autre jour que celui que jetterait l’appareil d’une reconstitution historique.
Reste que cette audace se fait payer autant qu’elle paie. Les distorsions entre les détails du parcours de Georg, tel qu’Anna Seghers le façonna d’après sa propre expérience, et la réalité contemporaine, numérique, transnationale sont si violentes qu’elles obscurcissent souvent le film, au point, comme ce fut le cas de la présentation de Transit à la dernière Berlinale, de dérouter nombre de spectateurs.
Franz Rogowski incarne puissamment la désorientation de son personnage
Pour contrer ces effets secondaires, Petzold a pu compter sur un formidable interprète, Franz Rogowski, qui incarne puissamment la désorientation de son personnage. Si Georg glisse si facilement dans l’imposture, c’est que son statut de réfugié l’a privé de son identité originelle. Visites au consulat du Mexique, valse-hésitation avec Marie (Paula Beer), la veuve qui se croit toujours épouse, se lisent – à travers les hésitations et les poussées de fièvre de l’acteur – aussi bien comme les actes d’un homme préoccupé de son seul salut que comme les tentatives de construire un édifice radicalement nouveau sur les décombres d’une vie ancienne.
Dans ses moments les plus forts, Transit fait passer ces spectres dans les rues d’une ville familière devenue étrange par leur seule présence, une ville-monde qui doit choisir entre devenir le cimetière de ces destins brisés ou le point d’envol de ces revenants rendus à la vie.

Film allemand de Christian Petzold. Avec Franz Rogowski, Paula Beer (1 h 41). Sur le Web : filmsdulosange.fr/fr/film/245/transit



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ L’acteur passe à la réalisation pour adapter une pièce de Florian Zeller, mais peine à captiver.
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« Amoureux de ma femme » : Daniel Auteuil titillé par le démon de midi

L’acteur passe à la réalisation pour adapter une pièce de Florian Zeller, mais peine à captiver.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h26
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Acteur incontournable du cinéma populaire ­durant quelques bonnes décennies, présence aujourd’hui encore convoitable et convoitée du cinéma français (voir le ­récent succès du Brio, d’Yvan Attal, dans lequel il campe avec verve un professeur de droit réactionnaire), Daniel Auteuil n’en a pas moins entamé depuis quelques années un sensible retrait, sinon quantitatif du moins qualitatif, sur le devant de la scène cinématographique. Tout acteur restant une bête de scène, il n’en foisonne pas moins au théâtre, et s’est même piqué, depuis 2011, de passer à la réalisation.

        Lire la critique du film « Le Brio » :
         

          Un apprivoisement mutuel par les mots



Logiquement, l’acteur revient pour ce faire à la source même de sa consécration, reprenant le ­filon ouvert par Claude Berri en 1986 avec l’éclatant succès des reprises pagnolesques Jean de ­Florette et Manon des Sources, dans lesquelles l’interprétation de l’infâme innocent Ugolin lui ouvre le cœur des Français. Il signe ainsi trois ­ « remakes » d’affilée du génial Marcel, La Fille du puisatier (2011), qui s’en sort avec les honneurs, puis en 2013, s’attaquant aux saints des saints, Marius et Fanny, qui sont deux échecs. On en était là, sans se douter que Daniel Auteuil mijotait, malgré l’amertume de l’expérience, son retour comme réalisateur.
Voici comment on se retrouve aujourd’hui devant l’improbable Amoureux de ma femme, l’acteur-réalisateur renouvelant le pari dangereux qu’un succès établi est la meilleure planche de salut pour un succès espéré. Le film est, en ­effet, l’adaptation d’une comédie théâtrale – L’Envers du décor, de Florian Zeller – mise en scène et ­interprétée par Daniel Auteuil en 2016. Le dispositif, façon Dîner de cons, est simple : deux couples face à face le temps d’un repas dans un appartement bourgeois parisien. Il y a là Daniel (Daniel Auteuil), sémillant sexagénaire, sa femme, Isabelle (Sandrine Kiberlain), qui ne le fait plus rêver, son truculent ami Patrick (Gérard ­Depardieu) et sa nouvelle et ­accorte petite amie espagnole, Emma (Adriana Ugarte), qui lui rend la moitié de son âge. Les ­attendus de cette réunion sont ­hasardeux. Patrick, qui était en couple avec la meilleure amie de la femme de Daniel, s’est logiquement éloigné du couple. Se croisant inopinément dans la rue, les deux hommes conviennent qu’il est temps de se revoir, d’autant que Patrick tient à présenter sa nouvelle amie au couple.
Archaïsme phallocratique
Peinant à convaincre sa femme de l’opportunité d’un tel dîner, Daniel la joue ultra-fine face à l’hostilité de son épouse et finit par obtenir gain de cause. Encore ne pensait-il pas particulièrement à mal. Mais l’apparition en chair et en os de la jeune bombe ibérique à la chute de reins altière et aux yeux de velours va proprement lui mettre cul par-dessus tête durant le dîner. Sur un argument aussi ténu et remâché que celui-ci, pour ne rien dire de l’archaïsme phallocratique du propos qui ne tombe pas franchement à pic, il faut reconnaître au réalisateur le mérite d’avoir tenté une échappatoire dramaturgique. Ainsi, à la simplicité carrée du dispositif original, il brode une construction narrative plus incertaine et complexe, qui donne comme réelles toutes les embardées fantasmatiques qu’inspire à Daniel la vision de sa belle voisine de table (façon, cette fois-ci, Le ­Magnifique, de Philippe de Broca).
But du jeu : finir par faire douter le spectateur, à chaque strate d’imaginaire qui s’intercale sans transition dans ce dîner, du registre où il se trouve exactement. Les insertions sont si nombreuses qu’on est de fait trompé à maintes reprises. Plus fondamentalement, toutefois, ces échappées oniriques sur le thème du démon de midi n’étant pas elles-mêmes d’une folle originalité, on se prend à s’y ennuyer aussi ferme qu’aux lignes de dialogues lourdement équivoques et aux tirades appuyées du dîner. On ne rangera donc pas ce film parmi les exemples de réussite que compte l’art délicat de la comédie sentimentale.

Film français de Daniel Auteuil. Avec Daniel Auteuil, Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte (1 h 24). Sur le Web : www.facebook.com/SonyPicturesFrance



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le premier film du cinéaste, échec commercial en 1996, sort pour la première fois en France.
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« Bottle Rocket » : aux racines texanes de Wes Anderson

Le premier film du cinéaste, échec commercial en 1996, sort pour la première fois en France.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h25
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


En France, l’histoire de Wes Anderson commence avec Rushmore, sorti fin 1999. Pour être exact, il faut situer l’origine de la trajectoire exorbitante du cinéaste cinq ans plus tôt, au Texas, avec la pro­jection au Festival de Dallas d’un court-métrage intitulé Bottle Rocket. Interprété par une fratrie alors inconnue, les Wilson (Owen, Luke et Andrew), ce bref film fit son chemin jusqu’à Sundance, où il attira l’attention d’une productrice bienveillante, Polly Platt, collaboratrice du cinéaste James L. Brooks.
Sous le haut patronage du réalisateur de Tendres Passions (et producteur des Simpson), Wes Anderson mena à bien la transmutation de son court-métrage en un premier long-métrage qui creusa comme peu de films l’ont fait le fossé entre la critique (qui souvent l’encensa) et les spectateurs (qui restèrent chez eux par millions).
Chemin parcouru de Houston au Japon
Plus de deux décennies après cette sortie américaine, glorieuse et calamiteuse, voici enfin Bottle Rocket sur les écrans français. Si l’on vient de voir le neuvième long-métrage de Wes Anderson, L’Ile aux chiens, on pourra s’amuser à mesurer le chemin parcouru de Houston, ville natale du réalisateur, au Japon, théâtre de sa dernière fantaisie.

        Lire la critique de « L’Ile aux chiens » :
         

          Résistance canine à la mise au rebut



De toute façon, on trouvera en cet essai un exemple juvénile, d’un comique tendre et maîtrisé, de cette effervescence qui a saisi le cinéma indépendant américain au tournant du siècle avec l’émergence de Paul Thomas Anderson, Spike Jonze, Darren Aronofsky…
Son premier long-métrage a, entre autres mérites, celui de proposer la genèse du petit monde que le cinéaste a bâti de film en film
On a du mal aujourd’hui à discerner les racines texanes de Wes Anderson dans la marqueterie Mitteleuropa du Grand Budapest Hotel ou l’orientalisme minutieux de L’Ile aux chiens. Son premier long-métrage a, entre autres mérites, celui de proposer la genèse du petit monde que le cinéaste a bâti de film en film.
Bottle Rocket s’ouvre sur une évasion. Anthony (Luke Wilson) séjourne dans un établissement de soins psychiatriques pour – on l’apprendra plus tard – « épuisement ». Dignan (Owen Wilson, également coscénariste) a décidé de l’aider à s’en évader, au mépris du fait qu’Anthony a été hospitalisé de son plein gré et qu’il est libre de ses mouvements. Pour ne pas contrarier celui qui est plus qu’un ami, un frère, le patient sort par la fenêtre à l’aide de draps noués, avec l’accord du médecin chef. La lumière que jette cette ouverture absurde sur les deux héros vaut tous les dialogues d’exposition. Anthony est un garçon fragile et séduisant, toujours soucieux de ménager les uns et les autres. Dignan ne vit que par un code d’honneur du hors-la-loi, sans doute hérité des grands bandits texans, qui seul peut donner à sa vie la structure rigoureuse et la dimension épique auxquelles il aspire.
Un projet millimétré
Lorsque, quelques plans après l’évasion, Dignan fait lire à Anthony un cahier calligraphié sur lequel il a détaillé son plan de vie pour les soixante-quinze années à venir – une existence faite de braquages audacieux et d’associations avec des malfaiteurs de haut vol –, on ne peut s’empêcher de penser que Wes Anderson (qui n’avait alors pas encore 30 ans) trimballait lui aussi un projet millimétré qui prévoyait aussi bien sa collaboration au long cours avec Bill Murray que sa fortune critique et publique en France.
Pour donner corps à ces chimères, les deux amis recrutent un troisième larron, cambriolent le domicile familial d’Anthony, se cachent dans un motel où ce dernier tombe irrémédiablement amoureux d’une femme de chambre paraguayenne avant de solliciter et d’obtenir le patronage d’un truand chevronné, Mr. Henry, incarné par James Caan, sous l’égide duquel ils dévalisent un entrepôt frigorifique. Au fil de séquences dont l’enchaînement semble obéir à un compromis historique entre l’horlogerie et la science des rêves, on aperçoit ou on entend quelques présages des films à venir : un portrait de Jacques-Yves Cousteau, des rangées de soldats de plomb, une chanson méconnue des Rolling Stones (2000 Man).
L’enchantement évoqué ci-dessus fut chichement partagé en 1996. La Columbia, que James L. Brooks avait convaincue de financer le film, enregistra, lors des projections tests, les réactions les plus négatives de l’histoire du studio. Et malgré quelques critiques dithyrambiques, Bottle Rocket ne rapporta qu’une fraction des 5 millions de dollars de son confortable budget. Mais Wes Anderson, comme Dignan, avait un plan, son film suivant, Rushmore, le prouva.

Film américain de Wes Anderson (1996). Avec Owen Wilson, Luke Wilson, James Caan (1 h 31). Sur le Web : www.parkcircus.fr/films/5996-bottle-rocket



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le film de Julia Solomonoff, modeste mais juste, met en scène un comédien argentin, incarné par Guillermo Pfening.
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« Nobody’s Watching » : dans le quotidien d’un acteur à New York

Le film de Julia Solomonoff, modeste mais juste, met en scène un comédien argentin, incarné par Guillermo Pfening.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h23
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Nico est fraîchement installé à New York. Il a délaissé une carrière d’acteur dans une sitcom argentine pour un projet de film dont le tournage ne devrait pas tarder à commencer. En attendant, le comédien argentin s’agite dans tous les sens : il accumule les petits boulots, reçoit de la visite, fait des rencontres d’un soir et passe des castings dans l’idée de percer aux Etats-Unis. 
Nobody’s Watching nous embarque dans le quotidien de son héros, joué par Guillermo Pfening, acteur argentin qui confère à son personnage un mélange de douceur et de détachement extrêmement précieux. Le récit s’égrène au fil de saynètes très brèves et aiguisées qui donnent le sentiment de ne se diriger nulle part. C’est précisément ce qui fait tout le charme de Nobody’s Watching : l’errance du spectateur coïncide avec celle du héros, qui passe le plus gros de ses journées à s’occuper d’un bébé qui n’est pas le sien et auquel il finira par s’attacher.
Précision des dialogues
Les journées s’égrènent, la vie passe avec ses hauts et ses bas et le scénario ne prend jamais de l’avance sur son personnage en l’enfermant trop hâtivement dans une figure caricaturale d’antihéros. Les malheurs qui s’abattent sur Nico ne le déterminent jamais et comme lui, nous sommes pris dans un mélange d’attente et d’agitation parfaitement restitué par la précision des dialogues et des scènes. Film modeste, Nobody’s Watching n’en est pas moins un film juste, dont la gestion de la durée s’apparente à une série télévisée qui tiendrait sur un unique épisode.

Film américain, argentin, brésilien, colombien, espagnol et français de Julia Solomonoff. Avec Guillermo Pfening, Elena Roger, Rafael Ferro (1 h 41). Sur le Web : www.epicentrefilms.com/Nobody-s-watching-Julia-Solomonoff



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Le réalisateur Song Chuan dresse plus largement le portrait d’une société villageoise chamboulée par l’économie de marché.
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« Ciao Ciao » : en Chine, la rencontre entre une cocotte et un vaurien

Le réalisateur Song Chuan dresse plus largement le portrait d’une société villageoise chamboulée par l’économie de marché.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h21
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Dans un petit village montagneux de la province du Yunnan, en Chine, une jeune pimbêche nommée Ciao Ciao rend visite à ses parents, des petits commerçants, mais n’attend que de retourner à Canton pour y ouvrir un commerce avec une amie. Quel genre de commerce ? Tout le monde se le demande… Sur place, elle traîne ses attitudes citadines boudeuses et hautaines, et fait la rencontre de Li Wei, le fils gredin d’un distillateur illicite, versé dans les jeux d’argent et la fréquentation des prostituées. Ciao Ciao lambine, condescend à prêter main-forte aux siens, fricote avec un jeune coiffeur, en même temps qu’avec Li Wei, guettant entre les deux celui qui lui offrira la meilleure opportunité de repartir en ville.
Ce deuxième long-métrage du chinois Song Chuan, né en 1980, pourrait se présenter comme la rencontre d’une cocotte et d’un vaurien, s’il ne dressait plus largement le portrait d’une société villageoise chamboulée par l’économie de marché. Entre une jeunesse aspirée par les grandes villes et des aînés aux mœurs corrompues, tout ce petit monde semble avoir fait place nette de ses traditions pour se vouer avec cynisme à l’appât du gain. Au milieu de tout cela, Ciao Ciao se trimballe comme un paradoxe vivant, munie de son sac à main Vuitton et de ses accessoires de mode au milieu d’une campagne imperturbable.
Tarte à la crème du cinéma d’auteur
D’un tel sujet rebattu, devenu en quelque sorte la tarte à la crème du cinéma d’auteur chinois, Song Chuan livre un traitement assez curieux, qui consiste à pousser à l’extrême la saturation des couleurs, dans des plans tableaux aux cadres très larges, réduisant souvent la figure humaine à l’état de silhouette. Il s’agit, bien sûr, d’amplifier au maximum le contraste entre la splendeur touristique des paysages, et la bassesse humaine de ce qui s’y joue : tromperies, trafics, magouilles, corruption, prostitution, utilitarisme, violence, etc.
Procédé assez scolaire qui permet au réalisateur de noircir le tableau, en montrant une société uniformément coupable, où tout le monde a quelque chose à se reprocher. Si le film ne verse heureusement pas dans la détestation de ses personnages, il n’en prend pas moins le tour d’un conte cruel à la portée critique convenue et limitée.

Film chinois et français de Song Chuan. Avec Liang Xueqin, Zhang Yu, Hong Chang, Zhou Lin, Wang Laowu, Zhou Quan (1 h 23). Sur le Web : dissidenzfilms.com/ciao-ciao



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Le film d’Andrew Haigh doit beaucoup à son acteur Charlie Plummer, étoile montante de 18 ans aux airs de jeune Leonardo DiCaprio.
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« La Route sauvage » : la magie étiolée de l’Ouest américain

Le film d’Andrew Haigh doit beaucoup à son acteur Charlie Plummer, étoile montante de 18 ans aux airs de jeune Leonardo DiCaprio.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h20
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Charley Tompson, jeune garçon de 15 ans, vit seul avec son père, un homme immature qui s’absente trop souvent. Devant subvenir à ses besoins, Charley se trouve un petit boulot chez un entraîneur de chevaux et se lie avec Lean On Pete, un pur-sang en fin de carrière. Après un événement tragique, Charley décide de s’enfuir avec Lean On Pete et part à la recherche de sa tante dont il n’a qu’un vague souvenir. Livré à lui-même, il traverse les plaines de l’Ouest en quête d’un foyer. 
Adaptation du roman de l’écrivain américain Willy Vlautin, Cheyenne en automne, et quatrième film du cinéaste anglais Andrew Haigh, le charme de La Route sauvage doit beaucoup à son acteur principal Charlie Plummer, étoile montante de 18 ans aux airs de jeune Leonardo DiCaprio, auquel le film est entièrement rivé. Et si on se laisse également séduire par la texture si cinégénique de l’Ouest américain, la magie de cette Americana contemporaine s’étiole peu à peu. Les promesses du début débouchent finalement sur un exercice de style complaisant et maniéré qui aurait gagné à être un peu plus échevelé.

Film américain d’Andrew Haigh. Avec Charlie Plummer, Steve Buscemi, Chloë Sevigny (2 h 01). Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/la-route-sauvage et www.leanonpetefilm.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 24/04/2018
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Israël, Wes Anderson et une mère seule : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 08h29
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, on se penche sur les mythes fondateurs d’Israël, sur le quotidien d’une mère seule, sur le premier film de Wes Anderson qui sort en France vingt-deux ans après son échec commercial outre-Atlantique et des images fortes de Mai 68.
TRAGÉDIE EN TROIS ACTES : « Foxtrot », de Samuel Maoz

Depuis sa première à Tel-Aviv, le 28 août 2017, Foxtrot est poursuivi par la vindicte de la ministre israélienne de la culture, Miri Regev. La présentation du deuxième long-métrage de Samuel Maoz à la Mostra de Venise quelques jours plus tard, sa sélection pour représenter Israël aux Oscars, sa projection en ouverture du Festival du cinéma israélien de Paris en février, chacun de ces épisodes a excité l’aigreur de la ministre.
La compilation des interventions de Miri Regev pourrait avantageusement remplacer les citations de critiques de cinéma sur une colonne Morris. Elle ne s’y serait pas autrement prise si elle avait voulu démontrer que Foxtrot (dont elle convient qu’elle ne l’a jamais vu) constituait une contribution importante à la conversation nationale israélienne. De fait, Samuel Maoz a tenté de concentrer en à peine deux heures des décennies d’interrogations sur l’identité et le devenir de l’Etat juif.
Le cinéaste le fait en déployant un arsenal impressionnant : dérision, distanciation, recherche formelle qui confine au maniérisme. Cette virtuosité est souvent irritante, elle est peut-être nécessaire pour tenir en respect la force de la tragédie qui menace sans cesse d’engloutir le monde absurde dans lequel se débattent les personnages de Foxtrot. Une tragédie en trois actes, dont les articulations sont mues par un destin qui semble tirer sa force d’une infinie perversité. Thomas Sotinel
« Foxtrot », film israélien de Samuel Maoz. Avec Lior Ashkenazi, Sarah Adler, Yonatan Shiray (1 h 53).
POÈME SUR L’ENFANCE : « Milla », de Valérie Massadian

Milla, deuxième long-métrage de Valérie Massadian, est un poème de plus de deux heures où l’urgence sociale est traitée avec une audace esthétique, sous forme de tableaux. L’histoire est simple : Milla et Léo sont deux jeunes amants « sans toit ni loi », à peine majeurs. Ils volent de quoi manger, s’installent dans une maison inhabitée, adorent écouter le même morceau de rock. On est en bord de mer, à côté de Cherbourg, dans la Manche. Léo trouve du travail dans la pêche tandis que le ventre de Milla s’arrondit. Mais une nuit, le bateau fait naufrage… Seule et enceinte, Milla va faire face.
Il y aurait mille et une façons de mener ce récit. La réalisatrice a fait des choix : l’actrice principale, Séverine Jonckeere, n’est pas une comédienne, mais une jeune femme qui a grandi de foyer en foyer et a vécu plus ou moins ce qu’elle joue à l’écran, avec son propre fils, Ethan ; le cadrage et la lumière sont au centre du dispositif, et non les dialogues ; enfin, la fabrication du film, une coproduction franco-portugaise, s’est faite un peu en dehors du système. Découvrir Milla, c’est emprunter un jeu de piste dont on ressort le cœur ému et les idées claires. Clarisse Fabre
« Milla », film franco-portugais de Valérie Massadian. Avec Séverine Jonckeere, Luc Chessel, Ethan Jonckeere (2 h 08).
GENÈSE TEXANE D’UNE CRÉATION : « Bottle Rocket », de Wes Anderson

Il faut situer l’origine de la trajectoire exorbitante de Wes Anderson, en 1994, au Texas, avec la projection au Festival de Dallas d’un court-métrage intitulé Bottle Rocket. Interprété par une fratrie alors inconnue, les Wilson (Owen, Luke et Andrew), ce bref film fit son chemin jusqu’à Sundance, où il attira l’attention d’une productrice bienveillante, Polly Platt, collaboratrice du cinéaste James L. Brooks.
Sous le haut patronage du réalisateur de Tendres Passions (et producteur des Simpson), Wes Anderson mena à bien la transmutation de son court-métrage en un premier long-métrage qui fut un échec calamiteux aux Etats-Unis. Plus de deux décennies après, voici enfin Bottle Rocket sur les écrans français.
Le film s’ouvre sur une évasion. Anthony (Luke Wilson) séjourne dans un établissement de soins psychiatriques pour « épuisement ». Dignan (Owen Wilson) a décidé de l’aider à s’en évader, au mépris du fait qu’Anthony a été hospitalisé de son plein gré et qu’il est libre de ses mouvements. Pour ne pas contrarier celui qui est comme un frère, le patient sort par la fenêtre à l’aide de draps noués, avec l’accord du médecin-chef. La lumière que jette cette ouverture absurde sur les deux héros vaut tous les dialogues d’exposition.
Lorsque, peu après l’évasion, Dignan fait lire à Anthony un cahier sur lequel il a détaillé son plan de vie pour les soixante-quinze années à venir, on ne peut s’empêcher de penser que Wes Anderson trimballait aussi un projet millimétré qui prévoyait aussi bien sa collaboration au long cours avec Bill Murray que sa fortune critique et publique en France. T. S.
« Bottle Rocket », film américain de Wes Anderson (1996), avec Owen Wilson, Luke Wilson, James Caan (1 h 31).
SOUS HAUTE VIOLENCE : « Mai 68, la belle ouvrage », de Jean-Luc Magneron 

Anniversaire oblige, les résurgences cinématographiques de mai 1968 fleurissent. Inédits, recyclés, cachés, retravaillés, synthétisés, restaurés, tout fait ventre. Parmi elles – qui ne sont pas toutes dignes d’être retenues – nous avons aimé Mai 68, la belle ouvrage, un film de Jean-Luc Magneron réalisé dans le feu des événements.
L’auteur est un globe-trotteur culturel. Il filme dans les années 1960 des cérémonies rituelles ou des enquêtes sociologiques en Laponie, chez les Indiens Navajos, en Haute-Guinée, au Dahomey, au Cameroun. Il s’intéresse par ailleurs tant à la poésie arabe qu’au kung-fu. Cet esprit ouvert et insatiablement curieux plonge au sein de la mêlée de Mai-68 et en ramène des images édifiantes, qui montrent, entre jets de grenades et barricades enflammées, la brutalité des confrontations.
Ces images forment une petite partie de la matière de son film, qui est constitué pour l’essentiel de témoignages portant accusation, avec une précision difficilement réfutable, de l’utilisation délibérée et systématique des violences policières. Tel est le seul sujet du film de Jean-Luc Magneron, qui lui confère l’avantage, par rapport à beaucoup d’autres, d’un point de vue réellement documenté sur les événements. Ouvert sur une intervention télévisuelle de Charles de Gaulle, en date du 7 juin 1968, dans laquelle le président de la République se félicite du sens de la mesure des forces de police face aux manifestants, le film est une réfutation de deux heures au terme de laquelle ce propos paraît d’un éclatant cynisme. Jacques Mandelbaum
« Mai 68, la belle ouvrage », documentaire français de Jean-Luc Magneron (1 h 57).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 25 avril)
Marion, film français d’HPG (à ne pas manquer)Milla, film français et portugais de Valérie Massadian (à ne pas manquer)Bottle Rocket (1996), film américain de Wes Anderson (à voir)Foxtrot, film allemand, français et israélien de Samuel Maoz (à voir)Land, film français, italien, mexicain et néerlandais de Babak Jalali (à voir)Mai 68, la belle ouvrage, documentaire français de Jean-Luc Magneron (à voir)Nobody’s Watching, film américain, argentin, brésilien, colombien, espagnol et français de Julia Solomonoff (à voir)Transit, film allemand de Christian Petzold (à voir)Amoureux de ma femme, film français de Daniel Auteuil (pourquoi pas)Avengers : Infinity War, film américain d’Anthony et Joe Russo (pourquoi pas)Ciao Ciao, film chinois et français de Song Chuan (pourquoi pas)La Route sauvage, film américain d’Andrew Haigh (pourquoi pas)La Vita possibile, film italien et français d’Ivano De Matteo (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
Le Bateau ivre, film français de Dominique PhilippeComme des garçons, film français de Julien HallardMika et Sébastian, l’aventure de la poire géante, film d’animation danois de Jorgen Lerdam, Philip Einstein Lipski et Amalie Næsby FickLes Municipaux (ces héros), film français d’Eric Carrière et Francis GinibreUne femme heureuse, film britannique de Dominic Savage





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ En 1978, la comédienne avait été enlevée par le régime nord-coréen pour améliorer la qualité des films de propagande. Elle est décédée le 16 avril, à l’âge de 91 ans
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L’actrice sud-coréenne Choi Eun-hee, ancienne otage de la Corée du Nord, est morte

En 1978, la comédienne avait été enlevée par le régime nord-coréen pour améliorer la qualité des films de propagande. Elle est décédée le 16 avril, à l’âge de 91 ans



Le Monde
 |    22.04.2018 à 16h53
 • Mis à jour le
23.04.2018 à 08h12
    |

            Harold Thibault








                        



                                


                            

L’existence de la grande star de cinéma sud-coréenne Choi Eun-hee n’avait déjà rien d’ordinaire, mais elle prit un tour encore plus singulier un jour de janvier 1978 sur la plage de Repulse Bay, à Hongkong, selon le récit que fera plus tard l’actrice, décédée lundi 16 avril.
La comédienne s’était rendue dans la colonie britannique pour rencontrer le prétendu directeur d’un studio local qui disait donner également des cours d’art dramatique et lui proposait un partenariat, peut-être aussi de réaliser une production locale. Cela faisait un moment que Choi, l’une des plus grandes célébrités du cinéma de l’après-guerre de Corée, était dans une phase de creux et son école d’art dramatique était au bord de la banqueroute. L’offre était de nature à changer la donne.
La villa du producteur, lui expliqua sa guide, était de l’autre côté de la baie. Quoique interloquée, Choi embarqua sur l’esquif à moteur vers laquelle on la dirigeait. Elle fut ainsi enlevée et transférée sur un cargo. Destination : le régime ennemi de son pays en pleine guerre froide, la Corée du Nord.
Admirée par Kim Jong-il
Là-bas, un fan de cinéma nourrissait un dessein ambitieux. Kim Jong-il avait été chargé du département d’agit-prop du régime de son père. Il avait développé une passion pour le septième art et déplorait la piètre qualité des films de propagande nord-coréens en comparaison avec les œuvres du Sud. Ce kidnapping devait contribuer à relever le niveau.
Kim Jong-il admirait beaucoup, semble-t-il, l’actrice et tenta à certaines occasions de lui remonter le moral, quoi que étant le commanditaire de son enlèvement. « J’étais au désespoir et il a tenté de me changer les idées, en disant : “Regardez-moi, Mme Choi. N’ai-je pas l’air d’un nain petit et gros ?” Je n’ai pas pu m’empêcher de rire », racontera-t-elle ensuite dans un entretien. Elle sera hébergée dans de luxueuses villas à Pyongyang et parfois maintenue dans des résidences...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Pionnier du néoréalisme latino-américain et du « Cinema Novo », il a incarné pendant six décennies les mutations du cinéma face aux défis de la modernité.
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Article sélectionné dans La Matinale du 21/04/2018
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Le cinéaste brésilien Nelson Pereira dos Santos est mort

Pionnier du néoréalisme latino-américain et du « Cinema Novo », il a incarné pendant six décennies les mutations du cinéma face aux défis de la modernité.



Le Monde
 |    22.04.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
24.04.2018 à 18h28
    |

                            Paulo A. Paranagua








                        



                                


                            

Premier réalisateur à entrer à l’Académie brésilienne, pionnier du néoréalisme latino-américain et du « Cinema Novo », Nelson Pereira dos Santos est mort à Rio de Janeiro, le samedi 21 avril, à 89 ans. Pendant six décennies, il a incarné comme nul autre Brésilien les mutations du cinéma face aux défis de la modernité et de la contemporanéité.
Nelson Pereira dos Santos était né à Sao Paulo, le 22 octobre 1928. Il était fier de ses modestes origines. Son père, « Seu Santos », était un tailleur. Du côté maternel, la famille était originaire du Veneto (Italie). Après des études de droit, il aurait dû se former au Centre expérimental de la cinématographie, à Rome. Mais il choisit plutôt Paris. Faute d’entrer à l’Idhec (Institut des hautes études cinématographiques), il fait ses classes à la Cinémathèque française. Les affinités avec la France ne se démentiront plus.
De retour au pays, il constate l’effondrement des studios Vera Cruz, à Sao Paulo, et critique le modèle industriel. Dans la presse communiste, il plaide pour une thématique brésilienne et des personnages populaires. C’est à Rio de Janeiro, alors capitale du Brésil, qu’il met en pratique ses idées : Rio 40° (1955) est la découverte d’une nouvelle géographie humaine, filmée dans les rues et les favelas (bidonvilles) comme on ne les avait jamais vues encore sur un grand écran. Le retentissement est considérable, d’autant qu’une tentative de censure en fait l’objet d’une campagne de défense menée par l’Union nationale des étudiants (UNE).
La séduction et l’enthousiasme
Nelson Pereira dos Santos réinvente le cinéma brésilien. Communistes et catholiques communiaient alors dans la même foi dans les vertus du néoréalisme, qui leur semblait l’option pour renouveler à la fois l’expression et le mode de production d’une cinématographie périphérique.
Esquissée dans Rio 40°, cette alternative revient dans le deuxième long-métrage du cinéaste, Rio Zona Norte...




                        

                        

