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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ L’architecte Mathieu Mercuriali explique, dans une tribune au « Monde », que la numérisation des transactions et des services ouvre la gestion et la construction des villes à une économie collaborative entre ses usagers.
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« La révolution numérique transforme la matière de la construction en fluide, grâce à l’alchimie de la blockchain »

L’architecte Mathieu Mercuriali explique, dans une tribune au « Monde », que la numérisation des transactions et des services ouvre la gestion et la construction des villes à une économie collaborative entre ses usagers.



Le Monde
 |    27.04.2018 à 15h13
    |

Mathieu Mercuriali (Architecte)







                        



                                


                            

Tribune. Jusqu’ici célèbre pour être le support technologique des cryptomonnaies comme le bitcoin, la « blockchain », outil décentralisé et numérisé de sécurisation des transactions, va investir tous les secteurs. Dans celui de la construction, ses applications pourraient entraîner la suppression d’intermédiaires et la redéfinition des marchés, provoquant l’apparition d’une économie collaborative dans une ville qui appartient à tous, et donc la participation de nouveaux acteurs pour la gérer. Tous les segments sont concernés, du réseau d’énergie à la gestion de location de bureaux à la demande, à travers la création de réseaux décentralisés à l’échelle mondiale.
Dans les années 1960, l’historien américain Lewis Mumford (1895-1990) décrivait notre société, verticale et hiérarchisée, comme une « mégamachine » dont les humains sont les composants et leurs dirigeants les mécaniciens.

Aujourd’hui, la « blockchain » casse ce principe pour créer un réseau où chacun contrôle une machine protéiforme grâce au « pair à pair » (peer-to-peer). Patrick Waelbroeck, professeur à Telecom ParisTech, parle de « liquéfaction du monde physique », dont l’organisation passe par les réseaux informatiques décentralisés. L’arrivée des systèmes informatiques est matérialisée par la mise en place des smart grids. Première pierre de la smart city, les smart grids sont des réseaux intelligents d’électricité qui ajustent les flux en fonction des demandes.
Une centrale virtuelle
Le projet Issygrid, par exemple, est déjà opérationnel à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) et connecte près de 100 foyers et 2 000 employés dans un groupe de partage d’énergie. La numérisation de notre environnement urbain par des smart programs est en marche : un groupe d’habitants de Brooklyn, à New York, a mis en place en 2016 un microréseau de production d’énergie entre voisins, pour limiter le recours...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ L’économiste Charles Dennery dénonce, dans une tribune au « Monde », un risque de taxation des entreprises et prône la suppression des incitations au recours aux CDD, du côté des employeurs comme des salariés.
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« A trop vouloir aider les précaires, “victimes” des contrats courts, c’est in fine la précarité que l’on a encouragée ! »

L’économiste Charles Dennery dénonce, dans une tribune au « Monde », un risque de taxation des entreprises et prône la suppression des incitations au recours aux CDD, du côté des employeurs comme des salariés.



Le Monde
 |    27.04.2018 à 14h42
    |

Charles Dennery (Doctorant à la London School of Economics)







                        



                                


                            

Tribune. De nombreux économistes proposent d’instaurer en France un mécanisme de bonus-malus sur les cotisations chômage : comme pour les accidents du travail, une entreprise qui a un mauvais historique de licenciements serait pénalisée par des cotisations chômage plus élevées. Cela l’inciterait à devenir vertueuse, en ayant moins recours aux contrats courts. Politiquement, des entreprises plus responsables seraient le juste pendant d’un emploi plus flexible…
Ce système existe aux Etats-Unis depuis le New Deal. Les cotisations chômage d’une entreprise dépendent du montant des allocations-chômage touchées par les salariés qu’elle a licenciés par le passé. Ainsi, si le salarié retrouve très vite un emploi – par exemple grâce aux efforts de reclassement de l’entreprise –, il ne sera pas un poids pour l’assurance-chômage, et l’entreprise ne sera pas pénalisée.
Mais il serait en réalité compliqué de transposer cela en France. L’emploi est flexible aux Etats-Unis, il est donc plus facile de retrouver vite du travail. La durée normale d’indemnisation est de six mois ; il est donc aisé de faire le lien entre le chômeur et l’entreprise qui l’a licencié récemment. En France, quid de quelqu’un qui perd son emploi, retrouve un emploi temporaire, puis retourne au chômage ? A quelle entreprise faut-il présenter la note ?
Les contrats courts en réalité encouragés
Surtout, ce système fonctionne aux Etats-Unis comme un grain de sable dans un marché très flexible, où il n’y a pas d’indemnité de licenciement, et peu ou pas de recours juridique du salarié. Alors qu’il y a déjà en France des incitations à ne pas licencier : indemnité de licenciement, prime de précarité, lourdeur juridique. Pour l’entreprise, c’est déjà une forme de taxe, même si elle bénéficie au salarié et non à l’Etat.
Par ailleurs, certains secteurs en France ne paient pas la prime de précarité de fin de CDD, pour les emplois saisonniers (hôtellerie-restauration,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dans sa chronique, le professeur en sciences de gestion Armand Hatchuel explique que l’innovation de rupture n’exige pas un leadeur qui impose toutes les idées du projet. En revanche, il doit avoir une grande connaissance des solutions que les savoirs constitués ou les systèmes sociaux ont rendues « naturelles ».
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Les premiers de cordée de la rupture technologique

Dans sa chronique, le professeur en sciences de gestion Armand Hatchuel explique que l’innovation de rupture n’exige pas un leadeur qui impose toutes les idées du projet. En revanche, il doit avoir une grande connaissance des solutions que les savoirs constitués ou les systèmes sociaux ont rendues « naturelles ».



Le Monde
 |    27.04.2018 à 14h15
    |

                            Armand Hatchuel (Professeur à Mines ParisTech, PSL Research University)








                        



                                


                            

Entreprises. Il y a peu, l’innovation de rupture passait pour un hasard heureux ou pour la conséquence improbable d’une découverte. Aujourd’hui, le rôle stimulant des concepts futuristes – numérisation, cœur artificiel, Hyperloop (projet de train futuriste à très grande vitesse) – est mieux compris par les entreprises et les Etats. Ainsi, la France a-t-elle plaidé récemment pour la création d’une « agence européenne pour l’innovation de rupture ».
Pour autant, quelles sont les qualités requises pour conduire l’exploration de tels concepts ? Doit-on recourir à une autorité créatrice et visionnaire, ou à un leadeur modeste et attentif aux idées de son équipe ?
« Zone de fixation » cognitive
La recherche d’Hicham Ezzat parue en novembre 2017, « Leaders for Creativity : Modeling and Experimenting Defixation-Oriented Leadership » (thèse de doctorat de Mines ParisTech, PSL Research University), combinant théorie de la conception et psychologie expérimentale, invite à quitter ces stéréotypes. Car, face à la rupture, le leadeur doit construire sa relation avec son équipe à la fois comme un processus de « défixation » (rupture avec les concepts établis) et de reconnaissance mutuelle.
Cette recherche s’est d’abord appuyée sur un résultat important de la théorie de la conception, qui fournit un bon modèle du raisonnement créatif. Face à une proposition de rupture, nous cherchons tous des solutions originales, mais une grande majorité d’entre nous reste dans une « zone de fixation » cognitive : celle des définitions habituelles des choses et des connaissances les plus accessibles et les plus assurées.
Par exemple, si on demande de trouver des solutions pour « jeter un œuf d’une hauteur de plus de 10 m sans le casser », la solution du parachute est proposée dans une très large majorité des cas. Or, il faut pour réussir explorer une zone dite « d’expansion » où des notions inédites et des connaissances...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Natanaël Wright, dirigeant d’un organisme de formation, met en garde contre le risque de diminution des droits à la formation que générera le changement du mode de calcul de ces droits, passé d’heures en euros.
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Le compte personnel de formation: « Les Français doivent retrouver le goût de se former »

Dans une tribune au « Monde », Natanaël Wright, dirigeant d’un organisme de formation, met en garde contre le risque de diminution des droits à la formation que générera le changement du mode de calcul de ces droits, passé d’heures en euros.



Le Monde
 |    27.04.2018 à 12h42
    |

Natanaël Wright (Président de l’organisme de formation de langues Wall Street English)







                        



                                


                            

Tribune. Le candidat Macron l’avait annoncé, Muriel Penicaud l’a fait : le projet de loi « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel », présenté au conseil des ministres vendredi 27 avril, entend produire un « big bang ». Cette réforme cruciale suscite autant d’attentes que d’interrogations légitimes.
L’enjeu est de taille alors que la transformation des métiers induite par la révolution numérique exige de mieux outiller les individus face à l’impérieuse nécessité d’acquérir de nouvelles compétences. Jugé inefficace par 77 % des Français, selon un sondage BVA réalisé du 12 au 13 mars 2018 pour La Tribune, le système qui organise la formation des individus doit faire sa mue.
Des zones d’ombre
Si l’ambition que se donne l’exécutif ne souffre d’aucune contestation – et c’est heureux – le texte porté par la ministre du travail comporte des zones d’ombre qu’il convient d’éclaircir, sans quoi le chemin de la transformation conduira les actifs dans une impasse dangereuse pour leur sécurité professionnelle.
Au centre de la « révolution copernicienne » qu’appelle de ses vœux le gouvernement figure la transformation du compte personnel de formation (CPF), véritable instrument de formation tout au long de la vie pour les actifs.

En vigueur depuis le 1er janvier 2015, il reste très largement méconnu de ses bénéficiaires. Une étude de l’agence d’intérim spécialisée dans le BTP MisterTemp’ réalisée par e-mailing auprès de 170 000 utilisateurs de sa base entre le 8 et 15 mars montrait que 76 % d’entre eux ignorent ce que le CPF leur permet de faire, et 81 % ne connaissent pas le volume d’heures de formation dont ils disposent.
Derrière ces chiffres figure une réalité qu’il convient de rappeler : le CPF reste principalement un instrument de formation pour les demandeurs d’emploi, dont la décision de se former est très largement conditionnée par les prescriptions de Pôle emploi.
L’unité...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ L’économiste Anne Fretel dénonce dans une tribune au « Monde » la suppression du congé individuel de formation prévu par la réforme de la formation professionnelle, au risque de supprimer les possibilités de reconversion à l’initiative du salarié.
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Avec la réforme Pénicaud, « on est bien loin de la liberté de choisir son projet professionnel »

L’économiste Anne Fretel dénonce dans une tribune au « Monde » la suppression du congé individuel de formation prévu par la réforme de la formation professionnelle, au risque de supprimer les possibilités de reconversion à l’initiative du salarié.



Le Monde
 |    27.04.2018 à 12h38
 • Mis à jour le
27.04.2018 à 14h43
    |

Anne Fretel (Maître de conférences en économie au Centre d’études lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques de l’université de...







                        



                                


                            

Tribune. La formation professionnelle connaît depuis des années un paradoxe : alors que les objectifs qui lui sont assignés sont très ambitieux (insertion professionnelle, maintien en emploi, promotion sociale, développement économique et culturel du pays), la mise en œuvre et le fonctionnement des dispositifs peinent à remplir ces objectifs renforçant, en pratique, les compétences des plus diplômés, favorisant les formations d’adaptation mobilisables à court terme par les entreprises au détriment des formations qualifiantes plus longues, et proposant aux personnes un accès à la formation dépendant de leur statut au regard de l’emploi (CDD, intérim, demandeurs d’emploi, CDI, etc.).
Le projet de loi portant réforme de la formation professionnelle, rendu public le 6 avril et présenté en conseil des ministres le 27 avril, s’intitule « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel » et entend mettre l’individu au cœur du système.

L’exposé des motifs indique que la réforme vise à « donner de nouveaux droits aux personnes pour leur permettre de choisir leur vie professionnelle tout au long de leur carrière. Il s’agit de développer et de faciliter l’accès à la formation, autour des initiatives et des besoins des personnes, dans un souci d’équité, de liberté professionnelle ». L’article 1 de la loi cherche à poser « les jalons d’une nouvelle société de compétences, qui s’appuie d’abord sur un accès à la formation tout au long de la vie garanti comme un droit individuel, dont l’exercice est facilité et garanti par des financements collectifs ».
Des possibilités de reconversion limitées
On pourrait y lire un progrès, l’affirmation d’un système qui doit s’organiser en fonction des besoins et des choix de la personne – et non l’inverse – mais ce serait conclure trop vite car la réforme supprime par exemple un droit au congé de formation – le congé individuel de formation (CIF) – qui permettait à des...




                        

                        


<article-nb="2018/04/27/19-6">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Les actions médiatisées de groupuscules identitaires, dans les universités de Montpellier et de Tolbiac ou au col de l’Echelle le 22 avril, sont-elles le signe d’une recomposition de l’extrême droite radicale ? Entretien avec le sociologue Ugo Palheta.
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« La violence d’extrême droite n’a jamais cessé »

Les actions médiatisées de groupuscules identitaires, dans les universités de Montpellier et de Tolbiac ou au col de l’Echelle le 22 avril, sont-elles le signe d’une recomposition de l’extrême droite radicale ? Entretien avec le sociologue Ugo Palheta.



Le Monde
 |    27.04.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
27.04.2018 à 15h47
    |

                            Julie Clarini








                        



                                


                            
Maître de conférences à l’université de Lille, le sociologue Ugo Palheta est directeur de publication de la revue en ligne Contretemps. Il est l’auteur d’un livre à paraître sur La Possibilité du fascisme (La Découverte).
Attaque contre le Lycée autogéré de Paris le 16 mars, attaque à la faculté de droit de Montpellier le 3 avril, puis à l’université de Tolbiac, à Paris, le 7 avril. Le 22 avril, action menée contre les migrants au col de l’Echelle (Hautes-Alpes). Peut-on partir du constat que la violence des activistes d’extrême droite, qui a baissé après les années 1980, retrouve une nouvelle intensité ? Et si oui, quelles sont les raisons de ce nouveau recours à la violence ?
Il est difficile d’établir un tel constat et il ne faut pas oublier que la violence d’extrême droite n’a jamais cessé. Outre Clément ­Méric, tué par un membre des Jeunesses nationalistes révolutionnaires en 2013, il faut se souvenir des meurtres en 1995 d’Ibrahim Ali, tué par balles par des colleurs d’affiches du Front national (FN), et de Brahim Bouarram, poussé dans la Seine par un skinhead en marge d’une manifestation du FN, sans parler des violences commises dans les années 1990 par les groupes de choc du Département protection sécurité (DPS, le service d’ordre du FN). Mais il est vrai que l’on observe une multiplication récente des attaques violentes de mouvements sociaux et de migrants par des groupuscules d’extrême droite.
« Le FN subit actuellement un trou d’air, ce qui peut inciter les groupuscules d’extrême droite à chercher à occuper l’espace en se rendant visibles »
Cela renvoie à plusieurs logiques : d’abord, le mouvement de 2012-2013 contre l’égalité des droits (La Manif pour tous) les a mis en confiance et leur a permis de recruter ; ensuite, le FN subit actuellement un trou d’air, ce qui peut inciter ces groupes à chercher à occuper l’espace en se rendant visibles ; enfin, ils se font concurrence et, dans...




                        

                        


<article-nb="2018/04/27/19-7">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Pour l’écrivain et rédacteur en chef de « La Nouvelle Revue française », Michel Crépu, la vie politique et la littérature vont de pair en France. Et c’est pour connaître le rapport qu’entretient le président Emmanuel Macron avec les lettres que « La NRF » l’a interrogé.
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« Politique et littérature, l’énigme Macron »

Pour l’écrivain et rédacteur en chef de « La Nouvelle Revue française », Michel Crépu, la vie politique et la littérature vont de pair en France. Et c’est pour connaître le rapport qu’entretient le président Emmanuel Macron avec les lettres que « La NRF » l’a interrogé.



Le Monde
 |    27.04.2018 à 12h02
    |

Michel Crépu (écrivain, rédacteur en chef de « La Nouvelle Revue française »)







                        



                                


                            

Tribune. En Amérique, le président jure sur la Bible, en France il pose devant la bibliothèque. Les reliures pourpres sont là, personne ne les lit jamais, mais il est essentiel qu’elles soient dans le champ visuel. Que l’on sache que l’esprit des lettres imprègne invisiblement la conscience du nouvel élu. Pour la photo officielle, l’actuel président Macron a joué d’une certaine ambiguïté, en laissant traîner sur le guéridon quelques Pléiades à peine identifiables. C’était une façon désinvolte de ne pas insister sans oublier l’existence des grands auteurs. 
En France, pour ce qui est de la politique et de la littérature, les choses sont allées de pair, de Joinville au général de Gaulle, dans une relation d’intimité complice, jusqu’à ce que le lien se défasse, faute de personnel. François Mitterrand, nous le savons maintenant grâce à la publication de sa correspondance avec Anne Pingeot, a gardé la littérature pour l’amour plus que pour la politique. Ses successeurs n’ont pas fait montre, de leur côté, d’ambitions particulières. En un sens, cela valait mieux.
Chirac n’y pensait tout bonnement pas, Sarkozy par foucades débridées, Giscard au retour de la chasse, Hollande préférant la lecture du journal. Il faut remonter à Pompidou avant Jésus-Christ pour entendre Eluard à l’Elysée. Et Macron ? C’est le travail d’une revue de chercher à le savoir. D’où cet entretien, qui paraît aujourd’hui dans La NRF de mai 2018, cinquante ans après les événements fameux.
On ne jure pas sur la Bible mais on fait un peu son Montaigne
Du temps, pas si éloigné, où le principe d’une conversation avec le pouvoir était voué sur-le-champ aux gémonies, une telle chose était impensable. L’histoire politique de La NRF, riche en bouleversements idéologiques, montre pourtant combien, de Gide et Rivière à Paulhan, la politique a fait l’objet d’un intérêt passionné. L’époque des années 1930 se cherchait un centre de gravité,...




                        

                        


<article-nb="2018/04/27/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Le président de la République a accordé un entretien à « La Nouvelle Revue française », dans lequel il revient sur la littérature et l’exercice du pouvoir.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Emmanuel Macron : « Paradoxalement, ce qui me rend optimiste, c’est que l’histoire en Europe redevient tragique »

Le président de la République a accordé un entretien à « La Nouvelle Revue française », dans lequel il revient sur la littérature et l’exercice du pouvoir.



Le Monde
 |    27.04.2018 à 12h02
 • Mis à jour le
27.04.2018 à 16h45
   





                        



                                


                            
Y a-t-il encore dans la politique quelque chose de « romanesque » ? C’est la question que pose La NRF dans son 630e numéro, à paraître au mois de mai. Pour tenter de répondre à cette question, le rédacteur en chef, Michel Crépu, et l’avocat et écrivain Alexandre Duval-Stalla ont confronté le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, à son propre rapport à la littérature.

Dans quelle mesure votre pratique de la littérature joue-t-elle avec votre travail de président de la République, concrètement, à travers vos contacts avec les dirigeants du monde entier ?
Emmanuel Macron : Cela dépend des situations. Pour moi, le premier apport de la littérature est de m’avoir transmis certaines choses avant même que je les connaisse. J’ai connu les odeurs des fleurs d’abord chez Colette ou Giono avant de les respirer moi-même… Ma grand-mère m’a initié au premier Giono, celui de Regain et de Colline, au merveilleux Giraudoux que plus personne ne lit aujourd’hui, à Colette énormément. Ensuite, au cours de l’adolescence, il y a eu Gide et Camus. Proust et Céline sont venus après. Un livre comme Les Nourritures terrestres a été très important pour moi, en même temps que j’étais touché aussi par Camus. D’un côté, Gide l’intellectuel devenu sensuel, et de l’autre côté, Camus arrivant de la Méditerranée, avec son côté brut, minéral, devenant intellectuel engagé. Il y eut aussi René Char, pour la poésie.
Ce que je veux dire, c’est que tout cela construit un cadre sensible et intellectuel qui demeure et qui influence le regard qu’on porte sur le monde. J’ai fait beaucoup de philosophie, mais c’est surtout la littérature qui m’a structuré, à la fois pour les « grands personnages » et le sens du détail. On se souvient de la phrase de Stendhal : « Au séminaire, il est une façon de manger un œuf à la coque qui annonce les progrès faits dans la vie dévote. » Cette façon d’esquisser à...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Editorial. Jean-Louis Borloo a remis au premier ministre un rapport qui livre un constat alarmiste. Reste à savoir ce qu’en retiendra Macron, le 22 mai, lors de l’annonce de son plan de mobilisation.
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Un nouveau plan banlieue et après ?

Editorial. Jean-Louis Borloo a remis au premier ministre un rapport qui livre un constat alarmiste. Reste à savoir ce qu’en retiendra Macron, le 22 mai, lors de l’annonce de son plan de mobilisation.



Le Monde
 |    27.04.2018 à 11h49
 • Mis à jour le
27.04.2018 à 14h35
   





                        


Editorial du « Monde ». « Le plan de la dernière chance ». Combien de fois cette formule a-t-elle été brandie comme pour se persuader que les leçons du passé avaient été tirées et que, acculés, nous nous déciderions enfin à prendre la mesure du délabrement des banlieues, qui abîme la société française tout entière ? Pourtant, depuis quarante ans, après une dizaine de « plans banlieue », « plan de rénovation urbaine » et autres « plan Marshall pour la ville », cette ultime chance n’a jamais été vraiment saisie, laissant le sentiment d’une incurie des pouvoirs publics et d’une impuissance collective.
Tel Sisyphe, Jean-Louis Borloo s’attelle une nouvelle fois à la tâche, en espérant que ce soit enfin la bonne. L’ex-ministre à l’origine du programme national de rénovation urbaine de 2003 a au moins le mérite de savoir de quoi il parle, à la fois sur le fond et sur les limites de l’exercice. A la demande d’Emmanuel Macron, qui veut « changer le visage de nos quartiers d’ici à la fin du quinquennat », il a remis, jeudi 26 avril, au premier ministre, Edouard Philippe, un rapport qui livre un constat alarmiste, justifiant des préconisations détonantes.

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                Education, emploi, rénovation… Les propositions-chocs du rapport Borloo



Le constat d’abord. C’est celui de ces « 500 000 jeunes de 16 à 24 ans, en bas des tours, les bras croisés ». Celui de ces  1 500 quartiers labellisés « politique de la ville », qui regroupent 5,5 millions de personnes, où les taux de chômage et de pauvreté représentent plus du double de la moyenne nationale et où l’échec scolaire est devenu la norme. C’est aussi celui d’un décalage grandissant entre la parole publique et la situation sur le terrain.
« Une mystification »
« Moins on en a fait en matière de politique de la ville, plus on a annoncé de dispositifs, de chiffres, de politiques prioritaires », affirme M. Borloo. A la clé, une double peine pour ces quartiers. Alors que la distribution confuse des crédits au gré des contraintes budgétaires n’était pas à la hauteur des besoins, on a fait passer les banlieues pour un tonneau des Danaïdes. « Une mystification », dénonce l’ex-ministre de la ville. La réalité, c’est moins de services publics, moins d’équipements, moins de capacités financières des communes.

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Pour y remédier, les préconisations s’inscrivent dans une logique globale et transversale. Là où les plans précédents se sont souvent contentés d’une rénovation urbaine plus ou moins aboutie, M.Borloo propose de s’attaquer simultanément au chômage, à l’éducation, au logement, à la mobilité et à la diversification des élites. Il s’agit d’encourager le recrutement d’apprentis issus de ces quartiers, d’organiser un suivi de tous les instants des enfants en difficulté, grâce à des « cités éducatives », de créer une « académie des leadeurs », capable de casser la « consanguinité » de nos grandes écoles. Le tout accompagné d’une véritable révolution, avec la création d’une juridiction chargée de sanctionner l’inaction des administrations en faveur des banlieues.

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La sincérité de M.Borloo ne peut être mise en doute. Ce qu’en retiendra M.Macron, le 22 mai, lors de l’annonce de son plan de mobilisation pour les quartiers défavorisés, est une autre histoire. Nombre d’élus constatent, depuis un an, que la politique de la ville se résume à une baisse des moyens et à un manque de perspective criants. Faute de volonté politique, justifiée par des moyens budgétaires limités, le gouvernement peut être tenté, de nouveau, de faire du saupoudrage. Ce serait une erreur.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Dans sa chronique, Guillaume Fraissard, chef du service Culture du « Monde », analyse l’évolution du marché de la musique depuis l’arrivée du premier standard numérique populaire, il y a vingt ans.
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« Mai 1998 : le MP3 commence à s’inviter dans les foyers… »

Dans sa chronique, Guillaume Fraissard, chef du service Culture du « Monde », analyse l’évolution du marché de la musique depuis l’arrivée du premier standard numérique populaire, il y a vingt ans.



Le Monde
 |    27.04.2018 à 11h15
 • Mis à jour le
27.04.2018 à 18h37
    |

            Guillaume Fraissard








                        



                                


                            

Chronique. Son nom a aujourd’hui quitté le devant de la scène, oublié du grand public, dépassé par une révolution qu’il a pourtant grandement contribué à faire naître. Et à laquelle il continue de participer de manière plus discrète. Mai 1998. Le MP3, premier standard populaire de musique numérique commence à s’inviter dans les foyers, du moins ceux déjà équipés d’un accès à Internet. Parce qu’il porte en lui de nombreuses promesses de facilité d’accès et de libre circulation de la musique, le sigle devient rapidement l’étendard d’une jeunesse et d’une économie 2.0 qui auraient pu avoir pour slogan « ouïr sans entraves » (sans payer aussi).
Mai 1998. Pas de pavés mais des fichiers donc. Avec eux, chansons et albums quittent les platines CD, s’échangent, se piratent, tracent leur sillon dans la mémoire des ordinateurs et dans celle des tous premiers baladeurs numériques (le MPMan pionnier du genre, puis le RIO), qui arrivent timidement en magasin ce printemps-là aux Etats-Unis. C’est le temps des Napster, MP3.com, Gnutella et autres précurseurs du peer-to-peer emmenés et soutenus par une beat generation aux aspirations aussi numériques que politiques – pourquoi payer à nouveau des titres que l’on a déjà achetés en vinyle ou en CD, certains plusieurs fois ? Pour les artistes, les majors et les mélomanes, plus rien ne sera jamais comme avant.
Symbole d’un ordre établi
Face à ces acteurs issus du nouveau monde – pas tous légaux il est vrai, mais bien décidés à capter une partie des 25 milliards de dollars de chiffre d’affaires que le secteur réalise alors –, l’industrie sort la matraque, menace, poursuit en justice, puis s’adapte, trouve de nouveaux formats, passe des accords, innove à marche forcée tout en voyant fondre sa cassette et s’éloigner son âge d’or. Les autres secteurs culturels (presse, cinéma, livre…) gardent les yeux braqués sur ce qui ressemble à un cas d’école dont tout le monde perçoit bien qu’il...




                        

                        


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Xi Jinping, Poutine, Orban… Le charme toxique des autocrates

Face à la montée des « hommes forts », il importe de rappeler que la démocratie libérale, en recul dans le monde, n’a jamais relevé de la génération spontanée.



Le Monde
 |    27.04.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
27.04.2018 à 18h26
    |

            Alain Frachon








                        



                                


                            
Analyse. Longtemps, la gauche européenne a aimé les hommes forts. Mao a bénéficié d’une cote solide jusqu’à sa mort, en 1976 – particulièrement à Paris. Staline n’a pas démérité, célébré des années durant en chef de guerre ou en accoucheur, après Lénine, de la patrie du socialisme. N’oublions pas Trotski, qui séduisit des générations de militants. Dans l’Europe de la consommation et de la Gay Pride, le Cubain Castro connut la gloire. Le Vénézuélien ­Maduro a toujours des fidèles en France.
La droite n’a pas été en reste, qui cultivait ses hommes forts. Après tout, elle aussi a des sentiments. Ce pouvait être une grosse tendresse pour l’Espagnol Francisco Franco, le Portugais Antonio de Oliveira Salazar, ou une immense faiblesse pour nombre de despotes sud-américains et asiatiques, dès lors qu’ils étaient anticommunistes. Cela pour dire que la démocratie libérale – le vote, la séparation des pouvoirs, la liberté de la presse, l’élargissement continu des droits individuels et l’émancipation des minorités – n’a pas relevé de la génération spontanée.
Tropismes despotiques
Le régime que la plupart des pays occidentaux connaissent aujourd’hui est le produit d’une longue et lente évolution. Depuis quelque temps, tout le monde faisait plus ou moins semblant d’y adhérer. Dans les années 1990, post-guerre froide, plus personne ne vantait ou ne défendait la légitimité du modèle « grand leadeur », ni ne justifiait, au nom de l’efficacité et de la stabilité, les présidences à vie et autres mascarades autoritaristes. On semblait vaccinés.
Erreur. La démocratie libérale est, ces temps-ci, en voie de régression. L’homme fort, cette espèce que l’on croyait au bord de l’extinction, fait sa réapparition. Le monde vit une phase de récession de la démocratie. A la « une » du New York Times daté 7-8 avril, Madeleine Albright, ex-secrétaire d’Etat de Bill Clinton, s’interroge : « Va-t-on arrêter Trump avant qu’il ne soit trop tard ? »
Il...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dans le modèle androcentrique de la sexualité qui prévaut en Occident, cet organe, le seul uniquement dédié au plaisir, est longtemps resté invisible.
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Pourquoi le clitoris a tant perturbé l’histoire médicale

Dans le modèle androcentrique de la sexualité qui prévaut en Occident, cet organe, le seul uniquement dédié au plaisir, est longtemps resté invisible.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 12h05
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
A la rentrée 2017, il s’est produit une petite révolution dans le domaine des manuels scolaires de sciences de la vie et de la Terre (SVT) : pour la première fois, l’un d’entre eux, conçu par les éditions Magnard, a représenté, dans son schéma de l’appareil génital féminin, le clitoris de manière anatomiquement correcte. C’est-à-dire d’une taille considérable.
Un organe « en trop »
Depuis de nombreuses années, on sait en effet que la partie visible de cet appendice érectile, riche de 7 500 terminaisons nerveuses ­ (contre 6 000 pour le pénis), se prolonge en faisant un coude à l’intérieur du corps, puis se sépare en deux arches qui viennent entourer le vagin et l’urètre – le tout faisant une dizaine de centimètres de long. Or, selon un rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes publié en juin 2016, une fille de 15 ans sur quatre ne sait pas qu’elle a un clitoris. C’est dire l’importance de cette reconnaissance officielle. Mais que de temps il aura fallu pour en arriver là !
Comment un simple organe a-t-il pu donner, aux hommes comme aux femmes, tant de fil à retordre ? Car le clitoris, dans l’histoire médicale, culturelle ou politique, a toujours été un élément perturbateur. Dans la vision ancestrale de l’inversion entre le masculin et féminin, c’est un organe « en trop ». Et d’autant plus troublant qu’il est le seul à être uniquement dédié au plaisir, sans aucune fonction reproductrice.
L’excision est encore pratiquée chaque année sur un à trois millions de femmes dans le monde
Dans un article sur l’anatomie politique du clitoris publié en 2012 dans les Cahiers d’histoire, l’historienne Sylvie Chaperon rappelle le faible nombre de descriptions présentes dans le corpus antique connu, la manière dont cet appendice est resté quasiment ignoré de la médecine jusqu’à la Renaissance, ainsi que les récits récurrents des opérations génitales visant à le réduire ou à le supprimer – une excision aujourd’hui encore...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ De l’invention de la gynécologie à la théorie freudienne, des « pilules du désir » aux modèles neuronaux contemporains, la façon dont le discours savant envisage la sexualité féminine a toujours été soumise au contexte social et politique de l’époque, explique l’historienne et sociologue Delphine Gardey.
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Comment la science modèle le sexe des femmes

De l’invention de la gynécologie à la théorie freudienne, des « pilules du désir » aux modèles neuronaux contemporains, la façon dont le discours savant envisage la sexualité féminine a toujours été soumise au contexte social et politique de l’époque, explique l’historienne et sociologue Delphine Gardey.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 12h04
 • Mis à jour le
27.04.2018 à 06h39
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
Delphine Gardey, historienne et sociologue, est professeure d’histoire contemporaine à l’université de Genève, et actuellement résidente à l’Institut d’études avancées de Paris. Auteure de l’ouvrage Le Linge du Palais-Bourbon. Corps, matérialité et genre du politique à l’ère démocratique (Le Bord de l’eau, 2015), elle a codirigé avec Marilène Vuille Les Sciences du désir. La sexualité féminine, de la psychanalyse aux neurosciences (Le Bord de l’eau, 334 pages, 22 euros). Un ouvrage passionnant qui s’intéresse aux discours savants sur la sexualité féminine, à leurs contradictions, aux contextes social et politique dans lesquels ils s’inscrivent et qu’ils transforment en retour.

Les sciences de la modernité, qui se fondent sur l’observation de la nature, ont longtemps fait du « féminin » un objet de prédilection. De quand date cette invention de la « nature féminine » ?
Vers la fin du XVIIIe siècle s’opère un grand partage entre raison et nature. Dans ce partage, les femmes sont classées du côté de la nature, les hommes du côté de la culture. L’idée que la femme puisse être l’égale de l’homme a certes circulé pendant la Révolution française, mais très vite, la parenthèse se referme : dès 1804, le code Napoléon prive les femmes mariées de droits juridiques, à l’instar des mineurs, des criminels et des aliénés.
e siècle, les hommes sont vus comme les agents de la raison et du progrès, tandis que les femmes, êtres déraisonnables, sont des objets privilégiés de l’observation »
Et ce moment où les femmes sont empêchées d’accéder à la démocratie est rendu possible, notamment, parce que la science les place du côté de la nature. Les hommes sont les agents de la raison et du progrès, tandis que les femmes, êtres déraisonnables, sont des objets privilégiés de l’observation. Elles sont « la » différence, comme l’a thématisé la philosophe Geneviève Fraisse. « La »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Entretien croisé entre les économistes Patrick Artus et Pierre Cahuc, lors du Club de l’économie du « Monde », mercredi.
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Inégalités économiques : « Un danger de capture des leviers de pouvoir par les plus riches »

Entretien croisé entre les économistes Patrick Artus et Pierre Cahuc, lors du Club de l’économie du « Monde », mercredi.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 12h01
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 15h47
    |

            Philippe Escande et 
Stéphane Lauer








                        


Patrick Artus, chef économiste de la banque Natixis, et Pierre Cahuc, professeur à Polytechnique et à l’ENSAE, ont débattu des mutations du travail et de la nécessité des réformes en France, lors du Club de l’économie du Monde, mercredi 25 avril. Morceaux choisis.
La mutation du marché du travail
Patrick Artus. « Le monde des salariés est agressé. Prenons les normes de rémunération du capital. Aux Etats-Unis, le rendement du capital est de 15 %, quand l’Etat se finance à 3 %. Cette prime de risque de 12 % ne se justifie pas. La rémunération des actionnaires est trop élevée, peu cyclique et peu risquée. Pour la garantir, on assiste à une déformation du partage des revenus au détriment des salaires. Parallèlement apparaît une “bipolarisation” du marché du travail, avec une disparition des emplois intermédiaires.

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                « Qui profite de la reprise économique ? »



En France, cette distorsion pousse les jeunes diplômés à prendre des postes qui ne correspondent pas à leurs qualifications, ce qui conduit les non-diplômés à être évincés du marché l’emploi. »
La réforme en France
Pierre Cahuc. « Le paritarisme fonctionne assez mal. L’assurance-chômage et la formation professionnelle sont des systèmes très inefficaces. Les tentatives de réforme ont jusqu’à présent toutes échoué. C’est la première fois qu’on a une équipe gouvernementale qui a un plan clair et cohérent. Que cela suscite des résistances, c’est un fait. Mais il y a un consensus en France sur cet échec du paritarisme, d’où l’absence de mobilisation massive contre sa remise en cause. »
La formation
Patrick Artus.« L’énorme problème, ce sont les compétences de la population active. Nous sommes tous très positifs sur la réforme de la formation professionnelle, mais en faisons-nous assez ? Est-ce à la hauteur du problème, alors que la France est en queue de peloton dans ce domaine ? A ce stade, on n’en sait pas grand-chose. »
Pierre Cahuc. « S’appuyer sur la formation professionnelle est une bonne chose, mais les résultats prendront du temps. Le meilleur moyen de faire entrer les moins qualifiés sur le marché du travail, c’est de baisser le coût de ce dernier. C’est ce qu’a fait l’Allemagne en 2005, en facilitant la flexibilité des salaires et en taillant dans les aides sociales. Cela a été ­violent, mais cela a créé des incitations à travailler avec des mini-jobs qui ne sont pas soumis à l’impôt sur le revenu. Rapidement, on a vu l’emploi augmenter, essentiellement pour des personnes peu qualifiées.
En France, il faut se poser la question de savoir comment stimuler cette entrée dans le marché du travail de personnes peu qualifiées, en ayant plus de flexibilité sur les salaires et en complétant les revenus par un revenu universel, un RSA qui serait plus généreux, alors que, sur les vingt dernières années, celui-ci a moins augmenté que le smic. L’enjeu, aujourd’hui, c’est la réduction du chômage des jeunes. »
Le salaire minimum
Pierre Cahuc. « Le salaire minimum n’est pas un bon instrument de redistribution comparé à la fiscalité et aux transferts sociaux. Quand on relève le smic, on augmente le revenu de ménages dont 40 % appartiennent aux cinq déciles les plus hauts de la distribution des revenus, parce qu’il s’agit de couples où il y a deux personnes qui travaillent. Les pauvres en France, ce sont les femmes seules avec enfants qui ont de faibles revenus. Pour les cibler, augmenter le smic est très inefficace.

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En France, le salaire minimal est élevé, à 60 % du salaire médian contre 40 % en Allemagne. Ce n’est pas favorable à l’emploi et à l’insertion des jeunes. On peut redistribuer plus, plus efficacement, avec d’autres outils, comme la prime d’activité. Dire que le smic est un problème ne signifie pas qu’on veut plus d’inégalités. Au contraire, cela veut dire qu’on veut les réduire de manière plus efficace. »
Inégalités et capitalisme
Pierre Cahuc. « Le développement des inégalités représente un danger de capture des leviers de pouvoir par les très riches. C’est ce qui se passe aux Etats-Unis, ce qui conduit à l’appauvrissement des salariés. Du fait de la mondialisation, on a observé cette déformation de la distribution des revenus, qui pose un problème structurel de gouvernance au niveau des Etats. La problématique est mondiale : on voit que ceux-ci ont du mal à se coordonner sur la taxation des multinationales qui génèrent beaucoup de profits. »
Patrick Artus. « Aux Etats-Unis, des entreprises ont réussi à générer des positions dominantes. Elles paient extraordinairement bien leurs dirigeants et leurs cadres stratégiques. Les inégalités ne seraient pas le reflet de l’innovation (ce qui était la thèse optimiste), mais résultent du fait que les innovations permettent d’obtenir des rentes de monopole.

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                En matière d’inégalités, les Etats-Unis perdent le match face à l’Europe



Il est nécessaire de faire émerger un modèle différent du modèle anglo-saxon, un capitalisme européen qui n’a pas la même gouvernance, qui regarde le long terme, qui ne demande pas 15 % de rendement, qui s’intéresse à l’environnement, aux inégalités. Certains gérants d’actifs commencent à avoir des positions radicales sur ces sujets. Evidemment, tant que nos entreprises seront la propriété des fonds anglo-saxons, il ne se passera rien.
Il faut qu’à gauche on comprenne qu’il est nécessaire que les Européens achètent des actions et qu’on doit se doter de fonds de pension. Les actions ne représentent que 5 % des actifs gérés par les assureurs européens contre 50 % aux Etats-Unis. La première étape, c’est de reprendre la propriété capitalistique de nos entreprises. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Dans sa chronique, la journaliste du « Monde » Audrey Tonnelier explique que le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu qui entrera en vigueur à partir du 1er janvier a tout du big-bang fiscal pour les 37 millions de foyers fiscaux tricolores.
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Prélèvement à la source : « Le gouvernement est condamné à la réussite »

Dans sa chronique, la journaliste du « Monde » Audrey Tonnelier explique que le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu qui entrera en vigueur à partir du 1er janvier a tout du big-bang fiscal pour les 37 millions de foyers fiscaux tricolores.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h37
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 17h43
    |

            Audrey Tonnelier








                        



                                


                            

Tendances France. Perdue dans le tourbillon des réformes lancées par Emmanuel Macron, celle-ci passerait presque inaperçue. Et pourtant. Le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu (IR), décidé par la précédente majorité et entériné par l’actuelle, entrera en vigueur à partir du 1er janvier 2019. Et il a tout du big-bang fiscal pour les 37 millions de foyers fiscaux tricolores (dont seuls un peu plus de 16 millions sont redevables de l’IR). Mais aussi pour l’administration, et pour les entreprises, désormais chargées de collecter l’impôt sur le salaire de leurs employés.
Pour les Français d’abord, difficile d’adhérer au mot d’ordre que Bercy reprend sur tous les tons depuis deux semaines : simplicité. Certes, le nouveau dispositif permettra d’intégrer quasiment en temps réel un changement de situation (naissance, divorce, retraite, perte de loyers pour un propriétaire…). Un argument à destination, notamment, des quelque 30 % de contribuables qui voient leurs revenus baisser d’une année sur l’autre. Ils étaient perdants dans l’actuel système, contraints de s’acquitter de montants élevés fondés sur leurs revenus de l’année précédente.

Mais en termes de simplification, on repassera. Entre l’obligation de continuer à remplir chaque année une déclaration de revenus, le fait que le prélèvement à la source ne s’appliquera pas aux plus-values mobilières ou immobilières, que les réductions et crédits d’impôts continueront à être versés avec un an de décalage, et la nécessité de choisir entre trois taux d’imposition différents, pas sûr que les Français aient le sentiment de gagner au change…
Quant à l’effet psychologique du dispositif, qui fera baisser facialement les revenus mensuels, il risque d’alimenter encore le procès en baisse du pouvoir d’achat intenté à la majorité par l’opposition depuis le début de l’année.
Surcharge administrative
Dans les entreprises, l’heure n’est pas non plus au satisfecit....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ « Le Monde » publie l’introduction du rapport sur les banlieues remis, jeudi 26 avril,  par l’ancien ministre de la ville au premier ministre, Edouard Philippe.
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Rapport Borloo : « Un sursaut de la nation »  pour les banlieues

« Le Monde » publie l’introduction du rapport sur les banlieues remis, jeudi 26 avril,  par l’ancien ministre de la ville au premier ministre, Edouard Philippe.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h37
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 12h38
   





                        



                                


                            
Jean-Louis Borloo, « le père de la rénovation urbaine », a remis son rapport, jeudi 26 avril, au premier ministre, dont « Le Monde » publie ci-dessous l’introduction. Il dénonce « la mystification » des politiques de la ville, s’alarme de l’immobilité de l’élite technocratique et en appelle à « un sursaut de la nation ». Ce rapport isole 19 programmes, de l’éducation à l’emploi, la police ou la mixité, pensés avec les maires et les associations de terrain depuis des mois. Jean-Louis Borloo veut sanctionner l’inertie administrative et nommer un « général Patton » pour mettre le plan en œuvre.

Document. L’heure n’est plus aux rapports d’experts, l’heure est à l’action. La situation est facile à résumer : près de 6 millions d’habitants vivent dans une forme de relégation, voire parfois d’amnésie, de la nation réveillée de temps à autre par quelques faits divers ; un effort public en berne ; des maires de banlieues qui se battent en première ligne, qui craquent parfois et jettent l’éponge, des agents publics et des bénévoles épuisés.
Les causes sont connues : des grands ensembles impossibles construits sous l’influence de la charte d’Athènes [charte sur la planification et la construction des villes, établie sous l’égide de Le Corbusier en 1933 et publiée en 1941] , enfermés sur eux-mêmes et enclavés, ne bénéficiant pas toujours des fonctions d’une ville, parfois même hors ville, mais toujours de véritables cicatrices urbaines.
Construits rapidement, tous sur le même modèle, pour résorber la crise du logement, ils ont en outre accueilli une immigration de travail transformée en immigration familiale, sans que les moyens d’accueil et d’intégration n’aient été au rendez-vous. Dans le même temps, les usines en proximité qui avaient justifié leur venue fermaient ; la pauvreté concentrée ; le chômage de masse ; des familles parfois monoparentales ; une jeunesse déracinée qui peine à faire sa...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Editorial. Lors de sa visite d’Etat, Macron s’est montré tour à tour complice avec Trump puis mordant contre la politique du président américain face au Congrès.
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Macron aux Etats-Unis : une visite à double tranchant

Editorial. Lors de sa visite d’Etat, Macron s’est montré tour à tour complice avec Trump puis mordant contre la politique du président américain face au Congrès.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h36
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 16h16
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Il y a la gestuelle, et puis il y a le fond. En diplomatie, les deux ont un sens, mais la première ne peut l’emporter sur le second. C’est ce que l’on a pu craindre, pendant les deux premiers jours de cette très médiatique visite d’Etat du ­président Emmanuel Macron aux Etats-Unis, du 23 au 25 avril. Au troisième jour, le chef de l’Etat français a rétabli l’équilibre devant le Congrès américain avec un discours franc et massif, à la limite de la bru­talité, en forme de plaidoyer pour toutes les valeurs foulées au pied par son hôte, le ­président Donald Trump.
M. Macron aurait eu tort de se priver de rappeler que, le même jour, le 25 avril 1960, son plus illustre prédécesseur, le général de Gaulle, s’était exprimé à la même tribune : c’était une façon de reprendre de la hauteur. Le général de Gaulle avait alors pour interlocuteur, à Washington, un autre général, Dwight Eisenhower. Les deux présidents ne se prenaient pas par la main, ne se faisaient pas la bise, ne faisaient pas mine d’épousseter le revers de la veste de l’autre en ironisant : « Il faut qu’il soit parfait. » Ils ne tweetaient pas. C’était, d’une certaine manière, plus simple. A trop vouloir jouer sur le paradoxe de sa proximité avec Donald Trump, Emmanuel Macron s’est pris à son propre piège : certaines des images qui resteront de cette visite ne sont pas particulièrement à son honneur – l’honneur de Donald Trump étant, lui, tombé au champ lexical de l’oxymore.
Valeurs européennes
Devant le Congrès, M. Macron a cherché à élever le débat. Dans le droit-fil du discours prononcé une semaine plus tôt devant le Parlement européen de Strasbourg, le président français s’est posé en héraut des valeurs européennes, qui apparaissent de plus en plus comme une vision alternative à celle que tente d’imposer le président Trump dans un monde fracturé. Face au nouvel unilatéralisme américain, M. Macron a défendu le multilatéralisme et ses institutions, créés par les Etats-Unis eux-mêmes. Face au protectionnisme, il a plaidé pour un commerce ouvert. Face au nationalisme et à « la fascination pour le pouvoir fort », il a évoqué la démocratie et les valeurs progressistes. Enfin, il a déployé son énergie pour exposer aux élus américains des deux Chambres, réunies pour l’écouter, les raisons pour lesquelles les Etats-Unis devaient rejoindre l’accord de Paris sur le climat et ne pas jeter aux orties l’accord sur le nucléaire iranien.

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                Devant le Congrès des Etats-Unis, Emmanuel Macron plaide pour l’environnement et la diplomatie



Que retirera-t-il de ces trois jours ? Traditionnellement, une visite d’Etat est avant tout une occasion politique et protocolaire de souligner les liens entre deux pays, pas un temps de négociation ardue et de signature d’accords. Il était donc excessif d’attendre que M. Macron revienne de Washington avec, en poche, la solution au casse-tête de l’accord iranien. Cette visite offrait la possibilité au président français de s’affirmer un peu plus sur la scène mondiale comme le principal défenseur, au nom de l’Europe, d’un ordre international menacé, et il l’a saisie.
Sur l’Iran, il a eu la lucidité de reconnaître que M. Trump ne renoncerait sans doute pas à sa promesse de campagne de quitter l’accord conclu en 2015 par Barack Obama. Mais les deux présidents semblent avoir avancé sur la base du travail accompli par les diplomates européens depuis janvier, avec leurs collègues américains, pour trouver une issue à cette impasse. La chancelière Angela Merkel, attendue vendredi à Washington, poursuivra cet effort.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Le directeur général d’Axa était l’invité du Club de l’économie du « Monde », mercredi 25 avril.
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Thomas Buberl : « Un nouvel âge d’or pour les assureurs »

Le directeur général d’Axa était l’invité du Club de l’économie du « Monde », mercredi 25 avril.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h34
 • Mis à jour le
27.04.2018 à 12h20
    |

            Philippe Escande et 
Stéphane Lauer








                        



   


A 43 ans, le directeur général d’Axa Thomas Buberl a succédé en 2016 à Henri de Castries à la tête du groupe Axa. Allemand, il a fait l’essentiel de sa ­carrière en Suisse, puis outre-Rhin. Invité du Club de l’économie du Monde, mercredi 25 avril, il est revenu sur les enjeux du couple franco-allemand et les évolutions de son métier.
Le gouvernement mène ses réformes à marche forcée. A-t-il raison de privilégier la vitesse plutôt que la concertation, alors qu’en Allemagne la ­codécision avec les syndicats semble au centre de toute évolution ?
Il est clair que nous sommes aujour­d’hui en France à un point d’inflexion. L’Etat redéfinit son rôle et cherche à accroître la compétitivité du pays. Mais on ne peut pas comparer avec la situation de l’Allemagne, où la cogestion se pratique depuis maintenant soixante-dix ans. ­Celle-ci est marquée par un dialogue proactif où les entreprises, les politiciens et les syndicats se préoccupent plus de demain que d’aujourd’hui ou d’hier.

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                Thomas Buberl : « Axa veut se recentrer sur ses dix grands marchés »



Je rêve que ce modèle s’implante en France. Mais cela nécessite un apprentissage. Ce n’est pas une question de maturité, mais de confiance. Je suis très heureux que quelqu’un [le président Emmanuel Macron] ait compris cet enjeu et mette toute son énergie dedans. C’est important pour la France et pour l’Europe.
Justement, le couple franco-allemand semble manquer d’une dynamique. Pourquoi ?
Les deux pays se trouvent dans des situations très différentes. En France, la situation est claire avec un leadeur déterminé, qui a développé une vision très claire de l’Europe. En Allemagne, la situation est compliquée par une coalition difficile à mener et une nouvelle opposition avec l’AfD [parti d’extrême droite]. La chancelière [Angela Merkel] est en train de construire pour elle-même et sa coalition une vision de son pays. Il ne sera pas facile de trouver un accord européen, d’autant qu’il faudra compter avec les petits pays qui font entendre une autre voix.
Si nous voulons une nouvelle dynamique en Europe, nous devons nous interroger sur les défis auxquels elle fait face. Sur ceux de la sécurité extérieure et des migrations, mais aussi, au plan économique, sur la position de l’Europe face aux Etats-Unis et à la Chine, et sur la création de champions économiques pour faire face à ces grandes forces. Emmanuel Macron a inventé un nouveau narratif pour la France, il faut faire de même pour l’Europe.
Quel rôle les grandes entreprises ­peuvent-elles y jouer ?
Définir le rôle des entreprises, c’est redéfinir celui de l’Etat. Une entreprise ne peut pas se focaliser uniquement sur la génération de profits, mais aussi sur sa fonction dans la société, même si le gardien de l’intérêt commun reste l’Etat. Nous pouvons favoriser les échanges de salariés entre la France et l’Allemagne, par exemple. Chacun doit se demander combien il peut créer d’emplois en France et dans les territoires difficiles.
Le gouvernement prépare un projet de loi qui va concerner l’épargne ­retraite et favoriser la sortie en capital plutôt qu’en rente. Vous y êtes opposé. Pourquoi ?
Parce que le besoin a fortement augmenté. Si je veux avoir 1 000 euros par mois de retraite aujourd’hui, j’aurai besoin de deux fois plus d’argent épargné qu’il y a dix ans à cause des taux bas. Il faut donc inciter fortement à l’épargne. Le problème, c’est qu’au moment de la retraite si on dispose d’une somme importante, on va la répartir, donner à ses enfants, voyager et en garder un peu. Ce sera autant d’argent qui n’ira pas dans l’économie réelle, car les gens sont individuellement très conservateurs dans leur appétit d’investissement. Les Suisses se sont posé la question et ont conclu qu’il fallait fermer cette voie de la sortie en capital.
Quel rôle l’assurance doit-elle jouer dans le domaine de la santé et de la dépendance ?
Nous avons des offres dans plusieurs pays, notamment en France, mais la seule réponse assurantielle n’est pas suffisante. Il faut développer des services. Par exemple, en améliorant le parcours médical du client. Nous avons monté un service de télémédecine, il y a deux ans, dont 10 000 clients peuvent profiter. Vous appelez et, dans 70 % des cas, votre problème est résolu immédiatement.

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Plus besoin d’aller chez le médecin, de prendre rendez-vous et d’attendre ou d’aller aux urgences. Dans le cas des maladies chroniques, les 20 % des risques qui créent 80 % des dépenses, on peut mieux accompagner le parcours de soins, avec de nouvelles technologies. Au-delà du simple paiement des factures, il faut que l’on apporte de vrais services.
Dans le cadre de votre recentrage sur la santé et l’assurance-dommage, vous aviez décidé de vous séparer de votre activité de gestion d’actifs Axa IM, avant de vous raviser. Pourquoi ?
Nous avons eu beaucoup de sollicitations de mariage. Nous les avons examinées avec le conseil d’administration et avons conclu que rester seul était la meilleure solution. Cette activité est extrêmement stratégique. Pour notre bilan d’assurance-vie, une usine de gestion d’actifs très efficace nous assure l’accès à des actifs illiquides de long terme. C’est stratégique, et nous refusons le mariage avec quelqu’un d’autre. Point final.
En mars, vous avez annoncé le rachat pour 12 milliards d’euros de l’assureur américain XL. La Bourse vous a ­sanctionné. Le comprenez-vous ?
C’est assez normal, car il y a des risques dans ce changement d’une Axa focalisée sur les marchés financiers, vie et épargne, à une Axa recentrée sur l’assurance dommage et les risques de base de l’assurance. Nous devrons réussir la mise en Bourse de nos activités américaines, intégrer le métier d’XL et enfin réduire notre endettement au niveau d’avant la transaction. Si cela marche, et je suis extrêmement confiant, nous aurons repositionné Axa pour le futur.

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                Axa rachète le groupe XL pour plus de 12 milliards d’euros



Les GAFA hésitent à se lancer sur le marché de l’assurance. Le danger est-il écarté ?
Google a lancé un comparateur, et Amazon veut se lancer. Ils sont pour l’instant dans la distribution et l’intermédiation, et restent loin du cœur de notre métier, qui est très réglementé. C’est pour nous un signal d’alarme. Ils apportent une relation et une proximité avec les clients et les besoins. Cela nous pousse de nouveau à nous renforcer dans les ser­vices, comme la télémédecine, et à faire en sorte que le paiement des sinistres devienne l’exception dans cette relation. Je vois dans tout cela un nouvel âge d’or pour les assureurs.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Le débat soulevé par le manifeste « contre le nouvel antisémitisme » musulman met sous les projecteurs le livre d’un collectif qui déplore « un déni de réalité ».
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« Le Nouvel Antisémitisme en France », un ouvrage qui suscite une vive controverse

Le débat soulevé par le manifeste « contre le nouvel antisémitisme » musulman met sous les projecteurs le livre d’un collectif qui déplore « un déni de réalité ».



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h29
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 12h04
    |

            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            
Livre. Après la bande-annonce, voilà le film en lui-même. On pourrait le croire, car le controversé manifeste « contre le nouvel antisémitisme » musulman, publié le 22 avril par Le Parisien, débutait en informant de la prochaine parution de cet ouvrage collectif, Le Nouvel Antisémitisme en France. Cette tribune signée par plus de 250 personnes, dont Nicolas Sarkozy, Philippe Val, Jack Lang, Julia Kristeva ou encore Gérard Depardieu, condamne « l’épuration ethnique à bas bruit » en cours dans certains endroits d’Ile-de-France contre les juifs.
Le débat soulevé par la tribune met sous les projecteurs un livre qui est le fruit d’une collaboration entre le comité de soutien Vérité et justice pour Sarah Halimi et l’association internationale interuniversitaire Schibboleth-Actualité de Freud. C’est ce qui explique la composition hétéroclite de ce collectif se partageant entre essayistes ou écrivains comme Pascal Bruckner, Luc Ferry ou Boualem Sansal, des psychanalystes tels que Daniel Sibony et Michel Gad Wolkowicz, et des universitaires. Le ton adopté est celui d’un cinglant réquisitoire contre « un véritable déni de réalité ».
Lina Murr Nehmé, une spécialiste de l’histoire du Liban, revient dans sa contribution sur les circonstances de la mort de Sarah Halimi. Elle retrace le parcours de l’assassin, Kobili Traoré, un « caïd dérangé » qui a fréquenté la tristement célèbre mosquée Omar de la rue Jean-Pierre Timbaud, à Paris, dont l’imam a été expulsé de France, en 2012, pour avoir prêché le djihad.
Pris de délire, et après des semaines de menaces, Traoré parvient à s’introduire chez sa victime dont il connaît la judaïté. Il la roue de coups en criant « Allahou abkar », « le cri du djihad armé », « lancé la première fois par Mahomet quand il a attaqué les juifs de Khaybar en Arabie », signale l’auteure en s’appuyant sur l’un des six grands recueils d’hadiths. Elle demande...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans son rapport, l’ex-ministre de la ville appelle les responsables publics et privés à s’engager avec force.
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Banlieues à l’abandon : Jean-Louis Borloo dénonce un « scandale absolu »

Dans son rapport, l’ex-ministre de la ville appelle les responsables publics et privés à s’engager avec force.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h16
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 17h32
    |

            Louise Couvelaire








                        



                                


                            
Chargé par Emmanuel Macron, en novembre 2017, de proposer un plan de bataille pour les banlieues, Jean-Louis Borloo, le « père » de la rénovation urbaine, a remis son rapport au premier ministre, Edouard Philippe, jeudi 26 avril. Pour les élus et les associatifs des villes urbaines défavorisées – « épuisés » et « en colère » à la suite des coupes budgétaires de l’été 2017, du gel des emplois aidés, de la baisse des APL… –, le plan Borloo est celui « de la dernière chance ». Dans un entretien au Monde, l’ancien ministre de la ville et de la cohésion sociale appelle à une mobilisation nationale d’urgence.
Pourquoi avoir accepté cette mission ?
Ce sont les maires, ces héros de première ligne, et les associations de terrain qui sont venus me voir, ensemble, en septembre 2017, pour me dire qu’ils n’en pouvaient plus. J’ai accepté de donner un coup de main pour les aider à structurer leur action. Lorsque j’ai rencontré Emmanuel Macron [à l’automne], j’ai été très clair sur le constat : la situation est la même qu’il y a quinze ans, où tout se dégradait sournoisement jusqu’à ce que ça explose, avec les émeutes de 2005.
J’ai donc accepté, mais à la condition d’être bénévole et de n’avoir aucune fonction officielle. Pour être efficace dans ce type de mission, il ne faut rien avoir à négocier avec personne. Et c’est mon cas. Je n’ai pas d’agenda.

Préconisez-vous un nouveau plan ?
La situation est grave. Il y a notamment 500 000 jeunes de 16 ans à 24 ans, en bas des tours, les bras croisés. Nous vivons dans un pays où un quart de la jeunesse est à l’arrêt. Constater, raconter, disserter, c’est utile, mais, aujourd’hui, l’objectif est de faire en sorte que chaque responsable public et privé fasse l’effort qu’il faut pour changer cette donne.
Je ne crois pas à un plan gouvernemental. Il faut un plan de mobilisation nationale qui engage...




                        

                        

