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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Par sa résonance avec l’actualité, la saison 2 de la série adaptée du roman de Margaret Atwood évoque bien plus qu’une simple dystopie (sur OCS Max à 20 h 40).
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TV – « The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate »

Notre choix du soir. Par sa résonance avec l’actualité, la saison 2 de la série adaptée du roman de Margaret Atwood évoque bien plus qu’une simple dystopie (sur OCS Max à 20 h 40).



Le Monde
 |    26.04.2018 à 17h45
    |

                            Martine Delahaye








                        


Série sur OCS Max à 20 h 40

Impitoyable et inoubliable. Inconfortable mais aussi ­incontournable. Toujours éprouvante dans son propos, toujours magnifiquement mise en scène. Ne serait-ce qu’au vu des deux premiers épisodes de la saison 2, The Handmaid’s Tale (La Servante écarlate) se montre aussi crânement stylisée et douloureusement dystopique qu’en saison 1. Ce qui en fait une œuvre véritablement à part dans le monde des séries – même en ces temps de production pléthorique.
The Handmaid’s Tale a frappé fort, lors de sa première saison, en ancrant son propos dans la vie quotidienne de quelques femmes dont le corps a d’abord été étatisé. Les rares encore fertiles – en dépit d’un environnement pollué et stérilisant – ont été faites prisonnières par le nouveau régime dictatorial, avant que leur corps soit privatisé au bénéfice de l’une des nombreuses familles de l’establishment en mal d’enfants.
Rituel codifié et glaçant
Chaque mois, toute procréatrice potentielle est violée par le mari du couple auquel elle a été affectée, selon un rituel codifié autant que glaçant qui la voit placée entre les cuisses de l’épouse… Il en a été ainsi pour June Osborne (Elisabeth Moss), qui, remise aux Waterford, a perdu jusqu’à son nom et son identité en devenant leur esclave sexuelle. A l’image de prisonniers de camp de concentration réduits à des numéros, June, dans la nouvelle République de Gilead, se nomme dorénavant « de Fred » (Offred en anglais) : la propriété de Fred, prénom du mari du couple stérile qu’elle doit combler de bonheur.
Lancée bien avant la naissance des mouvements Metoo ou Time’s up, la première saison de La Servante écarlate évoquait déjà plus qu’une simple dystopie. Au-delà de ses qualités formelles, elle résonnait avec l’actualité, vibrante de possibles revers pour la liberté des corps et des moeurs en Occident. Cela semble encore vrai au cours de cette saison 2. Sans que jamais le propos politique ou philosophique prenne le dessus sur le récit de la vie terrifiante de femmes – et d’hommes issus de minorités – au sein d’une société qui, passée de la démocratie au totalitarisme, s’appuie sur un fondamentalisme religieux basé sur la Bible.

   


L’une des femmes les plus émouvantes que le régime martyrise, la belle, rebelle et rusée Ofglen, amie d’Offred, a été envoyée aux marges de la république, dans les « colonies », pour y déblayer des déchets radioactifs. Ce qui permet aux réalisateurs Mike Barker et Kari Skogland de créer un nouvel univers visuel, tout d’ocres brûlés et de bruns indistincts, aussi splendide qu’est affligeant le sort qu’on y réserve aux femmes.
Pour autant, The Handmaid’s Tale ne suinte pas que l’angoisse et le désespoir : de nombreux flash-back nous renvoient à l’époque où la République de Gilead se dénommait encore United States of America et permettait de se croire libre. Surtout, les simples lueurs de rage (de vivre), de résistance ou de résilience dans les yeux d’Offred (Elisabeth Moss, meilleure encore cette saison-ci) et d’Ofglen (formidable Alexis Bledel) apportent le minimum de lumière et d’éclairs pour, sans même prononcer un mot, permettre au spectateur de ne pas désespérer.
The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate (saison 2). Série adaptée du roman de Margaret Atwood par Bruce Miller. Avec Elisabeth Moss, Alexis Bledel, Ann Dowd, Samira Wiley (EU, 2018, 13 × 50 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Ritournelle d’images, de notes entêtantes, débauche d’esthétisme… un documentaire analyse ces petites « bulles de désir » (sur Canal+ à 21 h 50).
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TV – « Les Génériques de séries » ou l’art de l’intro

A voir aussi ce soir. Ritournelle d’images, de notes entêtantes, débauche d’esthétisme… un documentaire analyse ces petites « bulles de désir » (sur Canal+ à 21 h 50).



Le Monde
 |    26.04.2018 à 17h30
    |

                            Martine Delahaye








                        


Documentaire sur Canal+ à 21 h 50

Sur fond de plans en noir et blanc invitant à un voyage mental, une voix embarque vers l’autre côté du réel : « Apprêtez-vous à entrer dans une nouvelle dimension, qui ne se ­conçoit pas seulement en termes d’espace, mais où les portes entrebâillées du temps peuvent se ­refermer sur vous à tout ­jamais… » Comme tout bon générique, mais plus que tout autre, celui de la série américaine The Twilight Zone (La Quatrième ­Dimension, 1959-1964) se voulait à la fois une création artistique et un pont pour que le téléspectateur entre dans le monde de la fiction. « Celui de The Twilight Zone représente en quelque sorte l’idéal platonicien du générique de série (…). C’était comme entrer dans une galerie d’art », note l’un des spécialistes filmés par Olivier Joyard dans son documentaire Les Génériques de séries.

Pour décrypter la riche histoire des formes prises par le générique et l’imaginaire qui s’y attache, le documentariste a notamment rencontré le sarcastique David Chase, passionnant à ­propos du générique des ­Sopra­no, ainsi que Steve Fuller et Mark Gardner, qui narrent avec pré­cision comment ils ont ­cocréé le générique de Mad Men (« C’est l’histoire d’un gars perdu dans le rêve américain qu’il vend via la publicité »).
Tout sériephile le sait : il suffit souvent de réentendre quelques notes du générique d’une série dont on était un(e) fan, surtout enfant ou adolescent, pour que l’on se sente propulsé dans le passé, que resurgisse de grosses bulles d’émotion, et même l’envie d’entonner cet air en forme de ritournelle.
Grands compositeurs
La musique ­pouvant jouer un rôle d’icône de la série plus encore peut-être que ses images, on se serait attendu à ce que cet aspect très particulier du générique soit davantage mis en exergue – notamment dans la dernière partie du documentaire, qui s’égare dans son sujet à propos de la série Better Things. Mais que l’on se rassure, Olivier Joyard a tout de même fait place à deux grands compositeurs : W. G. Snuffy Walden, auteur du générique de The West Wing, et le plus grand de tous à nos yeux, Angelo Badalamenti, qui a signé les envoûtantes mélopées de Twin Peaks.

Les Génériques de séries, d’Olivier Joyard (France, 2018, 73 minutes). Disponible sur Canal+ à la demande.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Une exposition à Paris réunit des peintres estoniens, lettons et lituaniens méconnus du début du XXe siècle.
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édition abonné


Surprises baltiques au Musée d’Orsay

Une exposition à Paris réunit des peintres estoniens, lettons et lituaniens méconnus du début du XXe siècle.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 17h29
    |

                            Philippe Dagen








                        



                                


                            

Le cas est très rare : une ­exposition au Musée d’Orsay, à Paris, dans laquelle bien plus de la moitié des artistes sont très peu connus ou même inconnus. Ce genre de situation peut se présenter – et encore est-ce peu fréquent – dans un lieu d’art actuel, pas dans un musée consacré à la ­seconde moitié du XIXe siècle et au début du XXe. A l’exception d’un seul d’entre eux, Mikalojus Konstantinas Ciurlionis (1875-1911), les peintres des trois ­nations baltes ici réunis ne bénéficient, en dehors de leurs pays d’origine, que d’une reconnaissance très réduite – ce qui est en soi une raison suffisante d’aller les voir.
Leurs œuvres, prêtées par les musées d’Estonie, Lettonie et Lituanie, ont été exécutées dans les deux premières décennies du XXe siècle pour la plupart d’entre elles, les plus précoces datant des années 1890. Dans un souci sans doute louable de simplification pédagogique, elles sont qualifiées de « symbolistes », ce qui n’est pas exact pour toutes et réduit la singularité de nombre d’entre elles. Quant au titre, « Ames sauvages », assez désobligeant, il a sans doute été choisi pour frapper l’attention sur les affiches, mais il n’a aucun sens.
Histoire européenne commune
Pas le moins du monde « sauvages », ces peintres participent d’une histoire commune, qui est européenne. Ils n’ignorent pas ce qui se passe à Berlin, Vienne et Paris. Si leur formation commence, pour la plupart, à Saint-Pétersbourg, qui n’est pas, vers 1900, une place forte de la modernité, beaucoup voyagent en Europe ­occidentale, y prolongent parfois leurs études, en visitent salons et musées. Ils connaissent donc les symbolismes allemand, belge, britannique ou français aux femmes chlorotiques et alanguies, androgynes mélancoliques et fantasmagories qui se veulent cauchemardesques.
Mais ils ­connaissent aussi leurs autres contemporains. Impressionnistes, Rodin, Whistler, Van Gogh, Gauguin, Böcklin, Klinger, Munch, nabis, Viennois :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Considéré comme un acte philanthropique, l’envoi aux pays du Sud d’ouvrages édités au Nord pose de nombreuses questions économiques et éthiques.
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Enquête

Attention, donner des livres à l’Afrique nuit gravement à sa santé éditoriale

Considéré comme un acte philanthropique, l’envoi aux pays du Sud d’ouvrages édités au Nord pose de nombreuses questions économiques et éthiques.

Par                Kidi Bebey



LE MONDE
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        Le 26.04.2018 à 15h52

     •
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        Mis à jour le 26.04.2018 à 16h33






    
Un vendeur de livres à Lagos, au Nigeria, en 2012.
Crédits : AKINTUNDE AKINLEYE/REUTERS


Lors du Salon du livre de Genève, une table ronde réunissant acteurs africains du livre et responsables institutionnels devait, jeudi 26 avril, examiner la question du don, activité vertueuse aux yeux du grand public. Une problématique cependant moins anodine qu’il n’y paraît.
Voilà dix ans qu’à l’entrée du salon suisse, un espace dévolu à l’opération de solidarité, PartagerLire recueille les ouvrages dont les visiteurs souhaitent se délester. Les livres ainsi récoltés sont ensuite répartis pour une part en Suisse, auprès d’œuvres sociales et d’établissements hospitaliers, et pour une autre part au Sénégal, afin de doter des bibliothèques dans le cadre d’un partenariat avec le ministère sénégalais de la culture.

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Il s’agit de faire « bon débarras », pourrait-on dire au sens propre, puisque donner n’a jamais aussi bien rimé avec aider. Quel plaisir de favoriser ainsi l’accès à la lecture de ceux qui ont moins de livres que soi ! Et, au passage, quelle gratification pour l’ego de se voir faire le bien.
« Famine du livre »
De fait, donner des livres édités dans les pays du Nord afin qu’ils atteignent des lecteurs potentiels dans les pays du Sud est considéré comme de la pure philanthropie. Comment pourrait-on se poser des questions à ce sujet alors que l’idée d’une pénurie du livre en Afrique est si bien ancrée dans les schémas mentaux ? Il semble donc naturel d’utiliser les surplus de l’industrie du livre occidental pour combler les manques constatés en Afrique.
Cette approche de la question a un point de départ historique. Le chercheur français Raphaël Thierry, docteur en littératures comparées de l’Université de Lorraine et de Yaoundé I, rappelle que, en 1961, « la conférence des Etats d’Afrique pour le développement de l’éducation a identifié les besoins en livres des différents pays : le constat général était qu’il n’y avait pas assez de producteurs de livres en Afrique et qu’il était donc nécessaire de faire venir des livres étrangers pour satisfaire les besoins en éducation du continent ». 

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Mais ce qui devait constituer une simple phase d’appui au démarrage d’Etats nouvellement indépendants s’est trouvé renforcé par l’idée ultérieure d’un véritable « sauvetage » lorsque, une vingtaine d’années plus tard, l’Occident a voulu apporter au continent une aide plus massive. On est à l’époque des concerts humanitaires de Band Aid (1984) en faveur de l’Ethiopie, bientôt suivis par la tournée musicale d’Amnesty International. En 1985, lors d’une rencontre organisée par l’International African Institute à Londres, commence à émerger l’expression évocatrice de « famine du livre ».
Auteur de plusieurs ouvrages et articles consacrés aux problématiques du marché du livre en Afrique, Raphaël Thierry commente :
« En réalité, le secteur culturel était en crise dans de nombreux pays à cette époque. Un plan d’ajustement structurel avait été mis en place à la fin des années 1970 et les Etats africains, à travers les mesures imposées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, ont dû couper pas mal de leurs crédits aux industries en place. Le secteur du livre s’est effondré dans plusieurs pays, alors qu’il connaissait un essor. 
On se souvient par exemple de la création des Nouvelles Editions africaines, qui réunissaient le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Togo. En Afrique équatoriale, le Cameroun avait créé le Centre régional d’édition et de publication du livre africain, à la fin des années 1970, avec l’appui de l’Unesco, qui était une plaque tournante de production et de rencontres d’éditeurs pour développer des programmes de coédition, de promotion et de formation.
Il faut se rappeler que près de 200 éditeurs africains étaient représentés à la Foire du livre de Francfort en 1980 ! L’édition africaine n’était peut-être pas un centre économique mondial, mais elle était en plein essor. » 
Parallèlement, l’Europe – la France en particulier – connaît une capitalisation de l’édition et un boum de la production de livres. Les éditeurs ne savent plus quoi faire de leurs retours d’invendus, et les bibliothèques débordent d’ouvrages qu’il leur est interdit de détruire. Le don va s’avérer une alternative au stockage et au pilonnage, qui ont un coût.
Un don « raisonné »
A cette époque apparaissent des associations et organisations caritatives (Adiflor, Biblionef…) basées sur le don de livres. Toutes défendent l’idée d’un don « raisonné », comme le précise Dominique Pace, la directrice de Biblionef :
« La moitié des projets que nous soutenons concerne l’Afrique, mais nous sommes intervenus depuis vingt-cinq ans dans une centaine de pays sur les cinq continents. Nos dotations sont toujours très ciblées, pensées sur mesure, avec l’aide de partenaires très identifiés, afin de répondre aux besoins spécifiques d’une école, d’un réseau d’écoles ou de bibliothèques associatives. Il ne s’agit jamais d’envoyer le plus de livres possibles, mais de doter chaque projet des livres qu’il faut, là où il y a une demande qui est remontée du terrain et où l’on sait que les livres seront utilisés dans les meilleures conditions possibles pour qu’il y ait des résultats tangibles. » 
Ce type d’ONG revendique en outre le principe du don comme contribution au développement des pays concernés, comme l’explique Dominique Pace :
« Confrontée au dénuement extrême des enfants, je me suis dit qu’il fallait parier sur le livre comme moyen de les sortir de leur isolement et d’améliorer leurs conditions d’éducation. D’ailleurs, à Biblionef, nous sommes les seuls à avoir à nos côtés les grands noms de l’édition de jeunesse française. Je tiens à faire profiter les enfants du monde entier de ces très beaux livres, magnifiquement réalisés, afin qu’ils développent leur ouverture sur le monde, qu’ils jouent, qu’ils se consolent aussi…. C’est quelque chose d’universel ! »

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Un tel positionnement place ce type d’organisation aux côtés des opérateurs institutionnels de la coopération bilatérale ou multilatérale (Institut français, Union européenne, Organisation internationale de la francophonie). Cependant, cette recherche d’éthique opératoire ne doit pas faire oublier que, ce faisant, ONG et institutions participent malgré tout à gérer le désengorgement d’un trop-plein éditorial en organisant l’envoi des livres occidentaux invendus vers des pays extra-européens. Dominique Pace repousse de telles critiques en rappelant qu’« il ne s’agit pas de se débarrasser de tout ce dont on n’a plus besoin ici pour l’envoyer ailleurs, mais de doter au mieux des bibliothèques d’écoles ou de communautés ».
De fait, les ONG françaises les plus installées et reconnues se défendent de faire du « dumping » à la manière de certaines organisations anglophones dont la politique consiste à fournir d’importants volumes de livres grâce à des moyens colossaux. Le don de livres passe également par un certain nombre d’institutions et organisations religieuses, chrétiennes ou musulmanes. « Très peu de chiffres circulent, mais la démarche est restée constante depuis les indépendances, voire l’époque coloniale », observe Raphaël Thierry.
Bibliodiversité menacée
Un autre type de pratique s’avère particulièrement néfaste : celle du don sauvage de livres, par des structures associatives quand ce ne sont pas de simples individus qui, à l’occasion de voyages, apportent des valises d’ouvrages. Ancienne libraire devenue auteure et fondatrice en 2004 des Editions Jeunes Malgaches (EJM), à Antananarivo, Marie-Michèle Raza s’insurge contre ces méthodes : « Les dons de livres handicapent le développement de l’édition et de la lecture à Madagascar. » L’éditrice a décidé de prendre le problème à bras-le-corps en alertant aussi bien les pouvoirs publics que les donateurs naïfs, qu’elle sensibilise à la question via les hôtels de tourisme solidaire :
« Les chiffres parlent d’eux-mêmes : un seul hôtel peut recevoir jusqu’à 4 000 livres gratuits par an, quand un livre édité à Madagascar est tiré à 500 exemplaires en moyenne. C’est d’autant plus grave qu’il n’y a que 5 % de francophones à Madagascar, 83 % de la population ne parlant que malagasy. Il faut donc bien plus que du livre en langue française. Mais, à force de dons, les gens pensent que le livre ne s’achète pas. »

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Parallèlement au développement de son catalogue, l’éditrice mène de nombreuses actions de promotion du livre et de la lecture, tout en orientant les associations françaises désireuses d’aider vers la vente de livres collectés, dont l’argent servira à acheter des livres produits localement plutôt qu’à l’expédition de livres venus de France, lesquels transportent avec eux une culture et une vision du monde différentes de ce que proposent les livres africains. De fait, comme le souligne Laurence Hugues, directrice de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants, « le don de livres réduit la bibliodiversité » :
« Il faut arrêter de dire que le don de livres perdure parce qu’il n’y a pas d’offre de livres en Afrique. Il existe au contraire une production remarquable dans le domaine littéraire, aussi bien pour les adultes que pour la jeunesse. En revanche, sans renoncer totalement au don pour ne pas priver les lecteurs là où s’expriment des besoins, il est temps d’affiner la réflexion par des apports précis lorsqu’ils sont absents de la production locale. Je pense par exemple aux dictionnaires, à la production universitaire spécifique. Dans l’idéal, il faudrait pouvoir compter sur une volonté des pouvoirs publics de soutenir le développement du secteur éditorial et de l’offre locale. »
Visions passéistes
Une trentaine d’années après les débuts du don professionnalisé et systématisé, le paysage éditorial africain a beaucoup évolué et ne peut être laissé à la marge d’un mode d’action qui peut contrecarrer son développement. « La majorité des ONG du don revendiquent aujourd’hui le fait de travailler avec des éditeurs africains, mais quand on demande aux éditeurs africains avec quelles ONG ils travaillent, on ne reçoit pas de réponse, remarque Raphaël Thierry. De même, les ONG ne citent ni éditeurs ni titres. »
Le chercheur français, auteur d’une étude sur la question du don avec l’éditeur Hans Zell, l’a diffusée auprès des ONG. « Aucune ne nous a fait de retour. On leur a offert un droit de réponse, mais seul Book Aid International a répondu alors qu’on a interrogé une quinzaine de structures. Ce qui me questionne, c’est l’incapacité des ONG à se remettre en cause et à écouter les critiques qui sont formulées à leur égard. »
Au nom d’une tradition du don remontant à plusieurs décennies, l’approche du grand public et de certaines ONG a du mal à évoluer. L’idée toute faite d’une Afrique progressant à petits pas dans le domaine de l’édition est pourtant contredite par des lieux de production dynamiques comme la Côte d’Ivoire ou, pour l’Afrique de l’Est, l’African Books Collective, cette plateforme imaginée dès 1985 par sept éditeurs africains et qui rassemble aujourd’hui 150 éditeurs anglophones et francophones, les diffuse (2 000 titres dont 800 en accès numérique) et contredit toutes les visions passéistes de « famine du livre ».

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Le temps est peut-être venu de se passer progressivement du don, comme le propose Jérémy Lachal, directeur général de Bibliothèques sans frontières :
« Le don de livres, pour nous, n’est pas une finalité. Ce qui nous intéresse, c’est de l’utiliser comme moyen pour créer des bibliothèques afin qu’elles ne deviennent pas seulement des vecteurs de diffusion de la culture mais des acteurs économiques de la chaîne du livre. Nous collectons en France les livres de particuliers que nous pouvons revendre sur le marché de l’occasion. Les recettes de ces ventes nous permettent ensuite de mettre en place des projets structurants. L’idée est qu’à chaque fois qu’on fait un don de livre, on achète pour des sommes équivalentes des livres auprès d’éditeurs locaux. »
Alors pourquoi ne pas changer de focale et profiter, si l’on est en Suisse, de la section africaine du Salon du livre de Genève pour découvrir et acheter les ouvrages proposés par les éditeurs africains présents ? Car il est temps que les nouveaux discours sur le don sortent de la sphère professionnelle pour atteindre le grand public. Le don, on le sait, ne saurait se passer de contre-don. Ni bonté, ni bonne volonté, ni vanité, le don est peut-être avant tout une question d’égalité.


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Le débat soulevé par le manifeste « contre le nouvel antisémitisme » musulman met sous les projecteurs le livre d’un collectif qui déplore « un déni de réalité ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Le Nouvel Antisémitisme en France », un ouvrage qui suscite une vive controverse

Le débat soulevé par le manifeste « contre le nouvel antisémitisme » musulman met sous les projecteurs le livre d’un collectif qui déplore « un déni de réalité ».



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h29
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 12h04
    |

            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            
Livre. Après la bande-annonce, voilà le film en lui-même. On pourrait le croire, car le controversé manifeste « contre le nouvel antisémitisme » musulman, publié le 22 avril par Le Parisien, débutait en informant de la prochaine parution de cet ouvrage collectif, Le Nouvel Antisémitisme en France. Cette tribune signée par plus de 250 personnes, dont Nicolas Sarkozy, Philippe Val, Jack Lang, Julia Kristeva ou encore Gérard Depardieu, condamne « l’épuration ethnique à bas bruit » en cours dans certains endroits d’Ile-de-France contre les juifs.
Le débat soulevé par la tribune met sous les projecteurs un livre qui est le fruit d’une collaboration entre le comité de soutien Vérité et justice pour Sarah Halimi et l’association internationale interuniversitaire Schibboleth-Actualité de Freud. C’est ce qui explique la composition hétéroclite de ce collectif se partageant entre essayistes ou écrivains comme Pascal Bruckner, Luc Ferry ou Boualem Sansal, des psychanalystes tels que Daniel Sibony et Michel Gad Wolkowicz, et des universitaires. Le ton adopté est celui d’un cinglant réquisitoire contre « un véritable déni de réalité ».
Lina Murr Nehmé, une spécialiste de l’histoire du Liban, revient dans sa contribution sur les circonstances de la mort de Sarah Halimi. Elle retrace le parcours de l’assassin, Kobili Traoré, un « caïd dérangé » qui a fréquenté la tristement célèbre mosquée Omar de la rue Jean-Pierre Timbaud, à Paris, dont l’imam a été expulsé de France, en 2012, pour avoir prêché le djihad.
Pris de délire, et après des semaines de menaces, Traoré parvient à s’introduire chez sa victime dont il connaît la judaïté. Il la roue de coups en criant « Allahou abkar », « le cri du djihad armé », « lancé la première fois par Mahomet quand il a attaqué les juifs de Khaybar en Arabie », signale l’auteure en s’appuyant sur l’un des six grands recueils d’hadiths. Elle demande...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Dans son rapport, l’ex-ministre de la ville appelle les responsables publics et privés à s’engager avec force.
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Banlieues à l’abandon : Jean-Louis Borloo dénonce un « scandale absolu »

Dans son rapport, l’ex-ministre de la ville appelle les responsables publics et privés à s’engager avec force.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h16
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 17h32
    |

            Louise Couvelaire








                        



                                


                            
Chargé par Emmanuel Macron, en novembre 2017, de proposer un plan de bataille pour les banlieues, Jean-Louis Borloo, le « père » de la rénovation urbaine, a remis son rapport au premier ministre, Edouard Philippe, jeudi 26 avril. Pour les élus et les associatifs des villes urbaines défavorisées – « épuisés » et « en colère » à la suite des coupes budgétaires de l’été 2017, du gel des emplois aidés, de la baisse des APL… –, le plan Borloo est celui « de la dernière chance ». Dans un entretien au Monde, l’ancien ministre de la ville et de la cohésion sociale appelle à une mobilisation nationale d’urgence.
Pourquoi avoir accepté cette mission ?
Ce sont les maires, ces héros de première ligne, et les associations de terrain qui sont venus me voir, ensemble, en septembre 2017, pour me dire qu’ils n’en pouvaient plus. J’ai accepté de donner un coup de main pour les aider à structurer leur action. Lorsque j’ai rencontré Emmanuel Macron [à l’automne], j’ai été très clair sur le constat : la situation est la même qu’il y a quinze ans, où tout se dégradait sournoisement jusqu’à ce que ça explose, avec les émeutes de 2005.
J’ai donc accepté, mais à la condition d’être bénévole et de n’avoir aucune fonction officielle. Pour être efficace dans ce type de mission, il ne faut rien avoir à négocier avec personne. Et c’est mon cas. Je n’ai pas d’agenda.

Préconisez-vous un nouveau plan ?
La situation est grave. Il y a notamment 500 000 jeunes de 16 ans à 24 ans, en bas des tours, les bras croisés. Nous vivons dans un pays où un quart de la jeunesse est à l’arrêt. Constater, raconter, disserter, c’est utile, mais, aujourd’hui, l’objectif est de faire en sorte que chaque responsable public et privé fasse l’effort qu’il faut pour changer cette donne.
Je ne crois pas à un plan gouvernemental. Il faut un plan de mobilisation nationale qui engage...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ L’exécution de trois étudiants en cinéma, dont les corps ont été dissous à l’acide, suscite des manifestations et l’indignation de stars.
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Le cinéma mexicain sous le choc après le meurtre de trois étudiants par un cartel

L’exécution de trois étudiants en cinéma, dont les corps ont été dissous à l’acide, suscite des manifestations et l’indignation de stars.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h16
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 12h19
    |

            Frédéric Saliba (Mexico, correspondance)








                        



   


« Ciné oui, mort non ! », ont scandé, mardi 24 avril, plusieurs milliers de Mexicains dans les rues de Mexico (centre) et de Guadalajara (ouest), après le meurtre barbare de trois étudiants en cinéma. A l’instar du réalisateur oscarisé, Guillermo del Toro, et du célèbre acteur, Gael Garcia Bernal, le milieu du cinéma se mobilise au Mexique contre la violence record des cartels de la drogue.
Marco Avalos, 20 ans, Jesus Daniel Diaz, 20 ans, et Salomon Aceves, 25 ans, avaient disparu, le 19 mars, au retour d’un tournage près de Guadalajara, capitale de l’Etat de Jalisco, dans le cadre de leurs études à l’Université de médias audiovisuels (CAAV). Lundi, le parquet local a révélé que huit membres du Cartel Jalisco Nueva Generacion (CJNG) ont pris, à tort, les trois étudiants pour des narcotrafiquants rivaux.
Les tueurs les ont enlevés sur une route près de leur lieu de tournage, puis les ont torturés et tués, avant de dissoudre leurs corps dans des citernes d’acide. L’un des deux suspects arrêtés est un rappeur de 20 ans, surnommé QBA, qui a reconnu avoir touché 3 000 pesos (130 euros) pour cette macabre besogne.
Selon l’enquête, les victimes étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Les trois étudiants avaient filmé durant deux jours un court-métrage dans une demeure appartenant à la tante de l’un d’eux. Leur seule erreur : avoir ignoré que la bâtisse avait servi de planque au Cartel Nueva Plaza, concurrent du CJNG. La tante, elle, est soupçonnée d’être liée à cette organisation criminelle, née d’une scission au sein du CJNG.
« Le pourquoi est impensable, le comment est terrifiant », s’est ému Guillermo del Toro, réalisateur mexicain
« Que ce cauchemar cesse ! », a réagi, lundi, Gaël Garcia Bernal sur son compte Twitter, faisant écho à l’indignation du réalisateur Alfonso Cuaron (Gravity, Oscar 2014). Le lendemain, Guillermo del Toro (La Forme de l’eau, Oscar 2018), qui vit aux Etats-Unis depuis l’enlèvement de son père, en 1997, tweetait : « Les mots manquent pour comprendre cette folie. (…) Le pourquoi est impensable, le comment est terrifiant. » Quant à l’acteur et producteur, Diego Luna, il a exprimé sa « rage » sur la Toile en signant son Tweet « #NoSonTresSomosTodos » (Ils ne sont pas que trois, c’est nous tous).
Un hashtag repris, mardi, sur les banderoles brandies par les manifestants, à Mexico et à Guadalajara, qui ont réclamé la fin des violences. Selon les autorités, 7 667 homicides ont été perpétrés au premier trimestre, soit une hausse de près de 20 % par rapport à la même période en 2017 dans un pays qui compte plus de 34 000 disparus, dont un tiers a moins de 24 ans.
Dans la foulée, des professionnels du cinéma, des professeurs et des organisateurs de festivals ont exigé des « conditions de sécurité pour filmer en extérieur ». Le milieu est déjà en deuil depuis le meurtre, en septembre, d’un assistant de production de la série Narcos, diffusée sur Netflix, lors d’un repérage dans l’Etat de Mexico.

        Lire aussi :
         

                Le Mexique a connu son année la plus meurtrière en vingt ans



En face, le procureur, Alfonso Navarrete, a promis l’arrestation de six autres suspects en cavale. Deux mois avant le scrutin présidentiel du 1er juillet, les cinq candidats lui ont emboîté le pas pour condamner le crime et exiger justice, alors que l’insécurité est la première préoccupation des électeurs. Les étudiants de la CAAV et les proches de disparus appellent à une nouvelle manifestation, jeudi, à Guadalajara.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Comcast, propriétaire de NBC, a fait une contre-offre, mercredi, sur le premier bouquet satellite d’Europe, créé par le magnat Rupert Murdoch, s’opposant ainsi à Disney.
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Télévision : bataille de géants américains pour acheter le britannique Sky

Comcast, propriétaire de NBC, a fait une contre-offre, mercredi, sur le premier bouquet satellite d’Europe, créé par le magnat Rupert Murdoch, s’opposant ainsi à Disney.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 10h50
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 12h17
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








                        



                                


                            

Dans cette bataille d’ego, de milliardaires et de lutte pour la domination mondiale de la télévision, une seule certitude : le vainqueur sera américain. Comcast, le premier réseau câblé des Etats-Unis, propriétaire notamment de NBC et des studios Universal, a fait mercredi 25 avril une offre pour s’emparer de Sky, le premier bouquet satellite d’Europe, valorisant le groupe de 22 milliards de livres sterling (25,2 milliards d’euros). Il contre ainsi Disney, qui a lui-même fait en décembre 2017 une offre sur Fox, l’actuel propriétaire majoritaire de Sky.
La bataille est un jeu de billard à trois bandes, avec de nombreuses ramifications politiques et économiques. Mais à son cœur se trouve un problème simple : face à l’arrivée des plates-formes Internet de films à la demande, comme Netflix ou Amazon, les grands groupes de télévision traditionnelle se sont embarqués dans une course à la taille. En devenant toujours plus gros, ils espèrent pouvoir investir davantage dans des séries, des films ou encore des droits sportifs, pour proposer des programmes qui continuent à attirer les téléspectateurs.

Dans ce contexte, un joyau est à vendre depuis peu : Sky. Il s’agit d’une télévision à péage, créée en 1990 au Royaume-Uni par le magnat australo-américain Rupert Murdoch. Son succès s’est fait à coups de films et de football, dans un modèle similaire à celui de Canal+. Mais là où ce dernier a mal négocié le virage du Web, Sky a su innover, est devenu fournisseur d’Internet et de téléphonie mobile, et a continué à augmenter son nombre d’abonnés. Aujourd’hui, le groupe est également très présent en Allemagne et en Italie. Il est surtout très rentable : en 2017, il a dégagé un bénéfice net de 1 milliard de livres.
Situation étrange
Sky est à vendre parce que Rupert Murdoch a pris tout le monde par surprise en décembre. Lui qui a passé soixante ans à acheter journaux et télévisions à travers le monde (du Times au Wall Street Journal,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ L’auteur George R. R. Martin a confirmé que le sixième opus de sa saga « Game of Thrones » ne sortirait pas en 2018. En revanche, un autre livre se déroulant dans le même univers est prévu.
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« Game of Thrones » : un nouveau livre cette année… Mais pas celui que les fans attendaient

L’auteur George R. R. Martin a confirmé que le sixième opus de sa saga « Game of Thrones » ne sortirait pas en 2018. En revanche, un autre livre se déroulant dans le même univers est prévu.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 10h04
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 10h57
   





                        



   


La patience des fans ne sera pas récompensée en 2018. Après sept ans d’attente, George R. R. Martin, l’auteur de la saga littéraire Game of Thrones, dont est adaptée la célèbre série télévisée éponyme, a annoncé, mercredi 25 avril, que le sixième opus tant attendu ne sortirait pas en 2018. Le sixième chapitre de cette saga amorcée en 1996 devrait s’appeler The Winds of Winter (qu’on peut traduire par Les Vents de l’hiver).
En revanche, l’écrivain a annoncé que sortirait à l’automne un autre ouvrage lié à l’univers de Game of Thrones. Fire and Blood (Feu et Sang) sera centré sur l’histoire de la maison Targaryen, l’une des grandes familles qui se disputent le Royaume des sept couronnes. Ce livre de 640 pages réunira plusieurs nouvelles, dont certaines ont déjà été publiées dans de précédents ouvrages. Un deuxième volume est également prévu.
Eparpillement
George R. R. Martin annonce toutefois sur son blog qu’il va désormais se concentrer à nouveau sur le sixième livre tant attendu de la saga. Un certain nombre de fans reprochent à l’auteur ce qu’ils considèrent comme une forme d’éparpillement – il a sorti d’autres ouvrages depuis le cinquième tome de Game of Thrones.
La série télévisée, de son côté, a dû continuer après cinq saisons alors même qu’elle n’avait plus de livre sur lequel s’appuyer. La huitième et ultime saison est prévue l’an prochain.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Dom La Nena, Sandra Nkaké et Mélanie De Biasio ont marqué la deuxième journée de la 42e édition du festival berruyer.
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A Bourges, un festival de tonalités féminines

Dom La Nena, Sandra Nkaké et Mélanie De Biasio ont marqué la deuxième journée de la 42e édition du festival berruyer.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 09h24
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 09h49
    |

            Sylvain Siclier (Bourges (Cher), envoyé spécial)








                        



   


Un point d’exclamation derrière le mot ­ « Femmes ». Tel est le ­titre de l’exposition de pochettes de disques, photographies et ­docu­ments, et d’un cycle de conférences à la Maison Printemps, structure vitrée installée place Séraucourt, l’une des animations paral­lèles aux multiples concerts du Printemps de Bourges-Crédit mutuel. En lien avec cette thématique, la 42e édition du festival de musique, à dominante chanson et rock, du 24 au 29 avril, tend à la parité. Sinon tout à fait exacte, mais pas loin. Il y a « 40 % de ­spectacle exclusivement féminins et 10 % mixtes », a confirmé Boris Vedel, directeur du festival, dans La Croix, mardi 24 avril.
Ce Printemps particulièrement au féminin, c’est déjà un effet d’affichage, en ouvrant le festival, mardi 24, avec Naya, Juliette ­Armanet, Catherine Ringer et ­Véronique Sanson sous le vaste chapiteau du W, qui accueille ­jusqu’à 6 000 personnes. L’on peut le voir aussi, pour elles et pour d’autres programmées ­durant la semaine, comme la marque d’une actualité récente, le festival étant pour une bonne part le reflet des sorties de ­disques des mois passés et des tournées qui les accompagnent. Mercredi 25, si la soirée rap fait pencher la balance vers le masculin avec la seule Lala&ce pour quatre garçons, l’ensemble du programme du jour affichait aussi majoritairement des noms d’interprètes féminines, en solo ou en groupe.

Trois univers aux approches inventives, aux musiques qui sortent des cadres de leurs plus évidentes références
Et parmi elles, la violoncelliste et chanteuse Dom La Nena, la chanteuse Sandra Nkaké et la flûtiste et chanteuse Mélanie De Biasio. Trois univers aux approches inventives, aux musiques qui sortent des cadres de leurs plus évidentes références. Avec Dom La Nena, à l’Auditorium, c’est un beau moment de charme, de douceur mélodique. Brésilienne, née à Porto Alegre, venue vivre en France, elle superpose des parties de violoncelle, archet et pizzicati, à des sonorités de claviers, quelques ­per­­cus­sions, sa voix, promenade évocatrice de bossa ou samba, chanson légèrement pop, entre brésilien et français. Sans que les effets débordent, masquent la musique, simple, allègre. A un moment, sans micro, sa voix s’impose avec le seul accompagnement d’un ukulélé.
Dédié à Jacques Higelin
Au Théâtre Jacques Coeur, c’est un envol – le mot « fly » (voler) ­revient souvent dans les textes de ses chansons –, un voyage ­musical intense, que mène ­Sandra Nkaké. Elle avait été l’une des interprètes les plus exactes d’un hommage à Nina Simone, lors du festival en 2015, avec son rendu de Four Women.

Cette fois, Sandra Nkaké est là avec son ­répertoire – de superbes versions de Fly, justement et Change –, ses musiques, des ambiances qui viennent du rock, de la pop, mais sans appuyer, avec des touches de jazz ici, un élément de reggae fugitif, un rythme qui viendrait de l’un de ceux de l’Afrique noire. La précision de la diction, la force, l’énergie expressive de son chant emportent. Avec elle, le flûtiste et chanteur Ji Drû, la guitariste et chanteuse Tatiana Paris, la ­bassiste et chanteuse Mathilda Haynes et le batteur Mathieu ­Penot. Elle dédie son concert à Jacques Higelin. Elle a été ­radieuse de bout en bout.

Après elle, Mélanie De Biasio. Aux sources du jazz, elle prend l’improvisation, le lyrisme de John Coltrane – sa reprise d’Afro Blue, de Mongo Santamaria, est plus dans la veine de la version de Coltrane, en croisements avec My Favorite Things –, de Pharoah Sanders, que cela soit dans le jeu à la flûte ou quand elle tourne autour de mots répétés, en ­vocaliste, au plus profond du son des mots. De la pop, elle tire ­plutôt des souvenirs du ­psychédélisme, avec le son du clavier électrique (Pascal Mohy), une sorte de manière planante. Son chant va vers le chuchotement, le retenu, une soudaine détente, pour mieux reprendre un jeu avec le silence, le souffle. Une forme de blues, Lilies, apporte comme une fantaisie, dans cet ensemble à l’envoûtante ­exigence.
Printemps de Bourge-Crédit mutuel, jusqu’au dimanche 29 avril, dans une dizaine de lieux. Programme complet et tarifs sur le site Internet : printemps-bourges.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ La romancière traduit avec justesse les sentiments angoissés que suscite, au sein d’une famille convenable, la déchéance d’un des leurs.
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Ce si funeste désir de perte qu’analyse Pascale Kramer

La romancière traduit avec justesse les sentiments angoissés que suscite, au sein d’une famille convenable, la déchéance d’un des leurs.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 09h23
    |

                            Monique Petillon (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Une famille, de Pascale Kramer, Flammarion, 192 p., 18 €.

Dans les romans de Pascale Kramer, la tragédie n’est jamais loin. Parfois brutale – faits divers, accidents –, elle est ici insidieuse. C’est l’angoisse que fait peser sur une famille un de ses enfants : Romain, ses dérapages, ses retours à la fois souhaités et redoutés. Insaisissable, il jette une ombre sur tout le roman. L’empreinte d’un corps sur un lit, où il est passé furtivement pour s’abriter. Un message sur le répondeur de son téléphone. Une vieille photo, celle de ses 5 ans – il en a 38. Il est l’absent qui, en proie à la déglingue, pèse cruellement sur ce clan si convenable, dont chacun des membres a tenté de l’aider.
Dérive de l’alcoolisme, brutalité de la rue
Bordeaux, un appartement cossu, et une chambre au cinquième étage. Du balcon, on voit la Garonne, on sent le vent de mer. Le récit s’inscrit dans les quelques heures que dure un accouchement : la naissance de la deuxième enfant de Lou, fille aînée de Danielle et Olivier, un magistrat depuis peu à la retraite. Mais les secrets et les révélations des parents et de leurs enfants se multiplient dans les cinq séquences qui font alterner les points de vue des protagonistes.
Comment cède-t-on, peu à peu, et irrémédiablement, à la dérive de l’alcoolisme, à la brutalité de la rue ? Selon Olivier – qui éleva Romain, né d’un premier mariage de Danielle –, l’interventionnisme des proches a désormais atteint sa limite. Puisque différentes cures, suivies de rechutes, n’ont pas empêché de voir s’effondrer « l’aptitude à vivre si défaillante de ce fils par ailleurs infiniment aimable et doué ».
Mathilde, leur fille rebelle, partie faire des études à Barcelone, se sent, elle, très proche de Romain par son propre désir de transgression. Un grand frère qui, pour elle, déployait des trésors de patience et avait eu pour ses silences « une sorte d’oreille absolue,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Pour la première fois au Metropolitan Opera, la partition de Massenet, mise en scène par Laurent Pelly, a charmé le public.
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Opéra : la Cendrillon toujours magique de Joyce DiDonato

Pour la première fois au Metropolitan Opera, la partition de Massenet, mise en scène par Laurent Pelly, a charmé le public.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 08h18
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 08h35
    |

                            Marie-Aude Roux (New York)








                        



                                


                            

Joyce DiDonato en a pris des carrosses et égaré des ­pantoufles de verre depuis 2006 et son premier bal chez Laurent Pelly dans la Cendrillon de Massenet monté à l’Opéra de Santa Fé (Nouveau-Mexique). La mezzo américaine a ensuite gagné à sa cause deux théâtres royaux en 2011, le Covent Garden de Londres (dont témoigne un DVD paru chez Virgin ­Classics) puis la Monnaie de Bruxelles, avant Barcelone. Point de passage à l’Opéra de Lille cependant l’année suivante où elle laissait sa place à la lumineuse Cendrillon de Renata Pokupic que courtisait le prince très charmant de Gaëlle Arquez.
Aujourd’hui, avant que son carrosse ne s’arrête à l’Opéra de Chicago la saison prochaine, c’est au Metropolitan Opera de New York que la « diva de Kansas City » assure la première production de l’opéra de Massenet jamais re­présentée dans l’histoire du grand théâtre lyrique, accueillie en grande pompe jusqu’au 11 mai dans le tendre habit de cendres dont Pelly a revêtu sa touchante héroïne jusque dans les splendeurs de la fête.
Cruel jeu de cache-cache
Le vieux livre de contes, lieu de l’enfance fantasmée, s’est rouvert aux quatre coins du feu et de la scène, les hommes-chevaux blancs piaffent encore de la même impatience, crinières et jambes frémissantes. Les deux ­vilaines sœurs et une pépinière de prétendantes arborent toujours l’étonnante garde-robe aux allures de topiaires qui fera immanquablement sensation parmi le public. Le pari de Pelly résiste au temps, qui réunit en un délicat appareil la grâce poétique de cette « féerie lyrique » créée à l’Opéra-Comique en 1899 et la cruauté foncière du conte adapté de Perrault par le librettiste Henri Cain. Tout au plus la lande de légende de Fairy Oak qui voit les deux amants au ­désespoir se chercher sans se voir s’est-elle transformée en une ­féerique forêt urbaine, transportant le cruel jeu de cache-cache sur les toits d’immeubles parisiens aux cheminées rougeoyant comme des tisons.
A 49 ans, la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Nombre d’œuvres fortes ponctuent le parcours d’« Al Musiqa, voix et musiques du monde arabe », présenté par la Philharmonie de Paris.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Des chants des qaynats au mix urbain du XXIe siècle

Nombre d’œuvres fortes ponctuent le parcours d’« Al Musiqa, voix et musiques du monde arabe », présenté par la Philharmonie de Paris.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 07h54
    |

                            Patrick Labesse








                        



                                


                            

Entre l’installation de tambours suspendus au-dessus des têtes à l’entrée – œuvre du calligraphe tunisien Nja Mah­daoui – et « Monsieur Anis », assis sur son lit dans sa maison dévastée, en train d’écouter, pipe en main, un disque qui tourne sur son vieux pick-up sauvé du désastre par on ne sait quel miracle – image prise à Alep, en Syrie, par le photographe libanais Joseph Eid en 2017 –, nombre d’œuvres fortes ponctuent le parcours d’« Al Musiqa, voix et musiques du monde arabe », présenté par la Philharmonie de Paris. Le parti pris de montrer qu’il existe dans les pays arabes une création contemporaine fortement connectée au patrimoine et à l’histoire semble évident. C’est un des points forts de cette exposition trilingue (français, arabe et anglais).

Les lacunes de cette traversée, contrainte par un espace trop réduit, pourront être en partie compensées en branchant son casque audio sur l’une des cartes sonores installées dans les salles. Chacun des sept espaces correspond à une époque, une zone géographique ou une thématique. On commence par la période qui précède l’apparition de l’islam (VIIe siècle) dans la péninsule Arabique, où existe une poésie magnifiée par le chant des qaynats, les esclaves musiciennes. Après la constitution des grands califats, le voyage mène en Andalousie, où les Omeyyades ont créé l’empire Al-Andalous. Et au Persan Ziryab (789-857), ce musicien auquel est attribuée la naissance de la nouba, la suite instrumentale et vocale de la musique arabo-andalouse qui se développa au Maghreb, après la Reconquista de 1492 et l’expulsion d’Espagne des musulmans et des juifs.
Musiques mystiques et métissages
S’ensuivent une évocation des musiques mystiques et des métissages entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. Bercé par le rythme des chants soufis, le visiteur entre ensuite dans une salle consacrée à l’Egypte, où l’on retrouve évidemment l’icône incontournable, la chanteuse Oum Kalsoum (1898-1975)....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Dans « Insouciances du cerveau », le philosophe conteste aux neurosciences le pouvoir de tout dire du moi et de la pensée.
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Emmanuel Fournier par-delà la matière grise

Dans « Insouciances du cerveau », le philosophe conteste aux neurosciences le pouvoir de tout dire du moi et de la pensée.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 07h45
    |

                            Jean-Paul Thomas (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Insouciances du cerveau, précédé de Lettre aux écervelés, d’Emmanuel Fournier, L’Eclat, « Philosophie imaginaire », 176 p., 18 €.

Le prestige des neurosciences et des sciences cognitives porte au conformisme. Il est téméraire de se montrer irrévérencieux à leur égard, tant la moindre réserve est tenue pour de l’insolence et fait courir le risque d’une marginalisation. Aussi est-ce sur les doigts d’une main que se comptent les impertinents qui entendent ne pas céder à l’intimidation. Emmanuel ­Fournier est l’un d’eux. Précédé d’une Lettre aux écervelés, Insouciances du cerveau présente un duel : l’auteur affronte les neurosciences et l’imagerie cérébrale en un combat à fleurets mouchetés.
Il est vrai que l’ambition théorique – et pratique – des neurosciences est immense. Leur projet fondateur est de comprendre comment le cerveau fonctionne, d’examiner les processus qui sont à la source de nos connaissances. En somme, penser la pensée, avoir la connaissance de la connaissance, en posant qu’elle s’explique par l’organisation d’un système matériel, notre cerveau. Physiologiste et philosophe, Emmanuel Fournier est informé des recherches en cours, mais juge leur prétention exorbitante, et leur sérieux pesant. Sa préférence va à la pensée capricieuse, légère, attentive aux rencontres. A Roscoff, à Ouessant – le livre fait état de ces séjours –, les pensées lui viennent en marchant. Il les note sur un carnet, tenu de juin à décembre 2015. Comme un peintre qui reprend ses croquis à l’atelier, il élucide ensuite ses intuitions et ses questions.

Comment me comprendre ? Que faire de mon cerveau, cet organe de contrôle que les appareils d’imagerie exhibent ? Un dialogue familier se noue entre lui-même et son double, ce cerveau qui, selon les neurosciences, « décide de tout pour moi » et fait de moi « cet écervelé qui dit “je” sans savoir de quoi il retourne ». A...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ L’autobiographie comme moyen d’éclairer l’imaginaire national. C’est ce qu’accomplissent, dans deux livres passionnants, la sociologue avec « Une histoire de France », et l’académicienne avec « L’Eglantine et le Muguet ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Les histoires de France de Nathalie Heinich et Danièle Sallenave

L’autobiographie comme moyen d’éclairer l’imaginaire national. C’est ce qu’accomplissent, dans deux livres passionnants, la sociologue avec « Une histoire de France », et l’académicienne avec « L’Eglantine et le Muguet ».



Le Monde
 |    26.04.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 11h48
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Une histoire de France, de Nathalie Heinich, Les Impressions nouvelles, « Fort intérieur », 224 p., 18 €. 
L’Eglantine et le Muguet, de Danièle Sallenave, Gallimard, 544 p., 22,50 €.

Voici quelques décennies que, à la suite de Tristes Tropiques (Plon, 1955), de Claude Lévi-Strauss (1908-2009), littérature et sciences sociales partagent un même terrain, celui des récits de soi, entièrement renouvelés – par la philosophie dans « Circonfession », de Jacques Derrida (1930-2004), publié dans Jacques Derrida, de Geoffrey Bennington (Seuil, 1991), par l’histoire dans Composition française, de Mona Ozouf (Gallimard, 2009), ou encore par la critique littéraire dans Bardadrac, de Gérard ­Genette (Seuil, 2006).
Ni complaisance ni nostalgie
De ces croisements féconds témoigne la parution simultanée de L’Eglantine et le Muguet, passionnante enquête de la romancière et essayiste Danièle Sallenave à travers l’histoire et la géographie de son Anjou natal, et Une histoire de France, où la sociologue Nathalie ­Heinich mêle les outils de sa discipline à cette « connaissance spéciale de la psychologie humaine que nous procure la littérature ». Les deux femmes ont en commun une certaine distance à l’égard de Pierre Bourdieu (1930-2002).
Bien qu’ayant soutenu une thèse de sociologie de l’art sous la direction de ce dernier, Nathalie Heinich a, depuis, critiqué le militantisme qui sous-tend sa théorie du champ. Fille d’instituteurs (son père exerça dans les années 1930 à Trélazé, la banlieue « rouge » d’Angers), Danièle ­Sallenave s’élève pour sa part contre l’idée qu’une certaine familiarité avec les classiques de la littérature soit automatiquement le signe d’une distinction sociale – aussi modeste fût-elle, sa famille entretenait une tout autre familiarité avec la culture, faite de « reconnaissance...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos de « Savantes nébuleuses », de Volny Fages.
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Qui a la parole ? Poussière de cosmogonies

La chronique de Bruno Latour, à propos de « Savantes nébuleuses », de Volny Fages.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 07h45
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
Savantes nébuleuses. L’origine du monde entre marginalité et autorité scientifique (1860-1920), de Volny Fages, Editions de l’EHESS, « En temps & lieux », 362 p., 24,80 €.

En ce temps-là, le XIXe siècle, les scientifiques étaient respectés, la circulation de leur autorité obéissait à des règles claires qui faisaient descendre les avis sur telle ou telle controverse depuis l’Académie des sciences, à Paris, jusqu’aux feuilles de province. De même qu’il y avait un Etat français, il y avait une institution hiérarchisée de la science française, qui évitait que le premier foutriquet venu vienne se mêler de compléter, discuter ou réfuter les travaux des académiciens. Les chercheurs d’aujourd’hui, dont l’autorité est constamment remise en question sans que l’on parvienne à régler le sort des controverses que chacun semble avoir le droit de lever sous le moindre prétexte, pourraient considérer l’époque décrite par Volny Fages dans Savantes nébuleuses comme un paradis perdu.
Pourtant, si l’économie du ruissellement est critiquée à juste raison, il devrait en être de même de l’épistémologie du ruissellement. Même à cette époque, la science positive ne coule pas forcément depuis sa source parisienne jusque dans les lointaines provinces dans une seule direction et sans tourbillon. Il y a des sujets qui enflamment l’imagination et la libido sciendi de polytechniciens, d’ingénieurs, d’astronomes amateurs et autres naturalistes.
Les barrières sautent
La question d’histoire des sciences que pose ce livre très bien documenté, en retraçant la multiplication des théories sur l’origine et l’évolution de l’univers, ou cosmogonies, est de savoir comment une institution scientifique maintient la limite entre discussion savante et discussion non savante quand un sujet intéresse trop de gens et trop passionnément. Le parallèle avec la situation présente est inévitable : les scientifiques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Endroit du paradis. Trois études », de Clément Rosset.
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Figures libres. Clément Rosset a quitté le paradis

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Endroit du paradis. Trois études », de Clément Rosset.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 09h33
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
L’Endroit du paradis. Trois études, de Clément Rosset, Encre marine, 62 p., 9,90 €.

Moins d’un mois après sa mort, le 28 mars, à l’âge de 78 ans, le philosophe Clément Rosset reprend la parole. « Ce petit livre, dit-il, est consacré à une dernière (je l’espère pour moi et pour mes lecteurs) tentative d’analyse et de description de la joie de vivre et de la joie d’exister. » Voilà une phrase qui, énoncée à titre posthume, devient évidemment fort curieuse.
Elle exprime en effet un espoir qui s’est réalisé : ces trois textes sont devenus, de fait, l’ultime évocation de cette jubilation que Clément Rosset n’a cessé de cultiver et d’explorer. Il n’a sans doute pas poussé la facétie jusqu’à le faire exprès, mais ce n’est pas à exclure, parce qu’avec lui on pouvait s’attendre à tout.
La difficulté, c’est d’abord de saisir ce qui motive pareille joie. « Les raisons qui nous expliqueraient pourquoi la vie est désirable, voire infiniment désirable, ont toujours manqué à l’appel ou n’ont avancé que des motifs incompréhensibles ou opaques. » Vous pouvez toujours interroger les philosophes – même Spinoza ou Nietzsche, plutôt qualifiés sur la joie de vivre –, vous resterez sur votre faim.
Vous ne saurez jamais pourquoi vivre rend heureux, inconditionnellement, indépendamment des circonstances extérieures. Car la plus grande bizarrerie de cette joie est de demeurer insensible aux fluctuations, d’être « étrangère aux événements ». Elle peut être interrompue, par la torture ou par la mort, mais pas modifiée.
Lire l’entretien de 1982 avec Clément Rosset
Clément Rosset, avec la nonchalance limpide et tranchante qui fait son style, rapproche ce bonheur du bouclier d’Achille, décrit au chant XVIII de l’Iliade. Y sont représentées des scènes de la vie réelle des gens : le quotidien plutôt que l’héroïque, l’humain terre-à-terre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Moins meurtrier que le nazisme ou le stalinisme, le régime mussolinien était tout aussi totalitaire, rappelle l’historienne dans « Totalitarisme fasciste ».
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Marie-Anne Matard-Bonucci renvoie le fascisme à sa violence

Moins meurtrier que le nazisme ou le stalinisme, le régime mussolinien était tout aussi totalitaire, rappelle l’historienne dans « Totalitarisme fasciste ».



Le Monde
 |    26.04.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 11h53
    |

            Marc Semo








                        



                                


                            
Totalitarisme fasciste, de Marie-Anne Matard-Bonucci, CNRS Editions, 320 p., 25 €.

Le fascisme mussolinien fut une source d’inspiration pour Hitler comme pour tous les dictateurs issus des mouvements nationalistes autoritaires dans l’Europe de l’entre-deux-guerres. Le concept même de « totalitarisme » a ses racines dans le « Stato totalitario » (« Etat totalitaire »), un des éléments constitutifs du fascisme triomphant. Longtemps, pourtant, beaucoup de chercheurs, à commencer par Hannah Arendt (1906-1975), ont considéré le fascisme italien comme une dictature à parti unique différente du phénomène totalitaire.
Si l’on s’en tient au territoire italien – hors colonies et hors guerre –, il est vrai que le nombre de victimes du « ventennio » (les deux décennies que dura le régime fasciste en Italie, de 1922 à la chute de Mussolini, en 1943) reste très modeste par rapport aux exterminations de masse du nazisme ou du stalinisme. Le tribunal spécial pour la défense de l’Etat prononça ainsi, entre 1926 et 1943, quarante-deux peines capitales. Les opposants étaient plus volontiers envoyés en « relégation » dans le sud du pays ou dans des îles. Ce fut le cas de 15 000 d’entre eux sur la période.
Pourfendre des idées reçues
Mais il s’agit en bonne partie d’un faux-semblant. « Le fascisme ne fut pas la variante ensoleillée du national-socialisme, mais un régime d’oppression et de terreur fondé sur la violence », rappelle Marie-Anne Matard-Bonucci dans un livre dense qui vise à pourfendre nombre d’idées reçues sur le sujet. Or le bilan peu sanguinaire du régime est l’un des éléments contribuant, en Italie, à sa banalisation, voire à sa réhabilitation.
Quand, en 1994, Silvio Berlusconi s’est lancé en politique, il n’a pas hésité à s’allier avec les néofascistes de Gianfranco Fini, cassant un tabou en vigueur depuis 1945. « Mussolini n’a jamais tué personne, et il envoyait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Une écrivaine, après son divorce, s’efforce de se reconstruire, comme elle le fait de son nouvel appartement londonien. « Transit », tragi-comique.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Rachel Cusk met la vie en chantier

Une écrivaine, après son divorce, s’efforce de se reconstruire, comme elle le fait de son nouvel appartement londonien. « Transit », tragi-comique.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 09h19
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Transit, de Rachel Cusk, traduit de l’anglais par Cyrielle Ayakatsikas, L’Olivier, 240 p., 22 €.

Des histoires sans histoire. Des lambeaux de presque rien. Assemblés bord à bord et cousus au fil de la tragi-comédie… Voilà à quoi ressemblent les drôles de patchworks de Rachel Cusk, cette Britannique découverte avec Arlington Park (L’Olivier, 2007). Sa spécialité : les drames domestiques. Minuscules le plus souvent. Comme dans cette scène où une femme au bord de la crise de nerfs balance la boîte-repas de ses enfants sur le mur de la cuisine en hurlant qu’ils lui « gâchent la vie ». Une page où l’auteure suggère sans y croire que cette femme avait tout pour être heureuse. Pourquoi diable s’évertuait-elle à réfléchir à sa place dans le couple, aux sacrifices qu’elle avait faits ? Pourquoi se vengeait-elle sur les murs blancs de sa jolie cuisine ?
Divorcée, vulnérable et seule
Une décennie et quatre romans plus tard, Rachel Cusk nous présente Faye, non plus une ménagère désespérée, mais une écrivaine en « transit » – c’est le titre de son nouveau livre. Entre deux vies. Fraîchement divorcée, vulnérable et seule – ses fils ont été confiés à leur père –, Faye se laisse ballotter d’un festival littéraire à un cours d’écriture auquel elle participe pour arrondir ses fins de mois et financer les travaux de son nouveau logement.
Tout un poème, cet appartement ! Elle l’a choisi pour sa situation dans Londres, malgré les mises en garde de l’agent immobilier. « En piteux état. Pour ne pas dire insalubre. La plupart de ses clients, même les plus désespérés, n’en auraient voulu pour rien au monde. » L’entrepreneur lui aussi a tenté de la dissuader. « Je trouve ça dommage de vous imposer tout ça. Vous pourriez toujours remettre l’appartement sur le marché, le refiler à un autre pigeon. »
Mais les femmes de Cusk ne s’en laissent pas conter. Sous l’œil de ses...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Le roi de Suède est intervenu dans l’incroyable crise qui secoue l’Académie suédoise et qui décrédibilise sa raison d’être majeure.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Le prix Nobel de littérature en péril

Le roi de Suède est intervenu dans l’incroyable crise qui secoue l’Académie suédoise et qui décrédibilise sa raison d’être majeure.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 07h30
    |

                            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








                        



                                


                            

L’Académie suédoise, et avec elle le prix Nobel de littérature, survivront-ils à la crise historique qui secoue l’institution depuis novembre 2017, atteignant de nouveaux sommets ces dernières semaines ? Vendredi 20 avril, les onze « immortels » restants (sur dix-huit) ont annoncé qu’ils avaient saisi la justice et qu’ils feraient tout pour retrouver la confiance du public, en Suède et à l’étranger.

Ils s’étaient déjà réunis la veille, comme chaque jeudi. Mais, au lieu de leur ­quartier général, à Börshuset, l’ancienne Bourse, dans la vieille ville de Stockholm, ils avaient préféré se retrouver à quatre kilomètres de là, sur l’île de Djurgarden, dans la villa Bergsgarden, une grosse ­bâtisse jaune au toit de tuile, utilisée pour les réceptions. Un changement de dernière minute visant à éviter les manifestantes, rassemblées devant leurs ­locaux habituels.
Près de 2 000 femmes s’y étaient donné rendez-vous, ce jeudi 19 avril, pour exprimer leur soutien à Sara Danius, l’ancienne secrétaire perpétuelle, limogée lors de la précédente réunion hebdomadaire, le 12 avril. Toutes portaient un ­chemisier lavallière, tenue favorite de l’ex-académicienne, devenue en quelques jours, en Suède, le symbole d’une révolte contre le patriarcat et l’ordre établi.
Car nombre de Suédois ne digèrent pas son expulsion. Depuis 2013, Sara Danius n’était pas seulement la première femme à occuper les fonctions de secrétaire perpétuelle. Elle incarnait aussi le modernisme et une volonté de dépoussiérer l’institution. Pour preuve, sa détermination à faire la lumière sur les responsabilités de chacun, dès le début du scandale, en novembre 2017.
Dans le quotidien Dagens Nyheter, dix-huit femmes accusaient alors de viols et d’agressions sexuelles le Français Jean-Claude Arnault, mari d’une des acadé­miciennes, Katarina Frostenson, et directeur artistique du Forum, un lieu de ­rendez-vous culturel stockholmois, en partie financé par l’académie.
En...




                        

                        

