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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Dans le modèle androcentrique de la sexualité qui prévaut en Occident, cet organe, le seul uniquement dédié au plaisir, est longtemps resté invisible.
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Pourquoi le clitoris a tant perturbé l’histoire médicale

Dans le modèle androcentrique de la sexualité qui prévaut en Occident, cet organe, le seul uniquement dédié au plaisir, est longtemps resté invisible.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 12h05
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
A la rentrée 2017, il s’est produit une petite révolution dans le domaine des manuels scolaires de sciences de la vie et de la Terre (SVT) : pour la première fois, l’un d’entre eux, conçu par les éditions Magnard, a représenté, dans son schéma de l’appareil génital féminin, le clitoris de manière anatomiquement correcte. C’est-à-dire d’une taille considérable.
Un organe « en trop »
Depuis de nombreuses années, on sait en effet que la partie visible de cet appendice érectile, riche de 7 500 terminaisons nerveuses ­ (contre 6 000 pour le pénis), se prolonge en faisant un coude à l’intérieur du corps, puis se sépare en deux arches qui viennent entourer le vagin et l’urètre – le tout faisant une dizaine de centimètres de long. Or, selon un rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes publié en juin 2016, une fille de 15 ans sur quatre ne sait pas qu’elle a un clitoris. C’est dire l’importance de cette reconnaissance officielle. Mais que de temps il aura fallu pour en arriver là !
Comment un simple organe a-t-il pu donner, aux hommes comme aux femmes, tant de fil à retordre ? Car le clitoris, dans l’histoire médicale, culturelle ou politique, a toujours été un élément perturbateur. Dans la vision ancestrale de l’inversion entre le masculin et féminin, c’est un organe « en trop ». Et d’autant plus troublant qu’il est le seul à être uniquement dédié au plaisir, sans aucune fonction reproductrice.
L’excision est encore pratiquée chaque année sur un à trois millions de femmes dans le monde
Dans un article sur l’anatomie politique du clitoris publié en 2012 dans les Cahiers d’histoire, l’historienne Sylvie Chaperon rappelle le faible nombre de descriptions présentes dans le corpus antique connu, la manière dont cet appendice est resté quasiment ignoré de la médecine jusqu’à la Renaissance, ainsi que les récits récurrents des opérations génitales visant à le réduire ou à le supprimer – une excision aujourd’hui encore...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ De l’invention de la gynécologie à la théorie freudienne, des « pilules du désir » aux modèles neuronaux contemporains, la façon dont le discours savant envisage la sexualité féminine a toujours été soumise au contexte social et politique de l’époque, explique l’historienne et sociologue Delphine Gardey.
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Comment la science modèle le sexe des femmes

De l’invention de la gynécologie à la théorie freudienne, des « pilules du désir » aux modèles neuronaux contemporains, la façon dont le discours savant envisage la sexualité féminine a toujours été soumise au contexte social et politique de l’époque, explique l’historienne et sociologue Delphine Gardey.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 12h04
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
Delphine Gardey, historienne et sociologue, est professeure d’histoire contemporaine à l’université de Genève, et actuellement résidente à l’Institut d’études avancées de Paris. Auteure de l’ouvrage Le Linge du Palais-Bourbon. Corps, matérialité et genre du politique à l’ère démocratique (Le Bord de l’eau, 2015), elle a codirigé avec Marilène Vuille Les Sciences du désir. La sexualité féminine, de la psychanalyse aux neurosciences (Le Bord de l’eau, 334 pages, 22 euros). Un ouvrage passionnant qui s’intéresse aux discours savants sur la sexualité féminine, à leurs contradictions, aux contextes social et politique dans lesquels ils s’inscrivent et qu’ils transforment en retour.
Les sciences de la modernité, qui se fondent sur l’observation de la nature, ont longtemps fait du « féminin » un objet de prédilection. De quand date cette invention de la « nature féminine » ?
Vers la fin du XVIIIe siècle s’opère un grand partage entre raison et nature. Dans ce partage, les femmes sont classées du côté de la nature, les hommes du côté de la culture. L’idée que la femme puisse être l’égale de l’homme a certes circulé pendant la Révolution française, mais très vite, la parenthèse se referme : dès 1804, le code Napoléon prive les femmes mariées de droits juridiques, à l’instar des mineurs, des criminels et des aliénés.
e siècle, les hommes sont vus comme les agents de la raison et du progrès, tandis que les femmes, êtres déraisonnables, sont des objets privilégiés de l’observation »
Et ce moment où les femmes sont empêchées d’accéder à la démocratie est rendu possible, notamment, parce que la science les place du côté de la nature. Les hommes sont les agents de la raison et du progrès, tandis que les femmes, êtres déraisonnables, sont des objets privilégiés de l’observation. Elles sont « la » différence, comme l’a thématisé la philosophe Geneviève Fraisse. « La » femme est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Entretien croisé entre les économistes Patrick Artus et Pierre Cahuc, lors du Club de l’économie du « Monde », mercredi.
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Inégalités économiques : « Un danger de capture des leviers de pouvoir par les plus riches »

Entretien croisé entre les économistes Patrick Artus et Pierre Cahuc, lors du Club de l’économie du « Monde », mercredi.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 12h01
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 15h47
    |

            Philippe Escande et 
Stéphane Lauer








                        


Patrick Artus, chef économiste de la banque Natixis, et Pierre Cahuc, professeur à Polytechnique et à l’ENSAE, ont débattu des mutations du travail et de la nécessité des réformes en France, lors du Club de l’économie du Monde, mercredi 25 avril. Morceaux choisis.
La mutation du marché du travail
Patrick Artus. « Le monde des salariés est agressé. Prenons les normes de rémunération du capital. Aux Etats-Unis, le rendement du capital est de 15 %, quand l’Etat se finance à 3 %. Cette prime de risque de 12 % ne se justifie pas. La rémunération des actionnaires est trop élevée, peu cyclique et peu risquée. Pour la garantir, on assiste à une déformation du partage des revenus au détriment des salaires. Parallèlement apparaît une “bipolarisation” du marché du travail, avec une disparition des emplois intermédiaires.

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                « Qui profite de la reprise économique ? »



En France, cette distorsion pousse les jeunes diplômés à prendre des postes qui ne correspondent pas à leurs qualifications, ce qui conduit les non-diplômés à être évincés du marché l’emploi. »
La réforme en France
Pierre Cahuc. « Le paritarisme fonctionne assez mal. L’assurance-chômage et la formation professionnelle sont des systèmes très inefficaces. Les tentatives de réforme ont jusqu’à présent toutes échoué. C’est la première fois qu’on a une équipe gouvernementale qui a un plan clair et cohérent. Que cela suscite des résistances, c’est un fait. Mais il y a un consensus en France sur cet échec du paritarisme, d’où l’absence de mobilisation massive contre sa remise en cause. »
La formation
Patrick Artus.« L’énorme problème, ce sont les compétences de la population active. Nous sommes tous très positifs sur la réforme de la formation professionnelle, mais en faisons-nous assez ? Est-ce à la hauteur du problème, alors que la France est en queue de peloton dans ce domaine ? A ce stade, on n’en sait pas grand-chose. »
Pierre Cahuc. « S’appuyer sur la formation professionnelle est une bonne chose, mais les résultats prendront du temps. Le meilleur moyen de faire entrer les moins qualifiés sur le marché du travail, c’est de baisser le coût de ce dernier. C’est ce qu’a fait l’Allemagne en 2005, en facilitant la flexibilité des salaires et en taillant dans les aides sociales. Cela a été ­violent, mais cela a créé des incitations à travailler avec des mini-jobs qui ne sont pas soumis à l’impôt sur le revenu. Rapidement, on a vu l’emploi augmenter, essentiellement pour des personnes peu qualifiées.
En France, il faut se poser la question de savoir comment stimuler cette entrée dans le marché du travail de personnes peu qualifiées, en ayant plus de flexibilité sur les salaires et en complétant les revenus par un revenu universel, un RSA qui serait plus généreux, alors que, sur les vingt dernières années, celui-ci a moins augmenté que le smic. L’enjeu, aujourd’hui, c’est la réduction du chômage des jeunes. »
Le salaire minimum
Pierre Cahuc. « Le salaire minimum n’est pas un bon instrument de redistribution comparé à la fiscalité et aux transferts sociaux. Quand on relève le smic, on augmente le revenu de ménages dont 40 % appartiennent aux cinq déciles les plus hauts de la distribution des revenus, parce qu’il s’agit de couples où il y a deux personnes qui travaillent. Les pauvres en France, ce sont les femmes seules avec enfants qui ont de faibles revenus. Pour les cibler, augmenter le smic est très inefficace.

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En France, le salaire minimal est élevé, à 60 % du salaire médian contre 40 % en Allemagne. Ce n’est pas favorable à l’emploi et à l’insertion des jeunes. On peut redistribuer plus, plus efficacement, avec d’autres outils, comme la prime d’activité. Dire que le smic est un problème ne signifie pas qu’on veut plus d’inégalités. Au contraire, cela veut dire qu’on veut les réduire de manière plus efficace. »
Inégalités et capitalisme
Pierre Cahuc. « Le développement des inégalités représente un danger de capture des leviers de pouvoir par les très riches. C’est ce qui se passe aux Etats-Unis, ce qui conduit à l’appauvrissement des salariés. Du fait de la mondialisation, on a observé cette déformation de la distribution des revenus, qui pose un problème structurel de gouvernance au niveau des Etats. La problématique est mondiale : on voit que ceux-ci ont du mal à se coordonner sur la taxation des multinationales qui génèrent beaucoup de profits. »
Patrick Artus. « Aux Etats-Unis, des entreprises ont réussi à générer des positions dominantes. Elles paient extraordinairement bien leurs dirigeants et leurs cadres stratégiques. Les inégalités ne seraient pas le reflet de l’innovation (ce qui était la thèse optimiste), mais résultent du fait que les innovations permettent d’obtenir des rentes de monopole.

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                En matière d’inégalités, les Etats-Unis perdent le match face à l’Europe



Il est nécessaire de faire émerger un modèle différent du modèle anglo-saxon, un capitalisme européen qui n’a pas la même gouvernance, qui regarde le long terme, qui ne demande pas 15 % de rendement, qui s’intéresse à l’environnement, aux inégalités. Certains gérants d’actifs commencent à avoir des positions radicales sur ces sujets. Evidemment, tant que nos entreprises seront la propriété des fonds anglo-saxons, il ne se passera rien.
Il faut qu’à gauche on comprenne qu’il est nécessaire que les Européens achètent des actions et qu’on doit se doter de fonds de pension. Les actions ne représentent que 5 % des actifs gérés par les assureurs européens contre 50 % aux Etats-Unis. La première étape, c’est de reprendre la propriété capitalistique de nos entreprises. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans sa chronique, la journaliste du « Monde » Audrey Tonnelier explique que le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu qui entrera en vigueur à partir du 1er janvier a tout du big-bang fiscal pour les 37 millions de foyers fiscaux tricolores.
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Prélèvement à la source : « Le gouvernement est condamné à la réussite »

Dans sa chronique, la journaliste du « Monde » Audrey Tonnelier explique que le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu qui entrera en vigueur à partir du 1er janvier a tout du big-bang fiscal pour les 37 millions de foyers fiscaux tricolores.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h37
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 17h43
    |

            Audrey Tonnelier








                        



                                


                            

Tendances France. Perdue dans le tourbillon des réformes lancées par Emmanuel Macron, celle-ci passerait presque inaperçue. Et pourtant. Le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu (IR), décidé par la précédente majorité et entériné par l’actuelle, entrera en vigueur à partir du 1er janvier 2019. Et il a tout du big-bang fiscal pour les 37 millions de foyers fiscaux tricolores (dont seuls un peu plus de 16 millions sont redevables de l’IR). Mais aussi pour l’administration, et pour les entreprises, désormais chargées de collecter l’impôt sur le salaire de leurs employés.
Pour les Français d’abord, difficile d’adhérer au mot d’ordre que Bercy reprend sur tous les tons depuis deux semaines : simplicité. Certes, le nouveau dispositif permettra d’intégrer quasiment en temps réel un changement de situation (naissance, divorce, retraite, perte de loyers pour un propriétaire…). Un argument à destination, notamment, des quelque 30 % de contribuables qui voient leurs revenus baisser d’une année sur l’autre. Ils étaient perdants dans l’actuel système, contraints de s’acquitter de montants élevés fondés sur leurs revenus de l’année précédente.

Mais en termes de simplification, on repassera. Entre l’obligation de continuer à remplir chaque année une déclaration de revenus, le fait que le prélèvement à la source ne s’appliquera pas aux plus-values mobilières ou immobilières, que les réductions et crédits d’impôts continueront à être versés avec un an de décalage, et la nécessité de choisir entre trois taux d’imposition différents, pas sûr que les Français aient le sentiment de gagner au change…
Quant à l’effet psychologique du dispositif, qui fera baisser facialement les revenus mensuels, il risque d’alimenter encore le procès en baisse du pouvoir d’achat intenté à la majorité par l’opposition depuis le début de l’année.
Surcharge administrative
Dans les entreprises, l’heure n’est pas non plus au satisfecit....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ « Le Monde » publie l’introduction du rapport sur les banlieues remis, jeudi 26 avril,  par l’ancien ministre de la ville au premier ministre, Edouard Philippe.
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Rapport Borloo : « Un sursaut de la nation »  pour les banlieues

« Le Monde » publie l’introduction du rapport sur les banlieues remis, jeudi 26 avril,  par l’ancien ministre de la ville au premier ministre, Edouard Philippe.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h37
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 12h38
   





                        



                                


                            
Jean-Louis Borloo, « le père de la rénovation urbaine », a remis son rapport, jeudi 26 avril, au premier ministre, dont « Le Monde » publie ci-dessous l’introduction. Il dénonce « la mystification » des politiques de la ville, s’alarme de l’immobilité de l’élite technocratique et en appelle à « un sursaut de la nation ». Ce rapport isole 19 programmes, de l’éducation à l’emploi, la police ou la mixité, pensés avec les maires et les associations de terrain depuis des mois. Jean-Louis Borloo veut sanctionner l’inertie administrative et nommer un « général Patton » pour mettre le plan en œuvre.

Document. L’heure n’est plus aux rapports d’experts, l’heure est à l’action. La situation est facile à résumer : près de 6 millions d’habitants vivent dans une forme de relégation, voire parfois d’amnésie, de la nation réveillée de temps à autre par quelques faits divers ; un effort public en berne ; des maires de banlieues qui se battent en première ligne, qui craquent parfois et jettent l’éponge, des agents publics et des bénévoles épuisés.
Les causes sont connues : des grands ensembles impossibles construits sous l’influence de la charte d’Athènes [charte sur la planification et la construction des villes, établie sous l’égide de Le Corbusier en 1933 et publiée en 1941] , enfermés sur eux-mêmes et enclavés, ne bénéficiant pas toujours des fonctions d’une ville, parfois même hors ville, mais toujours de véritables cicatrices urbaines.
Construits rapidement, tous sur le même modèle, pour résorber la crise du logement, ils ont en outre accueilli une immigration de travail transformée en immigration familiale, sans que les moyens d’accueil et d’intégration n’aient été au rendez-vous. Dans le même temps, les usines en proximité qui avaient justifié leur venue fermaient ; la pauvreté concentrée ; le chômage de masse ; des familles parfois monoparentales ; une jeunesse déracinée qui peine à faire sa...




                        

                        


<article-nb="2018/04/26/19-6">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Editorial. Lors de sa visite d’Etat, Macron s’est montré tour à tour complice avec Trump puis mordant contre la politique du président américain face au Congrès.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Macron aux Etats-Unis : une visite à double tranchant

Editorial. Lors de sa visite d’Etat, Macron s’est montré tour à tour complice avec Trump puis mordant contre la politique du président américain face au Congrès.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h36
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 16h16
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Il y a la gestuelle, et puis il y a le fond. En diplomatie, les deux ont un sens, mais la première ne peut l’emporter sur le second. C’est ce que l’on a pu craindre, pendant les deux premiers jours de cette très médiatique visite d’Etat du ­président Emmanuel Macron aux Etats-Unis, du 23 au 25 avril. Au troisième jour, le chef de l’Etat français a rétabli l’équilibre devant le Congrès américain avec un discours franc et massif, à la limite de la bru­talité, en forme de plaidoyer pour toutes les valeurs foulées au pied par son hôte, le ­président Donald Trump.
M. Macron aurait eu tort de se priver de rappeler que, le même jour, le 25 avril 1960, son plus illustre prédécesseur, le général de Gaulle, s’était exprimé à la même tribune : c’était une façon de reprendre de la hauteur. Le général de Gaulle avait alors pour interlocuteur, à Washington, un autre général, Dwight Eisenhower. Les deux présidents ne se prenaient pas par la main, ne se faisaient pas la bise, ne faisaient pas mine d’épousseter le revers de la veste de l’autre en ironisant : « Il faut qu’il soit parfait. » Ils ne tweetaient pas. C’était, d’une certaine manière, plus simple. A trop vouloir jouer sur le paradoxe de sa proximité avec Donald Trump, Emmanuel Macron s’est pris à son propre piège : certaines des images qui resteront de cette visite ne sont pas particulièrement à son honneur – l’honneur de Donald Trump étant, lui, tombé au champ lexical de l’oxymore.
Valeurs européennes
Devant le Congrès, M. Macron a cherché à élever le débat. Dans le droit-fil du discours prononcé une semaine plus tôt devant le Parlement européen de Strasbourg, le président français s’est posé en héraut des valeurs européennes, qui apparaissent de plus en plus comme une vision alternative à celle que tente d’imposer le président Trump dans un monde fracturé. Face au nouvel unilatéralisme américain, M. Macron a défendu le multilatéralisme et ses institutions, créés par les Etats-Unis eux-mêmes. Face au protectionnisme, il a plaidé pour un commerce ouvert. Face au nationalisme et à « la fascination pour le pouvoir fort », il a évoqué la démocratie et les valeurs progressistes. Enfin, il a déployé son énergie pour exposer aux élus américains des deux Chambres, réunies pour l’écouter, les raisons pour lesquelles les Etats-Unis devaient rejoindre l’accord de Paris sur le climat et ne pas jeter aux orties l’accord sur le nucléaire iranien.

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                Devant le Congrès des Etats-Unis, Emmanuel Macron plaide pour l’environnement et la diplomatie



Que retirera-t-il de ces trois jours ? Traditionnellement, une visite d’Etat est avant tout une occasion politique et protocolaire de souligner les liens entre deux pays, pas un temps de négociation ardue et de signature d’accords. Il était donc excessif d’attendre que M. Macron revienne de Washington avec, en poche, la solution au casse-tête de l’accord iranien. Cette visite offrait la possibilité au président français de s’affirmer un peu plus sur la scène mondiale comme le principal défenseur, au nom de l’Europe, d’un ordre international menacé, et il l’a saisie.
Sur l’Iran, il a eu la lucidité de reconnaître que M. Trump ne renoncerait sans doute pas à sa promesse de campagne de quitter l’accord conclu en 2015 par Barack Obama. Mais les deux présidents semblent avoir avancé sur la base du travail accompli par les diplomates européens depuis janvier, avec leurs collègues américains, pour trouver une issue à cette impasse. La chancelière Angela Merkel, attendue vendredi à Washington, poursuivra cet effort.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Le directeur général d’Axa était l’invité du Club de l’économie du « Monde », mercredi 25 avril.
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Thomas Buberl : « Un nouvel âge d’or pour les assureurs »

Le directeur général d’Axa était l’invité du Club de l’économie du « Monde », mercredi 25 avril.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h34
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 11h41
    |

            Philippe Escande et 
Stéphane Lauer








                        



   


Agé de 43 ans, le directeur général d’Axa Thomas Buberl a succédé en 2016 à Henri de Castries à la tête du groupe Axa. Allemand, il a fait l’essentiel de sa ­carrière en Suisse, puis outre-Rhin. Invité du Club de l’économie du Monde, mercredi 25 avril, il est revenu sur les enjeux du couple franco-allemand et les évolutions de son métier.
Le gouvernement mène ses réformes à marche forcée. A-t-il raison de privilégier la vitesse plutôt que la concertation, alors qu’en Allemagne la ­codécision avec les syndicats semble au centre de toute évolution ?
Il est clair que nous sommes aujour­d’hui en France à un point d’inflexion. L’Etat redéfinit son rôle et cherche à accroître la compétitivité du pays. Mais on ne peut pas comparer avec la situation de l’Allemagne, où la cogestion se pratique depuis maintenant soixante-dix ans. ­Celle-ci est marquée par un dialogue proactif où les entreprises, les politiciens et les syndicats se préoccupent plus de demain que d’aujourd’hui ou d’hier.

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Je rêve que ce modèle s’implante en France. Mais cela nécessite un apprentissage. Ce n’est pas une question de maturité, mais de confiance. Je suis très heureux que quelqu’un [le président Emmanuel Macron] ait compris cet enjeu et mette toute son énergie dedans. C’est important pour la France et pour l’Europe.
Justement, le couple franco-allemand semble manquer d’une dynamique. Pourquoi ?
Les deux pays se trouvent dans des situations très différentes. En France, la situation est claire avec un leadeur déterminé, qui a développé une vision très claire de l’Europe. En Allemagne, la situation est compliquée par une coalition difficile à mener et une nouvelle opposition avec l’AfD [parti d’extrême droite]. La chancelière [Angela Merkel] est en train de construire pour elle-même et sa coalition une vision de son pays. Il ne sera pas facile de trouver un accord européen, d’autant qu’il faudra compter avec les petits pays qui font entendre une autre voix.
Si nous voulons une nouvelle dynamique en Europe, nous devons nous interroger sur les défis auxquels elle fait face. Sur ceux de la sécurité extérieure et des migrations, mais aussi, au plan économique, sur la position de l’Europe face aux Etats-Unis et à la Chine, et sur la création de champions économiques pour faire face à ces grandes forces. Emmanuel Macron a inventé un nouveau narratif pour la France, il faut faire de même pour l’Europe.
Quel rôle les grandes entreprises ­peuvent-elles y jouer ?
Définir le rôle des entreprises, c’est redéfinir celui de l’Etat. Une entreprise ne peut pas se focaliser uniquement sur la génération de profits, mais aussi sur sa fonction dans la société, même si le gardien de l’intérêt commun reste l’Etat. Nous pouvons favoriser les échanges de salariés entre la France et l’Allemagne, par exemple. Chacun doit se demander combien il peut créer d’emplois en France et dans les territoires difficiles.
Le gouvernement prépare un projet de loi qui va concerner l’épargne ­retraite et favoriser la sortie en capital plutôt qu’en rente. Vous y êtes opposé. Pourquoi ?
Parce que le besoin a fortement augmenté. Si je veux avoir 1 000 euros par mois de retraite aujourd’hui, j’aurai besoin de deux fois plus d’argent épargné qu’il y a dix ans à cause des taux bas. Il faut donc inciter fortement à l’épargne. Le problème, c’est qu’au moment de la retraite si on dispose d’une somme importante, on va la répartir, donner à ses enfants, voyager et en garder un peu. Ce sera autant d’argent qui n’ira pas dans l’économie réelle, car les gens sont individuellement très conservateurs dans leur appétit d’investissement. Les Suisses se sont posé la question et ont conclu qu’il fallait fermer cette voie de la sortie en capital.
Quel rôle l’assurance doit-elle jouer dans le domaine de la santé et de la dépendance ?
Nous avons des offres dans plusieurs pays, notamment en France, mais la seule réponse assurantielle n’est pas suffisante. Il faut développer des services. Par exemple, en améliorant le parcours médical du client. Nous avons monté un service de télémédecine, il y a deux ans, dont 10 000 clients peuvent profiter. Vous appelez et, dans 70 % des cas, votre problème est résolu immédiatement.

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Plus besoin d’aller chez le médecin, de prendre rendez-vous et d’attendre ou d’aller aux urgences. Dans le cas des maladies chroniques, les 20 % des risques qui créent 80 % des dépenses, on peut mieux accompagner le parcours de soins, avec de nouvelles technologies. Au-delà du simple paiement des factures, il faut que l’on apporte de vrais services.
Dans le cadre de votre recentrage sur la santé et l’assurance-dommage, vous aviez décidé de vous séparer de votre activité de gestion d’actifs Axa IM, avant de vous raviser. Pourquoi ?
Nous avons eu beaucoup de sollicitations de mariage. Nous les avons examinées avec le conseil d’administration et avons conclu que rester seul était la meilleure solution. Cette activité est extrêmement stratégique. Pour notre bilan d’assurance-vie, une usine de gestion d’actifs très efficace nous assure l’accès à des actifs illiquides de long terme. C’est stratégique, et nous refusons le mariage avec quelqu’un d’autre. Point final.
En mars, vous avez annoncé le rachat pour 12 milliards d’euros de l’assureur américain XL. La Bourse vous a ­sanctionné. Le comprenez-vous ?
C’est assez normal, car il y a des risques dans ce changement d’une Axa focalisée sur les marchés financiers, vie et épargne, à une Axa recentrée sur l’assurance dommage et les risques de base de l’assurance. Nous devrons réussir la mise en Bourse de nos activités américaines, intégrer le métier d’XL et enfin réduire notre endettement au niveau d’avant la transaction. Si cela marche, et je suis extrêmement confiant, nous aurons repositionné Axa pour le futur.

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Les GAFA hésitent à se lancer sur le marché de l’assurance. Le danger est-il écarté ?
Google a lancé un comparateur, et Amazon veut se lancer. Ils sont pour l’instant dans la distribution et l’intermédiation, et restent loin du cœur de notre métier, qui est très réglementé. C’est pour nous un signal d’alarme. Ils apportent une relation et une proximité avec les clients et les besoins. Cela nous pousse de nouveau à nous renforcer dans les ser­vices, comme la télémédecine, et à faire en sorte que le paiement des sinistres devienne l’exception dans cette relation. Je vois dans tout cela un nouvel âge d’or pour les assureurs.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Le débat soulevé par le manifeste « contre le nouvel antisémitisme » musulman met sous les projecteurs le livre d’un collectif qui déplore « un déni de réalité ».
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« Le Nouvel Antisémitisme en France », un ouvrage qui suscite une vive controverse

Le débat soulevé par le manifeste « contre le nouvel antisémitisme » musulman met sous les projecteurs le livre d’un collectif qui déplore « un déni de réalité ».



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h29
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 12h04
    |

            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            
Livre. Après la bande-annonce, voilà le film en lui-même. On pourrait le croire, car le controversé manifeste « contre le nouvel antisémitisme » musulman, publié le 22 avril par Le Parisien, débutait en informant de la prochaine parution de cet ouvrage collectif, Le Nouvel Antisémitisme en France. Cette tribune signée par plus de 250 personnes, dont Nicolas Sarkozy, Philippe Val, Jack Lang, Julia Kristeva ou encore Gérard Depardieu, condamne « l’épuration ethnique à bas bruit » en cours dans certains endroits d’Ile-de-France contre les juifs.
Le débat soulevé par la tribune met sous les projecteurs un livre qui est le fruit d’une collaboration entre le comité de soutien Vérité et justice pour Sarah Halimi et l’association internationale interuniversitaire Schibboleth-Actualité de Freud. C’est ce qui explique la composition hétéroclite de ce collectif se partageant entre essayistes ou écrivains comme Pascal Bruckner, Luc Ferry ou Boualem Sansal, des psychanalystes tels que Daniel Sibony et Michel Gad Wolkowicz, et des universitaires. Le ton adopté est celui d’un cinglant réquisitoire contre « un véritable déni de réalité ».
Lina Murr Nehmé, une spécialiste de l’histoire du Liban, revient dans sa contribution sur les circonstances de la mort de Sarah Halimi. Elle retrace le parcours de l’assassin, Kobili Traoré, un « caïd dérangé » qui a fréquenté la tristement célèbre mosquée Omar de la rue Jean-Pierre Timbaud, à Paris, dont l’imam a été expulsé de France, en 2012, pour avoir prêché le djihad.
Pris de délire, et après des semaines de menaces, Traoré parvient à s’introduire chez sa victime dont il connaît la judaïté. Il la roue de coups en criant « Allahou abkar », « le cri du djihad armé », « lancé la première fois par Mahomet quand il a attaqué les juifs de Khaybar en Arabie », signale l’auteure en s’appuyant sur l’un des six grands recueils d’hadiths. Elle demande...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans son rapport, l’ex-ministre de la ville appelle les responsables publics et privés à s’engager avec force.
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Banlieues à l’abandon : Jean-Louis Borloo dénonce un « scandale absolu »

Dans son rapport, l’ex-ministre de la ville appelle les responsables publics et privés à s’engager avec force.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h16
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 17h32
    |

            Louise Couvelaire








                        



                                


                            
Chargé par Emmanuel Macron, en novembre 2017, de proposer un plan de bataille pour les banlieues, Jean-Louis Borloo, le « père » de la rénovation urbaine, a remis son rapport au premier ministre, Edouard Philippe, jeudi 26 avril. Pour les élus et les associatifs des villes urbaines défavorisées – « épuisés » et « en colère » à la suite des coupes budgétaires de l’été 2017, du gel des emplois aidés, de la baisse des APL… –, le plan Borloo est celui « de la dernière chance ». Dans un entretien au Monde, l’ancien ministre de la ville et de la cohésion sociale appelle à une mobilisation nationale d’urgence.
Pourquoi avoir accepté cette mission ?
Ce sont les maires, ces héros de première ligne, et les associations de terrain qui sont venus me voir, ensemble, en septembre 2017, pour me dire qu’ils n’en pouvaient plus. J’ai accepté de donner un coup de main pour les aider à structurer leur action. Lorsque j’ai rencontré Emmanuel Macron [à l’automne], j’ai été très clair sur le constat : la situation est la même qu’il y a quinze ans, où tout se dégradait sournoisement jusqu’à ce que ça explose, avec les émeutes de 2005.
J’ai donc accepté, mais à la condition d’être bénévole et de n’avoir aucune fonction officielle. Pour être efficace dans ce type de mission, il ne faut rien avoir à négocier avec personne. Et c’est mon cas. Je n’ai pas d’agenda.

Préconisez-vous un nouveau plan ?
La situation est grave. Il y a notamment 500 000 jeunes de 16 ans à 24 ans, en bas des tours, les bras croisés. Nous vivons dans un pays où un quart de la jeunesse est à l’arrêt. Constater, raconter, disserter, c’est utile, mais, aujourd’hui, l’objectif est de faire en sorte que chaque responsable public et privé fasse l’effort qu’il faut pour changer cette donne.
Je ne crois pas à un plan gouvernemental. Il faut un plan de mobilisation nationale qui engage...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Deux anciens parlementaires, l’un américain, Patrick Kennedy et l’autre français, Gilbert Mitterrand, dans une tribune au « Monde », appellent les Occidentaux à tenir compte d’une nouvelle réalité en Iran, celle d’un possible changement de régime de l’intérieur.
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« La solution au problème iranien ne saurait être une autre guerre désastreuse dans la région »

Deux anciens parlementaires, l’un américain, Patrick Kennedy et l’autre français, Gilbert Mitterrand, dans une tribune au « Monde », appellent les Occidentaux à tenir compte d’une nouvelle réalité en Iran, celle d’un possible changement de régime de l’intérieur.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 11h09
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 11h10
    |

Patrick Kennedy (Fondateur de Kennedy Forum et ancien membre de la Chambre des Représentants américain) et Gilbert Mitterrand (Président de la Fond...







                        



                                


                            

Tribune. La question iranienne a été au centre des pourparlers avec Donald Trump lors du voyage d’Emmanuel Macron à Washington, où le président français est le premier chef d’Etat étranger à recevoir les honneurs d’une visite d’Etat depuis l’installation du locataire de la Maison Blanche.
La France évoque un plan à quatre volets à l’issue des entretiens à propos de l’Iran : bloquer l’activité nucléaire iranienne jusqu’en 2025, empêcher ces activités à plus long terme, mettre un arrêt à la prolifération balistique de l’Iran et créer des conditions de stabilité politique dans la région.
La conférence de presse des deux présidents semble relater un rapprochement des vues des deux côtés de l’atlantique. « Nous n’avons pas les mêmes positions de départ sur ce point » et « nous avons eu une discussion très approfondie sur le sujet », a déclaré M. Macron, avant d’ajouter espérer « pouvoir travailler à un nouvel accord avec l’Iran ». De son côté M. Trump a réclamé un nouvel accord avec des fondations solides. Il a qualifié l’accord de juillet 2015 sur le nucléaire iranien d’un « accord aux fondations pourries, c’est un mauvais accord, une mauvaise structure ».
« La discussion que nous avons eue ensemble permet, en tout cas, d’ouvrir la voie de ce nouvel accord, qui me paraît indispensable », a souligné Emmanuel Macron. Cette discussion se fait sur fond de la menace de l’administration Trump de se retirer le 12 mai de l’accord sur le nucléaire iranien, si aucune garantie n’est donnée pour contenir « le régime iranien qui soutient le terrorisme et exporte la violence et le chaos à travers le Proche-Orient » selon Donald Trump.
Un nouveau contexte dans le pays
L’Europe et la France en première ligne, s’étaient données pour mission de convaincre Téhéran à faire baisser les tensions. « L’Iran a des programmes balistiques de plusieurs milliers de kilomètres de portée qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans « Insouciances du cerveau », le philosophe conteste aux neurosciences le pouvoir de tout dire du moi et de la pensée.
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Emmanuel Fournier par-delà la matière grise

Dans « Insouciances du cerveau », le philosophe conteste aux neurosciences le pouvoir de tout dire du moi et de la pensée.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 07h45
    |

                            Jean-Paul Thomas (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Insouciances du cerveau, précédé de Lettre aux écervelés, d’Emmanuel Fournier, L’Eclat, « Philosophie imaginaire », 176 p., 18 €.

Le prestige des neurosciences et des sciences cognitives porte au conformisme. Il est téméraire de se montrer irrévérencieux à leur égard, tant la moindre réserve est tenue pour de l’insolence et fait courir le risque d’une marginalisation. Aussi est-ce sur les doigts d’une main que se comptent les impertinents qui entendent ne pas céder à l’intimidation. Emmanuel ­Fournier est l’un d’eux. Précédé d’une Lettre aux écervelés, Insouciances du cerveau présente un duel : l’auteur affronte les neurosciences et l’imagerie cérébrale en un combat à fleurets mouchetés.
Il est vrai que l’ambition théorique – et pratique – des neurosciences est immense. Leur projet fondateur est de comprendre comment le cerveau fonctionne, d’examiner les processus qui sont à la source de nos connaissances. En somme, penser la pensée, avoir la connaissance de la connaissance, en posant qu’elle s’explique par l’organisation d’un système matériel, notre cerveau. Physiologiste et philosophe, Emmanuel Fournier est informé des recherches en cours, mais juge leur prétention exorbitante, et leur sérieux pesant. Sa préférence va à la pensée capricieuse, légère, attentive aux rencontres. A Roscoff, à Ouessant – le livre fait état de ces séjours –, les pensées lui viennent en marchant. Il les note sur un carnet, tenu de juin à décembre 2015. Comme un peintre qui reprend ses croquis à l’atelier, il élucide ensuite ses intuitions et ses questions.

Comment me comprendre ? Que faire de mon cerveau, cet organe de contrôle que les appareils d’imagerie exhibent ? Un dialogue familier se noue entre lui-même et son double, ce cerveau qui, selon les neurosciences, « décide de tout pour moi » et fait de moi « cet écervelé qui dit “je” sans savoir de quoi il retourne ». A...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ L’autobiographie comme moyen d’éclairer l’imaginaire national. C’est ce qu’accomplissent, dans deux livres passionnants, la sociologue avec « Une histoire de France », et l’académicienne avec « L’Eglantine et le Muguet ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Les histoires de France de Nathalie Heinich et Danièle Sallenave

L’autobiographie comme moyen d’éclairer l’imaginaire national. C’est ce qu’accomplissent, dans deux livres passionnants, la sociologue avec « Une histoire de France », et l’académicienne avec « L’Eglantine et le Muguet ».



Le Monde
 |    26.04.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 11h48
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Une histoire de France, de Nathalie Heinich, Les Impressions nouvelles, « Fort intérieur », 224 p., 18 €. 
L’Eglantine et le Muguet, de Danièle Sallenave, Gallimard, 544 p., 22,50 €.

Voici quelques décennies que, à la suite de Tristes Tropiques (Plon, 1955), de Claude Lévi-Strauss (1908-2009), littérature et sciences sociales partagent un même terrain, celui des récits de soi, entièrement renouvelés – par la philosophie dans « Circonfession », de Jacques Derrida (1930-2004), publié dans Jacques Derrida, de Geoffrey Bennington (Seuil, 1991), par l’histoire dans Composition française, de Mona Ozouf (Gallimard, 2009), ou encore par la critique littéraire dans Bardadrac, de Gérard ­Genette (Seuil, 2006).
Ni complaisance ni nostalgie
De ces croisements féconds témoigne la parution simultanée de L’Eglantine et le Muguet, passionnante enquête de la romancière et essayiste Danièle Sallenave à travers l’histoire et la géographie de son Anjou natal, et Une histoire de France, où la sociologue Nathalie ­Heinich mêle les outils de sa discipline à cette « connaissance spéciale de la psychologie humaine que nous procure la littérature ». Les deux femmes ont en commun une certaine distance à l’égard de Pierre Bourdieu (1930-2002).
Bien qu’ayant soutenu une thèse de sociologie de l’art sous la direction de ce dernier, Nathalie Heinich a, depuis, critiqué le militantisme qui sous-tend sa théorie du champ. Fille d’instituteurs (son père exerça dans les années 1930 à Trélazé, la banlieue « rouge » d’Angers), Danièle ­Sallenave s’élève pour sa part contre l’idée qu’une certaine familiarité avec les classiques de la littérature soit automatiquement le signe d’une distinction sociale – aussi modeste fût-elle, sa famille entretenait une tout autre familiarité avec la culture, faite de « reconnaissance...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos de « Savantes nébuleuses », de Volny Fages.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Qui a la parole ? Poussière de cosmogonies

La chronique de Bruno Latour, à propos de « Savantes nébuleuses », de Volny Fages.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 07h45
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
Savantes nébuleuses. L’origine du monde entre marginalité et autorité scientifique (1860-1920), de Volny Fages, Editions de l’EHESS, « En temps & lieux », 362 p., 24,80 €.

En ce temps-là, le XIXe siècle, les scientifiques étaient respectés, la circulation de leur autorité obéissait à des règles claires qui faisaient descendre les avis sur telle ou telle controverse depuis l’Académie des sciences, à Paris, jusqu’aux feuilles de province. De même qu’il y avait un Etat français, il y avait une institution hiérarchisée de la science française, qui évitait que le premier foutriquet venu vienne se mêler de compléter, discuter ou réfuter les travaux des académiciens. Les chercheurs d’aujourd’hui, dont l’autorité est constamment remise en question sans que l’on parvienne à régler le sort des controverses que chacun semble avoir le droit de lever sous le moindre prétexte, pourraient considérer l’époque décrite par Volny Fages dans Savantes nébuleuses comme un paradis perdu.
Pourtant, si l’économie du ruissellement est critiquée à juste raison, il devrait en être de même de l’épistémologie du ruissellement. Même à cette époque, la science positive ne coule pas forcément depuis sa source parisienne jusque dans les lointaines provinces dans une seule direction et sans tourbillon. Il y a des sujets qui enflamment l’imagination et la libido sciendi de polytechniciens, d’ingénieurs, d’astronomes amateurs et autres naturalistes.
Les barrières sautent
La question d’histoire des sciences que pose ce livre très bien documenté, en retraçant la multiplication des théories sur l’origine et l’évolution de l’univers, ou cosmogonies, est de savoir comment une institution scientifique maintient la limite entre discussion savante et discussion non savante quand un sujet intéresse trop de gens et trop passionnément. Le parallèle avec la situation présente est inévitable : les scientifiques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Endroit du paradis. Trois études », de Clément Rosset.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Clément Rosset a quitté le paradis

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Endroit du paradis. Trois études », de Clément Rosset.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 09h33
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                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
L’Endroit du paradis. Trois études, de Clément Rosset, Encre marine, 62 p., 9,90 €.

Moins d’un mois après sa mort, le 28 mars, à l’âge de 78 ans, le philosophe Clément Rosset reprend la parole. « Ce petit livre, dit-il, est consacré à une dernière (je l’espère pour moi et pour mes lecteurs) tentative d’analyse et de description de la joie de vivre et de la joie d’exister. » Voilà une phrase qui, énoncée à titre posthume, devient évidemment fort curieuse.
Elle exprime en effet un espoir qui s’est réalisé : ces trois textes sont devenus, de fait, l’ultime évocation de cette jubilation que Clément Rosset n’a cessé de cultiver et d’explorer. Il n’a sans doute pas poussé la facétie jusqu’à le faire exprès, mais ce n’est pas à exclure, parce qu’avec lui on pouvait s’attendre à tout.
La difficulté, c’est d’abord de saisir ce qui motive pareille joie. « Les raisons qui nous expliqueraient pourquoi la vie est désirable, voire infiniment désirable, ont toujours manqué à l’appel ou n’ont avancé que des motifs incompréhensibles ou opaques. » Vous pouvez toujours interroger les philosophes – même Spinoza ou Nietzsche, plutôt qualifiés sur la joie de vivre –, vous resterez sur votre faim.
Vous ne saurez jamais pourquoi vivre rend heureux, inconditionnellement, indépendamment des circonstances extérieures. Car la plus grande bizarrerie de cette joie est de demeurer insensible aux fluctuations, d’être « étrangère aux événements ». Elle peut être interrompue, par la torture ou par la mort, mais pas modifiée.
Lire l’entretien de 1982 avec Clément Rosset
Clément Rosset, avec la nonchalance limpide et tranchante qui fait son style, rapproche ce bonheur du bouclier d’Achille, décrit au chant XVIII de l’Iliade. Y sont représentées des scènes de la vie réelle des gens : le quotidien plutôt que l’héroïque, l’humain terre-à-terre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Moins meurtrier que le nazisme ou le stalinisme, le régime mussolinien était tout aussi totalitaire, rappelle l’historienne dans « Totalitarisme fasciste ».
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Marie-Anne Matard-Bonucci renvoie le fascisme à sa violence

Moins meurtrier que le nazisme ou le stalinisme, le régime mussolinien était tout aussi totalitaire, rappelle l’historienne dans « Totalitarisme fasciste ».



Le Monde
 |    26.04.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 11h53
    |

            Marc Semo








                        



                                


                            
Totalitarisme fasciste, de Marie-Anne Matard-Bonucci, CNRS Editions, 320 p., 25 €.

Le fascisme mussolinien fut une source d’inspiration pour Hitler comme pour tous les dictateurs issus des mouvements nationalistes autoritaires dans l’Europe de l’entre-deux-guerres. Le concept même de « totalitarisme » a ses racines dans le « Stato totalitario » (« Etat totalitaire »), un des éléments constitutifs du fascisme triomphant. Longtemps, pourtant, beaucoup de chercheurs, à commencer par Hannah Arendt (1906-1975), ont considéré le fascisme italien comme une dictature à parti unique différente du phénomène totalitaire.
Si l’on s’en tient au territoire italien – hors colonies et hors guerre –, il est vrai que le nombre de victimes du « ventennio » (les deux décennies que dura le régime fasciste en Italie, de 1922 à la chute de Mussolini, en 1943) reste très modeste par rapport aux exterminations de masse du nazisme ou du stalinisme. Le tribunal spécial pour la défense de l’Etat prononça ainsi, entre 1926 et 1943, quarante-deux peines capitales. Les opposants étaient plus volontiers envoyés en « relégation » dans le sud du pays ou dans des îles. Ce fut le cas de 15 000 d’entre eux sur la période.
Pourfendre des idées reçues
Mais il s’agit en bonne partie d’un faux-semblant. « Le fascisme ne fut pas la variante ensoleillée du national-socialisme, mais un régime d’oppression et de terreur fondé sur la violence », rappelle Marie-Anne Matard-Bonucci dans un livre dense qui vise à pourfendre nombre d’idées reçues sur le sujet. Or le bilan peu sanguinaire du régime est l’un des éléments contribuant, en Italie, à sa banalisation, voire à sa réhabilitation.
Quand, en 1994, Silvio Berlusconi s’est lancé en politique, il n’a pas hésité à s’allier avec les néofascistes de Gianfranco Fini, cassant un tabou en vigueur depuis 1945. « Mussolini n’a jamais tué personne, et il envoyait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Si Téhéran rejette toute alternative à l’accord sur le programme nucléaire, il n’exclut pas une négociation sur sa politique régionale, estime Mohammad-Reza Djalili, spécialiste de l’Iran, dans un entretien au « Monde ».
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Mohammad-Reza Djalili : « L’Iran sera contraint de se rapprocher davantage de la Chine et de la Russie »

Si Téhéran rejette toute alternative à l’accord sur le programme nucléaire, il n’exclut pas une négociation sur sa politique régionale, estime Mohammad-Reza Djalili, spécialiste de l’Iran, dans un entretien au « Monde ».



Le Monde
 |    26.04.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 09h46
    |

            Gaïdz Minassian








                        



                                


                            
Entretien. Mohammad-Reza Djalili est professeur émérite à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève. Il vient de publier avec Thierry Kellner, la nouvelle édition mise à jour de L’Iran en 100 questions (Tallandier, 416 pages, 10 euros).
Les présidents Macron et Trump ont fait état de leurs différences d’approche sur la question de l’accord du 14 juillet 2015 avec l’Iran. Ils ont évoqué un « nouvel accord avec l’Iran » mais pensez-vous qu’ils puissent parvenir à une position commune ?
D’après ce que nous savons jusqu’à présent des discussions entre les deux présidents, en nous référant à leur déclaration commune, il semble que ce soit le président français, en optant pour un « nouvel accord », qui a rapproché sa position de celle de Donald Trump contrairement à ce qu’il avait déclaré dans son interview avec Fox news, le 22 avril où il disait qu’il n’y avait pas de plan B.

Le président Rohani a contesté la légitimité d’un éventuel nouvel accord sur le nucléaire. L’Iran ferme-t-il la porte à toute nouvelle négociation ?
Oui, le président Rohani a contesté par avance la légitimité d’un nouvel accord sur le nucléaire. De fait, il rejette toute « renégociation » d’un accord signé, après plusieurs années de négociations, entre l’Iran, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne, mais cela ne veut pas dire que la République islamique ferme la porte définitivement à toute discussion possible à propos de sa politique régionale.
Justement, l’idée d’élargir à la paix en Syrie les négociations avec l’Iran vous semble-t-elle réalisable ?
Cela ne me semble pas possible dans le contexte actuel, car les principaux responsables pour la politique syrienne du régime iranien sont les Gardiens de la révolution qui estiment qu’ils sont en position de force au Levant et qu’il est contraire à leurs intérêts...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans sa chronique, Christophe Ayad, chef du service International du « Monde », observe que la stratégie de Pyongyang pourrait s’avérer plus payante que celle de Téhéran, alors que Trump pourrait rapidement sortir de l’accord sur le nucléaire iranien.
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Article sélectionné dans La Matinale du 25/04/2018
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« Pour pouvoir négocier avec Washington, comme va le faire Kim, mieux vaut avoir la bombe »

Dans sa chronique, Christophe Ayad, chef du service International du « Monde », observe que la stratégie de Pyongyang pourrait s’avérer plus payante que celle de Téhéran, alors que Trump pourrait rapidement sortir de l’accord sur le nucléaire iranien.



Le Monde
 |    26.04.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 07h15
    |

            Christophe Ayad (chef du service International)








                        



                                


                            

Chronique. Elle était, il y a encore peu, un objet poussiéreux rangé sur les étagères de la guerre froide, la relique d’un autre temps, une photo couleur sépia d’un monde disparu. Avec l’avènement d’Internet et de la mondialisation triomphante, à la fin des années 1990, on avait presque fini par oublier l’arme atomique, n’étaient les efforts des frères ennemis de l’Asie du Sud, l’Inde et le Pakistan, pour s’en doter dans les années 1990.
Les attentats du 11-Septembre en ont fait un instrument encore un peu plus inutile à l’heure de la « guerre contre le terrorisme » menée par des drones effectuant des frappes de précision sur des pick-up en mouvement. Barack Obama rêvait même tout haut, dans son discours de Prague, le 5 avril 2009, de s’en débarrasser une fois pour toutes. Cela lui a valu le prix Nobel de la paix, à défaut de réaliser son rêve.
La bombe est redevenue d’actualité
Mais Internet s’est révélé diabolique et la mondialisation malheureuse. A la faveur de la crise financière de 2008, les Etats sont revenus en force. La même année, Vladimir Poutine a commencé à tester les frontières en Europe, d’abord en Géorgie puis, en 2014, en Ukraine. Les voisins de l’ours russe en ont conçu une peur légitime, l’OTAN et ses puissances nucléaires se sont lancés dans une course à la modernisation de leur arsenal. La bombe est redevenue d’actualité.
Au même moment, la question nucléaire iranienne est devenue le principal sujet de la diplomatie mondiale, mobilisant des efforts sans précédent afin d’éviter une course à l’atome dans la région la plus conflictuelle du monde.
De 2006 à 2011, des sanctions inédites ont été appliquées à la République islamique d’Iran, plongeant son économie dans le marasme. Après l’élection du président modéré Hassan Rohani, en 2013, de véritables négociations se sont enfin enclenchées. Elles ont débouché sur la signature, deux ans plus tard, d’un accord qui gèle pour dix à quinze ans le programme...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Analyse. Le gouvernement réforme au pas de charge, mais en repoussant la mise en œuvre de mesures sociales, il risque de se faire rattraper par la réalité, estime Isabelle Rey-Lefebvre, journaliste au « Monde ».
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Dans l’attente d’une politique sociale digne de ce nom

Analyse. Le gouvernement réforme au pas de charge, mais en repoussant la mise en œuvre de mesures sociales, il risque de se faire rattraper par la réalité, estime Isabelle Rey-Lefebvre, journaliste au « Monde ».



Le Monde
 |    26.04.2018 à 05h00
 • Mis à jour le
26.04.2018 à 17h39
    |

            Isabelle Rey-Lefebvre








                        



                                


                            

Analyse. « Au secours, Monsieur Macron, la pauvreté ne peut plus attendre ! » C’est l’appel lancé, dans Le Monde du 10 avril, par Etienne Pinte, président du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Car si le gouvernement sait aller vite sur des dossiers comme la loi travail ou la réforme de la SNCF, il prend son temps sur certains sujets sociaux.
Ainsi sont en suspens le nouveau programme de rénovation urbaine et la politique dite du « logement d’abord » pour les sans-abri, qui n’avance guère hormis l’octroi de 8 millions d’euros à répartir entre 24 collectivités. On attend aussi avec impatience le plan grand âge et, surtout, le plan de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes : le président de la République avait lancé ce dernier chantier le 17 octobre 2017. Depuis, rien, sinon la désignation d’un délégué interministériel, Olivier Noblecourt.
Des groupes de travail et des visites sur le terrain ont mobilisé les associatifs pendant trois mois pour aboutir aux mêmes diagnostics et propositions que pour le plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, lancé en janvier 2013 par François Hollande.
Cette méthode macronienne, déjà utilisée, par exemple, avec les « conférences de consensus sur le logement », consiste à multiplier les rencontres, écouter sans jamais prendre position ni annoncer de mesures, et a le don de mettre à vif les nerfs des acteurs de terrain. Outre la tribune d’Etienne Pinte, l’exaspération s’exprime aussi avec « l’appel de Grigny » de 150 maires inquiets de l’enlisement du plan de rénovation urbaine (16 octobre 2017), ou la soudaine démission, le 28 mars, du maire (EELV) de Sevran (Seine-Saint-Denis), Stéphane Gatignon.
Privilégier les actifs
Que veut donc Emmanuel Macron ? C’est loin d’être clair, mais à travers quelques prises de position se dessine une vision libérale et déculpabilisée du traitement de l’exclusion....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Pour Luciano Floridi, professeur de philosophie à l’université d’Oxford, fausses informations et comportements toxiques imposent une gouvernance ferme du Web.
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« Le Web a développé des résistances antibiotiques à la démocratie »

Pour Luciano Floridi, professeur de philosophie à l’université d’Oxford, fausses informations et comportements toxiques imposent une gouvernance ferme du Web.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 17h49
    |

            William Audureau








                        



   


« Il y a quelque chose qui ne va pas avec le Web actuellement. Ce n’est pas inévitable, ce n’est pas irréparable, mais il est actuellement pollué, nous le savons tous. Y a-t-il des solutions ? A-t-on un projet humain pour le Web ? » Mercredi 25 avril, il fallait bien de la mauvaise volonté pour ne pas saisir l’intimité du lien entre technologie et politique.
Dans un discours engagé à la prestigieuse Web Conference, la plus ancienne conférence des chercheurs et professionnels du secteur qui se déroule cette année à Lyon (Rhône), Luciano Floridi, professeur de philosophie et d’éthique de l’information à l’université d’Oxford (Royaume-Uni), s’est interrogé sur ce que pourrait être un « Web bon ». Une problématique récurrente depuis l’explosion ces deux dernières années des campagnes de désinformation, de harcèlement, et les attaques en ligne contre le vivre ensemble et la démocratie.
Mangrove numérique
La question du « Web bon » est loin d’être une simple marotte de geek ou d’informaticien, insiste le philosophe, car la vie en ligne imprègne notre vie quotidienne. Il compare notre vie moderne aux mangroves, ces zones de marais marins. Prenant en exemple nos smartphones dans nos poches, Luciano Floridi dresse un parallèle :
« Quelqu’un demanderait : l’eau est-elle douce ou salée ? Nous lui répondrions : “Mon cher, vous ne savez pas où vous êtes, nous sommes dans une mangrove, elle est douce et salée à la fois.” C’est pareil pour Internet. Etes-vous online ou offline ? “Mon cher, vous ne savez pas où vous êtes, nous sommes à la fois online et offline.” »
Cet entre-deux est désormais largement répandu, et ne concerne pas que les pays riches. « Tout le monde vit de plus en plus dans des eaux saumâtres. Il y a deux milliards de personnes qui regardent YouTube. Vous me direz que plusieurs milliards n’ont même pas le téléphone. Mais même ceux qui ne téléphonent pas, leurs vies sont modelées par ceux qui téléphonent. »
Dès lors, l’écosystème de cette mangrove concerne tout le monde. Or celui-ci est de plus en plus constitué de mensonges, de propagande, de doutes, d’imprécisions, de demi-vérités, de vérités alternatives, ou encore de manipulations, énumère-t-il, en citant, « inévitablement, les tweets du président actuel des Etats-Unis ».
Les fausses informations, un problème pour l’écosystème
La dégradation de la mangrove est le fait d’individus et d’organisations qui, selon lui, s’épanouissent dans un écosystème toxique. « Les agents polluants sont comme des extrêmophiles », les organismes capables de vivre dans des environnements mortels pour la plupart des autres espèces, élabore l’universitaire italien.
« Ils vivent aux marges des environnements sociaux, mais plus l’environnement devient extrême, plus ils s’avèrent les mieux adaptés pour survivre. Surtout, les agents polluants sont capables de rendre l’environnement encore plus toxique, les rendant encore plus adaptés pour survivre. »
A cet égard, insiste-t-il, les difficultés actuelles du Web relèvent d’un problème général d’écosystème. « Le problème, ce n’est pas que les fausses informations convainquent les gens, c’est qu’elles abîment l’environnement dans lequel les autres informations circulent et les affaiblissent », note-t-il, relevant un cercle vicieux favorable aux agents polluants.

   


La démocratie, antibiotique inefficace
Dès lors, comment restaurer un Web sain et préservé ? Dans un virage inattendu, Luciano Floradi présente la démocratie non comme une solution, mais comme un problème dans ce contexte.
« La démocratie est un peu comme un antibiotique : plus on en met, plus les microbes s’adaptent et plus l’efficacité décroît. Votre solution devient une part du problème. Exactement comme les antibiotiques, le populisme est un excès de démocratie qui devient problème. »
Et de donner l’exemple du référendum sur le Brexit, qui a été le théâtre d’un déchaînement de désinformation et de manipulation du débat sur les réseaux sociaux, se transformant en guerre d’information. « Le Web a développé des résistances antibiotiques à la démocratie. Ce qu’il faut, ce n’est pas plus de démocratie, c’est une meilleure démocratie », exhorte le philosophe.
A ses yeux, le nœud du problème réside dans la nécessité de penser le problème de manière collective et coordonnée. Dans une autre image, il compare l’impasse actuelle du Web à une voiture en panne : pour la faire démarrer, il faut que plusieurs personnes la poussent, mais la démarche ne peut fonctionner que si elles le font en même temps.
« Le problème est que plus nous vivons dans une société d’abondance, moins les gens ressentent le besoin de coordonner leurs efforts. »
Un problème de gouvernance
Qui prendra donc le taureau par les cornes ? Pour Luciano Floridi, « la pollution du Web est en partie l’échec de la gouvernance de la coordination complexe de nos sociétés de l’information. Ce n’est pas un problème éthique mais avant tout un problème d’infrastructure. »
Les gouvernements, les organismes de régulation, les concepteurs eux-mêmes sont en position d’intégrer directement aux règles de fonctionnement du Web les conditions de sa préservation. Sans rentrer dans des détails concrets, le philosophe énumère la neutralité du Net, le respect de la loi, la sécurité, la transparence ou encore la vie privée comme autant de priorités qui ne peuvent être protégées que par la structure même du Web.
Alors qu’Emmanuel Macron s’est vanté de vouloir faire de la France une « start-up nation », Luciano Floridi dresse un portrait acide du culte de l’innovation, qu’il voit comme une approche adolescente d’Internet. « Le vrai défi n’est plus une bonne innovation numérique, n’importe quel gamin peut le faire, trouvez juste le bon projet à “kickstarter”. Le vrai défi, c’est surtout la bonne gouvernance du numérique. »
Il remarque que les gouvernements se positionnent peu sur le sujet, adoptant une posture essentiellement libérale, comme s’il s’agissait de ne pas contrarier l’innovation :
« C’est la question que les politiques veulent éviter, car personne ne sait où l’on va, et que l’on a l’impression que tout va trop vite. C’est comme rouler de nuit sans phare : cela donne cette impression. Mais si on savait où on allait, ce ne serait pas le cas. »
Eloge d’un paternalisme d’urgence
Les recommandations de ce penseur farouchement attaché aux libertés individuelles dénotent par leur volontarisme, voire leur autoritarisme. Tout en se désolant que, de Platon à Rousseau, de nombreux philosophes valorisent l’idée d’imposer aux individus les conditions de leur liberté, il avance la nécessité d’accepter une approche plus coercitive. « Combien de gens n’ont pas voté aux Etats-Unis ? Etait-ce une bonne idée ? Forcez-les à choisir », lance-t-il à l’intention des dizaines de professionnels du Web présents dans l’auditorium.
« Il faudrait user de tous les types de paternalisme existants pour éviter l’irréparable », alerte-t-il, en rappelant que la désinformation a des conséquences aussi bien sur le bien-être individuel que sur les ressources naturelles – conséquence de la guerre d’information sur le réchauffement climatique : « C’est un appel à ce que les règles du jeu – le Web – soient faites de manière à protéger les personnes fragiles et protéger notre planète. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Les ingénieurs Paul-Adrien Hyppolite et Antoine Michon expliquent dans une tribune au « Monde » que les 640 milliards d’euros de trésorerie des Big Tech, placés principalement dans des obligations d’Etat, d’entreprises traditionnelles ou de banques, ne soutiennent pas l’innovation.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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« Les géants de la Silicon Valley maintiennent des positions financières extrêmement prudentes »

Les ingénieurs Paul-Adrien Hyppolite et Antoine Michon expliquent dans une tribune au « Monde » que les 640 milliards d’euros de trésorerie des Big Tech, placés principalement dans des obligations d’Etat, d’entreprises traditionnelles ou de banques, ne soutiennent pas l’innovation.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 16h44
    |

Paul-Adrien Hyppolite et Antoine Michon (Ingénieurs du corps des Mines)







                        



                                


                            

Tribune. Si les géants américains de la Silicon Valley sont tantôt adulés à l’occasion du lancement de leurs produits, tantôt vilipendés pour leur emprise sur notre vie quotidienne, leur usage massif des données personnelles ou le peu d’impôts dont ils s’acquittent, un sujet reste largement occulté : leur influence grandissante dans la finance internationale.
Fortes d’un succès commercial sans précédent, les entreprises phares des technologies ont accumulé des montagnes de liquidités. Les dix plus riches d’entre elles sont, par ordre décroissant de montant de leur trésorerie à la fin 2017, Apple, Microsoft, Google, Cisco, Oracle, Facebook, Qualcomm, Amazon, Intel et IBM.
Ces Big Tech cumulent aujourd’hui 780 milliards de dollars de trésorerie (640 milliards d’euros), avec une croissance annuelle moyenne de 16 % depuis 2000. A titre de comparaison, cela représente trois fois et demie la trésorerie des dix plus riches entreprises pétrolières du monde (Total, BP, Petrobras, Sinopec, Shell, Rosneft, Gazprom, Eni, Statoil et PetroChina) et deux fois et demie celle du CAC 37 – le CAC 40 moins les banques.
Pour trouver des ordres de grandeur comparables, il faut en fait se tourner vers la sphère financière. Le trésor des Big Tech approche le niveau des réserves de change des banques centrales des régions émergentes du globe : 90 % des réserves des pays d’Amérique latine ou d’Asie du Sud-Est, 70 % de celles du Moyen-Orient ou encore 90 % de l’encours des dix plus gros fonds obligataires mondiaux.
Hégémonie financière
En moins de vingt ans, les géants américains du numérique – au premier rang desquels Apple, qui concentre 34 % du total de la trésorerie du Top 10 – ont accumulé des portefeuilles financiers qui rivalisent en volume avec les plus gros véhicules d’investissement des géants de la gestion d’actifs tels BlackRock, Vanguard ou Pimco.
Tout porte à croire que cette hégémonie financière va perdurer. Un éventuel...




                        

                        

