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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Avec « Kornelia », l’écrivain et journaliste sportif brasse tendrement les exploits d’une championne de natation des années 1970, pour mieux replonger dans son adolescence.
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Vincent Duluc sous le charme d’une nageuse est-allemande

Avec « Kornelia », l’écrivain et journaliste sportif brasse tendrement les exploits d’une championne de natation des années 1970, pour mieux replonger dans son adolescence.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 16h13
    |

                            Lola Lafon (écrivaine)








                        



                                


                            
Kornelia, de Vincent Duluc, Stock, 256 p., 18 €.

Il y a du conte dans Kornelia, un conte où les adultes échoués « prennent l’eau comme les autres mortels » et où règnent les jeunes filles dévêtues d’un maillot qui leur permet de gagner quelques millisecondes sur leur fin annoncée ; des princesses de la testostérone à la voix étrangement grave, qui ont grandi en passant « la moitié de leur vie à la surface ». Ce récit s’annonce comme un portrait de Kornelia Ender, championne de natation qui a remporté huit médailles olympiques en 1972 et 1976, symbole d’une République démocratique allemande (RDA) victorieuse. Mais l’auteur, Vincent Duluc (né en 1962), travaille plutôt le geste d’écrire à la façon de l’enquêteur amnésique qui s’interroge sur ce qu’il cherche au travers de mondes égarés : l’ex-bloc de l’Est comme son adolescence. Et si l’eau chlorée « perle sur le visage » des gagnantes, ce sont des larmes qui affleurent aux yeux du narrateur lorsqu’il s’aventure dans le grenier de ses parents pour y découvrir « une vieille photo dans un carton » : Kornelia.
Un maillage amoureux
Elle nage comme « on glisse au-dessus du sol » et, pour mieux l’envelopper, le corps du récit va au rythme de l’imparfait et du conditionnel présent, des temporalités flottantes pour une histoire qu’on s’inventerait avant de sombrer dans le sommeil de l’âge adulte. Duluc rythme la phrase comme on tient en respect un ennemi, il tisse autour de la silhouette de la jeune Allemande un maillage amoureux qui renvoie dans les coulisses les soupçons de dopage. Duluc, le journaliste sportif à L’Equipe, ferraille avec Duluc, l’écrivain lauréat du prix Antoine-Blondin pour Un printemps 76 (Stock, 2016), une dualité d’écriture finement travaillée, annonçant en préambule qu’au réel il ne se tiendra pas, il le débordera, exposant au lecteur le parti...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Anthony et Joe Russo mettent en scène tous les super-héros de l’éditeur de comics.
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« Avengers : Infinity War » : grand nettoyage de printemps chez Marvel

Anthony et Joe Russo mettent en scène tous les super-héros de l’éditeur de comics.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 15h56
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 17h40
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Tel Philippulus, le prophète enveloppé dans son drap et armé de son gong (L’Etoile mystérieuse, Casterman, 1941), les spectateurs d’Avengers : Infinity War arpenteront les rues en bramant : « La fin du monde est proche. » Le monde, en l’occurrence, c’est le MCU, qui file vers l’apocalypse. Le sérieux des menaces qui pèsent sur le MCU, sa population et ses frontières, est tel que les autorités de Burbank ont pris la décision d’y consacrer deux heures et demie et quelques centaines de millions de dollars de plus. Pour savoir comment tout ça va finir, il faudra attendre le 3 mai 2019 et la sortie du prochain (et ultime) épisode d’Avengers. En attendant, il faudra se contenter du spectacle trépidant et parfois déconcertant de la prise de contrôle du MCU par un tyran génocidaire. Un divertissement idéal pour saluer l’arrivée du printemps.

        Lire l’analyse :
         

          Avengers, la géopolitique des super-héros



Oh, pardon… Le MCU, marque déposée, désigne l’univers cinématographique Marvel. Au lendemain du rachat par Disney de l’éditeur de comics devenu source de matière première pour blockbusters hollywoodiens, le studio a décidé de tisser les liens narratifs des sagas imaginées par Stan Lee, le fondateur de Marvel Comics, et ses acolytes, dans l’espoir de produire un tissu résistant à tous les accrocs du marché.

        Lire le décryptage :
         

          Marvel, la mine d’or de Walt Disney



Infinity War parachève cette démarche : en plus des Avengers originaux (Iron Man, Hulk, Black Widow, Captain America, Thor et les autres), le chapiteau accueille cette fois tout l’équipage des Gardiens de la galaxie, l’entière population du Wakanda (royaume de T’Challa dit Black Panther), Spider Man et le bon docteur Strange. Ce pourrait une simple célébration de la puissance commerciale d’une multinationale, d’autant que ce produit a été confié aux frères Anthony et Joe Russo, dont les états de service (deux Captain America, deux Avengers) ont jusqu’ici révélé leur capacité à se soumettre à la culture de l’entreprise qui les emploie. C’est peut-être elle qui leur a demandé de faire de ce film le récit de la fin d’un monde, de casser les jouets élaborés au long de la dernière décennie.

        Lire la critique de « Captain America: Civil War » :
         

          De la supériorité des super-héros Disney-Marvel




        Lire la critique de « Avengers, l’ère d’Ultron » :
         

          Une somme assommante de super-héros




        Lire la critique de « Black Panther » :
         

          L’Afrique a enfin son super-héros sur grand écran



Un géant un peu balourd
Sur un scénario de Christopher Markus et Stephen McFeely, sur trois continents (New York, Glasgow et le Wakanda sont durement mis à contribution) et une demi-douzaine de planètes, les frères Russo mettent en scène les efforts de Thanos pour prendre le contrôle de six pierres précieuses dont les couleurs vives ne se marient pas forcément. Qu’importe, leur contrôle assure la maîtrise de l’univers. Et Thanos sait exactement ce qu’il fera une fois devenu l’être le plus puissant de la création. Il éliminera la moitié des êtres vivants.
C’est terrible, c’est affreux, et ça ne tient pas vraiment debout, comme souvent lorsque l’on fouille un peu les « grands thèmes » des franchises cinématographiques hollywoodiennes. Pourquoi la moitié, et pas le tiers ou les neuf dixièmes ? Thanos est-il l’incarnation des écologistes qui redoutent l’amenuisement des ressources, ou du grand capital qui veut ajuster le monde aux seuls besoins des puissants ? Ni l’un ni l’autre, c’est un géant un peu balourd auquel les traits de Josh Brolin, sérieusement corrigés sur ordinateur, prêtent une mélancolie qui ne manque pas de grandeur.
Face à lui, les super-héros commencent par faire assaut de private jokes, emmenés par un Robert Downey Jr. pionnier dans le développement de cet exercice depuis le premier Iron Man (c’était il y a dix ans, déjà), bientôt rejoint par Quill (Chris Pratt), le corsaire des Gardiens de la galaxie.

        Lire la critique des « Gardiens de la galaxie 2 » :
         

          Déjà la routine intersidérale



Quelques belles séquences de mélodrame
La rencontre entre les deux personnages produit plus d’effet comique que la totalité du second épisode des Gardiens, tout comme la projection du couple Tony Stark-Peter Parker (ce qui se dit aussi Iron Man-Spider Man ou Robert Downey Jr.-Tom Holland) dans les espaces infinis donne à leur relation de parrain à filleul une délicatesse inattendue. On trouvera même dans cette guerre sans fin quelques belles séquences de mélodrame qui réunissent et déchirent Thanos, père adoptif monstrueux, et Gamora (Zoe Saldana), capable d’arracher des larmes à une pierre malgré la complexion verdâtre de son personnage.
On ne peut s’empêcher de soupçonner que ces petits plaisirs ne sont là que pour générer des critiques argumentées dans les médias, des timelines sur les réseaux sociaux. L’essentiel d’Infinity War reste fidèle à son titre, une interminable succession de combats. Les super-héros usent de leurs super-pouvoirs pour tenter d’arrêter Thanos et ses séides, au prix de massacres et de destructions massives.
Peut-être s’agit-il simplement de faire table rase d’une gamme de personnages et de situations qui ont fait leur temps. Le 3 mai 2019, quand on saura si Thanos l’a vraiment emporté, Disney devrait avoir terminé son absorption de la Fox. Les derniers personnages Marvel qui échappent encore à son contrôle, X-Men et les 4 Fantastiques, seront rentrés au bercail. Il restera bien quelques villes, quelques planètes à détruire.

Film américain d’Anthony et Joe Russo avec tout le monde sauf Meryl Streep, George Clooney et Bill Murray (2 h 35, dont dix minutes de générique). Sur le Web : disney.fr/films/avengers-infinity-war et marvel.com/avengers

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 25 avril)
Marion, film français d’HPG (à ne pas manquer)Milla, film français et portugais de Valérie Massadian (à ne pas manquer)Bottle Rocket (1996), film américain de Wes Anderson (à voir)Foxtrot, film allemand, français et israélien de Samuel Maoz (à voir)Land, film français, italien, mexicain et néerlandais de Babak Jalali (à voir)Mai 68, la belle ouvrage, documentaire français de Jean-Luc Magneron (à voir)Nobody’s Watching, film américain, argentin, brésilien, colombien, espagnol et français de Julia Solomonoff (à voir)Transit, film allemand de Christian Petzold (à voir)Amoureux de ma femme, film français de Daniel Auteuil (pourquoi pas)Avengers : Infinity War, film américain d’Anthony et Joe Russo (pourquoi pas)Ciao Ciao, film chinois et français de Song Chuan (pourquoi pas)La Route sauvage, film américain d’Andrew Haigh (pourquoi pas)La Vita possibile, film italien et français d’Ivano De Matteo (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
Le Bateau ivre, film français de Dominique PhilippeComme des garçons, film français de Julien HallardMika et Sébastian, l’aventure de la poire géante, film d’animation danois de Jorgen Lerdam, Philip Einstein Lipski et Amalie Næsby FickLes Municipaux (ces héros), film français d’Eric Carrière et Francis GinibreUne femme heureuse, film britannique de Dominic Savage





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Sixième volet de la collection « Génie des mathématiques », Jacob Bernoulli, mathématicien et physicien suisse, à qui l’on doit la première théorie mathématique des probabilités.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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Bernoulli, tête de série

Sixième volet de la collection « Génie des mathématiques », Jacob Bernoulli, mathématicien et physicien suisse, à qui l’on doit la première théorie mathématique des probabilités.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 10h04
    |

                            Athanase Papadopoulos (Directeur de recherche à l’Institut de recherche mathématique avancée de l’université de Strasbourg et du CNRS)








                        



                                


                            
Collection « Génies des maths ». Si l’on devait mentionner un seul nom qui fait la gloire des mathématiques suisses, c’est celui de ­Bernoulli qui viendrait à l’esprit. En l’espace de trois générations, cette famille donna huit mathématiciens, dont certains d’un niveau exceptionnel. L’unique chaire de mathématiques de l’université de Bâle fut occupée de 1687 à 1790 par des Bernoulli. Jacob Bernoulli (1654-1705) est le premier de cette dynastie. Fils d’un ­négociant en épices, pigments et herbes médicinales et membre du Parlement cantonal, il était petit-fils d’un émigré néerlandais ayant fui son pays, où les protestants étaient persécutés.
Jacob Bernoulli étudia d’abord la théo­logie. Son père voulait qu’il devienne pasteur, et c’est contre la volonté parentale qu’il étudia les mathématiques, en auto­didacte et à travers les rencontres qu’il fit. Il réfléchissait en permanence à des problèmes qu’il formulait lui-même, souvent à l’occasion de cours privés qu’il donnait.
On lui doit la première théorie mathématique des probabilités, qui remplaça ce qu’on ­appelait « la théorie des jeux de hasard », à laquelle étaient attachés les noms de Fermat, Pascal et Huygens. Le passage à une théorie mathématique n’était pas facile à concevoir : on faisait entrer quelque chose du domaine de la chance, du probable, de l’incertain, dans le cadre des mathématiques, celui de la rigueur et de la certitude.
De nombreux objets mathématiques portent son nom
Il est aussi reconnu pour la loi des grands nombres, qui dit que l’observation d’un nombre d’échantillons de plus en plus grand donne des renseignements de plus en plus précis sur une population, une loi utilisée en démographie, en économie, en cryptographie, en jurisprudence… Elle semble naturelle, mais en faire un théorème mathématique est une autre affaire. C’est sur elle que reposent les sondages.
De nombreux objets mathématiques portent son nom, comme les nombres de Bernoulli (une suite...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Cette série psychologique et originale sur des enfants qui tentent de s’échapper d’un orphelinat a suscité l’enthousiasme en France bien avant sa sortie.
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« The Promised Neverland » : deux inconnus à l’origine du manga le plus attendu de l’année

Cette série psychologique et originale sur des enfants qui tentent de s’échapper d’un orphelinat a suscité l’enthousiasme en France bien avant sa sortie.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 08h09
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 10h24
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Naruto, Dragon Ball, My Hero Academia, Death Note…, une écrasante majorité des grands succès du manga ont un point commun : celui d’avoir été découverts dans le prestigieux magazine Weekly Shonen Jump, édité par Shueisha. Ainsi, lorsqu’une nouvelle série comme The Promised Neverland vient remplacer un ancien bestseller dans ce magazine, lecteurs aguerris et éditeurs l’accueillent avec une particulière attention. Bien qu’il ne paraisse en France que mercredi 25 avril, ce nouveau manga s’est déjà forgé une solide réputation depuis plusieurs mois.

   


Mais le succès de ce manga fantastique et psychologique, qui raconte l’histoire de jeunes enfants qui doivent s’échapper de leur orphelinat, n’est pas seulement à mettre sur le compte du magazine. Le mystère qui entoure sa fabrication, mais aussi l’originalité du titre, participent de l’enthousiasme quasi unanime : il faut voir le nombre déjà important de vidéos YouTube et de discussions en ligne consacrées à cette série née en août 2016 au Japon et qui a dépassé dans son pays d’origine les 2 millions d’exemplaires vendus.
The Promised Neverland est le premier manga d’un duo d’auteurs jusqu’ici inconnus. Le scénariste Kaiu Shirai est un ancien col blanc qui, dans une dernière tentative pour devenir mangaka, a proposé un scénario de quelque 300 pages à un éditeur de Shueisha. Il faut attendre deux ans avant que celui-ci lui présente une illustratrice au style graphique bien affirmé, Posuka Demizu, qui s’évertue à cacher son genre et son identité, mais qui a depuis été démasquée par des fans. Le courant passe entre les deux artistes, leur complémentarité est indéniable.

La dessinatrice Posuka Demizu alterne tantôt un trait solaire pour décrire le quotidien enjoué et naïf des enfants de l’orphelinat Grace Field House et une patte beaucoup plus fantastique pour mettre en relief les moments de tension, de suspense, et parfois d’horreur suggérée. En outre, le design des personnages principaux sort des archétypes du manga pour adolescents.
Kaiu Shirai, lui, travaille un scénario qui joue avec les peurs enfantines. Les enfants de Grace Field House, dont les plus grands ont 11 ans, vivent depuis leur naissance dans un cadre idyllique et sont traités avec amour par la directrice, qu’ils appellent « Maman ». Les orphelins ont toutefois interdiction de dépasser l’enceinte du parc. Ce cadre enchanteur va brusquement se briser quand les aînés de l’orphelinat, les intelligents et débrouillards Emma, Norman et Ray, vont comprendre qu’ils sont tous à terme en danger de mort. Ils décident de s’enfuir avec leurs frères et sœurs, mais ils ignorent totalement ce qui les attend à l’extérieur.
Chaque chapitre du premier tome pose des enjeux et des ressorts de suspense qui, s’ils sont suivis et résolus tout au long des albums, promettent une histoire riche : vont-ils réussir tous à s’échapper ? Comment ? Vont-ils pouvoir tromper la vigilance de Maman, véritable stratège ? Que se passe-t-il à l’extérieur de l’orphelinat ?

   


Le manga The Promised Neverland enthousiasme également parce qu’il tranche avec la multitude de titres d’aventure pour adolescents qui peuplent le magazine Shonen Jump, des parcours initiatiques de jeunes héros aux pouvoirs surhumains. Ici, il s’agit plus d’un thriller ou d’une bataille psychologique qui repose sur l’intelligence et la stratégie des personnages, à l’image du best-seller Death Note, auquel on le compare souvent.
Après une âpre bataille avec ses concurrents pour emporter les droits, tout est également prévu du côté de l’éditeur français Kazé pour que The Promised Neverland devienne un succès en France. L’entreprise a d’ailleurs déployé un arsenal publicitaire et un plan de publication quasiment inédits sur le territoire pour un manga. Les cinq premiers volumes de la série paraîtront en version française avant la fin de l’année, et le premier tome est tiré à 100 000 exemplaires, soit quatre fois plus qu’un titre habituel.
The Promised Neverland, de Kaiu Shirai et Posuka Demizu, traduction de Sylvain Chollet, tome I le 25 avril, éditions Kazé, 193 pages, 6,79 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Romancier, nouvelliste, essayiste, critique d’art, mais aussi diplomate, Sergio Pitol avait obtenu le prix Cervantès en 2005. Il est mort jeudi 12 avril, à l’âge de 85 ans.
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Mort de l’écrivain mexicain Sergio Pitol

Romancier, nouvelliste, essayiste, critique d’art, mais aussi diplomate, Sergio Pitol avait obtenu le prix Cervantès en 2005. Il est mort jeudi 12 avril, à l’âge de 85 ans.



Le Monde
 |    23.04.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
23.04.2018 à 16h24
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Le grand écrivain mexicain Sergio Pitol est mort jeudi 12 avril à l’âge de 85 ans dans sa maison de Xalapa, la capitale de l’Etat de Veracruz. Il a succombé au noir chaos d’une longue aphasie progressive. Il a été incinéré le lendemain dans la plus stricte intimité, un conflit concernant sa dépendance opposant depuis plusieurs années sa famille et ses autres proches. « Un romancier, écrivait-il, est quelqu’un qui entend des voix à travers les voix. (…) Sans elles, il se sentirait perdu. Il trace la carte de sa vie en leur compagnie. Il sait que quand il ne pourra plus le faire, l’heure de sa mort sera venue, pas la mort définitive mais la mort en vie, le silence, l’hibernation, la paralysie, ce qui est infiniment pire. »
Frappé par une attaque cérébrale à l’automne 2006, quelques mois après avoir reçu le prix Cervantès, il s’était progressivement mis en retrait et avait cessé d’écrire. Il ne maîtrisait plus que sa langue maternelle. Cette blessure de la mémoire apparaissait d’autant plus injuste que, grand voyageur, diplomate, Sergio Pitol parlait, avant, couramment l’anglais, le français, l’italien, le russe, le polonais. Et que parallèlement à l’écriture de ses propres livres, il avait été un traducteur prolifique. Faisant découvrir en espagnol les textes de James Conrad, de Malcolm Lowry, d’Henry James, de Giorgio Bassani, de Tibor Déry, de Jerzy Andrzejewski, de Witold Gombrowicz, de Boris Pilniak et de bien d’autres encore.
Sauvé par Tolstoï
Lire, faire lire, tenait pour lui d’une nécessité absolue remontant à une enfance douloureuse. Né dans une famille aisée, le 18 mars 1933 à Puebla, au sud de Mexico, il avait perdu très jeune son père, sa mère, sa sœur. Le petit orphelin, élevé par sa grand-mère, était de santé fragile. Atteint par la malaria, il ne pouvait pas aller à l’école et restait solitaire et reclus. Mais la maison était pleine de livres. Les lectures seront son apprentissage. « A 12 ans,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Le journaliste musical propose une belle invitation au feuilletage, érudite et éclectique.
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Sélection livre : Patrice Blanc-Francard, amoureux du jazz

Le journaliste musical propose une belle invitation au feuilletage, érudite et éclectique.



Le Monde
 |    23.04.2018 à 09h42
    |

                            Francis Marmande








                        



   


Le principe de la collection ? Un dictionnaire amoureux : de Venise par Philippe ­Sollers, de l’Egypte par Robert Solé… La méthode ? L’imbattable ordre alphabétique, la flânerie, l’invitation au feuilletage, à la nonchalance, au bonheur de raconter. Le libre parcours d’un auteur ou acteur, connu pour d’autres travaux. Pur plaisir. La garantie ? Un auteur – Patrice Blanc-Francard – élu pour ses compétences attestées, une délicatesse d’écriture et le goût de déambuler dans son paradis privé, en l’occurrence le jazz. L’insaisissable nom de « jazz » ne figure d’ailleurs pas parmi les entrées. Premier signe d’intelligence.
Patrice Blanc-Francard, né à Marseille, en 1942, voix de radio (« Pop-Club » de José Artur, « Bananas », etc.), physique de télévision (« Pop 2 », « Les Enfants du rock »), érudition amoureuse, membre de la rédaction du Jazz Hot politico-free de Michel Le Bris, Daniel Caux et ­Philippe Constantin (fin des ­sixties), ou de celle de Rock & Folk, ­condense les figures du découvreur, de l’engagé et de l’amateur.
Une assurance ? Ses états de service, sa mémoire et son parcours. Ouverture d’esprit et d’oreille sans effets de modes (il les suscite), sans sectarisme (il en est le démenti vivant), exactitude de pensée vérifiable, signature d’un dictionnaire aussi précieux qu’agréable. Tous publics : les grands amateurs, les débutants, ceux qui ont peur du « jazz » et les contemporains de Blanc-Francard : en jazz comme en rock, on n’est jamais contemporain que de soi-même. Tous les curieux des liens entre musiques et histoire s’y retrouveront.
« Emmerdé, dis la vérité… »
Bonus : en fin d’articles, des liens avec discographies, filmographies, listes de lecture YouTube… Page 563, à l’entrée « Van Gelder », ce grand sorcier du son de Blue Note (voir à la lettre B, « Blue Note »), on peut lire : « Mon père, pionnier parmi les pionniers, fut l’un des premiers ingénieurs du son à exercer en France ce drôle de métier auquel on ne donnait pas encore de nom. Mon frère Dominique a suivi ce chemin avec succès. Mon fils aîné Henry prolonge la saga familiale. J’ai donc quelques raisons de penser… »
Mystères agaçants : de même, quand José Artur appelle Patrice Blanc-Francard, il lui prodigue un seul conseil : « Quand tu es emmerdé, dis la vérité… » – « et d’autres plus explicitement sexuels que je ne me hasarderai pas à livrer ici… ». C’est l’unique mais regrettable défaut de ce dictionnaire au vagabondage charmant, à l’érudition imprenable, vitesse et élégance de plume en bandoulière…
Dictionnaire amoureux du jazz, de Patrice Blanc-Francard. Editions Plon, 656 p., 24 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ En 1988 paraissait « Le Livre de l’intranquillité », grand succès posthume de l’écrivain portugais. Sous le titre « Livre(s) de l’inquiétude », le revoici enrichi et retraduit.
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Raviver le chef-d’œuvre de Fernando Pessoa

En 1988 paraissait « Le Livre de l’intranquillité », grand succès posthume de l’écrivain portugais. Sous le titre « Livre(s) de l’inquiétude », le revoici enrichi et retraduit.



Le Monde
 |    22.04.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
23.04.2018 à 08h58
    |

            Amaury da Cunha








                        



                                


                            
Livre(s) de l’inquiétude (Livro(s) do Desassossego), de Fernando Pessoa, édité par Teresa Rita Lopes, traduit du portugais par Marie-Hélène Piwnik, Christian Bourgois, 560 p., 27 €.

Quand Fernando Pessoa meurt, en 1935, à l’âge de 47 ans, il laisse derrière lui une malle noire appelée à devenir fameuse. A l’intérieur : 27 533 documents. L’inventaire ne sera fait qu’en 1968, et c’est en 1982 qu’une partie de ces textes épars, où il exprime son incompétence à vivre, seront publiés pour la première fois, au Portugal, sous le titre de ­Livro do Desassossego ; en 1988, sa traduction (par Françoise Laye) chez Christian Bourgois est intitulée Le Livre de l’intranquillité. Aujourd’hui, voici ce chef-d’œuvre de l’écrivain portugais dans une édition enrichie et une nouvelle traduction, sous un titre différent : ­Livre(s) de l’inquiétude.
Quand il s’y attelle, à Lisbonne, en 1913, le poète a 25 ans. Fils d’aristocrates désargentés, c’est un modeste employé de bureau. Solitaire, il fréquente les cafés de sa ville adorée, sirote jusqu’à l’excès de l’eau-de-vie et consacre le reste de son temps à l’écriture. Dans une lettre imaginaire de 1915 au poète américain Walt Whitman, on peut mesurer l’ampleur de son désir littéraire : « Je veux vivre libéré dans l’air. Je veux bouger hors de mon corps. (…) Je ne veux pas de verrou aux portes. »
« Pessoa « signifie « personne » ou « masque » en portugais
Son projet, grandiose et délirant : inventer des poètes à qui il prête des biographies et surtout des textes écrits dans un style propre à chacun. Ce sont ses hétéronymes, ou « personnalités littéraires ». En poète dramaturge, Pessoa met en scène la prose et la vie de ses créatures de papier. A travers eux, on retrouve un échantillon des tendances littéraires de l’époque : le symbolisme, le décadentisme, le futurisme… « Comment pouvoir vivre toutes les vies et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ « La Matinale du Monde » publie chaque samedi un strip de la dessinatrice Nancy Péna.
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Article sélectionné dans La Matinale du 20/04/2018
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« Le chat Madame, grand reporter », par Nancy Péna (épisode 43)

« La Matinale du Monde » publie chaque samedi un strip de la dessinatrice Nancy Péna.



Le Monde
 |    21.04.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
21.04.2018 à 07h02
   





                        



   





                            


                        

                        


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Chronique

Bande dessinée : cahier d’un départ du pays natal

La chronique BD de Kidi Bebey. Dans « Un voyage sans retour », l’auteur camerounais Gaspard Njock raconte les désillusions d’un migrant en Italie.

Par                Kidi Bebey



LE MONDE
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        Le 20.04.2018 à 12h27

     •
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        Mis à jour le 20.04.2018 à 15h00






    
Extrait d’« Un voyage sans retour », de Gaspard Njock.
Crédits : NOUVEAU MONDE EDITIONS


Chronique. Après une traversée de tous les dangers, des migrants font naufrage au large de l’Italie. Quand leur embarcation chavire, c’est la panique. Nombreux sont ceux qui disparaissent, happés par le gouffre aquatique. Quelques-uns sont repêchés in extremis par un bateau de garde-côtes qui les emmène sur l’île de Lampedusa.
Parmi les rescapés se trouve Malik, un jeune homme frêle, trop légèrement vêtu d’un short, d’une chemisette et de simples sandales. Les yeux encore emplis d’épouvante, il avance, mâchoire serrée, vers son destin. Pour lui, dès ses premiers pas sur la terre ferme, le futur s’annonce amer. Car le jeune garçon se confronte à la raideur des hommes en uniforme et à la dureté d’une administration qui place les arrivants en zones de rétention.

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Lorsque Malik parvient à échapper à ce cantonnement, c’est par une solitude sans nom qu’il doit payer la rançon de sa liberté. En passionné de cinéma, il rêvait d’un avenir en technicolor, mais il découvre que certains rêves s’avèrent de mauvais films teintés de sépia. Comment ne pas penser alors avec nostalgie aux couleurs du pays laissé derrière soi ? Vu de loin, il n’est plus que fantasias chatoyantes, marchés traditionnels et dolce vita. Mais le voyage a fermé des portes derrière Malik. D’autres s’ouvriront-elles devant lui ?
« Fantasme absolu »
« L’Europe est devenue le fantasme absolu de trop nombreux jeunes qui n’arrivent plus à se projeter chez eux. C’est ainsi que je m’explique qu’on puisse être capable à 16 ans de tout quitter en laissant derrière soi une famille, des amis, un toit et en prenant des risques extrêmes, tout ça pour essayer de connaître autre chose que l’on croit mieux… », explique l’auteur et illustrateur Gaspard Njock. Il lui aura fallu dix ans pour mettre la bulle finale à ce Voyage sans retour.
Gaspard Njock n’a pas vécu le destin de Malik, même si au Cameroun, lorsqu’il était adolescent, le désir d’un ailleurs le tenaillait parfois comme un fantasme. « Entre potes, au quartier, on parlait de partir. Autour de nous, ça pullulait d’exemples de ce qu’il fallait faire pour rater sa vie… » New Bell, son quartier natal à Douala, mélange trépidant de bars mal famés et d’espaces interlopes, regorge sans aucun doute de « débrouillards » de toutes sortes. « Moi, j’ai grandi au sein d’une famille modeste, raconte Gaspard Njock. Ma mère était ménagère et mon père simple tailleur. J’adorais sa façon de faire naître des vêtements entre ses mains. Il rêvait les yeux ouverts et c’est ce qu’il m’a appris. Il me disait toujours : “Tout ce que tu veux vraiment, tu peux faire que ça arrive”. »

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Pendant que papa coud, Gaspard dessine, lit, étudie et se repaît des bandes dessinées qui lui passent entre les mains. Après son bac, il s’inscrit à la fac de médecine mais assiste également, en curieux, aux réunions de Traits noirs, une association d’illustrateurs camerounais. Un jour, il participe à un concours de dessin. Bingo ! On lui propose une bourse d’étude à la Scuola Romana dei Fumetti, la prestigieuse école italienne de bande dessinée. Après trois ans d’hésitation familiale, en 2008, Gaspard Njock prend finalement l’avion pour Rome. Il a 21 ans.
« Faire l’aventure »
Après un premier album signé d’un scénariste italien paraît enfin, début 2018, Un voyage sans retour, qu’il a entièrement écrit et dessiné. Entre-temps, il a eu la tristesse de voir un très proche ami partir « faire l’aventure » ainsi qu’une cousine enceinte, qui y a, elle, perdu la vie.

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« Je portais cette histoire, mais j’ai mis du temps à savoir ce que je voulais dire. Je n’avais pas envie de raconter encore une fois une traversée tragique. D’ailleurs, elle tient en très peu de pages dans la BD. Avant tout, je voulais poser des questions. Est-ce que risquer la mort est vraiment choisir sa vie ? Comment donner de la valeur à ce qu’on a autour de soi pour qu’on ne s’en aperçoive pas seulement une fois qu’on est au loin ? Je me demande aussi si on est vraiment maître de ses choix ou si le hasard et la chance ne font pas tout, car le départ ferme des portes derrière soi, mais devant il n’en ouvre pas toujours… Au fond, je n’ai pas vraiment de réponses… »
Et c’est tout le charme de cette BD dont le héros ouvre sur le monde de grands yeux étonnés, curieux et naïfs. De son trait vigoureux, adouci par l’aquarelle, Gaspard Njock nous rappelle que la vie n’est pas toujours un songe et que la réalité peut dépasser, souvent, la fiction.
Un voyage sans retour, de Gaspard Njock, éditions Nouveau Monde, 104 pages.

    

Crédits : NOUVEAU MONDE EDITIONS




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Un meurtrier virus décime les populations de villages reculés. Seul survivant de ces épidémies, un mystérieux archéologue doté de pouvoirs hors du commun tente de combattre le fléau.
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Archéologie, vampirisme... : « King of Eden », un thriller religieux en manga

Un meurtrier virus décime les populations de villages reculés. Seul survivant de ces épidémies, un mystérieux archéologue doté de pouvoirs hors du commun tente de combattre le fléau.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 09h59
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 11h25
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


Nouveauté des éditions Ki-oon, King of Eden nous fait voyager sur tous les continents, avec un scénario impliquant plusieurs groupuscules terroristes internationaux dans une chasse mortelle dont ils sont à la fois les acteurs et les proies. L’histoire commence en Espagne, où un village entier est rasé par les flammes et où s’empile un monceau de cadavres calcinés et défigurés par une mystérieuses affection. La même scène se répète dans des villages thaïlandais, chinois, écossais… et les gouvernements s’émeuvent de ces massacres aveugles. Un témoin semble être toujours présent, apparemment immunisé, mais fuyant comme une anguille.

   


King of Eden développe un récit original dans une veine assez classique de thriller à suspense. Son auteur, Takashi Nagasaki, sexagénaire japonais multicarte, a un CV bien fourni dans l’écriture de scénarios de manga. On a pu le voir récemment dans la série Inspecteur Kurokôchi, mais il est surtout célèbre pour sa collaboration avec Naoki Urasawa, de manière répétée, sur ses œuvres les plus connues. C’est de son esprit assez compliqué qu’est sorti 20th Boys, le cultissime Monster, ou encore plus récemment Billy Bat et Pluto. On reconnaît d’ailleurs assez vite son style narratif tortueux et complexe dans cette histoire qui ratisse large dans la géographie et l’histoire mondiale.
Cela pourrait être une simple histoire de zombies, ou de virus meurtrier, ouvrant la voie à un classique survival (High School of the dead, I’m a Hero, Parasyte...), mais Takashi Nagasaki a eu la bonne idée d’ancrer son récit dans une trame historique et religieuse ambitieuse, faisant référence à l’Ancien Testament, l’animisme néolithique, les proto-religions de la Perse des rois achéménides et le vampirisme. Vaste programme qui intrigue, et donne une profondeur inédite à ce type de manga. Le succès de récits à suspense inspirés des religions n’est plus à démontrer, depuis Indiana Jones et le Da Vinci Code qui ont marqué les esprits.

   


Pour cette nouvelle collaboration, c’est avec Lee Sang-cheol, un jeune dessinateur sud-coréen, que Takashi Nagasaki s’est associé. C’est la première série éditée en volumes de ce jeune mangaka dont le trait réaliste et la vivacité ne sont pas sans rappeler celle de Naoki Urasawa. La série est en cours de parution en Corée du Sud, avec cinq volumes disponibles à ce jour. Deux volumes sont en librairie en France, le troisième est prévu pour le 3 mai.

   


King of Eden, de Takashi Nagasaki et Lee Sang-cheol, aux éditions Ki-oon. Série en cours (cinq tomes au Japon), deux tomes disponibles en France. Tome 3 disponible le 3 mai, 7,90 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Entre sources lacunaires et enjeux modernes, l’historien et archéologue Laurent Olivier réussit à cerner ces anciens peuples.
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Qui sont ces Celtes insaisissables ?

Entre sources lacunaires et enjeux modernes, l’historien et archéologue Laurent Olivier réussit à cerner ces anciens peuples.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h11
    |

                            Vincent Azoulay (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Pays des Celtes. Mémoires de la Gaule, de Laurent Olivier, Seuil, « L’Univers historique », 336 p., 23 €.

Voici un livre étrange. Au sens littéral tout d’abord : ce voyage en terres celtes fait le pari du dépaysement, plutôt que de ressusciter une familiarité factice avec « nos ancêtres les Gaulois ». Au sens littéraire ensuite : il est rare qu’un livre d’archéologue commence par un voyage dans le temps sous les auspices de H. G. Wells ! Conservateur en chef au Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), Laurent Olivier a un véritable talent pour instiller un climat d’étrangeté.
Dans un premier chapitre saisissant, il s’efforce de redonner voix aux Celtes, par-delà le filtre imposé par les auteurs anciens, grecs et latins. S’y fait notamment entendre l’effroi causé par l’arrivée des légions romaines en Gaule, passant prisonniers, femmes et enfants au fil de l’épée. Ces massacres, mis en série, produisent un effet vertigineux : en moins de dix ans, César aurait fait tuer un million de Gaulois et en aurait déporté un autre million, anéantissant plus de 20 % de la population locale ! C’est donc ce pays des Celtes, écrasé par Rome et enfoui sous les ruines de la civilisation gallo-romaine, que l’archéologue entend exhumer.
Pour y parvenir, il doit cependant faire avec une documentation lacunaire et discontinue. Aucun témoignage historique direct n’évoque en effet le monde celte entre la période d’expansion commerciale grecque qui suit la fondation de Marseille au VIe siècle av. J.-C. et la conquête romaine de la Narbonnaise, à la fin du IIe siècle av. J.-C. Et quand les auteurs anciens parlent des Celtes – pour reprendre le nom que leur donnent les Grecs – ou des Gaulois – selon le terme employé par les Romains –, c’est en général pour dépeindre des peuplades féroces, dont le degré de sauvagerie serait proportionnel à l’éloignement géographique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Démon de saint Jérôme », de Lucrèce Luciani.
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Figures libres. La folie des livres traverse le temps

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Démon de saint Jérôme », de Lucrèce Luciani.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 15h03
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Le Démon de saint Jérôme. L’ardeur des livres, de Lucrèce Luciani, La Bibliothèque, « Les billets », 140 p., 14 €.

Ce petit-là, pour tout dire, n’a pas été repéré tout de suite. Il a dû attendre, quelque temps, dans un casier, puis dans les piles. Il faut dire qu’il cache bien son jeu. Planqué chez un petit éditeur, masqué sous un titre discret – Le Démon de saint Jérôme, qui fait croire à une étude un peu triste de littérature ancienne ou de patristique –, on dirait qu’il s’ingénie à la discrétion. Attention ! Si on l’ouvre, on ne le lâche plus avant d’avoir achevé ses 140 pages – dans leur genre une vraie fête, savoureuse, savante, insolite, baroque, historique et philosophique.
Jérôme, né vers 347 à Stridon, dans l’actuelle Croatie, est un célèbre docteur de l’Eglise. Bien qu’il ait été surnommé « Doctor Maximus », presque plus personne ne le lit. Dommage, car cet auteur est véhément, virulent, prolixe. Traducteur de la Bible, grand pourfendeur d’hérétiques, il a passé sa vie au cœur des textes, entre rouleaux, parchemins et tablettes, ne cessant pas une seconde de lire, d’écrire, de dicter, de copier – et de tempêter. Ce lecteur fou de Cicéron et de ­Platon, ermite lettré qui ne lâche pas son Virgile même dans le désert, peste souvent contre le style rude et grossier des Ecritures… et s’en repent !
Si peu de lecteurs le fréquentent encore, beaucoup, en revanche, connaissent bien son image. D’innombrables tableaux de la Renaissance et de l’Age classique le représentent – au désert, ou dans son cabinet de lecture, toujours travaillant, entouré d’ouvrages – avec à ses pieds un lion pensif. Le fauve lui était reconnaissant, dit-on, de s’être fait enlever de la patte une malencontreuse épine. Comme quoi, on peut être Père de l’Eglise, ermite, bibliomane et vétérinaire.
Rouleaux épars
La psychanalyste Lucrèce Luciani – à qui l’on doit notamment L’Acédie. Le vice de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ En 2007, Josué Ouvrard commet un meurtre sauvage. David Puaud, qui le connaissait, retrace sa descente aux enfers dans une enquête exemplaire.
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édition abonné


Anthropologie d’un criminel inéluctable

En 2007, Josué Ouvrard commet un meurtre sauvage. David Puaud, qui le connaissait, retrace sa descente aux enfers dans une enquête exemplaire.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h30
    |

                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Un monstre humain ? Un anthropologue face à un crime « sans mobile », de David Puaud, préface de Michel Agier, La Découverte, « Cahiers libres », 250 p., 19 €.
Quand la calamité dépasse la fiction, il faut essayer de la comprendre à défaut de pouvoir l’expliquer. Telle est l’implacable discipline à laquelle s’est astreint sans vaciller l’anthropologue ­David Puaud tout au long de son enquête. Et pour cause…
Un lundi d’août 2007, le futur auteur d’Un monstre humain ? découvre, en feuilletant le quotidien local, qu’un des protagonistes du meurtre sauvage, avec mutilation, d’un homme pris en stop, n’est autre que Josué Ouvrard, un garçon de 19 ans qu’il suit depuis deux ans en tant qu’éducateur. Le dénommé Josué et son acolyte, qui n’ont jamais nié les faits ni avancé un quelconque mobile, comparaîtront trois ans plus tard pour « homicide volontaire avec préméditation, actes de torture ou de barbarie, enlèvement et séquestration suivie de mort, vol avec violences ayant entraîné la mort, tentative d’escroquerie ». L’exposé des conclusions médico-légales sera si insoutenable qu’un des cinq co-accusés (pour non-dénonciation de crime) s’évanouira pendant le procès.
Description clinique
Des expertises psychiatriques, il ressort que Josué Ouvrard, bien qu’immature psychologiquement, intellectuellement et affectivement, est « un sujet normal qui a commis un acte anormal ». Passé l’effroi et la stupéfaction, David Puaud ne cessera plus de tenter de répondre à une question : « Comment Josué Ouvrard, jeune homme certes en situation de marginalité avancée, a-t-il pu en arriver à commettre un tel crime ? » L’enquête commence, qui prend la forme d’une longue immersion dans les dossiers de sa petite enfance et dans le passé ouvrier de sa ville, Châtellerault (Vienne).
La biographie du jeune homme est désolante, pour ne pas dire désespérante. Aucun scénariste soucieux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Le maître à penser de la droite antidreyfusarde, champion du « nationalisme intégral » avant-guerre et maréchaliste pendant, revient. Une anthologie complaisante – ici lue de près par Antoine Compagnon – le montre.
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Un Maurras de parti pris

Le maître à penser de la droite antidreyfusarde, champion du « nationalisme intégral » avant-guerre et maréchaliste pendant, revient. Une anthologie complaisante – ici lue de près par Antoine Compagnon – le montre.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 16h17
    |

                            Antoine Compagnon








                        



                                


                            
L’Avenir de l’intelligence et autres textes, de Charles Maurras, édité par Martin Motte, préface de Jean-Christophe Buisson, Robert Laffont, « Bouquins », 1226 p., 32 €.

Le temps est loin où le jeune Malraux pouvait préfacer ingénument quelques belles pages de Maurras dans une collection populaire. C’était en 1923, et le souvenir de la Grande Guerre durait. Charles Maurras (1868-1952), maître à penser de la droite antidreyfusarde et antirépublicaine, théoricien du « nationalisme intégral » et directeur du journal L’Action française, avait rejoint l’Union sacrée. La guerre l’avait en tout cas recentré et, parmi « Les contemporains », chez Stock, il côtoyait alors Gide, Cocteau, Colette ou Jaurès.

Cela serait bientôt impossible. L’Action française fut condamnée par le pape Pie XI en 1926. Au sommet de sa puissance en février 1934, elle échoua à renverser la République et, en 1936, Maurras fut condamné à huit mois de prison pour « provocation au meurtre » contre Léon Blum, avant d’être élu à l’Académie française. Puis, malgré sa germanophobie de toujours et sa défiance à l’égard des collaborationnistes, il soutint jusqu’au bout le maréchal Pétain, ce qui lui valut d’être condamné à perpétuité en 1945. Cette année, son inscription dans Le Livre des commémorations nationales 2018, à l’occasion des cent cinquante ans de sa naissance, a soulevé une tempête : non seulement la notice a été retirée, mais il a été mis fin au Livre des commémorations nationales.
Contexte sensible
Le Maurras de la collection « Bouquins » sort donc des presses dans un contexte sensible, rendu encore plus délicat par la récente controverse sur l’opportunité de la publication des pamphlets de Céline chez Gallimard, dans la foulée du succès des Décombres, de Lucien Rebatet, en 2015, déjà en « Bouquins ». C’est pourquoi ce Maurras se devait d’être irréprochable sur tous les plans, philologique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Historien, directeur de recherche au CNRS, Laurent Joly est notamment l’auteur de « Naissance de l’Action française » (Grasset, 2015).
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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Maurras : trois questions à Laurent Joly

Historien, directeur de recherche au CNRS, Laurent Joly est notamment l’auteur de « Naissance de l’Action française » (Grasset, 2015).



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h04
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                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Quel est l’état des lieux de l’édition française autour de Maurras ?
Il y a, à côté des travaux universitaires distanciés et critiques (ceux de Bruno Goyet, Jacques Prévotat, Michel Leymarie…), et des textes purement militants, une logique à l’œuvre depuis une vingtaine d’années, fondée sur l’idée que la postérité a été injuste avec Maurras, et qu’il aurait toujours quelque chose à nous enseigner. Cela a commencé avec A l’école de l’Action française, de François Huguenin (JC Lattès, 1998), et s’est poursuivi avec la biographie écrite par Stéphane Giocanti (Flammarion, 2006) ou le « Cahier de L’Herne » Maurras (2011). Ces livres intègrent très partiellement les travaux des premiers et présentent un Maurras « light », aseptisé. Leurs auteurs sont plus ou moins des admirateurs, des disciples, de Maurras.

Comment s’y prend-on pour aseptiser Maurras ?
Avant tout, on minore son antisémitisme. Celui-ci est au fondement de l’Action française, née en 1899, en pleine affaire Dreyfus. Maurras importe dans les milieux royalistes le nationalisme antisémite qui s’est cristallisé autour de Drumont. Il incarne à cet égard une ligne dure, prônant la dénaturalisation de tous les juifs français et le renvoi des étrangers. Or que nous dit-on ? Que tout le monde était antisémite à l’époque… Mais c’est faux ! L’antisémitisme de Maurras était perçu comme transgressif, et d’une violence insupportable. Par deux fois, il a été condamné pour incitation au meurtre contre des hommes politiques juifs. Et il ne sera pas moins virulent sous l’Occupation, ce qui est impardonnable.

Que peut-il rester de lui ?
Pas grand-chose de positif. Ceux qui trouvent la postérité injuste ne peuvent nous le vendre qu’en essayant de faire oublier une part fondamentale de sa doctrine. Au-delà même du dégoût qu’il peut inspirer, Maurras est un penseur et un écrivain daté. Fondamentalement,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Parmi les récentes parutions en poche, « Le Monde » vous recommande…
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Sélection. Livres de poches de printemps

Parmi les récentes parutions en poche, « Le Monde » vous recommande…



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h02
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h14
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            Jean Birnbaum, 
Christine Rousseau, 
                                Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Nicolas Weill, 
                                Florent Georgesco, 
Raphaëlle Leyris et 
                                Florence Noiville








                        



                                


                            
« Les Aventures de Tom Sawyer ». « Aventures de Huckelberry Finn »
(Tom Sawyer’s Adventures. Adventures of Huckleberry Finn), de Mark Twain, traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Bernard Hœpffner, Tristram, « Souple », 312 p., 7,90 €, et 442 p., 9,50 €.
C’est en traduisant, pour les éditions Tristram, les deux tomes de l’autobiographie de Mark Twain (1835-1910), Une histoire américaine (2012) et L’Amérique d’un écrivain (2015), que Bernard Hœpffner s’est replongé dans Les Aventures de Tom Sawyer (1876) et Aventures de Hucleberry Finn (1884). Cet admirateur de Twain connaissait par cœur ces deux chefs-d’œuvre dans leur version originale, mais lorsqu’il a eu besoin de les citer en français, il est tombé sur des traductions désuètes qui allaient jusqu’à trahir complètement l’esprit du texte – par exemple, alors que Huck Finn est un chenapan illettré et gouailleur, on le faisait parler à l’imparfait du subjonctif… !
D’où l’envie de Bernard Hœpffner de retraduire entièrement ces deux classiques dans une langue où des enfants et des adolescents du XXIe siècle pourraient se reconnaître. Pari gagné. En s’imprégnant notamment du parler de la rue chez Raymond Queneau (1903-1976) et des ouvrages de Claude Duneton (1935-2012) sur le français populaire et familier ou les expressions imagées, Bernard Hoepffner a réussi à trouver des équivalents pleins de sève aux nombreux néologismes de Twain, tout comme à des expressions typiques de la rive gauche du Mississippi au XIXe siècle.
Si bien que l’on redécouvre sous un jour neuf, libre et spontané ces deux héros qui le sont tout autant, Tom et Huck, deux garnements faisant l’école buissonnière, ne se lavant pas, jurant comme des charretiers et nous entraînant dans leurs errances magnifiques au fil de l’eau. Republier en poche leur insolente quête de liberté est l’une des meilleures initiations au plaisir du texte que les...




                        

                        


<article-nb="2018/04/25/19-19">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Dans « La jeunesse est un pays étranger », l’écrivain évoque ses jeunes années à Bâle durant les années 1950-1970. Dans un faux désordre, et avec un vrai bonheur.
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Alain Claude Sulzer à la découverte de lui-même

Dans « La jeunesse est un pays étranger », l’écrivain évoque ses jeunes années à Bâle durant les années 1950-1970. Dans un faux désordre, et avec un vrai bonheur.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h01
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19.04.2018 à 09h20
   





                        



                                


                            
La jeunesse est un pays étranger (Die Jugend ist ein frendes Land), d’Alain Claude Sulzer, traduit de l’allemand (Suisse) par Johannes Honigmann, Jacqueline Chambon, 236 p., 21,80 €.

Dans le dernier chapitre du livre, revenant sur ce que nous venons de lire, Alain Claude Sulzer note comme un tardif avertissement au lecteur : « Ceci n’est ni un roman ni une autobiographie. Le livre n’a ni début ni fin, car je ne me souviens pas du début et la fin m’est inconnue. » D’où vient alors la singulière saveur produite par autant de négations et de dénégations ? Car c’est un livre savoureux qui dépasse en effet largement l’autobiographie – même s’il est fondé sur ce genre – que ce grand auteur suisse nous propose.
Le premier mérite de ce récit, c’est l’attitude de l’auteur, qui semble se découvrir à lui-même au fur et à mesure qu’il se montre à nous. Sulzer y évoque son enfance et sa jeunesse sans procéder de façon strictement chronologique. Il ne sait pas où il va ou du moins s’arrange pour nous le faire croire. C’est une sorte de chasse au trésor avec des repères, des indices, des jalons qui prennent la forme de vignettes de quelques pages aux titres aussi différents que : « Des manières de flotter en l’air », « La montre factice », « La douche du soliste »… Et c’est là le second mérite de l’ouvrage : la forme choisie, qui joue à saute-mouton avec les souvenirs. Jamais on ne se dit : « A quoi bon ? Cela ne nous intéresse pas. » Bien au contraire. Car Sulzer ne parle pas seulement de lui, il nous parle en même temps d’une époque, celle des années 1950 à 1970 (Sulzer est né en 1953 près de Bâle), qui découvre le rock, les pizzas et la télévision, et aussi d’un pays, la Suisse, à cheval sur plusieurs cultures : ici les cultures française et ­allemande.
Contre lui-même
Si Sulzer écrit en allemand, sa première langue parlée fut le français, la langue de sa mère, une Suisse romande – une ­ « Welche »,...




                        

                        


<article-nb="2018/04/25/19-20">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ L’écrivain rend un bel hommage à celui qui lui a donné le goût de la littérature, son frère aîné Bernard, si semblable au personnage de Melville.
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Daniel Pennac et son frère-Bartleby

L’écrivain rend un bel hommage à celui qui lui a donné le goût de la littérature, son frère aîné Bernard, si semblable au personnage de Melville.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h01
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 08h22
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Mon frère, de Daniel Pennac, Gallimard, 144 p., 15 €.

Les lecteurs de Daniel Pennac vouent une tendresse particulière à son frère Bernard. Elle remonte aux lignes de Comme un roman (Gallimard, 1992), où l’écrivain raconte que son aîné l’avait poussé à lire Guerre et Paix, de Tolstoï, à 12 ans, grâce à un résumé énigmatique et irrésistible : « C’est l’histoire d’une fille qui aime un type et qui en épouse un troisième. » La passion de la littérature, le sens de la formule que Bernard manifestait adolescent ne l’ont jamais quitté jusqu’à sa mort, à la soixantaine, des suites d’une erreur médicale. On en trouve plusieurs témoignages dans Mon frère, le très beau livre, écrit avec un sourire triste en coin, que Daniel Pennac consacre à celui, plus âgé que lui de cinq ans, dont il dit qu’il l’a « élevé », lui donnant le goût de la lecture et de l’écriture – c’est tout un, chez lui – ; un homme très doux, ironiste pratiquant, dont l’auteur cite ici quelques répliques que l’on jurerait avoir lues dans la saga Malaussène (ainsi, quand on lui demandait ce qu’il gagnait comme ingénieur dans l’aéronautique : « Beaucoup trop pour ce que je fais, mais pas assez pour ce que je m’emmerde. ») Un homme qui fut adoré par sa famille mais connut une vie conjugale sans amour, brisé dans sa jeunesse par une rupture qui lui causa « un chagrin ravageur et durable ».
« Je préférerais pas »
Peu après la mort de Bernard, il y a une dizaine d’années, Daniel Pennac avait eu envie d’écrire sur lui. « Ma mémoire s’y refusa, comme s’il avait emporté nos souvenirs avec lui. Sa maigreur, certes, son humour, bien sûr, ce regard qui ne jugeait pas, d’accord, le timbre un peu nasal de sa voix, son refus de dramatiser, oui, sa résolution de ne pas ajouter à l’entropie, bon, le fait que nous ne nous soyons jamais disputés, pas une seule fois tout au long de nos vies,...




                        

                        

