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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Pour Luciano Floridi, professeur de philosophie à l’université d’Oxford, fausses informations et comportements toxiques imposent une gouvernance ferme du Web.
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« Le Web a développé des résistances antibiotiques à la démocratie »

Pour Luciano Floridi, professeur de philosophie à l’université d’Oxford, fausses informations et comportements toxiques imposent une gouvernance ferme du Web.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 17h49
    |

            William Audureau








                        



   


« Il y a quelque chose qui ne va pas avec le Web actuellement. Ce n’est pas inévitable, ce n’est pas irréparable, mais il est actuellement pollué, nous le savons tous. Y a-t-il des solutions ? A-t-on un projet humain pour le Web ? » Mercredi 25 avril, il fallait bien de la mauvaise volonté pour ne pas saisir l’intimité du lien entre technologie et politique.
Dans un discours engagé à la prestigieuse Web Conference, la plus ancienne conférence des chercheurs et professionnels du secteur qui se déroule cette année à Lyon (Rhône), Luciano Floridi, professeur de philosophie et d’éthique de l’information à l’université d’Oxford (Royaume-Uni), s’est interrogé sur ce que pourrait être un « Web bon ». Une problématique récurrente depuis l’explosion ces deux dernières années des campagnes de désinformation, de harcèlement, et les attaques en ligne contre le vivre ensemble et la démocratie.
Mangrove numérique
La question du « Web bon » est loin d’être une simple marotte de geek ou d’informaticien, insiste le philosophe, car la vie en ligne imprègne notre vie quotidienne. Il compare notre vie moderne aux mangroves, ces zones de marais marins. Prenant en exemple nos smartphones dans nos poches, Luciano Floridi dresse un parallèle :
« Quelqu’un demanderait : l’eau est-elle douce ou salée ? Nous lui répondrions : “Mon cher, vous ne savez pas où vous êtes, nous sommes dans une mangrove, elle est douce et salée à la fois.” C’est pareil pour Internet. Etes-vous online ou offline ? “Mon cher, vous ne savez pas où vous êtes, nous sommes à la fois online et offline.” »
Cet entre-deux est désormais largement répandu, et ne concerne pas que les pays riches. « Tout le monde vit de plus en plus dans des eaux saumâtres. Il y a deux milliards de personnes qui regardent YouTube. Vous me direz que plusieurs milliards n’ont même pas le téléphone. Mais même ceux qui ne téléphonent pas, leurs vies sont modelées par ceux qui téléphonent. »
Dès lors, l’écosystème de cette mangrove concerne tout le monde. Or celui-ci est de plus en plus constitué de mensonges, de propagande, de doutes, d’imprécisions, de demi-vérités, de vérités alternatives, ou encore de manipulations, énumère-t-il, en citant, « inévitablement, les tweets du président actuel des Etats-Unis ».
Les fausses informations, un problème pour l’écosystème
La dégradation de la mangrove est le fait d’individus et d’organisations qui, selon lui, s’épanouissent dans un écosystème toxique. « Les agents polluants sont comme des extrêmophiles », les organismes capables de vivre dans des environnements mortels pour la plupart des autres espèces, élabore l’universitaire italien.
« Ils vivent aux marges des environnements sociaux, mais plus l’environnement devient extrême, plus ils s’avèrent les mieux adaptés pour survivre. Surtout, les agents polluants sont capables de rendre l’environnement encore plus toxique, les rendant encore plus adaptés pour survivre. »
A cet égard, insiste-t-il, les difficultés actuelles du Web relèvent d’un problème général d’écosystème. « Le problème, ce n’est pas que les fausses informations convainquent les gens, c’est qu’elles abîment l’environnement dans lequel les autres informations circulent et les affaiblissent », note-t-il, relevant un cercle vicieux favorable aux agents polluants.

   


La démocratie, antibiotique inefficace
Dès lors, comment restaurer un Web sain et préservé ? Dans un virage inattendu, Luciano Floradi présente la démocratie non comme une solution, mais comme un problème dans ce contexte.
« La démocratie est un peu comme un antibiotique : plus on en met, plus les microbes s’adaptent et plus l’efficacité décroît. Votre solution devient une part du problème. Exactement comme les antibiotiques, le populisme est un excès de démocratie qui devient problème. »
Et de donner l’exemple du référendum sur le Brexit, qui a été le théâtre d’un déchaînement de désinformation et de manipulation du débat sur les réseaux sociaux, se transformant en guerre d’information. « Le Web a développé des résistances antibiotiques à la démocratie. Ce qu’il faut, ce n’est pas plus de démocratie, c’est une meilleure démocratie », exhorte le philosophe.
A ses yeux, le nœud du problème réside dans la nécessité de penser le problème de manière collective et coordonnée. Dans une autre image, il compare l’impasse actuelle du Web à une voiture en panne : pour la faire démarrer, il faut que plusieurs personnes la poussent, mais la démarche ne peut fonctionner que si elles le font en même temps.
« Le problème est que plus nous vivons dans une société d’abondance, moins les gens ressentent le besoin de coordonner leurs efforts. »
Un problème de gouvernance
Qui prendra donc le taureau par les cornes ? Pour Luciano Floridi, « la pollution du Web est en partie l’échec de la gouvernance de la coordination complexe de nos sociétés de l’information. Ce n’est pas un problème éthique mais avant tout un problème d’infrastructure. »
Les gouvernements, les organismes de régulation, les concepteurs eux-mêmes sont en position d’intégrer directement aux règles de fonctionnement du Web les conditions de sa préservation. Sans rentrer dans des détails concrets, le philosophe énumère la neutralité du Net, le respect de la loi, la sécurité, la transparence ou encore la vie privée comme autant de priorités qui ne peuvent être protégées que par la structure même du Web.
Alors qu’Emmanuel Macron s’est vanté de vouloir faire de la France une « start-up nation », Luciano Floridi dresse un portrait acide du culte de l’innovation, qu’il voit comme une approche adolescente d’Internet. « Le vrai défi n’est plus une bonne innovation numérique, n’importe quel gamin peut le faire, trouvez juste le bon projet à “kickstarter”. Le vrai défi, c’est surtout la bonne gouvernance du numérique. »
Il remarque que les gouvernements se positionnent peu sur le sujet, adoptant une posture essentiellement libérale, comme s’il s’agissait de ne pas contrarier l’innovation :
« C’est la question que les politiques veulent éviter, car personne ne sait où l’on va, et que l’on a l’impression que tout va trop vite. C’est comme rouler de nuit sans phare : cela donne cette impression. Mais si on savait où on allait, ce ne serait pas le cas. »
Eloge d’un paternalisme d’urgence
Les recommandations de ce penseur farouchement attaché aux libertés individuelles dénotent par leur volontarisme, voire leur autoritarisme. Tout en se désolant que, de Platon à Rousseau, de nombreux philosophes valorisent l’idée d’imposer aux individus les conditions de leur liberté, il avance la nécessité d’accepter une approche plus coercitive. « Combien de gens n’ont pas voté aux Etats-Unis ? Etait-ce une bonne idée ? Forcez-les à choisir », lance-t-il à l’intention des dizaines de professionnels du Web présents dans l’auditorium.
« Il faudrait user de tous les types de paternalisme existants pour éviter l’irréparable », alerte-t-il, en rappelant que la désinformation a des conséquences aussi bien sur le bien-être individuel que sur les ressources naturelles – conséquence de la guerre d’information sur le réchauffement climatique : « C’est un appel à ce que les règles du jeu – le Web – soient faites de manière à protéger les personnes fragiles et protéger notre planète. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Notre choix du soir. A travers divers cas, Olivier Pighetti pointe les dérives et les excès de la mise sous curatelle ou tutelle (sur France 5 à 20 h 55).
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TV – « Sous tutelle… » : quand l’assistance vire au drame

Notre choix du soir. A travers divers cas, Olivier Pighetti pointe les dérives et les excès de la mise sous curatelle ou tutelle (sur France 5 à 20 h 55).



Le Monde
 |    25.04.2018 à 17h45
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur France 5 à 20 h 55



Ils sont aujourd’hui près d’un million en France. Dans les années à venir, vieillissement de la population oblige, ils seront de plus en plus nombreux. Jugés vulnérables, psychiquement fragiles, physiquement diminués, a priori incapables de gérer leurs comptes ou de prendre des décisions importantes, des femmes et des hommes de tous âges et d’origines sociales très diverses sont placés sous tutelle ou curatelle plus ou moins renforcée. Cette décision lourde de conséquences est prise par des juges spécialisés dans des affaires sensibles, mais débordés par l’afflux de dossiers et le manque flagrant de moyens.
Le système est évidemment censé protéger, mais si l’on en juge par les cas analysés dans ce documentaire, il aboutit trop souvent à des spoliations et à des mises en danger scandaleuses. Judiciairement, la mise sous tutelle ou sous curatelle place les personnes concernées sous l’autorité d’un tuteur. Qui prend de fait le pouvoir. Dans la pratique, on trouve parfois des médecins peu conciliants, des psychiatres peu sensibles, ou encore des marchands de biens peu scrupuleux qui, profitant de la situation, enfoncent encore un peu plus des personnes privées par la loi du libre accès à leur propre patrimoine.
Ne plus pouvoir disposer comme on l’entend de ses biens est violent, mais c’est plus globalement l’atteinte à la dignité qui fait mal. Une plainte qui revient sans cesse, qu’il s’agisse d’individus aisés ou pauvres. Sans oublier les lourds enjeux familiaux qui se font jour lorsque l’un des membres est placé sous tutelle ou curatelle.
Des profils variés
Mais il n’y a pas que des personnes âgées miséreuses, ayant vraiment perdu la tête, qui sont placées sous tutelle ou sous curatelle. Et c’est bien ce qui rend la situation actuelle inquiétante. Le documentaire d’Olivier Pighetti fait froid dans le dos, tant les cas évoqués, très différents, dévoilent des situations difficilement tolérables. La force de cette enquête tient justement aux profils variés des histoires présentées. A priori, pas grand-chose en commun entre Gilbert, 83 ans, ancien chef d’entreprise privé d’une grande partie de sa confortable retraite, Nathalie, artiste peintre de 58 ans en rage contre sa situation, Agathe et sa mère de 84 ans, ou encore Gilles, 83 ans, et son épouse handicapée.
Chaque cas est décortiqué et analysé. Pourquoi en est-on arrivé là ? Que cache telle mesure vexatoire ? Face à la loi, qui paraît parfois si injuste, si décalée, certaines personnes mises sous tutelle et sous curatelle sont aidées dans leur combat par des associations. Les graves dysfonctionnements étant de plus en plus nombreux (abus de confiance, détournements en tous genres, mauvaise gestion des comptes, ventes immobilières injustifiées…), des associations comme l’Afcat (Association contre les abus tutélaires) croulent sous les dossiers. Et la situation ne semble pas être en voie de s’améliorer.

   


Comment la France, qui privilégie un système visiblement inadapté, plaçant des gens sous tutelle ou curatelle trop facilement alors que la situation ne l’exige pas, va-t-elle régler dans les années à venir un problème de société aussi vaste, complexe et douloureux ? Aujourd’hui, trop souvent, la mise sous protection ne fait que fragiliser davantage des situations délicates. Et ses effets pervers font visiblement des ravages.
Sous tutelle…, d’Olivier Pighetti (Fr., 2018, 65 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ A voir aussi ce soir. Deux documentaires reviennent sur l’assassinat du pasteur et les méthodes de surveillance employées par John Edgar Hoover (sur Histoire à 20 h 40).
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TV – Martin Luther King et le spectre du FBI

A voir aussi ce soir. Deux documentaires reviennent sur l’assassinat du pasteur et les méthodes de surveillance employées par John Edgar Hoover (sur Histoire à 20 h 40).



Le Monde
 |    25.04.2018 à 17h30
    |

            Christine Rousseau








                        


Documentaires sur Histoire à 20 h 40

Le 3 avril 1968, la veille de son assassinat, Martin Luther King est de retour à Memphis (Tennessee) pour soutenir les éboueurs noirs en grève. Le ­leadeur des droits civiques a fait de la pauvreté son combat. Et il s’active tant et plus, malgré la fatigue et les menaces qui pèsent sur lui. « Comme tout le monde, je voudrais vivre longtemps. (…) Je n’ai pas peur, je ne crains personne », déclare-t-il à Mason Temple, devant une assemblée qui ne sait pas qu’il s’agit de son ultime intervention. Le lendemain, en fin d’après-midi, sur le balcon du Lorraine Motel où il séjourne, il est abattu d’une balle dans la tête.
Si un homme est très vite suspecté, il faudra attendre le 8 juin pour que James Earl Ray soit arrêté à Londres. Il plaide coupable, mais le soupçon d’un complot va s’immiscer au sein de la communauté noire. Premier visé : le FBI de John Edgar Hoover, qui, pendant dix ans, n’a pas ménagé sa peine pour discréditer le révérend King, comme en témoigne le ­documentaire d’Edward Cotterill.

Didactique en ce qu’il éclaire la personnalité et le parcours des deux protagonistes, ce récit d’un acharnement – sinon d’un aveuglement idéologique, Hoover étant persuadé des accointances de Martin Luther King avec les communistes – montre la panoplie déployée par l’agence fédérale pour surveiller celui qui menaçait l’unité de la nation : mise sur écoute de son domicile et des ­hôtels qu’il fréquentait, chantage, campagne de dénigrement… « C’est l’une des opérations de ­surveillance et d’espionnage d’Etat la plus aboutie qu’a jamais montée Hoover », affirme le journaliste américain Tim Weiner.
De là à soupçonner le FBI d’avoir commandité l’assassinat, il n’y a pas qu’un pas, que ne franchit heureusement pas ce documentaire. Tout comme celui de Tom Jennings qui retrace, presque heure par heure, les jours qui précé­dèrent, et surtout suivirent le funeste 4 avril. Bâti à partir d’ar­chives audiovisuelles et sonores – dont un étonnant coup de fil ­entre le maire d’Atlanta, Ivan Allen, et le président Lyndon B. John­son, inquiet de l’embrasement des ghettos –, ce film, à défaut de ré­vélations, permet d’appréhender l’événement dans toute sa tension et sa portée dramatique.
L’Homme cible : Martin Luther King et le FBI, d’Edward Cotterill (GB, 2018, 50 min). Suivi, à 21 h 30, de MLK : révélations autour d’un assassinat, de Tom Jennings (EU, 2011, 50 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Avec « Kornelia », l’écrivain et journaliste sportif brasse tendrement les exploits d’une championne de natation des années 1970, pour mieux replonger dans son adolescence.
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édition abonné


Vincent Duluc sous le charme d’une nageuse est-allemande

Avec « Kornelia », l’écrivain et journaliste sportif brasse tendrement les exploits d’une championne de natation des années 1970, pour mieux replonger dans son adolescence.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 16h13
    |

                            Lola Lafon (écrivaine)








                        



                                


                            
Kornelia, de Vincent Duluc, Stock, 256 p., 18 €.

Il y a du conte dans Kornelia, un conte où les adultes échoués « prennent l’eau comme les autres mortels » et où règnent les jeunes filles dévêtues d’un maillot qui leur permet de gagner quelques millisecondes sur leur fin annoncée ; des princesses de la testostérone à la voix étrangement grave, qui ont grandi en passant « la moitié de leur vie à la surface ». Ce récit s’annonce comme un portrait de Kornelia Ender, championne de natation qui a remporté huit médailles olympiques en 1972 et 1976, symbole d’une République démocratique allemande (RDA) victorieuse. Mais l’auteur, Vincent Duluc (né en 1962), travaille plutôt le geste d’écrire à la façon de l’enquêteur amnésique qui s’interroge sur ce qu’il cherche au travers de mondes égarés : l’ex-bloc de l’Est comme son adolescence. Et si l’eau chlorée « perle sur le visage » des gagnantes, ce sont des larmes qui affleurent aux yeux du narrateur lorsqu’il s’aventure dans le grenier de ses parents pour y découvrir « une vieille photo dans un carton » : Kornelia.
Un maillage amoureux
Elle nage comme « on glisse au-dessus du sol » et, pour mieux l’envelopper, le corps du récit va au rythme de l’imparfait et du conditionnel présent, des temporalités flottantes pour une histoire qu’on s’inventerait avant de sombrer dans le sommeil de l’âge adulte. Duluc rythme la phrase comme on tient en respect un ennemi, il tisse autour de la silhouette de la jeune Allemande un maillage amoureux qui renvoie dans les coulisses les soupçons de dopage. Duluc, le journaliste sportif à L’Equipe, ferraille avec Duluc, l’écrivain lauréat du prix Antoine-Blondin pour Un printemps 76 (Stock, 2016), une dualité d’écriture finement travaillée, annonçant en préambule qu’au réel il ne se tiendra pas, il le débordera, exposant au lecteur le parti...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Anthony et Joe Russo mettent en scène tous les super-héros de l’éditeur de comics.
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« Avengers : Infinity War » : grand nettoyage de printemps chez Marvel

Anthony et Joe Russo mettent en scène tous les super-héros de l’éditeur de comics.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 15h56
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 17h40
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Tel Philippulus, le prophète enveloppé dans son drap et armé de son gong (L’Etoile mystérieuse, Casterman, 1941), les spectateurs d’Avengers : Infinity War arpenteront les rues en bramant : « La fin du monde est proche. » Le monde, en l’occurrence, c’est le MCU, qui file vers l’apocalypse. Le sérieux des menaces qui pèsent sur le MCU, sa population et ses frontières, est tel que les autorités de Burbank ont pris la décision d’y consacrer deux heures et demie et quelques centaines de millions de dollars de plus. Pour savoir comment tout ça va finir, il faudra attendre le 3 mai 2019 et la sortie du prochain (et ultime) épisode d’Avengers. En attendant, il faudra se contenter du spectacle trépidant et parfois déconcertant de la prise de contrôle du MCU par un tyran génocidaire. Un divertissement idéal pour saluer l’arrivée du printemps.

        Lire l’analyse :
         

          Avengers, la géopolitique des super-héros



Oh, pardon… Le MCU, marque déposée, désigne l’univers cinématographique Marvel. Au lendemain du rachat par Disney de l’éditeur de comics devenu source de matière première pour blockbusters hollywoodiens, le studio a décidé de tisser les liens narratifs des sagas imaginées par Stan Lee, le fondateur de Marvel Comics, et ses acolytes, dans l’espoir de produire un tissu résistant à tous les accrocs du marché.

        Lire le décryptage :
         

          Marvel, la mine d’or de Walt Disney



Infinity War parachève cette démarche : en plus des Avengers originaux (Iron Man, Hulk, Black Widow, Captain America, Thor et les autres), le chapiteau accueille cette fois tout l’équipage des Gardiens de la galaxie, l’entière population du Wakanda (royaume de T’Challa dit Black Panther), Spider Man et le bon docteur Strange. Ce pourrait une simple célébration de la puissance commerciale d’une multinationale, d’autant que ce produit a été confié aux frères Anthony et Joe Russo, dont les états de service (deux Captain America, deux Avengers) ont jusqu’ici révélé leur capacité à se soumettre à la culture de l’entreprise qui les emploie. C’est peut-être elle qui leur a demandé de faire de ce film le récit de la fin d’un monde, de casser les jouets élaborés au long de la dernière décennie.

        Lire la critique de « Captain America: Civil War » :
         

          De la supériorité des super-héros Disney-Marvel




        Lire la critique de « Avengers, l’ère d’Ultron » :
         

          Une somme assommante de super-héros




        Lire la critique de « Black Panther » :
         

          L’Afrique a enfin son super-héros sur grand écran



Un géant un peu balourd
Sur un scénario de Christopher Markus et Stephen McFeely, sur trois continents (New York, Glasgow et le Wakanda sont durement mis à contribution) et une demi-douzaine de planètes, les frères Russo mettent en scène les efforts de Thanos pour prendre le contrôle de six pierres précieuses dont les couleurs vives ne se marient pas forcément. Qu’importe, leur contrôle assure la maîtrise de l’univers. Et Thanos sait exactement ce qu’il fera une fois devenu l’être le plus puissant de la création. Il éliminera la moitié des êtres vivants.
C’est terrible, c’est affreux, et ça ne tient pas vraiment debout, comme souvent lorsque l’on fouille un peu les « grands thèmes » des franchises cinématographiques hollywoodiennes. Pourquoi la moitié, et pas le tiers ou les neuf dixièmes ? Thanos est-il l’incarnation des écologistes qui redoutent l’amenuisement des ressources, ou du grand capital qui veut ajuster le monde aux seuls besoins des puissants ? Ni l’un ni l’autre, c’est un géant un peu balourd auquel les traits de Josh Brolin, sérieusement corrigés sur ordinateur, prêtent une mélancolie qui ne manque pas de grandeur.
Face à lui, les super-héros commencent par faire assaut de private jokes, emmenés par un Robert Downey Jr. pionnier dans le développement de cet exercice depuis le premier Iron Man (c’était il y a dix ans, déjà), bientôt rejoint par Quill (Chris Pratt), le corsaire des Gardiens de la galaxie.

        Lire la critique des « Gardiens de la galaxie 2 » :
         

          Déjà la routine intersidérale



Quelques belles séquences de mélodrame
La rencontre entre les deux personnages produit plus d’effet comique que la totalité du second épisode des Gardiens, tout comme la projection du couple Tony Stark-Peter Parker (ce qui se dit aussi Iron Man-Spider Man ou Robert Downey Jr.-Tom Holland) dans les espaces infinis donne à leur relation de parrain à filleul une délicatesse inattendue. On trouvera même dans cette guerre sans fin quelques belles séquences de mélodrame qui réunissent et déchirent Thanos, père adoptif monstrueux, et Gamora (Zoe Saldana), capable d’arracher des larmes à une pierre malgré la complexion verdâtre de son personnage.
On ne peut s’empêcher de soupçonner que ces petits plaisirs ne sont là que pour générer des critiques argumentées dans les médias, des timelines sur les réseaux sociaux. L’essentiel d’Infinity War reste fidèle à son titre, une interminable succession de combats. Les super-héros usent de leurs super-pouvoirs pour tenter d’arrêter Thanos et ses séides, au prix de massacres et de destructions massives.
Peut-être s’agit-il simplement de faire table rase d’une gamme de personnages et de situations qui ont fait leur temps. Le 3 mai 2019, quand on saura si Thanos l’a vraiment emporté, Disney devrait avoir terminé son absorption de la Fox. Les derniers personnages Marvel qui échappent encore à son contrôle, X-Men et les 4 Fantastiques, seront rentrés au bercail. Il restera bien quelques villes, quelques planètes à détruire.

Film américain d’Anthony et Joe Russo avec tout le monde sauf Meryl Streep, George Clooney et Bill Murray (2 h 35, dont dix minutes de générique). Sur le Web : disney.fr/films/avengers-infinity-war et marvel.com/avengers

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 25 avril)
Marion, film français d’HPG (à ne pas manquer)Milla, film français et portugais de Valérie Massadian (à ne pas manquer)Bottle Rocket (1996), film américain de Wes Anderson (à voir)Foxtrot, film allemand, français et israélien de Samuel Maoz (à voir)Land, film français, italien, mexicain et néerlandais de Babak Jalali (à voir)Mai 68, la belle ouvrage, documentaire français de Jean-Luc Magneron (à voir)Nobody’s Watching, film américain, argentin, brésilien, colombien, espagnol et français de Julia Solomonoff (à voir)Transit, film allemand de Christian Petzold (à voir)Amoureux de ma femme, film français de Daniel Auteuil (pourquoi pas)Avengers : Infinity War, film américain d’Anthony et Joe Russo (pourquoi pas)Ciao Ciao, film chinois et français de Song Chuan (pourquoi pas)La Route sauvage, film américain d’Andrew Haigh (pourquoi pas)La Vita possibile, film italien et français d’Ivano De Matteo (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
Le Bateau ivre, film français de Dominique PhilippeComme des garçons, film français de Julien HallardMika et Sébastian, l’aventure de la poire géante, film d’animation danois de Jorgen Lerdam, Philip Einstein Lipski et Amalie Næsby FickLes Municipaux (ces héros), film français d’Eric Carrière et Francis GinibreUne femme heureuse, film britannique de Dominic Savage





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Un « Echo » avait récemment été attribué aux rappeurs Kollegah et ­Farid Bang, dont le dernier album contient des textes antisémites.
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Antisémitisme : le principal prix musical allemand supprimé après un scandale

Un « Echo » avait récemment été attribué aux rappeurs Kollegah et ­Farid Bang, dont le dernier album contient des textes antisémites.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 15h51
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 16h11
   





                        



   


Le principal prix de musique en Allemagne, les « Echos », n’aura plus lieu. C’est ce qu’a annoncé l’organisateur de cet événement annuel, mercredi 25 avril, conséquence de la polémique suscitée par la remise d’un prix à des rappeurs accusés de chanter des textes antisémites.
« Il n’y aura plus d’Echos (…). On ne veut pas que ce prix de la musique puisse être considéré comme une plateforme pour l’antisémitisme, le mépris des femmes, l’homophobie ou la banalisation de la violence », a déclaré la Fédération de l’industrie musicale, organisatrice des Echos jusqu’ici. La remise des prix Echos est la cérémonie de remise de prix musicaux la plus renommée en Allemagne, dans des domaines allant du classique à la musique pop en passant par le jazz.

        Lire le récit :
         

          Le scandale des « Victoires » de la musique allemandes s’amplifie



Cette prestigieuse récompense avait été attribuée le 12 avril aux rappeurs Kollegah et ­Farid Bang, dont le dernier album, Jung, brutal, gutaussehend 3 (« jeune, brutal, beau gosse 3 »), contenait une chanson évoquant « mon corps plus dessiné que ceux des prisonniers d’Auschwitz », et une autre appelant à « commettre à nouveau un Holocauste ».
« Nouveau départ total »
Les deux rappeurs se défendent de tout antisémitisme mais, depuis deux semaines, de nombreux artistes avaient décidé de rendre leur propre prix Echo en signe de protestation, notamment le célèbre chef d’orchestre israélo-argentin Daniel Barenboim, directeur musical d’un des deux grands opéras de Berlin. Les prix se fondent sur les succès commerciaux des artistes et la victoire des deux rappeurs était dès lors attendue.
« La marque Echo a été endommagée à un tel point qu’un nouveau départ total est nécessaire », a admis la Fédération de l’industrie musicale, qui dit qu’elle prendra son temps avant d’annoncer la formule qui remplacera ces prix l’année prochaine. Elle avait auparavant annoncé un « audit global » et un « renouvellement des mécanismes de nomination et d’attribution du prix », sans plus de précisions.
Ce scandale survient dans un contexte de recrudescence de l’antisémitisme en Allemagne. La chancelière Angela Merkel s’est émue de cette situation à plusieurs reprises ces derniers mois, la dernière fois dimanche dans une interview à une télévision israélienne.

        Lire le compte-rendu :
         

          L’Allemagne s’inquiète d’une recrudescence de l’antisémitisme






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Inauguré le 24 avril par Edouard Philippe et son homologue Malcolm Turnbull, cet établissement propose une vision très australienne de la Grande Guerre.
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Dans la Somme, les Australiens ouvrent un centre high-tech sur 14-18

Inauguré le 24 avril par Edouard Philippe et son homologue Malcolm Turnbull, cet établissement propose une vision très australienne de la Grande Guerre.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 10h30
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 10h41
    |

                            Antoine Flandrin (Villers-Bretonneux (Somme)








                        



                                


                            

Aux abords de Villers-Bretonneux (Somme), un brouillard opaque rend invisible le sommet des éoliennes. Impossible, en revanche, de rater les pancartes jaunes « Never Forget Australia » (« N’oubliez jamais l’Australie ») plantées sur la route qui conduit non loin de là, au Mémorial national australien. C’est à tâtons que le visiteur entre dans ce complexe inauguré en 1938. Plus de 2 000 tombes tirées au cordeau se dressent de part et d’autre d’un élégant gazon. Sur ces stèles blanches, on lit les noms de ces soldats venus des antipodes fauchés dans leur prime jeunesse : D. Hunter, mort le 18 juin 1918 à 22 ans ; W.S Bull, mort le 10 avril 1918 à 24 ans ; W.C Bowman, mort le 3 avril 1918 à 21 ans…
Au bout de l’allée, la litanie reprend : sur le mur de l’imposant monument surmonté d’une tour de 34 mètres de haut ont été gravés les noms de plus de 10 700 soldats australiens tués en France et sans sépulture connue. Comme leurs cobbers (potes), ils étaient arrivés dans ce coin de France au terme d’un voyage interminable : il fallait alors quarante jours de bateau pour parcourir les 12 000 kilomètres depuis Sydney. Entre 1914 et 1918, près de 400 000 diggers, surnom donné aux soldats australiens, vinrent épauler les Alliés sur le front occidental. 42 000 d’entre eux y laissèrent leur peau. Comment expliquer que tant d’hommes aient accepté de venir risquer leur vie si loin de chez eux ?
La réponse se trouve au Centre Sir John Monash, bâtiment semi-enterré construit derrière la tour du Mémorial, qui a ouvert ses portes le 16 avril. « Le choix de ne pas rendre apparent le nouveau bâtiment était voulu. Il s’agissait de préserver l’environnement du site », explique Caroline Bartlett, directrice du centre, qui a supervisé le chantier depuis son lancement en 2014.
« Guide touristique virtuel »
Après avoir descendu une rampe évoquant l’univers des tranchées, on pénètre dans ce centre d’interprétation d’environ 1 000 mètres...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Les responsables du podcast « Out West » proposent un montage qui condense les plus de dix heures d’intrigue de cette première saison.
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La saison 1 de « Westworld » en 94 minutes

Les responsables du podcast « Out West » proposent un montage qui condense les plus de dix heures d’intrigue de cette première saison.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 10h20
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 10h48
   





                        



   


Alors que la deuxième saison de Westworld vient de commencer (lundi 23 avril sur OCS City), il convient de poser la question qui dérange : qui se souvient vraiment des détails de la première ?
Aussi spectaculaire qu’un Jurassic Park où des cow-boys robots remplaceraient les dinosaures, Westworld est également une série aussi nébuleuse qu’un Lost revisité par Philip K. Dick.
Téléspectateurs un peu perdus, réjouissez-vous : les responsables du podcast Out West, en plus d’être des fans pointus de la série, sont également des monteurs hors pair.
Pour vous rafraîchir la mémoire, ils vous proposent donc ce montage qui, en une heure et trente-quatre minutes, condense les plus de dix heures d’intrigue de la première saison — mais attention, tout est en anglais, non sous-titré. Ils prennent en outre le parti de présenter dans l’ordre chronologique les événements de cette série où s’entremêlent de multiples flashbacks. Tant pis pour le mystère : on est uniquement là pour se rafraîchir la mémoire.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Daniel Barenboim et Renaud Capuçon ont rendu leur prix Echo en signe de protestation contre la récompense reçue par deux rappeurs dont le dernier album contient des chansons aux textes antisémites.
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Antisémitisme : le scandale des « Victoires » de la musique allemandes s’amplifie

Daniel Barenboim et Renaud Capuçon ont rendu leur prix Echo en signe de protestation contre la récompense reçue par deux rappeurs dont le dernier album contient des chansons aux textes antisémites.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 10h11
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 13h47
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        



   


Pas un jour ne passe sans que le « scandale du prix Echo », comme l’a baptisé la presse allemande, prenne un peu plus d’ampleur. Deux ­semaines après la remise de cette prestigieuse récompense musicale aux rappeurs Kollegah et ­Farid Bang, lauréats dans la catégorie Hip-Hop, la liste des artistes ayant décidé de rendre leurs ­propres Echos en signe de protestation ne cesse de s’allonger. En cause, le dernier album des deux rappeurs allemands, Jung, brutal, gutaussehend 3 (« Jeune, brutal, beau gosse 3 »), dont l’une des chansons évoque « mon corps plus dessiné que ceux des prisonniers d’Auschwitz », tandis qu’une autre appelle à « commettre à nouveau un Holocauste ».
Parmi les derniers à avoir rendu leurs Echos — l’équivalent outre-Rhin des Victoires de la musique, créé en 1992 —, Daniel Barenboim et Renaud Capuçon. Lundi 23 avril, le chef d’orchestre et pianiste israélo-argentin, sept fois lauréat du prix, a dénoncé un album aux textes « ouvertement antisémites, misogynes, homophobes et d’une façon générale méprisants pour la dignité humaine ». Quelques heures plus tard, le violoniste français lui emboîtait le pas, à peu près dans les mêmes termes. « J’ai décidé de rendre mes Echo Preis pour protester contre l’attribution de ce prix à un groupe de rap dont les paroles des textes sont racistes, antisémites et indignes de la dignité humaine », a-t-il écrit sur Twitter, lundi soir. La concomitance n’est pas fortuite. Quadruple lauréat du prix Echo, M. Capuçon doit donner deux concerts à ­Berlin, les 5 et 6 mai. Il se produira dans la salle Pierre-Boulez, où se trouve l’académie de musique de M. Barenboim, qui accueille de jeunes musiciens du Proche-Orient, quelles que soient leur religion ou leur nationalité.
Pour l’instant, l’hémorragie a moins touché le monde de la variété que celui de la musique classique
Avant eux, d’autres artistes avaient également décidé de renvoyer leurs récompenses, comme le chanteur allemand Marius Müller-Westernhagen, l’un des plus primés (il en a reçu huit au total), ou le producteur Klaus Voormann, qui a reçu cette année un Echo d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Pour l’instant, toutefois, l’hémorragie a moins touché le monde de la variété que celui de la musique classique où, rapporté à l’ensemble des lauréats, la part de ceux ayant rendu leurs prix est plus importante. C’est notamment le cas du chef d’orchestre Enoch zu Guttenberg, du pianiste Igor Levit ou du vio­loniste Andreas Reiner. Plusieurs ensembles renommés outre-Rhin ont fait de même, comme la Sächsische Staatskapelle de Dresde, dirigé par Christian Thielemann, et dont les membres ont justifié leur décision en ces termes : « Un prix qui met les ventes au-dessus de tout et qui, le jour du souvenir de la Shoah, diffuse en direct une émission qui se moque des victimes du IIIe Reich devient un symbole de cynisme auquel nous ne pouvons souscrire. »
Les lauréats parmi le Top 5 des meilleures ventes
Les responsables du prix Echo n’ont pas tardé à réagir. Trois jours après la remise de la récompense controversée aux rappeurs Kollegah et Farid Bang, qui se défendent de tout antisémitisme, le président de la Fédération allemande de l’industrie musicale (BVMI), Florian Drücke, a promis un « audit global » et un « renouvellement des mécanismes de nomination et d’attribution du prix ». Il n’en a cependant pas dit davantage. Les lauréats sont désignés par un jury, qui n’a cependant qu’une latitude limitée, puisque les nommés sont ceux qui, dans chaque catégorie (pop, rock, schlager, hip-hop, etc.), figurent dans le Top 5 des meilleures ­ventes de l’année écoulée.
Il n’est pas certain que ces promesses suffiront. Déjà, certains s’interrogent sur l’avenir du prix. C’est le cas de Thomas Schreiber, l’influent responsable des divertissements de la chaîne publique ARD, qui retransmettait la remise du prix Echo jusqu’en 2017. « L’industrie musicale met la tête dans le sable. (…) L’Echo n’a plus aucune justification, ni sur le plan du contenu ni sur le plan moral », a-t-il récemment déclaré au quotidien Die Welt.
La condamnation de la remise du prix Echo aux deux rappeurs, à laquelle ont également souscrit le ministre des affaires étrangères allemand, Heiko Maas, ainsi que le Comité international d’Auschwitz, s’inscrit dans un contexte particulier outre-Rhin, où la question de l’antisémitisme occupe une place de plus en plus grande dans l’actualité depuis quelques semaines. Une semaine après l’agression, à Berlin, d’un jeune Israélien qui portait une kippa, les représentants de la communauté juive de la capitale allemande ont appelé tous les habitants de la ville, mercredi 25 avril, à en revêtir une également à leur tour, en signe de solidarité.

        Lire le compte-rendu :
         

          L’Allemagne s’inquiète d’une recrudescence de l’antisémitisme






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires de Nikos Aliagas et de Philippe Martinez, Marc Beaugé scrute celui du chanteur belge qui est de retour avec une ligne de fringues. Rien que ça.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Au Théâtre royal de La Monnaie, Alain Altinoglu sublime la mise en scène très noire d’Olivier Py.
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Lyrique : « Lohengrin » année zéro à Bruxelles

Au Théâtre royal de La Monnaie, Alain Altinoglu sublime la mise en scène très noire d’Olivier Py.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 09h16
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



                                


                            

Fallait-il habiller de nuit et de brouillard le lumineux Lohengrin , de Wagner ? Olivier Py en est persuadé, qui a harangué le public venu assister à la première de sa nouvelle production, mise en scène jusqu’au 6 mai au Théâtre royal de La Monnaie, à Bruxelles. « Lohengrin contient-il en germe le national-socialisme ? », a-t-il martelé. Quatre raisons obligent à se poser la question. 1. Wagner symbolise à lui seul l’art allemand. 2. Ses textes antisémites sont impardonnables. 3. Lui et sa musique ont été entièrement récupérés par le régime nazi. 4. Lohengrin dessine « l’architecture politique de l’Allemagne de l’avenir, unifiée, nationaliste, impérialiste et artistique » et raconte « l’attente de ce Reich et son échec. C’est pourquoi la mise en scène se situe dans l’Allemagne détruite de 1945 ».
Cette « Allemagne année zéro » a l’effrayante silhouette d’une ­immense façade sombre aux ­fenêtres brisées, dont la béance évoque les détourages d’onomatopées dans les textes de bandes dessinées, cette écriture de l’explosion. Vitrine de mort noircie de fumerolles, elle offrira, en tournant, tantôt ses entrailles de fer broyé, tantôt les loges d’un théâtre en ruine, des visions saisissantes portées par le talent de metteur en scène de Pierre-André Weitz.
 de 2005
Olivier Py doit à Wagner quelques-unes de ses plus belles propositions d’opéra – comme le sublime Tristan und Isolde de 2005, au Grand théâtre de Genève. Avec Lohengrin, c’est un wagnérien qui doute et se rassure de ce que l’opéra qu’il a mis en scène met lui-même en échec les valeurs qu’il porte. Paradoxal pour le moins.
Il y a notamment ce discret mais très présent passage en revue de la grammaire proto-nazie, qui fait défiler sur le plateau la croix celtique et celle des chevaliers de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ A l’Institut du monde arabe, peintures, maquettes et films donnent vie au projet de Ferdinand de Lesseps et Saïd Pacha.
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Les 150 ans du canal de Suez, lien entre l’Orient et l’Occident

A l’Institut du monde arabe, peintures, maquettes et films donnent vie au projet de Ferdinand de Lesseps et Saïd Pacha.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 08h53
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 17h37
    |

            Florence Evin








                        



                                


                            

Au départ, le canal de Suez, c’est une histoire d’amitié entre deux hommes. En 1854, Saïd Pacha, vice-roi d’Egypte, et Ferdinand de Lesseps, ancien consul de France au Caire, scellent le ­contrat le plus fou du XIXe siècle. Leur défi : réussir en dix ans (1859-1869) le creusement d’un canal à travers les 162 kilomètres de ­désert séparant la Méditerranée de la mer Rouge. Soit la rencontre directe de l’Orient et de l’Occident, qui bouleversera le commerce ­mondial. La route maritime ­Londres-Bombay est raccourcie de 8 000 kilomètres en évitant le contournement de l’Afrique. Une recomposition de la géopolitique planétaire s’ensuivra.
Le 26 mars, trois générations étaient réunies à l’Institut du monde arabe (IMA), à Paris, pour les 150 ans du canal de Suez, autour d’une exposition spectaculaire. « Je suis le descendant de Saïd Pacha, le grand-père de mon grand-père, lança le prince égyptien Hussein Toussoun. Le canal ? C’est la seule chose qui marche. Le plus grand projet du XIXe siècle, une affaire réussie entre deux amis. » Même fierté dans les yeux rieurs de Ludovic, Nicolas et Bruno de Lesseps, trois arrière-arrière-petits-fils, parmi les sept branches Lesseps survivantes.

En 1854, reçu au Caire par un jeune homme de 32 ans, dont il était vingt ans plus tôt le pré­cepteur, Lesseps obtient enfin le projet qui lui tient tant à cœur. L’ancien consul a appris à monter à cheval au petit Saïd qui, à 11 ans, se réfugiait chez lui pour se régaler de spaghettis. « J’ai soigné son enfance, dira-t-il, il était très gros, énorme, je lui faisais prendre de l’exercice, ce qui plaisait à son père [Méhémet-Ali, alors vice-roi d’Egypte]. »
Que reste-t-il de Lesseps, dans le désert, outre l’ouvrage lui-même ? A Ismaïlia, siège de la Compagnie universelle du canal de Suez dont il est l’administrateur, l’une des trois villes nouvelles créées à cet endroit, c’est sa modeste chambre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Cette série psychologique et originale sur des enfants qui tentent de s’échapper d’un orphelinat a suscité l’enthousiasme en France bien avant sa sortie.
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« The Promised Neverland » : deux inconnus à l’origine du manga le plus attendu de l’année

Cette série psychologique et originale sur des enfants qui tentent de s’échapper d’un orphelinat a suscité l’enthousiasme en France bien avant sa sortie.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 08h09
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 10h24
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Naruto, Dragon Ball, My Hero Academia, Death Note…, une écrasante majorité des grands succès du manga ont un point commun : celui d’avoir été découverts dans le prestigieux magazine Weekly Shonen Jump, édité par Shueisha. Ainsi, lorsqu’une nouvelle série comme The Promised Neverland vient remplacer un ancien bestseller dans ce magazine, lecteurs aguerris et éditeurs l’accueillent avec une particulière attention. Bien qu’il ne paraisse en France que mercredi 25 avril, ce nouveau manga s’est déjà forgé une solide réputation depuis plusieurs mois.

   


Mais le succès de ce manga fantastique et psychologique, qui raconte l’histoire de jeunes enfants qui doivent s’échapper de leur orphelinat, n’est pas seulement à mettre sur le compte du magazine. Le mystère qui entoure sa fabrication, mais aussi l’originalité du titre, participent de l’enthousiasme quasi unanime : il faut voir le nombre déjà important de vidéos YouTube et de discussions en ligne consacrées à cette série née en août 2016 au Japon et qui a dépassé dans son pays d’origine les 2 millions d’exemplaires vendus.
The Promised Neverland est le premier manga d’un duo d’auteurs jusqu’ici inconnus. Le scénariste Kaiu Shirai est un ancien col blanc qui, dans une dernière tentative pour devenir mangaka, a proposé un scénario de quelque 300 pages à un éditeur de Shueisha. Il faut attendre deux ans avant que celui-ci lui présente une illustratrice au style graphique bien affirmé, Posuka Demizu, qui s’évertue à cacher son genre et son identité, mais qui a depuis été démasquée par des fans. Le courant passe entre les deux artistes, leur complémentarité est indéniable.

La dessinatrice Posuka Demizu alterne tantôt un trait solaire pour décrire le quotidien enjoué et naïf des enfants de l’orphelinat Grace Field House et une patte beaucoup plus fantastique pour mettre en relief les moments de tension, de suspense, et parfois d’horreur suggérée. En outre, le design des personnages principaux sort des archétypes du manga pour adolescents.
Kaiu Shirai, lui, travaille un scénario qui joue avec les peurs enfantines. Les enfants de Grace Field House, dont les plus grands ont 11 ans, vivent depuis leur naissance dans un cadre idyllique et sont traités avec amour par la directrice, qu’ils appellent « Maman ». Les orphelins ont toutefois interdiction de dépasser l’enceinte du parc. Ce cadre enchanteur va brusquement se briser quand les aînés de l’orphelinat, les intelligents et débrouillards Emma, Norman et Ray, vont comprendre qu’ils sont tous à terme en danger de mort. Ils décident de s’enfuir avec leurs frères et sœurs, mais ils ignorent totalement ce qui les attend à l’extérieur.
Chaque chapitre du premier tome pose des enjeux et des ressorts de suspense qui, s’ils sont suivis et résolus tout au long des albums, promettent une histoire riche : vont-ils réussir tous à s’échapper ? Comment ? Vont-ils pouvoir tromper la vigilance de Maman, véritable stratège ? Que se passe-t-il à l’extérieur de l’orphelinat ?

   


Le manga The Promised Neverland enthousiasme également parce qu’il tranche avec la multitude de titres d’aventure pour adolescents qui peuplent le magazine Shonen Jump, des parcours initiatiques de jeunes héros aux pouvoirs surhumains. Ici, il s’agit plus d’un thriller ou d’une bataille psychologique qui repose sur l’intelligence et la stratégie des personnages, à l’image du best-seller Death Note, auquel on le compare souvent.
Après une âpre bataille avec ses concurrents pour emporter les droits, tout est également prévu du côté de l’éditeur français Kazé pour que The Promised Neverland devienne un succès en France. L’entreprise a d’ailleurs déployé un arsenal publicitaire et un plan de publication quasiment inédits sur le territoire pour un manga. Les cinq premiers volumes de la série paraîtront en version française avant la fin de l’année, et le premier tome est tiré à 100 000 exemplaires, soit quatre fois plus qu’un titre habituel.
The Promised Neverland, de Kaiu Shirai et Posuka Demizu, traduction de Sylvain Chollet, tome I le 25 avril, éditions Kazé, 193 pages, 6,79 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Dans son deuxième long-métrage, Valérie Massadian filme avec poésie l’urgence sociale et le quotidien d’une mère seule, incarnée par Séverine Jonckeere.
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Mille choses sur « Milla »

Dans son deuxième long-métrage, Valérie Massadian filme avec poésie l’urgence sociale et le quotidien d’une mère seule, incarnée par Séverine Jonckeere.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h35
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 08h29
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Découvrir Milla, deuxième long-métrage de Valérie Massadian, puis rencontrer sa réalisatrice plutôt méconnue dans le cinéma français, c’est emprunter un jeu de piste dont on ressort le cœur ému et les idées claires. Tant de lignes s’y croisent – biogra­phiques, esthétiques, sociales – entre la vie réelle et les personnages du film, pour former un tout cohérent. Avec son enfance dif­ficile, son regard construit auprès du styliste Jean Colonna, de la photographe Nan Goldin, et sa passion pour l’art contemporain, Valérie Massadian ne pouvait faire un autre film.

        Lire l’entretien avec Valérie Massadian :
         

          « J’ai davantage confiance dans ce que les corps disent »



Milla est un poème de plus de deux heures où l’urgence sociale est traitée avec une audace ­esthétique, sous forme de tableaux. L’histoire est simple, et on ne nous dit pas tout : Milla et Léo sont deux jeunes amants « sans toit ni loi », à peine majeurs. Ils volent de quoi manger, s’installent dans une maison inhabitée, adorent écouter le même morceau de rock – Add it up, de Ghost Dance, pour les initiés. Le rire de Milla jaillit comme un nuage de poudre et balaie les tensions. On est en bord de mer, à côté de Cherbourg. Léo trouve du travail dans la pêche tandis que le ventre de Milla s’arrondit. Mais une nuit, le bateau fait naufrage… Fin du premier volet. Seule et enceinte, Milla va faire face. D’un hôtel où elle fait le ménage au ­primeur de fruits et légumes où elle apprend à se servir d’une balance. Puis elle devient mère et s’occupe de son enfant.
Séverine Jonckeere, qui interprète Milla, a grandi de foyer en foyer et a vécu plus ou moins ce qu’elle joue à l’écran
Il y aurait mille et une façons de mener ce récit. La réalisatrice a fait des choix : l’actrice principale, Séverine Jonckeere, n’est pas une comédienne, mais une jeune femme qui a grandi de foyer en foyer et a vécu plus ou moins ce qu’elle joue à l’écran, avec son ­propre fils, Ethan ; le cadrage et la lumière sont au centre du dispositif, et non les dialogues ; enfin, la fabrication du film, une co­production franco-portugaise, s’est faite un peu en dehors du système. En plus de dessiner ­l’affiche du film, la réalisatrice a embarqué son fils et sa mère sur le tournage – Mel Massadian signe l’image et Christiane Famer a fait les repas.
Le cinéma « peut » quelque chose, estime la cinéaste, même si Milla ne verse jamais dans le film à message. En déplaçant ­Séverine Jonckeere sur le terrain du cinéma, aux côtés de l’acteur Luc Chessel (d’une magnifique sensibilité), Valérie Massadian lui accorde sa confiance, et la jeune fille prend conscience de ses capacités. Pour trouver Milla, la cinéaste a passé des annonces dans des foyers, laissé des mots dans les boulangeries… Et la blonde Séverine s’est imposée. Avec elle on est déjà dans la fiction : sa moue boudeuse, son port de tête et son regard, parfois d’une tristesse infinie, évoquent de manière saisissante Simone Signoret jeune – dans Casque d’or (1952), de Jacques Becker. La mise en scène fait le reste. Un simple drap fleuri devient un fond ­photographique devant lequel Séverine Jonckeere pose son gracieux visage de camée.
A la lisière du film muet
Milla se déploie entre fiction et documentaire, à la lisière du film muet. La cinéaste laisse parler les corps. Il y a cette scène électrisante dans un couloir de l’hôtel, où Milla pousse son chariot de ménage et semble ailleurs. La chanson des Ghost Dance qui lui rappelle Léo démarre… La caméra effectue un long travelling et finit par dé­voiler la chanteuse et le guitariste du groupe en pleine action, interprétant furieusement leur titre fétiche.
Le film a été récompensé dans de nombreux festivals, au Ficunam de Mexico notamment, où Valérie Massadian a reçu cet hiver le Prix du meilleur réalisateur des mains de Lav Diaz, le cinéaste philippin, Lion d’or à la Mostra de Venise pour The Woman Who Left (2016). Le premier long de Valérie Massadian, Nana (2012), avait, lui, reçu le Prix du meilleur premier film au Festival de Locarno. Il y était déjà question d’une mère seule avec son enfant. Au milieu des bois et des fermes isolées, Nana, 4 ans, « fait sa vie » et se débrouille face à une mère désemparée. Encore un film silencieux, seulement rempli du craquement des arbres et de babillage – un magnifique témoignage sur l’apprentissage de la ­langue. Milla est un peu la face B de Nana, ou inversement.



Film français et portugais de Valérie Massadian. Avec Séverine Jonckeere, Luc Chessel, Ethan Jonckeere, Elizabeth Cabart, Valentine Carette (2 h 08). Sur le Web : jhrfilms.com/milla

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 25 avril)
Marion, film français d’HPG (à ne pas manquer)Milla, film français et portugais de Valérie Massadian (à ne pas manquer)Bottle Rocket (1996), film américain de Wes Anderson (à voir)Foxtrot, film allemand, français et israélien de Samuel Maoz (à voir)Land, film français, italien, mexicain et néerlandais de Babak Jalali (à voir)Mai 68, la belle ouvrage, documentaire français de Jean-Luc Magneron (à voir)Nobody’s Watching, film américain, argentin, brésilien, colombien, espagnol et français de Julia Solomonoff (à voir)Transit, film allemand de Christian Petzold (à voir)Amoureux de ma femme, film français de Daniel Auteuil (pourquoi pas)Avengers : Infinity War, film américain d’Anthony et Joe Russo (pourquoi pas)Ciao Ciao, film chinois et français de Song Chuan (pourquoi pas)La Route sauvage, film américain d’Andrew Haigh (pourquoi pas)La Vita possibile, film italien et français d’Ivano De Matteo (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
Le Bateau ivre, film français de Dominique PhilippeComme des garçons, film français de Julien HallardMika et Sébastian, l’aventure de la poire géante, film d’animation danois de Jorgen Lerdam, Philip Einstein Lipski et Amalie Næsby FickLes Municipaux (ces héros), film français d’Eric Carrière et Francis GinibreUne femme heureuse, film britannique de Dominic Savage





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La réalisatrice de « Milla » raconte son rapport au cinéma.
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Valérie Massadian : « J’ai davantage confiance dans ce que les corps disent »

La réalisatrice de « Milla » raconte son rapport au cinéma.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h34
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 07h36
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

La photographe Nan Goldin l’a immortalisée il y a une vingtaine d’années avec ses cheveux blonds, courts, et son regard bleu d’inquiétude. ­Valérie Massadian explique que « Nan » lui a redonné un corps après la naissance de son fils, en la montrant telle qu’elle était. C’est encore l’artiste américaine qui a insisté pour voir les photos et diaporamas que Valérie Massadian gardait pour elle. « Qu’est-ce que tu attends pour faire tes films ! », l’a-t-elle grondée. Elle a fini par signer son premier long-métrage en 2012, Nana. Ren­contre avec la réalisatrice de Milla, en salle le 25 avril.

Pourquoi avez-vous commencé tardivement le cinéma ?
Cela vient de loin. Je n’ai jamais aimé les études. J’habitais à la campagne, dans le Perche. Le ­matin, mon grand-père me ­faisait l’école et, l’après-midi, on construisait des cabanes. J’étais interdite de télé, mais je me ­cachais le dimanche soir pour voir le « Cinéma de minuit », sur la troisième chaîne. Un soir, mon grand-père m’a surprise et m’a dit que ce serait notre secret. A l’âge de 7 ans, j’avais arrêté de ­parler. Mon grand-père m’a ­sauvée en m’offrant un appareil photo. J’ai renoué avec le monde. Je suis arrivée à Paris à l’âge de 13 ou 14 ans, et la Ciné­mathèque ­a été mon école.
Comment êtes-vous passée de l’appareil photo à la caméra ?
J’ai fait plein de boulots. Quand j’étais enceinte, je n’avais pas d’endroit où habiter. J’ai rencontré le styliste Jean Colonna et c’est la première personne qui m’a fait entièrement confiance. Puis j’ai fait mon école avec les films des autres. J’ai vu tout ce que je n’aimais pas dans le système du cinéma. Mais Nan Goldin a été le véritable déclencheur, au début des années 2000, lorsqu’on préparait sa rétrospective TheDevil’s Playground. Elle a brisé mon complexe. Je pouvais faire du ­cinéma depuis l’endroit qui était le mien, l’instinct pur. C’est gigantesque. J’aime...




                        

                        


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« Marion » : mélancolie de l’homme nu moderne

L’acteur et réalisateur de films pornographiques HPG poursuit son travail d’introspection.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h33
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Les films d’HPG (acronyme pour Hervé Pierre-Gustave) ne ressemblent à rien. Il est, en effet, impossible de les faire rentrer dans de quelconques catégories existantes. Le happening, l’autofiction, la pornographie en sont des ingrédients nécessaires tout autant, et surtout, que la présence du cinéaste/comédien dans le rôle principal, celui d’un personnage qui pourrait n’être que lui-même : un acteur de films pornographiques, en couple avec un enfant. Marion continue, de façon encore plus radicale, le parcours entamé avec des titres comme On ne devrait pas exister (2005) et Fils de… (2014).
Le flamboyant et histrionique comédien spécialisé, mais aussi réalisateur et producteur de films pornographiques, a commencé un jour à réaliser, à côté d’une prolifique production alimentant à jets continus les rayons des sex-shops, des œuvres d’un curieux naturalisme intime (cela a commencé par quelques courts-métrages), prétextes à un travail d’introspection teinté d’humour.
Le sexe filmé constitue le principe même de « Marion » et définit la série de dispositifs que le film met en place
Le sexe filmé est pourtant au centre de Marion. Il en constitue le principe même et définit en fait la série de dispositifs que le film met en place. Faire l’amour devant la caméra est tout à la fois le métier, la malédiction et le plaisir d’un personnage particulièrement bavard, qui s’interroge, à perte de vue, sur sa propre existence.
Le film est une succession de tableaux sexuels, entrecoupés de moments bizarres et burlesques : l’homme court nu dans les rues derrière une jeune fille à vélo, nue aussi. Il reçoit des trombes d’eau sur la tête ainsi que des sacs-poubelle, comme s’il se faisait virer du domicile conjugal. HPG y a des rapports sexuels, consécutivement, avec quatre jeunes femmes différentes.
Chacune des séquences est très stylisée, filmée dans de violents clairs-obscurs, à cent lieues de l’exigence panoptique du cinéma pornographique, d’autant plus que les cadrages se gardent bien de laisser dans le champ ce qui est pourtant la détermination ultime du genre, soit les organes en action (en tout cas pour la version destinée aux salles de cinéma puisqu’il semblerait qu’une autre, plus corsée et plus franche aussi, aura vocation à être diffusée sur Canal+).
Dimension comique
Il y a, en premier lieu, une dimension comique qui surgit de la façon même dont les personnages font l’amour. Le désir, même simulé, est remplacé par les interrogations du personnage central, nommé Gus, qui se demande s’il pourra encore longtemps continuer son activité de « hardeur », qui s’inquiète d’un éventuel épuisement de ses capacités physiques, qui s’étonne et s’angoisse de la différence d’âge qui le sépare de ses jeunes maîtresses, mais hésite aussi entre demeurer auprès de sa femme ou la quitter.
Désormais, l’acteur porno infatigable se « prend la tête », provoquant parfois la perplexité et les quolibets de ses partenaires. Cette rupture permanente et distanciée de toute la rhétorique filmée du cinéma pornographique, dans la foulée de ses précédents opus mais avec encore plus d’intensité ici, constitue déjà le premier intérêt du film.
Mais il conviendrait sans doute, pour saisir la pertinence des questions que soulèvent ces curieux et excentriques montages de dispositifs, de se détacher du contexte pornographique pour saisir l’intuition de celui qui éprouve une forme de mélancolie provoquée par la conjugaison d’un intense vagabondage sexuel (professionnel et privé) et l’inéluctable vieillissement des êtres humains.
La rupture permanente et distanciée de la rhétorique filmée du cinéma pornographique constitue le premier intérêt du film
Cette figure du mâle, entre narcissisme démesuré et masochisme inavoué, a-t-elle jamais été triomphante et souveraine ? Dans quelle mesure l’individu, au-delà de la persona même d’HPG, peut-il vivre le sexe sans sentiments ? Dans quelle mesure ceux-ci, travestis par le confort du lien conjugal, s’accommoderaient-ils d’un plaisir sans fin ? Et cela serait-il désirable ? Il fallait peut-être un spécialiste de la performance sexuelle filmée pour poser ce genre de question. Les cocasseries d’HPG cachent peut-être la permanence d’une quête inépuisable : non pas jouir sans entraves mais entraver, même pour rire, la jouissance pour mieux l’éprouver, ou pour le moins, dans ce film, la détacher du coït.
A la fin du XIXe siècle, Etienne-Jules Marey inventait le fusil photographique (un ancêtre du cinéma) pour décomposer et rendre visible le mouvement. Un modèle marchait nu, et la succession rapide de clichés, pris en rafales, dévoilait le mécanisme à l’œuvre dans la marche à pied. HPG n’est-il pas le descendant de l’homme nu de Marey ?
Homme nu (il l’est quasiment tout le long du film) moderne, il incarne, exemplairement, le sujet d’un naturalisme entendu au sens presque scientifique du terme : saisir, pour mieux les observer, les vibrations de l’âme et du sexe pour en dévoiler leur articulation.

Film français d’HPG. Avec HPG, SLND, Eeciahaa (1 h 02). Sur le Web : www.hpgnet.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Le réalisateur israélien Samuel Maoz interroge l’identité et le devenir de l’Etat juif.
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« Foxtrot » : la danse macabre des mythes fondateurs

Le réalisateur israélien Samuel Maoz interroge l’identité et le devenir de l’Etat juif.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h31
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 08h19
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Depuis sa première à Tel-Aviv, le 28 août  2017, Foxtrot est poursuivi par la vindicte de la ministre de la culture israélienne, Miri Regev. La présentation du deuxième long-métrage de Samuel Maoz à la Mostra de Venise quelques jours plus tard, sa sélection pour représenter Israël aux Oscars, sa projection en ouverture du Festival du cinéma israélien de Paris en février, chacun de ces ­épisodes a excité l’aigreur de la ministre qui s’est tour à tour affligée du Lion d’argent remporté par Foxtrot à Venise (« C’est la preuve que l’Etat ne doit pas financer des films qui peuvent être utilisés comme des armes de propagande aux mains de nos ennemis »), réjouie qu’il ne soit pas nommé à l’Oscar du film en langue étrangère, avant de demander à l’ambassade d’Israël à Paris de retirer son soutien à la manifestation qu’ouvrait le film de Maoz.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Samuel Maoz, un cinéaste sur le front en Israël



La compilation des interventions de Mme Regev pourrait avantageusement remplacer les citations de critiques de cinéma sur une colonne Morris. Elle ne s’y serait pas autrement prise si elle avait voulu démontrer que Foxtrot (dont elle convient qu’elle ne l’a jamais vu) constituait une contribution importante à la conversation nationale israélienne. De fait, Samuel Maoz a tenté de concentrer en à peine deux heures des décennies ­d’interrogations sur l’identité et le devenir de l’Etat juif. Le cinéaste le fait en déployant un ­arsenal impressionnant : dérision, distanciation, recherche formelle qui confine au maniérisme. Cette virtuosité est souvent irritante, elle est peut-être nécessaire pour tenir en respect la force de la tragédie qui menace sans cesse d’engloutir le monde absurde dans lequel se débattent les personnages de Foxtrot.
Infinie perversité
Pour parler d’eux et de ce qui leur arrive, il est à peu près impossible de ne pas dévoiler les mécanismes de ce drame en trois actes, dont les articulations sont mues par un destin qui semble tirer sa force d’une infinie perversité. Au premier acte, Michael Feldman ouvre sa porte à un groupe de jeunes gens en uniformes. Feldman (Lior Ashkenazi) est un quinquagénaire dont le physique altier se marie à merveille avec la décoration géométrique de son appartement moderne. C’est normal, il est architecte. Les jeunes gens en uniforme sont venus lui annoncer la mort de son fils Yonatan, qui sert dans les rangs de Tsahal. Daphna (Sarah Adler), la mère du jeune homme, s’évanouit et est immédiatement placée sous sédation par la fraction médicale de la petite troupe de prophètes de malheur. C’est la première d’une série de métaphores qui jalonnent ce film au point d’en briser souvent les lignes.

   


Une fois la moitié du peuple endormie, le père est pris d’une sainte rage qui le dresse contre le mutisme de Tsahal (on refuse de le laisser voir le corps de son fils, de lui révéler les circonstances de sa mort) et d’une subite allergie aux visites de condoléances. Michael Feldman file donc dans l’équivalent israélien d’un Ehpad pour annoncer la nouvelle à la grand-mère du jeune soldat, une femme atteinte de démence sénile qui prend des cours de danse de salon en compagnie d’autres patients qui portent, pour certains, un pyjama rayé. Lorsque Mme Feldman mère s’adresse à son fils, elle le fait en allemand, la seule langue dont elle a conservé la maîtrise. C’est l’une des autres obsessions dont traite le film, souvent sur le mode du sacrilège : le lien entre la naissance d’Israël et la Shoah.
Soldats désabusés
Dans la seconde partie de Foxtrot, qui montre la vie quotidienne de Yonatan dans un poste de garde perdu dans un désert boueux, ce thème se déploie en un récit picaresque et sordide, qui explique la haine que voue la mère germanophone à son fils. Là où le premier acte relevait d’un théâtre cruel et intellectuel, le volet central de Foxtrot entre de plain-pied dans le théâtre de l’absurde. Le checkpoint où sont affectés Yonatan et ses camarades ne ressemble en rien à ceux que l’on a vus ailleurs, chez Elia Suleiman ou Avi Mograbi. Les soldats sont casernés dans un conteneur qui menace de s’enfoncer dans le sol, le point de passage est bordé d’une casemate protégée par un parasol en lambeaux. De toute évidence, ce sont ces images de soldats désabusés, chargés sans grands moyens d’une mission absurde qui ont suscité la colère de la ministre de Benyamin Nétanyahou, plus encore peut-être que la séquence mettant en scène la mort d’un groupe de civils palestiniens sous les balles israéliennes – on laissera à chacun(e) le soin de qualifier l’événement : crime de guerre, bavure ou accident.
Le volet central de « Foxtrot » entre de plain-pied dans le théâtre de l’absurde
Quand il filme ces gamins en uniforme, Samuel Maoz aime les inscrire dans des cadres géométriques qui rappellent les cases de la bande dessinée à laquelle le conscrit Yonatan consacre ses heures d’ennui. On dirait presque que ce conflit est devenu abstrait, élément d’une structure à laquelle il contribue sans que personne ne prenne plus conscience de sa réalité humaine. Dans cette configuration, les Palestiniens qui, dans Foxtrot, ne sont jamais que les ­passagers d’une voiture dont on contrôle l’identité, n’ont pas d’autre rôle que de venir troubler une utopie dont on cherche en vain la pureté originelle.
Le troisième acte de Foxtrot, situé quelques mois après les deux précédents, est consacré au deuil de la famille Feldman, et, pour filer la métaphore, à celui de l’utopie sioniste. Les parents et leur fille Alma (Shira Haas) sont réunis dans l’appartement qui a perdu de sa splendeur. Ils cherchent à donner un sens à ce qui a précédé. Ces séquences à la tonalité sombre permettent à Sarah Adler de donner corps à son personnage de mère, sans parachever tout à fait l’architecture ambitieuse dont Samuel Maoz avait entrepris l’édification. Le foxtrot est une lettre de l’alphabet militaire, mais aussi – c’est le cinéaste qui le souligne – une danse qui ramène toujours les danseurs au point de départ. On pourrait presque reprocher au film homonyme de ne pas laisser ses spectateurs beaucoup plus avancés qu’ils ne l’étaient en entrant dans la salle. Samuel Maoz répondrait probablement que son propos était de mettre en scène cette immobilité gesticulante.

Film israélien de Samuel Maoz. Avec Lior Ashkenazi, Sarah Adler, Yonatan Shiray (1 h 53). Sur le Web : www.sddistribution.fr/film/foxtrot/136

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 25 avril)
Marion, film français d’HPG (à ne pas manquer)Milla, film français et portugais de Valérie Massadian (à ne pas manquer)Bottle Rocket (1996), film américain de Wes Anderson (à voir)Foxtrot, film allemand, français et israélien de Samuel Maoz (à voir)Land, film français, italien, mexicain et néerlandais de Babak Jalali (à voir)Mai 68, la belle ouvrage, documentaire français de Jean-Luc Magneron (à voir)Nobody’s Watching, film américain, argentin, brésilien, colombien, espagnol et français de Julia Solomonoff (à voir)Transit, film allemand de Christian Petzold (à voir)Amoureux de ma femme, film français de Daniel Auteuil (pourquoi pas)Avengers : Infinity War, film américain d’Anthony et Joe Russo (pourquoi pas)Ciao Ciao, film chinois et français de Song Chuan (pourquoi pas)La Route sauvage, film américain d’Andrew Haigh (pourquoi pas)La Vita possibile, film italien et français d’Ivano De Matteo (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
Le Bateau ivre, film français de Dominique PhilippeComme des garçons, film français de Julien HallardMika et Sébastian, l’aventure de la poire géante, film d’animation danois de Jorgen Lerdam, Philip Einstein Lipski et Amalie Næsby FickLes Municipaux (ces héros), film français d’Eric Carrière et Francis GinibreUne femme heureuse, film britannique de Dominic Savage





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Dans une fiction documentée, le réalisateur Babak Jalali montre un peuple humilié aux Etats-Unis.
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« Land » : un Iranien à l’heure indienne

Dans une fiction documentée, le réalisateur Babak Jalali montre un peuple humilié aux Etats-Unis.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h30
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Après The Rider, de Chloé Zhao, film américain tourné par une cinéaste d’origine chinoise dans la réserve sioux du Dakota du Sud, arrive sur nos écrans Land, film de coproduction internationale, réalisé par Babak Jalali, un Iranien vivant à Londres, inspiré par la même réserve de Pine Ridge. Tourné avec nombre d’acteurs amérindiens non professionnels, Land est une fiction documentée dont l’esthétique rappelle un peu, transposée sous le climat sableux du western originel, la distanciation impavide et l’économie narrative du cinéma du Finlandais Aki Kaurismäki.
L’affaire tient en peu de mots, de part et d’autre de la frontière entre terre indienne et gouvernement américain. Ici, Wesley, alcoolique invétéré, son frère Raymond, sobre et fier, et leur mère Mary, survivent grâce aux travaux de la ferme. Au dehors, à la frontière, un magasin d’alcool installé à dessein (il est interdit de boire à l’intérieur de la réserve) pour tirer profit de l’addiction des « Natives » à cet élixir du désespoir. Plus loin, une caserne où l’on rapatrie le cadavre de Floyd, le frère des deux autres,mort en Afghanistan, tout en refusant à la famille la prime réservée aux combattants.
Errance immobile
Ces zones, attestant du cynisme américain à l’égard de la personne et de l’histoire indiennes, sont sujettes à conflits et dérapages. Les Indiens adossés au mur de Bob’s Liquor Store demandent aux Blancs de leur payer une bière. Des rixes se produisent. L’institution militaire dénie quant à elle le statut de combattant à Floyd, au motif qu’il serait mort séparé de son unité. La différence est plus que sensible, la famille touchera douze mille dollars au lieu de cent mille. Elle refuse, de son côté, que le drapeau des Etats-Unis recouvre le cercueil du défunt. Tout n’est pas nécessairement noir dans ces interstices. L’amitié entre Wesley et Rosie, adolescente curieuse du destin des « Natives », fait chaud au cœur, à l’instar de la belle bande musicale (Townes Van Zandt, Jozef van Wissem…) qui accompagne cette errance immobile.
Drôle de film donc, qui, par sa volonté délibérée de ne jamais rien nouer et de se tenir dans les quatre coudées d’un territoire désaffecté, balayé par le vent de l’Histoire, par sa lenteur composée, son cadre fixe, son attention à la révoltante misère humaine, sa volonté farouche de mettre en valeur la dignité d’un peuple humilié, s’est mis corps et biens à l’heure indienne. Humilité rare et grand mérite.

Film français, italien, mexicain et néerlandais de Babak Jalali. Avec Rod Rondeaux, Florence Klein, Wilma Pelly (1 h 50). Sur le Web : www.bacfilms.com/distribution/fr/films/land



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Jean-Luc Magneron démontre, dans un documentaire édifiant, que l’Etat a réprimé les manifestants de façon systématique et sanglante.
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« Mai 68, la belle ouvrage » : le printemps des violences policières

Jean-Luc Magneron démontre, dans un documentaire édifiant, que l’Etat a réprimé les manifestants de façon systématique et sanglante.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h29
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Anniversaire oblige, les résurgences cinématographiques de Mai 68 fleurissent. Inédits, recyclés, cachés, retravaillés, synthétisés, restaurés, tout fait ventre. C’est de bonne politique, mais tout n’est pas nécessairement digne d’être retenu. Le meilleur film sur 68, les cinéphiles le connaissant bien, c’est une femme qui hurle qu’elle ne retournera pas travailler, cela dure neuf minutes, et cela s’appelle La Reprise du travail aux usines Wonder. On en reparlera à l’occasion de la reprise de l’également magnifique Reprise, d’Hervé Leroux, film qui part à la recherche de cette déchirante ouvrière ­devenue une sorte de mythe du cinéma militant.
Le film a été présenté à la première édition de la Quinzaine des réalisateurs, en 1969, à Cannes
En attendant, on a aimé Mai 68, la belle ouvrage, un film de Jean-Luc Magneron réalisé dans le feu des événements, présenté à la première édition de la Quinzaine des réalisateurs, en 1969, à Cannes, et qui sort toutes affaires cessantes. L’auteur est un globe-trotteur ­culturel. Il filme dans les années 1960 des cérémonies rituelles ou des enquêtes sociologiques en ­Laponie, chez les Indiens Navajo, en Haute-Guinée, au Dahomey, au Cameroun. Il s’intéresse par ailleurs autant à la poésie arabe qu’au kung-fu. Cet esprit ouvert et insatiablement curieux plonge au sein de la mêlée de 68 et en rapporte des images édifiantes, qui montrent, entre jets de grenades et barricades enflammées, la brutalité des confrontations.
Ces images forment une petite partie de la matière de son film, constitué pour l’essentiel de témoignages portant accusation, avec une précision difficilement réfutable, de l’utilisation délibérée et systématique des violences policières. Tel est le seul sujet du film de Jean-Luc Magneron, qui lui confère l’avantage, par rapport à beaucoup d’autres, d’un point de vue réellement documenté sur les événements.
Eclatant cynisme
Ouvert sur une intervention télévisuelle de Charles de Gaulle, en date du 7 juin 1968, durant laquelle le président de la République se félicite du sens de la mesure des forces de police face aux manifestants, le film est une réfutation de deux heures au terme de laquelle ce propos paraît d’un éclatant cynisme.
La litanie des témoignages – un peu répétitive, il faut le reconnaître – est néanmoins édifiante. Journalistes, médecins, étudiants, passants, résidents du Quartier latin unissent ici leurs voix pour décrire ce qui relève d’un scandale moral et d’une faillite de l’Etat de droit. Utili­sation de gaz asphyxiants, tirs de grenades à jet tendu, matraquage de gens à terre, tabassage de ­passants, cassage de gueule obligatoire par les « comités ­d’accueil » des commissariats, coups dans les parties génitales, viols de femmes, humiliations permanentes, cheveux scalpés au couteau, insultes haineuses, hom­mes ­déchaînés échappant à l’autorité des gradés, traitement spécial des étrangers… on en passe et des meilleures. Tout cela naturellement et soigneusement entretenu et couvert par l’Etat-Léviathan, parfaite incarnation de la monstruosité nécessaire, selon Thomas Hobbes, au bon ­gouvernement des peuples. A l’heure où, en France, les escadrons de CRS s’invitent de nouveau dans les enceintes universitaires pour y faire le ménage, la vision d’un tel film invite à une méditation sur l’évolution de notre société.
Documentaire français de Jean-Luc Magneron (1 h 57). Sur le Web : www.autourdu1ermai.fr/bdf_fiche-film-1069.html et www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/20831_1



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Le réalisateur de « Barbara », Christian Petzold, adapte le récit d’Anna Seghers, situé en 1940.
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« Transit » : réfugiés entre deux mondes, entre deux vies

Le réalisateur de « Barbara », Christian Petzold, adapte le récit d’Anna Seghers, situé en 1940.



Le Monde
 |    25.04.2018 à 07h28
 • Mis à jour le
25.04.2018 à 08h28
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Transit repose sur un pari si audacieux qu’il confine à la folie. En adaptant le court roman d’Anna Seghers, Christian Petzold a pris une décision qui sort son film des règles établies, tout en le rendant vulnérable aux doutes et aux interrogations. Le réalisateur de Barbara s’est emparé d’un récit situé dans le passé – l’année 1940 – et, tout en en conservant le moindre détail, l’a mis en scène dans la réalité du monde d’aujourd’hui, se dispensant de l’appareillage de la reconstitution historique.
Paru en 1944, écrit en exil au Mexique par une écrivaine allemande, juive et communiste, Transit est situé à Marseille au moment de l’avance des troupes nazies en France et de l’effondrement de la IIIe République. Autour du port, les réfugiés qui avaient cru trouver asile en France tentent d’obtenir les visas qui leur permettront d’embarquer vers les Etats-Unis ou le Mexique. Georg, le personnage central, usurpe – presque sans le faire exprès – l’identité de Paul Weidel, un écrivain qui s’est suicidé à Paris, au moment de l’évacuation de la capitale par les autorités françaises. Dans les rues de Marseille, il croise sans cesse une femme qui attend son compagnon, seul capable d’obtenir les visas pour le Mexique qui les sauveront. C’est la veuve de Weidel.
En écrivant le scénario de Transit, Petzold en a conservé tous les éléments, même les plus datés : la nationalité des envahisseurs, les destinations désirées par les fuyards (le Mexique dont les autorités sympathisent avec la gauche européenne, les Etats-Unis qui ne goûtent guère le fascisme, mais encore moins les afflux migratoires), les paquebots qui les emportent.
Les passants ont des téléphones portables à la main, à Marseille, le MuCEM jouxte le fort Saint-Jean
Mais comme on l’a dit, la mise en scène refuse ce que le récit appelait : les pèlerines des agents, les téléphones manuels et les trains à vapeur. Les policiers français sont vêtus des uniformes que l’on voit ces temps-ci aux portes des universités, les passants ont des téléphones portables à la main, à Marseille, le MuCEM jouxte le fort Saint-Jean.
Il ne s’agit pourtant pas d’une uchronie et d’imaginer ce que serait le monde si l’Allemagne était encore un Etat prédateur et la France un pays qui n’a de la puissance que le nom. S’il faut trouver une raison d’être au cinéma de Christian Petzold, c’est de ­donner à penser à ses spectateurs. Ce geste, plonger une histoire vieille de trois quarts de siècle dans le bain du XXIe siècle, veut obliger à réfléchir à la condition des réfugiés.
Complicité presque organique
En brisant la perspective espace-temps, le cinéaste-scénariste ramène à la surface quelques évidences : les réfugiés de 1940, Allemands, Espagnols, auraient aujourd’hui tous droit au passeport bordeaux de l’Union européenne ; ils n’auraient pas non plus besoin de visas pour embarquer (en avion plutôt qu’en bateau). La complicité presque organique entre les forces de l’ordre et ceux qui vivent de l’infortune des réfugiés (hôteliers, entremetteurs…) se montre sous un autre jour que celui que jetterait l’appareil d’une reconstitution historique.
Reste que cette audace se fait payer autant qu’elle paie. Les distorsions entre les détails du parcours de Georg, tel qu’Anna Seghers le façonna d’après sa propre expérience, et la réalité contemporaine, numérique, transnationale sont si violentes qu’elles obscurcissent souvent le film, au point, comme ce fut le cas de la présentation de Transit à la dernière Berlinale, de dérouter nombre de spectateurs.
Franz Rogowski incarne puissamment la désorientation de son personnage
Pour contrer ces effets secondaires, Petzold a pu compter sur un formidable interprète, Franz Rogowski, qui incarne puissamment la désorientation de son personnage. Si Georg glisse si facilement dans l’imposture, c’est que son statut de réfugié l’a privé de son identité originelle. Visites au consulat du Mexique, valse-hésitation avec Marie (Paula Beer), la veuve qui se croit toujours épouse, se lisent – à travers les hésitations et les poussées de fièvre de l’acteur – aussi bien comme les actes d’un homme préoccupé de son seul salut que comme les tentatives de construire un édifice radicalement nouveau sur les décombres d’une vie ancienne.
Dans ses moments les plus forts, Transit fait passer ces spectres dans les rues d’une ville familière devenue étrange par leur seule présence, une ville-monde qui doit choisir entre devenir le cimetière de ces destins brisés ou le point d’envol de ces revenants rendus à la vie.

Film allemand de Christian Petzold. Avec Franz Rogowski, Paula Beer (1 h 41). Sur le Web : filmsdulosange.fr/fr/film/245/transit



                            


                        

                        

