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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Romancier, nouvelliste, essayiste, critique d’art, mais aussi diplomate, Sergio Pitol avait obtenu le prix Cervantès en 2005. Il est mort jeudi 12 avril, à l’âge de 85 ans.
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Mort de l’écrivain mexicain Sergio Pitol

Romancier, nouvelliste, essayiste, critique d’art, mais aussi diplomate, Sergio Pitol avait obtenu le prix Cervantès en 2005. Il est mort jeudi 12 avril, à l’âge de 85 ans.



Le Monde
 |    23.04.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
23.04.2018 à 16h24
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Le grand écrivain mexicain Sergio Pitol est mort jeudi 12 avril à l’âge de 85 ans dans sa maison de Xalapa, la capitale de l’Etat de Veracruz. Il a succombé au noir chaos d’une longue aphasie progressive. Il a été incinéré le lendemain dans la plus stricte intimité, un conflit concernant sa dépendance opposant depuis plusieurs années sa famille et ses autres proches. « Un romancier, écrivait-il, est quelqu’un qui entend des voix à travers les voix. (…) Sans elles, il se sentirait perdu. Il trace la carte de sa vie en leur compagnie. Il sait que quand il ne pourra plus le faire, l’heure de sa mort sera venue, pas la mort définitive mais la mort en vie, le silence, l’hibernation, la paralysie, ce qui est infiniment pire. »
Frappé par une attaque cérébrale à l’automne 2006, quelques mois après avoir reçu le prix Cervantès, il s’était progressivement mis en retrait et avait cessé d’écrire. Il ne maîtrisait plus que sa langue maternelle. Cette blessure de la mémoire apparaissait d’autant plus injuste que, grand voyageur, diplomate, Sergio Pitol parlait, avant, couramment l’anglais, le français, l’italien, le russe, le polonais. Et que parallèlement à l’écriture de ses propres livres, il avait été un traducteur prolifique. Faisant découvrir en espagnol les textes de James Conrad, de Malcolm Lowry, d’Henry James, de Giorgio Bassani, de Tibor Déry, de Jerzy Andrzejewski, de Witold Gombrowicz, de Boris Pilniak et de bien d’autres encore.
Sauvé par Tolstoï
Lire, faire lire, tenait pour lui d’une nécessité absolue remontant à une enfance douloureuse. Né dans une famille aisée, le 18 mars 1933 à Puebla, au sud de Mexico, il avait perdu très jeune son père, sa mère, sa sœur. Le petit orphelin, élevé par sa grand-mère, était de santé fragile. Atteint par la malaria, il ne pouvait pas aller à l’école et restait solitaire et reclus. Mais la maison était pleine de livres. Les lectures seront son apprentissage. « A 12 ans,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Le journaliste musical propose une belle invitation au feuilletage, érudite et éclectique.
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Sélection livre : Patrice Blanc-Francard, amoureux du jazz

Le journaliste musical propose une belle invitation au feuilletage, érudite et éclectique.



Le Monde
 |    23.04.2018 à 09h42
    |

                            Francis Marmande








                        



   


Le principe de la collection ? Un dictionnaire amoureux : de Venise par Philippe ­Sollers, de l’Egypte par Robert Solé… La méthode ? L’imbattable ordre alphabétique, la flânerie, l’invitation au feuilletage, à la nonchalance, au bonheur de raconter. Le libre parcours d’un auteur ou acteur, connu pour d’autres travaux. Pur plaisir. La garantie ? Un auteur – Patrice Blanc-Francard – élu pour ses compétences attestées, une délicatesse d’écriture et le goût de déambuler dans son paradis privé, en l’occurrence le jazz. L’insaisissable nom de « jazz » ne figure d’ailleurs pas parmi les entrées. Premier signe d’intelligence.
Patrice Blanc-Francard, né à Marseille, en 1942, voix de radio (« Pop-Club » de José Artur, « Bananas », etc.), physique de télévision (« Pop 2 », « Les Enfants du rock »), érudition amoureuse, membre de la rédaction du Jazz Hot politico-free de Michel Le Bris, Daniel Caux et ­Philippe Constantin (fin des ­sixties), ou de celle de Rock & Folk, ­condense les figures du découvreur, de l’engagé et de l’amateur.
Une assurance ? Ses états de service, sa mémoire et son parcours. Ouverture d’esprit et d’oreille sans effets de modes (il les suscite), sans sectarisme (il en est le démenti vivant), exactitude de pensée vérifiable, signature d’un dictionnaire aussi précieux qu’agréable. Tous publics : les grands amateurs, les débutants, ceux qui ont peur du « jazz » et les contemporains de Blanc-Francard : en jazz comme en rock, on n’est jamais contemporain que de soi-même. Tous les curieux des liens entre musiques et histoire s’y retrouveront.
« Emmerdé, dis la vérité… »
Bonus : en fin d’articles, des liens avec discographies, filmographies, listes de lecture YouTube… Page 563, à l’entrée « Van Gelder », ce grand sorcier du son de Blue Note (voir à la lettre B, « Blue Note »), on peut lire : « Mon père, pionnier parmi les pionniers, fut l’un des premiers ingénieurs du son à exercer en France ce drôle de métier auquel on ne donnait pas encore de nom. Mon frère Dominique a suivi ce chemin avec succès. Mon fils aîné Henry prolonge la saga familiale. J’ai donc quelques raisons de penser… »
Mystères agaçants : de même, quand José Artur appelle Patrice Blanc-Francard, il lui prodigue un seul conseil : « Quand tu es emmerdé, dis la vérité… » – « et d’autres plus explicitement sexuels que je ne me hasarderai pas à livrer ici… ». C’est l’unique mais regrettable défaut de ce dictionnaire au vagabondage charmant, à l’érudition imprenable, vitesse et élégance de plume en bandoulière…
Dictionnaire amoureux du jazz, de Patrice Blanc-Francard. Editions Plon, 656 p., 24 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ En 1988 paraissait « Le Livre de l’intranquillité », grand succès posthume de l’écrivain portugais. Sous le titre « Livre(s) de l’inquiétude », le revoici enrichi et retraduit.
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Raviver le chef-d’œuvre de Fernando Pessoa

En 1988 paraissait « Le Livre de l’intranquillité », grand succès posthume de l’écrivain portugais. Sous le titre « Livre(s) de l’inquiétude », le revoici enrichi et retraduit.



Le Monde
 |    22.04.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
23.04.2018 à 08h58
    |

            Amaury da Cunha








                        



                                


                            
Livre(s) de l’inquiétude (Livro(s) do Desassossego), de Fernando Pessoa, édité par Teresa Rita Lopes, traduit du portugais par Marie-Hélène Piwnik, Christian Bourgois, 560 p., 27 €.

Quand Fernando Pessoa meurt, en 1935, à l’âge de 47 ans, il laisse derrière lui une malle noire appelée à devenir fameuse. A l’intérieur : 27 533 documents. L’inventaire ne sera fait qu’en 1968, et c’est en 1982 qu’une partie de ces textes épars, où il exprime son incompétence à vivre, seront publiés pour la première fois, au Portugal, sous le titre de ­Livro do Desassossego ; en 1988, sa traduction (par Françoise Laye) chez Christian Bourgois est intitulée Le Livre de l’intranquillité. Aujourd’hui, voici ce chef-d’œuvre de l’écrivain portugais dans une édition enrichie et une nouvelle traduction, sous un titre différent : ­Livre(s) de l’inquiétude.
Quand il s’y attelle, à Lisbonne, en 1913, le poète a 25 ans. Fils d’aristocrates désargentés, c’est un modeste employé de bureau. Solitaire, il fréquente les cafés de sa ville adorée, sirote jusqu’à l’excès de l’eau-de-vie et consacre le reste de son temps à l’écriture. Dans une lettre imaginaire de 1915 au poète américain Walt Whitman, on peut mesurer l’ampleur de son désir littéraire : « Je veux vivre libéré dans l’air. Je veux bouger hors de mon corps. (…) Je ne veux pas de verrou aux portes. »
« Pessoa « signifie « personne » ou « masque » en portugais
Son projet, grandiose et délirant : inventer des poètes à qui il prête des biographies et surtout des textes écrits dans un style propre à chacun. Ce sont ses hétéronymes, ou « personnalités littéraires ». En poète dramaturge, Pessoa met en scène la prose et la vie de ses créatures de papier. A travers eux, on retrouve un échantillon des tendances littéraires de l’époque : le symbolisme, le décadentisme, le futurisme… « Comment pouvoir vivre toutes les vies et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ « La Matinale du Monde » publie chaque samedi un strip de la dessinatrice Nancy Péna.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 20/04/2018
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« Le chat Madame, grand reporter », par Nancy Péna (épisode 43)

« La Matinale du Monde » publie chaque samedi un strip de la dessinatrice Nancy Péna.



Le Monde
 |    21.04.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
21.04.2018 à 07h02
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ La chronique BD de Kidi Bebey. Dans « Un voyage sans retour », l’auteur camerounais Gaspard Njock raconte les désillusions d’un migrant en Italie.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤         

Chronique

Bande dessinée : cahier d’un départ du pays natal

La chronique BD de Kidi Bebey. Dans « Un voyage sans retour », l’auteur camerounais Gaspard Njock raconte les désillusions d’un migrant en Italie.

Par                Kidi Bebey



LE MONDE
              datetime="2018-04-20T12:27:17+02:00"

        Le 20.04.2018 à 12h27

     •
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        Mis à jour le 20.04.2018 à 15h00






    
Extrait d’« Un voyage sans retour », de Gaspard Njock.
Crédits : NOUVEAU MONDE EDITIONS


Chronique. Après une traversée de tous les dangers, des migrants font naufrage au large de l’Italie. Quand leur embarcation chavire, c’est la panique. Nombreux sont ceux qui disparaissent, happés par le gouffre aquatique. Quelques-uns sont repêchés in extremis par un bateau de garde-côtes qui les emmène sur l’île de Lampedusa.
Parmi les rescapés se trouve Malik, un jeune homme frêle, trop légèrement vêtu d’un short, d’une chemisette et de simples sandales. Les yeux encore emplis d’épouvante, il avance, mâchoire serrée, vers son destin. Pour lui, dès ses premiers pas sur la terre ferme, le futur s’annonce amer. Car le jeune garçon se confronte à la raideur des hommes en uniforme et à la dureté d’une administration qui place les arrivants en zones de rétention.

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Lorsque Malik parvient à échapper à ce cantonnement, c’est par une solitude sans nom qu’il doit payer la rançon de sa liberté. En passionné de cinéma, il rêvait d’un avenir en technicolor, mais il découvre que certains rêves s’avèrent de mauvais films teintés de sépia. Comment ne pas penser alors avec nostalgie aux couleurs du pays laissé derrière soi ? Vu de loin, il n’est plus que fantasias chatoyantes, marchés traditionnels et dolce vita. Mais le voyage a fermé des portes derrière Malik. D’autres s’ouvriront-elles devant lui ?
« Fantasme absolu »
« L’Europe est devenue le fantasme absolu de trop nombreux jeunes qui n’arrivent plus à se projeter chez eux. C’est ainsi que je m’explique qu’on puisse être capable à 16 ans de tout quitter en laissant derrière soi une famille, des amis, un toit et en prenant des risques extrêmes, tout ça pour essayer de connaître autre chose que l’on croit mieux… », explique l’auteur et illustrateur Gaspard Njock. Il lui aura fallu dix ans pour mettre la bulle finale à ce Voyage sans retour.
Gaspard Njock n’a pas vécu le destin de Malik, même si au Cameroun, lorsqu’il était adolescent, le désir d’un ailleurs le tenaillait parfois comme un fantasme. « Entre potes, au quartier, on parlait de partir. Autour de nous, ça pullulait d’exemples de ce qu’il fallait faire pour rater sa vie… » New Bell, son quartier natal à Douala, mélange trépidant de bars mal famés et d’espaces interlopes, regorge sans aucun doute de « débrouillards » de toutes sortes. « Moi, j’ai grandi au sein d’une famille modeste, raconte Gaspard Njock. Ma mère était ménagère et mon père simple tailleur. J’adorais sa façon de faire naître des vêtements entre ses mains. Il rêvait les yeux ouverts et c’est ce qu’il m’a appris. Il me disait toujours : “Tout ce que tu veux vraiment, tu peux faire que ça arrive”. »

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                Bande dessinée : en RDC, sur la piste du mystérieux singe jaune



Pendant que papa coud, Gaspard dessine, lit, étudie et se repaît des bandes dessinées qui lui passent entre les mains. Après son bac, il s’inscrit à la fac de médecine mais assiste également, en curieux, aux réunions de Traits noirs, une association d’illustrateurs camerounais. Un jour, il participe à un concours de dessin. Bingo ! On lui propose une bourse d’étude à la Scuola Romana dei Fumetti, la prestigieuse école italienne de bande dessinée. Après trois ans d’hésitation familiale, en 2008, Gaspard Njock prend finalement l’avion pour Rome. Il a 21 ans.
« Faire l’aventure »
Après un premier album signé d’un scénariste italien paraît enfin, début 2018, Un voyage sans retour, qu’il a entièrement écrit et dessiné. Entre-temps, il a eu la tristesse de voir un très proche ami partir « faire l’aventure » ainsi qu’une cousine enceinte, qui y a, elle, perdu la vie.

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                Album jeunesse : un drôle d’oiseau à Porto-Novo



« Je portais cette histoire, mais j’ai mis du temps à savoir ce que je voulais dire. Je n’avais pas envie de raconter encore une fois une traversée tragique. D’ailleurs, elle tient en très peu de pages dans la BD. Avant tout, je voulais poser des questions. Est-ce que risquer la mort est vraiment choisir sa vie ? Comment donner de la valeur à ce qu’on a autour de soi pour qu’on ne s’en aperçoive pas seulement une fois qu’on est au loin ? Je me demande aussi si on est vraiment maître de ses choix ou si le hasard et la chance ne font pas tout, car le départ ferme des portes derrière soi, mais devant il n’en ouvre pas toujours… Au fond, je n’ai pas vraiment de réponses… »
Et c’est tout le charme de cette BD dont le héros ouvre sur le monde de grands yeux étonnés, curieux et naïfs. De son trait vigoureux, adouci par l’aquarelle, Gaspard Njock nous rappelle que la vie n’est pas toujours un songe et que la réalité peut dépasser, souvent, la fiction.
Un voyage sans retour, de Gaspard Njock, éditions Nouveau Monde, 104 pages.

    

Crédits : NOUVEAU MONDE EDITIONS




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Un meurtrier virus décime les populations de villages reculés. Seul survivant de ces épidémies, un mystérieux archéologue doté de pouvoirs hors du commun tente de combattre le fléau.
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Archéologie, vampirisme... : « King of Eden », un thriller religieux en manga

Un meurtrier virus décime les populations de villages reculés. Seul survivant de ces épidémies, un mystérieux archéologue doté de pouvoirs hors du commun tente de combattre le fléau.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 09h59
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 11h25
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


Nouveauté des éditions Ki-oon, King of Eden nous fait voyager sur tous les continents, avec un scénario impliquant plusieurs groupuscules terroristes internationaux dans une chasse mortelle dont ils sont à la fois les acteurs et les proies. L’histoire commence en Espagne, où un village entier est rasé par les flammes et où s’empile un monceau de cadavres calcinés et défigurés par une mystérieuses affection. La même scène se répète dans des villages thaïlandais, chinois, écossais… et les gouvernements s’émeuvent de ces massacres aveugles. Un témoin semble être toujours présent, apparemment immunisé, mais fuyant comme une anguille.

   


King of Eden développe un récit original dans une veine assez classique de thriller à suspense. Son auteur, Takashi Nagasaki, sexagénaire japonais multicarte, a un CV bien fourni dans l’écriture de scénarios de manga. On a pu le voir récemment dans la série Inspecteur Kurokôchi, mais il est surtout célèbre pour sa collaboration avec Naoki Urasawa, de manière répétée, sur ses œuvres les plus connues. C’est de son esprit assez compliqué qu’est sorti 20th Boys, le cultissime Monster, ou encore plus récemment Billy Bat et Pluto. On reconnaît d’ailleurs assez vite son style narratif tortueux et complexe dans cette histoire qui ratisse large dans la géographie et l’histoire mondiale.
Cela pourrait être une simple histoire de zombies, ou de virus meurtrier, ouvrant la voie à un classique survival (High School of the dead, I’m a Hero, Parasyte...), mais Takashi Nagasaki a eu la bonne idée d’ancrer son récit dans une trame historique et religieuse ambitieuse, faisant référence à l’Ancien Testament, l’animisme néolithique, les proto-religions de la Perse des rois achéménides et le vampirisme. Vaste programme qui intrigue, et donne une profondeur inédite à ce type de manga. Le succès de récits à suspense inspirés des religions n’est plus à démontrer, depuis Indiana Jones et le Da Vinci Code qui ont marqué les esprits.

   


Pour cette nouvelle collaboration, c’est avec Lee Sang-cheol, un jeune dessinateur sud-coréen, que Takashi Nagasaki s’est associé. C’est la première série éditée en volumes de ce jeune mangaka dont le trait réaliste et la vivacité ne sont pas sans rappeler celle de Naoki Urasawa. La série est en cours de parution en Corée du Sud, avec cinq volumes disponibles à ce jour. Deux volumes sont en librairie en France, le troisième est prévu pour le 3 mai.

   


King of Eden, de Takashi Nagasaki et Lee Sang-cheol, aux éditions Ki-oon. Série en cours (cinq tomes au Japon), deux tomes disponibles en France. Tome 3 disponible le 3 mai, 7,90 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Entre sources lacunaires et enjeux modernes, l’historien et archéologue Laurent Olivier réussit à cerner ces anciens peuples.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Qui sont ces Celtes insaisissables ?

Entre sources lacunaires et enjeux modernes, l’historien et archéologue Laurent Olivier réussit à cerner ces anciens peuples.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h11
    |

                            Vincent Azoulay (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Pays des Celtes. Mémoires de la Gaule, de Laurent Olivier, Seuil, « L’Univers historique », 336 p., 23 €.

Voici un livre étrange. Au sens littéral tout d’abord : ce voyage en terres celtes fait le pari du dépaysement, plutôt que de ressusciter une familiarité factice avec « nos ancêtres les Gaulois ». Au sens littéraire ensuite : il est rare qu’un livre d’archéologue commence par un voyage dans le temps sous les auspices de H. G. Wells ! Conservateur en chef au Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), Laurent Olivier a un véritable talent pour instiller un climat d’étrangeté.
Dans un premier chapitre saisissant, il s’efforce de redonner voix aux Celtes, par-delà le filtre imposé par les auteurs anciens, grecs et latins. S’y fait notamment entendre l’effroi causé par l’arrivée des légions romaines en Gaule, passant prisonniers, femmes et enfants au fil de l’épée. Ces massacres, mis en série, produisent un effet vertigineux : en moins de dix ans, César aurait fait tuer un million de Gaulois et en aurait déporté un autre million, anéantissant plus de 20 % de la population locale ! C’est donc ce pays des Celtes, écrasé par Rome et enfoui sous les ruines de la civilisation gallo-romaine, que l’archéologue entend exhumer.
Pour y parvenir, il doit cependant faire avec une documentation lacunaire et discontinue. Aucun témoignage historique direct n’évoque en effet le monde celte entre la période d’expansion commerciale grecque qui suit la fondation de Marseille au VIe siècle av. J.-C. et la conquête romaine de la Narbonnaise, à la fin du IIe siècle av. J.-C. Et quand les auteurs anciens parlent des Celtes – pour reprendre le nom que leur donnent les Grecs – ou des Gaulois – selon le terme employé par les Romains –, c’est en général pour dépeindre des peuplades féroces, dont le degré de sauvagerie serait proportionnel à l’éloignement géographique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Démon de saint Jérôme », de Lucrèce Luciani.
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édition abonné


Figures libres. La folie des livres traverse le temps

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Démon de saint Jérôme », de Lucrèce Luciani.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 15h03
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Le Démon de saint Jérôme. L’ardeur des livres, de Lucrèce Luciani, La Bibliothèque, « Les billets », 140 p., 14 €.

Ce petit-là, pour tout dire, n’a pas été repéré tout de suite. Il a dû attendre, quelque temps, dans un casier, puis dans les piles. Il faut dire qu’il cache bien son jeu. Planqué chez un petit éditeur, masqué sous un titre discret – Le Démon de saint Jérôme, qui fait croire à une étude un peu triste de littérature ancienne ou de patristique –, on dirait qu’il s’ingénie à la discrétion. Attention ! Si on l’ouvre, on ne le lâche plus avant d’avoir achevé ses 140 pages – dans leur genre une vraie fête, savoureuse, savante, insolite, baroque, historique et philosophique.
Jérôme, né vers 347 à Stridon, dans l’actuelle Croatie, est un célèbre docteur de l’Eglise. Bien qu’il ait été surnommé « Doctor Maximus », presque plus personne ne le lit. Dommage, car cet auteur est véhément, virulent, prolixe. Traducteur de la Bible, grand pourfendeur d’hérétiques, il a passé sa vie au cœur des textes, entre rouleaux, parchemins et tablettes, ne cessant pas une seconde de lire, d’écrire, de dicter, de copier – et de tempêter. Ce lecteur fou de Cicéron et de ­Platon, ermite lettré qui ne lâche pas son Virgile même dans le désert, peste souvent contre le style rude et grossier des Ecritures… et s’en repent !
Si peu de lecteurs le fréquentent encore, beaucoup, en revanche, connaissent bien son image. D’innombrables tableaux de la Renaissance et de l’Age classique le représentent – au désert, ou dans son cabinet de lecture, toujours travaillant, entouré d’ouvrages – avec à ses pieds un lion pensif. Le fauve lui était reconnaissant, dit-on, de s’être fait enlever de la patte une malencontreuse épine. Comme quoi, on peut être Père de l’Eglise, ermite, bibliomane et vétérinaire.
Rouleaux épars
La psychanalyste Lucrèce Luciani – à qui l’on doit notamment L’Acédie. Le vice de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ En 2007, Josué Ouvrard commet un meurtre sauvage. David Puaud, qui le connaissait, retrace sa descente aux enfers dans une enquête exemplaire.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
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Anthropologie d’un criminel inéluctable

En 2007, Josué Ouvrard commet un meurtre sauvage. David Puaud, qui le connaissait, retrace sa descente aux enfers dans une enquête exemplaire.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h30
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                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Un monstre humain ? Un anthropologue face à un crime « sans mobile », de David Puaud, préface de Michel Agier, La Découverte, « Cahiers libres », 250 p., 19 €.
Quand la calamité dépasse la fiction, il faut essayer de la comprendre à défaut de pouvoir l’expliquer. Telle est l’implacable discipline à laquelle s’est astreint sans vaciller l’anthropologue ­David Puaud tout au long de son enquête. Et pour cause…
Un lundi d’août 2007, le futur auteur d’Un monstre humain ? découvre, en feuilletant le quotidien local, qu’un des protagonistes du meurtre sauvage, avec mutilation, d’un homme pris en stop, n’est autre que Josué Ouvrard, un garçon de 19 ans qu’il suit depuis deux ans en tant qu’éducateur. Le dénommé Josué et son acolyte, qui n’ont jamais nié les faits ni avancé un quelconque mobile, comparaîtront trois ans plus tard pour « homicide volontaire avec préméditation, actes de torture ou de barbarie, enlèvement et séquestration suivie de mort, vol avec violences ayant entraîné la mort, tentative d’escroquerie ». L’exposé des conclusions médico-légales sera si insoutenable qu’un des cinq co-accusés (pour non-dénonciation de crime) s’évanouira pendant le procès.
Description clinique
Des expertises psychiatriques, il ressort que Josué Ouvrard, bien qu’immature psychologiquement, intellectuellement et affectivement, est « un sujet normal qui a commis un acte anormal ». Passé l’effroi et la stupéfaction, David Puaud ne cessera plus de tenter de répondre à une question : « Comment Josué Ouvrard, jeune homme certes en situation de marginalité avancée, a-t-il pu en arriver à commettre un tel crime ? » L’enquête commence, qui prend la forme d’une longue immersion dans les dossiers de sa petite enfance et dans le passé ouvrier de sa ville, Châtellerault (Vienne).
La biographie du jeune homme est désolante, pour ne pas dire désespérante. Aucun scénariste soucieux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Le maître à penser de la droite antidreyfusarde, champion du « nationalisme intégral » avant-guerre et maréchaliste pendant, revient. Une anthologie complaisante – ici lue de près par Antoine Compagnon – le montre.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Un Maurras de parti pris

Le maître à penser de la droite antidreyfusarde, champion du « nationalisme intégral » avant-guerre et maréchaliste pendant, revient. Une anthologie complaisante – ici lue de près par Antoine Compagnon – le montre.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 16h17
    |

                            Antoine Compagnon








                        



                                


                            
L’Avenir de l’intelligence et autres textes, de Charles Maurras, édité par Martin Motte, préface de Jean-Christophe Buisson, Robert Laffont, « Bouquins », 1226 p., 32 €.

Le temps est loin où le jeune Malraux pouvait préfacer ingénument quelques belles pages de Maurras dans une collection populaire. C’était en 1923, et le souvenir de la Grande Guerre durait. Charles Maurras (1868-1952), maître à penser de la droite antidreyfusarde et antirépublicaine, théoricien du « nationalisme intégral » et directeur du journal L’Action française, avait rejoint l’Union sacrée. La guerre l’avait en tout cas recentré et, parmi « Les contemporains », chez Stock, il côtoyait alors Gide, Cocteau, Colette ou Jaurès.

Cela serait bientôt impossible. L’Action française fut condamnée par le pape Pie XI en 1926. Au sommet de sa puissance en février 1934, elle échoua à renverser la République et, en 1936, Maurras fut condamné à huit mois de prison pour « provocation au meurtre » contre Léon Blum, avant d’être élu à l’Académie française. Puis, malgré sa germanophobie de toujours et sa défiance à l’égard des collaborationnistes, il soutint jusqu’au bout le maréchal Pétain, ce qui lui valut d’être condamné à perpétuité en 1945. Cette année, son inscription dans Le Livre des commémorations nationales 2018, à l’occasion des cent cinquante ans de sa naissance, a soulevé une tempête : non seulement la notice a été retirée, mais il a été mis fin au Livre des commémorations nationales.
Contexte sensible
Le Maurras de la collection « Bouquins » sort donc des presses dans un contexte sensible, rendu encore plus délicat par la récente controverse sur l’opportunité de la publication des pamphlets de Céline chez Gallimard, dans la foulée du succès des Décombres, de Lucien Rebatet, en 2015, déjà en « Bouquins ». C’est pourquoi ce Maurras se devait d’être irréprochable sur tous les plans, philologique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Historien, directeur de recherche au CNRS, Laurent Joly est notamment l’auteur de « Naissance de l’Action française » (Grasset, 2015).
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Maurras : trois questions à Laurent Joly

Historien, directeur de recherche au CNRS, Laurent Joly est notamment l’auteur de « Naissance de l’Action française » (Grasset, 2015).



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h04
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Quel est l’état des lieux de l’édition française autour de Maurras ?
Il y a, à côté des travaux universitaires distanciés et critiques (ceux de Bruno Goyet, Jacques Prévotat, Michel Leymarie…), et des textes purement militants, une logique à l’œuvre depuis une vingtaine d’années, fondée sur l’idée que la postérité a été injuste avec Maurras, et qu’il aurait toujours quelque chose à nous enseigner. Cela a commencé avec A l’école de l’Action française, de François Huguenin (JC Lattès, 1998), et s’est poursuivi avec la biographie écrite par Stéphane Giocanti (Flammarion, 2006) ou le « Cahier de L’Herne » Maurras (2011). Ces livres intègrent très partiellement les travaux des premiers et présentent un Maurras « light », aseptisé. Leurs auteurs sont plus ou moins des admirateurs, des disciples, de Maurras.

Comment s’y prend-on pour aseptiser Maurras ?
Avant tout, on minore son antisémitisme. Celui-ci est au fondement de l’Action française, née en 1899, en pleine affaire Dreyfus. Maurras importe dans les milieux royalistes le nationalisme antisémite qui s’est cristallisé autour de Drumont. Il incarne à cet égard une ligne dure, prônant la dénaturalisation de tous les juifs français et le renvoi des étrangers. Or que nous dit-on ? Que tout le monde était antisémite à l’époque… Mais c’est faux ! L’antisémitisme de Maurras était perçu comme transgressif, et d’une violence insupportable. Par deux fois, il a été condamné pour incitation au meurtre contre des hommes politiques juifs. Et il ne sera pas moins virulent sous l’Occupation, ce qui est impardonnable.

Que peut-il rester de lui ?
Pas grand-chose de positif. Ceux qui trouvent la postérité injuste ne peuvent nous le vendre qu’en essayant de faire oublier une part fondamentale de sa doctrine. Au-delà même du dégoût qu’il peut inspirer, Maurras est un penseur et un écrivain daté. Fondamentalement,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Parmi les récentes parutions en poche, « Le Monde » vous recommande…
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Sélection. Livres de poches de printemps

Parmi les récentes parutions en poche, « Le Monde » vous recommande…



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h02
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h14
    |

            Jean Birnbaum, 
Christine Rousseau, 
                                Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Nicolas Weill, 
                                Florent Georgesco, 
Raphaëlle Leyris et 
                                Florence Noiville








                        



                                


                            
« Les Aventures de Tom Sawyer ». « Aventures de Huckelberry Finn »
(Tom Sawyer’s Adventures. Adventures of Huckleberry Finn), de Mark Twain, traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Bernard Hœpffner, Tristram, « Souple », 312 p., 7,90 €, et 442 p., 9,50 €.
C’est en traduisant, pour les éditions Tristram, les deux tomes de l’autobiographie de Mark Twain (1835-1910), Une histoire américaine (2012) et L’Amérique d’un écrivain (2015), que Bernard Hœpffner s’est replongé dans Les Aventures de Tom Sawyer (1876) et Aventures de Hucleberry Finn (1884). Cet admirateur de Twain connaissait par cœur ces deux chefs-d’œuvre dans leur version originale, mais lorsqu’il a eu besoin de les citer en français, il est tombé sur des traductions désuètes qui allaient jusqu’à trahir complètement l’esprit du texte – par exemple, alors que Huck Finn est un chenapan illettré et gouailleur, on le faisait parler à l’imparfait du subjonctif… !
D’où l’envie de Bernard Hœpffner de retraduire entièrement ces deux classiques dans une langue où des enfants et des adolescents du XXIe siècle pourraient se reconnaître. Pari gagné. En s’imprégnant notamment du parler de la rue chez Raymond Queneau (1903-1976) et des ouvrages de Claude Duneton (1935-2012) sur le français populaire et familier ou les expressions imagées, Bernard Hoepffner a réussi à trouver des équivalents pleins de sève aux nombreux néologismes de Twain, tout comme à des expressions typiques de la rive gauche du Mississippi au XIXe siècle.
Si bien que l’on redécouvre sous un jour neuf, libre et spontané ces deux héros qui le sont tout autant, Tom et Huck, deux garnements faisant l’école buissonnière, ne se lavant pas, jurant comme des charretiers et nous entraînant dans leurs errances magnifiques au fil de l’eau. Republier en poche leur insolente quête de liberté est l’une des meilleures initiations au plaisir du texte que les...




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-15">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Dans « La jeunesse est un pays étranger », l’écrivain évoque ses jeunes années à Bâle durant les années 1950-1970. Dans un faux désordre, et avec un vrai bonheur.
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Alain Claude Sulzer à la découverte de lui-même

Dans « La jeunesse est un pays étranger », l’écrivain évoque ses jeunes années à Bâle durant les années 1950-1970. Dans un faux désordre, et avec un vrai bonheur.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h01
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h20
   





                        



                                


                            
La jeunesse est un pays étranger (Die Jugend ist ein frendes Land), d’Alain Claude Sulzer, traduit de l’allemand (Suisse) par Johannes Honigmann, Jacqueline Chambon, 236 p., 21,80 €.

Dans le dernier chapitre du livre, revenant sur ce que nous venons de lire, Alain Claude Sulzer note comme un tardif avertissement au lecteur : « Ceci n’est ni un roman ni une autobiographie. Le livre n’a ni début ni fin, car je ne me souviens pas du début et la fin m’est inconnue. » D’où vient alors la singulière saveur produite par autant de négations et de dénégations ? Car c’est un livre savoureux qui dépasse en effet largement l’autobiographie – même s’il est fondé sur ce genre – que ce grand auteur suisse nous propose.
Le premier mérite de ce récit, c’est l’attitude de l’auteur, qui semble se découvrir à lui-même au fur et à mesure qu’il se montre à nous. Sulzer y évoque son enfance et sa jeunesse sans procéder de façon strictement chronologique. Il ne sait pas où il va ou du moins s’arrange pour nous le faire croire. C’est une sorte de chasse au trésor avec des repères, des indices, des jalons qui prennent la forme de vignettes de quelques pages aux titres aussi différents que : « Des manières de flotter en l’air », « La montre factice », « La douche du soliste »… Et c’est là le second mérite de l’ouvrage : la forme choisie, qui joue à saute-mouton avec les souvenirs. Jamais on ne se dit : « A quoi bon ? Cela ne nous intéresse pas. » Bien au contraire. Car Sulzer ne parle pas seulement de lui, il nous parle en même temps d’une époque, celle des années 1950 à 1970 (Sulzer est né en 1953 près de Bâle), qui découvre le rock, les pizzas et la télévision, et aussi d’un pays, la Suisse, à cheval sur plusieurs cultures : ici les cultures française et ­allemande.
Contre lui-même
Si Sulzer écrit en allemand, sa première langue parlée fut le français, la langue de sa mère, une Suisse romande – une ­ « Welche »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ L’écrivain rend un bel hommage à celui qui lui a donné le goût de la littérature, son frère aîné Bernard, si semblable au personnage de Melville.
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Daniel Pennac et son frère-Bartleby

L’écrivain rend un bel hommage à celui qui lui a donné le goût de la littérature, son frère aîné Bernard, si semblable au personnage de Melville.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h01
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 08h22
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Mon frère, de Daniel Pennac, Gallimard, 144 p., 15 €.

Les lecteurs de Daniel Pennac vouent une tendresse particulière à son frère Bernard. Elle remonte aux lignes de Comme un roman (Gallimard, 1992), où l’écrivain raconte que son aîné l’avait poussé à lire Guerre et Paix, de Tolstoï, à 12 ans, grâce à un résumé énigmatique et irrésistible : « C’est l’histoire d’une fille qui aime un type et qui en épouse un troisième. » La passion de la littérature, le sens de la formule que Bernard manifestait adolescent ne l’ont jamais quitté jusqu’à sa mort, à la soixantaine, des suites d’une erreur médicale. On en trouve plusieurs témoignages dans Mon frère, le très beau livre, écrit avec un sourire triste en coin, que Daniel Pennac consacre à celui, plus âgé que lui de cinq ans, dont il dit qu’il l’a « élevé », lui donnant le goût de la lecture et de l’écriture – c’est tout un, chez lui – ; un homme très doux, ironiste pratiquant, dont l’auteur cite ici quelques répliques que l’on jurerait avoir lues dans la saga Malaussène (ainsi, quand on lui demandait ce qu’il gagnait comme ingénieur dans l’aéronautique : « Beaucoup trop pour ce que je fais, mais pas assez pour ce que je m’emmerde. ») Un homme qui fut adoré par sa famille mais connut une vie conjugale sans amour, brisé dans sa jeunesse par une rupture qui lui causa « un chagrin ravageur et durable ».
« Je préférerais pas »
Peu après la mort de Bernard, il y a une dizaine d’années, Daniel Pennac avait eu envie d’écrire sur lui. « Ma mémoire s’y refusa, comme s’il avait emporté nos souvenirs avec lui. Sa maigreur, certes, son humour, bien sûr, ce regard qui ne jugeait pas, d’accord, le timbre un peu nasal de sa voix, son refus de dramatiser, oui, sa résolution de ne pas ajouter à l’entropie, bon, le fait que nous ne nous soyons jamais disputés, pas une seule fois tout au long de nos vies,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « Boris l’enfant-patate », d’Anne Simon.
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C’est graphique. Fabuliste Anne Simon !

La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « Boris l’enfant-patate », d’Anne Simon.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h01
    |

                            Pénélope Bagieu (Dessinatrice)








                        



                                


                            
Boris l’enfant-patate, d’Anne Simon, Misma, 164 p., 18 €.

Boris l’enfant-patate, d’Anne Simon, est le troisième volet d’une grande fresque commencée il y a près de dix ans avec La Geste d’Aglaé et Cixtite Impératrice (2012 et 2014, Misma). On peut la lire dans le désordre et même comprendre ce nouveau chapitre sans connaître les autres. Mais quel dommage de se priver de quelques heures de plus dans ce monde merveilleux, le foisonnant royaume du Marylène, avec ses personnages fantastiques, drôles et cruels ! A commencer par Aglaé, la nymphe aquatique passionnée, qui attend l’amour au bord de l’eau.
Un bel homme-poisson de passage lui fait chavirer le cœur et lui laisse en souvenir un ventre tout rond. Chassée par son père, elle jure qu’elle n’aimera jamais plus aucun homme. Recueillie dans un cirque magique, elle se voit proposer de devenir une femme respectable en épousant Mr Kite, le directeur. Elle n’a pas vraiment le choix : elle se trouve en Marylène, une dictature dirigée par le tyran Von Krantz, qui punit de mort les célibataires enceintes. Contrainte et terrifiée, Aglaé consent à se marier avec celui qui élèvera ses triplettes.
Mais la rage et l’humiliation consument lentement la mère bafouée, avant d’exploser quand ses filles sont enlevées par Von Krantz (elles sont belles et muettes, donc parfaites). Assoiffée de vengeance et de haine, elle se débarrasse de lui et accède au pouvoir. Commence alors le règne d’Aglaé, qui renomme la capitale Suffragette City, se dote d’une conseillère féministe survoltée et fait globalement de son mieux pour rendre le monde meilleur. La richesse et la complexité de cette reine à écailles de poisson et à crinière d’amazone permettent de dérouler à l’infini sa mythologie, sa geste héroïque peuplée d’alliées fougueuses, d’impératrices sanguinaires et de frites guerrières callipyges (mais oui). Mais Boris l’enfant-patate...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ « Les Enfants du ghetto. Je m’appelle Adam » revient sur le sort des Palestiniens restés sur le territoire israélien après 1948. Rencontre avec le romancier libanais.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Elias Khoury sur l’autre versant de la Nakba

« Les Enfants du ghetto. Je m’appelle Adam » revient sur le sort des Palestiniens restés sur le territoire israélien après 1948. Rencontre avec le romancier libanais.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h01
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Les Enfants du ghetto. Je m’appelle Adam (Awlad al-Ghetto. Ismi Adam), d’Elias Khoury, traduit de l’arabe (Liban) par Rania Samara, Actes Sud, « Sindbad »/L’Orient des livres, 360 p., 23 €.

Liens familiaux, compagnonnages politiques, engagements artistiques communs : la Syrie, le Liban et la Palestine appartiennent en quelque sorte à une même fratrie. Cela valait autrefois en temps de clémence, cela vaut plus encore aujourd’hui, au plus extrême de la barbarie. Riche d’une douzaine de romans, l’œuvre d’Elias Khoury (né à Beyrouth en 1948) en est un remarquable exemple. Outre la guerre civile libanaise (1975-1991) à laquelle il a consacré la majeure partie de ses livres, il a signé La Porte du soleil (Actes Sud, 2002), considéré comme le récit emblématique de l’exode des Palestiniens après la première guerre israélo-arabe (1948), leur installation dans les camps de réfugiés au Liban, et les années sanglantes de la guerre civile qui ont suivi.
Un déchirement
Aujourd’hui, avec Les Enfants du ghetto. Je m’appelle Adam – premier tome d’une trilogie dont les deux autres sont à venir –, Khoury aborde un autre versant de la Nakba (la « catastrophe », en arabe) : celui des Palestiniens d’Israël, ceux qui sont restés à l’intérieur des frontières de l’Etat créé en 1948. Ils ont acquis la nationalité israélienne et maîtrisent aujourd’hui la langue hébraïque. Un bilinguisme qui est une richesse évidente mais aussi le signe d’un déchirement entre leur pays, Israël, et leur patrie, la Palestine.
« L’écriture de ce roman a été un voyage difficile, déclare Elias Khoury au “Monde des livres”, car j’y évoque en miroir l’histoire douloureuse des Palestiniens mais aussi la souffrance des juifs. A cet égard, le film Shoah, de Claude Lanzmann [1985], a été pour moi un choc déterminant. Il m’a terrassé. Le roman que j’ai voulu écrire est aussi un acte de reconnaissance...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Claro parcourt délicatement le dédale sentimental d’Imre Oravecz dans « Septembre 1972 ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Hors du tiroir fatal

Claro parcourt délicatement le dédale sentimental d’Imre Oravecz dans « Septembre 1972 ».



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h01
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Septembre 1972 (1972. szeptember), d’Imre Oravecz, traduit du hongrois par Marc Martin, préface de Florence Delay, Cambourakis, « Irodalom », 160 p., 10 €.

Le miracle d’un livre vient parfois de ce qu’il n’a pas été désiré. On pourrait croire que derrière chaque fiction se cache son ombre, une ombre fertile en intentions, façonnée par la volonté, et dont la gestation a été soignée dès les premières intuitions de sa forme future. Combien rassurante est la conception d’une œuvre ayant suivi le cursus traditionnel de la création : quelques fulgurances ici et là, puis des tâtonnements, un premier élan qu’on s’efforce de renforcer, des notes prises régulièrement, une mise en chantier, des esquisses de plan, puis le labeur quasi quotidien, le travail de navette sur la page, avec en arrière-fond la traque soutenue du point final, bref, l’orchestration délibérée et têtue d’un faisceau de nécessités. Le fait est qu’écrire un livre est affaire de métamorphoses. Transformer sans cesse un embryon de matière première en quelque chose de plus vaste, qui semble souvent mécanique dans ses balbutiements, avant d’atteindre à une ampleur mobile, nourrie de complexités, de motifs, de cadences, pour devenir enfin une machine pour ainsi dire organique qui se sert de l’écrivain afin d’explorer d’autres maturités, d’éprouver d’autres possibles.
Mais, parfois, et c’est là que nous allons aujourd’hui, le livre se construit à rebours du désir de l’auteur, il se force une voie parmi ses réticences, impose sa loi au lieu de se disperser en brouillons. Septembre 1972, du hongrois Imre ­Oravecz, est l’exemple poignant d’une telle victoire sur le silence.
A la suite d’une rupture amoureuse, ainsi qu’il s’en explique dans un magnifique avant-propos, l’auteur, poète de son état, traverse des mois de stérilité créatrice. Rien ne vient. Rien, hormis un besoin impérieux de conserver un lien, même ténu, avec l’acte d’écriture,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ « Une immense sensation de calme », premier roman, est un conte de la fin du monde, sombre et apaisant.
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L’amour couleur de nuit tissé par Laurine Roux

« Une immense sensation de calme », premier roman, est un conte de la fin du monde, sombre et apaisant.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h00
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Une immense sensation de calme, de Laurine Roux, Le Sonneur, 128 p., 15 €.
Le présent est devenu le seul temps qui compte. Il s’étire à l’infini comme une plaine gelée qu’aucune saison tiède ne réchauffera jamais. L’avenir ne s’ouvre à rien. Les lendemains sont barrés, inaccessibles. L’idée même d’espoir a ainsi été effacée. Quant au passé, il a sombré avec tout l’ancien monde. Et il n’en demeure pas une trace, pas un souvenir. Ce qui reste d’humain s’est réfugié dans un très grand oubli.
Pour son premier roman, Laurine Roux nous emmène dans un inquiétant univers. On comprend qu’une guerre soudaine a dévasté un pays et que les survivants se sont ensauvagés. La contrée est rude, couverte d’une forêt boréale accrochée à des montagnes hostiles. ­Percée de lacs profonds que continuent à geler d’éternels hivers. La minuscule société de rescapés qui s’y maintient se défend contre les bêtes, et aussi contre « les invisibles », menaçantes créatures qu’a produites le cataclysme.
D’emblée, on pourrait croire qu’Une immense sensation de calme est un texte dans la veine de toute cette série de romans post-apocalyptiques qui court de La Peste écarlate, de Jack London (1924 ; Actes Sud, 2001), à La Route, de Cormac McCarthy (L’Olivier, 2008). Mais l’événement destructeur se trouve assez vite relégué à un simple argument. Ce qui porte ce livre étrange et envoûtant est une histoire d’amour.
D’étranges métamorphoses
« A présent il faut que je raconte comment Igor est entré dans ma vie. » Cette toute première phrase ressemble à s’y méprendre au « Il était une fois » qui commence les contes. La jeune narratrice, dont on ne saura pas le nom, a été recueillie à la mort de sa grand-mère par une famille de pêcheurs. Chez eux, elle a appris à creuser des trous dans la glace des lacs pour hameçonner les carpes, à remonter les nasses, à sécher les poissons. Et voilà qu’elle...




                        

                        

