<FILE-date="2018/04/23/18">

<article-nb="2018/04/23/18-1">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Cinq ans après le drame du Rana Plaza, au Bangladesh, qui a fait plus de mille victimes, la styliste Sakina M’Sa explique dans une tribune au « Monde » que si le système de la mode était un langage emblématique de notre temps, elle pourrait aujourd’hui tenir en trois mots : désincarnation, élitisme et malfringue.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Il faut « redonner du sens à la mode et défendre les valeurs d’une mode responsable, durable et désirable »

Cinq ans après le drame du Rana Plaza, au Bangladesh, qui a fait plus de mille victimes, la styliste Sakina M’Sa explique dans une tribune au « Monde » que si le système de la mode était un langage emblématique de notre temps, elle pourrait aujourd’hui tenir en trois mots : désincarnation, élitisme et malfringue.



Le Monde
 |    23.04.2018 à 16h07
    |

Sakina M’Sa (Styliste)







                        



                                


                            

Tribune. C’était il y a cinq ans, jour pour jour. Le 24 avril 2013, à Savar au Bangladesh, plusieurs milliers d’ouvriers de l’industrie textile étaient ensevelis sous les décombres d’ateliers de grandes marques internationales. La tristement célèbre tragédie du Rana Plaza faisait plus de 1 100 morts et 2 500 blessés, dont une majorité de femmes, dans un accident d’une ampleur inédite et aux réactions multiples. D’Angela Merkel au sommet du G7 aux grands magasins, le monde prenait conscience des conséquences dramatiques de la « Fast Fashion », cette industrie qui produit et vend dans des temps record des collections sans cesse renouvelées.
Animés par une même exigence de transparence et de respect sur les conditions de fabrication de leurs tee-shirts préférés, des consom’acteurs, emmenés par les célèbres créatrices de mode Carry Somers et Orsola de Castro, ont fait naître un mouvement fort et humaniste dès 2014 en Grande-Bretagne : la « Fashion Revolution », ou l’affirmation d’un combat pour montrer qu’une autre mode est possible.
Dans plus de 95 pays à travers le monde, la Fashion Revolution entend, pour la quatrième année consécutive, sensibiliser le grand public quant à l’impact humain et environnemental de la production de masse de prêt-à-porter, avec des questions comme « Who made my clothes ? » (« Qui a fabriqué mes vêtements ? ») et le hashtag #fashionrev sur Twitter. Ensemble, nous menons ce combat indispensable pour la transparence et l’éthique, dont je souhaite aujourd’hui rappeler la raison d’être.
Depuis 2013, de nombreux créateurs et entrepreneurs de la mode se sont mis en ordre de marche, déterminés à suivre un certain nombre de bonnes pratiques : matières respectant l’environnement, cycles de conception et de production durables, respect du travail humain. Des conditions essentielles qui guident mon travail depuis vingt ans en tant que styliste et comme responsable de la première entreprise d’insertion dans...




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-2">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ La comparaison entre la reprise actuelle et celle du début des années 2000 permet de constater que la configuration présente favorise une préférence pour le redressement de l’emploi et la réduction du chômage, au lieu d’une préférence pour la hausse du pouvoir d’achat des salariés en place, estime l’économiste Patrick Artus.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Qui profite de la reprise économique ? »

La comparaison entre la reprise actuelle et celle du début des années 2000 permet de constater que la configuration présente favorise une préférence pour le redressement de l’emploi et la réduction du chômage, au lieu d’une préférence pour la hausse du pouvoir d’achat des salariés en place, estime l’économiste Patrick Artus.



Le Monde
 |    23.04.2018 à 12h15
    |

                            Patrick Artus (Chef économiste de la banque Natixis)








                        



                                


                            

Marchés. La croissance française est passée, en rythme annuel, de 0 % début 2013 à 2,5 % fin 2017. Qui a profité de cette reprise économique ?
Le revenu supplémentaire généré par une reprise peut aller à différents acteurs : l’Etat, s’il réduit ses déficits publics ; les entreprises, si leurs profits s’accroissent ; les salariés qui ont conservé un emploi pendant la récession, si les salaires augmentent ; les chômeurs, si le taux de chômage baisse rapidement ; les personnes demeurées jusque-là hors du marché du travail, si le taux de participation à ce marché augmente (c’est-à-dire la proportion de personnes en âge de travailler, les 20-64 ans, présentes sur le marché du travail).
Débattre de l’évolution du pouvoir d’achat « par tête » ne suffit pas, car il faut en réalité distinguer celui des salariés qui ont conservé leur emploi (c’est celui qu’on mesure d’habitude), celui des chômeurs et celui des inactifs qui reviennent à l’emploi.
Pas d’accélération du pouvoir d’achat
La comparaison entre la reprise actuelle et celle du début des années 2000 est riche d’enseignements. La reprise qui a eu lieu de 2003 à 2006 a été utilisée pour près de la moitié à la réduction du déficit public (passé de 4 % à 2,3 % du PIB), pour près de l’autre moitié à faire passer le rythme annuel d’augmentation du pouvoir d’achat de quasi 0 % à près de 2 % par an. Le solde, très faible, est allé à l’accroissement des profits. En revanche, le taux de chômage n’a pas baissé – il était de 8,5 % en 2006 comme en 2003 –, et le taux de participation n’a pas augmenté.
Le partage est nettement différent depuis 2014. Le supplément de revenu a, à nouveau, permis de réduire le déficit public (de 4,3 % du PIB en 2013 à 2,6 % en 2017), de redresser les profits des entreprises (de 10,7 % à 12,3 % du PIB), de réduire le taux de chômage (de 10,1 % à 8,6 % en France métropolitaine) et d’augmenter le taux de participation au marché du travail (de...




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-3">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique, justifie le plan du gouvernement en faveur de l’économie circulaire.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Il faudrait cinq planètes pour subvenir à nos besoins »

Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique, justifie le plan du gouvernement en faveur de l’économie circulaire.



Le Monde
 |    23.04.2018 à 11h30
 • Mis à jour le
23.04.2018 à 12h19
    |

            Rémi Barroux








                        



                                


                            

Brune Poirson est secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire. Elle est chargée du dossier de l’économie circulaire.
Quelle est l’ambition de la feuille de route sur l’économie circulaire ?
Les ressources de la planète s’amenuisent de plus en plus vite. Si le monde entier venait à consommer comme les Occidentaux, il faudrait cinq planètes pour subvenir à nos besoins. Nos modes de consommation doivent évoluer.
Il faut aussi bien sûr modifier en parallèle notre production. Notre économie reste trop linéaire. On est dominé par le tout-jetable. Et la France n’est pas bonne élève, même si la prise de conscience est réelle. Le président de la République et le premier ministre ont fixé des objectifs ambitieux, comme une trajectoire vers 100 % de plastiques recyclables ou la réduction de moitié de la mise en décharge des déchets d’ici à 2025.
Mais l’économie circulaire dépasse la seule question des déchets…
En effet, il faut changer l’ensemble du système économique et la politique industrielle doit aussi évoluer. Trois cent mille emplois sont en jeu en France. La question de la valorisation énergétique est importante mais le recyclage est plus positif, plus économe pour la planète.
Grâce à cette feuille de route, les Français pourront connaître le niveau de réparabilité des produits électroménagers qu’ils achètent. C’est une mesure sociale, car les Français les plus modestes achètent les appareils de meilleur marché et les moins solides. L’obsolescence programmée est une double arnaque pour la planète et le pouvoir d’achat.

Quelles mesures sont susceptibles de changer les comportements ?
Il s’agit d’un paquet de mesures qui constituent un tout et qui concernent aussi bien l’Etat, les collectivités territoriales, les entreprises que les consommateurs. Pour ces derniers, il faut faciliter les gestes de tri en les uniformisant...




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-4">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Editorial. Alors que la chancelière allemande ne semble pas en mesure d’imposer à son camp conservateur certaines réformes, la balle est désormais dans le camp des sociaux-démocrates pour redonner un « nouvel élan » à l ’Europe.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

Europe : le SPD allemand « merkélisé »

Editorial. Alors que la chancelière allemande ne semble pas en mesure d’imposer à son camp conservateur certaines réformes, la balle est désormais dans le camp des sociaux-démocrates pour redonner un « nouvel élan » à l ’Europe.



Le Monde
 |    23.04.2018 à 10h15
   





                        



   


Pendant six mois, l’Allemagne a été silencieuse. Tout occupée à former un gouvernement, Angela Merkel n’a retrouvé de la voix qu’à la mi-mars, quand le Bundestag l’a réélue chancelière à la tête d’une grande coalition rassemblant ses amis conservateurs (CDU-CSU) et ses alliés sociaux-démocrates (SPD). Depuis, l’Allemagne n’est plus inaudible, mais sa politique est difficilement lisible.
C’est tout particulièrement le cas sur le front européen. Jamais un gouvernement allemand n’avait autant mis l’Europe au cœur de ses priorités. Intitulé « Un nouveau sursaut pour l’Europe », le contrat de coalition signé entre la CDU-CSU et le SPD est un vibrant plaidoyer pour une Europe de la « solidarité » et de la « justice ». En le ­lisant, les contempteurs de l’austérité pouvaient être rassurés, à commencer par Emmanuel Macron. Après des mois d’attente, le président français paraissait enfin trouver, en Allemagne, une réponse positive à son projet de « refondation européenne » exposé à la Sorbonne.
« Noyer le poisson »
Depuis, les portes se sont refermées. En recevant M. Macron à Berlin, jeudi 19 avril, Mme Merkel s’est contentée de propos très généraux sur la nécessité de « faire des compromis ». Et rien de concret sur la réforme de la zone euro chère au président français, qui souhaite doter celle-ci d’un budget et d’un ministre des finances. Comme l’a déploré une partie de la presse allemande, la chancelière a une fois de plus « merkélisé », un verbe entré dans le langage courant, outre-Rhin, et que l’on peut traduire par « noyer le poisson ».

        Lire aussi :
         

                A Berlin, Angela Merkel prépare Emmanuel Macron aux compromis



Un mois après son entrée en fonctions, le nouveau gouvernement allemand a-t-il déjà renoncé à tout volontarisme sur la scène européenne ? Un homme, en tout cas, semble le redouter très fort. Il s’agit de Martin Schulz. Dimanche 22 avril, l’ancien candidat malheureux du SPD à la chancellerie est brièvement monté à la tribune à la fin du congrès de son parti, à Wiesbaden (Hesse).
Donner des gages à la droite
Saluant la victoire d’Andrea Nahles, première femme élue présidente du SPD, il en a profité pour lancer une vibrante mise en garde. « Nous n’avons pas fait ces propositions pour l’Europe dans le contrat de coalition pour que les conservateurs s’assoient dessus quelques semaines après. (…) Or, sans une Europe forte, les populistes gagneront. Et, s’ils gagnent, alors nous aurons la guerre, la torture et la mort », a-t-il martelé, salué par une ovation debout.

        Lire aussi :
         

                Allemagne : Andrea Nahles, un « caméléon » à la tête des sociaux-démocrates



M. Schulz s’est contenté de cibler les conservateurs. Mais chacun a compris qu’il s’adressait aussi à ses camarades, en particulier à Olaf Scholz, le nouveau ministre des finances. Depuis sa prise de fonctions, l’ancien maire SPD de Hambourg ne cesse de donner des gages à la droite allemande, en maintenant notamment à leurs postes les principaux collaborateurs de son prédécesseur, Wolfgang Schäuble, pourtant la bête noire des sociaux-démocrates.
Comment l’Allemagne entend-elle redonner un « nouvel élan » à l’Europe ? Politiquement fragilisée, Mme Merkel ne semble pas en mesure d’imposer à son camp des réformes contre lesquelles les conservateurs ont toujours regimbé. La balle est désormais dans le camp des sociaux-démocrates. Si eux-mêmes s’alignent sur les dogmes de la droite allemande, ce n’est pas seulement leur parti qui risque de sombrer un peu plus, mais c’est le projet d’une Europe forte et solidaire qui pourrait être définitivement enterré. Par leur faute.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-5">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Le projet de loi asile-immigration, adopté dimanche en première lecture, soulève la question du rapport entre la loi et la gestion des étrangers.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Immigration : la loi, l’Etat et le juge administratif

Le projet de loi asile-immigration, adopté dimanche en première lecture, soulève la question du rapport entre la loi et la gestion des étrangers.



Le Monde
 |    23.04.2018 à 10h14
 • Mis à jour le
23.04.2018 à 11h19
    |

            Maryline Baumard








                        



                                


                            

Analyse. Au-delà des interrogations sur son utilité, la loi asile-immigration, en discussion depuis le 16 avril à l’Assemblée nationale, soulève une autre question : celle du rapport entre la loi et la gestion des étrangers. Il est, en effet, manifeste que les préfets, au nom du maintien de l’ordre, interprètent et appliquent assez librement les textes en vigueur.

Ces derniers temps, les décisions de justice à l’encontre des pratiques des préfectures se multiplient. Dans les Alpes-Maritimes, le préfet a été condamné en 2017 (le 31 mars et le 4 septembre) pour avoir interdit l’entrée en France à des demandeurs d’asile adultes, puis le 23 février pour avoir refoulé 19 mineurs.
La préfecture de Seine-Saint-Denis, de son côté, a perdu au tribunal administratif le 20 février, parce que la dématérialisation de ses procédures empêche de nombreux étrangers d’accéder à leurs droits. L’année précédente, le préfet de Paris avait cumulé 135 condamnations en deux semaines pour non-respect de l’enregistrement des demandes d’asile dans le délai imposé par la loi de 2015.
Non-respect de la loi érigé en système
Même lorsque la France est pointée du doigt par la Cour européenne des droits de l’homme, il ne se passe rien. Ainsi, en 2016, Paris a été condamné six fois par la CEDH pour le placement d’enfants en rétention (et pourtant le ministère de l’intérieur a refusé d’inscrire cette interdiction dans le projet de loi en discussion). Il est vrai, comme le regrette Gérard Sadik, responsable asile à la Cimade (Comité inter-mouvements auprès des évacués), que « ces condamnations ne changent pas grand-chose aux pratiques ».
Sur « les 100 000 requêtes annuelles devant le tribunal administratif, quelque 10 % à 15 % sont justement déposées pour contester les illégalités commises par l’administration », observe Serge Slama, professeur de droit public à l’université de Grenoble. Preuve à ses yeux que le non-respect...




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-6">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans une tribune au « Monde », quinze présidents de région de droite comme de gauche appellent le président de la République à tourner la page du jacobinisme et à s’appuyer sur les territoires pour transformer la France au lieu de laisser l’Etat décider seul.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Nous voulons un pacte girondin entre l’Etat et nos territoires »

Dans une tribune au « Monde », quinze présidents de région de droite comme de gauche appellent le président de la République à tourner la page du jacobinisme et à s’appuyer sur les territoires pour transformer la France au lieu de laisser l’Etat décider seul.



Le Monde
 |    23.04.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
23.04.2018 à 13h56
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Il y a une contradiction totale entre le discours girondin ouvert aux libertés locales et à la différenciation des territoires du président de la République et de son gouvernement, et leur comportement centralisateur.
Le président de la République doit comprendre les territoires. En effet, après son élection, les élus locaux, dans leur immense majorité, ont adopté une attitude bienveillante et constructive. Ils veulent que la France réussisse ; ils veulent que leur territoire se développe. Mais après plusieurs mois de discussions sans fin, tout laisse à penser que l’Etat veut décider seul. Or, cette politique recentralisatrice, sans précédent depuis 1982 et le vote des premières lois de décentralisation, ne peut réussir.

L’Etat, dont personne ne conteste le rôle sur ses missions régaliennes classiques (police, justice, diplomatie) ou sur le régalien économique (droit du travail, fiscalité…) n’a plus l’agilité ni la capacité d’innovation des collectivités locales pour agir au quotidien au service de nos concitoyens. La lourdeur du processus de décision interministérielle et la disparition – inévitable – de son expertise territoriale l’ont rendu de fait bien souvent impuissant.
Vieilles recettes
L’Etat central continue pour autant de donner des leçons de bonne gestion aux collectivités locales et ne cesse de leur imposer des carcans financiers et réglementaires. Pourtant, les chiffres sont sans appel : sur les 67 milliards d’euros d’augmentation de la dépense publique depuis 2013, 3 milliards seulement sont imputables aux collectivités territoriales alors que leurs budgets doivent supporter les conséquences des décisions unilatérales des exécutifs nationaux.
Les comptes des collectivités sont excédentaires en 2017 alors que le déficit de l’Etat approche des 70 milliards d’euros
Les comptes des collectivités sont excédentaires en 2017 alors que le déficit de l’Etat approche des 70 milliards...




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-7">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le politiste Alain Garrigou soutient que l’absence de filtre à l’entrée des universités créé une autosélection par l’échec dès la première année d’études.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 22/04/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


« A l’université, la sélection existe déjà »

Dans une tribune au « Monde », le politiste Alain Garrigou soutient que l’absence de filtre à l’entrée des universités créé une autosélection par l’échec dès la première année d’études.



Le Monde
 |    23.04.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
23.04.2018 à 09h38
    |

Alain Garrigou (Professeur émérite en sciences politiques à l'université Paris-Nanterre)







                        



                                


                            

Tribune. Le mouvement étudiant du printemps 2018 a trouvé son mot d’ordre dans la dénonciation de la sélection à l’entrée de l’université. La loi sur l’orientation et la réussite des étudiants (ORE) qui prévoit une orientation – ou une sélection, tout est question de mots – interdirait aux étudiants de rentrer librement dans la filière de leur choix, quel que soit le baccalauréat. Mais la sélection existe déjà. Les étudiants mobilisés ne s’en seraient-ils donc pas aperçus ? Simplement, elle n’a pas lieu à l’entrée mais en première année d’études. Et elle est, dans une large mesure, une autosélection par échec anticipé ou sanctionné.
Les cours magistraux de première année commencent bien, comme on l’a souvent entendu, avec des amphithéâtres bondés. Mais cela ne dure pas. En quelques semaines, ils sont le lieu d’une débandade quasiment programmée : les rangs s’éclaircissent jusqu’à ne plus compter que quelques étudiants qui font figure d’irréductibles. Les travaux dirigés sont moins affectés parce qu’ils sont obligatoires et donnent lieu à un contrôle de présence.
Au terme d’un processus rapide de décrochage, où les étudiants lâchent l’affaire parce que les cours magistraux les ennuient fortement, parce que leurs premières notes sont catastrophiques, parce qu’ils se font rappeler à l’ordre, parce qu’ils sont dissipés comme, on peut le dire, dans les écoles primaires, ils renoncent.

Ils ont tellement de bonnes raisons de le faire, ne serait-ce que l’étrangeté des mots et des choses dont un lointain orateur leur parle doctement et souvent tristement, derrière un micro dans une salle immense et froide. Certes, ils vont passer les examens parce qu’ils y sont obligés pour garder leur bourse. Ils rêvent devant une copie blanche, en attendant qu’une heure passe pour sortir de l’amphithéâtre. Cette sélection par l’échec est la pire car elle laisse souvent un goût amer : celui du ressentiment ou de la mésestime de soi.
Des...



                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-8">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans sa chronique, Jean-Michel Bezat, journaliste au service Economie du « Monde », analyse l’évolution des rémunérations des dirigeants de grandes entreprises, qui doivent être validées lors des assemblées générales des actionnaires.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 22/04/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Salaires des patrons : « Les actionnaires commencent à regimber »

Dans sa chronique, Jean-Michel Bezat, journaliste au service Economie du « Monde », analyse l’évolution des rémunérations des dirigeants de grandes entreprises, qui doivent être validées lors des assemblées générales des actionnaires.



Le Monde
 |    23.04.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
23.04.2018 à 16h13
    |

            Jean-Michel Bezat








                        



                                


                            
Chronique. La saison des assemblées générales est ouverte. Pas celles des cheminots, réunis dans des gares exposées à tous les vents, mais celles des actionnaires des grandes sociétés, convoqués entre avril et juin dans des lieux parisiens de prestige comme le Carrousel du Louvre ou l’Olympia. Ils y approuvent les comptes de l’année passée, reçoivent la bonne parole du PDG et le reconduisent toujours. Ils votent aussi sa rémunération, et c’est à ce moment-là que l’on sent monter, depuis quelques années, un peu de tension dans ces grands-messes à la liturgie bien rodée.
En 2017, les actionnaires avaient approuvé, à 90 % en moyenne, les résolutions sur les « packages » octroyés aux patrons des cent vingt plus grandes sociétés cotées à Paris (SBF 120). Dans ces conclaves, ils n’avaient alors qu’une voix consultative. La « loi Sapin 2 » a mis un peu de transparence dans ce monde de l’entre-soi censé s’autoréguler sur la base du code Afep-Medef, la bible de la bonne gouvernance : les actionnaires ont désormais un droit de veto sur les rémunérations décidées dans le secret des conseils d’administration.

Que les dirigeants se rassurent, le grand soir attendra. Les actionnaires n’abuseront pas de leur nouveau pouvoir cette année dans une conjoncture boursière – encore – exceptionnelle. Les sociétés du CAC 40 ne se sont jamais aussi bien portées depuis dix ans, et leurs actionnaires avec elles : 93 milliards de bénéfices en 2017, en hausse de 24 % par rapport à une année 2016 déjà faste. A l’image de la tendance mondiale, puisque le taux moyen des profits des 5 000 premiers groupes cotés en Bourse a été de 8,7 %.
Doxa dominante
Les actionnaires commencent néanmoins à regimber. L’an dernier, une douzaine de patrons du CAC 40 n’ont pas obtenu les scores à la soviétique de naguère. L’approbation de leurs rémunérations a oscillé entre 54 % (Renault) et 75 % (Kering). Les dirigeants d’Atos, Air Liquide, Safran, Vivendi ou PSA ont été...




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-9">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Le plan « Culture près de chez vous » porté par Françoise Nyssen constitue un incroyable retour en arrière, expliquent les principales organisations du spectacle vivant, dans une tribune au « Monde ». Il est temps de mettre véritablement en place l’acte II de la décentralisation.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« M. Macron, votre politique culturelle est celle de la IVe République »

Le plan « Culture près de chez vous » porté par Françoise Nyssen constitue un incroyable retour en arrière, expliquent les principales organisations du spectacle vivant, dans une tribune au « Monde ». Il est temps de mettre véritablement en place l’acte II de la décentralisation.



Le Monde
 |    23.04.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
23.04.2018 à 09h33
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Monsieur le président de la République, en juillet 2017, une lettre signée par la plupart des artistes de la scène contemporaine vous avait été adressée. C’était un mouvement inédit qui prenait au mot la modernisation que vous prétendiez incarner. Elle aurait dû vous intéresser.
Cette lettre dressait un panorama de la situation de notre pays : la jeunesse qui peine à trouver sa place, la République menacée par une rupture d’égalité entre les territoires, la fraternité attaquée par les identitarismes, la crainte du déclassement qui frappe nombre de nos concitoyens, le développement du nihilisme sous la forme de radicalités violentes.
Aggiornamento de l’action publique des arts
Forts de ces constats, nous vous avons proposé un acte II de la décentralisation culturelle, convaincus que le besoin de culture aujourd’hui est comparable à ce qu’il était au moment de l’invention de notre politique culturelle. Nous avons appelé à la mise en place de nouvelles alliances et configurations avec les autres champs ministériels ; nous avons proposé une grande séquence expérimentale telle que l’Etat a le pouvoir d’en décréter. Nous avons surtout dit qu’il fallait renforcer l’implantation des équipes artistiques et des lieux d’art, partout sur le territoire.
Ces lieux d’art, petits ou grands, ruraux et urbains, sont les seuls lieux publics qui nous restent. Ils doivent redevenir des lieux de socialisation, d’émancipation, de constructions collectives, de fête, de fraternisation, de délibérations populaires, de nouveaux usages partagés, pour la plus haute créativité de tous et de tous les secteurs. C’est une tâche difficile, tant l’appauvrissement, les sophismes, la défiance, les intérêts identitaires se sont installés dans les têtes et les discours.

Nous étions prêts à imaginer, à recréer l’élan d’un aggiornamento de l’action publique des arts. Et nous avions cru trouver une écoute attentive et un intérêt pour ces propositions.
Pourtant,...




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-10">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Le neurobiologiste Pierre-Marie LLedo explique que le changement est une véritable fontaine de jouvence et la production de neurones cesse seulement lorsque l’on arrête d’apprendre.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Le cerveau se nourrit du changement »

Le neurobiologiste Pierre-Marie LLedo explique que le changement est une véritable fontaine de jouvence et la production de neurones cesse seulement lorsque l’on arrête d’apprendre.



Le Monde
 |    22.04.2018 à 17h00
 • Mis à jour le
23.04.2018 à 08h53
    |

                            Nadine Bayle








                        



                                


                            

Pierre-Marie Lledo est neurobiologiste et dirige le département neurosciences de l’Institut Pasteur. Le monde du travail s’intéresse à ses travaux sur l’épanouissement du cerveau, repris dans Le Cerveau, la machine et l’humain (Odile Jacob, 2017).
Vous restez optimiste pour l’homme, malgré les menaces que font peser les technologies numériques sur son travail. Pourquoi ?
L’homme, on le sait, a commencé à s’épanouir lorsqu’il a été confronté à l’inconnu, à de nouveaux obstacles. Le cerveau se nourrit du changement, c’est une véritable fontaine de jouvence et la production de neurones cesse seulement lorsque l’on arrête d’apprendre ; ce n’est une question ni d’âge, ni de métier, ni de milieu social. Nous permettre de nous adapter à des ruptures est tout simplement sa raison d’être. C’est le cas avec les technologies numériques, comme à l’apparition de tout nouvel outil.
Nos capacités en seront-elles transformées ?
On le voit à travers l’évolution des processus de mémorisation. En évoquant l’invention de l’écriture par les Egyptiens, Socrate mettait en garde ses contemporains contre cette mémoire artificielle qui allait leur faire perdre la mémoire véritable. C’est vrai que cette capacité est devenue moins nécessaire à l’homme.
D’ici dix ans, je pense que la communication passera essentiellement par la voix, pour nous libérer du goulot d’étranglement dans la transmission de nos idées qu’est l’écriture
Les stratégies sont à nouveau en train de changer : si vous demandez à un millenial ce que lui inspire la date 1515, il va tout de suite faire appel à son smartphone et trouver en cinq minutes François 1er et la bataille de Marignan. Si vous lui reposez la question un mois plus tard, il aura oublié les réponses. En revanche, il saura retrouver le cheminement pour parvenir à ces informations. Il aura donc développé une mémoire du « process » plutôt qu’une mémoire sémantique.





                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-11">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Hier comme aujourd’hui, le travail de l’historien, comme celui du journaliste d’investigation ou du détective, s’appuie sur la patiente recherche d’indices et de microdétails.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Pourquoi le Big Data ne change rien à l’enquête

Hier comme aujourd’hui, le travail de l’historien, comme celui du journaliste d’investigation ou du détective, s’appuie sur la patiente recherche d’indices et de microdétails.



Le Monde
 |    22.04.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
23.04.2018 à 09h49
    |

                            Claire Judde de Larivière (historienne)








                        



                                


                            
Résonances. Facebook nous espionne ! On le savait déjà, mais les enquêtes récentes ont montré l’ampleur de la surveillance. Facebook nous manipule ! Là encore, personne n’est véritablement surpris, même si l’utilisation des données confidentielles de plus de 80 millions d’Américains durant la campagne présidentielle de 2016 a de quoi faire frémir les plus cyniques ou résignés d’entre nous.
Parallèles évidents
Les articles récemment publiés par plusieurs journaux, dont The Guardian et The Observer au Royaume-Uni, sont le fruit d’un travail collaboratif mené en particulier par Carole Cadwalladr, une journaliste britannique dont les investigations sont au cœur des révélations actuelles.
En remontant le fil de ses textes, on voit comment son enquête s’est construite, des premiers questionnements sur l’influence des nouvelles technologies sur la démocratie – en particulier le racisme latent et répugnant des recherches suggérées par ­Google – jusqu’à son article, en février 2017, sur le financement de la campagne du Brexit par Robert Mercer, un milliardaire américain étrangement lié à une compagnie nommée Cambridge Analytica, elle-même impliquée dans l’élection de Donald Trump.
Depuis plus de deux ans, je suis avec fascination son travail d’investigation, saisie par les parallèles évidents entre ses méthodes et celles de la démarche historienne que j'applique et développe dans mes recherches. D’un article à l’autre, ses sources se multiplient et se diversifient. Les données s’accumulent : informations anecdotiques d’abord, qui deviennent des indices, puis les clés essentielles par lesquelles les scandales sont révélés.
L’enquête sur les acteurs de cet immense puzzle rappelle comment les historiens reconstituent les configurations politiques qu’ils étudient, les réseaux de collaboration et de sociabilité sur lesquels le pouvoir se fonde. Dans le cas de Facebook, Cambridge Analytica, les campagnes de Trump et...




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-12">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Chaque avancée du droit des femmes a été suivie d’une offensive réactionnaire, démontrait en 1991 la féministe américaine Susan Faludi dans « Backlash ». Son essai est plus que jamais d’actualité.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Après #metoo, gare au retour de bâton

Chaque avancée du droit des femmes a été suivie d’une offensive réactionnaire, démontrait en 1991 la féministe américaine Susan Faludi dans « Backlash ». Son essai est plus que jamais d’actualité.



Le Monde
 |    22.04.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
23.04.2018 à 11h27
    |

                            Clémentine Gallot








                        



                                


                            
« Rien n’abîme davantage les pétales masculins que la plus légère ondée féministe » :à chaque progrès vers la justice sociale correspondrait une revanche, souvent brutale, des dominants, lit-on dans Backlash. La guerre froide contre les femmes. Cet essai reten­tissant de Susan Faludi, publié en 1991 et traduit en français en 1993 (éditions Des Femmes), interroge en effet une « excessive réactivité des hommes aux victoires les plus microscopiques des femmes ». Ses sept cents pages posent ainsi un regard rétrospectif sur les deux décennies précédant leur écriture, aussi riches en avancées pour les droits des femmes qu’en régressions. Car si les années 1970, aux Etats-Unis, ont vu fleurir des progrès sur les fronts de l’emploi féminin et du contrôle des naissances, les représailles ne se sont pas fait attendre : elles se sont traduites, dans les années 1980, par des mesures concrètes, comme le vote de réglementations draconiennes sur l’emploi des femmes ou l’interruption de la recherche sur la contraception.

Dans son ouvrage, l’ancienne journaliste du Wall Street Journal, récipiendaire du prix Pulitzer, compare le parcours des droits des femmes à une « valse-hésitation », tant ceux-ci sont constamment freinés par des mécanismes insidieux. Ainsi, détaille-t-elle, la société se servirait des avancées des femmes contre elles, en tenant le féminisme pour responsable de tous les maux. Il s’agit là d’un « prix énorme que la société leur fait payer pour leur avoir accordé quelques maigres faveurs ». En effet, durant les années 1980, des études scientifiques bâclées ou mal interprétées serviront de socle à la propagation de mythes pernicieux : fausses couches, enfants mort-nés ou prématurés, voilà ce qui attendrait les femmes actives, des « arrivistes » aux « ambitions égoïstes ». De plus, les femmes célibataires et émancipées seraient davantage sujettes à la maladie mentale et à l’infertilité....




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-13">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Historien du socialisme, le nouveau président de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, qui a conseillé François Hollande, souhaite que la recherche nourrisse le débat public.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Christophe Prochasson : comprendre le monde sans le fuir

Historien du socialisme, le nouveau président de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, qui a conseillé François Hollande, souhaite que la recherche nourrisse le débat public.



Le Monde
 |    22.04.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
22.04.2018 à 12h16
    |

                            Catherine Portevin








                        



                                


                            

« Vous contemplerez la plus belle vue de Paris ! », avait-il promis, comme s’il voulait d’abord nous faire sentir le génie du lieu. Certes, depuis son bureau présidentiel, au dernier étage de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), la vue est imprenable sur les toits du 6e arrondissement de Paris. Mais plus remarquables encore sont les deux affiches placardées au mur, que l’historien Christophe Prochasson ne se lasse pas de commenter.
La première date de 1948 et donne le programme de la toute nouvelle VIe section « Sciences économiques et sociales » de l’Ecole pratique des hautes études. Avec les cours de Lucien Febvre, président – le fondateur, avec Marc Bloch, de la revue Annales –, Fernand Braudel, André Leroi-Gourhan, Claude Lévi-Strauss, Ernest Labrousse…
La seconde donne celui de l’année universitaire 1975-1976, qui inaugure l’Ecole des hautes études en sciences sociales, créée par l’autonomie de cette VIe section, avec les séminaires de Jacques Le Goff, président, François Furet, Marc Augé, Raymond Aron, Pierre Bourdieu, Françoise Héritier, Nicole ­Loraux, Pierre Vidal-Naquet… Tous les grands noms des sciences humaines françaises du XXe siècle, reconnus dans le monde : la voilà, la plus belle vue de Paris, voilà le génie du lieu. Le nouveau président, élu en novembre 2017 par l’assemblée générale de ses pairs, n’en est que l’hôte. S’il aime recevoir « au 54 » (du boulevard Raspail), c’est en se situant d’emblée dans un arbre généalogique plus grand que lui.
A ce sens de l’histoire, Christophe Prochasson ajoute un lien intime : « Je dois tout à cette maison, jusqu’aux recoins de ma vie personnelle, confie-t-il. L’EHESS, c’est pour moi le lieu par excellence de la liberté intellectuelle. » Normalien, il y est entré en 1991, son doctorat d’histoire contemporaine en poche sur, déjà, le rôle des intellectuels dans le socialisme de...




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-14">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ La série espagnole diffusée sur Netflix s’empare du thème du braquage pour en faire une utopie sociale, explique le chercheur Pierre Sérisier.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« La Casa de papel », une incitation à la rébellion ?

La série espagnole diffusée sur Netflix s’empare du thème du braquage pour en faire une utopie sociale, explique le chercheur Pierre Sérisier.



Le Monde
 |    22.04.2018 à 06h30
    |

                            Marion Dupont








                        



                                


                            
Pierre Sérisier, enseignant à l’Ecole supérieure de journalisme de Lille, est l’auteur du blog « Le Monde des séries ».
Vous avez qualifié la série télévisée espagnole « La Casa de papel », d’Alex Pina, diffusée sur la plate-forme Netflix depuis décembre 2017, d’allégorie de la rébellion. Comment cela se manifeste-t-il, sur la forme et sur le fond ?
Le thème de la rébellion structure le scénario. Huit braqueurs s’enferment avec soixante-sept otages dans la Maison de la monnaie et du timbre, à Madrid, pour imprimer leur propre monnaie. Le personnage du « Professeur », cerveau du braquage qui, pendant cinq mois, forme ses coéquipiers à ce « casse du siècle », donne ses motivations : remettre en cause le fonctionnement du système économique et financier.
Cette contestation très nette est inscrite au cœur des dialogues comme à travers de nombreux détails : l’utilisation récurrente de la chanson révolutionnaire italienne Bella Ciao, les tenues portées par les braqueurs rappelant celles des prisonniers de Guantanamo, ou leurs masques évoquant ceux des Anonymous ainsi que le visage de Salvador Dali, briseur de codes par excellence. Formellement, la construction du scénario procède elle aussi d’une rupture. Toutes les fictions de braquage obéissent à certaines normes, prenant la forme d’une lutte contre le temps. Ici, l’idée de départ est révolutionnaire : le braquage doit durer le plus longtemps possible, chaque minute gagnée permettant un tour de plus de la planche à billets.

De nombreuses histoires humaines et d’amour se tissent et n’épargnent aucun personnage, rapprochant la série du soap opera. Est-ce une concession au genre ou un choix signifiant sur le plan des idées ?
Ce dispositif narratif soutient la réflexion politique de la série. Une fois enfermés dans la Maison de la monnaie et du timbre, les personnages n’ont rien d’autre à faire que d’attendre que les rotatives tournent....




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-15">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ L’alliance avec les populistes est une stratégie officielle pour le parti social-démocrate danois, s’indigne l’écrivain et journaliste Carsten Jensen dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
édition abonné


L’honneur perdu des sociaux-démocrates danois

L’alliance avec les populistes est une stratégie officielle pour le parti social-démocrate danois, s’indigne l’écrivain et journaliste Carsten Jensen dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    21.04.2018 à 12h30
   





                        



                                


                            
Tribune. Pour l’instant, tout ne va pas si mal pour le Parti social-démocrate danois, mieux en tout cas que pour un grand nombre d’autres formations sociales-démocrates en Europe. Le parti des travailleurs existe toujours. Certes, il ne représente plus un tiers des électeurs comme au temps de sa splendeur. Désormais, il doit se contenter d’un quart mais, au sein d’un corps électoral toujours plus fragmenté, il demeure le plus important parti du Danemark. Et si l’on demande aux sociaux-démocrates la recette de ce succès, ils répondent sans hésiter : ils ont choisi d’assumer la politique la plus à droite possible concernant les réfugiés et l’intégration. Par ailleurs, pour eux, l’alliance avec le populisme n’a rien d’un vilain petit secret. Il s’agit d’une stratégie officielle, qu’ils revendiquent haut et fort.
Déconnectés des réalités
Pendant quatre ans, le Parti social-démocrate a gouverné le pays avec un petit parti centriste social-libéral, et sa défaite aux élections législatives de 2015, contre une coalition entre des partis bourgeois et le populiste Parti du peuple danois, fut comme le crash d’un ovni. Pendant quatre ans, ses dirigeants, en manageurs froids et déconnectés des réalités, avaient mené une prétendue « politique de la nécessité », imposant dans la foulée de la crise financière de 2008 des coupes claires dans le budget de l’Etat. Ils avaient entrepris de démanteler ce modèle danois si fameux à l’étranger, garant pendant de longues années de la stabilité et du bien-être social du pays. Ils ont compris trop tard que le parti était en train de se couper de ses racines populaires et, quand la défaite est venue, les deux figures-clés du parti, la première ministre et le ministre des finances, ont abandonné la politique danoise au profit de postes lucratifs à l’étranger.
Les hommes et les femmes de la défaite ont pris acte. L’éminence grise du parti, Henrik Sass Larsen, est un ­populiste-né, antimondialisation,...




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-16">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Rapport d’étonnement. La matière artificielle qui enthousiasmait les années pop nous a entraînés dans une spirale de destruction naturelle. Dès 2050, les océans pourraient contenir plus de plastique que de poissons. Est-il encore temps de réagir ?
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
édition abonné


La plastification du monde serait irréversible

Rapport d’étonnement. La matière artificielle qui enthousiasmait les années pop nous a entraînés dans une spirale de destruction naturelle. Dès 2050, les océans pourraient contenir plus de plastique que de poissons. Est-il encore temps de réagir ?



Le Monde
 |    21.04.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
22.04.2018 à 12h53
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
La passion d’une époque peut devenir le drame de la suivante. Dans les années 1950, les industriels produisent en série de nouveaux objets légers et résistants, fabriqués avec une substance chimique facilement modelable : le plastique. Dans ses Mythologies (1957), Roland Barthes décrit l’enthousiasme pour cette « substance alchimique » bon marché, qui nous offre des meubles multicolores et des téléphones en bakélite, des cuisines en formica et des sacs souples imprimés. « Pour la première fois, écrit le philosophe, l’artifice vise au commun, non au rare (…). Le monde entier peut-être plastifié. »
Données alarmantes
Le monde artificiel que prédisait Barthes s’est réalisé : une étude américaine publiée dans Science Advances en juillet 2017 estime qu’entre 1950 et 2015, 8,3 milliards de tonnes de plastique ont été produites. Conséquence, les mers et les océans, grandes poubelles du monde, ont commencé à se plastifier. Le clip de la campagne « Plastic Ocean », lancée le 10 avril par l’ONG Sea ­Shepherd, nous le rappelle. Réalisé par l’agence de communication FF New York, le film montre des raies, des tortues, des dauphins et des requins étouffant dans des vagues de plastique scintillant : il est sur YouTube et il fait peur.

Un panel de données alarmantes accompagne ces images. D’après le site Planétoscope, qui compile statistiques et données sur l’environnement, 6,5 à 8 millions de tonnes de déchets en plastique sont rejetées chaque année en mer. L’ONG Expéditions Méditerranée en danger, qui lutte contre cette pollution, estimait en 2010 que 250 milliards de microfragments flottaient au large des côtes françaises, italiennes et espagnoles. Le résultat est fatal : d’après Sea Shepherd, 36 % des espèces d’oiseaux de mer et 43 % des mammifères marins sont affectées par ces déchets – et pour longtemps : les polymères mettent mille ans à se dégrader entièrement.
C’est au printemps 1997, quand...




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-17">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales explique que la trajectoire chinoise peut aboutir à un mode de croissance apte à proposer un ordre mondial alternatif au capitalisme financier.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Michel Aglietta : « La Chine développe un capitalisme qui ouvre une voie originale vers le XXIe siècle »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales explique que la trajectoire chinoise peut aboutir à un mode de croissance apte à proposer un ordre mondial alternatif au capitalisme financier.



Le Monde
 |    21.04.2018 à 12h00
    |

                            Michel Aglietta (Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii), université de Paris-Nanterr)








                        



                                


                            

[Quatre économistes s’interrogent sur les raisons du succès de la politique du président Xi Jinping, dont le pouvoir n’a jamais été aussi grand]
Tribune. En 1950, après un siècle de pillages par les Occidentaux, puis le Japon, la Chine était, de très loin, le pays le plus pauvre du monde. Selon les données historiques d’Angus Maddison (publiées par l’Organisation de coopération et de développement économiques), le produit intérieur brut par habitant y était deux fois plus faible que celui de l’Afrique, vingt fois plus faible que celui des Etats-Unis. En 2010, il était environ quatre fois et demie plus faible que celui des Etats-Unis.
Au fil de la trajectoire historique de 1950 à 2050, dont les deux tiers sont réalisés et un tiers en devenir, Mao a rétabli l’unité et l’indépendance d’un pays très pauvre, dont la population était à 95 % rurale, et Deng a trouvé la voie vers la prospérité en éveillant les intérêts privés, en établissant la responsabilité des échanges, en reconnaissant les droits de propriété et en ouvrant l’économie au monde. Le succès se mesure à la performance réalisée : 50 millions de personnes ont été arrachées à la pauvreté absolue en vingt ans.
Enfin, Xi ouvre une « nouvelle ère » qui a une double dimension : le passage de la croissance quantitative à la croissance qualitative pour corriger les déséquilibres accumulés par l’industrialisation, d’une part ; la transformation de la globalisation vers un nouvel ordre mondial à travers le projet « One Belt, one Road » (OBOR, « une ceinture, une route »), d’autre part. L’objectif est de rétablir l’autorité de l’empire du Milieu dans la communauté mondiale. La nouvelle ère est divisée en deux périodes : 2020-2035 pour achever la « modernisation socialiste », 2035-2050 pour « harmoniser le bien-être social et la civilisation écologique ».
Les Occidentaux rencontrent une difficulté majeure à comprendre les...




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-18">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ L’interdépendance sociale entre entrepreneurs et personnel politique est le moteur, et non le handicap, du système chinois, explique l’économiste à l’Institut des Amériques, dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Robert Boyer : « Comprendre l’évolution de la Chine est un un défi adressé aux théories économiques »

L’interdépendance sociale entre entrepreneurs et personnel politique est le moteur, et non le handicap, du système chinois, explique l’économiste à l’Institut des Amériques, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    21.04.2018 à 12h00
    |

                            Robert Boyer (Economiste, ancien directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) et Directeur de recherche au CNRS, auteur de La Théorie de la Régulation. Les Fondamentaux, La Découverte, 2004)








                        



                                


                            

[Quatre économistes s’interrogent sur les raisons du succès de la politique du président Xi Jinping, dont le pouvoir n’a jamais été aussi grand]
Tribune. Avec l’effondrement de l’Union soviétique, nombre d’intellectuels avaient anticipé la « fin de l’histoire » : marché et démocratie allaient remplacer le Gosplan et la domination du Parti communiste. Or la trajectoire chinoise invalide le pronostic qui ferait de la démocratie le régime politique nécessaire à la modernité et à la performance économique.
Depuis deux décennies, comprendre la surprenante évolution de la Chine est un défi adressé à la plupart des théories économiques. Toutes s’y sont essayées, sans jusqu’à présent faire consensus. Pour les tenants de la concurrence, la libération des forces du marché a permis la réduction de la pauvreté. Pour ceux qui insistent sur le rôle de l’Etat, l’équivalent d’une planification originale explique ces succès. Les théories de la croissance pointent le rôle du rattrapage technologique comme facteur explicatif majeur. Pour les chercheurs en socio-économie, ce sont la variété et la puissance des réseaux liant l’économique et le politique qui distinguent la Chine.
La Chine a en effet inventé un moyen d’aligner, au moins partiellement, les intérêts de la classe politique avec ceux des entrepreneurs au niveau local, puis national. Les autorités locales sont fortement encouragées à faciliter l’émergence des entrepreneurs, source de création de richesse et, par conséquent, d’une base d’imposition plus importante. L’existence d’une série de « corporatismes locaux » organise ainsi la coopération entre la classe politique et les entrepreneurs. C’est le résultat logique de la complémentarité de leurs objectifs respectifs : d’un côté récolter le maximum d’impôts, de l’autre améliorer l’avantage concurrentiel de chaque localité par le biais du dynamisme économique.
La concurrence entre toutes les localités ne...




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-19">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans une tribune, l’économiste indien réfute l’idée que le modèle chinois soit efficace et transposable à d’autres pays.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Pranab Bardhan : « Le modèle chinois est fondamentalement défaillant et difficilement applicable aillleurs »

Dans une tribune, l’économiste indien réfute l’idée que le modèle chinois soit efficace et transposable à d’autres pays.



Le Monde
 |    21.04.2018 à 12h00
   





                        



                                


                            

[Quatre économistes s’interrogent sur les raisons du succès de la politique du président Xi Jinping, dont le pouvoir n’a jamais été aussi grand]
Tribune. Il semble que les dirigeants chinois aient oublié l’un des conseils de Deng Xiaoping : « tao guang yang hui » (« maintenez un profil bas »). En proclamant une « nouvelle ère », le président Xi Jinping a présenté le système de gouvernance de la Chine comme un modèle dont les autres pays devraient s’inspirer. Les chefs d’Etat « désireux d’accélérer le développement de leur pays, tout en préservant l’indépendance », doivent considérer la Chine comme « une nouvelle option », a déclaré M. Xi. L’agence de presse officielle Xinhua a même suggéré qu’à mesure du déclin des démocraties occidentales, la « démocratie chinoise éclairée » pouvait constituer une nouvelle voie d’avenir.
Le modèle de développement économique et politique de la Chine présente différentes caractéristiques parmi lesquelles une gouvernance autoritaire ancrée sur la recherche de la stabilité, une politique industrielle et une finance conduites par l’Etat, des investissements massifs dans les infrastructures, une industrialisation rurale fondée sur une agriculture à petite échelle, ainsi qu’une ouverture au commerce étranger et aux technologies. Ce modèle a incontestablement produit une croissance économique rapide ces trente dernières années.
Mais l’idée selon laquelle le premier de ces éléments – l’autoritarisme – serait nécessaire à un développement rapide est une erreur.
La démocratie permet d’apaiser les conflits
Les voisins de la Chine – Japon, Corée du Sud, Taïwan – ont atteint une forte croissance par le biais d’une politique industrielle étatique, de l’industrialisation du monde rural et de l’ouverture au commerce. Mais le Japon a atteint ces objectifs dans un cadre démocratique d’après-guerre, et la Corée du Sud et Taïwan connaissent la démocratie...




                        

                        


<article-nb="2018/04/23/18-20">
<filnamedate="20180423"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180423"><AAMMJJHH="2018042318">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine rejette l’idée d’un conflit entre modèles chinois et américain, pour décrire plutôt leur convergence pour contrôler la finance internationale.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Alain Cotta : « En Chine, le capitalisme d’Etat s’est dressé en rival du capitalisme d’entreprise »

Dans une tribune au « Monde », le professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine rejette l’idée d’un conflit entre modèles chinois et américain, pour décrire plutôt leur convergence pour contrôler la finance internationale.



Le Monde
 |    21.04.2018 à 12h00
   





                        



                                


                            

[Quatre économistes s’interrogent sur les raisons du succès de la politique du président Xi Jinping, dont le pouvoir n’a jamais été aussi grand]
Tribune. Dans l’esprit de l’oligarchie américaine qui initia la mondialisation économique, la Chine devait être un marché multipliant à l’envi la masse des consommateurs avides de produits occidentaux et fournir une main-d’œuvre à bas coût à qui voudrait l’utiliser.
Il a fallu un peu plus d’une génération pour que cette anticipation soit démentie par la réalité. La Chine a relevé le défi de l’Occident jusqu’à l’affronter sur son propre terrain, en utilisant ses armes, non sans réserver à ses dirigeants politiques un rôle beaucoup plus actif que dans les nations occidentales. Le capitalisme d’Etat s’est dressé en rival du capitalisme d’entreprise. La Chine est devenue la deuxième puissance économique mondiale, elle sera bientôt la première.
La volonté chinoise de développer au plus vite les industries les plus rayonnantes des nations occidentales – robotique, automobile, aviation, défense – en subventionnant massivement leur développement et en leur ouvrant, par les « nouvelles routes de la soie », un accès africain et européen, inquiète. D’autant plus que Pékin manifeste son intention de développer les innovations de l’intelligence artificielle grâce à l’accumulation de moyens publics. La Chine pourrait devenir la nation la plus puissante dans ce domaine, profitant des hésitations américaines et du retard européen dans la révolution numérique.
Dans le domaine social, la critique occidentale essentielle concerne les inégalités. En moins d’une génération, le nombre des « super riches » chinois s’est élevé, pour atteindre aujourd’hui plus du tiers (180 environ) de leur effectif mondial (500). Les inégalités qui fracturent la société chinoise sont les plus grandes de l’histoire de l’économie monétaire, sans commune mesure avec celles de la société américaine au XIXe siècle.
Pourtant,...




                        

                        

