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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ En 1978, la comédienne avait été enlevée par le régime nord-coréen pour améliorer la qualité des films de propagande. Choi Eun-hee est décédée le 16 avril à l’âge de 91 ans.
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La mort de l’actrice sud-coréenne Choi Eun-hee, ancienne otage de la Corée du Nord

En 1978, la comédienne avait été enlevée par le régime nord-coréen pour améliorer la qualité des films de propagande. Choi Eun-hee est décédée le 16 avril à l’âge de 91 ans.



Le Monde
 |    22.04.2018 à 16h53
 • Mis à jour le
22.04.2018 à 16h54
    |

            Harold Thibault








                        



                                


                            

L’existence de la grande star de cinéma sud-coréenne Choi Eun-hee n’avait déjà rien d’ordinaire, mais elle prit un tour encore plus singulier un jour de janvier 1978 sur la plage de Repulse Bay, à Hongkong, selon le récit que fera plus tard l’actrice, décédée lundi 16 avril.
La comédienne s’était rendue dans la colonie britannique pour rencontrer le prétendu directeur d’un studio local qui disait donner également des cours d’art dramatique et lui proposait un partenariat, peut-être aussi de réaliser une production locale. Cela faisait un moment que Choi, l’une des plus grandes célébrités du cinéma de l’après guerre de Corée, était dans une phase de creux et son école d’art dramatique était au bord de la banqueroute. L’offre était de nature à changer la donne.
La villa du producteur, lui expliqua sa guide, était de l’autre côté de la baie. Quoi qu’interloquée, Choi embarqua sur l’esquif à moteur vers laquelle on la dirigeait. Elle fut ainsi enlevée et transférée sur un cargo. Destination : le régime ennemi de son pays en pleine guerre froide, la Corée du Nord.
Admirée par Kim Jong-il
Là-bas, un fan de cinéma nourrissait un dessein ambitieux. Kim Jong-il avait été chargé du département d’agit-prop du régime de son père. Il avait développé une passion pour le septième art et déplorait la piètre qualité des films de propagande nord-coréens en comparaison aux œuvres du Sud. Ce kidnapping devait contribuer à relever le niveau.
Kim Jong-il était visiblement admiratif d’elle et tente à certaines occasions de lui remonter le moral, quoi qu’étant le commanditaire de son enlèvement. « J’étais au désespoir et il a tenté de me changer les idées, en disant : “Regardez-moi, Mme Choi. N’ai-je pas l’air d’un nain petit et gros ?” Je n’ai pas pu m’empêcher de rire », racontera-t-elle ensuite dans un entretien. Elle sera hébergée dans de luxueuses villas à Pyongyang et parfois maintenue dans des résidences de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Pionnier du néoréalisme latino-américain et du « Cinema Novo », il a incarné pendant six décennies les mutations du cinéma face aux défis de la modernité.
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Article sélectionné dans La Matinale du 21/04/2018
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Le cinéaste brésilien Nelson Pereira dos Santos est mort

Pionnier du néoréalisme latino-américain et du « Cinema Novo », il a incarné pendant six décennies les mutations du cinéma face aux défis de la modernité.



Le Monde
 |    22.04.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
22.04.2018 à 07h07
    |

                            Paulo A. Paranagua








                        



                                


                            
Pionnier du néoréalisme latino-américain et du « Cinema Novo » brésilien, premier réalisateur à entrer à l’Académie brésilienne, Nelson Pereira dos Santos est mort à Rio de Janeiro, le samedi 21 avril, à 89 ans. Pendant six décennies, il a incarné comme nul autre Brésilien les mutations du cinéma face aux défis de la modernité et de la contemporanéité.
Nelson Pereira dos Santos était né à Sao Paulo, le 22 octobre 1928. Il était fier de ses modestes origines. Le père, « Seu Santos », était un tailleur. Du côté maternel, la famille était originaire du Veneto (Italie).
Affinités avec la France
Après des études de droit, il aurait dû se former au Centre expérimental de la cinématographie, à Rome, comme tant de Latino-Américains attirés par les films italiens d’après-guerre. Mais il choisit plutôt Paris, où s’était exilé le romancier communiste Jorge Amado. Faute d’entrer à l’IDHEC (Institut des hautes études cinématographiques), il fait ses classes à la Cinémathèque française. Les affinités avec la France ne se démentiront plus.
De retour au pays, il constate l’effondrement des grands studios Vera Cruz, à Sao Paulo, et critique le modèle industriel. Dans la presse communiste, il plaide pour une thématique brésilienne et des personnages populaires.
C’est à Rio de Janeiro, alors capitale du Brésil, qu’il met en pratique ses idées : Rio 40° (1955) est la découverte d’une nouvelle géographie humaine, filmée dans les rues et les « favelas » (bidonvilles), comme on ne les avait jamais vues encore sur un grand écran. Le retentissement est considérable, d’autant qu’une tentative de censure en fait l’objet d’une campagne de défense menée par l’Union nationale des étudiants (UNE).
La séduction et l’enthousiasme
Nelson Pereira dos Santos réinvente le cinéma brésilien. Communistes et catholiques communiaient alors dans la même foi dans les vertus du néoréalisme, qui leur semblait l’option pour renouveler à la fois l’expression et le mode...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Dans « Foxtrot », Lion d’argent à Venise, le réalisateur s’intéresse au quotidien difficile des jeunes conscrits israéliens. Pour la ministre de la culture israélienne, le film nuirait à l’image de l’armée.
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Samuel Maoz, un cinéaste sur le front en Israël


                      Dans « Foxtrot », Lion d’argent à Venise, le réalisateur s’intéresse au quotidien difficile des jeunes conscrits israéliens. Pour la ministre de la culture israélienne, le film nuirait à l’image de l’armée.



Le Monde
 |    20.04.2018 à 14h27
 • Mis à jour le
20.04.2018 à 14h52
    |

            Samuel Blumenfeld








                              

                        

Après « Lebanon », le réalisateur israélien choisit d’explorer à nouveau le thème de la guerre dans son nouvel opus « Foxtrot ». Il avait 20 ans quand il a tué un homme pour la première fois. C’était en 1982, Samuel Maoz était tireur à bord d’un tank, lors de la première guerre menée par Israël au Liban contre les forces palestiniennes et l’armée syrienne. Cette offensive, prévue pour durer trois semaines, s’étala finalement sur près de trois mois. « Cette guerre, se souvient le cinéaste, était différente des autres conflits dans lesquels avait été impliqué Israël. En 1967 par exemple, vous aviez deux armées face à face, avec deux uniformes différents, et qui se battaient pour un enjeu territorial. Au moins, les choses étaient claires. Au Liban, en 1982, vous aviez dix ennemis différents, la plupart ne portaient pas d’uniformes mais des jeans. C’était le chaos. »
« Lebanon », l’un des meilleurs films de guerre
Mais ce qui était déjà clair, en revanche, c’était la véritable vocation de ce tankiste : il voulait devenir réalisateur. Au moins depuis ses 13 ans et sa bar-mitsva, à l’occasion de laquelle il avait reçu en cadeau une caméra 8 mm, et une bobine de pellicule. La suite de l’histoire est connue. Samuel Maoz a tiré un long-métrage de son expérience de soldat. Lebanon (2009), a reçu le Lion d’or à la Mostra de Venise, soit la plus haute récompense jamais obtenue par un film israélien dans un grand festival international. Lebanon est l’un des meilleurs films de guerre jamais réalisé, par un metteur en scène qui a combattu avant de filmer ce sujet. « La première chose qui me venait à l’esprit en repensant à la guerre, se souvient le réalisateur, était l’odeur de la chair calcinée. D’un tank, vous sortez soit vivant, soit atomisé, sans qu’il reste quoi que ce soit de vous à enterrer. Il n’existe aucune autre alternative. »
« Le point de départ de “Foxtrot” est lié à un événement...



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Reed Hastings, le PDG de la plate-forme de vidéo pense avoir, à terme, 85 % d’abonnés hors des Etats-Unis.
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Netflix se veut plus global qu’américain

Reed Hastings, le PDG de la plate-forme de vidéo pense avoir, à terme, 85 % d’abonnés hors des Etats-Unis.



Le Monde
 |    20.04.2018 à 11h43
 • Mis à jour le
20.04.2018 à 12h21
    |

            Alexandre Piquard








                        



                                


                            

Netflix est-il touché par les critiques qui visent Facebook dans l’affaire Cambridge Analytica et, plus largement, par la défiance croissante à l’égard des géants du numérique comme Google, Amazon ou Apple ?
« La polémique est centrée sur les entreprises dont le cœur d’activité est la publicité, comme Facebook ou YouTube. Or, nous ne faisons pas de publicité », répond Reed Hastings, le PDG du leadeur mondial de la vidéo à la demande par abonnement, qui avait invité la presse européenne pour une présentation à Rome, le 19 avril. Contrairement à Facebook, accusé d’avoir laissé un prestataire utiliser les profils de millions d’usagers au profit de la campagne de Donald Trump, « Netflix ne partage pas et ne collecte pas de données : nous avons seulement votre nom et votre historique de visionnage, qui nous permet de vous proposer les séries et films les plus adaptés », poursuit le fondateur.
Si Netflix peut se tenir à distance des débats sur la vie privée, il essuie des reproches dans d’autres domaines : la plate-forme, forte de 125 millions d’abonnés dans le monde, est accusée de ne pas respecter les régulations des pays dans lesquels elle se déploie. En France, par exemple, Netflix ne sort pas ses films en salles car la chronologie des médias lui imposerait d’attendre trois ans avant de les mettre en ligne sur son service.

Netflix veut montrer qu’il investit dans le contenu local
Signe de ces tensions, le festival de Cannes a privé de sélection les films de Netflix, qui l’a boycotté en retour. M. Hastings se garde pourtant de critiquer le système français, « unique et positif », qui « par ses aides permet à la France de produire plus de films par habitant et d’avoir plus de salles » que les autres pays. Le groupe américain n’a pour autant aucune intention de demander des aménagements de la chronologie des médias. « Nous n’entrons pas dans ce débat », explique M. Hastings, arguant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Chaque fois que le cinéma se sent en danger, renaît l’idée que les critiques lui font du mal. Une idée plutôt fausse, défend dans sa chronique Thomas Sotinel, journaliste au service Culture du « Monde ».
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Cannes 2018 : « Cinéma et presse vieilliront-ils ensemble ? »

Chaque fois que le cinéma se sent en danger, renaît l’idée que les critiques lui font du mal. Une idée plutôt fausse, défend dans sa chronique Thomas Sotinel, journaliste au service Culture du « Monde ».



Le Monde
 |    20.04.2018 à 09h13
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            
Chronique. C’était une liturgie presque aussi bien établie que celle de Pie X. Depuis son installation dans le bâtiment de béton au bout de la Croisette, en 1983, le Festival de Cannes organisait les projections des films en compétition de façon à ce que les journalistes accrédités voient le film le matin ou la veille de sa présentation de gala, celle qui est précédée de la montée des marches recouvertes de rouge. A partir de la 71e édition, qui débutera le 8 mai, Thierry Frémaux, le délégué général du Festival, a annoncé que « la “première mondiale”, c’est-à-dire la projection en présence de l’équipe du film, (…) sera la première projection de chaque film à Cannes ». 

Désormais « les médias » comme on désigne une corporation qui rassemble des professions de plus en plus diverses, de l’animateur d’un compte Twitter au cameraman en passant par le traditionnel critique qui exerce pour la presse écrite, espèce menacée, verront les films en compétition en même temps que la projection officielle ou le lendemain.
Dans Sélection officielle (Grasset, 2017), journal de l’année qui a précédé le Festival 2016, Thierry Frémaux fait un récit très vivant de la présentation de The Last Face, de Sean Penn, mal accueilli lors de la projection de presse, ce dont le réalisateur et son équipe (Charlize Theron, Javier Bardem) avaient été informés bien avant de devoir gravir l’escalier qui mène au Théâtre Lumière où a lieu la « première ».
Pureté originelle
Il ne s’agit pas seulement de préserver la sérénité des équipes qui viennent présenter leurs films à Cannes. L’Union des producteurs de cinéma, qui regroupe nombre de poids lourds du cinéma français, a salué avec enthousiasme la décision de Thierry Frémaux, y voyant l’avènement de « véritables premières mondiales réunissant en un moment privilégié le public et les professionnels ». Michel Hazanavicius avait développé ce point de vue...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Joël Santoni, réalisateur de cinéma et de la comédie familiale, est mort mercredi à l’âge de 74 ans.
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Joël Santoni, le réalisateur d’« Une famille formidable » est mort

Joël Santoni, réalisateur de cinéma et de la comédie familiale, est mort mercredi à l’âge de 74 ans.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 18h51
 • Mis à jour le
20.04.2018 à 13h22
   





                        



   


Il a réalisé jusqu’en 2016 la série Une famille formidable, comédie familiale diffusée depuis 1992 sur TF1, avec Anny Duperey et Bernard Le Coq dans les rôles de Catherine et Jacques Beaumont. Joël Santoni, réalisateur de cinéma, est mort mercredi à l’âge de 74 ans, a annoncé son agent jeudi 19 avril.
Il était aussi le réalisateur de la comédie Les Œufs brouillés (1976), avec Jean Carmet, Jean-Claude Brialy, Anna Karina et Jean-Pierre Cassel ; Ils sont grands, ces petits (1979), avec Catherine Deneuve et Claude Brasseur ; et Mort un dimanche de pluie, avec Nicole Garcia et Jean-Pierre Bacri.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Le réalisateur de « Nahla » est mort le 9 avril en France, sans avoir obtenu dans son pays la reconnaissance méritée.
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Nécrologie

Cinéma : Farouk Beloufa, l’image manquante de l’Algérie

Le réalisateur de « Nahla » est mort le 9 avril en France, sans avoir obtenu dans son pays la reconnaissance méritée.

Par                                            Fahim Djebara (contributeur Le Monde Afrique)




LE MONDE
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        Le 19.04.2018 à 14h47

     •
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        Mis à jour le 19.04.2018 à 15h23






    
Le réalisateur algérien Farouk Beloufa, à Beyrouth, en 2010.
Crédits : BEIRUT CINEMA DAYS


Son nom ne vous dira peut-être pas grand-chose et c’est presque normal. Né en 1947 et décédé le 9 avril à Paris, Farouk Beloufa était le réalisateur d’un seul long-métrage de fiction, Nahla. Une pièce unique, sortie en 1979, considérée par Des nouvelles du front, un site d’informations dédié au septième art, comme « l’un des plus beaux jardins secrets du cinéma algérien ».
Tourné à Beyrouth à la fin des années 1970, en pleine guerre civile, le film a été remanié au gré des contraintes du quotidien dont il rend l’intensité. Il fixe le début du conflit libanais à travers le regard d’un journaliste-photographe algérien, interprété par Youcef Sayah, dépêché pour couvrir la tournée de la chanteuse libanaise Nahla, campée par la magnifique Yasmine Khlat. Au milieu des tirs, des exécutions sommaires et des débats de la gauche libanaise que le journaliste fréquente, la diva perd sa voix.
Pourquoi ce film signe-t-il le crépuscule de la carrière de Farouk Beloufa plutôt que ses débuts prometteurs ?
« Nous n’étions pas prévus »
Au milieu des années 1960, l’Algérie socialiste à parti unique se construit et appuie sa propagande sur le cinéma, produisant même de très bons films (Nahla a été soutenu par la télévision publique). Alger ouvre en 1964 un institut pour compléter les contingents de réalisateurs formés à l’étranger. Farouk Beloufa et son ami Merzak Allouache figurent parmi les premiers pensionnaires. Par manque de moyens et de volonté politique, le projet s’éteint, mais pas les rêves de cinéma de ses élèves.
Passé en France par l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC, aujourd’hui Femis), Farouk Beloufa réalise en Algérie deux courts-métrages, Situation en transition et Travestis et Cassures, aujourd’hui considérés comme perdus, et un long-métrage documentaire, Insurrectionnelle (1973), qui lui fait découvrir la censure. Commande publique sur la guerre d’Algérie, « le film n’allait pas dans le sens de l’histoire officielle », se souvient Merzak Allouache. Il est remonté puis diffusé sans signature.

        Lire aussi :
         

                « En attendant les hirondelles » : Algérie, cadavre exquis



Dans une interview à la revue Africultures, Farouk Beloufa, qui avait découvert Le Caire au sein d’une équipe de tournage de Youssef Chahine, en 1976, puis le Liban, raconte l’urgence pour lui de tourner à Beyrouth. Paradoxalement, il disait mieux « respirer » dans cette ville en guerre qu’à Alger, où il se sentait « muselé, dévitalisé, cherchant [son] oxygène ».
« Nous n’étions pas prévus, comme absents de la planification », poursuit Merzak Allouache, qui évoque la censure politique mais aussi les barrières dressées par les réalisateurs d’Etat « installés ». Les deux amis doivent ruser avec la censure, mais alors qu’après avoir tourné en 1976 le superbe Omar Gatlato, Merzak Allouache réalise une vingtaine de films entre la France et l’Algérie, Farouk Beloufa quitte son pays à la fin des années 1980 pour la France et ne trouve plus les ressources pour mener ses projets à bien.
« J’ai perdu la voix, comme Nahla »
Ce n’est qu’en 2010 que son film est enfin projeté à Beyrouth, où il retourne pour la première fois, grâce à l’association Beirut DC et à son festival. Les acteurs libanais du long-métrage découvrent Nahla sur grand écran, grâce à une cassette BETA fournie par l’association marseillaise Aflam, qui avait elle-même fait redécouvrir l’œuvre une année plus tôt à ses spectateurs. A une personne qui lui demande pourquoi il n’a plus tourné, le cinéaste répond par une pirouette : « J’ai perdu la voix, comme Nahla. »
En privé, il avait la dent plus dure contre les « apparatchiks » qui l’avaient poussé à quitter l’Algérie. « Fais attention, ils vont te briser », dit-il à Sofia Djama en 2011, après avoir vu à Paris son premier court-métrage, dont il avait salué la liberté de ton. La jeune réalisatrice tournera son premier long-métrage, Les Bienheureux, en Algérie en 2016, sans aide publique mais sans difficultés administratives, et en intégrant plusieurs séquences de Nahla à son film.

        Lire aussi :
         

                « Les Bienheureux » : plongée dans la nuit algéroise



« J’avais trouvé la réalisation de Nahla très moderne, de même que ses propos, quelques mois avant les révolutions arabes », se souvient Rabih El Khoury, le programmateur de Beirut DC. Cette modernité artistique ou politique, que le quotidien Libération relevait en 2005 à l’occasion d’une diffusion du film à la télévision française, est la qualité la plus partagée parmi les hommages rendus à Farouk Beloufa depuis que sa mort est devenue discrètement publique.
« Il m’a rassuré sur la force créatrice dont nous sommes capables, nous, Algériens, et sur notre capacité à porter un regard sur autre chose que nous-mêmes, témoigne Sofia Djama. Pour le monde arabe, son film est comme une image manquante, il nous rappelle que la révolution n’est pas un mot qui n’appartient qu’au politique et qu’elle est une urgence en chacun de nous. »
« Des talents ostracisés et brisés »
En 2013, le réalisateur Tariq Teguia avait lui aussi rendu hommage à Nahla en le programmant au Forum des images, à Paris, dans la foulée de la sortie de son troisième long-métrage, Révolution Zendj, dans lequel un journaliste algérien cherche des réponses à ses questions à Beyrouth. Et l’année suivante, Farouk Beloufa avait réussi, avec l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel, à tourner un nouveau court-métrage, Le Silence du Sphinx.
Ludmila, une Algérienne installée à Beyrouth, se souvient que ses parents lui ont montré des films de Pasolini ou de Bergman mais ne lui ont jamais parlé de Beloufa. Il lui a fallu attendre de quitter son pays, en 1994, pour qu’un étudiant français l’invite à découvrir Nahla. Elle hésite d’abord, croyant avoir affaire à un « énième film sur le conflit palestinien », mais son ami la rassure : « C’est une poésie. » « Le découvrir a été un choc, se souvient-elle aujourd’hui depuis Beyrouth. Mais ça m’a immédiatement rendue triste, car ça m’a rappelé le nombre incalculable de personnes de talent qui ont été ostracisées et brisées par ce régime. »

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                « Occidental » : la forme au détriment du fond



Si le passage de relais a été difficile entre les générations, peut-être a-t-il existé au sein de la famille Beloufa ? Neïl, son fils, expose actuellement au Palais de Tokyo, à Paris, un dispositif scénographique sur l’histoire, alors qu’Occidental, son premier long-métrage, est sorti en France le 23 mars.


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Le cinéaste présentera hors compétition « The House That Jack Built », après avoir été déclaré « persona non grata » en 2011.
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Cannes 2018 : Lars Von Trier de retour sur la Croisette

Le cinéaste présentera hors compétition « The House That Jack Built », après avoir été déclaré « persona non grata » en 2011.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 14h16
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Sept ans après avoir été déclaré persona non grata par le Festival de Cannes, Lars Von Trier fera son retour sur la Croisette lors de la 71e édition, organisée du 8 au 19 mai. The House That Jack Built, histoire d’un tueur en série interprété par Matt Dillon, sera présenté hors compétition, ce qui laisse encore une marche à gravir au réalisateur danois avant de retrouver la place qui était la sienne avant sa sortie de 2011, dans laquelle il avait expliqué « comprendre Hitler ». Dans un communiqué, le Festival explique que « Pierre Lescure, président du Festival, et son conseil d’administration ont décidé d’accueillir [son] retour ».

   


Le programme de la compétition s’est étoffé. Trois films supplémentaires concourront, avec les 18 titres déjà annoncés, pour la Palme d’or : Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez, quatrième long-métrage français de cette sélection, avec Vanessa Paradis dans le rôle d’une productrice de films X gays ; Le Poirier sauvage, du Turc Nuri Bilge Ceylan, Palme d’or en 2014 pour Winter Sleep, et Ayka, le deuxième film du réalisateur kazakh Sergey Dvortsevoy dont on avait découvert Tulpan, pastorale des steppes, dans la section Un certain regard en 2008.

        Lire l’analyse :
         

          Cannes 2018 s’offre une affiche audacieuse



Trois longs-métrages se sont ajoutés au programme de cette dernière section : Donbass, une fiction que Sergei Loznitsa a tournée dans la région ravagée par la guerre de son pays, l’Ukraine ; Meurs, monstre meurs, de l’Argentin Alejandro Fadel, et Les Morts et les autres, du Portugais João Salaviza et de la Brésilienne Renée Nader Messora.

        Lire le compte-rendu :
         

          Kristen Stewart, Léa Seydoux et Robert Guédiguian rejoignent le jury du Festival de Cannes



En séances de minuit, on pourra voir Whitney, le documentaire que l’Ecossais Kevin Macdonald a consacré à la chanteuse américaine et une nouvelle adaptation du Fahrenheit 451, de Ray Bradbury, par Ramin Bahrani, avec Michael B. Jordan.

        Lire le focus :
         

          Parallèles et audacieuses sections cannoises



Enfin (et rarement le mot fut employé à aussi bon escient), L’Homme qui a tué Don Quichotte, de Terry Gilliam, arrivera au bout de sa route. Dix-huit ans après le tournage interrompu par les intempéries et la maladie de Jean Rochefort, et après d’innombrables tentatives pour ressusciter ce projet, cette variation sur un thème de Cervantès interprétée par Jonathan Pryce et Adam Driver fera la clôture du Festival, le 19 mai, et sortira simultanément en salle.

        Lire le récit :
         

          Pour « Don Quichotte », le projet fou de Terry Gilliam, la malédiction continue







                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ La ministre de la culture Françoise Nyssen envisage cette mesure pour lutter contre le piratage des films sur Internet.
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Vers une liste noire des sites illégaux de streaming en France

La ministre de la culture Françoise Nyssen envisage cette mesure pour lutter contre le piratage des films sur Internet.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 12h19
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 15h57
    |

            Nicole Vulser








                        


Du billard à trois bandes. Dans le cadre de la difficile réforme de la chronologie des médias (l’ordre et les délais dans lesquels un film peut être diffusé à la télévision, en vidéo ou en vidéo à la demande après sa sortie en salle), treize organisations du septième art, représentant la totalité de la filière cinéma, ainsi que trois chaînes de télévision (Canal+, M6 et TF1) avaient demandé en urgence à Françoise Nyssen, la ministre de la culture, des mesures concrètes contre le piratage des films. Une pratique qui représenterait 1,3 milliard d’euros de manque à gagner annuel en France pour toute la filière.
Ces professionnels ont été entendus. Mercredi 18 avril, la ministre a annoncé qu’elle réfléchit à des « listes noires » de sites illégaux de streaming, qui seraient établies par la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi). Ces listes mises à jour régulièrement devraient permettre aux fournisseurs d’accès, aux moteurs de recherches et aux annonceurs de bloquer l’accès à ces sites et de supprimer leur référencement.
« Placer la priorité sur la lutte contre les sites pirates »
Selon Mme Nyssen, « l’essentiel de notre arsenal porte sur le téléchargement pair à pair, aujourd’hui, alors que le piratage se fait dans 80 % des cas en streaming ou en téléchargement direct ». Signe que la Hadopi, créée en 2009 pour envoyer des avertissements aux internautes fraudeurs, n’est plus adaptée aux pratiques actuelles des pirates.
La ministre reconnaît donc qu’il faut faire « évoluer le mécanisme de riposte graduée, en plaçant la priorité sur la lutte contre les sites pirates pour les assécher (…) et les faire disparaître ».
Ces propositions interviennent alors que plusieurs organisations représentant le cinéma indépendant menaçaient de boycotter mercredi une réception au ministère si aucune mesure anti-piratage n’était annoncée.
Un système obsolète
Quant à la chronologie des médias, la ministre a affirmé qu’« elle n’est plus adaptée, qu’elle est décalée par rapport aux usages » et « à l’évolution du paysage audiovisuel ». Malgré la médiation qu’elle a engagée pour réformer cet accord, « les discussions ne parviennent pas à aboutir », a-t-elle constaté.
« J’ai décidé de reprendre la main », a-t-elle dit, avec l’ambition d’avancer courant mai. Elle compte repartir sur la base des recommandations des médiateurs. Quitte à légiférer sans doute si aucun accord interprofessionnel n’a pu être signé.
Le système actuel est jugé totalement obsolète, en raison à la fois du piratage des films mais aussi de l’essor de plates-formes comme Netflix, qui finance désormais de façon importante la production cinématographique. Or, si un long-métrage financé par Netflix était projeté en salles en France, il devrait attendre… trois ans avant de pouvoir être mis en ligne sur sa propre plate-forme.

        Lire aussi :
         

                Netflix et cinéma : la ministre de la culture veut sortir du « blocage »



Une concurrence « inéquitable »
La chronologie des médias reste une exception française : ailleurs, des contrats ad hoc lient les détenteurs des films aux exploitants de salles, aux télévisions, aux éditeurs vidéo ou aux plates-formes de services de vidéo à la demande par abonnement (SVoD), comme Amazon ou Netflix. Sans que personne n’y trouve à redire.
Toujours dans un souci d’éviter une concurrence qu’elle juge « inéquitable », la ministre souhaite imposer, dans le cadre de la révision de la directive européenne sur les Services de médias audiovisuels, les mêmes obligations de financement dans la création aux chaînes et plates-formes vidéos établies hors de l’Hexagone que celles auxquelles doivent se plier les acteurs français. Dans la même veine, elle espère imposer « un quota d’œuvres européennes sur les plates-formes de vidéo à la demande ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Trois films réalisés par l’acteur, vu notamment chez Rivette et Truffaut, ressortent en salle.
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Reprise : les lignes de fuite de Jean-François Stévenin

Trois films réalisés par l’acteur, vu notamment chez Rivette et Truffaut, ressortent en salle.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 08h50
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h21
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


On connaît surtout l’acteur : sa présence vulpine, son regard d’un bleu enfoui, qui, depuis la fin des années 1970, traverse tranquillement l’histoire du cinéma français, de son centre à sa marge. La liste des réalisateurs chez qui on a pu voir Jean-François Stévenin est interminable : Rivette, Truffaut, Godard, Blier, Breillat, Mocky, Rochant… On connaît moins l’histoire de cet ancien étudiant de HEC qui a fait tous les métiers possibles pour assouvir sa passion des tournages, jusqu’à passer tout naturellement derrière la caméra.
Cinquante ans de carrière et trois films en tant que réalisateur : Passe-montagne (1978), Double messieurs (1986), Mischka (2001). Ceux qui ont eu la chance de les voir les évoquent comme des mots de passe, des secrets trop bien gardés que l’on pourra désormais voir et revoir dans leur version restaurée. On pense à Godard, à Pialat, on retrouve cette France du cambouis, le road-movie à la française, de Blier à Cavalier. Mais la prouesse de Stévenin aura été de fabriquer en seulement trois films une France bien à lui : des duos, des tribus qui prennent la route, gravissent la montagne, échouent dans des lieux de transit avant de reprendre la fuite.

        Lire le récit :
         

          Souvenirs fous d’un tournage flou dans le Jura




Influences américaines
C’est à la fois la France et autre chose, l’ancrage dans un pays et la ligne de fuite tendue vers un désir très français d’Amérique. « Là-bas, tout était possible : les chevaux, les motos. On vit étriqué en Europe, là-bas, ça roule », dit-il. Ses influences américaines, Stévenin ne les singe jamais, elles coulent dans les veines de sa mise en scène : le goût du silence hérité de Monte Hellman, l’approche béhavioriste du jeu d’acteur, les gestes plutôt que les dialogues. « Comme acteur, je n’avais aucune expérience donc je me suis appuyé sur les gestes. Je me suis aussi aperçu que John Wayne n’était jamais debout comme un con, il fallait qu’il ait une Winchester à la main ou qu’il prépare un café avec la Winchester posée à côté de lui. Newman, Montgomery Clift, Marlon Brando, ils s’appuient tous sur des gestes. » Chez Stévenin, le spectateur n’engrange aucune information, il s’imprègne d’une atmosphère, se libère de la compréhension pour regarder des hommes et des femmes agir.
S’il joue toujours dans ses films, c’est à chaque fois accompagné d’acolytes lunaires et enfantins
Au générique d’ouverture, les cartes routières se mêlent aux photos d’enfance de ses acteurs, manière d’annoncer que ce qui suivra ne sera qu’un jeu d’enfant et que le cinéma a permis à Stévenin de réaliser à l’âge adulte ses rêves de gamin : « Passe-montagne, c’est toutes mes frustrations d’adolescent par rapport à mes copains un peu voyous qui faisaient ce qu’ils voulaient. J’avais une éducation rigoureuse, je ne pouvais pas me sauver la nuit et je me suis vengé en faisant ce film : le garage, le cambouis, une Porsche sous une bâche, la frontière suisse pas loin. »

S’il joue toujours dans ses films, c’est à chaque fois accompagné d’acolytes lunaires et enfantins : la bonhomie moelleuse d’un Jacques Villeret, la douce fantaisie d’Yves Afonso et de Jean-Paul Bonnaire dans Double messieurs. Avec eux, on embarque sur un coup de tête, pour un rien, on se roule dans la neige, on kidnappe une femme et les Courtepaille d’aires d’autoroutes font penser à des vaisseaux spatiaux – « on est à la fois inquiet et ravi d’être là, tout en se demandant ce qu’on fout là ».
« La vie, c’est gris et lumineux »
Rien ne se formule ni ne se déclare, on devient ami sans se le dire, on part en voyage sans s’en rendre compte. Un cinéma libéré des péripéties et du scénario (bien que les siens soient très écrits) et qu’il évoque en parlant de John Cassavetes : « Quand j’ai vu ses films, je me suis dit “J’ai un cousin”, ça me parlait à tous les plans. Les personnages, l’amour qui ruisselle, Love Streams… On aime absolument tous les personnages, même le pire salopard de la Mafia. La vie, c’est ni noir ni blanc, c’est gris, c’est lumineux. » Dans ses propos, la douceur prime sur les sentiments négatifs : il ne regrette pas de ne pas avoir réalisé plus de films, et lorsqu’on lui parle du goût tenace de ses personnages pour la fuite, Stévenin ne l’évoque jamais par opposition à une quotidienneté qu’il rejetterait : « On a tous une espèce de ronron qui n’est pas forcément mauvais et d’un seul coup la porte s’entrouvre et on peut aller vivre autre chose pendant trois, dix jours. Mes films sont des chemins de traverse. Et puis quand ça finit on reprend son ronron habituel s’il ne nous est rien arrivé de fâcheux. »



Même douceur lorsqu’il s’agit d’évoquer un tournage, très loin de l’image du réalisateur qui régnerait en maître et imposerait ses vues à son équipe. Plutôt un coup de foudre collectif : « On tombe amoureux des acteurs d’une façon ou d’une autre, mais on est aussi amoureux du chef électricien. C’est tellement dur et dérisoire de faire un film que j’ai envie de prendre tout le monde dans mes bras. » Et après le tournage ? « Le coup de foudre s’arrête et tout le monde tombe malade. »

   


Intégrale Jean-François Stévenin : Passe-montagne (1978, 1 h 53), Double messieurs (1986, 1 h 30), Mischka (2001, 1 h 56), Reflet Médicis, Paris 5e. www.acaciasfilms.com/film/integrale-jean-francois-stevenin



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ La Semaine de la critique, la Quinzaine et l’Acid parient sur l’émergence féminine, tout en conviant des têtes d’affiche.
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Cinéma : parallèles et audacieuses sections cannoises

La Semaine de la critique, la Quinzaine et l’Acid parient sur l’émergence féminine, tout en conviant des têtes d’affiche.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 09h16
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

On connaît tout désormais, ou presque, de la programmation cannoise 2018. Après le dévoilement de la Compétition officielle par Thierry Frémaux, délégué général du Festival, voici le temps des sections dites parallèles : la Semaine de la critique présente sept longs-métrages en compétition (premiers et seconds films), l’Acid (Association du cinéma indépendant pour sa distribution) en a sélectionné neuf, et la Quinzaine des réalisateurs, festival dans le Festival qui fête cette année sa 50e édition, en propose vingt (sur un total de 1 609 longs-métrages visionnés). Pour son délégué général, Edouard Waintrop, c’est la septième et dernière édition –, il sera remplacé par l’Italien Paolo Moretti en 2019.


Waintrop finit la Quinzaine comme il l’a commencée, en mettant l’accent sur les films latino-américains, a-t-il lui-même reconnu, le 17 avril, lors de sa conférence de presse au Forum des images, à Paris. Il y aura donc un film colombien en ouverture, Pajaros de verano/Les Oiseaux de passage, de Ciro Guerra et Cristina Gallego. Puis un film espagnol, Carmen y Lola, une histoire d’amour entre deux femmes en milieu gitan, de la réalisatrice basque Arantxa Echevarria – « un pari sur un nouveau talent », a résumé Waintrop. Mais aussi un film argentin, El Motoarrebatador, d’Augustin Toscano. Puis un autre mexicain, Comprame un revolver (Buy Me A Gun), de Julio Hernandez Cordon, dans un univers oscillant « entre Peter Pan et Mad Max ». Enfin un drame brésilien, Los Silencios, deuxième long-métrage de la réalisatrice Beatriz Seigner sur fond de conflits armés colombiens, à la frontière du Brésil. La Quinzaine a reçu beaucoup de films de candidats chinois, mais un seul a été élu, The Pluto Moment, de Ming Zhang. Le décor est celui d’une forêt, et le ton serait proche d’Hong Sang-soo… Un maître de l’animation japonaise, Mamoru Hosada, présentera...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Ce jury composé de cinq femmes et quatre hommes sera présidé par l’actrice australienne Cate Blanchett. Le réalisateur canadien Denis Villeneuve en sera également membre.
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Kristen Stewart, Léa Seydoux et Robert Guédiguian rejoignent le jury du Festival de Cannes

Ce jury composé de cinq femmes et quatre hommes sera présidé par l’actrice australienne Cate Blanchett. Le réalisateur canadien Denis Villeneuve en sera également membre.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h30
 • Mis à jour le
18.04.2018 à 08h57
   





                        


Les Français Léa Seydoux et Robert Guédiguian feront partie du jury du 71e Festival de Cannes, présidé par l’actrice Cate Blanchett, a annoncé, mercredi 18 avril, le festival de cinéma dans un communiqué.
Ce jury, composé de cinq femmes et quatre hommes, comprend également l’actrice américaine Kristen Stewart, le réalisateur canadien Denis Villeneuve, l’acteur chinois Chang Chen, la scénariste américaine Ava DuVernay, la chanteuse burundaise Khadja Nin et le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev.
Des vétérans comme le Franco-Suisse Jean-Luc Godard et l’Américain Spike Lee, mais aussi des cinéastes sous surveillance dans leur pays comme l’Iranien Jafar Panahi et le Russe Kirill Serebrennikov seront en compétition lors de ce 71e Festival, dont la sélection officielle a été dévoilée la semaine dernière et qui s’ouvrira le 8 mai. Le palmarès du jury sera dévoilé le 19 mai.

        Lire aussi :
         

                Festival de Cannes 2018 : Jean-Luc Godard, Spike Lee et Asghar Farhadi en compétition



Présidé l’année dernière par l’Espagnol Pedro Almodovar, Cannes avait attribué la Palme d’or au film The Square du Suédois Ruben Östlund.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Susanna Nicchiarelli retrace la dernière année de la vie de la chanteuse sans sacrifier à l’iconographie rock.
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« Nico, 1988 » : le crépuscule d’une légende underground

Susanna Nicchiarelli retrace la dernière année de la vie de la chanteuse sans sacrifier à l’iconographie rock.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h12
 • Mis à jour le
18.04.2018 à 11h31
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Christa Päfggen est née en 1938, deux semaines après les accords de Munich. Elle est morte d’une chute à vélo, un après-midi d’été à Ibiza, à peine un demi-siècle plus tard, en 1988, un an avant la chute du mur de Berlin. Entre les deux dates, la petite fille qui avait fui Cologne pour échapper aux bombardements s’était fait mannequin, à Berlin puis à Paris. Devenue Nico, elle passe dans La Dolce Vita et atterrit au milieu des années 1960 à New York, où elle est embauchée dans la Factory d’Andy Warhol, qui en fait, au grand dam de Lou Reed, la chanteuse du Velvet Underground. La gloire du groupe (dont Nico est éjectée après la sortie du premier album, en 1967) est si confidentielle qu’on peine à décerner le douteux titre de rock-star à la chanteuse.
Il faut convenir qu’elle est devenue une légende underground et elle consacrera les deux décennies suivantes à l’édification de ce mythe, marchande ambulante d’une musique funèbre et parfois sublime, muse de générations entières de rebelles (punk, new wave). Il lui fallait aussi survivre, échapper à la misère matérielle et à son addiction à l’héroïne.
Mieux vaut se familiariser avec cet itinéraire avant de rencontrer la Nico du film de Susanna Nicchiarelli, interprétée par Trine Dyrholm. C’est une femme prématurément vieillie, dont le discours mêle les traces d’une enfance en Allemagne nazie (poussées d’antisémitisme) et le souvenir d’une gloire passée. C’est la mère rongée par la culpabilité d’Ari Boulogne, un enfant qui a été élevé par les parents d’Alain Delon, qui ne l’a jamais reconnu, un garçon fragile. C’est aussi, et surtout, une artiste qui tente de préserver son art de ses propres faiblesses et de la brutalité du monde.
Instantané et masque mortuaire
Appliquant à la lettre le programme énoncé dans son titre, Nico, 1988 suit pas à pas les dernières tribulations de la musicienne pour en faire un portrait qui tient à la fois de l’instantané et du masque mortuaire. Embarquée par son manageur britannique, ici baptisé Richard (John Gordon Sinclair), dans une tournée sans fin, on la voit passer de soirées catastrophique, comme cette étape mélancolique et dérisoire dans une station balnéaire italienne, en moments fulgurants – un concert à Prague, sous le nez des bureaucrates d’un régime à l’agonie.
Le terme de composition conviendrait assez bien au travail de l’actrice danoise Trine Dyrholm, vue, entre autres, chez Thomas Vinterberg (elle a obtenu un prix d’interprétation à Berlin pour son travail dans La Communauté), s’il n’impliquait pas une part de calcul. Or l’interprète se jette dans le personnage avec une absence de retenue et une témérité admirables. Les ingrédients du personnage, l’enfant gâtée (dont on soupçonne qu’elle fait des caprices pour effacer les privations de ses premières années), la mère indigne mais aimante, la musicienne inconstante traversée de temps à autre par l’inspiration, l’idole adorée pour de mauvaises raisons font mieux que s’additionner : elles constituent un portrait dont on ne saura jamais – à moins d’avoir rencontré Nico – s’il est ressemblant, mais dont on est sûr qu’il constitue un formidable personnage de cinéma.
On sent la réalisatrice en terrain connu et pourtant, elle ne se départ jamais d’un étonnement bienveillant
Susanna Nicchiarelli filme les rituels du rock – les tournées, les interviews, la recherche de substances stupéfiantes en milieu hostile – en se plaçant à une distance inédite : on sent la réalisatrice en terrain connu et pourtant, elle ne se départ jamais d’un étonnement amusé et bienveillant. Les mystères de la gestion des droits d’auteur empêchent Trine Dyrholm de chanter autre choses que des classiques (Nature Boy) ou des pastiches du style de Nico (on n’entendra jamais les remarquables compositions de ses albums solos), ce qui n’empêche pas le film de toucher, presque incidemment, à la vérité de la vie en tournée. L’ennui généré par le perpétuel recommencement, les rivalités qui valent souvent celles de la plus mesquine des bureaucraties, tout est capturé par la réalisatrice pour mieux mettre en lumière la naissance, certains soirs, d’une musique unique, qui ne reviendra jamais.
Filmé presque brutalement par la chef opératrice Crystel Fournier (Bande de filles), Nico, 1988 ne sacrifie jamais à l’iconographie rock tout en approchant la réalité de cette musique comme rarement on l’a fait au cinéma.

Film italien de Susanna Nicchiarelli. Avec Trine Dyrholm, John Gordon Sinclair, Anamaria Marinca (1 h 33). Sur le Web : kinovista.com/film/nico-1988 et www.new-story.eu/films/nico-1988



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ La réalisatrice Eloïse Lang met en scène un trio d’actrices dans une comédie très bien interprétée.
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« Larguées » : le burlesque en rythme et au féminin

La réalisatrice Eloïse Lang met en scène un trio d’actrices dans une comédie très bien interprétée.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h10
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Rose et Alice (Camille ­Chamoux et Camille ­Cottin), deux sœurs que tout sépare, décident de s’occuper de leur mère Françoise (Miou-Miou), qui vient de se faire larguer par leur père, parti avec une femme beaucoup plus jeune. L’opération de sauvetage consiste à l’emmener dans un camp de ­vacances situé sur l’île de La Réunion pour qu’elle puisse se changer les idées. Si l’idée part d’une bonne intention, Françoise a du mal à s’extirper de sa ­dépression, et les trois ­femmes, de tempéraments très différents, vont devoir apprendre à ­cohabiter harmonieusement pendant ces ­quelques jours ponctués par de nombreuses rencontres.
Il faut patienter pour voir le film basculer dans une voie beaucoup plus personnelle et étonnante
Après le succès de la minisérie ­­Con­n­asse, et son adaptation cinématographique Connasse, princesse des cœurs, Eloïse Lang ­retrouve sa vedette Camille ­Cottin, rejointe par l’humoriste et ­actrice Camille Chamoux pour un ­remake d’une comédie ­suédoise. Si Larguées peut d’abord donner le sentiment de se tenir sagement dans les clous de la comédie formatée, il faut patienter pour voir le film basculer dans une voie beaucoup plus personnelle et étonnante.
Cette franche et modeste réussite tient à des ­qualités pourtant ­essentielles que l’on croise de moins en moins dans le genre pourtant très technique de la comédie burlesque : le sens du rythme, un véritable souci d’écriture qui ne se ­limite pas à enchaîner les gags, et une capacité à ­instiller ­continûment le chaos au sein de son dispositif. On doit cette ­électricité à son tandem d’actrices ­attachantes et enfantines qui, depuis ­quelques années, ont ­permis de renouveler l’image que l’on pouvait se faire du corps ­comique féminin.
Loin de la ringardise ambiante
Survoltées et pleines d’autodérision, Camille Chamoux et ­Camille Cottin réussissent un numéro d’équilibriste qui consiste à être à la fois archétypal (l’une est trop sage, l’autre excessivement ­délurée) et ­réaliste, et à porter à bout de bras un scénario chargé en catastrophes, gags et autres péripéties burlesques.
Autour d’elles et de Miou-Miou, incarnant une indécrottable dépressive, s’agglutine également toute une galerie d’acteurs savamment choisis et charismatiques (Johan Heldenbergh, Thomas Scimeca), à qui quelques scènes suffisent pour marquer le film de leur présence. Si Larguées ne restera pas forcément dans les mémoires pour son sens de la mise en scène – très limité –, on est néanmoins pris d’une franche sympathie ­devant cette comédie habitée par un véritable amour des acteurs et qui s’établit loin de la ­ringardise ambiante.

Film français d’Eloïse Lang. Avec Camille Chamoux, Camille Cottin, Miou-Miou, Johan Heldenberg, Thomas Scimeca, Olivia Côte (1 h 32). Sur le Web : www.pathefilms.com/film/larguees et fr-fr.facebook.com/LargueesLeFilm



                            


                        

                        


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« Mes provinciales » : un bel endormi happé par la ville

Le neuvième long-métrage de Jean-Paul Civeyrac est la version filmée d’un roman d’apprentissage.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h09
 • Mis à jour le
18.04.2018 à 08h38
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Le roman français par ­excellence n’est-il pas, en quelque sorte, celui de la « montée » à Paris, cette ville monstre que l’on dompte ou qui nous dévore ? C’est le chemin que prirent, en leur temps, le ­Lucien de Rubempré de Balzac ou le Frédéric Moreau de Flaubert, et la tradition littéraire dans ­laquelle s’inscrit, pour son nouveau film, le cinéaste Jean-Paul Civeyrac. Comme si, ­par-delà les époques, persistaient de grands invariants, de grandes structures d’expériences que nous sommes tous amenés à traverser. Mes provinciales, neuvième long-métrage d’une filmographie marquée au sceau du sensible, affiche tout du moins l’ambition romanesque de plonger ses personnages étudiants dans le temps long et exfoliant de la formation, et d’observer ce qui, peu à peu, en chacun d’eux, se transforme ou se maintient.
« Provinciales » donc, car c’est de sa province, plus précisément de Lyon, qu’Etienne (Andranic Manet) se lance pour entreprendre des études de cinéma à l’université Paris-VIII Saint-Denis, laissant derrière lui sur le quai de la gare ses parents et sa petite amie. Colocation, soirées, cours, nouvelles amours, nouveaux ­trajets, discussions à bâtons rompus, petits boulots… et le ­tégument adolescent d’Etienne se défait à mesure que la grande ville lui entre dans la peau.
L’amitié, surtout, avec Jean-Noël (Gonzague Van Bervesselès) et Mathias (Corentin Fila), deux camarades de classe, fait table rase dans sa vie : cinéphiles purs et durs, ils se flairent et se ­reconnaissent, forment une « bande à part », crâne et immodeste, imbibée de films, d’idées, de poésie et de musique. « Provinciales » enfin, parce que l‘ouvrage épistolaire de Pascal, déniché chez un bouquiniste, ­devient le nouveau viatique d’Etienne, prônant une intransigeance janséniste dans un monde où grouillent les « petits arrangements ». Jusqu’à sa rencontre avec Annabelle (Sophie Verbeeck), activiste humanitaire révoltée, qui lui en remontre en termes d’accord concret entre la parole et les principes.
Interférence des temps
A quel temps appartiennent ces jeunes gens romantiques et ces filles de feu, inconditionnels de Bach, de Novalis et de Gérard de Nerval ? A la jeunesse éternelle, au Paris des années 1970 et du Diable probablement (1977) de Robert Bresson, ou à l’époque contemporaine ? Ce qu’attestent la présence des smartphones ou certaines références à l’actualité (la campagne d’Emmanuel ­Macron) est sans cesse antidaté par l’usage d’un noir et blanc atemporel, qui semble ressusciter les figures d’un passé encore proche, spectres du bouillonnement culturel et politique de l’après-Mai 68. Mes provinciales tire toute son originalité, et peut-être aussi son caractère « hors-sol », de cette drôle d’interférence des temps, annonçant que les époques révolues se rejouent continûment dans l’apprentissage des jeunes générations.
Ainsi le film se montre à la fois étonnamment attentif à la ­spécificité d’une certaine jeunesse (les évocations des Femen ou des ZAD) et rêvant à travers elle à autre chose : une pérennité, un vœu de beauté reconduit de génération en génération. Sa grande question est celle, bien connue, vertigineuse, de la ­croisée des chemins : à aspirations égales, pourquoi finit-on par devenir ce que l’on ne se doutait pas être ? A ce titre, Civeyrac fait de son protagoniste, Etienne, un caractère certes sensible, mais peu brillant, un bel endormi, souvent saisi en posture allongée, gagné par la lassitude ou le sommeil.
Sa grande question : à aspirations égales, pourquoi finit-on par devenir ce que l’on ne se doutait pas être ?
C’est sans doute là la plus belle part du film : Etienne se révélant un jeune homme happé par les « soleils » dans les orbites desquels il gravite. Comme ­l’impétuosité et le charisme de Mathias, modèle d’exigence artistique, mais aussi mirage insaisissable, qui apparaît et disparaît de manière imprévisible, puis explose en plein vol. Ou la témérité sans partage d’Annabelle, qui trouve, elle, la force d’agir, face aux trois étudiants absolutistes qui s’abreuvent de paroles.
La parole, jusque dans son ­dogmatisme, est peut-être le véritable sujet du film : comment elle constitue un monde en soi, une alcôve protectrice, un refuge qui retarde l’inévitable (l’âge adulte, les compromissions). C’est par son exercice seul que l’on devient, selon le rêve des ­personnages – et d’après les Lettres luthériennes, de Pasolini – « continuellement irreconnaissable, éternellement contraire ».

Film français de Jean-Paul Civeyrac. Avec Andranic Manet, Gonzague Van Bervesselès, Corentin Fila, Diane Rouxel, Jenna Thiam, Sophie Verbeeck (2 h 17). Sur le Web : www.arpselection.com/category/tous-nos-films/drame/mes-provinciales-428.html et www.filmsdulosange.fr/fr/film/244/mes-provinciales



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Angela Robinson filme la genèse de l’héroïne de comics, entre comédie de spéculation et désir de transgression.
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« My Wonder Women » : Wonder Woman a deux mamans et un papa

Angela Robinson filme la genèse de l’héroïne de comics, entre comédie de spéculation et désir de transgression.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h08
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Quels que soient les défauts de My Wonder Women, le film d’Angela Robinson a le mérite d’offrir une conversation inédite, qui rassemblerait les féministes et les geeks, deux communautés qui ne s’adressent pas souvent la parole. En exhumant, sur les traces de la journaliste Jill Lepore qui y a consacré un ouvrage, la genèse de Wonder Woman, l’héroïne de bande dessinée qui vient de connaître un succès planétaire grâce à Patty Jenkins, Gal Gadot et la maison Warner, Angela Robinson, qui est également l’auteure du scénario, explique aux premières que les comics furent le vecteur d’une propagande clandestine en faveur de l’égalité des genres, et aux seconds que leur art favori n’est pas forcément destiné à la célébration de la virilité triomphante.
Dans cette version de l’histoire de Wonder Woman, la superhéroïne naît non pas d’un père et d’une mère, mais des tribulations d’un trio amoureux, qui s’est formé sur un campus du nord-est des Etats-Unis, au temps du New Deal. Là, le professeur William Marston (Luke Evans) et son épouse et collaboratrice Elizabeth Holloway (Rebecca Hall) embauchent une étudiante, Olive Byrne (Bella Heathcote) pour les aider dans leurs recherches, consacrées, pour l’essentiel à l’élaboration d’un détecteur de mensonge.
Les premières séquences de My Wonder Women atteignent un équilibre exquis, entre la comédie et la spéculation historique et philosophique. Le professeur Marston est un homme qui exerce son charme à bon escient sur ses ouailles (l’action est située à Radcliffe, établissement pour jeunes filles, jumelé avec Harvard, c’est l’une des nombreuses libertés que le scénario prend avec les faits, Marston enseignait dans un établissement bien moins prestigieux).
Scènes gentiment érotiques
Olive Byrne est d’abord séduite par l’universitaire, puis mortifiée lorsque l’épouse de ce dernier lui demande de promettre qu’elle ne « baisera pas son mari ». Dans le rôle d’Elizabeth Marston Holloway, Rebecca Hall fait un dragon très attrayant, dont on sent bien que l’agressivité n’est pas mue par la jalousie, mais par des pulsions plus positives. Elizabeth est tombée amoureuse d’Olive, et réciproquement. Quant à William, il ne demande qu’à répartir équitablement ses inépuisables provisions de désir et d’affection. Olive, dont la blondeur pourrait faire croire à l’innocence, révèle à ses amants qu’elle est la nièce de Margaret Sanger, mère fondatrice du féminisme moderne aux Etats-Unis (ce fait-là est exact).
Les efforts du trio pour parvenir à un modus vivendi donnent lieu à une succession de scènes gentiment érotiques, à des heurts avec les autorités, progrès et revers qui sont généralement traités sur un ton presque badin, auquel contribuent les acteurs, qui semblent s’amuser comme rarement. Mais on est à la fin des années 1930 et le manque de discrétion du trio lui vaut d’être expulsé de l’éden universitaire. Etablis dans une banlieue new-yorkaise, l’étudiante, la chercheuse et le professeur y fondent une famille (chacune des femmes donne naissance à deux enfants) dont la structure est dissimulée au voisinage par un voile de pieux mensonges. Dans le même temps, le trio découvre les joies du bondage et du sadomasochisme (et c’est en mettant en scène cette initiation que la douceur extrême qui règne sur My Wonder Women atteint ses limites) Pour arrondir des fins de mois bien difficiles, William Marston propose ses services à un éditeur de comics, qui accepte d’éditer les aventures de Wonder Woman.
Les yeux des spectateurs de 2018 se dessillent alors, aidés par un montage très pédagogique
Les yeux des spectateurs de 2018 se dessillent alors, aidés par un montage très pédagogique : tout ce qui fait la singularité de l’héroïne – le mystère de son identité, sa propension à se faire ligoter, les propriétés divinatoires de son lasso – trouve son explication dans l’épopée amoureuse à laquelle son créateur a pris part. Le film prend alors un tournant plus sombre : on est arrivé à l’immédiat après-guerre et les comics qui ont diverti les GI et les femmes américaines qui ont pris leur place dans les usines ont mauvaise presse. Anticipant un peu la vraie répression qui s’est abattue sur la bande dessinée (elle a pris toute son ampleur en 1954), le scénario montre William Marston comme une victime par anticipation (il est mort en 1947) de la réaction des années Eisenhower.
Ce ne sont pas tant les libertés que prend My Wonder Women avec la chronologie, ou le rapport des forces en présence qui entravent les efforts d’Angela Robinson pour approcher la vérité de ces trois êtres hors du commun. C’est plutôt son parti pris de réaliser un film normal sur la transgression. On devine bien l’envie d’attirer un public non averti vers les sexualités alternatives, à la manière de Marston glissant son discours féministe et érotique dans les cases de Wonder Woman. Mais on ne peut s’empêcher de penser que cette anomalie séduisante appelait un film hors normes.

Film américain d’Angela Robinson. Avec Luke Evans, Rebecca Hall, Bella Heathcote (1 h 48). Sur le Web : www.facebook.com/marstonmovie et professorm.movie



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Le réalisateur Johannes Roberts met à nu la rhétorique d’un sous-genre du film d’horreur, à la fois épuisé et increvable.
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« The Strangers : Prey at Night » : la nuit du slasher

Le réalisateur Johannes Roberts met à nu la rhétorique d’un sous-genre du film d’horreur, à la fois épuisé et increvable.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h07
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
S’il fallait trouver une caractéristique résumant les qualités de The Strangers : Prey at Night, ce serait de manière paradoxale le dépouillement. C’est en effet dans la mise à nu, jusqu’au vertige, d’un genre tout à la fois épuisé et increvable, que le film de Johannes Roberts se présente comme une bonne surprise. Le slasher (sous-genre du film d’horreur où un tueur élimine méthodiquement un groupe d’individus généralement avec une arme blanche) du samedi soir s’en trouve ici réduit à une mécanique célibataire et abstraite. Or, ce qui pourrait passer pour un appauvrissement devient une façon de réfléchir à la nature même de la peur à l’origine de conventions cinématographiques qui ont la peau dure. Sans doute parce qu’elles renvoient à une sensibilité immuable et quasiment reptilienne.
Un couple et ses deux enfants prennent la route. Il est question d’emmener un des deux rejetons, la fille, adolescente difficile, en conflit avec le reste de la famille, dans un internat. Le groupe s’installe pour une nuit dans un mobile home, au cœur d’un parc isolé. Après avoir découvert que l’endroit est absolument désert, puis que leurs voisins ont été assassinés, parents et enfants sont traqués par de mystérieux assaillants masqués. Commence alors une nuit de cauchemar au cours de laquelle ils tenteront d’échapper à des tueurs dont les motivations sont absolument introuvables. C’est l’adolescente perturbée et survivante qui affrontera, dans la dernière partie du récit, des monstres à qui elle aura elle-même dérobé leur cruelle inhumanité. Processus d’une rédemption expresse qui ne débouchera que sur le vide.
Cache-cache mortel
Le film se distingue donc par le respect d’une stricte unité de temps et d’action. Quelques heures au cœur de la nuit durant lesquelles les protagonistes tentent d’échapper au sort funeste qui les attend avant, pour la plupart d’entre eux, d’être sauvagement et cruellement mis à mort. Et sans doute pourrait-on reprocher au scénario, réduit à un jeu de cache-cache mortel et à une suite d’affrontements physiques et de meurtres sauvages à l’arme blanche, de pouvoir tenir sur un confetti.
Mais c’est dans cette épure que le film contient sa vérité. The Strangers : Prey at Night est une œuvre sans secret ni psychologie. Elle ne dévoile que l’horreur de l’insignifiance et la terreur de l’identité. Et c’est sans doute cette épure même qui en accentue la dimension anxiogène et terrifiante.
Les causalités, qui sont souvent dérisoires dans ce genre de films, sont ici spectaculairement absentes
Les causalités, qui sont souvent d’ailleurs dérisoires dans ce genre de films, sont ici spectaculairement absentes. Les masques grotesques et effrayants qui couvrent le visage des assassins ne cachent rien, sinon la stricte banalité de faces juvéniles et anonymes. En arrachant son masque de poupée à l’une des assaillantes, l’héroïne du film a la surprise de sa vie : celle de justement ne ressentir aucune surprise mais de se trouver face à une adolescente qui pourrait être elle et dont on ne saura rien.
A la suppliante question « Pourquoi faites-vous cela ? » que les victimes adressent à leur bourreau, n’est répondu qu’un obtus et atroce « Pourquoi pas ? ». Tout se passe ainsi comme si le film lui-même avait l’intuition de l’inanité des causalités que pourrait rechercher un spectateur pris au piège de stimulations à la fois abjectes et jouissives, stimulations que ce type de films entend provoquer.
Bandes de terreur
En faisant quelques recherches, on apprend que The Strangers : Prey at Night serait le remake de The Strangers, réalisé par Bryan Bertino en 2008. On pourrait s’étonner de cette volonté de vouloir refaire, à seulement quelques années d’intervalle, le même film. Mais ce serait sans doute se faire des illusions sur une manière de fabriquer des films d’horreur qui ne reposent justement que sur la duplication et la programmation pure.
The Strangers : Prey at Night n’est le remake d’aucun film ou alors de toutes ces bandes de terreur produites industriellement à Hollywood depuis des décennies. Et il est bien possible que la conscience même d’être un objet reproductible à merci soit perceptible dans la volonté exprimée par le scénariste et le metteur en scène de concevoir, en toute conscience, leur projet comme le simple déploiement d’une rhétorique pure. Ce qui, paradoxalement peut-être, en augmente la capacité de frayeur.

Film américain de Johannes Roberts. Avec Bailee Madison, Christina Hendricks, Martin Henderson, Emma Bellomy, Lewis Pullman (1 h 25). Sur le Web : www.paramountpictures.fr/film/strangers-prey-at-night et thestrangers2018.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Situé sur l’île anglo-normande, le thriller de Michael Pearce joue sur l’attraction qu’exerce un garçon inquiétant sur une jeune femme rejetée par sa famille.
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« Jersey Affair » : une liaison au paradis (fiscal)

Situé sur l’île anglo-normande, le thriller de Michael Pearce joue sur l’attraction qu’exerce un garçon inquiétant sur une jeune femme rejetée par sa famille.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h06
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Ce n’est pas parce qu’on vit dans un paradis fiscal qu’on est immortel. Jersey Affair (titre français d’un film britannique qui s’appelait Beast) montre l’île anglo-normande terrorisée par un tueur en série qui s’attaque à de très jeunes filles. S’inspirant – de très loin – d’un fait divers des années 1960, le premier long-métrage de Michael Pearce, lui-même natif de Jersey, est avant tout une histoire d’amour toute tordue.
Elle fait s’entrechoquer Moll (Jessie Buckley), une jeune femme que l’on découvre sous la coupe d’une mère terrifiante de froide bienveillance (Geraldine James). Moll est bien trop âgée pour être soumise à un régime d’ordinaire destiné aux adolescents, mais son passé cache un secret, violent, sanglant. Au hasard d’une fugue (si l’on peut appeler ainsi la décision d’une femme adulte de passer la soirée et la nuit en boîte de nuit), elle fait la connaissance d’une espèce d’homme des bois. Pascal Renouf (Johnny Flynn), qui n’a pas à déployer beaucoup d’efforts pour la séduire. Il se dit descendant de seigneurs normands, vit de petits boulots et de braconnage, roule dans une Land Rover qui a dû faire la campagne de Suez. Lui aussi a été mal aimé par ses parents, lui aussi cache quelque chose.
Fatras d’effets importés d’Hollywood
Plus que le suspense quant à l’identité du tueur en série, c’est la nature de l’attraction qu’exerce le marginal sur la fille dévoyée d’une famille bourgeoise qui génère la tension qui parcourt Jersey Affair. Malgré l’engagement et l’énergie de ses deux interprètes et un style de prise de vues à la fois sophistiqué et efficace, Michael Pearce semble ne pas faire confiance aux moyens dont il a disposé pendant le tournage. Le montage s’affaire à aller et venir dans le temps, multipliant les présages dont le caractère funeste est souligné par une bande-son envahissante. Le rythme de Jersey Affair s’en trouve alourdi, le récit se fait prévisible et les personnages perdent de leur intérêt, prisonniers de ce fatras d’effets importés d’Hollywood.

Film britannique de Michael Pearce. Avec Jessie Buckley, Johnny Flynn, Geraldine James (1 h 47). Sur le Web : www.bacfilms.com/distribution/prochainement/film/JERSEY-AFFAIR



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Le cinéaste argentin Diego Lerman ne parvient pas à nous faire aimer ses personnages, embarqués dans une sordide histoire de bébé acheté.
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« Notre enfant » : chronique sociale d’un système d’adoption défaillant

Le cinéaste argentin Diego Lerman ne parvient pas à nous faire aimer ses personnages, embarqués dans une sordide histoire de bébé acheté.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h05
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Malena est une jeune médecin de Buenos Aires qui entreprend un processus d’adoption illégale d’un enfant, conçue par une paysanne issue d’une famille pauvre de la province. Une complication inattendue attend la jeune femme à son arrivée, la famille de la mère réclamant en dernier ressort davantage d’argent suite à l’emprisonnement présumé du mari de Marcela, la mère biologique. D’âpres négociations s’ensuivent, tandis que la femme arrive au terme de sa grossesse et que le bébé naît sur ces entrefaites.
Sans condamner aucun de ses personnages, le réalisateur Diego Lerman s’applique à ménager les zones d’ombre qui, montrant les raisons de chacun à bien ou mal agir, suspendent notre volonté de juger. Il se livre ainsi à la chronique sociale d’un système d’adoption gravement défaillant dans les interstices duquel s’engouffrent les désirs et les nécessités des principaux protagonistes de l’histoire, au bénéfice d’un réseau d’intermédiaires (médecins, infirmières, avocats) dont on ne sait trop s’ils sont mus par l’appât du gain ou la volonté de suppléer aux tares administratives.
Une grisaille poisseuse
Tourné en caméra portée, au plus près de la protagoniste principale et de l’étrange odyssée que son désir forcené va faire naître, Notre enfant est un film très honnête, réalisé avec ce souci de la réalité sociale propre au cinéma sud-américain, mais qui ne suscite aucun engouement, sans doute à cause de la grisaille poisseuse qui caractérise ses personnages. Car si Diego Lerman parvient à éviter que nous les condamnions, il ne nous les fait pas aimer pour autant. On est ainsi très loin de l’enthousiasme qui se dégageait de son premier long-métrage, Tan de Repente (2002), titre phare du nouveau cinéma latino-américain, hélas resté sans équivalent dans la filmographie de son auteur.



Film argentin de Diego Lerman. Avec Barbara Lennie, Daniel Araoz, Claudio Tolcachir (1 h 35). Sur le Web : www.potemkine.fr/Potemkine-film/Notre-enfant-una-especie-de-familia/pa61m4f320.html



                            


                        

                        


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« Sonate pour Roos » : une famille norvégienne plombée par le non-dit

Le Néerlandais Boudewijn Koole livre un drame psychologique à l’emballage soigné mais aux métaphores éculées.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h03
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                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Roos (Rifka Lodeizen), jeune artiste photographe, revient en Norvège après une longue absence, auprès de sa mère Louise (Elsie de Brauw), grande pianiste à la retraite, et de son petit frère Bengt (Marcus Hanssen), passionné de prise de son, et passe quelque temps dans leur grande maison aux abords de la toundra. Mais entre la mère au cœur sec, qui fut dans sa jeunesse une véritable bête de concours, et la fille, porteuse d’un lourd secret, quelque chose d’important ne parvient pas à se dire, qui crispe rapidement leur relation. Ressentiment, manque affectif, quête de reconnaissance, rivalité sourde, tout affleure dans ces quelques jours où Roos redécouvre un monde, celui de l’enfance, qu’elle avait sciemment laissé derrière elle.
Sonate pour Roos, troisième long-métrage du Néerlandais Boudewijn Koole, fait partie de ces drames psychologiques dont l’emballage très soigné, mais peu inventif, ne rend pas toujours justice aux méandres tortueux des rapports humains – on est loin de Sonate d’automne (1978), d’Ingmar Bergman, dont le film offre comme une version allégée. A commencer par son décor de grandes étendues neigeuses, dont le caractère figé renvoie à la retenue « gelée » et toute luthérienne des affects filiaux. De même, les différentes pratiques artistiques, qui relient (ou parfois opposent) les trois membres de cette famille surdouée, interviennent comme des métaphores éculées du « cinéma révélateur des âmes ».
Accoucher une seconde fois
Plus largement, cette fiction du non-dit et de l’aveu, qui accumule les signes d’introspection (flocons qui tombent au ralenti, décadrages savants, gros plans blêmes), peut se voir comme la seconde chance offerte à une maternité défaillante de « délivrer » pour de bon sa progéniture (à l’image d’un élan renversé par Roos en voiture et dont on découvre que le cadavre portait deux petits). En d’autres termes d’accoucher une seconde fois – mais pas forcément comme on l’attend.
Trop balisé dans son cheminement psychologique rédimant, le film n’en affiche pas moins une certaine tenue. Ses scènes les plus réussies sont sans doute celles des retrouvailles de Roos avec une petite sphère villageoise figée dans son engourdissement – dont un ancien amant qui, depuis, a refait sa vie. Alors, ses personnages se mettent vraiment à exister « dans le temps », ce qui n’est déjà pas rien.

Film néerlandais et norvégien de Boudewijn Koole. Avec Rifka Lodeizen, Elsie de Brauw, Marcus Hanssen, Jakob Oftebro (1 h 32). Sur le Web : www.arizonafilms.fr/spr_entretien.html



                            


                        

                        

