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Chronique

Bande dessinée : cahier d’un départ du pays natal

La chronique BD de Kidi Bebey. Dans « Un voyage sans retour », l’auteur camerounais Gaspard Njock raconte les désillusions d’un migrant en Italie.

Par                Kidi Bebey



LE MONDE
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        Le 20.04.2018 à 12h27

     •
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        Mis à jour le 20.04.2018 à 15h00






    
Extrait d’« Un voyage sans retour », de Gaspard Njock.
Crédits : NOUVEAU MONDE EDITIONS


Chronique. Après une traversée de tous les dangers, des migrants font naufrage au large de l’Italie. Quand leur embarcation chavire, c’est la panique. Nombreux sont ceux qui disparaissent, happés par le gouffre aquatique. Quelques-uns sont repêchés in extremis par un bateau de garde-côtes qui les emmène sur l’île de Lampedusa.
Parmi les rescapés se trouve Malik, un jeune homme frêle, trop légèrement vêtu d’un short, d’une chemisette et de simples sandales. Les yeux encore emplis d’épouvante, il avance, mâchoire serrée, vers son destin. Pour lui, dès ses premiers pas sur la terre ferme, le futur s’annonce amer. Car le jeune garçon se confronte à la raideur des hommes en uniforme et à la dureté d’une administration qui place les arrivants en zones de rétention.

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Lorsque Malik parvient à échapper à ce cantonnement, c’est par une solitude sans nom qu’il doit payer la rançon de sa liberté. En passionné de cinéma, il rêvait d’un avenir en technicolor, mais il découvre que certains rêves s’avèrent de mauvais films teintés de sépia. Comment ne pas penser alors avec nostalgie aux couleurs du pays laissé derrière soi ? Vu de loin, il n’est plus que fantasias chatoyantes, marchés traditionnels et dolce vita. Mais le voyage a fermé des portes derrière Malik. D’autres s’ouvriront-elles devant lui ?
« Fantasme absolu »
« L’Europe est devenue le fantasme absolu de trop nombreux jeunes qui n’arrivent plus à se projeter chez eux. C’est ainsi que je m’explique qu’on puisse être capable à 16 ans de tout quitter en laissant derrière soi une famille, des amis, un toit et en prenant des risques extrêmes, tout ça pour essayer de connaître autre chose que l’on croit mieux… », explique l’auteur et illustrateur Gaspard Njock. Il lui aura fallu dix ans pour mettre la bulle finale à ce Voyage sans retour.
Gaspard Njock n’a pas vécu le destin de Malik, même si au Cameroun, lorsqu’il était adolescent, le désir d’un ailleurs le tenaillait parfois comme un fantasme. « Entre potes, au quartier, on parlait de partir. Autour de nous, ça pullulait d’exemples de ce qu’il fallait faire pour rater sa vie… » New Bell, son quartier natal à Douala, mélange trépidant de bars mal famés et d’espaces interlopes, regorge sans aucun doute de « débrouillards » de toutes sortes. « Moi, j’ai grandi au sein d’une famille modeste, raconte Gaspard Njock. Ma mère était ménagère et mon père simple tailleur. J’adorais sa façon de faire naître des vêtements entre ses mains. Il rêvait les yeux ouverts et c’est ce qu’il m’a appris. Il me disait toujours : “Tout ce que tu veux vraiment, tu peux faire que ça arrive”. »

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Pendant que papa coud, Gaspard dessine, lit, étudie et se repaît des bandes dessinées qui lui passent entre les mains. Après son bac, il s’inscrit à la fac de médecine mais assiste également, en curieux, aux réunions de Traits noirs, une association d’illustrateurs camerounais. Un jour, il participe à un concours de dessin. Bingo ! On lui propose une bourse d’étude à la Scuola Romana dei Fumetti, la prestigieuse école italienne de bande dessinée. Après trois ans d’hésitation familiale, en 2008, Gaspard Njock prend finalement l’avion pour Rome. Il a 21 ans.
« Faire l’aventure »
Après un premier album signé d’un scénariste italien paraît enfin, début 2018, Un voyage sans retour, qu’il a entièrement écrit et dessiné. Entre-temps, il a eu la tristesse de voir un très proche ami partir « faire l’aventure » ainsi qu’une cousine enceinte, qui y a, elle, perdu la vie.

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« Je portais cette histoire, mais j’ai mis du temps à savoir ce que je voulais dire. Je n’avais pas envie de raconter encore une fois une traversée tragique. D’ailleurs, elle tient en très peu de pages dans la BD. Avant tout, je voulais poser des questions. Est-ce que risquer la mort est vraiment choisir sa vie ? Comment donner de la valeur à ce qu’on a autour de soi pour qu’on ne s’en aperçoive pas seulement une fois qu’on est au loin ? Je me demande aussi si on est vraiment maître de ses choix ou si le hasard et la chance ne font pas tout, car le départ ferme des portes derrière soi, mais devant il n’en ouvre pas toujours… Au fond, je n’ai pas vraiment de réponses… »
Et c’est tout le charme de cette BD dont le héros ouvre sur le monde de grands yeux étonnés, curieux et naïfs. De son trait vigoureux, adouci par l’aquarelle, Gaspard Njock nous rappelle que la vie n’est pas toujours un songe et que la réalité peut dépasser, souvent, la fiction.
Un voyage sans retour, de Gaspard Njock, éditions Nouveau Monde, 104 pages.

    

Crédits : NOUVEAU MONDE EDITIONS




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Un meurtrier virus décime les populations de villages reculés. Seul survivant de ces épidémies, un mystérieux archéologue doté de pouvoirs hors du commun tente de combattre le fléau.
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Archéologie, vampirisme... : « King of Eden », un thriller religieux en manga

Un meurtrier virus décime les populations de villages reculés. Seul survivant de ces épidémies, un mystérieux archéologue doté de pouvoirs hors du commun tente de combattre le fléau.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 09h59
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 11h25
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


Nouveauté des éditions Ki-oon, King of Eden nous fait voyager sur tous les continents, avec un scénario impliquant plusieurs groupuscules terroristes internationaux dans une chasse mortelle dont ils sont à la fois les acteurs et les proies. L’histoire commence en Espagne, où un village entier est rasé par les flammes et où s’empile un monceau de cadavres calcinés et défigurés par une mystérieuses affection. La même scène se répète dans des villages thaïlandais, chinois, écossais… et les gouvernements s’émeuvent de ces massacres aveugles. Un témoin semble être toujours présent, apparemment immunisé, mais fuyant comme une anguille.

   


King of Eden développe un récit original dans une veine assez classique de thriller à suspense. Son auteur, Takashi Nagasaki, sexagénaire japonais multicarte, a un CV bien fourni dans l’écriture de scénarios de manga. On a pu le voir récemment dans la série Inspecteur Kurokôchi, mais il est surtout célèbre pour sa collaboration avec Naoki Urasawa, de manière répétée, sur ses œuvres les plus connues. C’est de son esprit assez compliqué qu’est sorti 20th Boys, le cultissime Monster, ou encore plus récemment Billy Bat et Pluto. On reconnaît d’ailleurs assez vite son style narratif tortueux et complexe dans cette histoire qui ratisse large dans la géographie et l’histoire mondiale.
Cela pourrait être une simple histoire de zombies, ou de virus meurtrier, ouvrant la voie à un classique survival (High School of the dead, I’m a Hero, Parasyte...), mais Takashi Nagasaki a eu la bonne idée d’ancrer son récit dans une trame historique et religieuse ambitieuse, faisant référence à l’Ancien Testament, l’animisme néolithique, les proto-religions de la Perse des rois achéménides et le vampirisme. Vaste programme qui intrigue, et donne une profondeur inédite à ce type de manga. Le succès de récits à suspense inspirés des religions n’est plus à démontrer, depuis Indiana Jones et le Da Vinci Code qui ont marqué les esprits.

   


Pour cette nouvelle collaboration, c’est avec Lee Sang-cheol, un jeune dessinateur sud-coréen, que Takashi Nagasaki s’est associé. C’est la première série éditée en volumes de ce jeune mangaka dont le trait réaliste et la vivacité ne sont pas sans rappeler celle de Naoki Urasawa. La série est en cours de parution en Corée du Sud, avec cinq volumes disponibles à ce jour. Deux volumes sont en librairie en France, le troisième est prévu pour le 3 mai.

   


King of Eden, de Takashi Nagasaki et Lee Sang-cheol, aux éditions Ki-oon. Série en cours (cinq tomes au Japon), deux tomes disponibles en France. Tome 3 disponible le 3 mai, 7,90 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Entre sources lacunaires et enjeux modernes, l’historien et archéologue Laurent Olivier réussit à cerner ces anciens peuples.
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Qui sont ces Celtes insaisissables ?

Entre sources lacunaires et enjeux modernes, l’historien et archéologue Laurent Olivier réussit à cerner ces anciens peuples.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h11
    |

                            Vincent Azoulay (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Pays des Celtes. Mémoires de la Gaule, de Laurent Olivier, Seuil, « L’Univers historique », 336 p., 23 €.

Voici un livre étrange. Au sens littéral tout d’abord : ce voyage en terres celtes fait le pari du dépaysement, plutôt que de ressusciter une familiarité factice avec « nos ancêtres les Gaulois ». Au sens littéraire ensuite : il est rare qu’un livre d’archéologue commence par un voyage dans le temps sous les auspices de H. G. Wells ! Conservateur en chef au Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), Laurent Olivier a un véritable talent pour instiller un climat d’étrangeté.
Dans un premier chapitre saisissant, il s’efforce de redonner voix aux Celtes, par-delà le filtre imposé par les auteurs anciens, grecs et latins. S’y fait notamment entendre l’effroi causé par l’arrivée des légions romaines en Gaule, passant prisonniers, femmes et enfants au fil de l’épée. Ces massacres, mis en série, produisent un effet vertigineux : en moins de dix ans, César aurait fait tuer un million de Gaulois et en aurait déporté un autre million, anéantissant plus de 20 % de la population locale ! C’est donc ce pays des Celtes, écrasé par Rome et enfoui sous les ruines de la civilisation gallo-romaine, que l’archéologue entend exhumer.
Pour y parvenir, il doit cependant faire avec une documentation lacunaire et discontinue. Aucun témoignage historique direct n’évoque en effet le monde celte entre la période d’expansion commerciale grecque qui suit la fondation de Marseille au VIe siècle av. J.-C. et la conquête romaine de la Narbonnaise, à la fin du IIe siècle av. J.-C. Et quand les auteurs anciens parlent des Celtes – pour reprendre le nom que leur donnent les Grecs – ou des Gaulois – selon le terme employé par les Romains –, c’est en général pour dépeindre des peuplades féroces, dont le degré de sauvagerie serait proportionnel à l’éloignement géographique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Démon de saint Jérôme », de Lucrèce Luciani.
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Figures libres. La folie des livres traverse le temps

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Démon de saint Jérôme », de Lucrèce Luciani.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 15h03
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Le Démon de saint Jérôme. L’ardeur des livres, de Lucrèce Luciani, La Bibliothèque, « Les billets », 140 p., 14 €.

Ce petit-là, pour tout dire, n’a pas été repéré tout de suite. Il a dû attendre, quelque temps, dans un casier, puis dans les piles. Il faut dire qu’il cache bien son jeu. Planqué chez un petit éditeur, masqué sous un titre discret – Le Démon de saint Jérôme, qui fait croire à une étude un peu triste de littérature ancienne ou de patristique –, on dirait qu’il s’ingénie à la discrétion. Attention ! Si on l’ouvre, on ne le lâche plus avant d’avoir achevé ses 140 pages – dans leur genre une vraie fête, savoureuse, savante, insolite, baroque, historique et philosophique.
Jérôme, né vers 347 à Stridon, dans l’actuelle Croatie, est un célèbre docteur de l’Eglise. Bien qu’il ait été surnommé « Doctor Maximus », presque plus personne ne le lit. Dommage, car cet auteur est véhément, virulent, prolixe. Traducteur de la Bible, grand pourfendeur d’hérétiques, il a passé sa vie au cœur des textes, entre rouleaux, parchemins et tablettes, ne cessant pas une seconde de lire, d’écrire, de dicter, de copier – et de tempêter. Ce lecteur fou de Cicéron et de ­Platon, ermite lettré qui ne lâche pas son Virgile même dans le désert, peste souvent contre le style rude et grossier des Ecritures… et s’en repent !
Si peu de lecteurs le fréquentent encore, beaucoup, en revanche, connaissent bien son image. D’innombrables tableaux de la Renaissance et de l’Age classique le représentent – au désert, ou dans son cabinet de lecture, toujours travaillant, entouré d’ouvrages – avec à ses pieds un lion pensif. Le fauve lui était reconnaissant, dit-on, de s’être fait enlever de la patte une malencontreuse épine. Comme quoi, on peut être Père de l’Eglise, ermite, bibliomane et vétérinaire.
Rouleaux épars
La psychanalyste Lucrèce Luciani – à qui l’on doit notamment L’Acédie. Le vice de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ En 2007, Josué Ouvrard commet un meurtre sauvage. David Puaud, qui le connaissait, retrace sa descente aux enfers dans une enquête exemplaire.
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Anthropologie d’un criminel inéluctable

En 2007, Josué Ouvrard commet un meurtre sauvage. David Puaud, qui le connaissait, retrace sa descente aux enfers dans une enquête exemplaire.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h30
    |

                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Un monstre humain ? Un anthropologue face à un crime « sans mobile », de David Puaud, préface de Michel Agier, La Découverte, « Cahiers libres », 250 p., 19 €.
Quand la calamité dépasse la fiction, il faut essayer de la comprendre à défaut de pouvoir l’expliquer. Telle est l’implacable discipline à laquelle s’est astreint sans vaciller l’anthropologue ­David Puaud tout au long de son enquête. Et pour cause…
Un lundi d’août 2007, le futur auteur d’Un monstre humain ? découvre, en feuilletant le quotidien local, qu’un des protagonistes du meurtre sauvage, avec mutilation, d’un homme pris en stop, n’est autre que Josué Ouvrard, un garçon de 19 ans qu’il suit depuis deux ans en tant qu’éducateur. Le dénommé Josué et son acolyte, qui n’ont jamais nié les faits ni avancé un quelconque mobile, comparaîtront trois ans plus tard pour « homicide volontaire avec préméditation, actes de torture ou de barbarie, enlèvement et séquestration suivie de mort, vol avec violences ayant entraîné la mort, tentative d’escroquerie ». L’exposé des conclusions médico-légales sera si insoutenable qu’un des cinq co-accusés (pour non-dénonciation de crime) s’évanouira pendant le procès.
Description clinique
Des expertises psychiatriques, il ressort que Josué Ouvrard, bien qu’immature psychologiquement, intellectuellement et affectivement, est « un sujet normal qui a commis un acte anormal ». Passé l’effroi et la stupéfaction, David Puaud ne cessera plus de tenter de répondre à une question : « Comment Josué Ouvrard, jeune homme certes en situation de marginalité avancée, a-t-il pu en arriver à commettre un tel crime ? » L’enquête commence, qui prend la forme d’une longue immersion dans les dossiers de sa petite enfance et dans le passé ouvrier de sa ville, Châtellerault (Vienne).
La biographie du jeune homme est désolante, pour ne pas dire désespérante. Aucun scénariste soucieux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Le maître à penser de la droite antidreyfusarde, champion du « nationalisme intégral » avant-guerre et maréchaliste pendant, revient. Une anthologie complaisante – ici lue de près par Antoine Compagnon – le montre.
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Un Maurras de parti pris

Le maître à penser de la droite antidreyfusarde, champion du « nationalisme intégral » avant-guerre et maréchaliste pendant, revient. Une anthologie complaisante – ici lue de près par Antoine Compagnon – le montre.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 16h17
    |

                            Antoine Compagnon








                        



                                


                            
L’Avenir de l’intelligence et autres textes, de Charles Maurras, édité par Martin Motte, préface de Jean-Christophe Buisson, Robert Laffont, « Bouquins », 1226 p., 32 €.

Le temps est loin où le jeune Malraux pouvait préfacer ingénument quelques belles pages de Maurras dans une collection populaire. C’était en 1923, et le souvenir de la Grande Guerre durait. Charles Maurras (1868-1952), maître à penser de la droite antidreyfusarde et antirépublicaine, théoricien du « nationalisme intégral » et directeur du journal L’Action française, avait rejoint l’Union sacrée. La guerre l’avait en tout cas recentré et, parmi « Les contemporains », chez Stock, il côtoyait alors Gide, Cocteau, Colette ou Jaurès.

Cela serait bientôt impossible. L’Action française fut condamnée par le pape Pie XI en 1926. Au sommet de sa puissance en février 1934, elle échoua à renverser la République et, en 1936, Maurras fut condamné à huit mois de prison pour « provocation au meurtre » contre Léon Blum, avant d’être élu à l’Académie française. Puis, malgré sa germanophobie de toujours et sa défiance à l’égard des collaborationnistes, il soutint jusqu’au bout le maréchal Pétain, ce qui lui valut d’être condamné à perpétuité en 1945. Cette année, son inscription dans Le Livre des commémorations nationales 2018, à l’occasion des cent cinquante ans de sa naissance, a soulevé une tempête : non seulement la notice a été retirée, mais il a été mis fin au Livre des commémorations nationales.
Contexte sensible
Le Maurras de la collection « Bouquins » sort donc des presses dans un contexte sensible, rendu encore plus délicat par la récente controverse sur l’opportunité de la publication des pamphlets de Céline chez Gallimard, dans la foulée du succès des Décombres, de Lucien Rebatet, en 2015, déjà en « Bouquins ». C’est pourquoi ce Maurras se devait d’être irréprochable sur tous les plans, philologique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Historien, directeur de recherche au CNRS, Laurent Joly est notamment l’auteur de « Naissance de l’Action française » (Grasset, 2015).
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Maurras : trois questions à Laurent Joly

Historien, directeur de recherche au CNRS, Laurent Joly est notamment l’auteur de « Naissance de l’Action française » (Grasset, 2015).



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h04
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Quel est l’état des lieux de l’édition française autour de Maurras ?
Il y a, à côté des travaux universitaires distanciés et critiques (ceux de Bruno Goyet, Jacques Prévotat, Michel Leymarie…), et des textes purement militants, une logique à l’œuvre depuis une vingtaine d’années, fondée sur l’idée que la postérité a été injuste avec Maurras, et qu’il aurait toujours quelque chose à nous enseigner. Cela a commencé avec A l’école de l’Action française, de François Huguenin (JC Lattès, 1998), et s’est poursuivi avec la biographie écrite par Stéphane Giocanti (Flammarion, 2006) ou le « Cahier de L’Herne » Maurras (2011). Ces livres intègrent très partiellement les travaux des premiers et présentent un Maurras « light », aseptisé. Leurs auteurs sont plus ou moins des admirateurs, des disciples, de Maurras.

Comment s’y prend-on pour aseptiser Maurras ?
Avant tout, on minore son antisémitisme. Celui-ci est au fondement de l’Action française, née en 1899, en pleine affaire Dreyfus. Maurras importe dans les milieux royalistes le nationalisme antisémite qui s’est cristallisé autour de Drumont. Il incarne à cet égard une ligne dure, prônant la dénaturalisation de tous les juifs français et le renvoi des étrangers. Or que nous dit-on ? Que tout le monde était antisémite à l’époque… Mais c’est faux ! L’antisémitisme de Maurras était perçu comme transgressif, et d’une violence insupportable. Par deux fois, il a été condamné pour incitation au meurtre contre des hommes politiques juifs. Et il ne sera pas moins virulent sous l’Occupation, ce qui est impardonnable.

Que peut-il rester de lui ?
Pas grand-chose de positif. Ceux qui trouvent la postérité injuste ne peuvent nous le vendre qu’en essayant de faire oublier une part fondamentale de sa doctrine. Au-delà même du dégoût qu’il peut inspirer, Maurras est un penseur et un écrivain daté. Fondamentalement,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Parmi les récentes parutions en poche, « Le Monde » vous recommande…
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Sélection. Livres de poches de printemps

Parmi les récentes parutions en poche, « Le Monde » vous recommande…



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h02
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h14
    |

            Jean Birnbaum, 
Christine Rousseau, 
                                Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Nicolas Weill, 
                                Florent Georgesco, 
Raphaëlle Leyris et 
                                Florence Noiville








                        



                                


                            
« Les Aventures de Tom Sawyer ». « Aventures de Huckelberry Finn »
(Tom Sawyer’s Adventures. Adventures of Huckleberry Finn), de Mark Twain, traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Bernard Hœpffner, Tristram, « Souple », 312 p., 7,90 €, et 442 p., 9,50 €.
C’est en traduisant, pour les éditions Tristram, les deux tomes de l’autobiographie de Mark Twain (1835-1910), Une histoire américaine (2012) et L’Amérique d’un écrivain (2015), que Bernard Hœpffner s’est replongé dans Les Aventures de Tom Sawyer (1876) et Aventures de Hucleberry Finn (1884). Cet admirateur de Twain connaissait par cœur ces deux chefs-d’œuvre dans leur version originale, mais lorsqu’il a eu besoin de les citer en français, il est tombé sur des traductions désuètes qui allaient jusqu’à trahir complètement l’esprit du texte – par exemple, alors que Huck Finn est un chenapan illettré et gouailleur, on le faisait parler à l’imparfait du subjonctif… !
D’où l’envie de Bernard Hœpffner de retraduire entièrement ces deux classiques dans une langue où des enfants et des adolescents du XXIe siècle pourraient se reconnaître. Pari gagné. En s’imprégnant notamment du parler de la rue chez Raymond Queneau (1903-1976) et des ouvrages de Claude Duneton (1935-2012) sur le français populaire et familier ou les expressions imagées, Bernard Hoepffner a réussi à trouver des équivalents pleins de sève aux nombreux néologismes de Twain, tout comme à des expressions typiques de la rive gauche du Mississippi au XIXe siècle.
Si bien que l’on redécouvre sous un jour neuf, libre et spontané ces deux héros qui le sont tout autant, Tom et Huck, deux garnements faisant l’école buissonnière, ne se lavant pas, jurant comme des charretiers et nous entraînant dans leurs errances magnifiques au fil de l’eau. Republier en poche leur insolente quête de liberté est l’une des meilleures initiations au plaisir du texte que les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Dans « La jeunesse est un pays étranger », l’écrivain évoque ses jeunes années à Bâle durant les années 1950-1970. Dans un faux désordre, et avec un vrai bonheur.
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Alain Claude Sulzer à la découverte de lui-même

Dans « La jeunesse est un pays étranger », l’écrivain évoque ses jeunes années à Bâle durant les années 1950-1970. Dans un faux désordre, et avec un vrai bonheur.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h01
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h20
   





                        



                                


                            
La jeunesse est un pays étranger (Die Jugend ist ein frendes Land), d’Alain Claude Sulzer, traduit de l’allemand (Suisse) par Johannes Honigmann, Jacqueline Chambon, 236 p., 21,80 €.

Dans le dernier chapitre du livre, revenant sur ce que nous venons de lire, Alain Claude Sulzer note comme un tardif avertissement au lecteur : « Ceci n’est ni un roman ni une autobiographie. Le livre n’a ni début ni fin, car je ne me souviens pas du début et la fin m’est inconnue. » D’où vient alors la singulière saveur produite par autant de négations et de dénégations ? Car c’est un livre savoureux qui dépasse en effet largement l’autobiographie – même s’il est fondé sur ce genre – que ce grand auteur suisse nous propose.
Le premier mérite de ce récit, c’est l’attitude de l’auteur, qui semble se découvrir à lui-même au fur et à mesure qu’il se montre à nous. Sulzer y évoque son enfance et sa jeunesse sans procéder de façon strictement chronologique. Il ne sait pas où il va ou du moins s’arrange pour nous le faire croire. C’est une sorte de chasse au trésor avec des repères, des indices, des jalons qui prennent la forme de vignettes de quelques pages aux titres aussi différents que : « Des manières de flotter en l’air », « La montre factice », « La douche du soliste »… Et c’est là le second mérite de l’ouvrage : la forme choisie, qui joue à saute-mouton avec les souvenirs. Jamais on ne se dit : « A quoi bon ? Cela ne nous intéresse pas. » Bien au contraire. Car Sulzer ne parle pas seulement de lui, il nous parle en même temps d’une époque, celle des années 1950 à 1970 (Sulzer est né en 1953 près de Bâle), qui découvre le rock, les pizzas et la télévision, et aussi d’un pays, la Suisse, à cheval sur plusieurs cultures : ici les cultures française et ­allemande.
Contre lui-même
Si Sulzer écrit en allemand, sa première langue parlée fut le français, la langue de sa mère, une Suisse romande – une ­ « Welche »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ L’écrivain rend un bel hommage à celui qui lui a donné le goût de la littérature, son frère aîné Bernard, si semblable au personnage de Melville.
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Daniel Pennac et son frère-Bartleby

L’écrivain rend un bel hommage à celui qui lui a donné le goût de la littérature, son frère aîné Bernard, si semblable au personnage de Melville.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h01
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 08h22
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Mon frère, de Daniel Pennac, Gallimard, 144 p., 15 €.

Les lecteurs de Daniel Pennac vouent une tendresse particulière à son frère Bernard. Elle remonte aux lignes de Comme un roman (Gallimard, 1992), où l’écrivain raconte que son aîné l’avait poussé à lire Guerre et Paix, de Tolstoï, à 12 ans, grâce à un résumé énigmatique et irrésistible : « C’est l’histoire d’une fille qui aime un type et qui en épouse un troisième. » La passion de la littérature, le sens de la formule que Bernard manifestait adolescent ne l’ont jamais quitté jusqu’à sa mort, à la soixantaine, des suites d’une erreur médicale. On en trouve plusieurs témoignages dans Mon frère, le très beau livre, écrit avec un sourire triste en coin, que Daniel Pennac consacre à celui, plus âgé que lui de cinq ans, dont il dit qu’il l’a « élevé », lui donnant le goût de la lecture et de l’écriture – c’est tout un, chez lui – ; un homme très doux, ironiste pratiquant, dont l’auteur cite ici quelques répliques que l’on jurerait avoir lues dans la saga Malaussène (ainsi, quand on lui demandait ce qu’il gagnait comme ingénieur dans l’aéronautique : « Beaucoup trop pour ce que je fais, mais pas assez pour ce que je m’emmerde. ») Un homme qui fut adoré par sa famille mais connut une vie conjugale sans amour, brisé dans sa jeunesse par une rupture qui lui causa « un chagrin ravageur et durable ».
« Je préférerais pas »
Peu après la mort de Bernard, il y a une dizaine d’années, Daniel Pennac avait eu envie d’écrire sur lui. « Ma mémoire s’y refusa, comme s’il avait emporté nos souvenirs avec lui. Sa maigreur, certes, son humour, bien sûr, ce regard qui ne jugeait pas, d’accord, le timbre un peu nasal de sa voix, son refus de dramatiser, oui, sa résolution de ne pas ajouter à l’entropie, bon, le fait que nous ne nous soyons jamais disputés, pas une seule fois tout au long de nos vies,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « Boris l’enfant-patate », d’Anne Simon.
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C’est graphique. Fabuliste Anne Simon !

La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « Boris l’enfant-patate », d’Anne Simon.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h01
    |

                            Pénélope Bagieu (Dessinatrice)








                        



                                


                            
Boris l’enfant-patate, d’Anne Simon, Misma, 164 p., 18 €.

Boris l’enfant-patate, d’Anne Simon, est le troisième volet d’une grande fresque commencée il y a près de dix ans avec La Geste d’Aglaé et Cixtite Impératrice (2012 et 2014, Misma). On peut la lire dans le désordre et même comprendre ce nouveau chapitre sans connaître les autres. Mais quel dommage de se priver de quelques heures de plus dans ce monde merveilleux, le foisonnant royaume du Marylène, avec ses personnages fantastiques, drôles et cruels ! A commencer par Aglaé, la nymphe aquatique passionnée, qui attend l’amour au bord de l’eau.
Un bel homme-poisson de passage lui fait chavirer le cœur et lui laisse en souvenir un ventre tout rond. Chassée par son père, elle jure qu’elle n’aimera jamais plus aucun homme. Recueillie dans un cirque magique, elle se voit proposer de devenir une femme respectable en épousant Mr Kite, le directeur. Elle n’a pas vraiment le choix : elle se trouve en Marylène, une dictature dirigée par le tyran Von Krantz, qui punit de mort les célibataires enceintes. Contrainte et terrifiée, Aglaé consent à se marier avec celui qui élèvera ses triplettes.
Mais la rage et l’humiliation consument lentement la mère bafouée, avant d’exploser quand ses filles sont enlevées par Von Krantz (elles sont belles et muettes, donc parfaites). Assoiffée de vengeance et de haine, elle se débarrasse de lui et accède au pouvoir. Commence alors le règne d’Aglaé, qui renomme la capitale Suffragette City, se dote d’une conseillère féministe survoltée et fait globalement de son mieux pour rendre le monde meilleur. La richesse et la complexité de cette reine à écailles de poisson et à crinière d’amazone permettent de dérouler à l’infini sa mythologie, sa geste héroïque peuplée d’alliées fougueuses, d’impératrices sanguinaires et de frites guerrières callipyges (mais oui). Mais Boris l’enfant-patate...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ « Les Enfants du ghetto. Je m’appelle Adam » revient sur le sort des Palestiniens restés sur le territoire israélien après 1948. Rencontre avec le romancier libanais.
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Elias Khoury sur l’autre versant de la Nakba

« Les Enfants du ghetto. Je m’appelle Adam » revient sur le sort des Palestiniens restés sur le territoire israélien après 1948. Rencontre avec le romancier libanais.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h01
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Les Enfants du ghetto. Je m’appelle Adam (Awlad al-Ghetto. Ismi Adam), d’Elias Khoury, traduit de l’arabe (Liban) par Rania Samara, Actes Sud, « Sindbad »/L’Orient des livres, 360 p., 23 €.

Liens familiaux, compagnonnages politiques, engagements artistiques communs : la Syrie, le Liban et la Palestine appartiennent en quelque sorte à une même fratrie. Cela valait autrefois en temps de clémence, cela vaut plus encore aujourd’hui, au plus extrême de la barbarie. Riche d’une douzaine de romans, l’œuvre d’Elias Khoury (né à Beyrouth en 1948) en est un remarquable exemple. Outre la guerre civile libanaise (1975-1991) à laquelle il a consacré la majeure partie de ses livres, il a signé La Porte du soleil (Actes Sud, 2002), considéré comme le récit emblématique de l’exode des Palestiniens après la première guerre israélo-arabe (1948), leur installation dans les camps de réfugiés au Liban, et les années sanglantes de la guerre civile qui ont suivi.
Un déchirement
Aujourd’hui, avec Les Enfants du ghetto. Je m’appelle Adam – premier tome d’une trilogie dont les deux autres sont à venir –, Khoury aborde un autre versant de la Nakba (la « catastrophe », en arabe) : celui des Palestiniens d’Israël, ceux qui sont restés à l’intérieur des frontières de l’Etat créé en 1948. Ils ont acquis la nationalité israélienne et maîtrisent aujourd’hui la langue hébraïque. Un bilinguisme qui est une richesse évidente mais aussi le signe d’un déchirement entre leur pays, Israël, et leur patrie, la Palestine.
« L’écriture de ce roman a été un voyage difficile, déclare Elias Khoury au “Monde des livres”, car j’y évoque en miroir l’histoire douloureuse des Palestiniens mais aussi la souffrance des juifs. A cet égard, le film Shoah, de Claude Lanzmann [1985], a été pour moi un choc déterminant. Il m’a terrassé. Le roman que j’ai voulu écrire est aussi un acte de reconnaissance...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Claro parcourt délicatement le dédale sentimental d’Imre Oravecz dans « Septembre 1972 ».
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Le feuilleton. Hors du tiroir fatal

Claro parcourt délicatement le dédale sentimental d’Imre Oravecz dans « Septembre 1972 ».



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h01
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Septembre 1972 (1972. szeptember), d’Imre Oravecz, traduit du hongrois par Marc Martin, préface de Florence Delay, Cambourakis, « Irodalom », 160 p., 10 €.

Le miracle d’un livre vient parfois de ce qu’il n’a pas été désiré. On pourrait croire que derrière chaque fiction se cache son ombre, une ombre fertile en intentions, façonnée par la volonté, et dont la gestation a été soignée dès les premières intuitions de sa forme future. Combien rassurante est la conception d’une œuvre ayant suivi le cursus traditionnel de la création : quelques fulgurances ici et là, puis des tâtonnements, un premier élan qu’on s’efforce de renforcer, des notes prises régulièrement, une mise en chantier, des esquisses de plan, puis le labeur quasi quotidien, le travail de navette sur la page, avec en arrière-fond la traque soutenue du point final, bref, l’orchestration délibérée et têtue d’un faisceau de nécessités. Le fait est qu’écrire un livre est affaire de métamorphoses. Transformer sans cesse un embryon de matière première en quelque chose de plus vaste, qui semble souvent mécanique dans ses balbutiements, avant d’atteindre à une ampleur mobile, nourrie de complexités, de motifs, de cadences, pour devenir enfin une machine pour ainsi dire organique qui se sert de l’écrivain afin d’explorer d’autres maturités, d’éprouver d’autres possibles.
Mais, parfois, et c’est là que nous allons aujourd’hui, le livre se construit à rebours du désir de l’auteur, il se force une voie parmi ses réticences, impose sa loi au lieu de se disperser en brouillons. Septembre 1972, du hongrois Imre ­Oravecz, est l’exemple poignant d’une telle victoire sur le silence.
A la suite d’une rupture amoureuse, ainsi qu’il s’en explique dans un magnifique avant-propos, l’auteur, poète de son état, traverse des mois de stérilité créatrice. Rien ne vient. Rien, hormis un besoin impérieux de conserver un lien, même ténu, avec l’acte d’écriture,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ « Une immense sensation de calme », premier roman, est un conte de la fin du monde, sombre et apaisant.
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L’amour couleur de nuit tissé par Laurine Roux

« Une immense sensation de calme », premier roman, est un conte de la fin du monde, sombre et apaisant.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h00
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Une immense sensation de calme, de Laurine Roux, Le Sonneur, 128 p., 15 €.
Le présent est devenu le seul temps qui compte. Il s’étire à l’infini comme une plaine gelée qu’aucune saison tiède ne réchauffera jamais. L’avenir ne s’ouvre à rien. Les lendemains sont barrés, inaccessibles. L’idée même d’espoir a ainsi été effacée. Quant au passé, il a sombré avec tout l’ancien monde. Et il n’en demeure pas une trace, pas un souvenir. Ce qui reste d’humain s’est réfugié dans un très grand oubli.
Pour son premier roman, Laurine Roux nous emmène dans un inquiétant univers. On comprend qu’une guerre soudaine a dévasté un pays et que les survivants se sont ensauvagés. La contrée est rude, couverte d’une forêt boréale accrochée à des montagnes hostiles. ­Percée de lacs profonds que continuent à geler d’éternels hivers. La minuscule société de rescapés qui s’y maintient se défend contre les bêtes, et aussi contre « les invisibles », menaçantes créatures qu’a produites le cataclysme.
D’emblée, on pourrait croire qu’Une immense sensation de calme est un texte dans la veine de toute cette série de romans post-apocalyptiques qui court de La Peste écarlate, de Jack London (1924 ; Actes Sud, 2001), à La Route, de Cormac McCarthy (L’Olivier, 2008). Mais l’événement destructeur se trouve assez vite relégué à un simple argument. Ce qui porte ce livre étrange et envoûtant est une histoire d’amour.
D’étranges métamorphoses
« A présent il faut que je raconte comment Igor est entré dans ma vie. » Cette toute première phrase ressemble à s’y méprendre au « Il était une fois » qui commence les contes. La jeune narratrice, dont on ne saura pas le nom, a été recueillie à la mort de sa grand-mère par une famille de pêcheurs. Chez eux, elle a appris à creuser des trous dans la glace des lacs pour hameçonner les carpes, à remonter les nasses, à sécher les poissons. Et voilà qu’elle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Romans, histoire, sociologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 20 avril 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Livres en bref

Romans, histoire, sociologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 20 avril 2018.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h12
    |

                            Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Roger-Pol Droit, 
                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Etienne Anheim (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Florence Noiville, 
                            Florence Courriol-Seita (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Monique Petillon (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Philippe-Jean Catinchi, 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Sociologie. Bobologie
Les bobos n’existent pas, de Jean-Yves Authier, Anaïs Collet, Colin Giraud, Jean Rivière et Sylvie Tissot, PUL, 204 p., 18 €.
Forgé au début des années 2000 aux Etats-Unis par l’éditorialiste conservateur David Brooks, le terme « bobos » (« bourgeois bohemians ») avait un destin tout tracé : entrer dans le grand lexique de la « sociologie comique », où il aurait rejoint les fulgurances d’un Tom Wolfe (le « radical chic ») ou d’un Edgar Morin (les « yé-yé »). Le terme capturait en effet l’air du temps. Il érigeait en type social la nouvelle élite diplômée ayant troqué le costume contre des tee-shirts noirs. Des « bourgeois bohèmes » incarnant à la fois la contre-culture des années 1960 et le culte de la réussite des années 1980. Las ! Importé en France, le terme connut un autre destin. Journalistes et experts en tout genre en firent le symbole d’une nouvelle sociologie opposant les grands centres urbains « boboïsés » et les espaces périphériques abandonnés. Ce coup de force intellectuel en dit autant sur les tensions qui traversent les études urbaines aujourd’hui que sur l’état du débat public en France. Il faut donc saluer l’entreprise réflexive des auteurs de ce livre remarquable. Ceux-ci rappellent notamment une évidence : « En ville comme ailleurs, les classes sociales existent toujours et elles n’ont pas disparu derrière un mot magique, aussi séduisant soit-il. » G. B.
Roman. Cadavres publicitaires
Un plan mortel (Cum sa faci primul million), de Bogdan Costin, traduit du roumain par Florica Courriol, Autrement, 368 p., 21 €.
Voici une comédie enlevée où l’auteur s’amuse. Il raconte l’histoire d’un certain Bogdan Costin, « un type taciturne et coincé » qui croit au « cliché le plus nocif des gens honnêtes » : le fait qu’on ne puisse gagner de l’argent qu’en travaillant. Derrière ce Costin, il y a un publicitaire cynique...




                        

                        


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Damnation et rédemption : cinq livres que nous avons aimés

Chaque jeudi, « Le Monde des livres » partage ses conseils de lecture avec les abonnés de « La Matinale ».



Le Monde
 |    19.04.2018 à 06h52
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 07h24
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
La littérature sublime les drames humains : nos cinq coups de cœur de la semaine le démontrent à nouveau majestueusement.
RÉCIT. « La Note américaine », de David Grann
Les Osages ont compté dans l’histoire des Amérindiens. Si la Conquête de l’Ouest a chassé la tribu de ses terres, les anciens avaient bien négocié : la tribu était propriétaire du sol et du sous-sol du lieu où on l’avait reléguée. Or celui-ci abritait l’une des plus importantes nappes pétrolifères des Etats-Unis. Très vite, les Osages allaient devenir richissimes. Mais en 1921, une série de meurtres commence à semer la terreur dans la réserve. On en voulait aux riches Peaux-Rouges. Mais qui ? Et pourquoi ? Journaliste au grand hebdomadaire The New Yorker, David Grann a refait l’enquête, reconstituant la tragédie presque jour après jour. Son récit est magistralement mené, dans la meilleure tradition des « whodunits » – qui a fait le coup ? Mais il ne se lit pas que comme un polar. Il décrypte une part sombre des Etats-Unis, le péché originel commis contre les nations indiennes. L’Ancien Testament hante les pages de ce livre. A la damnation va, peut-être, succéder la rédemption : petit à petit, l’Etat de droit l’emporte sur la loi de la Frontière, celle de la violence. Un grand livre. Alain Frachon

   


« La Note américaine » (Killers of the Flower Moon. The Osage Murders and the Birth of the FBI), de David Grann, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cyril Gay, Globe, 352 p., 22 €.
RÉCIT. « Mon frère », de Daniel Pennac
Daniel Pennac revient, dans ce beau livre, écrit avec un sourire triste en coin, sur la figure de son frère aîné, Bernard, mort à la soixantaine, des suites d’une erreur médicale. Cet homme très doux, ironiste pratiquant, fut adoré par sa famille mais connut une vie conjugale sans amour, brisé dans sa jeunesse par une rupture qui lui causa « un chagrin ravageur et durable ». Entremêlant évocation de Bernard et citations de la nouvelle Bartleby le scribe, d’Herman Melville (1853), l’auteur retrouve quelque chose de son frère dans la résistance passive qui rend tout le monde fou autour de Bartleby, ce rejet tranquille et obstiné du sérieux. Il n’y a pas un mot de trop dans ce livre où la littérature, à travers Melville, permet de dire ce qui ne peut être formulé, et vient à la rescousse de la retenue des deux hommes. En tissant ensemble ces strates de texte, Daniel Pennac transforme son frère en un magnifique personnage de roman. C’est sans doute le plus beau cadeau qu’il pouvait lui faire. Raphaëlle Leyris

   


« Mon frère », de Daniel Pennac, Gallimard, 144 p., 15 €.
CLASSIQUE. « Livre(s) de l’inquiétude », de Fernando Pessoa
Pour qui a déjà eu en main ce livre puissant, ouvrir cette nouvelle version a quelque chose d’aussi touchant que des retrouvailles avec un ami qui ne vous aurait pas encore tout dit. Chacune des trois parties qui constituent désormais l’ouvrage laisse entendre la voix d’un hétéronyme différent – les « lunes jumelles » de Pessoa, comme l’écrit Teresa Rita Lopes, l’éditrice du livre. Dans l’ordre d’apparition de ce drame poétique : Vicente Guedes, modeste employé de bureau, au style moderniste, que Pessoa fait mourir de la tuberculose ; le baron de Teive, dont la prose plus classique analyse froidement l’émiettement de son moi avant son suicide ; et le célèbre Bernardo Soares, le plus proche de Pessoa, spectateur distant de « son histoire sans vie ». Ce livre sombre et morcelé se lit comme un journal intime où s’inscrit la lente dégradation de l’identité. Etrangères à elles-mêmes et coupées du réel, les créatures de Pessoa se réfugient dans leur langue pour se perdre ou se réinventer. Amaury da Cunha

   


« Livre(s) de l’inquiétude » (Livro(s) do Desassossego), de Fernando Pessoa, édité par Teresa Rita Lopes, traduit du portugais par Marie-Hélène Piwnik, Christian Bourgois, 560 p., 27 €.
ENQUÊTE. « Un monstre humain ? », de David Puaud
En août 2007, l’anthropologue David Puaud découvre, en feuilletant le quotidien local, qu’un des protagonistes d’un meurtre sauvage, avec mutilation, n’est autre que Josué Ouvrard, un garçon de 19 ans qu’il suit depuis deux ans en tant qu’éducateur. Passé l’effroi et la stupéfaction, l’enquête commence, qui prend la forme d’une longue immersion dans les dossiers de sa petite enfance et dans le passé ouvrier de sa ville, Châtellerault (Vienne). Le plus stupéfiant, dans ce remarquable travail, est la ténacité avec laquelle David Puaud maintient sa position d’anthropologue, malgré son implication personnelle. Grâce à son « engagement raisonné », il se tient à la frontière de son objet de recherche. On saisit combien l’exercice a dû être délicat. La mise à distance nécessaire à l’anthropologie aurait pu dans ce cas s’apparenter à une calamiteuse contorsion déontologique et éthique. Elle semble, au contraire, avoir opéré comme un dispositif scientifique d’une redoutable efficacité. Anne Both

   


« Un monstre humain ? Un anthropologue face à un crime “sans mobile” », de David Puaud, préface de Michel Agier, La Découverte, « Cahiers libres », 250 p., 19 €.
ROMAN. « Les Enfants du ghetto. Je m’appelle Adam », d’Elias Khoury
Avec Les Enfants du ghetto. Je m’appelle Adam – premier tome d’une trilogie –, Elias Khoury aborde le sort des Palestiniens d’Israël, restés à l’intérieur des frontières de l’Etat créé en 1948. Ils ont acquis la nationalité israélienne et maîtrisent aujourd’hui la langue hébraïque. Un bilinguisme qui est une richesse évidente mais aussi le signe d’un déchirement entre leur pays, Israël, et leur patrie, la Palestine. Mêlant personnages de fiction et personnes réelles (politiciens, historiens et écrivains, arabes et israéliens), l’écrivain libanais relate un épisode meurtrier de l’histoire de Lod, une ville proche de Tel-Aviv. Face au refus de partir de certains habitants, à l’été 1948, un quartier est transformé en un camp encerclé de barbelés dans lequel ils survivent pendant quelques mois. Au fur et à mesure de la narration, la frontière entre fiction et document s’estompe, le roman prend toute sa place : audacieux, troublant, magnifiquement écrit. Eglal Errera

   


« Les Enfants du ghetto. Je m’appelle Adam » (Awlad al-Ghetto. Ismi Adam), d’Elias Khoury, traduit de l’arabe (Liban) par Rania Samara, Actes Sud, « Sindbad »/L’Orient des livres, 360 p., 23 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Plus de 60 ans après sa mort, un carré d’intellectuels tente de ranimer la pensée du théoricien nationaliste et antisémite.
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Un spectre nommé Maurras

Plus de 60 ans après sa mort, un carré d’intellectuels tente de ranimer la pensée du théoricien nationaliste et antisémite.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 06h48
 • Mis à jour le
20.04.2018 à 17h00
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

L’affaire paraissait entendue. Charles Maurras (1868-1952), condamné en 1945 à la prison à perpétuité et à la dégradation nationale pour haute trahison et intelligence avec l’ennemi, ne resterait plus dans les mémoires que comme une des figures centrales de la pensée réactionnaire, nationaliste et royaliste de la première moitié du XXe siècle, déshonorée sous l’Occupation.
De fait, en dehors des menées de plus en plus groupusculaires de son mouvement, l’Action française, il n’en a plus été question, pendant des décennies, que chez des historiens soucieux, comme le dit Pierre Nora au « Monde des livres », « de comprendre la crise de la nation qui a couru de l’affaire Dreyfus à la défaite de 1940 », incarnée dans « la haine de la République » dont Maurras fut l’agitateur et le théoricien.
Une forme de complaisance
Et puis quelque chose a commencé à bouger. Il y a eu, en janvier, la crise liée à sa présence dans Le Livre des commémorations nationales 2018. Il y a maintenant le volume de la collection « Bouquins », qui replace ses textes au cœur de la vie éditoriale française. Surtout, comment se défaire de l’idée qu’une forme de complaisance à son égard est en train de modifier la place qu’il occupe dans l’inconscient français ? Le vieux spectre ressurgit des livres d’histoire où on le croyait enfermé et, revêtu d’habits plus chatoyants par quelques admirateurs, revient, adouci et insinuant, hanter nos débats intellectuels et politiques.

« Il y a aujourd’hui un regain nationaliste, c’est certain, et à l’échelle de la France, je ne vois pas comment un tel regain pourrait ne pas prendre Maurras en compte », avance Olivier Dard. Le professeur à la Sorbonne, auteur en 2013 d’une biographie de Maurras (Le Maître et l’Action, Armand Colin), a rédigé la notice controversée du Livre des commémorations. Il ajoute : « Quoi qu’on en pense, Maurras n’a pas été remplacé. »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Dans son nouveau livre, « Baroque sarabande », l’ancienne garde des sceaux exprime à nouveau sa passion des lettres et sa nécessité en politique.
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Christiane Taubira  : « On ne peut pas être le président de ce pays sans aimer la littérature »

Dans son nouveau livre, « Baroque sarabande », l’ancienne garde des sceaux exprime à nouveau sa passion des lettres et sa nécessité en politique.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 06h48
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            
« Baroque sarabande », de Christiane Taubira, Philippe Rey, 180 p., 9,80 €.

Assia Djebar, Aimé Césaire, Toni Morrison, René Char ou encore Nina Simone : dans son nouveau livre, Baroque sarabande, Christiane Taubira retrouve ses vieux compagnons, les anges gardiens qui l’aident à garder espoir face à la « bêtise armée ». Le temps d’une libre déambulation où elle mêle notations sensibles et souvenirs autobiographiques, elle rend hommage à la liberté de la langue, à la puissance émancipatrice de la traduction et à la littérature comme expérience universelle qui permet de « regarder clair pour agir fort et juste ».
En 2016, vous aviez signé « Murmures à la jeunesse » (Philippe Rey), un essai en forme d’ode à la littérature, écrit peu avant de renoncer au ministère de la justice. On sentait que vous aviez besoin des écrivains dans le combat politique. Aujourd’hui, vous publiez « Baroque sarabande », où vous faites une nouvelle déclaration d’amour aux écrivains. Mais vous n’êtes plus au pouvoir. Quel est le sens de ce livre, maintenant ?
Quand paraît Murmures à la jeunesse, je suis dans un profond tourment. Je suis convaincue qu’inscrire la déchéance de la nationalité dans la Constitution est une idée dangereuse. Le président entend mon explication, le premier ministre et le ministre de l’intérieur n’ont pas vraiment d’arguments contre, mais je ne l’emporte pas, je le vois bien. Cela m’amène à m’interroger. J’écris donc Murmures à la jeunesse pour entrer le plus profondément possible dans ma propre conscience et, comme à chaque fois, c’est la littérature qui vient, se dissipe, revient. La littérature prend ses aises pour que l’exploration de cette blessure soit libre. Baroque sarabande, c’est différent, c’est une promenade. Toujours avec les jeunes. Par exemple, quand je m’adresse directement à Borges, à Tocqueville ou à Jack London, quand...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Années 1920, Oklahoma. De riches Indiens Osages sont assassinés, jusqu’à ce que les fédéraux s’en mêle. « La Note américaine » : une part sombre de l’histoire des Etats-Unis décryptée dans un récit captivant.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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David Grann danse avec le bien et le mal

Années 1920, Oklahoma. De riches Indiens Osages sont assassinés, jusqu’à ce que les fédéraux s’en mêle. « La Note américaine » : une part sombre de l’histoire des Etats-Unis décryptée dans un récit captivant.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
18.04.2018 à 17h45
    |

            Alain Frachon








                        



                                


                            
La Note américaine (Killers of the Flower Moon. The Osage Murders and the Birth of the FBI), de David Grann, Globe, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cyril Gay, Globe, 352 p., 22 €.

En ce printemps 1921, le grand Wah’Kon-Tah commençait à abandonner son peuple. L’Esprit, la force mystérieuse qui habite le soleil, le Dieu de la tribu des Osages ne protégeait plus ses enfants. L’une des plus anciennes nations indiennes de l’Ouest américain était de nouveau à l’épreuve : une série de mystérieux assassinats frappait les plus riches d’entre les Osages. Et les prières adressées à Wah’Kon-Tah restaient sans suite.
Les Osages ont compté dans l’histoire des Amérindiens. A l’origine, la tribu s’étendait sur ce qui est aujourd’hui le territoire combiné de trois Etats : la Louisiane, le Missouri et le Kansas. Elle était sortie décimée des guerres contre les Blancs. La Conquête de l’Ouest l’avait chassée de ses terres. Une mauvaise paix conclue avec le gouvernement fédéral, en 1870, l’avait reléguée sur un coin de collines rocailleuses surplombant une prairie poussiéreuse, quelque part dans l’Oklahoma. L’exode et la variole avaient ramené le peuple osage à quelques dizaines de milliers d’âmes, sur cette réserve de Gray Horse, chef-lieu Pawhuska.
Des Cadillac autour des tipis
Mais les anciens avaient bien négocié : la tribu était propriétaire du sol et du sous-sol. Or Gray Horse abritait l’une des plus importantes nappes pétrolifères des Etats-Unis. Très vite, les Osages allaient devenir richissimes. Ils étaient les seuls à pouvoir accorder les droits d’exploitation sur leurs parcelles de rocaille. Au tournant du siècle, ils passaient pour disposer du plus gros revenu sur terre par tête d’habitant. Ils alignaient les Cadillac autour de leurs tipis. Ils se faisaient construire des manoirs, disposaient de serviteurs asiatiques, latinos et même blancs, allaient à l’opéra et envoyaient leurs enfants étudier...




                        

                        

