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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Cédric Tourbe décortique le mouvement social qui s’empara de la France en 1995 contre le plan de réformes élaboré par le premier ministre (sur France 3 à 23 h 45).
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TV – « Juppé et les grandes grèves de 1995 »

Notre choix du soir. Cédric Tourbe décortique le mouvement social qui s’empara de la France en 1995 contre le plan de réformes élaboré par le premier ministre (sur France 3 à 23 h 45).



Le Monde
 |    19.04.2018 à 17h45
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur France 3 à 23 h 45

En ce mois de novembre 1995, le ciel est plombé, et les températures très fraîches, comme le climat social d’une France ­présidée par Jacques Chirac, qui a fait d’Alain Juppé, « le meilleur d’entre nous », son premier ministre. Et qui, après avoir été élu en mai pour résorber la « fracture ­sociale », ­annonce en novembre que la ­nation doit faire de douloureux ­efforts pour ­réduire ses déficits. L’objectif est clair : en deux ans, il faut arriver à l’équilibre afin de répondre aux critères de Maastricht.
1995, drôle d’année : la Sécurité sociale fête son demi-siècle, la CGT son centenaire. Et Alain Juppé est chargé du chantier des réformes. Bon courage. « Juppé avait un petit côté officier de cavalerie », estime Alain Duhamel, journaliste, l’un des nombreux témoins interrogés dans ce documentaire aussi instructif qu’agréable, avec des commentaires parfois ironiques et de nombreuses archives. La tentation existe, en voyant ces images aux couleurs un peu ternies de cheminots en colère, de transports à l’arrêt, de manifs monstres et de premier ministre droit dans ses bottes, de faire un lien avec celles qui défilent ce printemps sur les chaînes françaises. Mais l’histoire repasse rarement les plats.
Malice et précision
Alain Juppé ne doute de rien : aucun ministre n’est parvenu en trente ans à reboucher le trou de la Sécu ? Lui pense y parvenir en deux ans. Le 15 novembre, sa ­réforme, beaucoup plus large et ­radicale que prévu, est dévoilée à l’Assemblée nationale : « Le gouvernement ne se contentera pas d’un nouveau replâtrage de la ­Sécurité sociale. Il veut une réforme faite pour durer », lance-t-il. Standing ovation, commentaires flatteurs, même dans les rangs de la gauche, tout semble bien débuter pour le gouvernement.
Si les sondages annoncent que 70 % des Français sont favorables à la réforme, il en reste tout de même 30 % qui n’ont pas l’intention d’avaler la potion amère du docteur Juppé. Et c’est là que le ­documentaire de Cédric Tourbe entre dans une autre dimension, en décortiquant avec malice et précision les multiples jeux de pouvoir, notamment entre syndicats : avec une CGT qui joue la centenaire combative, une CFDT en plein recentrage et FO, gestionnaire de l’assurance-maladie ­depuis trente ans et qui n’a pas l’intention de l’abandonner. Louis Viannet (CGT), Nicole Notat (CFDT), Marc Blondel (FO), trois fortes personnalités qui vont, au cours des jours suivants, se ­retrouver dans la tourmente.

   


Le 16 novembre, dans un entretien accordé au quotidien Sud-Ouest, Alain Juppé lance : « Si deux millions de personnes descendent dans la rue, mon gouvernement n’y survivra pas. Mais je ne crois pas à cette hypothèse. » En politique comme au casino, on perd parfois sa mise. Car, au fil des événements, les « coalitions de colères » vont ­petit à petit ­devenir réalité.
La France du service public gronde et bloque le pays sans que le secteur privé ne se montre hostile. Le 5 décembre, une vague de froid enveloppe l’Hexagone ­enneigé. « Je ne retirerai pas le plan de réforme et de sauvegarde de la Sécurité sociale ! », lance Juppé pendant que « Les Guignols » de Canal+ font rire avec leur « ­Juppéthon ». Au bout de trois longues semaines, la plus grande grève du secteur public depuis 1968 s’achève. Lâché par Chirac, Juppé a perdu son pari.
Juppé et les grandes grèves de 1995,de Cédric Tourbe (Fr., 2016, 65 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Un documentaire revient sur le destin tragique de la communauté juive de Vilnius lors de la seconde guerre mondiale (sur Planète+ à 20 h 55).
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤                     
                                                

TV – « 1944, un tunnel en enfer »

A voir aussi ce soir. Un documentaire revient sur le destin tragique de la communauté juive de Vilnius lors de la seconde guerre mondiale (sur Planète+ à 20 h 55).



Le Monde
 |    19.04.2018 à 17h30
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur Planète+ à 20 h 55

   


Si ce documentaire américain ne brille pas par son originalité formelle, il a le mérite de mettre en lumière un épisode douloureux de l’histoire contemporaine. En suivant le ­travail d’une équipe d’archéo­logues à la recherche de fosses communes et d’un tunnel ­d’évasion mystérieux, c’est le destin tragique de la communauté juive de Vilna (aujourd’hui Vilnius) qui est évoqué en détail, archives filmées et photographiques à l’appui.
Surnommée « la Jérusalem du Nord », la capitale de la Lituanie était avant-guerre peuplée de 40 % de juifs. S’y trouvaient ­notamment des dizaines de ­synagogues et la plus grande ­bibliothèque juive au monde. ­Occupée par les Soviétiques en 1940, la ville passe aux mains des Allemands en juin 1941. Très vite, des massacres de masse sont perpétrés dans la grande ­forêt de Paneriai, à une dizaine de kilomètres du centre-ville.
Une douzaine réussit à s’évader
Aidés par les commandos spéciaux lituaniens (environ 150 volontaires), les nazis expérimentent pendant des mois la « Shoah par balles » sur le sol lituanien, notamment en périphérie de Vilna. A Paneriai, des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont exécutés et enterrés dans des fosses communes.
Les archéologues américains et israéliens filmés ici travaillent au centre-ville pour retrouver les traces de la grande synagogue, détruite par les Allemands puis rasée par les Soviétiques en 1944. Mais ils cherchent aussi à retracer le parcours d’un tunnel creusé en secret par soixante-seize hommes et quatre femmes, rassemblés par les Allemands fin 1943, en attente de leur exécution prochaine. En janvier 1944, pour échapper à la mort, ils décident de tenter une évasion. Durant soixante-seize jours, avec l’aide d’un ingénieur, ils vont creuser, dans le plus grand secret, un étroit tunnel long de près de 35 mètres. Sur les 80 prisonniers, une douzaine réussira à s’échapper. Puis à témoigner. En découvrant le tracé de ce tunnel devenu mythique, les archéologues ne ­cachent pas leur émotion. Les ­enfants des rescapés non plus.
1944, un tunnel en enfer, de Paula S. Apsell et Kirk Wolfinger (EU, 2017, 50 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Le danseur est le seul homme à pratiquer le « baladi », chorégraphie ultra-féminine au Liban et au Proche-Orient.
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A l’IMA, Alexandre Paulikevitch mêle féminin et masculin

Le danseur est le seul homme à pratiquer le « baladi », chorégraphie ultra-féminine au Liban et au Proche-Orient.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 17h01
    |

                            Rosita Boisseau








                        



   


Les injures mitraillent le solo Tajwal, d’Alexandre Paulikevitch, expert en « baladi », nom égyptien de la danse orientale, et seul homme sur le terrain de cette pratique ultra-féminine au Liban et au Proche-Orient. « Tafiolle, tantouze, fiotte, enculé de pédé, suceur de bite… », ces insultes déchirent mentalement sa longue jupe rouge, arrachent sa ceinture dorée, le tabassent tandis qu’il poursuit sa route torse nu en tourbillonnant dans ses voiles.
Ce spectacle saisissant, créé en 2012, met en scène ce qu’Alexandre Paulikevitch subissait de façon quasi-quotidienne dans les rues de Beyrouth où il vit et travaille. « Ça se passe mieux aujourd’hui pour moi, raconte le danseur et chorégraphe. J’étais sans doute aussi assez provocateur à l’époque. Aujourd’hui, je me suis isolé. Je marche toujours longuement dans la ville mais pas aux heures où il y a le plus de monde. »

Tajwal ouvrait, mercredi 18 avril, la première édition du festival Le Printemps de la danse arabe, qui se déroule jusqu’au 23 juin, à l’Institut du monde arabe, mais aussi dans différents lieux dont le Théâtre de Chaillot et l’Atelier de Paris. Après le nouveau rendez-vous « Week-end humour », qui s’est déroulé du 6 au 8 avril, c’est au tour de la danse contemporaine de grimper à l’affiche de l’IMA avec une dizaine de chorégraphes dont Imed Jemaa, Yara Al Hasbani, Alexandre Roccoli, Radhouane El Meddeb, Nejib Khalfallah, originaires de différents pays dont le Liban, la Tunisie et la Syrie.
« Mon oxygène »
Alexandre Paulikevitch, 36 ans, illumine intensément le paysage du spectacle vivant aujourd’hui. Courage, générosité, appétit à partager ses expériences, sa voix porte et sans faillir. Toujours souriant, il irradie d’une ardeur qui emporte. Né à Beyrouth, il vient faire ses études de droit à Paris en 2000. Il a 18 ans, se libère en testant d’une « matière aride » dans le tango, le contemporain et le modern jazz. « Je m’en souviens très bien, raconte-t-il. J’étais en train de prendre un cours de flamenco au Centre du Marais lorsqu’en tournant, j’ai entraperçu des danseuses orientales. Immédiatement, j’ai été happé. » Il travaille avec Leïla Haddad, décroche parallèlement un diplôme en danse et théâtre à l’Université Paris-VIII. « C’était peut-être un repli identitaire comme on dit mais d’abord mon oxygène, poursuit-il. J’ai surtout pu affirmé ma féminité à travers cette pratique. »
De retour à Beyrouth en 2006, il commence à y créer des performances, donner des cours, en revendiquant ce « baladi » qu’il refuse d’appeler « danse du ventre ». « C’est évidemment briser un grand tabou lorsqu’on est un homme que de pratiquer ce style féminin, explique-t-il. Dans le monde arabe, il y a des codes très spécifiques de la masculinité. L’homme est un chevalier, il a beaucoup de privilèges, il peut éventuellement se retrouver à danser le folklore mais c’est tout. Choisir le “baladi” et imiter une femme, c’est mettre en danger son identité. Sans compter que dans cette région du monde, la danse est considérée comme une affaire de prostitution. »
Alexandre Paulikevitch, danseur : « Ce solo est une pièce de résilience. Au-delà, c’est aussi un outil de libération des genres »
Sur des mélopées percussives prenantes, Alexandre Paulikevitch rayonne sans surjouer à aucun moment la féminité. Entre offrande joyeuse et sacrifice tragique, il balaye d’un coup la beauté pour se retrouver démembré, ligoté, homme-tronc sans visage toujours frémissant dans une gangue de tissu. « Même à genoux et mutilé, je continue à danser, déclare-t-il. Ce solo est une pièce de résilience. Au-delà, c’est aussi un outil de libération des genres. En surfant sur les codes du féminin et du masculin, en jouant avec aussi, on les subvertit et on sort de la binarité femme-homme. Je suis certain qu’à l’avenir, il y aura une multitude de genres. »

        Lire la critique (en février 2014) :
         

          Les danseuses n'ont pas le monopole du ventre



Si Alexandre Paulikevitch se produit régulièrement au Liban « où finalement les gens découvrent leur culture sous un autre angle et s’y intéresse » mais aussi en Suisse et en Allemagne, il n’a jamais présenté ses pièces en Egypte. « J’y ai été programmé à quatre reprises et à chaque fois, au dernier moment, les représentations ont été annulées », précise-t-il. Invité par Olivier Py pour l’édition 2018 du Festival d’Avignon, avec son spectacle Elgha, pièce téméraire et durement politique « sur les viols de femmes en pleine révolution égyptienne » à l’ombre d’une barbe géante, il a malheureusement dû décliner la proposition pour des raisons pratiques et techniques.

Le Printemps de la danse arabe. Institut du monde arabe (IMA), 1, rue des Fossés-Saint-Bernard. Paris 5e. Jusqu’au 23 juin. Tél. : 01-40-51-38-38. www.imarabe.org



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Plus d’un siècle après avoir été écrite, la pièce de Frank Wedekind entre enfin au répertoire de la Comédie-Française.
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édition abonné


Théâtre : « L’Eveil du printemps » brisé entre les murailles

Plus d’un siècle après avoir été écrite, la pièce de Frank Wedekind entre enfin au répertoire de la Comédie-Française.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 16h07
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 17h05
    |

                            Fabienne Darge








                        



                                


                            

Les fleurs du printemps donnent parfois des fruits bien amers. Les jeunes héros de Frank Wedekind vont en faire l’expérience douloureuse, dans cette pièce si belle qu’est L’Eveil du printemps et qui, plus d’un siècle après avoir été écrite par son auteur, entre enfin au répertoire de la Comédie-Française. Ce spectacle mis en scène par Clément Hervieu-Léger offre une autre première, puisque Richard Peduzzi, le scénographe historique de Patrice Chéreau, qui n’avait jamais été invité dans la Maison de Molière, en signe le décor.

Peu de pièces ont su parler avec tant d’acuité de ce que l’on n’appelait pas encore, à la fin du XIXe siècle, l’adolescence – ses élans, ses courses folles, son intranquille et lyrique découverte de la sensation d’être au monde. Et son initiation à ce mystère suprême qu’est le sexe, dont Frank Wedekind (1864-1918), qui était fils de gynécologue, fait le point central de sa pièce, en précurseur de Freud.

Melchior, Wendla, Moritz, Ilse, Martha, Hans, Thea et Ernst sont les héros de cette « tragédie enfantine » qui les saisit, en une succession de tableaux, dans l’éveil de leurs désirs, en butte à l’éducation répressive et cadenassée en vigueur dans la Prusse de la fin du XIXe siècle. Melchior et Wendla s’approchent et se rapprochent, dans la forêt et au fond d’un grenier à foin. Hans, qui rêve d’être millionnaire, et Ernst, qui s’imagine pasteur, avec femme et enfants, s’embrassent dans la beauté d’un soir, au soleil couchant. Melchior se fait professeur d’éducation sexuelle pour son ami Moritz, qui avoue son ignorance face aux « mystères de la vie »…
Entre lumière et ombre
Les histoires d’amour et d’amitié finiront mal, mais pour autant l’auteur de Lulu ne livre aucunement une pièce à thèse. C’est en poète qu’il observe l’éveil brisé de ces jeunes gens, dans ce texte où la tragédie et le pathétique sont sans cesse mêlés d’humour et de légèreté....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Le réalisateur de « Nahla » est mort le 9 avril en France, sans avoir obtenu dans son pays la reconnaissance méritée.
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Nécrologie

Cinéma : Farouk Beloufa, l’image manquante de l’Algérie

Le réalisateur de « Nahla » est mort le 9 avril en France, sans avoir obtenu dans son pays la reconnaissance méritée.

Par                                            Fahim Djebara (contributeur Le Monde Afrique)




LE MONDE
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        Le 19.04.2018 à 14h47

     •
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        Mis à jour le 19.04.2018 à 15h23






    
Le réalisateur algérien Farouk Beloufa, à Beyrouth, en 2010.
Crédits : BEIRUT CINEMA DAYS


Son nom ne vous dira peut-être pas grand-chose et c’est presque normal. Né en 1947 et décédé le 9 avril à Paris, Farouk Beloufa était le réalisateur d’un seul long-métrage de fiction, Nahla. Une pièce unique, sortie en 1979, considérée par Des nouvelles du front, un site d’informations dédié au septième art, comme « l’un des plus beaux jardins secrets du cinéma algérien ».
Tourné à Beyrouth à la fin des années 1970, en pleine guerre civile, le film a été remanié au gré des contraintes du quotidien dont il rend l’intensité. Il fixe le début du conflit libanais à travers le regard d’un journaliste-photographe algérien, interprété par Youcef Sayah, dépêché pour couvrir la tournée de la chanteuse libanaise Nahla, campée par la magnifique Yasmine Khlat. Au milieu des tirs, des exécutions sommaires et des débats de la gauche libanaise que le journaliste fréquente, la diva perd sa voix.
Pourquoi ce film signe-t-il le crépuscule de la carrière de Farouk Beloufa plutôt que ses débuts prometteurs ?
« Nous n’étions pas prévus »
Au milieu des années 1960, l’Algérie socialiste à parti unique se construit et appuie sa propagande sur le cinéma, produisant même de très bons films (Nahla a été soutenu par la télévision publique). Alger ouvre en 1964 un institut pour compléter les contingents de réalisateurs formés à l’étranger. Farouk Beloufa et son ami Merzak Allouache figurent parmi les premiers pensionnaires. Par manque de moyens et de volonté politique, le projet s’éteint, mais pas les rêves de cinéma de ses élèves.
Passé en France par l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC, aujourd’hui Femis), Farouk Beloufa réalise en Algérie deux courts-métrages, Situation en transition et Travestis et Cassures, aujourd’hui considérés comme perdus, et un long-métrage documentaire, Insurrectionnelle (1973), qui lui fait découvrir la censure. Commande publique sur la guerre d’Algérie, « le film n’allait pas dans le sens de l’histoire officielle », se souvient Merzak Allouache. Il est remonté puis diffusé sans signature.

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                « En attendant les hirondelles » : Algérie, cadavre exquis



Dans une interview à la revue Africultures, Farouk Beloufa, qui avait découvert Le Caire au sein d’une équipe de tournage de Youssef Chahine, en 1976, puis le Liban, raconte l’urgence pour lui de tourner à Beyrouth. Paradoxalement, il disait mieux « respirer » dans cette ville en guerre qu’à Alger, où il se sentait « muselé, dévitalisé, cherchant [son] oxygène ».
« Nous n’étions pas prévus, comme absents de la planification », poursuit Merzak Allouache, qui évoque la censure politique mais aussi les barrières dressées par les réalisateurs d’Etat « installés ». Les deux amis doivent ruser avec la censure, mais alors qu’après avoir tourné en 1976 le superbe Omar Gatlato, Merzak Allouache réalise une vingtaine de films entre la France et l’Algérie, Farouk Beloufa quitte son pays à la fin des années 1980 pour la France et ne trouve plus les ressources pour mener ses projets à bien.
« J’ai perdu la voix, comme Nahla »
Ce n’est qu’en 2010 que son film est enfin projeté à Beyrouth, où il retourne pour la première fois, grâce à l’association Beirut DC et à son festival. Les acteurs libanais du long-métrage découvrent Nahla sur grand écran, grâce à une cassette BETA fournie par l’association marseillaise Aflam, qui avait elle-même fait redécouvrir l’œuvre une année plus tôt à ses spectateurs. A une personne qui lui demande pourquoi il n’a plus tourné, le cinéaste répond par une pirouette : « J’ai perdu la voix, comme Nahla. »
En privé, il avait la dent plus dure contre les « apparatchiks » qui l’avaient poussé à quitter l’Algérie. « Fais attention, ils vont te briser », dit-il à Sofia Djama en 2011, après avoir vu à Paris son premier court-métrage, dont il avait salué la liberté de ton. La jeune réalisatrice tournera son premier long-métrage, Les Bienheureux, en Algérie en 2016, sans aide publique mais sans difficultés administratives, et en intégrant plusieurs séquences de Nahla à son film.

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                « Les Bienheureux » : plongée dans la nuit algéroise



« J’avais trouvé la réalisation de Nahla très moderne, de même que ses propos, quelques mois avant les révolutions arabes », se souvient Rabih El Khoury, le programmateur de Beirut DC. Cette modernité artistique ou politique, que le quotidien Libération relevait en 2005 à l’occasion d’une diffusion du film à la télévision française, est la qualité la plus partagée parmi les hommages rendus à Farouk Beloufa depuis que sa mort est devenue discrètement publique.
« Il m’a rassuré sur la force créatrice dont nous sommes capables, nous, Algériens, et sur notre capacité à porter un regard sur autre chose que nous-mêmes, témoigne Sofia Djama. Pour le monde arabe, son film est comme une image manquante, il nous rappelle que la révolution n’est pas un mot qui n’appartient qu’au politique et qu’elle est une urgence en chacun de nous. »
« Des talents ostracisés et brisés »
En 2013, le réalisateur Tariq Teguia avait lui aussi rendu hommage à Nahla en le programmant au Forum des images, à Paris, dans la foulée de la sortie de son troisième long-métrage, Révolution Zendj, dans lequel un journaliste algérien cherche des réponses à ses questions à Beyrouth. Et l’année suivante, Farouk Beloufa avait réussi, avec l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel, à tourner un nouveau court-métrage, Le Silence du Sphinx.
Ludmila, une Algérienne installée à Beyrouth, se souvient que ses parents lui ont montré des films de Pasolini ou de Bergman mais ne lui ont jamais parlé de Beloufa. Il lui a fallu attendre de quitter son pays, en 1994, pour qu’un étudiant français l’invite à découvrir Nahla. Elle hésite d’abord, croyant avoir affaire à un « énième film sur le conflit palestinien », mais son ami la rassure : « C’est une poésie. » « Le découvrir a été un choc, se souvient-elle aujourd’hui depuis Beyrouth. Mais ça m’a immédiatement rendue triste, car ça m’a rappelé le nombre incalculable de personnes de talent qui ont été ostracisées et brisées par ce régime. »

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                « Occidental » : la forme au détriment du fond



Si le passage de relais a été difficile entre les générations, peut-être a-t-il existé au sein de la famille Beloufa ? Neïl, son fils, expose actuellement au Palais de Tokyo, à Paris, un dispositif scénographique sur l’histoire, alors qu’Occidental, son premier long-métrage, est sorti en France le 23 mars.


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Le cinéaste présentera hors compétition « The House That Jack Built », après avoir été déclaré « persona non grata » en 2011.
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Cannes 2018 : Lars Von Trier de retour sur la Croisette

Le cinéaste présentera hors compétition « The House That Jack Built », après avoir été déclaré « persona non grata » en 2011.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 14h16
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                            Thomas Sotinel








                        



   


Sept ans après avoir été déclaré persona non grata par le Festival de Cannes, Lars Von Trier fera son retour sur la Croisette lors de la 71e édition, organisée du 8 au 19 mai. The House That Jack Built, histoire d’un tueur en série interprété par Matt Dillon, sera présenté hors compétition, ce qui laisse encore une marche à gravir au réalisateur danois avant de retrouver la place qui était la sienne avant sa sortie de 2011, dans laquelle il avait expliqué « comprendre Hitler ». Dans un communiqué, le Festival explique que « Pierre Lescure, président du Festival, et son conseil d’administration ont décidé d’accueillir [son] retour ».

   


Le programme de la compétition s’est étoffé. Trois films supplémentaires concourront, avec les 18 titres déjà annoncés, pour la Palme d’or : Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez, quatrième long-métrage français de cette sélection, avec Vanessa Paradis dans le rôle d’une productrice de films X gays ; Le Poirier sauvage, du Turc Nuri Bilge Ceylan, Palme d’or en 2014 pour Winter Sleep, et Ayka, le deuxième film du réalisateur kazakh Sergey Dvortsevoy dont on avait découvert Tulpan, pastorale des steppes, dans la section Un certain regard en 2008.

        Lire l’analyse :
         

          Cannes 2018 s’offre une affiche audacieuse



Trois longs-métrages se sont ajoutés au programme de cette dernière section : Donbass, une fiction que Sergei Loznitsa a tournée dans la région ravagée par la guerre de son pays, l’Ukraine ; Meurs, monstre meurs, de l’Argentin Alejandro Fadel, et Les Morts et les autres, du Portugais João Salaviza et de la Brésilienne Renée Nader Messora.

        Lire le compte-rendu :
         

          Kristen Stewart, Léa Seydoux et Robert Guédiguian rejoignent le jury du Festival de Cannes



En séances de minuit, on pourra voir Whitney, le documentaire que l’Ecossais Kevin Macdonald a consacré à la chanteuse américaine et une nouvelle adaptation du Fahrenheit 451, de Ray Bradbury, par Ramin Bahrani, avec Michael B. Jordan.

        Lire le focus :
         

          Parallèles et audacieuses sections cannoises



Enfin (et rarement le mot fut employé à aussi bon escient), L’Homme qui a tué Don Quichotte, de Terry Gilliam, arrivera au bout de sa route. Dix-huit ans après le tournage interrompu par les intempéries et la maladie de Jean Rochefort, et après d’innombrables tentatives pour ressusciter ce projet, cette variation sur un thème de Cervantès interprétée par Jonathan Pryce et Adam Driver fera la clôture du Festival, le 19 mai, et sortira simultanément en salle.

        Lire le récit :
         

          Pour « Don Quichotte », le projet fou de Terry Gilliam, la malédiction continue







                            


                        

                        


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Vers une liste noire des sites illégaux de streaming en France

La ministre de la culture Françoise Nyssen envisage cette mesure pour lutter contre le piratage des films sur Internet.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 12h19
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 15h57
    |

            Nicole Vulser








                        


Du billard à trois bandes. Dans le cadre de la difficile réforme de la chronologie des médias (l’ordre et les délais dans lesquels un film peut être diffusé à la télévision, en vidéo ou en vidéo à la demande après sa sortie en salle), treize organisations du septième art, représentant la totalité de la filière cinéma, ainsi que trois chaînes de télévision (Canal+, M6 et TF1) avaient demandé en urgence à Françoise Nyssen, la ministre de la culture, des mesures concrètes contre le piratage des films. Une pratique qui représenterait 1,3 milliard d’euros de manque à gagner annuel en France pour toute la filière.
Ces professionnels ont été entendus. Mercredi 18 avril, la ministre a annoncé qu’elle réfléchit à des « listes noires » de sites illégaux de streaming, qui seraient établies par la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi). Ces listes mises à jour régulièrement devraient permettre aux fournisseurs d’accès, aux moteurs de recherches et aux annonceurs de bloquer l’accès à ces sites et de supprimer leur référencement.
« Placer la priorité sur la lutte contre les sites pirates »
Selon Mme Nyssen, « l’essentiel de notre arsenal porte sur le téléchargement pair à pair, aujourd’hui, alors que le piratage se fait dans 80 % des cas en streaming ou en téléchargement direct ». Signe que la Hadopi, créée en 2009 pour envoyer des avertissements aux internautes fraudeurs, n’est plus adaptée aux pratiques actuelles des pirates.
La ministre reconnaît donc qu’il faut faire « évoluer le mécanisme de riposte graduée, en plaçant la priorité sur la lutte contre les sites pirates pour les assécher (…) et les faire disparaître ».
Ces propositions interviennent alors que plusieurs organisations représentant le cinéma indépendant menaçaient de boycotter mercredi une réception au ministère si aucune mesure anti-piratage n’était annoncée.
Un système obsolète
Quant à la chronologie des médias, la ministre a affirmé qu’« elle n’est plus adaptée, qu’elle est décalée par rapport aux usages » et « à l’évolution du paysage audiovisuel ». Malgré la médiation qu’elle a engagée pour réformer cet accord, « les discussions ne parviennent pas à aboutir », a-t-elle constaté.
« J’ai décidé de reprendre la main », a-t-elle dit, avec l’ambition d’avancer courant mai. Elle compte repartir sur la base des recommandations des médiateurs. Quitte à légiférer sans doute si aucun accord interprofessionnel n’a pu être signé.
Le système actuel est jugé totalement obsolète, en raison à la fois du piratage des films mais aussi de l’essor de plates-formes comme Netflix, qui finance désormais de façon importante la production cinématographique. Or, si un long-métrage financé par Netflix était projeté en salles en France, il devrait attendre… trois ans avant de pouvoir être mis en ligne sur sa propre plate-forme.

        Lire aussi :
         

                Netflix et cinéma : la ministre de la culture veut sortir du « blocage »



Une concurrence « inéquitable »
La chronologie des médias reste une exception française : ailleurs, des contrats ad hoc lient les détenteurs des films aux exploitants de salles, aux télévisions, aux éditeurs vidéo ou aux plates-formes de services de vidéo à la demande par abonnement (SVoD), comme Amazon ou Netflix. Sans que personne n’y trouve à redire.
Toujours dans un souci d’éviter une concurrence qu’elle juge « inéquitable », la ministre souhaite imposer, dans le cadre de la révision de la directive européenne sur les Services de médias audiovisuels, les mêmes obligations de financement dans la création aux chaînes et plates-formes vidéos établies hors de l’Hexagone que celles auxquelles doivent se plier les acteurs français. Dans la même veine, elle espère imposer « un quota d’œuvres européennes sur les plates-formes de vidéo à la demande ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Des revues radicales ou des livres d’universitaires, sur l’histoire du capitalisme notamment, s’inspirent des thèses du philosophe allemand.
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Comment les idées marxistes circulent aux Etats-Unis

Des revues radicales ou des livres d’universitaires, sur l’histoire du capitalisme notamment, s’inspirent des thèses du philosophe allemand.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 12h00
    |

                            Anne Dujin








                        



                                


                            
« La bourgeoisie du XIXe siècle utilisait l’argument de la moralité pour assurer la dominance de classe – ce que les élites actuelles font encore. » C’est par ces mots que commence un article de la revue américaine Jacobin, fondée en 2010 par de jeunes diplômés d’universités, qui compte 30 000 abonnés et attire un million de visites mensuelles sur son site. L’article procède à une analyse critique des habitudes de vie des classes supérieures aux Etats-Unis et en Europe. Et les compare aux comportements caractéristiques des classes bourgeoises du XIXe siècle, à travers lesquels elles affirmaient leur supériorité morale sur le reste de la société.
Domination de classe et idéologie
Si les pratiques ont changé, affirme l’auteur, un jeune historien, le mécanisme d’imposition de la supériorité morale reste bien actif : « Les cours de yoga, la nourriture artisanale et le parcours de candidature à l’université ont remplacé les promenades du dimanche, les cours du soir et les salons mondains. Mais ne vous y trompez pas, ils poursuivent le même but : donner au privilège de classe le visage de la vertu individuelle et, par là même, consolider la domination sociale. »
Une telle analyse s’appuie explicitement sur un certain nombre de concepts marxistes : celui de domination de classe évidemment, et celui d’idéologie – mécanisme par lequel ladite classe dominante produit des représentations qui la confortent.
Son fondateur, Bhaskar Sunkara, a présenté Jacobin au moment de son lancement comme une « publication radicale », « largement le fait d’une jeune génération qui se sent moins liée par les paradigmes de la guerre froide que les milieux de gauche traditionnels », représentés par des revues telles que Dissent ou New Politics.
La philosophe Nancy Fraser, qui appartient à la génération de la guerre du Vietnam, abonde dans ce sens : « Jacobin est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Une partie de la jeunesse américaine trouve dans les idées du philosophe allemand des outils pour comprendre la société. Enquête sur le renouveau du marxisme au pays du maccarthysme.
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Karl Marx fait son come-back aux Etats-Unis

Une partie de la jeunesse américaine trouve dans les idées du philosophe allemand des outils pour comprendre la société. Enquête sur le renouveau du marxisme au pays du maccarthysme.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 15h07
    |

                            Anne Dujin








                        



                                


                            
Karl Marx aurait eu 200 ans en mai. A l’heure de ce bicentenaire, toute une actualité éditoriale et événementielle revient sur la vie et l’œuvre du philosophe, aujourd’hui unanimement reconnu comme un auteur majeur, et sans doute le meilleur penseur du capitalisme. Mais qu’en est-il du Marx militant qui inspira les révolutions socialistes du XXe siècle, celui qu’évoque Raoul Peck dans son film Le Jeune Karl Marx (2017) ? A-t-il encore des disciples, trente ans après la chute du rideau de fer ? La réponse est oui. Mais contre toute attente, ils ont 20 ans et ils sont… américains !
Critique du capitalisme
L’organisation Democratic Socialists of America (DSA), issue de la scission du Parti socialiste d’Amérique en 1973, a vu ses effectifs multipliés par quatre ces deux dernières années, dépassant les 32 000 adhérents. Considéré jusque-là comme représentant l’aile gauche du Parti démocrate, mais en réalité dans une situation de dépendance à son égard et donc peu radical dans ses prises de position, le mouvement a récemment été investi par de jeunes militants désireux d’écrire une nouvelle page de l’histoire de la gauche américaine, sur un ton beaucoup plus critique du capitalisme que celui de leurs prédécesseurs.
Conséquence de cet afflux, l’âge médian de ses membres est passé de 68 ans en 2013 à 33 actuellement. Alors que le qualificatif de « socialiste » effrayait leurs aînés, qui le jugeaient indissociable des régimes totalitaires du XXe siècle, une nouvelle génération n’hésite plus à se définir comme tel, et à revendiquer une lecture « marxiste » des événements. Seth Ackerman, rédacteur en chef de la revue de gauche radicale Jacobin, confirme : « Quand j’avais 20 ans [il en a 35], se déclarer socialiste relevait de l’excentricité. Aujourd’hui, c’est un qualificatif que de nombreux jeunes assument. »
Dans un pays où l’anticommunisme et l’antimarxisme ont souvent paru aller de soi, comment...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Thèses, séminaires ou groupes de lectures sur le sujet fleurissent dans le monde universitaire, souligne le philosophe Emmanuel Renault.
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En France, « un regain d’intérêt académique » pour les idées marxistes

Thèses, séminaires ou groupes de lectures sur le sujet fleurissent dans le monde universitaire, souligne le philosophe Emmanuel Renault.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 12h00
    |

                            Anne Dujin








                        



                                


                            
Emmanuel Renault est professeur de philosophie sociale à l’université Paris-Nanterre. Pour le bicentenaire de la naissance de l’auteur du Capital, il publie en anglais Marx and Critical Theory (« Marx et la théorie critique », Brill, à paraître le 26 juillet)
Le marxisme existe-t-il encore en France ?
Tout dépend de ce qu’on appelle le marxisme ! De la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1970, le marxisme renvoyait à un mouvement politique révolutionnaire dans lequel l’organisation de la classe ouvrière par des partis de masse et des syndicats était étroitement associée à un ensemble de principes théoriques et politiques issus de Marx. Ce marxisme-là n’existe plus. Mais on n’en continue pas moins à se référer de différentes manières, théoriquement et politiquement, à Marx et à l’histoire des marxismes.
On peut alors qualifier de marxistes des théories, des analyses ou des stratégies partageant l’ensemble ou certaines de six thèses fondamentales. Premièrement, la base économique des sociétés produit des effets déterminants sur l’organisation d’ensemble de la vie sociale et sur les conflits qui s’y développent. Deuxièmement, les sociétés contemporaines ont un caractère capitaliste. Troisièmement, les sociétés, aujourd’hui comme hier, sont structurées par l’opposition des intérêts des classes dominées et des classes dominantes.
Quatrièmement, la politique doit être analysée, suivant une perspective réaliste, comme une lutte des classes. Cinquièmement, les classes dominantes tendent à présenter leurs intérêts particuliers comme étant conformes à l’intérêt général, selon un mécanisme auquel Marx a donné le nom d’idéologie. Il en résulte, sixièmement, qu’aucune politique émancipatrice n’est possible sans critique de l’idéologie.
Où la pensée de Marx est-elle active aujourd’hui ?
On constate un regain d’intérêt pour Marx dans l’université et dans des cercles para-académiques,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Un meurtrier virus décime les populations de villages reculés. Seul survivant de ces épidémies, un mystérieux archéologue doté de pouvoirs hors du commun tente de combattre le fléau.
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Archéologie, vampirisme... : « King of Eden », un thriller religieux en manga

Un meurtrier virus décime les populations de villages reculés. Seul survivant de ces épidémies, un mystérieux archéologue doté de pouvoirs hors du commun tente de combattre le fléau.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 09h59
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 11h25
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


Nouveauté des éditions Ki-oon, King of Eden nous fait voyager sur tous les continents, avec un scénario impliquant plusieurs groupuscules terroristes internationaux dans une chasse mortelle dont ils sont à la fois les acteurs et les proies. L’histoire commence en Espagne, où un village entier est rasé par les flammes et où s’empile un monceau de cadavres calcinés et défigurés par une mystérieuses affection. La même scène se répète dans des villages thaïlandais, chinois, écossais… et les gouvernements s’émeuvent de ces massacres aveugles. Un témoin semble être toujours présent, apparemment immunisé, mais fuyant comme une anguille.

   


King of Eden développe un récit original dans une veine assez classique de thriller à suspense. Son auteur, Takashi Nagasaki, sexagénaire japonais multicarte, a un CV bien fourni dans l’écriture de scénarios de manga. On a pu le voir récemment dans la série Inspecteur Kurokôchi, mais il est surtout célèbre pour sa collaboration avec Naoki Urasawa, de manière répétée, sur ses œuvres les plus connues. C’est de son esprit assez compliqué qu’est sorti 20th Boys, le cultissime Monster, ou encore plus récemment Billy Bat et Pluto. On reconnaît d’ailleurs assez vite son style narratif tortueux et complexe dans cette histoire qui ratisse large dans la géographie et l’histoire mondiale.
Cela pourrait être une simple histoire de zombies, ou de virus meurtrier, ouvrant la voie à un classique survival (High School of the dead, I’m a Hero, Parasyte...), mais Takashi Nagasaki a eu la bonne idée d’ancrer son récit dans une trame historique et religieuse ambitieuse, faisant référence à l’Ancien Testament, l’animisme néolithique, les proto-religions de la Perse des rois achéménides et le vampirisme. Vaste programme qui intrigue, et donne une profondeur inédite à ce type de manga. Le succès de récits à suspense inspirés des religions n’est plus à démontrer, depuis Indiana Jones et le Da Vinci Code qui ont marqué les esprits.

   


Pour cette nouvelle collaboration, c’est avec Lee Sang-cheol, un jeune dessinateur sud-coréen, que Takashi Nagasaki s’est associé. C’est la première série éditée en volumes de ce jeune mangaka dont le trait réaliste et la vivacité ne sont pas sans rappeler celle de Naoki Urasawa. La série est en cours de parution en Corée du Sud, avec cinq volumes disponibles à ce jour. Deux volumes sont en librairie en France, le troisième est prévu pour le 3 mai.

   


King of Eden, de Takashi Nagasaki et Lee Sang-cheol, aux éditions Ki-oon. Série en cours (cinq tomes au Japon), deux tomes disponibles en France. Tome 3 disponible le 3 mai, 7,90 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ La Bibliothèque nationale consacre une exposition en forme de mise en abyme à sa conception par l’architecte français.
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A la BNF, Dominique Perrault à livre ouvert

La Bibliothèque nationale consacre une exposition en forme de mise en abyme à sa conception par l’architecte français.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 09h15
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 10h26
    |

            Jean-Jacques Larrochelle








                        



                                


                            

Si l’on suit scrupuleusement le parcours chronologique de l’exposition, la première image qui apparaît est un clin d’œil, du moins le croit-on : un escamotage rudimentaire du bâtiment central du Taj Mahal, en Inde, qui dévoile une géométrie du vide où ne subsistent que le ciel et quatre tours d’angle. L’architecte Dominique Perrault et sa complice et designer Gaëlle Lauriot-Prévost, maîtresse d’œuvre de l’accrochage, ont ainsi voulu que débute « Portrait d’un projet, 1988-1998 », la manifestation en forme de mise en abyme que présente la Bibliothèque ­nationale de France, jusqu’au 22 juillet : la BNF s’attache à « suivre pas à pas le roman de sa création, depuis le concours jusqu’à la conception », ainsi que le résume, en introduction, la présidente des lieux, ­Laurence Engel.
Ce photomontage vieillot du ­fameux mausolée voulu par l’empereur moghol Shah Jahan est ­accompagné d’autres reliques : le Polaroid d’un « livre pierre » réalisé, en 1989, par l’artiste coréen ­Ko Young-hoon (« œuvre de référence », selon Dominique Perrault), une méditation sur la BNF, griffonnée de la main de l’architecte (« dans ce lieu très urbain, un cloître, un lieu de recueillement, ­sérénité, hors ville/dans la ville… ») et un portrait de lui, trentenaire, assis à son bureau, parmi les attributs de sa science.
Le dernier grand chantier des mandatures du président François Mitterrand a été l’un des plus polémiques de ces trente dernières années
L’apparente légèreté de cette entrée en matière ne doit pas faire oublier que la BNF, bâtiment-monument des plus prestigieux, dernier grand chantier des mandatures du président François Mitterrand, a aussi été l’un des plus polémiques de ces trente dernières années. « Portrait d’un projet » n’évoque pas cet aspect-là de son histoire, son accouchement dans la douleur (ses oppositions, ses pannes répétées, ses grèves et ses multiples aléas), mais sa gestation.
Le visiteur sitôt entré dans la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Trois films réalisés par l’acteur, vu notamment chez Rivette et Truffaut, ressortent en salle.
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Reprise : les lignes de fuite de Jean-François Stévenin

Trois films réalisés par l’acteur, vu notamment chez Rivette et Truffaut, ressortent en salle.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 08h50
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h21
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


On connaît surtout l’acteur : sa présence vulpine, son regard d’un bleu enfoui, qui, depuis la fin des années 1970, traverse tranquillement l’histoire du cinéma français, de son centre à sa marge. La liste des réalisateurs chez qui on a pu voir Jean-François Stévenin est interminable : Rivette, Truffaut, Godard, Blier, Breillat, Mocky, Rochant… On connaît moins l’histoire de cet ancien étudiant de HEC qui a fait tous les métiers possibles pour assouvir sa passion des tournages, jusqu’à passer tout naturellement derrière la caméra.
Cinquante ans de carrière et trois films en tant que réalisateur : Passe-montagne (1978), Double messieurs (1986), Mischka (2001). Ceux qui ont eu la chance de les voir les évoquent comme des mots de passe, des secrets trop bien gardés que l’on pourra désormais voir et revoir dans leur version restaurée. On pense à Godard, à Pialat, on retrouve cette France du cambouis, le road-movie à la française, de Blier à Cavalier. Mais la prouesse de Stévenin aura été de fabriquer en seulement trois films une France bien à lui : des duos, des tribus qui prennent la route, gravissent la montagne, échouent dans des lieux de transit avant de reprendre la fuite.

        Lire le récit :
         

          Souvenirs fous d’un tournage flou dans le Jura




Influences américaines
C’est à la fois la France et autre chose, l’ancrage dans un pays et la ligne de fuite tendue vers un désir très français d’Amérique. « Là-bas, tout était possible : les chevaux, les motos. On vit étriqué en Europe, là-bas, ça roule », dit-il. Ses influences américaines, Stévenin ne les singe jamais, elles coulent dans les veines de sa mise en scène : le goût du silence hérité de Monte Hellman, l’approche béhavioriste du jeu d’acteur, les gestes plutôt que les dialogues. « Comme acteur, je n’avais aucune expérience donc je me suis appuyé sur les gestes. Je me suis aussi aperçu que John Wayne n’était jamais debout comme un con, il fallait qu’il ait une Winchester à la main ou qu’il prépare un café avec la Winchester posée à côté de lui. Newman, Montgomery Clift, Marlon Brando, ils s’appuient tous sur des gestes. » Chez Stévenin, le spectateur n’engrange aucune information, il s’imprègne d’une atmosphère, se libère de la compréhension pour regarder des hommes et des femmes agir.
S’il joue toujours dans ses films, c’est à chaque fois accompagné d’acolytes lunaires et enfantins
Au générique d’ouverture, les cartes routières se mêlent aux photos d’enfance de ses acteurs, manière d’annoncer que ce qui suivra ne sera qu’un jeu d’enfant et que le cinéma a permis à Stévenin de réaliser à l’âge adulte ses rêves de gamin : « Passe-montagne, c’est toutes mes frustrations d’adolescent par rapport à mes copains un peu voyous qui faisaient ce qu’ils voulaient. J’avais une éducation rigoureuse, je ne pouvais pas me sauver la nuit et je me suis vengé en faisant ce film : le garage, le cambouis, une Porsche sous une bâche, la frontière suisse pas loin. »

S’il joue toujours dans ses films, c’est à chaque fois accompagné d’acolytes lunaires et enfantins : la bonhomie moelleuse d’un Jacques Villeret, la douce fantaisie d’Yves Afonso et de Jean-Paul Bonnaire dans Double messieurs. Avec eux, on embarque sur un coup de tête, pour un rien, on se roule dans la neige, on kidnappe une femme et les Courtepaille d’aires d’autoroutes font penser à des vaisseaux spatiaux – « on est à la fois inquiet et ravi d’être là, tout en se demandant ce qu’on fout là ».
« La vie, c’est gris et lumineux »
Rien ne se formule ni ne se déclare, on devient ami sans se le dire, on part en voyage sans s’en rendre compte. Un cinéma libéré des péripéties et du scénario (bien que les siens soient très écrits) et qu’il évoque en parlant de John Cassavetes : « Quand j’ai vu ses films, je me suis dit “J’ai un cousin”, ça me parlait à tous les plans. Les personnages, l’amour qui ruisselle, Love Streams… On aime absolument tous les personnages, même le pire salopard de la Mafia. La vie, c’est ni noir ni blanc, c’est gris, c’est lumineux. » Dans ses propos, la douceur prime sur les sentiments négatifs : il ne regrette pas de ne pas avoir réalisé plus de films, et lorsqu’on lui parle du goût tenace de ses personnages pour la fuite, Stévenin ne l’évoque jamais par opposition à une quotidienneté qu’il rejetterait : « On a tous une espèce de ronron qui n’est pas forcément mauvais et d’un seul coup la porte s’entrouvre et on peut aller vivre autre chose pendant trois, dix jours. Mes films sont des chemins de traverse. Et puis quand ça finit on reprend son ronron habituel s’il ne nous est rien arrivé de fâcheux. »



Même douceur lorsqu’il s’agit d’évoquer un tournage, très loin de l’image du réalisateur qui régnerait en maître et imposerait ses vues à son équipe. Plutôt un coup de foudre collectif : « On tombe amoureux des acteurs d’une façon ou d’une autre, mais on est aussi amoureux du chef électricien. C’est tellement dur et dérisoire de faire un film que j’ai envie de prendre tout le monde dans mes bras. » Et après le tournage ? « Le coup de foudre s’arrête et tout le monde tombe malade. »

   


Intégrale Jean-François Stévenin : Passe-montagne (1978, 1 h 53), Double messieurs (1986, 1 h 30), Mischka (2001, 1 h 56), Reflet Médicis, Paris 5e. www.acaciasfilms.com/film/integrale-jean-francois-stevenin



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ De Venise à Trévise, de Trévise à Vérone, le photographe américain Daniel Shea rend hommage à l’architecte vénitien Carlo Scarpa. Des réalisations architecturales conçues « comme si Scarpa leur avait rêvé un destin de ruines ».
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Le 19 avril, Raul Castro passera la main au nouveau président de Cuba, Miguel Diaz-Canel. Une succession qui marque la fin de l’ère Castro, qui aura duré soixante ans.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Le percussionniste livre à Paris une érudite explication de cet instrument d’origine perse.
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Musiques : le zarb au clair avec Pablo Cueco

Le percussionniste livre à Paris une érudite explication de cet instrument d’origine perse.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 08h27
    |

                            Francis Marmande








                        



                                


                            
Pablo Cueco, 61 ans, percussionniste connu de tous les musiciens, tous genres et styles confondus, belle gueule, exubérance capillaire, est un artiste. Un zarbiste. Il joue le zarb tout en s’expliquant sur la question. Assis, zarb sous le coude gauche, Pablo Cueco regarde ses mains et ses ongles danser sur la peau. Il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. Festival de timbres et de mots. Le zarb, également nommé tombak, est un instrument de percussion à excitation digitale d’origine perse.
Apte à transmettre tous les sons et l’infini des pensées du monde, le zarb est un tambour qui parle. De la kyrielle d’étymologies proposées par Pablo Cueco tout en tambourinant, les plus fantaisistes sont formidables. La plus banale semble attestée. Ne nous emballons pas. Tombak ? Simple : tom, pour le grave qu’on obtient au centre de la peau ; bak, pour les aigus en bord de caisse, avec doigts ou ongles. Le zarb appartient à la famille des membranophones (chacun comprendra), ou celle des tambours en gobelet que l’on trouve en Asie, en Europe de l’Est, en Afrique, et dans le 11e arrondissement de Paris, quand Cueco se présente sur la scène du théâtre de la Comédie Nation.

Poésie néolettriste
Pablo Cueco est un zarbiste de catégorie. Fils des plasticiens Henri et Marinette Cueco, né en Corrèze en 1957, il est aussi connu dans la musique « contemporaine » (Luc Ferrari, Georges Aperghis, Jean-Pierre Drouet) que dans l’improvisation situationniste insituable (Sylvain Kassap, Denis Colin, Didier Petit, Claude Barthélémy, Patricio Villaroel, François Tusques) ou au théâtre (Pierre-Etienne Heymann, Sonia Masson). Discographie impressionnante, présence scénique sobre autant que formidable et, surtout, cet air impassible dont il soutient ses laïus véridiques tout en zarbillant.
Les enfants ne s’y trompent pas. Ils éclatent de rire à tout propos. Comparez avec les innombrables « nouveaux comiques » : ils multiplient les clins d’œil,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Fervent admirateur de Carlo Scarpa, le photographe Daniel Shea donne à voir l’œuvre subtile aux lignes délicates de cet architecte vénitien encore méconnu, disparu en 1978.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤                
                                    

Dans les pas de l’architecte Carlo Scarpa


                      Fervent admirateur de Carlo Scarpa, le photographe Daniel Shea donne à voir l’œuvre subtile aux lignes délicates de cet architecte vénitien encore méconnu, disparu en 1978.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 08h15
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h25
    |

                            Clément Ghys







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        De Venise à Trévise, de Trévise à Vérone, le photographe américain Daniel Shea rend hommage à l’architecte vénitien Carlo Scarpa. Des réalisations architecturales conçues « comme si Scarpa leur avait rêvé un destin de ruines »."
            data-slide-description="Détail d’une façade vénitienne."
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            data-slide-description="Socle flottant réalisé par Carlo Scarpa en 1969 mettant en valeur « La Partisane », une statue d’Augusto Murer (1961), sur la rive des Jardins de la Biennale de Venise."
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            data-slide-description="Filetta, près de Trévise."
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            data-slide-description="Détail de Tomba Brion, un complexe funéraire conçu par Carlo Scarpa pour Giuseppe Brion, fondateur de la société d’électronique Brionvega, à San Vito d’Altivole, près de Trévise. Considéré comme un des chefs-d’œuvre de l’architecte italienne, il a été construit entre 1970 et 1978 et réunit des bâtiments, des massifs, des jardins et des bassins. Carlo Scarpa a souhaité y être enterré à sa mort, en 1978."
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            data-slide-description="Détail du tombeau de Giuseppe Brion à San Vito d’Altivole."
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            data-slide-description="Bassin de poissons rouges du jardin de la Fondation Querini-Stampalia, palais vénitien du XVIe siècle partiellement rénové par Carlo Scarpa en 1959."
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            data-slide-description="Détail de l’intérieur de Banco BPM (ex-Banca popolare di Verona), conçu par l’architecte."
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            data-slide-description="Détail de l’aile moderne du Musée Canova, à Possagno, réalisée par Carlo Scarpa en 1957. L’architecte a voulu qu’il s’intègre au reste du bâtiment du XVIIe siècle."
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            data-slide-description="« Les Trois Grâces », sculpture d’Antonio Canova, dans l’aile moderne du Musée Canova, à Possagno, réalisée par Carlo Scarpa en 1957,"
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            data-slide-description="Détail du complexe funéraire Tomba Brion, conçu par Carlo Scarpa pour Giuseppe Brion, fondateur de la société d’électronique Brionvega, à San Vito d’Altivole, près de Trévise.Détail de Tomba Brion, un complexe funéraire Considéré comme un des chefs-d’œuvre de l’architecte italienne, il a été construit entre 1970 et 1978 et réunit des bâtiments, des massifs, des jardins et des bassins. Carlo Scarpa a souhaité y être enterré à sa mort, en 1978."
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            data-slide-description="A Bardolino, près de Vérone, sur le lac de Garde, la Villa Ottolenghi construite par Carlo Scarpa (1974-1978)."
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            data-slide-description="Porte du Museo Civico di Castelvecchio, près de Vérone. Ce musée a fait l’objet d’une restauration par Carlo Scarpa entre 1959 et 1973."
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            data-slide-description="Détail de Banco BPM (ex-Banca popolare di Verona)."
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            data-slide-description="Détail de Banco BPM (ex-Banca popolare di Verona)."
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            data-slide-description="Détail du toit d’un des bâtiments du monument funéraire Tomba Brio, à San Vito, près de Trévise."
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De Venise à Trévise, de Trévise à Vérone, le photographe américain Daniel Shea rend hommage à l’architecte vénitien Carlo Scarpa. Des réalisations architecturales conçues « comme si Scarpa leur avait rêvé un destin de ruines ».            
Détail d’une façade vénitienne.

DANIEL SHEA
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« Beaucoup de voyageurs d’Italie le connaissent sans l’avoir identifié », écrivait, le 27 juin 1975 dans Le Monde, le critique d’art André Chastel au sujet de Carlo Scarpa. L’architecte italien, né en 1906, était encore vivant – il mourra trois ans plus tard –, et son œuvre déjà méconnue. Et ce malgré ses constructions essaimées dans toute la Péninsule, surtout à Venise, sa ville natale. L’ancrage lagunaire n’a rien d’anodin et permet de comprendre, ou de découvrir, son travail. Dans une ville où tout est figé par la beauté, Carlo Scarpa a dessiné des lieux qui s’imbriquent dans le passé, le respectant au point de le réinventer.
Au cours de sa carrière, entamée dans les années 1930, il a ainsi cumulé des travaux de rénovation, brodant sa patte sur un tissu préexistant. Dans les arcades de la place Saint-Marc, il a conçu la boutique, toute en marbre et jeux de lumière, du fabricant de machines à écrire Olivetti. A la Fondation Querini-Stampalia, dans un délirant palais du Cinquecento, il a dessiné un jardin minimaliste. Aux Giardini, qui accueillent la Biennale, il a inventé le pavillon du Venezuela, un bloc de béton et de baies vitrées. Autant de lieux que, courant mars, le photographe Daniel Shea a arpenté, lui qui affirme que Scarpa est « [son] artiste préféré ». « Je voulais comprendre son travail et surtout la manière dont ses bâtiments s’intègrent à leur environnement. » 
« Dans cette Italie souvent oubliée, les clichés de la douceur de vivre, du plaisir de manger ou de se reposer sont encore plus vrais qu’ailleurs. » Daniel Shea
Du bercail vénitien, le New-Yorkais de 32 ans est ensuite allé à Vérone ou à Trévise, sur les traces de Scarpa. Il y a photographié des détails, blocs de marbre, portes ou fenêtres, puis a saisi les alentours. « C’est fascinant de voir comment, des décennies après leur construction, ses bâtiments continuent à surprendre. » L’œuvre de Scarpa étant moins célèbre que celle d’autres architectes, certains de ces lieux ont à peine été rénovés et portent les marques du temps. Les peintures se fanent, l’eau d’un canal abîme la pierre ou le lierre ronge le béton. Cet aspect décati a séduit Daniel Shea : « Les bâtiments sont vieux, bien sûr, mais, avec les années, ils ont pris une autre dimension. Comme si Scarpa n’avait pas seulement fait des dessins et qu’il leur avait rêvé un destin de ruines. »
Lire aussi (dans les archives du « Monde ») : A propos d’une exposition (perdue) de Carlo Scarpa
La Vénétie traversée par le photographe n’a de touristique que le nom. Les millions de visiteurs annuels de Venise ne s’aventurent que très rarement dans ses environs. Daniel Shea note que, « dans cette Italie souvent oubliée, les clichés de la douceur de vivre, du plaisir de manger ou de se reposer sont encore plus vrais qu’ailleurs ». Il dit avoir été frappé par la « méditation que permettent les bâtiments de Scarpa », qui lui a rappelé la campagne japonaise. Le Japon, justement, c’est là que l’architecte est mort, alors qu’il était en voyage à Sendai et qu’il y était accueilli comme un maître, son obsession des détails et ses lignes délicates ayant trouvé un écho direct avec l’esthétique nippone. Daniel Shea : « Il y a quelque chose de magnifiquement triste dans le fait qu’il soit mort au Japon. » D’où le vague à l’âme qui se dégage de ses photographies, cousin de celle des bâtiments de Scarpa. Une mélancolie italienne et zen, à propos de laquelle André Chastel écrivait qu’elle était « d’une virtuosité à la fois intrépide et contrôlée », la jugeant, « pour les petits cartésiens secs que nous sommes, déconcertante ».



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Entre sources lacunaires et enjeux modernes, l’historien et archéologue Laurent Olivier réussit à cerner ces anciens peuples.
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Qui sont ces Celtes insaisissables ?

Entre sources lacunaires et enjeux modernes, l’historien et archéologue Laurent Olivier réussit à cerner ces anciens peuples.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h11
    |

                            Vincent Azoulay (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Pays des Celtes. Mémoires de la Gaule, de Laurent Olivier, Seuil, « L’Univers historique », 336 p., 23 €.

Voici un livre étrange. Au sens littéral tout d’abord : ce voyage en terres celtes fait le pari du dépaysement, plutôt que de ressusciter une familiarité factice avec « nos ancêtres les Gaulois ». Au sens littéraire ensuite : il est rare qu’un livre d’archéologue commence par un voyage dans le temps sous les auspices de H. G. Wells ! Conservateur en chef au Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), Laurent Olivier a un véritable talent pour instiller un climat d’étrangeté.
Dans un premier chapitre saisissant, il s’efforce de redonner voix aux Celtes, par-delà le filtre imposé par les auteurs anciens, grecs et latins. S’y fait notamment entendre l’effroi causé par l’arrivée des légions romaines en Gaule, passant prisonniers, femmes et enfants au fil de l’épée. Ces massacres, mis en série, produisent un effet vertigineux : en moins de dix ans, César aurait fait tuer un million de Gaulois et en aurait déporté un autre million, anéantissant plus de 20 % de la population locale ! C’est donc ce pays des Celtes, écrasé par Rome et enfoui sous les ruines de la civilisation gallo-romaine, que l’archéologue entend exhumer.
Pour y parvenir, il doit cependant faire avec une documentation lacunaire et discontinue. Aucun témoignage historique direct n’évoque en effet le monde celte entre la période d’expansion commerciale grecque qui suit la fondation de Marseille au VIe siècle av. J.-C. et la conquête romaine de la Narbonnaise, à la fin du IIe siècle av. J.-C. Et quand les auteurs anciens parlent des Celtes – pour reprendre le nom que leur donnent les Grecs – ou des Gaulois – selon le terme employé par les Romains –, c’est en général pour dépeindre des peuplades féroces, dont le degré de sauvagerie serait proportionnel à l’éloignement géographique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Démon de saint Jérôme », de Lucrèce Luciani.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. La folie des livres traverse le temps

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Démon de saint Jérôme », de Lucrèce Luciani.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 15h03
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Le Démon de saint Jérôme. L’ardeur des livres, de Lucrèce Luciani, La Bibliothèque, « Les billets », 140 p., 14 €.

Ce petit-là, pour tout dire, n’a pas été repéré tout de suite. Il a dû attendre, quelque temps, dans un casier, puis dans les piles. Il faut dire qu’il cache bien son jeu. Planqué chez un petit éditeur, masqué sous un titre discret – Le Démon de saint Jérôme, qui fait croire à une étude un peu triste de littérature ancienne ou de patristique –, on dirait qu’il s’ingénie à la discrétion. Attention ! Si on l’ouvre, on ne le lâche plus avant d’avoir achevé ses 140 pages – dans leur genre une vraie fête, savoureuse, savante, insolite, baroque, historique et philosophique.
Jérôme, né vers 347 à Stridon, dans l’actuelle Croatie, est un célèbre docteur de l’Eglise. Bien qu’il ait été surnommé « Doctor Maximus », presque plus personne ne le lit. Dommage, car cet auteur est véhément, virulent, prolixe. Traducteur de la Bible, grand pourfendeur d’hérétiques, il a passé sa vie au cœur des textes, entre rouleaux, parchemins et tablettes, ne cessant pas une seconde de lire, d’écrire, de dicter, de copier – et de tempêter. Ce lecteur fou de Cicéron et de ­Platon, ermite lettré qui ne lâche pas son Virgile même dans le désert, peste souvent contre le style rude et grossier des Ecritures… et s’en repent !
Si peu de lecteurs le fréquentent encore, beaucoup, en revanche, connaissent bien son image. D’innombrables tableaux de la Renaissance et de l’Age classique le représentent – au désert, ou dans son cabinet de lecture, toujours travaillant, entouré d’ouvrages – avec à ses pieds un lion pensif. Le fauve lui était reconnaissant, dit-on, de s’être fait enlever de la patte une malencontreuse épine. Comme quoi, on peut être Père de l’Eglise, ermite, bibliomane et vétérinaire.
Rouleaux épars
La psychanalyste Lucrèce Luciani – à qui l’on doit notamment L’Acédie. Le vice de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ En 2007, Josué Ouvrard commet un meurtre sauvage. David Puaud, qui le connaissait, retrace sa descente aux enfers dans une enquête exemplaire.
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Anthropologie d’un criminel inéluctable

En 2007, Josué Ouvrard commet un meurtre sauvage. David Puaud, qui le connaissait, retrace sa descente aux enfers dans une enquête exemplaire.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h30
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                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Un monstre humain ? Un anthropologue face à un crime « sans mobile », de David Puaud, préface de Michel Agier, La Découverte, « Cahiers libres », 250 p., 19 €.
Quand la calamité dépasse la fiction, il faut essayer de la comprendre à défaut de pouvoir l’expliquer. Telle est l’implacable discipline à laquelle s’est astreint sans vaciller l’anthropologue ­David Puaud tout au long de son enquête. Et pour cause…
Un lundi d’août 2007, le futur auteur d’Un monstre humain ? découvre, en feuilletant le quotidien local, qu’un des protagonistes du meurtre sauvage, avec mutilation, d’un homme pris en stop, n’est autre que Josué Ouvrard, un garçon de 19 ans qu’il suit depuis deux ans en tant qu’éducateur. Le dénommé Josué et son acolyte, qui n’ont jamais nié les faits ni avancé un quelconque mobile, comparaîtront trois ans plus tard pour « homicide volontaire avec préméditation, actes de torture ou de barbarie, enlèvement et séquestration suivie de mort, vol avec violences ayant entraîné la mort, tentative d’escroquerie ». L’exposé des conclusions médico-légales sera si insoutenable qu’un des cinq co-accusés (pour non-dénonciation de crime) s’évanouira pendant le procès.
Description clinique
Des expertises psychiatriques, il ressort que Josué Ouvrard, bien qu’immature psychologiquement, intellectuellement et affectivement, est « un sujet normal qui a commis un acte anormal ». Passé l’effroi et la stupéfaction, David Puaud ne cessera plus de tenter de répondre à une question : « Comment Josué Ouvrard, jeune homme certes en situation de marginalité avancée, a-t-il pu en arriver à commettre un tel crime ? » L’enquête commence, qui prend la forme d’une longue immersion dans les dossiers de sa petite enfance et dans le passé ouvrier de sa ville, Châtellerault (Vienne).
La biographie du jeune homme est désolante, pour ne pas dire désespérante. Aucun scénariste soucieux...




                        

                        

