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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ De l’Alaska à la Terre de Feu, des Amérindiens à aujourd’hui, de Toronto à Ushuaia, l’épopée de ce continent est fascinante et bouleversante. Marquées par la colonisation européenne, l’esclavage, la discrimination raciale, les Amériques c’est aussi, le tango, le cinéma, le jazz ou les chefs-d’œuvre de la littérature sud-américaine, symboles d’un insatiable esprit de liberté et de conquête que raconte ce « hors-série » du « Monde ».
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A la poursuite du rêve américain

De l’Alaska à la Terre de Feu, des Amérindiens à aujourd’hui, de Toronto à Ushuaia, l’épopée de ce continent est fascinante et bouleversante. Marquées par la colonisation européenne, l’esclavage, la discrimination raciale, les Amériques c’est aussi, le tango, le cinéma, le jazz ou les chefs-d’œuvre de la littérature sud-américaine, symboles d’un insatiable esprit de liberté et de conquête que raconte ce « hors-série » du « Monde ».



Le Monde
 |    19.04.2018 à 18h16
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 18h17
    |

Chantal Cabé (Rédactrice en chef adjointe de « La Vie ») et Michel Lefebvre (Responsable des hors-séries du « Monde »)







                        



   


Hors-série. En 1492, Christophe Colomb ouvrait la porte d’un monde inconnu. L’espace habitable de notre planète devenait subitement beaucoup plus vaste grâce à cette « découverte ». Mieux, ce « nouveau » monde se révélait habité par une humanité déroutante et singulière. Jusqu’alors, jamais les Européens n’avaient imaginé l’existence et les richesses de cette Terra incognita. À l’étroit, les capitales du Vieux Continent se prirent à rêver de gloire, d’espace et de conquêtes. Ainsi depuis cinq siècles, l’Amérique n’a cessé d’attirer les hommes en quête de liberté ou de fortune et de hanter nos imaginaires.
De la conquête de l’Ouest à la quête de l’Eldorado, des pyramides incas aux gratte-ciel new-yorkais, des mystérieux géoglyphes de Nazca au prolixe cinéma d’Hollywood, de l’écriture maya au français québécois, des perles de la littérature sud-américaine au music-hall de Broadway, du jazz au tango, de Zapata à Malcolm X, de Buffalo Bill à Sacco et Vanzetti ou du brouhaha des mégapoles à la solitude des forêts primaires d’Amazonie, le désir fou de cette Amérique que chantait Jacques Brel à son ami Jef se perpétue.
Le lieu de tous les possibles
Bien sûr, les peuples et les nations de ce continent ont en partage un passé meurtri par le triste sort des Amérindiens, descendants des premières populations à avoir franchi le détroit de Béring depuis la Sibérie orientale, il y a probablement 30 000 ou 40 000 ans et décimés par les pandémies, une histoire marquée par la colonisation, hantée par l’esclavage et la traite des Noirs. Evidemment, à partir de la fin du XVIIIe siècle, si le continent gagne son indépendance sur les métropoles européennes avec la naissance des États-Unis et des nations sud-américaines, c’est le plus souvent dans la violence que ces projets se construisent.
Tenochtitlan était l’une des plus grandes villes du monde avec au moins 300 000 habitants à l’époque de la conquête, alors que Paris n’en comptait que 25 000
Pourtant l’Amérique reste et demeure le lieu de tous les possibles. Car ce continent fut tour à tour capable de faire de la capitale aztèque, Tenochtitlan, l’une des plus grandes villes du monde – avec au moins 300 000 habitants à l’époque de la conquête lorsque Paris n’en comptait que 25 000 et Séville, alors la plus grande ville d’Europe, 40 000 –, d’inaugurer l’abolition de l’esclavage grâce à la toute première révolution noire (Haïti), de consacrer l’indépendance des États-Unis et, plus récemment, d’élire le premier président noir américain (Barack Obama), juste avant de le remplacer par un animateur-milliardaire (Donald Trump) aussi curieux qu’imprévisible.
C’est pour revivre les étapes de cette longue épopée transcontinentale que les rédactions de La Vie et du Monde, accompagnées des meilleurs spécialistes, images et cartes inédites à l’appui, ont souhaité vous (re) parler de ces fascinantes Amériques. Plus qu’un voyage, c’est une exploration dans les lointains et nouveaux méandres du rêve américain que nous vous proposons.
« L’Histoire des Amériques », « hors-série » du « Monde », 188 pages, 12 euros, en vente en kiosques auprès de la boutique du « Monde ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, et Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT-Cheminots, dénoncent, dans une tribune au « Monde », un déni de démocratie sociale et invitent le gouvernement à de véritables négociations.
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Réforme de la SNCF : la CFDT appelle le gouvernement à sortir de sa « posture »

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, et Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT-Cheminots, dénoncent, dans une tribune au « Monde », un déni de démocratie sociale et invitent le gouvernement à de véritables négociations.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 17h51
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 18h01
    |

Laurent Berger (secrétaire général de la CFDT) et Didier Aubert (secrétaire général de la CFDT-Cheminots)







                        



                                


                            
Tribune. Alors que les mobilités explosent et se transforment, le rail est un élément essentiel de l’aménagement du territoire dans le respect de l’environnement. La CFDT le martèle, il est impératif de tracer une véritable transition écologique en se donnant les moyens d’atteindre les engagements de réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Pour cela, le ferroviaire est un formidable outil.
La réforme ferroviaire a été lancée par le gouvernement à la suite du rapport Spinetta, mais n’a pas été débattue, dans le cadre des Assises de la mobilité. C’était une première erreur. Elle a été mise au centre du débat public à coups de caricatures et de chiffres brandis sans explications. C’était une deuxième profonde erreur. Mais, comme si ces deux premières ne suffisaient pas, le gouvernement en commet une troisième.
Les concertations patinent. La CFDT fait des propositions, mais le gouvernement n’a toujours pas esquissé un écosystème politique, économique et social à même de rassurer les citoyens, les élus et le corps social cheminot. Au contraire, il distille des annonces importantes (filialisation du fret, fin du statut en 2020) sans même une information préalable de ses interlocuteurs syndicaux. Quelle étrange conception de la concertation !
Un large débat public
Il faut donc en finir avec les postures, telle celle consistant à échanger le statut actuel des cheminots contre une reprise de la dette. Cette dette n’est pas celle des cheminots, mais celle de l’Etat et de ses politiques publiques depuis trente ans. Il faut aussi assumer qu’il ne peut pas y avoir de système ferroviaire efficace sans financement public pérenne. L’abandon de l’écotaxe et l’absence de décision claire sur la reprise intégrale de la dette et ses modalités soulèvent de graves inquiétudes.
La CFDT n’a pas souhaité l’ouverture à la concurrence. Mais c’est un fait politique qui s’impose. Et il est de notre responsabilité d’organisation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ La journaliste Anne-Louise Sautreuil s’attache à nous faire découvrir cette planète bio qui promet de « vivre mieux, plus vieux et en meilleure santé ». Ou comment elle a mené une guerre sans merci contre les perturbateurs endocriniens et traumatisé son entourage en leur cuisinant des graines de chia et des spaghettis au kombu.
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Un an à la découverte de la planète bio

La journaliste Anne-Louise Sautreuil s’attache à nous faire découvrir cette planète bio qui promet de « vivre mieux, plus vieux et en meilleure santé ». Ou comment elle a mené une guerre sans merci contre les perturbateurs endocriniens et traumatisé son entourage en leur cuisinant des graines de chia et des spaghettis au kombu.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 16h27
    |

                            Léa Delage








                        



                                


                            

Le livre. Vivre à Paris, être maman de deux jeunes enfants, mariée à un  »viandard », aimer fumer et boire de temps en temps, tout en étant hypocondriaque à plein-temps, et voir la vie en bio, est-ce possible ? Tel est le défi de la journaliste Anne-Louise Sautreuil. Et la réponse à cette question se trouve dans le titre : « Chronique d’une année (PRESQUE) 100 % bio ». Tout le livre repose sur cette prédication qui n’atteint pas son but même s’il s’en approche de près. Anne-Louise Sautreuil aura eu le courage et la ténacité d’essayer.
Cette journaliste et baroudeuse des temps modernes (son premier titre, « RER, mon amour » aux Editions Fayard, retrace une année passée sur les rails d’Ile-de-France) s’attache dans ce second ouvrage à nous faire découvrir cette planète bio qui promet de « vivre mieux, plus vieux et en meilleure santé ». Ou comment elle a mené une guerre sans merci contre les perturbateurs endocriniens et traumatisé son entourage en leur cuisinant des graines de chia et des spaghettis au kombu. Sans jamais faire la morale, l’auteure s’attelle à expérimenter un monde nouveau afin de devenir, et non ce n’est pas une insulte, la parfaite bobo, bio, écolo d’aujourd’hui.
Un chemin compliqué
Les convertis y verront une Bible de plus, les hypocondriaques d’autres nouvelles sources de maladies inexpliquées, les sceptiques se laisseront-ils tenter ? Au risque de tout plaquer pour une cabane au fin fond du Morvan pour respirer l’air pur et « faire une overdose de pommes », il faut commencer ce livre comme une histoire d’amour : oublier qu’on n’a aucune chance et foncer.

Car Anne-Louise Sautreuil sait que le chemin vers le « Saint-Bio » va être compliqué. Elle donne pourtant du sens à son engagement quand elle gagne la bataille contre la gastro d’hiver à coups d’huiles essentielles, et donne envie avec ses recettes vegan. Le tout en gérant les railleries des amis proches et...




                        

                        


<article-nb="2018/04/19/19-4">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ En réservant les procès d’assises aux crimes « les plus graves », le projet de réforme de la justice, présenté vendredi 20 avril en conseil des ministres, restreint encore le rôle des jurys populaires. Retour sur l’évolution de cette institution.
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Le jury d’assises, survivance de la Révolution

En réservant les procès d’assises aux crimes « les plus graves », le projet de réforme de la justice, présenté vendredi 20 avril en conseil des ministres, restreint encore le rôle des jurys populaires. Retour sur l’évolution de cette institution.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 16h18
    |

            Jean-Baptiste Jacquin








                        



                                


                            
Le jury populaire des cours d’assises est-il la survivance d’un idéal révolutionnaire trahi, ou bien le garant d’une justice démocratique à son acmé ? Le débat sur sa nature et son fonctionnement ressurgit au moment où le gouvernement souhaite expérimenter, grâce au projet de loi de programmation de la justice présenté en conseil des ministres vendredi 20 avril, un tribunal criminel départemental sans juré. Ce tribunal, composé de magistrats professionnels, jugerait les crimes passibles de peines de quinze ou vingt ans d’emprisonnement (viols, coups mortels, vols à main armée). Pratiquement six crimes sur dix quitteraient ainsi la cour d’assises et son jury.

Son histoire commence à la Révolution française. Deux grandes lois, d’août 1790 et de septembre 1791, balayent la justice de l’Ancien Régime. La nouvelle organisation judiciaire met en œuvre le principe selon lequel la seule légitimité qui vaille est celle du peuple.
« Chasser les juges de la justice »
En matière criminelle, un jury de douze citoyens tirés au sort est instauré pour statuer sur la culpabilité tandis que le juge voit son intervention cantonnée au débat sur la peine. Un jury est également créé pour porter l’accusation, aujourd’hui dévolue au procureur. La méfiance envers les juges est alors telle qu’il a même été envisagé d’imposer un jury en matière civile. « L’esprit initial était de chasser les juges de la justice », explique Anne Rousselet-Pimont, professeure d’histoire du droit à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Les juges sont élus pour six ans au suffrage direct.
Le jury populaire pour juger les crimes est la seule innovation à survivre à Napoléon. « C’est la part résiduelle du rêve révolutionnaire », analyse l’historienne Anne Rousselet-Pimont
Le jury populaire pour juger les crimes est finalement la seule innovation à survivre à Napoléon. « C’est la part résiduelle du rêve révolutionnaire », analyse l’historienne. Devenu totémique bien...




                        

                        


<article-nb="2018/04/19/19-5">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ L’entreprise est une entité politique, et doit donc être gouvernée selon les règles de la démocratie avec la participation, à égalité, des travailleurs et des investisseurs, affirme la sociologue Isabelle Ferreras, dans une tribune au « Monde ».
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« Il est nécessaire de faire bénéficier les entreprises françaises d’un choc de compétitivité démocratique »

L’entreprise est une entité politique, et doit donc être gouvernée selon les règles de la démocratie avec la participation, à égalité, des travailleurs et des investisseurs, affirme la sociologue Isabelle Ferreras, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    19.04.2018 à 14h51
    |

                            Isabelle Ferreras (Professeure de sociologie à l'université de Louvain (Belgique)








                        



                                


                            

[La loi Pacte (« plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises ») a pour objectif l’évolution du tissu entrepreneurial français et une association plus grande des salariés aux résultats de l’entreprise. L’un des volets du projet de loi, incarné par le rapport Senard-Notat, propose une réécriture du code civil, pour mieux intégrer les enjeux sociaux et environnementaux dans les problématiques des sociétés commerciales. Le ministre de l’économie Bruno Le Maire l’a confirmé. Mais la présentation du projet de loi en conseil des ministres, prévue initialement le 18 avril, a été repoussée successivement au 2 mai, au 16 mai, puis au 23 mai, et pourrait l’être plus tard encore. Le texte suscite une forte opposition de la part d’une partie du patronat et de certains économistes]
Tribune. Ravivant les réflexions menées en leur temps par Charles de Gaulle, Pierre Mendès France et Michel Rocard, le récent rapport Notat-Senard commandé par le gouvernement français fait un diagnostic correct : l’entreprise du XXIe siècle est bien plus qu’une « société anonyme », cet instrument juridique au service des actionnaires. Mais elle est également plus qu’un « objet d’intérêt collectif », comme la qualifie pudiquement le rapport.
En réalité, elle est devenue une véritable entité politique. Elle a aujourd’hui nettement plus d’influence que la plupart des élus du peuple. Volkswagen se mêle de nos poumons. Apple échappe à nos contributions. Caterpillar exporte nos emplois. Monsanto veille sur nos cancers. Enfin, au cas où vous douteriez encore que tout cela soit politique, Facebook intervient dans nos élections…

Mais les entreprises ne sont pas seulement des entités politiques par leurs externalités. Comme le pointe le rapport Notat-Senard, elles sont faites de parties « constituantes » : tous les jours, les « apporteurs en capitaux » et les « investisseurs...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ En posant la raison d’être de l’entreprise comme différente de celle du marché, le rapport Notat Senard propose de dépasser la raison actionnariale par la raison entrepreneuriale, explique Rodolphe Durand et Patrick d’Humières, dans une tribune au « Monde ».
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L’entreprise et la « gestion des communs »

En posant la raison d’être de l’entreprise comme différente de celle du marché, le rapport Notat Senard propose de dépasser la raison actionnariale par la raison entrepreneuriale, explique Rodolphe Durand et Patrick d’Humières, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    19.04.2018 à 13h42
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 14h54
    |

Rodolphe Durand (Professeur de stratégie à HEC) et Patrick d'Humières (Directeur de l’Académie durable)







                        



                                


                            

[La loi Pacte (« plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises ») a pour objectif l’évolution du tissu entrepreneurial français et une association plus grande des salariés aux résultats de l’entreprise. L’un des volets du projet de loi, incarné par le rapport Senard-Notat, propose une réécriture du code civil, pour mieux intégrer les enjeux sociaux et environnementaux dans les problématiques des sociétés commerciales. Le ministre de l’économie Bruno Le Maire l’a confirmé. Mais la présentation du projet de loi en conseil des ministres, prévue initialement le 18 avril, a été repoussée successivement au 2 mai, au 16 mai, puis au 23 mai, et pourrait l’être plus tard encore. Le texte suscite une forte opposition de la part d’une partie du patronat et de certains économistes]
Tribune. Le concept de « raison d’être », proposé par le rapport de Jean-Dominique Senard et Nicole Notat, peut modifier en profondeur la gouvernance de l’entreprise. En posant la raison d’être de l’entreprise comme autonome et différente de celle du marché, la maximisation du profit apparaît comme un moyen en vue d’une fin plus large, qui est la contribution aux attentes de toutes les parties impliquées dans le pacte entrepreneurial. Ceci renvoie à sa gouvernance la définition de la finalité de l’entreprise, et au management le devoir de la mettre en œuvre, sans confusion des rôles.

Cette idée audacieuse n’a pas encore été bien comprise par la communauté économique qui se demande si on va introduire dans les statuts un slogan creux ou un nouveau périmètre de responsabilité engageant les administrateurs. En fait, cette proposition vise à dépasser la raison actionnariale qui structure le modèle de création de valeur depuis l’ère industrielle, au profit d’une raison entrepreneuriale qui ajoute au contrat entre les associés un bénéfice global pour la société.
Mondialisation et mercantilisme anglo-saxon
C’est aussi une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ L’économiste Jean-Marc Daniel estime, dans une tribune au « Monde », que la concurrence et la fiscalité suffisent à inciter l’entreprise à assumer sa responsabilité sociale.
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« La meilleure garantie de la responsabilité sociale de l’entreprise, c’est la concurrence »

L’économiste Jean-Marc Daniel estime, dans une tribune au « Monde », que la concurrence et la fiscalité suffisent à inciter l’entreprise à assumer sa responsabilité sociale.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 13h30
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 14h53
    |

                            Jean-Marc Daniel (Professeur à l'ESCP-Europe)








                        



                                


                            

[La loi Pacte (« plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises ») a pour objectif l’évolution du tissu entrepreneurial français et une association plus grande des salariés aux résultats de l’entreprise. L’un des volets du projet de loi, incarné par le rapport Senard-Notat, propose une réécriture du code civil, pour mieux intégrer les enjeux sociaux et environnementaux dans les problématiques des sociétés commerciales. Le ministre de l’économie Bruno Le Maire l’a confirmé. Mais la présentation du projet de loi en conseil des ministres, prévue initialement le 18 avril, a été repoussée successivement au 2 mai, au 16 mai, puis au 23 mai, et pourrait l’être plus tard encore. Le texte suscite une forte opposition de la part d’une partie du patronat et de certains économistes]
Tribune. Le 9 mars, Jean-Dominique Senard et Nicole Notat ont présenté leur rapport sur l’« entreprise et l’intérêt général ». Ils y abordent en particulier la possible réécriture des articles du code civil définissant le rôle de l’entreprise. Ils proposent de les compléter en y ajoutant les deux formules suivantes : « La société doit être gérée dans son intérêt propre, en considérant les enjeux sociaux et environnementaux de son activité » ; et « L’objet social peut préciser la raison d’être de l’entreprise constituée ».
Nous assistons ainsi à la réactivation d’un débat ancien, qui s’est nourri à diverses époques de contributions très fouillées comme les rapports Bloch-Lainé de 1962 ou Sudreau de 1975. Ce débat a même déjà conduit, on l’oublie souvent, à des modifications de notre corpus juridique, jusque dans le préambule de la Constitution de 1946, repris par celle de 1958. On y trouve en effet une maxime forte : « Tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises. »

Le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Le recours à la médiation privée devrait se généraliser, explique l’économiste Philippe Askenazy. Payé par les deux parties, le médiateur propose une solution, les avocats devenant alors superflus, puisque la médiation peut être assurée directement par les legaltechs.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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« Les plates-formes numériques, qui offrent des conseils juridiques, pourraient être les grandes gagnantes de la réforme de la justice »

Le recours à la médiation privée devrait se généraliser, explique l’économiste Philippe Askenazy. Payé par les deux parties, le médiateur propose une solution, les avocats devenant alors superflus, puisque la médiation peut être assurée directement par les legaltechs.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 13h06
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                            Philippe Askenazy (Chercheur au CNRS/ENS/Centre Maurice-Halbwachs)








                        



                                


                            

Tendances France. La possibilité de convergence des luttes entre un avocat et un cheminot semble quasi nulle. En revanche, la simultanéité des deux réformes présente un avantage pour le gouvernement : celle de la SNCF occulte celle de la justice, dont la portée est sous-estimée dans le débat public.
On retrouve d’ailleurs la même méthode gouvernementale avec des annonces rassurantes pour les usagers (pas de fermeture de tribunaux ni de petites lignes), une concertation fictive qui fait bouillir les acteurs et l’opacité sur les détails des réformes. Et derrière des objectifs « de bon sens » (exécution effective des peines, bienfaits de la concurrence) ou l’affirmation de la « nécessité de réformer », des acteurs privés attendent…

En face, le mode de réaction est proche : journées nationales, grèves par intermittence, y compris blocages de tribunaux par des avocats, sensibilisation des usagers. Dans cette bataille de l’opinion, cheminots, juges et avocats partent de loin : ces professions sont très mal appréciées de l’opinion et régulièrement accusées de corporatisme. Le gouvernement le sait bien.
Essor des « legaltechs »
L’économie peut cependant éclairer les conséquences de la réforme de la justice. Les regroupements de tribunaux et la possibilité de concentrer certains contentieux dans un tribunal départemental augmenteront mécaniquement la distance moyenne, notamment en milieu rural, entre le justiciable et le tribunal pertinent. Les avocats ont-ils raison de prétendre que cela compliquera l’accès à la justice ?
Du point de vue de l’économiste empirique, la réponse est évidemment oui. Par exemple, pour estimer l’impact du droit du travail sur les décisions de licenciement, la comparaison statistique entre une entreprise proche d’un conseil des prud’hommes et une plus lointaine montre que la seconde est moins exposée au risque contentieux – ses salariés étant éloignés des tribunaux et des avocats.

Ce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Analyse. Mis en place en 2014, le dispositif de la loi Perben II qui offre à la fois une protection physique au repenti et une réduction de peine n’a bénéficié qu’à deux personnes. Signe que la France n’assume qu’à moitié ce programme, selon le journaliste du « Monde » Jacques Follorou.
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Une hypocrisie française : le statut du repenti

Analyse. Mis en place en 2014, le dispositif de la loi Perben II qui offre à la fois une protection physique au repenti et une réduction de peine n’a bénéficié qu’à deux personnes. Signe que la France n’assume qu’à moitié ce programme, selon le journaliste du « Monde » Jacques Follorou.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 12h42
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            Jacques Follorou








                        



                                


                            

Analyse. On hésite entre la peur de son ombre et une vision très judéo-chrétienne du bien et du mal. Il y a sans doute un peu des deux. La France avait déjà mis du temps, par rapport aux autres démocraties occidentales, à accepter l’existence d’un crime organisé sur son sol. Il a fallu attendre 2004 que la loi dite Perben II soit adoptée spécifiquement sur la criminalité organisée.
Puis dix années supplémentaires ont été nécessaires pour que la mesure clé de ce texte, le statut du repenti, entre en vigueur. Quatre ans plus tard, Bruno Sturlèse, le président de la Commission nationale de protection et de réinsertion des repentis, vient d’écrire aux ministres de la justice et de l’intérieur pour dénoncer les « lacunes incompréhensibles » d’un programme qui n’a profité qu’à deux personnes.
Le dispositif mis en place pour offrir à la fois une protection physique au repenti et à sa famille ainsi qu’une réduction de peine au terme de la phase de jugement était censé rééquilibrer le jeu judiciaire entre un phénomène mafieux sophistiqué et un Etat dont les règles de droit commun étaient inadaptées face aux organisations criminelles. Grâce aux informations fournies par le repenti, la justice peut accéder au cœur d’un système complexe qui dispose de moyens financiers, juridiques et relationnels pour dissimuler ses activités et tenir à distance, voire en échec, la puissance publique.
Degré de proximité avec le mal
Le repenti livre en effet des éléments précieux sur la sociologie du crime organisé, sur la structuration des organisations, sur la répartition des rôles, sur les tensions internes et sur les règlements de compte. Il permet aussi de lever le voile sur ce qui fait la force d’un système mafieux, ses liens avec la société civile, politique ou économique et son emprise sur le monde légal. Enfin, disposer d’une source issue de cet univers occulte, c’est commencer à maîtriser la géographie d’un monde clos, et savoir,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Des revues radicales ou des livres d’universitaires, sur l’histoire du capitalisme notamment, s’inspirent des thèses du philosophe allemand.
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Comment les idées marxistes circulent aux Etats-Unis

Des revues radicales ou des livres d’universitaires, sur l’histoire du capitalisme notamment, s’inspirent des thèses du philosophe allemand.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 12h00
    |

                            Anne Dujin








                        



                                


                            
« La bourgeoisie du XIXe siècle utilisait l’argument de la moralité pour assurer la dominance de classe – ce que les élites actuelles font encore. » C’est par ces mots que commence un article de la revue américaine Jacobin, fondée en 2010 par de jeunes diplômés d’universités, qui compte 30 000 abonnés et attire un million de visites mensuelles sur son site. L’article procède à une analyse critique des habitudes de vie des classes supérieures aux Etats-Unis et en Europe. Et les compare aux comportements caractéristiques des classes bourgeoises du XIXe siècle, à travers lesquels elles affirmaient leur supériorité morale sur le reste de la société.
Domination de classe et idéologie
Si les pratiques ont changé, affirme l’auteur, un jeune historien, le mécanisme d’imposition de la supériorité morale reste bien actif : « Les cours de yoga, la nourriture artisanale et le parcours de candidature à l’université ont remplacé les promenades du dimanche, les cours du soir et les salons mondains. Mais ne vous y trompez pas, ils poursuivent le même but : donner au privilège de classe le visage de la vertu individuelle et, par là même, consolider la domination sociale. »
Une telle analyse s’appuie explicitement sur un certain nombre de concepts marxistes : celui de domination de classe évidemment, et celui d’idéologie – mécanisme par lequel ladite classe dominante produit des représentations qui la confortent.
Son fondateur, Bhaskar Sunkara, a présenté Jacobin au moment de son lancement comme une « publication radicale », « largement le fait d’une jeune génération qui se sent moins liée par les paradigmes de la guerre froide que les milieux de gauche traditionnels », représentés par des revues telles que Dissent ou New Politics.
La philosophe Nancy Fraser, qui appartient à la génération de la guerre du Vietnam, abonde dans ce sens : « Jacobin est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Une partie de la jeunesse américaine trouve dans les idées du philosophe allemand des outils pour comprendre la société. Enquête sur le renouveau du marxisme au pays du maccarthysme.
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Karl Marx fait son come-back aux Etats-Unis

Une partie de la jeunesse américaine trouve dans les idées du philosophe allemand des outils pour comprendre la société. Enquête sur le renouveau du marxisme au pays du maccarthysme.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 15h07
    |

                            Anne Dujin








                        



                                


                            
Karl Marx aurait eu 200 ans en mai. A l’heure de ce bicentenaire, toute une actualité éditoriale et événementielle revient sur la vie et l’œuvre du philosophe, aujourd’hui unanimement reconnu comme un auteur majeur, et sans doute le meilleur penseur du capitalisme. Mais qu’en est-il du Marx militant qui inspira les révolutions socialistes du XXe siècle, celui qu’évoque Raoul Peck dans son film Le Jeune Karl Marx (2017) ? A-t-il encore des disciples, trente ans après la chute du rideau de fer ? La réponse est oui. Mais contre toute attente, ils ont 20 ans et ils sont… américains !
Critique du capitalisme
L’organisation Democratic Socialists of America (DSA), issue de la scission du Parti socialiste d’Amérique en 1973, a vu ses effectifs multipliés par quatre ces deux dernières années, dépassant les 32 000 adhérents. Considéré jusque-là comme représentant l’aile gauche du Parti démocrate, mais en réalité dans une situation de dépendance à son égard et donc peu radical dans ses prises de position, le mouvement a récemment été investi par de jeunes militants désireux d’écrire une nouvelle page de l’histoire de la gauche américaine, sur un ton beaucoup plus critique du capitalisme que celui de leurs prédécesseurs.
Conséquence de cet afflux, l’âge médian de ses membres est passé de 68 ans en 2013 à 33 actuellement. Alors que le qualificatif de « socialiste » effrayait leurs aînés, qui le jugeaient indissociable des régimes totalitaires du XXe siècle, une nouvelle génération n’hésite plus à se définir comme tel, et à revendiquer une lecture « marxiste » des événements. Seth Ackerman, rédacteur en chef de la revue de gauche radicale Jacobin, confirme : « Quand j’avais 20 ans [il en a 35], se déclarer socialiste relevait de l’excentricité. Aujourd’hui, c’est un qualificatif que de nombreux jeunes assument. »
Dans un pays où l’anticommunisme et l’antimarxisme ont souvent paru aller de soi, comment...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Thèses, séminaires ou groupes de lectures sur le sujet fleurissent dans le monde universitaire, souligne le philosophe Emmanuel Renault.
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En France, « un regain d’intérêt académique » pour les idées marxistes

Thèses, séminaires ou groupes de lectures sur le sujet fleurissent dans le monde universitaire, souligne le philosophe Emmanuel Renault.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 12h00
    |

                            Anne Dujin








                        



                                


                            
Emmanuel Renault est professeur de philosophie sociale à l’université Paris-Nanterre. Pour le bicentenaire de la naissance de l’auteur du Capital, il publie en anglais Marx and Critical Theory (« Marx et la théorie critique », Brill, à paraître le 26 juillet)
Le marxisme existe-t-il encore en France ?
Tout dépend de ce qu’on appelle le marxisme ! De la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1970, le marxisme renvoyait à un mouvement politique révolutionnaire dans lequel l’organisation de la classe ouvrière par des partis de masse et des syndicats était étroitement associée à un ensemble de principes théoriques et politiques issus de Marx. Ce marxisme-là n’existe plus. Mais on n’en continue pas moins à se référer de différentes manières, théoriquement et politiquement, à Marx et à l’histoire des marxismes.
On peut alors qualifier de marxistes des théories, des analyses ou des stratégies partageant l’ensemble ou certaines de six thèses fondamentales. Premièrement, la base économique des sociétés produit des effets déterminants sur l’organisation d’ensemble de la vie sociale et sur les conflits qui s’y développent. Deuxièmement, les sociétés contemporaines ont un caractère capitaliste. Troisièmement, les sociétés, aujourd’hui comme hier, sont structurées par l’opposition des intérêts des classes dominées et des classes dominantes.
Quatrièmement, la politique doit être analysée, suivant une perspective réaliste, comme une lutte des classes. Cinquièmement, les classes dominantes tendent à présenter leurs intérêts particuliers comme étant conformes à l’intérêt général, selon un mécanisme auquel Marx a donné le nom d’idéologie. Il en résulte, sixièmement, qu’aucune politique émancipatrice n’est possible sans critique de l’idéologie.
Où la pensée de Marx est-elle active aujourd’hui ?
On constate un regain d’intérêt pour Marx dans l’université et dans des cercles para-académiques,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Editorial du « Monde ». La voie est étroite pour Miguel Diaz-Canel, qui arrive au pouvoir après soixante ans de castrisme, s’il veut engager des véritables réformes.
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Succession en trompe-l’œil à Cuba

Editorial du « Monde ». La voie est étroite pour Miguel Diaz-Canel, qui arrive au pouvoir après soixante ans de castrisme, s’il veut engager des véritables réformes.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 11h50
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 18h14
   





                        



   


Editorial. En démocratie, cela pourrait s’appeler « le changement dans la continuité », mais Cuba n’est pas une démocratie. Dans les régimes dictatoriaux, la dose de continuité l’emporte généralement sur le changement : la journée de jeudi 19 avril à La Havane, où Raul Castro, 86 ans, frère du défunt Fidel, a cédé la présidence du Conseil d’Etat à Miguel Diaz-Canel, unique candidat, ne fait malheureusement pas exception à cette règle.

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A 57 ans, Miguel Diaz-Canel, né après la révolution, n’a connu que le castrisme. Il affiche le parcours classique des apparatchiks des régimes hérités de l’également défunte Union soviétique : ingénieur en électronique, professeur d’université, il a gravi méthodiquement tous les échelons du Parti communiste cubain (PCC) depuis trente ans, puis intégré sa direction ces dernières années. Premier secrétaire du parti dans sa province de Villa Clara, au centre de l’île, il rejoint le bureau politique en 2003 : en 2012, il prend l’une des huit vice-présidences du conseil des ministres et, l’année suivante, est directement promu numéro deux du conseil d’Etat, ce qui le place en position de successeur désigné. Tout a été verrouillé pour éviter l’émergence d’un Gorbatchev cubain au sein du parti. Quant aux chances de voir une alternative naître légalement en dehors du parti, elles sont réduites à zéro, puisque l’opposition n’a pas droit de cité à Cuba.

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Creusement des inégalités
Que le suspense haletant de la succession de Raul Castro – qui reste président du PCC – ne suscite pas de passion au sein de la population cubaine ne devrait donc étonner personne. Près de soixante ans après la révolution des « barbudos », Cuba reste un pays hors du temps, où affluent les touristes mais dont la population, accaparée par les difficultés quotidiennes malgré les acquis sociaux de la révolution, semble résignée à l’immobilisme politique. La liberté accordée aux Cubains, depuis 2013, de voyager à l’étranger est, finalement, l’une des principales ouvertures du règne de Raul Castro.
L’introduction limitée de l’économie privée n’a pas tenu ses promesses : incomplète et mal menée, elle a produit un effet pervers spectaculaire, celui du creusement des inégalités, favorisé par la coexistence de deux monnaies, dont seule l’une est convertible en devises étrangères et qu’il va maintenant falloir unifier. L’écart des revenus s’est multiplié par dix en l’espace de trente ans. Après avoir accordé plus d’un demi-million de licences de travail indépendant, le pouvoir a freiné l’entreprise individuelle en 2017. Evitant de prendre l’audacieux virage chinois vers le marché, Raul Castro s’est borné à « actualiser le modèle socialiste ».

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                Cuba face au défi de l’unification monétaire



M. Diaz-Canel se risquera-t-il à aller plus loin ? N’ayant pas participé lui-même à la révolution de 1959, le nouveau numéro un cubain, peu connu à l’extérieur, peut tenter de justifier sa réputation de pragmatique. Son ascension à lui s’est faite dans le contexte de l’effondrement de l’URSS, qui tenait à bout de bras l’économie cubaine. Le contexte actuel ne lui est pas beaucoup plus favorable : le Venezuela, rare régime ami de Cuba qu’il fournissait en pétrole, s’est à son tour effondré, et le rapprochement avec les Etats-Unis, lancé en fanfare par le président Barack Obama il y a deux ans, n’a pas survécu à l’arrivée de Donald Trump. Entretenir l’immobilisme promet un étouffement économique à petit feu ; lancer de vraies réformes comporte une part de risque politique : la voie est étroite pour le successeur des Castro.

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Les incidents qui opposent depuis quelques mois les deux pays sur le terrain syrien pourraient préfigurer une conflagration plus large, estime l’éditorialiste Alain Frachon dans sa chronique.
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« Ce qui se profile en Syrie, c’est un affrontement entre Israël et l’Iran »

Les incidents qui opposent depuis quelques mois les deux pays sur le terrain syrien pourraient préfigurer une conflagration plus large, estime l’éditorialiste Alain Frachon dans sa chronique.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 11h34
   





                        



                                


                            
Chronique. Il ne faut pas se tromper de conflit. Ce qui menace le plus, sur les ruines de sept années de guerre civile en Syrie, ce n’est pas un affrontement ponctuel entre les Etats-Unis et la Russie. Américains, Britanniques et Français ont pris soin, lors de leur raid du 14 avril, de ne frapper ni les Russes ni leurs protégés iraniens. Les missiles ont visé des installations syriennes. Objectif proclamé, plus politique que militaire : empêcher la banalisation de l’arme chimique sur le champ de bataille.

Mais, dans l’immédiat, ce qui se profile, de façon plus menaçante, c’est un affrontement entre Israël et l’Iran. Une configuration stratégique générale s’installe, pas à pas, entre Américains, Russes, Iraniens et Israéliens, qui est de celles qui peuvent amener la guerre – ou ajouter la guerre à la guerre.
On sait le point de départ. Sans le soutien inébranlable de la République islamique – assistance militaire directe, aide économique et financière constante, appui politico-diplomatique permanent –, la seule intervention aérienne des Russes n’aurait pas sauvé le régime de Bachar Al-Assad. Il a fallu les deux pour venir à bout d’une insurrection armée qui, au fil des ans, s’est vue dominée par des islamistes. Aujourd’hui, les Iraniens ont besoin des Russes, mais ceux-ci dépendent de ceux-là.
Téhéran veut les dividendes de son engagement. Le régime entend disposer de bases militaires permanentes en Syrie. Israël s’y oppose : ligne rouge, casus belli. Depuis six ans, l’aviation israélienne bombarde régulièrement, en Syrie, des convois d’armements iraniens à destination du Hezbollah libanais, la milice chiite créee en 1982 par l’Iran et intégrée au système de défense de la République islamique.
Raid aérien
Depuis quelques mois, la confrontation est directe : armée israélienne contre forces iraniennes. Le 10 février, un drone iranien franchit la frontière syro-israélienne. Tsahal abat l’engin, ramasse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Dans une tribune au « Monde », des enseignants-chercheurs de Paris-Nanterre s’insurgent contre l’obstruction des bâtiments et l’annulation des examens.
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Loi orientation : « Pourquoi nous refusons le blocage de Nanterre »

Dans une tribune au « Monde », des enseignants-chercheurs de Paris-Nanterre s’insurgent contre l’obstruction des bâtiments et l’annulation des examens.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 11h26
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 12h05
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Lundi 16 avril, à 8 heures, devait démarrer la première session d’examens de fin d’année à l’université Paris-Nanterre. Les étudiants venus passer leurs partiels n’ont pas pu entrer dans leurs bâtiments respectifs. Les portes étaient chaînées depuis 6 heures du matin et bloquées par des manifestants ayant choisi ce moyen pour s’opposer à la loi d’orientation et de réussite des étudiants (dite « loi Vidal »).

Cette action fait suite à l’adoption d’une troisième motion « à l’unanimité lors de l’assemblée générale des personnels du 12 avril concernant la grève et la tenue des examens » qui comprenait également le vote de la grève, « l’annulation des examens » et « la validation automatique avec la note politique de 20/20 ».
Une voix parmi tant d’autres
Nous sommes des enseignants-chercheurs à l’université Paris-Nanterre, d’horizons disciplinaires très variés. Nous sommes, derrière les signataires officiels de cette tribune, très nombreux à ne pas nous reconnaître dans cette « assemblée générale », dont nous ne nions aucunement le droit à exprimer toutes les opinions et revendications qu’elle juge légitimes, mais qui ne représente que l’une des voix, parmi tant d’autres, de notre communauté.
Notre « communauté universitaire » – et le terme nous paraît très juste en ce qui concerne Nanterre – est diverse, contrastée, complexe. Nous ne prétendons pas, contrairement à ces « personnels enseignant-es/chercheur-es et BIATSS [bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniciens, de service et de santé] de l’université, réuni-es en AG le jeudi 12 avril », la représenter dans son ensemble. Ce serait faire injure à sa diversité, ses nuances et surtout son infinie richesse.
Nous avons chacune et chacun, y compris parmi les signataires de cette tribune, des appréciations contrastées et parfois radicalement opposées, de la loi Vidal, de son bien-fondé, de sa mise en œuvre, de la gestion par...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Dans une tribune au « Monde », un collectif de députés d’Etats européens appelle à sauver l’accord sur le programme nucléaire iranien, à la veille du voyage de Macron aux Etats-Unis, du 23 au 25 avril.
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Des parlementaires européens à leurs homologues américains : « Soutenons ensemble l’accord avec l’Iran »

Dans une tribune au « Monde », un collectif de députés d’Etats européens appelle à sauver l’accord sur le programme nucléaire iranien, à la veille du voyage de Macron aux Etats-Unis, du 23 au 25 avril.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 14h39
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Depuis plus de dix ans, l’Europe, les Etats-Unis et la communauté internationale ont craint la menace imminente d’un Iran doté de l’arme nucléaire. Pour faire face à cette menace et assurer la stabilité du Moyen-Orient, la communauté internationale s’est mobilisée en alliant l’usage de la diplomatie à celui des sanctions soutenues par la majorité des grandes puissances mondiales.
Après treize ans d’efforts diplomatiques conjoints, la signature de l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 à Vienne a permis une avancée historique. Cet accord met en place un système de vérification sans précédent du programme nucléaire iranien, impose le démantèlement des installations d’enrichissement d’uranium et atténue considérablement le risque de prolifération nucléaire – et ce, sans recours à la force. De plus, ce système de vérification ne prendra pas fin au terme de la validité de l’accord. L’Iran continuera à être assujetti aux contrôles stricts prévus par le traité de non-prolifération nucléaire, qui restreint les capacités d’enrichissement d’uranium.
Ce n’est qu’à travers le rassemblement de nos forces que cette avancée a été rendue possible. Européens et Américains, nous avons su prouver – ensemble – qu’un partenariat transatlantique solide est à même de former une coalition internationale, qui inclut la Russie et la Chine, soutenue par l’ensemble de la communauté internationale.
Outil de paix et de sécurité
Cette coalition est aujourd’hui en danger. Les Etats-Unis s’apprêtent à quitter l’accord de Vienne, alors même que l’Iran a respecté ses obligations découlant de cet accord. A court terme, l’effondrement de l’accord mettrait fin aux contrôles de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur le programme nucléaire iranien, ouvrant la voie à un conflit potentiel aux effets dévastateurs au Moyen-Orient.
A long terme, le risque est encore plus grand. La fin de l’accord porterait atteinte de manière durable...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Pour le mathématicien Etienne Ghys, ces suites d’instructions qui régissent en partie nos destins devraient être plus transparentes et accessibles.
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Les algorithmes devraient-ils livrer leurs secrets ?

Pour le mathématicien Etienne Ghys, ces suites d’instructions qui régissent en partie nos destins devraient être plus transparentes et accessibles.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 17h32
    |

                            Etienne Ghys (Mathématicien, directeur de recherche au CNRS à l'Ecole normale supérieure de Lyon)








                        



                                


                            
Carte blanche. Ces derniers temps, on voit fleurir le mot algorithme un peu partout dans la presse, souvent avec des orthographes fantaisistes. Son étymologie est un ­mélange intéressant. « Algo » vient d’Al-Khwarizmi, le nom arabe d’un mathématicien qui travaillait à Bagdad au IXe siècle. « Rithme » vient quant à lui du grec arithmos – « nombre » –, qu’on retrouve bien sûr dans « arithmétique ». Il n’a pas fallu attendre ­l’intelligence artificielle pour qu’on invente des algorithmes, souvent sans le savoir.
Un algorithme n’est rien d’autre qu’une liste d’instructions destinées à réaliser une opération. Cela peut être par exemple une recette de cuisine qui permet de transformer des ingrédients en un plat savoureux, ou la notice de montage d’une étagère suédoise. L’addition qu’on apprend à l’école primaire est un autre exemple. Quand je calcule 38 + 14, je chantonne « 8 et 4 font 12, je pose 2 et je ­retiens 1 », etc. : j’applique un algorithme qui me donne à coup sûr la réponse 52.
On parle beaucoup en ce moment de l’algorithme « Parcoursup », qui remplace « APB » (Admission post bac). Les bacheliers se portent candidats dans un certain nombre de formations universitaires qui affichent leurs fameux « attendus ». Comment faire pour décider des affectations des étudiants ? La question n’est pas facile et il y a certainement beaucoup de méthodes possibles.
Prenez l’exemple de deux employeurs, A et B, qui veulent recruter deux personnes, 1 et 2. Supposez que A préfère 1 et B préfère 2 maisque 1 préférerait travailler pour B et 2 pour A. Faut-il satisfaire les employeurs ou les employés ? S’il y a déjà un problème pour deux personnes, on peut concevoir la complexité pour 900 000 étudiants. L’algorithme Parcour­sup va-t-il, par exemple, privilégier les étudiants ou les universités ?
Noms inappropriés
Le problème des « mariages stables » est proche de celui des affectations d’étudiants. Imaginez un certain...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Entre sources lacunaires et enjeux modernes, l’historien et archéologue Laurent Olivier réussit à cerner ces anciens peuples.
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Qui sont ces Celtes insaisissables ?

Entre sources lacunaires et enjeux modernes, l’historien et archéologue Laurent Olivier réussit à cerner ces anciens peuples.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 09h11
    |

                            Vincent Azoulay (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Pays des Celtes. Mémoires de la Gaule, de Laurent Olivier, Seuil, « L’Univers historique », 336 p., 23 €.

Voici un livre étrange. Au sens littéral tout d’abord : ce voyage en terres celtes fait le pari du dépaysement, plutôt que de ressusciter une familiarité factice avec « nos ancêtres les Gaulois ». Au sens littéraire ensuite : il est rare qu’un livre d’archéologue commence par un voyage dans le temps sous les auspices de H. G. Wells ! Conservateur en chef au Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), Laurent Olivier a un véritable talent pour instiller un climat d’étrangeté.
Dans un premier chapitre saisissant, il s’efforce de redonner voix aux Celtes, par-delà le filtre imposé par les auteurs anciens, grecs et latins. S’y fait notamment entendre l’effroi causé par l’arrivée des légions romaines en Gaule, passant prisonniers, femmes et enfants au fil de l’épée. Ces massacres, mis en série, produisent un effet vertigineux : en moins de dix ans, César aurait fait tuer un million de Gaulois et en aurait déporté un autre million, anéantissant plus de 20 % de la population locale ! C’est donc ce pays des Celtes, écrasé par Rome et enfoui sous les ruines de la civilisation gallo-romaine, que l’archéologue entend exhumer.
Pour y parvenir, il doit cependant faire avec une documentation lacunaire et discontinue. Aucun témoignage historique direct n’évoque en effet le monde celte entre la période d’expansion commerciale grecque qui suit la fondation de Marseille au VIe siècle av. J.-C. et la conquête romaine de la Narbonnaise, à la fin du IIe siècle av. J.-C. Et quand les auteurs anciens parlent des Celtes – pour reprendre le nom que leur donnent les Grecs – ou des Gaulois – selon le terme employé par les Romains –, c’est en général pour dépeindre des peuplades féroces, dont le degré de sauvagerie serait proportionnel à l’éloignement géographique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Démon de saint Jérôme », de Lucrèce Luciani.
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Figures libres. La folie des livres traverse le temps

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Démon de saint Jérôme », de Lucrèce Luciani.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
19.04.2018 à 15h03
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Le Démon de saint Jérôme. L’ardeur des livres, de Lucrèce Luciani, La Bibliothèque, « Les billets », 140 p., 14 €.

Ce petit-là, pour tout dire, n’a pas été repéré tout de suite. Il a dû attendre, quelque temps, dans un casier, puis dans les piles. Il faut dire qu’il cache bien son jeu. Planqué chez un petit éditeur, masqué sous un titre discret – Le Démon de saint Jérôme, qui fait croire à une étude un peu triste de littérature ancienne ou de patristique –, on dirait qu’il s’ingénie à la discrétion. Attention ! Si on l’ouvre, on ne le lâche plus avant d’avoir achevé ses 140 pages – dans leur genre une vraie fête, savoureuse, savante, insolite, baroque, historique et philosophique.
Jérôme, né vers 347 à Stridon, dans l’actuelle Croatie, est un célèbre docteur de l’Eglise. Bien qu’il ait été surnommé « Doctor Maximus », presque plus personne ne le lit. Dommage, car cet auteur est véhément, virulent, prolixe. Traducteur de la Bible, grand pourfendeur d’hérétiques, il a passé sa vie au cœur des textes, entre rouleaux, parchemins et tablettes, ne cessant pas une seconde de lire, d’écrire, de dicter, de copier – et de tempêter. Ce lecteur fou de Cicéron et de ­Platon, ermite lettré qui ne lâche pas son Virgile même dans le désert, peste souvent contre le style rude et grossier des Ecritures… et s’en repent !
Si peu de lecteurs le fréquentent encore, beaucoup, en revanche, connaissent bien son image. D’innombrables tableaux de la Renaissance et de l’Age classique le représentent – au désert, ou dans son cabinet de lecture, toujours travaillant, entouré d’ouvrages – avec à ses pieds un lion pensif. Le fauve lui était reconnaissant, dit-on, de s’être fait enlever de la patte une malencontreuse épine. Comme quoi, on peut être Père de l’Eglise, ermite, bibliomane et vétérinaire.
Rouleaux épars
La psychanalyste Lucrèce Luciani – à qui l’on doit notamment L’Acédie. Le vice de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ En 2007, Josué Ouvrard commet un meurtre sauvage. David Puaud, qui le connaissait, retrace sa descente aux enfers dans une enquête exemplaire.
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Anthropologie d’un criminel inéluctable

En 2007, Josué Ouvrard commet un meurtre sauvage. David Puaud, qui le connaissait, retrace sa descente aux enfers dans une enquête exemplaire.



Le Monde
 |    19.04.2018 à 07h30
    |

                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Un monstre humain ? Un anthropologue face à un crime « sans mobile », de David Puaud, préface de Michel Agier, La Découverte, « Cahiers libres », 250 p., 19 €.
Quand la calamité dépasse la fiction, il faut essayer de la comprendre à défaut de pouvoir l’expliquer. Telle est l’implacable discipline à laquelle s’est astreint sans vaciller l’anthropologue ­David Puaud tout au long de son enquête. Et pour cause…
Un lundi d’août 2007, le futur auteur d’Un monstre humain ? découvre, en feuilletant le quotidien local, qu’un des protagonistes du meurtre sauvage, avec mutilation, d’un homme pris en stop, n’est autre que Josué Ouvrard, un garçon de 19 ans qu’il suit depuis deux ans en tant qu’éducateur. Le dénommé Josué et son acolyte, qui n’ont jamais nié les faits ni avancé un quelconque mobile, comparaîtront trois ans plus tard pour « homicide volontaire avec préméditation, actes de torture ou de barbarie, enlèvement et séquestration suivie de mort, vol avec violences ayant entraîné la mort, tentative d’escroquerie ». L’exposé des conclusions médico-légales sera si insoutenable qu’un des cinq co-accusés (pour non-dénonciation de crime) s’évanouira pendant le procès.
Description clinique
Des expertises psychiatriques, il ressort que Josué Ouvrard, bien qu’immature psychologiquement, intellectuellement et affectivement, est « un sujet normal qui a commis un acte anormal ». Passé l’effroi et la stupéfaction, David Puaud ne cessera plus de tenter de répondre à une question : « Comment Josué Ouvrard, jeune homme certes en situation de marginalité avancée, a-t-il pu en arriver à commettre un tel crime ? » L’enquête commence, qui prend la forme d’une longue immersion dans les dossiers de sa petite enfance et dans le passé ouvrier de sa ville, Châtellerault (Vienne).
La biographie du jeune homme est désolante, pour ne pas dire désespérante. Aucun scénariste soucieux...




                        

                        

