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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ La Semaine de la critique, la Quinzaine et l’Acid parient sur l’émergence féminine, tout en conviant des têtes d’affiche.
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Cinéma : parallèles et audacieuses sections cannoises

La Semaine de la critique, la Quinzaine et l’Acid parient sur l’émergence féminine, tout en conviant des têtes d’affiche.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 09h16
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

On connaît tout désormais, ou presque, de la programmation cannoise 2018. Après le dévoilement de la Compétition officielle par Thierry Frémaux, délégué général du Festival, voici le temps des sections dites parallèles : la Semaine de la critique présente sept longs-métrages en compétition (premiers et seconds films), l’Acid (Association du cinéma indépendant pour sa distribution) en a sélectionné neuf, et la Quinzaine des réalisateurs, festival dans le Festival qui fête cette année sa 50e édition, en propose vingt (sur un total de 1 609 longs-métrages visionnés). Pour son délégué général, Edouard Waintrop, c’est la septième et dernière édition –, il sera remplacé par l’Italien Paolo Moretti en 2019.


Waintrop finit la Quinzaine comme il l’a commencée, en mettant l’accent sur les films latino-américains, a-t-il lui-même reconnu, le 17 avril, lors de sa conférence de presse au Forum des images, à Paris. Il y aura donc un film colombien en ouverture, Pajaros de verano/Les Oiseaux de passage, de Ciro Guerra et Cristina Gallego. Puis un film espagnol, Carmen y Lola, une histoire d’amour entre deux femmes en milieu gitan, de la réalisatrice basque Arantxa Echevarria – « un pari sur un nouveau talent », a résumé Waintrop. Mais aussi un film argentin, El Motoarrebatador, d’Augustin Toscano. Puis un autre mexicain, Comprame un revolver (Buy Me A Gun), de Julio Hernandez Cordon, dans un univers oscillant « entre Peter Pan et Mad Max ». Enfin un drame brésilien, Los Silencios, deuxième long-métrage de la réalisatrice Beatriz Seigner sur fond de conflits armés colombiens, à la frontière du Brésil. La Quinzaine a reçu beaucoup de films de candidats chinois, mais un seul a été élu, The Pluto Moment, de Ming Zhang. Le décor est celui d’une forêt, et le ton serait proche d’Hong Sang-soo… Un maître de l’animation japonaise, Mamoru Hosada, présentera...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Ce jury composé de cinq femmes et quatre hommes sera présidé par l’actrice australienne Cate Blanchett. Le réalisateur canadien Denis Villeneuve en sera également membre.
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Kristen Stewart, Léa Seydoux et Robert Guédiguian rejoignent le jury du Festival de Cannes

Ce jury composé de cinq femmes et quatre hommes sera présidé par l’actrice australienne Cate Blanchett. Le réalisateur canadien Denis Villeneuve en sera également membre.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h30
 • Mis à jour le
18.04.2018 à 08h57
   





                        


Les Français Léa Seydoux et Robert Guédiguian feront partie du jury du 71e Festival de Cannes, présidé par l’actrice Cate Blanchett, a annoncé, mercredi 18 avril, le festival de cinéma dans un communiqué.
Ce jury, composé de cinq femmes et quatre hommes, comprend également l’actrice américaine Kristen Stewart, le réalisateur canadien Denis Villeneuve, l’acteur chinois Chang Chen, la scénariste américaine Ava DuVernay, la chanteuse burundaise Khadja Nin et le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev.
Des vétérans comme le Franco-Suisse Jean-Luc Godard et l’Américain Spike Lee, mais aussi des cinéastes sous surveillance dans leur pays comme l’Iranien Jafar Panahi et le Russe Kirill Serebrennikov seront en compétition lors de ce 71e Festival, dont la sélection officielle a été dévoilée la semaine dernière et qui s’ouvrira le 8 mai. Le palmarès du jury sera dévoilé le 19 mai.

        Lire aussi :
         

                Festival de Cannes 2018 : Jean-Luc Godard, Spike Lee et Asghar Farhadi en compétition



Présidé l’année dernière par l’Espagnol Pedro Almodovar, Cannes avait attribué la Palme d’or au film The Square du Suédois Ruben Östlund.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Susanna Nicchiarelli retrace la dernière année de la vie de la chanteuse sans sacrifier à l’iconographie rock.
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« Nico, 1988 » : le crépuscule d’une légende underground

Susanna Nicchiarelli retrace la dernière année de la vie de la chanteuse sans sacrifier à l’iconographie rock.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h12
 • Mis à jour le
18.04.2018 à 11h31
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Christa Päfggen est née en 1938, deux semaines après les accords de Munich. Elle est morte d’une chute à vélo, un après-midi d’été à Ibiza, à peine un demi-siècle plus tard, en 1988, un an avant la chute du mur de Berlin. Entre les deux dates, la petite fille qui avait fui Cologne pour échapper aux bombardements s’était fait mannequin, à Berlin puis à Paris. Devenue Nico, elle passe dans La Dolce Vita et atterrit au milieu des années 1960 à New York, où elle est embauchée dans la Factory d’Andy Warhol, qui en fait, au grand dam de Lou Reed, la chanteuse du Velvet Underground. La gloire du groupe (dont Nico est éjectée après la sortie du premier album, en 1967) est si confidentielle qu’on peine à décerner le douteux titre de rock-star à la chanteuse.
Il faut convenir qu’elle est devenue une légende underground et elle consacrera les deux décennies suivantes à l’édification de ce mythe, marchande ambulante d’une musique funèbre et parfois sublime, muse de générations entières de rebelles (punk, new wave). Il lui fallait aussi survivre, échapper à la misère matérielle et à son addiction à l’héroïne.
Mieux vaut se familiariser avec cet itinéraire avant de rencontrer la Nico du film de Susanna Nicchiarelli, interprétée par Trine Dyrholm. C’est une femme prématurément vieillie, dont le discours mêle les traces d’une enfance en Allemagne nazie (poussées d’antisémitisme) et le souvenir d’une gloire passée. C’est la mère rongée par la culpabilité d’Ari Boulogne, un enfant qui a été élevé par les parents d’Alain Delon, qui ne l’a jamais reconnu, un garçon fragile. C’est aussi, et surtout, une artiste qui tente de préserver son art de ses propres faiblesses et de la brutalité du monde.
Instantané et masque mortuaire
Appliquant à la lettre le programme énoncé dans son titre, Nico, 1988 suit pas à pas les dernières tribulations de la musicienne pour en faire un portrait qui tient à la fois de l’instantané et du masque mortuaire. Embarquée par son manageur britannique, ici baptisé Richard (John Gordon Sinclair), dans une tournée sans fin, on la voit passer de soirées catastrophique, comme cette étape mélancolique et dérisoire dans une station balnéaire italienne, en moments fulgurants – un concert à Prague, sous le nez des bureaucrates d’un régime à l’agonie.
Le terme de composition conviendrait assez bien au travail de l’actrice danoise Trine Dyrholm, vue, entre autres, chez Thomas Vinterberg (elle a obtenu un prix d’interprétation à Berlin pour son travail dans La Communauté), s’il n’impliquait pas une part de calcul. Or l’interprète se jette dans le personnage avec une absence de retenue et une témérité admirables. Les ingrédients du personnage, l’enfant gâtée (dont on soupçonne qu’elle fait des caprices pour effacer les privations de ses premières années), la mère indigne mais aimante, la musicienne inconstante traversée de temps à autre par l’inspiration, l’idole adorée pour de mauvaises raisons font mieux que s’additionner : elles constituent un portrait dont on ne saura jamais – à moins d’avoir rencontré Nico – s’il est ressemblant, mais dont on est sûr qu’il constitue un formidable personnage de cinéma.
On sent la réalisatrice en terrain connu et pourtant, elle ne se départ jamais d’un étonnement bienveillant
Susanna Nicchiarelli filme les rituels du rock – les tournées, les interviews, la recherche de substances stupéfiantes en milieu hostile – en se plaçant à une distance inédite : on sent la réalisatrice en terrain connu et pourtant, elle ne se départ jamais d’un étonnement amusé et bienveillant. Les mystères de la gestion des droits d’auteur empêchent Trine Dyrholm de chanter autre choses que des classiques (Nature Boy) ou des pastiches du style de Nico (on n’entendra jamais les remarquables compositions de ses albums solos), ce qui n’empêche pas le film de toucher, presque incidemment, à la vérité de la vie en tournée. L’ennui généré par le perpétuel recommencement, les rivalités qui valent souvent celles de la plus mesquine des bureaucraties, tout est capturé par la réalisatrice pour mieux mettre en lumière la naissance, certains soirs, d’une musique unique, qui ne reviendra jamais.
Filmé presque brutalement par la chef opératrice Crystel Fournier (Bande de filles), Nico, 1988 ne sacrifie jamais à l’iconographie rock tout en approchant la réalité de cette musique comme rarement on l’a fait au cinéma.

Film italien de Susanna Nicchiarelli. Avec Trine Dyrholm, John Gordon Sinclair, Anamaria Marinca (1 h 33). Sur le Web : kinovista.com/film/nico-1988 et www.new-story.eu/films/nico-1988



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ La réalisatrice Eloïse Lang met en scène un trio d’actrices dans une comédie très bien interprétée.
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« Larguées » : le burlesque en rythme et au féminin

La réalisatrice Eloïse Lang met en scène un trio d’actrices dans une comédie très bien interprétée.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h10
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Rose et Alice (Camille ­Chamoux et Camille ­Cottin), deux sœurs que tout sépare, décident de s’occuper de leur mère Françoise (Miou-Miou), qui vient de se faire larguer par leur père, parti avec une femme beaucoup plus jeune. L’opération de sauvetage consiste à l’emmener dans un camp de ­vacances situé sur l’île de La Réunion pour qu’elle puisse se changer les idées. Si l’idée part d’une bonne intention, Françoise a du mal à s’extirper de sa ­dépression, et les trois ­femmes, de tempéraments très différents, vont devoir apprendre à ­cohabiter harmonieusement pendant ces ­quelques jours ponctués par de nombreuses rencontres.
Il faut patienter pour voir le film basculer dans une voie beaucoup plus personnelle et étonnante
Après le succès de la minisérie ­­Con­n­asse, et son adaptation cinématographique Connasse, princesse des cœurs, Eloïse Lang ­retrouve sa vedette Camille ­Cottin, rejointe par l’humoriste et ­actrice Camille Chamoux pour un ­remake d’une comédie ­suédoise. Si Larguées peut d’abord donner le sentiment de se tenir sagement dans les clous de la comédie formatée, il faut patienter pour voir le film basculer dans une voie beaucoup plus personnelle et étonnante.
Cette franche et modeste réussite tient à des ­qualités pourtant ­essentielles que l’on croise de moins en moins dans le genre pourtant très technique de la comédie burlesque : le sens du rythme, un véritable souci d’écriture qui ne se ­limite pas à enchaîner les gags, et une capacité à ­instiller ­continûment le chaos au sein de son dispositif. On doit cette ­électricité à son tandem d’actrices ­attachantes et enfantines qui, depuis ­quelques années, ont ­permis de renouveler l’image que l’on pouvait se faire du corps ­comique féminin.
Loin de la ringardise ambiante
Survoltées et pleines d’autodérision, Camille Chamoux et ­Camille Cottin réussissent un numéro d’équilibriste qui consiste à être à la fois archétypal (l’une est trop sage, l’autre excessivement ­délurée) et ­réaliste, et à porter à bout de bras un scénario chargé en catastrophes, gags et autres péripéties burlesques.
Autour d’elles et de Miou-Miou, incarnant une indécrottable dépressive, s’agglutine également toute une galerie d’acteurs savamment choisis et charismatiques (Johan Heldenbergh, Thomas Scimeca), à qui quelques scènes suffisent pour marquer le film de leur présence. Si Larguées ne restera pas forcément dans les mémoires pour son sens de la mise en scène – très limité –, on est néanmoins pris d’une franche sympathie ­devant cette comédie habitée par un véritable amour des acteurs et qui s’établit loin de la ­ringardise ambiante.

Film français d’Eloïse Lang. Avec Camille Chamoux, Camille Cottin, Miou-Miou, Johan Heldenberg, Thomas Scimeca, Olivia Côte (1 h 32). Sur le Web : www.pathefilms.com/film/larguees et fr-fr.facebook.com/LargueesLeFilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le neuvième long-métrage de Jean-Paul Civeyrac est la version filmée d’un roman d’apprentissage.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

« Mes provinciales » : un bel endormi happé par la ville

Le neuvième long-métrage de Jean-Paul Civeyrac est la version filmée d’un roman d’apprentissage.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h09
 • Mis à jour le
18.04.2018 à 08h38
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Le roman français par ­excellence n’est-il pas, en quelque sorte, celui de la « montée » à Paris, cette ville monstre que l’on dompte ou qui nous dévore ? C’est le chemin que prirent, en leur temps, le ­Lucien de Rubempré de Balzac ou le Frédéric Moreau de Flaubert, et la tradition littéraire dans ­laquelle s’inscrit, pour son nouveau film, le cinéaste Jean-Paul Civeyrac. Comme si, ­par-delà les époques, persistaient de grands invariants, de grandes structures d’expériences que nous sommes tous amenés à traverser. Mes provinciales, neuvième long-métrage d’une filmographie marquée au sceau du sensible, affiche tout du moins l’ambition romanesque de plonger ses personnages étudiants dans le temps long et exfoliant de la formation, et d’observer ce qui, peu à peu, en chacun d’eux, se transforme ou se maintient.
« Provinciales » donc, car c’est de sa province, plus précisément de Lyon, qu’Etienne (Andranic Manet) se lance pour entreprendre des études de cinéma à l’université Paris-VIII Saint-Denis, laissant derrière lui sur le quai de la gare ses parents et sa petite amie. Colocation, soirées, cours, nouvelles amours, nouveaux ­trajets, discussions à bâtons rompus, petits boulots… et le ­tégument adolescent d’Etienne se défait à mesure que la grande ville lui entre dans la peau.
L’amitié, surtout, avec Jean-Noël (Gonzague Van Bervesselès) et Mathias (Corentin Fila), deux camarades de classe, fait table rase dans sa vie : cinéphiles purs et durs, ils se flairent et se ­reconnaissent, forment une « bande à part », crâne et immodeste, imbibée de films, d’idées, de poésie et de musique. « Provinciales » enfin, parce que l‘ouvrage épistolaire de Pascal, déniché chez un bouquiniste, ­devient le nouveau viatique d’Etienne, prônant une intransigeance janséniste dans un monde où grouillent les « petits arrangements ». Jusqu’à sa rencontre avec Annabelle (Sophie Verbeeck), activiste humanitaire révoltée, qui lui en remontre en termes d’accord concret entre la parole et les principes.
Interférence des temps
A quel temps appartiennent ces jeunes gens romantiques et ces filles de feu, inconditionnels de Bach, de Novalis et de Gérard de Nerval ? A la jeunesse éternelle, au Paris des années 1970 et du Diable probablement (1977) de Robert Bresson, ou à l’époque contemporaine ? Ce qu’attestent la présence des smartphones ou certaines références à l’actualité (la campagne d’Emmanuel ­Macron) est sans cesse antidaté par l’usage d’un noir et blanc atemporel, qui semble ressusciter les figures d’un passé encore proche, spectres du bouillonnement culturel et politique de l’après-Mai 68. Mes provinciales tire toute son originalité, et peut-être aussi son caractère « hors-sol », de cette drôle d’interférence des temps, annonçant que les époques révolues se rejouent continûment dans l’apprentissage des jeunes générations.
Ainsi le film se montre à la fois étonnamment attentif à la ­spécificité d’une certaine jeunesse (les évocations des Femen ou des ZAD) et rêvant à travers elle à autre chose : une pérennité, un vœu de beauté reconduit de génération en génération. Sa grande question est celle, bien connue, vertigineuse, de la ­croisée des chemins : à aspirations égales, pourquoi finit-on par devenir ce que l’on ne se doutait pas être ? A ce titre, Civeyrac fait de son protagoniste, Etienne, un caractère certes sensible, mais peu brillant, un bel endormi, souvent saisi en posture allongée, gagné par la lassitude ou le sommeil.
Sa grande question : à aspirations égales, pourquoi finit-on par devenir ce que l’on ne se doutait pas être ?
C’est sans doute là la plus belle part du film : Etienne se révélant un jeune homme happé par les « soleils » dans les orbites desquels il gravite. Comme ­l’impétuosité et le charisme de Mathias, modèle d’exigence artistique, mais aussi mirage insaisissable, qui apparaît et disparaît de manière imprévisible, puis explose en plein vol. Ou la témérité sans partage d’Annabelle, qui trouve, elle, la force d’agir, face aux trois étudiants absolutistes qui s’abreuvent de paroles.
La parole, jusque dans son ­dogmatisme, est peut-être le véritable sujet du film : comment elle constitue un monde en soi, une alcôve protectrice, un refuge qui retarde l’inévitable (l’âge adulte, les compromissions). C’est par son exercice seul que l’on devient, selon le rêve des ­personnages – et d’après les Lettres luthériennes, de Pasolini – « continuellement irreconnaissable, éternellement contraire ».

Film français de Jean-Paul Civeyrac. Avec Andranic Manet, Gonzague Van Bervesselès, Corentin Fila, Diane Rouxel, Jenna Thiam, Sophie Verbeeck (2 h 17). Sur le Web : www.arpselection.com/category/tous-nos-films/drame/mes-provinciales-428.html et www.filmsdulosange.fr/fr/film/244/mes-provinciales



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Angela Robinson filme la genèse de l’héroïne de comics, entre comédie de spéculation et désir de transgression.
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« My Wonder Women » : Wonder Woman a deux mamans et un papa

Angela Robinson filme la genèse de l’héroïne de comics, entre comédie de spéculation et désir de transgression.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h08
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Quels que soient les défauts de My Wonder Women, le film d’Angela Robinson a le mérite d’offrir une conversation inédite, qui rassemblerait les féministes et les geeks, deux communautés qui ne s’adressent pas souvent la parole. En exhumant, sur les traces de la journaliste Jill Lepore qui y a consacré un ouvrage, la genèse de Wonder Woman, l’héroïne de bande dessinée qui vient de connaître un succès planétaire grâce à Patty Jenkins, Gal Gadot et la maison Warner, Angela Robinson, qui est également l’auteure du scénario, explique aux premières que les comics furent le vecteur d’une propagande clandestine en faveur de l’égalité des genres, et aux seconds que leur art favori n’est pas forcément destiné à la célébration de la virilité triomphante.
Dans cette version de l’histoire de Wonder Woman, la superhéroïne naît non pas d’un père et d’une mère, mais des tribulations d’un trio amoureux, qui s’est formé sur un campus du nord-est des Etats-Unis, au temps du New Deal. Là, le professeur William Marston (Luke Evans) et son épouse et collaboratrice Elizabeth Holloway (Rebecca Hall) embauchent une étudiante, Olive Byrne (Bella Heathcote) pour les aider dans leurs recherches, consacrées, pour l’essentiel à l’élaboration d’un détecteur de mensonge.
Les premières séquences de My Wonder Women atteignent un équilibre exquis, entre la comédie et la spéculation historique et philosophique. Le professeur Marston est un homme qui exerce son charme à bon escient sur ses ouailles (l’action est située à Radcliffe, établissement pour jeunes filles, jumelé avec Harvard, c’est l’une des nombreuses libertés que le scénario prend avec les faits, Marston enseignait dans un établissement bien moins prestigieux).
Scènes gentiment érotiques
Olive Byrne est d’abord séduite par l’universitaire, puis mortifiée lorsque l’épouse de ce dernier lui demande de promettre qu’elle ne « baisera pas son mari ». Dans le rôle d’Elizabeth Marston Holloway, Rebecca Hall fait un dragon très attrayant, dont on sent bien que l’agressivité n’est pas mue par la jalousie, mais par des pulsions plus positives. Elizabeth est tombée amoureuse d’Olive, et réciproquement. Quant à William, il ne demande qu’à répartir équitablement ses inépuisables provisions de désir et d’affection. Olive, dont la blondeur pourrait faire croire à l’innocence, révèle à ses amants qu’elle est la nièce de Margaret Sanger, mère fondatrice du féminisme moderne aux Etats-Unis (ce fait-là est exact).
Les efforts du trio pour parvenir à un modus vivendi donnent lieu à une succession de scènes gentiment érotiques, à des heurts avec les autorités, progrès et revers qui sont généralement traités sur un ton presque badin, auquel contribuent les acteurs, qui semblent s’amuser comme rarement. Mais on est à la fin des années 1930 et le manque de discrétion du trio lui vaut d’être expulsé de l’éden universitaire. Etablis dans une banlieue new-yorkaise, l’étudiante, la chercheuse et le professeur y fondent une famille (chacune des femmes donne naissance à deux enfants) dont la structure est dissimulée au voisinage par un voile de pieux mensonges. Dans le même temps, le trio découvre les joies du bondage et du sadomasochisme (et c’est en mettant en scène cette initiation que la douceur extrême qui règne sur My Wonder Women atteint ses limites) Pour arrondir des fins de mois bien difficiles, William Marston propose ses services à un éditeur de comics, qui accepte d’éditer les aventures de Wonder Woman.
Les yeux des spectateurs de 2018 se dessillent alors, aidés par un montage très pédagogique
Les yeux des spectateurs de 2018 se dessillent alors, aidés par un montage très pédagogique : tout ce qui fait la singularité de l’héroïne – le mystère de son identité, sa propension à se faire ligoter, les propriétés divinatoires de son lasso – trouve son explication dans l’épopée amoureuse à laquelle son créateur a pris part. Le film prend alors un tournant plus sombre : on est arrivé à l’immédiat après-guerre et les comics qui ont diverti les GI et les femmes américaines qui ont pris leur place dans les usines ont mauvaise presse. Anticipant un peu la vraie répression qui s’est abattue sur la bande dessinée (elle a pris toute son ampleur en 1954), le scénario montre William Marston comme une victime par anticipation (il est mort en 1947) de la réaction des années Eisenhower.
Ce ne sont pas tant les libertés que prend My Wonder Women avec la chronologie, ou le rapport des forces en présence qui entravent les efforts d’Angela Robinson pour approcher la vérité de ces trois êtres hors du commun. C’est plutôt son parti pris de réaliser un film normal sur la transgression. On devine bien l’envie d’attirer un public non averti vers les sexualités alternatives, à la manière de Marston glissant son discours féministe et érotique dans les cases de Wonder Woman. Mais on ne peut s’empêcher de penser que cette anomalie séduisante appelait un film hors normes.

Film américain d’Angela Robinson. Avec Luke Evans, Rebecca Hall, Bella Heathcote (1 h 48). Sur le Web : www.facebook.com/marstonmovie et professorm.movie



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Le réalisateur Johannes Roberts met à nu la rhétorique d’un sous-genre du film d’horreur, à la fois épuisé et increvable.
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« The Strangers : Prey at Night » : la nuit du slasher

Le réalisateur Johannes Roberts met à nu la rhétorique d’un sous-genre du film d’horreur, à la fois épuisé et increvable.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h07
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
S’il fallait trouver une caractéristique résumant les qualités de The Strangers : Prey at Night, ce serait de manière paradoxale le dépouillement. C’est en effet dans la mise à nu, jusqu’au vertige, d’un genre tout à la fois épuisé et increvable, que le film de Johannes Roberts se présente comme une bonne surprise. Le slasher (sous-genre du film d’horreur où un tueur élimine méthodiquement un groupe d’individus généralement avec une arme blanche) du samedi soir s’en trouve ici réduit à une mécanique célibataire et abstraite. Or, ce qui pourrait passer pour un appauvrissement devient une façon de réfléchir à la nature même de la peur à l’origine de conventions cinématographiques qui ont la peau dure. Sans doute parce qu’elles renvoient à une sensibilité immuable et quasiment reptilienne.
Un couple et ses deux enfants prennent la route. Il est question d’emmener un des deux rejetons, la fille, adolescente difficile, en conflit avec le reste de la famille, dans un internat. Le groupe s’installe pour une nuit dans un mobile home, au cœur d’un parc isolé. Après avoir découvert que l’endroit est absolument désert, puis que leurs voisins ont été assassinés, parents et enfants sont traqués par de mystérieux assaillants masqués. Commence alors une nuit de cauchemar au cours de laquelle ils tenteront d’échapper à des tueurs dont les motivations sont absolument introuvables. C’est l’adolescente perturbée et survivante qui affrontera, dans la dernière partie du récit, des monstres à qui elle aura elle-même dérobé leur cruelle inhumanité. Processus d’une rédemption expresse qui ne débouchera que sur le vide.
Cache-cache mortel
Le film se distingue donc par le respect d’une stricte unité de temps et d’action. Quelques heures au cœur de la nuit durant lesquelles les protagonistes tentent d’échapper au sort funeste qui les attend avant, pour la plupart d’entre eux, d’être sauvagement et cruellement mis à mort. Et sans doute pourrait-on reprocher au scénario, réduit à un jeu de cache-cache mortel et à une suite d’affrontements physiques et de meurtres sauvages à l’arme blanche, de pouvoir tenir sur un confetti.
Mais c’est dans cette épure que le film contient sa vérité. The Strangers : Prey at Night est une œuvre sans secret ni psychologie. Elle ne dévoile que l’horreur de l’insignifiance et la terreur de l’identité. Et c’est sans doute cette épure même qui en accentue la dimension anxiogène et terrifiante.
Les causalités, qui sont souvent dérisoires dans ce genre de films, sont ici spectaculairement absentes
Les causalités, qui sont souvent d’ailleurs dérisoires dans ce genre de films, sont ici spectaculairement absentes. Les masques grotesques et effrayants qui couvrent le visage des assassins ne cachent rien, sinon la stricte banalité de faces juvéniles et anonymes. En arrachant son masque de poupée à l’une des assaillantes, l’héroïne du film a la surprise de sa vie : celle de justement ne ressentir aucune surprise mais de se trouver face à une adolescente qui pourrait être elle et dont on ne saura rien.
A la suppliante question « Pourquoi faites-vous cela ? » que les victimes adressent à leur bourreau, n’est répondu qu’un obtus et atroce « Pourquoi pas ? ». Tout se passe ainsi comme si le film lui-même avait l’intuition de l’inanité des causalités que pourrait rechercher un spectateur pris au piège de stimulations à la fois abjectes et jouissives, stimulations que ce type de films entend provoquer.
Bandes de terreur
En faisant quelques recherches, on apprend que The Strangers : Prey at Night serait le remake de The Strangers, réalisé par Bryan Bertino en 2008. On pourrait s’étonner de cette volonté de vouloir refaire, à seulement quelques années d’intervalle, le même film. Mais ce serait sans doute se faire des illusions sur une manière de fabriquer des films d’horreur qui ne reposent justement que sur la duplication et la programmation pure.
The Strangers : Prey at Night n’est le remake d’aucun film ou alors de toutes ces bandes de terreur produites industriellement à Hollywood depuis des décennies. Et il est bien possible que la conscience même d’être un objet reproductible à merci soit perceptible dans la volonté exprimée par le scénariste et le metteur en scène de concevoir, en toute conscience, leur projet comme le simple déploiement d’une rhétorique pure. Ce qui, paradoxalement peut-être, en augmente la capacité de frayeur.

Film américain de Johannes Roberts. Avec Bailee Madison, Christina Hendricks, Martin Henderson, Emma Bellomy, Lewis Pullman (1 h 25). Sur le Web : www.paramountpictures.fr/film/strangers-prey-at-night et thestrangers2018.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Situé sur l’île anglo-normande, le thriller de Michael Pearce joue sur l’attraction qu’exerce un garçon inquiétant sur une jeune femme rejetée par sa famille.
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« Jersey Affair » : une liaison au paradis (fiscal)

Situé sur l’île anglo-normande, le thriller de Michael Pearce joue sur l’attraction qu’exerce un garçon inquiétant sur une jeune femme rejetée par sa famille.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h06
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Ce n’est pas parce qu’on vit dans un paradis fiscal qu’on est immortel. Jersey Affair (titre français d’un film britannique qui s’appelait Beast) montre l’île anglo-normande terrorisée par un tueur en série qui s’attaque à de très jeunes filles. S’inspirant – de très loin – d’un fait divers des années 1960, le premier long-métrage de Michael Pearce, lui-même natif de Jersey, est avant tout une histoire d’amour toute tordue.
Elle fait s’entrechoquer Moll (Jessie Buckley), une jeune femme que l’on découvre sous la coupe d’une mère terrifiante de froide bienveillance (Geraldine James). Moll est bien trop âgée pour être soumise à un régime d’ordinaire destiné aux adolescents, mais son passé cache un secret, violent, sanglant. Au hasard d’une fugue (si l’on peut appeler ainsi la décision d’une femme adulte de passer la soirée et la nuit en boîte de nuit), elle fait la connaissance d’une espèce d’homme des bois. Pascal Renouf (Johnny Flynn), qui n’a pas à déployer beaucoup d’efforts pour la séduire. Il se dit descendant de seigneurs normands, vit de petits boulots et de braconnage, roule dans une Land Rover qui a dû faire la campagne de Suez. Lui aussi a été mal aimé par ses parents, lui aussi cache quelque chose.
Fatras d’effets importés d’Hollywood
Plus que le suspense quant à l’identité du tueur en série, c’est la nature de l’attraction qu’exerce le marginal sur la fille dévoyée d’une famille bourgeoise qui génère la tension qui parcourt Jersey Affair. Malgré l’engagement et l’énergie de ses deux interprètes et un style de prise de vues à la fois sophistiqué et efficace, Michael Pearce semble ne pas faire confiance aux moyens dont il a disposé pendant le tournage. Le montage s’affaire à aller et venir dans le temps, multipliant les présages dont le caractère funeste est souligné par une bande-son envahissante. Le rythme de Jersey Affair s’en trouve alourdi, le récit se fait prévisible et les personnages perdent de leur intérêt, prisonniers de ce fatras d’effets importés d’Hollywood.

Film britannique de Michael Pearce. Avec Jessie Buckley, Johnny Flynn, Geraldine James (1 h 47). Sur le Web : www.bacfilms.com/distribution/prochainement/film/JERSEY-AFFAIR



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le cinéaste argentin Diego Lerman ne parvient pas à nous faire aimer ses personnages, embarqués dans une sordide histoire de bébé acheté.
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« Notre enfant » : chronique sociale d’un système d’adoption défaillant

Le cinéaste argentin Diego Lerman ne parvient pas à nous faire aimer ses personnages, embarqués dans une sordide histoire de bébé acheté.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h05
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Malena est une jeune médecin de Buenos Aires qui entreprend un processus d’adoption illégale d’un enfant, conçue par une paysanne issue d’une famille pauvre de la province. Une complication inattendue attend la jeune femme à son arrivée, la famille de la mère réclamant en dernier ressort davantage d’argent suite à l’emprisonnement présumé du mari de Marcela, la mère biologique. D’âpres négociations s’ensuivent, tandis que la femme arrive au terme de sa grossesse et que le bébé naît sur ces entrefaites.
Sans condamner aucun de ses personnages, le réalisateur Diego Lerman s’applique à ménager les zones d’ombre qui, montrant les raisons de chacun à bien ou mal agir, suspendent notre volonté de juger. Il se livre ainsi à la chronique sociale d’un système d’adoption gravement défaillant dans les interstices duquel s’engouffrent les désirs et les nécessités des principaux protagonistes de l’histoire, au bénéfice d’un réseau d’intermédiaires (médecins, infirmières, avocats) dont on ne sait trop s’ils sont mus par l’appât du gain ou la volonté de suppléer aux tares administratives.
Une grisaille poisseuse
Tourné en caméra portée, au plus près de la protagoniste principale et de l’étrange odyssée que son désir forcené va faire naître, Notre enfant est un film très honnête, réalisé avec ce souci de la réalité sociale propre au cinéma sud-américain, mais qui ne suscite aucun engouement, sans doute à cause de la grisaille poisseuse qui caractérise ses personnages. Car si Diego Lerman parvient à éviter que nous les condamnions, il ne nous les fait pas aimer pour autant. On est ainsi très loin de l’enthousiasme qui se dégageait de son premier long-métrage, Tan de Repente (2002), titre phare du nouveau cinéma latino-américain, hélas resté sans équivalent dans la filmographie de son auteur.



Film argentin de Diego Lerman. Avec Barbara Lennie, Daniel Araoz, Claudio Tolcachir (1 h 35). Sur le Web : www.potemkine.fr/Potemkine-film/Notre-enfant-una-especie-de-familia/pa61m4f320.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le Néerlandais Boudewijn Koole livre un drame psychologique à l’emballage soigné mais aux métaphores éculées.
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« Sonate pour Roos » : une famille norvégienne plombée par le non-dit

Le Néerlandais Boudewijn Koole livre un drame psychologique à l’emballage soigné mais aux métaphores éculées.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h03
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Roos (Rifka Lodeizen), jeune artiste photographe, revient en Norvège après une longue absence, auprès de sa mère Louise (Elsie de Brauw), grande pianiste à la retraite, et de son petit frère Bengt (Marcus Hanssen), passionné de prise de son, et passe quelque temps dans leur grande maison aux abords de la toundra. Mais entre la mère au cœur sec, qui fut dans sa jeunesse une véritable bête de concours, et la fille, porteuse d’un lourd secret, quelque chose d’important ne parvient pas à se dire, qui crispe rapidement leur relation. Ressentiment, manque affectif, quête de reconnaissance, rivalité sourde, tout affleure dans ces quelques jours où Roos redécouvre un monde, celui de l’enfance, qu’elle avait sciemment laissé derrière elle.
Sonate pour Roos, troisième long-métrage du Néerlandais Boudewijn Koole, fait partie de ces drames psychologiques dont l’emballage très soigné, mais peu inventif, ne rend pas toujours justice aux méandres tortueux des rapports humains – on est loin de Sonate d’automne (1978), d’Ingmar Bergman, dont le film offre comme une version allégée. A commencer par son décor de grandes étendues neigeuses, dont le caractère figé renvoie à la retenue « gelée » et toute luthérienne des affects filiaux. De même, les différentes pratiques artistiques, qui relient (ou parfois opposent) les trois membres de cette famille surdouée, interviennent comme des métaphores éculées du « cinéma révélateur des âmes ».
Accoucher une seconde fois
Plus largement, cette fiction du non-dit et de l’aveu, qui accumule les signes d’introspection (flocons qui tombent au ralenti, décadrages savants, gros plans blêmes), peut se voir comme la seconde chance offerte à une maternité défaillante de « délivrer » pour de bon sa progéniture (à l’image d’un élan renversé par Roos en voiture et dont on découvre que le cadavre portait deux petits). En d’autres termes d’accoucher une seconde fois – mais pas forcément comme on l’attend.
Trop balisé dans son cheminement psychologique rédimant, le film n’en affiche pas moins une certaine tenue. Ses scènes les plus réussies sont sans doute celles des retrouvailles de Roos avec une petite sphère villageoise figée dans son engourdissement – dont un ancien amant qui, depuis, a refait sa vie. Alors, ses personnages se mettent vraiment à exister « dans le temps », ce qui n’est déjà pas rien.

Film néerlandais et norvégien de Boudewijn Koole. Avec Rifka Lodeizen, Elsie de Brauw, Marcus Hanssen, Jakob Oftebro (1 h 32). Sur le Web : www.arizonafilms.fr/spr_entretien.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ La comédie de Jonathan Goldstein et John Francis Dailey souffre d’un humour assez poussif et d’un manque de rythme.
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« Game Night » : un jeu de société grandeur nature

La comédie de Jonathan Goldstein et John Francis Dailey souffre d’un humour assez poussif et d’un manque de rythme.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h03
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Féru de jeux de société, un couple, Max et Annie, se voit proposer par le frère de Max un défi tout particulier. Après un simulacre d‘enlèvement, il leur faudra retrouver celui-ci en suivant la piste des ravisseurs. Evidemment, à la place de la simulation programmée, se déroulera un véritable kidnapping et les acteurs embauchés seront remplacés par de véritables truands. A moins que… Game Night joue sur l’incertitude dans laquelle sont à la fois plongés les personnages et les spectateurs, immergés au cœur d’une aventure où l’illusion du jeu se confond avec le danger véritable.
Comédie dont les péripéties sont ramassées en une nuit, le film de Jonathan Goldstein et John Francis Dailey n’est pas sans évoquer certaines comédies turbulentes de John Landis (on pense à son très réussi Série noire pour une nuit blanche, en 1985). Mais la comparaison se fait cruellement au détriment de Game Night en raison d’un humour apparaissant assez poussif et du sentiment qu’à aucun moment le bon rythme n’est trouvé pour accompagner ces gesticulations.

Film américain de Jonathan Goldstein et John Francis Dailey. Avec Rachel McAdams, Jason Bateman, Kyle Chandler (1 h 39). Sur le Web : www.gamenight-themovie.net et www.facebook.com/GameNightWB



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le film de Lucio Fulci ressort dans un splendide coffret DVD/Blu-ray riche en suppléments pertinents sur un genre sous-estimé.
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DVD : « L’Enfer des zombies », une esthétique nouvelle de l’horreur

Le film de Lucio Fulci ressort dans un splendide coffret DVD/Blu-ray riche en suppléments pertinents sur un genre sous-estimé.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 08h02
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


On peut parfois être surpris de la façon dont ce qui, en son temps, paraissait relever d’une sous-culture populaire peu destinée à faire l’objet de commentaires subtils et d’une reconnaissance a posteriori, a pu être amené à connaître, un jour, le destin du traitement luxueux et savant que l’on réserve aux œuvres d’art. Comment qualifier autrement, en effet, l’édition par Artus Films de L’Enfer des zombies, de Lucio Fulci, dans un splendide coffret DVD/Blu-ray riche en suppléments de toutes sortes et accompagné d’un épais livret ? S’en étonner pourtant serait ne pas comprendre quelque chose de la nature du cinéma, souvent voué, même dans ses manifestations a priori les plus triviales, à un ennoblissement culturel mécanique et permanent. Est-il justifié en ce qui concerne ce cas précis ?
Morbidité spectaculaire
Le nom de Lucio Fulci ne disait alors pas grand-chose à de nombreux spectateurs avant qu’il ne se lance dans la fabrication d’une série de films horrifiques dont L’Enfer des zombies, réalisé en 1979, sera le premier volet. L’homme, pourtant, avait entamé une carrière au début des années 1960 et construit une filmographie sacrifiant, en apparence, aux exigences de la production de masse (comédies, westerns, thrillers). Certains titres se distinguaient déjà du tout-venant, par leur morbidité spectaculaire (Le Temps du massacre, Perversion Story, Le Venin de la peur, La Longue Nuit de l’exorcisme, L’Emmurée vivante). Fin des années 1970, l’heure est à la violence graphique débridée et le succès du Zombie, de George A. Romero, a entraîné, comme il se doit, une frénésie d’imitations en Italie. Fulci hérite d’un projet qui, à l’origine, ne lui était pas destiné et qui va pourtant changer une carrière alors déclinante. Il invente une esthétique nouvelle de l’horreur.

        Lire la nécrologie :
         

          George A. Romero s’efface derrière ses zombies



Si le livret qui accompagne le DVD/Blu-ray est surtout une mine d’érudition un peu superficielle sur le motif du zombie tel qu’il fut exploité par la série B transalpine, les interviews filmées du scénariste Dardano Sacchetti et de Lionel Grenier, spécialiste du cinéaste, reviennent en détail sur la genèse de l’œuvre, et notamment sur une origine se situant dans la bande dessinée d’après-guerre. Ils apportent également une foule d’informations sur la manière dont se produisaient, sans trop de scrupules, les films de genre dans l’Italie de cette époque.

Violence « gore »
Loin du romantisme politique et pamphlétaire des œuvres de George A. Romero, L’Enfer des zombies se signale par une remarquable gradation dans la violence gore. Son apparente gratuité avait surpris et révulsé, en son temps, nombre de commentateurs, alors que c’est sans doute cette caractéristique même qui en a fait le prix. Le film d’aventures tropicales dont il reprend la structure (un groupe d’aventuriers se rend dans une île des Caraïbes infestée de morts vivants, produits de la pratique du vaudou) est soumis à un traitement radical. Egorgements par morsures, énucléations, chairs putréfiées, d’inventives scènes éprouvantes à regarder se succèdent ainsi ad nauseam dans une œuvre qui marque alors les esprits par sa brutalité. Mais la grande singularité du cinéma de Fulci aura été de détacher cette imagerie ultraviolente de tout souci de réalisme.
Ce n’est pas pour faire « plus vrai » que les yeux sont crevés et dévorés par les vers, que les tripes dégoulinent avant d’être avalées goulûment par des créatures putrescentes, que les cranes éclatent. La crudité graphique, les chairs déchirées, le sang déversé n’attestent pas de la vérité d’une situation rendue visible grâce aux effets spéciaux mais relèvent bien plutôt du souci de soumettre le spectateur à une expérience inédite, de le plonger dans un état de transe véritable. C’est par l’épiderme que l’on ressent la métaphysique à l’œuvre dans le cinéma de l’auteur de Frayeurs et de L’Au-delà dont les partis-pris barbares rapprocheraient ce qui n’est, en soi, qu’un cinéma de série du théâtre de la cruauté dont rêvait Antonin Artaud, de la manière dont celui-ci pouvait désirer « un appel à la cruauté et à la terreur […] dont l’ampleur sonderait notre vitalité intégrale. »

Film italien de Lucio Fulci (1979). Avec Richard Johnson, Ian McCulloch, Tisa Farrow (1 h 31). 1 coffret DVD/Blu-ray et livret, Artus Films.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Les cinq épisodes de la formidable série télévisée de Fassbinder, diffusée d’octobre 1972 à mars 1973, font l’objet d’une sortie en salle, en version restaurée.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤                     
                                                

« Huit heures ne font pas un jour » : une lutte heureuse et pacifique contre l’aliénation au travail

Les cinq épisodes de la formidable série télévisée de Fassbinder, diffusée d’octobre 1972 à mars 1973, font l’objet d’une sortie en salle, en version restaurée.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 07h36
 • Mis à jour le
18.04.2018 à 07h43
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Vaste mouvement en cours, façon feu d’artifice, autour de Rainer Werner Fassbinder, génie moderne et sulfureux du cinéma allemand. Le constat fut tôt établi, tôt oublié, redécouvert à la faveur de l’inlassable activité de la Fondation Fassbinder. On en connaît la physionomie générale : macération d’un passé qui ne passe pas, haine glaciale de l’hypocrisie bourgeoise, et, quant au style, le couteau de boucher allié à la grâce ciselée du mélodrame. Quelques perles restent néanmoins à découvrir. Elles viennent de la télévision, pour laquelle le cinéaste a continûment travaillé.

        Lire le compte-rendu de la diffusion à la Berlinale 2017 :
         

          Amour, schnaps et lutte des classes, le soap opera selon Fassbinder



Au fur et à mesure des restaurations, on a ainsi pu voir, en 2007, les quatorze épisodes de l’adaptation du roman d’Alfred Döblin Berlin Alexanderplatz (1980) ; en 2010, le fascinant thriller d’anticipation Le Monde sur le fil (1973), confrontation joueuse et inventive de l’auteur avec la science-fiction ; en 2011, Je veux seulement que vous m’aimiez (1976), qui dresse, à partir des confessions d’un détenu censément parricide, un impitoyable réquisitoire contre les illusions mortifères de la société de consommation. A compter du mercredi 25 avril, il sera loisible de découvrir un autre trésor enfoui : Huit heures ne font pas un jour, série de longue haleine crânement distribuée dans une dizaine de salles, et éditée en même temps en DVD et Blu-ray chez Carlotta Films.
L’action subvertit la tradition de la série familiale allemande, qui se tient d’ordinaire en milieu favorisé
Commande de la chaîne régionale WDR (Westdeutscher Rundfunk) – où officiait Gunther Rohrbach, ambitieux responsable de la fiction, ainsi que le chargé de programme Peter Märthesheimer, appelé à devenir un collaborateur de premier plan du cinéaste –, ce remarquable feuilleton a été diffusé en cinq épisodes d’une heure trente entre le 29 octobre 1972 et le 18 mars 1973, en prime time sur la chaîne nationale ARD, rassemblant pour le premier volet jusqu’à vingt-cinq millions de spectateurs.
L’action, qui se déroule au sein d’une famille ouvrière à Cologne, subvertit la tradition de la série familiale allemande, qui se tient d’ordinaire en milieu favorisé. Elle fait,de surcroît, résonner une tonalité unique dans l’œuvre torturée de Fassbinder : celle de la joie.
Le pari de la lutte heureuse
Huit heures ne font pas un jour est, en un mot, une série délicieuse, printanière, remplie d’espoir et d’énergie positive. Sans masquer les obstacles qu’un ordre social corseté, vicieux, met sur la route des protagonistes, Fassbinder fait ici, à 27 ans, pour un budget infiniment supérieur et pour un public infiniment plus nombreux que celui de ses premiers films, le pari de la lutte heureuse, de la résistance pacifique mais pugnace, de la solidarité intelligente, de l’utopie en marche. Une philosophie multifront – défense ouvrière, émancipation féminine, dignité du troisième âge, droit des enfants – qui mise sur la résolution des conflits par la mobilisation éclairée de l’intérêt commun.
La clé de la réussite tient à la façon d’entrelacer une approche matérialiste de la vie – comment mobiliser les ouvriers à l’usine ? comment lutter contre l’aliénation du travail ? comment se loger une fois la retraite venue ? – à l’élan fictionnel qui emporte malgré tout les personnages. Particulièrement nombreux, magnifiquement posés pour la plupart, ces derniers jouent à ce titre un rôle fondamental. La famille Krüger-Epp en son modeste appartement constitue, avec l’usine d’outillage où travaille le petit-fils, le centre névralgique de la dramaturgie. Jochen (Gottfried John), prolo chic, gueule d’enfer, stature hugolienne, dialecticien d’exception dans son usine d’outillage, est le petit-fils. Marion (Hanna Schygulla) partagera sa vie, ange blond ramené un soir impromptu alors que Jochen était parti chercher du champagne pour l’anniversaire de grand-mère.
Trivialité héroïque
Grand-mère (Luise Ullrich) est, quant à elle, la vivacité, l’indignité et l’impertinence incarnées. C’est une bonne personne constitutionnellement hérissée par l’ordre triomphant de la bêtise et de l’injustice, qui ne s’avoue jamais vaincue et débrouille tous les problèmes. Le choix de Luise Ullrich pour l’incarner n’est pas anodin : l’actrice avait joué en 1933 dans Liebeleï, dernier film de Max Ophüls dans une Allemagne nazifiée et critique acerbe d’une société mortifère. A ses côtés, Gregor (Werner Finck), personnage lynchien totalement lunaire, qui rit tout le temps et se montre disponible à tous, est le nouveau fiancé de mémé. Apparemment inféodé à sa volcanique fiancée, Gregor manœuvre finement sa barque.
Autour de ces quatre-là se déploie une pléiade d’autres personnages qui entrent en conflit ou en complicité avec eux. En dépit du succès de la série, on reprocha à Fassbinder son manque de réalisme, ce qui est bien le moins quand on filme une utopie située dans le reflux de 1968. Huit heures ne font pas un jour est un film à la trivialité héroïque, si l’on veut un film militant, mais qui n’aurait pas renoncé au romanesque. Il montre de petites gens luttant avec bonheur pour une idée plus heureuse de la société. Vue depuis la cellule de dégrisement de notre temps, cette belle ivresse d’un monde partagé paraît surréelle.

        Lire le compte-rendu :
         

          Fassbinder, cinéaste du fard et de l’artifice




Série allemande, de Rainer Werner Fassbinder. Avec Hanna Schygulla, Gottfried John, Luise Ullrich (7 h 30). Sur le Web : carlottavod.com/huit-heures-ne-font-pas-un-jour



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Plusieurs rétrospectives et coffrets célèbrent le réalisateur allemand à l’œuvre pléthorique.
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Article sélectionné dans La Matinale du 17/04/2018
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Fassbinder, cinéaste du fard et de l’artifice

Plusieurs rétrospectives et coffrets célèbrent le réalisateur allemand à l’œuvre pléthorique.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
18.04.2018 à 08h25
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


En ce début de printemps, ce n’est pas seulement la nature, mais également le nom de Rainer Werner Fassbinder, qui refleurit un peu partout en France, à la faveur de plusieurs rétrospectives (à la Cinémathèque française, au Cinématographe de Nantes, à l’Institut Lumière de Lyon) et de la sortie concomitante de trois coffrets, comportant une quinzaine de pièces de choix, dans de nouvelles copies restaurées. Il semble que l’on n’en ait jamais vraiment fini avec cette œuvre pléthorique, de laquelle ressurgit régulièrement quelque élément méconnu (il y a sept ans le téléfilm Je veux seulement que vous m’aimiez, aujourd’hui la magnifique série Huit heures ne font pas un jour). Fassbinder, petit frère tardif du nouveau cinéma allemand des années 1960-1970, fut un monstre de productivité, un stakhanoviste des plateaux, actif sur tous les fronts (théâtre, cinéma, télévision) et coiffant la profession au poteau.

        Lire la critique de « Huit heures ne font pas un jour » :
         

          Une lutte heureuse et pacifique contre l’aliénation au travail



A 20 ans, il tournait son premier court-métrage (Le Clochard, 1965), à 24 ans, son premier long-métrage (L’amour est plus froid que la mort, 1969), comptait déjà une quinzaine de films à son actif à 27 ans, et mourait à 37 ans, après Querelle (1982), coupé dans son élan et laissant derrière lui pas moins de quarante-trois films. Enfant terrible de l’avant-garde théâtrale, il réalisa d’abord des parodies politiques des grands genres américains (le polar avec Le Soldat américain en 1970, le western avec Whity en 1971), avant d’inventer la version allemande, subtilement distanciée, du mélodrame flamboyant (Tous les autres s’appellent Ali, 1974 ; Maman Küsters s’en va au ciel, 1975) – à la façon de son père en cinéma et compatriote Douglas Sirk (émigré aux Etats-Unis) –, puis se fit le portraitiste en chef de l’Allemagne du miracle économique, de sa société sous forme d’une foule sentimentale et aliénée, d’un destin collectif qui aurait toujours quelque chose à voir avec l’ange du désastre (Le Mariage de Maria Braun, 1979 ; Lili Marleen, 1981). Brechtien, marxiste, critique, polémique, combatif, lyrique, allégorique : tous ces termes lui conviennent et dessinent même, en filigrane, l’évolution précipitée de son œuvre, accompagnant la dégringolade de la décennie 1970 vers les « années de plomb » et l’hébétude des années 1980.
Théâtre égocentrique
Formaliste invétéré, adepte des reflets brisés et des mouvements de caméra qui donnent le vertige (qui ne pâlirait pas devant l’ahurissant travelling circulaire de Martha ?), Fassbinder reste peut-être, avant tout, le grand cinéaste du maquillage. Visages peinturlurés de personnages qui s’enfoncent dans le mensonge, déguisent leur douleur sous une expression de cire ou l’exposent au centre de leur théâtre égocentrique (Les Larmes amères de Petra Von Kant, 1972). Fards, également, que ces lumières saturées, éclairages de bastringues ou de bordels (Lola, une femme allemande, 1981), dont les couleurs verdâtres et violacées subliment autant qu’elles outrent la trivialité des chairs.
Grimage, enfin, dans ces situations biaisées ou délétères qu’affectionne le cinéaste, relations faussement valorisées (mariage, travail, idylles) qui ne contiennent que domination et dévoration mutuelles (Le Droit du plus fort, 1974 ; Roulette chinoise, 1976). Le maquillage est la surface où se rejoignent le désir et l’aliénation, la quête éperdue de sentiments et la valeur marchande que le sujet s’octroie. Où l’on découvre que la couche la plus profonde de l’être, ce n’est jamais que la surface.
Ses films accueillent toute une taxinomie de monstres et de prédateurs sociaux
Dans le cinéma de Fassbinder, le maquillage sert encore de ligne de démarcation (au Rimmel) entre les « vivants » et les « morts », entre ceux qui sont encore capables d’aimer et ceux vaincus par le calcul, l’ambition, la jouissance individuelle ou les intérêts privés. Ainsi ses films accueillent, sans le moindre recours au fantastique, toute une taxinomie de monstres et de prédateurs sociaux : sous les traits de parents, de petits commerçants, d’héritiers pervers ou de riches industriels, ce sont des goules, des vampires, des succubes que l’on reconnaît, prêts à dévorer le faible, à l’exploiter, à l’écraser symboliquement.
Il faut ici remarquer que ce cinéma doit beaucoup de sa cohérence à une troupe de comédiens récurrents (transfuges pour certains de l’Antiteater, la compagnie théâtrale de Fassbinder) et eux-mêmes « monstrueux » : maigreur squelettique de Margit Carstensen, pâleur spectrale d’Ingrid Caven, noblesse despotique de Karlheinz Böhm, grotesque bouffon de Kurt Raab, splendeur vénéneuse de Hanna Schygulla… Dans leurs physionomies transfigurées, ce sont toutes les disgrâces, froideurs et inhumanités des sociétés marchandes qui se donnent à voir, comme à travers le miroir déformant d’une cérémonie funèbre. Si l’amour est plus froid que la mort, le cinéma de Fassbinder en constitue le catafalque étincelant.
Rétrospectives. Jusqu’au 16 mai à la Cinémathèque française à Paris, à partir du 4 mai à l’Institut Lumière de Lyon, du 22 avril au 19 mai au Cinématographe de Nantes. Coffrets Rainer Werner Fassbinder, volumes 1 & 2, Carlotta Films, environ 50 euros chacun.

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 18 avril)
Huit heures ne font pas un jour, série allemande de Rainer Werner Fassbinder (à ne pas manquer)Nico, 1988, film italien de Susanna Nicchiarelli (à ne pas manquer)Larguées, film français d’Eloïse Lang (à voir)Mes provinciales, film français de Jean-Paul Civeyrac (à voir)My Wonder Women, film américain d’Angela Robinson (à voir)The Strangers : Prey at Night, film américain de Johannes Roberts (à voir)Jersey Affair, film britannique de Michael Pierce (pourquoi pas)Notre enfant, film argentin de Diego Lerman (pourquoi pas)Place publique, film français de et avec Agnès Jaoui (pourquoi pas)Sonate pour Roos, film néerlandais et norvégien de Boudewijn Koole (pourquoi pas)Game Night, film américain de Jonathan Goldstein et John Francis Daley (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
Allons enfants, film français de Stéphane DemoustierEscobar, film espagnol de Fernando Leon de AranoaEternity has no Door of Escape, documentaire français d’Arthur BorgnisJean Ziegler, l’optimisme de la volonté, documentaire suisse de Nicolas WadimoffKatie Says Goodbye, film américain et français de Wayne RobertsLove Addict, film français de Frank Bellocq





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Biopic, film d’apprentissage et comédie burlesque : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    18.04.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
18.04.2018 à 08h22
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine dans la sélection cinéma de La Matinale, un festival de rétrospectives Fassbinder, l’adaptation d’un roman d’apprentissage, le retour de Miou-Miou et l’icône rock Nico revisitée.
FASSBINDER PARTOUT : trois rétrospectives et trois coffrets 
En ce début de printemps, ce n’est pas seulement la nature, mais également le nom de Rainer Werner Fassbinder, qui refleurit un peu partout en France, à la faveur de plusieurs rétrospectives (à la Cinémathèque française, au Cinématographe de Nantes, à l’Institut Lumière de Lyon) et de la sortie concomitante de trois coffrets, comportant une quinzaine de pièces de choix, dans de nouvelles copies restaurées.
Il semble que l’on n’en ait jamais vraiment fini avec cette œuvre pléthorique, de laquelle ressurgit régulièrement quelque élément méconnu (il y a sept ans, le téléfilm Je veux seulement que vous m’aimiez, aujourd’hui la magnifique série Huit heures ne font pas un jour, qui sortira en salles le 25 avril). Fassbinder, petit frère tardif du nouveau cinéma allemand des années 1960-1970, fut un monstre de productivité, un stakhanoviste des plateaux, actif sur tous les fronts (théâtre, cinéma, télévision). Mathieu Macheret
LE CRÉPUSCULE DE L’ICÔNE : « Nico, 1988 », de Susanna Nicchiarelli

Christa Päfggen est née en 1938, deux semaines après les accords de Munich. Elle est morte d’une chute à vélo, un après-midi d’été à Ibiza, à peine un demi-siècle plus tard, en 1988, un an avant la chute du mur de Berlin. Entre les deux dates, la petite fille qui avait fui Cologne pour échapper aux bombardements s’était fait mannequin, à Berlin puis à Paris. Devenue Nico, elle passe dans La Dolce Vita et atterrit au milieu des années 1960 à New York, où elle est embauchée dans l’usine d’Andy Warhol, qui fait d’elle, au grand dam de Lou Reed, la chanteuse du Velvet Underground.
Il faut convenir qu’elle est devenue une légende underground et elle consacrera les deux décennies suivantes à l’édification de ce mythe, marchande ambulante d’une musique funèbre et parfois sublime, muse de générations entières de rebelles (punk, new wave). Il lui fallait aussi survivre, échapper à la misère matérielle et à son addiction à l’héroïne.
Mieux vaut se familiariser avec cet itinéraire avant de rencontrer la Nico du film de Susanna Nicchiarelli, interprétée par Trine Dyrholm. C’est une femme prématurément vieillie, dont le discours mêle les traces d’une enfance en Allemagne nazie (poussées d’antisémitisme) et le souvenir d’une gloire passée. Appliquant à la lettre le programme énoncé dans son titre, Nico, 1988 suit pas à pas les dernières tribulations de la musicienne pour en faire un portrait qui tient à la fois de l’instantané et du masque mortuaire. Filmé presque brutalement par la chef opératrice Crystel Fournier (Bande de filles), Nico, 1988 ne sacrifie jamais à l’iconographie rock tout en approchant la réalité de cette musique comme rarement on l’a fait au cinéma. Thomas Sotinel
Film italien de Susanna Nicchiarelli. Avec Trine Dyrholm, John Gordon Sinclair, Anamaria Marinca (1 h 33).
ROMAN D’APPRENTISSAGE : « Mes provinciales », de Jean-Paul Civeyrac

Le roman français par excellence n’est-il pas, en quelque sorte, celui de la « montée » à Paris, cette ville monstre que l’on dompte ou qui nous dévore ? C’est le chemin que prirent, en leur temps, le Lucien de Rubempré de Balzac ou le Frédéric Moreau de Flaubert, et la tradition littéraire dans laquelle s’inscrit, aujourd’hui pour son nouveau film, le cinéaste Jean-Paul Civeyrac. « Provinciales » donc, car c’est de sa province, plus précisément de Lyon, qu’Etienne (Andranic Manet) se lance pour entreprendre des études de cinéma à l’université Paris-VIII Saint-Denis, laissant derrière lui sur le quai de la gare ses parents et sa petite amie.
Colocation, soirées, cours, nouvelles amours, nouveaux trajets, discussions à bâtons rompus, petits boulots… A quel temps appartiennent ces jeunes gens romantiques et ces filles de feu, inconditionnels de Bach, de Novalis et de Gérard de Nerval ? A la jeunesse éternelle, au Paris des années 1970 et du Diable probablement (1977) de Robert Bresson, ou à l’époque contemporaine ? Ce qu’atteste la présence des smartphones ou certaines références à l’actualité (la campagne d’Emmanuel Macron), est sans cesse antidaté par l’usage d’un noir et blanc atemporel, qui semble ressusciter les figures d’un passé encore proche, spectres du bouillonnement culturel et politique de l’après-Mai 68. Mathieu Macheret
Film français de Jean-Paul Civeyrac. Avec Andranic Manet, Gonzague Van Bervesselès, Corentin Fila, Diane Rouxel, Jenna Thiam, Sophie Verbeeck (2 h 17).
RETOUR DE MIOU-MIOU : « Larguées », d’Eloïse Lang

Rose et Alice (Camille Chamoux et Camille Cottin), deux sœurs que tout sépare, décident de s’occuper de leur mère, Françoise (Miou-Miou), qui vient de se faire larguer par leur père, parti avec une femme beaucoup plus jeune. L’opération de sauvetage consiste à l’emmener dans un camp de vacances situé sur l’île de la Réunion pour qu’elle puisse se changer les idées. Si l’idée part d’une bonne intention, Françoise a du mal à s’extirper de sa dépression et les trois femmes, de tempéraments très différents, vont devoir apprendre à cohabiter harmonieusement pendant ces quelques jours ponctués par de nombreuses rencontres.
Après le succès de la mini-série Connasse, et son adaptation cinématographique Connasse, princesse des cœurs, Eloïse Lang retrouve sa vedette Camille Cottin rejointe par l’humoriste et actrice Camille Chamoux pour le remake d’une comédie suédoise. Si Larguées peut d’abord donner le sentiment de se tenir sagement dans les clous de la comédie formatée, il faut patienter pour voir le film basculer dans une voie beaucoup plus personnelle et étonnante. Cette franche et modeste réussite tient à des qualités pourtant essentielles que l’on croise de moins en moins dans le genre pourtant très technique de la comédie burlesque : le sens du rythme, un véritable souci d’écriture qui ne se limite pas à enchaîner les gags, et une capacité à instiller continûment le chaos au sein de son dispositif. Murielle Joudet
Film français d’Eloïse Lang. Avec Camille Chamoux, Camille Cottin, Miou-Miou (1 h 32).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 18 avril)
Huit heures ne font pas un jour, série allemande de Rainer Werner Fassbinder (à ne pas manquer)Nico, 1988, film italien de Susanna Nicchiarelli (à ne pas manquer)Larguées, film français d’Eloïse Lang (à voir)Mes provinciales, film français de Jean-Paul Civeyrac (à voir)My Wonder Women, film américain d’Angela Robinson (à voir)The Strangers : Prey at Night, film américain de Johannes Roberts (à voir)Jersey Affair, film britannique de Michael Pierce (pourquoi pas)Notre enfant, film argentin de Diego Lerman (pourquoi pas)Place publique, film français de et avec Agnès Jaoui (pourquoi pas)Sonate pour Roos, film néerlandais et norvégien de Boudewijn Koole (pourquoi pas)Game Night, film américain de Jonathan Goldstein et John Francis Daley (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
Allons enfants, film français de Stéphane DemoustierEscobar, film espagnol de Fernando Leon de AranoaEternity has no Door of Escape, documentaire français d’Arthur BorgnisJean Ziegler, l’optimisme de la volonté, documentaire suisse de Nicolas WadimoffKatie Says Goodbye, film américain et français de Wayne RobertsLove Addict, film français de Frank Bellocq





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Pour la première fois, un film kényan est sélectionné au Festival de Cannes. « Rafiki » est réalisé par une femme et raconte une histoire d’amour entre deux femmes.
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Le premier film kényan jamais sélectionné à Cannes est une histoire d’amour lesbien

Pour la première fois, un film kényan est sélectionné au Festival de Cannes. « Rafiki » est réalisé par une femme et raconte une histoire d’amour entre deux femmes.



Le Monde
 |    17.04.2018 à 17h28
 • Mis à jour le
17.04.2018 à 17h50
    |

                            Charlotte Herzog








                        


« Woop woop ! » Les internautes kényans sont fiers que l’amour anticonformiste made in Kenya soit représenté au 71e Festival de Cannes. Rafiki, de la réalisatrice kényane Wanuri Kahiu, est en effet retenu dans la sélection Un certain regard – connue pour présenter des films atypiques ou de réalisateurs encore peu connus.

I’m so excited!!!! We did it!!! My new film RAFIKI is invited to premiere at Cannes Film Festival. First Kenyan fea… https://t.co/p2hZxXqIdN— wanuri (@Wanuri)


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« Je suis vraiment enthousiaste ! Nous l’avons fait ! Mon nouveau film Rafiki est le premier long-métrage kényan à être invité au Festival de Cannes. Félicitez avec moi les acteurs et l’équipe kényane ! Quel exploit incroyable ! »

KENYAN MOVIE TO MAKE HISTORY IN FRANCE:
— moscakenya (@Ministry of Sports and Heritage)


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« Le film kényan qui marque l’histoire en France »
Le premier film kényan jamais sélectionné à Cannes est une histoire d’amour lesbien en Afrique. Rafiki, c’est l’histoire de Kena et Ziki, deux jeunes femmes qui se croisent, deviennent amies et tombent amoureuses l’une de l’autre. Deux jeunes femmes qui doivent lutter contre leurs parents et leurs voisins homophobes. A Nairobi, capitale jeune et pleine de vie du Kenya, les gentilles filles kényanes doivent malgré tout devenir de gentilles épouses kényanes. Rafiki, ce sont deux héroïnes qui ont très envie d’autre chose et seront pour cela forcées de choisir entre le bonheur et la sécurité. Entre ce qu’elles ressentent et ce que les autres exigent d’elles.
Ce film kényan, qui entre ainsi dans l’histoire par le biais du Festival de Cannes, est inspiré du livre Jambula Tree, une histoire d’amour entre deux filles ougandaises, écrite par Monica Arac de Nyeko et récompensée par le prix Caine 2007 (prix littéraire qui récompense des œuvres africaines).

This politically timely film, #Rafiki celebrates love and asks whether it’s safer being invisible or it’s better to… https://t.co/dW5mzyakum— KenyanMusik (@Kenyan Musik)


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« Ce film politiquement opportun, #Rafiki, célèbre l’amour et interroge : est-il plus sûr d’être invisible ou mieux vaut-il défier les règles conservatrices, pour découvrir votre identité et votre destin à travers l’amour ? #AKenyanFirst. »
Le travail de Wanuri Kahiu est déjà reconnu internationalement, puisqu’en 2010, son court-métrage Pumzi fut projeté au Festival du film de Sundance (Utah), l’un des principaux festivals du cinéma indépendant. Mais Rafiki, ce mélange de luttes qui donne le pouvoir au rêve et à l’amour, l’a revêtue à nouveau d’un costume de superstar aux yeux des internautes kényans. « Yes we Cannes » : elle n’est pas la première à l’avoir dit, mais avec son long-métrage, la réalisatrice pousse les lourdes portes de l’intersectionnalité, et de la représentation de l’homosexualité là où l’homophobie est violente. Elle rejoint aussi cinq autres réalisatrices, sélectionnées dans Un certain regard en 2018, où la parité femmes-hommes peine toujours à exister. Le travail acharné de Wanuri Kahiu a payé et mis les internautes kényans en émoi, « plus heureux que jamais », pour certains.

Yes we Cannes! https://t.co/PVzMxByYRy— wanuri (@Wanuri)


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Dans ses notes versées à son synopsis en ligne, Wanuri Kahiu brandit « l’urgence et la nécessité » qu’il y avait à faire ce film, à la lumière de l’épreuve qu’ont représentée l’écriture et la production de son film « dans un climat anti-LGBT terrifiant [notamment en Ouganda, pays voisin dans lequel la communauté gay doit faire face à un projet de loi nommé “Tuons les gays”] ». Rafiki, c’est « la beauté et la difficulté de l’amour, des moments précieux pendant lesquels on s’élève au-delà de nos préjugés ». Et pour faire ce film en Afrique et sur l’Afrique, il a aussi fallu « bousculer le cynisme profondément ancré dans la société concernant l’homosexualité à la fois auprès des acteurs, de l’équipe, de mes amis et de ma famille », explique la réalisatrice.

OUR KENYAN MOVIE IS GOING TO CANNES! 🎉
— tamsinranger (@Tamsin Ranger)


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« Notre film kényan va à Cannes ! Tellement fière du travail effectué sur #RafikiMovie au cours des sept dernières années. »

#LGBTQIA+ #RepresentationMatters 🇰🇪
— VsCyberH (@FéministesVsCyberH)


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A l’image de la citation (traduite de l’anglais) du poète Reuben Holmes, « il y a des femmes qui craignent le feu, et d’autres qui deviennent le feu », Wanuri Kahiu promet que l’on peut lui faire confiance pour recouvrir avec ardeur le tapis rouge cannois, de tout son cœur kényan.

    We did it!!!! RAFIKI my new film was invited to Cannes Film Festival!! It’s the first Kenyan feature film to be invited to the festival. What joy! And the talent.... Wa! The wondrous, special, beautiful leads... @nosta_lone @sheila_munyiva the supporting cast... the crew! Thank you! Trust we will bring all our 🖤 fire to that red carpet! #AKenyanFirst #Cannes2018 #Cannes2018Women Une publication partagée par  Wanuri (@wanuri) le 12 Avril 2018 à 5 :43 PDT 




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ La mécanique de la comédie d’Agnès Jaoui, où elle joue avec Jean-Pierre Bacri, reste grippée.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 16/04/2018
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« Place publique » : le goût amer de la fête qui vire au désastre

La mécanique de la comédie d’Agnès Jaoui, où elle joue avec Jean-Pierre Bacri, reste grippée.



Le Monde
 |    17.04.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
18.04.2018 à 12h39
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – pourquoi pas
On ne sait pas comment s’est produite la collision, mais elle est là. Alors que Jean-Pierre Bacri écrivait avec Agnès Jaoui un scénario qui tenait en un après-midi et une soirée de fête dans une belle demeure à la campagne, le même Jean-Pierre Bacri tournait dans Le Sens de la fête (d’Eric Toledano et Olivier Nakache, 2017) dont le scénario tient également en un après-midi et une soirée de fête dans une belle demeure à la campagne.

Place publique et Le Sens de la fête ne parlent pas de la même chose, l’humeur du premier est aussi sombre que celle du second est guillerette, pourtant la comparaison s’impose et tourne à la défaveur du film d’Agnès Jaoui. C’est que les deux films sont des comédies et qu’un seul fait vraiment rire.
On dirait que les scénaristes se sont confondus avec leurs personnages, un couple défait composé d’un cynique, Castro (Jean-Pierre Bacri), animateur de télévision usé par les compromissions, et d’une idéaliste inconséquente, Hélène (Agnès Jaoui), qui se retrouve à la pendaison de crémaillère de Nathalie (Léa Drucker), productrice du premier, sœur de la seconde. Castro et Hélène ne partagent que leur méfiance, qui s’exerce à l’endroit de la modernité numérique, incarnée par le youtubeur Mister V (dans son propre rôle) ou de la vogue de l’autofiction, telle que la pratique leur écrivaine de fille (Nina Meurisse). Celle-ci vient de mettre en scène ses parents divorcés dans un roman dont les clés sont à la disposition de tout le monde.

Scénaristes paralysés
Il y a là largement de quoi mettre en branle une mécanique comique, mais celle-ci reste grippée. On dirait les scénaristes paralysés par on ne sait quelle lassitude qui les empêche d’aller plus loin que l’énoncé de chaque situation : le vieil amour que l’on croyait retrouver est en réalité en quête de chair fraîche, le voisin agriculteur n’aime pas les Parisiens qui font...




                        

                        


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Affaire Weinstein : le « New York Times » et le « New Yorker » remportent un prix Pulitzer

Les deux journaux ont été récompensés dans la catégorie la plus prestigieuse, celle du « journalisme de service public ».



Le Monde
 |    16.04.2018 à 22h40
 • Mis à jour le
17.04.2018 à 07h24
   





                        


Des journalistes du New York Times et du magazine The New Yorker ont reçu, lundi 16 avril, le prix Pulitzer, plus haute récompense du journalisme aux Etats-Unis, pour leur travail sur l’affaire Harvey Weinstein, qu’ils avaient révélée au début d’octobre.
Jodi Kantor et Megan Twohey, du New York Times, et Ronan Farrow, du New Yorker, ont été récompensés dans la catégorie la plus prestigieuse, celle du journalisme de service public.

        Lire aussi :
         

                « Depuis la révélation du scandale, Weinstein n’est toujours pas poursuivi, pas interrogé »



Le premier article du New York Times sur le sujet, publié le 5 octobre, a eu un effet retentissant aux Etats-Unis et dans le monde. Plusieurs femmes y disaient avoir été harcelées par Harvey Weinstein, producteur hollywoodien, créateur du studio Miramax, notamment l’actrice Ashley Judd.
Cinq jours seulement après la publication de l’article du New York Times, le New Yorker mettait en ligne un long article évoquant d’autres accusations visant Harvey Weinstein. Trois femmes, notamment l’actrice italienne Asia Argento, y disaient avoir été violées par le producteur.
Prix du journalisme d’investigation pour le « Washington Post »
L’affaire a créé une lame de fond à Hollywood et bien au-delà, faisant tomber des dizaines d’hommes de pouvoir dans le cinéma, la télévision, les médias et la politique. L’un d’entre eux a été le candidat républicain au Sénat dans l’Etat de l’Alabama, Roy Moore, rattrapé par des accusations d’agressions sexuelles de mineures.
Le Washington Post a été le premier à publier le témoignage de quatre femmes se présentant comme des victimes supposées de cet ancien magistrat ultraconservateur. Après une campagne qui avait attiré l’attention du pays tout entier, Roy Moore, soutenu par Donald Trump, a été battu par un démocrate inconnu, Doug Jones.
Lundi, le prix Pulitzer dans la catégorie journalisme d’investigation a été attribué au Washington Post pour cette série d’articles sur le passé de l’ancien magistrat.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ La salle art et essai organisait une ultime projection dimanche 15 avril, mais les salariés veulent reprendre le lieu.
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La dernière séance du cinéma La Clef, à Paris

La salle art et essai organisait une ultime projection dimanche 15 avril, mais les salariés veulent reprendre le lieu.



Le Monde
 |    16.04.2018 à 09h39
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 11h32
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Le féminin de spectateur ? « C’est spectatriste », tente de sourire Héloïse, 45 ans, une habituée du cinéma La Clef, alors que cette salle emblématique de l’art et essai du cinquième arrondissement de Paris organise sa « dernière séance », dimanche 15 avril. Il y a trois semaines, Héloïse a créé le collectif de spectateurs « Laissez-nous La Clef » pour ne pas rester les bras croisés. Mais ce dimanche soir, elle ne sait plus quoi faire. Avant la projection du film de Jérôme Soubeyrand, Ceci est mon corps (2014), resté plus de trois ans à l’affiche, les habitués de La Clef se retrouvent dans la salle où ont eu lieu tant de débats et de rencontres… Ils boivent des verres et n’arrivent toujours pas à y croire. Le propriétaire de cet espace de 600 mètres carrés situé au cœur du Quartier latin, soit le comité d’entreprise de la Caisse d’épargne d’Ile-de-France, a décidé depuis 2015 de vendre le bâtiment, tout en assurant vouloir y maintenir une activité culturelle. Pendant deux ans, l’exploitant du cinéma, Raphaël Vion, a négocié avec les propriétaires en vue de racheter le lieu, sans succès. Les discussions ont fini par s’interrompre durant l’été 2017.

        Lire l’enquête :
         

          Lumière sur les salles obscures



Les quatre salariés permanents, qui vont être licenciés économiques, estiment avoir été les témoins impuissants de ces échanges infructueux entre l’exploitant et le propriétaire. Ils veulent à présent reprendre ce cinéma qu’ils connaissent par cœur et auquel ils sont tant attachés : Dounia Baba-Aissa, Sébastien Liatard, Nicolas Tarchiani et Giulio Basletti expliquent, dans un communiqué, leur volonté de « sauver coûte que coûte » le cinéma La Clef, et proposent un « projet de reprise en adéquation avec l’histoire du lieu », préservant « la diversité du paysage cinématographique contre l’homogénéité culturelle qui s’étend ». Ils ont le soutien d’élus du 5e arrondissement, du Centre national de la cinématographie et de l’image animée (CNC), de la Ville de Paris, etc. Mais il va falloir à présent des actes concrets pour éviter la disparition de ce cinéma à la programmation exigeante, mêlant des sorties nationales, des films en continuation, avec une attention particulière aux documentaires.
Un lieu de cinéphilie
C’est en 1969 que Maurice Frankfurter a ouvert La Clef, dans un quartier en pleine ébullition post-68. Puis le cinéma a été vendu en 1981 au comité d’entreprise de la Caisse d’épargne. Dans les années 1990, La Clef programmait des films issus des « cultures noires » et de l’Afrique subsaharienne. Puis il a été repris en 2010 par Raphaël Vion et Isabelle Buron, laquelle préside l’association La Clef-L’Usage du monde (en hommage au livre de Nicolas Bouvier, L’Usage du monde, paru en 1963 et réédité en 2014 par La Découverte). La Clef fait partie du réseau des Cinémas indépendants parisiens (CIP), composé du Grand Action, du Max Linder, des Ursulines, etc., autant de lieux de cinéphilie qui contribuent à faire de Paris la capitale mondiale du cinéma.
Raphaël Vion, exploitant du cinéma La Clef : « On ne sait rien. Rien de rien. On espère que les propriétaires vont tenir leur parole et vont préserver l’activité cinéma »
Les spectateurs de La Clef ne sont pas que des gens du quartier. Claire-Marie, qui était étudiante en Mai 68 et fréquente ce cinéma depuis des années, avec son mari qui anime toujours un ciné-club au Carreau du Temple (3e arrondissement), habite « rive droite » et prend le bus 47 pour « venir à La Clef ».
Dans la salle, avant que les lumières ne s’éteignent, l’exploitant Raphaël Vion le répète : « On ne sait rien. Rien de rien. On espère que les propriétaires vont tenir leur parole et vont préserver l’activité cinéma ». Dounia Baba-Aissa prend à son tour le micro et explique que le collectif de salariés attend d’être reçu par le comité d’entreprise de la Caisse d’épargne d’Ile-de-France. Elle annonce qu’un projet de financement participatif a été lancé le 13 avril sur le site www.wejustice.com, afin de faire face aux contraintes financières et de consolider le projet de reprise. Après le film, les spectateurs mettent des euros dans une corbeille. Un spectateur demande, un peu gêné : « Je peux prendre l’affiche de Ouaga Girls ? », le film de Theresa Traore Dahlberg (sorti en 2017), racontant l’histoire de femmes burkinabées qui veulent devenir mécaniciennes. Au comptoir, l’un des quatre salariés de La Clef répond le plus calmement possible : « Oui, bien sûr, c’est maintenant qu’il faut prendre les affiches, car demain matin, ce sera trop tard… ».



Sur le Web : www.cinemalaclef.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Cet ancien militaire du corps des marines est mort dimanche à l’âge de 74 ans. Il était célèbre pour son interprétation d’un sergent instructeur brutal et sadique dans le film de Stanley Kubrick.
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L’acteur R. Lee Ermey, sergent instructeur dans « Full Metal Jacket », est mort

Cet ancien militaire du corps des marines est mort dimanche à l’âge de 74 ans. Il était célèbre pour son interprétation d’un sergent instructeur brutal et sadique dans le film de Stanley Kubrick.



Le Monde
 |    16.04.2018 à 08h49
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 09h31
   





                        



   


L’acteur américain Ronald Lee Ermey, connu pour son rôle du sergent Hartman dans le Full Metal Jacket, de Stanley Kubrick, sorti en 1987, est mort dimanche 15 avril à l’âge de 74 ans, a annoncé son agent Bill Rogin. Cet ancien militaire a succombé à des complications d’une pneumonie, a précisé M. Rogin.
Né dans l’Etat du Kansas en 1944, Ronald Lee Ermey a servi onze années dans le corps des marines, passant notamment quatorze mois au Vietnam durant la guerre avant de devenir sergent d’état-major.
Spécialisé dans les rôles militaires
Sa performance dans Full Metal Jacket en sergent instructeur brutal et sadique formant des jeunes recrues pour le Vietnam, lui avait valu d’être nommé pour un Golden Globe du meilleur second rôle. Stanley Kubrick rapporta au journal Rolling Stone que près de 50 % des dialogues du sergent Hartman, dont de nombreuses insultes, étaient inventés par R. Lee Ermey :
« Au cours du casting pour les rôles des jeunes marines, nous avons interviewé des centaines de gars. Nous les avons tous alignés et avons improvisé la première rencontre avec l’instructeur. Ils ne savaient pas ce qu’il allait dire, et nous pouvions voir comment ils réagissaient. Lee est arrivé avec, je ne sais pas, 150 pages d’insultes. »

Ronald Lee Ermey s’est consacré durant quatre décennies au métier d’acteur, se spécialisant dans les rôles militaires. Il a notamment interprété un pilote d’hélicoptère dans Apocalypse Now, de Francis Ford Coppola en 1979, ou prêté sa voix à l’un des petits soldats en plastique de la série d’animation Toy Story.



                            


                        

                        

