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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ La nouvelle découverte du label Daptone vient de Cuba. « Orquesta Akokan » réussit à ressusciter l’esprit des big bands cubains des années cinquante.
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Didier Leschi, ancien militant d’extrême gauche devenu grand commis de l’Etat, raconte avec drôlerie et délicatesse les espoirs, les coups de folie et les regrets de la génération post-68.
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Hommage aux militants de l’après-Mai 1968

Didier Leschi, ancien militant d’extrême gauche devenu grand commis de l’Etat, raconte avec drôlerie et délicatesse les espoirs, les coups de folie et les regrets de la génération post-68.



Le Monde
 |    16.04.2018 à 14h51
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 15h00
    |

            Sylvia Zappi








                        



                                


                            

Le livre. Se replonger dans une époque riche en hauts faits militants et en héros positifs pour raconter sa propre épopée n’est jamais chose aisée. C’est encore plus délicat quand la période évoquée est celle de ces « années rouges » qui suivirent Mai 68 et qu’on est entre-temps devenu préfet de la République.
Didier Leschi, ancien militant d’extrême gauche devenu grand commis de l’Etat, a pourtant réussi à coucher sur le papier, avec drôlerie et délicatesse, les espoirs, les coups de folie et les regrets de cette génération post-68. Celle coincée entre Dany Cohn-Bendit, Alain Geismar et Alain Krivine du côté des anciens et celle encore plus éphémère qui vécut le mouvement de 1986.
Scandé en quatre saisons, l’ouvrage raconte le parcours militant de son auteur et, avec lui, de tous ces jeunes qui, venant après les barricades de mai, regardaient sans cesse vers leurs arrières ou par-delà les frontières pour sentir l’histoire leur mordre la nuque. Ces années 1970 qui sentaient la poudre, où l’on s’affiliait à un groupe comme à une famille, où les amours plus éphémères se vivaient, elles aussi, dans l’urgence.
Ce livre parsemé de tracts, d’extraits de journaux, de déclarations politiques ou de citations d’ouvrages restitue parfaitement l’atmosphère survoltée. Les souvenirs adolescents des premiers émois amoureux se mélangent aux disputes politiques et aux excommunications. C’est drôle et touchant.
L’espoir enterré des tribus exaltées
Le haut fonctionnaire sait coucher des pages particulièrement savoureuses quand il dépeint chacune des branches de la famille trotskiste avec ses us et coutumes. L’occasion pour lui de relater le parcours de quelques-uns de ses amis d’antan : Thomas, son double, Diego sombrant dans la folie, Edwige basculant dans la clandestinité. Et d’évoquer aussi quelques figures comme Daniel Bensaïd et, bien sûr, Jean-Pierre Chevènement, qui le marquèrent. « Dans ces années de l’après-Mai, chaque...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dans sa chronique, Eric Albert, journaliste du « Monde » à Londres, revient sur le compromis esquissé fin mars à propos des services financiers après le Brexit.
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« L’étonnante main tendue de Bruxelles à la City »

Dans sa chronique, Eric Albert, journaliste du « Monde » à Londres, revient sur le compromis esquissé fin mars à propos des services financiers après le Brexit.



Le Monde
 |    16.04.2018 à 11h57
    |

            Eric Albert (@IciLondres)








                        



                                


                            

Lettre de la City. Le 6 mars, l’affaire paraissait entendue. De passage à Londres, Bruno Le Maire, le ministre français de l’économie, avertissait les Britanniques, dans un entretien à la BBC : « Les services financiers ne peuvent pas faire partie d’un accord de libre-échange. (…) Nous devons utiliser le régime des équivalences, qui est la meilleure solution pour les services financiers. » En clair, la City peut cesser son lobbying : après le Brexit, elle perdra l’accès à l’Union européenne (UE), et sera traitée comme un pays tiers, au même niveau que les Etats-Unis ou le Japon.
Et pourtant, deux semaines plus tard, le 23 mars, le discours avait notoirement changé. Lors du sommet européen, la Commission a publié les grandes lignes directrices des futures relations entre le Royaume-Uni et l’UE. Conformément au vœu de la France, le texte principal ne comporte par le terme de « services financiers » et se réfère simplement aux « services », de manière évasive. Mais, dans une annexe, lesdits services financiers sont introduits. Les Britanniques n’obtiendront pas un régime similaire à ce qui existe aujourd’hui, bien sûr. Cependant, il est question d’un système d’« équivalences » qui doivent être « revues et améliorées ». C’est loin de la « reconnaissance mutuelle » que demande la City, mais c’est indéniablement un pas en avant.
Miles Celic, le directeur de TheCityUK, le lobby du centre financier britannique, en aurait presque débouché le champagne. « L’UE a beaucoup avancé depuis Noël, quand on nous disait qu’un accord sur les services financiers était impossible. Désormais, [Bruxelles] cherche activement une façon de les inclure. »
Le mystérieux concept d’« équivalence améliorée »
Pour comprendre la bataille, il faut s’immerger dans le jargon financier. Actuellement, pour certaines catégories financières (gestion d’actifs, assurances, Bourses…),...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans le combat que se livrent la Chine et les Etats-Unis, s’affrontent deux conceptions de la marche du monde. Avec un même objectif : le leadership planétaire, souligne notre éditorialiste Stéphane Lauer dans sa chronique.
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Commerce mondial : « Trump joue au poker, Xi Jinping fait une partie de jeu de go »

Dans le combat que se livrent la Chine et les Etats-Unis, s’affrontent deux conceptions de la marche du monde. Avec un même objectif : le leadership planétaire, souligne notre éditorialiste Stéphane Lauer dans sa chronique.



Le Monde
 |    16.04.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 07h10
    |

            Stéphane Lauer








                        



                                


                            

Chronique. Pour avoir une chance de gagner une partie, il faut au minimum savoir à quel jeu l’on joue. Dans le bras de fer commercial dans lequel se sont lancés les Etats-Unis avec la Chine, cela n’a rien d’évident. Tandis que Donald Trump croit s’asseoir à une table de poker, Xi Jinping semble poursuivre une partie de jeu de go. Deux cultures et deux conceptions de la marche du monde que tout oppose et qui ont pourtant le même objectif : le leadership planétaire.
Une partie de poker se gagne grâce à la chance et au bluff, tandis que, dans le jeu de go, tout est question de stratégie et de patience, en encerclant l’adversaire pour conquérir des « territoires ». Depuis qu’il a lancé sa croisade contre la Chine, M. Trump donne l’impression de jouer au second avec les règles du premier. Quand Pékin avance ses pions de façon méthodique, le président américain alterne menaces et flatteries en espérant tordre le bras à son adversaire, tout en désorientant ses alliés.
Lorsque M. Trump a déboulé dans le saloon des relations internationales, il avait deux convictions. La première était que son principal partenaire de jeu était un tricheur invétéré. La seconde consistait à se persuader que, pour gagner, il suffirait de faire croire qu’il avait un carré d’as pour que tous les joueurs se couchent. La réalité se révèle plus compliquée.
À force de caricaturer la Chine, Donald Trump a fini par perdre toute crédibilité
L’assertion selon laquelle Pékin ne joue pas à la loyale n’est pas fausse. La Chine a une conception très relative du respect des droits de propriété intellectuelle et exige systématiquement des transferts de technologie de la part des investisseurs étrangers. Il est également évident que les entreprises d’Etat, gavées de subventions publiques, représentent une part substantielle de son économie. Mais à force de caricaturer la Chine, M. Trump a fini par perdre toute crédibilité.

L’énorme déficit commercial...




                        

                        


<article-nb="2018/04/16/19-5">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ L’attrait de certaines applications numériques s’avère destructeur. Il contribue à abêtir les utilisateurs et à dégrader la productivité, explique Annie Kahn, chroniqueuse au « Monde ».
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« En rendant les utilisateurs accros, la technologie se ferait hara-kiri, anéantirait les progrès qu’elle est censée générer »

L’attrait de certaines applications numériques s’avère destructeur. Il contribue à abêtir les utilisateurs et à dégrader la productivité, explique Annie Kahn, chroniqueuse au « Monde ».



Le Monde
 |    15.04.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 09h59
    |

            Annie Kahn








                        



                                


                            

Tribune. Les consultants du très renommé cabinet de conseil McKinsey sonnent l’alerte. La productivité ne redémarre pas dans les pays occidentaux. Pas plus aux Etats-Unis que dans l’ouest de l’Europe, démontrent les auteurs d’une note publiée en février. Un résultat étonnant.
N’attendait-on pas de la « révolution digitale », annoncée dans tous les secteurs économiques, qu’elle améliore grandement cette productivité, à savoir la valeur ajoutée produite par heure travaillée ? C’est d’ailleurs à ce titre que les technologies numériques font particulièrement peur, car qui dit amélioration de la productivité dit aussi suppression d’emplois, à court terme du moins.
Or, les experts de McKinsey sont formels. La productivité n’a augmenté en moyenne que de 0,5 % entre 2010 et 2014, alors qu’elle s’était accrue de 2,4 % sur la décennie précédente. Ce ralentissement remet en mémoire les propos tenus en 1987 par Robert Solow, américain, Prix Nobel d’économie, qui s’était étonné que l’introduction massive des ordinateurs dans l’économie ne s’accompagne pas d’une augmentation de la productivité. Avant de commencer à douter de son paradoxe, au début des années 2000. Or voici qu’il s’appliquerait à nouveau aujourd’hui.
Applications addictives
Trois phénomènes relativement récents pourraient l’expliquer, estiment les consultants. Le premier est que la productivité s’était beaucoup améliorée à la fin du siècle dernier et au début des années 2000, et qu’il était sans doute difficile de continuer à cette cadence. La crise financière a ensuite créé une période d’incertitude et d’affaiblissement de la consommation.
Et enfin, la transition d’un modèle économique à un autre a un coût qui obère une partie des progrès réalisés par la numérisation des activités. A cela s’ajoutent l’accroissement des inégalités et l’appauvrissement de la classe moyenne, qui continue d’affaiblir la demande et ralentit les investissements.
Il est si tentant...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Le « neurobiologiste végétal » Stefano Mancuso étudie les stratégies fascinantes et méconnues développées par les plantes pour survivre sans bouger.
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« Les plantes sont beaucoup plus intelligentes que les animaux »

Le « neurobiologiste végétal » Stefano Mancuso étudie les stratégies fascinantes et méconnues développées par les plantes pour survivre sans bouger.



Le Monde
 |    15.04.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 10h25
    |

            Pierre Barthélémy








                        



                                


                            

Professeur à l’université de Florence (Italie), Stefano Mancuso a fondé le Laboratoire international de neurobiologie végétale. Il est l’auteur, avec la journaliste Alessandra Viola, du livre Verde brillante qui, depuis sa ­publication en 2013, a été traduit en une vingtaine de langues. La version française vient de paraître sous le titre L’Intelligence des plantes (Albin Michel, 240 p., 18 €).
Vous expliquez dans votre livre que les ­plantes sont vues comme des êtres vivants de seconde zone. Qu’est-ce qui explique cela ?
Il y a une sorte d’aveuglement face au monde végétal. C’est inscrit dans notre fonctionnement cérébral, cela a été étudié, et il existe même une expression en anglais pour cela : plant blindness, la « cécité pour les plantes ». C’est probablement dû au fait que notre cerveau n’est pas très bon pour traiter la quantité immense de données qui transitent par nos yeux. Il filtre donc tout ce qui n’est pas intéressant pour notre survie immédiate et se ­ concentre sur la détection des dangers que peuvent représenter les autres animaux ou les autres humains. Mais pas sur les plantes, au ­milieu desquelles nous avons toujours évolué.
Cet aveuglement s’est transposé sur le plan culturel, par exemple dans l’histoire biblique de Noé : Dieu va tout détruire et dit à Noé d’emporter sur l’arche un couple de toutes les espèces vivantes. Et toutes ces créatures sont… des animaux, il n’y a pas de plantes ! Beaucoup plus récemment, dans Soudain dans la forêt profonde, l’écrivain israélien Amos Oz raconte la malédiction qui a frappé un village, d’où tous les animaux ont disparu. Il est dit que ce sont « toutes les créatures vivantes » qui ont été emportées… alors que les plantes sont partout. Nous avons l’habitude d’associer le concept d’êtres vivants à celui d’animaux, mais ceux-ci représentent moins de 1 % de la biomasse terrestre.
Pour vous, nous sommes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le professeur de relations internationales Bertrand Badie estime que les attaques menées par Washington, Londres et Paris, dans la nuit du 13 au 14 avril, relèvent d’une logique dépassée.
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Frappes en Syrie : « Il est probable qu’Assad se sente conforté »

Dans une tribune au « Monde », le professeur de relations internationales Bertrand Badie estime que les attaques menées par Washington, Londres et Paris, dans la nuit du 13 au 14 avril, relèvent d’une logique dépassée.



Le Monde
 |    14.04.2018 à 13h27
 • Mis à jour le
15.04.2018 à 16h43
    |

Bertrand Badie (professeur de relations internationales à Sciences Po Paris)







                        



                                


                            

Tribune. L’intervention militaire est bien dans l’ADN des vieilles puissances, héritage direct ou indirect du « concert européen » du XIXe siècle, complété par la traditionnelle politique américaine du « gros bâton ». La reconstitution d’un triangle Washington-Londres-Paris simplifie l’héritage, laissant significativement de côté une Allemagne dont on ne prend pas assez en compte le suggestif aggiornamento diplomatique. Pour le reste, les ingrédients restent les mêmes : un discours qui oscille entre la rhétorique messianique et celle du justicier, une pratique qui préfère l’affichage de puissance à l’efficacité de ses effets, un rapport au droit où l’inversion de la règle et le recours impudique au principe de sélectivité démontrent que l’esprit de punition l’emporte sur la sanction.
« Comme toujours dans la tradition interventionniste, les éléments de langage occupent le devant de la scène »
Comme toujours dans la tradition interventionniste, les éléments de langage occupent le devant de la scène. Cette fois-ci, on est pourtant dans l’inédit, souvent dans l’outrance, tiraillé entre Docteur Folamour, qui nous avait annoncé ses « beaux missiles », et le Pentagone, épaulé par les deux alliés européens, qui nuançait aussitôt les propos tenus depuis la Maison Blanche. Derrière les mots et les tweets, il convient pourtant de comprendre le sens de l’action déployée : jouer de l’évidente émotion que provoque un bombardement chimique ne permet pas pour autant de cacher les subtilités stratégiques de la manœuvre. N’entrons pas dans la polémique qui consiste à douter de la réalité de tels bombardements, attestés par trop de témoignages pour être sérieusement contestés. Accordons au contraire crédit à ces ONG qui nous disent, en même temps, que nous en sommes à la quatre-vingtième action de ce genre en ce malheureux pays : où est donc aujourd’hui la nouveauté décisive, celle qui a réellement déterminé soudain le passage à l’acte ? C’est...




                        

                        


<article-nb="2018/04/16/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’expert Jean-Baptiste Jeangène Vilmer estime que les violations graves du droit international par le régime syrien légitiment les frappes. Il revient sur ce qui reste de cette norme internationale.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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« Les frappes en Syrie sont-elles justifiées par la “responsabilité de protéger” ? »

Dans une tribune au « Monde », l’expert Jean-Baptiste Jeangène Vilmer estime que les violations graves du droit international par le régime syrien légitiment les frappes. Il revient sur ce qui reste de cette norme internationale.



Le Monde
 |    14.04.2018 à 13h27
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 10h10
    |

                            Jean-Baptiste Jeangène Vilmer (Directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM). Il s'exprime ici en son nom propre)








                        



                                


                            

Tribune. Plus grande catastrophe humanitaire du XXIe siècle, la guerre en Syrie est un échec collectif de notre « responsabilité de protéger » (R2P). Apparue en 2001, unanimement adoptée par l’Assemblée générale des nations unies en 2005, la R2P est une doctrine par laquelle les Etats s’engagent à protéger les populations des atrocités de masse (génocide, crimes contre l’humanité, nettoyage ethnique, crimes de guerre).
Elle s’organise autour d’une double norme : la responsabilité principale des Etats de protéger leurs populations, qui est une obligation juridique, et la responsabilité subsidiaire de la communauté internationale de le faire en cas de défaillance, qui est un appel moral et politique. Contrairement au « droit d’ingérence », elle a un large spectre – c’est une responsabilité de prévenir, de réagir et de reconstruire –, elle ne se réduit pas à l’intervention militaire, qui n’est que l’un de ses moyens, en dernier recours. Et surtout elle ne dispense pas de l’autorisation du Conseil de sécurité.
Depuis 2011, la R2P est sous le feu des critiques. On l’a accusée successivement d’avoir incité à intervenir en Libye et d’avoir été impuissante à protéger les civils en Syrie – ce qui est paradoxal puisque dans un cas on reproche l’action, et dans l’autre l’inaction. En réalité, il ne faut pas exagérer son rôle dans l’affaire libyenne, qui aurait eu lieu sans elle. Ce n’était pas la première fois que le Conseil de sécurité autorisait « tous les moyens nécessaires » pour protéger des populations.
Et les difficultés rencontrées ont été celles de toute intervention militaire : la temporalité (savoir quand commencer et où s’arrêter), l’effet positif (contre-factuel, donc impossible à prouver), la motivation (la relation entre la morale et les intérêts), la sélectivité (accusation de « deux poids, deux mesures ») et la transition (gagner la paix). Le relatif échec de la R2P en Libye est celui de la responsabilité...




                        

                        


<article-nb="2018/04/16/19-9">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Le temps est venu d’envisager l’installation d’observateurs internationaux et la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne, afin de protéger les populations dans les régions qui échappent au contrôle du régime d’Al-Assad, explique l’universitaire Gilles Dorronsoro dans une tribune au « Monde ».
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Syrie : « Il devient urgent de sortir d’une logique purement réactive »

Le temps est venu d’envisager l’installation d’observateurs internationaux et la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne, afin de protéger les populations dans les régions qui échappent au contrôle du régime d’Al-Assad, explique l’universitaire Gilles Dorronsoro dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    14.04.2018 à 13h26
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 07h08
    |

Gilles Dorronsoro (professeur de science politique à Paris-Panthéon-Sorbonne et membre de l’Institut  universitaire de France)







                        



                                


                            

Tribune. Les bombardements occidentaux sur la Syrie, après les attaques au gaz du régime de Bachar Al-Assad contre sa population, ne constituent en aucun cas une réponse suffisante ou proportionnée à ce crime, mais ils sont légitimes et doivent ouvrir le débat sur la protection à plus long terme des Syriens.
La responsabilité du régime syrien est-elle en doute ? Non, il n’y a aucune raison de penser que le coupable est à chercher ailleurs qu’à Damas ; la seule question ouverte est le niveau de complicité des Iraniens et des Russes, ces derniers ayant par ailleurs commis des crimes de guerre dans leurs opérations de bombardements contre des civils.
Aurait-il fallu attendre les conclusions d’une enquête internationale et miser sur l’ONU ? Les conditions pour qu’une enquête internationale puisse s’effectuer avec un minimum de sécurité et de liberté ne sont pas aujourd’hui réunies. De plus, le bilan de l’ONU dans la crise syrienne a jusqu’ici été catastrophique, de l’aide humanitaire détournée par le régime jusqu’à la tentative ratée de désarmement chimique de la Syrie après l’attaque au gaz sarin d’août 2013. Ce dernier a des stocks cachés de gaz que les inspections internationales n’ont pas les moyens de détruire. Ainsi, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a conclu à la présence de gaz sarin lors de l’attaque de Khan Cheikhoun en 2017, et à la responsabilité du régime.
Aucun risque d’escalade
Pourquoi le régime utilise-t-il du gaz ? La question a son importance parce qu’elle conditionne la réponse à apporter à plus long terme au régime syrien. Un argument souvent avancé pour dédouaner le régime est l’absence de rationalité militaire des attaques au gaz, car la poche insurgée allait de toute façon tomber. En fait, les attaques au gaz sont d’abord un message politique destiné à sa propre société et aux Occidentaux. Si ces derniers laissent faire, ils se discréditent : rappelons que le refus d’intervenir...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ L’absence d’inflation et la modération salariale témoignent de la fragilité de la reprise économique. Mais les gains de productivité offerts par la révolution numérique sont encore à venir, juge l’économiste Benoît Cœuré, membre du directoire de la BCE, dans une tribune au « Monde ».
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« La politique monétaire devra rester très accommodante pour ramener l’inflation à des niveaux proches de 2 % »

L’absence d’inflation et la modération salariale témoignent de la fragilité de la reprise économique. Mais les gains de productivité offerts par la révolution numérique sont encore à venir, juge l’économiste Benoît Cœuré, membre du directoire de la BCE, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    14.04.2018 à 12h14
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 09h46
    |

Benoît Cœuré (membre du directoire de la BCE)







                        



                                


                            

[Pour les 40 ans du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), des experts ont exploré différents scénarios pour la mondialisation. Cet article reprend les conclusions d’un discours de l’économiste Benoît Cœuré, prononcé le 12 avril, à l’occasion de cet anniversaire du CEPII.]
Tribune. La grande crise financière et la crise de la zone euro sont derrière nous. Leurs conséquences les plus graves sont effacées. Les outils macroéconomiques traditionnels suggèrent même que, en moyenne, dans la zone euro, les personnes ayant la possibilité et le souhait de travailler auraient dans l’ensemble retrouvé un emploi, et que les capacités de production des entreprises seraient quasiment ou pleinement utilisées. Ce diagnostic apparaît sans doute contre-intuitif, voire choquant, compte tenu du niveau actuel du chômage.
En effet, s’il était exact, des tensions sur les prix se manifesteraient. Lorsque la main-d’œuvre vient à manquer, les travailleurs sont en position de force pour négocier des hausses de salaire. De même, les contraintes sur l’offre incitent les entreprises à relever leurs prix. Pourtant, ni l’inflation ni les salaires n’ont montré de signes clairs d’accélération.

Il y a deux interprétations possibles. Soit la relation entre le taux de chômage et l’inflation (la « courbe de Phillips » dans le jargon des économistes) est rompue, c’est-à-dire que les entreprises sont réticentes à augmenter les salaires, alors qu’elles peinent à trouver de nouveaux salariés. Soit nous ne mesurons pas de la bonne manière la capacité de production de nos économies.
Deux hypothèses
La première interprétation ne résiste pas à l’analyse des données, qui confirme que la courbe de Phillips reste valide, à une nuance près : la réaction des prix dépend fortement de la manière dont l’emploi est rémunéré. Or, les salaires augmentent moins si les nouveaux emplois sont à temps partiel contraint ou à...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Parce que l’agriculture intensive empoisonne les insectes dont elle se nourrit, « Hirundo rustica » se raréfie en France. Le prélude à un « printemps silencieux », sans chants d’oiseaux ?
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Autoportrait de l’hirondelle rustique avant sa disparition

Parce que l’agriculture intensive empoisonne les insectes dont elle se nourrit, « Hirundo rustica » se raréfie en France. Le prélude à un « printemps silencieux », sans chants d’oiseaux ?



Le Monde
 |    14.04.2018 à 12h00
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Vous souvenez-vous de cette comptine ? « Qu’est-ce qu’elle a donc fait/La p’tite hirondelle ? /Elle nous a volé/Trois p’tits sacs de blé »… Si ça continue, elle va finir par me manquer. Non pas que j’y étais présentée à mon avantage ! Ce qu’elle disait de moi n’est même pas exact – j’y reviendrai. Mais enfin, c’est de moi qu’il s’agissait. Les enfants la chantent-ils encore aujourd’hui, cette comptine ? Et si oui, savent-ils seulement à quoi je ressemble ?
Les savants m’appellent Hirundo rustica : hirondelle rustique – manière de dire que j’affectionne les granges, comme l’exprime plus clairement mon nom anglo-saxon, barn ­swallow. Les autres disent tout simplement ­ « hirondelle » car, des 75 espèces cousines que j’ai dans le monde, je suis, et de très loin, celle dont la famille est la plus nombreuse. Quant à moi, je ne me nomme pas. J’essaie de me nourrir et de me reproduire du mieux possible – ce qui, par les temps qui courent, n’est pas une mince affaire. Et, l’hiver venant, je vole.
Théorie fumeuse
Destination : l’Afrique. Forte de mes ailes et de ma vingtaine de grammes, je trace plusieurs milliers de kilomètres en deux mois, traversant – quand je ne défaille pas en route – la Méditerranée d’une seule traite. Un voyage si incroyable que les hommes, pendant longtemps, n’y ont pas cru.
Des siècles durant, les plus cultivés d’entre eux ont pensé que nous passions la période hivernale sous l’eau, ou enfouies dans la vase ! Tout cela parce que nous nous réunissons en dortoir dans des roselières la veille du départ, pour décoller discrètement avant le lever du soleil… Il fallut attendre ­Buffon et son Histoire naturelle des oiseaux pour que cette théorie fumeuse soit remplacée, en 1770, par l’hypothèse migratoire.
Pourquoi aller si loin, me direz-vous ? Pour le soleil, bien sûr. Mais aussi parce que nous nous nourrissons exclusivement d’insectes volants (c’est pourquoi la comptine d’autrefois...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Kalypso Nicolaïdis, professeure à Oxford, esquisse dans une tribune au « Monde » les voies et les moyens d’une relation différente mais compatible entre l’Union européenne et le Royaume-Uni.
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Mondialisation : « Le Royaume-Uni ne devrait pas être traité comme n’importe quel pays tiers »

Kalypso Nicolaïdis, professeure à Oxford, esquisse dans une tribune au « Monde » les voies et les moyens d’une relation différente mais compatible entre l’Union européenne et le Royaume-Uni.



Le Monde
 |    14.04.2018 à 11h11
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 09h50
    |

Kalypso Nicolaïdis (professeur à l'université d'Oxford)







                        



                                


                            

[A l’occasion des 40 ans du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), des experts ont exploré différents scénarios pour la mondialisation]
Tribune. Si l’on en croit ses apôtres, l’Union européenne (UE) aurait pour mission de sauver le libre-échange contre ses détracteurs trumpiens tout en maîtrisant ses effets pervers dévastateurs qui alimentent l’euroscepticisme. Mais pour nous en tenir au plus urgent, ne doit-on pas considérer le Brexit comme un test-clé ? Après tout, il s’agit là d’inventer une relation commerciale nouvelle avec le pays tiers qui sera le plus UE-compatible au monde pour encore bien longtemps malgré le cri du cœur de son électorat.
Si nous n’y arrivons pas là, quelle sera notre crédibilité ailleurs ? La façon dont l’UE négocie aujourd’hui avec le Royaume-Uni sera le gage de notre méthode.
Les débats n’appellent pas à l’optimisme
Pourtant, les débats sur les modalités de la sortie britannique de l’Union européenne (UE) n’appellent pas à l’optimisme. Certes, l’accord de retrait proprement dit est presque prêt. Mais alors que les parties sont censées s’accorder sur une déclaration commune sur leur relation future d’ici octobre 2018, de toute évidence on est bien loin d’une convergence de vue sur la dimension commerciale. Michel Barnier, le négociateur en chef de l’UE, nous offre un diagnostic sans équivoque. Le Brexit doit tomber dans l’une des deux cases classiques : accord de libre-échange ou membre à plein du marché unique, Canada ou Norvège.
Or l’histoire du marché unique offre deux leçons pour Theresa May et M. Barnier. La première est que ce marché a été construit de façon pragmatique autour du principe de reconnaissance mutuelle, étayé par de rigoureux règlements des différends. Mais parce que la confiance n’est jamais aveugle entre Etats, il n’existe pas dans l’UE de reconnaissance mutuelle pure. En réalité, nous perfectionnons en continu un système...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Claudia Buch, vice-présidente de la Banque centrale allemande, plaide pour un système financier qui dispose de réserves suffisantes afin de faire face à l’imprévu.
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Mondialisation : « Pour être robuste, un système financier doit pouvoir résister aux mauvaises surprises »

Dans une tribune au « Monde », Claudia Buch, vice-présidente de la Banque centrale allemande, plaide pour un système financier qui dispose de réserves suffisantes afin de faire face à l’imprévu.



Le Monde
 |    14.04.2018 à 11h02
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 09h48
    |

Claudia Buch (vice-présidente de la Deutsche Bundesbank)







                        



                                


                            

[A l’occasion des 40 ans du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), des experts ont exploré différents scénarios pour la mondialisation]
Tribune. L’économie mondiale est actuellement en bonne santé, avec des perspectives positives. Des conditions économiques favorables, une inflation et des taux d’intérêt bas contribuent à la valorisation élevée des marchés financiers. Mais ils peuvent aussi rendre les acteurs de marché excessivement optimistes, alimentant la montée des risques pour la stabilité financière. Pour assurer la robustesse du système financier, il faut donc disposer de réserves suffisantes contre les événements imprévus et veiller à ce que les réformes ne soient pas diluées.
Les marchés anticipent une remontée graduelle des taux d’intérêt. Cela renforcerait la stabilité du système financier : les banques conforteraient leur marge d’intermédiation, en particulier si les taux d’intérêt sortent durablement du territoire négatif. Les assureurs et les organismes de retraite dégageraient plus facilement le revenu nécessaire pour atteindre les rendements promis.
Mais comment les marchés réagiraient-ils à un ralentissement inattendu ? Que se passerait-il si les taux restaient bas pour beaucoup plus longtemps ? Si des risques politiques importants se matérialisaient, faisant bondir les primes de risques ? De tels événements inattendus pourraient affecter un grand nombre d’acteurs de marché simultanément, ce qui pourrait menacer le bon fonctionnement de l’ensemble du système financier.
A l’origine de dégâts considérables
L’histoire nous enseigne que les crises financières surgissent le plus souvent de façon inattendue. Elles peuvent être à l’origine de dégâts considérables pour l’économie et la société – la production baisse, le chômage augmente et la dette publique grimpe.
Pour être robuste, un système financier doit pouvoir résister aux mauvaises surprises. Des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Editorial. En relaxant les huit prévenus, la juge a rappelé les bases de l’Etat de droit et nous tend un miroir édifiant sur dix années de dérive de l’antiterrorisme.
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Tarnac : les leçons d’un naufrage

Editorial. En relaxant les huit prévenus, la juge a rappelé les bases de l’Etat de droit et nous tend un miroir édifiant sur dix années de dérive de l’antiterrorisme.



Le Monde
 |    14.04.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
14.04.2018 à 15h05
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Il y aurait une certaine commodité à considérer le naufrage judiciaire de l’affaire de Tarnac comme un épisode isolé. Il serait rassurant et confortable de n’y voir qu’un accident de l’histoire déclenché, en 2008, par la guerre des polices ou par les emballements fantasmatiques de responsables politiques, au premier rang desquels la ministre de l’intérieur de l’époque sarkozyste, Michèle Alliot-Marie. Mais le jugement prononcé jeudi 12 avril par le tribunal correctionnel de Paris envers huit personnes, militants de la gauche radicale ou supposés l’être, nous tend au contraire un miroir édifiant sur dix années de dérives ininterrompues de l’antiterrorisme français.

        Lire aussi :
         

                Procès de Tarnac : Julien Coupat et Yildune Lévy relaxés



Car la juge Corinne Goetzmann, en relaxant les prévenus des accusations de sabotage d’une ligne TGV et d’association de malfaiteurs – la dimension « terroriste » avait été abandonnée avant le procès mais elle a accompagné toute l’instruction –, n’a pas uniquement accablé une enquête menée en dépit du bon sens, dénoncé les « stratagèmes » utilisés lors de l’instruction et enterré une dernière fois la « fiction » du groupe de Tarnac. Elle a aussi rappelé les bases de l’Etat de droit.

        Lire aussi :
         

                Les plaidoiries au procès de Tarnac : « Il est temps de les libérer de ce fiasco ! »



En substance, ce jugement rappelle que les services de renseignement ne peuvent s’immiscer dans une enquête judiciaire. Ces policiers étant protégés par le secret-défense, le juge judiciaire ne peut « contrôler et vérifier [leurs] constatations », et les éléments qu’ils fournissent sont donc « dépourvus de toute valeur probante ». Or, dans le dossier Tarnac, il ne fait pas de doute que l’utilisation excessive de la toute neuve direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, devenue DGSI depuis) a biaisé l’enquête judiciaire. Non, assène la juge, une bibliothèque, si radicaux soient les ouvrages qui la composent, n’est pas un « élément de preuve ». Non, enfin, « le fait de se concerter sur l’organisation d’une manifestation (…) ne caractérise pas en soi un projet de commettre un délit ».
Principes battus en brèche
Or ces grands principes ont été battus en brèche par l’arsenal antiterroriste mis en place ces dernières années. La loi du 30 octobre 2017, dans la lignée de l’état d’urgence, permet au ministre de l’intérieur d’assigner à résidence et de perquisitionner sur de simples renseignements, sous le contrôle minimal et bienveillant du juge administratif ou, au mieux, sous celui, superficiel, du juge des libertés et de la détention. On pourrait également citer les multiples condamnations pour « apologie du terrorisme » sur la foi du contenu d’un ordinateur ou les poursuites pour « association de malfaiteurs » visant des manifestants à Rennes en 2016 ou autour du site d’enfouissement de Bure, dans la Meuse, en 2017.

        Lire aussi :
         

                L’affaire de Tarnac résumée en 5 épisodes



Le débat récurrent relancé encore une fois après les attentats du 23 mars à Carcassonne et Trèbes (Aude), sur la rétention des « fichés S », qui revient à dévoyer un simple outil de renseignement « dépourvu de toute valeur probante », pour reprendre les mots de la juge Goetzmann, démontre qu’en la matière les risques de surenchère sont sans fin.
Il ne fait pas de doute que la lutte – évidemment nécessaire et légitime – contre un terrorisme meurtrier et aveugle a rendu difficilement audible la moindre opposition, fût-elle fondée sur l’invocation de principes élémentaires. C’est le mérite du jugement rendu le 12 avril. Il rappelle que la fin ne justifie pas tous les moyens et que le juge judiciaire est un maillon essentiel de la démocratie. Il invite les responsables politiques et le législateur à toujours inscrire leur action dans le respect de l’Etat de droit.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ La première ministre néo-zélandaise est en visite à Paris lundi 16 avril pour rencontrer Emmanuel Macron.
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Jacinda Ardern : « Nous ne souhaitons pas voir la militarisation du Pacifique »

La première ministre néo-zélandaise est en visite à Paris lundi 16 avril pour rencontrer Emmanuel Macron.



Le Monde
 |    14.04.2018 à 10h57
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 08h43
    |

                            Isabelle Dellerba (Wellington, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Première ministre néo-zélandaise depuis octobre 2017, Jacinda Ardern effectue une visite officielle en France, lundi 16 avril, pour aborder notamment le climat et la sécurité dans le Pacifique.
Qu’attendez-vous de votre rencontre lundi avec Emmanuel Macron ?
De notre point de vue, il y aura trois points particulièrement intéressants à évoquer. D’abord, le changement climatique. La France et Emmanuel Macron ont fait montre d’un réel leadership sur ce dossier et nous cherchons à faire de même. En tant que pays du Pacifique, où les conséquences du changement climatique sont déjà réelles, il est de notre devoir d’agir.
Ensuite, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et la Nouvelle-Zélande. Nos échanges représentent déjà 15 milliards de dollars néo-zélandais (8,9 milliards d’euros). Ce que nous espérons d’abord, c’est simplement être en mesure de pouvoir mener ces négociations, avoir la chance de pouvoir nous asseoir autour de la table. Nous pensons que dans l’environnement international actuel, il y a un réel besoin de démontrer que des traités de libre-échange progressistes, inclusifs, multilatéraux, sont plus nécessaires que jamais. Surtout dans un environnement de guerres commerciales, où c’est un prêté pour un rendu.
Le troisième point concerne les questions de sécurité internationale et régionale ainsi que la lutte contre le terrorisme.
Le Pacifique est un espace de plus en plus contesté. La Chine en particulier étend son influence dans cette région traditionnellement alliée à l’Occident. Cette évolution est-elle une source de préoccupation pour la Nouvelle-Zélande ?
Notre relation avec les pays du Pacifique n’est pas seulement de proximité. Nous sommes liés. Nous voulons être sûrs de ne jamais prendre cela pour acquis et nous souhaitons la renforcer. Nous avons appelé cela le « Pacific reset ». Nous voulons notamment dépasser la relation donneur-bénéficiaire, pour la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Si l’Amérique veut détruire le commerce multilatéral, Européens et Chinois devront faire cause commune, pour éviter cette menace, explique l’ex-directeur général de l’OMC, dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Pascal Lamy : « Trump croit, en économie (comme ailleurs), à la loi du plus fort »

Si l’Amérique veut détruire le commerce multilatéral, Européens et Chinois devront faire cause commune, pour éviter cette menace, explique l’ex-directeur général de l’OMC, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    14.04.2018 à 10h50
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 08h56
    |

Pascal Lamy (Ancien directeur de l'OMC)







                        



                                


                            
[A l’occasion des 40 ans du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), des experts ont exploré différents scénarios pour la mondialisation].
Tribune. Donald Trump vient de lancer la grande offensive protectionniste antichinoise (mais pas que…) qu’il avait annoncée au cours de sa campagne électorale en 2016. Jusqu’alors, ses initiatives avaient pu paraître mesurées par rapport à ses rodomontades : sortie de l’accord transpacifique, que les Etats-Unis d’Obama n’avaient pas ratifié ; renégociation de l’accord commercial nord-américain avec le Canada et le Mexique et de l’accord bilatéral avec la Corée du Sud… Jusque-là, plus de peur que de mal.
Mais les annonces récentes sont d’une autre ampleur : une première vague sur l’acier et l’aluminium, pour quelques milliards de dollars, une seconde rafale d’annonces ciblées sur la Chine, qui s’élève à plusieurs dizaines de milliards d’échanges. Les marchés financiers ont réagi plus nerveusement.
Pourtant, si l’escalade est claire, même s’il ne s’agit, à ce stade, que d’annonces, les signaux qui les accompagnent paraissent confus, voire contradictoires, d’où une grande perplexité sur les intentions réelles du président américain et de son gouvernement.
Deux scénarios sont envisageables
On dénonce l’Organisation mondiale du commerce (OMC), « une catastrophe », tweete Donald Trump, mais on y lance un procès contre la Chine, tout en bloquant le fonctionnement de la machine contentieuse à Genève. Cherchez l’erreur ! On exhume du musée des armes de protection commerciale une législation de défense nationale pour sanctionner les Européens ou les Japonais, alliés fidèles.
On voudrait qu’il y ait autant de Chevrolet à Berlin que de Mercedes à New York, comme si cette réciprocité faisait le moindre sens au XXIe siècle. On souhaite rééquilibrer la balance commerciale américaine, dont chacun sait qu’elle est en déficit structurel...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », estime que l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes marque l’interruption d’une expérience sociale et politique d’autonomie qui aurait pu être une source d’inspiration.
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/04/2018
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« L’Etat, monstre froid face aux zadistes »

Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », estime que l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes marque l’interruption d’une expérience sociale et politique d’autonomie qui aurait pu être une source d’inspiration.



Le Monde
 |    14.04.2018 à 10h38
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 10h22
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            

Chronique. De passage à Paris, un universitaire israélien regarde à la télévision les images de l’intervention des forces de l’ordre, à Notre-Dame-des-Landes. « Tout ça pour quelques gars qui veulent monter un kibboutz… », dit-il goguenard.
Plus votre adversaire est minuscule, plus son écrasement doit être spectaculaire. Dans le bocage nantais, 2 500 gendarmes mobiles, bottés et casqués, équipés de toutes sortes de grenades et d’armes de jet, appuyés de bulldozers et de pelleteuses, de véhicules blindés et d’hélicoptères, ont offert le spectacle d’une certaine forme de faiblesse – celle qui vous fait rouler des épaules devant les plus petits que vous.
Nul ne songerait à nier qu’il y avait, cette semaine dans la « zone à défendre » (ZAD), agrégée aux agriculteurs et à la majorité paisible des zadistes qui vivent là, une population avide d’en découdre. Nul ne songerait non plus à nier que les affrontements furent violents et que, de part et d’autre, plusieurs dizaines de blessés sont à déplorer.
Mais, au final, de quoi s’est-il agi ? Il s’est agi, pour l’Etat, de déloger d’une petite zone humide quelque deux cents personnes désireuses de liberté et d’autonomie. La majorité n’est pas constituée de forcenés radicalisés et « ultraviolents », comme on l’a lu et entendu ici ou là, mais plutôt de femmes et d’hommes engagés dans des projets, formels ou informels, d’agriculture, d’artisanat, etc. Comme l’ont montré les reportages de notre confrère Rémi Barroux, ce qui se joue là-bas est une expérience sociale et politique, la recherche et l’invention de nouvelles formes d’organisation et de vie collectives, d’une autre relation à l’environnement, d’une autre façon d’habiter et d’utiliser le monde.
Le bénéfice de la marge
Dans un livre somptueux (Zomia, ou l’art de ne pas être gouverné, Seuil, 2013), l’anthropologue américain James Scott a raconté l’histoire des peuples nichés dans la Zomia – du nom de cette...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Le journaliste Antoine Reverchon revient, dans cette chronique, sur la démarche d’historien de l’universitaire américain Stefan Link, utilisée pour analyser, au moyen du fordisme, l’avènement des Etats-Unis comme économie mondiale dominante.
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« Faire une lecture vraiment politique des “lois générales” de l’économie »

Le journaliste Antoine Reverchon revient, dans cette chronique, sur la démarche d’historien de l’universitaire américain Stefan Link, utilisée pour analyser, au moyen du fordisme, l’avènement des Etats-Unis comme économie mondiale dominante.



Le Monde
 |    14.04.2018 à 10h30
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 08h53
    |

            Antoine Reverchon








                        



                                


                            
Recherches. La Chine serait donc en train de changer de place dans la chaîne de la mondialisation : elle monte en gamme à coups d’avancées technologiques et scientifiques, délaissant l’exportation de produits low tech. D’où l’intérêt de se pencher sur le cas des Etats-Unis qui, dans la seconde moitié du XIXe siècle, sont passés d’un rapport économique de périphérie coloniale avec l’Europe – exportations de matière première, importations de produits manufacturés – à un rapport d’égal à égal, puis d’économie dominante. En 1913, juste avant la première guerre mondiale, les exportations américaines comptaient 50 % de produits manufacturés, contre 20 % en 1890…
La « destinée manifeste » des états-Unis tiendrait à des facteurs socioculturels ont plaidé les économistes libéraux
Les explications ne manquent pas : un marché interne immense, l’afflux de capitaux européens, une inventivité technique et financière apte à transformer les abondantes ressources locales (pétrole, charbon, minerai, blé, viande) plutôt que de les exporter… Mais d’autres pays présentaient alors les mêmes caractéristiques : le Brésil, l’Argentine, la Russie.
La « destinée manifeste » des Etats-Unis tiendrait donc à des facteurs socioculturels, ont plaidé les économistes libéraux : l’esprit d’entreprise, la libre concurrence sur le marché, le rationalisme scientifique, la sécurité juridique de la propriété, la non-intervention de l’Etat – érigés en recettes du développement pour le monde entier.
Le revers de ce beau récit est la critique marxiste du même phénomène : le prix à payer est l’écrasement du mouvement ouvrier, le génocide des indigènes, le pillage des ressources naturelles, la corruption du politique, le règne de l’avidité – érigés en tares de l’impérialisme…
Un lieu et un moment
Stefan Link, chercheur au Dartmouth College (New Hampshire) et spécialiste du fordisme, a choisi une démarche d’historien pour comprendre un lieu et un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ L’impasse à laquelle conduisent la violence de l’Etat et celle d’une minorité de zadistes est le signe que notre démocratie ne fonctionne plus, estime Cyril Dion, cofondateur du mouvement Colibris, dans une tribune au « Monde ».
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Cyril Dion : « Il n’existe pas d’espace apaisé dans lequel nous pouvons parler des enjeux que NDDL soulève »

L’impasse à laquelle conduisent la violence de l’Etat et celle d’une minorité de zadistes est le signe que notre démocratie ne fonctionne plus, estime Cyril Dion, cofondateur du mouvement Colibris, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    14.04.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
16.04.2018 à 08h50
    |

                            Cyril Dion (Cofondateur du mouvement Colibris)








                        



                                


                            

Tribune. De tout temps, il y eut les faits et l’interprétation des faits. Les êtres humains agrègent des observations, des sensations, des émotions et les transforment en opinions, en interprétations, en points de vue. Les événements de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) en sont un exemple frappant. Pour les uns, il est inconcevable que des individus occupent, parfois illégalement, des terres, alors que la raison première de cette occupation – empêcher la construction d’un aéroport – n’a plus lieu d’être. Pour d’autres, il est insupportable que l’Etat veuille déloger les zadistes par la force.

Pour ma part, il me paraît totalement inacceptable de faire usage d’une telle violence. Celle qui consiste à envoyer 2 500 gendarmes (un vrai bataillon militaire, deux fois plus qu’en Syrie et en Irak) avec des pelleteuses, des bulldozers pour détruire des habitations en bois, des yourtes, chasser des agriculteurs, des rêveurs, des utopistes, projeter des grenades, menacer, matraquer. Mais également celle d’une minorité des zadistes qui incendient, utilisent de l’acide ou toute sorte de projectiles avec l’intention de blesser. Je ne parle pas tant du comportement des personnes (gendarmes ou zadistes) qui sont emportées dans une histoire qui souvent les dépasse, mais plus encore de la mécanique qui conduit à cette situation. C’est elle que nous ne devrions pas accepter.
Echec du dialogue
En tant que société, notre rôle n’est pas d’observer ou de commenter cette violence, comme cela est fait à longueur de journée dans de nombreux médias, mais de comprendre ce qui en est la cause et de nous organiser pour qu’elle n’ait pas lieu. Pour moi, elle traduit une réalité : il n’existe pas d’espace apaisé dans lequel nous, en tant que société, pouvons parler des enjeux que NDDL soulève. En toutes circonstances, la violence éclate, là où le dialogue échoue.
« NDDL, qui cristallise une part de la résistance écologique française et européenne, est...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Des sympathisants de Lula, l’ancien président du Brésil, tentent de l’empêcher de se rendre à la police. Pourquoi les journaux locaux ont-ils délaissé cette photo spectaculaire, publiée par le « New York Times » et virale sur les réseaux sociaux ?
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Lula dans la foule ou la fabrique d’une icône

Des sympathisants de Lula, l’ancien président du Brésil, tentent de l’empêcher de se rendre à la police. Pourquoi les journaux locaux ont-ils délaissé cette photo spectaculaire, publiée par le « New York Times » et virale sur les réseaux sociaux ?



Le Monde
 |    14.04.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
14.04.2018 à 14h35
    |

                            Marion Dupont








                        



                                


                            

Le regard de la multitude converge, désignant sans équivoque ce qu’il y a à voir : un homme qui semble avoir émergé du sein de la foule, porté par ses innombrables bras, et comme sur le point d’être englouti par elle. Les corps forment autour de lui des cercles concentriques ; les mains tendues esquissent, dans la partie inférieure de l’image, une composition pyramidale parfaitement classique ; le rouge du Parti des travailleurs, réparti en un bel équilibre chromatique, fait circuler le regard du spectateur.
Qualités picturales et esthétiques
L’image, à la hauteur de l’événement – jugé coupable de corruption, le très populaire ex-président du Brésil Luiz Inacio Lula da Silva se rend à la police, le 7 avril, tandis que des sympathisants tentent de l’en empêcher –, présente toutes les qualités picturales et esthétiques des icônes du photojournalisme.
Pourtant, la photographie n’a pas été publiée en « une » de la presse brésilienne ; elle s’est même faite discrète dans ses pages intérieures. C’est par les réseaux sociaux qu’elle a commencé son chemin vers la gloire, postée le jour même par son auteur, le jeune photographe Francisco Proner, sur Instagram. De nombreux comptes la reprennent, pour la plupart ralliés à la cause de l’ancien président, comme le très actif@MídiaNinja, accompagné de hashtags tels que #eusouLula (« je suis Lula »). Mais elle est aussi choisie par le New York Times pour son édition papier du dimanche 8 avril, et par divers titres de la presse internationale.
La presse brésilienne lui a préféré des images montrant l’homme politique de plus près, prises par leurs photographes présents dans la foule ; un choix justifié par des questions économiques (un document produit par un journaliste de la maison coûtera moins cher), mais pas seulement, si l’on considère qu’une image forte est une image qui vend. La disparité du traitement visuel pose ainsi la question de la sélection éditoriale, trop souvent occultée au profit...




                        

                        

