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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Il y a cinquante ans, dans l’effervescence du mois de mai, s’affirmait une esthétique contestataire. Cinq ouvrages restituent la place du dessin au cœur du mouvement.
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Images. Mai 68 : dessiner sans entrave

Il y a cinquante ans, dans l’effervescence du mois de mai, s’affirmait une esthétique contestataire. Cinq ouvrages restituent la place du dessin au cœur du mouvement.



Le Monde
 |    14.04.2018 à 09h00
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            
Les arts visuels (dessin, peinture, photographie, cinéma…) ont pour habitude d’accompagner les mouvements contestataires et les changements politiques. Mai 68 en reste l’exemple le plus éclatant, avec sa production d’images sur les murs et les palissades, dans les amphithéâtres et les usines, sur les affiches, les tracts et les pages des journaux satiriques. Cinquante ans plus tard, ce vaste travail d’invention iconographique n’a rien perdu de sa force d’évocation. Toute une grammaire de motifs récurrents (poings fermés, policiers casqués, barbelés…), de slogans calligraphiés et d’aplats monochromes continue de raconter les « événements » autrement que par le texte et la parole. Plusieurs ouvrages reviennent sur ce patrimoine artistique, indissociable du contexte politique dans lequel il a été créé.
A vos ordres, mon enragé !
L’Enragé. Les 12 numéros enfin réunis !, de collectifs, Hoëbeke, 120 p., 19,90 €
Vendus dans les rues de Paris entre le 24 mai et le 25 novembre 1968, les douze numéros de L’Enragé sont rassemblés pour la première fois dans un album qui plongera en nostalgie les gardiens de l’esprit soixante-huitard. Difficile de trouver plus irrévérencieux que ce journal d’inspiration anarchiste, publié par l’éditeur Jean-Jacques Pauvert, auquel participèrent des géants avérés ou à venir du dessin de presse, les Cabu, Siné, Wolinski, Topor, Willem, Cardon, qui, tous, œuvraient déjà dans les pages d’Action, le titre contestataire du journaliste Jean Schalit. Le premier numéro annonce la couleur avec un éditorial au ton belliciste : « Ce journal est un pavé. Il peut servir de mèche pour cocktail Molotov. Il peut servir de cache-matraque. Il peut servir de mouchoir antigaz. Nous sommes solidaires, et nous le resterons, de tous les enragés du monde. »
Un texte de Jacques Prévert (sur les violences policières) et les paroles de L’Internationale figurent également...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ « La Matinale du Monde » publie chaque samedi un strip de la dessinatrice Nancy Pena.
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« Le chat Madame, grand reporter », par Nancy Pena (épisode 42)

« La Matinale du Monde » publie chaque samedi un strip de la dessinatrice Nancy Pena.



Le Monde
 |    14.04.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
14.04.2018 à 07h05
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Remis pour la première fois le 10 avril, ce prix a couronné « Saufs riverains », d’Emmanuel Pagano (POL).
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Le Prix du roman d’écologie révèle la diversité des plumes vertes

Remis pour la première fois le 10 avril, ce prix a couronné « Saufs riverains », d’Emmanuel Pagano (POL).



Le Monde
 |    14.04.2018 à 06h30
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
Cela a commencé il y a quelques années, par petites touches. ­Thriller, polar, roman à thèse ou d’anticipation, plusieurs genres de fiction se sont progressivement emparés de l’écologie. Parmi les mutations environnementales qui se profilent à l’horizon, l’une s’est révélée une telle source d’inspiration qu’elle a même reçu un nom : c’est la « cli-fi », pour climate fiction. 
Jusqu’à présent, cette veine littéraire en plein essor restait pour l’essentiel l’apanage des auteurs anglo-saxons. Mais les choses sont en train de changer. En témoigne le Prix du roman d’écologie, attribué pour la première fois le 10 avril par l’association du même nom, qui distingue « un roman francophone paru en 2017 de grande qualité littéraire où les questions écologiques sont substantiellement présentes ».
La relation de l’homme et de l’eau
La lauréate est Emmanuelle ­Pagano pour le roman Saufs riverains (POL), deuxième volume de sa Trilogie des rives sur la relation de l’homme et de l’eau qui décrit l’ennoyage, en 1969, de la vallée du Salagou, dans l’Hérault, où le grand-père de l’auteure possédait deux petites vignes désormais submergées.
Fondée en partenariat avec la revue Esprit, le master « lettres et création littéraire » du Havre, l’Ecole nationale supérieure de paysage et le think tank transpartisan La Fabrique écologique, l’Association du Prix du roman d’écologie explique, sur son site Internet, les raisons de cette initiative. Aujourd’hui, les questions écologiques « résonnent dans le débat public, modifient la vie quotidienne, transforment les rôles de chacun », mais « la politique, l’information et la science ne s’adressent qu’à une partie de la nature humaine et ignorent largement d’autres ressorts, la sensibilité, l’émotion, l’empathie spontanée ». Là intervient la littérature, qui permet, « sans doute encore plus que d’autres formes d’expression artistiques, d’associer la quête intime,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Cette charmante histoire de manchot qui veut voler vient étoffer une offre de mangas pour les plus petits loin d’être pléthorique.
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« Momo et le messager du Soleil » : une ode à la persévérance pour les jeunes enfants

Cette charmante histoire de manchot qui veut voler vient étoffer une offre de mangas pour les plus petits loin d’être pléthorique.



Le Monde
 |    13.04.2018 à 11h01
 • Mis à jour le
13.04.2018 à 11h58
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Difficile de ne pas ressentir immédiatement de la sympathie pour Momo, jeune manchot rouge héros de manga pour enfants. D’abord par son allure rondouillarde et enjouée que sa créatrice Marie Sasano a symbolisée en l’affublant des joues rondes de l’enfance. Mais aussi par son caractère courageux et son indéfectible persévérance : Momo veut savoir voler et est prêt à affronter de multiples aventures pour y parvenir. « La notion d’effort est très importante pour moi et j’ai voulu la transmettre aux enfants. Quand on a un rêve, il ne faut pas l’abandonner, tout peut devenir possible », expliquait l’auteure en mars, lors d’un passage à Paris. Une philosophie qui a d’ailleurs réussi à la mangaka : Marie Sasano a multiplié les expériences comme assistante de grands mangakas de shojo – mangas destinés aux jeunes filles – avant de pouvoir travailler sur sa propre série.

   


Elle pensait d’ailleurs percer dans ce registre avant finalement de se décider à dessiner pour les enfants. Elle est repérée par le bureau japonais des éditions françaises Ki-oon à l’issue d’un concours de manga. « J’avais apporté des planches de shojo mais on m’a expliqué qu’en France ce genre était difficile à faire passer et nous avons discuté des autres possibilités. On m’a proposé de me lancer dans un manga pour enfants. Au Japon, il n’y a presque pas d’œuvres pour enfants en manga. » Si quelques BD japonaises pour les lecteurs à partir de 6 ans existent en France, elles sont accaparées par des histoires de chat. Marie Sasano s’est donc lancée sur les aventures du manchot Momo et de ses deux amis Noah, le lion pleurnichard et Lily une petite humaine, après avoir trouvé l’inspiration dans des émissions japonaises pour les tout-petits qu’elle regarde avec son fils de 4 ans.
« Il y a cette émission qui s’appelle “Avec ma maman” et qui contient plein d‘astuces pour faire passer des histoires auprès des enfants mais aussi des parents. On peut regarder en toute tranquillité d’esprit, ça nous faisait beaucoup rire, et je voulais essayer de faire la même chose. »
Dans le monde de Momo, les humains et animaux vivent en harmonie et les enfants naissent sous forme d’œufs tombés du ciel. Ces derniers peuvent choisir la forme sous laquelle ils souhaitent éclore quelle que soit l’espèce de leurs parents. Encore dans sa coquille, Momo est certain, il veut devenir un oiseau. Mais une fois sorti sous la forme d’un manchot, il découvre qu’il ne peut pas voler. Pour le consoler, un vénérable éléphant lui révèle un secret : il existerait, très loin de chez eux, un messager du soleil capable d’exaucer n’importe quel souhait. Dans son périple à la recherche du messager, il embarque Noah, qui aimerait devenir aussi fort que son père, et Lily qui – c’est franchement dommage – a choisi d’éclore comme jeune fille pour retrouver « un garçon qui est trop mignon ».

   


A la fois charmant sans être mièvre, Momo et le messager du Soleil est un album intéressant pour initier les enfants au manga. En dépit des dialogues simples et du sens de lecture occidental, comme il est de coutume pour ce genre de public, il pourra même également plaire aux lecteurs plus aguerris à la BD japonaise, notamment pour l’originalité de sa colorisation à la main qui donne deux à trois fois plus de travail à Marie Sasano et ses assistants que pour un manga classique en noir et blanc. Une tâche qui ne décourage pas la mangaka, aussi motivée que son personnage principal : « Lors des séances de dédicaces, certains enfants m’ont dit que c’était le premier manga qu’ils lisaient et je me dis que c’est extraordinaire. »
Momo et le messager du Soleil, de Marie Sasano, traduction de Géraldine Oudin, tome 1 le 22 mars, éditions Ki-oon, 160 pages, 9,65 euros.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Tous les vendredis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.
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Article sélectionné dans La Matinale du 12/04/2018
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« Pop corn », par Salch (épisode 29)

Tous les vendredis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.



Le Monde
 |    13.04.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
13.04.2018 à 07h05
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Romans, philosophie, histoire, religion, document… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 13 avril.
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Livres en bref

Romans, philosophie, histoire, religion, document… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 13 avril.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 11h05
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 13h25
    |

                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Antoine Flandrin, 
                            Roger-Pol Droit, 
                            David Zerbib et 
                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Histoire. Marchand d’épouvante
Philippe Henriot. La Résistible Ascension d’un provocateur, de Christian Delporte, Flammarion, 416 p., 25 €.
L’historien Christian Delporte retrace non sans ironie l’ascension d’un traître. Philippe Henriot (1889-1944), écrivain sans talent, entré tardivement en politique au sein de la droite catholique, est élu député de Bordeaux en 1932. Vilipendé pour ne pas avoir combattu pendant la Grande Guerre, giflé en public par un député communiste, il finit par basculer du côté de l’extrême droite antiparlementaire, xénophobe et antisémite. Munichois, il se rallie à Pétain. Devenu, grâce à Radio Paris, le maître absolu de la propagande de Vichy, Henriot, « l’homme le plus écouté de France », déclenche « une guerre des ondes » avec Radio Londres, où Pierre Dac le ridiculise. Quelques semaines plus tard, la Résistance exécute « ce marchand d’épouvante », épisode que Delporte, au terme de cette biographie menée avec brio, raconte comme un roman policier. An. Fl.
Religion. Le « krach » catholique
Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement, de Guillaume Cuchet, Seuil, « La couleur des idées », 276 p., 21 €.
Dans les années 1950, l’Eglise catholique se prit de passion pour la sociologie. Le terrain avait été préparé par Gabriel Le Bras qui, dès les années 1930, avait commencé à collecter des données sur la pratique religieuse des Français. Le chanoine Boulard en fit remonter de nouvelles de tous les diocèses. Guillaume Cuchet retrace dans ce livre l’histoire de ce moment sociologique du catholicisme français pour comprendre le mystère qui entoure cette religion depuis le mitan des années 1960 : celui de son effondrement. La communion obligatoire, la confession, le jeûne, fidèlement appliqués jusque-là, disparaissaient en effet au même moment de l’horizon des nouvelles générations. L’historien prolonge...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Dans « La Mécanique des passions », Alain Ehrenberg corrèle l’engouement pour la mythologie cérébrale à l’individualisme contemporain, sans parvenir à étayer sa thèse.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Overdose de neurosciences cognitives et comportementales

Dans « La Mécanique des passions », Alain Ehrenberg corrèle l’engouement pour la mythologie cérébrale à l’individualisme contemporain, sans parvenir à étayer sa thèse.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 10h14
    |

                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Mécanique des passions. Cerveau, comportement, société, d’Alain Ehrenberg, Odile Jacob, 336 p., 23,90 €.

Sociologue, directeur de recherches au CNRS, Alain Ehrenberg étudie dans ce nouveau livre les raisons pour lesquelles les neurosciences cognitives et comportementales (NSCC) suscitent un tel engouement qu’elles ont supplanté la psychanalyse et la psychiatrie dans l’approche des maladies de l’âme et des comportements humains normaux, depuis l’observation des enfants scolarisés jusqu’à celle des adultes en bonne santé.
L’affirmation d’une efficacité thérapeutique quantifiée par des évaluations ne suffit pas, selon lui, à expliquer cette fascination qui a conduit de nombreux chercheurs à ajouter le préfixe « neuro » à leur discipline : neuro-économie, neuro-histoire, neuro-psychologie, neuro-ceci ou cela. Tout se passe comme si l’on ne pouvait plus penser la condition humaine sans une référence obligée à une plasticité cérébrale censée expliquer à elle seule nos manières de vivre, de boire, de manger, de faire l’amour, de réussir ou d’échouer. Plus besoin de parler, il suffirait de regarder des flux synaptiques pour connaître le « potentiel caché » de chaque individu. Tel serait, selon l’auteur, le programme de cette « tribu » NSCC : étendre son pouvoir bien au-delà du domaine de la science et du traitement des pathologies.
Lame de fond
A travers une enquête menée avec les instruments d’une sociologie non encore neuronale, Alain Ehrenberg relate les modalités d’implantation de ce nouveau récit, né dans les universités de la Côte ouest des Etats-Unis et qui a envahi nos sociétés depuis une trentaine d’années. Cette lame de fond, qu’il considère comme le principal « baromètre » de l’individualisme contemporain, serait liée à la transformation de la subjectivité, paradigme des angoisses infantiles et généalogiques.

Plus besoin de savoir qui l’on est ni...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Gai Savoir de Nietzsche. Une manière divine de penser », d’Olivier Ponton.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Comme Nietzsche, pensons poétique

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Gai Savoir de Nietzsche. Une manière divine de penser », d’Olivier Ponton.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 11h10
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Le Gai Savoir de Nietzsche. Une manière divine de penser, d’Olivier Ponton, CNRS Editions, « Philosophie », 306 p., 26 €.

Pour une fois, commençons par la fin. Dernière page, dernière phrase : « Le Gai Savoir est le plus beau livre du monde. » Voilà qui peut faire sourire. Décerner ce genre de médaille est même un exercice si vain, par définition si contestable, que pareille affirmation, au début de l’ouvrage, pourrait dissuader de poursuivre. Mais elle arrive ici au terme de 400 pages. Elles sont consacrées, on l’a compris, à une exploration – lumineuse et sensible – de ce texte central, publié par Nietzsche en 1882, où il formule deux intuitions majeures de sa pensée : « la mort de Dieu » et « l’éternel retour ».
Après avoir suivi le voyage que propose Olivier ­Ponton, professeur de philosophie en classes préparatoires, auteur notamment de Nietzsche. Philosophie de la légèreté (De Gruyter, 2007), on se dit qu’il n’a peut-être pas tort d’utiliser cette formule au premier regard curieuse.
Car il est bien beau, le gai savoir de Nietzsche ! D’une beauté inverse, en fait, à celle de la connaissance chez Platon. Ici, aucun ciel des Idées, pas d’arrière-monde, nul dehors de la caverne. Au contraire, un savoir mobile, pluriel, joyeusement dissonant – celui qu’engendre le corps, au gré de ses pensées organiques, pulsionnelles, individuelles.
Dire que « Dieu est mort », ce n’est pas affirmer qu’il n’existe pas mais plutôt constater que le monde est désormais dépourvu de sens. Il nous appartient donc de lui vouloir un sens, de le forger par nos propres moyens. Non pas une fois pour toutes, mais indéfiniment, dans la perspective d’un « éternel retour » de ce que nous désirons, décidons et fabriquons.
Tableau cubiste
Très finement, Olivier Ponton met en lumière les liens subtils entre ces affirmations et les styles multiples...




                        

                        


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<filnamedate="20180414"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180414"><AAMMJJHH="2018041419">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Une étrange mère coupe ses trois enfants du monde. La romancière japonaise, dissonante et métaphorique dans « Instantanés d’Ambre ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Yoko Ogawa, pas tout à fait ogresse

Une étrange mère coupe ses trois enfants du monde. La romancière japonaise, dissonante et métaphorique dans « Instantanés d’Ambre ».



Le Monde
 |    12.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 10h07
    |

                            Eric Loret








                        



                                


                            

Instantanés d’Ambre (Kohaku no matataki), de Yoko Ogawa, traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle, Actes Sud, « Lettres japonaises », 304 p., 22,50 €.
La petite musique de Yoko Ogawa, ici une grande symphonie, est toujours diabolique. En intervalles de quarte augmentée, méfiante, comme si deux mondes zigzaguaient l’un dans l’autre, et ce, depuis La Piscine, son premier récit traduit en français – déjà par Rose-Marie Makino-Fayolle, chez Actes Sud. C’était il y a vingt-trois ans, l’histoire d’une jeune voyeuse dont la frustration se retourne en sadisme contre l’enfant dont elle a la garde. Depuis, Ogawa a accumulé tous les prix littéraires possibles au Japon, a été adaptée en manga et au cinéma. Dans ce douzième roman traduit, on retrouve des enfants mal aimés (l’héroïne de La Piscine se sentait orpheline sans l’être) et un style volontiers dissonant, donc, nourrissant une narration proche du genre heroic fantasy. Le lecteur est plongé dans une imagination gamine, ramifiée et ratiocinante à la fois.
Os de poulet
« Leur mère, Ambre et Opale exprimèrent du respect envers ce professeur qui vivait au creux de l’oreille d’Agate. Pendant ce temps-là le benjamin continuait son corps-à-corps avec sa cuisse de poulet sauté. » Vous n’êtes qu’à la page 42 et, déjà, vous avez trébuché sur des dizaines de phrases comme celles-ci, dont on ignore si elles sont à prendre littéralement ou au figuré. La première décrit un des nombreux faits merveilleux qui constituent l’univers des Instantanés d’Ambre. Trois mômes y sont enfermés par leur mère derrière un mur de briques. Elle essaie d’effacer la vie d’avant, ayant perdu la plus jeune de ses quatre enfants : le monde extérieur est selon elle habité par un « chien maléfique ».
C’est le thème des parents pas tout à fait ogres mais surprotecteurs qu’on trouve chez Boris Vian (L’Arrache-cœur, 1953) ou dans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ L’historien Florian Michel a mis au jour des trésors d’archives pour alimenter le portrait lacunaire mais intense d’un philosophe au destin foisonnant.
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Les incarnations d’Etienne Gilson

L’historien Florian Michel a mis au jour des trésors d’archives pour alimenter le portrait lacunaire mais intense d’un philosophe au destin foisonnant.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 10h12
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                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Etienne Gilson. Une biographie intellectuelle et politique, de Florian Michel, Vrin, 462 p., 35 €.

Le plus bel hommage d’un biographe à son sujet est peut-être, en renonçant à tracer la perspective qui révélerait l’unité d’une vie, de rendre les armes face à l’inachèvement et au trop-plein. On ne peut s’empêcher de le penser quand on referme, dans un mélange d’admiration et de frustration, l’« essai biographique » que Florian Michel consacre à Etienne Gilson (1884-1978), le premier en français sur ce penseur capital, « découvreur », selon le philosophe Jean-Luc Marion, du ­ « continent » de la philosophie médiévale, et particulièrement de la métaphysique de Thomas d’Aquin (1225-1274). Où est « la soudure », se demandait Marc Bloch (1886-1944), dont Gilson fut proche, entre tous les pans de cette vie bouillonnante ? Comment saisir ensemble l’érudit, le métaphysicien, le catholique, le républicain, le patriote, le cosmopolite, le théoricien de la « chrétienté » et le promoteur d’une « société universelle » fondée sur la raison ?
Lignes de force
Grâce au remarquable travail de recherche accompli par l’historien, directeur du Centre ­Pierre-Mendès-France à l’université ­Paris-I, qui met au jour des dizaines de documents inédits ou rarissimes, les incarnations d’Etienne Gilson se multiplient sans se résumer en aucune, laissant le « cher et inoubliable Gilson », comme l’écrivait Umberto Eco (1932-2016) dans la préface du Nom de la rose (Grasset, 1982), à sa réalité, à son mystère, pôle magnétique de ces trésors d’archives. Des lignes de force apparaissent cependant, qui permettent de ranger les éléments en quelques séries dont ressort, à défaut d’une vérité définitive, l’esquisse convaincante, vivante, d’un homme et d’un destin.
L’engagement dans la vie universitaire représente une de ces séries. Gilson, qui écrivait aussi bien...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Claro a embarqué à bord du dernier Daniel Fohr, « Retour à Buenos Aires ».
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Le feuilleton. Chair rouge et cendres grises

Claro a embarqué à bord du dernier Daniel Fohr, « Retour à Buenos Aires ».



Le Monde
 |    12.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 10h15
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Retour à Buenos Aires, de Daniel Fohr, Slatkine & Cie, 224 p., 18 €.

On aurait tort de croire que dans le domaine de la fiction, simplicité égale insipidité. On le voit bien avec certains auteurs, qui parviennent à ladite insipidité à force de contorsions gênantes (la place me manque ici pour donner des noms), et confondent style et nougatine. Certes, il en est pour qui la simplicité est une pure affaire d’économie, et qui pensent donc l’atteindre en laissant la phrase traverser la pièce (la page) à petits pas (petits mots), comme sur des patins, histoire de ne rien salir – las, leur écriture alors n’est nullement blanche, juste transparente. Heureusement, et certains auteurs l’ont compris, la simplicité est avant tout affaire de grâce, d’équilibre. De même que marcher sur un fil tendu au-dessus du vide exige davantage qu’une aptitude à la marche et un certain courage, ne pas faire de vagues (inutiles) demande de solides connaissances en mécanique des fluides. C’est sans doute la raison pour laquelle les histoires simples racontées simplement ratent souvent leur but : le vertige que leur inspire leur propre vide les rend indigestes. Leur réduction à l’os a un goût de craie, scolaire qui plus est. Mais cessons de tourner autour du pot. Ce que je veux dire – plus simplement, donc –, c’est qu’on prend une belle leçon de simplicité en lisant l’impeccable Retour à Buenos Aires, de Daniel Fohr.
Le fil tendu ici est limpide : un homme, bibliothécaire de son état, embarque sur un porte-conteneurs au Havre afin ­d’aller répandre à Buenos Aires les cendres d’un parent, « l’Aviateur ». Il emporte également les quelques lettres échangées entre l’Aviateur et la femme que ce dernier aimait et qu’il devait rejoindre en Argentine – une histoire d’amour intense, brisée dans l’œuf au dernier moment par un télégramme laconique.
Voilà. Cent soixante-quinze pages sur le porte-conteneurs, vingt-cinq pages...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Comment, quand on est chirurgien, vivre avec la douleur de l’autre ? « Avant tout ne pas nuire » est un roman saisissant en forme d’introspection.
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Trauma de docteur

Comment, quand on est chirurgien, vivre avec la douleur de l’autre ? « Avant tout ne pas nuire » est un roman saisissant en forme d’introspection.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 10h00
    |

                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Avant tout ne pas nuire. Corps étrangers, de Patrick Froehlich, Les Allusifs, 112 p., 11 €.
S’annonçant comme le premier volume d’une trilogie dévolue à la mémoire traumatique du médecin, Avant tout ne pas nuire marque une rupture avec les quatre livres publiés par Patrick Froehlich depuis Le Toison (Seuil, 2006). Malgré son caractère de fiction, ce bref et saisissant roman de l’éveil repose sur l’exercice d’introspection abrasif auquel se livre le narrateur dans son rapport à la douleur – la sienne, mais aussi celle des autres, à laquelle il se dit particulièrement sensible : « Ce partage procure, quand on soigne, l’avantage de la compréhension et l’inconvénient d’une trop grande sensibilité. » Car rien ne pèse autant que la douleur qu’il a pu être amené à infliger dans l’exercice de la chirurgie pédiatrique, d’autant qu’il a tardé à en prendre clairement conscience : d’où les longues nuits alcoolisées qu’il lui fallut traverser pour se supporter, étudiant, puis une vie de famille blessée par une irritabilité incontrôlable.
C’est d’ailleurs une question de sa fille adolescente, Véga, qui déclenche le récit, à propos d’une enfant que son père a dû opérer plusieurs fois, et qu’il a sauvée – non sans mal. « Tu n’as jamais fait mal à un enfant ? Dis-moi que tu n’as jamais fait mal à un enfant que tu soignes. » Son père s’entend répondre d’un non « peu articulé, guère audible, et dans ce manque d’affirmation il y avait, contenue, je ne peux le nier, une honte à laquelle j’étais confronté ».
Reproduction
Les métaphores médicales s’inviteraient à foison, à lire une écriture qui vise l’os, quitte à mettre, certaines pages, le nerf de l’émotion à vif. Aux yeux de l’auteur, de même que le médecin doit avant tout ne pas nuire, selon l’apocryphe serment d’Hippocrate, l’écrivain doit avant tout ne pas mentir : la fiction n’a de sens qu’à maintenir une tension...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ La chronique de Céline Minard, à propos de de « I Wouldn’t Start from Here », de Hanns Zischler.
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Poésie réactive. Cartes au trésor

La chronique de Céline Minard, à propos de de « I Wouldn’t Start from Here », de Hanns Zischler.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 10h18
    |

                            Céline Minard (Ecrivain)








                        


                                                        
I Wouldn’t Start from Here. Histoires égarées, de Hanns Zischler, traduit de l’allemand par Jean Torrent, Macula, « Opus Incertum », 120 p., 16 €.
Ce livre est une collection de bouts de papier. Un recueil de morceaux de nappes, tickets, reçus, contremarque, pages de carnets, lettre oubliée, de tout ce qui, à un moment donné, parfois oublié, aussi fragile que le support sur lequel il s’inscrit, est tombé sous la main d’un autochtone pour griffonner à la va-vite et à la demande un itinéraire vers un point précis et ainsi « parer au plus urgent ».
Ces plans subjectifs, dont la justesse cartographique est le plus souvent discutable, en disent long sur leurs auteurs, la perception de cet espace qu’ils connaissent, décrivent et parcourent en pensée dans le geste même de le dessiner. Ils en disent long aussi sur celui qui les a reçus et conservés, quelle bibliothèque, quel magasin de mangas, quelle gare, quel restaurant, quels cinémas, quels pays, quelle enfance il a traversée, et de quel pas.
Double détachement
Ce sont tous bien sûr des palimpsestes, et des cartes au trésor, des énigmes, des bouteilles jetées dans la mer du temps, porté par des courants mémoriels enfouis aux trajectoires et aux revirements inconnus. Leur qualité poétique, hautement mélancolique, émane du double détachement qui les a produits, d’abord arrachés à la table, au petit cahier, au pragmatique quotidien, ils se sont lentement défaits de leur fonction première. La cueillette réitérée qui les présente ici ensemble et permet à l’hétérogène de s’organiser dans une forme trouée, souple et vagabonde est clairement une invitation à la promenade, à la mémoire, aux aventures et aux hypothèses fictionnelles que l’oubli permet.
On traverse avec eux des quartiers de Paris à l’heure actuelle, une Prague sous la neige, des lieux abandonnés entre les deux Allemagnes, la linéarité d’un paysage américain, toute la Méditerranée entre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Douglas Preston a participé, en 2015, à la découverte d’une cité précolombienne que tout le monde avait cherchée sans succès. Le journaliste américain raconte son aventure dans un livre, « La Cité perdue du dieu singe ».
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Au Honduras, l’aventurier de la Cité perdue


                      Douglas Preston a participé, en 2015, à la découverte d’une cité précolombienne que tout le monde avait cherchée sans succès. Le journaliste américain raconte son aventure dans un livre, « La Cité perdue du dieu singe ».



Le Monde
 |    12.04.2018 à 07h47
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 15h20
    |

            Samuel Blumenfeld








   


Douglas Preston aime aller loin. Et, si possible, là où personne ne s’est jamais rendu. A l’origine, à la fin des années 1970, le journaliste et romancier américain était un sédentaire, il préférait retracer les expéditions des autres. Responsable du catalogue des expositions au Musée américain d’histoire naturelle à New York, il avait entrepris de rédiger une histoire des explorateurs et de leurs expéditions à l’origine des collections réunies par son institution.
Dinosaurs in the attic. An Excursion into the American Museum of Natural History, écrit dans les années 1980, publié en 1993, reste le livre de référence pour qui veut se lancer dans une carrière à la Indiana Jones. Rien n’avait pourtant préparé le journaliste à lever l’un des derniers mystères de notre temps, soit la découverte en 2015 de la Cité blanche, ou Cité du dieu singe, qu’évoquait Hernán Cortés, le conquistador espagnol qui s’était emparé de l’Empire aztèque pour le compte de Charles Quint, et que personne à ce jour n’avait réussi à trouver. La quête de cette cité, située dans la jungle de la Mosquitia, dans le nord-est du Honduras, constitue le sujet de son nouveau livre, La Cité perdue du dieu singe, qui vient de paraître en France.
Comme une malédiction
A l’origine, Douglas Preston pensait que la réalité de cette ville bâtie par une civilisation précolombienne restait une illusion, le mirage de plusieurs générations d’explorateurs qui s’étaient fracassées sur ce Graal de l’archéologie. « Un explorateur était devenu fou. Un autre s’était suicidé. Un troisième, Théodore Morde, prétendait en avoir ramené plusieurs artefacts, mais il s’agissait d’une ruse pour toucher des subventions en Grande-Bretagne. Il ne s’est jamais véritablement approché de la cité et cherchait de l’or. Le plus étonnant est qu’il en avait trouvé, raconte le journaliste en visite à Paris. Puis la seconde guerre mondiale est arrivée, l’or de Théodore Morde ne lui servait plus à rien et il s’est suicidé. Je me disais donc qu’il y avait un livre à écrire sur cette quête impossible. Puis une nouvelle technologie, élaborée par la NASA, en 2012, nous a permis de conclure que la cité existait bel et bien. »
Douglas Preston pensait avoir été confronté à tous les impondérables durant sa carrière. Au Cambodge par exemple, où il était parti en 1995, pour le compte de National Geographic, à la découverte d’un temple situé en pleine jungle, où se réfugiaient les anciens rois d’Angkor, et encore géré par les khmers rouges. « Nous avions effectué le voyage avec quinze militaires cambodgiens, membres des forces spéciales, armés de fusil automatiques, de lance-roquettes et de grenades. Ils avaient encore plus peur que nous. »
« Personne n’y avait mis les pieds depuis cinq siècles. Le peuple, inconnu, qui a construit cette ville a disparu dans les années 1500, victime des maladies issues de l’ancien monde : oreillons, grippe, varicelle. » Douglas Preston
Le journaliste avait également eu accès à l’une des tombes, jamais ouvertes, de l’un des 52 fils de Ramsès II dans la Vallée des Rois en Egypte, qui donnera lieu à l’un de ses reportages les plus célèbres, publié dans The New Yorker en 1996. Mais rien ne s’approche des dangers auxquels il s’est exposé dans la jungle de la Mosquitia. « J’y ai passé neuf jours, neuf très longs jours. Je suis arrivé avec une équipe d’archéologues, des botanistes, des soldats des forces spéciales honduriennes. La Cité blanche se situe dans la jungle la plus épaisse au monde, à flanc de montagne, inaccessible en bateau. Le seul moyen de s’y rendre est en hélicoptère. Personne n’y avait mis les pieds depuis cinq siècles. Le peuple, inconnu, qui a construit cette ville a disparu dans les années 1500, victime des maladies issues de l’ancien monde : oreillons, grippe, varicelle, raconte-t-il aujourd’hui. Les animaux, jaguars et pumas, n’ayant jamais côtoyé un humain, n’ont pas cherché à nous attaquer. En revanche, les serpents, parmi les plus venimeux de la planète, restent une menace permanente. Enfin, il y a un parasite, baptisé Leishmania, particulièrement dangereux. Il mange votre peau, s’attaque à vos lèvres et à votre nez, jusqu’à ce que vous ayez un trou dans le visage. Ensuite, vous mourez. »

        Lire aussi :
         

                Découverte des vestiges d'une civilisation perdue au Honduras



Le président du Honduras avait songé à transformer ce territoire, désormais exploré, en écozone, accessible aux touristes, avant de renoncer à la suite de l’avis des médecins. Après ce reportage, Douglas Preston, lui, est retourné au Nouveau-Mexique, d’où il s’est péniblement extirpé de temps à autre pour de longs séjours à Washington afin de se faire soigner, avec succès, pour la leishmaniose contractée au Honduras. A un médicament près, la jungle de la Mosquitia allait devenir le lieu de son ultime expédition.
« La Cité perdue du dieu singe », de Douglas Preston, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Magali Mangin, Albin Michel, 384 p., 24 €.



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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Histoire d’un livre. Il y a bientôt quarante ans, Richard Goulet entreprit de répertorier tous les penseurs antiques dans un dictionnaire. Le septième et dernier tome paraît.
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2 491 résurrections de philosophes antiques

Histoire d’un livre. Il y a bientôt quarante ans, Richard Goulet entreprit de répertorier tous les penseurs antiques dans un dictionnaire. Le septième et dernier tome paraît.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 07h01
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 11h04
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Dictionnaire des philosophes antiques (tome VII). D’Ulpien à Zoticus, sous la direction de Richard Goulet, CNRS Editions, 1 472 p., 95 €.

C’est un peuple d’ombres que répertorie ce monumental Dictionnaire des philosophes antiques, dont le dernier volume vient de paraître. Silhouettes juste entrevues, œuvres perdues dont seul subsiste le titre, penseurs ne survivant que par une phrase, une anecdote, une mention sur une stèle ou un papyrus…
Au premier regard, rien qu’une poussière de détails. Mais ce sable est si abondant, parfois si coloré, qu’il finit par dessiner des dunes, des paysages parlants. On y entend des voix, on y discerne des courants, des écoles, une immense vie intellectuelle, diversifiée, fourmillante, bigarrée. ­Personne n’en avait mesuré ni l’ampleur ni la diversité.
Océan de sources
Imaginez : 2 491 philosophes antiques ! Combien en connaissez-vous ? La liste est courte. Presque tous, nous sommes bien en peine d’en nommer plus de vingt ou trente. Or ils sont ici cent fois plus nombreux, enseignant du VIe siècle avant notre ère au VIe siècle de notre ère, parlant grec, latin, arabe, hébreu, syriaque, nés dans des cités dispersées, du Péloponnèse à l’Asie mineure, de Rome à l’Egypte. En presque quarante ans de travail (le projet est né en 1981) et trente ans de publication (le premier volume est paru en 1989), la gigantesque masse d’informations réunies par ce Dictionnaire a transformé l’approche de la philosophie antique.
Est-ce un livre ? Les huit volumes, et le Supplément, 9 340 pages, occupent une étagère entière. Au point de départ de cette aventure, l’exigence d’un chercheur, Richard Goulet, aujourd’hui directeur de recherche émérite au CNRS. Au milieu des années 1970, élève de Pierre Hadot à l’Ecole pratique des hautes études, membre de l’équipe de recherche de Jean Pépin au CNRS, il travaillait sur le concept de « sympathie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Le romancier place sa « Petite Gauloise » sous la menace du terrorisme et de la déliquescence sociale. Anxiogène, féroce et brillant.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Le jeu de massacre de Jérôme Leroy contre les institutions

Le romancier place sa « Petite Gauloise » sous la menace du terrorisme et de la déliquescence sociale. Anxiogène, féroce et brillant.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 07h01
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 09h59
    |

                            Stéphanie Dupays (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

La Petite Gauloise, de Jérôme Leroy, La Manufacture des livres, 142 p., 12,90 €.
Jérôme Leroy aime imaginer le pire. Placé sous le double patronage de Debord (« Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme ») et de Pasolini (« Peut-être est-ce moi qui me trompe. Mais je continue à dire que nous sommes tous en danger »), son nouvel opus s’annonce aussi anxiogène qu’incisif.
Comme souvent chez l’écrivain, habile à mêler polar et anticipation, l’action se situe dans un futur très proche. Le cadre : une grande ville de l’ouest du pays, aux mains d’un parti d’extrême droite. La police est sous tension. Une nuit, une fusillade éclate dans un bar, la cité des 800 menace de s’enflammer et un attentat est à craindre. Avec sa troublante amie surnommée « la Petite Gauloise », qui sous des airs sages cache une rage sourde, le Combattant, un musulman radicalisé, trame quelque chose.
Proviseur neurasthénique
C’est dans cette atmosphère électrique qu’Alizé Lavaux, une auteure jeunesse, débarque pour une rencontre avec les élèves du lycée Charles-Tillon, coincé entre une autoroute et un centre commercial. Flavien Dubourg, le professeur de français, l’a invitée moins pour ses romans que pour son physique d’« elfe roux ». Dans le préfabriqué renommé classe provisoire, la tension de la ville gagne les lycéens, à l’exception de la mystérieuse Stacy Billon, unique bonne élève de la classe, lectrice de Rimbaud et objet des fantasmes de son entourage. Quand la sirène retentit annonçant une alerte attentat, la situation dérape de façon inattendue.
En moraliste déçu, Leroy dépeint une humanité peu reluisante. Dans La Petite Gauloise, on croise des flics dépassés, un proviseur neurasthénique, un prof frustré, des jeunes déboussolés. Mais le jeu de massacre vise moins ses personnages que les institutions : l’école, impuissante à contrecarrer...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Un frère et une sœur héritent d’une bibliothèque fort embarrassante. L’oulipien en fait une épopée, qu’il pique d’une goûteuse version courte.
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Jacques Jouet, le gigot et la gousse d’ail

Un frère et une sœur héritent d’une bibliothèque fort embarrassante. L’oulipien en fait une épopée, qu’il pique d’une goûteuse version courte.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 09h58
    |

            Denis Cosnard








                        



                                


                            

La Dernière France, de Jacques Jouet, P.O.L, 660 p., 25 €.
Tout commence par un jeu. « Peux-tu me dire… quels sont, dans le sens des aiguilles d’une montre, à compter du sud, les pays limitrophes de… par exemple, la Bolivie ? » Lémoni, le personnage central de La Dernière France, est de ceux capables de répondre du tac au tac : l’Argentine, le Chili, le Pérou, le Brésil et le Paraguay. Il est même l’inventeur de ce drôle de jeu de société. Un as de la géographie, alors qu’il n’a jamais quitté l’Hexagone, précise Jacques Jouet dès les premières pages de son roman.
Ne pas travailler
Tout continue par un jeu. Au bout de 430 pages, arrivé aux deux tiers de son récit, l’écrivain insère un curieux intermède : une version courte du roman. La même histoire, mais ramassée en 67 petites pages, et présentée comme un livre en tant que tel, avec sa propre couverture et, au dos, un prix lui aussi rétréci : 15 euros au lieu de 25 ! « J’étais arrivé presque au bout de La Dernière France, qui grossissait, qui grossissait, me demandant si ce n’était pas trop », explique l’auteur. Plutôt que de couper, « je décidai alors de composer une version courte » et de publier les deux textes, l’un dans l’autre, « comme la gousse d’ail dans le gigot ».
Tentons un résumé encore plus succinct que la version courte (et pour un prix cette fois-ci bradé, disons les 2,60 euros du Monde). La Dernière France conte l’histoire d’un frère et d’une sœur, Lémoni et Clotilde, dont les parents meurent et qui découvrent dans la maison de famille une bibliothèque d’extrême droite incroyablement complète : Brasillach, Céline, Drumont, Maurras, Rebatet, presque tous les numéros de Je suis partout, de La Gerbe, etc. Qu’en faire ? Comment se dépatouiller d’un tel héritage auquel rien ne les avait préparés ? Plus de 650 pages sont nécessaires à Lémoni pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ « La Quatrième Dimension », de Nona Fernandez, reconstitue avec précision la violence de la dictature militaire de Pinochet, et rend justice aux victimes.
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Le repentir du tortionnaire chilien

« La Quatrième Dimension », de Nona Fernandez, reconstitue avec précision la violence de la dictature militaire de Pinochet, et rend justice aux victimes.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 10h09
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Quatrième Dimension (La dimensión desconocida), de Nona Fernandez, traduit de l’espagnol (Chili) par Anne Plantagenet, Stock, « La Cosmopolite », 288 p., 19,50 €.
Le visage de cet homme à grosse moustache la hante depuis une trentaine d’années et ce jour de 1984 où elle l’a découvert en « une » d’un magazine. La narratrice de La Quatrième Dimension, comme son auteure, la romancière et scénariste Nona Fernandez, avait 13 ans. La dictature militaire d’Augusto Pinochet (1973-1990) battait son plein dans son pays, le Chili. L’homme en question, Andrés Antonio Valenzuela Morales, un soldat de première classe, confessait ses crimes dans ce journal. Devenu agent des services de sécurité de l’armée, alors qu’il se rêvait simple marin, il avait été contraint, dès sa conscription à 18 ans, de traquer les dissidents au régime, de les torturer ou de faire disparaître les corps de ceux qui avaient été exécutés.
Ce sont ces scènes de cauchemar, qui ne l’ont jamais quittée depuis qu’elle en a lu le récit, que la narratrice rappelle à la mémoire du monde, et surtout à celle du Chili : un pays qui, au nom de la transition démocratique, menée en la présence tutélaire de Pinochet, souligne-t-elle avec ironie, a longtemps occulté la violence de sa politique de répression. Reconstituant le parcours de Valenzuela Morales, qu’elle surnomme « l’homme qui torturait » pour bien dissocier sa fonction de sa véritable personnalité, Nona Fernandez, dans ce troisième roman traduit en français, relate sa rocambolesque défection : ses aveux circonstanciés, auprès d’une journaliste puis d’un avocat, et son exfiltration, au péril de sa vie, en Argentine puis en France.
Cercles concentriques
Remarquable de précision, avec ses phrases lapidaires et son écriture dépouillée, le roman, entièrement narré au présent, frappe par la proximité entre la narratrice et le tortionnaire repenti, bien qu’elle ne l’ait jamais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Chaque jeudi, « Le Monde des livres » partage ses conseils de lecture avec les abonnés de « La Matinale ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 11/04/2018
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Mémoires, cauchemars et questions d’enfants : nos choix littéraires

Chaque jeudi, « Le Monde des livres » partage ses conseils de lecture avec les abonnés de « La Matinale ».



Le Monde
 |    12.04.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 07h33
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, il suffira de trouver un coin d’ombre sous un arbre et d’ouvrir un des quatre ouvrages proposés par les critiques du « Monde des livres » pour être heureux.
ROMAN. « La Dernière France », de Jacques Jouet
La Dernière France conte l’histoire d’un frère et d’une sœur, Lémoni et Clotilde, dont les parents meurent et qui découvrent dans la maison de famille une bibliothèque d’extrême droite incroyablement complète : Brasillach, Céline, Drumont, Maurras, Rebatet, presque tous les numéros de Je suis partout, de La Gerbe, etc.
Qu’en faire ? Comment se dépatouiller d’un tel héritage auquel rien ne les avait préparés ? Plus de 650 pages sont nécessaires à Lémoni pour se délester de ce fardeau, sans réussir à en élucider l’origine – dont 67 pages, dans le dernier tiers, constituent une version courte du roman, présentée comme un livre dans le livre. Membre de l’Oulipo, Jacques Jouet offre une épopée joueuse et méditative, qui est une double réflexion sur la France face à son passé et à son voisin allemand, mais aussi sur la littérature et ses frontières. Denis Cosnard

   


« La Dernière France », de Jacques Jouet, P.O.L, 272 p., 25 €.
ROMAN. « La Quatrième Dimension », de Nona Fernandez
Le visage de cet homme à grosse moustache la hante depuis une trentaine d’années, et ce jour de 1984 où elle l’a découvert en « une » d’un magazine. La narratrice de La Quatrième Dimension, comme son auteure, la romancière et scénariste Nona Fernandez, avait 13 ans. La dictature militaire d’Augusto Pinochet (1973-1990) battait son plein dans son pays, le Chili.
L’homme en question, Andrés Antonio Valenzuela Morales, un soldat de première classe, confessait ses crimes dans ce journal. Il avait été contraint, dès sa conscription à 18 ans, de traquer les dissidents au régime, de les torturer ou de faire disparaître les corps de ceux qui avaient été exécutés.
Ce sont ces scènes de cauchemar, qui ne l’ont jamais quittée depuis qu’elle en a lu le récit, que la narratrice rappelle à la mémoire du monde, et surtout à celle du Chili, restituant cette histoire de toute une génération qui a grandi pendant la dictature, spectatrice, sans la comprendre, de la lutte entre le régime et ses opposants.
Le récit multiplie les points de vue, procède par cercles concentriques, s’attachant d’abord aux victimes puis à leurs tortionnaires, avant de se focaliser sur la narratrice et de dévoiler la façon dont les crimes la touchèrent personnellement. Un spectaculaire voyage dans la mémoire collective et individuelle des Chiliens. Ariane Singer

   


« La Quatrième Dimension » (La dimensión desconocida), de Nona Fernandez, traduit de l’espagnol (Chili) par Anne Plantagenet, Stock, « La Cosmopolite », 288 p., 19,50 €.
ROMAN. « La Petite Gauloise », de Jérôme Leroy
Une grande ville de l’ouest de la France, aux mains d’un parti d’extrême droite. La police est sous tension. Une nuit, une fusillade éclate dans un bar, la cité des 800 menace de s’enflammer et un attentat est à craindre.
Avec sa troublante amie surnommée « la Petite Gauloise », qui sous des airs sages cache une rage sourde, le Combattant, un musulman radicalisé, trame quelque chose. C’est dans cette atmosphère électrique qu’Alizé Lavaux, une auteure jeunesse, débarque pour une rencontre avec les élèves du lycée Charles-Tillon. Quand la sirène retentit annonçant une alerte attentat, la situation dérape de façon inattendue.
En moraliste déçu, Jérôme Leroy dépeint une humanité peu reluisante. Dans La Petite Gauloise, on croise des flics dépassés, un proviseur neurasthénique, un prof frustré, des jeunes déboussolés. Mais le jeu de massacre vise moins ses personnages que les institutions : l’école, impuissante à contrecarrer les déterminismes sociaux ; l’Etat limitant les libertés individuelles sous couvert d’antiterrorisme ; la police profitant de cette psychose sécuritaire.
Tant de misère humaine pourrait lasser le lecteur ; ce n’est pas le cas, car le romancier a la férocité jubilatoire et la lucidité des plus grands. Déroulant le fil reliant l’intime et le collectif, l’accidentel et le structurel, Leroy conduit une profonde réflexion sociale et politique sur les dérives de la démocratie quand la peur l’emporte sur la capacité à rassembler. Son sens de la formule et son ironie démystificatrice alliés à un sens de l’observation aigu enrobent le désastre d’un rire salvateur. Il livre ainsi le roman le plus subversif, le plus caustique et le plus excitant que l’on ait lu depuis longtemps. Stéphanie Dupays

   


« La Petite Gauloise », de Jérôme Leroy, La Manufacture des livres, 142 p., 12,90 €
LIVRE POUR ENFANTS. « Ni oui ni non », de Tomi Ungerer
Lorsque Philosophie magazine a proposé à Tomi Ungerer de tenir une rubrique autour de questions d’enfants, il a tout de suite accepté. Afin de dessiner pour ce public qu’il a toujours aimé, et de philosopher à sa façon.
Les questions ? Les seules, les grandes, celles sur lesquelles on bute entre 3 et 10 ans : la famille, l’amour, l’argent, la peur, l’Univers, les animaux, la morale… Ses réponses ? Malicieuses ou graves, mais jamais pontifiantes. Ungerer ne se prend pas pour un vieux sage. Il admet lui-même en préface qu’il s’est, dans sa jeunesse, « plongé dans l’étude de grandes cervelles comme Kant, Descartes, Ouspenski ou Kierkegaard » pour finalement s’avouer qu’il n’y comprenait rien. Ce qu’il aime, c’est stimuler ces « petites cervelles » pour leur apprendre à réfléchir. A penser que l’on pense – « On marche avec les pieds, mais on pense avec quoi ? », demande d’ailleurs Julia, 3 ans. Et à s’amuser, bien évidemment.
Car on ne trouvera rien ici qui ne soit, comme dans tous ses albums, relevé à la sauce rouge et piquante de son humour. Le résultat : un insolite petit manuel de survie dans ce que Tomi Ungerer appelle un monde injuste et violent. Mais puisqu’il est tel, « autant en avertir les enfants » ! Florence Noiville

   


« Ni oui ni non. Réponses à 100 questions philosophiques d’enfants », de Tomi Ungerer, L’Ecole des loisirs, 160 p., 16 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Philippe Lançon, miraculé de l’attentat contre « Charlie Hebdo », raconte dans « Le Lambeau » ce qu’il a vécu depuis janvier 2015. Magistral.
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Après « Charlie », le journal du deuil

Philippe Lançon, miraculé de l’attentat contre « Charlie Hebdo », raconte dans « Le Lambeau » ce qu’il a vécu depuis janvier 2015. Magistral.



Le Monde
 |    11.04.2018 à 14h52
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 10h48
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            

Le Lambeau, de Philippe Lançon, Gallimard, 512 p., 21 €.
Au matin du 7 janvier 2015, peu de temps avant de se trouver collé au sol, la tête dans une mare de sang, Philippe Lançon était assis chez lui. Il écrivait un e-mail à Claire Devarrieux, qui dirige le service « Livres » au quotidien Libération. Dans ce message, le critique littéraire raillait les « bavardages » de ses confrères à propos de Michel Houellebecq, dont le nouveau roman, Soumission, sortait le jour même, et avec lequel il avait rendez-vous à la fin de la semaine. « Cela laisse du champ, samedi, pour un entretien que j’espère plus raisonnable et précis », se félicitait-il.
Trois ans ont passé et Lançon y revient aujourd’hui sans grande fierté : « Ces phrases anodines, plutôt méprisantes et non dépourvues d’autosatisfaction, je les ai écrites comme si la vie allait continuer (…). Ce sont les derniers mots d’un journaliste ordinaire et d’un inconscient », note-t-il dans Le Lambeau, livre magistral, brûlant journal de deuil.

Vérité physiologique
Brûlant ? Magistral ? Nous écrivons ces mots et déjà la honte rôde. Ce texte revenu d’entre les morts, allons-nous le traiter depuis l’autre rive, dans les termes et selon les usages du journaliste ordinaire, cet inconscient dont la vie, elle, a continué ?
Cela s’annonçait possible, puisque, en apparence, rien n’avait changé : nous avons vu Teresa Cremisi, l’éditrice de Philippe Lançon, qui nous a remis les épreuves du Lambeau ; nous avons appelé Pascale Richard, son attachée de presse chez Gallimard, pour lui dire notre souhait de publier les bonnes feuilles ; nous avons collectivement décidé d’en faire la « une » et fixé une date de parution. Tout s’est passé comme si l’auteur appartenait encore à notre monde ordinaire, celui des vivants rivés à leur fausse sécurité, à leur sotte insouciance. Et pourtant,...




                        

                        

